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Université d’Athènes

Département de Langue et Littérature Françaises

Textes pour le cours :

Approches de la France contemporaine à travers les textes


(1019)

Enseignant : N. Manitakis

Athènes, Octobre 2017


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Université d’Athènes
Département de Langue et Littérature Françaises
Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
Nicolas Manitakis, manitaki@frl.uoa.gr, Bureau 815

Calendrier et thématique du cours


2/10/2017
2/10/17
Introduction
Présentation du cours

Géographie de la France
Superficie. Situation géographique. Relief (fleuves, haute montagne, forêts)
Division administrative (cantons, départements, régions). La France d’Outre-
Mer.
Textes : « france géographie », « géographie vocabulaire »

9/10/17
Langue française et francophonie
La diffusion du français dans le monde. Le français : langue des institutions
internationales. La Francophonie institutionnelle
Textes : « francophonie », « histoire de la Francophonie », «La langue française et la politique
culturelle de la France»

23/10/17
La France : une ancienne puissance coloniale
La formation d’un empire colonial. Aux origines de l’expansionnisme
français. Le débat sur le colonialisme. Le legs colonial : immigration et
francophonie.
Textes : « colonialisme », « vocabulaire colonialisme », « empires coloniaux », « vocabulaire
empires coloniaux », « Anatole France sur le colonialisme », « vocabulaire colonialisme »

30/10/17
Immigration et religion en France
L’immigration en France. Comment s’articule la question de l’immigration
avec celle de la religion ? Les Arabes aujourd’hui en France. La question de la
religion dans le passé : le massacre de la Saint-Barthélemy, l’Affaire Dreyfus.
La question de la religion aujourd’hui.
Textes : « immigration », « immigration vocabulaire », « religion », « vocabulaire religion »,
« Les Arabes aujourd’hui en France », « immigration et intégration »

6/11/17
Culture et politique culturelle de la France
La politique culturelle de l’Etat français. Pratiques culturelles de Français. La
culture en fête : musique, cinéma, livres.
Textes : « La culture en France », « vocabulaire culture »,
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13/11/17
Les institutions politiques de la République Française
La Ve République. Organisation du pouvoir politique. Principales institutions :
Présidence, Parlement, Sénat. .
Textes : «institutions politiques»

Comment rédiger un « commentaire composé » ?


Texte : « rédaction d’un commentaire composé »
20/11/17
La société française : les femmes
Quelle est la position aujourd’hui de la femme dans la société française ? La
parité entre l’homme et la femme a-t-elle été acquise ?
Textes : « Les femmes aujourd’hui en France», « combat féministe aujourd’hui »

27/11/17
La société française : couples et familles
Nouvelles formes de famille. Les traditionnels liens de parenté à l’épreuve de
la transformation de la société française.
Textes : « familles couples parents », « familles en France », « vocabulaire familles en
France »

4/12/17
L’homosexualité en France et en Europe : mariage et droit d’adoption.
« Mariage pour tous » ? La question du droit au mariage et du droit d’adoption
pour les homosexuels.
Textes: « Mariage homosexuel : la fin d'une discrimination millénaire »

11/12/17
La crise économique et les jeunes en Europe
Causes et conséquences de la crise économique. Les facettes multiples de la
récession. Comment les jeunes européens affrontent la question de la crise ?
Textes: « Les jeunes et la crise économique en Europe », « les jeunes premières victimes de la
crise»

18/12/17
Etudes universitaires et mobilité étudiante
Textes: « Venir étudier en France», « Avantages du programme Erasmus »

8/1/18
L’Islam en France.
Musulmans de France. Intégration. Discriminations. Terrorisme.Islamophobie.

La chanson française.
De la Marseillaise à Zaz.
Textes : « chanson française », « vocabulaire chansons françaises »
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Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
Nicolas Manitakis manitaki@frl.uoa.gr Bureau 815 : Lundi 18h-19h
2/10/2017
Géographie de la France
La France s'étend sur 550 000 km2 – contre 130 000 km2 pour la Grèce - ce
qui en fait le plus vaste pays d'Europe devant l'Espagne, l'Allemagne et la Suède.
Située à l'ouest du continent européen, elle a pour voisins six États : la Belgique et le
Luxembourg au Nord, l'Allemagne et la Suisse à l'Est, l'Italie au Sud-Est et l'Espagne
au Sud-Ouest.
Elle dispose d'une double ouverture maritime, d'une part sur la mer du Nord et
la Manche, d'autre part sur l'océan Atlantique et la mer Méditerranée, qui figurent
parmi les mers les plus fréquentées du globe. Ces étendues maritimes facilitent les
relations avec l'Europe du Nord, l'Amérique et l'Afrique.
Le territoire français s'inscrit dans un hexagone et offre une exceptionnelle
diversité de paysages ; cette situation contribue largement au développement
touristique, d'autant que s'y ajoute un riche patrimoine culturel.
La haute montagne est surtout bien représentée dans les parties centrales des
Pyrénées, des Alpes et du Massif Central. Ces massifs, qui débordent les limites du
territoire national, culminent à de hautes altitudes : les Alpes à 4 807 m au Mont
Blanc, les Pyrénées à 3 298 m au Vignemale. Ils offrent des reliefs majestueux.
Quatre fleuves importants drainent le territoire et constituent des axes
privilégiés de développement industriel et urbain. La Loire (1012 km) et la Garonne
(575 km) ont un régime assez irrégulier et ils sont inadaptés à la navigation moderne.
Leur estuaire abrite cependant des ports actifs comme Nantes-Saint-Nazaire et
Bordeaux. Les autres fleuves, bien aménagés et au régime plus régulier, sont de
grands axes de circulation. C'est le cas de la Seine (776 km) qui fait de Rouen et du
Havre les grands ports du Bassin parisien. C'est aussi le fait du Rhône (522 km en
France), bien aménagé de Lyon à la mer. Quant au Rhin, qui forme sur 190 km de son
cours la frontière franco-allemande, il constitue l'une des principales artères
navigables du monde.

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Outre son espace métropolitain, situé sur le continent européen, la France
compte des territoires dispersés dans toutes les régions de la planète. Héritées de son
passé colonial et des périples accomplis par ses explorateurs, ces régions couvrent
environ 120 000 km2. Si elles ne rassemblent que 2,2 millions d'habitants (contre
60 millions en France métropolitaine), elles contribuent à la présence de la France sur
tous les océans, fournissent des boissons et des fruits tropicaux ainsi que des minerais.
Elles présentent aussi un potentiel touristique remarquable et confèrent à la métropole
un vaste espace maritime, puisque la France exerce sa juridiction sur un domaine
maritime qui est le troisième du monde par l'étendue. Ces France lointaines sont
d'abord constituées par quatre départements d'outre-mer (DOM), situés dans des
régions tropicales. Trois d'entre eux, la Guadeloupe et la Martinique dans les
Antilles, et la Réunion dans l'océan Indien, sont des îles montagneuses. Un autre, la
Guyane, se situe en Amérique du Sud.
Division administrative de la France : régions, départements, communes
La France compte désormais 101 départements, dont 96 sont métropolitains.
Ils sont divisés en cantons, qui, eux, se découpent en communes.
En 1956 une nouvelle circonscription territoriale administrative est créée : la
Région, qui groupe plusieurs départements.
Le territoire français a été divisé en 26 régions, dont 22 se trouvent sur
l’espace métropolitain et 4 dans le territoire d’outre-mer.

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Nicolas Manitakis manitaki@frl.uoa.gr Bureau 815: Lundi 18h-19h
9/10/2017

La langue française et la politique culturelle de la France

Un héritage prestigieux
Une langue internationale. Le français est aujourd'hui parlé couramment par
environ 120 millions de personnes dans le monde et utilisé par 145 millions d'autres
personnes. Cela le place loin derrière le chinois (un milliard de locuteurs) dans la

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hiérarchie quantitative des langues. Mais le français est avec l'anglais la seule
véritable langue internationale. C'est la langue étrangère la plus enseignée dans le
monde après l'anglais. C'est une langue officielle pour des organisations comme
l'ONU ou le Comité international olympique.
Une culture influente. Ce rayonnement s'explique par le passé prestigieux de
la France. Le français était la langue des élites européennes aux XVΙΙe et XVIIIe
siècles. La Révolution française en a fait la langue du progrès : « La liberté, les droits
de l'homme, la fraternité ont pour la première fois dans le monde été proclamés en
français » (E. Renan). La colonisation a ensuite contribué à la diffusion du français,
en Amérique d'abord, puis en Afrique, au Proche-Orient et en Indochine au XIXe
siècle. La France est l'un des seuls pays, avec les États-Unis, qui pense que sa culture
a un rôle universel à jouer.
Un déclin à conjurer ?
La menace anglo-saxonne. Le déclin relatif de France à partir de 1918 s'est
traduit par un recul du français, supplanté par l'anglo-américain comme langue
internationale. (…). L'hégémonie des États-Unis à partir de 1945 accentue ce
phénomène, qui atteint la France non seulement dans son rayonnement, mais dans son
cœur même. La langue anglaise et la culture américaine sont de plus en plus
présentes dans le monde des affaires, de la publicité, de l'audiovisuel, de la recherche
scientifique.
La riposte. L'État français, qui a une longue tradition d'intervention dans le
domaine culturel, entend réagir à cette situation. La question de la langue est un enjeu
essentiel dans le contexte de la mondialisation. La France mène donc une politique
culturelle active. Certains y voient une résistance à l'hégémonie américaine; d'autres
le combat d'arrière-garde d'une France nostalgique de sa grandeur passée.

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La politique culturelle de la France
En France. La production de films français est encouragée par des
subventions de l'État. (…) La loi Toubon (1994) entend protéger la langue française
dans l'Hexagone. Des quotas sont imposés depuis 1996 dans l'audiovisuel: les radios
doivent diffuser 40 % de chansons françaises et les chaînes de télévision 40 %
d'œuvres en français.
Dans le monde. La France est l'un des seuls pays à disposer d'une véritable
diplomatie culturelle. Elle s'appuie sur le réseau des instituts culturels et des Alliances
françaises, et sur des médias à vocation internationale. La France agit aussi dans le
cadre de la francophonie. Initiée au début des années 1960 par le Sénégalais Senghor
et le Tunisien Bourguiba, la francophonie est soutenue par le Canada. La France,
soucieuse d'éviter l'accusation de néocolonialisme, s'y rallie progressivement. La
francophonie s'organise à partir des années 1970.

