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TR
1481

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Broch. SO110.411111■114

35
Pratique et
interprétation
de l'essai au bleu
de méthylène
en géotechnique
routière
Ministère des Transports
Centre de documentation
930, Chemin Ste-Foy
6e étage
Québec (Québec)
GIS «9

mi Transports
MI Québec
«RECHERCHES TRANSPORT»
NI° de codification: RTQ-86-11
Dans la foulée du livre blanc sur la politique
Auteur du rapport: québécoise de la recherche scientifique,
Paul Flon, ing. «Les voies de l'avenir», rapport de conjonc-
Laboratoire central ture sur la recherche-développement en
Direction générale du génie transport au Québec, a fait ressortir
Étude produite par le ministère l'urgence de consacrer des efforts particu-
des Transports du Québec. liers à la diffusion des résultats de
recherche.
«Recherches Transport» se veut une
réponse simple et concise à cet objectif
Pour obtenir un exemplaire du rapport: d'accessibilité à l'information scientifique.
Direction des communications
Jacques De Rome, directeur. Ce document technique s'adresse à toute
personne, entreprise ou institution dont les
Secrétariat de la rédaction: champs d'intérêt concernent les disciplines
700, boul. Saint-Cyrille Est reliées au transport. L'auteur de la recher-
Place Hauteville, 18e étage che présente lui-même un résumé clair de
Québec (QC) son travail.
G1R 5H1 (418) 643-7052
«Recherches Transport» est publié par la
Pour consultation: Direction des communications du ministère
Centre de documentation des Transports pour le compte du Comité
700, boul. Saint-Cyrille Est ministériel de la recherche.
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Dépôt légal: 1er trimestre 1986


Bibliothèque nationale du Québec
ISSN 0228-5541
Composition: Composition Orléans inc.

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D4c(

Pratique et interprétation de l'essai au bleu


de méthylène en géotechnique routière
Introduction différence entre les quantités d'eau adsor-
Les travaux de recherche réalisés pendant bée, mais aussi entre les nombres de molé-
cules d'eau hydratée (eau de cristallisation),
l'été 1985 au Laboratoire central du M.T.Q.
et entre les degrés de cristallisation.
sur l'essai au bleu de méthylène, constituent
la suite logique d'études précédentes. La première source d'imprécision (la plus
grande) est mise en évidence par analyse
La dernière (Bulletin Coup d'oeil, volume 9, thermogravimétrique; on l'élimine en
n° 1) avait montré qu'il existe pour les argi- séchant le produit à 110°C pendant 24 heu-
les Champlain une relation entre la valeur res, juste avant la préparation de la solution.
de bleu trouvée par l'essai et le pourcentage Le nombre de molécules d'eau hydratée est
de particules fines donné par l'analyse sédi- aussi déterminé par analyse thermogravi-
mentométrique. Elle a permis en particulier métrique; ce nombre est 2, 3, 4 ou 5, et on
de limiter quelque peu le nombre d'essais doit choisir le produit qui a le moins de molé-
sédimentométriques effectués au Labora- cules (c'est-à-dire le plus pur). Si ce nom-
toire central, et d'avoir une idée un peu plus bre de molécules est élevé (5 par exemple),
précise de la teneur en argile des échantil- il n'est pas conseillé de tenter de le réduire
lons testés. en chauffant le produit à plus de 110°C; une
La présente étude précise les limites d'uti- telle procédure risquerait de le dégrader au
lisation de l'essai dans le domaine des sols point qu'il ne puisse plus se solubiliser. Il est
et des granulats, à l'aide d'une précision et donc préférable de se procurer un autre pro-
d'une interprétation encore meilleures. Le duit plus pur, tout au moins identique à celui
mode d'emploi de l'essai a ainsi été adapté, dont on s'était servi auparavant. La troi-
et l'influence sur le résultat d'essai de cer- sième source d'imprécision s'apprécie par
tains facteurs, comme le pH de l'échantil- diffraction des rayons X; c'est l'échantillon
lon de sol, est mieux connue. le mieux cristallisé, avec des pics bien défi-
nis et le moins possible de raies satellites
Procédure d'essai autour des pics majeurs, qui est préféré.
2.1 Préparation de la solution Toute cette procédure doit être suivie à la
de bleu de méthylène lettre par tout laboratoire qui prépare la solu-
tion pour la première fois; en effet, il est
À partir du processus établi selon la norme essentiel que la concentration s'approche le
BNQ 2560-255, une procédure plus précise plus possible de 10 , puisque c'est pour
a été mise au point au Laboratoire central. cette concentration précise que le calcul de
Une grande minutie doit être apportée à la la valeur de bleu s'applique. A titre d'exem-
préparation de la solution de bleu de méthy- ple une perte d'humidité de 10% obtenue
lène, car la qualité des cristaux de bleu de par séchage à 110°C (pourcentage qui a
méthylène que l'on achète dans le com- déjà été rencontré au Laboratoire central),
merce varie d'un endroit à l'autre. La varia- indique que la concentration faite avec ce
tion la plus importante est due à la produit non séché au préalable, aurait été
Pei

