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POINTS DE VUE INITIATIQUE S CAHIERS DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE N° 20 (Ancienne
POINTS DE VUE INITIATIQUE S CAHIERS DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE N° 20 (Ancienne

POINTS

DE VUE

INITIATIQUE S

POINTS DE VUE INITIATIQUE S CAHIERS DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE N° 20 (Ancienne série
POINTS DE VUE INITIATIQUE S CAHIERS DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE N° 20 (Ancienne série

CAHIERS DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE

N° 20 (Ancienne série n 40)

Décembre 1975

I

u

SOMMAIRE DU NUMERO 20 (Ancienne série N° 40) La Foi d'un Franc-Maçon Pages 3 Discours

SOMMAIRE

DU NUMERO 20

(Ancienne série N° 40)

La Foi d'un Franc-Maçon

Pages

3

Discours moral, prononcé le 23 août 1765 par l'Orateur de

la Loge des

Amis Réunis

L'Etoile Flamboyante

Poèmes

Espérer

Tout vouloir, Tout chanter

Rester jeune

L'Utopie

7

13

18

19

20

21

La Grande Loge de France vous parle

de la Solidarité

L'Hérésie de Manès

La compréhension de l'autre et la tolérance

Le vieil homme et l'enfant

Les livres

35

40

45

49

55

Le Sérénissime Grand Maître de la Grande Loge de

France vient de publier à la Librairie PION, un important

ouvrage « LA FOI D'UN FRANC-MAÇON ». li a bien voulu

répondre à quelques questions et nous sommes heureux

de publier dans « POINTS DE VUE INITIATIQUES «, l'entre-

tien qu'il

a bien voulu nous accorder.

LA FOI D'UN FRANC-MAÇON

Question : Sérénissime Grand Maître, vous venez de publier chez

Pion un ouvrage sur la Franc-Maçonnerie et vous l'avez intitulé

La Foi d'un Franc-Maçon «. Pouvez-vous dire pour nos lec-

teurs pourquoi vous avez choisi ce titre ?

Réponse : On a publié un très grand nombre d'ouvrages sur la

Franc-Maçonnerie, et certains sont excellents, mais très sou-

vent ils n'étudient cette vénérable confrérie que du point de

vue de l'histoire profane, disons d'un point de vue exotérique,

j'ai voulu étudier la Franc-Maçonnerie du point de vue ésoté-

rique, montrer ce qui en constitue l'essentiel, c'est-à-dire la

construction du temple intérieur par chaque initié, construc-

tion qui ne peut s'opérer que selon une méthode.

Question : Oui très justement. Mais en quoi consiste selon vous

cette méthode maçonique, cette méthode initiatique ? Quel

est son content! ?

Réponse

Je commencerai par vous répondre qu'elle est diffici-

lement traduisible dans une sorte de discours rationnel. Très

souvent on l'aborde en procédant de l'extérieur vers l'intérieur

et l'on aboutit à une dénaturation, à une méconnaissance totale

de ce qu'est l'ascèse initiatique. Il faut, au contraire, si l'on

veut la comprendre dans son authenticité, se placer au centre du cercle, aller de l'intérieur à l'extérieur, privilégier l'existentiel

par rapport au rationnel, au didactique. Ce qui est avouer que

l'esprit

toute description,

aussi

fidèle

soit-elle,

en trahit

véritable.

Question : Quel est d'après vous alors le but, la finalité de cette

«, pour reprendre une expression qui

ascèse initiatique

vous est chère ?

Réponse

L'objectif essentiel c'est de réaliser ou d'essayer de

réaliser l'équilibre de l'homme et ce sur un double plan. Tout d'abord au plan intérieur : trouver ou retrouver une harmonie

entre les multiples et différentes tendances, forces qui se partagent le moi. Puis de rechercher cette harmonie avec

le monde extérieLir, celui de la nature, du Cosmos (1) mais

aussi avec la société, avec le monde des hommes qui nous

entoure. Et il s'agit de substituer des rapports harmoniques

à des rapports antagoniques. Enfin

équilibre entre la pensée et l'action.

il

s'agit de trouver un

Question :

Vous nous avez dit, Sérénissime Grand Maître, que

vous ne vouliez pas vous placer à un point de vue historique.

Cependant, vous consacrez un chapitre entier à l'Histoire et

la Légende de la Franc-Maçonnerie.

Réponse : C'est exact. Mais l'histoire n'est pour moi ici qu'un

moyen, un véhicule. Elle ne peut servir qu'à mieux éclairer

la démarche initiatique du Franc-Maçon de tous les âges et

de tous les temps.

(1) Et n'oublions pas que le mot Cosmos signifie Ordre.

4

u

Question : Vous êtes, Sérénissime Grand Maître, Franc-Maçon et Franc-Maçon écossais. Que signifie ce terme

Question : Vous êtes, Sérénissime Grand Maître, Franc-Maçon et

Franc-Maçon écossais. Que signifie ce terme écossais ? Quel

est l'originalité, la spécificité de la Franc-Maçonnerie écos-

saise ?

Réponse : Toutes les Francs-Maçonneries du monde sont issues

d'un tronc commun, c'est-à-dire des loges de Francs-Maçons

opératifs dont on a tracé depuis le début du XIVe siècle (voir

Manuscrit Régius de 1350)

Les Loges Ecossaises procèdent

donc de cette Franc-Maçonnerie opérative mais elles

pro-

cèdent également de confréries chevaleresques. Cela on ne

légende des

peut

le comprendre qu'en se reportant à

la

Templiers, persécutés par Philippe le Bel, c'est-à-dire à un

ordre chevaleresque. C'est ainsi

écossaise est à

fait appel aux outils des compagnons et aux armes des che-

valiers.

que

la

Franc-Maçonnerie

la fois opérative et chevaleresque, qu'elle

Question : Dans sa finalité, la Franc-Maçonnerie veut dégager une

morale universelle, elle veut construire l'universalisme véri-

table. Qu'entendez-vous par là ?

Réponse

Il s'agit de continuer de construire le Temple de Salo-

mon, un Temple universel, destiné à tous les hommes, dans

tous les temps, pour toutes les races, tous les pays, toutes les sociétés. Pendant des siècles nous avons vécu sur des

fermées «, s'exprimant en

interdits et en commandements. Il s'agit de nous dégager du

poids de nos habitudes et d'aller vers une morale de l'élan, de

la liberté et de l'amour. Cette morale doit posséder une triple

morales immuables, des morales

qualité

autonomie, évolution, universalité. Ainsi, et ainsi seu-

lement, nous pourrons unir véritablement tous les hommes de

bonne volonté.

Question : Enfin, Sérénissime Grand Maître, une dernière question.

Qu'entendez-vous par

vée

?

parole perdue « et

parole retrou-

Réponse r Selon moi, c'est l'essence même de la loi cosmique qui

permet à ceILli qui a su la pénétrer, grâce à l'initiation, de

l'universel. C'est l'identi-

retrouver l'éternel

et d'accéder à

fication du

participer activement à la vie universelle.

L'initiation passe par trois stades : exploration, construction,

participation.

Et c'est la prise de conscience de la solidarité, de '

moi « avec le

non-moi «, qui nous permet de

l'amitié «,

dLI microcosme avec le macrocosme, de la partie avec le tout,

de l'individu avec la collectivité, de l'homme enfin avec l'âme

universelle, que nous symbolisons dans le vocable de Grand Architecte de l'Univers.

Discours moral, prononce le 23 Août 1765, par l'Orateur de la loge ' Amis réunis
Discours moral, prononce le 23 Août 1765, par l'Orateur de la loge ' Amis réunis

Discours moral,

prononce le 23 Août 1765,

par l'Orateur de la loge

' Amis réunis

(1)

des

T. V. Maîtres, Mes Chers Frères,

L'objet e plus digne d'un Ordre quelconque, est de faire des

heureux ; l'association qui remplit le mieux ce but, semble s'élever

au-dessus de l'humanité, et mériter la préférence sur toutes les

sociétés qui dans l'enchaînement des liaisons civiles, n'ont pour

base que le désoeuvrement, l'ennui de la solitude, et le besoin de

se faire au moins des connaissances. La Maçonnerie étend ses

soins bien au-delà ; sa gloire, sa récompense est dans la satisfac-

elles ont la Justice pour

tion de ceux qui adoptent ses règles ;

mobile, la vertu pour point de vue, la paix, l'innocence et le plaisir

en aplanissent toutes les difficultés : point de remords, point de

les Maçons ignorent tout

lui soumet

craintes, de complots, de séditions

ce qui peut déranger l'harmonie

l'amour de l'ordre

tous les coeurs, et cimente sa puissance : tel est exactement, mes

chers Frères, la noble prérogative du lien qui nous unit, l'intérêt

qui divise le reste des hommes, n'a point de prise sur des coeurs

qui par état se vouent à l'amitié la plus sincère, à la charité la

si j'ai bien connu nos préceptes, ils se réduisent à

:

L'Etoile Flamboyante.

plus active

(1) Baron Tschoudi

ce double sentiment que j'appellerais mieux l'exercice géminé

d'une vertu qui se reproduit sous mille formes agréables et avan-

tageuses.

Le ton du siècle a consacré des mots respectables, qui jour-

nellement n'expriment aucune idée précise ; le nom d'ami devenu

la sensation que l'on

une épithète de convention, n'annonce ni

éprouve, ni la façon de penser que l'on désire ; un véritable ami, cet être si rare, si précieux, et si consolant, ne se trouve plus que

chez ce petit nombre d'hommes vertueux que la corruption n'a

pas encore gagné, ou qui échappent à la contagion, en se réfugiant

dans nos loges : tout y rappelle habituellement la valeur de ce

terme, dont flOLl5 apprécions l'étendue, les devoirs et les douceurs.

Soigneux d'écarter tout ce qui pourrait y porter atteinte, l'Ordre

a pris à cet égard les précautions les plus prudentes : l'exclusion du beau sexe n'était peut-être pas la moins nécessaire. L'amour

et l'amitié sont difficilement d'accord, les

nuisent aux droits de l'autre

la bonne intelligence finit. L'amitié ne veut que des partisans,

l'amour ne cherche que des victimes. La raison trop faible, garantit

prétentions de

l'un

partout où la rivalité commence,

rarement des pièges qu'il

précèdent et masquent au premier coup d'oeil les soins cuisants,

les regrets qui le suivent

contre ce tyran, et retrace tous les maux qu'il a faits sur la terre

notre aveuglement est tel que nous ne voulons nous instruire

que par notre propre expérience, nous nous flattons toujours d'être

plus habiles ou plus heureux : telle est l'opinion des hommes

ordinaires, dont la mesure est toujours le volume d'amour-propre,

dont chaque individu ose hardiment le carresser. Les Maçons au

contraire qui voient tout de l'oeil de la vérité, qui ne s'enorgueil-

lissent jamais, qui ne s'en font accroire sur rien, n'ont pas assez

présumé de leurs forces pour s'exposer aux dangers de l'occasion,

ont écarté de l'enceinte

sait tendre ;

les jeux, les plaisirs

le

en vain la plus austère morale déclame

et par une précaution prudente,

respectable de leurs travaux, cette belle partie de l'Univers, ce

sexe agréable et terrible dont la séduction pourrait exposer l'âme

aux risques de l'indiscrétion, aux pièges de la curiosité, à la fougue

ils

des passions violentes, qui peut-être étoufferaient un sentiment plus tranquille, plus doux, celui de l'amitié,

des passions violentes, qui peut-être étoufferaient un sentiment

plus tranquille, plus doux, celui de l'amitié,

le seul que nous

désirions, et qui nous convienne :

les fatales équivoques que la

calomnie du profane a semé à ce sujet sur la conduite des Frères, ne peuvent nous nuire ni nous affecter ; la honte en retourne sur

ses auteurs, et tandis que, hors de loge, nous rendrons toujours à la Reine d'Amathonte le culte pur qui lui est dû ; tandis que le

Maçon laborieux, actif et sage, multipliera ses offrandes, sans

mêler jamais aux roses de l'amour des fleurs indignes d'être unies

à ses guirlandes

; qu'il borne ses hommages dans le temple de

que l'amitié seule y règne

la vertu à la

Déesse du sentiment

despotiquement pour sa gloire et son bonheur.

