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LUCIUS CAECILIUS FIRMIANUS


LACTANTIUS
DIVINAE INSTITUTIONES
LACTANCE
INSTITUTIONS DIVINES.

LIBER QUARTUS. LIVRE IV.


DE VERA SAPIENTIA ET DE LA VRAIE SAGESSE ET DE LA
RELIGIONE. VRAIE RELIGION.
CAPUT PRIMUM. De priore
hominum religione, et quomodo
error transfusus sit in omnem
aetatem, ac de septem Graeciae I. Quand je considère, empereur
sapientibus. Constantin, l'état des premiers temps, et
Cogitanti mihi, Constantine que je vois que la folie d'un siècle a
imperator, et cum animo meo saepe répandu de si épaisses ténèbres sur
reputanti priorem illum generis humani l'esprit des hommes qui oui vécu dans
statum, et mirum pariter, et indignum les siècles suivants, qu'ils se sont oubliés
videri solet, quod unius saeculi stultitia eux-mêmes jusqu'à chercher sur la terre
religiones varias suscipientis, deosque l'objet de leur culte et de leur bonheur,
multos esse credentis, in tantam subito au lieu de le chercher dans le ciel, je n'en
ignorationem sui ventum est, ut ablata conçois pas moins d'indignation que
ex oculis veritate, neque religio Dei veri d'étonnement : ce monstrueux
neque humanitatis ratio teneretur, dérèglement a changé leur félicité en
hominibus non in coelo summum bonum disgrâce, lorsque abandonnant Dieu,
quaerentibus, sed in terra. Quam ob l'auteur de toutes les créatures, ils ont
causam profecto saeculorum veterum commencé à adorer les ouvrages de
mutata felicitas est. Coeperunt enim, leurs mains. En se détournant du
relicto parente et constitutore omnium souverain bien, sous prétexte qu'il ne
Deo, insensibilia digitorum suorum peut être vu, touché ni compris, et en
figmenta venerari. Quae pravitas quid s'éloignant de la pratique des vertus par
effecerit, aut quid malorum attulerit, res lesquelles ils le pouvaient posséder, ils

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ipsa declarat. Aversi namque a summo ont recherché des dieux corruptibles et
bono, quod ideo beatum ac sempiternum fragiles, et, n'ayant soin que des choses
est, quia videri, tangi, comprehendi non qui peuvent servir à parer, à nourrir et à
potest, et a virtutibus ei bono réjouir le corps, ils sont tombés dans une
congruentibus, quae sunt aeque mort éternelle. Leur superstition a été
immortales, ad hos corruptos et fragiles accompagnée d'injustice et d'impiété;
deos lapsi, et studentes iis rebus, quibus car ayant tourné leur esprit aussi bien
solum corpus ornatur, alitur, delectatur, que leur visage vers la terre au lieu de
mortem sibi perpetuam cum diis et cum les tourner vers le ciel, ils se sont
bonis corporalibus quaesierunt; quia attachés à des religions et à des biens
morti corpus omne subjectum est. qui n'ont rien que de terrestre. C'est de
Insecuta est igitur hujusmodi religiones là que sont venues les querelles et les
injustitia et impietas, sicuti fuerat guerres, la mauvaise foi, et tous les
necesse. Desierunt enim vultus suos in crimes que la mauvaise foi traîne après
coelum tollere: sed deorsum mentes elle. Les hommes ont méprisé les biens
hominum depressae, terrenis ut éternels et incorruptibles, pour jouir des
religionibus, sic etiam bonis biens temporels et périssables, et ont
inhaerebant. Secutum est dissidium préféré le mal présent au bien à venir.
generis humani, et fraus, et nefas omne; Voilà comment, après a voir joui de la
quia spretis aeternis atque incorruptis lumière, ils ont été enveloppés de
bonis, quae sola debent ab homine ténèbres, et ce qui est plus étonnant,
concupisci, temporalia et brevia voilà comment ils ont commencé à se
maluerunt, majorque hominibus ad faire appeler sages aussitôt qu'ils ont
malum fides fuit, qui pravum recto, quia perdu la sagesse. Personne ne
praesentius fuerat praetulerunt. s'attribuait ce nom au temps auquel tout
Sic humanam vitam prioribus le monde le méritait. Plut à Dieu que,
saeculis in clarissima luce versatam maintenant qu'il est si rare, au lieu
caligo ac tenebrae comprehenderunt; et qu'autrefois il était si commun, ceux qui
quod huic pravitati congruens erat, le prennent sussent ce qu'il signifie ! ils
postquam sublata sapientia est, tum pourraient peut-être, par leur esprit, par
demum sibi homines sapientum nomen leur autorité et par leurs conseils, retirer
vendicare coeperunt. Tum autem nemo le peuple des erreurs et des vices où il
sapiens vocabatur, cum omnes erant. est engagé. Mais ils sont tous fort
Utinamque nomen illud aliquando éloignés de la sagesse, et la vanité avec
publicum, quamvis ad paucos redactum, laquelle ils en prennent le nom ne
tamen vim suam retineret. Possent enim montre que trop qu'ils n'en ont pas
fortasse pauci illi vel ingenio, vel l'effet. Avant néanmoins que la
auctoritate, vel assiduis hortamentis philosophie commune dont on parle tant

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liberare populum vitiis et erroribus. Sed fût inventée, on dit qu'il y a eu sept
adeo in totum sapientia occiderat, ut ex hommes qui, pour avoir recherché les
ipsa nominis arrogantia nullum eorum, premiers les secrets de la nature, ont
qui vocarentur, appareat fuisse mérité d'être appelés sages.
sapientem. Et tamen prius, quam haec Oh ! le malheureux siècle où il ne s'est
philosophia, quae dicitur esse, trouvé que sept tommes ! car nul n'est
inveniretur, septem fuisse traduntur, qui homme s'il n'est sage. Si tous les autres
primi omnium, quia de rebus naturalibus ont été fous, ces sept-là n'ont pas été
quaerere ac disputare sunt ausi, sages, parce que pour l'être en effet, il
sapientes haberi appellarique ne le faut pas être selon te jugement des
meruerunt. fous. Tant s'en faut qu'ils aient été
O miserum calamitosumque saeculum, sages, que, dans les siècles suivants, où
quo per orbem totum septem soli les sciences ont fait de notables progrès
fuerunt, qui hominum vocabulo et où elles ont été cultivées par
cierentur; nemo enim potest jure dici d'excellents esprits, la vérité n'a pu être
homo, nisi qui sapiens est. Sed si caeteri découverte! Depuis le temps de ces sept
omnes, praeter ipsos, stulti fuerunt, ne sages, les Grecs ont brûlé d'un désir
illi quidem sapientes, quia nemo sapiens incroyable d'apprendre, et au lieu
esse vere judicio stultorum potest. Adeo néanmoins de s'attribuer le nom superbe
ab his abfuit sapientia, ut ne postea de sages, ils se sont contentés de celui
quidem increscente doctrina, et multis d'amateurs de la sagesse. Ainsi ils ont
magnisque ingeniis in id ipsum semper couronné la folie et l'orgueil des autres,
intentis, potuerit perspici veritas et et ont reconnu en même temps leur
comprehendi. Nam post illorum septem propre ignorance; car toutes les fois
sapientum gloriam, incredibile est, qu'ils ont trouvé de l'obscurité dans les
quanto studio inquirendae veritatis questions qu'ils traitaient, et qu'ils ont
Graecia omnis exarserit. Ac primum, vu que la nature se couvrait comme d'un
nomen ipsum sapientiae arrogans voile pour les empêcher de pénétrer ses
putaverunt, seque non sapientes, sed secrets, ils ont avoué franchement qu'ils
studiosos sapientiae vocaverunt. Quo ne voyaient rien ; en quoi ils ont sans
facto, et illos, qui temere sapientum sibi doute été plus sages, en reconnaissant
nomen asciverant, erroris stultitiaeque leur peu de lumières et de suffisance,
damnaverunt, et se quoque ipsos que ceux qui se sont persuadés eux-
ignorantiae, quam quidem non mêmes de l'être.
diffitebantur. Nam ubicumque rerum
natura ingeniis eorum quasi manus
opposuerat, ne rationem possent
aliquam reddere, testificari solebant,

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nihil scire se, nihil cernere. Unde multo
sapientiores inveniuntur, qui se aliqua ex
parte viderunt, quam illi qui se sapere
crediderant.

CAPUT II. II.


Ubi quaerenda sit sapientia;
quare Pythagoras et Plato non
accesserunt ad Judaeos.
Quare, si neque illi fuere sapientes, Si les premiers qui ont pris le nom de
qui sunt appellati, neque posteriores, qui sages ne l'ont pas été en effet, et si les
non dubitaverunt insipientam confiteri: seconds qui n'ont point fait difficulté
quid superest, nisi ut alibi sit quaerenda d'avouer qu'ils ne l'étaient pas, ne
sapientia, quando non est, ubi l'étaient pas en effet, il s'ensuit
quaerebatur, inventa? Quid autem nécessairement qu'il faut chercher
putemus fuisse causae, cur tot ingeniis ailleurs la sagesse. D'où vient que tant
totque temporibus summo studio et d'excellents esprits qui l'ont cherchée
labore quaesita non reperiretur; nisi avec tant de soin, durant tant de siècles,
quod eam philosophi extra fines suos ne l'ont put trouver, si ce n'est qu'ils l'ont
quaesierunt? Qui quoniam peragratis et cherchée hors des limites où elle se
exploratis omnibus, nusquam ullam renferme? Ils ont fait divers voyages
sapientiam comprehenderunt, et alicubi pour découvrir le pays où elle s'était
esse illam necesse est; apparet, illic retirée; elle est cependant quelque part,
potissimum esse quaerendam, ubi et il est évident que Dieu, par un ordre
stultitiae titulus apparet; cujus incompréhensible, a caché ce trésor
velamento Deus, ne arcanum sui divini sous l'apparence de la folie. Je me suis
operis in propatulo esset, thesaurum souvent étonné de ce que Pythagore et
sapientiae ac veritatis abscondit. Unde Platon, qui sont allés jusqu'en Egypte et
equidem soleo mirari, quod cum en Perse pour apprendre les cérémonies
Pythagoras et postea Plato, amore et les mystères de la religion de ces
indagandae veritatis accensi, ad pays-là, sous lesquels ils se doutaient
Aegyptios, et Magos, et Persas usque que la sagesse était cachée, ne sont pas
penetrassent, ut earum gentium ritus et allés dans la Judée qui était plus proche
sacra cognoscerent (suspicabantur d'eux et où ils pouvaient uniquement
enim, sapientiam in religione versari) ad trouver la sagesse. Je me persuade qu'ils
Judaeos tamen non accesserint, penes en furent détournés par la divine
quos tunc solos erat, et quo facilius ire providence, de peur qu'ils ne connussent
potuissent. Sed aversos esse arbitror la vérité, parce que la justice de Dieu et

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divina providentia, ne scire possent la véritable religion devaient encore
veritatem; quia nondum fas erat alors être cachées aux étrangers. Dieu
alienigenis hominibus religionem Dei avait résolu d'envoyer dans les derniers
veri justitiamque notescere. Statuerat temps un grand maître, qui ôtât la vérité
enim Deus, appropinquante ultimo à la nation ingrate et perfide des Juifs
tempore, ducem magnum coelitus pour la révéler aux autres. C'est ce que
mittere, qui eam perfido ingratoque je me propose de faire voir dans ce livre-
populo ablatam, exteris gentibus ci, après néanmoins que j'aurai montré
revelaret. Qua de re in hoc libro la liaison directe qu'il y a entre la religion
aggrediar disputare, si prius ostendero, et la sagesse.
sapientiam cum religione sic cohaerere,
ut divelli utrumque non possit.

CAPUT III. III.


Sapientia et religio divelli non
possunt; necessarium est ut
naturae Dominus sit uniuscujusque
pater.
Deorum cultus, ut in priore libro
Le culte des dieux n'est nullement
docui, non habet sapientiam, non modo
conforme à la sagesse, comme je l'ai fait
quia divinum animal hominem terrenis
voir dans le premier livre, non seulement
fragilibusque substernit, sed quia nihil ibi
parce qu'il abaisse au-dessous des
disseritur, quod proficiat ad mores
créatures les plus terrestres l'homme,
excolendos vitamque formandam: nec
qui est descendu du ciel, mais aussi
habet inquisitionem aliquam veritatis,
parce qu'il ne contient aucunes maximes
sed tantummodo ritum colendi, qui non
qui servent à la réforme des mœurs et à
officio mentis, sed ministerio corporis
la conduite de la vie; et qu'au lieu de se
constat. Et ideo non est illa religio vera
rapporter à la connaissance de la vérité,
judicanda; quia nullis justitiae
il ne se termine qu'à un ministère
virtutisque praeceptis erudit efficitque
purement extérieur. Il n'appartient point
meliores. Ita philosophia, quia veram
à la véritable religion, parce qu'il ne
religionem, id est summam pietatem
donne aucun précepte de vertu et de
non habet, non est vera sapientia. Nam
justice, et ne nous rend point meilleurs.
si divinitas, quae gubernat hunc
La philosophie ne nous conduisant pas à
mundum, incredibili beneficentia genus
la religion, n'a garde de contenir la
hominum sustentat, et quasi paterna
sagesse. Dieu, qui gouverne le monde et
indulgentia fovet, vult profecto gratiam
qui comble continuellement les hommes
sibi referri, et honorem dari: nec

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constare homini ratio pietatis potest, si de ses bienfaits, veut qu'ils lui en
coelestibus beneficiis extiterit ingratus; rendent des actions de grâces: aussi n'y
quod non est utique sapientis. Quoniam a-t-il ni piété, ni sagesse sans
igitur, ut dixi, philosophia et religio reconnaissance. La philosophie et la
deorum disjuncta sunt, longeque religion sont séparées parmi les païens ;
discreta, si quidem alii sunt professores ceux qui font profession de s'adonner à
sapientiae, per quos utique ad deos non l'étude de la sagesse ne s'ingèrent point
aditur, alii religionis antistites, per quos du service des dieux, et ceux qui sont
sapere non discitur; apparet, nec illam employés au ministère des temples
esse veram sapientiam, nec hanc n'entreprennent point d'enseigner la
religionem. Idcirco nec philosophia sagesse. Il paraît par là qu'ils n'ont point
potuit veritatem comprehendere, nec de vraie sagesse ni de vraie religion.
religio deorum rationem sui, qua caret, Voilà pourquoi leur philosophie n'a pu
reddere. comprendre la vérité, et pourquoi leur
Ubi autem sapientia cum religione religion n'a pu rendre raison de son
inseparabili nexu cohaeret, utrumque culte, parce qu'il n'en a en effet aucune.
verum esse necesse est; quia et in Quand la sagesse et la religion sont
colendo sapere debemus, id est scire, unies, elles sont toutes deux véritables.
quid nobis et quomodo sit colendum, et Notre religion doit être éclairée; parce
in sapiendo colere, id est re et actu, quod que nous sommes obligés de connaître
scierimus, implere. Ubi ergo sapientia ce que nous adorons ; mais notre
cum religione conjungitur? Ibi scilicet, connaissance doit aussi être agissante,
ubi Deus colitur unus; ubi vita et actus c'est-à-dire qu'elle nous doit faire
omnis ad unum caput et ad unam pratiquer le bien que nous connaissons.
summam refertur; denique iidem sunt Mais où est-ce que la sagesse et la
doctores sapientiae, qui et Dei religion sont unies, si ce n'est où l'on
sacerdotes. n'adore qu'un Dieu, et où les prêtres qui
Nec tamen moveat quemquam, quia lui offrent des sacrifices enseignent la
saepe factum est, et fieri potest, ut sagesse ?
philosophus aliquis deorum suscipiat Que personne ne doute de la vérité de
sacerdotium: quod cum fit, non tamen ce que je dis, sous prétexte qu'il se peut
conjungitur philosophia cum religione; faire, et qu'il est même peut-être arrivé,
sed et philosophia inter sacra cessabit, que les philosophes ont été prêtres des
et religio, quando philosophia dieux. Alors la philosophie a été oisive
tractabitur. Illa enim religio muta est, durant l'exercice de la religion, et la
non tantum, quia mutorum est, sed quia religion est demeurée muette pendant
ritus ejus in manu et digitis est, non in que la philosophie a parlé. Cette religion-
corde, aut lingua, sicut nostra quae vera là est en effet muette, non seulement

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est. Idcirco et in sapientia religio, et in parce que les idoles qu'elle révère le
religione sapientia est. Ergo non potest sont, mais aussi parce que tout son
segregari; quia sapere nihil aliud est, nisi exercice consiste dans les mains et non
Deum verum justis ac piis cultibus dans la langue ni dans le cœur comme
honorare. Multorum autem deorum celui de la noire. La sagesse est parmi
cultus non esse secundum naturam, nous dans la religion, et la religion dans
etiam hoc argumento colligi potest et la sagesse : elles ne se séparent point.
comprehendi: Omnem Deum, qui ab Etre sage n'est autre chose que de
homine colitur, necesse est inter rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Pour
solemnes ritus et precationes patrem ce qui est du culte de plusieurs dieux, il
nuncupari, non tantum honoris gratia, est contraire à la nature, comme il est
verum etiam rationis; quod et antiquior aisé de le prouver par cet argument.
est homine, et quod vitam, salutem, Dans les prières que l'homme fait à Dieu,
victum praestat, ut pater. Itaque et il l'appelle père, et il en doit user ainsi
Jupiter a precantibus pater vocatur, et non seulement par honneur, mais par
Saturnus, et Janus, et Liber, et caeteri raison, parce que Dieu est supérieur à
deinceps; quod Lucilius in deorum l'homme, et qu'il lui donne la vie et les
concilio irridet: aliments qui la conservent.
Ut nemo sit nostrum, quin pater C'est donc pour cela que Jupiter,
optimus divum; Ut Neptunus pater, Saturne, Janus, Bacchus et les autres,
Liber, Saturnus pater, Mars, Janus , sont appelés pères par ceux qui les
Quirinus pater, nomen dicatur ad unum. prient, ce dont Lucilius se moque dans
Quod si natura non patitur, ut sint l'assemblée des dieux, comme d'une
unius hominis multi patres (ex uno enim extravagance qui rendrait les dieux les
procreatur) ergo deos etiam multos pères communs de tous les hommes et
colere contra naturam est, contraque tous les hommes les enfants communs
pietatem. de tous les dieux.
Unus igitur colendus est, qui potest Que s'il est contre la nature qu'un
vere pater nominari. Idem etiam homme ait plusieurs pères, il est contre
dominus sit necesse est; quia sicut la nature et contre la piété qu'il adore
potest indulgere, ita etiam coercere. plusieurs dieux;
Pater ideo appellandus est, quia nobis il ne doit adorer que celui qu'il peut
multa et magna largitur: dominus ideo, appeler véritablement son père et son
quia castigandi ac puniendi habet seigneur. Dieu est père parce qu'il
maximam potestatem. Dominum vero répand sur nous les biens en abondance;
eumdem esse, qui sit pater, etiam juris il est seigneur parce qu'il a un pouvoir
civilis ratio demonstrat. Quis enim absolu de nous châtier. Tout père est
poterit filios educare, nisi habeat in eos seigneur par le droit civil ; il ne pourrait

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domini potestatem? Nec immerito élever ses enfants s'il n'avait sur eux un
paterfamilias dicitur, licet tantum filios pouvoir absolu. C'est pour cela qu'on
habeat: vindelicet nomen patris appelle père de famille ceux mêmes qui
complectitur etiam servos, quia familias n'ont point d'enfants. Le nom de père
sequitur, et nomen familiae complectitur s'étend jusqu'aux esclaves, et le nom de
etiam filios, quia pater antecedit: unde famille s'étend jusqu'aux enfants. Le
apparet eumdem ipsum, et patrem esse même homme est le père de ses
servorum, et dominum filiorum. Denique esclaves et le seigneur de ses enfants; il
et filius manumittitur tamquam servus, affranchit son fils de sa puissance aussi
et servus liberatus patroni nomen bien que ses esclaves, et un esclave
accipit, tamquam filius. Quod si affranchi prend le nom de son patron, de
propterea paterfamilias nominatur, ut la même manière qu'un fils prend le nom
appareat eum duplici potestate de son père. On l'appelle père de famille
praeditum, quia et indulgere debet, quia pour marquer le double pouvoir qu'il a
pater est, et coercere, quia dominus; entre les mains, et pour l'avertir d'user
ergo idem servus est, qui et filius; idem quelquefois de l'indulgence d'un père, et
dominus, qui et pater. Sicut igitur quelquefois aussi de la rigueur d'un
naturae necessitate non potest esse nisi maître. L'esclave est comme le fils de
unus pater, ita nec dominus nisi unus; son maître, et le maître est comme le
quid enim faciat servus, si multi domini père de son esclave. Comme par l'ordre
diversa imperaverint? Ergo contra de la nature on ne peut avoir qu'un père,
rationem contraque naturam sunt on ne peut aussi avoir qu'un maître. Que
religiones multorum deorum; siquidem ferait un serviteur qui aurait plusieurs
nec patres multi possunt esse, nec maîtres, desquels il recevrait en même
domini: deos autem et patres, et temps des commandements différents?
dominos nuncupari necesse est. Le culte de plusieurs dieux est donc
Teneri ergo veritas non potest, ubi également contraire à la raison et à la
homo idem multis patribus dominisque nature, puisque les dieux doivent être
subjectus est, ubi animus in multa appelés et nos pères et nos seigneurs, et
dispersus, huc atque illuc divagatur. Nec qu'il est impossible que nous en ayons
habere ullam firmitatem religio potest, plusieurs.
quando certo et stabili domicilio caret. L'homme ne peut arriver à la
Cultus igitur deorum veri esse non connaissance de la vérité, quand il a
possunt, eodem modo, quo l'esprit partagé et qu'il obéit à plusieurs
matrimonium dici non potest, ubi mulier pères et à plusieurs maîtres. Une religion
una multos viros habet sed haec aut qui n'a point de demeure stable et
meretrix, aut adultera nominabitur; a certaine ne peut subsister. Le culte qui
qua enim pudor, castitas, fides abest, nous soumet à plusieurs dieux ne peut

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virtute careat necesse est. Sic et religio être véritable, non plus que le mariage
deorum impudica est incesta, quia fide qui lierait une femme à plusieurs
caret, quia honos ille instabilis et hommes. Ce ne serait pas une femme
incertus, caput atque originem non légitime, ce serait ou une adultère ou
habet. une prostituée qui n'aurait ni pudeur, ni
chasteté, ni fidélité, ni vertu. Ainsi la
religion qui sert plusieurs dieux est une
impudique et une infâme, qui n'a point
de fidélité et qui ne leur rend point
d'honneur certain ni solide.

CAPUT IV. IV.


De sapientia itidem et religione,
atque de jure patris et domini.
Quibus rebus apparet, quam inter
se conjuncta sint sapientia et religio: Ce que je viens de dire fait voir fort
sapientia spectat ad filios, quae exigit clairement, si je ne me trompe, combien
amorem; religio ad servos quae exigit la sagesse et la religion sont étroitement
timorem. Nam sicut illi patrem diligere unies. La sagesse regarde les enfants et
debent et honorare, sic hi dominum exige d'eux de l'amour. La religion
colere ac vereri. Deus autem, qui unus regarde les serviteurs et exige d'eux de
est, quoniam utramque personam la crainte. Les premiers doivent avoir de
sustinet, et patris, et domini; et amare l'amour pour leur père, et les seconds de
eum debemus, quia filii sumus, et timere la crainte pour leur maître. Nous devons
quia servi. Non potest igitur nec religio a de la crainte et de l'amour à Dieu, parce
sapientia separari, nec sapientia a qu'il est tout ensemble et notre maître et
religioni secerni; quia idem Deus est, qui notre père. Ce qui rend la sagesse et la
et intelligi debet, quod est sapientiae, et religion inséparables, c'est que la
honorari, quod est religionis. Sed sagesse fait connaître Dieu et que la
sapientia praecedit, religio sequitur: religion le fait honorer. La sagesse
quia prius est, Deum scire, consequens, précède, parce qu'il faut connaître Dieu
colere. Ita in duobus nominibus una vis avant que de lui pouvoir rendre
est, quamvis diversa esse videatur. l'honneur qui lui est dû. La sagesse et la
Alterum enim positum est in sensu, religion, ne sont qu'une même chose,
alterum in actu. Sed tamen similia sunt bien qu'elles paraissent différentes:
duobus rivis ex uno fonte manantibus. l'une consiste dans la connaissance et

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Fons autem sapientiae et religionis, l'autre dans l'action. Ce sont comme
Deus est: a quo hi duo rivi si deux ruisseaux qui procèdent de Dieu
aberraverint, arescant necesse est; comme d'une même source, et qui ne
quem qui nesciunt, nec sapientes esse peuvent être séparés de lui sans être en
possunt, nec religiosi. même temps desséchés. Les hommes
Sic fit, ut philosophi, et qui deos qui ont le malheur d'être séparés de lui
colunt, similes sint aut filiis abdicatis, aut par leur ignorance, n'ont ni sagesse, ni
servis fugitivis; quia neque illi patrem piété.
quaerunt, neque hi dominum: et sicut Les philosophes qui adorent plusieurs
abdicati haereditatem patris non dieux sont semblables à des enfants
assequuntur, et fugitivi impunitatem: ita abdiqués qui n'aiment plus leur père, et
neque philosophi immortalitatem à ces esclaves fugitifs qui ne servent plus
accipient, quae est regni coelestis leur maître. Mais comme ces enfants qui
haereditas, id est summum bonum, ont été abdiqués n'ont plus de part à la
quod illi maxime quaerunt, neque succession et que les esclaves qui se
cultores deorum poenam sempiternae sont échappés ne sont pas assurés pour
mortis effugient, quae est animadversio cela de l'impunité, ainsi ces philosophes
veri domini adversus fugitivos suae n'ont point de part à l'immortalité, qui
majestatis ac nominis. Deum vero esse est en effet le souverain bien qu'ils
patrem, eumdemque dominum, utrique recherchent et la succession que Dieu
ignoraverunt, tam cultores deorum, donne à ses enfants dans son royaume,
quam ipsi sapientiae professores: quia et ne seront point exempts du châtiment
aut nihil omnino colendum putaverunt, éternel dont il punit l'infidélité et
aut religiones falsas approbaverunt, aut, l'insolence de ceux qui refusent de lui
etiamsi vim potestatemque summi Dei rendre le service et le culte qu'ils lui
intellexerunt, ut Plato, qui ait unum esse doivent. Ceux qui ont adoré plusieurs
fabricatorem mundi Deum, et M. Tullius, dieux, et ceux même qui ont fait
qui fatetur hominem praeclara quadam profession de sagesse, n'ont connu Dieu
conditione a summo Deo esse ni en qualité de père, ni en qualité de
generatum; tamen ei debitum cultum maître; les uns ont cru qu'il ne fallait rien
tamquam summo patri non reddiderunt, adorer ; les autres ont suivi la religion du
quod erat consequens ac necessarium. peuple. Ceux qui ont reconnu l'unité de
Deos autem neque patres, neque Dieu, comme Platon qui a déclaré qu'il
dominos esse posse, non tantum n'y a qu'un Dieu qui a fait le monde, et
multitudo, ut supra ostendi, sed etiam comme Cicéron qui a dit que Dieu a
ratio declarat: quia neque fictum esse a produit l'homme d'une manière
diis hominem traditur, neque deos ipsos particulière, ne lui ont pas rendu le culte
antecedere originem hominis invenitur; qu'ils lui devaient comme à leur père et

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siquidem fuisse in terra homines, comme à leur maître, non seulement la
antequam Vulcanus, et Liber, et Apollo, pluralité des dieux fait voir, comme je l'ai
et ipse Jupiter nascerentur, apparet. Sed déjà dit, qu'ils ne peuvent être ni nos
neque Saturno fictio hominis, neque pères, ni nos maîtres, mais la raison en
Coelo patri ejus assignari solet. peut convaincre avec une entière
Quod si nullus eorum, qui coluntur, évidence, parce qu'il ne paraît point que
formasse a principio atque instituisse les dieux aient fuit l'homme, ni qu'ils
hominem traditur; nullus igitur ex his aient été avant le temps auquel il a été
pater hominis nuncupari potest, ita ne fait. Il est certain qu'il y avait des
Deus quidem. Ergo fas non est venerari hommes sur la terre avant que Vulcain,
eos a quibus non sit homo generatus; que Bacchus, qu'Apollon et que Jupiter
quia neque a multis generari potest. fussent nés. On n'a pas même la
Unus igitur ac solus coli debet, qui coutume d'attribuer ni à Saturne, ni à
Jovem, qui Saturnum, qui Coelum Cœlus son père, la formation de
ipsum, terramque antecessit. Is enim l'homme.
necesse est hominem figuraverit, qui Que si nul de ceux que l'on adore n'a
ante hominem coelum terramque formé l'homme, nul ne peut être appelé
perfecit. Solus pater vocandus est, qui ni son père, ni son Dieu. Il n'est donc
creavit; solus dominus nuncupandus, qui point permis de révérer ceux qui n'ont
regit, qui habet vitae ac necis veram et pu faire l'homme, qui n'a pu être fait que
perpetuam potestatem; quem qui non par un seul, et il ne faut révérer que celui
adorat, et insipiens servus est, qui qui a précédé Jupiter et Saturne, et qui
dominum suum aut fugiat, aut nesciat, est avant le ciel et la terre. Il n'y a que
et impius filius, qui suum verum patrem, celui-là qui ait pu faire l'homme. Il n'y a
vel oderit, vel ignoret. que lui qui doive être appelé son père et
son maître ; il n'y a que lui qui le
gouverne avec un droit absolu de vie et
de mort. Quiconque ne l'adore pas est un
esclave insensé, qui ne connaît pas son
maître et qui s'est échappé d'entre ses
mains, ou un fils impie qui fuit en la
présence de son père.

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CAPUT V. V.
Oracula prophetarum sunt Il est temps de traiter de la religion et
inspicienda; et de temporibus de la sagesse, après avoir montré,
eorum, atque judicum et regum. comme j'ai fait, qu'elles ne peuvent se
Nunc, quoniam docui sapientiam et séparer. Je n'ignore pas combien il est
religionem non posse diduci, superest ut difficile de parler des choses du ciel. Il
de ipsa religione ac sapientia faut néanmoins entreprendre d'éclaircir
disseramus. Sentio quidem, quam sit la vérité, afin que ceux qui la méprisent
difficilis de rebus coelestibus disputatio: et qui la rejettent, parce qu'elle leur
sed tamen audendum est, ut illustrata paraît pleine de folie, soient délivrés de
veritas pateat, multique ab errore atque l'erreur et évitent le danger où ils sont
interitu liberentur, qui eam sub velamine de périr. Mais, avant que de parler de
stultitiae latentem aspernantur ac Dieu et de ses ouvrages, je suis obligé
respuunt. Sed prius quam incipiam de de dire quelque chose des prophètes,
Deo et operibus ejus dicere, mihi pauca dont je ne puis me dispenser de
de prophetis ante dicenda sunt, quorum rapporter ici les témoignages, comme je
testimoniis nunc uti necesse est; quod in m'en suis dispensé dans les livres
prioribus libris ne facerem, temperavi. précédents. Quiconque désire s'instruire
Ante omnia, qui veritatem studet de la vérité doit non seulement s'efforcer
comprehendere, non modo intelligendis de pénétrer le sens de leurs paroles,
prophetarum vocibus animum debet mais encore examiner avec soin le
intendere, sed etiam tempora, per quae temps qu'ils ont vécu, pour savoir ce
quisque illorum fuerit, diligentissime qu'ils ont prédit et combien d'années se
inquirere; ut sciat et quae futura sont écoulées depuis leurs prédictions
praedixerint, et post quos annos jusqu'à l'accomplissement qui les a
praedicta completa sint. Nec difficultas suivies. Il n'y a pas grande difficulté à
in his colligendis inest ulla; testati sunt distinguer les temps de la sorte, parce
enim sub quo quisque rege divini que chaque prophète a marqué le règne
Spiritus fuerit passus instinctum. sous lequel il a été inspiré par l'esprit de
Multique scriptos libros de temporibus Dieu. On a outre cela entre les mains une
ediderunt, initium facientes a propheta quantité de livres, de chroniques qui
Moyse, qui trojanum bellum septingentis commencent au temps de Moïse, qui a
fere annis antecessit. Is autem, cum per vécu près de neuf cents ans avant la
annos quadraginta populum rexisset, guerre de Troie. Il gouverna durant
successorem habuit Jesum, qui septem quarante années le peuple Juif et eut
et viginti annis tenuit principatum. pour successeur Josué, qui le gouverna
Exinde sub Judicibus fuerunt per vingt autres années.
annos trecentos septuaginta. Tum

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mutato statu, reges habere coeperunt: Ce peuple fut ensuite sous la conduite
quibus imperium tenentibus per annos de juges pendant trois cents soixante-
quadringentos quinquaginta usque ad dix ans. Ils changèrent après cela la
Sedechiae regnum, oppugnati a rege forme de leur gouvernement et obéirent
Babylonio, captique Judaei, diuturnum à des rois. Ils vécurent de la sorte
servitium pertulerunt; donec l'espace de quatre cent soixante ans,
septuagesimo post anno eos Cyrus jusqu'au règne de Sédéchias, sous
major terris ac sedibus suis redderet, qui lequel ils furent emmenés captifs à
per idem tempus in Persas suscepit Babylone où ils demeurèrent soixante-
imperium, quo Romae Tarquinius dix ans, jusqu'à ce que Cyrus, qui
Superbus. Quare cum omnis temporum régnait parmi les Perses au même temps
series, et ex Judaicis, et ex Graecis que Tarquin le Superbe régnait parmi les
Romanisque historiis colligatur, etiam Romains, daigna les rétablir dans leur
singulorum prophetarum tempora colligi pays. Ainsi il est aisé de trouver dans les
possunt; quorum sane ultimus Zacharias histoires des Juifs, des Grecs et des
fuit, quem constat sub Dario rege, Romains la suite des temps, et de
secundo anno regni ejus, octavo mense marquer précisément celui de chaque
cecinisse. Adeo antiquiores etiam prophète. Il est constant que Zacharie,
Graecis scriptoribus prophetae le dernier de tous, a écrit ses prophéties
reperiuntur. Quae omnia eo profero, ut au huitième mois de la seconde année
errorem suum sentiant, qui Scripturam du règne de Darius ; et partant, les
sacram coarguere nituntur, tanquam prophètes sont plus anciens que tous les
novam et recens fictam, ignorantes ex auteurs grecs. Je dis tout ceci à dessein
quo fonte sanctae religionis origo de faire en sorte que ceux qui, ne
manaverit. Quod si quis collectis sachant point l'origine de notre religion,
perspectisque temporibus, ont la témérité de mépriser l'Écriture
fundamentum doctrinae salubriter sainte, comme si elle était fort nouvelle,
jecerit, et veritatem penitus reviennent de leur égarement. Je ne
comprehendet, et errorem cognita doute point que quiconque prendra la
veritate deponet. peine de faire un calcul exact des temps
ne reconnaisse la vérité et ne renonce à
l'erreur.

