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D.

BLAMPAIN
La référence pour
déjouer les pièges

J. HANSE
du français
Classement alphabétique
Réponse immédiate et nuancée
J. HANSE - D. BLAMPAIN
Difficultés réelles des usagers
• les constructions de phrases difficiles ;
• les verbes et leurs prépositions ;
• les modes et les temps ;
• les pluriels, les féminins ;
• les termes prêtant à confusion ;
• les mots difficiles à orthographier ;
• les usages régionaux, familiers ou populaires ;
• les néologismes, les anglicismes…

Pour tous ceux qui se posent des questions


sur la langue française, francophones
et non francophones

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© De Boeck Supérieur s.a., 2012 6e édition


Rue des Minimes 39, B-1000 Bruxelles

Tous droits réservés pour tous pays.
Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par
photocopie) partiellement ou totalement le présent ouvrage, de le stocker dans une
banque de données ou de le communiquer au public, sous quelque forme et de quelque
manière que ce soit.

Imprimé en Belgique

Dépôt légal :
Bibliothèque nationale, Paris : octobre 2012
Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles : 2012/0035/003 ISBN 978-2-8011-1669-2

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AVANT-PROPOS
DE LA SIXIÈME ÉDITION

Le Dictionnaire des difficultés du français est issu de plus de 70 ans d’expérience en la ma-
tière. Le professeur J. Hanse lui a donné une première forme en 1949 (Dictionnaire des dif-
ficultés grammaticales et lexicologiques) et a ensuite proposé deux éditions entièrement
revues en 1983 et 1987 (Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne).
J’ai repris la direction du dictionnaire en 1993 (3e édition, De Boeck-Duculot), pour avoir
partagé pendant près de vingt ans mes réflexions et analyses avec J. Hanse, qui nous a quit-
tés en 1992.
En 2000, avec la 4e édition, j’ai donné une nouvelle vie à l’ouvrage en proposant une édition
entièrement revue et, avec l’aide de Pierre-Yves Thomas, une version électronique sous for-
me de cédérom. Pour la première fois, un dictionnaire des difficultés prenait une forme
électronique.
Le cédérom exploitait toutes les qualités qui font du Hanse-Blampain la référence parmi les
dictionnaires de difficultés et qui justifient sa large utilisation par les francophones et les
allophones. La convivialité du cédérom venait s’ajouter aux qualités de l’imprimé : accès fa-
cile, formulation simple, sens didactique, ton de la proximité.
La liberté de l’usager se trouvait considérablement accrue. Les chemins d’accès aux diffi-
cultés étaient multipliés : des 5 000 entrées du dictionnaire imprimé, on passait à 11 000
entrées électroniques ! Les réponses aux questions posées traitaient l’ensemble des cas et
renvoyaient systématiquement à d’autres cas analogues (7 500 liens hypertextes). L’ensem-
ble de la matière du dictionnaire (orthographique, phonétique, morphologique, sémantique,
syntaxique) se trouvait parcouru pour chaque question posée. Vous pouviez consulter le dic-
tionnaire électronique de deux façons : ou vous recherchiez un mot particulier, ou vous vous
interrogiez sur un type de difficultés spécifique.
En 2012, avec cette nouvelle édition revue et enrichie de l’imprimé (6e), la version électro-
nique, qui garde la plupart des avantages de la dernière édition du cédérom (5e édition
2005), est adaptée, grâce à un travail mené avec la société Pythagoria, aux tablettes tactiles
et se consulte sur iPad. Le dictionnaire présenté sur ce type de support accroît son caractère
ludique et se glisse sous le bras, dans la serviette ou dans le cartable pour servir l’écolier, au
même titre que les grands dictionnaires de la langue française.
Au cours de ces dix dernières années, la notion de norme a beaucoup évolué. Les courriers
électroniques, les forums sur Internet, les SMS ou textos ont assoupli la relation à la norme.
Le Dictionnaire des difficultés répond à cette évolution. Il recommande un usage, en le jus-
tifiant, en aidant à comprendre les particularités d’une difficulté mais surtout il montre les
variantes historiques, géographiques, sociales et permet de se situer dans une relation de
confiance avec le lexique et la syntaxe de la langue française.
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En permettant de résoudre aisément, et non sans plaisir, les problèmes que pose la langue
française, le Dictionnaire des difficultés contribue à faire de celle-ci la langue du plus grand
nombre, grâce à ses supports imprimé et électronique.
Daniel BLAMPAIN

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ABRÉVIATIONS, LOCUTIONS
ET SIGNES CONVENTIONNELS
Les crochets [ ] n’encadrent pas toutes les expressions non françaises mais certaines d’entre
elles qui ont paru mériter cette attention particulière.
Le grisé de certaines entrées signifie qu’il s’agit plus spécifiquement de rubriques à
portée grammaticale.

absol. : absolument, impér. : impératif


en construction absolue
adj. : adjectif impers. : impersonnel
adv. : adverbe ind. : indicatif ou (avec compl. ou tr.,
transitif) indirect
appos. : apposition. Exemple : adjoint, indéf. : indéfini
dans le directeur adjoint
card. : cardinal (dét. numéral inf. : infinitif
cardinal)
cf. : reportez-vous à... interj. : interjection
ch. : chapitre intr. : intransitif
comp. : composé inv. : invariable
compl. : complément loc. : locution — loc.adj., adv., conj.,
cond. : conditionnel prép., v., locution adjective,
adverbiale, conjonctive,
prépositive, verbale
conj. : conjonction m. : masculin
conjug. : conjugaison n. : nom
dém. : démonstratif num. : numéral
dét. : déterminant op. cit. : œuvre citée
dir. : direct p. : page
etc. : et cetera pp. : pages
f. : féminin part. : participe
fam. : familier, familièrement part.p. : participe passé
fig. : au figuré pass. : passif
Ibid. : Ibidem (dans le même livre p.c. : passé composé
ou article)
Id. : Idem, le (ou la) même auteur p.-q.-parf. : plus-que-parfait
imparf. : imparfait p.s. : passé simple
péj. : péjoratif rem. : remarque

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pers. : personne ou personnel RO : Les Rectifications


pl. : pluriel de l’orthographe, 1990. Texte du
Journal officiel présenté en fin
de volume
pop. : populaire sc. : scène
poss. : possessif sg. : singulier
prép. : préposition subst. : substantif
prés. : présent suiv. : suivant(s)
pr. : pronom ou, à côté de v., t. : tome
pronominal
pron. : prononcer tr. : transitif
qqn : quelqu’un v. : verbe
qqch. : quelque chose

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RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES
Dictionnaire de l’Académie française, 2 vol., 8e éd., Paris, Hachette ; : Ac.
Dictionnaire de l’Académie française A-Enz., 1994 : t. II, de Eocène à
Mappemonde, t. III, de Maquereau à Quotité, 9e éd., Paris, Librairie
Arthème Fayard, et fascicules de la suite de la 9e édition.
Bal (W.), Doppagne (A.), Goosse (A.), Hanse (J.), Lenoble-Pinson (M.), Pohl
(J.), Warnant (L.), 1994 : Belgicismes, Bruxelles, Duculot.
Brunot (F.), 1936 : La pensée et la langue, 3e éd., Paris, Masson.
Delcourt (C.), 1998-1999 : Dictionnaire du français de Belgique, Bruxelles,
Le Cri.
Colin (J.-P.), 1994 : Dictionnaire des difficultés du français, Paris, Le Robert.
Damourette (J.), Pichon (E.), 1930-1950 : Des mots à la pensée. Essai de : D. et P.
grammaire de la langue française, 7 vol., Paris, d’Artrey.
Hatzfeld (A.), Darmesteter (A.), Thomas (A.), 1890-1900 : Dictionnaire : Dict.gén.
général de la langue française, 2 vol., Paris, Delagrave.
Dictionnaire de la langue française, 1999 : Paris, Flammarion. : DLF
Dictionnaire du français contemporain, 1980 : Paris, Larousse.
Dictionnaire historique de l’orthographe française, sous la direction de
N. Catach, 1995 : Paris, Larousse.
Dictionnaire historique du français québécois, sous la direction de C. Poirier,
1998 : Québec, Presses de l’Université Laval.
Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, sous la direction de J.-C. Boulanger,
1992 : Paris, Le Robert.
Doppagne (A.), 1998 : La bonne ponctuation, 3e éd., Bruxelles, Duculot.
Dupré (P.), 1972 : Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain,
3 vol., Paris, Éd. de Trévise.
Francart (M.), Geron (G.), Wilmet (R.), Wirth (A.), 2010 : Dictionnaire des
belgicismes, Bruxelles, De Boeck Duculot
Girodet (J.), 1997 : Pièges et difficultés de la langue française, 3e éd., Paris,
Larousse-Bordas.
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Grand Larousse encyclopédique, 1959-1974 : 10 vol., 2 suppléments. : GLE


Grand Larousse de la langue française, 1971-1978 : 7 vol. : GLLF
Goosse (A.), 1991 : La "nouvelle" orthographe, Bruxelles, Duculot.
Le Grand Robert, 2011 : 6 vol., Paris. : GR
Grevisse (M.), 1998: Le français correct, 5e éd. révisée et actualisée par M. : FC
Lenoble-Pinson, Bruxelles, Duculot.
Grevisse (M.), Goosse (A.), 2011 : Le bon usage, 15e éd., Bruxelles, De Boeck : BU
Duculot.
Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire, 1988:
Équipe IFA, Paris, EDICEF, 2e éd.
Le Bidois (G. et R.), 1935-1938 : Syntaxe du français moderne, 2 vol., Paris,
Picard, 2e éd. avec notes complémentaires, 1967.
Lexis, Dictionnaire de langue française, 1977 : Paris, Larousse. : Lexis
Martinet (A.), Walter (H.), 1973 : Dictionnaire de la prononciation française
dans son usage réel, Paris, France-Expansion.
Nyrop (Kr.), 1899-1930 : Grammaire historique de la langue française, 6 vol.,
Paris, Picard.
Le Petit Robert, 2012 : Paris, Le Robert. : PR
Le Robert méthodique, 1990 : Paris, Le Robert. : RM
Sandfeld (K.), 1928-1943 : Syntaxe du français contemporain, 3 vol., Paris,
Champion, Droz.
Thibault (A.), 1997 : Dictionnaire suisse romand, Genève, Zoé.
Trésor de la langue française, 1971-1994 : Dictionnaire de la langue du XIXe et : TLF
du XXe siècle, Paris, Éditions du CNRS, 16 vol.
Rézeau (P. ) (sous la direction de), Variétés géographiques du français de
France d’aujourd’hui, 1999 : Bruxelles, Duculot.
Wagner (R.-L.), Pinchon (J.), 1967 : Grammaire du français classique et : W. et P.
moderne, 2e éd., Paris, Hachette.
Warnant (L.), 1987 : Dictionnaire de la prononciation française dans sa norme
actuelle, 4e éd., Bruxelles, Duculot.
Wilmet (M.), 2010 : Grammaire critique du français, 5e éd., Bruxelles, De
Boeck Duculot.

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A
3. À DEVANT UN NOM DE NOMBRE
À, prép. (accent grave).
À devant un nom de nombre (ou quelques-uns,
plusieurs, etc.) ne s’emploie que s’il s’agit de
À, préposition personnes et pour ajouter à la simple idée de
nombre celle d’une communauté d’efforts, de
situation:
1. VOIR AUSSI... Ils étaient trois. Nous étions à dix pour sou-
lever ce fardeau. Ils dormaient à six dans une
 ACOMPTE ; DÉTERMINANTS POSSESSIFS, 1 (avoir mal chambre. Louer une maison à trois (Ac.).
à la tête); AFFAIRE (avoir affaire); ALLER, 9 (à ou Nous sommes venus à trois. Ils y sont allés à
chez); AUTRE, 2 (à d’autres qu’à moi); AVANCE ; dix (ou au nombre de dix). Nous avons dîné
CAUSE (à cause que); CAUSER ; CE, 2.5.4.A (c’est à dix (mais Nous étions dix à ce dîner). Se
gentil à vous); CENT, 3 (pour cent); CHAQUE (à mettre à deux, à trois pour faire quelque
chose (Ac.).
chaque fois); COMBIEN (à deux); COMPARAISON ;
 COMBIEN, 1.
COMPARER ; COMPLÉMENT DU NOM ; CONDITION (à
condition que); CONFRONTER ; CÔTE ; CÔTÉ ; COURT
(à court); CROIRE ; DATES ; DEMAIN ; DEMI ; À et de, prépositions
ENCONTRE ; ENDROIT ; ÊTRE ; FEMME ; FIANCER ; FIN ;
HEURE, 1; HIER ; ICI (d’ici à); IDENTIFIER ; JOUER ;
1. DEVANT UN COMPLÉMENT DÉTERMINATIF
JOUR ; JUSQUE ; L’UN et UN, 9 (récipro-cité) ; MAL ;
DE PRIX
MARCHÉ (à bon marché); MARIER ; MÉPRENDRE ;
MESSE ; MOINS ; NÉCESSAIRE ; NOUVEAU ; PARAÎTRE ; Le complément déterminatif de prix indiquant
PARLER ; PARTIR ; PEINE ; PIED ; PLAN ; PLUS ; POINT DE la valeur de ce qui est désigné par le nom déter-
VUE ; PORTE ; PRÉPOSITION ; PRÊT ; PREUVE ; PRONOMS miné peut toujours s’introduire par de. Il peut
PERSONNELS, 1.4 (à lui confié); QUE, conj., 6 (à ce
l’être aussi par à. Un timbre à un franc. Le livre
à trois francs cinquante a été autrefois le nom
que, de ce que); RAISON ; REVOIR (au revoir);
d’une collection à bon marché. Cet emploi de à
SERVIR ; SONNER ; SUITE ; SUPPOSER ; SUR ; TANT, 4;
n’implique toutefois pas nécessairement une
TERRE (à terre); TOURNER ; TRAVERS.
nuance péjorative ni l’idée d’une série. La lan-
gue populaire ne craint pas d’employer à pour
2. QUELQUES WALLONISMES des objets coûteux, mais le français un peu châ-
tié le réserve, sans l’imposer, à l’expression d’un
Notons quelques wallonismes: aller [aux prix peu élevé:
muguets] pour aller cueillir du muguet; mener la Un timbre à dix sous, un cigare à cent sous.
vache [au taureau] pour à la saillie; planter, Prendre des places à dix francs.
arracher [aux pommes de terre, aux betteraves] Comparer à d’autres compléments détermina-
pour les pommes de terre, les betteraves; couper tifs : un billet de cinquante euros, un prix de
[aux cerises, aux groseilles] pour cueillir des ceri- mille euros.
ses, des groseilles; une maison [à rue] pour don-
nant sur la rue; son entrée [est à rue] pour donne 2. À ET DE APRÈS AVOCAT, CONSEILLER,
sur la rue; la femme [au lait] pour la laitière; ATTACHÉ, ETC.
l’homme [au mazout] pour le livreur de mazout; Quand on énonce les titres, on dit: avocat au
plusieurs de ces tours s’entendent en France. barreau de Paris, juge au tribunal de, attaché de
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A À (AU, À LA, AUX) ET EN

cabinet, attaché d’ambassade, attaché de consu- Une boîte de cigares et à cigares, un pot
lat, attaché de presse, conseiller d’ambassade, d’eau et à eau (pot à l’eau est sorti de
conseiller à la cour d’appel, conseiller maître à..., l’usage), une boîte de bonbons et à bonbons
conseiller du travail, conseiller culturel de ( CONSERVE), un pot de confiture et à confi-
l’ambassade de..., président de chambre à la cour ture, un pot de lait et un pot au lait (fré-
d’appel de..., premier président de la cour d’appel quent, sans doute à cause de la fable bien
de... connue) ou un pot à lait, etc.
Mais on dit: X, attaché à l’ambassade de..., atta- Mais on dit et on écrit couramment à dans: une
ché au cabinet du ministre de..., attaché au par- boîte à clous, à outils, à chapeau, aux lettres
quet, directeur du cabinet du ministre. Un avocat ( LETTRE, 5), un pot ou une blague à tabac, un
du barreau de Paris. carton à chapeau, un étui à (ou de) violon, un
étui à saxophone, un étui à lunettes, un étui à
Expert près la cour d’appel de...  PRÈS.
aiguilles, à cigarettes, une corbeille à papier. On
3. C’EST À VOUS À (OU DE) + INFINITIF remarque la tendance à employer à pour ce qui
ne s’achète que vide. On distinguera un sac à
Même sens (mais de est plus fréquent). Il est
pommes de terre et un sac de pommes de terre.
faux de dire que le tour avec à signifie «votre
tour est venu» et celui avec de «c’est à vous On dit: boîte de conserves.
qu’il convient de».
6. AVEC UN INFINITIF
4. À MARQUE L’APPARTENANCE Devant un infinitif, après aimer, commencer,
OU LA POSSESSION etc.  AIMER, COMMENCER. À vous entendre (ou à
ce que j’entends) on croirait que: valeur cau-
4.1. L’APPARTENANCE MARQUÉE PAR À sale.
APRÈS UN VERBE
La maison de mes parents. Le fils de Jules. 7. [AVOIR QQCH. À QQN]
L’appartenance, qui s’exprime avec à après un J’ai [eu] cinq francs [à] mon oncle. Wallonisme
verbe (Cette maison appartient à mes parents. pour: J’ai reçu cinq francs de mon oncle. Mon
L’avenir est à Dieu), ne le fait plus entre deux oncle m’a donné cinq francs.
noms, sauf par archaïsme ou dans l’usage très
familier et dans des locutions figées: une bête à 8. CONFITURE DE FRAISES. OMELETTE
bon Dieu, un fils à papa. AU JAMBON
Mais à s’emploie devant un pronom: Un oncle Le sens justifie ces emplois de à (accompagne-
à moi. Il a un style, une manière à lui. C’est notre ment) et de. En Belgique, on parle de confiture
devoir à tous (insistance). Renforcement du [aux] fraises, de compote [aux] prunes.
possessif  DÉTERMINANTS POSSESSIFS, 6.
9. VOIR AUSSI...
4.2. LA POSSESSION MARQUÉE PAR À
 ÉMÉRITE, HABITER, HEURE, NOUVEAU, POINT DE VUE,
APRÈS LE NOM DU POSSESSEUR
RESSORTIR, SERVIR, ZÉRO.
La possession (sens de «qui a») est marquée
par à après le nom du possesseur:
L’empereur à la barbe fleurie. Berthe aux À (au, à la, aux) et en
grands pieds. La cigogne au long bec. La
dame au nez pointu. L’homme à la pipe. La
dame au chapeau vert. 1. AVEC LES NOMS INDIQUANT UN MOYEN
DE TRANSPORT
5. À INDIQUE LE CONTENANT, DE INDIQUE À ou en vélo. On a opposé légitimement à che-
LE CONTENU val à en voiture, mais on a prétendu que en ne
Il est bon de maintenir, quand la clarté de la pouvait signifier que dans: en auto, en train
communication le demande, l’utile et facile dis- ( TRAIN). On dit pourtant fort bien en ou à bicy-
tinction entre un verre de vin (contenant du clette, vélo, moto, skis. On dit toujours en
vin) et un verre à vin (destiné à contenir du bécane, en tandem, en scooter, en patins, en
vin): traîneau. Devant un article, un déterminant

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À (AU, À LA, AUX) ET EN A


démonstratif ou possessif ou un nombre, on dit Pour les noms de pays, de régions ou de pro-
sur: sur sa bicyclette, sur une bécane, etc. vinces, on dit en (sans article) lorsqu’ils sont
Il est clair que c’est une faute de dire [partir au féminins ou commencent par une voyelle (en
train, revenir au bus]. C’est en qui s’impose, France, en Flandre, en Espagne, en Israël, en
malgré un usage populaire, fréquent en Belgi- Artois); on dit cependant dans la Gironde, en
que et en Suisse. On voyage en train ou par le Inde (ou dans l’Inde) et généralement à (plus
train. Ne pas dire [par train] comme on dit: par l’article) lorsque, masculins, ils commencent
mer. Éviter [sur le train]. par une consonne ou un h aspiré (au Luxem-
bourg, au Canada, au Honduras); mais on hésite
2. AVEC LES NOMS BOUCHE, LÈVRES souvent entre en (qui est en progrès) et dans le
devant les noms masculins de provinces com-
On dit avoir la cigarette aux lèvres, à la bouche, mençant par une consonne (en — ou dans le —
avoir la pipe à la bouche (ou au bec) plutôt que en Poitou, Limousin, Hainaut); dans et l’article est
bouche, plus rare. On préfère garder à en son sens général s’il s’agit de départements (dans le Nord,
normal: une pastille en bouche. Comparer: avoir dans la Seine-Maritime). On dit donc dans la
toujours l’injure à la bouche. À cette date, à cette Seine (département), alors qu’on dit en Vendée.
époque. En ce siècle, en cette période troublée. On emploie généralement en devant les noms
de départements formés de deux termes unis
3. AVEC LE NOM BOURSE par et: en Saône-et-Loire; mais on emploie aussi
À la Bourse, en Bourse. Noter la majuscule. dans: dans le Lot-et-Garonne, dans le Loir-et-
Aller, travailler à la Bourse se dit plutôt lorsqu’il Cher.  NOMS PROPRES, 1.
s’agit du bâtiment. Aller en Bourse, donné par Pour les noms d’îles, on emploie à devant ceux
certains comme la construction normale, con- qui ne s’énoncent jamais avec un article et
cerne plutôt les opérations financières que le devant ceux qui en réclament toujours un: à
bâtiment. Une action est cotée en Bourse ou à la Malte, à Jersey, à Guernesey, à Chypre, à Cuba,
Bourse. L’emploi de à dans ce sens devient le à Madagascar, à Tahiti, à Haïti, à Terre-Neuve;
plus courant si Bourse a un complément à la Martinique, au Groenland. En Haïti, quoi-
déterminatif: à la Bourse de Paris est beaucoup que fréquent, est plutôt à déconseiller. — Pour
plus fréquent que en Bourse de Paris. — On dit: l’île d’Elbe et l’île de Ré, on dit à l’île de ou dans
jouer à la Bourse, comme jouer aux cartes, mais l’île de. De même pour l’île de Rhodes.
on dit aussi jouer en Bourse, perdre son argent en
On dit cependant: en Irlande, en Corse, en Sar-
Bourse.
daigne, en Crète.
4. AVEC LE NOM SORBONNE On emploie aux devant les noms au pluriel: aux
Au tour traditionnel en Sorbonne (professeur en Antilles, aux Baléares.
Sorbonne, faire un cours en Sorbonne), qui reste
correct, les maîtres eux-mêmes de l’illustre mai- 6. À ET EN OU DANS
son substituent couramment, aujourd’hui, à la: On dira couramment: Il travaille à l’usine, dans
professeur, assistant à la Sorbonne. On se rend à la une usine, dans cette usine. Mais on dit aussi, en
Sorbonne. Un colloque se tient à la Sorbonne. songeant moins à telle usine déterminée: Il tra-
vaille en usine, comme on dit travailler en cham-
5. AVEC LES NOMS DE VILLES, DE PAYS, ETC. bre (mais travailler à domicile). Il travaille dans
L’usage a fini par établir des distinctions assez le secteur alimentaire. On dit: Elle est à la cui-
nettes. Bornons-nous à l’essentiel. sine ou elle est dans la (dans sa) cuisine, au gre-
nier. Pêcher dans la Meuse. Mais: Ses bureaux
On emploie à devant les noms de villes: à
sont place du Trône.
Paris, au Havre, à Monaco. — En Avignon, en
Arles sont des provincialismes provençaux imi- Mon mari est à son bureau, dans l’immeuble où
tés à tort et sans discernement en français et il a son occupation. Il est dans son bureau, dans
appliqués abusivement à d’autres villes. On dit le local qui s’appelle son bureau. À la maison, à
plutôt: à Avignon, à Arles, comme à Athènes, à l’atelier, au bureau, à l’école, tout le monde gre-
Alger. lotte (Gaulle, Ch. de, Le salut).