Soigneuse d'éloigner tout ce qui peut y porter atteinte, la

Maçonnerie n'a rien oublié

nos conversations ont des bornes

prescrites ; tout objet de contestation est proscrit, controverse

politique, idiomes étrangers, dissertations profanes, germes fu-

nestes d'opinions, de schismes et de systèmes ; nous vous lais- sons à des hommes dont le désir semble celui de ne s'accorder

l'unisson. La médisance,

cette fille chérie du siècle, qui depuis la naissance du monde

paraît être le pis aller du désoeuvrement est absolument bannie

de nos assemblées; nous y respectons les absents, et nous n'y

disons jamais mal de personne ; en cela bien différents du profane,

qui nous déchire, sans nous connaître, nous ne nous échappons

jamais sur son compte, quoique nous le connaissions bien : l'ironie

piquante, la saillie aigué, la satyre amère ne repose jamais sur les lèvres d'un vrai Maçon, parce qu'elle n'est jamais dans son

coeur : l'envie de briller, d'amuser, ou de plaire ne nous fait jamais

égayer le propos aux dépens du prochain. Nous savons à merveille,

qu'en attaquant la réputation ou les ridicules d'un tiers, on est

presque sûr d'être applaudi et toujours écouté. On ne se refuse guère au plaisir d'entendre dégrader des gens dont quelquefois

celui qui se charge de cet emploi vii fait

jamais ;

nous voulons être toujours à

le mérite fait ombrage

adroitement sa cour à ceux qui l'écoutent',

il

les élève, pour

ainsi dire, en abaissant les autres. Mais dans ce cas le discoureur

est un lâche, l'auditeur un complaisant indigne. Ce commerce de

critique, de censure, de médisance, souvent de calomnie, est le plus grand fléau de l'humanité. Ces monstres odieux guidés par

l'envie, soutenus par l'ignorance, foulent aux pieds l'innocence

et la vérité triste et abattue ne peut jamais réparer entièrement

le tort que lui font ces ennemis cruels. De leur bouche impure

coule un fiel, qu'elle répand à son gré, et qui laisse toujours après

lui quelques traces des impressions qu'il a faites :

légitimer cette méthode barbare ose-t-on avancer que la charité

en vain pour

elle-même exige que l'on corrige les hommes, et que le moyen

le plus sûr est de leur faire apercevoir leurs torts sous l'enveloppe du badinage, de la plaisanterie, et même de la satyre : la charité

des Maçons n'a pas ce caractère ; elle est doLice, compatissante,

tranquille, patiente

elle éclaire ses frères, les instruit, les corrige,

mais sans jamais les flétrir, les choquer, les aigrir ;

sur leurs fautes, autant qu'attentive à

indulgente

leurs besoins, son rôle

est de ramener par la persuasion, et de secourir par une assis-

tance secrète, honnête, généreuse, qui n'humilie ni ne chagrine.

A la noblesse de ces procédés, mes chers Frères, pourrait-on

méconnaître celle de notre institution ? A la beauté de nos pra-

tiques, à leur utilité, n'aperçoit-on pas le prix de l'union et de

l'ensemble ? Aux charmes de notre morale, au sérieux de

nos

travaux, ne devine-t-on pas faci!ement le but de notre association ?

Il n'est énigme que pour ces génies lourds, esclaves des surfaces,

et malheureusement fixés dans

les

limites

que nos crayons

semblent circonscrire ;

génies étroits qui jamais ne s'élancent

hors de la sphère des images que l'on met sous leurs yeux t

mais qui même en s'y bornant, acquéreraient encore les qualités

du coeur si précieuses, qui nous distinguent et nous honorent

car tel est en effet, nies Frères, l'avantage réel de la Maçonnerie,

que même en décomposant son tout, pour le réduire aux simples

notions qu'elle offre aux premiers grades, aux explications symbo-

liques dont elle essaye ses proselytes ;

il en résulterait toujours

l'amour des vertus qu'elle prescrit, qu'elle fait faire aimer, et dont

la pratique et l'habitude s'amalgament avec notre propre existence.

Peut-être, mes vénérables Frères, dans ce faible essai vous ai-je

mieux exprimé ce que l'Ordre doit être que ce qu'il est effective-

ment; mais condamneriez-vous la pureté d'une doctrine, d'un culte

quelconque, d'après l'abus et les torts de quelques-uns de ses

Ministres : les erreurs particulières de quelques Maçons qui nous avilissent peut-être, qu'il faudrait connaître, convaincre, ou expul- ser, ne nuisent point à l'Ordre en général, ses principes n'en sont pas altérés, et j'ai la satisfaction particulière de les voir maintenus

avec pureté dans cette respectable loge. C'est sur la conduite

de ceux qui la composent que j'ai calqué les préceptes de morale,

que ce discours d'instruction m'a permis de vous détailler : puis- siez-vous, toujours fidèles à des devoirs que vous connaissez et que vous remplissez si bien, ne jamais oublier le nom des trois principales colonnes qui soutiennent l'édifice. Entreprenons avec

force tout ce qui conduit au bien ; conduisons-nous avec prudence et sagesse dans toutes les actions de la vie. La beauté de notre Ordre dépend de la perfection de notre oeuvre. Daigne, ô grand

Architecte, protéger toujours les ouvriers de paix que je vois

répands sur

réunis pour la reconstruction de ton auguste temple ;

eux la prospérité dont l'intarissable source est en toi. Fortifie leur zèle, échauffe leur coeur, anime leur esprit, soutient leur courage,

décide leLir succès. Enfants de la mère commune le limon qui les forma fut pétri par tes mains bienfaisantes ; ouvre-les avec

profusion en leur faveur, et sans jamais permettre qu'ils abusent

de tes graces, dirige l'emploi des trésors que tu leur réserves, aux fins indiquées par ta sagesse infinie, pour ta gloire, pour le

bien de l'humanité, pour leur bonheur particulier, et pour l'accrois-

sement de l'empire de la vertu, dont ils renouvellent à ton nom

et en ta présence le voeu solennel, d'être sans relâche les plus

zélés spectateurs. Houzé, houzé, houzé.

et en ta présence le voeu solennel, d'être sans relâche les plus zélés spectateurs. Houzé, houzé,
L'ÊTOILE FLAMBLOYANTE Un sujet est souvent un concours de circonstances, le fruit d'une floraison de

L'ÊTOILE FLAMBLOYANTE

Un sujet est souvent un concours de circonstances, le fruit

d'une floraison de coïncidences. Celui que je vais tâcher d'effleurer

en est sans doute le plus frappant exemple. Au départ

d'abord une illumination :

lisant

il

y eut

Le symbolisme occulte de la

Franc-Maçonnerie

de notre vieux Maître O. Wirth, je fus soudain

ébloui par cette phrase consacrée à

astre peut être connu par le néophyte dans son flamboiement qui est perceptible au compagnon attentif aux radiations vitales. Tout

en dernière analyse n'est que vibration. Or l'être qui vibre s'étend

au-delà de son organisme pondérable sous forme d'une aura de

lumière astrale.

Ainsi à propos de l'Etoile flamboyante je retrouvais sous la

'Etoile flamboyante :

Cet

plume d'Oswald Wirth, cette mystérieuse

aura « déjà évoquée en

maints livres d'occultisme et explicitée d'une étrange manière,

avec un luxe

infini de détails par un certain Lobsang Rampa.

Curieux personnage en vérité que ce lama londonien qui prétend

être la réincarnation d'un sage tibétain

Mais je ne m'attarderai pas au personnage, car, lama ou pas,

je ne m'attarderai pas au personnage, car, lama ou pas, ce médecin britannique est incontestablement un

ce médecin britannique est incontestablement un

initié

».

Et

quel initié puisque nous le trouvons ainsi d'accord non seulement avec O. Wirth mais aussi avec toute une chaîne de penseurs qui,

eux,

n'ont fait toutefois que traiter allusivement ces secrets

avec une brutalité

à la portée des plus vastes publics

explosifs que notre XXe siècle met à présent

sur laquelle je m'interroge

Mais, qu'est-ce donc que l'aura ?

En physique ancienne si

l'on prend la

définition du grand

«. Au figuré,

Larousse, c'est un

c'est

En quoi déjà l'aura se rapproche de l'auréole, ce cercle lumineux,

souffle, une émanation subtile

l'atmosphère immatérielle qui enveloppe certains êtres.

ce halo que l'usage religieux donnait, abusivement parce que trop

extensivement, aux visages des saints.

Il faudrait toutefois se garder de rapprocher l'aura et l'auréole

car nous aboutirions, je le crains, à une piste sans issue. D'autre

part la définition classique est fausse car l'aura n'enveloppe pas

seulement certains êtres, elle enveloppe tous les êtres

exception.

Sans

il me faut à présent vous livrer

quelques banalités de la physique moderne. Tout ce qui existe

vibre et l'homme n'est guère qu'une masse de molécules gravi-

n'y a pas de différence d'organisation

tant à grande vitesse,

entre l'animal, le végétal, le minéral,

Trismégiste, dans sa lumineuse sagesse avait déjà traduit par

Mais avant d'aller plus loin,

Il

le gazeux, ce qu'Hermès

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas «. Notre corps

est un amas de soleils et de nébuleuses, un univers qui contient

à son tour des milliers, des millions d'univers.

Tout mouvement engendre l'électricité et notre cerveau, qui

a

fonctionne comme émetteur-récepteur, produit un courant qui

pu d'ailleurs être mesuré. Notre corps entier en fait est électrisé

et entouré d'un champ magnétique

celui-là même qui enrobe

les planètes et accompagne les molécules. Et ce champ magné-

tique peut être vu, détecté, dans certaines conditions

longtemps les ésotéristes l'on baptisé

:

depuis

l'éthérique «. Cet éthé-

intriguaient

fort

rique s'apparente à certains phénomènes qui

jadis nos grands-pères, tels

voyaient dans certaines conditions transfigurer

mâts de leur bateau.

connu des ingénieurs d'EDF.

Il

le feu Saint Elme que les marins

la coque et les

s'apparente aussi au phénomène bien

: celui de

la

«

couronne

«

qui

entoure parfois les fils de haute tension. li a même eu une appli-

cation toute récente dans un fait divers que vous avez pu lire

dans la presse

d'un immeuble et qui était due en fait à une ionisation de l'atmos-

:

une explosion de gaz provoquée à l'extérieur

phère. On le retrouve encore chez les yogi orientaux dont les

vêtements, comme protégés par le fluide de l'aura, se tiennent

immobiles sous le vent le plus violent.