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CAPUT VI. VI.
Deus omnipotentem genuit Avant que Dieu commençât à
Filium; atque de eo testimonia travailler au merveilleux ouvrage de
Sibyllarum et Trismegisti. l'univers, il engendra un esprit saint,
Deus igitur machinator incorruptible et irrépréhensible, qu'il
constitutorque rerum, sicuti in secundo appela son fils. Bien qu'il ait créé depuis
libro (scilicet, cap. ) diximus, antequam quantité d'autres esprits, que nous
praeclarum hoc opus mundi adoriretur, appelons des anges, il n'a donné le nom
sanctum et incorruptibilem spiritam de Dieu qu'à ce premier-né, qui lui est
genuit, quem Filium nuncuparet. Et égal en grandeur et en puissance, non
quamvis alios postea innumerabiles per seulement les prophètes s'accordent à
ipsum creavisset, quos angelos dicimus, publier que Dieu a un fils qui possède un
hunc tamen solum primogenitum divini pouvoir infini, mais Trismégiste et les
nominis appellatione dignatus est, patria sibylles le témoignent. Voici comment
scilicet virtute ac majestate pollentem. Trismégiste en parle dans un livre qui a
Esse autem summi Dei Filium, qui sit pour titre : Discours parfait.
potestate maxima praeditus, non « Le Seigneur et le Créateur de
tantum congruentes in unum voces l'univers, que nous avons coutume
Prophetarum, sed etiam Trismegisti d'appeler Dieu, a fait un Dieu visible et
praedicatio, et Sibyllarum vaticinia sensible. Quand je l'appelle visible et
demonstrant. Hermes in eo libro, qui ὁ sensible, je n'ai pas l'intention de faire
λόγος τέλειος inscribitur, his usus est croire qu'il tombe sous les sens, je veux
verbis: seulement marquer que c'est de lui que
ὁ Κύριος καὶ τῶν πάντων ποιητὴς ὃν procède le sentiment et l'intelligence.
Θεὸς καλεῖν νενομίκαμεν, ἐπεὶ τὸν Dieu l'a produit le premier comme son
δεύτερον ἐποίησε θεὸν ὀρατὸν καὶ Fils unique; il l'a fait paraître comme le
αἰσθητὸν δὲ φημι οὐ διὰ τὸ αἰσθέσθαι plus grand de tous les biens, et l'a aimé
αὐτὸν, περὶ γὰρ τούτου οὐκ ἔστι πότερον comme sa chère production. »
αὐτὸς αἴσθοιτο, ἀλλ' ὅτι εἰς αἴσθησιν La sibylle Erythrée l'appelle le chef et
ὑποπέμπει καὶ εἰς νοῦν. Ἐπεὶ τοῦτον le général des hommes, le conducteur et
ἐποίησε πρῶτον, καὶ μόνον, καὶ ἕνα, le gardien des fidèles.
καλός δέ αὐτοί ἐφάνη, πληρέστατος Une autre sibylle enseigne qu'il n'y a
πάντων τῶν ἀγαθῶν, ἡγίασέ τε καὶ πάνυ rien de si nécessaire que de le connaître
ἐφίλησεν ὣς ἴδιον τόκον. comme Dieu, et comme Fils naturel et
Sibylla Erythraea in carminis sui légitime de Dieu. C'est le même Fils de
principio, quod a summo Deo exorsa est, Dieu qui, parlant par la bouche de
filium Dei Ducem et Imperatorem Salomon, le plus sage de tous les rois, et
omnium his versibus praedicat: rempli du Saint-Esprit, a rendu de lui-

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Παντοτρόφον κτίστην, ὅστις γλυκὺ même ce témoignage : « Le Seigneur
πνεῦμ' ἐν ἅπασι m'a possédé au commencement de ses
Κάττετο, χ' ἡγητῆρα Θεὸν πάντων voies; avant qu'il créât aucune chose,
ἐποίησε. j'étais dès lors. J'ai été établi dès
Et rursus in fine ejusdem carminis: l'éternité et dès le commencement,
Ἀλλ' ὃν ἔδωκε Θεὸς πιστοῖς ἀνδράσσι avant que la terre fût créée; les abîmes
γεραίρειν. n'étaient point encore, lorsque j'étais
Et alia Sibylla praecipit hunc déjà conçu; les fontaines n'étaient point
oportere cognosci: Αὐτὸ σὸν γίνωσκε encore sorties de la terre; la pesante
Θεὸν Θεοῦ υἱὸν ἐόντα. Videlicet ipse est masse des montagnes n'était pas encore
Dei Filius, qui per Salomonem formée; j'étais enfanté avant les
sapientissimum regem divino spiritu collines. Il n'avait pas encore créé la
plenum locutus est ea quae subjecimus: terre, ni affermi le monde sur ses pôles.
« Deus condidit me in initio viarum Lorsqu'il préparait les deux, j'étais
suarum, in opera sua ante secula. présent ; lorsqu'il environnait les abîmes
Fundavit me in principio, antequam de leurs bornes, et qu'il leur prescrivait
terram faceret, et antequam abyssos une loi inviolable; lorsqu'il affermissait
constitueret; priusquam prodirent fontes l'air au-dessus de la terre, et qu'il
aquarum: ante omnes colles genuit me dispensait dans leur équilibre les eaux
Deminus; fecit regiones, et fines des fontaines; lorsqu'il renfermait la mer
inhabitabiles sub coelo. Cum pararet dans ses limites, qu'il imposait une loi
coelum, aderam illi; et cum secerneret aux eaux, afin qu'elles ne passassent
suam sedem, cum super ventos faceret point leurs bornes ; lorsqu'il posait les
validas nubes, et cum confirmatos fondements de la terre, j'étais avec lui,
poneret montes sub coelo: quando fortia et je réglais toutes choses. J'étais
faciebat fundamenta terrae, eram penes chaque jour dans les délices, me jouant
illum disponens. Ego eram, cui sans cesse devant lui, me jouant dans le
adgaudebat; quotidie autem jucundabar monde. » Trismégiste l'a appelé
ante faciem ejus, cum laetaretur orbe l'ouvrier, et la sibylle l'a appelé le
perfecto. » Idirco autem Trismegistus conseiller de Dieu, parce qu'il a reçu une
δημιουργὸν τοῦ Θεοῦ dixit, et Sibylla si grande sagesse et une si grande
σύμβουλον appellat, quod tanta puissance de son père, qu'il s'est servi et
sapientia et virtute sit instructus a Deo de son conseil et de ses mains quand il
Patre, ut et consilio ejus, et manibus a voulu faire le monde.
uteretur in fabricatione mundi.

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CAPUT VII. VII.
De nomine Filii; atque unde Quelqu'un demandera peut-être en
Jesus et Christus appellatur. cet endroit le nom de ce fils, si puissant
Fortasse quaerat aliquis hoc loco, et si chéri de Dieu, qui non seulement
quis sit iste tam potens, tam Deo carus, est avant le monde, mais qui l'a créé par
et quod nomen habeat, cujus prima sa force infinie, et en a rangé les parties
nativitas non modo antecesserit en ordre par sa sagesse. La première
mundum, verum etiam prudentia leçon que nous devons apprendre à cet
disposuerit, virtute construxerit. Primum égard, est que son nom n'est connu que
scire nos convenit, nomen ejus ne de lui et de Dieu son père, et qu'il ne l'est
Angelis quidem notum esse, qui point des anges qui sont dans le ciel, et
morantur in coelo, sed ipsi soli, ac Deo qu'il ne sera point déclaré, selon que
Patri; nec ante id publicabitur, ut est l'Écriture le témoigne, que les desseins
sanctis litteris traditum, quam dispositio de Dieu n'aient été entièrement
Dei fuerit impleta. Deinde nec enuntiari accomplis. Trismégiste assure que ce
posse hominis ore; sicut Hermes docet, nom-là ne peut être prononcé par la
haec dicens: bouche d'un homme ; voici ses paroles :
Αἰτία δὲ τούτου τοῦ αἰτίου ἡ τοῦ θείου « La volonté de ce bien divin est le
ἀγαθοῦ βούλησις, ἢ θεὸν προήνεγκεν, οὗ principe de ce principe; c'est elle qui a
τὸ ὄνομα οὐ δύναται ἀνθρωπίνῳ στόματι produit un Dieu dont le nom ne peut être
λαληθῆναι. prononcé par la bouche d'un homme. »
Et paulo post ad filium: Et, un peu après, il ajoute ce qui suit
Ἔστι τις, ὦ τέκνον ἀπόῥῤητος λόγος :
σοφίας, ὅσιος περὶ τοῦ μόνου κυρίου « On ne saurait expliquer, ô mon fils
πάτων, καὶ προεννοουμένον Θεοῦ, ὃν ! la sagesse de Dieu ; son nom est au-
εἰπεῖν ὑπὲρ ἄνθτρωπόν ἐστι. Sed quamvis dessus de toutes les paroles des
nomen ejus, quod ei a principio pater hommes, » Mais quoique le nom que le
summus imposuit, nullus alius praeter père lui a donné dès le commencement
ipsum sciat, habet tamen et inter ne soit point connu, il en a néanmoins un
Angelos aliud vocabulum, et inter autre parmi les anges, et un autre parmi
homines aliud. Jesus quippe inter les hommes. Il a parmi les hommes le
homines nominatur: nam Christus non nom de Jésus ; celui de Christ n'est pas
proprium nomen est, sed nuncupatio un nom propre, c'est une marque de
potestatis et regni; sic enim Judaei reges puissance et de royauté, et c'est ainsi
suos appellabant. Sed exponenda hujus que les Juifs appellent leurs rois. Je crois
nominis ratio est propter ignorantium devoir l'expliquer, à cause de ceux qui le
errorem, qui eum immutata littera corrompent par ignorance, et qui, en
Chrestum solent dicere. Erat Judaeis changeant une lettre, disent Chrest au

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ante praeceptum, ut sacrum conficerent lieu de Christ. Les Juifs avaient reçu
unguentum, quo perungi possent ii, qui ordre de faire un baume pour sacrer
vocabantur ad sacerdotium, vel ad ceux qui étaient élevés à la dignité soit
regnum. Et sicut nunc Romanis sacerdotale, soit royale. Ce sacre était
indumentum purpurae insigne est regiae autrefois parmi eux âne marque de la
dignitatis assumptae: sic illis unctio sacri souveraine puissance, comme la pourpre
unguenti nomen ac potestatem regiam en est une aujourd'hui parmi les
conferebat. Verum, quoniam Graeci Romains. Les anciens Grecs se servaient
veteres χρίεσθαι dicebant ungi, quod du verbe χρίεσθαι, pour signifier
nunc ἀλείφεσθαι, sicut indicat Homericus l'onction du sacre, comme leurs
versus ille: descendants se sont servis depuis de
Αὐτοὺς δὲ δμωαὶ λοῦσαν, καὶ χρῖσαν celui d'ἀλείφεοσθαι. Homère en rend
ἐλαίῳ ; ob hanc rationem nos eum témoignage, en exprimant dans ses
Christum nuncupamus, id est, unctum, poésies la manière dont cette cérémonie
qui hebraice Messias dicitur. Unde in s'observait. C'est pour cela que nous
quibusdam graecis scripturis, quae male appelons le Fils de Dieu Christ, c'est-à-
de Hebraicis interpretatae sunt, dire oint, et en hébreu Messie. On trouve
ἡλειμένος scriptum invenitur, ἀπὸ τοῦ ἠλείμμενος dans quelques livres grecs
ἀλείφεσθαι. Sed tamen utrolibet nomine mal traduits de l'hébreu. De quelque mot
rex significatur: non quod ille regnum que l'on se serve, il est certain que l'on
hoc terrenum fuerit adeptus, cujus ne désigne point qu'il soit roi de la terre,
capiendi nondum tempus advenit; sed parce que le temps de prendre
quod coeleste ac sempiternum, de quo possession de ce royaume-là n'est pas
disseremus in ultimo libro. Nunc vero de encore arrivé ; mais on marque qu'il est
prima ejus nativitate dicamus. roi d'un royaume céleste et éternel, dont
je parlerai dans le dernier livre de cet
ouvrage. Maintenant je dirai quelque
chose de sa première naissance.

CAPUT VIII. VIII.


De ortu Jesu in spiritu et in Nous déclarons d'abord qu'il a deux
carne; de spiritibus et testimoniis naissances, l'une spirituelle et l'autre
Prophetarum. corporelle. C'est pour cela que le
In primis enim testificamur, illum prophète Jérémie a dit ces paroles : « Je
bis esse natum; primum in spiritu, vous connaissais avant que de vous
postea in carne. Unde apud Hieremiam avoir formé dans mon sein; » et ces
ita dicitur: Priusquam te formarem in autres: « Il était heureux avant que
utero, novi te. Et item apud ipsum: d'être né. » Il est certain que ni les unes

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Beatus qui erat, antequam nasceretur; ni les autres ne peuvent convenir à
quod nulli alii contigit, praeter Christum. d'autre qu'à Jésus-Christ qui, étant Fils
Qui cum esset a principio Filius Dei, de Dieu dès le commencement, a reçu
regeneratus est denuo secundum dans le temps une seconde naissance
carnem: quae duplex nativitas ejus selon la chair. La confusion que plusieurs
magnum intulit humanis pectoribus ont faite de ces deux naissances les a
errorem, circumfuditque tenebras etiam extrêmement embarrassés, bien qu'ils
iis, qui verae Religionis sacramenta eussent été instruits de nos mystères. Je
retinebant. Sed nos id plane dilucideque les distinguerai si clairement que
monstrabimus, ut amatores sapientiae personne ne pourra plus s'y tromper.
facilius ac diligentius instruantur. Qui Quiconque entend nommer le Fils de
audit Dei Filium dici, non debet tantum Dieu, ne doit pas s'imaginer qu'il l'ait
nefas mente concipere, ut existimet, ex engendré avec une femme à la manière
connubio ac permistione foeminae des animaux. Dieu étant seul ne pouvait
alicujus Deum procreasse, quod non se joindre à personne, et étant tout-
facit nisi animal corporale, mortique puissant il n'avait besoin ni de
subjectum. Deus autem, cum solus sit, compagnie ni de secours pour produire
cui permiscere se potuit? aut cum esset un fils. Croirons-nous avec Orphée qu'il
tantae potestatis, ut quidquid vellet, était tout ensemble et mâle et femelle,
efficeret, utique ad creandum societate et que s'il n'avait eu les deux sexes il
alterius non indigebat: nisi forte n'aurait pu engendrer son semblable?
existimabimus, Deum, sicut Orpheus Trismégiste semble avoir été dans ce
putavit, et marem esse et foeminam, même sentiment, quand il a appelé Dieu
quod aliter generare nequiverit, nisi père et mère de soi-même. Si cela était
haberet vim sexus utriusque; quasi aut véritable, les prophètes n'auraient pas
ipse secum coierit, aut sine coitu non manqué de l'appeler mère, comme ils
potuerit procreare. n'ont pas manqué de l'appeler père.
Sed et Hermes in eadem fuit Comment est-ce donc qu'il a engendré
opinione, cum dicit αὐτοπάτορα, καὶ son fils. Il faut avouer d'abord que les
αὐτομήτορα. Quod si ita esset, ut a œuvres de Dieu ne peuvent être ni
Prophetis pater dicitur, sic etiam mater comprises ni expliquées. L'Écriture nous
diceretur. Quomodo igitur procreavit? enseigne pourtant que le Fils de Dieu est
Primum nec sciri a quoquam possunt, son verbe, et que les anges sont son
nec enarrari opera divina: sed tamen esprit et son souffle. Le Verbe est un
sanctae Litterae (Sap. XVIII) , docent, in souffle mêlé avec des paroles qui
quibus cautum est, illum Dei Filium, Dei signifient quelque chose. Mais parce que
esse sermonem, sive etiam rationem; le souffle sort du nez, et que la parole
itemque caeteros angelos Dei spiritus sort de la bouche, il y a grande

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esse. Nam sermo est spiritus cum voce différence entre le Fils de Dieu et les
aliquid significante prolatus. Sed tamen anges. Les anges sont sortis de Dieu
quoniam spiritus et sermo diversis comme un souffle sans qu'il ait prononcé
partibus proferuntur, siquidem spiritus aucune parole, parce qu'ils n'étaient
naribus, ore sermo procedit, magna destinés qu'à l'exécution de ses ordres,
inter hunc Dei Filium, et caeteros et non à la publication de sa doctrine.
angelos differentia est. Illi enim ex Deo Mais le fils est sorti de la bouche de son
taciti spiritus exierunt; quia non ad père, et comme un souffle, parce qu'il
doctrinam Dei tradendam, sed ad est pur esprit, et comme une parole,
ministerium creabantur. Ille vero cum sit parce qu'il devait faire entendre aux
et ipse spiritus, tamen cum voce ac sono hommes les volontés de Dieu, et leur
ex Dei ore processit, sicut verbum, ea révéler les mystères. C'est pour cela
scilicet ratione, quia voce ejus ad qu'on l'appelle et parole et verbe; c'est
populum fuerat usurus; id est, quod ille un souffle mêlé de voix que Dieu a conçu
magister futurus esset doctrinae Dei et non dans son sein, mais dans son esprit,
coelestis arcani ad hominem proferendi: et qu'il a poussé de sa bouche tout
quod ipsum primo locutus est, ut per rempli et tout animé de la grandeur et
eum ad nos loqueretur, et ille vocem Dei de la majesté de sa sagesse et de sa
ac voluntatem nobis revelaret. puissance. Il a aussi fait, comme je l'ai
Merito igitur sermo et verbum Dei dit, les anges de son souffle. Le souffle
dicitur; quia Deus procedentem de ore des hommes se dissipe en un moment,
suo vocalem spiritum, quem non utero, parce que les hommes sont sujets à la
sed mente conceperat, inexcogitabili mort ; mais le souffle de Dieu subsiste et
quadam majestatis suae virtute ac conserve la vie et le sentiment, parce
potentia in effigiem, quae proprio sensu que Dieu est immortel et qu'il donne le
ac sapientia vigeat, comprehendit, et sentiment et la vie. Bien que nos paroles
alios item spiritus suos in angelos se dissipent et se perdent en l'air lorsque
figuravit. Nostri spiritus dissolubiles nous les prononçons, elles se conservent
sunt, quia mortales sumus. Dei autem néanmoins par l'écriture quand nous les
spiritus et vivunt, et manent, et attachons à des caractères sensibles. Il
sentiunt; quia ipse immortalis est et y a beaucoup plus de sujet de croire que
sensus, et vitae dator. Nostrae voces, la parole de Dieu demeure
licet aurae misceantur, atque éternellement, et qu'elle conserve
evanescant, tamen plerumque toujours le sentiment et la force qu'elle
permanent litteris comprehensae: a reçue de lui, comme un ruisseau reçoit
quanto magis Dei vocem credendum est, son eau de sa source. Que si quelqu'un
et manere in aeternum, et sensu ac s'étonne qu'un Dieu ait engendré un
virtute comitari, quam de Deo patre, Dieu, en poussant son souffle et en

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tamquam rivus de fonte traduxerit. prononçant sa parole, il cessera de
Quod si quis miratur, ex Deo Deum s'étonner quand il aura lu les livres des
prolatione vocis ac spiritus potuisse prophètes. Peut-être que plusieurs
generari, si sacras voces Prophetarum personnes qui n'ont jamais rien lu de
cognoverit, desinet profecto mirari. l'Écriture ne laissent pas de savoir que
Salomonem patremque ejus David David et Salin non son fils ont été deux
potentissimos reges fuisse, et eosdem puissants rois, qui ont joint à la
prophetas, etiam iis fortasse sit notum, souveraine puissance le don de la
qui divinas litteras non attigerunt; prophétie. Le dernier a vécu cent
quorum alterum, qui posterius regnavit, quarante ans avant la ruine de la ville de
trojanae urbis excidium centum et Troie. David son père dit dans le psaume
quadraginta annis antecessit. Hujus trente-deuxième ce qui suit : « Les cieux
pater divinorum scriptor hymnorum, in ont été formés par sa parole, et toute
Psalmo XXXII, sic ait: Verbo Dei coeli leur beauté par le souffle de sa bouche.
solidati sunt, et spiritu oris ejus omnis » Et dans le psaume quarante-
virtus eorum. Item rursus in Psalmo quatrième, il dit : « Mon cœur, dans
quadragesimo quarto: Eructavit cor l'ardeur qu'il ressent, prononce une
meum verbum bonum, dico ego opera bonne parole; et c'est pour la gloire du
mea regi. Contestans videlicet, nulli alii Roi que je compose ce cantique, n Il
opera Dei esse nota, nisi Filio soli, qui est témoigne par ces paroles que les œuvres
Verbum Dei, et quem regnare in de Dieu ne sont connues à nul autre qu'a
perpetuum necesse est. Item Salomon son fils, qui est son verbe et qui régnera
ipsum verbum Dei esse demonstrat, éternellement. Salomon déclare que le
cujus manibus opera ista mundi verbe a travaillé i la création du monde
fabricata sint. Ego, inquit, ex ore quand il dit : « Je suis sorti avant toute
Altissimi prodivi ante omnem creaturam; créature de la bouche du très Haut. J'ai
ego in coelis feci ut oriretur lumen fait lever dans le ciel une lumière qui luit
indeficiens, et nebula texi omnem toujours. J'ai enveloppé la terre d'un
terram. Ego in altis habitavi, et thronus nuage. J'ai habité dans les lieux hauts,
meus in columna nubis. Joannes quoque et j'ai mis mon trône sur une colonne de
ita tradidit: In principio erat Verbum, et nuée. » Saint Jean l'évangéliste en parle
Verbum erat apud Deum, et Deus erat aussi en ces termes; « Au
Verbum. Hoc fuit in principio apud commencement était le Verbe, et le
Deum. Omnia per ipsum facta sunt, et Verbe était en Dieu. Il était au
sine ipso factum est nihil. commencement en Dieu. Toutes choses
ont été faites par lui, et rien de ce qui a
été fait n'a été fait sans lui. »

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CAPUT IX. IX.
De Verbo Dei.
Sed melius Graeci λόγον dicunt,
Les Grecs l'appellent λόγος et ce
quam nos verbum, sive sermonem;
λόγον enim et sermonem significat, et terme-là est plus propre que celui de
parole ou de verbe dont nous nous
rationem, quia ille est, et vox, et
servons, parce qu'il signifie non
sapientia Dei. Hunc sermonem divinum
seulement la parole, mais aussi la
ne philosophi quidem ignoraverunt.
raison. Or le Fils de Dieu est la raison et
Siquidem Zeno rerum naturae
la sagesse de son père, aussi bien que
dispositorem atque opificem
universitatis λόγον praedicat, quem et sa parole. Cette parole divine n'a pas été

fatum, et necessitatem rerum, et Deum, tout à fait inconnue aux philosophes.


Zénon dit qu'elle a créé l'univers et
et animum Jovis nuncupat; ea scilicet
rangé en ordre les parties qui le
consuetudine, qua solent Jovem pro Deo
composent. Il l'appelle destinée,
accipere. Sed nihil obstant verba, cum
nécessité de Dieu, et esprit de Jupiter.
sententia congruat veritati. Est enim
Mais il ne faut point faire de difficulté sur
spiritus Dei, quem ille animum Jovis
les termes, puisque le sens est conforme
nominavit. Nam Trismegistus, qui
à la vérité. Ce qu'il appelle l'esprit de
veritatem pene universam nescio
Jupiter, c'est l'esprit de Dieu.
quomodo investigavit, virtutem
Trismégiste qui a découvert, je ne sais
majestatemque verbi saepe descripsit,
comment, presque toutes les vérités, a
sicut declarat superius illud exemplum,
quo fatetur esse ineffabilem quemdam décrit en plusieurs endroits la force et la
majesté du Verbe, comme il paraît par le
sanctumque sermonem, cujus enarratio
passage que j'ai cité, où il déclare que
modum hominis excedat. Dixi de
c'est une parole qui ne peut être
nativitate prima breviter, ut potui. Nunc
expliquée par la bouche des hommes.
de secunda, quoniam controversia est in
J'ai parlé le plus brièvement et le mieux
ea maxima, latius disserendum est; ut
qu'il m'a été possible de la première
veritatem scire cupientibus lumen
naissance du Fils de Dieu. Je parlerai
intelligentiae praeferamus.
maintenant un peu plus au long de la
seconde, touchant laquelle de notables
difficultés existent, et je tâcherai de
porter la lumière devant ceux qui
cherchent la vérité.

22
CAPUT X. X.
De Jesu adventu; de Judaeorum
casibus ac eorum regimine usque
Il n'est permis à personne d'ignorer le
ad Passionem Dominicam.
décret que Dieu a porté dès le
In primis igitur scire homines
commencement, d'envoyer vers la fin
oportet, sic a principio processisse
des siècles son verbe sur la terre, afin
dispositionem summi Dei, ut esset
qu'il y élevât un temple, et qu'il y
necesse, appropinquante saeculi
enseignât la justice, et de l'envoyer non
termino, Dei Filium descendere in
avec la force et avec le pouvoir d'un
terram, ut constitueret Deo templum,
ange, mais sous la figure d'un homme,
doceretque justitiam: verumtamen non
et dans un corps mortel, afin qu'après
in virtute Angeli, aut potestate coelesti,
qu'il aurait publié sa doctrine, il fût livré
sed in figura hominis, et conditione
aux impies, il souffrit la mort, il en
mortali, ut cum magisterio functus
triomphât, et que par sa résurrection il
fuisset, traderetur in manus impiorum,
donnât l'espérance de l'immortalité aux
mortemque susciperet, ut ea quoque per
hommes dont il avait pris la nature. Pour
virtutem domita, resurgeret, et homini,
faire connaître à tout le monde cet ordre
quem induerat, quem gerebat, et spem
merveilleux des desseins de Dieu, je
vincendae mortis afferret, et ad praemia
montrerai que tout ce qui a été accompli
immortalitatis admitteret. Hanc ergo
par Jésus-Christ avait été prédit par les
dispositionem ne quis ignoret,
prophètes. Que personne n'ajoute foi à
docebimus praedicta esse omnia, quae
mes paroles, qu'après que j'aurai
in Christo videmus esse completa. Nemo
prouvé, d'une manière invincible, que les
asseverationi nostrae fidem commodet;
prophètes avaient prédit que le Fils de
nisi ostendero, Prophetas ante multam
Dieu naîtrait comme un homme, qu'il
temporum seriem praedicasse, fore
ferait des miracles, qu'il établirait le
aliquando ut filius Dei naceretur sicut
culte de son père sur toute la terre, qu'il
homo, et mirabilia faceret, et cultum Dei
serait crucifié, et qu'il ressusciterait trois
per totam terram seminaret, et
jours après. Quand j'aurai prouvé toutes
postremo patibulo figeretur, et tertia die
ces choses par les livres de ceux-là
resurgeret. Quae omnia cum probavero
mêmes qui ont outragé leur propre Dieu
eorum ipsorum litteris, qui Deum suum
couvert d'un corps mortel, ne sera-t-il
mortali corpore utentem violaverunt,
pas évident que la véritable sagesse ne
quid aliud obstabit, quominus veram
se trouve que dans la religion que nous
sapientiam clarum sit in hac sola
pratiquons? Je suis obligé d'expliquer ici
Religione versari? Nunc a principio totius
ce mystère, et de le reprendre dès son
sacramenti origo narranda est.
origine.

23
Majores nostri, qui erant principes Nos ancêtres, les chefs des Hébreux,
Hebraeorum, cum sterilitate atque étant pressés de la famine et d'une
inopia laborarent, transierunt in disette de vivres allèrent en Egypte pour
Aegyptum rei frumentariae gratia, ibique y acheter du blé, et y gémirent
diutius commorantes, intolerabili longtemps sous le joug d'une
servitutis jugo premebantur. Tum insupportable servitude, jusqu'à ce que
misertus eorum Deus eduxit eos, ac Dieu, ayant pitié de leur misère, les en
liberavit de manu regis Aegyptiorum délivra après trois cent trente ans par le
post annos quadringentos et triginta, ministère de Moïse, dont il se servit
duce Moyse, per quem postea illis lex a encore pour leur donner la loi. Dieu fit
Deo data est: in qua eductione ostendit éclater dans cette délivrance sa majesté
virtutem suae majestatis Deus. Trajecit et sa grandeur, en envoyant un ange qui
enim populum medio Mari Rubro, sépara la mer et fit passer le peuple à
praecedente angelo, et scindente travers, de sorte que l'on pouvait dire
aquam, ut populus per siccum gradi alors, plus véritablement que le poète
posset, quem verius (ut ait poeta) n'a dit en une autre occasion, que :
Curvata in montis faciem Les eaux s'étaient élevées et étaient
circumstetit unda. escarpées comme une montagne.
Qua re audita, tyrannus Le roi d'Egypte ayant eu la témérité
Aegyptiorum cum magna suorum manu de les poursuivre, fut enseveli avec son
insecutus, et mare adhuc patens temere armée sous les flots qui avaient repris
ingressus, coeuntibus aquis cum omni leur place. Les Hébreux virent dans le
exercitu deletus est. Hebraei vero désert des miracles fort surprenants.
ingressi in solitudinem multa mirabilia Moïse, frappant une roche avec sa
viderunt. Nam cum sitim paterentur, ictu baguette, en fit sortir une source d'eau
virgae rupe percussa, prosiliit fons qui désaltéra tout le peuple : Dieu fit
aquae, populumque recreavit. Quo pleuvoir une manne miraculeuse qui le
rursus esuriente, coelestis alimenti rassasia ; et pour le traiter avec pus de
pluvia descendit. Quin etiam coturnices délicatesse et plus de magnificence, il lui
in castra eorum ventus invexit, ut non envoya sur les ailes des vents des cailles
modo pane coelesti, sed etiam jusque dans son camp. Mais, au lieu de
instructioribus epulis saturarentur. Pro reconnaître ses bienfaits et de lui en
his tamen divinis beneficiis honorem Deo rendre de très humbles actions de grâce,
non reddiderunt, sed depulsa jam dès qu'ils furent délivrés de la captivité,
servitute, jam siti fameque deposita, in de la soif et de la faim, ils
luxuriam prolapsi, ad profanos s'abandonnèrent à la débauche, et
Aegyptiorum ritus animos transtulerunt. tombèrent dans les superstitions et dans
Cum enim Moyses dux eorum les impiétés des Égyptiens. Pendant que

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ascendisset in montem, atque ibi Moïse était sur la montagne où il
quadraginta diebus moraretur, aureum demeura quarante jours, ils élevèrent la
caput bovis, quem vocant Apin, quod eos tête du veau qu'ils appelèrent Apis, pour
in signo praecederet, figurarunt. Quo la porter devant eux. Dieu punit très
peccato ac scelere offensus Deus, rigoureusement leur impiété et leur
impium et ingratum populum pro merito ingratitude, et les assujettit à
poenis gravibus affecit, et legi, quam per l'observation de la loi qu'il leur donna par
Moysen dederat, subjugavit. le ministère de Moïse.
Postea vero cum in deserta quadam Lorsqu'ils se furent établis dans une
parte Syriae consedissent, amiserunt partie déserte de la Syrie, ils quittèrent
vetus nomen Hebraei: et quoniam le nom d'Hébreux pour prendre celui de
princeps examinis eorum Judas erat, Juifs, du nom de Judas l'un de leurs
Judaei sunt appellati, et terra, quam chefs. Ils furent d'abord gouvernés par
incoluere, Judaea. Et primo quidem non des juges, qui ne changeaient pas
dominio regum subjecti fuerunt: sed chaque année comme les consuls de
populo ac legi civiles Judices Rome, mais qui exerçaient cette fonction
praesidebant; non tamen in annum leur vie durant. Le peuple tomba
constituti sunt, sicut romani consules, plusieurs fois dans l'idolâtrie durant ces
sed perpetua jurisdictione, subnixi. Tum temps-là, et fut réduit sous la puissance
sublato Judicum nomine, potestas de ses ennemis, jusqu'à ce qu'ayant
regalis inducta est. Verum Judicibus conçu un sérieux repentir de ses crimes,
regimen eorum tenentibus, pravas Dieu eut la bonté de le remettre en
religiones saepe susceperant; atque liberté. Lorsque ensuite ils furent
offensus ab his Deus, toties eos commandés par les rois, ils s'attirèrent
alienigenis subjugabat, donec rursus des guerres, et ils furent vaincus et
poenitentia populi mitigatus liberaret menés captifs à Babylone, où ils
eos servitute. Item sub regibus souffrirent tous les mauvais traitements
finitimorum bellis ob delicta vexati, que méritait leur impiété, jusqu'à ce que
postremo capti, abductique Babylonem, Cyrus, étant monté sur le trône de
poenas impietatis suae gravi servitio Perse, daigna les rétablir. Ils furent
pependerunt; donec Cyrus veniret in après cela gouvernés par des tétrarques
regnum, qui statim Judaeos restituit jusqu'à Hérode, qui vécut au temps du
edicto. Exinde Tetrarchas habuerunt règne de Tibère, en la quinzième année
usque ad Herodem, qui fuit sub imperio duquel les Juifs crucifièrent Jésus-Christ
Tiberii Caesaris; cujus anno quinto sous le consulat des deux Geminius, le
decimo, id est, duobus Geminis vingt-deuxième jour du mois de mars.
Consulibus, ante diem decimam Voilà l'ordre des temps, tel que l'Écriture
calendarum aprilium Judaei Christum sainte le décrit. Maintenant, pour

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cruci affixerunt. Hic rerum textus, hic découvrir le fondement de notre religion,
ordo in arcanis sanctarum Litterarum je dirai le sujet pour lequel le Fils de Dieu
continetur. Sed prius ostendam, qua de est descendu sur la terre.
causa in terram venerit Christus, ut
fundamentum divinae Religionis et ratio
clarescat.

CAPUT XI. XI.


