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‘’De plus, la recherche de la clarté et de la précision juridique renvoie automatiquement vers une

conception très fonctionnaliste des plans d’urbanisme. Elle devient ainsi contradictoire avec le
caractère nécessairement aléatoire d’une démarche réellement participative’’1

‘’Notre culture administrative présente des caractéristiques voisines, encore aggravées par la
centralisation et la surproduction législative dont les effets pervers ont été notés à différentes reprises
dans cet ouvrage‘’2

‘’Dans les deux cas, le sentiment d’une permanence effectivement nécessaire conduit à des attitudes
d’autosatisfaction et de refus du dialogue ainsi qu’à la tentation constante d’agir de manière
technocratique. La création de l’ENA n’a rien arrangé dans la mesure où elle a conduit, trente ans
après, à la formation d’une structure sociologique de type aristocratique qui tend à monopoliser tous
les pouvoirs en se posant comme une élite multiforme, à la fois politique, administrative et
économique. Tous les grands noms de la sociologie française ont souligné les risques de blocage qui
en résultent‘’3

‘’La nécessité de développer les pratiques d’un urbanisme de gestion se heurte là à des obstacles très
sérieux, qui expliquent sans les justifier certaines dérives vers des pratiques peu orthodoxes. Rien ne
semble plus urgent que de sortir l’urbanisme de l’enlisement juridique dans lequel il s’enfonce.
L’obsolescence des mécanismes administratifs de l’urbanisme de croissance n’est plus contestable. Le
glissement vers un gouvernement des juges est trop contradictoire avec la demande générale d’une
participation plus active pour qu’on puisse l’accepter sans réagir. Mais le risque subsiste de voir une
conception bureaucratique nouvelles remplacer celle qui est en place. Pour ne prendre qu’un exemple,
les mouvements écologistes ne cessent de réclamer de nouveaux textes législatifs pour imposer leurs
vues sur des questions touchant à l’aménagement de l’espace, sans trop se soucier de la contradiction
évidente avec leurs plaidoyers en faveur de la participation‘’4

‘’Aura-t-on le courage et l’énergie nécessaire pour briser le cercle vicieux ? Saura-t-on laisser les
maires qui le souhaitent développer plus largement des pratiques participatives innovantes ? Pour
avancer, une phase d’expérimentation habilement organisée et judicieusement observée serait
indispensable. Serons-nous capables, pour une fois, d’éviter le piège de la réforme conçue dans les
cénacles parisiens et imposée d’en haut, et d’accepter de libérer les initiatives locales ? Les rares
tentatives faites dans ce sens, et notamment l’histoire des OPAH, montrent qu’il est facile et efficient

1
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 170
2
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 171
3
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 171
4
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 171
de procéder ainsi. Encore faut-il avoir la volonté de desserrer le carcan juridique, préalable
indispensable pour ne pas retomber dans nos ornières habituelles‘’5

‘’D’un point de vue méthodologique, approfondir l’exploration de cette voie est indispensable pour
apprendre à organiser des rapports plus fructueux entre élus, professionnels et habitants, pour qu’ils
apprennent ensemble à mettre en relation leurs mémoires collectives, ce qui constitue la clé des
nouvelles méthodes‘’6

‘’Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, la pratique de l’urbanisme de gestion a peu de chance
de stimuler les imaginations débordantes. Ses méthodes tendent à rejoindre, au plan théorique, les
positions conservatrices de la tendance culturaliste en urbanisme. Elles sont plus difficilement
conciliables avec l’esprit moderniste, avec la conviction que l’invention d’une ville de l’avenir relève,
au moins en partie, de la capacité de proposer des arrangements spatiaux et des vocabulaires
architecturaux résolument différents de ceux hérités du passé‘’7

‘’Patience, prudence, pragmatisme, participation sont les vertus cardinales dans la pratique d’un
urbanisme de gestion. Elles ne trouvent leur efficacité que dans des démarches professionnelles
ordonnées par le recours systématique aux sciences humaines, clé d’une volonté de savoir sans
laquelle la volonté d’action risque toujours de se laisser guider par des fantasmes‘’8

‘’Les cadastres, lorsqu’ils sont refaits, désignent la commune comme propriétaire de ces terrains. Les
services fiscaux aiment les catégories claires et universelles conformes à nos traditions républicaines.
Mais dans la mémoire de vieux Mourians, ces terrains conservent le statut de « patecq commun »
attesté par les vieux cadastres du siècle dernier. La coutume provençale désignait ainsi certains lieux,
tels que les aires de battage, que les paysans utilisaient en commun pour leurs travaux agricoles.
L’usage des patecqs était réservé aux seuls propriétaires du hameau, à l’exclusion des locataires. On
ne pouvait les mettre en culture et même la décision d’y planter un arbre devait être prise en
commun‘’9

