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Analyse des échanges convectifs sein d’une

lame d’air ouverte et ventilée


Application au rafraîchissement passif de composants
Photovoltaïques intégrés au bâti

Stéphanie Giroux--Julien*, Christophe Ménézo**

* IUT A – Université Claude Bernard Lyon 1/ Laboratoire : CETHIL UMR5008


Département Génie Thermique et Energie
71, rue Peter Fink, 01000 Bourg-en-Bresse
** IUT A – Université Claude Bernard Lyon 1/ Laboratoire CETHIL UMR5008
Département Génie Civil
43 boulevard du 11 novembre, 69 621 Villeurbanne CEDEX
giroux@iutboug.univ-lyon1.fr ; christophe.menezo@ univ-lyon1.fr

Sections de rattachement : 60
Secteur : Secondaire / Tertiaire

RÉSUMÉ. Bien que les systèmes passifs de récupération de chaleur (mur trombe, serre, véranda)
ou de rafraîchissement ont été intensivement étudiés dans le passé, l’étude de nouveaux concepts
rendus nécessaires par les enjeux environnementaux induit de nouveaux problèmes d’ingénierie et
de nouvelles contraintes qui nécessitent des études complexes. Nos recherches s’inscrivant dans
ce contexte ont pour finalité l’identification de configurations d’intégration de composants
photovoltaïques comme composants d’enveloppe des bâtiments. Ces composants dont le
rendement dépend de leur température doivent être refroidis naturellement. Ceci représente le fils
conducteur des travaux tant expérimentaux que numériques que nous menons sur des lames d’air
ventilée naturellement et représentant des modèles physiques de façades de type double-peaux.

MOTS-CLÉS : Photovoltaïque, Bâtiment, Intégration énergétique, Convection naturelle,


Rafraîchissement composants solaires.

1. Introduction

Dans le contexte international de la limitation des émissions de gaz à effet de serre


(GES) et de l’épuisement prévisible des ressources énergétiques fossiles mondiales, des
recherches sont menées dans le domaine de l’énergétique du bâtiment sur les moyens de
subvenir aux besoins de ce secteur très énergivore. Le secteur du bâtiment représente en

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effet près de 45% de l’énergie totale consommée en France, devant celui des transports.
La seule part liée au résidentiel consomme 70 millions de tonnes équivalent pétrole
(Mtep). Par ailleurs, environ le quart des émissions totales de GES, soit environ 120
millions de tonnes de CO2, provient également de ce secteur. Malgré les différentes
réglementations thermiques mises en œuvre depuis 1974, la consommation énergétique
totale n’a jamais cessé de croître (60% en 30 ans), de même que la consommation
d’électricité qui a été multipliée par 4 sur cette même période.
Les pistes permettant de produire de l'énergie électrique sont certes multiples, mais
reflètent des degrés de maturité moindres que sur la production de chaleur voire de
froid. Si l'on recense les moyens de produire de l'électricité sans consommation
d'énergie fossile, fissile ou émission de GES l'alternative solaire photovoltaïque (PV)
s’impose logiquement. Cependant, alors que les ressources en énergie solaire sont
immenses, seulement 0,015 % de la production mondiale d'électricité est
photovoltaïque. Plusieurs facteurs sont en cause tels que le prix du kWh produit par
rapport aux énergies, au faible rendement de photoconversion (18% pour filière
cristalline), … Ces facteurs tendent à s’effacer face aux enjeux énoncés et aux surfaces
de captation (d’intégration) disponibles en site urbain au niveau du cadre bâti
(18m²/habitant en Europe).
Cependant les conditions d'intégration peuvent engendrer une augmentation de la
température de fonctionnement de ces composants, ce qui rend la dépendance thermique
de leur rendement (chute de l’ordre de -0,5 % par degré) beaucoup plus sensible. Nous
nous intéressons pour cela à des configurations d’intégration de type double-peaux
photovoltaïques. Le but recherché est de refroidir au maximum les cellules PV dont la
perte de rendement est liée à leur augmentation de température.
A ce titre, nous misons sur des alternances de zones opaques qui sont des sources de
chaleur (panneaux PV) et de zones « froides » transparentes (verre) (figure 1).

Figure 1. Représentation d’une façade double-peau photovoltaïque

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Ces conditions aux limites particulières obtenues grâce aux configurations
d’intégration peuvent notamment déstabiliser l’écoulement de convection naturelle dans
le canal en le perturbant thermiquement et d’atteindre ainsi un régime d’écoulement
turbulent. L’intérêt d’avoir un écoulement turbulent est que celui-ci s’accompagne d’une
augmentation des échanges convectifs. D’autre part, ces alternances permettent
également d'empêcher aussi le développement des couches limites thermiques
favorisant ainsi les échanges de chaleur entre la paroi et le fluide.