De causa Incarnationis Christi. Pendant que les Juifs méprisaient les
Cum saepe Judaei praeceptis commandements de Dieu et qu'ils
salutaribus repugnarent, atque a divina violaient sa loi en se prosternant devant
lege dosciscerent, aberrantes ad impios les idoles des étrangers, il choisissait
cultus deorum, tum Deus justos et d'excellents hommes dont il animait le
electos viros Spiritu sancto implebat, zèle et dont il remuait la langue, pour
prophetas in media plebe constituens, faire qu'ils reprochassent à ce peuple
per quos peccata ingrati populi verbis son ingratitude, qu'ils l'exhortassent à
minacibus increparet, et nihilominus l'expier par une sérieuse pénitence, et
hortaretur ad poenitentiam sceleris qu'ils le menaçassent que, s'il n'apaisait
agendam, quam nisi egissent, atque promptement sa colère, il changerait son
abjectis vanitatibus ad Deum suum testament, c'est-à-dire qu'il donnerait la
rediissent, fore, ut testamentum suum succession de la vie immortelle et
mutaret, id est, haereditatem vitae bienheureuse à une autre nation plus
immortalis ad exteras converteret fidèle qu'il assemblerait d'entre les
nationes, aliumque sibi populum païens. Les Juifs ne se contentèrent pas
fideliorem ex alienigenis congregaret. Illi de mépriser les avertissements des
autem a prophetis increpati, non modo prophètes, ils s'offensèrent de la
verba eorum respuerunt, sed quod sibi généreuse liberté avec laquelle ils
peccata exprobrarentur offensi, eos reprenaient leurs crimes, et inventèrent
ipsos exquisitis cruciatibus necaverunt: de nouveaux supplices pour les faire
quae omnia divinae litterae signata mourir, comme les livres sacrés le
conservant. Dicit enim propheta témoignent. « Je vous ai envoyé les
Jeremias: Misi ad vos servos meos prophètes mes serviteurs, dit Dieu par la
prophetas: ante lucem mittebam, et non bouche du prophète Jérémie, je vous les
audiebatis me, neque intendebatis ai envoyés avant le jour, et vous ne les
auribus vestris, cum dicerem vobis: « avez pas écoulés. Vous bouchiez vos
Convertatur unusquisque a via sua mala, oreilles, lorsque je vous disais : que
et a nequissimis affectionibus vestris, et chacun de vous se convertisse en
habitabitis in terra ista, quam dedi vobis quittant ses mauvaises voies, et en

26
et patribus vestris a saeculo usque in renonçant à ses inclinations corrompues,
saeculum. Nolite ambulare post deos et vous habiterez dans cette terre que je
alienos ut serviatis eis, et ne incitetis me vous ai donnée à vous et à vos pères
in operibus manuum vestrarum, ad jusqu'à la fin des siècles. Ne courez pas
disperdendos vos. » Esdras etiam après des dieux étrangers, et ne
propheta, qui fuit ejusdem Cyri m'excitez pas, par le culte que vous
temporibus, a quo Judaei sunt restituti, rendez à l'ouvrage de vos mains, à vous
sic loquitur: Desciverunt a te, et châtier et à vous perdre. » Le prophète
abjecerunt legem tuam post corpus Esdras, qui a vécu au temps de Cyrus,
suum, et prophetas tuos interfecerunt, qui permit aux Juifs de retourner en leur
qui obtestabantur eos ut reverterentur pays, parle de cette sorte : « Ils se sont
ad te. éloignés de vous; ils ont rejeté votre loi
Item Helias in libro Βασιλεῶν tertio: et tué vos prophètes qui les conjuraient
Aemulando aemulatus sum Domino Deo de revenir à vous. »
omnipotenti, quia dereliquerunt te filii Elie s'écrie dans le troisième livre des
Israel, et altaria tua demolierunt, et Rois : « Je suis transporté du zèle du
prophetas tuos interfecerunt gladio, et Seigneur tout-puissant, parce que les
remansi ego solitarius, et quaerunt enfants d'Israël vous ont abandonné,
animam meam auferre a me. Propter qu'ils ont abattu vos autels, et qu'ils ont
has illorum impietates abdicavit eos in fait mourir vos prophètes, tellement que
perpetuum: itaque desiit prophetas je suis demeuré seul, et qu'ils me
mittere ad eos. Sed illum filium suum cherchent encore pour me mettre à
primogenitum, illum opificem rerum, et mort. » Dieu, ayant réprouvé les Juifs en
consiliatorem suum delabi jussit e coelo, punition de ces impiétés, et ayant cessé
ut religionem sanctam Dei transferret ad de leur envoyer des prophètes, a fait
gentes, id est, ad eos, qui Deum descendre du ciel son premier-né, son
ignorabant; doceretque justitiam, quam fidèle conseiller, qui a Ira vaille à la
perfidus populus abjecerat; quod création de l'univers, afin qu'il portât la
jampridem denuntiaverat se esse religion aux nations, qu'il fit connaître
facturum, sicut Malachias propheta Dieu à ceux qui ne le connaissaient
indicat, dicens: Non est mihi voluntas point, et qu'il leur enseignât la justice
circa vos, dicit Dominus, et sacrificium que le peuple ingrat et perfide des Juifs
acceptum non habebo ex manibus avait rejetée. Dieu les avait avertis
vestris; quoniam a solis ortu usque ad auparavant qu'il les traiterait avec cette
occasum clarificabitur nomen meum rigueur, et le prophète Malachie l'avait
apud gentes. Item David in psalmo XVII: marqué très clairement par ces paroles :
Constitues me in caput gentium: » Vous ne m'êtes point agréables, dit le
populus, quem non cognovi, serviet Seigneur, et je ne recevrai point de

27
mihi. Esaias quoque sic loquitur: Venio sacrifice de vos mains ; mon nom sera
colligere omnes gentes, et linguas, et glorifié parmi les nations depuis l'orient
venient, et videbunt claritatem meam, et jusqu'à l'occident. » Le prophète David
dimittam super eos signum, et mittam dit encore dans le psaume seizième: «
ex his conservatos in gentes quae longe Vous m'établirez comme chef des
sunt, quae non audierunt gloriam meam, nations; le peuple que je ne connaissais
et nuntiabunt claritatem meam in pas me servira. » Isaïe dit: « Je viens
gentes. Volens igitur Deus metatorem pour recueillir toutes leurs œuvres et
templi sui mittere in terram, noluit eum toutes leurs pensées, et pour les
in potestate et claritate coelesti mittere, assembler avec tous les peuples de
ut ingratus in Deum populus in errorem quelque pays et de quelque langue qu'ils
maximum induceretur, ac poenas pro puissent être. Ils comparaîtront tous
facinoribus suis lueret, qui dominum ac devant moi et ils verront ma gloire. Dieu
Deum suum non recepisset; quod olim ayant donc résolu d'envoyer sur la terre
prophetae cecinerant, sic esse facturum. celui qui devait tracer le plan de son
Esaias enim, quem ipsi Judaei serra temple, ne voulut pas l'envoyer
confectum crudelissime necaverunt, ita environné de puissance et de gloire, afin
dicit: Audi coelum, et percipe auribus que le peuple qui, par son ingratitude,
terra, quoniam Dominus locutus est: s'était éloigné de son Seigneur et de son
Filios genui, et exaltavi; ipsi autem Dieu, tombât dans l'erreur, et portât le
spreverunt me. Agnovit bos châtiment qu'il méritait. Les prophètes
possessorem suum, et asinus avaient prédit beaucoup auparavant que
praesepium domini sui; Israel autem me cela devait arriver.
non cognovit, et populus meus me non Isaïe, qui fut scié et mis à mort par les
intellexit. Juifs, en parle de cette sorte : « Cieux,
Hieremias quoque similiter ait: écoutez, et toi, terre, prête l'oreille, car
Cognovit tempus suum turtur et c'est le Seigneur qui a parlé. J'ai nourri
hirundo, et ruris passeres custodierunt des enfants, et je les ai élevés; et après
tempora introitus sui: populus autem cela ils m'ont méprisé. Le bœuf connaît
meus non cognovit judicium Domini. celui à qui il est, et l'âne l'étable de son
Quomodo dicitis, sapientes sumus, et lex maître ; mais Israël ne m'a point connu,
Domini nobiscum est? Incassum facta et mon peuple a été sans entendement.
est metatura; falsi scribae, et confusi »
sunt; sapientes trepidaverunt, et capti Jérémie en parle dans le même sens
sunt, quoniam verbum Domini : « La tourterelle, dit-il, sait son temps,
reprobaverunt. Ergo (ut coeperam l'hirondelle et les passereaux de la
dicere) cum statuisset Deus doctorem campagne observent les saisons ; mais
virtutis mittere ad homines, renasci eum mon peuple n'a point connu le jugement

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denuo in carne praecepit, et ipsi homini du Seigneur. Comment dites-vous :
similem fieri, cui dux, et comes, et Nous sommes sages, et la loi du
magister esset futurus. Sed tamen Seigneur est avec nous? C'est en vain
quoniam clemens est et pius erga suos que l'on a pris de fausses mesures. Les
Deus, ad eos ipsos eum misit, quos docteurs de la loi ont été confondus; les
oderat, ne illis in perpetuum salutis viam sages ont tremblé et ont été trompés,
clauderet; sed daret his liberam parce qu'ils ont rejeté la parole du
facultatem sequendi Deum, ut et Seigneur. » Dieu, ayant donc résolu,
praemium vitae adipiscerentur, si secuti comme je l'ai dit, d'envoyer aux hommes
fuissent, quod plurimi eorum faciunt, le docteur de la vertu, ordonna qu'il eût
atque fecerunt, et culpa sua in poenam une naissance temporelle, et qu'il devînt
mortis incurrerent, si regem suum semblable à l'homme à qui il devait
repudiassent. Apud illos igitur, et ex servir de compagnon, de chef et de
eorum semine regenerari eum jussit, ne, maître. Comme il a néanmoins une
si fuisset alienigena, justam possent bonté et une clémence infinies, il
excusationem de lege praetendere, quod l'envoya à ceux-mêmes qui le haïssaient
eum non suscepissent; simul, ut nulla pour ne leur pas ôter la voie du salut,
omnino gens esset in terra, cui spes mais pour leur laisser la liberté de suivre
immortalitatis negaretur. Dieu, et pour leur donner une
récompense éternelle, au cas qu'ils le
suivissent, comme plusieurs le suivirent
en effet, et pour faire en sorte que ceux
qui s'éloigneraient de lui n'encourussent
que par leur faute un châtiment éternel.
Il voulut qu'il naquît parmi eux, et de
leur nation, de peur que s'il avait été
étranger ils n'eussent trouvé dans leur
loi une excuse raisonnable de ne l'avoir
point reçu, et afin aussi qu'il n'y eût
aucun peuple sur la terre qui ne pût
espérer de parvenir à l'immortalité.

29
CAPUT XII. XII.
De Jesu ortu ex Virgine, de ejus L'esprit de Dieu étant descendu du
Vita, Morte, et Resurrectione; atque ciel, choisit une vierge dans le sein de
de iis rebus testimonia laquelle il se répandit ; elle conçut
Prophetarum. aussitôt sans avoir jamais connu aucun
Descendens itaque de coelo sanctus homme. Que personne ne s'étonne de ce
ille Spiritus Dei sanctam Virginem, cujus que nous disons qu'une vierge est
utero se insinuaret, elegit. At illa divino devenue enceinte par l'opération de
Spiritu hausto repleta concepit, et sine l'esprit de Dieu, à qui tout ce qu'il veut
ullo attactu viri repente virginalis uterus faire est aisé, puisque quelques animaux
intumuit. Quod si animalia quaedam ont la coutume de concevoir de l'air ou
vento et aura concipere solere omnibus du vent. Cela pourrait néanmoins
notum est, cur quisquam mirum putet, paraître incroyable, s'il n'eût été prédit
cum spiritu Dei, cui facile est quidquid longtemps auparavant par les
velit, gravatam esse Virginem dicimus? prophètes. Salomon dit dans le dix-
Quod sane incredibile posset videri, nisi neuvième cantique : « Le sein de la
hoc futurum ante multa saecula Vierge a reçu la fécondité et le fruit; la
Prophetae cecinissent. Salomon ita dicit: Vierge est devenue mère par une grande
Infirmatus est uterus virginis, et accepit miséricorde ? » Le prophète Isaïe dit : «
foetum, et gravata est, et facta est in C'est pourquoi le Seigneur vous donnera
multa miseratione mater Virgo. Item un signe ; une vierge concevra, et elle
propheta Esaias, cujus verba sunt haec: enfantera un fils qui sera appelé
Propter hoc dabit Deus ipse vobis Emmanuel. » Que peut-on dire de plus
signum; Ecce Virgo accipiet in utero, et clair ? Les Juifs, qui ne l'ont point voulu
pariet filium, et vocabitis nomen ejus reconnaître, ont lu ces prophéties. Si
Hemanuel. Quid hoc manifestius dici quelqu'un s'imagine que nous les avons
potest? Legebant ista Judaei, qui eum faites a plaisir, qu'il les leur demande, et
negaverunt. Si quis nos haec fingere qu'il consulte leurs livres: il n'y a point
arbitratur, ab his requirat, ab his de si fort témoignage pour établir la
potissimum sumat. Satis firmum vérité que celui que l'on tire de ses
testimonium est ad probandam propres ennemis. Il n'a jamais été
veritatem, quod ab ipsis perhibetur appelé Emmanuel, mais Jésus, qui
inimicis. Hemanuel autem nunquam signifie salutaire ou sauveur parce qu'il
vocitatus est, sed Jesus, qui latine dicitur est venu sauver tous les peuples. Le
salutaris, sive salvator; quia cunctis prophète a seulement eu l'intention de
gentibus salutifer venit. Sed propheta marquer, par ce terme d'Emmanuel, que
declaravit hoc nomine, quod Deus ad Dieu devait prendre un corps et
homines in carne venturus esset. converser avec les hommes; car

30
Hemanuel enim significat, nobiscum Emmanuel signifie : Dieu est avec nous.
Deus; scilicet quia illo per virginem nato, Depuis en effet que Dieu était né d'une
confiteri homines oportebat Deum vierge, les hommes devaient reconnaître
secum esse, id est, in terra, et in carne qu'il était avec eux, qu'il vivait sur la
mortali. Unde David in psalmo LXXXIV. terre et dans une chair mortelle : c'est
Veritas, inquit, de terra orta est; quia sur ce sujet que David a dit : « La vérité
Deus, in quo veritas est, terrenum germera de la terre. » Dieu dans qui la
corpus accepit, ut terrenis viam salutis vérité est renfermée, a tiré un corps de
aperiret. Item Esaias ipse: Ipsi autem la terre pour montrer le chemin du salut
non crediderunt, et exacerbaverunt aux hommes qui sont sur la terre. Isaïe
spiritum sanctum, et conversus est eis en parle en ces termes: « Ils ont irrité sa
ad inimicitiam. Et ipse expugnavit, et colère; ils ont affligé l'Esprit saint; il est
recordatus est dierum saeculi, qui devenu leur ennemi, et il les a lui-même
suscitavit de terra pastorem ovium. détruits. Il s'est souvenu des siècles
Quis autem futurus esset ille pastor, anciens, et a suscité le pasteur de son
declaravit alio loco, dicens: Exultent troupeau. »
coeli desuper, et nubes induant Il déclare en un autre endroit quel est
justitiam: aperiatur terra, et pullulet ce pasteur, en disant: a Cieux, envoyez
Salvatorem. Ego enim Dominus Deus d'en haut votre rosée, et que les nuées
creavi eum. Salvator vero est, ut supra fassent descendre le juste comme une
diximus, Jesus. Sed et alio loco idem pluie; que la terre s'ouvre et qu'elle
propheta sic praedicavit: Ecce natus est germe le Sauveur, et que la justice
nobis puer, et datus est nobis filius: naisse en même temps ; je suis le
cujus imperium super humeros ejus; et Seigneur qui l'ai créé. » Le sauveur, c'est
vocatum est nomen ejus, magni consilii Jésus, comme je l'ai déjà dit. Le même
nuntius. Idcirco enim missus est a Deo prophète a parlé dans un autre endroit
Patre, ut universis gentibus, quae sub de cette manière: " On petit enfant nous
coelo sunt, singularis et veri Dei sanctum est né, et un fils nous a été donné ; il
mysterium revelaret, ablatum perfido portera sur son épaule la marque de sa
populo, qui adversus Deum saepe principauté, et il sera appelé l'ange du
deliquit. Daniel quoque similia grand conseil. Il a été envoyé par son
praelocutus est. Videbam, inquit, in visu père, pour révéler à toutes les nations
noctis; et ecce in nubibus coeli ut filius qui sont sous le ciel le mystère et l'unité
hominis veniens, et usque ad vetustum d'un Dieu, qui a été celé au peuple
dierum pervenit. Et qui assistebant, perfide et ingrat qui s'est rendu si
obtulerunt eum, et datum est ei regnum, souvent criminel. » Daniel a prédit
et honor, et imperium, et omnes populi, quelque chose de semblable: « J'avais,
tribus, linguae servient ei; et potestas dit-il, une vision durant la nuit, et je

31
ejus aeterna, quae nunquam transibit, et voyais sur les nué et du ciel comme le
regnum ejus, quod non corrumpetur. Fils de l'homme qui s'avançait, et il
Quomodo igitur Judaei et confitentur, et arriva jusqu'à l'ancien des jours. Ceux
sperant Christum Dei? qui hunc idcirco qui étaient présents le lui présentèrent;
reprobaverunt, quia ex homine natus et l'honneur, le royaume et l'empire lui
est. Nam cum ita sit a Deo constitutum, furent donnés; et tous les peuples,
ut idem Christus bis adveniat in terram, toutes les langues et toutes les tribus le
semel, ut unum Deum gentibus nuntiet, suivirent. Sa puissance sera éternelle et
deinde rursus, ut regnet: quomodo in ne passera point; son règne n'aura point
secundum ejus adventum credunt, qui in de fin. » Comment est-ce que les Juifs
primum non crediderunt? avouent qu'il y aura un oint ou seigneur,
Atqui propheta utrosque adventus ejus et comment est-ce qu'ils espèrent qu'il
paucis verbis comprehendit. Ecce, viendra, puisqu'ils ont refusé de le
inquit, in nubibus coeli ut filius hominis reconnaître pour Messie, sous prétexte
veniens. Non dixit, ut filius Dei, sed filius qu'il était né d'une femme? Dieu, ayant
hominis, ut ostenderet, quod carne indui résolu que le Messie descendrait deux
haberet in terra, ut suscepta hominis fois sur la terre, une fois pour annoncer
figura, et conditione mortali, doceret son nom aux nations, et une autre fois
homines justitiam; et cum mandatis Dei pour les gouverner avec une autorité
functus, veritatem gentibus revelasset, absolue, pourquoi croient-ils le second
multaretur etiam morte, ut inferos avènement, et ne croient-ils pas le
quoque vinceret ac resignaret, atque ita premier? Le prophète a marqué les deux
demum resurgens, ad Patrem avènements en peu de paroles, quand il
proficisceretur in nube sublatus. Adjecit a dit : « Qu'il s'avancerait sur les nuées
enim propheta, et ait: Et usque ad non comme le Fils de Dieu, mais comme
antiquum dierum pervenit, et oblatus est le Fils de l'homme. « Il a dit qu'il devait
ei. Antiquum dierum appellavit Deum prendre sur la terre la forme et la
summum, cujus aetas, et origo non condition d'un homme, afin d'enseigner
potest comprehendi; quia solus a la justice aux hommes, pour subir la
saeculis fuit, et erit semper in saecula. mort, descendre aux enfers, les ouvrir,
Christum autem post passionem ac ressusciter, s'élever au-dessus des nues,
resurrectionem ascensurum esse ad et retourner à son père. Quand le
Deum patrem, David in psalmo prophète a dit qu'il est parvenu jusqu'à
centesimo nono contestatus est his l'ancien des jours, et qu'il lui a été offert,
verbis: Dixit Dominus Domino meo, sede il a entendu par l'ancien des jours, Dieu
a dextris meis; quoadusque ponam qui est seul avant tous les siècles, et qui
inimicos tuos suppedaneum pedum sera éternellement. Le prophète David
tuorum. Qui propheta, cum rex esset, déclare expressément dans le psaume

32
quem appellare dominum suum posset, cent neuvième : qu'après que le Christ
qui sederet ad dexteram Dei, nisi aura souffert la mort et qu'il sera
Christum Filium Dei, qui est rex regum, ressuscité, il montera à son père. Voici
et dominus dominorum? Quod Esaias ses paroles : « Le Seigneur a dit à mon
apertius ostendit dicens: Sic dicit seigneur, asseyez-vous à ma droite
Dominus Deus Christo domino meo, jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à
cujus tenui dexteram; obaudire ante être foulés sous vos pieds. » David, qui
eum gentes faciam, et fortitudinem était roi, aurait-il pu appeler son
regum disrumpam. Aperiam ante illum seigneur un autre que le Christ et que le
portas, et civitates non claudentur. Ego Fils de Dieu, qui est le Roi des rois et le
ante te ibo, et montes deplanabo, et Seigneur des seigneurs ? Isaïe en parle
fores aereas conteram, et seras ferreas encore plus clairement: « Voici, dit-il, ce
confringam; et dabo tibi thesauros que dit le Seigneur au seigneur qui est
absconditos et invisibiles, ut scias quia mon Christ, que j'ai pris par la main pour
ego sum Dominus Deus, qui voco nomen lui assujettir les nations, pour mettre les
tuum, Deus Israel. Denique ob virtutem rois en fuite, pour ouvrir devant lui
ac fidem, quam Deo exhibuit in terra, toutes les portes sans qu'aucune lui soit
datum est ei regnum, et honor, et fermée. Je marcherai devant vous,
imperium; et omnes populi, tribus, j'humilierai les grands de la terre, je
linguae, servient ei; et potestas ejus romprai les portes d'airain, et je briserai
aeterna, quae nunquam transibit, et les gonds de fer, je vous donnerai les
regnum ejus non corrumpetur. Quod trésors cachés et les richesses secrètes
quidem duobus modis intelligitur: quia et inconnues, afin que vous sachiez que
et nunc habet perpetuam potestatem, je suis le Seigneur, le Dieu d'Israël qui
cum omnes gentes, et omnes linguae vous a appelé par votre nom. Enfin
nomen ejus venerantur, majestatem l'honneur et l'empire lui ont été donnés
confitentur, doctrinam sequuntur, en vue de la puissance et de la félicité
virtutem imitantur; habet imperium que Dieu a fait paraître sur la terre, et
atque honorem, cum omnes tribus toutes les tribus, et toutes les langues le
terrae praeceptis ejus obtemperant: et serviront; son pouvoir ne passera point
idem postea cum rursus advenerit in et son règne n'aura point de fin. » Ces
potestate ac claritate, ut omnem paroles peuvent être entendues de deux
animam judicet, et justos restituat ad manières : l'une est que Jésus-Christ
vitam, tunc vere totius terrae regimen possède un grand pouvoir dès ce temps-
obtinebit; tunc sublato de rebus humanis ci, puisque tous les peuples révèrent son
omni malo, aureum saeculum (ut poetae nom, reconnaissent sa grandeur, suivent
vocant), id est justum ac pacificum sa doctrine, et imitent sa vertu. Il jouit
tempus orietur. Sed haec uberius in déjà de l'honneur et de l'empire, puisque

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ultimo libro disseremus, cum de secundo toutes les tribus obéissent à ses
adventu loquemur: nunc de primo, ut commandements. L'autre manière
coepimus, explicemus. d'expliquer ces paroles est de dire qu'il
possédera véritablement l'empire de
l'univers, lorsqu'il viendra une seconde
fois environné de gloire et de majesté
pour réduire tous les peuples à son
obéissance, pour juger tous les hommes
et pour ressusciter tous les justes. Toute
sorte de mal étant alors ôté de dessus la
terre, on verra un siècle d'or, comme
disent les poètes, c'est-à-dire un temps
où la justice et la paix régneront.
J'expliquerai toutes ces choses plus au
long dans le dernier livre de cet ouvrage
où je parlerai du second avènement du
Messie ; mais j'achèverai maintenant ce
que j'avais commencé à dire touchant le
premier.

CAPUT XIII. XIII.


De Jesu Deo et homine; atque Lorsque l'unique Dieu et le commun
de eo prophetarum testimonia. père des hommes eut résolu de leur
Summus igitur Deus ac parens révéler la véritable piété, il fit descendre
omnium, cum religionem suam du ciel le Docteur de la justice, et par son
transferre voluisset, doctorem justitiae ministère donna une nouvelle loi à des
misit e coelo, ut novis cultoribus novam observateurs nouveaux. Il ne la donna
legem in eo vel per eum daret: non sicut pas par un homme, comme il avait fait
ante fecerat per hominem: sed tamen la première fois, mais par son Fils qu'il
nasci eum voluit tamquam hominem, ut fît naître sur la terre comme un homme,
per omnia summo Patri similis existeret. afin qu'il fût tout à fait semblable à lui.
Ipse enim pater Deus, et origo, et Dieu le père est le principe et l'origine de
principium rerum, quoniam parentibus toutes choses; il n'a point été produit, et
caret, ἀπάτωρ atque ἀμήτωρ a Trismégiste a eu raison de dire qu'il était
Trismegisto verissime nominatur, quod sans père et sans mère. Il a fallu que son
ex nullo sit procreatus. Idcirco etiam fils pour lui être semblable eût deux
filium bis nasci oportuit, ut et ipse fieret naissances, et qu'il fût en quelque sorte
ἀπάτωρ atque ἀμήτωρ. In prima enim et sans père et sans mère. Il a été sans

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nativitate spiritali ἀμήτωρ fuit, quia sine mère dans sa première naissance, qui
officio matris a solo Deo Patre generatus est une naissance toute spirituelle qu'il a
est. In secunda vero carnali ἀπάτωρ fuit, tirée de son père seul. Il a été sans père
quoniam sine patris officio virginali utero dans la seconde, qui est une naissance
procreatus est, ut mediam inter Deum et corporelle qu'il a tirée d'une vierge; ainsi
hominem substantiam gerens, nostram il a réuni en sa personne la nature divine
hanc fragilem imbecillemque naturam et la nature humaine pour rendre cette
quasi manu ad immortalitatem posset dernière immortelle. Il a été fait Fils de
educere. Factus est et Dei filius per Dieu par l'esprit et fils de l'homme par la
spiritum, et hominis per carnem; id est, chair, et ainsi il est Dieu et homme tout
et Deus et homo. Dei virtus in eo ex ensemble. La puissance de Dieu a paru
operibus, quae fecit, apparuit; fragilitas dans les miracles qu'il a opérés, et la
hominis, ex passione quam pertulit: faiblesse de l'homme dans la mort qu'il
quam cur susceperit, paulo post docebo. a soufferte. Je dirai les raisons pour
Interim et Deum fuisse, et hominem ex lesquelles il s'y est soumis; mais il faut
utroque genere permistum, prophetis citer auparavant ici les témoignages des
vaticinantibus discimus. Esaias Deum prophètes qui nous assurent qu'il était
fuisse testatur his verbis: Fatigata est Dieu et homme tout ensemble. Voici les
Aegyptus, et negotiatio Aethiopum, et paroles par lesquelles Isaïe proteste qu'il
Sabaim: viri alti ad te transgredientur, et était Dieu. « L'Egypte avec tous ses
tui erunt servi; et post te ambulabunt travaux, l'Ethiopie avec son trafic, et
vincti compedibus, et adorabunt te, et in Saba avec ses hommes d'une haute
te precabuntur, quoniam in te Deus est, taille, tous ces peuples passeront vers
et non alius Deus praeter te. Tu enim vous, ô Israël ; ils seront à vous, ils
Deus es, et nesciebamus, Deus Israel marcheront après vous, ils viendront les
salvator. Confundentur, et reverebuntur fers aux mains, ils se prosterneront
omnes, qui adversantur tibi, et cadent in devant vous, et il n'y aura point d'autre
confusionem. Item propheta Hieremias Dieu que le vôtre. Vous êtes vraiment le
sic ait: Hic Deus noster est, et non Dieu caché, le Dieu d'Israël et le
deputabitur alius absque illo, qui invenit Sauveur. » Jérémie en parle de cette
omnem viam prudentiae, et dedit eam sorte: « Celui-ci est votre Dieu, et il n'y
Jacob puero suo, et Israel dilecto sibi. en a point d'autre que lui, qui a trouvé
Post haec in terris visus est, et cum toute prudence, et l'a donnée à Jacob
hominibus conversatus est. son fils, et à Israël son bien-aimé. Il a
Item David in psalmo XLIV: Thronus depuis paru sur la terre et a conversé
tuus Deus in saecula saeculorum: virga avec les hommes. »
aequitatis, virga regni tui. Dilexisti Voici encore ce que David en dit dans
justitiam, et odio habuisti injustitiam: le psaume quarante-quatrième: « Votre

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propterea unxit te Deus, Deus tuus oleo trône, ô Dieu, sera un trône éternel, et
exultationis. Quo verbo etiam nomen le sceptre de votre empire sera un
ostendit: siquidem (ut supra docui) ab sceptre d'équité et de justice. Vous
unctione appellatus est Christus. Deinde aimerez la justice et haïrez l'iniquité;
hominem fuisse eumdem, Hieremias c'est pourquoi le Seigneur votre Dieu
docet, dicens: Et homo est; et quis vous oindra d'une huile de joie, en une
cognovit eum? Item Esaias: Et mittet eis manière plus excellente que tous ceux
Deus hominem qui salvabit eos, et qui participeront à votre gloire. » Par le
judicans sanabit eos. Sed et Moyses in mot d'onction, il désigne son nom de
numeris ita loquitur : Orietur stella ex Christ. Le prophète Jérémie déclare qu'il
Jacob, et exurget homo ex Israel. est homme, quand il dit: « Il est homme,
Propterea Milesius Apollo consultus, et qui est-ce qui l'a connu? » Isaïe dit :
utrumne Deus, an homo fuerit, hoc » Dieu leur enverra un homme et les
modo respondit: sauvera, et il les guérira en les jugeant.
Θνητὸς ἦν κατὰ σάρκα, σοφὸς, » Moïse dit dans le livre des Nombres: «
τερατώδεσιν ἔργοις, Une étoile se lèvera de Jacob, et un
Ἀλλ' ὑπὸ χαλδαίων ὅπλοις συναλωθεὶς, homme sortira d'Israël. » Quelqu'un
Γόμφοις καὶ σκολόπεσσι πικρὴν ayant consulté Apollon de Milet, et lui
ἀνέτλησε τελευτήν. Primo versu verum ayant demandé si Jésus-Christ était Dieu
quidem dixit: sed argute consultorem ou homme, il répondit de cette sorte:
fefellit, sacramentum veritatis penitus « Il était sujet à la mort selon sa
nescientem. Videtur enim negasse illum nature d'homme, mais il faisait des
Deum. Sed cum fatetur secundum miracles par sa puissance divine. »
carnem fuisse mortalem, quod etiam nos Ιl fut arrêté par le commandement
praedicamus, consequens est, ut des princes et des juges des Juifs,
secundum spiritum Deus fuerit, quod condamné et exécuté à mort. Il dit la
nos affirmamus. Quid enim fuerat vérité dans les premières paroles; mais
necesse carnis facere mentionem, cum dans la suite, il trompe par une subtilité
satis esset dicere fuisse mortalem? Sed celui qui le consultait et qui ne savait rien
veritate pressus, negare non potuit du mystère de la vérité. Il semble nier
quemadmodum res se haberet; sicut qu'il soit Dieu ; mais puisqu'il confesse
illud, quod ait, fuisse sapientem. que selon la chair il est sujet à la mort,
Quid ad hoc, Apollo, respondes? Si comme nous le disons aussi, pour parler
sapiens est; ergo doctrina ejus sapientia conséquemment, il doit reconnaître avec
est, nec ulla alia, et sapientes, qui nous que selon l'esprit il est Dieu ; car
sequuntur, nec ulli alii. Cur igitur vulgo qu'était-il besoin de parler de la chair ?
pro stultis, et vanis, et ineptis habemur, C'était assez de dire qu'il était sujet à la
qui sectamur magistrum, etiam ipsorum mort ; mais étant pressé par la vérité, il

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deorum confessione sapientem? Nam n'a pu s'empêcher de déclarer la chose
quod ait, portentifica illum opera fecisse, telle qu'elle est, non plus qu'il n'a pu se
quo maxime divinitatis fidem meruit, dispenser d'avouer qu'il était sage.
assentiri nobis jam videtur, cum dicit Que dites-vous à cela, Apollon? S'il
eadem, quibus nos gloriamur. Sed est sage, sa doctrine est la sagesse et
colligit se tamen, et ad daemoniacas ses disciples sont les sages ; et il n'y a
fraudes redit. Cum enim verum point d'autre sagesse que sa doctrine, ni
necessitate dixisset, jam deorum ac sui d'autres sages que ses disciples.
proditor videbatur; nisi quod ab eo Pourquoi nous prend-on d'ordinaire pour
veritas expresserat, mendacio fallente, des imprudents et pour des insensés,
celasset. Ait ergo, illum fecisse quidem nous qui suivons un maître qui, par le
opera miranda, verum non divina propre aveu des dieux est fort sage ?
virtute, sed magica. Quid mirum, si hoc Quand il dit qu'il a fait des actions
Apollo veritatem ignorantibus persuasit, miraculeuses, par lesquelles sa divinité a
cum Judaei quoque, cultores (ut éclaté, il semble être d'accord avec
videbantur) summi Dei, hoc idem nous; mais à l'heure même il se reprend
putaverint; cum ante oculos eorum être-tourné à ses ruses diaboliques. Il
quotidie fierent illa miracula, quae eis semblerait s'être trahi lui-même et les
Prophetae futura esse praedixerant, nec autres dieux, s'il n'avait altéré, par le
tamen tantarum virtutum mélange de diverses faussetés, ce que la
contemplatione impelli potuerunt, ut vérité avait tiré, malgré lui, de sa
Deum crederent, quem videbant. bouche. Il dit qu'il a fait des œuvres
Propterea David, quem praeter caeteros merveilleuses; mais qu'au lieu de les
Prophetas vel maxime legunt, in psalmo faire par la puissance de Dieu, il les a
XXVII, sic eos damnat: Redde illis faites par magie. Faut-il s'étonner
retributionem eorum, quoniam non qu'Apollon ait fait croire ce mensonge à
intellexerunt in operibus Domini. Ex ceux qui ignoraient la vérité, puisque les
hujus ipsius domo Christum generatum Juifs qui adoraient le vrai Dieu ont été
iri secundum carnem, et ipse David, et prévenus de la même erreur ? Ils ont vu
alii Prophetae annuntiaverunt. Apud ces miracles de leurs propres yeux, et
Esaiam ita scriptum est: Et erit in die illa n'ont pu croire que celui à qui ils les
radix Jesse, et qui exurget principari in voyaient faire était Dieu. David, dont ils
nationes: in eum gentes sperabunt, et lisent plus souvent les prophéties que
erit requies ejus in honore. Et alio loco: celles des autres, les condamne pour ce
Exiet virga de radice Jesse, et flos de sujet, par ces paroles du psaume vingt-
radice ejus ascendet, et requiescet super septième: « Rendez-leur ce qu'ils
eum Spiritus Dei, spiritus sapientiae et méritent, puisqu'ils ne reconnaissent
intellectus, spiritus consilii et point les ouvrages du Seigneur. » David

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fortitudinis, spiritus scientiae et pietalis; et les autres prophètes ont prédit que le
et implebit eum spiritus timoris Domini. Messie descendrait, selon la chair, de la
Jesse autem fuit pater David, ex cujus maison de David ; voici le témoignage
radice ascensurum esse florem qu'en rend Isaïe : « En ce jour-là le
praelocutus est; eum scilicet, de quo rejeton de Jessé sera exposé comme un
Sibylla dicit ἀνθήσει δ' ἄντος καταρόν. étendard devant tous les peuples; les
Item in βασιλειῶν libro secundo, nations viendront lui offrir leurs prières,
propheta Nathan missus est ad David et son sépulcre sera glorieux. » Il dit
volentem Deo templum fabricare; et fuit dans un autre endroit: « Il sortira un
verbum Domini ad Nathan dicens. Vade, rejeton de la tige de Jessé, et une fleur
et dic servo meo David: Haec dicit naîtra de sa racine, et l'esprit du
Dominus omnipotens; Non tu aedificabis Seigneur se reposera sur lui, l'esprit de
mihi domum ad inhabitandum: sed cum sagesse et d'intelligence, l'esprit de
impleti fuerint dies tui, et dormieris cum conseil et de force, l'esprit de science et
patribus tuis, suscitabo semen tuum de piété, et il sera rempli de l'esprit de
post te, et parabo regnum ejus. Hic la crainte du Seigneur. » Jessé fut le
aedificabit mihi domum in nomine meo: père de David, et c'est de sa tige qu'il a
et erigam thronum ejus usque in été prédit que la fleur sortirait. C'est de
saeculum; et ego ero ei in patrem, et cette même fleur que la sibylle a dit,
ipse erit mihi in filium, et fidem qu'une fleur pure fleurira.
consequetur domus ejus, et regnum ejus Il est rapporté dans le second livre
usque in saeculum. Sed haec ut Judaei des Rois que Nathan fut envoyé à David,
non intelligerent, illa fuit causa, quod au temps auquel ce prince méditait de
Solomon filius David Deo templum faire bâtir un temple. Dieu dit à Nathan:
aedificavit, et civitatem, quam de suo « Va, et dis à David mon serviteur : Voici
nomine Hierosolyma nuncupavit. Itaque ce que dit le Seigneur tout-puissant:
ad ipsum, quae a Propheta dicta sunt, Vous ne me bâtirez point une maison
retulerunt. Solomon autem ab ipso patre pour demeurer, mais lorsque vos jours
suo imperii regimen accepit. Prophetae auront été accomplis, et que vous vous
vero de eo loquebantur, qui tum serez endormi avec vos pères, je vous
nasceretur, postquam David cum susciterai un fils après vous, et je
patribus suis requievisset. Praeterea préparerai son royaume ; il élèvera une
Solomonis imperium perpetuum non maison en mon nom ; et j'élèverai son
fuit; annis enim XL regnavit. Deinde royaume. Je serai son père, et il sera
quod nunquam filius Dei dictus est, sed mon fils, et il aura la foi, lui et sa maison,
filius David; et domus quam aedificavit durant tous les siècles. » Comme les
non est fidem consecuta, sicut Ecclesia, Juifs n'entendaient pas ce passage,
quae est verum templum Dei, quod non Salomon, fils de David, a élevé un

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in parietibus est, sed in corde ac fide temple en l'honneur de Dieu, et fondé
hominum, qui credunt in eum, ac une ville qu'il a appelée Jérusalem, de
vocantur fideles. Illud vero Solomonium son nom. Cela a été cause que les Juifs
templum, quia manu factum est, manu ont cru que ces prophéties avaient été
cecidit. Denique pater ejus in psalmo accomplies en sa personne. Cependant
CXXVI, de operibus filii sui prophetavit Salomon a succédé à David son père, au
hoc modo: Si Dominus non aedificaverit lieu que celui dont les prophètes ont
domum, in vanum laboraverunt, qui parlé ne devait naître que depuis que
illam aedificaverunt: si Dominus non David serait endormi avec ses pères ; de
custodierit civitatem, in vanum vigilavit, plus, le règne de Salomon n'a duré que
qui eam custodivit. quarante ans. Salomon n'a jamais été
appelé le fils de Dieu, il n'a été appelé
que le fils de David. La maison que
Salomon a fait bâtir n'a pas eu la foi
comme l'Église, qui est le véritable
temple de Dieu, qui est bâti non sur la
terre avec des pierres, mais dans le
cœur par la foi. Le temple de Salomon a
été ruiné parce qu'il avait été bâti par la
main des hommes. Enfin, Dieu a parlé de
cette sorte des ouvrages de son fils dans
le psaume cent vingt-sept : « Si le
Seigneur n'édifie lui-même une maison,
en vain travaillent ceux qui s'efforcent
de l'édifier; si le Seigneur ne garde lui-
même une ville, c'est en vainque veille
celui qui la garde. »

CAPUT XIV. XIV.