5
Jean- Paul Lacaze : ‘’Renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 172
6
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 172
7
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 180
8
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 182
9
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école nationale
des ponts et chaussées, paris 2000, p 187
‘’L’urbanisme d’Etat, cette exception française qui aura duré quarante ans, à connu trois périodes
bien distinctes du point de vue méthodologique. Né en 1943 pour organiser la reconstruction des villes
détruites dans le contexte idéologique du régime de Vichy, il se concentrera dans une première phase
sur l’élaboration de plans d’ensemble confiés à la responsabilité s’architectes en chef. Le bilan de la
reconstruction reste assez largement positif par l’efficacité de la mise en œuvre, la variété des modèles
adoptés et le fait que les habitants des villes reconstruites ont pu intégrer ces formes nouvelles ou
inspirer du passé dans leurs mémoires collectives‘’10

‘’Une nouvelle pratique de l’urbanisme naît ainsi. La DATAR, créée en 1962, contribuera, à une
échelle complémentaire, à préciser les méthodes de cette planification stratégique. L’urbanisme
antérieur reposait sur la notion de projet, de la définition d’un « état futur souhaitable » de la ville ou
du quartier, par une démarche en marche d’escalier entre un avant et un après. Mais il n’avait pas les
moyens de s’assurer que les multiples décisions individuelles qui font la croissance des villes peuvent
converger vers l’objectif proposé. Cet urbanisme de composition urbaine avait pourtant donné de bons
résultats pour la reconstruction des villes détruites pendant la guerre. Mais le mot même de
reconstruction impliquait une vision statique, justifiée dans le contexte de l’époque par un consensus
assez clair pour que l’Etat prenne les choses en mains et efface le plus vite possible les traces des
désastres et un contexte de stagnation démographique et économique qui sévissait depuis la guerre de
1914‘’11

‘’Mais j’avais trop observé le milieu de l’administration centrale pour le rejoindre sans appréhension.
Et il se confirma vite qu’un regard aiguisé par l’initiation aux sciences humaines et l’habitude de
décortiquer les apparences pour mettre à jour les logiques des comportements ne vous y rend pas
spécialement populaire. La vie quotidienne y est rendue agréable par la grande qualité des personnes et
une tradition de familiarité qui se traduit par un tutoiement assez général. Mais les enjeux de pouvoir
et le carriérisme induisent des comportements férocement égoïstes de plus en plus éloignés du sens du
service public‘’12

‘’Dans les textes des auteurs de l’époque antérieure à la révolution de Delouvrier, plusieurs thèmes
jouent un rôle fondateur de ce que l’on appelle le plus souvent l’urbanisme fonctionnaliste.

Tout d’abord, ils revendiquent pour l’urbanisme le statut d’une discipline, d’une authentique science
de la ville, dont la mise en œuvre constitue une condition pour que les habitants puissent accéder à un
véritable bonheur. Des objectifs concrets d’hygiène et d’aisance sont certes évoqués et opposés à la
situation de fait qui régnaient dans les villes, mais l’ambition du discours va beaucoup plus loin,
jusqu'à une vision quasi-messianique des effets moraux et sociétaux qui doivent résulter de la mise en
ordre de la ville conformément aux canons de la doctrine fonctionnaliste. La situation de fait des villes

10
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 11
11
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 17
12
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 39
est présentés de manière extrêmement négative, en allant jusqu’à la caricature. Chacun a en mémoire
les diatribes de la Corbusier contre la rue, ce « chemin des ânes ». était-il donc nécessaire d’en rajouter
pour tenter de convaincre des vertus prêtées au modèle urbain moderne ? l’ambition des socialistes
utopistes du 21ème siècle, l’un des courants fondateurs de la pensée urbanistique, reste présenté dans de
tels discours. On en retrouvera encore un écho lointain dans l’un des slogans de la campagne
électorale du Parti socialiste lors des élections présidentielles de 1981 sous la forme condensée
« changer la ville, changer la vie »’’ 13

‘’Marcel Roncayolo m’encouragea à poursuivre l’analyse méthodologique des situations concrètes


d’élaboration des décisions d’urbanisme. Quelques lectures de sciences politiques étaient nécessaire
pour mieux cadrer le sujet présenté dans le « que sais-je ? » les méthodes de l’urbanisme, publié en
1990, et dont les versions ultérieures s’enrichiront au fur et à mesure que de nouvelles pratiques
verraient le jour. L’analyse méthodologique repose sur quelques principes simples qu’il n’est pas
inutile de rappeler brièvement ici.

Tout d’abord, le champ des décisions d’urbanisme est discontinu. La hiérarchie formelle de plans
d’échelles différentes s’emboîtant les uns dans les autres ‫ ـــ‬schéma nationale d’aménagement du
territoire, schémas régionaux, d’agglomération et de secteur, POS, plan partiel ‫ ـــ‬n’est qu’une
abstraction bureaucratique plus dangereuse qu’utile, car elle fait perdre beaucoup de temps à
rechercher des pseudo-cohérences formelles au lieu de se concentrer sur les problèmes réels.