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A À ET OU POUR EXPRIMER UNE ÉVALUATION

7. AVEC LE NOM PERFECTION Avec un verbe de mouvement comme sauter,


L’Académie admet en perfection et à la perfec- tomber, on emploie à bas de, un peu plus rare-
tion ; seule cette dernière expression est vrai- ment en bas de, mais le plus souvent de: Il sauta
ment vivante. ou il tomba (à bas ou en bas) de son cheval. On
trouve aussi au bas de dans ce sens, mais c’est
8. À SA PLACE ET EN PLACE plutôt à déconseiller: Il sauta au bas de son lit
Une chose, une réflexion, un mot est à sa place, (Sarraute, N., Portrait d’un inconnu).
au propre et au figuré. On met ou on remet Parfois le verbe ne précise pas par lui-même le
qqch. en place ou à sa place. On dit aussi en sa sens du mouvement; il faut alors à bas de (ou en
place mais surtout en bonne place. C’est à tort bas de): Il le mit à bas de son cheval.
que dans une bonne partie de la Wallonie on dit [Bas de] ne peut s’employer pour à bas de, en bas
[à place]. La mise en place de qqch. Au figuré, de. Emploi belge: [Sauter, tomber bas de son lit,
on remet qqn à sa place. bas de l’échelle].
On se met (ou on désigne une personne) à la Adverbe en bas: Il dort en bas (au rez-de-chaus-
place de qqn. En son lieu et place appartient au sée). À bas: mettre à bas, jeter à bas, sauter à bas.
langage de la procédure. Et je sautai à bas (Alain-Fournier, Le grand
On ne peut dire, comme en Belgique, [à la Meaulnes).
place de faire qqch.] pour au lieu de faire qqch.
On dit: Il parle au lieu d’écouter. 11. AVEC LE NOM DES SAISONS
Au propre et au figuré, on se tient à sa place, on On dit: au printemps, en été (mais: dans l’été de
reste à sa place. Au propre, on demeure en place, 1940), en automne (parfois à l’automne), en
on ne tient pas en place. hiver.

9. AU PEUT REMPLACER EN OU DANS 12. AVEC LE NOM MAIN


Dans certaines expressions, on dit au par suite On peut dire: le livre en main ou à la main
d’un ancien usage, bien que le sens permette  MAIN.
d’attendre en ou dans: Mettre au jeu, au monde,
aux fers. Tomber au pouvoir de, aux mains de. 13. AVEC LE NOM MORCEAU
Aux heures de deuil, de découragement, etc. Wallonisme: couper [à morceaux] pour en mor-
On notera les oppositions: En mon nom et au ceaux.
vôtre; aller au ciel, au paradis ou en paradis; aux
enfers, en enfer; à l’église (parfois en l’église 14. AVEC LE NOM TÊTE
de...); en classe, à l’école; au bagne, en prison et, Distinguer: à la tête (ou en tête) d’un cortège, à
dans le sens de en prison, à l’ombre, mais dans la tête d’une société, d’une fortune, en tête d’un
(ou à) la prison de telle ville; au bois, en forêt; en écrit, d’un poème, d’une proposition.
quête de, à la recherche de; au bar, dans un bar;
en dernière minute, au dernier moment; mettre à 15. VOIR AUSSI...
terre (sur le sol), mettre en terre.  DÉTERMINANTS POSSESSIFS, 1; CROIRE ; DANS, 2; EN,
prép., 3; RUE.
10. À BAS (DE), AU BAS (DE), EN BAS (DE)
Les deux locutions prépositives au bas de et en
bas de ont le même sens, «au pied de, dans la À et ou pour exprimer
partie inférieure de»: En bas (ou au bas) de la une évaluation
page, de la colline, de l’échelle; on dit aussi en
bas de page. Noter: Il habite dans le bas de la Si les deux nombres sont consécutifs et se rap-
ville. portent à des unités indivisibles, le tour logique
Même choix théorique entre en haut de et au est ou, mais de bons auteurs emploient à depuis
haut de, le premier étant préféré par l’oreille. longtemps:
On trouve aussi dans le bas de pour désigner la Six ou sept personnes. Des groupes de cinq
partie inférieure d’une surface plane, verticale: ou six personnes. Sept ou huit arbres. Qua-
Dans le bas de la porte, du tableau. tre ou cinq fois.

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ABONDER A
Si l’une de ces deux conditions n’est pas réali- Au sens physique, on dit SE BAISSER.
sée, on emploie logiquement soit ou, soit de... à En termes de cuisine, abaisser une pâte (au
(on peut omettre de): rouleau de pâtisserie).  BAISSER.
Quatre ou cinq heures ou de quatre à cinq ABAJOUE, n.f., poche entre la joue et la
heures. Il y avait là dix ou quinze personnes
mâchoire chez certains animaux.
ou (de) dix à quinze personnes. Cela me
donne au moins cinq à six jours. ABAQUE, n.m. dans tous ses emplois. Un aba-
Proprement il y a une différence de sens entre: que.
Il a écrit là-dessus quatre ou cinq pages (on ABASOURDIR, v.tr.dir. On prononce normale-
hésite sur le nombre) et quatre à cinq pages ou ment z parce que le mot ne vient pas de
de quatre à cinq pages (entre quatre et cinq). sourd mais du vieux mot d’argot basourdir
(tuer). Sous l’influence d’assourdir, le sens
est cependant «étourdir par un grand
À et par bruit» ou, par extension, «sous l’effet de la
surprise».
On dit: mangé aux vers, aux mites; ou aussi des ABAT, dans les noms composés: un abat-jour,
ou par les vers. un abat-son, un abat-vent, des abat-jour(s),
À l’emporte sur par dans une tournure factitive des abat-son(s), des abat-vent(s).  NOMS
avec faire: Cela nous faisait désirer à tous de le COMPOSÉS, 2.5 et RO II.2.
rencontrer. Il faut toutefois éviter l’équivoque: ABÂTARDIR s’écrit avec un accent circonflexe,
Je l’ai fait dire à tous ne sera compris avec le comme bâtard.
sens de Je l’ai fait dire par tous que si le contexte ABATS, n.m.pl., désigne en termes de bouche-
dégage ce sens. — Le danger que cela faisait rie certaines parties accessoires, mais
courir à notre cause.  INFINITIF, 2.1.2.B. comestibles, d’animaux. ABATTIS, également
Par avec laisser (ou faire) + infinitif: Il se laisse m.pl., est réservé à la volaille; dans le lan-
émouvoir par leurs larmes. gage populaire, il désigne les bras et les
 INFINITIF, 2.1.2: Je l’ai entendu dire à mon ami jambes de qqn (numéroter ses abattis). Un
ou par mon ami. abattis, amas de choses abattues.
 TERRE (à terre, par terre). ABATTAGE, n.m., a deux t comme abattre et ses
dérivés. On parle de l’abattage des arbres,
ABAISSER et BAISSER, v.tr.dir., signifient tous deux
des animaux, du charbon et de l’ABATTEMENT
«faire descendre à un niveau inférieur», mais
d’un malade, des salaires, de la matière
sont loin de s’employer toujours indifférem-
imposable. — Un animateur a de l’abattage,
ment ; baisser a d’ailleurs gagné beaucoup de
il tient son public en haleine.
terrain sur abaisser transitif; on baisse la tête,
les yeux, les bras, le nez, le ton, la voix, la ABHORRER, v.tr.dir., a l’h et les deux r de hor-
lumière, etc.; mais on baisse ou on abaisse reur.
les paupières, une vitre. Abaisser se dira sur- ABÎMER ou ABIMER (RO II.4), v.tr.dir., vieilli
tout au sens moral; c’est ainsi qu’on abaisse dans son sens propre (précipiter dans un
dédaigneusement les regards sur quelqu’un. En abîme) et dans ceux de ruiner et même cri-
mathématiques, on abaisse un chiffre (en fai- tiquer, signifie «endommager, mettre en
sant une division) ou une perpendiculaire. — mauvais état»: Abîmer un chapeau.
On notera qu’à la différence d’abaisser, baisser On écrit ABÎME, ABÎMÉ ou ABIME, ABIMÉ
peut être intransitif: on baisse (ou on abaisse) (RO II.4).
les prix, les prix baissent. Le jour baisse. Quant
ABJECT, adj. On prononce les deux consonnes
à s’abaisser, il faut surtout observer que, lors-
finales.
que le sujet est une personne, le verbe a un
sens figuré, moral (s’humilier ou perdre de sa ABOIEMENT, n.m. Noter ie, comme chatoiement
dignité, s’avilir): on s’abaisse par humilité, on ou rudoiement.
s’abaisse pour réussir, on s’abaisse à (ou ABONDER, v.intr., a pour sujet ce qui est en
jusqu’à) un marchandage, on s’abaisse à (ou grande quantité ou bien le lieu où il y a
jusqu’à) faire une chose. cette abondance: Les fautes abondent dans

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A ABORD

ce texte. Ce texte abonde en fautes. Abonder abrasive); aucun rapport avec braise, bra-
de est vieilli. Autre sens: On abonde dans le sier, embraser.
sens de qqn, on est tout à fait de son avis. ABRÈGEMENT, n.m., l’accent n’a pas été modifié
ABORD (D’), adv. D’ABORD signifie en premier dans la 9e éd. de l’Ac.
lieu, pour commencer, à première vue: Je ABRÉGER, v.tr.dir., conjug. J’abrège, nous abré-
me suis d’abord étonné. Emploi fautif wal- geons, nous abrégerons ou nous abrège-
lon, dans le sens de donc, alors, dans ce cas. rons (RO II.3)  VERBE, Conjugaison, 1.1.
Si tu crois que c’est facile, fais-le [d’abord].
D’ABORD QUE, classique (aussitôt que), est
vieilli. Il s’entend encore en Wallonie dans Abréviations et symboles
ce sens (Je l’ai reconnu [d’abord que] je l’ai
vu) et dans celui de pourvu que, du moment 1. ABRÉVIATIONS
que (Je le recevrai [d’abord qu’] il en fait la
Avant de noter quelques abréviations usuelles
demande).
telles qu’on les emploie aujourd’hui (car il y a
On dit: dès l’abord, DE (et non à) PRIME eu et il peut y avoir encore une évolution dans
ABORD, AU PREMIER ABORD. l’usage), faisons une remarque générale et
ABORDER, v.intr., s’emploie couramment avec importante à propos du point intervenant dans
l’auxiliaire avoir. Nous avons abordé au les abréviations (en dehors des symboles): il se
rivage depuis une heure. Synonyme dans ce place après la dernière lettre d’une abréviation
sens: accoster. quand cette dernière lettre n’est pas la dernière
du mot et quand l’abréviation ne forme pas un
V.tr.dir., a parfois le même sens qu’accoster.
mot tronqué (comme auto, métro) qui peut
On aborde ou on accoste qqn, mais on
d’ailleurs prendre la marque du pluriel.
aborde un virage, un village, la vie, une ques-
tion, une profession, le théâtre.  ACCOSTER. On fera attention, dans la liste ci-dessous, à la
situation des lettres sur une même ligne ou
ABOUCHER, v.tr.dir.
On abouche deux tuyaux, non.
deux personnes; on abouche une personne
On écrit, quand on abrège, M. (Monsieur) et
avec une autre; on s’abouche avec qqn.
non [Mr.], à l’anglaise, MM. (Messieurs), Mme
ABOULER, v.intr., et S’ABOULER sont vulgaires. On ou Mme (Madame), Mmes ou Mmes, Mlle ou
dit: arriver, venir. Vulgaire aussi l’emploi Mlle, Mlles ou Mlles, Me (Maître, quand il s’agit
transitif d’abouler dans le sens de donner. d’un homme de loi, avocat, notaire, avoué, huis-
ABOUTIR, v.intr.On aboutit dans une chambre, sier), Dr pour Docteur, Mgr (ou Mgr) pour Mon-
à qqch. Vous aboutirez à ce qu’on ne vous seigneur, Mgrs (Messeigneurs), NN.SS.
consultera plus (indicatif). Éviter de dire: (Nosseigneurs), St, Ste (Saint, Sainte; saint,
un travail [abouti] au lieu de achevé, réussi. sainte), S.M. (Sa Majesté), LL.MM. (Leurs
Majestés), S.A. (Son Altesse), LL.AA. (Leurs
[ABOUTONNER], v.tr.dir., est une forme dialec- Altesses), S.Exc. (Son Excellence), Cie (compa-
tale qui s’entend en Belgique et dans plu- gnie), Vve (veuve), no (numéro), p. ex. (par
sieurs régions de France pour boutonner exemple), p. (page), pp. (pages), c.-à-d. (c’est-à-
(un vêtement). dire), cf. (latin confer, reportez-vous à), ch. ou
ABOYER, v.intr. ;
i devant e muet. Complément: chap. (chapitre), P.P. (port payé), P.-S. (post-
Ce chien aboie aux voleurs, après les passants scriptum), N.B. (nota bene).
(contre les passants). On écrit généralement 1er, 1ers, 1re, 1res, 2e ou
2e, 1o, 2o, etc. Pas de trait horizontal sous la ou
ABRACADABRANT, adj., se dit de ce qui (discours,
les lettres mises à droite du chiffre.
projet, jugement, etc.) est aussi incompré-
hensible ou déconcertant qu’une formule 2. SYMBOLES
magique (abracadabra), de ce qui surprend
Les symboles des unités de mesure et des uni-
par son incohérence, son illogisme.
tés monétaires ne sont suivis ni d’un point ni
ABRASER, v.tr.dir., ABRASION, n.f.,
et ABRASIF, adj., d’un s: a (are), A (ampère), cm (centimètre),
se disent d’une usure par frottement (usure mm (millimètre), km (kilomètre), m (mètre), m2

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ACADÉMICIEN A
(mètre carré), km2 (kilomètre carré), m3 (mètre
cube), t (tonne), kg (kilogramme), g (gramme), Absolu
h (heure), min (minute), s (seconde), l (litre), cl
(centilitre), ha (hectare), 100 km/h ou 100 kmh
(avec ou sans barre oblique, mais généralement En grammaire, on parle d’un sens absolu, d’un
avec barre: 100 kilomètres à l’heure), kW (kilo- emploi absolu, d’une construction absolue
watt), kWh (kilowattheure), 0,3 (trois dixiè- quand un verbe transitif est employé sans com-
mes). Les devises sont abrégées selon des plément d’objet: Il cherche, il mange.
normes internationales (ISO): EUR (euro). ABSOUDRE, v.tr.dir. Conjug.: J’absous, il
absout, nous absolvons, ils absolvent.
On écrit: 10 F, 5 km, 3 h 15 min 10 s (3 heures J’absolvais. J’absoudrai. Que j’absolve.
15 minutes 10 secondes), 20,5 km (20 km 500 Absolvant. J’ai absous ou j’ai absout
mètres); la virgule sépare les unités des chiffres (RO III.10). Elle a été absoute. Passé sim-
décimaux. Ailleurs on laisse un intervalle: ple inusité.
17 255 310 F. De même, en plaçant le symbole
ABSOUTE, n.f., est mis fautivement au pluriel
après le nombre: 1 350 F, 3,50 F, 3,50 m, 37,5˚
(37 degrés et demi). Mais pour les millésimes: en Belgique, même lorsqu’il n’y a qu’une
en 1675. absoute.
ACABIT, n.m. (t non prononcé), est péjoratif.
On notera que 20’ ou 40’’ (minutes et secondes) Un filou de cet acabit (de cette sorte).
s’emploient pour la mesure des angles et non
ACADÉMICIEN, n.m., ACADÉMIE, n.f., ACADÉMIQUE,
pour celle du temps.
adj. Dans l’usage français, académique reste
en rapport avec Académie pris dans le sens
ABSCISSE, n.f.
Sc, comme dans scission, s’expli- de «société, compagnie de savants, d’écri-
que par le sens (ligne coupée). vains ou d’artistes» et dans celui, noté plus
bas, de «circonscription universitaire ». Il se
ABSCONS, adj. (b se prononce p), signifie: pres- dit donc de prix, de discours, de réceptions
que impossible à comprendre: Un écrivain ou de séances quand il s’agit d’une compa-
abscons. gnie appelée Académie. Dans un sens péjo-
ratif, il qualifie ce qui est conventionnel,
ABSENT, adj., et S’ABSENTER ne s’accommodent compassé, en art et en littérature.
pas de la préposition à pour indiquer le En Belgique, on parle couramment de
lieu, la situation d’où l’on est absent: Il est SÉANCE ACADÉMIQUE (comme en flamand)
absent de son bureau. Il s’est absenté de pour une séance solennelle avec discours,
mon cours. On peut employer absent de séance d’hommage, de commémoration, de
façon absolue, avec éventuellement un clôture d’un congrès, et l’on appelle SALLE
complément de temps: Il était absent à ACADÉMIQUE la salle destinée aux séances
l’appel ou lors de cette séance. Néanmoins solennelles.
on entend absent à, en. Au sens de distrait:
Une autre extension d’emploi (qu’on trouve
absent à tout (GR).
aussi partiellement en Suisse et au
ABSENTÉISME, n.m., se dit de l’habitude de Canada) substitue en Belgique académique
s’absenter. à universitaire. On parle en Belgique
d’année académique (au lieu d’année uni-
ABSOLU, adj., écarte, par définition, toute res- versitaire), de la rentrée académique, du
triction, toute variation de degré: un pou- calendrier académique, des autorités acadé-
voir absolu, une discrétion absolue. Il est miques, des grades académiques, du corps
donc anormal de mettre cet adjectif au académique, de la liberté académique. Tan-
comparatif ou au superlatif (plus, le plus), dis qu’au Canada, académique prend la
comme le font cependant de bons auteurs. place tantôt d’universitaire, tantôt de sco-
Mais on peut employer trop, pour marquer laire, tantôt de pédagogique, etc.
l’excès. Adverbe: ABSOLUMENT. Tic de Ce qu’on appelle en Belgique le QUART
langage : absolument au lieu de oui. D’HEURE ACADÉMIQUE (retard théoriquement

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A ACAGNARDER

toléré) s’appelle en français le quart d’heure dîner est plutôt un tour théorique: se lais-
de grâce. ser offrir de quoi dîner).
L’usage belge a été influencé par l’alle- ACCEPTION, n.f.,veut dire: sens, nuance de
mand. Cette influence est plus sensible sens d’un mot (ne pas employer dans ce
encore au grand-duché de Luxembourg où sens acceptation) ou, dans les expressions
ACADÉMICIEN se dit de tout diplômé de l’uni- SANS ACCEPTION DE, SANS FAIRE ACCEPTION DE,
versité et même de tout étudiant inscrit à préférence, prise en considération : On ne
l’université. fera pas acception de la nationalité des can-
Notons qu’on ne s’adresse pas à un académi- didats. Sans acception d’âge ni de sexe. C’est
cien seul, à un membre d’une Académie en donc tout autre chose que sans exception.
lui disant «Monsieur l’Aca-démicien». Le ACCESSOIRE, n.m.
Un accessoire. Dérivé: ACCES-
pluriel s’emploie si l’on s’adresse à plusieurs. SOIRISTE, n.m.,
marchand d’accessoires ou,
Il est utile d’observer qu’en France l’Univer- au théâtre, dans un studio, le responsable
sité comprend tout l’enseignement public et des accessoires du décor, des éléments
qu’il est réparti en académies ayant à leur mobiles.
tête un recteur et des INSPECTEURS D’ACADÉMIE.
ACCIDENT, n.m.On peut parler au figuré d’un
L’adjectif académique s’y applique non seu-
lement aux sociétés appelées Académies, accident de parcours pour un imprévu qui a
mais à ce qui a rapport aux circonscriptions troublé le cours normal des choses.
de l’Université: l’inspection académique. Les ACCIDENTÉ, adj., ne se dit pas seulement d’un
PALMES ACADÉMIQUES sont une décoration relief, d’un terrain ou, au figuré, d’une vie,
récompensant les mérites de ceux qui ont d’une carrière, mais, dans l’usage général,
servi l’Université, ses académies, son ensei- d’une voiture, d’une personne qui a été vic-
gnement.  UNIVERSITAIRE. time d’un accident: Un piéton accidenté.
ACAGNARDER (S’), v.pr.S’acagnarder, c’est s’ins- Un camion accidenté. D’où le nom: un
taller paresseusement dans une vie oisive. accidenté du travail. Les dictionnaires refu-
CAGNE, ancien mot signifiant paresse, se dit, sent le verbe ACCIDENTER. Il a accidenté deux
par ironie et antiphrase, de la classe de personnes est considéré comme inutile; on
lycée préparant à l’École normale supé- dira: blessé, renversé, etc.
rieure (section lettres); on écrit plutôt khâ- ACCISE, n.f., ACCISIEN, n.m.
On donne en Belgi-
gne.  KHÂGNE. que le nom d’accises (au pluriel) à l’ensem-
ACANTHE, n.f., s’écrit avec th. ble des impôts indirects sur le commerce de
certaines boissons: Service des douanes et
À CAUSE QUE.  CAUSE.
accises. Le nom accise (au singulier) n’est
ACCALMIE, n.f. Deux c (préfixe ad devenu ac). pas inconnu en France; il y désigne depuis
longtemps, lorsqu’on parle de l’Angleterre
ACCAPARER, v.tr.dir. On accapare qqn ou
et de la Belgique, un impôt indirect sur cer-
qqch. On s’empare de qqch. Ne pas dire
tains biens de consommation, notamment
[s’accaparer qqch.] ni, sous l’influence de
sur l’alcool et les boissons alcoolisées.
s’emparer de, [s’accaparer de qqch.].
L’administration française parle d’IMPÔTS
ACCENT, n.m. Mettre l’accent sur qqch., c’est INDIRECTS.
insister sur qqch.
En Belgique, il est donc normal qu’un
ACCENTUER, v.tr.dir., peut signifier: donner plus «agent des accises» soit appelé un accisien.
d’intensité. S’ACCENTUER est correct: La résis- Il est bon de savoir que ces appellations
tance s’est accentuée. Le froid s’accentue. accises et accisien, officielles en Belgique,
ACCEPTATION, n.f. ; ne pas l’employer pour sont régionales.
acception.  ACCEPTION. ACCLAMATION, n.f., reste au singulier dans ÉLIRE
ACCEPTER, v.tr.dir.J’accepte de le faire moi- PAR ACCLAMATION (sans recours au scrutin;
même ou J’accepte qu’il le fasse (subjonctif). cela suppose l’unanimité ou une très large
J’ai accepté de dîner chez Untel (Accepter à majorité).