De Jesu sacerdotio a Prophetis
praedicto.
Il paraît, par le témoignage de ces
Quibus ex rebus apparet, prophetas
prophètes, que Jésus-Christ devait
omnes denuntiasse de Christo, fore
naître, selon la chair, de la race de David
aliquando, ut ex genere David
; qu'il devait élever en l'honneur de Dieu
corporaliter natus constitueret aeternum
un temple éternel, qui est l'église, et
templum Deo, quod appellatur Ecclesia,

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et universas gentes ad religionem Dei qu'il devait y assembler toutes les
veram convocaret. Haec est domus nations pour y faire profession de la
fidelis, hoc immortale templum, in quo si véritable religion. C'est la maison fidèle
quis non sacrificaverit, immortalitatis et le temple éternel, où celui qui ne
praemium non habebit. Cujus templi, et sacrifiera pas ne remportera jamais le
magni, et aeterni quoniam Christus prix de l'immortalité. Jésus-Christ doit
fabricator fuit, idem necesse est habeat nécessairement être le prêtre de ce
in eo sacerdotium sempiternum. Nec temple éternel dont il a été l'architecte.
potest nisi per eum, qui constituit On ne peut obtenir l'entrée de ce temple,
templum, et ad aditum templi, et ad ni être admis à la vue de Dieu que par
conspectum Dei perveniri. David, in lui, comme David l'enseigne par ces
psalmo CIX, id ipsum docet, dicens: Ante paroles du psaume 109 : « Je vous ai
luciferum genui te. Juravit Dominus, et engendré dans mon sein avant l'aurore.
non poenitebit eum: tu es sacerdos in Le Seigneur a juré, et son serment
aeternum secundum ordinem demeurera immuable, que vous serez le
Melchisedech. Item in Βασιλειῶν libro prêtre éternel selon l'ordre et l'exemple
primo: Et suscitabo mihi sacerdotem de Melchisédech. » Il a été écrit dans le
fidelem, qui omnia, quae sunt in corde premier livre des Rois: » Je susciterai
meo, faciat; et aedificabo ei domum pour moi un prêtre fidèle, qui agira selon
fidelem, et transibit in conspectu meo mon cœur et selon mon âme. Je lui
omnibus diebus. Quis autem futurus établirai une maison stable, et il
esset, cui Deus aeternum sacerdotium marchera toujours devant mon Christ. »
pollicebatur, Zacharias etiam nomine Zacharie a désigné clairement celui à qui
posito apertissime docuit; sic enim dixit: Dieu promet un sacerdoce éternel; car
Et ostendit mihi Dominus Deus Jesum voici comme il le nomme : » Le
sacerdotem magnum stantem ante Seigneur, dit-il, m'a montré Jésus le
faciem angeli Domini, et diabolus stabat grand prêtre, qui était debout en
ad dextram ipsius, ut contradiceret ei. Et présence de l'ange du Seigneur, et le
dixit Dominus ad diabolum: Imperet diable était debout à la droite, à dessein
Dominus in te, qui elegit Hierusalem; et de s'opposer à lui; et le Seigneur dit au
ecce titio ejectus ab igne: et Jesus erat diable : que le Seigneur, qui a choisi
indutus vestimentis sordidis, et stabat Jérusalem, vous commande. Et à l'heure
ante faciem angeli, et respondit, et dixit même le tison fut jeté hors du feu, et
ad circumstantes ante faciem ipsius, Jésus était vêtu d'un habit fort sale, et il
dicens: Auferte vestimenta sordida ab était debout en présence de l'ange; et
eo, et induite eum tunica talari, et l'âme dit en sa présence à ceux qui
imponite cidarim mundam super caput étaient autour de lui: Otez-lui ses
ipsius; et cooperuerunt eum vestimento, vêtements sales, et revêtez-le d'une

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et imposuerunt cidarim mundam super tunique qui lui tombe jusque sur les
caput ejus; et angelus Domini stabat, et talons, et mettez-lui sur la tête une tiare
testificabatur, ad Jesum dicens: Haec éclatante. Et à l'heure même on le
dicit Dominis omnipotens: si in viis meis revêtît d'un habit, et on lui mit sur la tête
ambulaveris, et praecepta mea une tiare éclatante. Et l'ange du
servaveris, tu judicabis domum meam, Seigneur était debout, et disait à Jésus
et dabo tibi, qui conversentur in medio avec solennité : Voici ce que dit le
horum circumstantium. Audi itaque, Seigneur tout-puissant : Si vous
Jesu sacerdos magne. marchez dans mes voies, et que vous
Quis non igitur captos mentibus tum gardiez mes préceptes, vous jugerez ma
fuisse Judaeos arbitretur, qui cum haec maison, et je vous donnerai ceux qui se
legerent, et audirent, nefandas manus convertiront d'entre ceux qui sont ici
Deo suo intulerunt? Atqui ab eo debout. Écoutez ceci, ô Jésus ! grand
tempore, quo Zacharias fuit, usque ad prêtre. »
annum quintum decimum imperii Tiberii Qui ne croira que les Juifs avaient
Caesaris, quo Christus crucifixus est, perdu l'esprit, quand, après avoir lu et
prope quingenti anni numerantur; entendu ces paroles, ils attentèrent à la
siquidem Darii et Alexandri adolevit vie du Sauveur? On compte près de cinq
aetate, qui fuerunt non multo priusquam cents ans depuis le temps où vivait
Tarquinius Superbus exactus est. Sed illi Zacharie, jusqu'à la quinzième année de
rursus eodem modo falsi deceptique l'empire de Tibère, en laquelle Jésus fut
sunt, putantes haec de Jesu esse dicta crucifié. Ce prophète était dans la fleur
filio Nave, qui successor fuit Moysi, aut de son âge au temps de Darius et
de sacerdote Jesu filio Josedech: in quos d'Alexandre, qui vécurent peu de temps
nihil congruit eorum, quae Propheta après que Tarquin le Superbe eut été
narravit. Non enim sordidati illi umquam chassé de Rome. Les Juifs se sont
fuerunt, cum alter eorum princeps trompés en expliquant ces passages, ou
potentissimus fuerit, alter sacerdos: aut de Jésus fils de Navé, Sauveur de Moïse,
perpessi sunt aliquid adversi, ut ou de Jésus prêtre fils de Josedech ; bien
tamquam titio ejectus ex igne que nulle des circonstances qui ont été
putarentur. Aut aliquando in conspectu marquées par les prophètes ne leur
Dei et Angelorum steterunt, aut puisse convenir. Jamais ils n'ont été
Propheta de praeteritis loquebatur couverts d'ordures, l'un ayant été
potius, quam de futuris. Locutus est prince, et l'autre prêtre. Jamais ils n'ont
igitur de Jesu Filio Dei, ut ostenderet souffert de traitement injurieux pour
eum primo in humilitate et carne esse être comparé à un tison tiré du feu.
venturum. Haec enim est vestis sordida, Jamais ils n'ont été debout en présence
ut pararet templum Deo, et sicut titio de Dieu et des anges, et, s'ils y avaient

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igni ambureretur; id est, ab hominibus été, le prophète aurait parlé du passé au
cruciamenta perferret, et ad ultimum lieu de prédire l'avenir. Il a parlé du
extingueretur. Titionem enim vulgus premier avènement de Jésus, fils de
appellat extractum foco torrem Dieu, qui devait paraître dans un état
semiustum, extinctum. d'humilité et de bassesse sous un corps
Quomodo autem, et cum quibus mortel. C'est ce qui est marqué par le
mandatis a Deo miteretur in terram, vêtement couvert d'ordures dont il
declaravit Spiritus Dei per Prophetam, s'était revêtu, pour préparer un temple
docens futurum, ut cum voluntatem au Seigneur, et par le tison tiré du feu,
summi Patris fideliter et constanter qui est comme une image de ses
implesset, acciperet judicium, atque souffrances et de sa mort ; car, en
imperium sempiternum. Si in viis meis, langage populaire, on appelle tison un
inquit, ambulaveris, et praecepta mea morceau de bois tiré du feu et éteint.
servaveris, tu judicabis domum meam. L'esprit de Dieu a déclaré, par la
Quae fuerint viae Dei, et quae praecepta bouche du prophète, les
ejus, nec ambiguum, nec obscurum est. commandements qu'il devait recevoir
Deus enim cum videret malitiam et lorsqu'il serait envoyé sur la terre, afin
falsorum deorum cultus per orbem qu'après avoir fidèlement exécuté les
terrae ita invaluisse, ut jam nomen ejus ordres du père, il reçût en récompense
ex hominum memoria fuisset pene le pouvoir de juger, et un empire éternel.
sublatum (siquidem Judaei quoque, « Si vous marchez, dit-il, dans mes
quibus solis arcanum Dei creditum voies, et que vous gardiez mes
fuerat, relicto Deo vivo, ad colenda commandements, vous jugerez ma
figmenta irretiti daemonum fraudibus maison, » Il est aisé de savoir quelles
aberrassent, nec increpiti per prophetas, sont ces voies et ces préceptes. Quand
reverti ad Deum vellent), Filium suum Dieu vit que l'idolâtrie et les autres
legavit ad homines, ut eos converteret crimes avaient inondé de telle sorte
ab impiis et vanis cultibus, ad toute la terre, , que son nom n'y était
cognoscendum et colendum Deum presque plus connu, et que les Juifs,
verum: item ut eorum mentes a stultitia auxquels seuls il avait révélé ses
ad sapientiam, ab iniquitate ad justitiae mystères, s'étant laissé tromper par les
opera traduceret. Hae sunt viae Dei, in démons, adoraient les idoles, et
quibus ambulare eum praecepit. Haec n'écoutaient plus la voix des prophètes
praecepta quae servanda mandavit. Ille qui les rappelaient à la véritable religion,
vero exhibuit Deo fidem. Docuit enim il envoya son fils, comme son premier
quod Deus unus sit, eumque solum coli ambassadeur, aux hommes, afin qu'il les
oportere; nec umquam se ipse Deum retirât de la superstition et de l'impiété,
dixit, quia non servasset fidem, si missus qu'il leur enseignât la justice, et qu'il leur

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ut deos tolleret, et unum assereret, inspirât la sagesse. Voilà les voies qu'il
induceret alium, praeter unum. Hoc erat, lui ordonna de tenir, et les préceptes
non de uno Deo facere praeconium, nec qu'il lui commanda d'observer. Il a gardé
ejus qui miserat, sed suum proprium la fidélité à son père, en enseignant qu'il
negotium gerere, ac se ab eo quem est le seul Dieu qu'il faut adorer, et en
illustraturus venerat, separare. ne se nommant jamais Dieu lui-même. Il
Propterea quia tam fidelis extitit, quia aurait aussi manqué de fidélité, si, ayant
sibi nihil prorsus assumpsit, ut mandata été envoyé pour détruire la pluralité des
mittentis impleret, et sacerdotis perpetui dieux, il en avait prêché plus d'un. Il
dignitatem, et regis summi honorem, et n'aurait plus prouvé la gloire d'un seul
judicis potestatem, et Dei nomen Dieu qui l'avait envoyé ; il aurait
accepit. recherché ses propres avantages, et se
serait séparé des intérêts de celui dont
devait publier la grandeur et la majesté.
Mais parce que, sans s'attribuer aucun
honneur, il a suivi avec une parfaite
fidélité les ordres de celui qui l'avait
envoyé, il a reçu en récompense la
dignité de prêtre, la puissance de roi, la
qualité déjuge, et le nom de Dieu.

CAPUT XV. XV.


De Jesu vita et miraculis; atque Après avoir parlé de la seconde
de iis testimonia. naissance, par laquelle le Fils de Dieu
Quoniam de secunda nativitate s'est rendu visible aux hommes dans un
diximus, qua se hominibus in carne corps mortel, parlons maintenant de ses
monstravit, veniamus ad opera illa actions merveilleuses, qui, bien qu'elles
miranda, quae cum essent coelestis fussent des preuves de sa puissance
indicia virtutis, magum Judaei divine, n'ont pas laissé d'être prises par
putaverunt. Cum primum coepit les Juifs pour des effets de l'art magique.
adolescere, tinctus est a Joanne Dès sa jeunesse il fut baptisé par le
propheta in Jordane flumine, ut lavacro prophète Jean, dans le fleuve du
spiritali peccata non sua, quae utique Jourdain, pour effacer, par une eau
non habebat, sed carnis, quam gerebat, spirituelle, non ses propres péchés, car il
aboleret; ut quemadmodum Judaeos n'en avait point, mais les péchés de la
suscepta circumcisione, sic etiam gentes nature qu'il avait prise, et pour sauver
baptismo, id est purifici roris perfusione les gentils par le baptême, comme il
salvaret. Tunc vox audita de coelo est: avait sauvé les Juifs par la circoncision.

43
Filius meus es tu; ego hodie genui te. On entendit alors une voix du ciel qui
Quae vox apud David praedicta disait : « Vous êtes mon fils, je vous ai
invenitur. Et descendit super eum aujourd'hui engendré. » Ce sont des
Spiritus Dei formatus in speciem paroles qui avaient été prédites
columbae candidae. Exinde maximas auparavant par le prophète David.
virtutes coepit operari, non praestigiis L'Esprit-Saint descendit à l'heure même
magicis, quae nihil veri ac solidi sur lui en forme de colombe. Il
ostentant, sed vi ac potestate coelesti commença aussitôt à faire des miracles,
quae jampridem prophetis nuntiantibus non par l'art magique qui n'a que des
canebantur. Quae opera tam multa sunt, illusions, mais par la puissance divine,
ut unus liber ad complectenda omnia comme les prophètes l'avaient prédit. Le
satis non sit. Enumerabo igitur illa nombre décès miracles est si grand, qu'à
breviter, et generatim, sine ulla peine un livre entier les pourrait-il
personarum ac locorum designatione, ut contenir. Je me contenterai de les
ad exponendam passionis ejus crucisque marquer en termes généraux, sans
rationem possim pervenire, quo exprimer les circonstances des lieux ni
jamdudum festinat oratio. Virtutes ejus des personnes, pour faire ensuite le récit
fuerunt, quas Apollo portentificas de ses souffrances et de sa mort, sujet
appellavit: quod quacumque iter dont j'ai impatience de traiter. Apollon a
faciebat, aegros et debiles, et omni appelé ses opérations prodigieuses,
morborum genere laborantes, uno verbo parce qu'en passant dans quelque lieu
unoque momento reddebat incolumes, que ce fût, il guérissait en un moment et
adeo ut membris omnibus capti, receptis d'une seule parole toute sorte de
repente viribus roborati, ipsi lectulos maladies, si bien que des paralytiques
suos reportarent, in quibus fuerant paulo qui avaient perdu l'usage de tous leurs
ante delati. Claudis vero ac pedum vitio membres le recouvraient en un moment,
afflictis, non modo gradiendi, sed etiam et remportaient les lits sur lesquels on
currendi dabat facultatem. Tunc quorum les avait apportés eux-mêmes. Il rendait
caeca lumina in altissimis tenebris erant, aux boiteux non seulement le pouvoir de
eorum oculos in pristinum restituebat marcher, mais aussi la force de courir ;
aspectum. Mutorum quoque linguas in il rendait la jouissance de la lumière à
eloquium sermonemque solvebat. Item des yeux qui semblaient être condamnés
surdorum patefactis auribus insinuabat à de perpétuelles ténèbres; il rendait la
auditum: pollutos, ac aspersos maculis, parole aux muets, l'ouïe aux sourds. Il
repurgabat. Et haec omnia non manibus, purifiait ceux qui étaient tachés de la
aut aliqua medela, sed verbo ac jussione lèpre, et faisait toutes ces merveilles par
faciebat, sicut etiam Sibylla (Serm. 8 , sa seule parole, comme la sibylle l'avait
post med.) praedixerat: marqué, quand elle avait dit que

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Πάντα λόγω πράττων, πᾶσάν τε pour chasser les maladies il ne se
νόσον θεραπεύων. Nec utique mirum, servait que de sa voix. Il ne faut pas
quod verbo faciebat mirabilia, cum ipse s'étonner de ce qu'il faisait des
esset Dei Verbum, coelesti virtute ac merveilles par sa parole, puisqu'il était la
potestate subnixum . . . ; Nec satis fuit parole de Dieu, soutenue par une force
quod vires imbecillis redderet, debilibus toute-puissante. Mais ce n'était pas
integritatem, quod aegris et assez qu'il eût rendu la force aux
languentibus sanitatem, nisi etiam paralytiques et la santé aux malades, il
mortuos suscitaret, velut e somno fallait qu'il rendit encore la vie aux
solutos, ad vitamque revocaret. morts.
Quae videntes tunc Judaei, Quand les Juifs voyaient toutes ces
daemoniaca fieri potentia arguebant, merveilles, ils les attribuaient à la
cum omnia sic futura, ut facta sunt, puissance du démon, bien qu'il y eût
arcanae illorum litterae continerent. dans leurs livres des prophéties par
Legebant quippe cum aliorum lesquelles ces circonstances étaient
prophetarum, tum Esaiae verba dicentis marquées. Ils avaient ces livres-là entre
(cap. XXV) : Confortamini manus les mains; ils les lisaient
resolutae, et genua debilia continuellement, et surtout ces paroles
consolidamini. Qui estis pusilli animi, d'Isaïe : « Fortifiez les mains
nolite timere, nolite metuere. Dominus languissantes et soutenez les genoux
noster judicium retribuet; ipse veniet, et tremblants. Dites à ceux qui ont le cœur
salvos faciet nos. Tunc aperientur oculi abattu : Prenez courage, ne craignez
caecorum; et aures surdorum audient. point ; voici votre Dieu qui vient vous
Tunc saliet claudus sicut cervus, et plana venger, et rendre aux hommes ce qu'ils
erit lingua mutorum, quia rupta est in méritent. Dieu viendra lui-même, et il
deserto aqua, et rivus in terra sitienti. vous sauvera : alors les yeux des
Sed et Sibylla eadem cecinit his aveugles verront le jour, et les oreilles
versibus: des sourds seront ouvertes. Le boiteux
. . . . . . Νεκρῶν δὲ ἀνάστασις ἔσται, bondira comme le cerf, et la langue des
Καὶ χωλῶν, δρόμος ἔστ' ὠκὺς, καὶ κωρὸς muets sera déliée, parce que des
ἀκούσει ; sources d'eau sortiront de terre dans le
Καὶ, τυφλοὶ βλέψουσι, λαλήσουσ' οὐ désert, et que des torrents couleront
λαλέοντες. dans la solitude. » La sibylle a renfermé
Ob has ejus virtutes, et opera la même prédiction dans les paroles qui
divina, cum magna illum multitudo suivent :
sequeretur vel debilium, vel aegrorum, Les morts sortiront du tombeau, les
vel eorum qui curandos suos offerre huileux marcheront d'un pas φerme et
cupiebant, ascendit in montem assuré, les sourds entendront la voix des

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quemdam desertum, ut ibi adoraret. Ubi autres hommes et entreront en
cum triduo moratus esset, ac fame conversation arec eux, lis aveugles
populus laboraret, vocavit discipulos, verront le jour et la lumière, et les muets
quaerens quantos secum cibos reprendront l'usage de la langue.
gestarent. At illi quinque panes et duos Comme le nombre et la grandeur de
pisces in pera se habere dixerunt. Afferri ses miracles attiraient autour de lui une
ea jussit, ac multitudinem per foule incroyable de personnes qui
quinquagenos distributam discumbere. imploraient son secours, il monta un jour
Quod cum discipuli facerent, frangebat sur une montagne à dessein d'y adorer,
ipse panem minutatim, carnemque et, après y être demeuré trois jours
piscium comminuebat, et utraque in durant lesquels le peuple qui l'avait suivi
manibus ejus augebantur. Et cum était pressé par la faim, il appela ses
apponere illa populo discipulis disciples et leur demanda quelles
imperasset, saturata sunt quinque provisions et quelles vivres ils avaient.
hominum millia, et insuper duodecim Quand ils lui eurent dit qu'ils n'avaient
cophini de residuis fragminibus impleti. que cinq pains et deux poissons, il
Quid aut dici, aut fieri potest mirabilius? commanda qu'on les lui apportât et que
At id Sibylla futurum cecinerat olim, l'on rangeât le peuple par troupes, dont
cujus versus tales feruntur: chacune fut de cinquante personnes, et
Εἰν ἄρτοις ἅμα πέντε, καὶ ἰχθύεσσι qu'on les fît asseoir. Pendant que ses
δοιοῖσιν disciples exécutaient ses ordres, il
Ἀνδρῶν χιλιάδας ἐν ἐρέμῳ πέντε κορέσσει rompit les pains et les poissons par
Καὶ τὰ περισσευόντα λαβὼν μετὰ morceaux qui croissaient et se
κλάσματα πάντα, multipliaient entre les mains. Cinq mille
Δώδεκα πληρώσει κοφίνους εἰς ἐλπίδα hommes en furent rassasiés, et il se
πολλῶν. trouva encore des restes pour remplir
Quaero igitur quid hic potuerit ars douze corbeilles. Que peut-on faire et
magica moliri, cujus peritia ad nihil aliud que peut-on jamais dire de si
quam ad circumscribendos oculos valet. surprenant? La sibylle avait parlé de
Idem, secessurus orandi gratia, sicut cette merveilleuse multiplication, quand
solebat, in montem, praecepit discipulis, elle avait dit
ut naviculam sumerent, seque qu'avec cinq pains et deux poissons il
praecederent. At illi, urgente jam apaiserait la faim dont cinq mille
vespere profecti, contrario vento personnes seraient pressées dans le
laborare coeperunt. Cumque jam désert, et que les restes seraient encore
medium fretum tenerent, tum pedibus si abondants, qu'ils rempliraient douze
mare ingressus consecutus est eos, corbeilles, et suffiraient au besoin d'une
tamquam in solido gradiens; non ut nombreuse multitude.

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poetae Orionem mentiuntur in pelago Je voudrais bien que l'on me dit ce
incedentem, qui, demersa corporis qu'aurait pu faire en cette occasion l'art
parte, magique dont on sait que tous les effets
Humero supereminet undas. Et se terminent à tromper les sens et à
rursus cum obdormisset in navi, et éblouir les yeux? En se retirant un jour
ventus usque ad extremum periculum sur une montagne pour y faire la prière
saevire coepisset, excitatus e somno, selon sa coutume, il commanda à ses
silere ventum protinus jussit; et fluctus, disciples de prendre une barque et
qui maximi ferebantur, conquievere, d'aller devant lui. Ils partirent sur le soir,
statimque sub verbo ejus tranquillitas et eurent le vent contraire. Comme ils
insecuta est. étaient environ au milieu du détroit qu'ils
Mentiuntur fortasse Litterae voulaient traverser, il marcha à pied sur
sanctae, docentes tantam fuisse in eo les eaux, et non de la manière que les
potestatem, ut imperio suo cogeret poètes feignent qu'Orion marcha sur la
ventos obsequi, maria servire, morbos mer, ayant une partie du corps caché
cedere, inferos obedire. Quid quod sous les flots et l'autre dehors.
eadem Sibyllae carminibus suis ante Il s'endormit ensuite dans le
docuerunt? quarum una, cujus supra vaisseau ; et une tempête s'étant élevée
fecimus mentionem, sic ait: durant son sommeil et ayant épouvanté
Τοὺς ἀνέμους παύσει τε στρώσει δὲ ceux qui étaient avec lui, il s'éveilla,
θάλασσαν commanda aux vents et aux flots de
Μαινομένην, ποσὶν εἰρήνης πίστει τε s'apaiser, et rétablit le calme.
πατήσας. On dira peut-être que l'Écriture en
Et rursus alia, quae dicit: impose, quand elle témoigne que la mer,
Κύματα πεζεύσει, νόσον ἀνθτρώπων les vents, les maladies, la mort et le
ἀπολύσει tombeau obéissaient à sa voix. Mais que
Στήσει τεθνηῶτας, ἀπώσεται ἄλγεα πολλὰ dira-t-on de ce que la sibylle a rendu le
Ἐκ δὲ μιᾶς πέρης ἄρτου κόρος ἔσσεται même témoignage à son avantage ?
ἀνδρῶν. Celle dont nous avons ci-dessus parlé a
His testimoniis quidam revicti, prédit clairement
solent eo confugere, ut aiant non esse qu'il adresserait sa parole aux vents,
illa carmina Sibyllina, sed a nostris ficta et que les vents lui obéiraient et
atque composita. Quod profecto non arrêteraient leur violence ; qu'il
putabit qui Ciceronem Varronemque abaisserait l'orgueil des vagues, et
legerit, aliosque veteres, qui Erythraeam qu'après les avoir rendues aussi unies
Sibyllam caeterasque commemorant: qu'un marbre poli, il marcherait dessus
quarum ex libris ista exempla avec les pieds de la foi. Une autre a
proferimus: qui auctores ante obierunt assuré qu'il marcherait sur les eaux, qu'il

47
quam Christus secundum carnem rendrait la santé aux malades, la vie aux
nasceretur. Verum non dubito quin illa morts, et qu'il rassasierait ceux qui
carmina prioribus temporibus pro seraient pressés de la faim.
deliramentis habita sint, cum ea nemo Quelques-uns ne sachant que
tum intelligeret. Denguntiabant enim répondre à des témoignages si formels,
monstruosa quaedam miracula, quorum ont recours à une défaite, qui consiste à
nec ratio, nec tempus, nec auctor dire que ces vers-là n'ont pas été
designabatur. Denique Erythraea fore composés par les sibylles, mais qu'ils ont
ait, ut diceretur insana, et mendax. At été faits à plaisir par quelques-uns de
enim: notre religion. Mais quiconque aura lu
. . . . . . Φήσουσι Σιββλήν Cicéron, Varron et les autres anciens qui
Μαινομένην ψευστείραν ἐπὰν δὲ γένηται étaient morts avant que le Sauveur
ἅπαντα naquit, et qui ont parlé et de la sibylle
Τηνίκα μου μνήμην ποιήσετε, κ' οὐκ ἔτι μ' Erythrée et des autres dont nous avons
οὐδεὶς rapporté quelques passages, ne se
Μαινομένην φήσει με θεοῦ μεγάλοιο persuadera jamais que ce soient des
προφῆτιν. ouvrages supposés. Je ne doute pas
Jacuerunt igitur multis saeculis; néanmoins que ces poésies-là n'aient
postea vero animadversa sunt, quam été prises pour des rêveries dans les
Christi nativitas et passio patefecit premiers temps où personne ne les
arcana: sicut etiam voces prophetarum, entendait. Elles ne contenaient que des
quae cum per annos mille quingentos, miracles fort extraordinaires, sans
vel eo amplius lectae fuissent a populo marquer ni leur auteur, ni la manière, ni
Judaeorum, nec tamen intellectae sunt, le temps auquel ils devaient être faits.
nisi postquam illas Christus, et verbo, et Enfin, la sibylle Erythrée a prédit d'elle-
operibus interpretatus est. Illum enim même que plusieurs croiraient qu'elle
prophetae annuntiaverunt; nec ullo avait perdu l'esprit, et qu'elle n'avançait
modo poterant, quae illi loquebantur, que des impostures.
intelligi, nisi fuissent universa completa. Je ne doute point, dit-elle, que ceux
qui verront mes prédictions ne
m'accusent d'avoir dessein d'en imposer
et de triompher; mais ceux qui en
verront l'accomplissement,
reconnaîtront que j'ai reçu, par
l'inspiration de Dieu, la connaissance des
choses les plus secrètes.
Ce sont des mystères qui, après avoir
été cachés durant plusieurs siècles, n'ont

48
été enfin révélés qu'au temps de la vie
et de la mort du Sauveur ; de même que
les prédictions des prophètes; qui ont
été lues par les Juifs l'espace de plus de
quinze cents ans, n'ont pourtant été
entendues que depuis que notre maitre
les a expliquées par ses paroles et par
ses actions. Il est vrai que les prophètes
l'annonçaient; mais ce qu'ils disaient ne
pouvait être entendu avant qu'il eût été
accompli.

CAPUT XVI. XVI.


De Jesu Christi passione; quod Je crois devoir parler maintenant de
fuerit praedicta. la passion du Sauveur, qu'on nous
Venio nunc ad ipsam passionem, reproche, comme si ce nous était une
quae velut opprobrium nobis objectari chose fort honteuse de révérer un
solet, quod et hominem, et ab hominibus homme qui a souffert le dernier supplice.
insigni supplicio affectum et excruciatum Je montrerai au contraire qu'il l'a
colamus; ut doceam eam ipsam souffert pour d'importantes raisons, et
passionem ab eo cum magna et divina que ses souffrances contiennent des
ratione susceptam, et in ea sola et preuves convaincantes de sa sagesse et
virtutem, et veritatem, et sapientiam de sa puissance, et de la vérité de la
contineri. Neque enim, si beatissimus in doctrine qu'il a enseignée. S'il avait été
terra fuisset, et per omnem vitam in heureux durant toute sa vie, nul homme
summa felicitate regnasset, quisquam sage ne l'aurait reconnu pour un Dieu et
illum sapiens aut Deum credidisset, aut ne lui aurait rendu les honneurs divins.
honore divino dignum judicasset: quod Ce qui est fort opposé à la pratique de
faciunt verae divinitatis expertes, qui ceux qui, n'ayant aucune teinture de la
caducas opes, et fragilem potentiam, et véritable religion, admirent les richesses
alieni beneficii bona non tantum et la puissance, et révèrent la mémoire
suspiciunt, verum etiam consecrant, et de ceux qui leur ont fait du bien; au lieu
scientes memoriae mortuorum que tout ce qu'il y a de gens éclairés et
deserviunt, fortunam jam extinctam habiles ne daignent pas seulement
colentes; quam ne vivam quidem estimer leurs personnes durant leur vie.
praesentemque sapientes colendam sibi Il n'y a rien, en effet, qui mérite nos
umquam putaverunt. Nec enim potest respects, parce qu'il n'y a rien qui soit
aliquid in rebus terrenis esse venerabile digne du ciel. Il n'y a que la vertu et la

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coeloque dignum: sed sola est virtus, justice, que nous devions considérer
sola justitia, quae potest verum bonum, comme un bien stable et solide, qui ne
et coeleste, et perpetuum judicari; quia peut nous être ni donné ni ôté par
nec datur cuiquam, nec aufertur. Qua personne. Le Sauveur est descendu sur
virtute ac justitia quoniam Christus la terre avec cette vertu et cette justice
instructus venit in terram, immo vero, dont je parle. Il a lui-même la justice et
quoniam ipse virtus, et ipse justitia est, la vertu, et il est venu pour les enseigner
descendit ut eam doceret, hominemque aux hommes. Il s'est excellemment
formaret. Quo magisterio ac Dei acquitté de cette fonction, et a prêché et
legatione perfunctus, ob eam ipsam pratiqué la vertu d'une manière qui l'a
virtutem, quam simul et docuit, et fecit, rendu digne d'être adoré comme un Dieu
ab omnibus gentibus, et meruit, et potuit par les peuples de l'univers. Comme la
Deus credi. Ergo cum magnus populus sainteté de sa doctrine et l'éclat de ses
ad eum, vel ob justitiam quam docebat, miracles attiraient autour de lui une
vel ob miracula quae faciebat, subinde foule incroyable de personnes de toute
conflueret, et praecepta ejus audiret, et condition, les principaux des Juifs et des
a Deo missum Deique Filium crederet: prêtres, émus de colère de ce qu'il leur
tum primores Judaeorum et sacerdotes reprochait leurs crimes, dévorés de
ira stimulati, quod ab eo tamquam jalousie de ce que le peuple les méprisait
peccatores increpabantur, et invidia et les abandonnait pour le suivre,
depravati, quod, confluente ad eum aveuglés par l'ignorance qui avait effacé
multitudine, contemni se ac deseri de leur mémoire les commandements de
videbant, et (quod caput sceleris illorum la loi et les prédictions des prophètes,
fuit) stultitia et errore caecati, et s'assemblèrent contre lui et formèrent le
immemores praeceptorum coelestium ac dessein impie de lui faire souffrir la mort.
prophetarum, coierunt adversus eum, David ayant prévu par la lumière de
impiumque consilium de eo tollendo l'esprit de Dieu l'énormité de cet
cruciandoque ceperunt: quod prophetae attentat, s'écrie dès le commencement
multo ante descripserant. de ses psaumes : « Heureux est
Nam et David, in principio l'homme qui ne se laisse point aller aux
Psalmorum suorum, providens in spiritu conseils des médians. » Salomon a décrit
quantum facinus admissuri essent, le même conseil dans le livre de la
Beatum esse ait, qui non abierit in Sagesse. Voici ses paroles : « Faisons
consilio impiorum. Et Salomon in libro tomber le juste dans nos pièges, parce
Sapientiae, his verbis usus est: qu'il nous est incommode, qu'il est
Circumveniamus justum, quoniam contraire à notre manière de vivre, qu'il
insuavis et nobis, et exprobrat nobis nous reproche les violations de la loi, et
peccata legis: promittit se scientiam Dei qu'il nous déshonore en décriant les

