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Armée de l’Air
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Allocution du Général d’armée aérienne Jean-Paul
Palomeros
Mise à jour :17/09/2010
Je suis particulièrement heureux de vous accueillir dans l’armée de l’air pour cette 8ème université d’été de la défense sur cette
belle base d’Istres puis à Salon de Provence.

Ayant eu le privilège de participer aux 7 éditions précédentes, j’ai pu en mesurer


l’intérêt, les réflexions prospectives, les échanges riches entre les différents acteurs
de la défense mais aussi avec ceux qui, sans en être au cœur, s’y intéressent et
nous les en remercions.

Un vif remerciement également à tous les invités étrangers qui nous font l’honneur de
leur présence, de leur contribution, ils apportent ainsi une dimension européenne,
internationale essentielle plus que jamais indispensable. Enfin des remerciements
particuliers pour les équipes qui ont œuvré, telles que le CEIS, l’ECPAD ou l’armée
de l’air.

Cette année nous donne donc l’occasion de nous concentrer sur le milieu aérien.
J’en suis évidemment ravi.

Si la puissance aérienne a pris son essor au XXème siècle, ce début du XXIème


siècle, avec ses incertitudes, ses risques, ses enjeux ne fait que confirmer,
qu’amplifier, le rôle de la 3ème dimension dans la gestion des crises et des conflits
actuels, quelle que soit leur nature, quelle que soit leur forme.

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Les vecteurs aériens apportent aujourd’hui, plus que jamais, l’aptitude à projeter vite
et loin des moyens, des forces les plus adaptés aux besoins, quelles que soit leur
nature, l’aptitude à intervenir en quelques minutes en Afghanistan pour appuyer les
troupes au sol, la capacité de dissuader un adversaire potentiel et, si nécessaire,
d’assurer en quelques heures des frappes de précision stratégique dans la
profondeur, à plusieurs milliers de kilomètres de leur base.

Associée aux capacités spatiales, la puissance aérienne est aussi devenue l’outil de choix pour l’anticipation, la connaissance, le
savoir.

C’est dans ce vaste spectre qu’agit aujourd’hui aux côtés des autres armées et de ses alliés, l’armée de l’air française, ce qui lui
confère une place éminente, reconnue sur la scène internationale, donnant à notre pays un véritable outil de puissance, au plan
européen et au plan mondial.

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Ce n’est évidemment pas un hasard si tous les grands pays dits « émergents », partout dans le monde, consacrent des efforts
considérables pour développer leur puissance aérienne, sans parler bien entendu des Etats-Unis qui poursuivent leurs efforts
dans ce sens, et ce depuis bien longtemps, sans discontinuer.

Entretenir, développer les moyens d’une véritable puissance aérienne crédible, pose des défis techniques, financiers, humains
qu’on ne saurait sous-estimer.
Il nous faut, entre autres, adapter constamment nos doctrines, nos équipements, l’entraînement de nos forces aériennes aux
besoins réels tirés du retour d’expérience, à des règles d’emploi évolutives, tout en gardant à l’esprit que les capacités, les savoir-
faire ne s’improvisent pas, qu’ils demandent des années de préparation, d’anticipation.

Cela est vrai pour nos armées mais aussi pour l’indispensable industrie de défense qui doit en permanence s’adapter pour
répondre à nos besoins opérationnels. Satisfaire les exigences, les urgences liées aux conflits d’aujourd’hui sans sacrifier l’avenir,
telle est l’équation difficile que nous avons à résoudre ensemble.

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Face à ces enjeux et à ces défis considérables, qui conditionnent largement l’aptitude de la France et de l’Union européenne à
intervenir utilement, efficacement, sur les théâtres de crises et d’opérations, je souhaite évoquer devant vous quelques
perspectives que dessinent les choix passés et ceux à venir.

Au plan national, le Livre Blanc de 2008 confirme le rôle essentiel de l’arme aérienne dans chacune des fonctions stratégiques. Je
ne les détaillerai pas ici, mais toutes représentent des enjeux de modernisation considérables pour l’armée de l’air.

En premier lieu, la dissuasion nucléaire vit cette année une étape essentielle puisque notre composante aéroportée, unique en
Europe, est désormais totalement renouvelée, avec un dispositif quantitativement réduit d’un tiers dans une logique de juste
suffisance, mais qui offre des performances tout à fait exceptionnelles, et qui s’appuie sur le Mirage 2000N et, depuis le 1er juillet
dernier, les Rafale dotés du missile ASMP-A.

Ainsi, cette composante aéroportée modernisée, pérennisée, en totale complémentarité avec la composante sous-marine, répond-
elle à la volonté de notre Président de la République, de fonder la défense de notre pays sur une dissuasion crédible adaptée aux
nouveaux enjeux stratégiques.