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ACCOURIR A
ACCLIMATATION, n.f., se dit des animaux et des 4. Être (ou tomber) d’accord pour faire qqch.
plantes; ACCLIMATEMENT des organismes ou
des personnes.
Accord
ACCOMMODER, v.tr.dir. Deux c, deux m. On
accommode les restes, on accommode du
poisson à telle sauce (ou avec telle sauce); Accord de l’adjectif ( ADJECTIFS QUALIFICATIFS),
on accommode une chose à une autre, on du nom attribut ( ATTRIBUT, 3), du verbe
S’ACCOMMODE à qqch. (on s’y adapte) ou on ( VERBE, Accord), du participe passé
s’accommode de qqch. (on s’en contente). ( PARTICIPE PASSÉ), etc.
— Ne pas confondre ACCOMMODATION (d’un ACCORDER, v.tr.dir.Accorder à qqn l’autorisa-
organe, d’une conduite) et ACCOMMODEMENT tion de faire qqch. Je vous accorde que je me
(accord, compromis, expédient) qui lui- suis trompé. Ils se sont accordés à dire...
même ne peut être confondu avec aména-
ACCOSTER, v., s’emploie de façon absolue (Le
gement, commodité.
navire accoste le long des quais) ou est tran-
ACCOMPAGNER, v.tr.dir., exige un complément, sitif direct: Le navire accoste le quai.
sauf s’il s’agit d’un accompagnement musi-
Accoster qqn (l’aborder) n’implique pas
cal. Il m’a accompagné. Il a accompagné son
nécessairement une façon cavalière, une
cadeau d’une lettre très aimable. Je me suis
manière de sans-gêne.  ABORDER.
fait accompagner. Il était accompagné de sa
tante (ou par sa tante. Il m’a accompagné au ACCOTOIR, n.m., vieilli dans le sens d’appui
piano (le complément est nécessaire au pour le bras, d’accoudoir.
sens). Il accompagne à la perfection (accom- ACCOUCHER, v.intr. On dira : Le chirurgien
pagnement musical). l’assistait quand elle a accouché et non pas
On peut lire en France, dans des églises, quand elle [s’est accouchée] ; la faute
une invitation à accompagner la porte (à la s’entend en France comme en Belgique.
maintenir pendant qu’elle se ferme, à ne On emploie parfois l’auxiliaire être, unique-
pas la laisser se fermer bruyamment). ment pour indiquer l’état résultant de
[ACCONDUIRE]. Ancien verbe, resté vivant dans l’action accomplie : Elle est accouchée
le Hainaut picard dans le sens de amener, depuis hier. Mais : elle a accouché hier. Il y
conduire qqn ou qqch. a trois mois qu’elle a accouché. Accoucher
ACCORD, n.m., ÊTRE D’ACCORD.
s’emploie absolument dans la langue très
familière pour « parler, dire quelque
1. On doit dire: D’UN COMMUN ACCORD. On chose », surtout à l’impératif : Allons,
trouve cependant en Belgique: [DE COM-
accouche, dis-moi ce qui ne va pas au lieu
MUN ACCORD].
de : Explique-toi, parle !
2. L’accord consiste en une entente. Propre-
ment, donc, on ne donne pas son accord, V.tr. Le médecin l’a accouchée, l’a aidée à
mais on est d’accord avec qqn sur une ques- mettre un enfant au monde. Au passif, sans
tion, on se déclare d’accord, on marque son complément d’agent : Sa mère lui ferma les
accord, on en tombe (ou on en demeure) yeux après qu’elle eut été accouchée d’une
d’accord, on est (on tombe) d’accord pour fille (Pernoud, R., La femme au temps des
faire qqch., ou que c’est grave. cathédrales). Au figuré, on accouche les
Cependant, on demande, on sollicite esprits. On fait accoucher les esprits (Ac.).
l’accord de qqn, on obtient l’accord de Une femme accouche d’un garçon, de deux
qqn; il est dès lors naturel qu’on en jumeaux (Ac.). Au figuré, on accouche
vienne ainsi à l’expression DONNER SON aussi d’une idée.
ACCORD, qui prend le sens de accepter,
ACCOURCIR, v.tr.dir., est vieux. On dit : RACCOUR-
autoriser, permettre.
CIR. Raccourcir une robe.
3. Ne pas substituer D’ACCORD et surtout d’ac
ou d’acc (très familiers) à oui: Oui, merci ACCOURIR, v.intr., s’est davantage employé
j’ai compris. Pourquoi remplacer d’accord autrefois avec l’auxiliaire avoir: D’autres
par O.K.? gens qui avaient accouru (Romains, J., Mort

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A ACCOUTUMÉE

de quelqu’un). Aujourd’hui on emploie cou- ACCUEILLIR, v.tr.dir., se conjugue comme cueillir.


ramment être, sans exclure avoir. Il signifie recevoir bien ou mal, froidement ou
ACCOUTUMÉE, n.f., ne s’emploie que dans à coups de fusil ou chaleureusement.
l’expression vieillie À L’ACCOUTUMÉE, généra- ACCULTURATION, n.f., adoption et assimilation
lement introduite par comme. On dit: d’une autre culture.
d’ordinaire, comme à l’ordinaire, d’habi-
ACCUSER, v.tr.dir. On accuse qqn de qqch., d’un
tude, à son habitude, comme d’habitude,
méfait, d’avoir commis un crime. On accuse
mais non [comme à l’habitude].
(ou on confesse) ses péchés. On s’accuse de
ACCOUTUMER, v.tr.dir., S’ACCOUTUMER. — On qqch. On disait couramment autrefois:
accoutume qqn à qqch., on s’accoutume à accuser la réception d’une lettre; le tour
qqn, à qqch., à faire qqch. On est accou- reste correct, mais on dit de préférence
tumé à qqch., à faire qqch., on est habitué aujourd’hui: ACCUSER RÉCEPTION d’une lettre.
à, on a pris l’habitude de. Avoir accoutumé On peut dire: Veuillez m’accuser réception
de faire qqch. vieillit, mais reste correct: de cette lettre, ou, d’une manière absolue:
Ceux qu’il avait accoutumé de pourchasser Veuillez m’accuser réception.
(Tournier, M., Vendredi). Ils s’y sont accou-
Accuser peut signifier rendre manifeste,
tumés. Ils se sont accoutumés à ce qu’on leur
faire ressortir: Son visage accuse une fati-
obéisse.
gue, de la fatigue. Il accuse la soixantaine.
ACCRO, adj. et n. Néologisme créé par tronca- Ses traits sont trop accusés. Sa robe accuse sa
tion de accroché. Se dit, en langue fami- grosseur. Cela accuse la ressemblance, la
lière, pour désigner quelqu’un de passionné différence. On peut dire: Ces comptes accu-
par une activité: les accros de l’escalade. sent un bénéfice.
Plus rarement, pour marquer la dépen-
À CE QUE.  QUE, conj., 6.
dance par rapport à une drogue: Il est accro
à l’héroïne. On dit aussi: Il est addict à ACÉTAL, n.m. Des acétals.
l’héroïne. Addict, addiction viennent de ACHALANDÉ, adj., d’après son étymologie (cha-
l’anglais. land signifie client, de chaloir, s’intéresser;
ACCROCHE-CŒUR, n.m. Pluriel: des accroche- peu me chaut) veut dire: qui a beaucoup de
cœurs. clients. Par un passage de l’effet à la cause,
[ACCROCHE-PIED], n.m. Belgicisme pour croche- le mot en est venu à signifier couramment:
pied ou croc-en-jambe. bien approvisionné (en marchandises). Les
dictionnaires enregistrent ce nouveau sens
ACCROCHE-PLAT, n.m. Des accroche-plats.
et déclarent l’autre vieilli en prétendant
 NOMS COMPOSÉS, 2.5.
que chaland est vieux dans le sens d’ache-
ACCROCHER, v.tr.dir., connaît beaucoup teur et désigne surtout un bateau plat.
d’emplois nouveaux. Retenons: Une chan- L’ancienne signification avait l’avantage de
son, une publicité, un orateur accroche ou pouvoir s’appliquer à autre chose qu’à des
accroche le public (retient l’attention). On magasins. On pouvait parler d’un cinéma,
s’accroche (avec ténacité, avec énergie), on d’un bureau de placement, d’un café, d’un
s’accroche à qqch. D’où la qualité d’ACCRO- restaurant, d’un hôtel bien, mal ou peu acha-
CHEUR. landés (ayant beaucoup ou peu de clients).
ACCROIRE, v.tr.dir., ne s’emploie qu’à l’infinitif D’autre part ACHALANDER et ACHALANDAGE,
avec faire (ou laisser): FAIRE ACCROIRE qqch. moins usuels, il est vrai, continuent à se
à qqn, EN FAIRE ACCROIRE à qqn (le tromper). rapporter à la clientèle qu’on attire, plutôt
Ne t’en laisse pas accroire (ou, plus souvent, qu’à la marchandise; ceci montre que CHA-
conter). LAND garde une certaine vitalité dans le
ACCROÎTRE ou ACCROITRE (RO II.4), v.tr.dir., se sens de client.
conjugue comme croître, sauf en ce qui On voit qu’on ne manquerait pas de raisons
concerne l’accent circonflexe. Ses revenus pour continuer à essayer de garder à acha-
sont accrus ou se sont accrus.  CROÎTRE. landé son sens éty-mologique: qui a beau-
ACCUEIL, n.m.  RÉSERVER. S’écrit avec ue. coup de clients. Mais on peut craindre

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ACQUÉRIR A
qu’on ne puisse triompher d’un usage aussi ACHEVER, v.tr.dir.
Il achève de s’habiller. Vos
solidement établi et admis par les diction- propos achèvent de me convaincre, pour:
naires, sauf par l’Académie. J’en suis maintenant sûr. Laissez-moi ache-
ACHARNER (S’). On s’acharne au jeu, à jouer; ver.  ACHEVÉ.
on s’acharne contre qqn. Ils se sont acharnés ACHOPPER (deux p), v.intr. On achoppe à (on
contre nous. Le vautour s’acharne sur sa heurte du pied contre) un obstacle; on s’y
proie. Le vent s’était acharné après nous achoppe. Une PIERRE D’ACHOPPEMENT (au
(familier). figuré).
ACHEMINER, v.tr.dir.On achemine les bagages à ACNÉ, n.f. Une acné.
l’aéroport ou vers l’aéroport. Ils se sont ache-
ACOLYTE, n.m., parfois f., désigne celui qui sert
minés vers la ville.
à l’autel (l’enfant de chœur ou le servant,
ACHETER, v.tr.dir. On achète au comptant, à appelé parfois en Belgique le CHORAL ou le
crédit, à tempérament, par correspon- SERVEUR), mais aussi, familièrement et de
dance, en gros, au détail. On achète des façon souvent péjorative, celui qui accom-
marchandises, un livre, un journal, une voi- pagne habituellement un autre pour
ture, une maison, un droit, un billet de lote- l’assister; d’où le sens de complice. Le sens
rie, etc., mais on prend un permis de pêche, péjoratif n’est pas constant. Le sens péjora-
on prend un billet de théâtre ou de cinéma tif apparaît le plus souvent au pluriel.
ou de chemin de fer (bien qu’on les acquière
ACOMPTE, n.m. L’origine du mot est à compte
aussi contre paiement).
(à valoir): Prenez cette somme à compte.
Acheter français est calqué sur parler français. D’où un seul c dans acompte. Le mot dési-
On achète qqch. à qqn. J’ai acheté ce meu- gne un paiement partiel à déduire du paie-
ble à tel antiquaire. On ne dit plus: [acheter ment total ultérieur (Verser un acompte).
qqch. de qqn]. S’il n’y a pas d’équivoque, à Au figuré, un acompte est un petit plaisir
peut introduire le complément désignant la ou avantage qu’on prend ou qu’on reçoit en
personne pour qui on fait l’achat: J’ai attendant. — Ne pas confondre avec les
acheté cette poupée à ma fille. Mais il y a ARRHES (n.f.pl.): somme versée par une des
lieu de distinguer: J’ai acheté ce livre à un parties concluant un contrat et qu’elle per-
ami (c’est lui qui me l’a vendu) et J’ai acheté dra si elle le rompt.
ce livre pour mon ami (pour le lui remettre).
À CONDITION QUE.  CONDITION.
On dit: J’ai acheté ce livre cinquante francs
ou pour cinquante francs. On écrit: Elle À CÔTÉ, loc.adv., À-CÔTÉ, n.m. La loc.adv. à côté et
s’est acheté un beau manteau. la loc.prép. à côté de ne prennent pas de trait
Acheter, employé absolument pour acheter d’union tandis que l’usage a opté pour le
un bébé, d’où être enceinte, s’est dit davan- trait d’union dans le nom. Les à-côtés de ce
tage autrefois en Wallonie et au Québec. métier sont pénibles. On écrit: La maison
d’à côté. Il habite à côté (de chez moi). On
ACHEVÉ, adj. Le tour achevé de ne s’emploie ne dira pas: [La maison à côté] pour la mai-
plus devant un verbe actif, pris dans un son voisine.  L’UN et UN, 6.
sens passif, ni devant un verbe passif: [Un
À-COUP, n.m.
Des à-coups. Travailler par à-
château achevé de bâtir ou d’être bâti], etc.
On dit: Un château qu’on vient d’achever de coups. Mais: à coups de poing.
construire, où l’on achève de s’installer, une ACOUSTIQUE, n.f.
et adj. Une bonne acoustique.
lettre qu’on a fini de lire, etc. Cornet acoustique.
ACHEVÉ D’IMPRIMER est une expression figée ACQUÉREUR, n.m.,
n’a pas de féminin. Elle s’est
d’après un ancien usage et devenue légale. portée acquéreur de...
Substantivement: L’achevé d’imprimer. ACQUÉRIR, v.tr.dir. J’acquiers, il acquiert, nous
ACHÈVEMENT, n.m., action d’achever, de mener acquérons, ils acquièrent. J’acquérais.
à bien, ou état final. On ne peut employer J’acquis. J’acquerrai. Que j’acquière, que
ce mot au pluriel dans le sens de perfection- nous acquérions. Qu’il acquît. Acquérant.
nements. Acquis, acquise. Un droit acquis à qqn, une

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A ACQUIESCER

personne acquise à une cause. Un point ACUPONCTEUR, n.m., ACUPONCTURE, n.f., la gra-
acquis.  ACQUIS. phie reproduisant la prononciation est pré-
ACQUIESCER, v.tr.ind. J’acquiesce. Nous acquies- férable à ACUPUNCTEUR et ACUPUNCTURE, plus
çons. Nous acquiescions. En acquiesçant à proches du latin; il existe d’autres mots,
son désir. comme ponction, ponctuel, ponctuer, où la
graphie on correspond au latin un.
ACQUIS, n.m., part.p. (f. : acquise) et adj., ACQUIT,
ADAGIO, n.m., s’écrit au pluriel des adagios.
n.m. Attention à la lettre finale. L’acquis,
c’est ce qu’on a acquis (verbe acquérir) en ADDENDA (pron. a-din-da), n.m. normalement
fait de connaissances ou par l’expérience invariable: un addenda, des addenda, mais
(opposé à ce qui est naturel à l’individu ou on admet maintenant des addendas
à ce qui lui a été transmis): Avoir de (RO II.7). Le mot désigne les notes addi-
l’acquis. — ACQUISITION désigne l’action tionnelles à la fin d’un ouvrage (parfois un
d’acquérir ou un bien acquis. — Acquit est ouvrage complémentaire). ADDENDUM
en rapport avec l’idée de paiement, avec s’impose lorsqu’il n’y a qu’une addition.
quittance, avec acquitter. Signer un acquit; ADDITIF, adj. (Un paragraphe additif) ou n.m.
la mention POUR ACQUIT. — PAR ACQUIT DE (Voter un additif à la loi). Ne prononcer
CONSCIENCE : comme pour libérer sa cons- qu’un seul d, comme dans addition, addi-
cience et n’avoir rien à se reprocher. Ne pas tionner.
confondre acquit avec le terme de droit ADDUIRE, parfois ADUIRE, v.tr.dir., s’emploie en
ACQUÊT, n.m., désignant, dans la commu-
Wallonie et en France dans le langage des
nauté conjugale, ce qui fait partie de la colombophiles pour habituer un pigeon au
masse commune, acquise pendant le pigeonnier: Le bon pigeon s’adduit facilement.
mariage: communauté réduite aux acquêts.
ADÉQUAT, adj., suppose une conformité rigou-
ÂCRE, adj., ÂCRETÉ, n.f. L’âcreté d’un propos. reuse, une appropriation exacte. Il dit donc
ACRIBIE, n.f.peu usité, qualité de l’érudit qui plus que convenable. Strictement il ne
travaille avec le soin le plus scrupuleux. comporte pas de degré de comparaison,
mais on trouve le plus adéquat, merveilleu-
ACRIMONIE, n.f.,
mauvaise humeur. Sans acri- sement adéquat, tout à fait adéquat.
monie, sans hargne.
ADHÉRENT, adj. et n.m., ADHÉRER, v.tr.ind.
ACROSTICHE, n.m. Un acrostiche.  VERBE, Conjugaison, 1.1. Dans l’adj. et le
ACTE, n.m., ACTER, v.tr.dir.  POSER. On dit: pren- nom adhérent, on écrit en comme dans
dre acte d’une déclaration, prendre acte de adhérence. ADHÉRANT est le participe pré-
ce qu’il s’abstient, donner acte à qqn de ce sent d’adhérer. Une matière adhérente (ou
qu’il est d’un autre avis. Le verbe acter, cou- adhérant) à une autre. On adhère à qqch.
rant en Belgique dans le sens de prendre (parfois, en politique, à qqn). L’ADHÉSION à
acte de, a été autrefois enregistré dans des un parti. L’ADHÉRENCE d’une surface à une
dictionnaires français: Acter une décision. autre. L’adhérence de deux surfaces.
ADIEU, interj., s’oppose en principe à au revoir
ACTE (au théâtre), n.m. On dit: Au troisième
et n’est pas normalement, comme dans le
acte ou dans (pendant) le troisième acte. À
Midi, une formule de politesse employée
la première scène du troisième acte.
pour aborder ou quitter qqn. On dit: faire
ACTIVER, v.tr.dir., S’ACTIVER.
On active une per- ses adieux à qqn, dire adieu à qqn. On écrit:
sonne, le feu, la circulation du sang, le tra- un dîner d’adieu ou d’adieux.
vail, les préparatifs, etc. Le pronominal À DIEU VAT.  ALLER, 1.
s’activer est incontestablement correct,
avec une valeur passive, pour les choses
qu’on peut activer: Le cuisinier s’active Adjectif
devant ses fourneaux.
ACTUELLEMENT, adv. Pléonasme à éviter: [actuel-  ADJECTIFS COMPOSÉS, DÉTERMINANTS DÉMONS-
lement en cours]. TRATIFS, DÉTERMINANTS POSSESSIFS, ADJECTIFS

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ADJECTIFS QUALIFICATIFS A
QUALIFICATIFS. Pour l’adjectif verbal  PARTI-
CIPE PRÉSENT.
Adjectifs possessifs

Adjectifs composés (Accord)  DÉTERMINANTS POSSESSIFS.

Les deux adjectifs varient quand ils qualifient Adjectifs qualificatifs


tous deux le même nom: Des filles sourdes-
muettes; des paroles aigres-douces; les listes
Accord de l’adjectif qualificatif, épithète, attri-
sociales-chrétiennes.
but, adjectif détaché.
Substantivement: Les sociaux-démocrates.
N.B. Mort est invariable dans mort-né (traité
1. RÈGLE GÉNÉRALE
comme nouveau-né): Des enfants mort-nés. L’adjectif qualificatif et l’épithète ou l’attribut
s’accordent en genre et en nombre avec le nom
Si le premier élément présente, par abréviation,
ou le pronom auquel ils se rapportent: Elle est
la finale o ou i, il reste invariable: les guerres
sauve. Lui et elle sont saufs. L’adjectif peut ne se
franco-allemandes, des poèmes héroï-comiques.
rapporter qu’au dernier des noms coordonnés:
Le premier élément reste invariable si c’est un Il sort avec son frère et sa sœur cadette.  VERBE,
mot invariable ou un adjectif à valeur adver- Accord, 2.2.
biale : des attaques sous-marines; une fillette S’il y a apocope, l’adjectif ainsi formé (sympa,
court-vêtue; nous sommes fin prêts; des enfants extra, rétro, porno, maxi, etc.) est invariable en
nouveau-nés.  NOUVEAU. genre; il serait souhaitable que ces mots, adjec-
Toutefois, suivant un ancien usage, il varie dans tifs ou noms, varient au pluriel.
certains cas: des fleurs fraîches écloses, fraîches
cueillies; des fenêtres larges ouvertes, grandes 2. CAS PARTICULIERS
ouvertes; ils sont bons premiers; les enfants pre-
miers-nés, derniers-nés. Il arrive que grand, 2.1. NOUS DE MODESTIE, DE MAJESTÉ ;
large et même frais restent invariables dans ce VOUS DE POLITESSE
cas ( GRAND, LARGE, FRAIS). Pour tout-puissant Nous, vous peuvent ne désigner visiblement
 TOUT, 4.4.12. qu’une personne: nous de modestie ou de
Si l’adjectif composé est tiré d’un nom com- majesté ou vous de politesse; l’adjectif (ou le
posé, le premier élément reste invariable: La participe) qui s’y rapporte reste au singulier:
cour grand-ducale; les théories saint-simonien- Dans le désir de leur être agréable, nous avons
nes ; les langues bas allemandes (pas de trait décidé... Nous avons été consulté... Soyons
d’union); les populations bas bretonnes; les offi- modeste, se dit-il. Vous êtes fâchée.
ciers long-courriers.  BAS. L’employé agissant au nom de la société, de ses
Franc, dans franc-comtois et franc-maçon (ou dirigeants, écrira: Dans le désir de vous être
franc-maçonnique), ne varie qu’au masculin agréables, nous...
pluriel: Des notables francs-comtois, des horloges 2.2. TERME PLURIEL ET ADJECTIFS AU SINGULIER
franc-comtoises; les journaux francs-maçons, les
Les adjectifs qui se rapportent chacun à un seul
loges franc-maçonnes. On écrit sans trait
des êtres ou à une seule des choses qu’on
d’union: Les Franches Montagnes du Jura, les
n’exprime qu’une fois au pluriel restent au
Francs Montagnards.
singulier: Dans plusieurs secteurs des fronts
 ADJECTIFS QUALIFICATIFS, 2.3.3 (Couleur), CLAIR- méridional et occidental. Cela se présente sou-
OBSCUR, DEMI, FIN, HAUT, IVRE, NUMÉRAUX, 1, RAIDE. vent avec siècle: Les douzième et treizième siè-
cles. Mais on écrit: Le seizième et le dix-
septième siècle. Du douzième au quatorzième
Adjectifs démonstratifs siècle. L’ancien et le nouveau maire étaient là.
Il est logique de mettre au pluriel le troisième
 DÉTERMINANTS DÉMONSTRATIFS. adjectif dans une phrase comme celle-ci où le

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A ADJECTIFS QUALIFICATIFS

nom reste au singulier: La première et la troi- écharpes de couleur brune, de couleur bleu foncé
sième déclinaison latines. Les trois déclinai- ( 2.3.3).
sons sont latines.
B. Nom de la couleur + adjectif
On a le choix entre Les codes civil et pénal. Les
histoires ancienne et moderne et Le code civil et Si le nom désignant la couleur est qualifié par
le code pénal. L’histoire ancienne et l’histoire un adjectif, celui-ci s’accorde avec lui: des robes
moderne.  ARTICLE, 3. topaze brûlée (de la couleur de la topaze brûlée,
ayant pris une teinte rose).
2.3. LA COULEUR
C. Nom de la couleur + nom
La couleur peut être indiquée par un ou plu-
sieurs adjectifs, un ou plusieurs noms. Si le nom de la couleur est qualifié par un
adjectif, celui-ci varie; s’il l’est par un nom,
2.3.1. Adjectif simple celui-ci reste invariable: Un brun foncé, des jau-
L’adjectif s’accorde toujours: Une robe verte, nes pâles, des jaunes paille, un rose clair, des
une toile bise. Seuls kaki et auburn restent inva- roses clairs, des roses chair, des roses bonbon. Pas
riables. de trait d’union.
On notera que kaki n’est pas le nom du fruit, Ne pas confondre le nom orange et l’adjectif
mais un adjectif emprunté à l’anglais qui l’a lui- orangé.
même emprunté à un mot de l’Union indienne 2.3.3. Adjectif joint à un autre adjectif
signifiant «couleur de poussière»: Des unifor- ou à un nom
mes kaki, des tenues kaki.
Si l’adjectif est joint à un autre adjectif qui
 AUBURN. nuance la couleur ou à un nom apposé ou intro-
A. Variabilité d’adjectifs provenant duit par de, adjectifs et nom restent invariables
à cause de l’ellipse:
de noms
Des cheveux (d’un) châtain clair, des étof-
Écarlate, mauve, pourpre et rose, qui sont origi- fes jaune paille (d’un jaune de paille), des
nairement des noms, sont reconnus comme yeux bleu clair, une robe de couleur bleu
adjectifs et variables: Des étoffes pourpres. Mais foncé, une tenue bleu horizon, des foulards
carmin, garance, nacarat, ponceau restent inva- vert bouteille, vert aiguille de pin, des che-
riables en fonction d’adjectifs. veux noir de jais.
Pas de trait d’union, normalement, même
B. Châtain quand les deux adjectifs désignent une couleur
Châtain a fini par prendre une forme féminine. composée: gris bleu, gris brun, gris bleuâtre, gris
On a dit longtemps et l’on dit encore: Une bleuté, etc.: Une robe gris bleu. Des robes jaune
femme châtain, mais le féminin châtaine est doré ou des robes feuille-morte ou feuille morte
devenu assez courant. ( FEUILLE). On notera cependant que le trait
d’union est de plus en plus fréquent entre les
2.3.2. Nom deux adjectifs de couleur: des yeux gris-brun.
Couleur indiquée par un nom, employé seul, ou Les couturiers emploient, en présentant leurs
par deux noms coordonnés. L’invariabilité collections, toutes sortes d’appellations du
s’impose en dépit de quelques hésitations pour même type: des robes noir bronze, vert pomme,
certains noms: Des gants paille (de la couleur gris bois mort, rouge colère, bleu pétrole, rose
de la paille; il y a ellipse); des yeux marron, des bonheur, gris ardoise mouillée, etc.
gants crème, des rubans orange, des chevaux pie
( PIE). Mais on écrit: des rouges, des émeraudes 2.3.4. Plusieurs mots unis par et
(nom de la couleur). Plusieurs mots unis par et peuvent désigner des
couleurs juxtaposées dans un ou plusieurs
A. Couleur + nom objets. Le nom désignant une couleur est tou-
Couleur, sans article, déterminé par un autre jours invariable (poivre et sel); pour l’adjectif il y
nom, forme des expressions invariables: des bas a hésitation: les uns l’accordent, les autres le
couleur de chair ou couleur chair. Mais des laissent invariable et les deux tendances se