'13rocAN, 3
de 9 g a au lieu de 10 ; cette erreur se mise) des deux dilutions en fonction de la
serait répercutée sur la valeur de bleu, qui concentration, à partir d'un bleu de méthy-
aurait été surestimée de 10%. lène à humidité ambiante; la nouvelle con-
centration est égale à l'ancienne (10 g)
Comme il est possible d'atteindre mainte- multipliée par le rapport des pentes des
nant une meilleure précision sur l'exécution
deux droites, de l'ancien produit sur le
de l'essai (paragraphe suivant), il faut aussi
nouveau.
chercher à éliminer les autres sources
d'imprécision. En fait, la norme BNQ Figure 2: Tracer la relation concentration de
2560-255 ne précisait pas le degré de pureté bleu (g/e) versus valeur de bleu, pour le
des cristaux de bleu employés; la norme nouveau produit. La valeur de bleu d'un
pouvait s'appliquer de la même façon avec échantillon étalon (argile type koalin), qui
un bleu «solide» comprenant par exemple avait été trouvée avec l'ancien produit dosé
5% d'eau adsorbée et 4 molécules d'eau de à 10 g/f,, permet à l'aide du graphique, de
cristallisation, à condition que tous les pra- lire la concentration recherchée. La courbe
ticiens utilisent ce même produit, ce qui est peut quand même être tracée pour l'ancien
impensable. La nouvelle norme proposera produit ce qui précise la bonne valeur de
donc de fixer la pureté du bleu: aucune bleu de l'échantillon étalon pour la concen-
perte d'humidité par séchage à 110°C et tration de 10 .
deux molécules d'eau de cristallisation (eau On insistera en dernier lieu sur l'importance
faisant partie de la structure du cristal, de mélanger de nouveau la solution de bleu
même à 110°C). de méthylène avant chaque utilisation, en
remuant le flacon ou à l'aide d'un agitateur,
Il n'est pas nécessaire de repasser par toute si nécessaire.
la procédure décrite plus haut à chaque
nouvelle préparation. Si le nouveau produit
est de la même marque, on se contentera 2.2 Exécution de l'essai
de le sécher à 110°C pendant 24 heures, La nouvelle pratique de l'essai au bleu a fait
et on vérifiera sa dilution en la comparant l'objet d'une demande de révision de la
à celle de l'ancien produit. Il suffit pour cela norme BNQ 2560-255. Elle portera sur les
de déterminer la valeur de bleu (VB) d'un points suivants: préparation de la solution
échantillon étalon (argile type kaolin par de bleu de méthylène, préparation de
exemple, de composition parfaitement éta- l'échantillon, dosage, mesure du pH.
blie), avec la nouvelle solution et avec
l'ancienne; l'écart entre les deux valeurs ne La différence entre les valeurs de bleu effec-
devra pas excéder 5%, pour deux opéra- tuées à partir d'un échantillon humide ou
teurs différents au moins. sec, est encore mal connue; les deux
méthodes sont envisagées, mais la méthode
Deux autres façons plus complexes ont été à sec nécessite, au préalable, une imbibi-
développées pour ajuster la nouvelle dilu- tion du sol d'au moins 24 heures. Pour aug-
tion à l'ancienne: menter la précision de l'essai sur les sols
Figure 1: À l'aide de mesures par spectro- moins argileux, on n'utilise que la fraction
photomètre, tracer les deux droites de passant le tamis 400 12m.
l'absorbance (c'est le logarithme du rapport Le principe du dosage reste le même, et la
des intensités lumineuses incidente et trans- saturation des particules de sol par les molé-