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habere, et filium Dei se nominat: factus fautes de notre conduite. » Il assure qu'il
est nobis in traductionem cogitationum a la science de Dieu et qu'il s'appelle le
nostrarum: gravis est nobis etiam ad Fils de Dieu. Il est devenu le censeur de
videndum; quoniam dissimilis est aliis nos pensées même; sa seule vue nous
vita illius, et immutatae sunt viae illius: est insupportable, parce que sa vie n'est
tamquam nugaces aestimati sumus ab point semblable à celle des autres, et
eo: continet se a viis nostris, quasi ab qu'il suit une conduite toute différente. Il
immunditiis, et praefert novissima nous considère comme des gens qui ne
justorum, et gloriatur patrem se habere s'occupent que de niaiseries ; il
Deum. Videamus ergo si sermones illius s'abstient de notre manière de vivre
veri sint; et tentemus quae ventura sunt comme d'une chose impure; il préfère ce
illi. Contumeliis et tormentis que les justes attendent à la mort, et se
interrogemus eum: ut sciamus glorifie d'avoir Dieu pour père. Voyons
reverentiam illius, et probemus donc si ses paroles sont véritables.
patientiam illius, morte turpissima Eprouvons ce qui lui arrivera, et nous
condemnemus eum. Haec cogitaverunt, verrons quelle sera sa fin ; car s'il est
et erraverunt. Excaecavit enim illos véritablement Fils de Dieu, Dieu prendra
stultitia ipsorum; et nescierunt sa défense et le délivrera des mains de
sacramenta Dei. Nonne ita descripsit ses ennemis. Interrogeons-le par les
nefarium illud consilium ab impiis initum outrages et par les tourments, afin que
contra Deum, ut plane interfuisse nous reconnaissions quelle est sa
videatur? Atqui a Salomone, qui haec douceur, et que nous fassions l'épreuve
cecinit, usque ad id tempus, quo gesta de sa patience. Condamnons-le à la mort
res est, mille ac decem anni fuerunt. la plus infâme, car Dieu prendra soin de
Nihil nos affingimus, nihil addimus. lui, si ses paroles sont véritables. Ils ont
Habebant haec, qui fecerunt: legebant, eu ces pensées, et ils se sont égarés,
in quos haec dicta sunt. Sed et nunc parce que leur propre malice les a
haeredes nominis ac sceleris illorum aveuglés, et qu'ils ont ignoré les secrets
haec et habent, et damnationem suam de Dieu. Salomon n'a-t-il pas fait une
prophetarum voce praedictam aussi fidèle description de ce conseil
quotidianis lectionibus personant; nec tenu par les impies contre Dieu, que s'il
aliquando in cor suum, quae pars est et y eut assisté ? Cependant mille et dix ans
ipsa damnationis, admittunt. Increpiti se sont écoulés depuis le temps où
ergo a Christo saepe Judaei exprobrante Salomon a fait cette prophétie, jusqu'à
illis peccata et injustitias, et a populo celui où l'on en a vu l'accomplissement.
pene deserti, concitati sunt ad eum Je n'invente rien, je n'ajoute rien. Les
necandum. Juifs qui ont commis cet attentat avaient
entre les mains le livre où la prédiction

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Cujus rei audaciam dedit illis est contenue. Ceux-là mêmes contre qui
humilitas ejus. Nam cum legerent, cum elle a été faite la lisaient. Leurs
quanta virtute et claritate Filius Dei successeurs, qui portent leur nom et qui
venturus esset e coelo, Jesum autem imitent leur crime, ont chaque jour le
cernerent humilem, quietum, sordidum, même livre entre les mains, et répètent
informem, non credebant filium Dei la condamnation prononcée contre eux
esse, ignorantes duos ejus adventus a par la bouche des prophètes, sans y faire
prophetis esse praedictos: primum in jamais d'attention, ce qui est un des plus
humilitate carnis obscurum, secundum terribles effets de la condamnation
in fortitudine majestatis manifestum. De même. Les Juifs se portèrent donc à faire
primo David in psalmo septuagesimo mourir Jésus-Christ en haine de la liberté
primo sic ait: Descendet sicut pluvia in avec laquelle il leur reprochait leurs
vellus, et orietur in diebus ejus justitia, crimes, et de dépit d'être méprisés et
et abundantia pacis, donec extollatur abandonnés par le peuple.
luna. Sicut enim pluvia, si descendat in Il est vrai que l'état de bassesse où il
vellus, animadverti non potest, quia paraissait leur donna la hardiesse de
strepitum non facit: ita Christum in commettre cet attentat; car quand ils
terram sine cujusquam suspicione lisaient d'un côté que le fils de Dieu
venturum esse dixit, ut justitiam doceret devait descendre du ciel environné
et pacem. Esaias quoque ita tradidit: d'éclat et de gloire et plein de puissance
Domine, quis credidit auditui nostro, et et de majesté, et que de l'autre ils ne
brachium Domini cui revelatum est? voyaient rien dans Jésus-Christ qui ne
Annuntiavimus coram ipso sicut pueri, et fut bas, sale et difforme, ils ne pouvaient
sicut radix in terra sitienti: non est figura se persuader qu'il fut le Messie. Ils ne
ejus, neque claritas; et vidimus illum, et savaient pas que les prophètes avaient
non habuit figuram, neque decorem: sed prédit qu'il devait venir deux fois : que
figura ejus sine honore, et deficiens la première, il paraîtrait dans l'obscurité
praeter caeteros homines. Homo in et dans la faiblesse de la chair, et la
plaga positus est, sciens ferre seconde, dans l'éclat et dans la force de
imbecillitatem, quia aversus est, et non la divinité. David parle de ce premier
est computatus. Hic peccata nostra avènement dans le psaume soixante-
portat, et pro nobis hic dolet; et nos onzième. « Il descendra, dit-il, comme la
putavimus ipsum esse in dolore, et in pluie tombe sur la toison, et comme l'eau
plaga, et in vexatione. Ipse autem du ciel qui arrose la terre ; car comme la
vulneratus est propter facinora nostra, pluie tombe sur la toison sans faire de
et infirmatus est propter peccata nostra: bruit, ainsi le Sauveur est descendu sans
doctrina pacis nostrae super illum; livore bruit et sans être aperçu de personne,
ejus nos sanati sumus. Omnes sicut oves lorsqu'il est venu enseigner la justice et

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erravimus, et Deus tradidit illum pro la paix. » Le prophète Isaïe en parle
peccatisnostris. Et Sibylla eodem modo aussi de cette sorte: « Qui a cru à notre
locuta est: parole, et à qui le bras du Seigneur a-t-
Οἰκτρὸς, ἄτιμος, ἄμορφος, ἐκ il été révélé? Il s'élèvera devant le
οἰκτροῖς ἐλπίδα δώσει. Seigneur comme un arbrisseau, et
Propter hanc humilitatem, Deum comme un rejeton qui sort d'une terre
suum non agnoscentes, inierunt sèche. Il est sans beauté et sans éclat.
consilium detestandum ut privarent eum Nous l'avons vu, et il n'avait rien qui
vita, qui ut eos vivificaret advenerat. attirait l'œil, et nous l'avons méconnu. Il
nous a paru un objet de mépris, le
dernier des hommes, un homme de
douleurs qui sait ce que c'est que
souffrir. Son visage était comme caché,
il paraissait méprisable, et nous ne
l'avons point reconnu. Il a pris
véritablement nos langueurs sur lui, et il
s'est chargé lui-même de nos douleurs.
Nous l'avons considéré comme un
lépreux, comme un homme frappé de
Dieu et humilié ; et cependant il a été
percé de plaies pour nos iniquités, il a
été brisé pour nos crimes. Le châtiment
qui nous devait procurer la paix est
tombé sur lui, et nous avons été guéris
par ses meurtrissures. Nous nous étions
tous égarés comme des brebis errantes
: chacun s'était détourné pour suivre sa
propre voie ; et Dieu l'a chargé lui seul
de l'iniquité de nous tous. » La sibylle a
décrit d'une manière fort semblable
l'état où le Sauveur devait paraître.
Il sera dans la difformité et dans
l'infamie, mais il ne laissera pas de
soutenir encore alors l'espérance de
ceux qui seront dans l'affliction.
La bassesse de cet état ayant mis sur
les yeux des Juifs comme un bandeau
qui les empêchait de reconnaître leur

53
Dieu, ils ont condamné a la mort celui
qui était venu pour leur apporter la vie.

CAPUT XVII. XVII.


De Judaeorum religionibus, ac La colère et la jalousie dont les Juifs
eorum odio in Jesum. étaient animés contre le Sauveur leur
Sed irae atque invidiae suae, quam firent chercher des prétextes pour le
in cordibus suis gerebant intus inclusam, mettre à mort avec quelque apparence
alias causas praeferebant; quod legem de justice, et le plus spécieux qu'ils
Dei per Mosen datam solveret, id est, trouvèrent fut de l'accuser de violer la loi
quod sabbatis non vacaret, operans in donnée par Moïse, c'est-à-dire de
salutem hominum; quod circumcisionem travailler le jour du sabbat, en
vacuefaceret, quod abstinentiam suillae guérissant des malades, d'abolir la
carnis auferret. In quibus rebus judaicae circoncision, et de permettre de manger
religionis sacramenta consistunt. Ob de la chair de porc. C'était dans
haec itaque caetera pars populi, quae l'observation et dans l'abstinence de ces
nondum ad Christum secesserat, a choses que consistait principalement la
sacerdotibus incitabatur, ut impium religion des Juifs. Ceux du peuple qui
judicaret eum, quod legem Dei solveret, n'avaient pas suivi Jésus-Christ furent
cum hoc ille non suo judicio, sed ex Dei excités par les Juifs à le condamner
voluntate et secundum praedicta faceret comme un impie et comme un
prophetarum. Micheas enim (cap. 4, V. transgresseur de la loi, bien qu'il ne fit
2) novam legem daturum denuntiavit rien que de conforme à la volonté de
hoc modo: Lex de Sion proficiscetur, et Dieu et aux prédictions des prophètes.
sermo Domini ex Hierusalem, et Michée avait prédit la publication d'une
judicabit inter plurimos populos, et loi nouvelle. « La loi, avait-il dit, sortira
revincet, et deliget validas nationes. Illa de Sion, et la parole de Dieu de
enim prior lex, quae per Mosen data est, Jérusalem, et elle jugera plusieurs
non in monte Sion, sed in monte Choreb peuples. » La loi de Moïse a été donnée
data est, quam Sibylla fore ut a Filio Dei sur la montagne d'Oreb et non sur celle
solveretur, ostendit: de Sion, et la sibylle a prédit qu'elle
Ἀλλ' ὅτε ταῦτ' ἂν ἅπαντα τελειωθῇ serait abolie par le Fils de Dieu, en disant
ἅπερ εἶπον qu'après que tout ce qu'elle avait
Εἰς αὐτὸν τότε πᾶς λύεται νόμος. expliqué aurait été accompli, alors la lui
Sed et ipse Moses, per quem datam sérail abolie.
sibi legem dum pertinaciter tuentur,

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exciderunt a Deo, et Deum non Moïse même, dont les Juifs,
agnoverunt, praedixerat fore, ut défendent la loi avec une opiniâtreté si
propheta maximus a Deo mitteretur, qui aveugle qu'elle les porte jusqu'à
sit supra legem, qui voluntatem Dei ad méconnaître Dieu, avait prédit que Dieu
homines perferat. In Deuteronomio ita enverrait un grand prophète, qui serait
scriptum reliquit: Et dixit Dominus ad au-dessus de la loi et qui enseignerait la
me: Prophetam excitabo eis de fratribus volonté de Dieu aux hommes. Voici ce
eorum, sicut te, et dabo verbum meum qu'il en a laissé par écrit dans le
in os ejus; et loquetur ad eos ea quae Deutéronome: « Le Seigneur m'a dit : Je
praecepero ei: et quisquis non audierit leur susciterai un prophète d'entre leurs
ea quae loquetur propheta ille in nomine frères, comme je vous ai suscité ; je
meo, ego vindicabo in eum. Denuntiavit mettrai ma parole dans sa bouche. Il leur
scilicet Dominus per ipsum legiferum, dira ce que je lui aurai commandé, et
quod Filium suum, id est, vivam quiconque n'aura pas écouté ce que ce
praesentemque legem missurus esset, prophète aura dit en mon nom sera
et illam veterem per mortalem datam châtié. » Voilà comment le Seigneur a
soluturus, ut denuo per eum, qui esset déclaré, par le ministère du législateur
aeternus, legem sanciret aeternam. ancien, qu'il enverrait son Fils comme
Item de circumcisione solvenda une loi vivante pour abolir l'ancienne, et
Esaias ita prophetavit: Haec dicit pour en donner une qui serait éternelle.
Dominus viris Juda, qui habitant in Isaïe a prédit en ces termes que la
Hierusalem: Renovate inter vos circoncision serait abolie : « Voici ce que
novitatem, et ne seminaveritis in spinis. dit le Seigneur aux hommes de Juda qui
Circumcidite vos Domino Deo vestro, et habitent dans Jérusalem : Rappelez
circumcidite praeputium cordis vestri, ne parmi vous la nouveauté et ne semez
exeat ira mea sicuti ignis, et exurat, et point sur des épines; circoncisez-vous
non sit qui extinguat. Item Moses ipse: au Seigneur votre Dieu, et circoncisez le
In novissimis diebus circumcidet prépuce de votre cœur, de peur que ma
Dominus cor tuum ad Dominum Deum colère ne s'allume comme un feu, et que
tuum amandum. Item Jesus Nave personne ne la puisse éteindre. » Moïse
successor ejus: Et dixit Dominus ad dit aussi : « Dans les derniers jours le
Jesum: Fac tibi cultellos petrinos nimis Seigneur fera la circoncision de votre
acutos, et sede, et circumcide secundo cœur, afin que vous l'aimiez. » Jésus
filios Israel. Secundam circumcisionem Navé, successeur de Moïse, a parlé de
futuram esse dixit, non carnis, sicut fuit cette manière du même sujet : « Le
prima, qua etiam nunc Judaei utuntur, Seigneur a dit à Jésus : Faites des
sed cordis ac spiritus, quam tradidit couteaux de pierre fort tranchants,
Christus, qui verus Jesus fuit. Non enim asseyez-vous et circoncisez une seconde

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Propheta sic ait: Et dixit Dominus ad me, fois les enfants d'Israël. » IL a dit qu'il y
sed, ad Jesum; ut ostenderet quod non aurait une seconde circoncision ; mais il
de se loqueretur, sed de Christo, ad n'a pas dit que ce serait une circoncision
quem tunc Deus loquebatur. Christi enim de la chair, comme la première que les
figuram gerebat ille Jesus: qui cum Juifs observent encore aujourd'hui,
primum Auses vocaretur, Moses futura parce que ce devait être une circoncision
praesentiens, jussit eum Jesum vocari; du cœur et de l'esprit. Le Sauveur qui l'a
ut quoniam dux militiae delectus esset apportée est le véritable Jésus ; car le
adversus Amalech, qui oppugnabat filios prophète n'a pas dit : « Le Seigneur m'a
Israel, et adversarium debellaret per dit, » mais : « il a dit à Jésus, » pour
nominis figuram, et populum in terram montrer qu'il parlait non de lui-même,
promissionis induceret. Et idcirco etiam mais de Jésus-Christ dont il n'était que
Mosi successit, ut ostenderet novam la figure. Moïse, qui connaissait l'avenir
legem per Christum Jesum datam veteri par la lumière de la prophétie, ordonna
legi successuram, quae data per Mosen qu'au lieu qu'il changeât son nom
fuit. Nam illa carnis circumcisio caret d'Anses en celui de Jésus, afin qu'ayant
utique ratione; quia si Deus id vellet, sic été choisi pour aller à Amalech qui avait
a principio formasset hominem, ut attaqué les enfants d’Israël, il le vainquît
praeputium non haberet. Sed hujus par la force du nom de celui dont il était
secundae circumcisionis figura erat, la figure, et mit le peuple en possession
significans nudandum esse pectus, id de la terre qui lui avait été promise. Il fut
est, aperto et simplici corde oportere nos aussi choisi pour succéder à Moïse, afin
vivere; quoniam pars illa corporis, quae de faire voir que la loi que donnerait
circumciditur, habet quamdam Jésus, dont il portait le nom et dont il
similitudinem cordis, et est pudenda. Ob était la figure, succéderait à celle que
hanc causam Deus nudari eam jussit, ut Moïse avait donnée. La circoncision de la
hoc argumento nos admoneret ne chair n'avait pas été ordonnée sans
involutum pectus haberemus, id est, ne raison. Dieu aurait pu créer l'homme
quod pudendum facinus intra sans prépuce, s'il l'avait jugé à propos.
conscientiae secreta velemus. Haec est Il l'a créé avec un prépuce, afin que la
cordis circumcisio, de qua prophetae circoncision qui en serait faite fût la
loquuntur, quam Deus a carne mortali ad figure d'une seconde circoncision par
animam transtulit, quae sola mansura laquelle le cœur est découvert. La partie
est. Volens enim vitae ac saluti nostrae qui est retranchée par la circoncision, est
pro aeterna sua pietate consulere, une partie qui est honteuse et qui a du
poenitentiam nobis in illa circumcisione rapport avec le cœur. La cérémonie par
proposuit, ut si cor nudaverimus, id est, laquelle on le retranche nous apprend
si peccata nostra confessi satis Deo que nous devons avoir le cœur

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fecerimus, veniam consequamur; quae découvert, et ne cacher rien de honteux
contumacibus et admissa sua celantibus dans les replis de nos consciences. Voilà
denegatur ab eo qui non faciem, sicut la circoncision du cœur qui a été prédite
homo, sed intima et arcana pectoris par les prophètes, transférée par le
intuetur. Sauveur du corps à l'âme, et qui durera
Eodem spectat etiam carnis suillae toujours; car ayant eu la bonté de
interdictio; a qua cum eos abstinere vouloir procurer notre salut, il nous a
Deus jussit, id potissimum voluit proposé cette seconde circoncision
intelligi, ut se a peccatis atque comme une pénitence, afin que si nous
immunditiis abstinerent. Est enim découvrons notre cœur par une
lutulentum hoc animal, et immundum; confession sincère de nos péchés et que
nec umquam coelum aspicit: sed in terra nous apaisions la colère de Dieu par une
toto et corpore et ore projectum, ventri rigoureuse satisfaction, nous obtenions
semper et pabulo servit; nec ullum alium le pardon que n'obtiennent point les
dum vivit praestare usum potest, sicut désobéissants elles rebelles, qui cachent
caeterae animantes, quae vel sedendi leurs crimes comme s'ils pouvaient
vehiculum praebent, vel in cultibus tromper celui qui regarde non le visage
agrorum juvant, vel plaustra collo comme font les hommes, mais le cœur.
trahunt, vel onera tergo gestant, vel La défense de manger de la chair de
indumentum exuviis suis exhibent, vel porc tendait à la même fin. Le principal
copia lactis exuberant, vel custodiendis dessein que Dieu a eu quand il l'a faite,
domibus invigilant. Interdixit ergo ne a été de faire entendre qu'il se faut
porcina carne uterentur, id est, ne vitam abstenir du péché et se préserver de
porcorum imitarentur, qui ad solam toute sorte d'ordures. Le porc est un
mortem nutriuntur; ne ventri, ac animal immonde, qui ne regarde jamais
voluptatibus servientes, ad faciendam le ciel et qui est toujours attaché à la
justitiam inutiles essent, ac morte terre pour y chercher de quoi se remplir.
afficerentur. Item ne se foedis libidinibus Il ne peut rendre aucun service, comme
immergerent, sicut sus, quae se font d'autrεs animaux qui portent
ingurgitat coeno; vel ne terrenis serviant l'homme, ou qui traînent des chariots, ou
simulacris, ac se luto inquinent. Luto qui labourent la terre, ou qui fournissent
enim se oblinunt, qui deos, id est, qui du lait, ou des matières pour faire des
lutum terramque venerantur. Sic étoffes et des habits, ou qui gardent les
universa praecepta judaicae legis ad maisons. Quand Dieu a défendu d'imiter
exhibendam justitiam spectant, la vie de ces animaux, qu'on ne nourrit
quoniam per ambagem data sunt; ut per que pour les tuer, il a défendu de
carnalium figuram spiritualia rechercher les plaisirs du corps, de peur
noscerentur. de devenir incapable de faire le bien et

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d'encourir ainsi b mort. Il a défendu de
se plonger dans la débauche, comme le
porc se vautre dans la boue, et d'adorer
des statues qui ne sont que de terre et
de limon. C'est en effet se salir de boue
que de révérer des dieux qui ne sont que
de la boue. Les autres commandements
de la loi judaïque ont, aussi bien que
celui-ci, un sens caché qui se rapporte à
l'observation de la justice, et qui, sous
une figure grossière et sensible, cache
des biens spirituels et éternels.

CAPUT XVIII. XVIII.


De passione Dominica, et quod Les Juifs irrités de la fidélité avec
ea praenuntiata fuerit. laquelle Jésus-Christ observait ce que
Cum igitur ea quae Deus fieri voluit, Dieu lui avait ordonné et ce qu'il avait
quaeque per prophetas suos multis prédit longtemps auparavant par ses
saeculis ante praedixit, Christus prophètes, et ne sachant rien des
impleret, ob ea incitati, et divinas litteras mystères qui étaient contenus dans
nescientes, coierunt ut Deum suum l'Écriture, s'assemblèrent à dessein de
condemnarent. Quod cum sciret condamner leur Dieu. Bien qu'il n'ignorât
futurum, ac subinde diceret oportere se rien de ce qui lui devait arriver, qu'il eût
pati, ac interfici pro salute multorum, souvent déclaré qu'il était nécessaire
secessit tamen cum discipulis suis, non qu'il souffrît et qu'il fût mis à mort pour
ut vitaret quod necesse erat perpeti ac le salut de plusieurs, il se relira
sustinere, sed ut ostenderet quod ita néanmoins avec ses disciples, non pour
fieri oporteret in omni persecutione, ne éviter ce qu'il était obligé d'endurer,
sua quis culpa incidisse videatur; ac mais pour montrer la conduite que nous
denuntiavit fore ut ab uno eorum devons tenir, lorsqu'il s'élève quelques
proderetur. Itaque Judas, praemio persécutions contre nous, et pour nous
illectus, tradidit Filium Dei Judaeis. At illi apprendre à ne pas l'attirer par notre
comprehensum, ac Pontio Pilato, qui tum imprudence. Il prédit aussi qu'il serait
legatus Syriam regebat, oblatum, cruci trahi par un de ses disciples. Judas se
affigi postulaverunt, objicientes ei nihil laissa en effet gagner par argent, et le
aliud, nisi quod diceret se Filium Dei livra aux Juifs. Ils se saisirent de lui et le
esse, et regem Judaeorum: item quod menèrent devant Ponce-Pilate,
dixerat: Si solveritis hoc templum, quod gouverneur de Syrie. Ils l'accusèrent

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aedificatum est annis XLVI, ego illud in d'avoir dit qu'il était Fils de Dieu et roi
triduo sine manibus resuscitabo; des Juifs. Ils l'accusèrent encore d'avoir
significans brevi futuram passionem dit : « Si vous abattez ce temple qui n'a
suam, et se a Judaeis interfectum tertio été bâti qu'en quarante-six ans, je le
die resurrecturum. Ipse enim erat verum rebâtirai en trois jours, sans mains
Dei templum. d'hommes, » marquant par là la mort
Has voces ejus tamquam infaustas que les Juifs lui feraient bientôt souffrir
et impias insectabantur. Quae cum et sa résurrection qui arriverait trois
Pilatus audisset, et ille in defensionem jours après. Il était en effet le véritable
sui nihil diceret, pronuntiavit nihil in eo temple de Dieu.
damnatione dignum videri. At illi Les Juifs s'élevèrent néanmoins à
injustissimi accusatores cum populo, cette parole, comme si c'eût été un
quem incitaverant, succlamare blasphème. Quand Pilate eut écouté
coeperunt, et crucem ejus violentis l'accusation, et qu'il eut vu que Jésus ne
vocibus flagitare. répondait rien pour sa justification, il
Tum Pontius et illorum clamoribus, prononça qu'il ne trouvait aucune raison
et Herodis Tetrarchae instigatione de le condamner; mais ses très injustes
metuentis ne regno pelleretur, victus accusateurs s'écrièrent confusément
est. Nec tamen ipse sententiam protulit: avec le peuple qu'ils avaient soulevé, et
sed tradidit eum Judaeis, ut ipsi de illo demandèrent qu'il fût crucifié.
secundum legem suam judicarent. Pilate se rendit alors à leurs clameurs
Duxerunt ergo eum flagellis verberatum, et aux sollicitations d'Hérode le
et priusquam cruci affigerent, illuserunt; tétrarque, qui appréhendait d'être
indutum enim coloris punicei veste, ac chassé de son royaume. Il ne jugea point
spinis coronatum, quasi regem néanmoins le Sauveur; mais il le mit
salutaverunt, et dederunt ei cibum fellis, entre les mains des Juifs, afin qu'ils le
et miscuerunt ei aceti potionem. Post jugeassent selon leur loi. Ils le
haec, conspuerunt faciem ejus, et palmis fustigèrent et lui firent cent affronts ; ils
ceciderunt. Cumque ipsi carnifices de le revêtirent d'une robe de pourpre, le
vestimentis ejus contenderent, sortiti couronnèrent d'une couronne d'épines,
sunt inter se de tunica et pallio. Et cum le saluèrent par raillerie en qualité de roi,
haec omnia fierent, nullam vocem ex ore lui donnèrent du fiel à manger et du
suo tamquam si mutus esset, emisit. vinaigre à boire; ils lui crachèrent au
Tum suspenderunt eum inter duos visage, lui donnèrent des soufflets;
noxios medium, qui ob latrocinia tirèrent sa tunique et son manteau au
damnati erant, crucique affixerunt. Quid sort, pour décider la contestation qu'ils
ego hic in tanto facinore deplorem? aut avaient eue à ce sujet. Il ne parla non
quibus verbis tantum nefas conquerar? plus durant ces mauvais traitements que

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Non enim Gavianam crucem s'il eût été muet. Ils le crucifièrent après
describimus, quam Marcus Tullius cela entre deux criminels qui avaient été
universis eloquentiae suae nervis ac condamnés a mort pour vol. Ou
viribus, velut effusis totius ingenii trouverai-je des paroles pour déplorer
fontibus, prosecutus est, facinus un si funeste malheur et pour me
indignum esse proclamans, civem plaindre d'un si cruel attentat? Je n'ai
Romanum contra omnes leges in crucem pas ici à faire la description du supplice
esse sublatum. Qui quamvis innocens de Gavius Consanus, où Cicéron
fuerit, et illo supplicio indignus, mortalis employa autrefois toutes les forces de
tamen, et ab homine scelesto, qui son éloquence et de son esprit,
justitiam ignoraret, affectus est. Quid de déclamant avec une véhémence tout
hujus crucis indignitate dicemus, in qua extraordinaire, et criant que c'était un
Deus a cultoribus Dei suspensus est crime atroce d'avoir crucifié un citoyen
atque suffixus? Quis tam facundus, et romain contre toutes sortes de lois.
tanta rerum verborumque copia Quoique ce Consanus fût innocent et
instructus existet? quae oratio tantae qu'il n'eut point mérité ce supplice, il
affluentiae ubertate decurrens, ut illam était pourtant sujet à la mort, et il n'y fut
crucem merito deploret, quam mundus condamne que par un scélérat qui ne
ipse et tota mundi elementa luxerunt? savait rien de la manière dont on doit
Haec autem sic futura fuisse, et rendre la justice. Mais que dirai-je de
prophetarum vocibus, et Sibyllinis l'indignité du supplice, que des gens
carminibus denuntiatum est. Apud attachés par leur loi au culte de Dieu
Esaiam ita scriptum invenitur: Non sum firent souffrir à un Dieu? Qui aurait une
contumax, neque contradico: dorsum assez grande abondance de pensées et
meum posui ad flagella, et maxillas de paroles pour déplorer, autant qu'elle
meas ad palmas: faciem autem meam le mérite, une mort qui a été pleurée par
non averti a foeditate sputorum. toute la nature et par les éléments les
Similiter David in psalmo XXXIV: plus insensibles?
Congregata sunt super me flagella, et Cependant les circonstances
ignoraverunt: dissoluti sunt, nec principales de cette mort avaient été
compuncti sunt: tentaverunt me, et marquées dans les livres des prophètes
deriserunt derisu; et striderunt super me et dans les vers des sibylles. Voici ce qui
dentibus suis. Sibylla quoque eadem est écrit dans les prophéties d'Isaïe : «
futura monstravit: Le Seigneur mon Dieu m'a souvent
Εἰς ἀνόμων χεῖρας καὶ ἀπίστων ouvert l'oreille, et je ne lui ai point
ὕστερον ἥξει contredit ; je ne me suis point retiré en
Δώσουσι δὲ θεῶι ῥαπίσματα χερσὶν arrière. J'ai abandonné mon corps ;i
ἀνάγνοις ceux qui me frappaient, et mes joues à

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Καὶ στόμασιν μαροῖσι τὰ πτύσματα ceux qui m'arrachaient le poil et la
φαρμακόεντα barbe; je n'ai point détourné mon visage
Δώσει δ' εἰς μάστιγας ἁπλὼς ἀγνὸν τότε de ceux qui me couvraient d'injures et
νῶτον. de crachats. » David en parle de la sorte
Item de silentio ejus, quod usque ad dans le psaume trente-quatre : « Les
mortem pertinaciter tengrit, Esaias hommes vils se sont assemblés contre
iterum sic locutus est: Sicut ovis ad moi sans que j'en susse le sujet. Ils
immolandum ductus est, et sicut agnus m'ont déchiré et n'ont point cessé de
coram tondentibus se sine voce, sic non médire de moi. Ils ont frémi des dents
aperuit os suum. Et Sibylla supra dicta: contre moi avec des hypocrites qui font
Καὶ κολαφιζόμενος σιγήσει, μή τις les bouffons dans les festins. » La sibylle
ἐπιγνῶ a prédit la même chose :
Τίς λόγος, ἢ πότεν ἧλτεν ἵνα φθιμένοισι Dieu tombera, dit-elle, entre les
λαλὴσνι mains des Injustes et dis infidèles. Ils lui
Καὶ στέφανον φορέσει τὴν ἀκάνθινον. donneront des soufflets avec leurs mains
De cibo vero et potu, quem, impies, et lui cracheront au visage avec
antequam eum figerent, illi obtulerunt, leurs bouches exécrable. Ils
David in psalmo LXVIII sic ait: Et déchargeront les coups de leur fureur
dederunt in escam meam fel; et in siti sur ses épaules saintes et innocentes,
mea potum mihi dederunt acetum. Idem Isaïe a prédit le silence qu'il a gardé
hoc futurum etiam Sibylla concionata jusqu'à la mort : « Il sera mené à la mort
est: comme une brebis qu'on va égorger. Il
Εἰς δὲ τὸ βρῶμα χολὴν, καὶ εἰς δίψαν demeurera dans le silence comme un
ὄξος ἔδωκαν agneau est muet devant celui qui le
Τῆς ἀφολιξενίης ταύτην δείξουσι tond. » La même sibylle l'avait aussi
τράπεζαν. prédit par ces paroles :
Et alia Sibylla Judaeam terram his Pendant qu'on lui donnera des
versibus increpat: soufflets, il gardera le silence, de sorte
Αὐτὴ γὰρ δύσφρων, τὸν σὸν θεὸν que personne n'entendra la moindre
οὐκ ἐνόησας parole de sa bouche. Il sera couronné
Παίζοντα θνητοῖσι νοήμασιν ἀλλὰ καὶ d'une couronne d'épines.
ἀκάνθαις David parle, dans le psaume
Ἐστεψας στεφάνωι, φοβερὴν τε χολὴν soixante-douze, de ce que les Juifs lui
ἐκέρασας. présentèrent à boire et à manger avant
Fore autem ut Judaei manus de rattacher à la croix : « Ils m'ont
inferrent Deo suo, eumque interficerent, donné pour mets du fiel très amer, et
testimonia prophetarum haec lorsque j'ai eu soif ils m'ont donné du
antecesserunt. vinaigre à boire. » La sibylle avait dit :

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Apud Esdram ita scriptum est: Et Ils lui prépareront des repas
dixit Esdras ad populum: Hoc pascha désagréables ; lui donneront du fiel à
Salvator noster est, et refugium manger et du vinaigre a boire.
nostrum. Cogitate, et ascendat in cor Une autre sibylle a reproché aux Juifs
vestram, quoniam habemus humiliare leur ingratitude et leur cruauté en ces
eum in signo, et post haec sperabimus in termes :
eum, ne deseratur hic locus in aeternum Nation folle et insensée, tu ne
tempus, dicit Dominus Deus virtutum. Si reconnais pas le Dieu que tu dois adorer.
non credideritis ei, neque exaudieritis Au contraire, tu lui mets sur la tête une
annuntiationem ejus, eritis derisio in couronne d'épines, et tu lui présentes
gentibus. Unde apparet Judaeos nullam l'amertume du fiel.
aliam spem habere, nisi se abluerint a Plusieurs prophètes avaient prédit
sanguine, ac speraverint in eum ipsum que les Juifs se saisiraient de leur Dieu
quem negaverunt. Esaias quoque et le mettraient à mort.
facinus eorum designat, et dicit: In Voici ce qu'il y a dans Esdras. Esdras
humilitate judicium ejus sublatum est. a dit au peuple : « Cette pâque est notre
Nativitatem ejus quis enarrabit? salut et notre refuge. Songez bien que
quoniam auferetur a terra vita ejus; a nous devons l'humilier par le bois, et
facinoribus populi mei adductus est ad après cela nous espérerons en lui, afin
mortem. Et dabo malos pro sepultura que ce lieu-ci ne soit point abandonné
ejus, et divites pro morte ejus: quia pour toujours. Voilà ce que dit le
facinus non fecit, neque insidias ore suo Seigneur Dieu des vertus ; si vous ne le
locutus est. Propterea ipse consequetur croyez et que vous n'écoutiez sa parole,
multos, et fortium dividet spolia; vous serez exposés à la risée des
propterea quod traditus est ad mortem, nations. » Il paraît par ce passage que
et inter facinorosos deputatus est: et les Juifs n'ont aucune espérance de
ipse peccatum multorum pertulit, et salut, à moins qu'ils ne se lavent du sang
propter facinora illorum traditus est. dont ils se sont souillés, et qu'ils
David quoque in psalmo XCIII: n'invoquent celui-là même auquel ils ont
Captabunt in animam justi, et renoncé. Isaïe explique leur attentat en
sanguinem innocentem condemnabunt, ces termes : « Il est mort au milieu des
et factus est mihi Dominus in refugium. douleurs, ayant été condamné des
Hieremias: Domine, significa mihi, et juges. Qui racontera sa génération ? Car
cognoscam: tunc vidi meditationes il a été retranché de la terre des vivants.
eorum; ego sicut agnus sine malitia Je l'ai frappé à cause des crimes de mon
perductus sum ad victimam: in me peuple, et il donnera les impies pour le
cogitaverunt cogitationem, dicentes: prix de sa sépulture, et les riches pour la
Venite, mittamus lignum in panem ejus, récompense de sa mort, parce qu'il n'a

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et eradamus e terra vitam ejus, et point commis d'iniquités, et que le
nomen ejus non erit in memoria amplius. mensonge n'a jamais été dans sa
Lignum autem crucem significat, et bouche. Mais le Seigneur l'a voulu briser
panis corpus ejus, quia ipse est cibus, et dans son infirmité. S'il livre son âme
vita omnium qui credunt in carnem pour le péché, il verra sa race durer
quam portavit, et in crucem qua longtemps, et la volonté de Dieu
pependit. s'exécutera heureusement par sa
De qua tamen apertius ipse Moses conduite. » Voici ce que David en dit
in Deuteronomio ita praedicavit: Et erit dans le psaume quatre-vingt-treize : «
pendens vita tua ante oculos tuos, et Ils ont conspiré contre la vie du juste, ils
timebis die ac nocte, et non credes vitae ont condamné le sang innocent; mais le
tuae. Idem rursus in Numeris: Non quasi Seigneur a été ma forteresse : mon Dieu
homo Dominus suspenditur, neque quasi a été le rocher où j'ai mis ma confiance.
filius hominis minas patitur. Zacharias, » Jérémie en parle aussi de cette sorte :
etiam sic tradidit: Et intuebuntur in me, « Révélez-moi la vérité, Seigneur, et je
quem transfixerunt. Item David in la saurai. Alors j'ai vu leurs pensées. J'ai
psalmo XXI: Effoderunt manus meas et été mené au sacrifice comme un agneau
pedes meos, dinumeraverunt omnia sans tache. Ils ont formé de mauvais
ossa mea: ipsi autem contemplati sunt, desseins contre moi, et ont dit : Venez
et viderunt me, diviserunt sibi mettons du bois dans son pain, et
vestimenta mea, et super vestem meam effaçons sa vie de dessus la terre, et que
sortem miserunt. Quae utique Propheta l'on perde la mémoire de son nom. » Le
non de se locutus est. Fuit enim rex, et bois signifie sa croix et le pain signifie
numquam perpessus est illa. Sed son corps, parce qu'il est l'aliment et la
Spiritus Dei per eum loquebatur, qui vie de ceux qui croient au corps qu'il a
fuerat illa passurus post annos mille et porté, et à la croix à laquelle il a été
quinquaginta. Tot enim colliguntur anni attaché.
a regno David usque ad crucem Christi. Mais il a parlé encore plus clairement
Sed et Solomon, filius ejus, qui dans le Deutéronome, de cette croix et
Hierosolymam condidit, eam ipsam de cette mort. « Votre vie, dit-il, sera
perituram esse in ultionem sanctae comme suspendue devant vos yeux;
crucis prophetavit: Quod si avertimini a vous appréhenderez le jour et la nuit, et
me, dicit Dominus, et non custodieritis ne serez point assuré de votre vie. » Il a
veritatem meam, rejiciam Israel a terra encore dit ceci dans le livre des Nombres
quam dedi illis: et domum hanc, quam : « Le Seigneur n'est point attaché à la
aedificavi illis in nomine meo, projiciam croix comme un homme, et ne souffrira
illam ex omnibus; et erit Israel in point de menaces comme un fils de
perditionem, et in improperium populo: l'homme. » Zacharie a dit aussi : « Ils

63
et domus haec erit deserta; et omnis qui me regarderont, moi qu'ils ont percé. »
transibit per illam, admirabitur, et dicet: David a exprimé la même chose par ces
Propter quam rem fecit Dominus terrae paroles du psaume vingt-un : « Ils ont
huic et huic domui haec mala? Et dicent: percé mes mains et mes pieds. On
Quia reliquerunt Dominum Deum suum, pourrait compter mes os. Ils ont pris
et persecuti sunt regem suum plaisir à me considérer. Ils ont partagé
dilectissimum Deo, et cruciaverunt illum mes vêtements, et ils ont jeté au sort à
in humilitate magna, propter hoc qui aurait ma robe. Il est certain que
importavit illis Deus mala haec. David ne parlait pas de soi-même parce
qu'il était roi, et qu'il n'a jamais souffert
ces mauvais traitements. L'esprit de
Dieu parlait par sa bouche, au sujet de
ce Dieu qui devait souffrir ces
traitements mille cinquante ans après.
Ceux qui ont fait ce calcul ont en effet
trouvé ce nombre-là depuis le règne de
Darius jusqu'au temps auquel le Sauveur
a été crucifié. Salomon, fils de David, fit
bâtir la ville de Jérusalem, et prédit
qu'elle serait détruite en punition du
crime des Juifs qui crucifieraient le
Sauveur : « Que si vous vous détournez
de moi, dit le Seigneur, et que vous ne
gardiez pas ma vérité, je chasserai Israël
de la terre que je lui ai donnée, et je
rainerai la maison que je lui ai édifiée en
mon nom. Israël sera ruiné et couvert
d'opprobres, et cette maison sera
déserte, et quiconque passera auprès,
dira avec étonnement : Pourquoi le
Seigneur a-t-il fait ce mauvais
traitement à cette terre et à cette
maison? Et on lui répondra : C'est par ce
qu'ils ont abandonne le Seigneur leur
Dieu, qu'ils ont persécuté leur roi très
chéri de Dieu, et qu'ils l'ont tourmenté
d'une manière très humiliante. Voilà
pourquoi Dieu leur a envoyé ces maux-

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là. »

CAPUT XIX. XIX.