L'aura n'est, elle, que la

personnalisation

« de cet éthé-

rique.

Elle a une forme, une densité, des couleurs variables,

affirment les occultistes et Lobsang Rampa prétend ainsi

que

l'homme entier peut se définir et être jugé selon les couleurs

de son aura

Alors, ramenons la chose à ses proportions toutes simples, à des faits que tout le

Alors, ramenons la

chose à ses proportions toutes simples, à des faits que tout le

Mais j'ai

peur ici

d'aller un peu loin

monde connaît. Vous avez tous ressenti pour telle personne une

attraction irrésistible - vous direz presque à présent

tique

magné-

irrai-

une sympathie ou une antipathie, au contraire,

sonnée. Souvent vous avez fait cette réflexion

le bleu lui va

bien, ou au contraire :

le jaune ne lui convient pas

Ainsi, l'aura

invisible a-t-elle revêtu pour vous un sens précis, ainsi faites-

vous de l'occultisme sans

le

savoir. Car jamais vous n'avez

recherché l'explication profonde, l'au-delà de l'apparence

Les animaux sont plus subtils que nous

ils voient l'aura,

dit-on et jugent par elle un homme beaucoup plus qu'en fonction

de sa bonne (ou sa mauvaise) mine

Aujourd'hui l'importance du magnétisme, cher à notre illustre

l'importance du magnétisme, cher à notre illustre Frère Mesmer aiguilles magnétiques découpées dans le

Frère Mesmer

aiguilles magnétiques découpées dans le même aimant restent en

sympathie, quelle que soit la distance. Les russes ont établi, mais

et n'est plus niée par personne. On sait que deux

interféraient

en hypnotisant un sujet et en le

sans pouvoir l'expliquer, que des champs magnétiques

avec les phénomènes cérébraux :

persuadant qu'il voit des points lumineux il suffit d'un aimant ma-

noeuvré dans sa nuque pour que les points lumineux lui paraissent

se déplacer dans la direction indiquée par l'aimant. Les savant les

plus autorisés en sont arrivés à cette conclusion qu'on peut

modi-

fier le champ de force qui entoure le corps humain de façon à

agir sur les centres du cerveau ».

Mais dans tout cela où est l'Etoile flamboyante, chère au

son élévation

d'où

coeur de tout maçon [et que le compagnon, le jour de

au second degré a vu en son universalité], centre unique

part la vraie Lumière. Eh bien précisément, c'est un catéchisme

hermético-maçonnique, celui du baron de Tschoudy, collecté par

Stanislas de Guaita, qui nous permet d'établir le lien, déjà suggéré

par O. Wirth. Commentant ce catéchisme Stanislas de Guaita en

effet déclare

En fait c'est tout l'électro-magnétisme de la

personne (ce que nous avons, nous, nommé l'aura) que symbolise

l'Etoile

L'Etoile flamboyante qui

fils

d'lsis

était chez

les

égyptiens

l'image

de

la

materia

du

et du Soleil, d'Horus, symbole

prima »', source de vie, étincelle du feu sacré, comme la qualifie

Ragon, l'Etoile, signe favori des pythagoriciens qui la définissaient

en rapport avec le

Nombre d'or

«,

signifie très exactement

l'initié en qui le feu est éveillé « Feu de la volonté, de la person-

nalité bien sûr

O. Wirth parle du

signe magique se rapportant

qui associe l'homme à

aux pouvoirs de la volonté humaine «

l'astre, ainsi que le voulait cet autre initié Paracelse, parlant de

l'ambiance impondérable qui constitue notre sphère d'influence

mystérieuse ». Feu intérieur encore, bien connu des adeptes de la

méditation yogique qui s'élève du niveau physico-chimique de la calcination au niveau astral du feu solaire pour redescendre à la quête du feu qui brûle en nous.

Les flammes du pentagramme dit encore O. Wirth, font allu-

sion à la puissance dont l'ouvrier dispose, si, maître de lui-même

et instruit des règles du grand Art, il

sait extérioriser son feu

intérieur, afin de le mettre en oeuvre au bénéfice de son travail

désintéressé.

Ainsi s'expliquent les actions à distance, analogues en vérité

pour l'aura (ou l'Etoile flamboyante) à ce que sont les rayons de

la lumière ou les ondes de la chaleur.

Ainsi en arrive-t-on à cette mise en application d'une télégra- phie sans fil, sans autre support matériel que les ondes que nous

émettons, à cette télépathie sur laquelle les savants russes et

américains poursuivent à l'heure actuelle, dans le plus grand secret, des expériences qu'on dit passionnantes.

Mais ne flamboie pas qui veut. N'est pas étoile qui en rêve.

et

il

est

L'esprit a subi une profonde involution dans la matière

difficile de s'en libérer. En fait la Franc-Maçonnerie est l'une des

rares voies où se trouve, dans son authenticité,

la tradition

la

plus pure. Mais si elle offre ses symboles il faut bien comprendre

que ce ne sont au départ que des outils. L'Etoile flamboyante n'est rien, tant que l'on n'a pas décidé de la faire surgir de notre gangue

charnelle. Nous souvenant de la leçon de Platon, cet autre initié,

qui enseignait que les dieux étoilés avaient créé les hommes et

que ceux-ci devaient retourner à leur étoile après la mort.

Serions-nous donc ces étoiles éteintes qu'il nous appartient,

Alors se vérifierait

la

initiés, de faire à nouveau flamboyer ?

« Tout ici-bas se passe comme en haut. Sur

le firmament qui enveloppe l'univers, nous voyons de nombreuses

figures formées par les étoiles et les planètes. Elles révèlent des

choses cachées et de profonds mystères. De même sur notre peau

qui entoure l'être humain, il existe des formes et des traits qui

sont les étoiles de nos corps «

parole du

Zohar «

l'être humain, il existe des formes et des traits qui sont les étoiles de nos corps
Et quand un maçon apprend à manier ce feu intérieur, celui-là même des vrais alchimistes

Et quand un maçon apprend à manier ce feu intérieur, celui-là

même des vrais alchimistes de naguère, c'est sur son aura qu'il

agit. Son aura qu'il doit purifier, régénérer, jusqu'à la rendre rayon-

nante de force, de sagesse, de beauté. Mais alors, ce maçon-là,

c'est un saint. C'est le véritable apôtre de l'Eglise du Paraclet

dont ont rêvé beaucoup de nos maîtres.

Pour l'heure (certainement), il ne s'agit que d'une voie à suivre,

d'une forêt à défricher. Avec l'aide de la science, la clairvoyance

de nos symboles, la ferme volonté de nos coeurs. Car

en ce

domaine, là encore les initiés ont précédé les savants, et peut-

être encore les techniciens. Mais tout vient en son heure. Et

demain des hommes, nos frères

peut-être, parleront de l'aura

comme nous parlions simplement de l'esprit

Ceux-là toutefois

car ceci

reste notre privilège

ne

sauront pas que c'est l'Etoile flamboyante qui nous avait montré

le chemin.

Espérer

Espérer, espérer. Ce mince filet d'eau

Qui coule au flanc de la montagne, humble ruisseau

Ou fleuve voyageur oublieux de la source,

N'a-t-il pas tout au long de sa chantante course

Le désir, l'espérance, hélas peut-être en vain,

D'aller grossir les flots d'un océan lointain ?

Méditer, travailler, se demander : demain, Saurai-je utilement me rendre plus humain ?

Faire ce qui ne fut au cours de l'âge tendre

Le parfum est exquis des roses de novembre

Puis il viendra le jour impossible à prévoir

Où nous apparaîtra l'immense abîme noir

Lors tout sera fini, notre chair sera morte,

Mais son souffle vivra dans le vent qui l'emporte.

Tout vouloir, Tout chanter J'ai voulu tout aimer, et je suis malheureux, Car j'ai de
Tout vouloir, Tout chanter J'ai voulu tout aimer, et je suis malheureux, Car j'ai de
Tout vouloir, Tout chanter J'ai voulu tout aimer, et je suis malheureux, Car j'ai de

Tout vouloir,

Tout chanter

J'ai voulu tout aimer,

et je suis malheureux,

Car j'ai de mes tourments multiplié les causes.

(SULLY PRUDHOMME

:

La Vie Intérieure).

les causes. (SULLY PRUDHOMME : La Vie Intérieure). Tout vouloir, tout chanter, tout saisir, tout aimer,

Tout vouloir, tout chanter, tout saisir, tout aimer,

Tendre les bras au ciel, au soleil, à la terre,

Tout voir beau, grand, sublime et digne de germer,

Subir l'ingratitude et sans haine se taire

Sentir qu'on est lié par d'innombrables fils

A tout ce qui murmure, à tout ce qui respire,

Et que les choses même ont des anneaux subtils

Pour nous mieux enchaîner à leur immense empire

Ne pas craindre pour soi les rudes coups du sort,

Mais souffrir pour autrui, pour toute la nature,

Et s'identifier à leur vie, à leur mort,

Comme un des éléments de leur architecture,

C'est d'un coeur généreux le problème et, déjà

Tel, qui s'en va portant son âme en quarantaine,

Comme un fardeau pesant, comme une lourde chaîne,

A le ciel dans les yeux et de l'or sur les bras.

Rester Jeune

C'est vouloir que l'esprit conserve ses vingt ans,

Même si les cheveux sont plus rares et blancs.

C'est sourire au matin comme un enfant qui chante,

S'émerveiller des soirs. Si la lune est absente

La créer pour soi-même et d'un ciel étoilé

Illuminer la nuit et l'horizon voilé.

Se nourrir de projets, d'illusions, de rêves,

Oublier que les ans «ont que des heures brèves,

Car il en est du temps comme de l'être aimé, Dont chaque instant grandit à nos yeux la beauté

Garder au coeur l'élan, l'amour, l'enthousiasme

L'âge affaiblit l'ardeur mais il

enrichit l'âme.

L'UTOPIE Le point de départ de l'Utopie est la chute telle qu'elle est décrite dans

L'UTOPIE

Le point de départ de l'Utopie est la chute telle qu'elle est

décrite dans la génèse car, c'est à partir de là que l'homme prend conscience de sa nudité, de son imperfection et c'est là donc que

commencera sa quête incessante d'un infini, d'un paradis perdu.

Cette condition fondamentale de l'homme c'est l'intuition du poète

plus que le raisonnement du philosophe qui nous la dépeint

borné

dans sa nature, infini dans ses voeux, l'homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux '. Lamartine. Cette dichotomie naturelle

chez l'homme déchiré entre deux pâles, Jean Servier, en Socio-

la cité tradition-

logue, la trouve dans un examen de la société :

nelle ayant été construite sur le plan mythique de l'univers, sa

pureté, c'est-à-dire sa fidélité au mythe, ne peut que s'altérer dans le temps malgré la répétition des rites de consécration. La Société

la répétition des rites de consécration. La Société k traditionnelle cherche à se rapprocher de la

k

traditionnelle cherche à se rapprocher de la perfection des origines

et à prolonger le moment primordial de sa fondation.