La diversité culturelle. La francophonie défend non seulement le français/mais


toutes les langues qui se sentent menacées par l'hégémonie de la culture américaine
Elle lutte maintenant pour la diversité culturelle, en liaison avec l'Unesco, et pour le
plurilinguisme, en liaison avec l'Union européenne et l'ONU.
Diversité culturelle : préférée aujourd'hui à « exception culturelle », cette expression
désigne l'ensemble des cultures du monde, considérées comme un patrimoine à
protéger. Francophonie : terme inventé en 1880 pour désigner l'ensemble des
personnes utilisant la langue française dans le monde. Depuis les années 1970, le mot
désigne un projet politique, rassemblant les États qui veulent promouvoir le français.
Alliances françaises : depuis 1883, ces associations privées, installées dans de
nombreux pays, enseignent la langue et la civilisation françaises. Présentes dans 135
États, elles sont subventionnées par l'État français.
«Franglais»: terme popularisé en 1964 par René Étiemble (Parlez-vous franglais ?) et
désignant de manière péjorative un mélange de français et de termes anglais.
Loi Toubon: votée en 1994 à l'initiative du ministre de la Culture Jacques Toubon,
elle rend le français obligatoire dans les lieux et les services publics, la publicité, les
entreprises installées en France.
Source : Histoire Term, dir. G. Le Quintrec, Paris, Nathan, 2008.

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Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
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9/10/2017

La présence de la langue française dans le monde et la Francophonie

Présente sur les cinq continents, la langue française est la langue maternelle ou
seconde de plus de 180 millions de personnes, et elle est apprise par 82,5 millions
d'autres personnes. En nombre de locuteurs, le français est la neuvième langue et est
présent dans les systèmes éducatifs de toutes les régions du monde.
La politique de promotion de la langue française s'appuie sur un réseau de 800
agents spécialisés (attachés de coopération éducative, attachés de coopération pour le
français, directeurs de cours, chargés de mission pédagogiques...) présents sur le
terrain et sur de nombreux partenariats, locaux et internationaux. Les 151 centres et
instituts culturels français et les 280 alliances françaises soutenues par le ministère
des Affaires étrangères délivrent des cours de français à près de 500 000 élèves. 90
000 enseignants étrangers, pour la plupart réunis au sein de la Fédération
internationale des professeurs de français (FIPF), enseignent le français au sein des
systèmes éducatifs nationaux. Avec l'appui de la France et d'autres États
francophones, la communauté francophone est devenue une véritable enceinte de
coopération tant linguistique et culturelle qu'économique et politique. Une « Journée
de la francophonie » est célébrée chaque année.
Langue officielle et de travail des organisations internationales, au premier
rang desquelles l'ONU et l'UE, la langue française est le trait d'union entre les
cinquante-six États et gouvernements de l'Organisation internationale de la
francophonie (OIF) qui concernent 10% de la population mondiale, fournissent 11%
de la production mondiale et génèrent 15% du commerce international.
L'acte fondateur de la francophonie institutionnelle a été la création, en 1970 à
Niamey, de l'Agence de coopération culturelle et technique, devenue Agence
internationale de la francophonie (AIF). Neuf sommets francophones se sont tenus1.

1 Α Versailles (1986), Québec (1987), Dakar (1989), Paris (1991 ), Port-Louis (1993), Cotonou (1995), Hanoï
(1997), Moncton (1999) et Beyrouth (2002).
8
Depuis le sommet de Hanoï, l'organisation est dotée d'un secrétaire général élu pour
quatre ans par les chefs d'État et de gouvernement. Unis par les valeurs
démocratiques, les droits de l'homme, le souci d'une mondialisation plus égalitaire et
l'attachement à la diversité culturelle, les pays francophones font entendre leur voix
sur les grands débats mondiaux en cours.

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23/10/2016
Aux origines du phénomène colonial (1850-1914)
Les causes de l'expansion
L'émigration européenne. De 1850 à 1914, près de 50 millions d'Européens partent
vers les pays neufs, attirés principalement par les États-Unis, mais aussi par le Brésil,
l'Argentine ou les colonies de peuplement britanniques. Cette migration de masse
diffuse les langues, les cultures et les valeurs des nations européennes.
La supériorité technique. La révolution industrielle donne à l'Europe une supériorité
technique manifeste, qui lui permet d'unifier l'espace mondial. En effet, l'Europe est à
l'origine des principaux progrès des moyens de transport et de communication, de la
navigation à vapeur au télégraphe. Le percement des grands canaux transocéaniques, Suez
(1869) et Panama (1914), raccourcit spectaculairement les distances. La supériorité militaire
et les progrès sanitaires pour les colons (quinine contre le paludisme) constituent aussi des
atouts décisifs.
La domination économique. L'Europe occidentale réalise plus de 60 % du commerce
mondial en 1914. La structure des échanges lui est favorable, car elle exporte ses produits
manufacturés et importe surtout des produits bruts. Elle envoie ses capitaux dans le
monde entier, qu'il s'agisse d'investir directement dans l'économie ou de prêter de
l'argent à des États lourdement endettés, comme l'Empire ottoman. La livre sterling est
alors la monnaie des règlements internationaux.

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Le triomphe de l'idée coloniale
Le renouveau du colonialisme. (…) Missionnaires et militaires, chambres de commerce
et sociétés de géographie constituent de puissants groupes de pression qui encouragent les
explorations, organisent des expositions et diffusent des récits de voyage enthousiastes. Le
Parti colonial s'efforce de convaincre des opinions, plus indifférentes que réticentes, des
bienfaits de l'expansion.
La « mission civilisatrice ». Les arguments avancés en faveur de la colonisation sont très
divers : la recherche de marchés, la quête de placements sûrs, l'orgueil national, les
préoccupations stratégiques. Mais le principal, c'est la conviction largement partagée
que les nations d'Europe ont une responsabilité vis-à-vis de peuples «en retard», voire «
inférieurs ». Au nom de cette mission civilisatrice, avancée en France aussi bien par les
Églises que par les républicains, les colonies ne sont pas seulement une « bonne affaire
», mais aussi un « fardeau » ou un « devoir ». Dans la plupart des cas, l'expansion coloniale
masque mal un mépris de l'autre et un racisme alors très présent au sein des populations
européennes. (…)
Une propagande efficace. Malgré ces contradictions, le discours colonial, nourri de
préjugés racistes, de mythes et d'illusions, ne soulève guère de réserves avant 1914.
Relayé par la presse, la littérature et l'école, il joue alors un rôle majeur dans les sociétés
européennes et entretient le sentiment nationaliste.

Source : Histoire Term, dir. G. Le Quintrec, Paris, Nathan, 2008

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23/10/2017
Empires européens et colonialisme
Pratiques politiques et idéologie coloniale
L'Empire français. C'est le deuxième empire colonial, avec 10 millions de km2 et environ
50 millions d'habitants. Il ne compte pas de colonie de peuplement, même si l'Algérie
comporte une forte minorité européenne ; pour cette raison, l'Algérie est rattachée directement
à la métropole. Partout, la politique officielle repose sur l'assimilation et sur une
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administration centralisée dans le cadre de grands ensembles territoriaux : Afrique Occidentale
Française (A.O.F.) et Afrique Equatoriale Française (A.E.F.) en Afrique, Madagascar, Union
indochinoise en Asie.
Un même ordre colonial. Au-delà de ces approches, l'ordre colonial imposé par les
puissances repose sur la violence et l'exclusion. […]. Partout, les droits accordés aux
colonisés sont limités par peur de les voir se retourner contre la métropole.

L'exploitation des colonies


Des « progrès » très relatifs. Le discours colonial souligne les progrès réalisés, qu'il
s'agisse de l'élimination des maladies endémiques, de l'encadrement scolaire, le plus
souvent œuvre des missionnaires, ou des efforts d'équipement ferroviaire ou portuaire.
Toutefois, les résultats d'ensemble paraissent bien maigres, tant la logique de la « mise
en valeur » reste dominée par les intérêts des colons et les besoins des métropoles.
Une économie au service de la métropole. Les cultures vivrières sont sacrifiées au
profit des produits d'exportation (denrées tropicales et cultures industrielles) :
l'Indochine le caoutchouc; le Maroc, les phosphates, etc. En retour, les colonies doivent
absorber les produits fabriqués par la métropole, la récession des années 1930 aggravant
cette dépendance avec l'adoption de la « préférence impériale ».

Mythes et réalités de l'ordre colonial


Des sociétés bouleversées. Malgré les protestations humanitaires, le travail forcé et les
réquisitions de main-d'œuvre dominent sur les plantations et les grands chantiers en
Indochine ou en Afrique noire. Les paysans, traumatisés par la brutalité des changements,
chassés par la concentration des terres, s'entassent dans les quartiers indigènes des villes
coloniales, formant un prolétariat misérable.
L'évolution des élites indigènes. Le pouvoir colonial a suscité de nouvelles élites :
petits fonctionnaires, journalistes, médecins ou entrepreneurs sont souvent attachés à
l'ordre colonial. Mais, déchirés entre deux cultures, certains souffrent du mépris dont les
entourent les colons et songent à la rupture avec la métropole. Ils se tournent de plus
en plus vers le nationalisme.
L'apogée du colonialisme. Pourtant, dans les années 1930, l'idéologie coloniale
triomphe partout : à travers la littérature et le cinéma, l'école, la publicité ou la carte
11
postale, s'invente la figure de l'indigène, ce «grand enfant» que l'Europe se doit de
guider et d'encadrer. L'Exposition coloniale en 1931 constitue l'apogée de cette vision et
place, tardivement, les empires au cœur de l'imaginaire des Européens.
Source : Histoire Term, dir. G. Le Quintrec, Paris, Nathan, 2008

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23/10/2017

Pour l'humanité, contre la colonisation

Mais si le peuple français n'a nul avantage à posséder des terres en Afrique et
en Asie, ses gouvernements trouvent, au contraire, des avantages nombreux à lui en
acquérir. Ils se concilient par ce moyen la marine et l'armée qui, dans cette politique,
recueillent des grades, des pensions et des croix, en outre de la gloire qu'on remporte à
soumettre les nègres. Ils réjouissent les armateurs, constructeurs, fournisseurs
militaires (...). Ils flattent la foule ignorante, orgueilleuse de posséder par delà les
mers un empire qui fait blêmir l'Allemand et jaunir l'Anglais. Cette foule n'aurait rien
de plus pressé que de se débarrasser de l'empire si elle lisait le budget de nos colonies.
Mais la foule ne sait pas lire un budget. (...)
La grande valeur humaine, c'est l'homme lui-même. Pour mettre en valeur le
globe terrestre, il faut d'abord mettre l'homme en valeur. Pour exploiter le sol, les
mines, les sources, toutes les substances et toutes les forces de la planète, il faut
l'homme, tout l'homme, l'humanité, toute l'humanité. L'exploitation complète du globe
terrestre exige le travail combiné des hommes blancs, jaunes et noirs. En réduisant, en
diminuant, en affaiblissant, pour tout dire d'un mot, en colonisant une partie de
l'humanité, nous agissons contre nous-mêmes. Notre avantage est que les peuples
jaunes et noirs soient puissants, libres et riches. Notre prospérité, notre richesse
dépendent de leur richesse et de leur prospérité.