Cette discontinuité du champ conduit à distinguer deux domaines complémentaires l’un de l’autre.
D’une part, une police de la construction constitue un socle général d’encadrement des initiatives
privées. Cet urbanisme réglementaire est nécessaire pour préciser les limites de ce qui peut être
autorisé, mais visiblement insuffisant pour apporter des réponses pertinentes dans tous les cas. D’autre
part, des problèmes d’urbanisme surgissent de temps à autre dans le discours public. Leur apparition
n’est pas toujours prévisible. L’importance que l’opinion publique y attache peut se révéler sans
commune mesure avec les appréciations portées par les experts. Le manque de logements, les
embouteillages, les pollutions, l’insuffisance de certains équipements ou services publics sont, dans
l’ensemble, assez bien tolérés par nos concitoyens. Mais à tout moment, un incident mineur ou une
cause non perceptible peuvent provoquer une prise de conscience, déclencher une sorte de réaction en
chaîne obligeant les responsables publics à se saisir de la question.

Le développement progressif de la démocratie locale et le rôle croissant des associations de défense de


l’environnement ont considérablement accru ce mode de surgissement d’une demande sociale qu’il
n’est plus possible d’analyser exclusivement en termes de besoins quantifiables. De telles demandes
combinent en effet des attentes concrètes avec des attitudes qui relèvent clairement des aléas de la vie
politique. Ce constat n’autorise donc pas à présenter l’urbanisme comme une discipline autonome
ayant sa propre cohérence. Il se situe à l’intérieur d’un champ plus vaste, celui des politiques urbaines,
et, pour l’essentiel, de la gestion des villes et des agglomérations. Car il n’est pas rare que, même
quand la demande initiale est exprimée en termes d’urbanisme, une analyse plus fine montre que les
attentes qui s’expriment recevront une réponse plus pertinente par d’autres moyens, par exemple en
modifiant le mode de gestion d’un réseau d’équipements publics.

13
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 44
Le deuxième principe organisateur du champ de l’urbanisme consiste à montrer qu’il n’existe pas une
démarche professionnelle standard répondant à toutes les catégories de problèmes, mais
plusieurs types de démarches. Chaque type privilégie l’un des aspects particuliers de l’espace urbain.
Cette expression commode risque en effet d’occulter le caractère fortement polysémique de la notion.
L’espace urbain est à la fois une donnée géographique, un espace bâti et organisé, un nœud de réseaux
techniques enchevêtrés, un point fort de l’espace économique, un ensemble de marchés de biens
immobiliers et de services, un espace social porteur d’une histoire et d’une culture locale, un domaine
spécifique dans le champ de la politique. Les problèmes qui émergent dans la demande sociale
résultent d’une pénurie quantitative ou d’une perte de sens ou d’efficacité de l’un des systèmes
caractéristiques de cet espace. Ils concernent donc l’un des aspects de la ville, et leur analyse doit faire
appel en priorité à l’une des professions qui concourent à la réflexion interdisciplinaire en urbanisme.

Même si le travail collectif est de bonne qualité, même si les élus responsables savent jouer leur rôle
avec une largeur de vue et une sensibilité politique de nature à fonder une démarche pertinente, une
culture professionnelle particulière jouera donc un rôle organisateur dans la démarche. Et cette culture
apportera, de manière explicite ou non, un système de valeurs particulier qui influencera le système de
décision. Pour arrêter le plan d’un quartier neuf (et donc pratiquer un urbanisme de composition), la
perception de l’espace projeté par l’architecte-urbaniste reste un mode de travail incontournable. Aussi
démocrate que l’on soit, il faut tout de même rappeler de temps en temps le proverbe britannique :
« un dromadaire, c’est un cheval de course dessiné par une commission ». L’esthétique a ses lois
propres, qui ne se maîtrisent que par un long apprentissage permettant l’acquisition d’une culture
professionnelle spécifique. Avoir du goût ne suffit pas pour devenir architecte-urbaniste.

De même, une démarche de planification stratégique conduit à analyser la ville comme un système, au
sens de la théorie des systèmes, c’est-à-dire comme l’imbrication de plusieurs sous-ensembles
(logements, lieux de travail, commerces, voirie, réseaux techniques, etc.) comportant entre eux des
relations spécifiques dont on peut modéliser le fonctionnement. Sans entrer dans le débat difficile sur
la pertinence et les règles de bonne conduite d’une telle démarche, il est clair que le pilotage d’une
étude de ce type implique prioritairement des ingénieurs et des économistes qui se référeront aux
valeurs d’efficacité et de rendement qui structurent leur bagage intellectuel.

Un troisième principe général consiste à souligner que les décisions d’urbanisme, dès qu’elles ont
des conséquences notables, présentent un caractère structurellement inéquitable. Très peu de
textes soulignent cet aspect du problème qui relève pourtant du simple bon sens. Les problèmes à
traiter résultent d’une pénurie ou de l’exacerbation des concurrences pour l’utilisation de certains
espaces ou de certains réseaux d’équipement. Les réponses ne peuvent jamais contenter tout le monde.
Les avantages ou aménités supplémentaires dont bénéficieront certains groupes ou catégories de
citoyens entraîneront, pour d’autres, des inconvénients, des pénibilités ou des surcoûts. L’analyse
méthodologique des cas concrets le met clairement en évidence.