*

Partant d'une analyse sociologique, Jean Servier, constate

l'impossibilité où se trouve l'homme des civilisations tradition-

nelles de penser objectivement pour rejoindre

ginelle

nous dirons l'Lltopie

la perfection ori-

tellement il confond les lois et

les coutumes avec une nécessité plus puissante que les dieux

mêmes selon l'expression de Platon.

21

Cette réflexion qui débouche sur l'utopie n'est possible qu'en

temps de crise spirituelle, sociale ou économique. Chez Platon

et les philosophes grecs en pareille période, c'est

e désir de

restructuration « de la Cité afin d'être plus fort à l'avenir. On

ne songe pas à la cité parfaite dans l'univers connu

E OIKOU-

MENE

qui engloberait Grecs et Barbares, comme plus tard Saint

Paul voudra abolir les barrières entre JLIifs et Gentils. C'est donc

le christianisme qui fait éclater le concept de la cité tradition-

nelle repliée sur elle-même en unissant les hommes dans un

même amour

Cette utopie

comment peut-on aimer les Perses

quand on est Grec

est fondée sur la fraternité humaine, le

mépris des richesses, c'est le règne nouveau que prêchent les

apôtres du christianisme primitif. Jean XXI!l qui reprendra cette

idée d'une OIKOUMENE tolérante et fraternelle

Maçons ne seraient pas exclus je le rappelle

où les Francs-

ne fait que rejoin-

dre l'Utopie initiale. Cette utopie qui est présente chez l'homme

d'Etat,

le

penseur, l'industriel, l'homme d'église, le

révolution-

rêvent de transformation du monde

sans parfois savoir qu'ils ont un dénominateLr commun. Voici

naire, chez tous ceux qui

comment Jean Servier décrit ce rêve utopique. «Elle est avant tout une volonté de retour aux structures immuables d'une cité

traditionnelle dont ils se veulent les maîtres éclairés, une cité se

dressant par delà les eaux troubles du rêve, comme une île au

bout de l'océan, comme la cité de l'homme délivré de ses angoisses

au bout de la nuit «.

Les premiers à

nous fournir une application concrète de

l'idéal utopique à la cité sont les Grecs. Hippodamos qu'Aristote décrit ainsi :' Hippodamos, fils d'Euryphon. citoyen de Milet, celui

qui inventa le tracé géométrique des villes et découpa le Pirée

en damier

« est au dire de Jean Servier non seulement le premier

urbaniste de son époque mais aussi le premier architecte qui ait

eu l'occasion de rebâtir des villes entières et de jeter du même

coup les grandes lignes d'une constitution.

Ce qui nous intéresse chez Hippodarnos de Milet c'est qu'on

l'appelait OIKOUMENE c'est-à-dire le spécialiste des phénomènes

célestes dont la tâche était de relier la vie citadine à l'harmonie cosmique. C'est ici qu'intervient la notion d'utopie car si le mot

grec OIKOUMENE veut dire au sens propre celui qui disserte sur les corps OLI les phénomènes célestes, nous savons qu'au sens

figuré tel qu'on le retrouve dans

e Cratyle de Platon ce mot

signifie celui qui disserte à perte de vue, qui se perd dans les

nuages, d'où l'Utopie.

Nous voyons apparaître chez les Milésiens qui tracent les

ATLANTIS,

l'Atlantide,

premières cartes du monde connu, E OIKOUMENE, la terre des

hommes aux lignes impeccables, le symbole de la

raison et, à

c'est-à-dire

l'inconnu, le rêve.

côté, comme en opposition,

Toutefois l'Utopie Platonicienne, elle, appelle certaines réser-

ves. Pour Platon l'utopie passe par la cité emblême de la raison.

la cité grecque du type milésien. L'Atlantide qui, à notre sens,

symbolise mieux l'utopie est considérée comme l'antithèse de cet

idéal. Pour comprendre

cela il faut examiner la conception toute

personnelle qu'avait Platon de la cité idéale. Dans La République,

Platon donne sa vision rationaliste de la stratification sociale

les chefs sont en or, ceux qui exécutent les ordres d'argent, les

laboureurs et les autres de fer et d'airain. La famille doit être

supprimée, l'instinct sexuel ne peut être satisfait que sous

contrôle de l'Etat et les citoyens reproduits (il

terme ici)

selon un eugénisme qui

bétail.

le

n'y a pas d'autre

fait penser à l'élevage du

Que La République de Platon ait été admirée sur le plan

« a écrit Bertrand Russell

politique par des gens respectables

est peut-être l'exemple le plus frappant de snobisme littéraire

dans l'histoire.

Dans cette cité platonicienne, il ne saurait être question de

rêve. L'Atlantide, cité du rêve est l'opposée d'Athènes, cité de

la raison.

rêve est l'opposée d'Athènes, cité de la raison. la Comment les choses pourraient-elles être autrement car

la

Comment les choses pourraient-elles être autrement car dans

l'esprit de Platon, cette île perdue a abrité les amours du dieu et

de la déesse Clito dans une union libre qui eut pour fruits deux

enfants tous nés en dehors de tout contrôle étatique

la

Mais

guerre de Troie, des

la

principe politique est

l'Atlantide rappelle aussi l'Orient (de Perses) mais surtout l'Orient dont le

monarchie de droit divin face à Athènes, le rempart de la démo-

cratie. Au-delà de l'opposition de l'Orient et de l'Occident dont

René Guenon a suffisamment démontré l'humanité, ce qu'il importe

de constater ici c'est le fossé que Platon creuse entre le rêve et

réalité.

Revenons maintenant à

la genèse au moment ou Libram/

Abraham reçoit la promesse de Dieu. Cette promesse n'est autre que la terre promise vers laquelle lsraèl s'est mis en marche pour

ne jamais s'arrêter. Si cette marche est éternelle car l'homme

infini dans ses voeux reste borné dans sa nature, elle passe par

un mieux être social, par un bonheur terrestre dans un pays où

la force

d'Israêl dans les combats de tous ordres que ce peuple mènera

par la suite.

coulent le lait et le miel. Cette utopie spirituelle sera

Cependant, cet heureux mariage de la cité terrestre et de la

cité céleste dans l'ancien testament semble être un sujet de

conflits

dans

le

monde judéo-chrétien des

premiers

siècles.

Saint Augustin les oppose de manière formelle

ont fait deux cités

Dieu a fait la cité terrestre

«.

:

Deux amours

l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de

soi a fait la cité céleste, l'amour de soi poussé jusqu'au mépris de

Mais cette opposition n'est que

le reflet de la vieille opposition entre Athènes et l'Atlantide qui

va se matérialiser dans le monde occidental par la cité terrestre

matérialiste et jouisseuse et la cité spirituelle, celle de la frater-

nité humaine et de

l'amour qui

je cite encore Jean Servier -

sera « le rêve de tous les révolutionnaires même lors qu'ils croiront

avoir rejeté le Christ.

Ce rêve se manifeste en Occident déjà sous Charlemagne

quand

on

assimile

l'empire

carolingien

à

une

manifestation

concrète du concept augListinien de la cité de Dieu. Ceci donnera

lieu dans les siècles qui suivront à des entreprises telles que les

Croisades et la colonisation

de cette richesse spirituelle

son souci est d'ordre spirituel. Apparemment,

: la vulgarisation mondiale en sorte

Quand Urbain li prêche la croisade,

la terre que vous

habitez

déclare-t-il

cette terre, fermée de tous côtés par des

mers et des montagnes, tient à l'étroit votre trop nombreuse

population ;

elle est dénuée de richesses et fournit à peine la

nourriture à ceux qui la cultivent. C'est pour cela que vous vous

déchirez et dévorez à l'envi, que vous vous combattez, que vous

24

la cultivent. C'est pour cela que vous vous déchirez et dévorez à l'envi, que vous vous
la cultivent. C'est pour cela que vous vous déchirez et dévorez à l'envi, que vous vous

vous massacrez les uns les autres. Apaisez donc vos haines et

prenez la route du Saint Sépulcre

(J. Servier)

Le souci spirituel, apparent ici, cache bien des préoccupations

démographiques et politiques. L'attrait des richesses et trésors

de l'Orient n'y est pas absent. Le rêve spirituel

et

la

réalité

matérielle se trouvent étroitement liés au Moyen Age. L'utopie

serait plutôt l'affaire de ceux qui ont soif de justice sociale et

qui se précipiteront sur les chemins de la Croisade en Guenilles,.

une piétaille à l'assaut d'une utopie spirituelle qui les délivrera

de leur misère spirituelle et matérielle. C'est ainsi que s'exprime

R. Le BertoLine (le Contrefait) dans le conte satirique de Rutebuf.

J'aimerais étrangler les nobles et les prêtres jusqu'au dernier.

De braves travailleurs fabriquent le pain d'orge mais jamais ils

ne l'ont sous la dent; ils ne recueillent que le son, et du bon vin, ils

ne boivent que la lie et de bons habits ils n'ont que les dépouilles.

Tout ce qui est bon et savoureux va aux nobles et aux prêtres.

Ce que les croisades sont pour le Moyen Age, l'ère des grandes

découvertes qu'inaugure Christophe Colomb, le sera pour la Renais-

sance. Jean Servier écrit :

La cruauté d'un Cortez ou d'un Pizarre

ne reflète pas uniquement une vilaine âme. Leur cupidité leur est

dictée par des rois exigeants et, au delà, par la volonté de l'Europe

de répondre, à un volume plus important de transactions, par une

masse suffisante de métaux précieux «. Cet aspect si matériel

des choses revêt alors les couleurs châtoyantes du rêve utopique

sous les tropiques, c'est la recherche de l'Eldorado.

Cette notion de Terre Promise adaptée aux besoins de ce

monde ne se concrétisera pas au Pays de l'Eldorado, c'est-à-dire

en Amérique Latine catholique mais en Amérique du Nord protes-

tante, avec les premiers colons puritains de Nouvelle Angleterre

un siècle plus tard. Car c'est là comme beaucoup s'accordent à

le reconnaître que prend naissance le capitalisme américain par le

souffle qui lui donne vie, c'est-à-dire cette conception protestante

qui veut que les biens de ce monde soient une bénédiction de

Dieu. Toute l'énergie que l'on reconnaît dans le capitalisme améri-

cain des temps modernes a pour origine de toute évidence une utopie spirituelle.

