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PSY1501 - Introduction à la psychologie Université d'Ottawa

PSY1501 - Introduction à la psychologie


Semaine 8: Chapitre 7
Semaine 8: L'apprentissage
Objectifs de la leçon
Lecture
L’apprentissage non-associatif : L’habituation
L’apprentissage par association
Conditionnement opérant vs conditionnement classique
L’apprentissage par association: Le conditionnement classique
Récapitulation
Les phases de l'apprentissage
La phase d’acquisition
L’extinction et la récupération spontanée
La généralisation
La discrimination
Le conditionnement d’ordre supérieur
Le conditionnement classique: autres informations
L’apprentissage par association: Le conditionnement opérant
La loi de l’effet
B.F. Skinner
Le renforcement
Les renforcements positifs et négatifs
Les renforcements primaires et conditionnés
Les renforcements immédiats et différés
Les programmes de renforcement
Les programmes de renforcement partiel/intermittent
La punition
Les punitions positives et négatives
Efficacité
Problèmes
L’apprentissage latent
La motivation
Récapitulation du comportement opérant
L’apprentissage par observation
Albert Bandura, pionnier de l’apprentissage par observation
La théorie de l’apprentissage social
Révolution cognitive
Les grandes formes d’apprentissage par observation
Le mimétisme
Le conditionnement vicariant
L’apprentissage par observation et le cerveau
Les effets prosociaux et antisociaux de l’apprentissage par observation
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Conclusion

Semaine 8: L'apprentissage
En psychologie, on définit l’apprentissage comme étant le processus d’acquisition de nouvelles
informations ou de comportements nouveaux et durables à travers l’expérience.
L’apprentissage est intimement relié à la mémoire. En effet, on définit la mémoire comme étant
la persistance de l’apprentissage à travers le temps. Ce chapitre se concentrera sur
l’apprentissage de nouveaux comportementaux alors que le prochain chapitre, le chapitre 8
présentera comment on apprend les informations d’ordre factuel.
L’apprentissage est possible grâce à la malléabilité du cerveau - il correspond à la formation de
nouvelles connexions entre des neurones et des réseaux neuronaux adjacents. En contrepartie,
le maintien et la réactivation de ces nouvelles connexions neuronales, souvent surnommée la
trace mnésique, correspondent à la mémoire.
L’apprentissage est important d’un point de vue évolutif puisqu’il permet aux humains et aux
animaux de s’adapter aux conditions changeantes de leur environnement. En d’autres mots,
l’apprentissage permet aux organismes de s’éloigner d’un programme génétique strict et de
faire preuve d’une certaine flexibilité comportementale. Cette flexibilité est la plus grande chez
l’humain, pour qui une plus grande proportion des comportements sont appris plutôt
qu’instinctifs.

Objectifs de la leçon
À la fin de cette leçon, les étudiants seront en mesure de/d':
● Lister et de distinguer les différents types d’apprentissage;
● Distinguer l’habituation de l’adaptation sensorielle;
● Décrire le processus d’apprentissage derrière le conditionnement classique;
● Expliquer les principes de base du conditionnement opérant;
● Décrire l’apprentissage par observation.

L’apprentissage non-associatif : L’habituation


La forme la plus simple d’apprentissage est l’habituation. L’habituation correspond à une
diminution graduelle, et à la disparition éventuelle, de la réponse à un stimulus répété.
L’habituation se produit parce que le système nerveux est spécialisé dans la détection de
changements – si un stimulus est constamment présent, on apprend à cesser d’y porter
attention pour la rediriger vers de nouveaux stimuli qui risquent d’être davantage importants.
Ainsi, dans l’apprentissage non-associatif, on apprend à ne pas porter attention aux stimuli
constants et sans conséquences.
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L’habituation ne doit pas être confondue avec l’adaptation sensorielle, qui mène elle aussi à une
absence de réponse face à une stimulation répétée. Toutefois, alors que l’absence de réponse
de l’habituation est due à la formation d’un souvenir concernant les caractéristiques du stimulus
répété, celle de l’adaptation sensorielle est causée par une perte de sensibilité au niveau du
récepteur sensoriel. Ainsi, dans l’habituation, les caractéristiques sensorielles du stimulus
répété rejoignent le cerveau - c’est donc la réactivation fréquente de sa trace mnésique qui
mène à une diminution de la réponse.

L’apprentissage par association


La seconde grande forme d’apprentissage est surnommée l’apprentissage par association.
Dans l’apprentissage par association, l’humain ou l’animal apprend que certains événements se
produisent ensemble. Le cerveau relie automatiquement les événements qui se produisent en
séquence et l’apprentissage par association reflète cette capacité. Il existe deux formes
d’apprentissage par association : le conditionnement classique et le conditionnement opérant.

Conditionnement opérant vs conditionnement classique


Le conditionnement opérant est, comme le conditionnement classique, une forme
d’apprentissage par association. Comme le conditionnement classique, il implique une phase
d’acquisition, peut mener à l’extinction et à la récupération spontanée et peut faire preuve de
généralisation et de discrimination. Qui plus est, il est lui aussi influencé par des prédispositions
biologiques et cognitives. Tout de même, ces deux formes d’apprentissage ne sont pas
pareilles sur tous les fronts.