Comment arbitrer entre des catégories d’habitant ? il ne paraît pas nécessaire ici d’argumenter
longuement pour montrer que le mode de décision adapté à des problèmes de cette nature ne se situe
pas dans le champ des techniques ni dans celui de l’art urbain, mais relève d’une approche politique.
Ces remarques rejoignent donc les commentaires présentés à plusieurs reprises et qui ne sont plus
guère contestés aujourd’hui. L’urbanisme ne peut prétendre à s’organiser comme un domaine
autonome, il n’est qu’un aspect particulier d’une problématique plus générale comme le suggère le
parallélise étymologique des mots urbanisme et politique.
Un dernier principe général vient compléter le dispositif méthodologique sous la forme d’une
hypothèse qui n’a pas suscité, à ma connaissance, de réfutation. Il semble bien exister un effet de
résonance entre, d’une part, les types de démarches professionnelles définies ci-dessus et,
d’autre part la nature des processus de décisions. il est donc légitime d’ajouter, dans le tableau qui
résume les caractéristiques des différents types de méthodes (cf. tableau ci-dessous), une colonne
supplémentaire indiquant le mode de décision. La composition urbaine renvoie à un mode
autocratique, la planification stratégique relève d’une gestion technocratique, la participation cherche à
mettre en œuvre des pratiques démocratiques »’’14

‘’Les collègues étrangers ne cachent pas leur surprise et leur incompréhension quand on essaie de leur
expliquer que le pouvoir d’urbanisme a été transféré chez nous, d’un grand coup de baguette magique,
de l’Etat qui le monopolisait depuis quarante ans à quelque 36 700 communes ! Tout a été dit sur les
effets d’une mesure excellente dans son principe, mais aussi mal préparée et aussi inadaptée aux
réalités de la géographie économique et sociale. Les règles méthodologiques élémentaires qui
permettent d’aboutir à une gestion décentralisée efficace ont été rejetées au nom de principes peu
réalistes et notamment de l’interdit jeté sur toute subordination d’une collectivité territoriale à une
autre, interdit bien théorique lorsque les financements croisés sont devenus une règle pratique
généralisée. En Allemagne, les plans locaux d’urbanisme sont approuvés par les Länder, et la
démocratie semble s’en accommoder sans difficulté majeure’’15

‘’Tout d’abord, les maires n’ont pas demandé, comme on pouvait s’y attendre, une révision générale
du code de l’urbanisme. Les outils créés par la loi de 1967-SDAU, POS, droit de préemption et ZAC
pour aller à l’essentiel –leur étaient devenus familiers. Ces outils étaient donc de bonne qualité
puisqu’ils se sont adaptés aisément à un nouveau mode d’élaboration des décisions’’16

‘’La décentralisation de l’urbanisme a eu pour effet pratique de concentrer tous les pouvoirs dans les
mains du maire, dès lors que ce dernier détient une autorité de fait sur son conseil municipale, ce qui
est vrai dans la grande majorité des cas réels. C’est lui qui élabore la règle d’urbanisme en dirigeant
l’élaboration du POS et la négociation des ZAC, les pouvoirs correspondants étant bien plus
importants que l’approbation formelle en séance du conseil. C’est toujours lui qui applique la règle en
délivrant les permis de construire. C’est encore lui qui est chargé de veiller au respect de la règle ; au
nom de ses pouvoirs de police, il doit poursuivre les infractions comme les constructions sans permis
ou le non-respect de certaines clauses d’un permis accordé. Une telle superposition de rôles entre
clairement en contradiction avec les grands principes de séparation des pouvoirs posés dès le 18 ème
siècle comme une règle de base de toute gestion démocratique’’17

14
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 50
15
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 63
16
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 63
‘’ sur le plan des pratiques juridiques et commerciales, la brutalité de la décentralisation a provoqué
dans un premier temps une vaste crise d’adolescence parmi les élus. Débarrassés sans transition ni
préparation d’une tutelle administrative qui leur pesait, les élus ont usé avec délices, et parfois un peu
abusé, d’une liberté qui leur paraissait totale. Les grands groupes privés qui dominent le BTP et les
services publics se sont employés à les faire rêver à des projets mirifiques basés sur des montages
financiers plus ou moins orthodoxes. Les associations de défense de l’environnement, et les cours
régionales des Comptes, ainsi que les tribunaux dans les cas les plus graves, durent s’employer à
remettre un peu d’ordre.’’18

‘’ Les avatars de la planification stratégique

la planification stratégique sort, quant à elle, plus mal en point de la décentralisation aux deux échelles
où elle se pratiquait, le SDAU et l’aménagement du territoire’’19

‘’Avoir fait du SDAU un document ayant une portée juridique constituait une double erreur
méthodologique ‘’20

‘’La donnée essentielle consiste dans le fait que loi impose que les POS et les ZAC soient
« compatibles » avec le SDAU dès lors qu’il en existe un approuvé. Le flou de cette notion de
compatibilité a fortement contribué à la dérive juridique qui sera évoquée par la suite’’21