Mais les Grands Penseurs de la Renaissance évitant le piège

de la richesse inviteront les hommes à voguer sur les eaux du

rêve qui reprend ses droits vers le Pays de Nulle part, ce seront

T. More et F. Rabelais.

L'oeuvre de F. Rabelais s'insère dans une structure socio-

politique où les grandes monarchies se dressent contre l'autorité

du Pape et de l'Empereur. En 1513, Nicholas Machiavel a déjà écrit

Le Prince. Thomas More publiera l'Utopie trois années plus tard en

1516. Lorsque l'on se met à lire les oeuvres de Rabelais (publiées

pour la première fois entre 1532 et 1534), l'Europe connaît les

effets de la Réforme et de la Renaissance, c'est-à-dire de l'huma-

nisme. L'Abbaye de Thélèrne est le rêve humaniste de la tolérance

et du libéralisme dont la devise résume la philosophie : Fais ce que tu voudras. Ceci rappelle Saint Augustin, aime et fais ce que

la règle monastique est quelque peu bousculée à

Thélème, c'est que le monachisme de

la Renaissance asservis-

tu veux. Si

sait plus qu'il n'édifiait et Rabelais a voulu troLiver la fraternité

au-delà de ces contraintes qui réduisaient l'homme plLitôt qu'elles ne l'élevaient. C'est une véritable libération que propose Rabelais. li écrit : « Parce que gens libérés, bien nés, bien instruits, conver-

sant en compagnies honnêtes,

ont par nature un instinct

et

aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux et retiré de vice

lequel ils nommaient honneur

Nous n'avons pas de peine, je crois, à reconnaître le dynamique

des gens libres conversant en honnête compagnie

Le libéralisme foncier de F. Rabelais l'empêchera de prendre

parti dans la querelle des protestants (les Papefigues) et les Catho-

liques (les Papimanes), estimant sans doute que la vérité ne se

trouvait pas exclusivement d'un seul côté

n'en point posséder «. C'est bien le sens du libéralisme humaniste

Notre vérité c'est de

rabelaisien.

Nous notons chez Rabelais

la thématique du voyage

:

Pan-

tagruel voguant sur la mer pour visiter l'oracle de la dive bouteille.

Ce thème dii voyage sur l'eau est un leitmotiv de la littérature

utopique : les Argonautes et la Toison d'or, la recherche de l'Eldo- rado, Robinson Crusoé, Gulliver et jusqu'à la conquête spatiale. On

le retrouve également dans l'Utopie de Th. More.

Crusoé, Gulliver et jusqu'à la conquête spatiale. On le retrouve également dans l'Utopie de Th. More.

Il me semble que dans toute analyse de l'Utopie de Sir Th. More,

on ne peut passer sous silence deux dominantes : premièrement que

c'est une oeuvre où la religion est présente car elle est écrite par

quelqu'un qui mourra martyr de sa foi et dont le nom figure en

martyroloçjie de l'Eglise Catholique et, deuxièmement, que la vision

politique du Chancelier d'Angleterre y est manifeste. Si certains y

ont vu la première oeuvre de polémique communiste, on comprend

pourquoi.

La première édition de l'Utopie est publiée en 1516 dans l'ori-

ginal

latin. Les Anglais en général

la connaissent de nos jours

dans une traduction de 1557. Quand l'auteur de la traduction la

plus récente, Paul Turner, annonça à des amis anglais qu'il tra-

duisait Th. More, beaucoup, d'un air étonné, lui ont demandé

en quelle langue

?

Assez curieusement, l'Europe de la Renaissance, elle, connais-

sait mieux l'utopie. Les grands noms de la Renaissance tels Pierre

Gilles ou Erasme l'avaient lu. Un évêque anglais très sensible à

l'actualité littéraire de l'époque n'avait-il pas entrepris de se faire

nommer évêque d'utopie ?

Le livre est divisé en deux parties. La première est un dialogue

entre Th. More qui s'était rendu aux Pays-Bas en mission pour le

Roi Henri VIII et Raphaêl, célèbre navigateur qui avait voyagé en

compagnie d'Américo-Vespucci, et qui par conséquent donnait au

voyage un aspect d'actualité. L'Amérique avait été découverte une

vingtaine d'années auparavant, les lecteurs d'alors étaient tout

prêts à ajouter foi à ce genre de récit.

Th. More tout en donnant un caractère vraisemblable à son livre

pour sauver les apparences littéraires d'une part, tente, d'autre

part, d'envelopper ses personnages comme le pays qu'il décrit

d'un voile. Raphaèl (Dieu a guéri) applique une thérapeutique aux

maux de l'Angleterre par l'invitation au voyage utopique, mais il

est aussi, d'après l'étymologie de son nom de famille, celui qui

dit des bétises. Utopie, l'île, se situe nulle part. Est-ce une précau-

tion dans cette Angleterre des Tudors où l'on tranchait les têtes

si aisément ? On peut le

croire

Mais au-delà de la forme du

récit, ce qui nous intéresse c'est le contenu.

27

Raphaêl raconte à Th. More comment il visita l'Angleterre et engagea une discussion avec un
Raphaêl raconte à Th. More comment il visita l'Angleterre et engagea une discussion avec un

Raphaêl raconte à Th. More comment il visita l'Angleterre et

engagea une discussion avec un certain homme de loi sur la peine

capitale pour vol. Je pense qu'il n'est pas superflu de vous trans-

mettre son argumentation qui, on a peine à le croire, date du xvie

siècle.

Sous ce rapport, vous autres anglais, comme la plupart

des autres nations, me rappelez les pédagogues incompétents qui

préfèrent donner des coups de canne à leurs élèves plutôt que de

les enseigner. Au lieu d'impliquer ces punitions horribles, il serait

plus indiqué de donner à chacun quelque moyen de subsistance de sorte que personne ne se trouve dans l'affreuse nécessité de

devenir d'abord tin voleur et puis un cadavre.

Venant d'un des plus éminents personnages d'Angleterre dont les revenus étaient substantiels cela atteste d'une vision sociale et politique peu commune.

Raphaèl, qui est le porte-parole de

'auteur en quelque sorte,

aborde cette question terrible pour l'époque

nier moutons mangent

les hommes c'est-à-dire les troupeaLix de dus en plus nombreux

des nobles et de certains écclésiastiques. Ces moutons non seule-

ment réduisent la sLlperficie de terre cultivable, mais leurs proprié-

taires clôturent ces vastes champs, ne laissant rien à l'agriculture, gagne-pain des petites gens. Cette question sera posée quelques

siècles plus tard dans un aLitre contexte géographique, aux Etats- Unis, mais le problème est le même (1). Raphaél poursuit son idée

et souligne les conséqLlences sociales désastreuses de cet exode

rural : le vagabondage, l'oisiveté, la mendicité dans les villes.

En d'autres mots dit Raphaél vous créez des voleLirs que vous punissez après pour vol ! Comme remède à ce mal social, Raphaêl

propose un système inspiré du droit romain. Il cite cette forme de

servitude pénale qu'est le travail dans les mines et carrières où

les prisonniers étaient logés et nourris [2). Une sorte de libérali-

Il semble bien que l'Angleterre de

sation des peines judiciaires.

ce début du XVl siècle ignorait ou passait sous silence cet aspect

du droit romain.

Le problème des clôtures, des fils barbelés qui ont illustré beaucoup

de

«

westerns

Au lieu

d'être tout simplement soumis à la peine capitale.

L'entretien entre Raphaêl et Th. More se poursuit et ils abor-

brûlante d'alors

les choses

la propriété privée. Voici

à dire vrai, mon cher More,

dent une autre question

comment Raphaêl voit

je

ne vois pas comment vous obtiendriez une vraie justice ou la

prospérité aussi longtemps que la propriété privée existe et tout

est évalué en terme d'argent «. L'argument de Th. More qui fait

l'avocat du diable est de lui opposer l'absence de motivation qui résulterait d'un système où la propriété privée serait abolie et où

chacun compterait sur son voisin pour travailler à sa place. A

ceci, Raphaèl ne donne pas une réponse directe car peut-être

il

n'y en a pas, mais il cite l'Utopie car,

dit-il, si vous m'aviez

accompagné en Utopie vous auriez constaté que c'est possible I Cette invitation à l'utopie est une invitation au dépassement des idées arrêtées et une ouverture de l'intelligence aux possibilités

la Maçonnerie.

C'est dans la deuxième partie du livre que Th. More nous

:

Autrement

donne un aperçu de l'application pratique de ces théories. Tout d'abord, au gouvernement où aucune décision n'est adoptée le

jour où elle est proposée et Raphaèl s'explique

quelqu'un pourrait dire la première chose qui lui vient à l'esprit

et puis se mettre à penser à des arguments pour justifier ce qu'il

a dit au lieu de décider de ce qui convient le mieux à la commu-

nauté. Une telle personne est tout à fait capable de sacrifier le

public pour son propre prestige tout simplement parce que, aussi absurde que cela puisse paraître, elle a honte d'admettre que sa

première idée aurait pû être fausse

ceci alors que sa première

pensée aurait dû être de réfléchir avant de parler «. Nous mesurons,

j'en suis persuadé, la sagesse d'une telle attitude

Une telle sagesse politique se traduit dans le quotidien. Les

à

l'école. Si un enfant désire

enfants apprennent l'agriculture

apprendre un métier on l'adopte dans une famille qui pratique le

métier qu'il veut apprendre. Mais on peut se demander comment

ce pays qui connaît des journées de travail de six heures peut

être si florissant. Raphaèl l'explique par le fait que tout le monde

travaille en Utopie et que le faisant pour le bien de la communauté

sans motif de profit, la production dépasse largement la consom-

fait remarquer que dans bien des pays les femmes ne

population est

mation. Il

travaillent pas, c'est-à-dire que

inactive, je cite

:

la

moitié de

la

Et puis il y a tous les écclésiastiques et les

quelle quantité de ? Ajoutez les riches, particulièrement les propriétaires fonciers communément appelés nobles et
quelle quantité de ? Ajoutez les riches, particulièrement les propriétaires fonciers communément appelés nobles et

quelle quantité de

? Ajoutez les riches, particulièrement les

propriétaires fonciers communément appelés nobles et gentils-

Membres des prétendus ordres religieux

travail fournissent-ils

finalement ajoutez à la liste

les mendiants qui sont en parfaite santé mais qui prétendent être

malades afin de faire excuser leur paresse. Quand vous les aurez comptés, vous serez étonnés de constater combien peu de gens

produisent ce que le genre humain consomme

hommes. Incluez leurs domestiques

Chose étonnante en ce pays, ils ne contraignent jamais les

gens à travailler indûment car le but principal de leur économie

est de donner à chaque personne autant de temps libre de toute

corvée que le permettent les besoins de la communauté de sorte

qu'il puisse cultiver son esprit, ce qu'ils considèrent comme le

secret d'une vie heureuse.

Nous constatons aussi que les hôpitaux se trouvent à l'extérieur

des parties de la ville afin de faciliter l'isolation des malades er

cas d'épidémie. Ces hôpitaux conçus en petites unités sont bien dirigés, l'équipement médical ne manque pas, les infirmières sont consciencieuses et avenantes, les médecins nombreux et acces-

sibles,

e résultat est que les utopiens bien que n'y étant pas

contraints préfèrent se rendre à l'hôpital plutôt que de rester chez

eux quand ils sont malades. Quand on pense aux conditions épou-

vantables des londoniens pendant la

exactement 150 ans après la publication de ce livre, on peut se demander pourquoi l'Angleterre n'a pas su faire usage des idées d'un homme politique d'une telle sagacité

peste qui sévit à Londres

Les utopiens n'attachent pas d'importance au

raffinement

vestimentaire. Après tout, disent-ils, le mouton qui porta la laine

de tel costume n'était autre qu'un mouton. Comme tout

pense ainsi, la question du vêtement est simplifiée et le luxe dis-

paraît. Ils méprisent l'or car ils considèrent que l'or n'a de valeur que parce que les gens le veulent bien. Il suffit de lui ôter sa

valeur artificielle pour que le fer devienne plus utile que lui. Pour

un peuple

eux, tout ce qui est naturel est bon. La religion qui est faite d'un

ascétisme morose n'est pas la leur, ils veulent vivre la leur dans la joie. Leur principe est que nous devons d'abord aimer Dieu qui

nous a créés et à qui nous devons notre vie et notre capacité

d'être heureux et ensuite que nous devons vivre aussi aisément et joyeusement que possible en aidant notre prochain à faire de

même.