De Jesu morte, sepultura et Que peut-on dire après cela des Juifs,
resurrectione; atque de iis rebus si ce n'est qu'ils ont été aveuglés et
praedicta. transportés d'une folie incurable qui les
Quid amplius jam de facinore empêchait d'entendre ces prophéties
Judaeorum dici potest, quam excaecatos qu’ils lisaient tous les jours, et d'éviter le
tum fuisse, atque insanabili furore crime qu'ils ont commis ? Le Sauveur
correptos, qui haec quotidie legentes étant donc attaché à la croix cria à haute
neque intellexerunt, neque quin facerent voix et rendit l'esprit. A l'heure même la
cavere potuerunt? Suspensus igitur terre fut ébranlée par un tremblement,
atque affixus exclamavit ad Dominum le voile du temple qui séparait les deux
voce magna, et ultro spiritum posuit. Et tabernacles fut rompu, le soleil s'éclipsa,
eadem hora terrae motus factus est. Et et la terre fut couverte de ténèbres
velum templi, quod separabat duo depuis six heures jusqu'à neuf. Le
tabernacula, scissum est in duas partes; prophète Amos a rendu témoignage de
et sol repente subductus est, et ab hora toutes ces choses. « Voici ce qui arrivera
sexta usque in nonam tenebrae fuerunt. en ce jour-là, dit le Seigneur : le soleil se
Qua de re Amos propheta testatur: Et couchera en plein midi, et le jour
erit in illo die, dicit Dominus, occidet sol disparaîtra, et je changerai vos fêtes en
meridie, et tenebrabitur dies lucis; et deuil et vos cantiques en lamentations.
convertam dies festos vestros in luctum, » Le prophète Jérémie en rend un
et cantica vestra in lamentationem. Item semblable témoignage : « Celle qui
Hieremias: Exterrita est quae parit, et enfante, dit-il, a été épouvantée et saisie
taeduit animam; et subivit sol ei, cum de tristesse et de déplaisir. Le soleil s'est
adhuc medius dies esset; confusa est, et couché pour elle au milieu du jour; elle
maledicta: reliquos eorum in gladium a été chargée de honte et de
dabo in conspectu inimicorum eorum. Et malédictions. Je ferai passer le reste de
Sibylla: ses enfants par le tranchant de l'épée de
Ναοῦ δὲ σχισθῆ τὸ πέτασμα, καὶ ἤματι leurs ennemis. » La sibylle avertit que
μέσσωι le voile du temple sera rompu depuis
Νὺξ ἔσται σκοτόεσσα πελώριος ἐν τρίσιν le haut jusqu'au bas, et que, pendant
ὤραις. trois heures, l'air sera couvert
d'obscurité et de ténèbres.

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Cum haec facta essent, ne prodigiis Les Juifs ne purent reconnaître leur
quidem coelestibus facinus suum crime par tant de prodiges qui
intelligere quiverunt. paraissaient au ciel et sur la terre.
Sed quoniam praedixerat se tertio Comme le Sauveur avait prédit qu'il
die ab inferis resurrecturum, metuentes ressusciterait trois jours après sa mort,
ne a discipulis surrepto et amoto ils appréhendèrent que ses disciples
corpore, universi resurrexisse eum n'enlevassent son corps et ne fissent
crederent, et fieret multo major in plebe croire qu'il était ressuscité, et qu'ainsi ils
confusio, detraxerunt eum cruci, et n'excitassent un plus grand trouble
conclusum in monumento firmiter parmi le peuple qu'auparavant ; et pour
militari custodia circumdederunt. Verum l'empêcher, ils le détachèrent de la croix
tertio die, ante lucem terrae motu facto, et le mirent dans un tombeau qu'ils
repente patefactum est sepulcrum, et firent garder par des soldats. Cependant
custodibus, quos attonitos le troisième jour, avant le lever du soleil,
obstupefecerat pavor, nihil videntibus, la terre ayant été ébranlée, le tombeau
integer e sepulcro ac vivus egressus, in ouvert, les gardes épouvantés, le
Galilaeam profectus est, ut discipulos Seigneur en sortit sain et entier, et alla
suos quaereret: in sepulcro vero nihil chercher ses disciples en Galilée. Ou ne
repertum est, nisi exuviae quibus trouva dans le sépulcre que les linceuls
involutum corpus incluserant. Illum où le corps avait été enseveli. Or les
autem apud inferos non remansurum, prophètes avaient prédit qu'il ne
sed die tertio resurrecturum, prophetae demeurerait pas dans le tombeau et qu'il
cecinerant. David in psalmo XV: Non ressusciterait le troisième jour. Voici ce
derelinques animam meam apud inferos, que David en dit dans le psaume
nec dabis sanctum tuum videre quinzième : « Vous ne laisserez point
interitum. Item in tertio: Ego dormivi et une âme dans les enfers, et vous ne
somnum cepi, et resurrexi; quoniam permettrez point que votre saint
Dominus auxiliatus est mihi. Oseas éprouve la corruption. » Et dans le
quoque primus XII prophetarum de psaume troisième il dit encore ces
resurrectione ejus testificatus est: Hic paroles : « Je me suis couché et me suis
filius meus sapiens; propter quod nunc endormi, je me suis levé parce que le
non resistet in tribulatione filiorum Seigneur m'a soutenu. » Osée, le
suorum, et de manu inferorum eruam premier des douze prophètes, a rendu ce
eum. Ubi est judicium tuum, mors, aut témoignage de la résurrection du
ubi est aculeus tuus? Idem alio loco: Sauveur ; « Celui-ci est mon fils; il ne
Vivificabit nos post biduum die tertio. Et résistera point dans l'affliction de ses
ideo Sibylla impositurum esse morti enfants. Je le retirerai d'entre les mains
terminum dixit post tridui somnum: de la mort. Maintenant, ô mort, où est

66
Καὶ θανάτου μοῖραν τελέσει, τρίτον ton jugement ? où est ton aiguillon? » Et
ἧμαρ ὑπνώσας dans un autre endroit, il dit : « Et deux
Καὶ τότ' ἀποφθίμενον ἀναλύσας εἰς φάος jours après, il nous vivifiera dans le
ἥξει troisième jour. » C'est pour cela que la
Πρῶτος ἀναστάσεως, κλητοῖς ἀρχὴν sibylle a dit qu'après trois jours de
ὑποδείξας. sommeil il mettrait des bornes à la mort.
Vitam enim nobis acquisivit morte Il demeurera endormi pendant trois
superata. Nulla igitur spes alia jours du sommeil de la mort; mais après
consequendae immortalitatis homini ce temps, il se réveillera et sortira du
datur, nisi crediderit in eum, et illam sein des ténèbres pour jouir de la
crucem portandam patiendamque lumière, et te fera le premier et le chef
susceperit. des ressuscités.
Le Sauveur nous a acquis la vie par la
victoire qu'il a remportée sur la mort;
nous ne saurions espérer obtenir
l'immortalité qu'en croyant en lui et en
nous chargeant de sa croix.

CAPUT XX. XX.


De Jesu in Galilaeam post Le Sauveur étant donc allé en Galilée,
resurrectionem profectione; atque car il ne voulut pas se montrer aux Juifs
de utroque Testamento, Vetere et de peur de les attirer à la pénitence et
Novo. de les guérir de leur impiété, il assembla
Profectus ergo in Galilaeam (noluit ses disciples et leur expliqua l'Écriture
enim se Judaeis ostendere, ne adduceret qu'ils n'avaient pu entendre avant sa
eos in poenitentiam, atque impios passion, parce qu'elle parlait de cette
resanaret), discipulis iterum congregatis passion même. Voila pourquoi Moïse et
Scripturae sanctae litteras, id est les autres prophètes ont donné le nom
prophetarum arcana, patefecit; quae de Testament à la loi que les Juifs
antequam pateretur, perspici nullo modo avaient reçue ; car le testament n'est
poterant, quia ipsum passionemque ejus confirmé que par la mort du testateur ;
annuntiabant. Idcirco Moses, et iidem il demeure scellé et secret, et on ne sait
ipsi prophetae legem, quae Judaeis data point ce qu'il contient jusqu'à ce que
erat, Testamentum vocant; quia nisi cette mort soit arrivée. Avant la mort de
testator mortuus fuerit, nec confirmari Jésus-Christ, le Testament ne pouvait
testamentum potest, nec sciri quid in eo être ouvert; c'est à-dire que le mystère
scriptum sit, quia clausum et de Dieu ne pouvait être révélé.
obsignatum est. Itaque nisi Christus

67
mortem suscepisset, aperiri Toute l'Écriture se divise en deux
testamentum, id est, revelari et intelligi Testaments: l'Ancien contient la loi et les
mysterium Dei non potuisset. prophètes, et tout ce qui a précédé la
Verum Scriptura omnis in duo naissance et la passion du Sauveur; le
Testamenta divisa est. Illud quod Nouveau contient ce qui a été écrit
adventum passionemque Christi depuis sa résurrection. Les Juifs se
antecessit, id est lex et prophetae, Vetus servent du premier et nous du second.
dicitur; ea vero quae post Ce ne sont pas cependant deux
resurrectionem ejus scripta sunt, Novum testaments différents, parce que le
Testamentum nominantur. Judaei Veteri dernier n'est que l'accomplissement et
utuntur, nos novo: sed tamen diversa l'exécution de l'autre. Ils ont tous deux
non sunt, quia Novum Veteris adimpletio été faits par le même testateur, qui est
est, et in utroque idem testator est mort pour nous et qui nous a laissés
Christus, qui pro nobis morte suscepta héritiers de son royaume dont il a privé
nos haeredes regni aeterni fecit, les Juifs, selon le témoignage que
abdicato et exhaeredato populo Jérémie en rend en ces termes : « Voilà
Judaeorum; sicut Hieremias propheta que le temps arrive, dit le Seigneur,
testatur, cum loquitur talia: Ecce dies auquel je ferai nu nouveau testament
veniunt, dicit Dominus; et consummabo pour la maison d'Israël et pour la maison
domui Israel et domui Juda de Juda; ce ne sera pas le même que je
testamentum novum, non secundum fis en faveur de leurs pères, lorsque je
testamentum, quod disposui patribus les pris par la main pour les tirer de
eorum in die qua apprehendi manum l'Egypte, parce qu'ils n'ont pas persévéré
eorum, ut educerem illos de terra dans mon testament ; et c'est pour cela
Aegypti; quia ipsi non perseveraverunt que je les ai négligés, dit le Seigneur. »
in testamento meo et ego neglexi eos, Et dans un autre endroit, il dit ce qui
dicit Dominus. Item alio loco similiter suit: « J'ai abandonné ma maison; j'ai
ait: Dereliqui domum meam; dimisi partagé ma succession et l'ai mise entre
haereditatem meam in manus les mains de mes ennemis. Mon héritage
inimicorum ejus. Facta est haeriditas est devenu a mon égard comme un lion
mea mihi, sicut leo in silva: dedit ipsa dans une forêt ; il a levé la voix contre
super me vocem suam; ideo odi eam. moi, et pour cela je l'ai en aversion. » Il
Cum sit haereditas ejus, coeleste entend par son héritage qu'il a en
regnum, non utique ipsam haereditatem aversion, non le royaume du ciel, mais
se dicit odisse, sed haeredes, qui ses héritiers qui ont été ingrats et impies
adversus eum ingrati et impii extiterunt. envers lui. « Mon héritage, dit-il, est
Facta est, inquit, mihi haereditas mea, devenu à mon égard comme un lion. »
sicut leo: id est, praeda et devoratio C'est-à-dire, je suis devenu la proie et la

68
factus sum haeredibus meis, qui me pâture de mes héritiers qui m'ont tué
immolaverunt sicut pecus. Dedit super comme on immole une bête. « Il a élevé
me vocem suam; id est, sententiam sa voix contre moi. « C'est-à-dire, mes
adversus me mortis crucisque dixerunt. héritiers ont prononcé contre moi un
Nam quod superius ait consummaturum arrêt de mort ; ils m'ont condamné à
se domui Juda testamentum novum, être crucifié. Quant à ce qu'il avait dit
ostendit, vetus illud testamentum, quod auparavant « Qu'il ferait un nouveau
per Mosem est datum, non fuisse testament pour la maison de Juda, »
perfectum; id autem, quod per Christum c'était à dessein de marquer que l'Ancien
dari haberet, consummatum fore. Testament qui avait été donné par Moïse
Domus autem Juda et Israel non utique n'était pas parfait, au lieu que celui qui
Judaeos significat, quos abdicavit, sed devait être donne par Jésus-Christ le
nos, qui ab eo convocati ex Gentibus, in serait. « Par la maison d'Israël et de
illorum locum adoptionemque Juda, » il n'entend pas les Juifs qu'il avait
successimus, et appellamur filii rejetés, mais il nous entend nous autres
Judaeorum; quod declarat Sibylla, cum qu'il avait assemblés d'entre les nations
dicit: et adoptés en la place des Juifs, comme
Ἰουδαίων μακάρων θεῖον γένος la sibylle le témoigne quand elle assure
οὐρανιώνων. que
Quos autem futurum esset id genus, la nation juive est une nation
Esaias docet (cap. XLII) , apud quem heureuse, qui descend du ciel, et qui est
Pater summus ad Filium loquitur, dicens: chère à Dieu sur toutes les autres.
Ego Dominus Deus, vocavi te ad Isaïe nous apprend quelle est cette
justitiam, et tenebo manum tuam, et nation, quand il met ces paroles dans la
confirmabo te, et dedi te in testamentum bouche de Dieu le père: « Je suis le
generis mei, in lucem gentium, aperire Seigneur qui vous ai appelé dans la
oculos caecorum, producere ex vinculis justice, qui vous ai pris par la main et
alligatos, et de domo carceris sedentes vous ai conservé, qui vous ai établi pour
in tenebris. Cum igitur nos antea être le réconciliateur du peuple et la
tamquam caeci, et tamquam carcere lumière des nations, pour ouvrir les yeux
stultitiae inclusi, sederemus in tenebris, des aveugles, pour tirer des fers ceux qui
ignorantes Deum et veritatem, illuminati étaient enchaînés, et pour faire sortir de
ab eo sumus, qui nos testamento suo prison ceux qui étaient assis dans les
adoptavit, et liberatos malis vinculis, ténèbres. » Nous étions assis comme
atque in lucem sapientiae productos, in des aveugles dans les ténèbres, et
haereditatem regni coelestis adscivit. enfermés dans la prison de notre propre
folie avant que nous eussions été
instruits par celui qui nous a adoptés par

69
son testament, qui a brisé nos fers, qui
nous a éclairés de la lumière de la
sagesse, et mis en possession de son
royaume.

CAPUT XXI. XXI.


De Jesu ascensione, eaque Après que le Sauveur eut ordonné à
praedicta; et de discipulorum ses disciples de publier son Évangile, il
praedicatione et gestis. s'éleva au ciel et fut environné d'une
Ordinata vero discipulis suis nuée, quarante jours après qu'il eut
Evangelii ac nominis sui praedicatione, souffert la mort, comme Daniel l'avait
circumfudit se repente nubes, eumque in prédit par ces paroles : « Il vient comme
coelum sustulit, quadragesimo post le Fils de l'homme sur les nuées et arrive
passionem die, sicut Daniel fore jusqu'à l'Ancien des jours. » Ses
ostenderat, dicens: Et ecce in nubibus disciples s'étant répandus aussitôt dans
coeli ut filius hominis veniens, usque ad les provinces, y fondèrent des églises et
vetustum dierum pervenit. Discipuli vero firent des miracles incroyables en son
per provincias dispersi fundamenta nom et par la puissance qu'il leur en
Ecclesiae ubique posuerunt, facientes et avait donnée, afin que la vérité de leur
ipsi in nomine magistri Dei magna, et prédication fût confirmée par leurs
pene incredibilia miracula; quia œuvres. Avant que de monter au ciel il
discedens instruxerat eos virtute ac leur prédit tout ce qui devait arriver; et
potestate, qua posset novae Pierre et Paul le publièrent à Rome, et ce
annuntiationis ratio fundari, et qu'ils publièrent a été conservé par écrit.
confirmari: sed et futura aperuit illis Parmi les autres merveilles qu'ils
omnia, quae Petrus et Paulus Romae découvrirent aux Romains, ils leur
praedicaverunt, et ea praedicatio in déclarèrent que Dieu enverrait bientôt
memoriam scripta permansit; in qua un de leurs empereurs qui entrerait à
cum multa alia mira, tum etiam hoc main armée sur les terres des Juifs, qui
futurum esse dixerunt, ut post breve raserait leur ville et assiégerait la
tempus immitteret Deus regem, qui capitale ; qu'ils seraient pressés de la
expugnaret Judaeos, et civitates eorum faim et de la soif, et réduits à se manger
solo adaequaret, ipsos autem fame les uns les autres; qu'ils tomberaient
sitique confectos obsideret. Tum fore ut entre les mains de leurs ennemis ; qu'ils
corporibus suorum vescerentur, et verraient prostituer leurs femmes, violer
consumerent se invicem; postremo ut leurs filles, écraser leurs enfants, mettre
capti venirent in manus hostium, et in leur pays à feu et à sang, et qu'enfin ils
conspectu suo vexari acerbissime en seraient arrachés eux-mêmes en

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conjuges suas cernerent, violari ac punition de l'attentat qu'ils avaient
prostitui virgines, diripi pueros, allidi commis contre le bien-aimé fils de Dieu.
parvulos, omnia denique igni ferroque La prédiction de Pierre et de Paul fut
vastari, captivos in perpetuum terris suis accomplie après leur mort; et quelque
exterminari; eo quod exultaverint super temps après que Néron la leur eut fait
amantissimum et probatissimum Dei souffrir, Vespasien extermina la nation
Filium. Itaque post illorum obitum, cum des Juifs, avec toutes les circonstances
eos Nero interemisset, Judaeorum que ces saints apôtres avaient
nomen et gentem Vespasianus extinxit, marquées.
fecitque omnia quae illi futura
praedixerant.

CAPUT XXII. XXII.


Argumenta Infidelium contra J'ai établi fort solidement, si je ne me
Jesu incarnationem. trompe, tout ce qui paraît incroyable ci
Confirmata sunt, ut opinor, quae éloigné de la vérité à ceux qui ne sont
falsa et incredibilia putantur ab iis, quos pas instruits de la doctrine du ciel. Il ne
vera coelestium litterarum doctrina non reste plus qu'à répondre aux arguments
imbuit: sed tamen ut refellantur a nobis de ceux qui, pour vouloir avoir trop de
etiam illi, qui nimium non sine malo suo subtilité, n'ont point de foi, et de les
sapiunt, rebusque divinis fidem convaincre par eux-mêmes que les
detrahunt, argumentis quoque illorum mystères ont dû être accomplis de la
coarguamus errorem; ut tandem manière dont j'ai prouvé qu'ils l'ont été
aliquando quando pervideant ita fieri en effet. Bien que ce soit assez, devant
oportuisse, sicut nos ostendimus des juges équitables, de produire des
factum. Et quamquam apud bonos témoignages sans apporter de raisons,
judices satis habeant firmitatis vel ou d'apporter des raisons sans produire
testimonia sine argumentis, vel de témoignages, nous ne séparerons
argumenta sine testimoniis; nos tamen point, en cette occasion, ces deux
non contenti alterutro sumus, cum moyens de soutenir la vérité, et ainsi
suppetat nobis utrumque, ne cui nous ôterons à ceux qui usent mal de
perverse ingenioso, aut non intelligendi, leur esprit tout prétexte ou de ne la pas
aut contra disserendi locum reconnaître ou de la combattre. Ils
relinquamus. Negant fieri potuisse, ut disent qu'une nature immortelle, telle
naturae immortali quidquam decederet. qu'est celle de Dieu, n'a jamais pu
Negant denique Deo dignum, ut homo souffrir de diminution, ni se dégrader en
fieri vellet, seque infirmitate carnis quelque sorte elle-même; qu'il était
oneraret; ut passionibus, ut dolori, ut indigne de la majesté d'un Dieu de se

71
morti se ipse subjiceret: quasi non facile faire homme et de se charger d'un corps
illi esset, ut citra corporis imbecillitatem pour devenir sujet aux souffrances, aux
se hominibus ostenderet, eosque douleurs et à la mort, puisqu'il lui était
justitiam doceret (siquidem id volebat) aisé de paraître sans prendre toutes ces
majore auctoritate, ut professi Dei. Tunc faiblesses et d'enseigner la justice avec
enim cunctos fuisse praeceptis toute l'autorité que la manifestation de
coelestibus parituros, si ad ea virtus ac sa grandeur lui aurait donnée; que
potestas Dei praecipientis accederet. Cur personne n'aurait osé violer des
igitur (aiunt) ad docendos homines non commandements qui auraient été
ut Deus venit? Cur se tam humilem soutenus par une puissance infinie. «
imbecillemque constituit, ut ab Pourquoi donc, ajoutent-ils, n'est-il pas
hominibus et contemni, et poena affici venu entouré de tout l'éclat de sa gloire?
posset? cur vim ab imbecillis, et Pourquoi s'est-il rendu méprisable par la
mortalibus passus est? cur non manus bassesse et par la faiblesse dont il s'est
hominum, aut virtute repulit, aut couvert? Pourquoi a-t-il souffert tous les
divinitate vitavit? cur non majestatem outrages que des hommes mortels lui
suam sub ipsa saltem morte patefecit? ont voulu faire? Pourquoi ne les a-t-il pas
sed ut invalidus in judicium ductus est, ou évités par sa providence, ou
ut nocens damnatus, ut mortalis occisus. repoussés par sa force ? Pourquoi n'a-t-
Refutabo haec diligenter, nec il pas découvert sa majesté, au moins au
quemquam patiar errare. Illa enim temps de sa mort ? Et pourquoi a-t-il été
magna et mirabili ratione sunt facta; mené devant des juges comme un
quam quicumque perceperit, non homme qui n'est pas le plus fort,
tantum mirari desinet Deum ab condamné comme un coupable, exécuté
hominibus esse cruciatum, verum etiam comme un mortel? » Je répondrai si
facile pervidebit ne Deum quidem exactement à ces objections et les
potuisse credi, si ea ipsa quae arguit ruinerai de telle sorte, que personne ne
facta non essent. pourra plus demeurer dans l'erreur.
Toutes ces choses ont été faites par des
raisons si merveilleuses que quiconque
les aura une fois comprises, non
seulement cessera de s'étonner que
Dieu ait voulu subir les tourments que
les hommes lui ont fait souffrir, mais
avouera qu'il n'aurait pu être reconnu
pour Dieu s'il ne les eût soufferts.

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CAPUT XXIII. XXIII.
De praecipiendo et agendo. Je voudrais bien que l'on me dise si
Quicumque praecepta dat ceux qui donnent des préceptes aux
hominibus ad vitam, moresque fingit autres pour la conduite de leur vie et de
aliorum, quaero debeatne ipse facere leurs mœurs, sont obligés de les
quae praecipit, an non debeat? Si non observer eux-mêmes. S'ils ne les
fecerit, soluta praecepta sunt. Si enim observent pas, les voilà absolument
bona sunt quae praecipiuntur, si vitam abolis; car si ces préceptes sont utiles et
hominum in optimo statu collocant, non qu'ils puissent servir à régler notre
se debet ipse praeceptor a numero conduite, celui qui les donne ne se doit
coetuque hominum segregare inter quos pas distinguer des autres, en tenant une
agit; et ipsi eodem modo vivendum est, manière de vivre différente de celle qu'il
quo docet esse vivendum, ne si aliter enseigne ; autrement il démentira sa
vixerit, ipse praeceptis suis fidem doctrine par ses actions, et perdra toute
detrahat, levioremque doctrinam suam sorte de créance. Tout le monde est
faciat, si reipsa resolvat, quod verbis jaloux de sa liberté; il n'y a personne qui
nitatur adstringere. Unusquisque enim, aime qu'on lui commande, ni qu'on lui
cum audit praecipientem, non vult impose la nécessité d'obéir. Il y aura
imponi sibi necessitatem parendi, donc sans doute quelqu'un qui dira au
tamquam sibi jus libertatis adimatur; législateur : « Je ne saurais exécuter ce
respondet itaque doctori hoc modo: Non que vous me commandez, parce qu'en
possum facere quae jubes, quoniam effet cela est impossible. Vous me
sunt impossibilia. Vetas me irasci, vetas défendez de me mettre en colère, de
cupere, vetas libidine commoveri, vetas souhaiter de devenir riche, d'être touché
dolorem, vetas mortem timere: sed hoc du plaisir, de fuir l'occasion de souffrir,
adeo contra naturam est, ut his et d'appréhender la mort: ce que vous
affectibus animalia universa subjecta me défendez de faire est si conforme à
sint; vel si adeo putas repugnari posse la nature, que tous les animaux s'y
naturae, et tu ipse quae praecipis fac, ut portent par l'instinct qu'elle leur a
sciam fieri posse. Cum autem ipse non donné. Que si vous prétendez que cette
facias, quae insolentia est, ut homini inclination puisse être surmontée,
libero imponere velis leges quibus ipse convainquez-m'en par votre exemple.
non pareas? Prius disce, qui doces, et Tant que vous ne ferez rien de ce que
antequam mores aliorum corrigas, tuos vous ordonnerez, j'aurai droit de
corrige. Quis neget justam esse hanc soutenir que c'est une manière d'agir
responsionem? Quin etiam in trop impérieuse, que de vouloir donner à
contemptum veniet hujusmodi doctor, et des hommes libres des lois de
l'observation desquelles vous vous

73
deludetur vicissim, quia videbitur et ipse dispensez. Apprenez ce que vous voulez
deludere. enseigner aux autres, et réformez-vous
Quid ergo faciet ille praeceptor, si avant que d'entreprendre de les
haec ei fuerint opposita? quomodo réformer. » Qui peut douter que cette
adimet excusationem contumacibus, nisi réponse ne soit fort juste et fort
ut praesentibus factis doceat, possibilia raisonnable? Ne la pourrait-on pas faire
se docere? Unde evenit, ut à un législateur qui n'observerait rien de
philosophorum praeceptis nullus ce qu'il commande, et ne pourrait-on pas
obtemperet. Homines enim malunt se moquer de lui, comme il semble qu'il
exempla, quam verba; quia loqui facile aurait voulu se moquer des autres?
est, praestare difficile. Utinam quidem Enfin comment ôterait-il à des esprits
tam multi bene facerent, quam multi désobéissants et rebelles le prétexte de
loquuntur bene. Sed qui praecipiunt, nec mépriser ses lois, si ce n'est en faisant
faciunt, abest ab iis fides. Et si homines voir par ses propres actions qu'il n'est
fuerint, contemnentur ut leves; si Deus, pas impossible de les observer. C'est
opponetur ei excusatio fragilitatis pour cela que les préceptes des
humanae. Superest ut factis verba philosophes sont si généralement
firmentur, quod philosophi facere méprisés. On aime mieux des exemples
nequeunt: itaque cum ipsi praeceptores que des paroles. Aussi est il aisé de
vincantur affectibus, quos vinci parler, au lieu qu'il est malaisé d'agir.
praedicant oportere, neminem possunt Plût à Dieu qu'il y eut autant de
ad virtutem, quam falso praedicant, personnes capables de bien agir, qu'il y
erudire; ob eamque causam putant, en a de capables de bien parler!
neminem adhuc perfectum extitisse Quiconque ne fait rien de ce qu'il
sapientem, id est, in quo summae ordonne ne peut trouver aucune
doctrinae ac scientiae summa virtus et créance. Si c'est un homme, on le
perfecta justitia consenserit, quod méprise comme un esprit léger ; si c'est
quidem verum fuit. Nemo enim post un Dieu, on lui apportera l'excuse
mundum conditum talis extitit, nisi ordinaire tirée de la fragilité humaine. Il
Christus, qui et verbo sapientiam faut donc confirmer les paroles par des
tradidit, et doctrinam praesenti virtute actions, ce que les philosophes ne
firmavit. sauraient faire. Ils succombent aux
passions qu'ils disent qu'il faut
surmonter; ils n'inspirent à personne la
vertu qu'ils enseignent mal, et ils
avouent aussi qu'il n'y a jamais eu de
sage parfait, c'est-à-dire qui possédât la
science, la vertu et la justice, dans un

74
degré fort éminent. Cela était très
véritable; car depuis que le monde est
créé, il n'y a jamais eu que Jésus-Christ
qui ait enseigné la véritable sagesse et
qui ait soutenu la vérité de sa doctrine
par les efforts merveilleux de sa
puissance.

CAPUT XXIV. XXIV.