‘’L’obsession juridique est familière à notre administration : rien ne peut avoir de valeur à ses yeux
qui ne soit méticuleusement organisé par une panoplie d’articles de loi, de décrets et de circulaires
d’application’’22

‘’Le désintérêt croissant pour la planification stratégique a pour conséquence que le POS devient, dans
les faits, le support presque unique de la planification urbaine. La plupart des SDAU dorment dans les
tiroirs. Les associations de défense de l’environnement les exhumeront pour tenter d’y trouver des
arguments juridiques susceptibles de faire annuler les décisions qu’elles contestent. Elles y réussiront

17
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 64
18
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 66
19
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 66
20
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 66
21
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 66
22
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 67
d’autant mieux que beaucoup de municipalités, dans l’euphorie de la décentralisation, avaient pris
certaines libertés avec un droit de l’urbanisme qui est, d’une manière générale, rigide et terriblement
compliqué’’23

‘’ La pratique de l’urbanisme risque alors de basculer vers un « gouvernement des juges » à


l’américaine. Que dire dans de tels cas des systèmes de valeurs qui servent à fonder les décisions ? La
tendance est trop récente et trop partielle pour que l’on puisse en tenter une analyse méthodologique.
La question est cependant clairement posée de la légitimité de l’intervention d’un magistrat comme
« urbaniste d’appel », alors que la plupart d’entre eux, avec tout le respect que je leur dois, n’ont pas
reçu une formation en rapport avec une telle responsabilité’’24

‘’Mais Ségolène Royal voulait sa grande loi sur le paysage. Comme trop souvent dans de pareils cas,
le code de l’urbanisme, déjà pléthorique, s’est enrichi de quelques articles supplémentaires pour
imposer une annexe paysagère dans les dossiers de demande de permis de construire ‘’25

‘’du point de vue méthodologique, la prise en compte des enjeux écologiques et la fin de la croissance
conduiront en effet à des changements complets de perspective. Les méthodes correspondantes n’en
sont qu’à une première phase de tâtonnements. En ce qui concerne les procédures d’urbanisme à
l’échelle des agglomérations, la démarche DTA peut se révéler fructueuse si elle permet de remplacer
progressivement les SDAU par des documents plus simples qui se contentent de pointer un petit
nombre d’objectifs et de mesures de protection, sans chercher une illusoire cohérence globale. Le pari
sera gagné si, un jour, il devient possible de supprimer le SDAU dans l’arsenal du code de
l’urbanisme, et si les rédacteurs des DTA savent et peuvent se contenter d’aller à l’essentiel sans céder
à la tentation de tout colorier sur la carte ‘’26

‘’Une approche en termes inspirés des méthodes du marketing devient alors incontournable. Il ne
s’agit plus de produire ce que « l’urbaniste » a envie de proposer, mais de détecter ce que les clients
auront envie d’acheter’’27

23
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 70
24
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 71
25
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 72
26
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 91
27
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 133
‘’ Mais que demande le peuple ?

les choses ne se sont pas faites en un jour. L’homo urbanisticus, citoyen standardisé de la
programmation urbanistique, n’existe en fait pas plus que son cousin l’homo economicus doté d’une
fonction de satisfaction qui lui permettrait de ne jamais se tromper dans ses choix. De telles
simplifications ont été inventées pour tenter de théoriser le comportement statistique des
consommateurs. L’exercice reste peut-être utile pour faciliter l’acquisition de connaissances
scientifiques, mais même cela est devenu objet de débat. N’est-il pas clair que la croissance
économique repose désormais sur les mécanismes du désir et les phénomènes d’imitation bien plus
que sur la satisfaction de besoins au sens strict du terme ? en matière de programmation préalable au
lancement d’un programme d’urbanisme, il en va de même. Les besoins solvables et insatisfaits sont
de venus l’exception. La concurrence entre offreurs de terrains ou de logements place désormais,
presque partout, l’acheteur en position dominante. Une approche en termes inspirés des méthodes du
marketing devient alors incontournable. Il ne s’agit plus de produire ce que « l’urbaniste » a envie de
proposer, mais de détecter ce que les clients auront envie d’acheter. Or les préférences des acheteurs et
locataires potentiels de logements restent assez largement orientées par les jeux d’images sociales,
telles qu’elles sont présentes dans les mémoires collectives. Pour les équipements et services publics,
les préférences des utilisateurs semblent bien s’organiser par des voies comparables. En matière de
choix éducatifs, par exemple, les parents discutent entre eux pour évaluer les performances des
différents établissements ; ils se réfèrent ensuite à cette forme de mémoire collective pour tenter de
mettre leurs enfants dans telle ou telle école en rusant avec les règles d’affectation que l’administration
tente de leur imposer.