Types de comportements

Conditionnement classique Conditionnement opérant

Les comportements ressemblent à des On choisit nos comportements, qui ne répondent


réflexes – ils sont automatiques et se pas à l’environnement, mais qui agissent ou
produisent en réponse à des stimuli issus opèrent sur ce dernier. L’enfant qui est poli pour
de l’environnement qui sont hors de notre recevoir des biscuits a pris la décision d’agir ainsi
contrôle. Par exemple, les chiens de afin de recevoir une conséquence favorable issue
l’étude de Pavlov n’ont pas décidé de de l’environnement. On surnomme ce type de
saliver en voyant leur nourriture ou en comportement, qui implique une action plutôt
entendant le son de la cloche, cela s’est qu’une réaction, le comportement opérant.
fait automatiquement. On surnomme
donc les comportements impliqués dans
le conditionnement classique des
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comportements de réponse (ou


comportements répondants)

Ce que l’on apprend

Conditionnement classique Conditionnement opérant

On apprend à associer deux différents On apprend à associer un comportement qu’on a


types de stimuli – un stimulus neutre choisi avec les conséquences qu’il produit. Les
avec un stimulus inconditionnel. En conséquences désirables verront la fréquence du
d’autres mots, on apprend qu’un stimulus comportement augmenter alors que des
prédit l’arrivée d’un autre conséquences indésirables verront la fréquence
du comportement diminuer.

L’apprentissage par association: Le conditionnement


classique
Comme on l’a vu auparavant, la discipline qui étudie l’apprentissage, le comportementalisme
(aussi appelé behaviourisme), a été fondée dans les années 1920 par John B. Watson et B.F.
Skinner, deux psychologues américains. Par contre, les premières études comportementalistes
n’ont pas été effectuées par eux, mais bien par Ivan Pavlov, un physiologiste russe spécialisé
dans l’étude du système digestif, au début du 20e siècle.

La recherche initiale de Pavlov cherchait à comprendre la connexion neuronale existant entre


l’estomac d’un chien et ses glandes salivaires. Pour ces fins, Pavlov soignait des chiens et puis
observait différentes activités dans leurs estomacs et glandes salivaires. Malheureusement,
Pavlov rencontra un problème important : certains des chiens qui étaient plus expérimentés
commençaient à saliver avant même que la nourriture ne leur soit présentée. En effet, certains
d’entre eux commençaient à saliver dès qu’ils entendaient les pas du gardien qui leur apportait
leur nourriture. Cette salivation prématurée intéressa Pavlov et il décida de l’étudier.

Stimulus neutre Le but de Pavlov était de déterminer


comment un stimulus comme les pas du
gardien, qui ne déclenchait pas de réaction
chez les chiens avant le début de
l’expérience, pouvait les faire saliver après un
certain temps. On appelle un tel stimulus, qui
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n’est pas associé à une réponse quelconque


avant le début de l’expérience, un stimulus
neutre. Dans son expérience la plus célèbre,
le stimulus neutre utilisé par Pavlov fut une
cloche.

Stimulus inconditionnel Par contre, certains stimuli suscitent une


réponse innée et automatique chez les
animaux et les humains. Ces stimuli sont
surnommés les stimuli inconditionnels (SI)
et la réponse qu’ils déclenchent est appelée
la réponse inconditionnelle (RI).
Inconditionnel dans ce contexte veut donc
dire non-appris. Dans son étude, Pavlov
utilisa la nourriture comme stimulus
inconditionnel. La nourriture est un stimulus
inconditionnel parce qu’il cause une réaction
qui n’a pas besoin d’être apprise chez le
chien, cette réaction étant la salivation. Ainsi,
la salivation représente la réponse
inconditionnelle de l’étude de Pavlov - le
chien salive naturellement et
automatiquement lorsqu’on lui présente de la
nourriture.

Conditionnement classique C’est ici que l’expérience commence


réellement. Au cours du conditionnement, le
stimulus neutre est présenté à plusieurs
reprises avec le stimulus inconditionnel. Dans
sa toute première démonstration, Pavlov fit
sonner une cloche, et après environ une
demi-seconde, plaça de la nourriture dans la
bouche du chien. Au début, le chien ne
salivait qu’après que la nourriture a été
placée dans sa bouche.

Pavlov répéta cette procédure plusieurs fois :


il faisait sonner la cloche, attendait, puis
plaçait de la nourriture dans la bouche du
chien. Après de nombreuses répétitions, le
chien commença à associer le son de la
cloche avec la nourriture. Le chien apprit à
saliver quand il entendait le son de la cloche,
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même si aucune nourriture ne lui était


donnée.

Avant l’entraînement, la cloche était un stimulus neutre – elle n’élicitait pas de réponse
particulière. Par contre, après que la cloche eut été appariée avec la nourriture à plusieurs
reprises, le chien apprit à saliver en entendant le son de la cloche puisqu’il prédisait l’arrivée de
nourriture. Pavlov surnomma cette réponse de salivation au son de la cloche la réponse
conditionnée (RC). Pavlov avait appris au chien, ou conditionné le chien, à associer la cloche
avec la nourriture et ainsi, il répondait de la même façon à chacun des deux stimuli, en salivant.
Ainsi, conditionnel dans le contexte du conditionnement appris veut dire non-appris.

Récapitulation
Le conditionnement classique est donc un type d’apprentissage où l’organisme apprend à relier
deux stimuli et à anticiper des événements. Une RI est un comportement qui se produit
naturellement et automatiquement en réponse à certains stimuli, les SI. Un SC est un stimulus
qui était auparavant neutre et qui, à travers l’apprentissage, devient associé avec une réponse
non-apprise, une RC.

Les phases de l'apprentissage

La phase d’acquisition
Tout apprentissage prend un certain temps. On appelle le premier stade de l’apprentissage, où
une association est faite entre un stimulus neutre et un stimulus inconditionnel, la phase
d’acquisition. La phase d’acquisition se termine lorsque le stimulus neutre devient un stimulus
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conditionnel et déclenche la réponse conditionnée. Trois critères sont importants à l’acquisition


d’un conditionnement classique : le timing, la répétition et la biologie.