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ADJECTIFS QUALIFICATIFS A
justifient; nous conseillons, par souci de sim- (Curtis, J.-L., Un jeune couple). Il fallait: blan-
plification et d’unification, l’invariabilité de che et bleue ou blanc et bleu.
l’adjectif. Celle-ci est déjà la règle, nous venons En conclusion, nous proposons volontiers, avec
de le voir, lorsqu’un adjectif qualifie un autre Brunot, l’invariabilité de l’adjectif comme du
adjectif de couleur auquel il est apposé (il n’y a nom dans les expressions composées désignant
donc pas de et): châtain clair, bleu gris sont trai- la couleur, quitte à écrire: des drapeaux blancs
tés comme d’un châtain clair, d’un bleu nuancé et des bleus pour indiquer qu’il y a des drapeaux
de gris. blancs et des drapeaux bleus. Mais: La tasse de
Lorsqu’il y a coordination, on peut interpréter porcelaine bleu et rose (Ormesson, J. d’, Mon
de deux façons différentes. Une écharpe bleue dernier rêve).
et grise est une écharpe qui est à la fois bleue et 2.4. ADJECTIFS PRIS ADVERBIALEMENT
grise. De grands yeux verts et bleus (Arland, M.,
Les adjectifs employés adverbialement sont
Antarès). Deux rayons de faïence blanche et
invariables.  BON, CHER, CLAIR, COURT, DOUX,
bleue (Butor, M., Passage de Milan). D’autre
DROIT, DRU, DUR, FAUX, FRANC, HAUT, JUSTE, NET,
part, une écharpe bleu et gris est une écharpe où
etc. et ADJECTIFS COMPOSÉS. On remarque que ces
il y a du bleu et du gris, dont les couleurs sont
adjectifs sont généralement courts et apparais-
le bleu et le gris. Un peu partout sur les maisons
sent dans des expressions usuelles (sentir bon,
se déployaient les drapeaux blanc et jaune (Ara-
voir clair, etc.). La langue littéraire ne craint
gon, L., La mise à mort). D’où l’invariabilité
pas d’élargir ces emplois avec une audace cher-
dans une phrase comme celle-ci: Il aperçut la
chant l’effet: flamber rouge, penser universel,
voiturette d’un marchand de glaces, jaune et
sourire vilain, etc.
vert, avec ses couvercles en forme de dômes
byzantins (Sabatier, R., Trois sucettes à la men- 2.5. APRÈS UN COMPLÉMENT INTRODUIT PAR DE
the). La fillette mangeait une glace vert et rose Le sens règle l’accord soit avec le premier nom,
(Modiano, P., Rue des boutiques obscures. Du soit avec son complément déterminatif:
même: Une vieille petite gare, jaune et gris). Les
Des bas de soie tachés. Des bas de soie
drapeaux italiens, vert, blanc, rouge. artificielle. Un groupe de soldats blessés.
Cependant on trouve souvent l’accord de Une collection de tableaux tout à fait com-
l’adjectif ou des adjectifs: Une écharpe rouge et plète. Une multitude de plantes aquatiques.
blanche (Thérive, A., Fils du jour). Trois cache- Un peu de laine grise.
nez pareils de grosse laine bleue et blanche (Id., On écrira donc: Une partie du linge est usée. On
Sans âme). Ces chiens noirs et feu (Saint Pierre, s’inspirera de ce qui est dit de l’accord du verbe
M. de, Les aristocrates). Le même auteur écrit ( VERBE, Accord, 2.1.2.A et C): La moitié du
cependant: Les murs blanc et or (Les écrivains). village était plongée dans l’obscurité. Trop d’hési-
tation devenait dangereux.
Robert Sabatier, qui écrit: la voiturette jaune et
Tout différent est le cas de deux noms unis par
vert, fait ailleurs l’accord au pluriel: Sur des
de et entre lesquels il y a un rapport d’apposition.
claies reposaient des pommes rouges et vertes,
On écrit: Cette canaille de Pierre. Quel monstre
bien espacées, pour éviter les tachures. Il ne sem-
de femme! Mais: Cette canaille de Pierre est heu-
ble pas qu’il veuille, par l’accord des adjectifs,
reuse — ou est heureux — de notre échec.
laisser entendre qu’il y a des pommes rouges et
 DIABLE.
des pommes vertes. Il aurait pu écrire: des pom-
mes rouges et des vertes. Il s’agit plutôt de pom- Après une espèce de, une sorte de, une façon de,
mes dont chacune est rouge et verte. Il pouvait une manière de, l’accord se fait avec le nom qui
dire, comme pour la voiturette, des pommes suit ces expressions: Une espèce de balcon
rouge et vert. Redisons que l’accord de l’adjec- branlant, une sorte de gardien mal embouché.
tif n’est pas rare et qu’il n’étonne pas si toute 2.6. DES PLUS, DES MOINS, DES MIEUX
équivoque est exclue:
Des plus, des moins, des mieux réussie ou
Ce qui est illogique et indéfendable, c’est de réussies? L’adjectif s’accorde toujours en genre
traiter différemment deux adjectifs coordon- et souvent en nombre avec le nom pluriel impli-
nés : une marinière rayée blanc et bleue qué par des: Cette femme est des plus loyales.

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A ADJECTIFS QUALIFICATIFS

Ces toiles sont des mieux réussies. Il se met tou- Épithète, il se répète généralement: Un bon
tefois au singulier — c’est l’usage général et dîner et une bonne bouteille. Cher oncle et chère
logique — s’il se rapporte à un pronom neutre: tante (ou Chers oncle et tante).
Il lui était des plus difficile de s’abstenir. Cela est Si les noms sont synonymes ou placés en grada-
des plus immoral. tion, sans être unis par une conjonction,
On rencontre d’ailleurs aussi le singulier en l’accord se fait par voisinage avec le nom le plus
rapport avec un mot au singulier. Cet emploi rapproché: Il conserve tout entière l’habileté, le
est logique dans la mesure où des plus a talent qu’il avait. Nous trouvons singulier son
couramment le sens de très; la tendance à étonnement, sa mauvaise foi. On notera cepen-
l’employer dans ce sens, sans idée réelle de dant que si, dans la subordonnée, un participe
comparaison est si nette qu’on le trouve — et devait s’accorder, il ne pourrait s’accorder avec
c’est correct — devant un adverbe: le premier nom; il faudrait donc unifier les
accords: Il conserve tout entiers le talent, l’habi-
Cela s’est terminé des plus tragiquement.
leté qu’il a montrés deux ans plus tôt.
Il chante des plus juste (ou des moins juste).
Il n’était pas des moins mal. Il n’y voit pas Locutions figées: Un certificat de bonne vie et
des plus clair. On l’a traité des plus rude- mœurs. En pleine liberté et indépendance.
ment. Il était des moins bien. On dit: Mon cher collègue et ami (une seule
L’adjectif peut donc rester au singulier comme personne est représentée par les deux noms).
le nom: La situation était des plus embarras-
sante (Duhamel, G., Les maîtres). Il serait assez 2.7.2. Les noms précèdent l’adjectif
ridicule de mettre le pluriel dans cette phrase: Celui-ci se met au masculin pluriel si un des
Il était des plus content de sa femme. C’était un noms est masculin: Avec un élan, une verve
homme des plus loyal. Mais si l’on peut dire que naturels. Son oncle et sa tante sont trop indul-
le singulier est logique et courant dans ce cas, gents. L’oreille — non la syntaxe — demande
il faut reconnaître que le pluriel est correct et plutôt que, si les noms sont de genres diffé-
fréquent et que dès lors il est vain de vouloir rents, le masculin soit en deuxième position si
établir une nuance de sens entre les deux elle perçoit une différence entre le masculin et
emplois (B.U., no 954, g). Si un pluriel précède le féminin de l’adjectif; elle est plus accommo-
des plus, on emploie le pluriel: Ils étaient des dante si un mot (le verbe dans le cas d’un adjec-
plus sages. tif attribut; un adverbe dans le cas d’épithètes)
sépare le nom féminin mis en deuxième posi-
On fait l’accord de des meilleurs, des moindres, tion et l’adjectif mis au masculin pluriel.
des pires et de l’adjectif après des plus mal: La
Il n’est pas interdit de dire: Un caractère
réponse n’est pas des meilleures. Ce couple était
et une énergie particuliers. On dit plus
des plus mal assortis.
souvent: Une énergie et un caractère particu-
On notera la différence entre cet emploi de des liers. Une facilité et un charme délicieux. Un
plus et l’emploi du superlatif après un nom pré- charme et une facilité vraiment délicieux.
cédé de un des. Il est normal d’écrire: Une des On peut aussi accorder l’adjectif avec le dernier
conséquences les plus inattendues. Il est évident nom seulement, à condition qu’il n’y ait pas
que le superlatif se rapporte au nom pluriel et d’équivoque. Cela se fait surtout avec des noms
qu’il est abusif d’écrire la plus inattendue abstraits ou presque synonymes: Il a soulevé
comme on le ferait logiquement si l’on disait: l’indignation et la colère générale(s). Cette lati-
La conséquence la plus inattendue. Cet accord tude sera mise à profit particulièrement pour
n’est pas rare, cependant. éviter le heurt d’un adjectif en -aux et d’un nom
au singulier ou le rapprochement discordant
2.7. L’ADJECTIF SE RAPPORTE À PLUSIEURS NOMS d’un masculin et d’un féminin: L’esprit et le
caractère national. Le drame et la comédie
2.7.1. Les noms suivent l’adjectif humaine (plutôt que nationaux et humains).
Attribut, il se met au masculin pluriel si un des Il faut éviter l’équivoque: on ne peut, pour évi-
sujets est masculin: Nombreux sont les garçons ter la discordance de Des bas et une toque gris,
et les filles. dire Une toque et des bas gris; rien ne montre

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ADJECTIFS QUALIFICATIFS A
que gris se rapporte aux deux noms. On dira (ce qui est obscur, ce sont seulement ses inten-
donc de préférence: Une toque grise et des bas tions). L’accord se rencontre quelquefois; sans
gris. s’imposer, il se justifie lorsqu’on ne peut logi-
Académie royale de langue et de littérature françai- quement penser à un nom comme rien que
ses est l’orthographe officielle et logique; en écri- l’adjectif qualifierait. On écrirait: Dans cette
vant française, on ne crée pas vraiment une classe il n’y a de travailleurs que ces deux frères
équivoque, mais on néglige de montrer que (on pense: seuls ces deux frères sont tra-
l’adjectif se rapporte aux deux noms.  PROCHAIN. vailleurs)  DE, 2.
Si les noms sont synonymes et non coordonnés La différence de traitement peut exprimer des
ou s’ils sont en gradation, l’adjectif s’accorde vues différentes. Lorsque Flaubert écrit: Ils s’en
avec le plus rapproché: revenaient à la nuit close, quand il n’y avait plus
Il a montré un sang-froid, une présence d’éclairé sur la place que la lucarne de Binet,
d’esprit étonnante. Une complaisance, une nous comprenons plutôt: rien n’était éclairé,
générosité exceptionnelle. L’imprudence, la sauf... Éclairée suggérerait l’idée: de toutes les
bêtise humaine. lucarnes de la place, seule était éclairée...
Lorsque les noms sont unis par avec, comme, On pourrait de même opposer: Il n’y a d’impor-
ainsi que, etc., marquant l’accompagnement ou tant que les qualités morales (rien n’est impor-
la comparaison, l’adjectif (comme le verbe) tant, sauf les qualités morales) et Il n’y a
s’accorde avec le premier nom; on le met au d’importantes que les qualités morales (de toutes
pluriel si ces mots ont vraiment le sens de et: les qualités, physiques, intellectuelles ou mora-
L’autruche a la tête, ainsi que le cou, garnie les, seules les qualités morales sont importan-
de duvet. Le général, avec ses officiers, tes). Mais il faut redire que l’adjectif est
immobile et anxieux, attendait le passage de généralement laissé invariable.
l’Empereur. Il a remis une rédaction ainsi
qu’une dictée remplies de fautes. Remar- Même usage (invariabilité habituelle de l’adjec-
quer l’utilité de la présence ou de l’absence tif) si, au lieu d’être impersonnel, le verbe a
des virgules. pour sujet un être ou une chose: Ce livre n’a
Si les noms sont unis par ou, il faut surtout d’intéressant que ses illustrations (n’a rien d’inté-
veiller à éviter toute équivoque. L’adjectif se ressant, sauf ses illustrations).
rapportant aux deux noms peut toujours se met- Pour n’avoir d’égal que  ÉGAL, 3.
tre logiquement au pluriel; il le doit quand il
faut dissiper une équivoque: 2.9. TOUT CE QU’IL Y A DE
Il en sortira avec une côte ou un bras cassés. Avec tout ce qu’il y a de, l’invariabilité de l’adjec-
On demande un homme ou une femme âgés. tif est courante: Ces pêches sont tout ce qu’il y a
De la viande ou du poisson grillés. de plus mûr. Même en parlant d’une personne,
S’il n’y a pas d’équivoque possible, on fait sou- on dira: C’est une jeune fille tout ce qu’il y a de
vent l’accord avec le nom le plus proche; cet plus sérieux; mais on pourra dire sérieuse en rap-
accord est imposé parfois par le sens: Il voulait portant l’adjectif à jeune fille.
donner à son fils un métier ou une situation
2.10.IL N’Y A PAS PLUS... QUE
lucrative. Une statuette en pierre ou en bois très
dur. Après il n’y a pas plus... que, l’invariabilité est la
Si les noms ne sont pas du même genre et qu’il norme: Il n’y a pas plus grand que cette salle. Il
y ait exclusion d’un des sujets, l’adjectif attribut n’y a pas plus bruyant que ces petites filles.
(ou le participe employé avec être) reste au 2.11.CE QU’A DE
masculin: Est-ce le père ou la mère qui est le plus
âgé? Avec ce qu’a de, l’adjectif reste invariable: On
voit ce qu’a d’intéressant cette théorie.
2.8. IL N’Y A DE... QUE
Avec il n’y a de... que, l’adjectif reste générale- 2.12.ACCORD AVEC UN TITRE HONORIFIQUE
ment invariable: Dans cet essai, il n’y a de bon On dit: Sa Majesté est-elle présente? (Accord
que l’introduction (rien n’est bon, sauf l’intro- avec le titre quand il est seul.) Sa Majesté le roi
duction). Il n’y a d’obscur ici que ses intentions est-il présent? (Accord avec le nom commun

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A ADJOINT

auquel le titre est apposé.) — Sa Sainteté le fasse. Je n’admets pas qu’il parte aussitôt. En
Pape est content. Il a reçu de bonnes nouvelles. fait, pour Alan, c’était: «Tu admets (tu
acceptes, tu tolères) que je doive partager
2.13.VOIR AUSSI...
toute ta vie», et pour Josée: «Tu admets (tu
Accord avec un titre de livre  VERBE, Accord, reconnais comme vrai) que tu n’es pas toute
2.1.4. la vie» (Sagan, Fr., Les merveilleux nuages).
 ADJECTIFS COMPOSÉS, ON et IMPERSONNELS. J’admets que c’est un cas difficile. Ce der-
 AIR : avoir l’air. nier sens, «reconnaître pour vrai, pour bon,
considérer comme acceptable au nom de
Substantifs attributs ou pris adjectivement
l’évidence ou de la conciliation», est très
 BON ENFANT, CANAILLE, PORTEUR, etc., à leur rang
large: Il admet nos raisons, nos excuses,
alphabétique.
notre compétence. Mais on va trop loin
 BON, CHER, COURT, DEMI, DROIT, DRU, ÉGAL, FEU lorsqu’on substitue purement et simple-
(adjectif), FORT, FRAIS, FRANC DE PORT, GENS, ment admettre à reconnaître, avouer. S’il est
GRAND, GUERRE, HAUT, LARGE, MARCHE, MÊME, normal de dire: Il admet qu’il a tort (ou Il
MORT-NÉ, NOUVEAU, NU, QUEL, 1, QUELQUE, PASSÉ, reconnaît, il avoue qu’il a tort), avec faute,
PLEIN, POSSIBLE, PROCHE, SAUF, SEUL, TEL, TOUT, etc. on dirait plutôt: Il reconnaît (ou il avoue)
ADJOINT, ointe, adj. et n., ne se lie pas par un ses fautes.
trait d’union au nom qui le précède: Les Admettre que, quand le sens exige l’indica-
sous-directeurs adjoints. Le chef de cabinet tif, est suivi du subjonctif lorsqu’il est
adjoint. accompagné d’une négation ou employé à
ADJUDICATAIRE, et ADJUDICATEUR, trice, ren- la forme interrogative ou introduit par si
voient respectivement (voir donataire et ( CROIRE): Admettez-vous qu’il ait cru cela?
donateur) à celui ou celle qui bénéficie de Si vous admettez qu’il ait cru cela. Si l’idée
l’adjudication et à celui ou celle qui met exprimée dans la subordonnée est une évi-
qqch. en adjudication ou qui est chargé de dence, admettre que est suivi de l’indicatif:
le faire. Admettez-vous que chacun peut se tromper?
ADJUGER, v.tr.dir., S’ADJUGER. Adjuger, c’est Admettez-vous, oui ou non, que deux et deux
attribuer par un jugement ou une décision, font quatre? Il n’admet pas que chacun doit
ou décerner une récompense. Celui à qui faire son possible. EN ADMETTANT QUE est suivi
on adjuge une chose est considéré comme du subjonctif: en admettant qu’il le fasse.
y ayant droit, comme pouvant y prétendre. ADMETTONS ! implique une certaine réserve.
L’Académie donne, pour illustrer, le sens ADMINISTRATEUR, n.m. Pas de trait d’union
d’accorder, attribuer: on lui adjugea une dans ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ.
excellente note; elle s’est adjugé la meilleure
place. On n’en conclura pas qu’il est nor- ADMINISTRATION, n.f., ne prend une majuscule
mal de dire [il s’est adjugé le premier prix] si que pour désigner l’ensemble indifférencié des
l’attribution est faite par un autre; on dira: services publics. On parle de l’administration
il a obtenu (ou remporté) le premier prix; on des États-Unis pour l’ensemble du gouverne-
lui a adjugé le premier prix. ment et des milliers de personnes qui dépen-
ADJURER, v.tr.dir.
Il les a adjurés de réagir. Ne dent directement de la présidence.
pas confondre avec abjurer. ADMIRER QUE est suivi du subjonctif.
ADMETTRE QUE est suivi du subjonctif ou de
ADMONESTATION, ADMONITION, n.f. Tous deux
l’indicatif selon sa signification: Admettons
signifient «avertissement sévère, réprimande »,
(supposons, tenons pour possible) que cela
sens qu’on retrouve dans ADMONESTER. Il
soit vrai. J’admets que vous ayez raison dans
n’est pas étonnant qu’admonestation ait
ce que vous pensez (Camus, A., Les justes),
évincé de plus en plus admonition.
dit le directeur de la police à un accusé; il
se garde bien de reprendre à son compte ADONNER (S’). On s’adonne à qqch., à une acti-
l’affirmation de celui-ci. Nous admettons vité, au jeu, aux plaisirs, à l’étude, à un pen-
(nous tolérons, nous permettons) qu’il le chant, à un travail, on s’y livre.

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ADVERBE A
ADORER, v.tr.dir.
N’insistons pas sur les cas où, par analogie avec
les adverbes formés sur un adjectif en é (assuré-
1. Adoré de ou par.  DE, 8. ment), on a changé en é l’e final de l’adjectif:
2. On abuse d’adorer dans le sens d’«avoir conformément, intensément, profondément,
un goût très vif pour qqch.». Devant un expressément. Mais: inversement. L’orthographe
infinitif, il se construit aujourd’hui sans y est conforme à la prononciation. Une hésita-
préposition (de est très rare): Ils adoraient tion subsiste, à tort, pour deux graphies de
boire (Perec, G., Les choses). Il adore plai- l’Académie, exquisément et opiniâtrement.
santer.
Mais il est anormal de ne pas mettre de l’ordre
ADOSSER, v.tr.dir.On adosse qqch. (ou on dans le chaos des adverbes formés sur des
s’adosse) à un mur, contre un mur. adjectifs terminés par i ou par u. L’Académie
écrit gaiement, d’autres dictionnaires donnent
ADVENIR, v.intr., ne se conjugue qu’à la 3e pers.
gaiement et gaîment. Pourquoi ne pas écrire
du sing.: Qu’adviendra-t-il? Qu’est-il
gaiment comme vraiment? L’Académie écrit
advenu des prisonniers? Quoi qu’il advienne
résolument, absolument, éperdument, etc., mais
ou Quoi qui advienne. Auxiliaire être: Il est
conserve l’accent circonflexe dans assidûment,
advenu que nous soyons en retard. Après il
congrûment, continûment, crûment, dûment,
advient que, on emploie généralement le
goulûment, incongrûment, indûment, nûment.
subjonctif; l’indicatif peut souligner la
Elle devrait renoncer à cet accent circonflexe,
constatation d’une réalité: Il advenait qu’il
même dans dûment et indûment. L’accent cir-
se trompait. Fais ce que dois, advienne que
conflexe que prend dû au masculin singulier ne
pourra.
se justifie que par le souci d’établir une distinc-
Le très ancien verbe AVENIR ne s’emploie tion dans la graphie avec l’article contracté du.
plus. Aucune confusion de ce genre n’est à craindre
dans dûment; ni non plus dans indûment;
l’adjectif indu s’écrit d’ailleurs sans accent cir-
Adverbe conflexe. On doit écrire: gentiment. Cela dit,
dans l’usage actuel, il convient d’écrire: gaie-
1. ORTHOGRAPHE DES ADVERBES EN -MENT ment. Voir également RO II.4. Rem.
On sait qu’ils sont formés de la combinaison de 2. ADVERBES EMPLOYÉS SUBSTANTIVEMENT
l’adjectif féminin avec l’ablatif du nom latin Invariabilité au pluriel des adverbes employés
(féminin) mens, esprit, manière. D’où: vive- substantivement: Des oui et des non. Des
ment, bellement, follement. Exceptions: genti- pourquoi inquiétants.
ment, impunément, traîtreusement.
Certains adjectifs avaient, comme en latin, une 3. PLACE DE L’ADVERBE
seule forme pour le masculin et pour le féminin: À moins d’entrer dans un très grand nombre de
d’où éloquemment, puissamment; on notera qu’on cas particuliers, il faut se borner à quelques indi-
y retrouve respectivement, devant deux m, la cations sur la place de l’adverbe par rapport au
voyelle, e ou a, de l’adjectif éloquent ou puissant. mot (adjectif, adverbe, participe, verbe) auquel il
D’autres ont été formés par analogie avec la série se rapporte. Cette place est d’ailleurs souvent
la plus riche: présent, présentement. susceptible d’être modifiée intentionnellement,
Tout cela ne devrait présenter aucune difficulté pour des raisons de style (équilibre, mise en
dans l’usage. Mais on hésite à bon droit sur relief, rythme).
l’orthographe des adverbes issus d’adjectifs ter- Sous ces réserves, et en excluant les adverbes
minés par une voyelle: l’e qui suivait celle-ci ne interrogatifs, on notera que l’adverbe précède
s’est plus prononcé et ou bien a disparu de l’adjectif ou un autre adverbe (toutefois  N.B.),
l’orthographe ou bien a été gardé ou bien a été précède (mais peut suivre souvent) le participe
remplacé par un accent circonflexe que l’Aca- passé employé seul (à moins qu’il ne s’agisse
démie, arbitrairement, maintient dans certains d’adverbes monosyllabiques comme bien, mal, fort,
cas et supprime dans d’autres: aisément, gaie- mieux, peu, plus, moins, tard, très, trop, qui précè-
ment, assidûment, absolument. dent), suit généralement l’infinitif (cependant