Tout juste 9 ans après le 11 septembre 2001, la protection de notre espace aérien face à tous types de menace demeure au
centre des priorités de l’armée de l’air. S’y ajoute la surveillance de l’espace exo-atmosphérique, véritable enjeu de pouvoir et de
savoir.

Dans ce domaine de la défense aérienne, il s’agit de poursuivre avec constance l’effort de nos prédécesseurs, pour se doter
d’outils modernes, interopérables et moins coûteux à l’entretien que les systèmes actuels, tirant le plein potentiel des technologies
modernes.

Je pense évidemment aux radars de surveillance aérienne multifonctions, mais également aux satellites d’alerte et aux systèmes
transhorizon de surveillance à très longue portée, ou encore aux systèmes sol-air moyenne portée (SAMP-T) qui entrera bientôt
en service opérationnel.

J’ai déjà évoqué la place essentielle de l’arme aérienne pour la connaissance et l’anticipation. Je n’omettrai pas ici de parler des
drones, avions pilotés à distance, en particulier des drones de théâtre qui opèrent à moyenne altitude (5000 m environ) avec une
grande endurance (plus de 20 h de vol si nécessaire), et qui sont mis en œuvre par l’armée de l’air.

Outils très complémentaires des avions de reconnaissance, qui apportent vitesse et réactivité, et des satellites d’observation, ces
drones ont démontré leur importance pour la surveillance permanente, en temps réel, des théâtres d’opérations et de crise, et
c’est bien là, aujourd’hui, notre priorité quant à leur emploi, surveiller, localiser, renseigner, identifier, protéger : savoir pour agir.

Les drones Harfang sont opérationnels en Afghanistan depuis maintenant depuis plus de 18 mois. Même si leur nombre est très
limité (4), ils constituent une capacité intérimaire intéressante qui ouvre la voie aux futurs systèmes, qui seront mieux adaptés aux
objectifs du Livre Blanc.

Les capacités d’intervention de nos avions de chasse sont, elles aussi, sollicitées en Afghanistan, et ce depuis 2001.

Leur mission de renseignement et d’appui aérien est essentielle aux opérations terrestres dans ce pays aux vastes espaces si
tourmentés. Il en est de même en Afrique.

Avec nos alliés, nous portons tous nos efforts pour en améliorer l’efficacité, en liaison permanente avec les forces au sol, tant
pour l’identification des adversaires, que pour la précision de nos interventions, afin de faire peser une pression constante sur
l’ennemi, le dissuader voire le frapper si nécessaire.

Le théâtre afghan ne doit cependant pas occulter d’autres perspectives qui verraient notre aviation de chasse engagée dans des
conflits plus durs, face à des menaces aériennes et antiaériennes performantes.

Dans quelques instants, vous assisterez à la démonstration de maniabilité du Rafale, c’est une des nombreuses qualités de cet
avion commun à l’armée de l’air et à l’aéronavale, ce qui en fait d’ailleurs un cas unique au monde.

Le Rafale a cette année atteint son standard le plus polyvalent, F3, c’est-à-dire apte à toutes les missions d’un avion de chasse.
Plus qu’un avion de chasse classique, c’est un système d’armes complet largement éprouvé au combat, en Afghanistan, ou lors
d’exercices très exigeants, face à des avions de dernière génération et dans des conditions extrêmes, comme ce fut le cas au
Koweït, cet été, lors d’une campagne « temps extrêmement chaud », où il a montré une disponibilité parfaite.

Ces performances sont prouvées, connues et appréciées des armées de l’air qui s’intéressent au Rafale (et des autres aussi
d’ailleurs !).

Cet avion, ce système d’armes, qui équipera nos forces aériennes pendant des décennies, offre un fort potentiel de croissance,
d’évolution qui permettra de l’adapter aux cadres d’emploi les plus exigeants, comme aux conflits de plus faible intensité. C’est là
une qualité essentielle pour un équipement moderne, de nouvelle génération. Là également s’exprime sa polyvalence.

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En fait, la polyvalence est un axe général de modernisation de l’armée de l’air.

Un seul objectif : optimiser les investissements, les compétences, tirer en permanence le meilleur parti des avions, des systèmes
d’armes modernes.

Ce que n’autorisaient pas les techniques d’hier, qui imposaient des réponses, des avions dédiés à chaque besoin opérationnel, le
présent et, a fortiori , le futur, nous le permettent.

Ainsi ce sont des avions multi-rôle aptes à la fois au ravitaillement en vol et au transport stratégique (MRTT), qui doivent
remplacer 3 flottes existantes : nos vénérables C135 (qui, avec leurs presque 50 ans, viennent d’acheminer plus de 25 tonnes de
fret humanitaire de première nécessité au Pakistan), mais aussi nos A310 et nos A340.