Le timing
Pour que le conditionnement classique se produise, le stimulus neutre doit apparaître
immédiatement avant le stimulus inconditionnel au cours de la phase d’acquisition. Le
conditionnement classique prépare le corps à l’arrivée de quelque chose – le son d’une cloche
après la nourriture ne prédirait pas grand-chose.

La répétition
Pour que la réponse conditionnée se produise, le stimulus neutre doit être apparié avec le
stimulus inconditionnel à de plusieurs reprises. Plus nombreuses sont ces instances, plus forte
sera l’association entre les deux stimuli. Une association forte entre un stimulus neutre et un
stimulus inconditionnel augmente la probabilité que la réponse conditionnée soit déclenchée par
le stimulus conditionné et l’intensité de cette réponse.

La biologie
Il existe par contre une exception à ces deux règles : l’aversion du goût. En effet, les humains
et les animaux ont la capacité d’apprendre que certains aliments les rendront malades, même si
la nausée qu’ils causent se produit après une seule consommation de la nourriture avariée. Il
en est ainsi parce que les associations qui augmentent les chances de survie sont apprises plus
facilement et sont plus fortes que celles qui ne sont pas pertinentes d’un point de vue
biologique. Par exemple, les cailles apprendront à avoir une réponse sexuelle plus facilement
lorsque le stimulus conditionnel est une fausse caille plutôt qu’une lumière rouge. Ainsi, la
biologie joue un rôle dans l’acquisition d’associations qui sont formées par l’entremise du
conditionnement classique.

L’extinction et la récupération spontanée


La force d’une réponse conditionnée augmente avec la répétition. Par contre, pour évaluer
l’apprentissage, le stimulus conditionnel doit à un certain point être présenté seul. S’il continue à
être présenté seul toutefois, la force de la réponse conditionnée va progressivement diminuer
jusqu’à ce qu’elle cesse d’apparaître complètement. On appelle ceci la phase d’extinction.
Toutefois, si le stimulus inconditionnel est réintroduit après un certain temps, la réponse
conditionnée réapparaîtra. C’est ce qu’on appelle la récupération spontanée. Ceci veut donc
dire que la trace mnésique de l’apprentissage n’est jamais complètement perdue – elle
nécessite seulement un amorçage pour être réactivée.
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La généralisation
Suite au conditionnement classique, d’autres stimuli qui ressemblent au stimulus conditionnel
vont aussi éliciter la réponse conditionnée. C’est ce qu’on appelle la généralisation. Plus le
nouveau stimulus ressemble au stimulus conditionnel, plus forte sera la réponse conditionnée
qu’il déclenchera.

L’exemple le plus célèbre de la généralisation est l’expérience classique de John B. Watson


réalisée en 1920. Watson entraîna un jeune enfant âgé de 11 mois, surnommé le petit Albert,
à avoir peur des rats en les appariant à plusieurs reprises avec un son épeurant. Après sept
appariements, le petit Albert apprit que le rat annonçait l’arrivée du bruit épeurant et il pleurait à
la simple vue d’un rat. Watson démontra qu’après avoir fait l’apprentissage, petit Albert avait
aussi extrêmement peur des lapins, animaux en peluche, etc. Ainsi, le petit Albert en était venu
à associer toutes les petites choses poilues avec le stimulus inconditionnel. Watson démontra
ainsi que le conditionnement classique et la généralisation explique plusieurs peurs et phobies
humaines.

Par contre, alors que la généralisation était débilitante dans le cas du petit Albert, elle peut
aussi être adaptative. Prenons l’exemple d’une voiture en mouvement – apprendre qu’une
voiture en mouvement peut être dangereuse est essentiel et appliquer ce savoir à l’ensemble
des véhicules en mouvement est important à la survie.

La discrimination
La discrimination est l’opposé de la généralisation et elle correspond donc à l’habileté qu’ont
les humains et les animaux de ne répondre qu’à des stimuli très spécifiques. Par exemple, si on
présentait des lapins au petit Albert sans qu’ils ne soient accompagnés d’un brut très fort, il
apprendrait éventuellement à avoir peur seulement des rats et non des lapins.

La discrimination a une valeur adaptative importante parce qu’elle limite les réponses
conditionnées à des stimuli appropriés. Par exemple, on peut apprendre à se méfier des pit-
bulls, mais pas des golden retriever. Si on est malade après avoir mangé des moules avariées,
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on ne cesse pas de manger complètement, on apprend seulement à ne plus manger des


moules qui sentent mauvais. Ainsi, la discrimination nous permet de réagir seulement lorsque
c’est approprié de le faire.

Le conditionnement d’ordre supérieur


Le conditionnement d’ordre supérieur se produit lorsqu’un stimulus conditionnel est apparié
avec un nouveau stimulus neutre, créant ainsi un second stimulus conditionnel.

Donc, si on utilise l’expérience de Pavlov comme exemple, un chien qui a été conditionné à
saliver au son d’une cloche peut aussi devenir conditionné à saliver à la présentation d’une
lumière rouge, même si cette lumière n’a jamais été appariée avec la nourriture.

Bien que l’association puisse être apprise dans le conditionnement d’ordre supérieur, la phase
d’acquisition est souvent plus longue et la force de la réponse conditionnée d’ordre supérieur
est souvent plus faible que celle de la première réponse conditionnée à établir. Le
conditionnement d’ordre supérieur résiste aussi moins bien à l’extinction que le conditionnement
classique régulier.