Les mariages ne sont conclus qu'après examen corporel mutuel.

Je m'explique. Le fiancé chaperonné par une dame d'âge res-

pectable examine la fiancée, la fiancée accompagnée d'un monsieur

convenable fait de même pour

le fiancé. Raphaèl prévient les

rieurs en leur soumettant l'argument suivant. Si vous achetez un

cheval sur lequel vous ne misez qu'une petite somme d'argent vous l'examinez complètement. Et quand vous choisissez une compagne

pour la vie, poursuit-il, pour le meilleur et pour le pire, vous vous

contentez de quelques centimètres de visage. Pour bien saisir cet

argument, il faut connaître le costLlme des Tudor, cela va de soi.

En Utopie, on traite les fous avec douceur et bienveillance. Grande

sagesse s'il

en fut,

car

il

suffit de penser à l'Angleterre de

Ch. Dickens, trois siècles plus tard, où ces malheureux étaient

enfermés et battus pour nous rendre compte de la vision sociale

de More.

La franchise qui règne en Utopie fait qu'il

n'existe pas de

cour de justice à proprement parler.

Il n'y existe aucun code de

loi. Le citoyen s'adresse au juge et lui expose fraternellement son

cas. Cette franchise simplifie la procédure et évite les subtilités

de la justice traditionnelle. Les fonctionnaires utopiens ne peuvent

être corrompus, l'argent ne

leur étant d'aucune

utilité.

Ils

ne

comprennent pas que les nations aient à signer des traités. Les

être humains ne sont-ils pas des alliés naturels ? Si quelqu'un

ne sont-ils pas des alliés naturels ? Si quelqu'un ignore ce bien fondamental accordera-t-il beaucoup

ignore ce bien fondamental accordera-t-il beaucoup d'importance à des mots qui le lient aux autres ?

Les utopiens ne signent pas de traité,

ouverture sur

la nécessité. Cette grande

ils

n'en voient pas

le plan politique se

traduit par le plan religieux par la tolérance, un des principes les

plus anciens d'Utopie.

Cette attitude si positive envers la vie est la même envers

la mort. La mort est une étape joyeuse de la vie car l'homme va

rejoindre Dieu. Ici

je voudrais citer un exemple, la propre mort

de Th. More. Comme il montait l'escalier branlant de l'échafaud

où il allait être décapité, il demanda à l'officier de l'aider : « J e
où il allait être décapité, il demanda à l'officier de l'aider : « J e

où il allait être décapité, il demanda à l'officier de l'aider : « Je

vous prie, Messire Lieutenant, aidez-moi à monter je me chargerai

de descendre tout seul

grande sérénité.

«, humour qui est le reflet d'une très

I

En guise de conclusion, je voudrais poser une question. Celle-

ci : pourquoi les hommes ont-ils été tentés à travers les siècles par

ces deux philosophies

visions du monde qui ne sont rien pour le profane, mais

'Utopie et

:

la Franc-Maçonnerie. Deux

tout pour

l'initié. Pourquoi ?

pour le profane, mais ' U t o p i e e t : la Franc-Maçonnerie.
pour le profane, mais ' U t o p i e e t : la Franc-Maçonnerie.

de la Solidarité

L'interlocuteur

Vous n'en voudrez pas, j'en suis sûr, à un interlocuteur de bonne foi de

poser, à vous-même et à vos Frères de la Grande Loge de France, une question qui peut paraître embarrassante, voire même insidieuse

Le Franc-Maçon

Je vous écoute avec le plus grand intérêt

Merci, Monsieur! Vous n'ignorez pas qu'à l'heure actuelle, à travers le

monde, on invoque à tort et à travers le principe de la Solidarité, en tant que règle de conduite entre peuples plus et moins favorisés, plus et moins déve-

loppés.

Comment pourrions-nous

l'ignorer

?

Or, il se trouve que certains Etats en détresse en appellent aux pays nantis

valoir

l'intérêt

de ces derniers

à

accorder leur assistance -

la solidarité

:

au

si on ne nous aide pas, cela se traduira finalement par la guerre

Trois solidarités différentes sont ainsi

violent.

en faisant

intérêt qui peut se traduire par des transactions commerciales et financières,

par des crédits, des emprunts, des missions éducatrices, des stages de forma-

tion, en somme par des échanges profitables aux deux parties. D'autres peuples

sous-développés se réclament du principe humanitaire, de

fond, ils demandent exactement les mêmes services que ceux que j'ai décrits

en premier, mais avec une motivation différente. Un troisième groupe se fait

menaçant :

ou quelque autre phénomène

évoquées

: celle des intérêts, puis la solidarité humaine, enfin la solidarité

devant un péril mortel. Quelle attitude ado ptez.vous, en tant que Francs-Maçons,

vous qui avez depuis des siècles pratiqué un genre de solidarité inspiré avant

tout par des considérations éthiques et morales ?

En effet, votre question embarrasserait bien des gens

Essayons donc,

ensemble, de voir plus clair. J'ai l'impression que sous un même vocable, on

entend des comportements fort différents les uns des autres. Ce que nous

pouvons tenter avec quelques chances de succès, c'est de clarifier les idées,

ainsi que les termes employés pour

les

exprimer.

La

solidarité

pratiquée

par les Francs-Maçons pourrait nous servir d'étalon de mesure et d'évaluation.

Ce serait déjà fort utile

Alors commençons par déblayer

le

terrain

posons

les

jalons d'une

structure logique

; et voyons l'édifice que nous pouvons y construire.

35

Vous considérez donc vos méthodes traditionnelles comme aptes à être appliquées à un problème très
Vous considérez donc vos méthodes traditionnelles comme aptes à être appliquées à un problème très

Vous considérez donc vos méthodes traditionnelles comme aptes à être

appliquées à un problème très moderne ?

En lui-même, le problème ne comporte rien de fondamentalement neuf

le temps, c'est

la technique à laquelle on peut avoir

;

aux autres paliers de

la

l'action com-

la même espèce - non structurée

davantage organisée

la

fourmilière, mais où

exclusivement

en

chez les

insectes

le système de

les

cause. Chez

les premières

mani-

ce qui a changé avec

recours pour lui apporter des solutions. Constatons d'emblée que nous avons

affaire à quelque chose de typiquement humain

nature, nous trouvons bien ce qu'on appelle l'instinct grégaire,

mune d'un certain nombre d'unités de

chez les animaux vivant en troupeaux, excepté peut-être pour le chef de file

qui sert de guide ou de veilleur de la ruche, de la termitière ou de

reproduction

est

principalement

sinon

hommes, par contre, un acte conscient intervient dès

festations de la vie à deux ou à plusieurs

l'interdépendance

t

le couple, puis la

fait

village, la peuplade, le peuple

prennent conscience du

et son déroulement.

appelons cela provisoirement

la tribu,

le clan,

le

famille, plus tard

et aujoLlrd'hui l'espèce humaine toLit entière

que sans

un minimum de comportement

combiné, la vie de tous et de chacun est menacée dans son fonctionnement

r

Nous sommes encore dans le domaine de la sociologie.

L'aspect change à partir du moment où des règles de comportement

instituées. Dans la

Aime ton

sont

est

Bible, nous rencontrons sans tarder le commandement

aime-le comme toi-même

aime-le parce

qu'il

«

prochain

l'enfant d'une même paternité ou maternité divines

Or, simultanément

pas comme toi,

naît la notion d'ennemi - la notion décrivant celui qui n'est

qui n'a pas de liens familiaux avec toi, qui appartient à LIne autre collectivité

locale, tribale, sociopolitique, raciale

dépens, et qu'à tout prendre

Dernière étape

n'importe quel

la notion de

titre,

I'

l'ennemi parce qu'il entend vivre à tes

de lui

obéir.

est préférable de l'asservir que

«

Autre

«, celui

qui se distingue de toi à

tu peux établir des rapports bons ou

et avec lequel

, ou le sien.

mauvais, selon ton choix

Nous n'avons pas encore quitté le plan général.

Mais nous nous

en

rapprochons.

Constatant que

l'homme

qu'il

se trouve

se propose

sera

constatant

continuellement placé devant un choix quant aux rapports

d'entretenir avec ses semblables, mais qu'en même temps, ce choix

différent selon les êtres humains auxquels

il aura à faire face

en outre que le meilleur choix sera celui qui minimisera les périls et maxi-

misera

les

chances

et

constatant

enfin

que

le

obtenable lorsqu'une certaine équité se sera établie

résultat

optimal

sera

entre

les hommes de

toutes descriptions, le Franc-Maçon proclame, en un raccoLirci simplificateur,

cette règle de conduite

toi-même

t

«

Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fît

à

I

I

N'est-ce point une simplification quelque peu arbitraire

?

Nous avons

le souci de couvrir toutes

les motivations concevables, de

parer à tous les périls qui peuvent se présenter et de nous ouvrir à toutes

les chances d'un résultat heureux. Mais cela ne nous dispense aucunement

de la nécessité d'examiner avec le plus grand soin les conditions d'applica-

tion de notre règle. Nous nous évertuons donc à en faire un apprentissage

sérieux.

Faites-vous allusion à la solidarité entre Francs-Maçons ?

Non

si vous entendez par là une limitation quelconque au profit des

oui

si nous procédons du simple au complexe,

membres de notre Ordre

d'

du microcosme représenté par la Loge jusqu'au macroscosme représenté par

l'humanité tout entière.

Je ne vous comprends pas encore très bien

Voyez-vous, nous avons prévu, dans

la

l'un

structure de nos Ateliers, une

des nôtres qui

prend

le

première importance sans laquelle notre Ordre serait impen-

titre

fonction de la

sable

cette fonction est exercée par

hospitalier ». Son devoir consiste à dépister tout ce qui peut être une

(à commencer par ceux de

la

Loge), à

source de malheur pour un Frère

communion avec le président de

avec d'autres Frères.

Il

alerte,

le

'Entraide Fraternelle.

chercher les moyens d'y porter remède, à mobiliser les forces nécessaires

à cet effet, à en contrôler l'entrée en jeu et le déploiement, Il

la

Loge et,

si

agit en étroite

fait

sentir,

le besoin s'en

cas échéant, l'Orphelinat Maçonnique ou

Y a-t-il des limites à cette action ?

Naturellement. Mais contrairement à ce que croient nos détracteurs, notre action ne s'arrête pas aux frontières de la Franc-Maçonnerie. Elle prend seule-

ment des formes différentes. Ainsi, lorsqu'un malheur dépasse, en proportion

et en étendue, ce à quoi une Loge peut porter remède de par ses propres

forces, c'est la Grande Loge, autrement dit

intervient.

la fédération de toutes les Loges

La Grande Loge compte parmi ses officiers

de l'Obédience, qui

un Grand Hospitalier lequel, à l'échelle de la collectivité, se charge des actes

de solidarité requis.

Même au profit rie non-Maçons

?