Les caractéristiques locales des facteurs sociologiques correspondants s’imposent alors comme une
méthode incontournable d’identification de ce qu’il est possible et souhaitable d’envisager, sans
apporter pour autant de garantie de succès en raison de la subjectivité qui introduit des facteurs
aléatoires dans les décisions d’achat, en raison aussi des effets de la dynamique sociale, positive ou
négative, qui se produira au cours de la phase d’appropriation initiale des lieux nouvellement
aménagés ou des équipements mis en service.

Un travail considérable a été accompli au cours des quarante dernières années pour produire des
logements de tous types, équiper les banlieues et les zones rurales, améliorer l’ambiance urbaine des
centres-ville. Presque partout, les demandes solvables sont désormais faciles à satisfaire sans
nécessiter d’intervention massive et directe des pouvoirs publics. La situation actuelle de l’urbanisme
en résulte. On peut même penser que la fin de cet énorme effort d’équipement, qui a transformé un
pays encore massivement rural après la guerre en la quatrième puissance économique qui persiste
depuis 1973.

La demande brute de biens et de services par la clientèle solvable devient ainsi de plus en plus
marginale. Elle est remplacée par d’autres catégories de « besoins » dont trois doivent aujourd’hui être
prises en compte dans les études préalables d’urbanisme.

La première concerne la demande solvable. Il s’agit le plus souvent de demandes de confort,


d’accroître les avantages pratiques ou symboliques qui permettent d’attirer ou de retenir les citoyens
qui ont la possibilité effective de choisir. Le débat actuel sur les petites cliniques d’accouchement en
offre une illustration caractéristique. Le pourcentage des grossesses à risque, celles qui nécessitent un
suivi médical précis est heureusement limité à un taux de l’ordre de 1%. Il en résulte qu’un service
hospitalier d’accouchement ne peut prétendre à un bon niveau de compétence technique que s’il
pratique plusieurs milliers d’accouchements par an. Les petites cliniques n’enregistrent que quelques
centaines de naissances par an, et leur coût de fonctionnement est plus élevé que celui des grands
services. Les responsables des services de santé publique prônent donc des regroupements qui
allieraient heureusement une gestion moins coûteuse et une meilleure efficacité. Mais toute
proposition de fermer une petite clinique locale se heurte à de vives oppositions. La demande sociale,
dans ce domaine, privilégie clairement le confort résultant de la proximité de la clinique à la
performance de l’équipe médicale.

De manière plus générale, l’essor périurbain répond à une série d’avantages explicites en termes de
confort : moindres nuisances, surtout en ce qui concerne le bruit, proximité de la nature, grand facilité
de circulation et de stationnement. Et même si un rossignol peut émettre autant de décibels qu’un
camion, son chant relève de la qualité discrète et non de la nuisance subie !

Dans le domaine des demandes de confort, la décision d’urbanisme relève d’arbitrages difficile entre
la satisfaction des préférences des habitants, l’égalité d’accès aux services publics, l’objectif général
d’une meilleure maîtrise des dépenses publiques, les effets des décisions sur l’emploi local. Le
caractère politique de cet arbitrage et de la manière de le préparer l’emporte donc, une fois de plus, sur
la recherche d’une optimisation technique ou économique.

La seconde catégorie concerne des demandes de frustration. Le phénomène du désir mimétique joue
à plein dans l’émergence des demandes correspondantes. Si toutes les communes voisines sont dotées
d’un stade, d’une salle polyvalente ou d’une piscine, il devient inacceptable que la mienne ne dispose
pas des mêmes avantages. La décentralisation a considérablement accru de tels effets de concurrence,
au point de conduire à des suréquipements souvent manifestes. Mais avant de la critiquer, il convient
de rappeler que les méthodes de programmation bureaucratiques ne donnaient pas, on l’a noté dans le
chapitre 2, de résultats plus convaincants. La sagesse consiste donc à miser dans ce domaine sur le
principe de subsidiarité et sur le désir des citoyens contribuables de freiner la croissance des impôts
locaux.

Ici aussi, la préparation des décisions ne peut se limiter à des bilans d’avantages et d’inconvénients,
aussi fins soient-ils. Le contexte de la prise de décision s’est clairement déplacé vers le champ
sociopolitique.

La troisième catégorie est la plus préoccupante et la plus difficile à traiter. Il s’agit de la croissance
des demandes non solvables, particulièrement inquiétante en matière de logement. Les réponses
efficientes passent nécessairement par des péréquations ou par la prise en charge sur des budgets
publics. Ces demandes prennent toute leur ampleur dans la question des quartiers en difficulté ; elles
débouchent sur ce qu’il est convenu d’appeler la politique de la ville. Il est nécessaire, en effet,
d’organiser l’action dans le temps long et à l’échelle de l’agglomération tout entière pour tenter
d’apporter des réponses adaptées à la nature de telles demandes et, notamment, pour tenter d’éviter
l’effet de ghetto résultant de la concentration de groupes d’habitants marginalisés. Et ceci au moment
où l’urbanisme opérationnel ne permet plus guère de développer les solutions de péréquation des
charges foncières entre constructions privées, d’une part, logement social et équipements, d’autre part,
ce qui a longtemps facilité une meilleure dispersion des programmes de construction HLM.