L’A400M, indispensable au renouvellement de nos flottes de transport, sera, je n’en doute pas un instant, apte aux missions de
projection à longue distance aussi bien qu’aux missions tactiques, nous conférant ainsi une véritable souplesse d’emploi, dont
nous comptons bien tirer parti avec nos partenaires.

Les drones, dotés de leurs multiples capteurs, présentent aussi cette caractéristique de polyvalence, tout comme l’hélicoptère EC
725 Caracal, apte aux missions les plus difficiles.

Cet hélicoptère a été conçu initialement par l’armée de l’air pour les missions de sauvetage au combat dans une logique d’emploi
interarmées. Il dote également l’armée de terre et est utilisé par les forces spéciales ainsi que pour les missions de sauvetage
maritime.

Il est aujourd’hui déployé en Afghanistan au sein d’un détachement interarmées.

De manière plus générale, cette dimension interarmées est à l’évidence un facteur de progrès.

Elle est déjà bien réelle du Rafale au Caracal, en passant par l’emploi des drones, ou encore de l’AWACS, apte à la surveillance
du ciel mais aussi de vastes espaces maritimes, alors que l’Atlantic 2, mis en œuvre par l’Aéronavale, effectue couramment des
missions de guidage au profit de nos avions de combat au Tchad.

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J’évoquerai enfin la dimension européenne et internationale, très souvent abordée lors de ces universités de la défense.

C’est une perspective sur laquelle se fonde d’autant plus d’espoir aujourd’hui que chacun des pays européens est confronté aux
difficultés économiques que l’on sait, et doit faire des choix délicats pour sa défense.

Mais l’expérience nous le prouve, la coopération ne s’improvise pas. Elle doit se construire sur des bases solides, à partir de
besoins opérationnels communs réalistes, fondée sur des organisations et des doctrines d’emploi similaires, ou au minimum
compatibles.

Depuis plusieurs années, les armées de l’air européennes travaillent sur des projets concrets, pragmatiques.

Ainsi, après 8 ans de gestation, le commandement du Transport européen a vu le jour, à Eindhoven, le 1er septembre dernier.

Réunissant initialement l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et la France, il vise à mettre en commun nos ressources de
transport aérien, trop rares et vieillissantes (à l’instar de nos C160, absents du tarmac, car engagés au maximum de leur
disponibilité) mais aussi à préparer l’avenir, en particulier le futur emploi en commun des flottes d’A400M.

De même, la Belgique et la France forment en commun leurs pilotes de chasse sur Alphajet, ce qui préfigure à mes yeux l’avenir :
un cursus commun de formation de pilotes réparti sur quelques implantations, qui pourraient également accueillir d’autres pays
intéressés, une mutualisation utile, efficace, d’hommes et de femmes travaillant ensemble. C’est le sens du projet AEJPT,
formation européenne avancée pour les pilotes de chasse.

Enfin, sans être exhaustif, l’acquisition par nos amis britanniques et, je l’espère très prochainement, par la France, d’avions MRTT,
offre à l’évidence des pistes de coopération dans ce domaine essentiel pour le soutien des opérations aériennes et la projection
des forces.

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En dépassant les frontières de l’Europe, les perspectives de coopération avec nos grands partenaires doivent toutes être
explorées. Il s’agit de partager des savoir-faire, former en commun, s’entraîner ensemble, faire évoluer de concert nos concepts et
nos doctrines.

L’armée de l’air est aujourd’hui totalement engagée dans cette démarche de partenariat, au travers de nombreux échanges et
exercices, de déploiements permanents, comme c’est le cas sur la base d’Al Dhafra aux Emirats Arabes Unis, où 3 Rafale
rejoindront bientôt les Mirage 2000-5 déjà en place.
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En résumé, il existe incontestablement des voies de progrès pour faire face aux défis du futur : nous sommes ici pour y réfléchir
ensemble.

J’ai évoqué devant vous celles qui me semblent les plus prometteuses, la polyvalence de nos équipements, la synergie
interarmées, la coopération européenne, les partenariats stratégiques, mais je n’aurai garde d’oublier la dimension essentielle qui
conditionne toute efficacité opérationnelle : la dimension humaine, la seule vraie richesse selon Jean Bodin.

C’est avant tout la motivation, la compétence, l’entraînement des femmes et des hommes de l’armée de l’air qui leur permettent
de remplir les missions exigeantes qui leur sont confiées.

Ils ont compris que les réformes profondes, difficiles, qu’ils vivent au quotidien, sont indispensables pour les doter des outils
performants qu’exigent les engagements actuels et à venir. Ils en attendent légitimement des résultats.

Ces hommes, ces femmes, vous êtes venus aujourd’hui les rencontrer, les voir à l’œuvre, au sol et en vol : je vous en remercie,
ils le méritent.