Souvent au profit de non-Maçons

Quand quelque part dans

e monde,

se produit une catastrophe naturelle ou que, pour toLite autre raison, une

il

appartient essentiellement

il

aide matérielle ou morale devient nécessaire,

au Grand Hospitalier, au nom de la Grande Loge tout entière, de s'en charger.

Nous évitons par là l'éparpillement des efforts, les retards dans l'exécution de

nos décisions et la

revendication de mérites personnels déplacés.

Je suis tout disposé à vous croire, Monsieur

- à une condition, cepen-

que vous me disiez comment la Franc-Maçonnerie s'y prend pour remé-

dant

dier aux maux qui, de nos jours, causent de si graves souffrances aux hommes

de moindre développement, aux peuples éloignés, aux systèmes réfractaires à la pénétration occidentale. Vos méthodes ne deviennent-elles pas vite inap-

plicables,

soit devant la gravité,

soit devant l'importance des problèmes à

résoudre ?

Je serais tenté d'affirmer le contraire. Nous n'avons pas attendu les confé- rences internationales qui ont été organisées, au cours des dernières années,

pour traiter des problèmes de la faim dans le monde, du surpeuplement, de l'énergie, de l'environnement et de bien d'autres. Nous avons sensibilisé nos

Frères pour que chacun, ayant pris conscience de l'enjeu humanitaire, cherche

Il

est vrai que notre Obé-

aux

instances

les moyens à sa disposition pour y faire face.

dience n'a guère adressé de rapports hautement techniques

compétentes pour recommander des solutions que nous aurions

inventées

mais

retard que

nous-mêmes. Notre sphère d'action se situe dans un cadre plus large

elle commence seulement à se dessiner avec netteté

l'on peut constater, voire déplorer.

d'où

le

Comment la voyez-vous, cette sphère d'action spécifique? Dans le motif qui vous a inspiré, vous, Monsieur, quand vous êtes venu

: dans la nécessité de voir clair et de voir juste. Je ne

me voir aujourd'hui

prétends pas que nous soyons déjà arrivés à des résultats spectaculaires et

mirifiques

: nous croyons seulement nous être engagés dans la

,

voie

qui

correspond le mieux à nos principes

tions.

en même temps qu'à vos préoccupa-

C'est-à-dire ?

Nous avons constaté que le terme même de « solidarité

« ne réussit pas

ce

cette

à entraîner une action assez puissante ni à inspirer les responsables dans

qu'ils doivent entreprendre. A qui la faute ? Ou encore, à quoi attribuer

carence ? Que vous preniez les exhortations pontificales ou les recomman-

dations du secrétaire général des Nations Unies, les

des gouvernements de toutes tendances, ou

des auteurs jouissant de l'audience

programmes politiques

encore les oeuvres généreuses

et je n'oublie pas les

la plus large,

déclarations faites maintes et maintes fols par les Francs-Maçons eux-mêmes -

il se produit toujours ceci

:

on demande aux hommes, à tous les échelons

civiques et à tous les niveaux philosophiques, de faire quelque chose qui n'est

pas inscrit dans leur nature profonde. Vous n'avez pas besoin de dire :

à ta faim

dites

« Au lieu de manger à ta faim, partage avec celui qui

ou encore

quoi se nourrir

Mange

« Chacun le fera dans la mesure de ses possibilités. Mais vous

n'a pas de

Au lieu de gaspiller ou de laisser chômer tes

« Et on ne vous écoute

Tu te sacrifies volontiers pour

« ne rencontre qu'un écho

moyens, donne-les à celui qui n'en dispose pas

pas

Inutile de dire

« Aime tes proches !

Aime ton prochain

l

ta famille. Mais suggérer

faible et insuffisant. Pourquoi, mon ami ? Pourquoi ?

Vous me prenez au dépourvu

Eh bien, parce que vous ne savez pas

vous ne savez pas, ou vous ne

vous

vous ne vous rendez pas compte,

Vous préconisez

liberté,

Vous vous compor-

la

voulez pas savoir, que les hommes se conditionnent les uns les autres

oubliez en quoi chacun dépend des autres et

de ce fait, que les autres dépendent de vous

soit

mais vous oubliez les liens, les rapports obligatoires

tez comme des enfants pour qui

d'apprentissage, sans prendre conscience de ce

la vie est faite de jeux et de contraintes

que cela impose

à

leurs

parents et leurs éducateurs

Et vous en concluez ?

Quand une branche tombe de l'arbre ou qu'une automobile

piéton, vous avez recours aux lois de

renverse un

la

physique pour vous l'expliquer -

périls

matériels

ou qu'un autre est privé de

vous allez même mettre en garde vos enfants contre les

qui les menacent. Quand un homme meurt de faim

toute affection, vous incriminez

, quoi exactement ? les lois de la société

I

Mais cette société, c'est vous-même, c'est Toi et Lui et Elle

à tort ou pèchent par omission

tant que membres de la société

,

ou qui ignorent comment

et Moi qui agissent

se comporter en

! A mesure que notre vie devient plus complexe,

en

plus

notre interdépendance s'accroit, et nous ressentons avec de plus

38

s'accroit, e t n o u s r e s s e n t o n
s'accroit, e t n o u s r e s s e n t o n

F

t

d'acuité les carences humaines qui causent les souffrances des autres êtres

éternellement, ou peut-il y avoir un changement?

humains

!

Cela durera-t-il

Dites-le moi Vous ne m'avez pas encore convaincu

Vous devez vous en convaincre vous-même. Croyez-vous

si

elle

n'avait pas reconnu

les

lois

qu'il

existerait

une Franc-Maçonnerie

de l'interdépen-

dance des hommes ? Croyez-vous que nous préconiserions et pratiquerions

elle ne nous paraissait pas comme une nécessité ? Croyez-

la Fraternité si

vous que la notion même de solidarité subsisterait parmi nous si nous n'étions

pas convaincus de ses vertus, au sens

le plus élevé du terme ?

Est-ce à dire que vous donnez une forme et un contenu nouveaux à des

nécessités humaines que la plupart des hommes ne reconnaissent pas comme telles ?

Soyons modestes

: disons que nous allons dans cette direction, mais

qu'il nous reste encore beaucoup de chemin à faire. Je ne tiens absolument

pas à ce que la Franc-Maçonnerie se pare de vertus qu'elle

nettement définies et suffisamment approfondies jusqu'ici. Aucun miracle ne

se produira, vraisemblablement. La seule promesse réside dans l'effort.

n'a pas assez

J'en reviens donc à ma question initiale : la Franc-Maçonnerie croit-elle pouvoir agir efficacement dans le sens de la solidarité entre les hommes et

les peuples, /es races et les classes ?

la composent et selon l'accom-

Vous

la jugerez selon les hommes qui

laquelle

plissement de l'oeuvre à

ils se sont voués.

SEPTEMBRE 1975

39

L'HRSIE DE MANÈS

Connaissez-vous MANES ? Ce nom ne vous dit rien

?

li s'agit d'un homme qui naquit au deuxième siècle à Mardin, un village

du Kurdistan, et dont la tête était pleine à la fois de textes bibliques et de

légendes persanes,

Il

ne se prenait pour rien moins que le Saint-Esprit et,

conçut pour expliquer l'homme et

la

voulant concilier sa double croyance, il création une théorie étrange,

Il fonda même une école, que dis-je une école

sa

sainte

personne,

douze

prêchaient son évangile.

apôtres,

assistés

de

l

une église. Autour de

soixante-douze

évêques,

Durant des siècles, celui-ci se répandit dans l'Orient et le Moyen-Orient.

Certains y voient même l'origine des croyances cathares et albigeoises qui

furent étouffées par le feu des bûchers,

Pourquoi donc évoquer un si vieux personnage ?

- Parce que, comme beaucoup de nos contemporains, vous êtes peut-

être, sans le savoir, un moderne émule de MANES.

A la lecture de votre quotidien du matin, à l'audition des nouvelles que

la radio vous apporte à midi ou au spectacle de votre journal télévisé du soir,

vous frémissez,

à

juste

titre,

d'indignation en apprenant que de paisibles

boutiques ont été saccagées, qu'une mère de famille a trouvé la mort dans

un accident d'auto volontairement provoqué, qu'un employé de bureau a été

tué à coups de matraque dans le métro, que des otages attendent dans un

bureau de banque assiégé par la police ou dans un coin perdu de désert,

la libération ou la mort,

Devant cette violence répandue à tous les niveaux et à tous les instants

Ceux qui

de la vie quotidienne, ne vous est-il pas advenu de vous écrier :

font cela sont des démons, il faut les abattre sur

pris, et sans jugement, comme des chiens enragés. «

le champ dès qu'ils sont

Si une telle pensée a un jour traversé votre esprit, vous avez commis

l'hérésie de MANES.

p

qu'ils sont Si une telle pensée a un jour traversé votre esprit, vous avez commis l'hérésie
MANES posait en postulat l'existence de deux p r i n c i p e

MANES posait en postulat

l'existence de deux

principes

contraires

le bien et le mal synthétisés par la lumière et les ténèbres, l'esprit et

matière, le Dieu bon et le Diable.

la

Un combat sans merci s'engagea entre ces deux forces antagoniques et

de

la

lumière lorsque le bon

les ténèbres étaient sur le point de triompher

Dieu imagina de créer l'Homme. Celui-ci, doté de toutes les perfections, allait

combattre à ses côtés pour le triomphe du bien sur le mal.

Hélas, cet homme créé fLit vaincu par ses besoins naturels : la concupis-

cence et

gouverné par

l'envie firent de lui le prisonnier de la matière et il est, depuis lors,

l'esprit du mal.

MANES et ses disciples,

les

auditeurs et

les

parfaits,

la

salut pour cet homme déchu que dans une évasion de

jeûne, la prière et les chants sacrés.

ne voyaient de

matière par

le

L'oeuvre de rédemption entreprise par Jésus devait trouver son achève-

ment dans le renoncement à toute existence matérielle et le retour à l'esprit

créateur.

Si vous croyez au dualisme inconciliable dLI bien et du mal, du blanc et

la matière, du créateur et de

la

création, de

la

du noir, de l'esprit et de

science et de la morale, alors à votre insu, mais sans le moindre doute. vous

êtes manichéen.

Dès lors, vous ne pouvez trouver de satisfaction que dans l'abandon de

votre vie terrestre, c'est-à-dire, en clair, dans la mort.

Si au contraire vous désirez découvrir ou donner un sens à votre existence,

à celle des aïeux qui vous ont engendré depuis la nuit des temps et à celle

de votre descendance, il vous faut opter pour la vie, c'est-à-dire pour l'action.

Car vivre ce n'est pas subir, c'est agir,

Vous êtes-vous demandé pourquoi

les sociétés contemporaines sont en

proie à un phénomène de décivilisation inouï ?

L'histoire

des

sociétés comme celle

des

individus

triple loi de progrès

: expansion. organisation, sélection.

s'inscrit

dans une

Or,

il

semble que les groupes humains traditionnels soient en train de

se dissocier, de se déliter, de se décomposer. Les uns tirent à hue, les autres

à dia. Au lieu de se conjuquer, les efforts se dispersent et se contrarient. Ceux

et rebuffades. Ceux

qui

travaillent ne recueillent que sarcasmes, critiques

qui essaient de réfléchir en sont empêchés par ceux qui hurlent. Ceux qui

agissent sont freinés. Ceux qui

foule dont les courants s'annihilent et rendent vains leurs efforts. Les idées constructives sont noyées à la fois dans les routines et

innovations farfelues.

voudraient avancer sont bloqués

par

une

les

Les démarches de progrès sont ruinées par le défaitisme, les et le désordre des esprits.
Les démarches de progrès sont ruinées par le défaitisme, les et le désordre des esprits.