4
cules de bleu, est toujours détectée par le la routine avec un ruban de mesure à chan-
test de la tache. La dose de bleu injectée gement de couleur.
a par contre été adaptée au degré d'argile Avant de pouvoir fixer définitivement des
contenu dans l'échantillon. Pour un sol fai- limites précises de pH de l'échantillon, à
blement argileux, on utilise une petite partir desquelles on devra contester la vali-
burette de 10 cm 3 , avec une dose de 0,5 dité du résultat de l'essai au bleu, d'autres
cm 3; quand la saturation est proche (cette
classes de sol devront être étudiées, en par-
proximité étant appréciée d'après le temps
ticulier celles dont la valeur de bleu se situe
que l'auréole bleu clair prend pour disparaî- entre 0,1 et 2,0. Des analyses devront aussi
tre), on injecte une dose de 0,2 cm 3 . être réalisées sur des échantillons à phases
Si le degré d'argile contenue dans l'échan- minérales différentes, et pour différents pH
tillon n'a pas été évalué correctement au naturels. Notons que le pH dépend de la
départ, et que c'est la grosse burette de teneur en matières organiques, et que le
50 cm 3 qui a été employée (avec des résultat de l'essai au bleu sur un sol orga-
doses successives de 5 cm 3, puis 2 cm' ou nique doit donc être interprété avec beau-
1 cm 3), l'essai est repris avec la petite coup de précautions (cf. Boust et Privé,
burette, à condition que la valeur de bleu bulletin de liaison L.P.C., déc. 1984).
trouvée avec la grosse burette soit égale ou
inférieure à 0,3. 4) Recherche de la qualité et
quantité d'argile
Par ailleurs, il est recommandé d'effectuer
une mesure de pH de la solution de sol En premier lieu, on peut apprécier la qua-
avant essai, pour les raisons mentionnées lité de l'argile contenue dans l'échantillon
au paragraphe suivant. à l'aide de la valeur de bleu VB trouvée par
l'essai, puisqu'elle est fonction de l'activité
de la partie fine de l'échantillon (c'est-à-dire
3) Influence du pH de sa surface spécifique, de l'état de charge
La valeur de bleu peut être surestimée si le de cette surface, de relations physico-
pH de l'échantillon est suffisamment élevé. chimiques du milieu faisant intervenir par
Pour un sol très argileux (VB > 2), l'étude exemple la nature de l'eau interstitielle ou
montre (figures 3 et 4) que VB augmente la plasticité du sol).
avec le pH à partir de pH = 8 pour un sol à On a ensuite une idée de la quantité d'argile
VB = 3,3, à partir de pH = 9 pour un sol à en rapportant la valeur de bleu VB au tamis
VB = 2,0, et sans doute à partir d'un pH plus 4001.4m utilisé pour la préparation (on multi-
fort encore pour un sol à VB moindre. Pour plie VB par le pourcentage passant 400 pirn);
un sol très peu argileux, VB = 0,1 par exem- cette valeur VB„, tient compte de la pro-
ple (figure 5), le pH est supérieur à 12 avant portion de la partie fine de l'échantillon (argi-
que VB soit influencée. Selon le pH naturel leuse ou non) par rapport aux autreS
initial de l'échantillon, il est augmenté ou composantes.
abaissé (ou les deux) en ajoutant une base
(NaOH ou KOH), ou un acide (HCI ou La valeur de bleu reflète en fait à la fois la
H ,SO 4). Le pH est mesuré avec un qualité et la quantité de la fraction argileuse
pH-mètre pour fins d'étude, mais peut être d'un sol, mais ne pourra pas préciser si c'est
plus simplement déterminé dans le cas de de la kaolinite ou de la montmorillonite que

5
Figure 1: Absorbance de la dilution de deux différents produits en fonction de la concentration de la solution de bleu.
ABSORBANCE
1.0