2. Etat de l’art sur l’effet cheminée

Etant donné que la problématique liée à une véritable intégration de composants PV


au bâtiment est relativement ressente, il existe peu d’études sur le sujet. Il ressort
cependant d’une manière générale deux types d’approche. La première s’attache au
système global dans son ensemble et vise à produire des informations macroscopiques à
travers la détermination du débit massique d’air au sein de la lame d’air, l’estimation
des pertes de charge de même que l’écart de température entre l’entrée et la sortie du
canal. Certaines études ont déterminé les expressions analytiques du débit massique et
de la vitesse et de la température, leurs répartitions étant supposées uniformes suivant la
section de la lame d’air. Ils ont considéré les effets liés au rayonnement ainsi que le
régime d’écoulement, laminaire ou turbulent. Les grandeurs globales déterminées
dépendent d’un facteur lié à la configuration géométrique et prennent en compte les
effets de la localisation des composants PV sur la façade. Suivant la même approche,
Brinkworth (2000) a déterminé une expression du débit massique en fonction des
sollicitations thermiques en paroi, les pertes de charge entre l’entrée et la sortie du canal
mais aussi de deux paramètres tenant compte de l’effet du vent et de la stratification
thermique au sein de l’écoulement.
Différents modèles numériques ont été mis au point et validés expérimentalement
suivant ce type d’approche globale. Certains ont établi une évaluation des productivités
thermique et électrique de ce type de composant. D’autres ont réalisé une étude
comparative entre les gains thermiques et électriques pour quatre différents modèles.
Toutes les études réalisés suivant cette approche sont vraiment utiles pour la conception
des bâtiments menées par les architectes et les ingénieurs .
La seconde approche s’attache à une analyse détaillée numérique et/ou
expérimentale. Cette approche est primordiale au regard des objectifs visés qui sont
d’augmenter les échanges de chaleur à l’interface fluide/paroi PV engendrant par
conséquent une diminution des températures des cellules PV. Un des pionniers ayant
étudié ce type de configuration fut Elenbaas (1942). Il posa le problème sous forme de
nombres adimensionnés: nombre de Nusselt, de Rayleigh et de Prandtl. Il étudia
l’écoulement entre deux plaques planes parallèles et isothermes et mis en évidence une
solution de l’équation. Il modifia cette solution afin d’obtenir une solution de couche
limite auto-similaire pour le cas d’une seule plaque plane lorsque la largeur tend vers

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l’infini. Il obtint ainsi une relation entre le nombre de Nusselt et de Rayleigh qui est
valide sur un large domaine. Aung (1972) donna une solution exacte pour un canal
infini et pour des parois isothermes ou à flux constant. Une étude numérique réalisée par
Dalbert et al. (1981) fournit une solution pour un écoulement laminaire au sein d’un
canal dont les parois sont à flux de chaleur imposé. De plus, lorsque les deux parois sont
chauffées avec le même flux de chaleur, ils ont analysé l’effet cheminée : dans le cas
des valeurs les plus élevées de leur nombre de Grashof modifié, l’écoulement ne se
comporte plus comme dans le cas de deux parois à effets séparés. Ils observent que les
couches limites thermiques sont bien similaires à celle rencontrées le long d’une seule
paroi mais par contre une différence au niveau des profils de vitesse est constatée.
Même pour d’importantes valeurs du nombre de Grashof modifié, la vitesse reste
importante au centre du canal : il y a un effet de succion généré par la différence de
température au sein de l’écoulement et la température ambiante. Un autre article
intéressant est celui de Miyamoto et al. (1986) qui ont étudié les écoulements de
convection naturelle au sein d’un canal vertical de 5 mètres de hauteur. Une paroi est
chauffée à flux imposé et l’autre est adiabatique. Lorsque l’on regarde les profils de
vitesse, là encore l’effet cheminée est observable. D’autre part, cette étude permet de
mettre en évidence un effet important qui est la transition de l’écoulement d’un régime
laminaire à turbulent. En effet, l’analyse de l’évolution du champ de température
pariétale met clairement en évidence une inflexion liée à une augmentation des
échanges de chaleur à la paroi, caractéristique de l’apparition de la transition au sein de
l’écoulement. Comme énoncé en introduction, nous pensons que comprendre les
mécanismes régissant ce phénomène est important pour la finalité de nos études sur
l’intégration des composants PV. Depuis ces travaux des études numériques (Fedorov et
Viskanta 1997, Muresan et al., 2006) ont montré ce changement de comportement au
sein de l’écoulement à partir de modèles à bas nombre de Reynolds.
Un autre aspect important concernant notre étude est la non uniformité du champ de
température pariétal liée à l’alternance de zone chauffées et non chauffées (figure 1).
Concernant les études menées sur cet aspect, il a été montré que la non uniformité de la
distribution des flux de chaleur le long des parois favorise un accroissement des échanges
de chaleur aux parois comparativement à une configuration de chauffage uniforme.
La morphologie d’une double-façade PV constitue alors, à travers l’alternance des
composants PV et des éléments verriers une solution a priori favorable au rafraîchissement
des cellules photosensibles. Nous appuyant sur l’ensemble de ces analyses nous avons
décidé de développer un dispositif expérimental en laboratoire représentant un modèle
physique d’une double-façade photovoltaïque. Ces conditions de laboratoire permettent
d’éliminer un certain nombre d’effets liés au vent, à la condensation éventuelle dans la
double-peau, ... ce qui est dans un premier temps indispensable afin d’analyser clairement
les effets liés au rapport de forme (largeur/hauteur) et à la répartition des flux de chaleur au
paroi sur les échanges de chaleur au paroi et les régimes d’écoulements.