Le conditionnement classique: autres informations


Rôle dans l’évolution Le travail de Pavlov démontre que le conditionnement classique est un
moyen par lequel pratiquement tous les organismes apprennent à s’adapter à
leur environnement. Il n’est pas difficile d’imaginer le rôle que le
conditionnement classique peut jouer dans la nature. Par exemple, le son
d’oiseaux qui volent peut signifier la présence d’un chasseur et il est donc
adaptatif pour un chevreuil d’apprendre la relation entre ces deux
événements et de se déplacer vers un autre endroit lorsqu’il entend ce son.
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Impact dans le Le principe du conditionnement classique peut sembler évident, mais les
monde scientifique études de Pavlov étaient, à l’époque, absolument révolutionnaires – personne
n’avait réfléchi à ce phénomène fréquent en termes scientifiques et il n’avait
jamais été étudié dans un environnement contrôlé. Les études de Pavlov ont
démontré comment un processus psychologique comme l’apprentissage
pouvait être étudié à travers l’observation directe et Watson et Skinner ont vu
cela comme une opportunité de réaffirmer le rôle de la psychologie en tant
que discipline scientifique légitime.

Applications chez Le travail de Pavlov nous a appris que les principes du conditionnement
l’humain classique ont des applications importantes chez l’humain, comme par
exemple dans le traitement de phobies et de l’addiction. Aujourd’hui, les
psychologues utilisent des procédures d’extinction afin d’éliminer les
réponses indésirables aux stimuli qui suscitent beaucoup d’émotion. Plutôt
que de se contenter d’effacer une association inappropriée, ils procèdent
parfois à la création de nouvelles associations plus favorables. Par exemple,
l’anxiété ressentie par les gens souffrant de phobie sociale peut être
remplacée par un état de relaxation. On appelle cette pratique la
désensibilisation systématique.

L’apprentissage par association: Le conditionnement


opérant
Le deuxième type d’apprentissage par association est le conditionnement opérant. Dans le
cas du conditionnement opérant, c’est une réponse qui devient associée avec ses
conséquences. Il implique un ajustement aux conséquences de nos actions, et on apprend
facilement à faire plus de ce qui fonctionne et moins de ce qui ne fonctionne pas.

Si on prend le petit garçon présenté dans les images ci-dessous comme exemple, il apprend à
répéter des comportements qui font preuve de politesse parce qu’ils sont suivis de
conséquences désirables, comme un biscuit. Il apprend aussi à éviter des comportements
impolis comme dire « donne, donne, donne » parce qu’ils sont suivis de conséquences
désagréables comme se faire réprimander et ne pas recevoir de dessert.
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Ainsi, dans le comportement opérant, un organisme apprend qu’il existe un lien entre un
stimulus et une réponse. Il apprend aussi que s’il répond de façon appropriée, il sera
récompensé et que s’il répond de façon inappropriée, il sera puni.

La loi de l’effet
Un psychologue américain du nom d’Edward Thorndike a été le premier à étudier le
comportement opérant. Il avait examiné l’acquisition du comportement opérant chez des chats
emprisonnés dans une cage. Thorndike utilisait de la nourriture pour encourager les chats à
trouver un moyen de s’échapper de leur cage, ce qui pouvait être accompli en tirant sur une
corde qui ouvrait une trappe.

Les chats ont pris beaucoup de temps à tirer sur la corde au début de son étude – même s’ils
tiraient sur la corde par hasard, ils devaient faire l’association entre la corde et l’ouverture de la
trappe, ce qui n’est pas facile quand on essaie plusieurs différentes choses. Avec des essais
subséquents par contre, les chats ont appris à faire le lien entre la corde et l’ouverture de la
trappe et ainsi, ils ont cessé d’exécuter tout autre comportement qui n’était pas lié à l’ouverture
de la trappe et pris de moins en moins de temps à s’échapper de la cage.

Thorndike a ainsi démontré que le conditionnement opérant est une forme d’apprentissage de
cause-à-effet où l’organisme apprend l’effet d’un comportement quelconque. Les
comportements récompensés, comme tirer sur une corde pour ouvrir une cage, ont tendance à
être répétés. C’est ce qu’il a surnommé la loi de l’effet. Ainsi, dans le conditionnement opérant,
les comportements qui sont suivis de conséquences désirables sont renforcés et seront plus
susceptibles d’être effectués à nouveau dans le futur.
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B.F. Skinner
Bien que Thorndike ait été le premier à étudier le conditionnement opérant, B.F. Skinner en est
vraiment le grand pionnier. En effet, Skinner, utilisant l’étude de Thorndike comme point de
départ, a dédié plus de 50 ans de sa vie à l’étude des principes de base du comportement
opérant et à l’exploration de ses applications pratiques.

Skinner : Personnage controversé


Skinner croyait fortement que les principes du conditionnement opérant pouvaient être
appliqués à une grande variété de situations, et il avait raison. Le manuel discute des
applications du conditionnement opérant à l’école, pour le sport et au travail.

Bien que les principes du conditionnement opérant soient encore utilisés aujourd’hui, la
majorité des psychologues modernes ne croient pas qu’ils s’appliquent à un aussi large
éventail de comportements que ne l’espérait Skinner. Il en est ainsi pour quelques raisons.

D’abord, un grand nombre d’experts ne partagent pas l’opinion de Skinner selon laquelle le
comportement n’est influencé que par ses conséquences externes. Ils croient plutôt que le
comportement est grandement influencé par des facteurs internes comme la cognition et les
émotions et reconnaissent que les humains ont la capacité d’utiliser la réflexion et le jugement
pour choisir leurs actions.