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A ADVERSE

 INFINITIF, 4 et 5), suit le verbe à un temps simple même d’une pièce de théâtre, la trame d’un
(cependant  N.B.), suit souvent l’auxiliaire dans roman; c’est à tort qu’on lui fait désigner un
les temps composés (sauf les adverbes de temps et récit infidèle ou la manière infidèle de rap-
de lieu: Il est parti hier). porter les faits. Le verbe est AFFABULER (agen-
N.B. Encore peut précéder ou suivre un compa- cer l’intrigue d’une œuvre, d’une question); à
ratif ou un autre adverbe: Encore aujourd’hui ou ne pas confondre avec FABULER.
aujourd’hui encore. Encore plus beau ou plus beau Fabulation désigne, en psychologie,
encore.  ENCORE, 7. On dit aussi: Aujourd’hui l’action de fabuler, c’est-à-dire d’imaginer
seulement ou seulement aujourd’hui. des histoires fictives, plus ou moins cohé-
L’adverbe précède le verbe ou l’auxiliaire dans rentes, et de les présenter comme réelles,
les tours impersonnels sans il: mieux vaut, peu sans nécessairement l’intention de tromper
importe, peu s’en est fallu, bien lui prend, etc. (par exemple chez les mythomanes, chez
les enfants): Une nature vouée à la sincérité
4. VOIR AUSSI... comme d’autres à la fabulation (Faure, L.,
AINSI, ASSEZ, AUSSI, BEAUCOUP, BIEN, COMME, Mardi à l’aube).
adv. et conj., 1, EN, adv. ou pr., INVERSION, AFFAIRE, n.f., AFFAIRES.
MOINS, NE, omission, NE PAS, OÙ, PAS MAL, PEUT-
1. ou À FAIRE.
AVOIR AFFAIRE
ÊTRE, PLUS, QUAND, QUE, TOUT, TRÈS, VOULOIR, Y,
etc. La logique peut justifier souvent les deux
façons d’écrire. Elles sont alors correctes
ADVERSE, adj., ne s’emploie plus que dans l’une et l’autre et ont pratiquement le
quelques expressions, notamment avec même sens. Mais il est certain que, dans
parti, partie, équipe, opinion, camp. l’usage, affaire l’emporte nettement et est
AÉRO-. Ne pas déplacer r dans une aérogare, à conseiller, sauf si le sens faire qqch.
un aéroport, etc. Mais ARÉOPAGE n’a aucun apparaît clairement. À faire s’impose en
rapport avec air et aéro: il désigne propre- effet lorsque le contexte établit qu’il s’agit
ment le tribunal qui siégeait à Athènes sur du verbe; ce que peut montrer un com-
la colline d’Arès et, par extension, une plément d’objet direct ou un adverbe de
assemblée de gens très compétents. quantité (assez, beaucoup, fort, peu, tant,
 AÉROMÈTRE. trop): On a affaire (beaucoup plus rare-
AÉRODYNAMIQUE, adj., peut s’appliquer à des ment à faire) à qqn, à qqch. (à une plai-
objets ou surfaces (train, voiture, phare, santerie, à de la mauvaise foi, à un
profil, etc.) dont la forme est calculée (en complot, etc.). J’ai affaire à lui. Nous avons
fonction des principes de l’aérodynamique) affaire à un imprévu. J’ai affaire ici aussi
pour offrir moins de résistance à l’air. bien que J’ai à faire ici (qqch.). Mais:
Qu’ai-je à faire ici? (complément d’objet
AÉROGARE, n.f. Une aérogare.
direct) ou qu’ai-je à faire de cela? J’ai une
AÉROGLISSEUR, n.m., doit remplacer hovercraft. démarche à faire. Elle a fort à faire.
AÉROLITHE (ou AÉROLITE), n.m., s’écrit plus sou- 2. Avoir affaire (plus rarement à faire) à ou
vent avec th: un aérolithe. avec.
AÉROMÈTRE, ARÉOMÈTRE, n.m., désignent des ins- Avec, vieilli, s’emploie surtout lorsqu’il
truments de mesure de la densité, soit de l’air s’agit de rapports prolongés (d’intérêts
(aéromètre), soit des liquides (aréomètre). professionnels ou commerciaux, de tran-
AÉRONEF, n.m. Un aéronef. Autrefois féminin. sactions, etc.). J’ai eu affaire avec lui tous
les jours. J’ai affaire avec mon associé.
AFFABLE, adj. On est affable avec (ou envers) Mais, même dans le cas de rapports pro-
qqn. longés, à est plus courant qu’avec: Au
AFFABULATION, FABULATION, n.f. Affabulation est reste, l’organisation à laquelle ils avaient
rare et vieilli dans le sens de morale, moralité affaire dans leurs contacts avec nous facili-
d’une fable, d’un apologue. Il désigne au con- tait la cohésion (Gaulle, Ch. de, L’unité).
traire couramment, plus encore que l’organi- J’ai eu souvent affaire à M. Eden (Id.,
sation d’un sujet en intrigue, l’intrigue elle- L’appel).

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AFFÉTERIE A
Avoir affaire à peut traduire une menace, avec agitation: Il s’affairait autour des
un rapport de fort à faible ou quelque clients. Elle s’affairait à habiller les enfants
chose de passager: Vous aurez affaire à pour la messe.  AFFAIRE, 5.
moi. J’ai eu affaire à forte partie. Nous AFFAIRISTE, n.m.,
désigne un homme d’affaires
avons affaire à une difficulté inattendue. sans scrupules.
3. Avoir affaire (ou plutôt à faire) de qqn
AFFECTATAIRE, adj.,est employé par Maurice
ou qqch. L’Académie note «avoir affaire
de (vieilli), être concerné par. Qu’avons- Genevoix dans le sens de «qui a une affec-
nous affaire de ces querelles? On dit plutôt tation précise, une destination bien
avoir à faire de...». Qu’ai-je à faire mainte- déterminée»: Ces fondations (...) sont pres-
nant de cette longue confession? (Mau- que toutes affectataires (La perpétuité).
riac, Fr., Le nœud de vipères). AFFECTER, v.tr.dir. Distinguons quatre sens
4. Quelques expressions: C’est mon affaire. parmi ceux des divers verbes affecter:
Être à son affaire. Prendre l’affaire en
1) feindre avec une certaine ostentation:
main. C’est l’affaire d’une seconde. Cela ne
On affecte l’insouciance; on affecte d’être
fait rien à l’affaire. J’en fais mon affaire, je
m’en occupe, j’en réponds. indifférent;
5. [ÊTRE EN AFFAIRE] se dit couramment en Bel- 2) agir sur (en bien ou en mal), avoir un
gique dans un sens qu’on ne pourrait pas effet fâcheux, une influence néfaste: Ce
traduire exactement dans tous les cas par remède affecte le cœur. Affecter un nombre
s’affairer, être affairé, parce qu’à l’idée d’un exposant. Elle est affectée de telle mala-
d’agitation s’ajoute celle d’émotion. Une die. Cette querelle a affecté notre amitié;
dame est fort [en affaire] en attendant ses 3) toucher, en faisant souffrir: Son échec l’a
invités. Les enfants sont [en affaire] dans beaucoup affecté. Je suis très affecté par cette
les jours qui précèdent la Saint-Nicolas. perte. Elle s’est affectée de nos malheurs;
6. Affaires, n.f.pl., peut s’employer pour 4) destiner, réserver à: Affecter qqch. à
effets, vêtements, objets personnels. On a
qqn. Affecter qqn à une fonction. Affecter
parlé à tort de belgicisme: Tandis qu’il
une part de ses revenus à l’achat d’un ter-
remet ses affaires à l’ouvreuse (Proust, M.,
À la recherche...). Je ne sais plus où mettre rain. Affecter une résidence à un fonction-
mes affaires (Mauriac, Fr., Les mal-aimés). naire. Affecter un fonctionnaire à un poste.
Dans la région liégeoise, on entend par- AFFECTIONNÉ, adj.,dans les formules de fin de
fois affaire dans ce sens au masculin, sin- lettre, est souvent précédé de votre et
gulier ou pluriel. signifie: qui éprouve de l’affection, attaché,
Quelques expressions: Être dans les affai- dévoué. L’expression paraît vieillie, recher-
res. Se retirer des affaires. Un homme chée. Quant au verbe AFFECTIONNER,
d’affaires. Un chargé d’affaires. Expédier employé avec un nom de chose comme
les affaires courantes. S’occuper des affai- complément, il ne semble utile que pour
res d’un tel. Mettre de l’ordre dans ses affai- exprimer l’idée «avoir une prédilection
res. Une lettre d’affaires. Toute(s) affaire(s) pour»: Le genre de robe qu’elle affectionne.
cessante(s) (Ac.). Un voyage d’affaires. Le AFFÉRENT, adj., et afférente s’écrivent avec en.
ministre des Affaires étrangères. [AFFÉRANT] n’existe pas.
Si l’on dit en bon français faire des affaires
AFFÉTERIE ou AFFÈTERIE, n.f., a pu s’écrire, en
avec qqn (avoir avec lui des relations com-
1975, avec un accent grave (Ac.), confor-
merciales), c’est un wallonisme d’employer
mément à la prononciation habituelle.
faire des affaires (sans complément) dans le
Décision annulée en 1987 et rétablie en
sens de «compliquer et exagérer les
1990 (RO III.7.E). L’AFFECTATION implique
choses»: [Il fait des affaires pour un rien].
un manque de naturel, l’afféterie exagère
AFFAIRÉ, adj., S’AFFAIRER. ÊTRE AFFAIRÉ, c’est l’affectation et tombe dans un excès de
s’agiter parce qu’on est surchargé d’occu- recherche, dans une fausse grâce, en vue
pations ou comme si on l’était. S’affairer, de plaire. L’adjectif AFFÉTÉ est vieux ou litté-
c’est se montrer empressé ou s’occuper raire. On dit plutôt affecté.

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A AFFICHER

AFFICHER, v.tr.dir., au sens figuré, c’est montrer deux éléments savants permet la formation d’un
publiquement et avec ostentation. S’AFFI- mot, ce qui n’est pas vrai de deux préfixes ou de
CHER, c’est se montrer avec ostentation deux suffixes.
dans un lieu public. Le mot est pris généra- AFFLEURER, v.tr.dir.
et intr. La rivière affleure ses
lement en mauvaise part. bords. Le roc affleure. Il affleure à la surface.
AFFIDÉ, adj.et n., qui signifie proprement «à Ses instincts affleurent. Ne pas confondre
qui on peut se fier, en qui on a confiance», avec EFFLEURER, toucher légèrement.
ne s’emploie plus guère que dans un sens AFFLIGER, v.tr.dir. On dit: Je suis affligé (profon-
péjoratif: qui est attaché à, complice de, dément attristé) ou Je m’afflige de lui avoir
jusqu’aux excès. fait du tort ou qu’il s’en aille (subjonctif).
AFFILER, v.tr.dir.,
ne se dit pas, comme au On peut employer de ce que, généralement
Canada, pour tailler un crayon, tailler un avec l’indicatif, parfois avec le subjonctif,
piquet en pointe. On affile un instrument sans nuance particulière. Elle s’est affligée
tranchant émoussé, ébréché, une lame, une de notre échec. Ne vous affligez pas pour
faux, on lui rend son tranchant. Au figuré, cela.
la langue peut être bien affilée, très médi- AFFLUANT, part.prés. d’affluer. On écrit en dans
sante. Ne pas confondre avec EFFILER : Effi- les noms AFFLUENT (les affluents de la Seine)
ler une toile, de la charpie. Un visage effilé et AFFLUENCE.
(mince et allongé).
AFFOLEMENT, n.m., AFFOLER, RAFFOLER : deux f,
AFFIRMER, v.tr.dir., peut avoir le sens de un l.
«manifester nettement». D’où l’emploi cor-
rect de S’AFFIRMER dans cette acception, à ne AFFRANCHIR (rendre libre, délivrer de ce qui
pas confondre avec celle de s’affermir: Sa gêne, d’une règle, d’une servitude), v.tr.dir.
puissance s’affirme tous les jours. Sa personna- En français régional de Belgique, sous
lité s’affirme. Il s’affirme comme romancier. l’influence du wallon, affranchir prend le
Ils se sont affirmés plus travailleurs qu’intelli- sens de «donner de l’assurance, enhardir,
gents. Mode après affirmer  CROIRE. mettre à l’aise» et S’AFFRANCHIR celui de
prendre de l’assurance.
AFFRÉTER, v.tr.dir.,  VERBE,
Conjugaison, 1.1.
Affixe Prendre en location un navire, un avion; à
ne pas confondre avec FRÉTER qui signifie
Les affixes servent à former des mots nouveaux donner en location.  FRÉTER.
(dits dérivés). S’ils apparaissent devant le mot, AFFRONTER QQN est vieilli, mais reste vivant
on les appelle préfixes (débrancher, inégal, dans des français régionaux dans le sens de
mécontent); s’ils apparaissent derrière le mot, «lui faire un affront». Mais on affronte un
on les appelle suffixes (feuillage, indexation, adversaire (on le brave), un danger (on va
musicalité). On forme également de nouveaux au-devant). On est affronté à qqch., à un
mots, surtout dans les domaines technique et problème. On s’affronte à qqch. Deux partis
scientifique, en utilisant des éléments savants se sont affrontés.
empruntés au latin et au grec: calorifère, digiti-
grade, hendécagone, pseudonyme. Cette compo- AFICIONADO, n.m. Un seul f. Des aficionados.
sition savante ou interfixation peut être [À-FOND]. Si la locution adverbiale À FOND est
associée à la dérivation affixale et un certain française (Étudier à fond une question, ser-
nombre de ces éléments savants sont appelés rer à fond un écrou, vider son verre à fond),
préfixes ou suffixes dans les dictionnaires. Les l’emploi d’à-fond comme nom est un belgi-
conditions d’utilisation des interfixes sont cisme qui est surtout courant chez les
cependant différentes, notamment en ce qui jeunes: [FAIRE UN À-FOND], c’est vider son
concerne leur position: certains peuvent, à la verre d’un trait, faire cul sec en buvant.
différence des préfixes par exemple, être utili-
sés en 1re ou en 2e position: pithécanthrope, A FORTIORI (ou À FORTIORI), loc.adv.  A PRIORI.
anthropopithèque. En outre, l’association de AFTER SHAVE, n.m. Dire: APRÈS-RASAGE, n.m.

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AGRÉATION A
AGAPE, n.f.,le plus souvent pluriel (repas 3. S’AGIR : De quoi s’agit-il? Il ne peut s’agir
entre amis): de fameuses agapes. que de lui. Il s’agissait de faire attention.
Une réunion est prévue, il s’y agira surtout
AGAVE, n.m. Un agave. On écrit aussi AGAVÉ. de... Aux temps composés, on ne peut dire
ÂGE, n.m. On dit: Il est en âge de comprendre. [il a s’agi de] au lieu de il s’est agi. — Le
Il est d’âge à comprendre. On emploie à participe s’agissant s’emploie absolument
notre âge (plutôt qu’à nos âges, qui se ren- dans le sens de «puisqu’il s’agit»: S’agis-
contre) si la personne qui parle s’adresse à sant de vous, nous n’insisterons pas. —
S’agir que (falloir que) est suivi du
une personne qui a sensiblement le même
subjonctif: Il s’agit qu’il le fasse.
âge qu’elle. — On dit: un homme d’âge
(âgé), un homme (ou une femme) sur l’âge AGISSEMENTS, n.m.pl.,
a un sens péjoratif. Pour
(près de la vieillesse), un homme d’un cer- éviter cette connotation, on dira: «façons
tain âge (qui n’est plus jeune), un enfant en d’agir».
bas âge.  PORTER, 1. Tour elliptique après AGNELER, v.intr.
(mettre bas, en parlant d’une
un comparatif: Elle est plus grande (ou Il brebis): Cette brebis agnellera bientôt, elle
fait plus jeune) que son âge.  MOYEN ÂGE. agnelle.
AGENDA, n.m. Pron. jin. Pluriel: des agendas. AGNOSTIQUE, adj. Prononcer g + n.
AGENT, n.m., reste masculin quand il s’agit
AGONIR, v.tr.dir.,
accabler: agonir qqn de sotti-
d’une femme: Cette femme est un bon agent.
ses, d’injures, de reproches; se conjugue
Usage vieilli d’agente en mauvaise part.
comme finir: il l’agonit, l’agonissait, l’a
AGENT DE POLICE (ou agent), courant et offi- agoni d’injures.
ciel en Belgique pour désigner celui qu’en
AGONISER, v.intr.«être à l’agonie»: il agonise,
France on appelle un gardien de la paix, est
aussi courant en France, où l’on dit: il agonisait, il a agonisé; est parfois utilisé
«Monsieur l’agent» à un agent de la force pour AGONIR par de bons écrivains: confu-
publique. sion à éviter.
AGENT DE CHANGE se dit, dans des régions de AGORA, n.f. Une agora. Chez les anciens
France et de Belgique, de petits bonbons Grecs, c’était une grande place où sié-
pour la gorge. geaient les assemblées politiques. Le mot
s’emploie parfois aujourd’hui pour désigner
AGGLOMÉRAT, n.m., AGGLOMÉRATION, n.f., AGGLO-
une grande place où l’on a rassemblé le
MÉRER, v.tr.,  VERBE, Conjugaison, 1.1. Deux
maximum de services publics.
g partout.
AGRAFE, n.f., AGRAFER, v.tr.dir. Un seul g, un seul
AGGRAVATION, n.f., AGGRAVER, v.tr.dir.Deux g.
f. On ne dira pas [DÉSAGRAFER] au lieu de
On aggrave (on rend plus grave, plus lourd
DÉGRAFER.
à supporter) un malheur, une défaite, une
maladie, les impôts, une peine, mais non AGRANDIR, v.tr.dir. Un seul g.
une victoire. Ne pas dire que [le temps va AGRÉATION, n.f., AGRÉER, v.tr.dir., AGRÉGATION,
s’aggraver] pour: Le temps va se gâter. n.f., AGRÉMENT, n.m. Agréation est resté
AGIR, v.intr. beaucoup plus vivant en Belgique qu’en
1. On agit bien ou mal envers qqn, on agit France, où Littré lui donnait le sens géné-
sur qqn, sur les événements. On rencontre ral d’«action d’agréer» (accueillir avec
cependant depuis le XVIIe siècle, mais cet faveur, donner son approbation) mais avec
emploi reste rare, être agi au passif, être une citation d’un ministre belge, tandis que
mis en mouvement. Capitant lui donne un sens limité et précis
2. EN AGIR (Il en agit mal avec moi) a été cal- en droit international (agrément, d’après
qué sur en user; condamnée depuis des l’Ac.): procédure par laquelle un gouverne-
siècles, l’expression a pour elle un long ment s’assure que le diplomate qu’il veut
usage, attesté par de très bons écrivains. accréditer auprès d’un autre gouvernement
On dira cependant plutôt: Il agit mal avec sera agréé par celui-ci. Les dictionnaires
moi. français n’accueillent plus ce mot, sauf le

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A AGRESSER

GR qui le donne comme un régionalisme moderne sur les mots agression et agresseur.
belge. Il se répand surtout à l’infinitif et aux
En Belgique, agréation est employé couram- temps composés, malgré des condamna-
ment par l’administration, les juristes et les tions injustifiées: Certaines de ces peintures
hommes politiques pour l’homologation de particulièrement provocantes m’avaient
certificats d’études, la reconnaissance offi- agressé (Genevoix, M., La perpétuité). On
cielle de certains actes administratifs, d’éco- voit que, dans une telle phrase, attaquer ne
les, de cliniques, de manuels scolaires, de conviendrait pas. Il faut adopter agresser en
certains titres, du droit d’exercer certaines lui laissant le sens qu’implique agression,
professions, de documents, d’une denrée qui dit plus qu’attaque: il s’agit d’une atta-
soumise à examen, etc., et même dans le que imprévue, non justifiée, brutale. Le
sens d’autorisation. sens d’agression se retrouve évidemment
dans agressif qu’on ne peut, malgré l’exem-
Le terme français traduisant une approba-
ple anglais, séparer de l’idée d’attaque bru-
tion de ce genre est agrément. On parle en
tale, injustifiée. Il est donc ridicule
effet de l’agrément donné par un ministre,
d’employer cet adjectif, sous une influence
de l’agrément obtenu par des cliniques, des
américaine ou anglaise, dans le sens de
villages de vacances, etc. Au Québec, on ne
dynamique, actif, persuasif, entreprenant:
craint pas de parler de l’agrément d’un
[On demande un vendeur agressif].
manuel scolaire, non pour dire qu’il est
agréable mais pour faire état de l’approba- Le langage médical abuse des mots agres-
tion officielle qu’il a reçue. sion et agresser.
Il n’y a pas lieu de condamner en Belgique AGRUMES, m.pl.,nom générique des fruits du
un usage bien établi, mais il faut savoir genre citrons, oranges, etc. ou des arbres
qu’il est archaïque et se garder surtout de qui portent ces fruits.
condamner agrément. On peut d’ailleurs AH !et HA !, onomatopées (invariables), ne tra-
employer dans certains cas, selon le sens, duisent pas toujours des émotions différen-
approbation, autorisation, reconnaissance tes dans l’usage courant. Tout au plus peut-
officielle, etc. on dire que ha! marque et surtout marquait
Quant à agrégation, il a aussi, dans le mieux la surprise, la douleur, le soulage-
domaine de l’enseignement, un emploi ment et, dans la suite Ha, ha, ha!, traduit le
beaucoup plus étendu en Belgique qu’en rire. On écrira Ah! pour exprimer un senti-
France, où le titre d’agrégé n’est accordé ment de joie, d’admiration, d’impatience,
qu’à la suite d’un concours (auquel se etc. ou pour insister: Ah bon! (ou Ah! bon),
présentent les AGRÉGATIFS) pour le recrute- Ah mais ça! Ah! ah! vous arrivez enfin!
ment de professeurs de l’enseignement
[AHEURÉ], adj., wallonisme étendu au français
secondaire et dans certaines Facultés. Les
du Nord dans le sens de «qui mange à des
trois titres d’agrégé de l’enseignement
heures fixes». Autre régionalisme: [DÉS-
secondaire inférieur, de l’enseignement
HEURÉ].
secondaire supérieur, et de l’enseignement
supérieur sont décernés en Belgique à tous AHI, interj., qu’on trouve dans la comédie clas-
ceux qui réussissent un examen déterminé, sique pour exprimer la douleur, est
suivant un programme fixé, sans qu’il y ait aujourd’hui remplacé par AÏE !
concours. AIDANT(aidante), adj., s’emploie abusivement
On agrée une demande (on l’accueille favo- en Belgique comme nom au lieu d’un (ou
rablement), un candidat, des salutations. une) aide (personne qui aide).
Une proposition ou un candidat agrée à qqn AIDE, n.Distinguer une aide, un secours, une
(lui convient). assistance, une femme qui aide et un aide,
AGRESSER, v.tr.dir., AGRESSIF, adj., AGRESSION, n.f. celui qui aide. Dans les noms composés,
Le verbe agresser, encore courant au XVIe traditionnellement aide varie s’il s’agit de
siècle, a ensuite disparu du français com- personnes (des aides-maçons) et reste
mun mais a été reformé à l’époque invariable s’il s’agit de choses (des aide-