Anatole France, Contre la folie coloniale, 1904.

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30/10/2017
L’immigration en France
La France est depuis longtemps un pays d'immigration, qui a connu deux
grandes vagues d'immigration dans les années vingt et les années soixante. Après la
Première Guerre mondiale, Belges, Polonais, Italiens, Nord-Africains, Indochinois
sont venus augmenter la population active, très touchée par la perte de 1,4 million
d'hommes jeunes et le nombre d'invalides. A partir de 1945, afin de pallier la pénurie
de main-d'œuvre et de répondre aux besoins de l'économie en pleine expansion,
l'immigration des Espagnols, Portugais, Africains, et surtout, Maghrébins, a été
encouragée. Après 1974, la crise économique a entraîné l'arrêt officiel de
l'immigration, sauf pour les cas de regroupement familial et de droit d'asile.
Connaître le nombre des immigrés est difficile parce que les enfants
d'immigrés nés en France sont Français. Au dernier recensement de 1999, 4.000.000
environ immigrés, dont les origines géographiques sont de plus en plus diversifiées,
ont été recensés, soit 7 % environ de la population, proportion constante depuis 1975.
Plus d'un immigré sur trois est de nationalité française et les naturalisations ont doublé
en dix ans.
Essentiellement masculine l'immigration répondait autrefois à un besoin de
main-d'œuvre. Aujourd'hui, elle est souvent liée au regroupement familial et
l'équilibre hommes/femmes est atteint. Près de deux immigrés sur trois résident dans
une agglomération de plus de 200 000 habitants, seulement 3 % vivent dans des
communes rurales alors que 37 % sont installés en région parisienne. Les immigrés
sont principalement ouvriers dans la construction, l'industrie automobile et les
services aux entreprises, alors que les femmes immigrées se retrouvent davantage
parmi les personnels de services directs aux particuliers. Ils sont donc plus touchés par
le chômage que le reste de la population, les femmes encore plus que les hommes.
L'accès des femmes immigrées au monde du travail a bouleversé les modes de
vie des populations immigrées. De plus en plus de femmes actives étrangères adoptent
les mœurs des femmes françaises mettant à mal les modèles traditionnels des rôles

13
masculins et féminins de leur pays d'origine. Les jeunes filles réussissent mieux à
l'école et trouvent plus facilement du travail. Adultes, elles sont de plus en plus
nombreuses à oser un mariage mixte, voire l'union libre. Elles utilisent la
contraception, ont moins d'enfants et les naissances sont plus tardives. Elles
encouragent leurs enfants dans les études, si bien qu'à situation familiale et sociale
identique le taux de réussite scolaire des enfants d'immigrés est égal à celui des
Français de souche; la maîtrise de la langue, qui dépend de l'ancienneté de
l'immigration, est un facteur déterminant de réussite,
Les immigrés rencontrent souvent des difficultés d'ordre culturel : la religion,
les codes de conduite, les rapports d'autorité au sein de la famille ou du groupe sont
autant d'éléments qui se heurtent à une réalité culturelle différente. Une majorité
d'entre eux surmontent ces problèmes en se créant une identité intermédiaire,
conciliant leur identité d'origine et l'intégration dans la société française. Ainsi, les
jeunes Beurs, jeunes Maghrébins nés en France de parents immigrés, parlent arabe
avec leurs parents, mais le français est considéré comme leur langue maternelle. Ils
conservent quelques pratiques religieuses comme le ramadan ou les interdits
alimentaires, ils maîtrisent les codes culturels du pays d'accueil sans abandonner leur
culture d'origine. Contrairement à d'autres pays d'Europe, on assiste en France à de
véritables mélanges entre populations. Pourtant l'image de cette intégration
silencieuse et majoritaire est assombrie par les problèmes existant dans certaines cités
de banlieues. Dans les années soixante-dix, les Français de souche ont quitté les cités
pour, le plus souvent, accéder à la propriété dans des lieux plus confortables. Les
familles immigrées les ont remplacés dans les cités, mais avec la montée du chômage
et la crise économique la situation s'est dégradée : la violence est apparue et les crimes
et incidents à caractère raciste se sont multipliés. Certains en arrivent à refuser
l'intégration et cherchent dans l'intégrisme islamique les promesses d'un monde
meilleur. Le sport devient un des biais de l'intégration ; les jeunes issus de
l'immigration y trouvent un encadrement, une hygiène de vie et des règles, une
identification avec un quartier ou une cité. Ils peuvent également y rencontrer la
réussite, et il y a de plus en plus de jeunes issus de l'immigration parmi les sportifs
professionnels.

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Source : France. La Documentation Française, Paris, 2004.

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30/10/2017

Immigration et intégration : Les Arabes aujourd’hui en France

Les immigrés d'Afrique du Nord et leurs enfants sont aujourd'hui profondément


enracinés dans le pays. L'assimilation culturelle, généralisée, s'accompagne cependant
d'une intégration sociale insuffisante. Tandis que la façon de vivre l'islam en pays laïc
reste l'objet de toutes les interrogations.

Il naît en France de plus en plus de Nassim, Bilal, Yanis-Alexandre ou Rachid-


Nicolas, et Rayan est devenu l'année dernière le prénom le plus donné en Seine-Saint-
Denis. Dans le même temps, les mairies françaises dotent leurs cimetières de « carrés
» orientés vers La Mecque et les hôpitaux publics se préoccupent de trouver des
aumôniers musulmans. Quelques signes, parmi bien d'autres, de l'enracinement
profond d'une communauté qui combine intégration à la culture française et racines
arabes. [...].

Qui sont-ils ? Si l'on excepte les rares Irakiens, Libanais, Jordaniens et Syriens
présents dans le pays, l'histoire des « Arabes » de France est avant tout celle des
immigrés d'Afrique du Nord et de leurs enfants. Pourquoi sont-ils venus ? Comme les
Belges, les Italiens et les Polonais avant eux, pour combler les besoins en main-
d'oeuvre dans le bâtiment et l'industrie automobile, encouragés à la fois par l'État
français et par leurs pays d'origine. Aux travailleurs algériens arrivés en masse dès
1945, recrutés pour la plupart parmi les paysans, se sont ajoutés les Marocains et les
Tunisiens dans les années 1970. Parallèlement s'est développée une immigration
clandestine destinée à contourner les rigidités de la réglementation. [...].

Comment être musulman dans un État laïque au long passé catholique ? Y a-t-il un «
repli religieux » quand l'intégration échoue ?

15
Cinquante ans après le début des arrivées massives, alors que le nombre de personnes
d'origine maghrébine est […] proche de 2,4 millions, les travaux des chercheurs
montrent comment l'assimilation culturelle, généralisée, s'est accompagnée d'une
réussite sociale bien plus contrastée ; et comment ces lignes de fracture définissent le
visage, encore mal connu, de l'islam de France.

Quel bilan tirer d'abord de l'assimilation culturelle ? L'historien Gérard Noiriel


souligne la remarquable similitude de parcours des populations d'origine maghrébine
et des vagues migratoires précédentes : « L'assimilation est essentiellement affaire de
temps, bien plus que de volontarisme politique. » Elle se joue dans les contacts
quotidiens, à l'usine ou dans le voisinage pour les parents, à l'école ou dans le sport et
la musique pour les enfants.

Avec quels résultats ? Pour les travailleurs immigrés et leurs femmes venues les
rejoindre, l'enracinement passe par l'installation dans un logement plus stable
l'appartement familial dans une HLM remplace souvent la chambre dans un foyer ou
l'habitation dans un bidonville. Il entraîne aussi une demande croissante de
naturalisation un peu plus de 30 % des immigrés sont devenus français, et un abandon
progressif de l'idée de retour.

La question de l'assimilation se pose dans des termes bien différents pour les enfants
d'immigrés, arrivés jeunes ou nés en France. D'après une enquête de l'Institut national
d'études démographiques […] ils possèdent pour la plupart la nationalité française,
parlent couramment français et de moins en moins arabe, et n'envisagent
qu'exceptionnellement de s'installer dans le pays de leurs parents - les plus rétives
étant les filles d'origine algérienne. Leur âge au mariage et leur fécondité se
rapprochent des moyennes nationales ; ils sont inscrits sur les listes électorales et ont
un taux très faible de pratique religieuse. [...].

Enfin, on note un progrès concernant les mariages mixtes : l'étude de l'INED estime
que 50 % des hommes d'origine algérienne vivent avec une épouse ou une concubine
dont les deux parents sont français, alors que 24 % des femmes d'origine algérienne
ont un compagnon français « de souche ». [...].
16
Constat plus remarquable encore : le degré d'assimilation dépend peu du niveau
d'insertion sociale. Si la maîtrise de la culture classique est réservée à ceux qui ont
réussi leur parcours scolaire, les autres prennent de toute façon l'accent de la région,
supportent l'équipe de foot locale et s'identifient à leur cité. Comme la plupart des
jeunes de leur âge, ils préfèrent le bistrot ou les fast-foods à la fréquentation de la
mosquée. [...].

Certains de ces Français d’origine arabe réussissent une remarquable ascension


scolaire puis professionnelle, pour former une partie des élites des années 1990 -
cadres, médecins, professeurs, entrepreneurs, avocats ou journalistes. [...].A l'écart de
ces réussites, une fraction importante reste dans une situation très préoccupante, entre
chômage et emplois précaires. Le taux de chômage des hommes de 22-29 ans dont les
deux parents sont nés en Algérie est de 42 %, contre 11 % en moyenne pour les
Français de parents également français [...].