Les démarches de progrès sont ruinées par le défaitisme, les et le désordre des esprits.

préjugés

Pourquoi

?

Est-ce parce que durant ce XX siècle nous avons été trop combles ou

au contraire trop malheureux, trop nantis ou trop pauvres, parce que les inéga-

lités sont trop criantes ou le nivellement excessif, parce que nous avons trop

de liberté ou pas assez ?

- Qui

est

responsable de

ce

déplorable

état

de chose,

/e système

ou le psychisme, la société ou l'homme, la collectivité ou l'individu, la fatalité

ou vous-même

?

Autrement dit, subissez-vous un état de fait imputable au monde extérieur ou au contraire un état d'âme collectif dont chacun de nous est comptable ?

*

**

L'idée que je puisse insinuer que vous avez une parcelle de responsabilité dans une attaque de banque, une agression ou une prise d'otage vous révolte,

dites-vous ?

Eh

bien

!

calmez

votre

indignation

et

réfléchissons

ensemble.

Etes-vous bien certain d'avoir toLijours fait ce que vous pouviez, ce que vous deviez pour maintenir un équilibre social dont la rupture mettrait en péril votre liberté, vos conditions de vie et peut-être votre existence et celle

des êtres que vous aimez ?

N'avez-vous pas contribué par votre comportement de tous les jours à

créer ce climat de violence que vous dénoncez maintenant ?

Vous êtes

libre, donc responsable. Vous êtes aLitonome, donc solidaire.

cadre de

Votre

responsabilité

et

votre

solidarité

dépassent largement

le

votre famille, de votre cité et de votre nation. Elles s'étendent à tous les mem-

bres de la communauté humaine,

Si vous pouvez aller et venir, manger, dormir et faire l'amour c'est grâce

à l'énergie créatrice de milliers d'inventeurs, grâce aussi au travail de millions

d'hommes et de femmes qui, jour après jour, contribuent à votre confort et à

votre sécurité.

Dans votre travail, dans vos loisirs, dans votre vie familiale, dans vos

activités diverses, éprouvez-vous toujours un sentiment de gratitude et de

fraternité profonde à l'égard des êtres qui vous entourent et du bien-être qu'ils

créent continuellement pour vous ?

Ne vous insurgez-vous pas souvent in petto contre les multiples contraintes

que vous impose la promiscuité grandissante de la vie en société, et incons-

ciemment n'avez-vous pas fait vôtre cette amère boutade égoïste à prétention

philosophique

L'enfer, c'est les autres » ?

En ronchonnant à tout propos contre les moindres événements qui vous

contrarient n'avez-vous pas contribué à créer ce climat d'aigreur et de défiance

qui empoisonne les rapports sociaux actuels ?

Bien mieux, n'avez-vous jamais détourné la tête et continué votre chemin

en voyant un passant attaqué dans la rue par un voyou, de crainte de prendre

un mauvais coup, alors qu'avec les dizaines d'indifférents pressés qui vous

vous eût suffi de vous approcher pour mettre

le

malfrat en

jamais,

en voyant une

voiture

en

panne

sur

l'autoroute,

entouraient il

?

N'avez-vous

fuite

appuyé sur l'accélérateur plutôt que de vous arrêter à un poste téléphonique

pour appeler un dépanneur, de crainte d'arriver à l'étape quelques minutes

plus tard que vous ne l'aviez prévu ?

N'avez-vous jamais fui lâchement à la vue d'un accident de crainte d'être

impliqué comme témoin dans une procédure ennuyeuse ?

** *

Vous me dites que vous vous acquittez de votre devoir de charité en

cotisant régulièrement à telle, telle et telle oeuvre philanthropique. C'est bien,

mais ce n'est rien Les hommes ne vivent pas seLilement de pain, lis vivent aussi d'amour.

!

d'amour.

Eh oui

Et c'est souvent lorsqu'ils ont trop de pain et pas assez d'amour qu'ils

deviennent méchants et violents.

Perdus dans une foule indifférente, ils surcompensent leur solitude par

biens matériels.

attaqué

une

un appétit boulimique de plus en plus dévorant pour les

Vous

n'êtes

pas un ange parce que vous

n'avez jamais

épicerie, et ceux qui prennent des otages pour se procurer à tout prix cet

argent par lequel ils croient follement acheter le bonheur qui les fuit, ne sont

pas des démons.

Ils sont faits de la même pâte que vous-même.

N'y avez-vous pas songé, quand avec stupéfaction vous avez appris que le conducteur du stock-car meurtrier assassinant de sang-froid une innocente jeune femme, n'était qu'un pauvre petit manchot probablement frustré d'affec-

tion ?

Seriez-vous étonné d'apprendre que le voyageur du métro que vous avez

laissé sanglant sur le quai après une attaque à laquelle vous aviez assisté

impavide, est sorti

le lendemain dans la rue avec un revolver, pour tirer sur

la

tous ceux qui ressembleraient de près ou de loin à ses agresseurs de

veille ?

*

**

Ne vous méprenez pas sur mon propos. Tenter d'expliquer ne signifie ni accepter ni excuser. Les actes de violence sont injustifiables. Leurs auteurs,

quels qu'en soient les motifs ou les mobiles, en portent la responsabilité première

et on ne saurait y substituer celle d'une société, entité morale et abstraite,

dont on oublie trop volontiers que son climat général n'est que la résultante

des tendances des individus qui la composent.

L'hérédité et l'éducation ne sont, en vérité, que peu de chose face à la

contraire aboutit à

liberté, donc de toute dignité, à faire de chacun

volonté d'un être conscient et raisonnable. Prétendre le

priver l'homme de toute

de nous un irresponsable, donc un esclave,

Je voudrais simplement vous pénétrer de l'idée que, comme membre de

cette société, vous ne pouvez vous en abstraire et la juger de l'extérieur sans

démissionner de votre condition humaine, Vous ne pouvez à la fois tout attendre

d'elle et ne rien lui apporter.

Ma seule ambition est de tracer, face au portrait de l'homme objet, égoïste, irresponsable, revendicatif et pleurnichard, la silhouette de l'initié, libre, éclairé,

présent et agissant.

Celui-là croit qu'en fournissant ses quarante heures de travail, en payant

ses impôts et en faisant la charité de quelques sous il

grande famille des hommes. Celui-ci en revanche, sait qu'il n'a jamais fini de

est quitte envers la

s'acquitter de sa dette de reconnaissance envers ses semblables, ceux du

passé, du présent et du futur, et qu'il

matériel mais aussi sa présence cordiale, son sourire, son réconfort et son

amour. Un geste de compassion apporte mille fois plus qu'un don matériel,

leur doit, non seulement son concours

si généreux, soit-il.

Car si parfois « l'enfer c'est les autres

le paradis lui-même n'est qu'un désert.

, on peut dire que, sans les autres,

Il

est grand temps que nous prenions tous nettement conscience de la

de

la

morale formelle

«, par ce précepte

de

la

morale

nécessité très actuelle de compléter l'adage négatif

Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fît

positif qui constitue depuis toujours l'unique commandement

maçonnique

:

Commence par faire pour autrui tout ce que tu souhaiterais

que l'on fît pour toi-même.

44

: Commence par faire pour autrui tout ce que tu souhaiterais que l'on fît pour toi-même.

OCTOBRE 1975

LA COMPRÉHENSION DE L'AUTRE ET LA TOLÉRANCE Pour bien préciser le rôle de la Grande
LA COMPRÉHENSION DE L'AUTRE ET LA TOLÉRANCE Pour bien préciser le rôle de la Grande

LA COMPRÉHENSION

DE L'AUTRE

ET LA TOLÉRANCE

Pour bien préciser le rôle de la Grande Loge de France dans les divers

aspects de la pensée contemporaine,

il n'est sans doute pas

inutile,

sinon

de remonter à ses origines, du moins de s'arrêter un instant sur ses prin-

cipes fondamentaux dans leur plus récente rédaction, celle de 1968.

Dans notre Constitution, il

est proclamé que la Franc-Maçonnerie a pour

but essentiel , plan spirituel

l'amélioration constante de la condition humaine, tant sur le

et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel

«,

et

le

document ajoute

Dans la recherche constante de la vérité et de la justice

les

Francs-Maçons

n'acceptent

aucune

entrave

et

ne

s'assignent

aucune

limite.

»

la Grande Loge de France

s'efforcent de trouver la voie qui conduit au perfectionnement intellectuel et

individuellemennt et collectivement pour

diminuer au maximum possible la souffrance des humains et accroître ce que

nous appelons couramment leur bonheur.

moral de l'humanité et travaillent

C'est pour cela que les Francs-Maçons de

Nos rituels, nos coutumes, notre symbolisme, sont essentiellement des

moyens psychologiques pour nous préparer à cette recherche de la vérité et

de la justice.

** s

Mais d'abord qu'est la vérité ?

Suggérons la définition suivante

: la vérité est l'accord parfait entre une

affirmation de faits et toutes les expérimentations possibles.

Mais une affirmation n'est vraie et totale que dans un domaine donné,

dans un laps de temps donné et dans des conditions données. Elle ne peut

donc être universelle.

Ce que nous appelons habituellement la vérité n'est donc que la descrip- tion du réel
Ce que nous appelons habituellement la vérité n'est donc que la descrip- tion du réel

Ce que nous appelons habituellement la vérité n'est donc

que la descrip-

tion du

réel dans un domaine donné, dans un temps donné et dans des

conditions données.

Et le

réel est une vérité qui ne peut être que partielle ou provisoire

dans le temps et dans l'espace.

Nous devons donc être prudents dans nos affirmations et toujours prêts

à la critique. Car nos affirmations ne sont trop

pari avec plus ou moins de probabilités de vérité.

souvent que le résultat d'un

D'où cette prudence dans nos jugements. De ce fait, très souvent, dans

les jugements diffèrent de l'un

à

l'autre.

Chacun respecte

la

nos Loges

pensée d'autrui dans sa libre expression.

Chacun est libre de critiquer la pensée de ses frères mais doit surtout

remettre sur la sellette sa propre pensée.

Le Maçon, dans sa Loge, recherche la synthèse des diverses conceptions,

synthèse

qui

convient

le

mieux à

élaborer une

morale

d'action qui conduira au but envisagé.

et une condition

Notre travail consiste d'abord à exprimer nos conceptions

individuelles

le plus clairement et le plus concrètement possible,

écouter les conceptions des autres avec respect, certes, mais

d'esprit critique

Il consiste aussi à savoir

avec le plus

modifier honnêtement

possible,

Il

consiste enfin

à

savoir

son point de vue quand on a découvert des éléments cachés que l'on ne

soupçonnait pas et qui modifient nos conclusions.

Savoir raisonner correctement est aussi

un

grand sujet de méditation

logique sans

le savoir,

logique a ses fondements

dans nos Loges. Beaucoup de personnes font de la

comme M. JOURDAIN faisait de la prose. Mais la