Eversio argumentorum supra Considérons maintenant s'il est
objectorum. possible qu'un docteur descendu du ciel
Age, nunc consideremus, an doctor ne soit pas parfait. Je ne parle point ici
e coelo missus possit non esse perfectus. de celui que les infidèles ne veulent pas
Nondum de hoc loquor, quem venisse a reconnaître comme envoyé de Dieu. Je
Deo negant. Fingamus aliquem de coelo suppose qu'il y en ait un qui doive être
esse mittendum, qui vitam hominum envoyé pour instruire les hommes et
rudimentis virtutis instituat, et ad pour leur apprendre à garder la justice ;
justitiam formet. Nemini dubium potest personne ne doute qu'un docteur
esse, quin is doctor, qui coelitus mittitur, descendu du ciel ne doive être parfait en
tam scientia sit rerum omnium quam science et en vertu, parce qu'autrement
virtute perfectus; ne nihil inter il ne serait pas fort différent d'un docteur
coelestem terrenumque differat. Nam in de la terre. L'homme ne saurait être
homine interna et propria doctrina esse savant de lui-même. Un esprit engagé
nullo pacto potest. Nec enim mens avec le corps et accablé sous la
terrenis visceribus inclusa, et tabe pesanteur de la matière ne comprendra
corporis impedita, aut comprehendere jamais la vérité sans que quelqu'un la lui
per se potest, aut capere veritatem, nisi enseigne. Quand il la pourrait
aliunde doceatur. Et si maxime possit, comprendre, il ne pourrait acquérir une
summam tamen virtutem capere vertu parfaite, ni résister à quantité
nequeat, et omnibus vitiis resistere, d'erreurs dont il a le principe au milieu
quorum materia in visceribus continetur. de soi. Un docteur descendu du ciel étant
Eo fit, ut terrenus doctor perfectus esse d'une nature divine et éternelle, possède
non possit. At vero coelestis, cui au contraire l'éminence de la science et
scientiam divinitas, virtutem de la vertu, et a tout ce qui est
immortalitas tribuit, in docendo quoque, nécessaire pour enseigner parfaitement.
sicut in caeteteris, perfectus et Il ne peut pourtant s'acquitter de ce

75
consummatus sit necesse est. At id devoir sans prendre un corps mortel ; et
omnino fieri non potest, nisi mortale sibi la raison en est évidente. S'il paraît
corpus assumat. Cur autem fieri non comme Dieu, des yeux aussi faibles que
possit, ratio clara est. Nam si veniat ad les nôtres ne seront pas capables de
homines, ut Deus, ut omittam, quod soutenir l'éclat de sa majesté. De plus, il
mortales oculi claritatem majestatis ejus n'enseignera pas la vertu parce qu'il ne
conspicere ac sustinere non possunt, la pratiquera pas; et ainsi il manquera
ipse certe Deus virtutem docere non quelque chose à sa doctrine. C'est une
poterit, quia expers corporis non faciet, vertu de souffrir la douleur pour la
quae docebit, ac per hoc doctrina ejus défense de la justice, de mépriser les
perfecta non erit. Alioqui si summa menaces de la mort, et même de la
virtus est, dolorem patienter pro justitia subir. Un docteur, pour être parfait, doit
officioque perferre, si virtus est, mortem non seulement faire ces
ipsam et intentatam non metuere, et commandements-là, mais aussi les
illatam fortiter sustinere; debet ergo confirmer par son exemple. Quiconque
doctor ille perfectus, et docere ista donne des préceptes, doit ôter toute
praecipiendo, et confirmare faciendo; sorte d'excuses de ne les point observer.
quia qui dat praecepta vivendi, Il faut qu'il impose la nécessité d'obéir,
amputare debet omnium excusationum non par aucune violence, mais par une
vias, ut imponat hominibus parendi honnête preuve qui ne détruise point la
necessitatem, non vi aliqua, sed pudore, liberté, et qui n'empêche point que ceux
et tamen libertatem relinquat, ut et qui obéissent ne reçoivent leur
praemium sit constitutum parentibus, récompense, parce qu'ils pourraient ne
quia poterant non parere, si vellent, et pas obéir, et que ceux qui n'obéissent
non parentibus poena, quia poterant pas ne reçoivent leur châtiment parce
parere, si vellent. Quomodo ergo poterit qu'ils pouvaient obéir s'ils avaient voulu.
amputari excusatio, nisi ut qui docet, Il faut donc que celui qui veut enseigner
faciat quae docet, et si quasi praevius, fasse ce qu'il enseigne ; qu'il marche le
et manum porrigat seculuro? premier, et qu'il tienne par la main celui
quemadmodum autem potest facere qui le suit. Mais comment pourra-t-il
quae docet, si non sit similis ei quem faire ce qu'il enseigne, s'il n'est pas
docet? Nam si nulli subjectus sit semblable à celui qu'il enseigne? Si celui
passioni, potest ei docenti homo sic qui enseigne est exempt de passions,
respondere: Volo equidem non peccare; celui qu'il enseigne lui pourra répondre :
sed vincor; indutus sum enim carne « Je voudrais bien ne point pêcher, mais
fragili, et imbecilla; haec est, quae je succombe à la tentation. Je suis
concupiscit, quae irascitur, quae dolet, environné d'une chair faible et fragile qui
quae mori timet. Itaque ducor invitus, et forme de mauvais désirs, qui entre en

76
pecco, non quia volo, sed quia cogor. colère, qui se laisse abattre par la
Sentio me et ipse peccare: sed douleur, qui appréhende la mort. Je suis
necessitas fragilitatis impellit, cui entraîné malgré moi, et je pèche par
repugnare non possum. Quid ad haec contrainte plutôt que par choix. Je sais
respondebit praeceptor ille justitiae? fort bien que je fais mal, mais je ne
quomodo confutabit ac redarguet saurais surmonter ma mauvaise
hominem, qui delictis suis excusationem inclination. » Que répondra le docteur de
carnis obtendet, nisi et ipse carne fuerit la justice, et comment montrera-t-il que
indutus, ut ostendat, etiam carnem l'excuse tirée de l'infirmité de la chair est
posse capere virtutem? Contumacia une excuse vaine et frivole, s'il n'a lui-
enim redargui non potest, nisi exemplo. même une chair, et qu'il ne fasse voir
Nam habere non possunt, quae doceas, par son exemple qu'elle n'est point
firmitatem, nisi ea prior feceris; quia incapable de vertu ? L'expérience est le
natura hominum proclivis in vitia, videri meilleur de tous les moyens pour
vult non modo cum venia, sed etiam cum confondre les esprits désobéissants et
ratione peccare. Oportet magistrum rebelles. Jamais vous ne ferez recevoir
doctoremque virtutis homini simillimum votre doctrine si vous ne la pratiquez le
fieri, ut vincendo peccatum, doceat premier. Les hommes sont portés d'eux-
hominem vinci ab eo posse peccatum. Si mêmes au vice, et quand ils le
vero sit immortalis, exemplum commettent, ils tâchent de faire croire
proponere homini nullo modo potest. non seulement qu'ils ont des excuses qui
Existet enim constans aliquis, ac dicet: méritent le pardon, mais encore qu'ils
Tu quidem non peccas, quia liber es ab ont des raisons auxquelles on ne saurait
hoc corpore; non concupiscis, quia refuser des louanges. Il est donc
immortali nihil est necessarium. Mihi nécessaire que celui qui entreprend
vero multis rebus opus est, ut tuear hanc d'enseigner la vertu soit semblable à
vitam. Mortem non times, quia valere in l'homme, afin qu'en surmontant le péché
te non potest. Dolorem contemnis, quia il fasse voir par son exemple que le
nullam vim pati potes. At ego mortalis péché n'est pas insurmontable. S'il est
utrumque timeo, quia cruciatus mihi immortel, jamais il ne servira d'exemple.
gravissimos inferunt, quos tolerare Il se trouvera toujours des esprits
carnis infirmitas non potest. Doctor rebelles et opiniâtres qui lui diront: «
itaque virtutis etiam hanc excusationem Vous ne faites point de mal, parce que
debuit hominibus auferre; ne quis, quod vous n'avez point de corps. Vous ne
peccat, necessitati potius adscribat, désirez rien, parce qu'étant immortel
quam culpae suae. Ergo ut perfectus vous n'avez aucun besoin. Mais moi, j’ai
esse possit, nihil ei debet opponi ab eo besoin de beaucoup de choses pour
qui docendus est; ut si forte dixerit: conserver ma vie. Vous n'appréhendez

77
Impossbilia praecipis; respondeat: Ecce point la mort, parce qu'elle n'a pas de
ipse facio. At ego carne indutus sum, pouvoir sur vous. Vous méprisez ta
cujus est peccare proprium. Et ego douleur, parce que vous êtes au-dessus
eamdem carnem gero; et tamen de toutes les violences qui peuvent venir
peccatum in me non dominatur. Mihi de dehors. Mais j'appréhende la douleur
opes contemnere difficile est, quia vivi et la mort, parce qu'elles sont très
aliter non potest in hoc corpore. Ecce et sensibles à une chair aussi faible que la
mihi corpus est; et tamen pugno contra mienne. « Celui qui voulait enseigner la
omnem cupiditatem. Non possum pro justice, a dû ôter cette excuse, par
justitia nec dolorem ferre, nec mortem, laquelle les hommes prétendaient que,
quia fragilis sum. Ecce et in me dolor ac quand ils faisaient mal, c'était plutôt par
mors habet potestatem, et ea ipsa quae nécessité que par leur faute. Il faut que,
times vinco, ut victorem te faciam pour être un docteur parfait, son disciple
doloris ac mortis. Prior vado per ea, quae n'ait rien à lui reprocher, et que s'il lui
sustineri non posse praetendis; si objecte que ce qu'il commande est
praecipientem sequi non potes, sequere impossible, il lui puisse répondre : « Cela
antecedentem. Sublata est hoc modo n'est pas impossible puisque je
omnis excusatio; et fateri hominem l'accomplis. » S'il lui dit : « Je suis revêtu
necesse est, sua culpa injustum esse qui d'un corps auquel le péché semble
doctorem virtutis, et eumdem ducem propre et comme naturel ; » qu'il lui
non sequatur. Vides ergo quanto réponde: « Je suis aussi revêtu d'un
perfectior sit mortalis doctor, quia dux corps semblable, et cependant le péché
esse mortali potest, quam immortalis, ne domine point en moi. » S'il lui dit : «
quia patientiam docere non potest, qui il ne m'est pas aisé de mépriser les
subjectus passionibus non est. Nec hoc richesses, parce que l'on ne saurait se
tamen eo pertinet, ut hominem Deo nourrir à moins que d'avoir du bien ; »
praeferam: sed ut ostendam, neque qu'il répande : « J'ai un corps à nourrir,
hominem perfecta doctrina esse posse, et je combats pourtant contre les désirs
nisi sit idem Deus, ut auctoritate coelesti des biens de la terre. » S'il dit : « Je suis
necessitatem parendi hominibus trop faible pour supporter la douleur et
imponat; neque Deum, nisi mortali la mort pour l'intérêt de la justice; » qu'il
corpore induatur, ut praecepta sua factis lui réponde : « La mort et la douleur ont
adimplendo, caeteros parendi le même pouvoir sur moi que sur vous,
necessitate constringat. Liquido ergo et cependant je les surmonte pour vous
apparet, eum, qui vitae dux et justitiae apprendre à les surmonter. Si je me
sit magister, corporalem esse oportere; contentais de commander, vous auriez
nec aliter fieri posse, ut sit illius plena et quelque prétexte de désobéir ; mais
perfecta doctrina, nisi habeat radicem ac puisque je marche le premier, vous ne

78
fundamentum, stabilisque apud homines sauriez vous dispenser de nie suivre. »
ac fixa permaneat: ipsum autem subire Ainsi l'homme n'a plus d'excuse. Il est
carnis ac corporis imbecillitatem, obligé d'avouer que s'il est injuste, c'est
virtutemque in se recipere, cujus doctor par sa faute, et qu'il n'est pas moins
est, ut eam simul, et verbis doceat, et coupable d'avoir méprisé les exemples
factis. Item subjectum esse morti, et que d'avoir violé les lois. Il paraît, par
passionibus cunctis; quoniam et in tout ce que je viens de dire, combien un
passione toleranda, et in morte docteur mortel qui peut servir de modèle
subeunda virtutis officia versantur: quae est meilleur qu'un immortel qui n'en
omnia, ut dixi, consummatus doctor peut servir, et qui, étant exempt de
perferre debet, ut doceat posse perferri. toute sorte de maux, ne saurait
enseigner la patience avec laquelle on
les souffre. Je ne prétends pas par là
préférer l'homme à Dieu ; je prétends
seulement montrer deux choses: l'une,
qu'un homme ne saurait être docteur
parfait, s'il n'est aussi Dieu et s'il n'a une
autorité divine pour se faire obéir ;
l'autre, que Dieu ne le saurait être non
plus, s'il ne se revêt d'un corps, afin
d'obliger les hommes par son exemple à
l'observation de ses lois. Il est donc clair
que celui qui veut enseigner la justice
doit avoir un corps, et que sans cela
jamais sa doctrine ne pourrait s'établir
solidement parmi les hommes. Ce corps,
tout faible qu'il est, le rend capable de
pratiquer les venus qu'il conseille, en
l'assujettissant à la douleur et à la mort,
ou lui fournit la matière de la patience et
des autres vertus, dont il ne saurait
persuader la pratique autrement qu'en
faisant voir par ses actions qu'elle n'est
pas impossible.

79
CAPUT XXV. XXV.
De Jesu adventu in Carne, et Que les hommes tâchent donc de
Spiritu, ut Deum inter et hominem comprendre la raison que Dieu a eue, en
mediator esset. envoyant son ambassadeur sur la terre
Discant igitur homines, et pour y enseigner la justice : de vouloir
intelligant, quare Deus summus, cum qu'il fût revêtu d'un corps passible, et
legatum ac nuntium suum mitteret, ad qu'il souffrit en effet les tourments et la
crudiendam praeceptis justitiae suae mort. Au temps où il n'y avait point de
mortalitatem, mortali voluerit eum carne justice sur la terre, il y a envoyé un
indui, et cruciatu affici, et morte multari. docteur, afin qu'il fût comme une loi
Nam cum justitia nulla esset in terra, vivante qui élevât un temple nouveau, et
doctorem misit, quasi vivam legem, ut qui, par ses paroles et par ses actions,
nomen ac templum novum conderet; ut établit un culte véritable. Néanmoins,
verum ac pium cultum per omnem afin que les hommes fussent assurés
terram verbis et exemplo seminaret. Sed qu'il avait été envoyé de Dieu, il ne fallait
tamen, ut certum esset a Deo missum, pas qu'il naquit comme les autres et par
non ita illum nasci oportuit, sicut homo la voie de la génération ordinaire. Il était
nascitur ex mortali utroque concretus: né sans père, afin que l'on sût que, bien
sed ut appareret etiam in homine illum qu'il eût pris une humanité, il ne laissait
esse coelestem, creatus est sine opera pas d'être Dieu: il avait Dieu pour père;
genitoris. Habebat enim spiritalem et comme Dieu lui avait donné sans
patrem Deum; et sicut pater spiritus mère la naissance spirituelle, la Vierge
ejus Deus sine matre, ita mater corporis lui avait donné, sans pure, la naissance
ejus virgo sine patre. Fuit igitur et Deus corporelle. Il était Dieu et homme,
et homo, inter Deum atque hominem médiateur entre l'homme et Dieu, pour
medius constitutus. Unde illum Graeci conduire l'homme à une vie immortelle.
μεσίτην vocant, ut hominem perducere S'il n'avait été que Dieu, il n'aurait pu
ad Deum posset, id est, ad donner des exemples; s'il n'avait été
immortalitatem: quia si Deus tantum qu'homme, il n'aurait point eu l'autorité
fuisset (ut supra dictum est) exempla nécessaire pour obliger les
virtutis homini praebere non posset; si désobéissants à l'observation de ses lois.
homo tantum, non posset homines ad L'homme est composé de corps et
justitiam cogere, nisi auctoritas, ac d'âme. Cette dernière ne peut mériter
virtus homine major accederet. l'immortalité que par de bonnes actions.
Etenim cum constet homo ex carne et Cependant elle est attachée à un corps
spiritu, et oporteat spiritum justitiae terrestre qui l'entraîne par son poids
operibus emereri, ut fiat aeternus; caro vers la mort. Un esprit dégagé du corps
quoniam terrena est, ideoque mortalis, n'aurait pu conduire l'homme à la vie

80
copulatum sibi spiritum trahit secum, et éternelle, parce que le corps retient
ab immortalitate ducit ad mortem. Ergo l'esprit et l'empêche de suivre Dieu. Le
spiritus carnis expers dux esse homini ad corps est faible et sujet au péché, et le
immortalitatem nullo pacto poterat: péché est la proie de la mort. Le
quoniam caro impedit spiritum, médiateur est venu ; c'est-à-dire que
quominus Deum sequatur. Est enim Dieu s'est revêtu d'un corps, afin que le
fragilis, et subjecta peccato: peccatum corps le pût suivre, et que ceux qui
autem pabulum mortis est. Itaque prendraient empire sur leur corps
idcirco mediator advenit, id est Deus in fussent délivrés de la mort. Il a pris un
carne, ut caro eum sequi posset, et corps pour dompter les désirs du corps,
eriperet morti hominem, cujus est et pour faire voir que ceux qui pèchent,
dominatio in carnem. Ideo carne se pèchent par un effet de leur volonté, et
induit, ut desideriis carnis edomitis, sans aucune nécessité. Nous avons un
doceret non necessitatis esse peccare, combat continuel à livrer au corps, qui
sed propositi ac voluntatis. Una enim presse l'âme par une infinité i de
nobis, et magna, et praecipua cum carne mauvais désirs, et qui, l'empêchant de
luctatio: cujus infinitae cupiditates retenir l'empire qu'elle doit avoir sur les
premunt animam, nec dominium plaisirs, la fait tomber dans la mort. Voilà
retinere patiuntur: sed eam voluptatibus pourquoi Dieu nous a montré le moyen
et illecebris suavibus mancipatam morte de vaincre le corps par une vertu
afficiunt sempiterna. Quibus ut parfaite, qui mérite une couronne qui ne
repugnare possemus, Deus nobis viam se flétrisse point.
superandae carnis, et aperuit, et
ostendit. Quae virtus perfecta, et
omnibus numeris absoluta, coronam
vincentibus et mercedem immortalitatis
impertit.

CAPUT XXVI. XXVI.


De cruce Jesu et caeteris J'ai rapporté les raisons pour
tormentis, et de Agni legalis figura. lesquelles Dieu a voulu prendre un corps
Dixi de humilitate, et fragilitate, et faible et passible ; je dirai maintenant
passione, cur haec Deus subire maluerit: celles pour lesquelles il a subi le supplice
nunc ipsius crucis ratio reddenda est, et de la croix, et je découvrirai la puissance
vis enarranda. Quid summus pater a qui est cachée sous l'apparence, de la
principio disposuerit, et quemadmodum faiblesse de sa mort. Il n'a rien souffert
cuncta quae gesta sunt ordinarit, non en vain. Toutes ses souffrances ont leur
tantum divinatio Prophetarum, quae in mystère et sont des signes de quelque

81
Christum vera praecessit, sed etiam vérité importante. Sa passion a ce
ratio ipsius passionis docet. rapport et cette conformité avec ses
Quaecumque enim passus est, non actions que, bien qu'elles aient produit
fuerunt inania, sed habuerunt figuram et sur-le-champ de fort notables effets,
significantiam magnam, sicut etiam elles ont présagé de plus rares
divina illa opera, quae fecit: quorum vis événements qui devaient arriver en un
et potentia valebat quidem in praesens, autre temps. Il a rendu la vue aux
sed declarabat aliquid in futurum. aveugles par sa puissance ; mais en la
Aperuit caecorum lumina coelestis leur rendant, il a marqué qu'il rendait
virtus, et lucem non videntibus reddidit. celle du cœur aux nations qui étaient
Et hoc facto significabat fore, ut ensevelies dans l'aveuglement et
conversus ad gentes quae Deum l'erreur. Il a rendu l'ouïe aux sourds;
nesciebant, insipientium pectora mais sa puissance ne s'est pas arrêtée
illuminaret luce sapientiae, et ad là; il a marqué qu'il ferait bien retentir la
veritatem contemplandam oculos cordis voix du ciel à l'oreille intérieure de ceux
aperiret. Vere enim caeci sunt, qui qui n'avaient jamais entendu parler de la
coelestia non videntes, et tenebris vérité. Il a rendu la parole aux muets ;
ignorantiae circumfusi, terrena et fragilia c'était sans doute un merveilleux effet
venerantur. Patefecit aures surdorum. de sa puissance ; mais cet effet-là même
Non utique hactenus vis illa coelestis n'était qu'un signe d'un changeaient plus
operata est: sed declarabat brevi fore, ut surprenant, qui devait être bientôt
qui erant veritatis expertes, et audirent, accompli en ceux qui, ayant vécu jusque
et intelligerent divinas Dei voces. Vere alors dans, une profonde ignorance des
enim surdos dixeris, qui coelestia et choses de Dieu, en devaient être
vera, et facienda non audiunt. Mutorum instruits tout d'un coup et en parler avec
linguas in eloquium solvit admirabilis, une rare éloquence. Le plus fameux
etiam cum fieret, potentia: sed inerat orateur du monde n'est qu'un muet
huic virtuti alia significatio, quae quand il ne sait rien des mystères ; mais
ostenderet mox futurum, ut rerum dès qu'il apprend à parler de la grandeur
coelestium nuper ignari, percepta et de la majesté de Dieu, il commence à
sapientiae disciplina, de Deo, et veritate faire l'usage qu'il doit de sa langue.
dissererent. Nam qui rationem divinitatis Quand elle ne dit que des faussetés, elle
ignorat, is vere elinguis et mutus est, ne fait pas la fonction qui lui est propre,
licet omnium disertissimus. Lingua enim et quiconque ne sait pas parler des
cum verum loqui coeperit, id est, choses de Pieu est comme un enfant qui
virtutem majestatemque Dei singularis ne fait que bégayer, Quand le Seigneur
interpretari, tum demum officio naturae a redressé les boiteux, il a sans doute
suae fungitur. Quamdiu autem falsa donné une preuve évidente de sa

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loquitur, in usu suo non est; et ideo puissance infinie; mais il a donné en
infans sit necesse est, qui divina proloqui même temps une figure d'un plus grand
non potest. Pedes quoque claudorum ad miracle, qu'il a depuis accompli en ceux
officium gradiendi reformavit laudabilis qu'il a retirés des égarements de la vie
divini operis fortitudo: sed figura id du siècle et qu'il a mis dans le chemin de
continebat; quod cohibitis erroribus la vérité, afin qu'en le suivant ils
vitae secularis ac deviae, iter veritatis arrivassent heureusement à la grâce.
aperiretur, per quod graderentur Les véritables boiteux sont ceux qui,
homines ad Dei gratiam consequendam. étant embarrassés par leur propre
Is enim vere claudus existimandus est, ignorance, ne font que de faux pas dans
qui caligine ac tenebris insipientiae le chemin de la mort.
implicatus, et quo tendat ignarus, Le Sauveur a effacé les taches de la
offensibilibus et caducis gressibus per lèpre : c'était certainement un effet
viam mortis incedit. sensible du pouvoir absolu qu'il exerçait
Item labes et maculas inquinatorum sur les maladies les plus malignes; mais
corporum repurgavit, non exigua c'était aussi un signe de la force que sa
immortalis potentiae opera: verum id doctrine aurait d'effacer les taches du
portendebat haec vis, quod peccatorum péché et de guérir les véritables lépreux
labibus, ac vitiorum maculis inquinatos, qui, étant plonges par leur cupidité dans
doctrina ejus purificatura esset les plaisirs les plus infâmes, sont tout
eruditione justitiae. Leprosi enim vere couverts de taches qui font autant de
atque elephantiaci debent haberi, quos honte que d'horreur. Le Sauveur a rendu
vel infinitae cupiditates ad scelera, vel la vie aux malades, et les appelant par
insatiabiles voluptates ad flagitia leur nom, il les a retirés du tombeau et
compellunt, et dedecorum maculis de la corruption. Il n'y a point de miracle
inustos labe afficiunt sempiterna. si convenable à la grandeur de Dieu, ni
Jacentia mortuorum corpora erexit, si digne de l'admiration de tous les
eosque nominibus suis inclinatos a siècles, que de rendre la vie à ceux qui
morte revocavit. Quid congruentius l'uni une fois perdue, que d'ajouter des
Deo? Quid miraculo dignius omnium années à d'autres années dont le
saeculorum, quam decursam vitam nombre semblait limité, que de révéler
resignasse, completisque hominum le secret de la mort. Mais cette
temporibus tempora adjecisse perpetua, puissance, tout inexprimable qu'elle est,
arcana mortis revelasse? Sed haec n'est que l'image d'une autre plus,
inenarrabilis potestas imago virtutis grande que sa doctrine devait avoir ;
majoris fuit, quae demonstrabat tantam d'appeler à la lumière de la vie une
vim habituram esse doctrinam suam, ut infinité de peuples qui étaient ensevelis
gentes in orbe toto, quae alienae a Deo, sous les ténèbres de la mort. En effet, y

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subjectae morti fuerunt, cognitione veri a-t-il des morts plus déplorables que
luminis animatae, ad immortalitatis ceux qui ne connaissent point Dieu, qui
praemia pervenirent. Eos enim recte est le principe de la vie, et qui au lieu de
mortuos existimaveris, qui datorem s'élever vers le ciel, qui est le lieu de leur
vitae Deum nescientes, atque animas origine, s'abaissent vers la terre qui n'est
suas a coelo in terram deprimentes, in qu'une région de mort. Ainsi les actions
laqueos aeternae mortis incurrunt. Quae les, plus merveilleuses du Sauveur
igitur tum faciebat in praesens, imagines étaient des figures de l'avenir. Les
erant futurorum; quae in laesis miracles qu'il a faits pour guérir les corps
affectisque corporibus exhibebat, ea étaient des images de ceux qu'il devait
spiritalium figuram gerebant, ut et in faire pour guérir les âmes, et des
praesenti virtutis non terrena opera preuves non seulement du pouvoir qu'il
monstraret, et in futurum potestatem exerçait sur la nature, mais de celui qu'il
coelestis suae majestatis ostenderet. avait de communiquer les dons célestes
Ergo sicut opera ejus significantiam de sa grâce. Sa passion, n'a pas été
quoque majoris potestatis habuerunt, ita moins mystérieuse que ses actions : elle
etiam passio non simplex, nec n'a rien, çu de fortuit ni d'inutile. Comme
supervacua, nec fortuita praecessit. Sed les actions miraculeuses qu'il a faites en
ut illa, quae fecit, magnam virtutem ac faveur des corps uni signifié celles qu'il
potestatem doctrinae ejus significabant: ferait en faveur des âmes; ainsi les
sic ea, quae passus est, odio futuram tourments qu'il a soufferts par la cruauté
esse sapientiam nuntiabant. Aceti enim des Juifs, signifiaient les persécutions
potus, ac fellis cibus, acerbitates et que ceux qui seraient animés de l'esprit
amaritudines in hac vita sectatoribus de la sagesse souffriraient par l'injustice
veritatis pollicebatur. Et quamquam des juges et par la violence des peines.
passio ipsa per se acerba et amara Le vinaigre qu'on lui a donné à boire, le
specimen nobis futurorum tormentorum fiel qu'on lui a donné à manger, ne
dabat, quae morantibus in hoc saeculo promettaient que de l'aigreur et de
virtus ipsa proponit; tamen illius modi l'amertume durant tout le cours de cette
potus, et cibus in os doctoris nostri vie à ceux qui auraient le courage de
veniens, pressurarum nobis, ac laborum soutenir la vérité. Ses souffrances, qui
et miseriarum praebebat exemplum. d'elles-mêmes étaient fâcheuses et
Quae omnia tolerare ac perpeti necesse amères, nous représentaient les peines
est eos, qui veritatem sequuntur; et les afflictions auxquelles la vertu est
quoniam veritas acerba est, et invisa exposée sur la terre. Ce mets et ce
omnibus, qui virtutis expertes, vitam breuvage mis dans la bouche de notre
suam mortiferis voluptatibus dedunt. maître, nous apprennent combien ceux
Nam corona spinea capiti ejus imposita qui défendent la vérité doivent supporter

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id declarabat, fore ut divinam sibi de misères ; car la vérité est odieuse à
plebem de nocentibus congregaret. ceux qui vivent dans les plaisirs. La
Corona enim dicitur, circumstans in couronne d'épines qui fut mise sur sa
orbem populus. Nos autem, qui ante tête, signifie qu'il assemblerait autour de
cognitionem Dei fuimus injusti, spinae, soi un peuple innocent qu'il avait choisi
id est mali et nocentes eramus, parmi des coupables. On appelle
ignorantes quid esset bonum; et a couronne une assemblée de peuple qui
justitiae notione atque operibus alieni, est disposé en rond. Avant que nous
omnia scelere ac libidine polluebamus. connussions Dieu, nous n'étions que des
Electi ergo ex dumis et sentibus sanctum épines, c'est-à-dire des injustes et des
Dei caput cingimus; quia convocati ab coupables. Nous étions éloignés de
ipso, et circumfusi undique ad eum, toutes sortes de bonnes œuvres et
magistro ac doctori Deo, assistimus, capables seulement de faire le mal. Nous
regemque illum mundi et omnium avons été cueillis sur les buissons et sur
viventium Dominum coronamus. les ronces, et mis sur la tête de notre
Quod vero ad crucem spectat, Dieu, c'est-à-dire que nous sommes
magna in ea vis ac ratio est, quam nunc assemblés autour de lui, que nous
conabor ostendere. Deus namque (sicut l'écoutons comme notre maître, que
superius exposui) cum statuisset nous le respectons comme notre roi.
hominem liberare, magistrum virtutis Pour ce qui est de la croix, elle
legavit in terram, qui et praeceptis renferme une puissance admirable que
salutaribus formaret homines ad je tâcherai d'expliquer. Dieu ayant
innocentiam, et operibus factisque résolu de délivrer les hommes de la
praesentibus justitiae viam panderet, servitude du péché sous laquelle ils
qua gradiens homo, et doctorem suum gémissaient, envoya sur la terre un
sequens, ad vitam aeternam perveniret. excellent docteur pour leur enseigner la
Is igitur corporatus est, et veste carnis route et pour leur montrer le chemin de
indutus, ut homini, ad quem docendum la justice par où ils pourraient arriver à
venerat, virtutis et exempla, et la vie éternelle. Il se revêtit d'un corps
incitamenta praeberet. Sed cum in pour pouvoir donner à l'homme
omnibus vitae officiis justitiae specimen l'exemple des vertus qu'il lui voulait
praebuisset, ut doloris quoque enseigner. Il s'acquitta, dans le cours de
patientiam mortisque contemptum, sa vie, de tous les devoirs de la justice ;
quibus perfecta et consummata sit mais pour enseigner aux hommes la
virtus, traderet homini, venit in manus patience dans la douleur et le mépris de
impiae nationis, cum et vitare potuisset la mort qui consomme la perfection et la
scientia futuri quam gerebat, et repellere vertu, il voulut bien tomber entre les
eadem virtute, qua mirabilia faciebat. mains d'une nation impie, bien qu'il lui

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Sustinuit ergo cruciatus, et verbera, et fût aisé ou de les éviter par la
spinas. Postremo etiam mortem connaissance qu'il avait de l'avenir, ou
suscipere non recusavit, ut homo illo d'en échapper par la force qu'il avait de
duce subactam et catenatam mortem faire des miracles. Il souffrit les coups,
cum suis terroribus triumpharet. Cur les tourments, la couronne d'épines, afin
autem summus pater id potissimum que l'homme, suivant son exemple,
genus mortis elegerit, quo affici eum triomphât de la mort et des tourments
sineret, haec ratio est. Dicat enim qui l'environnent. Dieu le père a eu
fortasse aliquis: cur si Deus fuit, et mori d'importantes raisons pour choisir
voluit, non saltem honesto aliquo mortis principalement ce genre de mort.
genere affectus est? cur potissimum Quelqu'un dira peut-être : « S'il était
cruce? cur infami genere supplicii, quod Dieu et s'il voulait mourir, que ne
etiam homine libero, quamvis nocente, mourait-il d'un genre de mort qui fût
videatur indignum. Primum quod is, qui plus honorable ? Pourquoi est-il mort
humilis advenerat, ut humilibus et d'un supplice aussi infâme qu'est celui
infimis opem ferret, et omnibus spem de la croix, et si indigne d'un homme
salutis ostenderet, eo genere afficiendus libre, quand même il serait criminel? »
fuit, quo humiles et infimi solent, ne quis C'est qu'étant venu dans un état de
esset omnino, qui eum non posset faiblesse et de bassesse, pour secourir
imitari. Deinde ut integrum corpus ejus les hommes qui n'avaient rien que de
conservaretur, quem die tertio resurgere faible et de bas, et pour leur faire voir
ab inferis oportebat. qu'il n'y en avait aucun qui ne dût avoir
Nec enim hoc cuiquam ignorandum part à l'espérance du salut, il choisit le
est, quod ipse ante de sua passione genre de mort que l'on faisait souffrir
praedicans etiam id notum fecerit, aux personnes les plus viles et les plus
habere se postestatem, cum vellet, méprisables, il eut encore une autre
deponendi spiritum et resumendi. raison, qui fut : de conserver son corps
Suffixus itaque quia spiritum entier, parce que trois jours après il le
deposuerat, necessarium carnifices non devait tirer du tombeau.
putaverunt, ossa ejus suffringere (sicut Personne ne doit ignorer qu'il avait
mos eorum ferebat) sed tantummodo prédit, bien avant sa passion, qu'il avait
latus ejus perforaverunt. Sic integrum le pouvoir de rendre son esprit et de le
corpus patibulo detractum est, et reprendre quand il lui plairait. Quand il
sepulcro diligenter inclusum. Quae eut rendu l'esprit sur la croix, les
omnia idcirco facta sunt, ne laesum ac bourreaux ne crurent pas qu'il fût
diminutum corpus ad resurgendum nécessaire de lui casser les os, comme
inhabile redderetur. Illa quoque ils avaient accoutumé de les casser aux
praecipua fuit causa, cur Deus crucem autres crucifiés, mais ils se contentèrent

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maluerit, quod illa exaltari eum fuit de lui percer le coté. Ainsi, son corps fut
necesse, et omnibus gentibus passionem détaché entier de la croix, et enfermé
Dei notescere. Nam quoniam is, qui dans le tombeau, afin qu'il fût plus
patibulo suspenditur, et conspicuus est disposé à ressusciter. Il y a encore une
omnibus, et caeteris altior, crux potius autre raison pour laquelle il a préféré la
electa est, quae significaret illum tam croix aux autres supplices : c'est qu'elle
conspicuum tamque sublimem futurum, le devait élever, et comme l'exposer a la
ut ad eum cognoscendum pariter et vue de toutes les nations. Ceux qui sont
colendum, cunctae nationes ex omni attachés à une croix sont vus de tout le
orbe concurrerent. Denique nulla gens monde. Le Sauveur y a été attaché pour
tam inhumana est, nulla regio tam marquer qu'il serait un jour si fort élevé
remota, cui aut passio ejus, aut et dans un état si éclatant que les
sublimitas majestatis ignota sit. Extendit peuples les plus éloignés viendraient en
ergo in passione manus suas, orbemque foule le reconnaître et l'adorer. Il n'y en
dimensus est, ut jam tunc ostenderet, a point aussi de si reculé ni de si barbare
ab ortu solis usque ad occasum, qu'il ne sache quelle a été sa passion, et
magnum populum ex omnibus linguis et quelle est la gloire dont il jouit. Il étendit
tribubus congregatum, sub alas suas les mains sur la croix et embrassa en
esse venturum, signumque illud quelque sorte tout le monde, pour
maximnm, atque sublime, frontibus suis montrer qu'une multitude prodigieuse,
suscepturum. dans laquelle il se trouverait des peuples
Cujus rei figuram Judaei etiamnunc de toutes sortes de langues et de toutes
exhibent, cum limina sua de, cruore agni sortes de tribus, viendrait d'Orient et
notant. Deus enim percussurus d'Occident s'assembler sous ses bras et
Aegyptios, ut ab ea plaga immunes recevoir son signe au front.
faceret Hebraeos, praeceperat his, ut On a une figure de cette merveille
agnum candidum sine macula dans une cérémonie que les Juifs
immolarent, ac signum liminibus suis de pratiquent encore aujourd'hui, quand ils
sanguine ejus imponerent. Itaque cum marquent le seuil de leur porte avec le
Aegyptiorum primogenita una nocte sang de l'agneau. Quand Dieu voulut
interissent, Hebraei soli signo sanguinis frapper de mort les Égyptiens et
tuti fuerunt; non quia cruor pecudis préserver les Hébreux de ce fléau, il leur
tantam in se vim gerebat, ut hominibus commanda d'immoler un agneau sans
saluti esset: sed imago fuerat rerum tache et de faire une marque sur le seuil
futurarum. Agnus enim candidus sine de leurs portes avec son sang. Ainsi tous
macula Christus fuit, id est innocens, et les premiers nés des Égyptiens furent
justus, et sanctus, qui ab iisdem Judaeis tués en une nuit sans que les enfants des
immolatus, saluti est omnibus qui hébreux souffrissent aucun mal. Ce n'est

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signum sanguinis, id est crucis qua pas que le sang d'une bête eût la force
sanguinem fudit, in sua fronte de les sauver; mais c'est que l'agneau
conscripserint. Frons enim summum que les Juifs immolèrent alors était la
limen est hominis; et lignum sanguine figure de Jésus-Christ, qui est l'agneau
delibutum crucis significatio est. sans tâche, innocent, juste et saint, qui,
Denique immolatio pecudis ab iis ipsis, ayant été immolé par les Juifs, sauve
qui faciunt, pascha nominatur, ἀπὸ τοῦ tous ceux qui mettent sur leur front le
πάσχειν, quia passionis figura est, quam signe de son sang, c'est-à-dire le signe
Deus praescius futurorum tradidit per de la croix sur laquelle il l'a répandu. Le
Mosen populo suo celebrandam. Sed front est comme le seuil de l'homme. Le
tum figura valuit in praesenti ad bois marqué avec du sang est une image
depellendum periculum; ut appareat, de la croix. Le sacrifice de l'agneau est
quantum veritas ipsa valitura sit, ad appelé pâque, c'est-à-dire passion.
plebem Dei protegendam in extrema Quand il a été célébré de la manière que
totius orbis necessitate. Quomodo Dieu l'avait ordonné par le ministère de
autem, vel in qua plaga tuti omnes sint Moïse, il a servi à préserver les enfants
futuri, qui signum hoc veri et divini des Hébreux de la mort du corps, mais il
sanguinis in summo corporis sui a été une figure de la force qu'aurait le
notaverint, in novissimo libro docebo. sacrifice de Jésus-Christ pour sauver
tout son peuple. J'expliquerai dans le
dernier livre de cet ouvrage de quelle
façon seront préservés ceux qui auront
sur la partie la plus haute et la plus
apparente de leur corps le signe du sang
d'un Dieu.

CAPUT XXVII. XXVII.


