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I. Le bail commercial protège-t-il les commerçants ?

Le bail commercial confère au preneur le droit à la « propriété commerciale ».


Le statut de ce bail confère ainsi des avantages certains aux commerçants,
notamment en ce sens qu’il fait bénéficier en principe du droit au
renouvellement du bail - droit pour le preneur de bénéficier, à l’expiration
du contrat de bail initial, d’un nouveau bail. D’ailleurs, un commerçant est en
principe assurer d’une stabilité temporelle concernant son contrat de bail,
puisqu’en principe, celui-ci est conclue pour une durée égale ou supérieure à
neuf ans.
Un refus de renouvellement de la part du bailleur est encadré, assurant
encore une protection au commerçant. Soit le bailleur peut délivrer un congé
au preneur sans offre de renouvellement, soit répondre négativement à la
demande de renouvellement. Pour autant, ce refus entrainera le paiement
d’une indemnité d’éviction en direction du preneur s’il n’est pas motivé par
des motifs grave et légitime - manquement aux obligation contractuelles du
preneur ou au statut des baux commerciaux ; au comportement du locataire.
Ces motifs sont laissés à l’appréciation du juge.

Les parties sont tenues de respecter la destination du bail. Néanmoins, le


Code de commerce prévoit la possibilité d’une despécialisation partielle - le
preneur ajoute une ou plusieurs activités connexes ou complémentaires au
bail -, mais aussi d’une despécialisation plénière - changement « radical »
d’activité avec l’accord du bailleur. Ces possibilités sont protectrices : afin de
faire face à la conjoncture économique, à l’évolution de la demande etc, le
bailleur peut adapter ses activités. Aussi un refus de ce changement d’activité
de la part du bailleur doit-il être motiver pour motif grave et légitime.

Enfin, un commerçant est protégé concernant les différentes modalités de


révision du loyer du bail commercial - triennale ou résultant d’une clause
contractuelle. Par exemple, dans le cadre de la révision triennale, la
majoration du loyer résultant de la révision triennale ne peut aller au-delà de
la variation de l’indice trimestriel des loyers. Un déplafonnement est
envisageable en cas de variation de plus de 10% de la valeur locative, mais ce
déplafonnement connait un nouveau plafonnement : une variation, résultant
d’une modification des facteurs locaux de commercialité, ne peut être
supérieure à 10%, pour une année, à 10% du loyer pratiqué durant l’année
précédente. Ainsi, le commerçant peut demander de réviser à la baisse son
loyer mais se voit aussi protéger en cas d’augmentation de celui-ci.
II. Explication de la solution de l’arrêt Cass. Com., 25 janvier 2017, pour voi
n°15-130113.

Un GPMA - association -, afin de développer le « financement des biens


immobiliers » acquis par ses adhérents, a « noué » des relations avec la
société Rubis. Il semble que cette relation ait été rompue par l’association.
L’affaire étant menée jusqu’en cassation, question était de savoir si l’article L.
442-6,1,5° du Code de commerce - touchant notamment aux ruptures brutales
ou partielles des relations commerciales établies - avait lieu de s’appliquer à
l’espèce.

Pour la Cour, qui confirme la décision d’appel, l’application de l’article en


cause à l’association n’est pas exclue « dès lors qu’elle procède à une activité
de production, de distribution ou de ser vice ». L’arrêt pose néanmoins une
autre condition : l’association doit avoir entretenu avec le demandeur de
l’action une activité commerciale.
C ’est, ce qu’il s’agit donc de déterminer : le GPMA entretenait-il une relation
commerciale avec la Société Rubis ?

La cour affirme qu’aucune relation commerciale n’était entretenue entre la


société et le GPMA :
- la mission du GPMA se cantonnait à faciliter l’exécution du mandat de la
société.
- Le GPMA ne percevait pas de commissions ni ne bénéficiait « d’une prise en
charge de ses frais d’exploitation au titre de chaque affaire traitée par la
société ».
- le GPMA n’accomplissait pas d’actes de commerce. La jurisprudence avait
considéré qu’une association accomplissait de tels actes lorsqu’elle offrait
aux particuliers, de manière permanente, un site internet favorisant les
échanges d’immeubles (Com. 14 février 2006). En l’espèce l’association ne
faisait que « démarcher ».