Mais il faut surtout relever que la première et la troisième catégorie de demandes tirent les dispositifs
d’action urbanistique dans des directions opposées. Leur conjonction reste passablement contradictoire
et conduit donc à de sérieuses difficultés quand il s’agit de définir les objectifs politiques de l’action
d’urbanisme ou les priorités budgétaires. La détente rapide des marchés fonciers et immobiliers ne
pouvait qu’accroître les tendances ségrégatives qui, soit dit en passant, sont une constante de l’histoire
des villes. Ces tendances résultent tout naturellement du rôle des images sociales et des mémoires
collectives. Les choix résidentiels des citoyens s’expliquent par la recherche de sécurité et d’identité.
Au-delà de la subjectivité des choix, ces motifs conduisent à un conformisme évident qui consolide les
images sociales des quartiers recherchés, mais pénalise durablement celles des quartiers dépréciés’’28

‘’Le citoyen citadin dispose désormais de trois moyens pour peser sur les décisions qui concernent son
cadre de vie. Les deux premiers ‫ ــ‬le bulletin de vote et l’engagement associatif revendicatif ‫ ــ‬ont été
largement étudiés et commentés. Mais le troisième, et de loin le plus efficace, est rarement pris en
compte, faute d’une connaissance suffisante des mécanismes de choix résidentiels. Il s’agit du camion
de déménagement’’29

‘’L’étude du cas de l’urbanisme patrimonial, c’est-à-dire de l’ensemble des dispositifs de protection


des monuments historiques, des sites et des secteurs sauvegardés, permet de mieux comprendre les
difficultés particulières à ce domaine. On sait, en effet, que le contrôle exercé par les architectes des
Bâtiments de France (ABF), en tant que responsables des services départementaux d’Architecture
provoque des conflits récurrents avec les maires. Ces derniers critiquent souvent des attitudes qu’ils
estiment trop rigides et insuffisamment participatives. Ils ont du mal à admettre que les décisions de
l’ABF ne puissent être contestées que dans des conditions très limitatives, par un recours au ministre
de la Culture, et ne débouchent pas sur une concertation locale’’30

‘’la raison de fond tient au fait que le patrimoine monumental et urbain appartient à notre mémoire
collective nationale. Cette dernière ne serait pas préservée dans un contexte participatif débouchant sur
des ajustements locaux. Ce type de problèmes appelle donc un traitement délibérément technocratique
reposant sur une compétence professionnelle tout à fait spécifique’’31

‘’L’alchimie d’un urbanisme opérationnel réussi passe ainsi par des détours peu prévisibles. Mais, à la
fin de out, c’est bien la manière dont les habitants s’approprient les lieux qui jouera le rôle de juge de
la réussite. Avec leurs camions de déménagement, par leurs comportements de ruse et les
détournements des usages prévus par les programmeurs, ces habitants reprennent tranquillement le
pouvoir de discrimination et de marquage social durable de l’espace. Nul professionnel ne peut
prétendre échapper à cette loi d’airain des jugements populaires qui tranchent a posteriori’’32

28
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 132
29
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 137
30
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 142
31
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 142
32
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 145
‘’Ce tour d’horizon des méthodes doit être complété en évoquant la notion de développement
durable. Là aussi, le nouvel angle d’attaque suggéré apporte un éclairage intéressant à la
nécessité de penser désormais en termes d’écosystèmes naturels ou artificiels imbriqués les
uns dans les autres, écosystèmes qu’il s’agit de préserver ou de faire évoluer avec la prudence
requise pour ne pas compromettre le grand avenir. Il paraît possible de considérer que ces
écosystèmes constituent eux aussi des sortes de mémoires collectives matérielles, mémoires
d’échelles géographiques très variées, de la planète jusqu’au local, et qui ont leur logique
propre. L’aménagement durable (que différents auteurs traduisent par l’expression imagée de
« ménager l’espace plutôt que de l’aménager ») implique une connaissance préalable
approfondie des écosystèmes régionaux et locaux et un art de l’action progressive et en
douceur qui recoupe sous de nombreux aspects les commentaires présentés plus haut à propos
de l’urbanisme opérationnel’’33

‘’Les praticiens les plus actifs écrivent peu. Ils se contentent le plus souvent de décrire ce
qu’ils ont fait, cédant parfois à la tentation de la justification a posteriori’’34

‘’Le bilan des connaissances utile pour aborder le domaine est fort bien synthétisé dans les
deux anthologies de référence citées en tête de la bibliographie, celle de François Choay et
celle de Marcel Roncayolo et Thierry Paquot. Mais ce bilan ne débouche toujours pas sur des
propositions précises en termes de savoir-faire, ce n’est d’ailleurs pas leur rôle. Avant
d’aborder avec les étudiants les modalités de mise en œuvre d’un urbanisme de gestion, trois
étapes préparatoires restent nécessaires’’35