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AILLEURS A
mémoire) mais on écrit aussi des aide-  VERBE, Conjugaison, 1.1.), AIGUILLIER (ou
mémoires (RO II.2).  NOMS COMPOSÉS, Mar- AIGUILLER, RO III.11): étui à aiguilles,
que du pluriel. AIDE DE CAMP s’écrit sans AIGUILLON, etc. se prononcent avec u semi-
traits d’union. voyelle comme dans lui.
AIDER, v. Aider à qqn est vieilli. Aider à qqch., AIGUISER, v.tr.dir.,
et ses dérivés. On prononce
c’est contribuer à sa réalisation (aider au ui comme dans lui ou, beaucoup plus sou-
succès d’une entreprise). Devant un infini- vent (Martinet, Warnant), g + i comme
tif, on emploie à: Je l’ai aidé à mettre son dans guitare.
pardessus. Aider à ce que (et subj.) est à AIL, n.m.
Le pluriel aulx est vieilli. Des ails,
déconseiller. des gousses d’ail.
AÏEUL, n., ne se dit guère pour grand-père,
AILLEURS, adv., (prononcer ayeur). L’opposi-
grand-mère (aïeule); le pluriel est alors tion entre D’AILLEURS et PAR AILLEURS est
aïeuls; BISAÏEUL, père ou mère des aïeuls; nette quand ailleurs garde son sens
TRISAÏEUL, père, mère des bisaïeuls. Aïeux
premier: Vous lui attribuez mal à propos
signifie ancêtres. L’exclamation Mes aïeux! votre disgrâce, elle vient d’ailleurs (Ac.),
(comme si l’on prenait ses ancêtres à d’un autre endroit, d’une autre cause. Des
témoin) est très familière. gens venus d’ailleurs, d’un autre endroit. —
AIGLE est masculin quand il désigne l’oiseau Nous nous y rendrons par ailleurs, par un
en général ou l’oiseau mâle ou quand il est autre chemin.
pris au sens figuré pour un talent supé- Mais, partant de là, les deux locutions ont
rieur, quand il est le nom d’une décoration des sens et des emplois qu’il faut tâcher de
(l’aigle blanc de Pologne) ou d’un certain préciser, d’autant plus que par ailleurs, que
pupitre d’église ou d’un format de papier. Littré n’admettait qu’au sens propre (par
Il est féminin quand il désigne expressé- une autre voie), est surtout employé au
ment l’oiseau femelle ou quand il s’agit de sens figuré, où il fait souvent concurrence
blasons, d’armoiries, d’étendards: L’aigle à d’ailleurs.
napoléonienne, l’aigle impériale. Propre- D’ailleurs montre qu’on ajoute une nou-
ment, il faudrait, à propos de l’aigle du velle considération, toujours en rapport
monument de Plancenoit, près de Waterloo, avec un autre énoncé, soit pour le renforcer
écrire l’Aigle blessée. Mais on écrit toujours ou le confirmer, soit pour le corriger, soit
l’Aigle blessé. On peut, semble-t-il, conser- pour concéder qqch. ou simplement com-
ver le masculin en admettant que, dans cet pléter la pensée. Malicroix, d’Henri Bosco,
emploi, vieux de près de trois quarts de siè- commence ainsi: De mon grand-oncle
cle, la référence précise à l’aigle impériale, Malicroix je n’attendais rien. D’ailleurs,
à l’étendard, n’est plus perçue. On pense jamais personne n’avait rien attendu de lui.
plutôt à un emploi métaphorique. — Un La seconde phrase n’introduit pas une
AIGLON, une aiglonne.
cause, comme le ferait parce que, ni même
AIGLEFIN, n.m.  ÉGLEFIN. une justification, mais ajoute une nouvelle
AIGREFIN, n.m., escroc. considération à ce qui précède, en le ren-
forçant. De même: Je ne le lui ai pas
AIGU, adj., au féminin aiguë ou aigüe
demandé; d’ailleurs il ne m’aurait pas
(RO III.4).  TRÉMA.
répondu. Ne prenez pas cette route, qui est
AIGUILLAGE, n.m. L’expression une ERREUR plus longue; elle est d’ailleurs en mauvais
D’AIGUILLAGE désigne fort bien, au figuré, état. — Cet attachement, réel d’ailleurs, ne
une erreur d’orientation; on est victime répond pas à son amour (GLLF). Ce roman,
d’une erreur d’aiguillage quand on a été d’ailleurs bien écrit, m’a déplu (concession
mal dirigé. C’est abusivement que cela se nuançant l’énoncé et expliquant que la
dit d’une erreur de jugement, d’apprécia- cause est ailleurs). Il ne s’en portait pas plus
tion, etc. mal, ni mieux d’ailleurs. Par ailleurs signi-
AIGUILLE, n.f., AIGUILLER, v.tr.dir., et leurs déri- fie «en outre» ou «pour le reste», mais avec
vés AIGUILLAGE, AIGUILLÉE, AIGUILLE-TER (v.tr. la nuance: «d’un autre côté, d’autre part,

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A AILLOLI

d’un autre point de vue, à d’autres égards». bien quand il fait froid et qu’on reste au
Il ajoute un complément d’information qui, coin du feu (Ac.).
partant d’un autre point de vue que 4. Aimer autant  AUTANT, 8.
l’énoncé qu’il complète, peut s’y opposer ou Aimer mieux est le comparatif d’aimer
être sans rapport avec lui: Elle souhaitait bien: Il aime mieux cela.
qu’il cultivât des relations si utiles, mais elle
a) L’infinitif qui suit immédiatement se
était par ailleurs portée à les croire peu chic
construit régulièrement sans préposition:
(M. Proust, cité par TLF). À propos de
J’aime mieux ne pas y penser. Celui qui
Madeleine Béjart, René Doumic a écrit:
exprime le second terme de la comparai-
Nous lui savons surtout gré d’avoir été la
son est facultativement précédé de de:
«soubrette» du théâtre de Molière (...).
J’aime mieux lire que (de) jouer. Si c’est le
C’était par ailleurs une femme de tête très
même que celui qui vient d’être employé,
entendue aux questions d’argent (Le Misan-
il n’est généralement pas répété: J’aime
thrope de Molière). Cette méthode, qui peut
mieux le demander à mon père qu’à ma
être par ailleurs si féconde, est ici inopérante.
mère.
Par ailleurs est devenu dans l’usage actuel
On peut aussi employer plutôt que: mis
un concurrent sérieux de d’ailleurs. Rien
en tête de phrase, il est suivi de de; sou-
n’empêcherait de l’employer dans l’ensemble
vent aussi (pas nécessairement) dans le
cité plus haut: Ce roman, d’ailleurs (ou par
corps de la phrase: Plutôt que de jouer,
ailleurs, puisqu’il s’agit d’une tout autre con-
j’aime mieux lire. J’aime mieux lire plutôt
sidération) bien écrit, m’a déplu. Grevisse
que de jouer (plutôt que jouer).
cite Maurois: Des scènes de sang qui lui
rendaient pénible à lire le récit, par ailleurs b) Si les deux termes de la comparaison
si beau, de la Révolution française. Mais on sont introduits par que suivi du subjonc-
respectera la distinction qui vient d’être tif, on ne peut pas (ou plus) dire: [J’aime
faite. Jamais, par exemple, on ne pourrait mieux qu’il parte que qu’il s’ennuie]. On
employer par ailleurs dans la phrase de tourne donc la phrase autrement. Divers
Bosco ni dans celle-ci: J’ignorais cet tours classiques sont pour ainsi dire aban-
accident; j’étais d’ailleurs absent depuis plu- donnés (ou littéraires), y compris celui
sieurs semaines. Ni d’ailleurs dans celles de qui recourait à que si: J’aime mieux qu’il
Proust et de Doumic où domine l’idée parte que s’il reste.
«d’un autre côté, d’autre part, en d’autres Nous recourons en un tel cas à un ou
circonstances». deux infinitifs; parfois le sens demande
AILLOLI, n.m., mayonnaise à l’ail. On trouve l’intervention de voir ou savoir: Il aime
AÏOLI. S au pluriel. mieux nous voir partir que rester. L’oppo-
sition marque bien que rester a le même
AIMER, v.tr.dir., conjug. Aimé-je? ou Aimè-je?
sujet que partir et que tous deux dépen-
(RO II.3).
dent de voir. — J’aime mieux qu’il parte
1. Devant un infinitif, trois constructions que de rester ou J’aime mieux qu’il parte
sont possibles: la plus courante en France plutôt que de rester. On doit mettre de
est aimer sans préposition; aimer à, s’il quand le premier terme de la comparai-
est moins fréquent, n’est pas rare, surtout son n’est pas un infinitif. Mon oncle aime
en littérature, et est le tour habituel dans
mieux que nous partions que de nous voir
l’expression j’aime à croire; aimer de
nous ennuyer (que de nous ennuyer aurait
reste vivant.
un autre sens: mon oncle ne veut pas ris-
2. Aimer que, aimer à ce que sont suivis du
quer de nous ennuyer, de nous agacer).
subjonctif. Aimer à ce que, favorisé par
aimer à faire qqch., est plus lourd. J’aime 5. Ne pas aimer s’emploie souvent par
qu’on soit sincère. litote, au sens de «je réprouve, je blâme,
3. Aimer quand. Dans la langue familière, je déteste»: Je n’aime pas ses manières. Je
aimer s’emploie absolument devant quand n’aime pas sa façon de me saluer.
dans le sens de «je suis content»: J’aime 6. Aimé de ou par.  DE, 8.
quand tu me parles comme ça (GR). J’aime BIEN-AIMÉ, MAL-AIMÉ, adj. ou n. Trait d’union.

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AIR A
3. PAR AINSI au lieu de ainsi est un archaïsme
AINSI, adv. qui se trouve encore chez des écrivains
1. Ainsi, signifiant de cette manière, déter- modernes.
mine un verbe, qui généralement le pré- 4. AINSI QUE et non [AINSI COMME]: problèmes
cède, ou un participe passé, qui d’accord  ADJECTIFS QUALIFICATIFS, 2.7, et
généralement le suit: Pourquoi agir ainsi? VERBE, Accord, 2.2.6.
Il commença ainsi: ... Un compliment AÏOLI, n.m.  AILLOLI.
ainsi tourné. On trouve ainsi en tête de
phrase devant un verbe dans le sens de AIR, n.m.  CONDITIONNÉ.
«c’est ainsi que»: Ainsi dit le renard. Ainsi 1. Se donner des airs, prendre de grands airs
parlait-il. Ainsi la fête se poursuivait-elle (un air de supériorité) est français; mais
dans la joie. non [faire de ses airs]. Familier: AVOIR UN
AIR DE DEUX AIRS (dont il faut se méfier).
Plus rare, dans la langue châtiée, est
l’emploi d’ainsi comme attribut: Comment
2. Une idée EN L’AIR, comme une promesse en
l’air, ne mérite pas d’être prise au sérieux;
suis-je resté ainsi? Pierre est ainsi; il faut le
une idée qui est dans l’air appartient aux
prendre comme il est. Ainsi se substitue ici tendances d’une époque, d’un milieu. Il y a
à l’emploi familier de comme ça. On ne de l’orage (ou de la joie) dans l’air.
s’autorisera pas de cet emploi, où ainsi
3. AIRBAG (anglicisme) et AIRBUS s’écrivent en
accompagne un verbe, pour l’employer
un mot.
dans le même sens comme épithète, ce qui
n’est pas rare en Wallonie: [Je n’ai jamais 4. AVOIR L’AIR peut signifier «sembler, paraî-
tre, avoir l’air d’être», et l’accord de
vu un homme ainsi, des choses ainsi]. On
l’adjectif se fait avec le sujet; ou «avoir un
dira: un tel homme, un homme semblable,
air, une mine, une physionomie, une
de telles choses, pareilles choses. allure, etc.», et l’accord se fait avec air.
Ne pas confondre avec il en est ainsi, se Dans certains cas, on a le choix entre les
disant d’une situation: Puisqu’il en est ainsi, deux interprétations; dans d’autres, non.
je n’insiste pas. S’il en est ainsi, acceptez. Quand il s’agit de choses, c’est normale-
ment le premier sens: Cette maison a l’air
2. Ainsi, introduisant une conclusion, doit caduque. Ces propositions ont l’air sérieu-
se placer en tête de la proposition: Ainsi
ses. Cette poire a l’air bonne. Il arrive
vous refusez? Il a le sens de donc, mais il
qu’on puisse les traiter comme des per-
ne peut, comme celui-ci, se placer après
le verbe. On peut dire: Vous refusez donc? sonnes ou comme si l’on disait «un air»:
mais non [Vous refusez, ainsi?] Ces arbres n’ont pas l’air réel. Mais on
écrira fort bien: n’ont pas l’air réels (ils
AINSI DONC est dénoncé comme pléonasti- n’ont pas l’air d’être réels). Toutefois,
que. Le redoublement peut cependant se même si avoir l’air se rapporte à une
justifier s’il renforce l’expression de la chose, on doit faire l’accord avec air
surprise, de l’émotion: Ainsi donc vous quand il est suivi d’un complément: Cette
refusez? — Ainsi donc, sans cet avis fidèle, rue a l’air animé des grands jours.
Deux traîtres dans son lit assassinaient le S’il s’agit de personnes, les deux sens sont
roi (Racine, J., Esther). Mais on abuse plus souvent possibles. On accorde cou-
d’ainsi donc en l’employant sans la moin- ramment l’adjectif avec le sujet: Cette
dre raison affective au lieu de ainsi ou de femme a l’air douce (bien qu’on puisse
donc. dire: a l’air doux). Mais Une femme a l’air
Plus flagrant est le pléonasme dans [AINSI, enceinte.
PAR CONSÉQUENT]. Inutile aussi semble Impossible, notons-le, d’accorder avec le
AINSI PAR EXEMPLE ; une des deux expres- sujet si l’expression est trouver à qqn
sions suffit; ainsi ne signifie toutefois pas l’air...: Je ne lui avais pas trouvé l’air triste,
strictement par exemple; il marque seule- mais fatigué. Elle était repartie pour Paris
ment (mais est-ce utile?) le rapport avec (Bazin, H., Le matrimoine). Il est normal
ce qui précède.  EXEMPLE, 1, a. qu’une femme, évoquant l’embarras où

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A AIRELLE

elle s’est trouvée, dise: Inventer que texte imprimé ou manuscrit, on peut dire
c’était mon anniversaire... Je devais avoir également ajout, et, selon les cas, addition,
l’air fin (Curtis, J.-L., La parade). annexe, complément, supplément, sur-
Comme pour les choses, il faut toujours charge, etc.  BÉQUET.
accorder avec air si celui-ci est déterminé Un ajout peut aussi avoir un sens plus
par un complément: Elle est à demi allon- large, notamment en art: Une église gâtée
gée sur un canapé (...) elle a l’air fort et par des ajouts. Forme à conseiller.
tranquille d’un menhir (Green, J., Jour- On emploie parfois rajout pour une addi-
nal). Les gens avaient l’air stupide que tion, un complément à la fin d’un article.
donne la surprise (Ibid.). Rajout peut être synonyme d’ajout, comme
La distinction, même quand elle ne allonge de rallonge.
s’impose pas, reste utile pour exprimer des Le mot une ajoute n’est pas un belgicisme;
nuances: Elle a l’air faux, mais elle est on le trouve en France, parfois dans le sens
loyale. Colette a écrit: Si je n’ai pas l’air d’addition, parfois dans un sens technique.
fatigué, c’est que je ne suis pas très fatiguée. Mais il n’y est pas courant et ces emplois ne
AIRELLE, n.f.  MYRTILLE. justifient pas l’usage belge d’ajoute pour
AISE, n.f., exprime l’absence totale de gêne: ajout, ajouté, allonge ou rallonge, annexe. Il
Mettre qqn À L’AISE, à son aise. Se mettre à faut parler d’une allonge ou d’une rallonge
l’aise. En parler à son aise. En prendre à son à propos d’un fil électrique, d’une table,
aise. Combler d’aise qqn. — Être à l’aise, à d’un vêtement.
son aise peut se rapporter à une situation ALACRITÉ, n.f., signifie enjouement, entrain et
financière. Au pluriel: AIMER SES AISES, PREN- non rapidité ni âcreté, âpreté.
DRE SES AISES. ALARMANT, ALARMISTE, adj. à ne pas confondre.
L’adjectif (content) est toujours précédé de Une nouvelle alarmante, une situation alar-
bien, fort, etc.: Nous sommes bien aises (noter mante, inquiétante; tandis qu’alarmiste
l’accord) que vous soyez là (subjonctif). signifie «qui répand intentionnellement
AISÉ, adj., peut se dire d’une personne qui des bruits de nature à inquiéter l’opinion».
dispose de moyens de vivre largement suffi- ALBINOS (pron. eau et s), adj. et n. : Un (ou
sants : Une famille aisée. Les classes aisées. une) albinos.
Dans le sens de facile, on dit d’une chose ALCARAZAS, n.m. emprunté à l’espagnol (pron.
qu’elle est aisée à faire, qu’il est aisé de la s final): sorte de vase ou de cruche. Un
faire, qu’elle se fait aisément. alcarazas blanc.
AÎTRES, n.m.pl., disposition intérieure d’une ALCOOL, n.m., et ses dérivés se prononcent
habitation. Terme vieilli. Parfois orthogra- avec le même o que col. — Distinguer en
phié: ÊTRES. principe une boisson ALCOOLIQUE, à base
AJOURNER, v.tr.dir. On ajourne un candidat, un d’alcool (l’expression vieillit) et une boisson
conscrit et, dans un autre sens (remettre à ALCOOLISÉE, à laquelle on ajoute de l’alcool.
plus tard), on ajourne un voyage, une ALCOOTEST, n.m., nom d’une marque déposée,
démarche. On se gardera du pléonasme est devenu usuel pour désigner l’épreuve
[ajourner à plus tard]. (appelée aussi éthylotest) qui permet d’esti-
AJOUT, n.m., AJOUTAGE, n.m., AJOUTE, n.f., AJOUTÉ, mer immédiatement l’ALCOOLÉMIE, la pré-
n.m., AJOUTIS, n.m., AJOUTURE, n.f., RAJOUT, sence d’alcool dans le sang. Il désigne
n.m., RAJOUTURE, n.f. Cette liste, incomplète, également l’appareil (appelé aussi par
montre que le français cherche un mot l’administration française éthylomètre). —
pour désigner (en dehors d’addition, etc.) Ne pas confondre l’alcootest avec l’ALCOOMÈ-
une chose ajoutée à une autre. Les diction- TRE, qui sert à mesurer le degré d’alcool des
naires n’accueillent pas tous ces termes. vins et liqueurs.
Un ajouté est courant, dans le vocabulaire ALÉA, n.m. Ce mot latin, signifiant jeu de dés,
de l’imprimerie, pour une addition faite hasard, désigne proprement le hasard, favo-
après la correction des épreuves. Pour un rable ou non: Il faut compter avec les aléas

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ALLER A
de l’examen. Mais l’usage courant est l’accent grave en 1990 (RO III). Il faut
d’employer aléa dans un sens péjoratif et de favoriser celui-ci, surtout dans allègrement
l’assimiler, surtout au pluriel (des aléas), à où l’on retrouve allègre.
risques, inconvénients. ALLÉGRO, n.m.Le nom (pluriel: des allégros)
ALÉMANIQUE, adj. La Suisse alémanique est la s’écrit généralement avec un accent,
Suisse de langue allemande. comme le fait l’Académie; de même un
ALÊNE (poinçon), n.f. Une alêne. Accent cir- ALLÉGRETTO. L’accent est à conseiller dans
conflexe. tous les cas, même s’il s’agit de l’adverbe
ALENTIR, v.tr.dir., est devenu rare et régional.
indiquant le temps.
On dit RALENTIR. ALLÉLUIA, n.m. Accent aigu. Des alléluias.
ALENTOUR, adv. (dans l’espace environnant): Il ALLER, v.intr., S’EN ALLER.
regardait tout alentour. Je voyais alentour 1. Je vais (et non je vas), tu vas, il va, nous
quelques curieux. Ils volent alentour. Ils allons, ils vont. Va-t-il. J’allais. J’allai.
rôdent alentour. On écrit moins: à l’entour. J’irai. Que j’aille, que nous allions, qu’ils
— Les bois d’alentour (des environs). aillent. Impératif: va, allons, allez. On
Alentour de et à l’entour de sont vieillis et écrit: Vas-y, va-t’en, allons-nous-en (impé-
littéraires. On dit plutôt: autour de. ratifs de s’en aller). Sans trait d’union: Va
Le mot comme nom ne s’emploie plus en classe (en est préposition), va en cher-
qu’au pluriel et surtout au sens propre (Les cher (en est complément de l’infinitif), va
alentours de la ville) ou en parlant d’une y voir (familièrement: vas-y voir). Mais:
date, d’une heure, d’une indication d’âge: Malbrough s’en va-t-en guerre.
aux alentours de 1900, de minuit; il a aux On écrit généralement À DIEU VAT !
alentours de 40 ans. L’expression est d’origine obscure; on a
ALÈSE, n.f., est parfois écrit ALAISE.
pu se demander si le t final n’est pas ana-
logue à celui qui apparaît, dans la langue
ALEZAN, adj. et n.m., s’écrit avec z. Une jument populaire, devant une voyelle, en dehors
alezane. de l’impératif de s’en aller: s’en va-t-en
ALGÈBRE, n.f. Une algèbre nouvelle. guerre, mais on trouve de nombreuses
ALIBI, n.m., signifie étymologiquement autres graphies, avec ou sans t, avec ou
ailleurs, mais on a retenu surtout l’idée sans traits d’union, avec à(-)Dieu ou
qu’en justice, grâce à l’alibi, on se disculpe adieu; empruntée à la langue des marins,
et alibi s’emploie pour prétexte, excuse: Ces l’expression s’est figée dans un sens voisin
démarches ne sont que des alibis. de: à la grâce de Dieu! On prononce t
ALIGNER une chose sur une autre, c’est la met-
dans à Dieu vat.
tre en conformité avec celle-ci; on aligne 2. Aller, marquant un mouvement avec ou
les horaires ou les salaires de certaines per- sans retour, peut être remplacé par être
sonnes sur ceux d’autres personnes; on s’ali- aux temps composés (parfois au passé
gne sur qqn. Ils se sont alignés sur nous. simple et au subjonctif imparfait), sur-
tout devant un infinitif: Je n’y suis pas allé
ALIGOTÉ (un seul l), adj., nom d’un cépage ou je n’ai pas été; je suis allé (ou j’ai été) à
blanc: Un bourgogne aligoté. Paris, à telle école; j’allai ou je fus le voir.
ALIZÉ, adj. et n.m., s’écrit avec z. Dans s’en aller, aller ne peut être rem-
ALLÉGATION, n.f., prend généralement un sens placé par être qu’au passé simple et au
péjoratif. subjonctif imparfait, particulièrement
ALLÈGEMENT, n.m., ALLÈGREMENT, adv. Bien que devant un infinitif: Il s’en alla (le trouver)
l’Académie écrivît ces mots avec un accent ou Il s’en fut (le trouver). Nous laissâmes
aigu, on y prononçait toujours et on y écri- Giraud dans sa villa et nous en fûmes dans
vait parfois è. L’Académie a accueilli la nôtre (Gaulle, Ch. de, L’unité).
l’accent grave en 1975, mais elle est reve- Si aller est employé au sens figuré en par-
nue au seul accent aigu en 1987, et les rec- lant de la santé, d’un vêtement, d’une hor-
tifications orthographiques reproposent loge, de qqch. qui «va bien», on doit, aux