Skinner croyait aussi que l’on devrait créer des conséquences artificielles dans le but de
contrôler le comportement de la population en général. La majorité de ses critiques croient
que les conséquences naturelles sont préférables à la manipulation intentionnelle du
comportement d’autrui afin de respecter leur liberté personnelle. Skinner avait contré ces
arguments en disant que le comportement des gens est déjà sous l’influence de
renforcements externes alors pourquoi ne pas en tirer profit pour améliorer la condition
humaine? Les arguments de Skinner n’ont pas porté des fruits et aujourd’hui, la majorité des
gens croient que l’humanité va davantage bénéficier de la liberté de choix guidée par la
sagesse, la conscience et la responsabilité que par le contrôle strict des actions de ses
citoyens.

La boîte de Skinner
Pour étudier le conditionnement opérant de manière contrôlée et scientifique, Skinner a
développé la boîte de Skinner, une petite cage équipée d’un bouton ou d’un levier que l’animal
(souvent un rat ou un pigeon) peut toucher pour obtenir une récompense, habituellement de
l’eau ou de la nourriture. La boîte de Skinner est attachée à un instrument de mesure qui
enregistre les réponses de l’animal. Elle permet donc un suivi détaillé et précis des
comportements de l’animal en réponse à des récompenses.
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Le modelage
À l’aide de la boîte de Skinner, Skinner a été capable de faire apprendre à des animaux des
comportements complexes qui ne faisaient pas partie de leur répertoire normal; c’est-à-dire,
qu’ils n’auraient pas été susceptibles de réaliser aléatoirement ou de continuer à effectuer s’ils
n’étaient pas récompensés. Pour leur enseigner ces comportements, Skinner récompensait tout
comportement qui se rapprochait du comportement désiré et ignorait tous les autres. Ceci est
un programme de conditionnement connu sous le nom de modelage où des approximations
successives sont récompensées dans le but que l’animal ou l’individu apprenne un
comportement spécifique. Afin de mieux illustrer le concept du modelage, voici une courte vidéo
de Skinner lui-même enseignant un comportement spécifique à un pigeon (lien vers
https://www.youtube.com/watch?v=TtfQlkGwE2U.)

Le modelage est utilisé par les dresseurs d’animaux qui leur enseignent tous les trucs que l’on
aime tellement voir. Par exemple, les chances qu’un phoque balance une balle sur son nez ne
sont pas très grandes. En récompensant des approximations successives de ce comportement
(le phoque touche la balle avec son nez, puis la fait balancer un instant, ensuite pour plus
longtemps, etc.), le phoque va éventuellement apprendre que faire balancer la balle sur son nez
mène à une collation et ainsi, cette réponse va devenir de plus en plus forte. Après un certain
temps, la réponse sera tellement forte qu’un simple geste de la main va servir de signal au
phoque pour faire balancer la balle sur son nez.

En plus d’être utilisé par les dresseurs d’animaux, le modelage est aussi utilisé par les athlètes
qui essaient d’améliorer leur performance et par les parents qui essaient d’enseigner de
nouveaux comportements à leurs enfants. Par exemple, les parents qui entraînent leurs enfants
à utiliser la toilette vont d’abord les récompenser pour s’être assis sur la toilette, puis pour s’en
être servi, ensuite pour avoir tiré la chasse d’eau et finalement pour s’être lavé les mains après
qu’ils ont terminé.

Les limites biologiques


Toutefois et au grand désespoir de Skinner, le modelage et le conditionnement opérant ne
peuvent pas être utilisés pour enseigner absolument n’importe quoi à un animal ou à un
humain. Par exemple, il est absolument impossible d’apprendre à un singe à plonger sous l’eau.
Comme tout autre type d’apprentissage, le conditionnement opérant fait face à des limites
biologiques qui sont difficiles à surmonter.

De plus, les associations apprises par l’entremise du conditionnement opérant ne sont pas
toutes aussi fortes les unes que les autres. En effet, les animaux ont plus de facilité à apprendre
celles qui ont une valeur adaptative. Par exemple, il est plus facile d’apprendre à un pigeon de
picorer un « X » que de battre des ailes pour obtenir une récompense alimentaire. Il est aussi
plus facile de lui enseigner à battre des ailes pour éviter un choc électrique plutôt que de
picorer. Il en est ainsi parce que picorer est un comportement naturellement utilisé par le pigeon
pour obtenir de la nourriture. De la même façon, battre des ailes est ce qu’il fait pour s’évader
d’un danger. Le modelage qui respecte ces tendances biologiques est plus facile à accomplir.
Celui qui va à leur encontre est possible, mais la phase d’acquisition est longue et la réponse
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est plus vulnérable à l’extinction. En absence de renforcement, l’animal retournera rapidement


aux comportements qui lui sont plus naturels d’un point de vue biologique, ce que l’on appelle le
glissement instinctif.

Le renforcement
On appelle toute conséquence qui augmente les chances qu’un comportement soit effectué un
renforcement.

Les renforcements positifs et négatifs


Un renforcement peut être positif ou négatif. Dans ce contexte, positif ne signifie pas bon ou
plaisant et négatif ne signifie pas mauvais ou déplaisant. En effet, positif veut plutôt dire l’ajout
de quelque chose de désirable et négatif signifie le retrait de quelque chose de déplaisant.
Ainsi, tous les renforcements, qu’ils soient positifs ou négatifs, augmentent les chances que le
comportement soit répété.

Exemples de renforcement
Renforcement positif Donner un biscuit à un chien qui s’est assis quand on lui a
demandé de le faire – le biscuit va augmenter les chances que le
chien s’assoit de nouveau dans le futur.

