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La conception de l’amour chez Ronsard dans le poème « Marie, qui voudrait votre beau

nom tourner ».

Torres Guerrero Francisco.

Le célèbre poète de la Renaissance, Pierre de Ronsard, l’un des créateurs qui faisaient partie

de la Pléiade, écrivit, tout au long de sa vie, des poèmes concernant l’amour, qui fut l’un des

thèmes les plus développés par lui. Alors, quelle conception de l’amour avait ce poète encore

lu de nos jours dans son poème « Marie, qui voudrait votre beau nom tourner » ? Pour arriver

à une conclusion assez pertinente nous analyserons, dès le premier abord, la structure du

poème liée aux arguments que Ronsard utilise dans sa requête d’amour ; dès le deuxième

abord, nous décortiquerons l’expérience d’aimer décrite dans le poème.

Pour commencer il faut diviser le poème en deux grandes parties, la première engloberait les

deux premiers quatrains et la deuxième comprendrait les deux tercets. Le premier quatrain a

comme point de départ une apostrophe : « Marie », laquelle signale la destinataire du poème

mais elle désigne aussi une sorte d’invocation. Après, un jeu de mots se déroule, avec lequel

l’auteur veut convaincre la femme de l’aimer : « qui voudrait votre beau nom tourner, / Il

trouverait Aimer : aimez-moi donc, Marie ». Évidemment, le poète de la Pléiade cherche,

avec cette petite anagramme, démontrer à Marie que son prénom n’est pas une coïncidence

et que lui-même, il lui réclame d’aimer, une idée renforcée avec le vers suivant : « Faites cela

vers moi dont votre nom vous prie ». Le prénom fait donc partie d’une prosopopée. En plus,

Ronsard utilise le verbe « prier », qui a une connotation religieuse, de la même espèce de

l’apostrophe au début. Il finit le quatrain avec les mots suivants : « Votre amour ne se peut
en meilleur lieu donner », où il se met à la place du « lieu » grâce à la préposition « vers » —

qui indique un endroit— dans le vers précédant, autrement dit, Ronsard se présente comme

le meilleur homme que la femme puisse aimer.

Dans le deuxième quatrain le poète suit sa prière avec la formule de politesse « S’il

vous plaît », il lui demande encore de l’aimer mais maintenant Ronsard lui pose des

promesses :

(…) pour jamais un plaisir demener,


Aimez-moi, nous prendrons les plaisirs de la vie,
Pendus l’un l’autre au col, et jamais nulle envie
D’aimer en autre lieu ne nous pourra mener.

Promesses soutenues par le temps futur utilisé et par le pronom « nous » qui indique un

couple, et pas les éléments séparés « vous » et « moi » du premier quatrain. L’image des

pendus est porteuse d’une force telle que par son moyen Ronsard lui jure un lien si fort, une

fidélité éternelle, un amour tellement passionné, car tous les deux seront unis et jamais un

autre amour ne les séparera.

C’est alors que la deuxième partie du poème commence, marquée par le changement

de la rime croisée, ici Ronsard traite plus généralement le thème de l’amour, mais aux deux

derniers vers du poème, il exprime le désir d’aimer : « Eh, qu’est-il rien de doux sans Vénus ?

las ! à l’heure / Que je n’aimerai point, puissé-je trépasser ! ». Le poète veut donc aimer car

la vie perdrait sa douceur sans Vénus, qui représente tantôt la déesse de l’amour, tantôt la

même Marie. En d’autres termes, Marie est pour Ronsard comme une déesse, c’est la raison

pour laquelle il l’invoque tout au début du poème, et sans elle, sans l’amour, la vie ne vaudrait

pas la peine, il voudrait alors mourir avant de ne pas obtenir l’affection de la femme. C’est

avec ce dernier argument qu’il essaie de persuader Marie de l’aimer. Outre, le pronom « je »
indique, en ce cas-là, un retour à la réalité : le poète est tout seul lorsqu’il écrit, il n’y a pas

le couple promis.

Nous soulèverons maintenant quelle est l’expérience de l’amour exposée dans ce

poème-là. Comme nous avons déjà examiné, le poète conçoit un amour dont la passion et la

fidélité sont les piliers. Il exprime ses sentiments vigoureux avec la répétition du verbe

« aimer » qui apparaît sept fois tout au long du poème, soit ou non conjugué. Il se sert aussi

de l’image puissante des pendus pour faire référence à la passion. En outre, les hyperboles

sont l’un des aspects qu’il utilise aussi dans ce cadre : « jamais nulle envie » renvoie à une

impossibilité totale d’être infidèle, et « la douceur des douceurs la meilleure » a deux types

de superlatif mélangés qui marquent l’intensité de l’amour que Ronsard sent, inscrite aussi

au point d’exclamation final.

Ronsard aborde dans son sonnet les conséquences de ne pas aimer. Il soutient aux

tercets que

Celui qui n’aime point, celui-là se propose


Une vie d’un Scythe, et ses jours veut passer
Sans goûter la douceur des douceurs la meilleure.

Il affirme qu’une personne que n’est pas capable d’aimer est un barbare, comme les Scythes

sanguinaires et sauvages dont les grecs parlaient. En plus il ajoute que les jours de cette

personne seront tous insipides, sans la douceur que l’amour leur donne, laquelle n’est pas

une simple douceur, mais la meilleure et, par conséquent, une douceur vitale puisque, s’il

n’aimait pas, il ne voudrait point vivre. Il dévoile la conséquence fatale : la mort.

À la fin de ce parcours analytique, nous pouvons conclure que la manière de laquelle il se

sert pour persuader la femme Marie de l’aimer est celle d’une prière, il l’invoque comme une
déesse et lui prie son amour, mais l’argument principal est une anagramme avec le prénom

de l’aimée ; Ronsard croit qu’elle fut destinée à aimer dès qu’elle eut reçu son nom. Le poète

de la Pléiade concevait l’amour comme un sentiment vraiment intense et puissant, dans lequel

la moindre infidélité ne peut pas exister. Il le considère aussi comme un sentiment essentiel,

car ceux qui n’aiment pas ne sont point humains, et il préférerait la mort avant de ne pas

pouvoir aimer.

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