Pourquoi cette accumulation de handicaps ? […] D'abord les jeunes d'origine


maghrébine peuvent difficilement utiliser les réseaux familiaux pour trouver un
emploi ou un stage. Ensuite, leur préférence pour les filières générales de
l'enseignement secondaire est également plus risquée : si elle ne se solde pas par
l'obtention d'un diplôme, elle devient bien moins « payante » sur le marché du travail
que le choix des filières techniques ou de l'apprentissage. Reste enfin « l'hypothèse
d'une probable discrimination à l'embauche » , préoccupation désormais affichée des
pouvoirs publics, dont on peine pourtant à évaluer l'ampleur.

Seconde conséquence des désillusions de la lutte politique : la « réislamisation ».


C'est d'abord le spectre d'un islamisme transnational, plus proche de l'embrigadement
sectaire que du retour au religieux, et dirigé autant contre la société française que
contre l'islam des parents. [...]. La peur d'une dérive islamiste ne se limite pas à sa
composante terroriste : l'« affaire du foulard » [..] a suscité la crainte d'un
fondamentalisme incompatible avec la laïcité, niant la séparation du politique et du
religieux. [...].

17
De même, la « réislamisation » des jeunes de banlieue à la fin des années 1980 a
souvent été vécue comme une alternative à la délinquance, une recherche d'équilibre
individuel et d'identité valorisante. Enfin, phénomène plus récent, l'aspiration à « une
religion qui s'exprime à l'extérieur et de manière collective » , la pratique
quotidienne, c'est-à-dire l'observation des cinq prières canoniques et la fréquentation
de la mosquée, serait en forte hausse. Conséquence visible : les projets de lieux de
culte fleurissent un peu partout pour pallier l'insuffisante capacité d'accueil des 1 558
mosquées et salles de prière recensées en 1999 par le ministère de l'Intérieur.

[...]. Si les Arabes s'éloignent progressivement de leur culture comme de leur


condition sociale d'origine, ils demeurent le plus souvent musulmans. Montrant ainsi
la nécessité d'assurer à l'islam, dans le cadre de la république laïque, une
représentation institutionnelle.

Source : Coralie Febvre, «Comment peut-on être arabe en France ?», L'Histoire, n°272, 2002.

Université d’Athènes
Département de Langue et Littérature Françaises
Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
Nicolas Manitakis manitaki@frl.uoa.gr Bureau 815 : Lundi 18h-19h
30/10/2017

Immigration, religion, intégration

Depuis la fin des années 70, (…) la xénophobie, le racisme et l'antisémitisme


tendent à se banaliser. (…)
Dès son arrêt officiel (1974), l'immigration a été construite dans la rhétorique
dominante, comme un « problème-obstacle », c'est-à-dire un problème qu'on cherche
non à résoudre mais à reproduire à des fins partisanes. Considérés comme trop
exogènes culturellement, les immigrés interrogeraient en profondeur l'identité
française. Pour les uns, surtout à gauche, leur « assimilation » est mal venue parce
qu'elle fait écho à une vision du monde dépassée, « jacobine » et pleine de relents
coloniaux ; pour les autres, surtout à droite, elle est impossible car les immigrés,
surtout ceux de confession musulmane, sont « porteurs » d'un système de moeurs et
de croyance incompatible avec la tradition française.
18
La tradition française d'intégration culturelle n'est pourtant pas une
abstraction. Depuis le XIXe siècle, chaque fois que la France a été confrontée à la
présence importante de populations allogènes, s'est opéré un processus d'intégration
par assimilation qui, en dépit de situations fortement conflictuelles, a fini par se
réaliser. L'intégration par assimilation, c'est la francisation de nouveaux venus. Si le
terme peut choquer, il ne signifie pas pour autant que l'individu renonce à sa
confession, à sa langue d'origine ou à celle de ses parents.

Il s'agit plutôt d'un comportement public et rien ne s'oppose à l'expression de


la singularité de chacun dans l'espace privé. L'intégration sociale rend possible
l'assimilation culturelle, et celle-ci, en retour, aide à l'affirmation de la citoyenneté. Or
l'affaiblissement des capacités d'intégration du système social français à partir de la
fin des années 70 a entraîné de fait la perturbation de ses capacités d'assimilation.
[…].
Pour la troisième fois de son histoire, la France catholique est en effet
confrontée à la présence d'une population confessionnelle spécifique : après les
protestants et les juifs, désormais c'est l'islam qui s'enracine dans le creuset français.
Les deux précédentes confessions n'ont pas été intégrées facilement : de la Saint-
Barthélemy à l'affaire Dreyfus, la France catholique monarchique ou catholique
républicaine a montré de sérieuses résistances. Avec l'islam, la France républicaine a
en plus un contentieux qui remonte à la colonisation et à la décolonisation de
l'Afrique du Nord.
La question posée aujourd'hui par la présence des immigrés de confession
musulmane est tout à fait différente : il s'agit d'une population minoritaire destinée,
comme les protestants et les juifs, à vivre en France même et ayant donc vocation à
s'assimiler au moule culturel français, lui-même en pleine mutation. […]
Or […] toutes les enquêtes démontrent que, dans leur immense majorité, les
immigrés se sont de fait assimilés aux modèles culturels dominants en France.

Source : Sami Nair, « France, la crise de l'intégration », Le Monde, 23.04.96

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Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
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30/10/2017

La religion et les valeurs

La France est un pays laïc, de tradition et de culture catholiques. Jusqu'au


milieu des années soixante l'Église catholique était une institution et 91,7 % des
nouveau-nés étaient baptisés.

Dès le début des années soixante, la pratique dominicale a chuté dans les
régions les plus pratiquantes, et les différences entre les régions se sont estompées.
Les principales religions sont, d'après un sondage réalisé en mars 2003, la religion
catholique (62% des Français), la religion musulmane (6%), la religion protestante
(2%) et la religion juive (1%), 26 % des Français se déclarent sans religion. Toujours
d'après le même sondage, 41 % des Français tiennent pour improbable ou exclue
l'existence de Dieu et 58 % la considèrent comme certaine ou probable.

L'individualisation de la morale entraîne inévitablement la tolérance des


différences. Le phénomène dominant est la diversification des systèmes de valeurs et
non l'affadissement des valeurs. Les Français sont de plus en plus tolérants en matière
de mœurs, mais ils distinguent entre les choix qui n'engagent que la morale
individuelle et les comportements qui ont des répercussions sur d'autres personnes ;
ils oscillent entre libéralisme, au nom de la liberté de pensée, et demande de
régulation, pour le respect des valeurs républicaines.

Source : France. La Documentation Française, Paris, 2004

20
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Nicolas Manitakis, manitaki@frl.uoa.gr, Bureau : 815, Lundi 18h-19h
6/11/2017

La culture en France

L'image de la France est indissociable de sa culture : les touristes étrangers le


savent, qui se rendent en grand nombre au Louvre ou au Centre Georges Pompidou et
assistent aux représentations de l'Opéra Bastille ou de la Comédie-Française. Cette
effervescence artistique est parfois mise à l'actif d'une tradition française originale de
politique culturelle, dans laquelle l'Etat intervient de façon constante, ce qui soulève
des polémiques de manière récurrente. Cette intervention s'est affirmée très tôt.
L'usage du français dans la rédaction des jugements et des actes notariés fut ainsi
imposé dès le XVIe siècle et l'évolution de la langue fut surveillée par l'Académie
française, créée en 1635. Au XVIIe siècle, l'État s'affirme comme le protecteur des
Arts, en particulier sous le règne de Louis XIV et, à ce titre, encourage et fait
travailler les artistes et les écrivains : la construction du château de Versailles et la
création de la Comédie-Française (1680) témoignent de l'ambition du monarque
mécène. En transformant le palais du Louvre en musée en 1793, l'État ne se fait plus
seulement mécène, mais également conservateur et contribue à l'invention du «
patrimoine national ».
Les régimes républicains affichent ensuite une volonté démocratique de
diffuser la culture dans l'ensemble du corps social, souvent dans une perspective
éducative et emancipatrice. [...]

Les fêtes de la culture

La culture a aussi ses moments privilégiés. La Fête de la musique, lancée en 1982,


symbolise un peu une nouvelle approche tendant à dépasser les habituels clivages
entre le spectacle officiel organisé et la pratique populaire spontanée. Tous les 21 juin,
elle rassemble des dizaines de milliers de musiciens professionnels ou amateurs,
partout à travers les villes. Aujourd'hui, près de 80 pays ont repris cette initiative.

21
La Fête du cinéma, elle, a été créée en 1985. Manifestation de promotion
exceptionnelle longue d'une semaine environ, elle permet, pour le prix d'une entrée,
d'assister à une journée complète de projections.
La littérature est également fêtée : « Lire en fête » […] développe chaque
année au mois d'octobre une série d'initiatives destinées à faire partager au plus grand
nombre la passion de l'écrit. L'organisation du Salon du livre à Paris est par ailleurs
l'occasion d'offrir au public, chaque année au mois de mars depuis 1981, la plus
grande librairie de France : 1200 éditeurs présentent sur 450 stands toute la gamme de
leurs produits éditoriaux, de la littérature aux encyclopédies, du livre d'art aux
collections pour la jeunesse.

Source : France. La documentation française, Paris, 2004

Université d’Athènes
Département de Langue et Littérature Françaises
Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
Nicolas Manitakis - manitaki@frl.uoa.gr
Bureau 815 : Lundi 17h-18h
13/11/2017
Les institutions politiques en France

Le Président de la République (Elysée)


En France, le président de la République tient la première place dans l’Etat. Il est le
chef du pouvoir exécutif. Il préside notamment le Conseil des Ministres. Il se trouve à
la tête de tous les organes constitutionnels Il est le personnage le plus influent du
régime politique français.
Il réside au Palais de l’Elysée.
Depuis 1962, le Président de la République est élu au suffrage universel, c’est-à-dire
par l’ensemble du corps électoral. Mais de 1958 à 1962, le Président était élu par une
partie réduite et déterminée du corps électoral, comprenant les députés, les sénateurs,
les conseillers généraux et les délégués municipaux.
Initialement élu pour sept (7) ans, le Président dispose, depuis l’année 2000, d’un
mandat de cinq (5) ans, qui peut être renouvelé.