2 3 4
Concentration (mg Le)
l'échantillon contient, ni la quantité exacte ont la même valeur de bleu, mais qui con-
de tel ou tel minéral, argileux, amorphe, ou tiennent 4% de kaolinite pour le premier,
inerte. Il ne s'agit donc pas de remplacer 2% d'illite pour le deuxième, et 1 % de
l'analyse minéralogique par l'essai au bleu. montmorillonite pour le dernier, lequel des
Par contre, si on a d'avance une idée des trois sera le plus nocif, c'est-à-dire le plus
différentes phases minérales que l'on peut préjudiciable à la stabilité de la chaussée.
trouver dans une région donnée, ou dans Mais si on associe la valeur de bleu de
une carrière donnée, la valeur de bleu sera l'échantillon de sol au comportement même
plus significative et plus facilement inter- de la chaussée construite avec ce sol, sous
prétable. forme d'une relation VB versus CBR par
exemple, on finira par trouver les trois seuils
En d'autres termes, l'essai au bleu ne de valeur de bleu à partir desquels on pourra
pourra pas décider parmi trois matériaux qui décider que chacun des trois matériaux pré-
Figure 2: Valeur de bleu d'une argile type kaolin (argile Darkbell) en fonction de la concentration de la solution de bleu.
CONCENTRATION DE BLEU (g/g)
30

26

22

18

14

10

6 --
+

2
2 3 4 5 6 7 8 9
VB

6
cités est trop pollué pour être utilisé en cons- d'ailleurs se poursuivre par des expériences
truction routière. Si les trois seuils sont in situ.
voisins, on en conclura que l'essai au bleu 5) L'essai au bleu comme critère
détermine globalement l'ensemble des deux de classification
paramètres, qualité et quantité; c'est en fait
l'impact de ces deux facteurs sur la stabi- Il est possible de donner des fourchettes de
lité de la chaussée, qui permet l'apprécia- valeurs de bleu VB 400 correspondantes
tion juste du degré de pollution des sables aux différents symboles de la classification
et graviers. unifiée. Il existe aussi des relations entre la
valeur de bleu VB„, et les pourcentages
La stabilité de la route est évaluée pour cha- de fines passant 5,2 et 11.4m, pour les sables
cune de ses couches, d'après différents cri- et graviers du Québec; la corrélation est net-
tères de qualité ou différents indices; tement moins bonne que pour celle qui a été
plusieurs pourront éventuellement être choi- établie pour les argiles de la mer Champlain,
sis. Les seuils de valeurs de bleu seront mais mérite qu'on y prête attention. Une
sans doute différents selon la qualité des compilation des données disponibles au
matériaux employés. Laboratoire central sera effectuée dans le
Si les matériaux ne contiennent pas de par- courant de l'année 1986.
ticules fines argileuses, mais beaucoup de La connaissance de la valeur de bleu (VB
particules fines inertes, la valeur de bleu et VB„,) s'ajoute aux autres paramètres de
sera faible; pourtant une trop grande quan- classification des sols, symbole de la clas-
tité de ces fines risque de compromettre le sification unifiée, limite de liquidité, indice
bon comportement de la chaussée; la de plasticité, pourcentage passant 801.4m,
recherche de cette limite va aussi faire etc.; VB et VB,„ permettront de classifier
l'objet d'une étude en laboratoire. Ces le sol selon son activité et selon sa teneur
divers projets de laboratoire pourront en particules fines.

Figure 3: Valeur de bleu d'un échantillon très argileux en fonction du pH de sa solution.


PH
13
pH initial de la solution de sol = 4,6
11

1
0 2 3 4 5 6 7
VB

7
Figure 4: Valeur de bleu d'un échantillon argileux en fonction du pH de sa solution.
pH
14

12
pH initial de la solution de sol = 7,7
10

0
0 2 3 4
VB
Figure 5 Valeur de bleu d'un échantillon non argileux en fonction du pH de sa solution.
PH
14

12
pH initial de la solution de sol = 11,5
10

6 -3-

0
0.0 2
VB

6) Conclusion d'utilisation des matériaux marginaux, ou de


Les possibilités actuelles de l'essai au bleu limiter au maximum les refus de bons maté-
de méthylène tel que pratiqué au Québec, riaux. Pour ce faire, un projet de recherche
montrent qu'il est appelé à devenir un outil est lancé au Laboratoire central pour défi-
très efficace dans l'appréciation de la teneur nir le seuil (ou les seuils selon le cas) de la
en argile des sols d'une région donnée, et valeur de bleu à partir duquel on pourra
en particulier dans la détermination du décider en meilleure connaissance de cause
degré de pollution des sables et graviers. de rejeter ou d'accepter un matériau donné.
Il est donc envisageable dans un avenir rap- MINIST RE ES TR NSPOR Sl
proché de pouvoir élargir les possibilités

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