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L’orientation éducative en mode psychologique

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Approcher l’individu du point de vue de sa personnalité par les instruments que fournit l’orientation éducative
au Maroc n’est pas, à notre sens, synonyme de vision dissociative de l’être social relevant d’un contexte, mais
cela participe justement de sa socialisation et de son intégration toujours souhaitées. La personnalité nommée
souvent identité, se prête aux champs des sciences humaines et des disciplines et pratiques éducatives en
particulier.
Aussi l’identité est un terrain de prédilection de l’orientation en tant que domaine interdisciplinaire riche.
Conséquemment, essayer de répondre aux questions fondamentales de l’identité, en ce qu’elle est personnalité
de l’élève, devrait être une préoccupation réelle de l’orientation éducative au Maroc, que ce soit théoriquement
ou pratiquement. L’orientation ne fut- elle pas purement psychologique pendant ses premiers jours?
Traitant du lien orientation-psychologie, Luc Béguin, en 2006, avançant qu’il y a des «troubles» que peut
paradoxalement instaurer la disponibilité de l’information scolaire ou professionnelle (surinformation), il
reconnait aussitôt l’apport crucial de l’intervention psychologique de l’orientation à ce juste endroit. Face à ce
type de situation, l’appareil catégoriel de l’élève-sujet nous rappelle précisément que la catégorisation est un
mécanisme identitaire cher au champ psychologique. Dans le même esprit de développement, la question de
la justesse de situer épistémologiquement l’orientation avait amené Bégin à se demander si l’orientation était
une question éducative ou psychologique. Et c’est en déployant un plaidoyer des plus convaincants à l’égard
du profil psychologique de l’orientation, qu’il en conclut: «Mon métier en est un de psycho-orientation ».
De notre part, nous affirmons que de par son pilier psychologique, la vocation de l’orientation est par essence
éducative au profit de tout système scolaire qui en estime la portée et exprime le besoin. La personnalité de
l’élève au Maroc nous interpelle à la considérer sous le prisme de l’éducabilité que permettent de manière
pointue les activités de l’orientation. Or, comment peut-on atteindre l’éducabilité en contexte éducatif
marocain si l’on neutralise le mode psychologique pratique de l’orientation?
Le système éducatif gagnera en efficience en s’appuyant sur un de ses sous-systèmes propres, l’orientation. Le
but étant de prioriser la culture du développement personnel de l’élève parmi les soucis de la vie scolaire via
l’orientation, cette dernière demeurant sensible au progrès réalisé au niveau de la culture et du développement
de la personne: le coaching en témoigne dans les médias. En outre, si le système éducatif l’est aussi par son
épithète, l’orientation scolaire et professionnelle se dote du mérite d’avoir des processus hautement
«conscients» à l’égard des besoins et attentes des élèves, et ayant la valeur performative par leurs simples
définition et configuration. Pour n’en citer que des exemples: l’éducation à l’orientation, l’éducation aux choix,
l’entretien individuel sont d’une plus-value inestimable au profit de l’élève marocain. A ce propos, des
questions s’imposent: l’orientation ne cible-t-elle pas les dysfonctionnements psycho-cognitifs des élèves?
N’aspire-t-elle pas à réhabiliter leurs schèmes perceptifs? Ne réussit-elle pas à prévenir les cas des potentiels
décrocheurs ? N’a-t-elle pas le mérite de traiter des cas particuliers? Ne vise-t-elle pas la réussite tant
convoitée? N’aspire-t-elle pas à rehausser la qualité de la vie scolaire et à permettre l’effectivité des
épanouissements que méritent nos élèves, notamment par leurs sois réellement affirmés?
Comment alors ne pas affirmer qu’en contexte marocain, la vocation de l’orientation devrait se démarquer plus
que jamais et tendre progressivement vers la personnalisation de ses services. Il y a intérêt à revisiter la
fiabilité « l’auscultation » que subit l’élève par sa simple notation surtout aux paliers d’orientation. Alors que
l’orientation (principes et techniques) serait un adjuvant qui fournira au système des éclairages qualitatifs parce
que psychologique en premier lieu.
Encore faut-il interroger la disponibilité spatiale et logistique propre à l’activité orientante et le taux
d’encadrement y afférent. Actuellement, la configuration de la réalité est moins aidante à la prospérité de
l’orientation vue sous le prisme développemental. Par sa réalité, l’école marocaine contribue à une orientation
informative, séquentielle, circonstancielle et de masse.
A notre avis, l’identité de l’élève ne devrait pas être vue « en statique » mais en tant qu’entité changeante en
fonction de quoi ses attentes changent aussi. La vision « uniformisante » de l’élève marocain annihile toute sa
redéfinition en évolution intrinsèque et en interaction évolutive dans une société constamment changeante.