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3. Description du dispositif expérimental en conditions de laboratoire

3.1. Dimensions et caractéristiques techniques

Ce banc (Vareilles, 2007) est constitué de deux parois verticales parallèles de largeur
L=0,70 m, de hauteur H=1,50m, espacées d’une distance d modulable [5cm-30cm]. Le
canal est fermé latéralement de manière étanche. Les sollicitations thermiques pariétales
sont imposées par une série de 15 feuillards inox par panneau d’épaisseur 50 µm et de
hauteur de bande 10 cm. Ces feuillards sont tendus et plaqués sur l’isolant par un
dispositif d’accroche reprenant leur dilatation lors des séquences de chauffe. La gamme
de puissance dissipée par les feuillards Inox peut aller jusqu’à 1500W/m² par paroi. Les
champs de température en paroi sont mesurés par 205 thermocouples type K disposés en
face arrière des feuillards. L’implantation des thermocouples est fixe et principalement
sur l’axe de symétrie vertical.
Des thermocouples sont implantés latéralement permettant de vérifier l’uniformité
des températures et, le cas échéant, d’évaluer les pertes latérales et éventuellement le
comportement bi ou tri-dimentionnel de l’écoulement. Dix-sept thermocouples
instrumentent aussi le local expérimental, permettent de mesurer les conditions
ambiantes et de regarder les effets de stratification.

10cm

Figure 2. Banc expérimental développé

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4. Evolution des transferts de chaleur aux parois

4.1. Détermination des coefficients d’échange convectifs

Les coefficients d’échanges convectifs locaux sont déterminés à par une technique
indirecte qui consiste à estimer l’ensemble des flux de chaleur participant au bilan
thermique surfacique de chaque feuillard, et ce à partir du champ de température
pariétale et des puissances surfaciques injectées par effet Joule.
Le flux convectif local [1], utilisé ensuite pour déterminer les coefficients d’échange
convectif [2] est donc estimé de la manière suivante :
Q& conv = Q& elec - Q& cond - Q& rad (1)
h= Q & / (Twall - Tinlet) (2)
c

où Q& &
elec est la puissance électrique locale injectée, Qcond est le flux local perdu par
&
conduction et Qrad le flux local échangé avec l’environnement (paroi opposée dans
canal et ambiance extérieure). Pour déterminer le flux perdu par conduction, nous avons
utilisé la loi de Fourrier 1-D en régime permanent où Rk est la résistance thermique du
panneau d’isolant dont la température dans l’alignement est Tb-i.
Q& cond =Ck(z)(Twall-Tb-i ) / Rk + Q&cond−ép− feuillard (3)

où Q&cond−ép− feuillard tient compte des pertes liées à l’épaisseur du feuillard inox (50 µm).
Ck(z) est un coefficient de correction déterminé à partir d’une analyse numérique du
problème couplé conduction/convection. Ceci permet de prendre en compte les effets de
bord entre une zone chauffée et non chauffée (nécessaire de prendre en compte pour le
cas du chauffage alterné). Le calcul du flux radiatif est réalisé à partir de la méthode de
Monte Carlo (Vareilles, 2007).
Une campagne de mesures consistant à faire varier la configuration de chauffage
(uniforme, alterné suivant différentes périodes spatiales), la largeur du canal et la
puissance injectée. Au total 22 expérimentations ont été menées. La gamme de
puissance injectée (électrique) s’étend de 60 à 500 W/m² .