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A ALLER

temps composés, employer être (avoir je suis content. Que n’ira-t-il pas supposer?
été): Il a été plus mal hier, il va mieux Vous iriez lui dire cela? On peut fort bien
aujourd’hui. Ce commerce va bien, a bien dire: S’il allait ne pas venir! — Expression
été. Ce chapeau lui va bien. Cette robe ne très familière en parlant de qqch.: Ça ira
lui va pas bien et d’ailleurs ne lui a jamais chercher dans les deux mille, cela pourra
bien été. coûter dans les deux mille francs.
3. Je m’en suis allé, elle s’en était allée: for- S’en aller suivi d’un infinitif marque sou-
mes normales, puisque en, dans s’en aller, vent de nos jours un déplacement: Je
n’est pas soudé à aller (tandis qu’il l’est m’en vais dîner. Je m’en vais voir ce qui se
dans s’enfuir: il s’est enfui). Cependant on passe. On ne le trouve plus guère qu’à
dit depuis longtemps, et c’est devenu l’indicatif présent, et surtout à la 1re pers.
correct: Je me suis en allé, etc. On dit: la du singulier. Il peut aussi indiquer un
chose (ou la personne) en allée. futur proche ( B).
4. COMMENT VA ? est une réduction très fami-
B. À l’indicatif présent ou imparfait, aller
lière de Comment ça va? Ne pas dire
peut devenir un auxiliaire de temps et
[Comment que ça va?] ni, tour populaire
en Flandre et à Bruxelles: [Comment ça exprimer un fait très proche, vu à partir
va-t-il avec vous?]. Mais on peut très bien du présent ou du passé: Il va mourir. Je
dire: Comment ça va-t-il chez vous? vais dîner. Il allait partir quand nous som-
mes arrivés. Il allait bientôt le regretter. Il
Wallonisme populaire: [Comment vous
faut noter qu’il n’y a pas là un équivalent
va-t-il? Comment va-t-il?] — Ne pas
du futur ou du futur du passé, mais un
répondre [Ça va encore] pour Ça va passa-
véritable temps supplémentaire.
blement. On notera qu’Il me va bien ne
peut se dire pour la santé, mais se dit d’un Même emploi de s’en aller, mais seule-
vêtement. ment à la 1re pers. du sing. de l’indicatif
présent: Je m’en vais vous le dire.
5. Aller sur, on peut dire: Il va (ou il mar-
che) sur ses trente ans. N.B. a) Quand il n’est pas possible, à un
6. Aller pour, suivi d’un infinitif, s’emploie à autre temps que ceux qui ont été notés,
l’indicatif présent (parfois à l’imparfait, d’employer aller comme auxiliaire, on
rarement au passé simple et au participe tourne la phrase autrement. On recourt à
présent) pour marquer qu’on se dispose à être sur le point de (ou à une autre expres-
faire aussitôt une action, mais qu’elle n’a sion) ou à devoir ( DEVOIR, 5), mais non à
pas lieu, qu’elle est interrompue. Ce tour vouloir ( VOULOIR): Quand vous serez sur
est courant dans les indications scéniques: le point de venir (ou prêt à venir)...
Il va pour l’embrasser, mais elle le repousse. b) Aller, conjugué au présent de l’indica-
Il va pour lui répondre, puis il y renonce. tif, peut être suivi de l’infinitif du même
7. Aller, suivi directement d’un infinitif, verbe: Je vais aller le voir. Ils vont aller
peut avoir deux sens: chez le coiffeur. On hésite (sauf en Belgi-
A. Il marque à tous les temps un déplace- que) à employer immédiatement devant
ment en vue de ce qui est exprimé par aller une forme verbale ayant le même
l’infinitif: Où vont-ils? Ils vont faire leur radical. Simple affaire d’oreille. Nous
promenade quotidienne. — Allez me cher- allons aller le voir ne nous choque pas:
cher cela. Ils vont retirer leur valise à la Nous allons aller aux sources de la Hure
consigne (Comparer avec venir: Ils vien- (Mauriac, Fr., Journal). Personne en tout
nent retirer...). Je suis allé me renseigner. cas ne serait choqué si un mot était inter-
Allez le trouver de ma part. Nous irons calé entre les deux verbes: Nous allons y
nous baigner. aller.
Le mouvement ainsi marqué par aller peut c) Noter l’emploi de l’adverbe y pour rem-
être fictif, figuré; on veut exprimer d’une placer l’infinitif qui vient d’être employé
manière affective une éventualité qu’on comme complément d’un premier emploi
imagine se produisant: Pourvu qu’il n’aille d’aller: On m’a dit que je n’oserais pas aller
pas se fâcher! N’allez pas vous imaginer que le lui dire; eh bien, j’y vais. Allons prendre

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ALLER A
un bain; moi, en tout cas, j’y vais. Mais on un supérieur ou à ses services (Aller à
omet toujours y devant le futur et le con- Dieu, à l’évêque. J’irai à toi, Seigneur).
ditionnel présent d’aller: On m’écrit de Quand il s’agit de se rendre chez qqn,
Paris; j’y vais la semaine prochaine, mais: c’est chez qui est normal et qui souvent
j’irai la semaine prochaine. même est seul possible: Je vais chez ma
d) Notons qu’on doit dire: Va te prome- voisine, chez le curé. Le remplacement de
ner. Allons nous promener.  PROMENER. chez par à après aller, venir, se rendre
8. Aller et s’en aller suivis d’un participe n’est certes pas nouveau; il ne se rencon-
présent ou d’un gérondif avec en, qui tre toutefois qu’avec quelques noms de
restent invariables: professions comme coiffeur, boucher,
A. Suivis d’un participe présent, ils ont pu boulanger, épicier, docteur, médecin,
marquer la progression, la continuité: garagiste, cordonnier. Cet emploi courant
Cette femme s’en va mourant. Ceux qui est condamné non seulement par l’Acadé-
allaient conseillant la course matinale. Cet mie mais par la plupart des lexicographes.
usage subsiste en littérature. Aujourd’hui On prétend le réserver à la langue popu-
le participe présent qui suit aller est celui laire (nous dirions plutôt: familière): Il
d’un verbe qui marque lui-même un mou- vaut mieux aller au boulanger qu’au méde-
vement réel ou figuré, une progression: Le cin. Nous ne parvenons pas à considérer
mal va croissant (Ac.). On peut dans ce cela comme grave, mais il est bon de
cas, surtout aux temps composés (c 2), savoir que, pour certains, c’est grave.
remplacer aller par être: La plupart de ces L’emploi d’aller sans complément est nor-
difficultés ont été s’aggravant (Duhamel, mal dans aller et venir ou dans le sens de
G., Paroles de médecin). marcher. Mais tel n’est pas le cas dans
B. Surtout avec en, on peut vouloir mar- Est-ce que nous allons? et Nous allons, où
quer principalement la manière: Un mal aller signifie partir. Ces tours appartien-
qui va en augmentant (Ac.). Même remar- nent plutôt au langage relâché ( 17).
que que celle qui vient d’être faite pour 10. ALLER À LA MESSE, À CONFESSE. La langue a
être substitué à aller. gardé quelques expressions dans la forme
9. Aller à, chez ou dans, en. Sans entrer figée qui rappelle le temps où l’article
dans trop de subtilités, bornons-nous à n’était pas généralisé. C’est ainsi qu’on dit
quelques remarques. aller à confesse. Mais le français régional
Le complément de lieu, sauf les noms de de Belgique, influencé d’ailleurs par les
pays ou de régions ( À et EN, 5), s’intro- dialectes, omet parfois l’article dans aller
duit par à: aller au bois, à la mer, à son à la messe: [aller à messe]. On dit: après la
messe.
bureau, à l’église, au café, au cinéma, à
l’épicerie, au lycée, au Bon Marché. 11. ALLER DOUCEMENT.  DOUCEMENT.
À peut aussi introduire un nom de chose 12. Aller avec.  AVEC, 1.
désignant le but du déplacement: aller 13. FAIRE ALLER QQN se dit en France, moins
aux urnes, à la messe, aux vêpres, au feu (à d’ailleurs qu’autrefois, pour «lui faire
la bataille), à la pêche, à sa toilette, à la croire des choses fausses, le tromper par
mort, aux provisions, aux champignons. de vaines promesses». Mais en Wallonie
il a couramment le sens de: taquiner, faire
 10. Devant un nom de gibier: aller au
marcher; à éviter.
sanglier, à la chasse au sanglier.
14. Dans faire s’en aller qqn ou qqch., le pro-
Aller à l’eau, au bois, aux vivres, etc. peut nom réfléchi peut être omis: Faire en aller
signifier: aller faire provision d’eau, de la fièvre ou qqn (Ac.). Un produit pour
bois, etc. Si le complément est un nom faire en aller les taches (GR). Cette tache
propre de personne, on dit: Aller chez s’en ira au lavage. Cette tache ne s’en va
Pierre, etc. pas.
Aller à, en dehors des cas cités, signifie 15. Y aller signifie «se décider à parler, à
encore, notamment: a) se diriger vers agir». Vas-y! Au jeu de cartes, on dit j’y
(J’irai à lui, aller à la mer); b) s’adresser à vais et non je vais (courant en Wallonie).

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A ALLER

16. Interjections. Les formes de l’impératif, Pièces noires). La lumière se rallume (Druon,
va, allons, allez sont employées, surtout M., Les grandes familles).
familièrement, comme interjections pour Allumer s’emploie aussi dans le même sens
exprimer ou accentuer un jugement, un sans complément: Voulez-vous que
encouragement, une menace, un agace- j’allume? (Vercors, Les armes de la nuit).
ment, etc.: Crétin, va! Ne t’inquiète pas,
Attends que j’allume, on n’y voit plus
va! Allons, ne t’inquiète pas. Allez ou
(Colette). C’est une faute de dire il allume
allons, viens ou décidez-vous ou venez ici.
Allons, ça recommence. Allons donc ou (impersonnel) pour il fait des éclairs (ou il
allez donc, c’est impossible. éclaire), en parlant d’un orage.  ÉCLAIRER.
17. Ne pas dire: Nous irons pour Nous partons Le complément d’allumer peut être le
(annonce du départ). lieu, le local qu’on éclaire: Allumer le
salon, allumer une chambre. Cela se dit,
18.  AUTOUR, AVOIR, 18. [Il a loin à aller],
comme: Éteins le salon, je te prie (Butor,
VENIR, 5.
M., Passage de Milan). La cuisine est éteinte
ALLER, n.m. Match aller et match retour. Pren- (Aragon, L., La mise à mort). Au carrefour
dre un aller pour Paris. Prendre deux allers (...), un café est encore allumé (Modiano,
ou prendre deux allers et retours ou deux P., Rue des boutiques obscures).
allers-retours. Des auteurs écrivent, à tort, ALLURE, n.f.
des aller et retour et même des aller.
1. À TOUTE ALLURE (Ac.) est parfois condamné.
ALLIER, v.tr.dir.
Sauf quand il s’agit de l’union À tort, semble-t-il. Sans doute on dit fort
par le mariage (Une famille alliée à une bien: à vive allure, à grande allure. Mais
autre ou qui s’allie à une autre), allier et allure signifiant ici «vitesse de
s’allier sont suivis de à ou avec: La jalousie déplacement», à toute allure, qui est
alliée à la haine, avec la haine. Il faut que courant, n’est pas plus anormal que à
nous alliions la patience au courage. Ils se toute vitesse; tout marque le maximum,
sont alliés avec nous. comme dans en toute sûreté. L’expression
est admise par GR.
ALLONGER, v.tr.dir. ou intr., peut remplacer 2. AVOIR DE L’ALLURE, appliqué aux personnes,
s’allonger en parlant du temps: Les jours c’est «avoir de la distinction, de
allongent ou s’allongent. — Comme les jours l’élégance»: Cette femme (ou cet officier)
avaient allongé (Mauriac, Fr., La robe pré- a de l’allure. Appliqué aux choses, «sortir
texte). Je vois les jours allonger (Colette). du commun»: Cette manière de refuser les
On entend rallonger dans le même sens: faveurs avait de l’allure (Lexis). Cette
Les jours rallongent. Certains auteurs, telle demeure a fière allure ou a de l’allure.
Colette (Ibid.), substituent même allonger En Wallonie, on dévie de ce sens en par-
à croître en parlant d’autre chose que du lant de personnes. Avoir de l’allure y signi-
temps: J’ai beau brosser mes cheveux, ils fie «avoir du savoir-faire, de l’ordre, dans
n’allongent pas si vite. De même: Ses che- son activité ménagère ou manuelle»:
veux allongèrent (Mallet-Joris, Fr., La mai- [Cette mère de famille n’a pas d’allure]. [Ce
son de papier). Ce n’est pas courant. jeune apprenti a déjà de l’allure]. D’où
Transitivement: allonger ou rallonger une l’emploi de SANS ALLURE, dans le sens de
robe, une sauce. négligent, mal organisé ou peu soigné:
[C’est une femme sans allure]. Substantive-
ALLUMER, v.tr.dir. On allume le gaz, le feu, ses
ment : [Un sans-allure]. [Une sans-allure].
phares, l’électricité, une radio, un cigare, une
lampe, etc. Une voiture allume ses phares. ALLURÉ, adj. Une grande fille blonde et bien
allurée (Aymé, M., Le confort intellectuel).
On a voulu interdire allumer la lumière ou Dans le vocabulaire de la mode, on parle
les lumières et imposer donner de la lumière. d’une robe allurée (qui a bonne allure).
On trouve cependant l’expression (admise
par PR) chez d’excellents auteurs: Je rallu- ALLUVION, n.f. Des alluvions récentes.
mai les lumières (Gracq, J., Le rivage des ALORS (s ne se prononce pas), adv., dans son
Syrtes). Ils allument la lumière (Anouilh, J., sens temporel signifie «à ce moment-là, à

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ALTESSE A
cette époque-là, dans le passé ou dans ALTERNATIF, adj.,comporte soit l’idée d’alter-
l’avenir»: Alors il s’endormait. Alors ils le nance (une présidence alternative, un
reconnurent. Alors comme aujourd’hui. échange alternatif de rôles, un mouvement
Jusqu’alors. Il ne s’emploie pas dans ce cas alternatif, un courant alternatif), soit l’idée
avec un présent, sauf si c’est un présent de choix (une obligation alternative) ou une
historique: Alors il commence à le regarder. idée de rechange: une médecine alterna-
Il ne signifie pas après cela. tive, une solution alternative. — Une propo-
PUIS ALORS, fort répandu, n’est pas à recom- sition alternative énonce deux assertions
mander, car c’est un pléonasme inutile: Il dont l’une exclut l’autre.
comptait seulement jusqu’à vingt, puis il On parle couramment en Belgique de sta-
levait un doigt de la main et ainsi de suite. tionnement alternatif; l’expression est cer-
Puis alors il fallait encore marquer... tainement correcte, mais en France on dit,
(Giono, J., L’oiseau bagué). Alors (ou non moins correctement: stationnement
ensuite, puis, et puis) suffisait. ALTERNÉ. On doit parler de voix alternées, de
En dehors de ce sens temporel, alors rimes alternées, d’une série alternée.
s’emploie fort bien avec un présent et signi-
ALTERNATIVE, n.f.
fie «dans ce cas, s’il en est ainsi»: Alors
n’en parlons plus. Avec un conditionnel, 1. Le mot s’emploie au pluriel lorsqu’il signi-
même alors signifie «même s’il en était fie «alternance, succession répétée de
ainsi»: Même alors je ne le dirais pas. — OU choses opposées»: Des alternatives de suc-
ALORS ne signifie pas «ou s’il en est ainsi»,
cès et de revers. On est alors dans ces alter-
mais «ou s’il n’en est pas ainsi, ou sinon»: natives.
Allez le voir ou alors écrivez-lui. 2. Au singulier, «situation dans laquelle on
n’a le choix qu’entre deux partis à
Alors peut aussi s’employer avec affectivité prendre»: Il se trouvait dans (ou devant)
pour marquer, notamment dans une ques- l’alternative de se soumettre ou de se
tion, une certaine curiosité ou simplement démettre. Mais un emploi très répandu,
pour appuyer. Cet emploi devient facile- même chez d’excellents écrivains et chez
ment très familier: Alors, ça va? Chic, des lexicographes qui le condamnent
alors! Alors quoi? Et alors, vous avez bientôt (Littré, Hatzfeld), applique alternative à
fini? chacun des termes du choix. Le mot
ALORS QUE, loc.conj., s’emploie beaucoup prend ainsi le sens de possibilité, option,
moins qu’autrefois dans le sens unique- parti, éventualité, hypothèse, solution, et
ment temporel de lorsque, au moment où. l’on parle de deux alternatives (ce qui pro-
Dans l’usage courant, aujourd’hui l’expres- prement supposerait quatre solutions) ou
sion marque surtout une opposition (à un de trois ou de quatre!
moment où au contraire) et est suivie de Robert Le Bidois a montré quelque indul-
l’indicatif ou du conditionnel selon le sens: gence, «sans l’excuser tout à fait», pour
Il flâne alors que les autres sont occupés. Il ce fâcheux glissement de sens. On fera
parle, parle, alors qu’il faudrait agir. On bien d’éviter cet emploi, condamné ou
peut renforcer l’expression en disant ALORS suspecté par ceux qui ont le souci de
MÊME QUE. Suivi d’un conditionnel, alors maintenir utilement le sens étymologi-
même que signifie quand même: Alors que, dont l’abandon favorise un glisse-
même qu’on m’en prierait, je ne le ferais pas. ment de sens de dilemme.  DILEMME.
 LORS. 3. Autre emploi plus récent, venu de l’anglais:
ALPAGA, n.m., désigne couramment l’animal,
une alternative à qqch., une solution de
la laine ou le tissu. remplacement, de rechange.
ALTERNER, v.intr. : Prières et menaces alter-
ALPIN, adj., ALPINISME, n.m., ALPINISTE, n.m., peu-
vent assurément se rapporter aux Alpes, naient ; ou tr.dir. : Cet enfant alterne les
mais par extension s’appliquent à la haute pleurs et les rires.
montagne en général. ALPESTRE se réfère ALTESSE, n.f.,
désigne en Belgique une sorte de
davantage aux Alpes. prune appelée en France prune de Monsieur.

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A ALUNIR

ALUNIR, v.intr., ALUNISSAGE, n.m., s’écrivent avec AMBASSADEUR a pour féminin ambassadrice,
un seul l, comme aligner, alourdir, tandis dans tous les sens.
qu’on écrit deux t dans ATTERRIR. L’Acadé- AMBIANCE, n.f., milieu matériel, intellectuel ou
mie a voulu généraliser atterrir (avec un moral. C’est le même sens figuré qu’on
éventuel complément): atterrir sur la Lune. donne à atmosphère, milieu et climat. Ce qui
Faut-il vraiment condamner alunir par est vivement contesté, c’est ambiance dans
crainte de voir se former un jour d’autres le sens (répandu et familier) d’«ambiance
composés quand on mettra le pied sur agréable, jeune, gaie», d’«enthousiasme
d’autres astres, Vénus ou Mars? L’usage a collectif», d’entrain, de gaieté. Par exemple,
admis alunir et alunissage. on dit qu’il y a de l’ambiance ou qu’il y a
beaucoup d’ambiance dans tel appartement,
ALVÉOLE, nom masculin d’après l’Académie; tel restaurant, telle réunion; on parle d’un
mais les meilleurs dictionnaires enregis- éclairage d’ambiance, fournissant une
trent la tendance très nette, et qui n’est pas lumière favorable à la détente.
récente, à en faire un féminin. Le PR dit
Maurice Piron, qui a écrit d’excellentes
même: «n.m. (vieux) ou f.».
pages Sur l’évolution d’«ambiance» dans les
AMALGAME, n.m. Un amalgame. — AMALGAMER, Mélanges offerts à Maurice Grevisse, a noté
c’est réunir des personnes ou des choses qui finement qu’ambiance, passant du sens
ne s’accordent guère, tandis que FUSIONNER général à un sens restreint, impliquant la
veut dire: unir en un nouveau groupement joie, l’entrain, a subi la même évolution que
des choses ou collectivités auparavant succès, qui a signifié d’abord «issue heu-
distinctes: A fusionne avec B. On fusionne A reuse ou malheureuse». Ce qui reste
et B. gênant, c’est qu’ambiance a en même temps
le sens large et le sens restreint. Mais le
AMANDE, n.f. Pâte d’amandes, huile d’amandes.
contexte et les circonstances sont là pour
Casser le noyau d’un fruit pour en avoir
préciser le sens. On peut refuser d’employer
l’amande.
les expressions il y a de l’ambiance ou créer
AMARANTE, adj. de couleur, est invariable. une ambiance, on peut estimer qu’elles doi-
vent être réservées à la langue familière,
AMARRER, v.tr.dir.,a élargi son sens; il ne s’agit
mais on n’a pas le droit d’affirmer qu’elles
plus seulement de retenir (avec des amar-
ne veulent rien dire et qu’elles sont linguis-
res) un navire, une embarcation ou un bal-
tiquement inexplicables.
lon, mais de maintenir en place un objet
assez lourd au moyen de cordages, de On doit être plus sévère pour MILIEU AMBIANT,
chaînes: Amarrer solidement une malle sur qui n’est pourtant pas nouveau ni rare. Il est
le toit d’une voiture (GLLF). normal de parler de l’AIR AMBIANT, de l’atmos-
phère ambiante, de la vie ambiante, de colora-
On va plus loin et amarrer remplace correc-
tions ambiantes, de la température ambiante;
tement attacher. Gilbert Cesbron écrit:
dans toutes ces expressions ambiant a son
Ployant sous les linges fumants, des fils se
sens: «qui entoure, qui circule autour». Mais
croisaient au-dessus du poêle; ils étaient
un milieu, dans ce sens, est ambiant par défi-
amarrés à des tuyauteries rouillées (Je suis
nition et l’on devrait parler de l’influence du
mal dans ta peau). Laissons à l’île Maurice:
milieu et non de l’influence «du milieu
J’ai amarré le cadeau avec un ruban rose. Et
ambiant».
à l’Acadie: amarrer son pantalon.
AMBIGU, adj., au féminin ambiguë. L’Acadé-
AMATEUR, n.m., s’emploie pour une femme mie a imposé le tréma sur le e en 1987. Les
comme pour un homme: Une musicienne Rectifications de l’orthographe ont proposé
amateur (GLLF). Cette femme est un ama- de le placer sur le u en 1990: ambigüe
teur d’art. Elle est amateur de nouveautés. (RO III.4).
— Amatrice n’a pu s’imposer, malgré les
AMBIGUÏTÉ ou AMBIGÜITÉ, n.f., pour les raisons
recommandations.
ci-dessus, le tréma est soit sur le i ou sur le
AMBAGES, n.f.pl., détours: Parler sans ambages. u... C’est ambigu! (RO III.4).  TRÉMA.

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AMODIER A
AMÉLIORER, v.tr.dir. Il a amélioré sa situation. époux font entrer dans la communauté,
Son état s’est amélioré. La situation est comme des meubles, des immeubles pro-
maintenant améliorée. pres à l’un d’eux. AMEUBLIR le sol, le rendre
meuble.
AMEN, n.m., est invariable: Des amen.
AMI, n.m. Préférer être ami de à être ami avec.
AMENDABLE, adj., ne se dit pas seulement du
BON AMI, bonne amie sont des régionalis-
sol mais de ce qui, tel un projet de loi par mes vieillis au sens de fiancé, fiancée.
exemple, peut être amélioré. (Au Canada,
AMENDER s’emploie pour modifier.) AMIABLE, adj. ; une solution amiable ou à
l’amiable; vente à l’amiable (de gré à gré).
AMENER et RAMENER, v.tr.dir., ne peuvent être
AMIANTE, n.m. De l’amiante très blanc.
substitués à apporter et rapporter ni se dire
quand le complément est, au sens propre, AMICT, n.m., doit se prononcer comme ami.
qqch. que l’on porte sur soi. Apportez-moi AMIDONNÉ et EMPESÉ. L’usage, celui des écri-
cette lettre. Le pétrole est amené par un vains comme celui du grand public, ne se
tuyau. On conduit (ou on mène) sa voiture soucie pas de la différence des techniques:
au garage, on apporte ses livres, on rap- il fait d’empesé et amidonné deux synony-
porte un cadeau. Le plombier apporte ses mes. On parle d’une blouse amidonnée,
outils. Je me propose d’emmener (ou d’ame- d’un col (assez raide) amidonné ou empesé:
ner) cet ami à cette réunion. Vêtu d’un blanc impeccable, amidonné et
Le pronominal S’AMENER (venir, arriver) est bien repassé, taillé dans le meilleur tissu
considéré comme familier. anglais (Cendrars). Tout près, les cols bien
AMÉNITÉS, n.f.pl., ne peut s’employer pour tra-
amidonnés chevauchaient la jeannette
duire l’anglais amenities désignant les (Sabatier, R., Trois sucettes à la menthe).
attraits, les agréments qui rendent agréable Au sens figuré (raide, compassé), on préfère
l’habitation ou le cadre de vie: matières, empesé.
couleurs, ensoleillement, verdure, etc. AMIGO, n.m., n’est pas français. Ce terme
Au singulier, aménité signifie amabilité; au bruxellois, qui désigne familièrement, ainsi
pluriel, il ne s’emploie que par antiphrase, qu’en Wallonie, le cachot de police (le vio-
ou ironiquement, pour des paroles blessan- lon), est dû à un jeu de mots plaisant qui a
tes, injurieuses. rapproché de l’espagnol amigo (ami), au
XVIe siècle, sous le régime espagnol, les
ÂME QUI VIVE est généralement figé au deux mots quasi homonymes qui, dans le
présent: Nous n’avons rencontré âme qui parler bruxellois, désignaient la prison et
vive. Mais parfois on trouve l’imparfait: Pas l’ami.
plus qu’à l’aller ils ne rencontrèrent âme
qui vivait (Déon, M., Un parfum de jas- AMMONAL, n.m. d’un mélange pour explosif.
min). Des ammonals.
AMMONIAC, s’emploie plus souvent comme
AMERRIR (se poser sur l’eau), v.intr. Les deux r
(aussi dans AMERRISSAGE) sont dus à adjectif que comme nom masculin: le gaz
l’influence d’atterrir et à la prononciation ammoniac. Quant à la solution de gaz
de mer. AMÉRIR n’a pu s’imposer. ammoniac dans de l’eau, on l’appelle de
l’AMMONIAQUE (féminin). Ce dernier nom est
AMERTUME, n.f., peut s’appliquer à une saveur,
parfois donné aussi au gaz ammoniac.
à un mets, à une odeur ou à un sentiment.
AMNISTIE, n.f. Une amnistie. Ne pas confondre
AMERTUMÉ, adj. ou n., reste insolite.
avec armistice.
-ÂMES et -ÂTES, finales des 1re et 2e personnes
AMODIER, v.tr.dir., ne signifie pas «modifier
du pluriel du passé simple des verbes en -er,
légèrement, aménager, amender», mais
se prononcent avec un a bref.
«donner à ferme un domaine, une terre».
AMÉTHYSTE, n.f. Une améthyste. Invariable Une AMODIATION est la «location d’une terre
comme adj. de couleur. moyennant une prestation périodique en
AMEUBLISSEMENT, n.m., est un terme de droit nature ou en argent versée par l’AMODIA-
désignant la convention par laquelle les TAIRE à l’AMODIATEUR » (GR).