L’article du Code de commerce ne peut donc pas s’appliquer.


III. Cas pratique.

1. Quelles actions la société DENIS peut-elle engager ?

Paul Roubier définissait le dénigrement, une des facettes de la concurrence


déloyale, comme les actes tendant à « jeter le discrédit sur un concurrent ou
sur les produits fabriqués ».

En l’espèce, la société Gray, concurrente de la société Denis, diffusait sur des


« forums de discussion » des messages tendant à déprécier l’activité et la
qualité des prestations de la société Gray. Le discrédit, c’est faire perdre ou
diminuer la valeur dont une chose jouit. En définitive, nous pouvons
considérer, a priori, que les messages diffusés tendaient à porter discrédit sur
les activités de la société Denis.

L’article 1240 - ancien 1382 - du Code civil dispose que « tout fait quelconque
de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel
elle il est arrivé à le réparer . »

La jurisprudence a affirmé que les actions en concurrence déloyale, dont fait


partie le dénigrement, trouvent leur fondement dans les articles 1382 et 1384
anciens du Code civil (Com. 29 mai 1967).

Il s’agit donc de la responsabilité civile du droit commun. C ’est donc sur ce


fondement que la société DENIS pourra engager la responsabilité de la
société Gray.

( parler de la diffamation)

2. Quelles sont les conditions nécessaires pour quel a société DENIS obtienne
gain de cause ?

Pour caractériser une faute en droit commun de la responsabilité civile, il


faut : un dommage - un préjudice -, un fait générateur - c’est à dire une faute
à l’origine du dommage -, et un lien de causalité - un lien entre la faute et le
dommage. Ce sont les trois conditions nécessaires pour que la société DENIS
obtienne gain de cause. Il faut néanmoins approfondir ces notions dans le
cadre de notre espèce.
D’abord, sur la faute. La société DENIS doit d’abord démontrer que les
informations que la société Gray a répandu ont un caractère péjoratif et
malveillant à l’encontre de son entreprise ou de ses produits. De ce fait, il
faut démontrer que ces informations ont porté le discrédit, que cela soit sur
sa fiabilité, la qualité de ses produits, ou encore son honorabilité. Il faudra
démontrer que ces informations n’étaient ni diffamantes - qui n’est pas un
acte de concurrence déloyale -, ni résultaient de la liberté d’expression. Aussi
les informations diffusées doivent-elles être publiques : en l’espèce, des
messages diffusées sur internet dans ce cadre sont clairement accessibles
publiquement.
De plus, les propos dénigrants doivent clairement visés la victime, et ce
même de manière allusive. Enfin, pour que le dénigrement soit caractérisé, il
faudra prouver la situation de concurrence entre les deux parties : ce que
rappelle notre énoncé.

Sur le dommage, la société DENIS doit prouver qu’elle a subit un préjudice


du fait des propos dénigrants, pouvant être moral ou encore de nature
économique - baisse du chiffre d’affaire avéré.
Enfin, un lien devra clairement être établi, d’une part, entre la société gray et
les propos dénigrants, mais aussi le lien entre le dommage subit par la
société DENIS - si dommage il y a - et les propos tenus diffusés sur le site
litigieux.

De la sorte, la société DENIS pourra obtenir des dommages et intérêts.

3. Quel est le juge compétent ?

La compétence d’attribution, en matière d’actes de concurrence déloyale -


dénigrement pour notre espèce - relève d’une manière générale du Tribunal
de commerce. En effet, le Tribunal de commerce est compétent pour
connaitre des litiges quasi délictuels ou délictuels opposant deux entreprises
commerciales. En l’espèce, toutes deux pratiquent des activités
d’intermédiaires visant à mettre en relation des particuliers souhaitant
acquérir ou vendre un bien. La juridiction consulaire sera donc compétente.
Il n’en serait néanmoins pas de même si la partie défenderesse ou
demanderesse n’avait pas la qualité de commerçant : selon les hypothèses,
l’on alternera entre compétence du juge civile - TGI - ou compétence du juge
consulaire.