22
Il dispose d’un cabinet - ne pas confondre avec le gouvernement – qui comprend ses
collaborateurs. Ces derniers agissent souvent comme un « supergouvernement », en
raison des pouvoirs étendus du Président.
Le gouvernement et le Premier Ministre (Matignon)
C’est le Premier Ministre, qui se trouve à la tête du Gouvernement. Le Premier
Ministre est choisi par le Président de la République. Les ministres et les secrétaires
d’Etat sont nommés par le Président, mais sur présentation du Premier Ministre.
Le siège du Gouvernement se trouve à l’Hôtel Matignon.
Le Parlement
Le Parlement est composé de deux chambres :
- la Chambre des députés ou Assemblée nationale (Palais-Bourbon)

- le Sénat (Palais de Luxembourg)

L’Assemblée nationale est élue au suffrage universel, pour une durée de 5 ans.
L’Assemblée nationale siège au Palais-Bourbon.
Les sénateurs sont élus pour 9 ans au suffrage indirect. Le corps électoral est composé
d’élus : les députés, les conseillers généraux, les délégués des conseils municipaux.
Le Sénat siège au Palais de Luxembourg.
Le Sénat dispose du pouvoir législatif, concurremment avec l’Assemblée nationale.
Mais le vote du Sénat, intervient après celui de l’Assemblée nationale. En cas de
désaccord, persistant entre les deux Assemblée, c’est le point de vue de l’Assemblée
qui l’emporte.
Pourquoi deux assemblées ? L’existence d’une seconde assemblée permet de tempérer
et d’équilibrer l’Assemblée nationale. Elle est censée jouer un rôle de réflexion et de
modération.
Le Quai d’Orsay (Ministère des Affaires Etrangères)
Le quai d’Orsay est un quai situé sur la rive gauche de la Seine. Il désigne
communément, par métonymie, le ministère des Affaires étrangères
La Ve République et la Constitution de 1958
Le régime politique actuel, désigné sous le nom de Ve République, est régi par la
Constitution de 1958. Soumise à référendum cette même année, la constitution de

23
1958. Elle fut majoritairement approuvée par les électeurs français.
Parlementaire ou présidentiel. Le régime introduit avec la Constitution de 1958 est-il
un régime parlementaire ou présidentiel ? Le régime politique est parlementaire,
puisque le gouvernement est composé de ministres membres des partis de la majorité
et puisqu’il engage sa responsabilité envers un Parlement par un vote de confiance.
Mais il tend à devenir présidentiel. Certains le qualifie de « monarchie républicaine ».
D’autres parlent d’un régime semi-présidentiel.
Mais le souci majeur du gouvernement consiste à garder la confiance du Président, à
être responsable devant lui. Le bon fonctionnement des institutions de la Ve
République suppose un accord parfait entre le Premier ministre et le Président de la
République.
Les Président de la République Française depuis 1958

Source : Louis François, Les institutions politiques et administratives en France.


Faire le point, Paris, Hachette, 1976

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Département de Langue et Littérature Françaises
Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
Nicolas Manitakis, manitaki@frl.uoa.gr, Bureau 815 : Lundi 18h-19h
20/11/2017

Les femmes aujourd’hui en France

La femme et ses conquêtes

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Françaises ont gagné


progressivement le droit de maîtriser leur vie : droit de vote en 1944, droit à la
contraception (1967) et à l'interruption volontaire de grossesse (1975) ou possibilité
d'exercer une profession sans autorisation de leur mari (1965). En 1954, les femmes
représentaient environ un tiers de la population active, aujourd'hui quasiment la
moitié (47,9 %) et presque toutes les femmes âgées de 15 à 49 ans (80 %) ont un
emploi. Leur activité professionnelle diminue avec le nombre d'enfants et avec la

24
présence d'enfants en bas âge. Huit femmes sur dix travaillent dans le secteur tertiaire,
et elles sont plus nombreuses que les hommes à être à temps partiel (une femme sur
trois est à temps partiel). Contrairement aux autres pays de l'Europe occidentale,
l'emploi des femmes n'a pas entraîné de baisse de la natalité. Elles ont acquis les
mêmes droits que les hommes, même si des progrès restent à faire en matière d'égalité
des salaires, de parité dans la vie politique et d'accès aux plus hautes responsabilités.
Les femmes ont aujourd'hui accès à tous les métiers même ceux
traditionnellement considérés comme masculins, mais il leur est toujours plus difficile
d'accéder aux postes les plus élevés de la hiérarchie. Elles subissent cependant
davantage que les hommes, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, les
effets du chômage. En 2002, 8 % d'hommes sont au chômage et 10 % de femmes, 25
% des femmes actives sans diplôme cherchent un emploi alors que 19 % des hommes
non diplômés sont en recherche d'emploi. Il reste toutefois deux domaines où il n'y a
guère eu de changement : la politique et les tâches ménagères. La France se situe très
en deçà de la majorité des pays européens pour ce qui est du nombre de femmes élues
députés. (…) Aux élections de 2002 le pourcentage des femmes parmi les députés
était de 12 %. En revanche, dans les conseils municipaux, elles ont presque atteint la
parité avec 47 % de conseillers.
Enfin, il reste encore bien des progrès à faire pour le partage des tâches
ménagères. En 1999, l'activité domestique représente en France 7 heures par couple et
par jour dont 2 heures 45 pour l'homme (un progrès d'un quart d'heure depuis la fin
des années quatre-vingt !). Les besognes les plus ingrates restent l'apanage des
femmes (courses, ménage...), les hommes préférant le bricolage. Quand on demande
quelle innovation a le plus changé la vie quotidienne des femmes, ces dernières
plébiscitent en premier le lave-linge et les couches jetables alors que les hommes
évoquent en premier le micro-ondes et les surgelés.

Source : France. La Documentation Française, Paris, 2004

25
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27/11/17

Famille, couples, parents


La famille
La famille peut se concevoir de deux manières : d'une part, le groupe conjugal
des parents (père et mère) et de leurs enfants ; d'autre part, la parentèle, le réseau qui
réunit tous les parents liés par le sang, ayant un ancêtre commun. La famille conjugale
s'est considérablement fragilisée depuis cinquante ans par l'augmentation des
divorces, des unions libres, des célibataires, des naissances hors mariage, et des
familles monoparentales ou recomposées. Le couple a perdu cette remarquable
stabilité voulue notamment par l'Église catholique et qui caractérisait la famille
française.
Pourtant, la fidélité est de plus en plus valorisée au sein du couple : de 1981 à
1999, le pourcentage de ceux qui la jugent « importante » est passé de 72 % à 81%, et
ceux qui considèrent une aventure extraconjugale « injustifiable » passent de 51 % à
60 %. […]. Le mariage, longtemps fondement de la famille, ne symbolise plus le
passage à l'âge adulte ni le rite obligé avant la fondation d'une famille. La cohabitation
hors mariage se développe ; plus de la moitié des premières naissances ont lieu hors
mariage (57 % des premiers enfants, 45 % des naissances). Le nombre des mariages
baisse et les Français se marient de plus en plus tard, en moyenne à presque 29 ans
pour les femmes et 31 ans pour les hommes. En 1999, a été créé le Pacte Civil de
Solidarité (PACS), contrat conclu entre deux personnes majeures, de sexe différent ou
de même sexe, pour organiser leur vie commune. En 2002, on estime
approximativement que huit PACS ont été signés pour cent mariages.

La parentèle
Face aux structures familiales bouleversées par les ruptures ou les
recompositions, les jeunes grands-parents sont le lien et le point de repère entre les
membres de la famille. Ils préservent le contact avec les petits-enfants. Ayant un
revenu plus élevé ils aident matériellement leurs enfants. Enfin, ils maintiennent les
26
liens entre les membres de la famille (arrières grands-parents, frères et sœurs, oncles
et tantes) en organisant repas et fêtes de famille. Par leur intermédiaire la continuité et
la solidarité des générations sont maintenues. Le goût des Français pour la recherche
généalogique, véritable phénomène de société, montre l'importance de pouvoir
s'inscrire dans une lignée et de préserver la mémoire familiale.
[…]. Les jeunes quittent le foyer familial de plus en plus tard, vers 22 ans pour
les filles et autour de 27 ans pour les garçons, tout en y restant liés, et certains,
étudiants ou chômeurs, reviennent le week-end. Plusieurs générations ne cohabitent
plus sous le même toit, mais la proximité des résidences s'impose comme évidente
pour les trois quarts des jeunes couples mariés ou non qui habitent en moyenne à
moins d'une demi-heure de voiture d'un ménage de parents, le plus souvent ceux de la
femme. La distance n'est cependant pas un obstacle aux rencontres et les petits-
enfants vont chez leurs grands-parents les plus proches le mercredi et le week-end, et
chez les plus éloignés à chaque vacance scolaire.

Source : France. La Documentation Française, Paris, 2004

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Nicolas Manitakis manitaki@frl.uoa.gr Bureau 815 : Lundi 18h-19h
27/11/2017

Les familles en France aux XXe et XXIe siècles

Du « baby-boom » au baby-krach
L'accroissement de la population. La croissance démographique, lente depuis le XIXe
siècle, s'est accélérée depuis la guerre. La population française passe de 42 à 63,4 millions
d'habitants de 1950 à 2007. Un quart de cet accroissement s'explique par le solde
migratoire et les trois quarts par le solde naturel.
La reprise de la natalité. En rupture avec la période d'avant-guerre, la France a d'abord
connu une forte hausse de la natalité. Cette période, baptisée « baby-boom », se décompose en
deux phases, la première intervenant juste après 1945 et la seconde dans
les années 1960. La reprise de la natalité correspond alors avant tout à la baisse des
27
comportements malthusiens: la part des couples sans enfant ou à enfant unique diminue
fortement. La fécondité a ensuite sensiblement reculé à partir des années 1970. Désormais, les
femmes peuvent planifier la venue des enfants. Autrefois, les couples
avaient des difficultés à limiter le nombre d'enfants; aujourd'hui, la médecine aide les
couples stériles à en avoir.
L'évolution de la cellule familiale
Deux enfants par famille. Les familles nombreuses sont plus rares qu'autrefois. Le modèle
de la famille avec deux enfants s'est généralisé. Dans l'immense majorité des cas, leurs
parents auront le bonheur de les voir grandir, car la mortalité infantile a considérablement
régressé, de 50 pour mille en 1950 à 3,7 pour mille en 2006. Un vrai changement de
civilisation s'est accompli en l'espace d'une génération.

Des mariages plus tardifs. On observe une élévation de l'âge au mariage, ce dernier
intervenant souvent après une première naissance. La part des naissances hors mariage passe de
6 % en 1945 à 50,5 % en 2006. L'augmentation des divorces traduit une nouvelle conception du
mariage. Les couples peuvent désormais divorcer, sans que les convenances sociales n'y
fassent obstacle.
La diversité des types familiaux. Si le couple marié avec enfant reste le modèle familial
dominant, il n'est plus le seul: 15% des enfants mineurs vivent aujourd'hui dans une
famille monoparentale et 6 % dans une famille recomposée. Institué en 1999, le pacte civil de
solidarité (PACS) représente une union sur cinq en 2006.