Renforcement négatif La corde dans les études de Thorndike – le comportement de


tirer sur la corde permet à l’animal de s’évader d’une situation
désagréable, ce qui augmente les chances que le chat tirera à
nouveau sur la corde dans le futur.

Les renforcements primaires et conditionnés


Les renforcements positifs et négatifs peuvent prendre deux formes, ils peuvent être soit
primaires, soit secondaires. La nourriture, l’eau, les relations sexuelles et même le plaisir,
l’attention, le pouvoir et l’encouragement positif sont tous des stimuli qui satisfont nos besoins
fondamentaux et qui sont intrinsèquement renforçants. On les appelle donc des renforcements
primaires.

Par contre, les humains et les animaux ont la capacité d’associer d’autres stimuli à ceux qui
satisfont nos besoins fondamentaux. Ces renforcements ne sont donc pas naturellement
gratifiants, mais acquièrent cette capacité à travers leur association à des renforcements
primaires. On surnomme cette classe de renforcements les renforcements conditionnés.
L’exemple le plus évident d’un renforcement secondaire est l’argent. En soi, l’argent n’est qu’un
morceau de papier ou une pièce de métal avec peu de valeur. Par contre, on apprend
rapidement à l’associer avec une variété de renforcements primaires comme par exemple la
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nourriture, le plaisir et le pouvoir. D’autres exemples de renforcement conditionnés incluent les


applaudissements et les notes attribuées à l’école.

Les renforcements immédiats et différés


Les animaux répondent aux renforcements immédiats, donc, aux renforcements qui suivent
immédiatement une réponse. Toutefois, les humains sont aussi capables de répondre à des
renforcements différés, donc à des renforcements qui viennent un certain temps après la
réponse.

Si on donne un biscuit à un chien 10 minutes après qu’il ait fait un tour, on renforce ce qu’il vient
tout juste de faire et non pas le tour. Les humains ont par contre la capacité de relier un
comportement à une conséquence qui ne lui suit pas dans le temps. L’argent est un excellent
exemple d’un renforcement différé – les étudiants, comme vous, étudient fort maintenant pour
avoir de meilleurs emplois et recevoir plus d’argent plus tard.

Le renforcement différé est une compétence reliée au contrôle des impulsions. Les régions du
cerveau impliquées dans le contrôle des impulsions ne sont pas encore complètement
développées chez les enfants et ils ont ainsi donc plus de difficulté à ressentir les effets de ce
type de renforcement.

Les programmes de renforcement


Skinner avait aussi fait des expériences avec différents horaires ou programmes de
renforcement afin de déterminer la fréquence avec laquelle les renforcements devraient être
livrés pour établir et maintenir des comportements opérants d’intérêt.

Les programmes de renforcement continu vs partiel/intermittent

Programme de renforcement continu Programme de renforcement


partiel/intermittent

Un comportement peut être renforcé à Les comportements qui ne sont renforcés que
chaque fois qu’il est effectué. On appelle ceci partiellement ou de manière intermittente
un programme de renforcement continu. Un prennent plus de temps à être appris. Ils
exemple de ceci est de donner un biscuit à un durent toutefois plus longtemps et sont plus
chien à chaque fois qu’il donne la patte. Les résistants à l’extinction. Par exemple, un
comportements qui sont renforcés à chaque pigeon qui n’avait été renforcé qu’à quelques
fois qu’ils sont exécutés sont acquis très occasions pour picoter sur une certaine clé l’a
rapidement. Par contre, l’extinction est elle plus tard picotée 150 000 fois sans recevoir
aussi rapide une fois que le renforcement de renforcement. C’est probablement
cesse d’être présenté. pourquoi les enfants négligés ont encore
espoir de recevoir l’amour de leurs parents –
peut-être qu’un jour, le parent va répondre à
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ses tentatives et tous ces efforts n’auront pas


été en vain.

Les programmes de renforcement partiel/intermittent


Il existe différents types de programmes de renforcement partiel/intermittent - certains sont
basés sur un intervalle de temps écoulé entre chaque renforcement alors que d’autres sont
basés sur une certaine proportion de renforcements en fonction du nombre de réponses
effectuées. Ces intervalles et proportions peuvent aussi être fixes ou variables. En tout, il
existe donc 4 différents programmes de renforcement partiel/intermittent :

● Programme à intervalles fixes : Renforce le comportement après qu’une certaine


période de temps se sera écoulée. Par exemple, un employé est payé une fois par
semaine pour son travail;
● Programme à intervalles variables : Renforce la première réponse après un intervalle
de temps varié. Par exemple, on dit à un employé qu’il fait du bon travail à l’occasion;
● Programme à proportion fixe : Renforce le comportement après un nombre fixe de
réponses. Par exemple, un employé est payé pour chaque unité de travail complétée;
● Programme à proportion variable : Renforce le comportement après un nombre
indéterminé de réponses. Par exemple, on dit à un employé qu’il a fait du bon travail sur
une unité de travail quelconque à l’occasion. Un autre bon exemple de programme à
proportion variable est une machine à sous.

Chacun de ces programmes de renforcement partiel/intermittent produit un taux de réponses


qui lui est propre. En règle générale, le renforcement lié à un nombre de réponses (proportion)
produit un taux plus élevé de comportements que le renforcement lié à un intervalle de temps.
De plus, les programmes variables, donc imprévisibles, produisent un taux de réponses plus
élevé que les programmes fixes.