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Par la même vision, les potentialités latentes que pourrait se prévaloir de percer l’orientation ne sont pas
considérées à leurs justes valeurs. Il en va de même que la perception quasi-standard des élèves contraste avec
la différentiation que ces derniers nous doivent en termes d’aptitudes, d’intérêt, d’originalité, d’intelligences
typiques, de rythme de maturation, de motivation et d’enclin vocationnel.
Outre le registre psychologique de l’orientation que nous considérons en pratique comme primordial, il y a lieu
d’évoquer des perspectives sociologiques qui en découlent et au niveau desquelles l’orientation a une
connotation «politique». En effet, Jean Guichard a exprimé l’idée que l’élève, se trouvant dans les processus
éducatifs et formationnels, il en reçoit des miroitements par lesquels il se définit en tant qu’élève et personne
aussi. Des jeux de positionnements et de projections se mettent en place. C’est en construction et en formation
de la personnalité de l’élève que l’orientation a le mérite d’intervenir suivant la logique dite développementale.
Elle est d’autant efficace qu’elle mobilise ses instruments pédagogiques pour que l’élève se mette en état de
régulation et de correction de sa propre image que « les revers » du système éducatif- ses effets inattendus de
l’apprenant- pourraient avoir entamée.
L’orientation sous mode psychologique se définit notamment par son pouvoir de domestiquer les inégalités
sociales qui se font sentir au vécu scolaire et qui s’expliquent par le potentiel des capitaux culturels des
familles à faciliter plus ou moins le métier de l’élève de leurs enfants. Ces expériences vécues différemment se
trouvent augmentées de colorations psychologiques parfois handicapantes. (Ici, notre souci n’est pas de
polémiquer sur une éventuelle falsification de la réalité par le système éducatif …). Néanmoins, nous pouvons
entrevoir des interventions d’orientation qui pallieront les écarts des rythmes scolaires dus à la fatalité de leurs
départs : les origines sociales. En cela, l’apport de la psychologie en orientation prend le sens de
démocratisation qualitative du système éducatif.
En outre, l’orientation atténue l’effet de l’auto-sélection au niveau des flux comme mécanisme psychologique
des élèves des classes sociales défavorisées. Il est la cause de leur orientation, dans une proportion
remarquable, vers des métiers socialement moins valorisés. Ce mécanisme identifié en France par Marie Duru-
Bellat serait-il catégoriquement étranger des fondements des choix vocationnels au Maroc ?
L’orientation au Maroc, par sa panoplie psyco-éducative, a tous les gages d’accomplir pertinemment au profit
du système éducatif ses fonctions préventives aussi bien que curatives. Ce sont bien là des enjeux stratégiques
dont est capable l’instance d’orientation éducative au Maroc représentée par ses inspecteurs et ses conseillers
dans un contexte professionnel entaché par des contraintes objectives certaines étant déjà citées.
Loin d’avoir esquissé une approche outrancièrement «psychologisante» de la pratique orientante, nous
souhaitons, par le présent écrit, avoir décrit un valeureux atout de l’orientation marocaine afin qu’elle soit
davantage utile à son système éducatif, et qu’elle ait l’audace et la prétention à se définir épistémologiquement
de manière continuelle, et surtout en s’adaptant aux conjonctures individuelles et sociales. C’est
essentiellement par son trait caractéristique, en l’occurrence psycho-éducatif, que l’orientation considère la
personnalité de l’élève le levier incontournable de sa réussite et celle de sa société.

* aabil ismail
Inspecteur en orientation
de l’éducation
AREF Guelmim-Oued Noun.
Délégation de TanTan.

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