4.2. Résultats

La figure 3 donne l’évolution des coefficients d’échanges convectifs déterminés par


la technique décrite précédemment. Ces résultats sont tout à fait cohérents avec ceux
obtenus numériquement lors d’une étude préalable (Vareilles, 2006). Le cas 1

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correspond au plus petit pas de zone de chauffe (10 cm), le cas 2 à 20 cm, etc. Le cas
Ref correspond à un chauffage uniforme sur une paroi, l’autre étant adiabatique et le
dRef aux deux parois du canal chauffées uniformément.
Pour l’ensemble des cas d’étude en chauffage alterné (cas 1 à 4), le coefficient
d’échange convectif local est supérieur à celui observé pour une répartition uniforme du
flux de chaleur. Ces écarts sont localement supérieurs de 60% à 30% environ suivant
que l’on se trouve en début ou en fin de zone chauffée. A l’échelle globale, l’alternance
de zones chauffées/zones non chauffées empêche les couches limites de s’épaissir ce qui
conduit à une augmentation des échanges convectifs. L’intensité de ces échanges est
(figure 3), très forte au début de chaque bord d’attaque thermique que représentent les
zones chauffées (objectif visé, car les zones chaudes modélisent les composants PV).
Ceci est indépendant du régime d’écoulement et peut représenter globalement une
différence de plus de 50% du niveau des échanges convectifs alors que la transition du
régime d’écoulement induit une augmentation généralement de 20 à 30% du niveau
atteint avant la transition.

Figure 3. Coefficient h d’échange convectif local pour l’ensemble des cas d’étude et
cas de référence (d/H=1/15 et qs=490 W/m²)

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5. Conclusion

Les différences observées entre les cas alternés eux-mêmes indiquent qu’il doit
exister un optimum sur la taille de la zone de chauffe et que l'alternance influence les
échanges de chaleur mais également le développement de l’écoulement. Ces études ont,
par ailleurs, permis de confirmer qu’il est nécessaire d’apporter des informations sur la
dynamique et la thermique (stratification) de l’écoulement en parallèle de l’évolution
thermique aux parois, ce que nous sommes en train de mettre en place (PIV, LDA et
système de déplacement de précision pour les températures).
N’ayant pas accès à cette information pour l’instant, le seul moyen dont nous
disposons actuellement est le recours aux simulations numériques que nous menons par
ailleurs.

Bibliographie

Aung W., Fully Developed Laminar Free Convection Between Vertical Plates Heated
Asymmetrically, Int. J. Heat Mass Transfer, 15, 1972, pp.1577-1580.
Brinkworth B. J., Marshall R. H., Ibarahim Z. A validated model of naturally ventilated PV
cladding. Solar Energy, 2000, vol. 69, n° 1, pp. 67-81.
Dalbert A.-M., Penot F., Peube J.-L., « Convection naturelle laminaire dans un canal vertical
chauffé à flux constant », Int. J. Heat Mass Transfer, 24 (9), 1981, pp.1463-1473.
Elenbaas W., “Heat Dissipation of Parallel Plates by Free Convection”, Physica 9 (1), 1942, pp.1-
28.
Fedorov A.G., Viskanta R., “Turbulent Natural Convection Heat Transfer in an Asymmetrically
Heated, Vertical Parallel-Plate Channel”, Int. J. Heat Mass Transfer, 40 (16), 1997, pp.3849-3860.
Miyamoto, Y. Katoh, J. Kurima, H. Sasaki, Turbulent Free Convection Heat Transfer from
Vertical Parallel Plates, Heat Transfer 1986, proc. 8th Int. Heat Transfer Conf., Hemisphere,
Washington, 1986, pp. 1593-1598.
Muresan C., Ménézo C., Bennacer R., Vaillon R., Numerical Simulation of a Vertical Solar
Collector Integrated in a Building Frame: Radiation and Turbulent Natural Convection Coupling,
Heat Transfer Engineering, 27 (2), 2006, pp.29-42.
Vareilles J., Ménézo C., Giroux-Julien S., Leonardi E., , Numerical simulation of natural
convection in double facades, Heat Transfer 2006, Proceedings 13th International Heat Transfer
Conference, Begell House Inc., New York, Published on CD-Rom, ISBN: 1-56700-226-9, 2006,
Paper NCV-44.
Vareilles J., Etude des transferts de chaleur dans un canal vertical différentiellement chauffé :
application aux enveloppes photovoltaïques-thermiques, Thèse de l’Université Lyon 1, octobre
2007