Le vieillissement de la population. Les progrès de l'espérance de vie ont entraîné


l'augmentation rapide du nombre de personnes de plus de 65 ans. Ayant quitté plus tôt la
vie active du fait de l'abaissement de l'âge de la retraite, les retraités vivent plus longtemps
et forment un «troisième âge » lui aussi spécifique. Le vieillissement de la population rend
nécessaire la réforme du système de financement des retraites. Il entraîne également un
accroissement du nombre des personnes âgées dépendantes qui tendent à former un «
quatrième âge », dont la prise en charge impose la recherche de nouvelles formes de solidarité
entre les générations.
Source : Histoire Term, dir. G. Le Quintrec, Paris, Nathan, 2008

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Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)

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4/12/17

Le mariage homosexuel : fin d’une histoire de répression ?

Que vaudront, dans 10 ou 15 ans, nos débats sur le mariage homosexuel ? Ni plus ni
moins, probablement, que les discussions enflammées qui ont accompagné
l'instauration du pacs [Pacte Civile de Solidarité], ou, pour remonter plus loin, celles
du divorce ou de la contraception : un témoignage d'époque. Qui songerait,
aujourd'hui, à abolir le divorce, la pilule ou le droit à l'avortement ? Qui songera, en
2025, à abolir le mariage homo ? Personne ou presque. […]. Dans 15 ans, personne
n'en parlera plus, sinon comme d'une date dans la saga des luttes contre la
discrimination.

[…]. On comprendra fort bien, en ces temps de perte générale des repères, que l'on ne
jette pas par-dessus bord, sans y penser, une tradition immémoriale qui voit le
mariage comme l'union d'un homme et d'une femme ; qu'on craigne la disparition
d'une institution vénérable au profit d'un simple contrat individuel […] ; qu'on affirme
qu'un enfant a besoin de la différenciation des sexes pour s'orienter dans les premières
expériences de la vie. Tout cela est respectable, admissible, légitime.

Une interminable histoire d'oppression

Mais c'est ignorer ce qui fonde les sociétés démocratiques : la marche multiséculaire
vers l'égale dignité des personnes. Les homosexuels sont les héritiers d'une
interminable histoire d'oppression. Aussi loin qu'on s'en souvienne, ils ont été
meurtris, moqués, cachés, réprimés ou, en tout cas, mis à part. C'est seulement vers la
fin du XXe siècle, en France après Mai-68, dont on dit tant de mal, que leur dignité a
été proclamée, leurs droits peu à peu reconnus [..]. Une longue pénitence, tout de
même, qui va de la lointaine Antiquité à nos jours !

29
Alors qu'on ne leur oppose, au fond, qu'un seul argument […]: l'homosexualité n'est
pas naturelle, il faut s'en méfier. On peut tolérer cette déviance, ajoute-t-on, éprouver
de la compassion ou même du respect pour ces individus différents. Mais leur ouvrir
le mariage : c'est antinaturel. Le mariage, proclame-t-on avec ferveur, sans jamais rien
démontrer, c'est un homme et une femme, un père et une mère. Tout le reste est
artifice. Que dire contre cette conviction instinctive ? Rien, sinon qu'un fait de nature
n'est pas un fait de droit ou de civilisation. La civilisation, au contraire, consiste le
plus souvent à s'échapper de la nature pour imaginer des lois adaptées aux hommes et
aux femmes. La nature obéit à la loi du plus fort. […].

Et les enfants ? Argument sérieux. S'il était prouvé, probable, vraisemblable, que les
enfants élevés par des couples homosexuels soufrent de leur condition particulière, il
faudrait réfléchir, supputer, approfondir. Rien aujourd'hui ne l'atteste. Les études sont
nombreuses, et contestées : on ne peut rien en tirer de définitif. Mais si le mal était
évident, on le verrait d'emblée, même dans des études imparfaites. Or on ne voit rien
de tel. Au contraire, les associations font à juste raison remarquer que c'est souvent le
regard des autres qui trouble l'enfant. En acceptant le mariage, et donc l'adoption, on
normalise leur situation. On leur évite la stigmatisation. On améliore leur sort, de
toute évidence. […].Il est infiniment probable, en fait, que les parents homosexuels
sont, en moyenne, aussi aimants, compétents et insuffisants que les autres. […].
L'essentiel, en tout cas, demeure : la France s'apprête à mettre fin à une discrimination
deux ou trois fois millénaire.

Source : Laurent Joffrin, « Mariage homosexuel : la fin d'une discrimination


millénaire », Nouvel Observateur, 6/11/2012

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Université d’Athènes
Département de Langue et Littérature Françaises
Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
Nicolas Manitakis, manitaki@frl.uoa.gr, Bureau 815, Lundi 18h-19h
11/12/2017

Les jeunes : premières victimes de la crise ?

D'ordinaire plus touchés par le chômage que les autres actifs, les jeunes sont
les premières victimes d'une crise économique dont la virulence ne fait qu'accentuer le
caractère alarmant de leur situation. Le nombre de demandeurs d'emploi chez les
jeunes de moins de 25 ans a augmenté, le taux de chômage est de 23 % [...].
L'allongement de la retraite de 60 ans à 62 ans et de 65 ans à 67 ans assombrissent cet
horizon optimiste et renforcent la crainte des jeunes envers l'avenir. Faute d'emplois
libérés, le chômage des jeunes pourrait s'aggraver et leur emploi se précariser
davantage. Les jeunes, derniers entrés dans la vie active sont les premiers à en sortir
en période de récession, la plupart d'entre eux occupant des emplois temporaires.

Leur entrée sur le marché du travail implique de franchir le pas de la précarité


: intérim, contrats à durée déterminée, petits boulots, emplois aidés, stages sous payés,
avant de pouvoir prétendre à un emploi stable et durable. Or, à la moindre baisse
d'activité économique, ces emplois sont les premiers supprimés par les entreprises.
Pour les plus jeunes d'entre eux, souvent sortis de l'école sans diplôme, la voie de
l'insertion professionnelle est devenue désormais celle de la précarité. Elle limite la
réalisation de leur projet et fragilise leur parcours professionnel. Faute de
perspectives, elle les empêche de s'investir pleinement dans la vie de l'entreprise.

Les firmes ne les appréhendent ainsi plus sous l'angle d'une ressource
humaine, mais plutôt d'un coût salarial que la précarité permet de minimiser. Le
manque d'expérience ou de connaissance du métier de la part des jeunes salariés
représente un risque que les employeurs n'osent plus assumer dans un environnement
concurrentiel de plus en plus fort, leur préférant des salariés immédiatement
productifs. Dans de telles conditions, les jeunes ne peuvent pas acquérir une première
expérience professionnelle leur permettant de construire leur avenir. Or tant que les
entreprises auront cette approche comptable rien ne changera.

31
Pour les plus qualifiés d'entre eux, si le diplôme reste encore une garantie
d'employabilité, la situation dégradée de l'emploi rallonge sensiblement la durée de
passage de l'université à l'emploi, alourdit considérablement le coût de leurs études et
accentue leur dépendance.

Pour ces derniers, l'espoir d'une reprise économique, ne leur garantit pas
nécessairement une meilleure employabilité, attendu qu'en période de reprise, les
entreprises préfèrent le plus souvent recourir d'abord aux heures supplémentaires
défiscalisées, avant d'embaucher.

Les jeunes restent ainsi sans emploi, et exclus des minima sociaux, se trouvent
confrontés à la pauvreté, alors qu'ils sont les ressorts de la croissance de demain et les
sources de financement des retraites. Paradoxalement, nombre de secteurs, tels
l'agriculture, l'hôtellerie-restauration, ou encore le bâtiment, jugés trop pénibles, mal
payés et peu valorisants, ne trouvent pas de jeunes. Un tel paradoxe révèle une
mauvaise adéquation entre formation et emploi qui pourrait se corriger par un
rapprochement de l'école et de l'entreprise. Une meilleure synergie entre les deux
permettrait une mutualisation des compétences directement profitables aux jeunes. Ce
qui revaloriserait les filières professionnalisantes aujourd'hui désertées. Elles
pourraient ainsi attirer des jeunes dans ces métiers leur ouvrant enfin de véritables
trajectoires professionnelles.

C'est un changement radical de mentalité qui est nécessaire pour refonder la


politique de l'emploi des jeunes. Il passe par des mesures institutionnelles et fiscales
visant à récompenser les entreprises privées et publiques s'engageant en période de
croissance à embaucher des jeunes, et sanctionner celles qui refuseraient de le faire.

Ce n'est qu'à cette condition que les jeunes trouveront des emplois, et que les
entreprises leur feront désormais réellement confiance !

Gérard Fonouni (professeur agrégé d'économie et gestion), « Emploi : jeunesse en détresse ! »,


Le Monde, 19.10.2010

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Approches de la France contemporaine à travers les textes (1019)
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18/12/17
L'étude d’impact d'Erasmus confirme que le programme d'échange d’étudiants de
l’UE favorise l’employabilité et la mobilité professionnelle

En étudiant ou en se formant à l'étranger, les jeunes acquièrent non seulement des


connaissances dans des disciplines précises mais renforcent aussi des compétences
transversales très appréciées par les employeurs. Une nouvelle étude sur les effets du
programme Erasmus de l'UE pour l'échange d'étudiants montre qu'avec une
expérience internationale, les diplômés réussissent nettement mieux sur le marché de
l’emploi. Ils risquent deux fois moins de devenir chômeurs de longue durée par
rapport à ceux qui n'ont pas étudié ni suivi de formation à l'étranger et, cinq ans après
l'obtention de leur diplôme, leur taux de chômage est inférieur de 23%. Cette étude,
réalisée par des experts indépendants, est la plus importante en son genre. Près de
80 000 réponses ont été recueillis, dont celui d'étudiants et d'entreprises.

D'après cette nouvelle étude, 92 % des employeurs recherchent chez ceux qu'ils
envisagent d'embaucher des traits de personnalité que le programme renforce, tels
que la tolérance, la confiance en soi, l'aptitude à résoudre des problèmes, la curiosité,
la connaissance de ses propres points forts/faibles et la détermination au moment de
l'embauche. Des tests effectués avant et après les séjours d'échange à l'étranger ont
révélé que les étudiants bénéficiaires d'Erasmus présentent des valeurs plus élevées
pour ces traits de personnalité […].

