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Chapitre 9

Les firmes multinationales dans


l’économie mondiale

L’essentiel du cours
Les entreprises qui produisaient et se concurrençaient autrefois essentiellement sur leurs
marchés nationaux agissent maintenant au niveau mondial. La plupart des grandes entreprises
sont multinationales (ou transnationales). Elles conçoivent, produisent et commercialisent
leurs produits comme si le monde constituait un seul espace géographique.
Les stratégies d’implantation de ces firmes multinationales passent par des investissements
directs à l’étranger (IDE), dont les conséquences économiques sont importantes aussi bien
pour les pays d’accueil que pour les pays d’origine.

I. Les flux d’investissements directs à l’étranger

A. les stratégies des firmes multinationales (FMN)


1. Les FMN acteurs majeurs de la mondialisation
Une firme multinationale est une entreprise implantée dans plusieurs pays par le biais de
filiales. Une FMN doit au minimum avoir une filiale à l’étranger, c’est-à-dire qu’elle doit
détenir au moins 10 % du capital d’une entreprise d’un autre pays.
Il faut noter que cette définition est très différente de la notion juridique de filiale : en droit
commercial, une société filiale est une entreprise dont 50 % du capital sont formés par des
apports réalisés par une autre société dite « société mère », qui en assure généralement la
direction, l’administration et le contrôle. Lorsque le capital d’une société est composé
d’apports dont la valeur est supérieure à 10 % mais inférieure à 50 %, il s’agit d’une simple
participation.
Le plus souvent, les centres de décision restent dans le pays dont la firme est originaire
(localisation du siège social) et une partie importante du chiffre d’affaires de la FMN est
réalisée à l’extérieur de ce pays.
Les deux tiers du commerce mondial sont assurés par les FMN, avec pour un tiers d’échanges
intra-firmes (entre filiales d’une même multinationale) et un tiers d’échanges extra-firmes
(entre clients et fournisseurs qui ne dépendent pas de la même FMN).
Longtemps originaires de la Triade (Europe, États-Unis, Japon), les FMN des pays émergents
– en particulier des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) – menacent
désormais les FMN occidentales. Ces entreprises bénéficient de la globalisation de
l’économie et des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
En délocalisant leurs activités, les multinationales recherchent des avantages en termes :
– de coûts (approvisionnement, main-d’œuvre, transport) ;
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– de proximité des marchés de consommation (elles cherchent à s’installer là où se trouvent
les acheteurs) ;
– de production (proximité des matières premières, d’une main-d’œuvre disponible
abondante) ;
– d’acquisition de compétences (qualification, savoir-faire).

2. La division internationale du processus productif (DIPP)


Lorsque le processus de production d’un bien complexe (automobile, vêtement,
électroménager, etc.) peut être décomposé en plusieurs étapes, on observe que chaque étape
n’utilise pas le même niveau de qualification de la main-d’œuvre, la même maîtrise
technologique, ni la même spécialisation des machines. Par conséquent, il n’est pas nécessaire
que ces étapes soient réalisées dans un lieu unique.
Pour réduire les coûts de production (coûts du travail, des intrants, du capital) et profiter des
économies d’échelle résultant de la spécialisation et des avantages comparatifs de différents
pays, les entreprises rationalisent leur production en fabriquant les éléments nécessaires à la
production d’un bien dans différents pays.
Elles s’implantent ou sous-traitent en choisissant chaque pays d’accueil en fonction des
avantages comparés qu’il procure pour chaque étape du processus de production.
La situation géographique du pays d’implantation est soigneusement étudiée pour apprécier :
– les facilités d’approvisionnement en matières premières ;
– la proximité du marché acheteur ;
– l’existence d’infrastructures de qualité pour le transport et les communications (ports,
aéroports, routes, réseau Internet, etc.).

La mise en œuvre d’une stratégie d’implantation au niveau mondial correspond au choix de la


division (ou décomposition) internationale du processus productif (DIPP).

B. L’importance des IDE dans la mondialisation


1. Définition de l’IDE
L’IDE est un type d’investissement transnational effectué par le résident d’une économie dans
le but d’établir une relation stratégique durable dans une entreprise qui est résidente d’une
autre économie.
Par convention, on considère qu’il y a intérêt durable et donc investissement direct lorsqu’une
entreprise détient au moins 10 % du capital ou des droits de vote d’une entreprise résidente
d’un pays autre que le sien.
Les flux d’IDE peuvent être sortants ou entrants. Ils sont dits sortants lorsqu’ils émanent de
pays d’origine et sont réalisés dans d’autres pays, ils sont dits entrants lorsqu’ils sont réalisés
au sein de pays d’accueil par d’autres pays.