La punition
Jusqu’ici, on n’a discuté que du renforcement. Par contre, pas tous les comportements opérants
sont suivis par des conséquences désirables. En effet, certains comportements sont plutôt
suivis de conséquences punitives ou déplaisantes. Ces comportements, qui sont moins
susceptibles d’être reproduits dans le futur, portent le nom de punition.

Les punitions positives et négatives


Comme c’est le cas avec les renforcements, la punition peut être soit positive ou négative. Une
punition positive correspond à l’ajout de quelque chose d’aversif ou d’indésirable. Un exemple
serait de frapper un chien lorsqu’il fait quelque chose de mal. Une punition négative
correspond plutôt au retrait de quelque chose de plaisant. Ainsi, retirer le jouet d’un enfant qui
se comporte mal est un exemple d’une punition négative. Dans les deux cas, l’effet visé est de
réduire la fréquence d’un comportement indésirable.
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Efficacité
Pour qu’elle soit la plus efficace possible, la punition doit être immédiate et certaine. Ainsi, la
punition fonctionne le mieux dans des milieux naturels où des actions dangereuses mènent à
des conséquences punitives. Un exemple de ceci serait de s’approcher trop près d’un feu de
camp. Le stimulus aversif qu’est la chaleur apprendra certainement à un enfant de s’en tenir
loin dans le futur.

Pour qu’elles soient efficaces, les punitions artificielles comme celles qui suivent les infractions
au Code de la route doivent elles aussi respecter cette règle – plus de patrouilles et des
rétroactions immédiates comme celles données par des panneaux affichant la vitesse à laquelle
on roule sont plus efficaces que des punitions sévères, mais qui sont différées et imprévisibles.
Ainsi, la sévérité des punitions ne correspond pas nécessairement à leur efficacité – il est plus
important qu’elles soient immédiates et certaines.

Problèmes
La punition n’est pas que l’opposé du renforcement. Elle comporte plusieurs problèmes,
incluant le fait que ses effets sont imprévisibles :
● Comportements d’évitement : L’individu peut apprendre à éviter la punition et peut
ainsi continuer à effectuer le comportement indésirable à l’extérieur de la situation
punitive;
● Mauvaise interprétation : La punition peut être interprétée comme étant un
renforcement plutôt qu’une punition. Par exemple, une punition positive comme un
enseignant qui crie après un de ses élèves devrait mener à l’extinction du comportement
qui a engendré cette réponse. Par contre, l’enfant risque de l’interpréter comme étant un
renforcement positif parce que l’enseignant lui porte attention. Ainsi, les réprimandes de
l’enseignant risquent d’augmenter la fréquence des comportements indésirables de
l’élève;
● Peut accroître la peur et l’agression : La punition, surtout la punition physique, peut
accroître la peur et l’agression chez l’individu en question. Par exemple, l’individu peut
apprendre que la punition est acceptable et qu’il est donc approprié d’agir avec
agressivité, surtout envers ceux qui sont moins puissants que lui.

De plus, il est important de noter que la punition indique seulement ce qu’il ne faut pas
faire. Elle ne guide donc pas l’individu vers les comportements désirés ou plus appropriés. Il est
donc important de faire accompagner la punition d’indications quant au comportement désiré.
Une fois que l’individu commence à adopter le comportement désiré, il est important de
renforcer ce qui est bien plus souvent que de punir ce qui est mauvais. Cette pratique de
remplacer un comportement par un autre est connue sous le nom de contre-conditionnement.
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L’apprentissage latent
Contrairement à ce que Skinner pensait, l’apprentissage de comportements opérant est
possible sans la présence de renforcements. En effet, dans l’apprentissage latent, des
connaissances sont acquises par l’entremise de l’expérience. Ces connaissances ne sont pas
toutefois évidentes dans le comportement jusqu’à ce qu’une récompense ne soit accordée.

L’apprentissage latent a été démontré grâce à des rats qui ont dû résoudre un labyrinthe
chaque jour pendant 11 jours sans qu’aucune récompense ne leur soit accordée. Pendant ces
11 jours, les rats ne semblaient pas posséder de connaissances concernant le labyrinthe
puisqu’ils continuaient à commettre de nombreuses erreurs et prenaient beaucoup de temps à
le résoudre. Par contre, lorsqu’une récompense a été introduite à la fin du labyrinthe le 12e jour,
les rats ont rapidement rattrapé ceux à qui une récompense avait été donnée tout au long de
l’étude.

Ceci démontre donc que l’exploration peut mener à l’apprentissage. Les chercheurs pensent
que les humains et les animaux forment des cartes cognitives de leur environnement qui sont
employées une fois qu’une récompense peut en être tirée.

La motivation
L’apprentissage latent démontre aussi que l’expression externe d’un apprentissage demande
une certaine motivation, un facteur psychologique. Deux types de motivation sont grandement
impliqués dans l’apprentissage et le conditionnement :

La motivation intrinsèque : Une personne peut être motivée à effectuer un certain


comportement parce qu’il lui apporte de la gratification sur le plan personnel. Dans ce cas-ci,
le renforcement est intériorisé comme un sentiment de satisfaction d’avoir accompli quelque
chose pour soi-même.

La motivation extrinsèque : Les renforcements externes peuvent réduire la motivation


intrinsèque parce que la personne devient plus préoccupée avec ces derniers qu’avec
l’atteinte de ses buts personnels. La motivation extrinsèque peut ainsi donc réduire la
fréquence et la qualité du comportement en question. Pensez aux athlètes professionnels par
exemple, plusieurs ne satisfont pas les attentes que l’on avait d’eux une fois qu’ils obtiennent
de gros contrats.