Les étudiants bénéficiaires d'un financement Erasmus ont le choix entre des études ou
un stage à l'étranger. Le rapport révèle que plus d’un stagiaire Erasmus sur trois se
voit offrir un poste dans son entreprise d'accueil. Les stagiaires Erasmus ont aussi
davantage d'esprit d'entreprise que ceux qui restent au pays: ils sont un sur dix à avoir
créé leur propre entreprise et trois sur quatre à projeter ou pouvoir envisager de le
faire. Ils peuvent également s’attendre à une progression de carrière plus rapide;
selon 64 % des employeurs, les employés possédant une expérience internationale se
voient attribuer davantage de responsabilités professionnelles.

33
Erasmus ne fait pas qu'améliorer les perspectives de carrière mais élargit aussi
l'horizon des étudiants et leur procure des liens sociaux. 40 % des bénéficiaires ont
changé de pays de résidence ou de pays de travail au moins une fois depuis
l'obtention de leur diplôme, soit presque deux fois plus que ceux qui n'ont pas été à
l'étranger pendant leurs études. Si 93 % des étudiants possédant une expérience
internationale peuvent s'imaginer vivre à l'étranger plus tard, ceux qui sont restés
dans le même pays tout au long de leurs études ne sont que 73 % à penser ainsi.

Ils aussi plus enclins à former des couples transnationaux: 33 % des anciens étudiants
Erasmus partagent leur vie avec une personne de nationalité différente, contre 13 %
de ceux qui sont restés dans leur pays d'origine pour leurs études; 27 % des étudiants
Erasmus ont rencontré leur conjoint ou partenaire de vie pendant leur séjour Erasmus.
Il en résulte, selon les estimations de la Commission, qu'environ un million de bébés
sont vraisemblablement nés de couples Erasmus depuis 1987.

Le nouveau programme Erasmus+ offrira des possibilités de séjour à l'étranger à


4 millions de personnes, dont 2 millions d'étudiants de l'enseignement supérieur et
300 000 membres du personnel de l’enseignement supérieur, au cours des sept années
à venir (2014-2020). Le programme financera aussi 135 000 échanges d'étudiants et
de membres du personnel de l'enseignement supérieur avec des pays partenaires non
européens. Erasmus+ sera encore plus accessible grâce à un appui linguistique plus
important, des règles plus souples et une aide supplémentaire en faveur des personnes
ayant des besoins particuliers, issues de milieux défavorisés ou provenant de régions
reculées.

[…]. L’UE s’est fixé pour objectif de porter la mobilité des étudiants à 20 % au
moins d’ici la fin de la décennie. Actuellement, ils sont près de 10 % à étudier ou à se
former à l’étranger grâce à des soutiens publics et privés. Environ 5 % d’entre eux
bénéficient d’une bourse Erasmus.

Source : Commission européenne, Communiqué de presse, Bruxelles, le 22


septembre 2014 http://europa.eu/rapid/press-release_IP-14-1025_fr.htm

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18/12/17

Venir étudier en France

En 2006, plus de 265 000 étudiants étrangers ont choisi la France pour se
former, selon le ministère de l’Éducation nationale. La majorité de ces expatriés sont
issus d’Afrique du nord, notamment du Maghreb (27 %). 23 % d’entre eux viennent
d’Europe, 20 % d’Asie et 7 % d’Amérique. Mais, dernièrement, les étudiants les plus
friands de l’enseignement français sont Chinois. Leur effectif a été multiplié par deux
depuis 2002. Avec un peu plus d’un étudiant étranger sur dix (précisément 11,6 %), la
France occupe désormais le troisième rang mondial des pays d’accueil, derrière les
Etats-Unis et le Royaume-Uni, où l’on recense respectivement 565 000 et 344 000
inscrits en 2006 (source : American Council on Education, octobre 2006).

Le pays attire pour sa qualité de vie, son rayonnement culturel mais aussi son
grand panel de formations. Les établissements d’enseignement supérieur –
universités, grandes écoles de commerce et d’ingénieurs, écoles spécialisées en art ou
en paramédical, etc. – sont nombreux et répartis sur tout le territoire. Les universités
devancent les écoles spécialisées puisqu’elles comptent 14,7 % d’étudiants étrangers.

Les étrangers apprécient également le fait de pouvoir profiter de formations de


qualité à un prix moins élevé que dans d’autres pays. En France, les frais de scolarité
à l’université sont parmi les moins chers au monde (de 162 à 320 € par an pour la
rentrée 2006). Et l’État en prend en charge une grande partie… De même, dans les
grandes écoles, la scolarité reste relativement peu élevée. […]. Autre particularité de
la France : il n’est fait aucune distinction entre les étudiants français et étrangers.
Ceux-ci bénéficient d’une égalité de traitement au niveau des exigences d’accès (mis
à part des tests de langue), des frais d’inscription, du statut de l’étudiant, du cursus
scolaire, des diplômes délivrés ainsi que des aides au logement.

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Ceux qui choisissent de venir suivre des études en France sont généralement
plus nombreux, en proportion, en deuxième et troisième cycles. Ils représentent ainsi
15 % et 26 % des étudiants en master et doctorat, selon les chiffres 2005 du ministère
de l’Éducation nationale, contre 11 % en licence (source Egide). La recherche à la
française attire encore… Pour CampusFrance, l’organisme chargé par le
gouvernement de promouvoir l’enseignement supérieur français dans le monde, la
meilleure stratégie consiste à effectuer un master en deux ans dans l’Hexagone après
avoir décroché son bachelor (le diplôme du supérieur le plus répandu en Europe,
obtenu au bout de trois ou quatre ans) dans son pays d’origine. « Les premières
années à l’université sont très difficiles pour les étudiants étrangers. Ils ont besoin
d’un temps d’adaptation… Les conditions d’enseignement ne sont pas optimum, vu le
nombre d’élèves dans les amphis. De plus, la sélection – qui se fait en première année
pour le droit et la médecine – est aussi sévère pour les étrangers que pour les Français
», explique Thierry Audric, l’ancien directeur général de l’organisme. Pour leur part,
les étudiants de troisième cycle ont déjà accompli leur formation dans leur pays et
cherchent à se spécialiser dans un domaine de recherche en France.

Pour venir étudier en France, il existe plusieurs solutions. On peut partir par le
biais d’un programme d’échanges (Erasmus, Leonardo, Erasmus Mundus, etc.) ou
grâce aux accords bilatéraux passés entre les établissements. Dans ce cas, les
démarches sont facilitées. On peut également partir en « individuel ». Contrairement à
ce que l’on pourrait croire, les échanges ne représentent que 20 % de la mobilité
étudiante vers la France. Selon CampusFrance, près de 80 % des étudiants étrangers
qui viennent chaque année dans notre pays tentent l’expérience en solo, notamment à
cause du nombre de places trop réduit proposé par les programmes d’échanges. Une
façon de gagner en débrouillardise et en maturité.
Source : L’Etudiant, 27 Septembre 2007

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8/1/2018

Les musulmans Français et l’islamophobie en France

L’islamophobe est-il un raciste comme les autres ?


Εn ces années 2000 l’islam s’installe peu à peu au cœur du débat public  :
en 2005, le mot « islamophobie  » fait son entrée dans le dictionnaire, aux côtés de
« burqa  », « hidjab  » et « communautarisme  ». Le Robert définit alors l’islamophobie
comme une « forme particulière de racisme dirigée contre l’islam et les musulmans »
– une définition qui la range au côté de la xénophobie et de l’antisémitisme.
L’analogie entre ces trois maux a pourtant du mal à s’imposer : par un étrange
paradoxe, dans un pays où nul ne songerait à se définir comme xénophobe ou
antisémite, certains revendiquent fièrement l’étiquette « islamophobe  ». [...]
Pour certains intellectuels et élus, le parallèle entre l’islamophobie, le racisme
et l’antisémitisme est malvenu  : l’hostilité croissante de l’opinion envers la religion
musulmane est, selon eux, le fruit de la radicalisation des musulmans eux-mêmes.
Invoquant les assassinats de l’organisation Etat islamique, les violences de Boko
Haram ou les attentats d’Al-Qaida, ils dénoncent d’une même voix les mouvements
fondamentalistes étrangers et la radicalisation des musulmans de l’Hexagone. Le
départ de plus d’un millier de jeunes Français vers les zones de combat syriennes et
irakiennes n’a fait que confirmer leurs inquiétudes.
Pour d’autres intellectuels, l’islamophobie relève d’une tout autre logique  :
comme le racisme, elle repose sur une logique d’« essentialisation  ». « Cette idéologie
consiste à ramener en permanence un individu à sa religiosité supposée, en
négligeant la pluralité de ses autres identités sociales – son âge, son sexe, son milieu,
son métier, son origine nationale ou ses convictions politiques, affirme un
chercheur. Elle consiste à réduire les populations musulmanes, leurs désirs et leurs
pratiques individuelles ou collectives à un agir strictement religieux. ». [...]

37
Discriminations
L’islamophobie, selon un autre chercheur, « nie la complexité de l’individu
pour lui conférer les attributs supposés d’un groupe d’appartenance. » « Elle repose
sur cette idée fausse qu’il existerait un seul islam que l’on pourrait prendre dans son
ensemble. Au nom de ce principe, l’islamophobie assimile l’islam visible, qui relève
de la simple pratique religieuse, à l’islamisme, qui est une idéologie politique inspirée
par l’islam, voire au terrorisme, qui utilise l’arme de la violence. Dans ce contexte,
toute demande religieuse, y compris la plus banale, est considérée avec inquiétude
comme une poussée intégriste. »
Si l’islamophobie se nourrit de l’hostilité qui vise depuis plus d’un siècle les
Maghrébins ou les Noirs de France, elle n’est pas une simple reformulation du
racisme ou de l’arabophobie française. Le simple fait d’être musulman suscite en effet
des discriminations qui ne se confondent pas avec la couleur de la peau ou l’origine
ethnique  : les enquêtes montrent ainsi que lorsqu’une femme sénégalaise se présente à
un emploi, elle a beaucoup moins de chance, à CV identique, d’obtenir un entretien si
elle affiche, dans son prénom et son engagement associatif, une identité musulmane
plutôt qu’une identité catholique – comme si sa religion la rendait nécessairement
inquiétante.
Le monde musulman français est pourtant beaucoup plus divers et contrasté
qu’on ne le croit souvent. Une enquête de l’INED, publié en 2013 par l’INED, remet
en cause bien des idées reçues : oui, la religion joue un rôle plus important dans la vie
des musulmans que dans celle des catholiques, des protestants ou des orthodoxes  ;
oui, la transmission familiale de l’islam est plus forte que celle du catholicisme, du
protestantisme ou du judaïsme  ; non, le repli identitaire des musulmans n’est pas
attesté par les résultats de cette enquête de référence.