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A À MOINS QUE

À MOINS QUE, À MOINS DE.  MOINS, 3. dépens de quelqu’un, se moquer de lui. —


Éviter le tour belge (wallon) s’amuser ou
AMOLLIR, v.tr.dir., et ses dérivés: deux l.
[s’amuser bien] pour se plaire et [s’amuser
AMONCELER, v.tr.dir., conjug. amoncelle, mal] pour s’énerver, s’ennuyer.
amoncellera ou amoncèle, amoncèlera.
AMORCER, v.tr.dir., est devenu d’un emploi très AMUSETTE, n.f., est français dans le sens de
fréquent dans le sens de commencer, entre- «petit amusement sans importance, distrac-
prendre qqch. On amorce une conversation, tion qu’on ne prend pas au sérieux». En fran-
un travail, un virage, une détente; on dit çais régional de Wallonie et de Bruxelles,
même qu’un fleuve amorce une lente comme d’ailleurs dans le nord de la France,
décrue; d’où avec S’AMORCER : La décrue s’est il désigne abusivement une personne qui est
amorcée. dissipée ou qui s’amuse à des bagatelles, qui
AMOUR, n.m. L’amour filial. Peindre de petits se laisse retarder par un rien: [Comment vou-
amours joufflus. Masculin en latin, souvent driez-vous que cet enfant réussisse? C’est une
féminin dans l’ancienne langue et au amusette. — Il rentre toujours très tard; c’est
XVIIe s., amour est aujourd’hui parfois fémi- une amusette].
nin dans l’usage littéraire, souvent emphati-
que, mais uniquement dans le sens de AN, n.m., et ANNÉE, n.f., ont des emplois diver-
«passion d’un sexe pour l’autre»: les pures sifiés à cause de la différence de leur con-
amours de sa jeunesse. Si un singulier est sistance phonique (an se réduit à une
associé à un pluriel, amour est généralement voyelle) et surtout à cause du suffixe -ée
masculin: Un de ses plus vieux amours. De qui, comme dans journée, matinée, cuille-
tous ses amours, celui-là est le plus célèbre. rée, fait penser à ce qui emplit, donc ici à la
Le masculin est toujours permis. Le féminin durée. On dit an pour une date ou avec un
singulier se rencontre en français recherché, numéral cardinal pour indiquer l’âge ou
mais n’est pas à conseiller. une période de douze mois commençant à
n’importe quel moment de l’année: L’an
AMOUR-PROPRE, n.m. (trait d’union). Des
1970. Il est mort à 50 ans. Il y a dix ans. Il
amours-propres.
s’est engagé pour trois ans. Tous les ans. La
AMPHITRYON, n.m., emploi rare: l’hôte qui répartition est subtile; on ne dit pas: [Tout
reçoit. l’an, il y a quelques ans, tant d’ans se sont
AMUÏR (S’) se dit en phonétique d’un son qui écoulés, l’an suivant]. Tandis qu’on dit:
cesse de se prononcer. Tréma sur i (Ac.): L’année civile. L’année scolaire. L’année
amuïr, AMUÏSSEMENT (u semi-voyelle). théâtrale. L’année compte 365 jours. Bien
AMUSE-GUEULE, n.m., est légèrement familier qu’on dise il y a dix ans (avec un numéral),
mais courant pour désigner les canapés, cinq fois par an, on dit toujours il y a quel-
gâteaux secs, amandes salées, etc. servis ques années, il y a une dizaine d’années, il y
avec l’apéritif ou au cours d’une réception. a tant d’années, dans les années quarante.
Pluriel: des amuse-gueules.  NOMS COMPO- Avec un numéral ordinal: La première
SÉS, 2.5. année. Il est dans sa dixième année (il a
donc neuf ans). Mais on emploie an ou
AMUSER, v.tr.dir., S’AMUSER. Amuser qqn, le dis-
année quand on dit: Il a passé dix ans (ou
traire, lui procurer de l’agrément. Il amuse
dix années) en Afrique. Il est parti l’an der-
la galerie; un rien l’amuse; ça m’amuse de
nier ou l’année dernière. L’an précédent ou
sortir avec lui. Un ancien emploi, toujours
l’année précédente. Il reviendra l’an pro-
vivant en Belgique: «faire perdre son temps
chain ou l’année prochaine. Le nouvel an
à qqn». Il est venu m’amuser, je n’ai pas ter-
ou la nouvelle année.
miné mon travail. — S’amuser, se distraire
agréablement: elle s’amuse à regarder tom- On dit toujours: Bon an mal an. Le jour de
ber la pluie; perdre son temps: s’amuser à l’an. Le premier de l’an. Verser tant par an.
des riens. Nous n’avons qu’une heure, il ne — La fin de l’année. Souhaiter la bonne
faudra pas nous amuser en route; faire la année. L’année sainte. Une ANNÉE-LUMIÈRE,
noce, mener une vie dissipée; s’amuser aux des années-lumière.  ANNÉE.

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ANNONCEUR A
S’il est normal de souhaiter une bonne ANGELOT, n.m., a remplacé couramment ANGE-
année ou de dire qu’un vin est d’une bonne LET.
année, l’expression [ÊTRE DE LA BONNE ANNÉE],
ayant le sens de être naïf, est belge. ANGÉLUS, n.m., peut s’écrire avec une minus-
cule. Noter é.
ANA (recueil d’anecdotes, de pensées, de
ANGLO-NORMAND, adj.et n.m. : les îles anglo-
bons mots concernant un auteur), n.m., est
normandes; fém.: une Anglo-Normande; la
invariable (Ac.). Il est formé d’après la ter-
langue anglo-normande; un cheval anglo-
minaison du titre latin de recueils de ce
normand.
genre (Menagiana, etc.). On se gardera
donc de mettre un s au pluriel par analogie ANGORA, n.m.,
prend aujourd’hui s au pluriel,
avec opéra, agenda. Cependant, selon les généralement.
principes des Rectifications de l’orthogra- ANHIDROSE, n.f.
(absence ou forte diminution
phe (1990), on pourrait écrire anas (RO de la transpiration), s’écrit avec i; on y
II.7). retrouve le grec hidros, signifiant sueur et
ANACOLUTHE (rupture dans la construction), non hydre (eau).
n.f. Une anacoluthe. Une anacoluthe. Une ANICROCHE (petite difficulté, petit obstacle),
des injures préférées du capitaine Haddock. n.f. Une anicroche.
ANAGRAMME, n.f. Une anagramme. Lace est ANIMATEUR, animatrice. À distinguer d’annon-
l’anagramme de cela. ceur ( ANNONCEUR).
ANALOGIE, ANALOGUE. Une chose est analogue ANIS, n.m. L’s final se prononce souvent.
(comparable) à une autre. Elle a de l’analo- ANNÉE, n.f.  AN.
gie avec elle. Il y a entre elles de l’analogie 1. Une ANNÉE-LUMIÈRE. Des années-lumière.
ou une analogie. Des scientifiques refusent année de
ANANAS, n.m. L’s final se prononce parfois. lumière, admis par les dictionnaires.
Sens: distance parcourue par la lumière
ANCIEN, adj.,s’appliquant, devant le nom, à ce en une année dans le vide.
qui existe depuis longtemps, en est arrivé à
2. [ÊTRE DE LA BONNE ANNÉE].  AN.
se dire de ce qui a existé ou a rempli telle
fonction (ou a servi à tel usage) autrefois
3. L’année civile (celle du calendrier)
s’oppose à l’année budgétaire.
mais ne le fait plus: L’Ancien et le Nouveau
testament. Un ancien acteur, un ancien ANNELER, v.tr., conjugué comme amonceler
combattant, un ancien élève, un ancien (Ac.)  VERBE, Conjugaison, 1.1.
hôtel. Mais une amitié déjà ancienne vit ANNEXE, n.f., peut être employé adjectivement
toujours. (et varier) pour annexé, en annexe: Une
ANCRE, n.f.Une ancre. On dit fort bien: jeter école annexe. Des documents annexes (des
l’ancre (mouiller). annexes).
ANNEXIONNISME, n.m., et ANNEXIONNISTE, adj. et
ANDANTE, n.m. Pluriel: Des andantes.
n.m. Deux fois deux n.
ANDROGYNE, n.m. et adj., ne s’oppose pas à
ANNIVERSAIRE, adj. et n.m., est lié pour le sens
MISOGYNE (qui méprise les femmes), mais
au mot année et ne se dit que pour ce qui a
signifie: qui tient des deux sexes.
eu lieu une ou plusieurs années aupara-
ANÉVRISME, n.m., est écrit avec i par l’Acadé- vant. On célèbre un service anniversaire.
mie française et dans l’usage courant, bien Fêter un anniversaire. Nous fêtons l’anniver-
qu’il vienne d’un mot grec, anevrusma, qui saire de sa naissance.
signifie dilatation. L’Académie de méde- ANNONCEUR est vieilli pour désigner le comé-
cine accepte ANÉVRYSME et anévrisme. dien qui venait annoncer le prochain spec-
ANGE, n.m., est masculin, même s’il s’agit tacle. Aujourd’hui ce nom s’applique à
d’une femme: Il faudra que je la voie celui qui, dans un journal, à la radio, paie
demain, cet ange (Dutourd, J., Pluche). une annonce, une publicité (d’où annon-
Elle est son mauvais ange. ceur publicitaire).

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A ANNOTER

On appelle aussi annonceur en France d’un sentiment, d’une démarche, etc. Le mot
celui qui, à la radio, distinct du journaliste, est souvent dépréciatif.
annonce les émissions, lit les sommaires, Anomal étant d’un emploi limité et anormal
les bulletins, les communiqués. Mieux n’ayant pas de substantif correspondant
vaut, pour éviter toute confusion, l’appeler usuel (anormalité étant peu répandu),
PRÉSENTATEUR ou présentatrice: celui ou l’usage a étendu le sens d’anomalie, qui peut
celle qui présente les programmes (anglais donc se dire pour une irrégularité, une bizar-
SPEAKER, speakerine). L’ANIMATEUR fait rerie, une déficience, et celui d’anormal, qui
davantage: il présente un programme de peut se dire de ce qui n’est pas conforme à
musique ou bien de variétés en intervenant l’ordre habituel des choses, de ce qui est
personnellement au cours de l’émission. Le exceptionnel ou insolite. On notera qu’en
DISQUE-JOCKEY (anglais disc-jockey, Abrév. psychologie on préfère parler aujourd’hui
D.J., pron. didji) fait plus et autre chose d’enfants inadaptés que d’enfants anormaux.
que l’animateur: c’est un animateur res-
ponsable de l’animation d’une soirée, d’une ANTAN. D’ANTAN, loc.adv.,
aurait dû garder son
fête, d’un bal, où il se charge d’un pro- sens propre: de l’année dernière (latin ante
gramme varié de musique enregistrée et où annum). Il a pris, même dans les milieux
il intervient personnellement, par des com- cultivés, un sens plus large: d’ancienne-
mentaires, des imitations, etc., pour ani- ment, de jadis. De Gaulle, après la guerre
mer la salle. de 1939-1945, pense au régime de l’entre-
deux-guerres: Tout m’annonce que le
ANNONCIER, s’applique aujourd’hui à celui
régime d’antan va reparaître (...). Les partis
qui, dans un journal ou une entreprise de
reprennent leurs jeux d’antan (Le salut).
publicité, est chargé de la composition et de
l’insertion des annonces. Une annoncière. ANTENNE, n.f., s’emploie au figuré: NE PAS AVOIR
D’ANTENNES (pluriel), c’est ne pas avoir
ANNOTER, v.tr.dir., c’est ajouter une note ou des
d’intuition, ne pas se rendre compte de ce
notes à un texte, une édition, un rapport,
qui peut arriver. En langage technique,
etc.: J’ai annoté mon exemplaire. Une édi-
donner l’antenne à un poste émetteur, c’est
tion annotée. C’est abusivement qu’on dit
lui donner l’autorisation d’émettre ou de
annoter les marges au lieu de annoter un
retransmettre.
texte dans les marges. Le verbe est couram-
ment utilisé en Belgique au sens de noter, ANTÉRIEUR, adj. Une chose est antérieure à
prendre en note (un renseignement, une une autre, elle s’est passée avant; on ne
adresse). met pas antérieur au comparatif, mais,
comme on peut préciser le temps de l’anté-
ANOBLIR, v.tr.dir., ANOBLISSEMENT, n.m. Sens
riorité par un complément (antérieur de
propre: Le roi a anobli cet écrivain; on pro-
plusieurs mois ou de plusieurs siècles à), on
nonce a. Au sens figuré, élever moralement,
peut dire: très antérieur à tel fait.
ENNOBLIR, ENNOBLISSEMENT, où l’on prononce
an. ANTHRACITE, n.m. Du gros anthracite.
ANOMAL, adj., ANORMAL, adj., ANOMALIE, n.f. Ano- ANTI-intervient comme préfixe, avec une
mal est un mot savant (sans rapport avec nor- valeur très nette d’opposition, dans un
mal) où l’on retrouve le grec omalos, pareil. Il grand nombre de mots que les dictionnai-
se dit de ce qui est non pas une incorrection, res n’accueillent pas toujours: antiatomi-
mais une exception prévue par rapport à la que, antiacide, l’antiroman, etc.
règle, soit d’une certaine vision soit, en gram- Généralement on ne met le trait d’union
maire, d’un pluriel comme yeux ou d’une con- que dans des formations rares ou occasion-
jugaison irrégulière; on parle d’ailleurs plutôt nelles ou devant i (anti-intellectuel, anti-
de verbes irréguliers. Substantif: anomalie. infectieux, anti-inflammation, mais antihy-
Anormal se dit de ce qui n’est pas normal, de giénique), ou dans les composés de trois
ce qui est contraire aux règles établies, à éléments (anti-sous-marin) et devant un
l’usage général, qu’il s’agisse d’une personne, nom propre (il est anti-Dupont).

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À PEU PRÈS A
Il est normal de ne mettre un s qu’au — Adjectifs: ANTISEPTIQUE et ASEPTIQUE, avec
pluriel: Un produit antimite, des produits t comme dans les verbes ANTISEPTISER
antimites, un antimite, des antimites. La loi (vieilli; on dit plutôt désinfecter) et ASEPTI-
anticasseur. Un canon antichar, des canons SER (rendre aseptique ou exempt de tout
antichars. Un phare antibrouillard, des germe infectieux).
phares antibrouillards. Un antibrouillard,
des antibrouillards. L’Académie écrit des ANTRE, n.m. Un antre.
antibrouillard. On trouve aussi: la loi
ANVERS, ville belge. Prononcer l’s final.
anticasseurs; des produits antirouille, des
mines antipersonnel. AOÛT, AOÛTIEN ou AOUT, AOUTIEN (RO II.4),
ANTICHAMBRE, n.f. Une antichambre. n.m., etc. Août se prononce ou; beaucoup
ANTICIPATIF, adj., ANTICIPATIVEMENT, adv. Sans de Français prononcent le t final et même
être des belgicismes, ces deux mots sont le a initial, celui-ci se prononce couram-
peu usités en France. Le TLF les accueille ment dans les dérivés aoûtat, aoûté, aoûte-
avec réserve. On peut les éviter, surtout ment et dans aoûtien, aoûtienne (où l’on
anticipativement, en parlant d’un rembour- prononce s): personne qui prend ses vacan-
sement anticipé, en présentant ses remer- ces en août comme estivant. On écrit aussi
ciements anticipés, en remerciant à aouté, aoutement, aoutienne.
l’avance, par avance, en disant qu’on règle
une dette par anticipation. Notons l’adjectif AOÛTATou AOUTAT, n.m., larve d’acarien, pro-
ANTICIPATEUR : une vision anticipatrice.
noncer le a et pas le t final.
ANTICIPER. APAISEMENTS, n.m.pl.,peut s’employer dans les
1. V.tr.dir.: On anticipe une chose, on l’exé- expressions donner des apaisements, donner
cute avant le moment prévu (on anticipe à qqn tous (ses) apaisements (rassurer). Avoir
un retour, un paiement, on l’anticipe de ses apaisements et avoir tous ses apaisements
huit jours). Plus rarement: on imagine, on ne sont pas incorrects mais s’entendent
connaît à l’avance (on anticipe une dou- moins en France qu’en Belgique.
leur, l’avenir, un destin).
2. V.intr. (courant, suivi de sur): anticiper APANAGE, n.m. Un apanage. Comme le mot
sur un écrit (évoquer des faits qui ne désigne ce qui est l’exclusivité de qqn ou de
devraient l’être que plus tard), anticiper qqch., il est insolite et inutile d’ajouter
sur les faits, sur ce qui va suivre, sur des exclusif comme renforcement; mais cet
conclusions. Il s’est ruiné à force d’antici- emploi, à déconseiller, n’est pas rare.
per sur ses revenus (Ac.). Anticiper sur
l’avenir (GR), le prévoir. Dans un sens APARTÉ, n.m. Un
aparté, ce qu’on dit à part soi
absolu: n’anticipons pas (ne devançons ou en marge d’un groupe.
pas l’événement, ne disons pas cela dès
maintenant). Il faut savoir anticiper. Je ne APARTHEID (n.m. ;prononcer èd). Traduire par
veux pas anticiper. (politique de) ségrégation.
ANTIDATER (une lettre, un document), v.tr.dir.,
APERCEVOIR, v.tr.dir.
Attention à l’orthographe:
mettre une ANTIDATE, une date antérieure à
un seul p; cédille devant o, u. On ne dit
la date véritable. Contraire: postdater.
plus guère, comme on le faisait au
ANTIDOTE, n.m. Le lait est un bon antidote XVIIe siècle: J’aperçois que j’ai tort. On dit:
(Ac.). Il n’y a pas de meilleur antidote contre Je m’aperçois que j’ai tort (je m’en rends
(ou à) l’ennui. L’antidote de l’ennui. compte, j’en prends conscience). Ils se sont
ANTIPATHIE, n.f. Pas d’y. Opposé à sympathie. aperçus de leur erreur.
ANTIPODE, n.m. Un antipode.
APESANTEUR, n.f., a privatif, un seul p. Mais
ANTISEPSIE, ASEPSIE, n.f., mots savants où l’on APPESANTIR, APPESANTISSEMENT.
retrouve, avec le préfixe anti (marquant
l’opposition à qqch.) ou a privatif (indi- À PEU PRÈS, loc.adv. J’ai à peu près terminé.
quant l’absence), le grec sêpsis, infection. Mais: un À-PEU-PRÈS.

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A APHÉRÈSE ET APOCOPE

l’action ou de son résultat: La difficulté qui


Aphérèse et apocope nous est apparue. Les premières étoiles sont
apparues (Butor, M., La modification).
Aphérèse, apocope, n.f., désignent l’abrègement Il apparaît que signifie «il est évident que,
d’un mot, soit (aphérèse) par la suppression du on voit que» et est suivi de l’indicatif. Ne
début (scopie pour radioscopie), soit (apocope) pas confondre avec il paraît que, on dit que.
par celle de la fin (radio pour radioscopie). Une chose apparaît évidente ou comme
APHTE, n.m. Un aphte. évidente (avec un adjectif) ou (avec un
nom) comme une évidence. Apparaître
À-PIC, n.m., pl. des à-pic (invar.). Trait
comme, se présenter à l’esprit sous tel ou
d’union, cependant on dit: un rocher à pic. tel aspect.
APITOYER, v.tr.dir. Apitoyer qqn. Ils se sont api-
APPARAT, n.m. On parle indifféremment de
toyés sur ce malheureux.
l’APPARAT CRITIQUE ou de l’APPAREIL CRITIQUE
APLANIR : un seul p, comme dans APLATIR.
d’une édition.
Aplanir une route, les difficultés. Aplatir à
coups de marteau. Aplatir ses cheveux, un APPAREMMENT_ QUE en tête de phrase: Appa-
pli. remment qu’il viendra (Ac.).
APLOMB (D’), loc.adv. D’aplomb s’emploie fort APPARENCE, n.f., désigne l’aspect sous lequel
bien au figuré: avoir l’air d’aplomb, remettre une réalité se manifeste ou l’aspect trom-
d’aplomb, en bon état, physique ou moral. peur d’une chose, mais peut aussi désigner
APOCRYPHE, adj., se dit des écrits, des livres la trace de qqch. On peut donc dire: Il n’y
d’une authenticité douteuse. a plus apparence de maladie aussi bien pour
dire «il n’y a plus de signe, de marque
APOGÉE, n.m. Un apogée triomphal. Des apo-
extérieure» que pour dire «il n’y a plus de
gées triomphaux.
trace, aucun vestige de». Il y a toute appa-
APOLOGIE (défense, justification), n.f., n’est pas rence qu’il s’est trompé ou qu’il n’aurait pas
synonyme de PANÉGYRIQUE, n.m. (discours à affirmé cela sans preuve.
la louange de qqn).
APPARENTÉ, adj.,
au propre et au figuré, se
APOLOGUE, n.m. Un apologue, petite fable
construit, comme S’APPARENTER, sans com-
morale. plément ou avec à. Il faut éviter avec.
APOPHTEGME, n.m., parole sentencieuse.
APPAROIR, v.intr.,
n’est plus usité que dans le
APOSTER, v.tr.dir., un seul p; poster (qqn) en un
langage juridique, à l’infinitif et à la 3e pers.
endroit. du sing. de l’ind. prés.: Il appert (il est évi-
A POSTERIORI, loc.adv. ou adj.  A PRIORI. dent), il appert que (+ indicatif), il appert
APOSTROPHE, n.f. Une apostrophe. de (il ressort manifestement de qqch.).
APPÂT (ât comme dans appâter), n.m. Mordre à
l’appât. Pluriel: appâts. À distinguer de les
Apostrophe APPAS, attraits, charmes du corps féminin
(Ac., 1987, annulant une décision de 1975,
Emploi  ÉLISION et IMPÉRATIF, 2.2. mais contredite par les Rectifications de
APOTHICAIRE, n.m. En Wallonie et à Bruxelles: l’orthographe de 1990: appâts, RO III.10).
[Un DRÔLE D’APOTHICAIRE] pour: un drôle APPEL, n.m.
On lance, on adresse un appel à
d’individu, un original. En français normal, qqn. On fait appel à qqn. On fait appel
un COMPTE D’APOTHICAIRE, un compte obs- d’un jugement à un tribunal supérieur.
cur, très compliqué ou fortement majoré.
APPELER, v.tr.dir.
ou indir. J’appelle. Appeler
APPARAÎTRE, v.intr. Auxiliaire. Si apparaître
peut encore s’employer avec avoir quand on qqn à l’aide, aux armes. En appeler d’une
marque l’action en train de s’accomplir (La décision. L’APPELLATION de ce vin est un abus.
difficulté qui nous avait apparu), être est (pron. in), n.m. Un appendice.
APPENDICE
vingt fois plus fréquent, qu’il s’agisse de Mais une APPENDICITE.

50
D. BLAMPAIN
La référence pour
déjouer les pièges

J. HANSE
du français
Classement alphabétique
Réponse immédiate et nuancée
J. HANSE - D. BLAMPAIN
Difficultés réelles des usagers
• les constructions de phrases difficiles ;
• les verbes et leurs prépositions ;
• les modes et les temps ;
• les pluriels, les féminins ;
• les termes prêtant à confusion ;
• les mots difficiles à orthographier ;
• les usages régionaux, familiers ou populaires ;
• les néologismes, les anglicismes…

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