De mirandis per Crucis virtutem Je me contenterai de faire voir en ce
effectis, ac de Daemonibus. lieu la grandeur et la puissance de la
Nunc satis est, hujus signi potentia croix. Ceux qui ont vu de quelle manière
quantum valeat, exponere. Quanto les démons abandonnent les corps qu'ils
terrori sit daemonibus hoc signum, sciet possédaient [dès qu'on les conjure au
qui viderit quatenus adjurati per nom de Jé-sus-Christ, savent quelle est
Christum de corporibus, quae la force de ce signe. Comme le Seigneur
obsederint, fugiant. Nam sicut ipse, cum chassait les démons par sa parole durant
inter homines ageret, universos sa vie, et qu'il rendait la raison elle bon

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daemones verbo fugabat; hominumque sens aux esprits qu'ils avaient troublés
mentes emotas, et malis incursibus par leur violence ; ainsi ses disciples
furiatas, in sensus pristinos reponebat: mettent en fuite les mêmes démons par
ita nunc sectatores ejus eosdem spiritus le nom de leur maître, et par le signe de
inquinatos de hominibus, et nomine la passion. La preuve en est fort aisée,
magistri sui, et signo passionis car les païens ne sauraient ni offrir leurs
excludunt. Cujus rei non difficilis est sacrifices, ni tirer aucune réponse de
probatio. Nam cum diis suis immolant, si leurs oracles en présence d'une
assistat aliquis signatam frontem personne qui ait le front marqué de la
gerens, sacra nullo modo litant. marque du Sauveur.
Nec responsa potest consultus C'est de là que les méchants princes
reddere vates. Et haec saepe causa ont pris le plus souvent prétexte de nous
praecipua justitiam persequendi malis persécuter; des chrétiens, qui avaient
regibus fuit. Cum enim quidam des charges à la cour des empereurs et
ministrorum nostri sacrificantibus des rois, et qui, par la nécessité de leurs
dominis assisterent, imposito frontibus fonctions, assistaient aux sacrifices que
signo, deos illorum fugaverunt, ne faisaient ces princes, ont souvent dissipé
possent in visceribus hostiarum futura les démons par la force du signe qu'ils
depingere. Quod cum intelligerent avaient sur le front, et empêché qu'ils ne
aruspices, instigantibus iisdem fissent paraître dans les entrailles des
daemonibus, quibus prosecant, victimes aucun présage de l'avenir. Les
conquerentes profanos homines sacris augures, excités par les démons dont ils
interesse, egerunt principes suos in étaient les ministres, se plaignirent qu'il
furorem, ut expugnarent Dei templum, y avait des profanes qui troublaient les
seque vero sacrilegio contaminarent, sacrifices, et excitèrent une si furieuse
quod gravissimis persequentium poenis colère dans le cœur de leurs princes,
expiaretur. Nec tamen ex hoc ipso caeci qu'ils attaquèrent le temple de Dieu, et
homines intelligere possunt, aut hanc commirent des sacrilèges, qui ont depuis
esse veram religionem, cui ad été suivis de rigoureux châtiments.
vincendum tanta vis inest, aut illam Cependant les païens ont été assez
falsam, quae subsistere, aut congredi aveugles pour ne pas reconnaître que
non potest. notre religion, qui remporte de si
Sed aiunt, hoc deos non metu, glorieuses victoires, est véritable, et que
verum odio facere; quasi quisquam la leur qui n'ose ni combattre ni même
possit odisse nisi eum, qui aut noceat, paraître, est fausse.
aut possit nocere. Immo vero congruens Ils disent que c'est par haine et non
majestati fuit, ut eos, quos oderant, par crainte que les dieux se retirent en
praesentibus poenis afficerent potius, notre présence. On n'a de la haine que

89
quam fugerent. Sed quoniam neque pour ceux qui nuisent ou qui peuvent
accedere ad eos possunt, in quibus nuire ; mais puisque les dieux avaient de
coelestem notam viderint, nec iis la haine pour les chrétiens, ils auraient
nocere, quos signum immortale munierit eu une conduite plus digne de leur
tamquam inexpugnabilis murus; grandeur si, au lieu de s'enfuir, ils les
lacessunt eos per homines, et manibus eussent punis sur-le-champ. Ils ne
persequuntur alienis: quos profecto si pourraient s'approcher de ceux sur le
esse confitentur, vicimus. Necesse est front desquels ils voient le sceau de
enim veram esse hanc religionem, quae Dieu, ni leur faire de mal, parce que ce
et rationem daemonum novit, et sceau est comme un rempart qui les
astuciam intelligit, et vim retundit, et couvre, et pour cela ils les persécutent
eos spiritalibus armis domitos ac par la main des hommes. Si ces
subactos cedere sibi cogit. Si negant, hommes-là confessent qu'ils sont les
testimoniis poetarum ac philosophorum ministres des démons, nous avons
refellentur. Quod si esse, et malos esse, remporté la victoire; car il faut
inficias non eunt, quid superest, nisi ut nécessairement qu'une religion qui
alios dicant esse deos, alios daemones? découvre les ruses des démons, qui
Exponant igitur nobis differentiam repousse leur violence, qui les dompte
generis utriusque, ut sciamus quid par des armes spirituelles, soit la religion
colendum, quid execrandum sit; véritable; s'ils le nient, il sera aisé de les
habeantne inter se aliquod consortium, confondre par les témoignages des
an vero inimici sint. Si sunt aliqua poètes et des philosophes. S'ils avouent
necessitudine copulati, quatenus eos qu'il y a des démons, et que ces démons
discernemus? aut quomodo utriusque sont de médians esprits, il faut qu'ils
generis honorem cultumque mettent quelque différence entre les
miscebimus? Si autem sunt inimici, cur démons et leurs dieux. Qu'ils nous
aut daemones deos non timent, aut dii expliquent donc quelle est cette
daemones fugare non possunt? Ecce différence, afin que nous sachions quels
aliquis instinctu daemonis percitus sont ceux que nous devons haïr et ceux
dementit, effertur, insanit: ducamus que nous devons adorer; s'ils ont
hunc in Jovis optimi maximi templum; quelque habitude entre eux, ou s'ils n'en
vel, quia sanare homines Jupiter nescit, ont pas et qu'ils soient ennemis. S'ils ont
in Aesculapii vel Appollinis fanum. des liaisons, comment les discernerons-
Jubeat utriuslibet sacerdos, dei sui nous, pour, éviter de rendre aux unies
nomine, ut nocens ille spiritus excedat respects que nous n'avons intention de
ex homine: nullo id pacto fieri potest. rendre qu'aux autres? Si au lieu d'avoir
Quae igitur vis deorum est, si subjectos quelque liaison entre eux, ils n'ont que
sibi daemonas non habent? At vero de l'inimitié et de la haine, d'où vient que

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iidem daemones, adjurati per nomen Dei les démons n'appréhendent point les
veri protinus fugiunt. Quae ratio est, ut dieux, et que les dieux ne mettent point
Christum timeant, Jovem autem non les démons en fuite? S'il se trouve
timeant, nisi quod iidem sunt daemones, quelqu'un qui, étant agité par les
quos vulgus deos esse opinatur? démons, ait perdu l'usage de la raison,
Denique si constituatur in medio et is, menons-le au temple de Jupiter dont la
quem constat incursum daemonis grandeur est égale à la bonté, ou plutôt,
perpeti, et Delphici Apollinis vates, comme Jupiter n'a pas le pouvoir de
eodem modo Dei nomen horrebunt; et guérir les maladies, menons-le à celui
tam celeriter excedet de vate suo Apollo, d'Esculape ou d'Apollon : le prêtre de
quam ex homine spiritus ille l'un ou de l'autre de ces dieux
daemoniacus, et adjurato fugatoque deo commandera à cet esprit impur et
suo, vates in perpetuum conticescet. criminel de sortir du corps qu'il possède,
Ergo iidem sunt daemones, quos et il ne sera point obéi. Où est la
fatentur execrandos esse, iidem dii, puissance des dieux, si les démons n'y
quibus supplicant. sont point assujettis? Cependant ces
Si nobis credendum esse non mêmes démons s'enfuient dès qu'ils sont
putant, credant Homero, qui summum conjurés au nom de Dieu. D'où vient
illum Jovem daemonibus aggregavit: qu'ils appréhendent Jésus-Christ et
sed et aliis poetis ac pbilosophis, qui qu'ils n'appréhendent point Jupiter, si ce
eosdem modo daemonas, modo deos n'est que les démons et ceux que le
nuncupant; quorum alterum verum, peuple prend pour des dieux sont les
alterum falsum est. Illi enim nequissimi mêmes? Enfin, si l'on mettait d'un côté
spiritus, ubi adjurantur, ibi se daemonas ces possédés du démon et de l'autre une
confitentur; ubi coluntur, ibi se deos prêtresse d'Apollon de Delphes, l'un et
mentiuntur, ut errores hominibus l'autre redouteront également le nom de
immittant, et avocent a veri Dei notione, Dieu ; et dès qu'on l'aura prononcé la
per quam solam potest mors aeterna prêtresse sera abandonnée par Apollon
vitari. Iidem sunt, qui dejiciendi hominis et réduite au silence, et le possédé sera
causa, varios sibi cultus per diversa délivré du démon. Il est donc clair que
regionum condiderunt, mentitis tamen les démons, que vous avouez être
assumptisque nominibus, ut fallerent. dignes d'exécration et d'horreur, sont les
Nam quia divinitatem per seipsos mêmes que les dieux auxquels vous
affectare non poterant, adsciverunt sibi rendez un souverain culte.
nomina potentium regum, sub quorum Si vous ne nous en croyez pas,
titulis honores sibi deorum vindicarent. croyez-en Homère qui met Jupiter au
Qui error discuti potest, et in lucem rang des démons; croyez-en les autres
veritatis protrahi. Nam si quis studet poètes et philosophes qui les appellent

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altius inquirere, congreget eos, quibus tantôt démons et tantôt dieux; en quoi
peritia est ciere ab inferis animas. ils s'approchent en partie de la vérité et
Evocent Jovem, Neptunum, Vulcanum, en partie s'en éloignent. Quand ces
Mercurium, Appollinem, patremque abominables esprits sont conjurés, ils
omnium Saturnum. Respondebunt ab confessent qu'ils ne sont que des
inferis omnes, et interrogati loquentur, démons. Quand ils sont adorés par les
et de se ac Deo fatebuntur. Post haec païens, ils supposent faussement qu'ils
evocent Christum, non aderit, non sont des dieux pour les engager dans
apparebit; quia non amplius quam biduo l'erreur, afin de les détourner de la
apud inferos fuit. Quid hac probatione connaissance du vrai Dieu, par laquelle
certius proferri potest? Ego vero non seule ils pourraient éviter la mort
dubito, quin ad veritatem Trismegistus éternelle. Ce sont eux qui, pour perdre
hac aliqua ratione pervenerit, qui de Deo les hommes, ont inventé divers moyens
Filio locutus est multa, quae divinis de se faire adorer par les peuples sous le
continentur arcanis. nom des princes anciens. Il n'y a rien de
si aisé que de découvrir ces artifices et
cette imposture. Il n'y a pour cela qu'à
assembler ceux qui font profession de
rappeler les âmes des enfers ; qu'ils
rappellent Jupiter, Neptune, Vulcain,
Mercure, Apollon, et Saturne qui est plus
ancien et le père de tous les autres; ils
viendront, ils répondront, ils déclareront
la vérité. Que ces mêmes personnes
appellent Jésus-Christ, et qu'ils tachent
de l'évoquer, il ne paraîtra point, parce
qu'il n'a été que deux jours dans les
enfers. Il n'y a point de preuve plus
certaine que celle-là. Je ne doute pas
que Trismégiste n'en ait eu quelque
connaissance, quand il a dit de Dieu le
père, tout ce que l'on en peut dire, et
qu'il a dit beaucoup de choses du Fils,
fort conformes à ce que nos mystères
nous en enseignent.

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CAPUT XXVIII. XXVIII.
De spe et vera religione, atque Ces vérités étant aussi incontestables
de superstitione. que nous l'avons fait voir, l'unique
Quae cum ita se habeant, ut espérance de l'homme consiste à
ostendimus, apparet nullam aliam spem renoncer à l'erreur, à connaître Dieu et à
vitae homini esse propositam, nisi ut le servir ; le plus important et le plus
abjectis vanitatibus, et errore miserabili, nécessaire de tous nos devoirs, est de
Deum cognoscat, et Deo serviat, nisi nous instruire des règles de la justice et
huic temporali renuntiet vitae, ac se des préceptes de la véritable religion.
rudimentis justitiae ad cultum verae Nous n'avons été mis au monde qu'à
Religionis instituat. Hac enim conditione condition que nous rendrions nos
gignimur, ut generanti nos Deo justa et hommages à Dieu qui nous y a mis ;
debita obsequia praebeamus; hunc c'est une obligation étroite et
solum noverimus, hunc sequamur. Hoc indispensable par le lien de laquelle nous
vinculo pietatis obstricti Deo et religati sommes attachés à Dieu, et c'est de là
sumus; unde ipsa Religio nomem même que vient le mot de religion. Il ne
accepit, non ut Cicero interpretatus est, vient pas du verbe relegere comme
a relegendo, qui in libro de Natura Cicéron l'a prétendu dans les livres de la
deorum secundo ita dixit: « Non enim Nature des dieux, où il parle de cette
philosophi solum, verum etiam majores sorte : « Ce ne sont pas seulement les
nostri superstitionem a religione philosophes qui ont mis une grande
separaverunt. Nam qui totos dies différence entre la superstition et la
precabantur, et immolabant, ut sui sibi religion, ce sont généralement tous les
liberi superstites essent, superstitiosi anciens. On a appelé superstitieux ceux
sunt appellati. Qui autem omnia, quae qui passent des jours entiers à faire des
ad cultum deorum pertinerent, prières et à offrir des sacrifices pour
retractarent, et tamquam relegerent, ii obtenir que leurs enfants leur survivent.
dicti sunt religiosi, ex religendo, On appelle religieux ceux qui relisent et
tamquam ex eligendo elegantes, et ex repassent dans leur esprit ce qui regarde
deligendo diligentes, et intelligendo le culte des dieux. On a fait le nom de
intelligentes. His enim verbis omnibus religieux du verbe relegere, comme on a
inest vis legendi eadem, quae in fait celui d'élégant du verbe eligere, celui
religioso: ita factum est in superstitioso de déligent du verbe deligere, celui
et religioso, alterum vitii nomen, alterum d'intelligent du verbe intelligere. Tous
laudis. » Haec interpretatio quam inepta ces mots sont sortis du verbe legere,
sit, ex re ipsa licet noscere. Nam si in comme de leur racine. Ainsi l'usage a
iisdem diis colendis, et superstitio, et voulu que l'on ait introduit les noms de
religio versatur, exigua, vel potius nulla superstitieux et de religieux, dont l'un ne

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distantia est. Quid enim mihi afferet marque qu'un vice et l'autre exprime
causae, cur precari pro salute filiorum une vertu. » Les choses mêmes dont
semel, religiosi, et idem decies facere, Cicéron parle en cet endroit font voir
superstitiosi esse hominis arbitretur? Si clairement combien cette étymologie et
enim semel facere optimum est, quanto cette explication sont ineptes. La
magis saepius? Si hora prima; ergo et superstition et la religion ont, selon son
tota die. Si una hostia placabilis, sentiment, le même objet, qui est de
placabiliores utique hostiae plurimae, rendre aux dieux le culte qui leur est dû
quia multiplicata obsequia demerentur ; et ainsi il n'y a point de différence, ou
potius quam offendunt. Non enim nobis il y en a peu. Quelle raison
odiosi videntur ii famuli, qui assidui et m'apporterait-il pour montrer que ce soit
frequentes ad obsequium fuerint, sed un acte de religion de prier une fois les
magis chari. Cur igitur sit in culpa, et dieux pour la conservation de la vie des
nomen reprehensibile suscipiat, qui aut enfants, et que ce soit un acte de
filios suos magis diligit, aut deos magis superstition de prier dix fois pour le
honorat, laudetur autem qui minus? même sujet? Si c'est bien fait de prier
Quod argumentum etiam ex contrario une fois pour obtenir cette grâce, c'est
valet. Si enim totos dies precari et encore mieux fait de prier plusieurs fois.
immolare criminis est; ergo et semel. Si Si c'est bien fait de prier une heure, c'est
superstites filios subinde optare vitiosum encore mieux fait de prier tout le jour; si
est, superstitiosus igitur est et ille, qui une victime apaisé la colère des dieux et
etiam raro id optaverit. Aut cur vitii les rend favorables, plusieurs victimes
nomen, si ex eo tractum, quo nihil les rendront encore plus favorables : des
honestius, nihil justius optari potest? vœux redoublés plaisent plutôt qu'ils
Nam quod, ait religiosos a relegendo n'offensent ; bien loin de haïr les
appellatos, qui retractent ea diligenter, serviteurs qui sont assidus à leur devoir,
quae ad cultum deorum pertineant, cur on les aime. Quelle raison y aurait-il de
ergo illi, qui hoc saepe in die faciant, blâmer ceux qui chérissent plus
religiosorum nomen amittant; cum tendrement leurs enfants que ne font les
multo utique diligentius ex assiduitate autres, et ceux qui rendent aux dieux
ipsa relegant ea, quibus dii coluntur? des devoirs plus fréquents, et de louer
Quid ergo est? Nimirum religio veri ceux qui tiennent une conduite
cultus est, superstitio falsi. Et omnino différente ? On peut encore proposer le
quid colas interest, non quemadmodum même argument de cette sorte : si c'est
colas, aut quid precere. Sed quia deorum un crime d'employer tout le jour à faire
cultores religiosos se putant, cum sint des prières et à offrir des sacrifices, c'en
superstitiosi, nec religionem possunt a est un d'y employer un seul moment ; si
superstitione discernere, nec c'est une superstition de demander

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significantiam nominum exprimere, souvent que vos enfants vous survivent,
diximus nomen Religionis a vinculo c'en est une de le demander rarement.
pietatis esse deductum, quod hominem Mais pourquoi donne-t-on le nom de
sibi Deus religaverit, et pietate religieux à ceux qui relisent et qui
constrinxerit; quia servire nos ei ut étudient ce qui concerne le culte des
domino, et obsequi ut patri necesse est. dieux? Ceux qui le relisent plusieurs fois
Melius ergo id nomen Lucretius en un seul jour, et avec plus de soin et
interpretatus est, qui ait, religionum se plus d'application que les autres,
nodos exsolvere. Superstitiosi autem doivent-ils perdre ce nom? où est donc
vocantur, non qui filios suos superstites la différence?
optant (omnes enim optamus;) sed aut La différence est en ce que la religion
ii, qui superstitem memoriam a la vérité pour objet, au lieu que la
defunctorum colunt, aut qui parentibus superstition n'a pour objet que la
suis superstites, colebant imagines fausseté et le mensonge : il importe
eorum domi tanquam deos penates. davantage de savoir ce que vous adorez,
Nam qui novos sibi ritus assumebant, ut que d'examiner la manière dont vous
deorum vice mortuos honorarent, quos l'adorez. Ceux qui adorent les dieux
ex hominibus in coelum receptos croient avoir de la religion, bien qu'ils
putabant, hos superstitiosos vocabant. n'aient que de la superstition : leur
Eos vero, qui publicos et antiquos deos erreur procède de ce qu'ils ne
colerent, reliogiosos nominabant. Unde connaissent pas la force de ces deux
Virgilius: termes, et qu'ils ne savent pas la
Vana superstitio, veterumque différence des choses qu'ils signifient. Le
ignara deorum. nom de religion vient du lien dont nous
Sed cum veteres quoque deos sommes attachés à Dieu : la piété nous
inveniamus eodem modo consecratos tient comme liés à lui, et nous oblige à
esse post obitum; superstitiosi ergo qui le servir comme notre maître et de lui
multos ac falsos deos colunt. Nos autem obéir comme à notre père. Lucrèce l'a
religiosi, qui uni et vero Deo mieux expliqué, quand il a dit qu'il
supplicamus. dénouait les nœuds de la religion. Les
superstitieux sont ceux non qui
souhaitent que leurs enfants leur
survivent, car tous les pères le
souhaitent, mais ceux qui révèrent la
mémoire des morts, et ceux qui ayant
survécu à leurs parents gardent leurs
images dans leurs maisons et les
vénèrent comme des dieux domestiques

95
» Ceux qui ont inventé de nouvelles
cérémonies en l'honneur des hommes
qu'ils s'imaginaient avoir été reçus dans
le ciel et admis au rang des dieux, ont
été appelés superstitieux, au lieu que
cent qui conservaient le culte qui avait
été introduit par l'antiquité et autorisé
par l'usage public étaient appelés reli-
gieux ; c'est pour cela que Virgile a dit
que
La vaine superstition ne connaît point
les anciens dieux.
Les plus anciens d'entre les dieux
n'ayant été consacrés que depuis leur
mort, ceux qui les adorent sont des
superstitieux, et il n'y a que nous, qui
servons l'unique et le véritable Dieu, qui
nous acquittons des devoirs de la
religion et de la piété.

CAPUT XXIX. XXIX.


De religione christiana, et de Quelqu'un demandera peut-être en
Jesu cum Patre conjunctione. cet endroit, d'où vient que, n'adorant
Fortasse quaerat aliquis, quomodo, qu'an seul Dieu, nous ne laissons pas de
cum Deum nos unum colere dicamus, dire qu'il y en a deux ; savoir, le père et
duos tamen esse asseveremus, Deum le fils. Cette difficulté a extrêmement
Patrem et Deum Filium: quae embarrassé plusieurs personnes qui,
asseveratio plerosque in maximum trouvant fort probable le reste de notre
impegit errorem. Quibus cum probabilia doctrine, se persuadent que nous nous
videantur esse, quae dicimus, in hoc uno trompons, en ce que nous confessons
labare nos arbitrantur, quod et alterum, d'un doté que Dieu est éternel et de
et mortalem Deum fateamur. De l'autre qu'il est mort. J'ai assez parlé de
mortalitate jam diximus: nunc de unitate la mort du Sauveur; je dirai maintenant
doceamus. Cum dicimus Deum Patrem, quelque chose de l'unité de Dieu. Quand
et Deum Filium, non diversum dicimus, nous disons que le père est Dieu et que
nec utrumque secernimus; quia nec le Fils est Dieu, nous ne les séparons
Pater sine Filio esse potest, nec Filius a point, et nous n'admettons point deux
Patre secerni, si quidem nec Pater sine dieux. Le père ne saurait être sans le fils,

96
Filio nuncupari, nec Filius potest sine ni le fils sans le père. Le père et le fils
Patre generari. Cum igitur et Pater Filium ont un rapport réciproque ensemble. Le
faciat, et Filius Patrem, una utrique père est le principe du fils, et le fils est
mens, unus spiritus, una substantia est: le terme du père. Ils n'ont tous deux
sed ille quasi exuberans fons est, hic qu'une âme, qu'un esprit et qu'une
tamquam defluens ex eo rivus; ille substance. Le père est connue une
tamquam sol, hic quasi radius a sole fontaine qui répand ses eaux avec
porrectus. Qui quoniam summo Patri et abondance, le fils est comme un ruisseau
fidelis, et carus est, non separatur: sicut qui en coule. Le père est comme le soleil,
nec rivus a fonte, nec radius a sole; quia et le fils comme rayon. Le fils est fidèle
et aqua fontis in rivo est, et solis lumen à son père et est chéri de lui, et n'en peut
in radio: aeque nec vox ab ore sejungi, non plus être séparé que ruisseau de la
nec virtus, aut manus a corpore divelli source, que le rayon du soleil, que la voix
potest. Cum igitur a prophetis idem de la bouche, que la main du corps. Le
manus Dei, et virtus, et sermo dicatur, fils est appelé par les prophètes la main
utique nulla discretio est; quia et lingua du père, sa forme, sa parole. Il ne peut
sermonis ministra, et manus in qua est donc être séparé de lui, parce que c'est
virtus, individuae sunt corporis de la bouche que sort la parole, et que
portiones. c'est de la main que vient là force.
Propiore uti exemplo libet. Cum quis On peut se servir encore d'un autre
habet filium, quem unice diligit; qui exemple, qui est plus familier et plus
tamen sit in domo, et in manu patris, propre à exprimer cette pensée. Quand
licet ei nomen domini potestatemque un père a dans sa maison et sous sa
concedat, civili tamen jure et domus puissance un fils qu'il chérit uniquement,
una, et unus dominus nominatur. Sic hic on ne reconnaît, selon la disposition du
mundus una Dei domus est; et Filius ac droit civil, qu'une maison et qu'un
Pater, qui unanimes incolunt mundum, maître. Le monde est la maison de Dieu.
Deus unus, quia et unus est tamquam Le père et le fils qui y habitent ne sont
duo, et duo tamquam unus. Neque id qu'un, lis sont l’un l'autre. Le père est
mirum, cum et Filius sit in Patre, quia dans le fils, parce que le fils obéit si
Pater diligit Filium, et Pater in Filio, quia fidèlement à la volonté du père, qu'il n'a
voluntati Patris fideliter paret, nec jamais rien fait que ce qu'il lui a
unquam, faciat aut fecerit, nisi quod commandé. Le fils est dans le père,
Pater aut voluit, aut jussit. Denique parce qu'il est aimé de lui. Je vous
unum Deum esse tam patrem, quam prouve, par l'exemple que j'ai rappelé ci-
filium, Esaias in illo exemplo, quod dessus, que le père et le fils ne sont
superius posuimus, ostendit, cum qu'un Dieu, quand il dit : « Ils se
diceret: Adorabunt te, et in te prosternèrent devant vous, et ils vous

97
precabuntur, quoniam in te Deus est; et prièrent avec soumission ; et ils dirent :
non est alius Deus praeter te. Sed et alio il n'y a de Dieu que parmi vous, et il n'y
loco similiter ait: Sic dicit Deus rex a point d'autre Dieu que le vôtre. » Il dit
Israel; et qui eruit eum Deus aeternus: encore en un autre endroit « Voici ce que
Ego primus, et ego novissimus; et dit le Seigneur, le roi d'Israël, et son
praeter me non est Deus. Cum duas rédempteur le seigneur des années : Je
Personas proposuisset, Dei regis, id est, suis le premier et le dernier, et il n'y a
Christi; et Dei Patris, qui eum post de Dieu que moi seul. » Après que ce
passionem ab inferis excitavit, sicut prophète a proposé deux personnes,
ostendisse diximus Oseam prophetam, savoir : Dieu qu'il appelle roi, c'est-à-
qui ait: Et de manu inferorum eruam dire Jésus-Christ, et Dieu qu'il appelle le
eum: tamen ad utramque Personam Père, qui a tiré son fils des enfers,
referens, intulit, Et praeter me non est comme Osée le témoigne par ces
Deus, cum posset dicere praeter nos: paroles: a Je l'arracherai d'entre les
sed fas non erat plurali numero mains de l'enfer; » il conclut au singulier.
separationem tantae necessitudinis fieri. « Il n'y a point d'autre Dieu que moi, »
Unus est enim solus, liber, Deus et ne conclut pas au pluriel en disant : «
summus, carens origine, quia ipse est Il n'y a point d'autres dieux que nous, »
origo rerum; et in eo simul et Filius, et parce qu'il n'est pas permis de faire cette
omnia continentur. Quapropter cum différence ni cette séparation. Il n'y a
mens et voluntas alterius in altero sit, qu'un Dieu, qui est libre, indépendant,
vel potius una in utroque, merito unus souverain et éternel, qui n'a point
Deus uterque appellatur, quia quidquid d'origine, qui est l'origine de toutes
est in Patre, ad Filium transfluit, et choses, et qui comprend et son fils et
quidquid in Filio, a Patre descendit. Non toutes choses. L'esprit et la volonté de
potest igitur ille summus, ac singularis l'un, sont l'esprit et la volonté de l'autre
Deus nisi per Filium coli. Qui solum ; ou plutôt le même esprit et la même
Patrem se colere putat, sicut Filium non volonté sont dans l'un et dans l'autre, et
colit, ita ne Patrem quidem. Qui autem tous deux ensemble ne sont qu'un Dieu,
Filium suscipit, et nomen ejus gerit, is parce que le père n'a rien qu'il ne
vero cum Filio simul et Patrem colit, communique a son fils, et que le fils n'a
quoniam legatus, et nuntius, et sacerdos rien qu'il ne rapporte à son père. Le père
summi Patris est Filius. Hic templi ne peut être adoré ni honoré qu'au nom
maximi janua est, hic lucis via, hic dux du fils. Quiconque se propose de
salutis, hic ostium vitae. n'adorer que le père, n'adore ni l'un ni
l'autre. Mais quiconque adore le fils,
adore aussi le père, parce que le fils est
l'ambassadeur du père, la porte du

98
temple, le chemin de la lumière, le guide
du salut, l'entrée de la vie.

CAPUT XXX. XXX.


De Haeresibus et Comme il y a des erreurs et des
Superstitionibus vitandis, et quae hérésies et que la malice du démon a mis
sit sola et vera Ecclesia Catholica. la division parmi le peuple de Dieu, il est
Sed quoniam multae haereses à propos de décrire en peu de paroles le
extiterunt, et instinctibus daemonum lieu où se trouve In vérité, afin que ceux
populus Dei scissus est: determinanda qui désirent boire de l'eau qui donne la
est nobis veritas breviter, et in suo vie éternelle, la puisent dans la source
proprio domicilio collocanda; ut si quis qui est Dieu même, au lieu de la puiser
aquam vitae cupiet haurire, non ad dans des lacs où elle ne conserve point
detritos lacus deferatur, qui non habent sa pureté. Il faut savoir avant toutes
venam, sed uberrimum Dei noverit choses, que le Sauveur et les apôtres ont
fontem, quo irrigatus perenni luce prédit qu'il s'élèverait des sectes et des
potiatur. Ante omnia scire nos convenit, hérésies, qui rompraient l'union du corps
et ipsum, et legatos ejus praedixisse, des fidèles, et nous ont avertis d'éviter
quod plurimae sectae et haereses les pièges que nous dresse l'ennemi
haberent existere, quae concordiam contre lequel nous sommes obligés de
sancti corporis rumperent, ac monuisse, combattre, sans nous laisser jamais
ut summa prudentia caveremus, ne tromper par ses ruses. Plusieurs, au lieu
quando in laqueos et fraudes illius de suivre ces avis si salutaires, ont pris
adversarii nostri, cum quo nos Deus des chemins écartés et bordés de
luctari voluit, incideremus. Tum dedisse précipices où ils ont traîné une foule de
certa mandata, quae in perpetuum personnes simples et ignorantes jusqu'à
custodire deberemus: quorum plerique la mort éternelle. Les ailleurs d'une si
immemores, deserto itinere coelesti, funeste division ont été des hommes qui,
vias sibi devias per anfractus et n'étant pas assez fermes dans leur foi,
praecipitia condiderunt; per quas partem assez solides dans leur doctrine, assez
plebis incautam et simplicem, ad prudents dans leur conduite, ont brûlé
tenebras mortemque deducerent: quod d'un désir ardent de posséder des
quatenus acciderit, exponam. Fuerunt richesses, et de jouir des honneurs, et
quidam nostrorum vel minus stabilita ont porté leur ambition sacrilège jusqu'à
fide, vel minus docti, vel minus cauti, qui la dignité la plus sacrée, qui est celle du
discidium facerent unitatis, et Ecclesiam sacerdoce ; en ayant été exclus par
dissiparent. Sed ii, quorum fides fuit d'autres qui en étaient plus dignes
lubrica, cum Deum nosse se et colere qu'eux, ils ont mieux aimé se retirer

99
simularent, augendis opibus et honori avec ceux de leur parti que de se
studentes, affectabant maximum soumettre a ceux qui leur avaient été
sacerdotium, et a potioribus victi, préférés.
secedere cum suffragatoribus suis D'autres n'étant pas assez instruits de
maluerunt, quam eos ferre praepositos, la science de l'Église, pour répondre aux
quibus concupierant ipsi ante praeponi. ennemis de la vérité qui leur objectaient
Quidam vero non satis coelestibus qu'il était impossible qu'un Dieu se fût
litteris eruditi, cum veritatis enfermé dans le sein d'une femme, qu'il
accusatoribus respondere non possent, se fût exposé au mépris, aux railleries,
objicientibus vel impossibile, vel et aux outrages, qu'il eût souffert les
incongruens esse, ut Deus in uterum tourments les plus cruels et la mort la
mulieris includeretur, nec coelestem plus infâme, et que toutes ces faiblesses
illam majestatem ad tantam et ces misères ne convenaient nullement
infirmitatem potuisse deduci, ut à l'excellence ni à la grandeur de sa
hominibus contemptui, derisui, nature; et n'ayant jamais compris les
contumeliae et ludibrio esset, postremo véritables raisons de ces mystères, ils se
etiam cruciamenta perferret, atque sont éloignés du bon chemin, ont
excecrabili patibulo figeretur: quae corrompu l'Écriture, et ont inventé une
omnia cum neque ingenio, neque doctrine qui n'a aucun fondement.
doctrina defendere ac refutare possent Quelques-uns, trompés par de faux
(nec enim vim rationemque penitus prophètes, selon que les véritables
pervidebant), depravati sunt ab itinere prophètes l'avaient prédit, ont renoncé à
recto et coelestes litteras corruperunt, ut la doctrine du Sauveur et à la tradition
novam sibi doctrinam sine ulla radice ac de son Église. Toutes ces personnes
stabilitate componerent. Nonnulli autem étant malheureusement tombées dans
falsorum prophetarum vaticinio illecti, les pièges du démon, qu'elles devaient
de quibus, et veri prophetae, et ipse éviter, ont perdu le nom de chrétiens. En
praedixerat, exciderunt a doctrina Dei, effet, quand on les appelle phrygiens,
et traditionem veram reliquerunt. Sed illi novatiens, valentiniens, marcionites,
omnes daemoniacis fraudibus irretiti, anthropiens, ariens, ou de tout autre
quas prospicere et cavere debuerant, nom particulier autre que celui de
divinum nomen et cultum per chrétiens, on marque très clairement
imprudentiam perdideruat. Cum enim qu'ils sont retranchés de la société des
Phryges, aut Novatiani, aut Valentiniani, fidèles. Il n'y a qu'une Église catholique
aut Marcionitae, aut Anthropiani, aut qui conserve le vrai culte:
Ariani, seu quilibet alii nominantur, c'est la source de la vérité, le domicile
christiani esse desierunt, qui Christi de la foi, le temple de Dieu, où
nomine amisso, humana et externa quiconque n'entrera pas, et d'où

100
vocabula induerunt. Sola igitur catholica quiconque sortira sera privé de
Ecclesia est, quae verum cultum retinet. l'espérance du salut éternel. Que
Hic est fons veritatis, hoc personne ne se flatte dans l'opiniâtreté
domicilium fidei, hoc templum Dei, quo avec laquelle il soutient ses sentiments.
si quis non intraverit, vel a quo si quis Il s'agit de la vie éternelle et du salut, on
exiverit, a spe vitae ac salutis aeternae ne saurait avoir trop de soin de les
alienus est. Neminem sibi oportet conserver. Il n'y a point cependant
pertinaci concertatione blandiri. Agitur d'assemblée hérétique, qui ne donne à
enim de vita et salute: cui nisi caute ac ceux qui la composent la qualité de
diligenter consulatur, amissa et extincta chrétien, et qui ne croie être l'Église
erit. Sed tamen quia singuli quique catholique. La véritable est celle où se
coetus haereticorum se potissimum trouve la confession et la pénitence, par
Christianos, et suam esse Catholicam laquelle les péchés, qui sont les
Ecclesiam putant, sciendum est illam blessures de l'âme, sont guéris. J'ai bien
esse veram, in qua est confessio et voulu donner cet avis, comme en
poenitentia, quae peccata et vulnera, passant, et pour que ceux qui souhaitent
quibus subjecta est imbecillitas carnis, d'éviter l'erreur n'y tombent pas par
salubriter curat. Haec interim paucis ignorance. Je réfuterai plus au long et
admonendi gratia retuli, ne quis errorem dans la suite les mensonges et les
fugere cupiens, majori implicetur errore, impostures de toutes les sectes.
dum penetrale veritatis ignorat. Postea Maintenant, après avoir parlé de la
plenius et uberius contra omnes véritable religion et de la véritable
mendaciorum sectas proprio sagesse, je m'en vais parler de la justice.
separatoque opere pugnabimus.
Sequitur, ut, quoniam satis de religione
vera et sapientia locuti sumus, in
proximo libro de justitia disseramus.
judicavit? judicavit

[1]
Ovide, Métamorphoses, livre I.
[2]
Lucrèce, De la nature des choses, livre VI, v. 51.
[3]
Lucrèce, De la nature des choses, livre V, v. 1197.
[4]
Cicéron, De la nature des Dieux, livre I.

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