8 % de musulmans en France au maximum


« Il n’y a pas, en France, de “contre-société musulmane”, constate une autre
chercheur. Les musulmans ne se marient pas plus au sein de leur communauté
religieuse que les catholiques ou les juifs. Et ils évoluent dans des cercles relationnels
plus ouverts que les catholiques et les personnes sans religion. Quand on demande

38
aux musulmans de classer les traits identitaires qui les définissent le mieux, la
religion n’arrive qu’en troisième place, derrière le pays d’origine et la famille. Le
plus souvent, ils attribuent d’ailleurs les discriminations dont ils sont l’objet non à
leur religion, mais au fait qu’ils sont d’origine immigrée, comme si leur identité
religieuse ne leur semblait pas décisive. »
L’idée que les musulmans français forment une puissante minorité ne
convainc d’ailleurs pas certains chercheurs. « Beaucoup de musulmans sont
économiquement fragiles et il n’y a pas la moindre trace, en France, d’un parti
politique musulman  », constate un sociologue […]. Les musulmans sont d’ailleurs
beaucoup moins nombreux que les Français ne l’imaginent  : selon un sondage Ipsos
MORI réalisé en 2014, l’Hexagone arrive en tête des pays européens qui surestiment
leur part dans la population – 31 %, alors que les chiffres les plus fiables font état au
maximum de 8  %.
L’islam, pourtant, fait peur – terriblement peur. Parce que les horreurs
commises en son nom envahissent jour après jour la scène internationale, mais aussi
[…] parce que la tradition coloniale, républicaine et jacobine de la France constitue un
excellent terreau pour l’islamophobie. « La France a plus d’un siècle de colonialisme
derrière elle. Cette histoire nourrit un regard et des préjugés qui infériorisent, encore
aujourd’hui, les populations post-coloniales. La République française a, en outre, une
tradition politique puissante fondée sur l’assimilation. Elle accepte donc mal que
certains musulmans n’aient pas abandonné leur religiosité au fil des générations. Ses
attentes assimilationnistes ont été déçues. »
Le symbole du foulard
Une déception d’autant plus forte que l’islam français est de plus en plus
visible. Dans une société sécularisée où les processions religieuses et les soutanes ont
disparu de l’espace public, les musulmans affichent ouvertement leurs pratiques. Au
fil des ans, l’« islam des caves  » des immigrés arrivés dans les années 1960 a fait
place à un islam installé  : les mosquées et les boucheries halal font désormais partie
du paysage. Le symbole de cette visibilité est évidemment le foulard, un signe
religieux abhorré par les Français, y compris parmi des personnalités qui ne sont pas

39
considérées comme « autoritaires  » et « ethnocentristes  » – notamment les femmes
diplômées de gauche.
Cette visibilité nouvelle est l’un des ingrédients de l’islamophobie française.
« En 2013, une enquête du Pew Research Center a montré que les Français étaient les
Européens qui avaient le jugement le plus favorable sur les musulmans  : ils ont
l’expérience de la mixité et ils acceptent facilement l’altérité, souligne un chercheur
français (EPHE). En revanche, ils sont extrêmement raides sur la question de
l’affichage public des identités religieuses  : ils refusent plus fermement que les autres
Européens les habitudes alimentaires ou vestimentaires de l’islam. Cette position
nourrit des confusions. Un islam de la visibilité, ce n’est pas nécessairement un islam
de la dangerosité. »
L’intensité de la pratique n’est, en effet, pas forcément un indice de radicalité  :
le fait de ne pas manger de porc, de porter un voile, d’aller à la mosquée ou de
respecter le ramadan ne constituent ni un trouble à l’ordre public, ni un signe de
prosélytisme actif, ni une atteinte à la sécurité – critères généralement admis pour
limiter la liberté de religion. Ces pratiques se heurtent en revanche à une exigence
nouvelle de la laïcité française  : depuis la première affaire du voile, en 1989, la
conception libérale de la loi de 1905, qui laissait le religieux s’afficher dans la sphère
publique, a fait place à une laïcité plus exigeante, qui veut refouler la religion dans la
sphère privée. [...].
Pour certains chercheurs, l’hostilité croissante envers l’islam n’est pas sans
risque  : dans un étrange effet pervers, elle pourrait renforcer les plus radicaux des
musulmans. « La vision péjorative des religions et, plus directement, les obstacles
posés aux manifestations publiques de religiosité peuvent produire deux effets
complètement opposés  : pousser à la sécularisation ou, au contraire, renforcer le
statut identitaire de la religion et lui conférer une dimension qui déborde de la seule
spiritualité ou de son caractère traditionnel  », écrivait Patrick Simon et Vincent
Tiberj en 2013. Nul ne sait encore de quel côté va pencher la balance, mais beaucoup
craignent que le second mouvement soit désormais enclenché.
Source : Anne Chemin « L’islamophobe est-il un raciste comme les autres ? »,
journal LE MONDE, 26.02.2015

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8/1/2018
Les Djihadistes et la France
Le djihadisme n’est-il qu’un nihilisme ou bien également un islamisme ?
Le projet islamiste au sens strict (c’est-à-dire celui des Frères musulmans) est de
construire un Etat islamique d’abord dans un pays donné, en obtenant le maximum de
soutien populaire. […]. Les djihadistes, en revanche, s’inscrivent d’emblée dans la
défense de l’oummah [communauté des croyants musulmans] globale et ne
s’intéressent pas à la mise en place d’une société stable dans un pays donné.

Le nihilisme n’est pas leur projet initial, bien sûr, mais devant l’échec de leur tentative
de djihad mondial, ils se replient de plus en plus sur une vision apocalyptique et
désespérée, qui, elle, est nihiliste. Et c’est cela qui attire des jeunes sans lien avec les
conflits locaux, mais qui sont fascinés par le destin de martyr qui leur est soudain
offert.

Comment expliquer les causes de cette violence « no future » qui s’arrime à la


religion musulmane ?

Sans ignorer la longue généalogie du djihad dans le monde musulman, il faut bien
constater que les formes de radicalité que l’on trouve dans le terrorisme et le
djihadisme aujourd’hui sont profondément modernes.

De Khaled Kelkal aux frères Kouachi, on retrouve les mêmes constantes, toutes très
nouvelles : des radicaux venus d’Occident (en gros 60 % de seconde génération et
25 % de convertis), tous jeunes, tous en rupture générationnelle, tous « born again »
ou convertis, tous s’identifiant à un djihad global qui se développe bien au-delà des
formes de mobilisation classique (soutien aux luttes de libération nationale).

La moitié d’entre eux a, en France, un passé de petits délinquants. Et surtout, tous se


font exploser ou se laissent rattraper par la police et meurent les armes à la main. Bref,
pour presque tous, la mort fait partie de leur projet. Ce comportement n’est ni
islamiste ni salafiste (pour les salafistes, seul Dieu décide de la mort).

S’agit-il d’une variante, islamisée, d’un « Viva la muerte » globalisé ?

Si on adopte une vision transversale (comprendre la radicalisation des jeunes


djihadistes en parallèle avec les autres formes de radicalisation nihiliste) au lieu
d’adopter une lecture verticale (que dit le Coran sur le djihad), on voit à quel point le
nihilisme du terroriste islamique s’inscrit dans un modèle répandu.

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Comme avec ces jeunes qui commettent des massacres de masse de type Columbine
(deux lycéens américains retournent dans leur collège à Columbine en 1999 pour tuer
leurs camarades et leurs professeurs), on trouve des analogies frappantes : annonce du
massacre à l’avance sur Internet, mise en scène de soi-même avant et pendant (on se
filme), référence apocalyptique (satanisme pour Columbine) et enfin suicide.

Beaucoup d’observateurs ont remarqué à quel point le prestige de Daech [acronyme


arabe de l’organisation Etat islamique, EI] vient de sa maîtrise d’une certaine culture
jeune (jeux vidéo) ; L’EI permet de se construire en héros négatif, qui occupera la
« une » des journaux.

Le nihilisme va de pair avec un narcissisme exacerbé : on s’assure, comme Amedy


Coulibaly, que les télévisions sont bien là, on se filme en train de tuer.

Les décapitations lentement filmées, précédées de l’interrogatoire des prisonniers,


suivies de leur dissémination sur Internet, sont une technique mise au point par les
« narcos » mexicains bien avant l’EI. […]

Comment résister à la terreur que veut répandre l’EI ?


L’EI vit de la peur qu’il inspire. Car elle n’est pas une menace stratégique. Le
« califat » s’effondrera tôt ou tard et les attentats, aussi meurtriers soient-ils, ne
touchent l’économie qu’à la marge et renforcent la détermination sécuritaire (l’Europe
de l’Ouest qui doucement s’enfonçait dans un processus de désarmement y met fin).

La crainte d’une guerre civile reste un fantasme, car l’EI ne touche de jeunes
musulmans qu’à la marge et ne fait rien pour gagner la population musulmane à sa
cause (un tiers des victimes de l’attentat de Nice, le 14 juillet, sont des musulmans).

Il faut travailler avec les classes moyennes d’origine musulmane en ascension sociale,
favoriser l’émergence non pas d’un islam français mais de musulmans français, en
cessant de s’appuyer sur des pays étrangers, et en normalisant la pratique religieuse
publique, c’est-à-dire en jouant la carte de la liberté religieuse, au lieu de s’enfermer
dans une laïcité idéologique et décalée.

Alors que Gilles Kepel explique la violence djihadiste par une radicalisation de
l’islam, Roy y voit une islamisation de la radicalité. Pour ce dernier, l’islam n’est que
l’étendard – ou le prétexte – d’une révolte armée, qui s’est exprimée par le passé au
nom d’autres idéologies, comme le marxisme au temps des Brigades Rouges
italiennes par exemple. « Au lieu d’une approche verticale, qui irait du Coran à
Daech, (...) je préfère une approche transversale, qui essaie de comprendre la
violence islamique en parallèle avec les autres formes de violence, qui lui sont fort
proches (révolte générationnelle, autodestruction, rupture radicale avec la société...).
» . Déradicaliser ne sert à rien, insiste Roy, ce qu’il faut, c’est […] la priver de son
discours autojustificateur.

Source : propos d’Oliver Roy, Directeur de Recherche au CNRS, recueillis par Nicolas
Truong LE MONDE | 11.10.2016
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