‘’La première consiste à rappeler comment la démarche d’urbanisme a pris forme au siècle
dernier, à commenter ses tentatives infructueuses de fonder une »science des villes » qui
puisse revendiquer un statut disciplinaire incontestable. Le rappel de l’avatar fonctionnaliste
s’impose également pour montrer que ses principes, aussi discutables qu’ils soient, n’en
constituent pas moins le vocabulaire de base de la production courante d’urbanisme
réglementaire : POS, PAZ et leurs règlements. L’urbanisme reçoit une première définition
provisoire comme une volonté d’action, ce qui conduit à ouvrir la question des modalités de la
décision’’36

33
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 147
34
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 148
35
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 151
36
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 151
‘’La seconde étape, rapide elle aussi, consiste en une analyse plus précise de deux objets
principaux à prendre en compte : la ville d’une part, et le logement, d’autre part. il s’agit de
montrer et d’illustrer le caractère fortement polysémique des deux notions correspondantes.
Cela permet de justifier la nécessité des approches pluridisciplinaires et surtout de commencer
à montrer comment les facteurs économiques, sociologiques, psychologiques et culturels
interagissent entre eux à l’occasion des prises de décision individuelles et collectives’’37

‘’La troisième étape aborde directement le thème de la formation des prix fonciers et
immobiliers. Elle commente les lignes directrices décrites dans les chapitres précédents et
s’appuie utilement sur des enquêtes rapides qui suffisent pour commencer à mettre en
évidence les rapports existants entre les images sociales et les prix. L’étude d’un marché local
du logement à l’intérêt de pouvoir s’appliquer à des échelles variées et d’être utile dans tous
les cas de figure. Elle permet de faire prendre conscience de l’interférence constante, dans les
décisions prises par les candidats au logement, entre le butoir financier, les références d’ordre
sociologique qui renvoie aux thèmes des images sociales et de la mémoire collective et les
comportements d’ordre purement affectif.

Cette étape centrale se conclut par une nouvelle définition de l’urbanisme en tant que travail
sur les images sociales des quartiers existants ou) créer, travail visant à agir sur la mémoire
collective des habitants concernés’’38

‘’La présentation ultérieure des principaux champs de l’urbanisme de gestion, tels que je les ai
décrits brièvement ci-dessus (urbanisme patrimonial, urbanisme réglementaire, urbanisme
opérationnel, urbanisme participatif, développement urbain durable), peut alors se développer
en référence à des principes généraux qui créent des liens entre ces divers champs et donnent
plus de cohérence à l’analyse des pratiques usuelles’’39

‘’Le premier rôle est le plus difficile. La conception architecturale est source d’anxiété
constante. Tout ce qui aura été bien conçu et réalisé avec soin paraîtra tellement évident que la
plupart des utilisateurs ne remarqueront même pas la qualité de l’œuvre. Par contre, la
moindre erreur saute aux yeux et provoque de vives réactions’’40

37
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 151
38
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 152
39
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 152
40
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 159
‘’ La généralisation des concours pousse dans ce sens. Les architectes ont raison de la
critiquer, surtout dans la manière où elle se pratique actuellement en France. Le système des
concours a eu un rôle utile, dans un premier temps, pour dynamiser la profession, tourner la
page après les longues dictatures intellectuelles de la tradition des Beaux-arts puis du
fonctionnalisme, faire surgir de nouveaux talents. En se généralisant, le système est devenu
pervers ; il rend plus difficile l’indispensable complicité entre maître d’ouvrage et maître
d’œuvre comme entre architecte d’opération et architecte-urbaniste. Plus grave encore, il fait
basculer l’architecture vers le système de la mode’’41

‘’Pour être sélectionné comme candidat aux concours, il faut être publié dans les revues
d’architecture. Pour être publié, il faut gagner ou être remarqué lors des concours, ou encore
produire des architectures de papier suffisamment novatrices, c'est-à-dire montrer que l’on est
à la pointe de la mode. Pour cela, il est indispensable de démoder ce qui était auparavant la
dernière mode. Ce jeu infernal peut amuser tant qu’il s’agit de vêtements. L’architecture tend
à y perdre son rôle urbanistique et social consistant à proposer une lecture claire et
significative pour tous du rôle des bâtiments. Nos villes se meublent ainsi de plus en plus
d’ « objets célibataires », souvent beaux, mais qui laissent perplexes, parce qu’il est
impossible de savoir quelle est leur fonction : palais de justice ? Bourse du travail ?
Conservatoire de musique ? Allez savoir…’’42

‘’En effet, la lecture d’un paysage est « cosa mentale » au même titre que la peinture dans la
définition qu’en donnait Léonard de Vinci. Elle fait appel à de nombreuses références
culturelles présentes dans notre mémoire, et la richesse des émotions qu’elle suscite dépend
du sens que nous attribuons ainsi à ce qui ne serait sans cela qu’une collection d’objets
végétaux et minéraux’’43

41
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 162
42
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 163
43
Jean- Paul Lacaze : ‘’renouveler l’urbanisme, prospective et méthodes ‘’, presses de l’école
nationale des ponts et chaussées, paris 2000, p 164