2. L’importance des IDE


La crise, dès 2007, a fortement fait baisser les IDE en provenance et à destination des pays
développés, alors que les IDE en provenance et à destination des pays en développement ont
mieux résisté et progressent depuis 2009. En effet ces pays, en particulier la Chine, ont moins
souffert de la crise et orientent leur développement économique vers les investissements à
l’étranger.

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L’année 2015 marque un rebond des IDE à un niveau presque équivalent à celui d’avant la
crise de 2008. Cette reprise profite surtout aux pays développés.
L’Asie reste la région qui reçoit le plus d’IDE et l’Afrique celle qui en reçoit le moins.

II. Les effets des stratégies des FMN

A. Les conséquences des choix stratégiques dans les pays d’origine


Le principal effet dans les pays d’origine concerne les délocalisations. Celles-ci sont surtout
connues pour leurs conséquences négatives, mais elles peuvent comporter également des
effets positifs.

1. Les conséquences négatives des délocalisations


Elles portent essentiellement sur :
– les suppressions d’emplois et donc le chômage pour les salariés les moins qualifiés qui ne
retrouvent pas d’emploi, en particulier lorsque la main-d’œuvre est peu flexible ;
– la baisse ou la stagnation des salaires face au « chantage à la délocalisation », c’est-à-dire
aux menaces de délocaliser si les syndicats sont trop revendicatifs en matière de
rémunérations ;
– la désindustrialisation du pays d’origine, avec le risque de perte de contact avec l’innovation
qui se diffuse entre les entreprises implantées au sein d’une même région ou d’un même pôle
territoriale.
Dans un avenir proche, un risque important est celui de la délocalisation de la matière grise
alors que, jusqu’à maintenant, les emplois peu qualifiés étaient les plus touchés.

2. Les conséquences positives des délocalisations


Les conséquences positives des délocalisations sont surtout observables à long terme.
Les conséquences positives pour l’entreprise sont :
– des gains de productivité et une augmentation des compétences ;
– une diminution du risque de change puisque, en produisant dans un pays au lieu d’y
importer des marchandises, l’offre et le règlement sont effectués dans la même monnaie, il
n’y a pas de crainte de voir fluctuer les monnaies entre la commande et le règlement, comme
c’est le cas dans les opérations de commerce international.
Les conséquences positives pour le pays sont :
– une meilleure exploitation de ses avantages comparatifs, qui lui permet de renforcer sa
spécialisation dans les échanges internationaux ;
– une augmentation de la productivité ;
– une hausse du pouvoir d’achat induite par une baisse des prix, les prix des produits importés
diminuant du fait de la concurrence internationale ;
– des recettes fiscales plus importantes apportées par les profits élevés des multinationales qui
ont délocalisé leur production.

3. Les freins aux délocalisations


Certaines entreprises décident de ne pas délocaliser leur production par crainte d’une
mauvaise qualité des produits fabriqués à l’étranger, par désir de rester proches de leurs

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clients, par découragement face aux barrières juridiques et administratives et pour maintenir la
paix sociale dans l’entreprise.

B. Les conséquences des choix stratégiques dans les pays d’accueil


1. L’impact sur les pays d’accueil
Qu’il s’agisse des pays industrialisés ou des pays en développement, les IDE ont un effet sur
la croissance des pays d’accueil en termes de :
– création d’emplois ;
– augmentation du PIB (en particulier pour les pays émergents) ;
– transfert de compétences et de technologies : les FMN sont les principaux vecteurs de
transfert de technologie par la vente de biens d’équipement, la cession de brevets et les
accords de licence, la vente d’usines clés en main, l’assistance technique, les échanges entre
scientifiques ;
– amélioration de la productivité ;
– développement économique par effet d’entraînement : l’implantation d’une FMN dans une
région a de nombreux effets indirects (création d’unités périphériques en amont ou en aval,
constitution d’un tissu industriel) ;
– augmentation des exportations.

2. L’action des États pour se rendre attractifs


La plupart des États cherchent à attirer les investissements étrangers, par exemple dans le
cadre de leur politique d’aménagement du territoire, pour bénéficier d’effets positifs. Pour
cela, ils offrent des aides diverses, font connaître leurs atouts, mettent en place des réseaux
d’information, de promotion, de prospection et d’accueil des entreprises étrangères.
En France, l’AFI (Agence française pour les investissements internationaux) est chargée de
cette mission.

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