Ainsi, afin de maintenir un comportement opérant, il est préférable d’utiliser le moins de


renforcements externes que possible afin de favoriser la motivation intrinsèque.
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L’apprentissage par observation


Chez les animaux d’ordre supérieur et surtout chez les humains, l’apprentissage n’implique pas
seulement la formation d’associations entre des stimuli ou entre des comportements et leurs
conséquences. En effet, il peut aussi venir de l’observation des pairs, ce que l’on appelle
l’apprentissage par observation. L’apprentissage par observation illustre qu’on n’a pas besoin
d’une expérience directe pour apprendre, on peut le faire simplement en observant le
comportement des autres et en tirant des leçons de leur expérience.

Albert Bandura, pionnier de l’apprentissage par observation

L’expérience de la poupée Bobo


La preuve que l’apprentissage par observation existe est venue de l’expérience de la poupée
Bobo menée en 1961 par Albert Bandura. Dans le cadre de son étude, Bandura avait montré
une vidéo d’un adulte agissant de manière agressive envers une poupée, Bobo, à des enfants

Plus tard, alors qu’ils étaient seuls dans une salle avec la poupée Bobo, les enfants ont
reproduit plusieurs des comportements qu’ils avaient vu effectuer par l’adulte.

Comme les enfants qui n’avaient pas été exposés à la première vidéo n’ont pas agi de manière
agressive envers Bobo lorsqu’ils étaient laissés seuls avec la poupée, Bandura conclut que les
enfants qui avaient vu la vidéo avaient appris à imiter les comportements de l’adulte qui y
figurait.

La théorie de l’apprentissage social


S’inspirant des résultats de l’expérience de la poupée Bobo, Bandura a formulé la théorie de
l’apprentissage social, qui stipule que l’apprentissage est un processus cognitif qui peut avoir
lieu dans un contexte social et qui peut se produire exclusivement à travers l’observation ou
l’instruction directe, même en l’absence de reproduction motrice ou de renforcement direct.

Révolution cognitive
Bien qu’ils semblent évidents aujourd’hui, les résultats de Bandura ont vraiment remis en
question les théories comportementalistes en illustrant que l’apprentissage et la psychologie
englobent plus que des simples comportements observables. En effet, Bandura avait démontré
que quelque chose qui va au-delà du contrôle moteur se produit dans l’esprit pour sous-tendre
l’expression de nouveaux comportements et que ces processus peuvent être étudiés de façon
objective. Ainsi, le travail de Bandura a grandement contribué à la révolution cognitive des
années 1960.

Les grandes formes d’apprentissage par observation


Il existe deux types d’apprentissage par observation : le mimétisme et le conditionnement
vicariant. Dans les deux cas, on appelle la personne qui sera observée par l’apprenant le
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modèle social. Le modèle social peut être un parent, un frère ou une sœur, un ami ou un
enseignant. Au cours de l’enfance, le modèle social est souvent une personne d’autorité dont le
statut social est plus élevé que celui de l’apprenant. Les parents sont donc particulièrement
susceptibles d’agir en tant que modèles sociaux pour leurs enfants, d’autant plus que
l’apprentissage social commence tôt dans la vie. À mesure que l’on vieillit, l’influence des
parents se dissipe et on a plutôt tendance à s’inspirer de modèles sociaux que l’on admire, qui
ont du succès et/ou qui nous ressemblent.

Le mimétisme
Dans le mimétisme, le comportement d’autrui sert de modèle. Il est un exemple qui montre
comment répondre à une situation quelconque, peu importe si cette personne reçoit ou non des
renforcements. C’est à travers le mimétisme que l’on apprend, par exemple, les coutumes de
notre culture. Les tendances de la mode et le jargon de la langue sont aussi appris grâce au
mimétisme. Des comportements singuliers peuvent se propager chez une population par
l’entremise d’un processus surnommé la chaîne de diffusion - lorsqu’un individu apprend un
nouveau comportement en observant quelqu’un d‘autre, il sert maintenant lui-même de modèle
qui sera observé par d’autres apprenants, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le comportement soit
pratiqué par une population entière.

Le conditionnement vicariant
Selon Bandura, on imite aussi le comportement d’autrui en fonction des renforcements et des
punitions qu’ils reçoivent. On appelle ceci le conditionnement vicariant (vicariant signifie
indirectement ou à travers autrui). Si, par exemple, on observe quelqu’un se faire punir pour
avoir effectué un certain comportement, on apprend à ne pas agir de la sorte en raison des
conséquences que cette personne a reçues. Ainsi, un comportement peut être appris, mais
jamais mis en application parce que les conséquences reçues par le modèle social nous
découragent de le faire. Le conditionnement vicariant nous permet donc d’anticiper les
conséquences de certains comportements, ce qui nous permet d’agir de façon plus appropriée
dans le futur.

Savais-tu que?

Le mimétisme et le conditionnement vicariant ne sont pas seulement utilisés par les humains,
mais aussi par plusieurs espèces animales. Par exemple, les chimpanzés apprennent à
utiliser des bâtons pour obtenir des fourmis cachées dans leurs nids en observant d’autres
chimpanzés le faire avec succès. De façon similaire, les pigeons apprennent à peser sur un
levier pour obtenir une récompense alimentaire simplement en observant d’autres pigeons
agir de la sorte.

Comme c’est le cas chez les humains, l’apprentissage par observation peut aussi enseigner
des comportements sociaux aux animaux. Par exemple, les macaques rhésus prennent
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habituellement beaucoup de temps à se réconcilier à la suite d’une bataille, sauf s’ils ont
grandi entourés de macaques plus âgés qui se pardonnaient rapidement.

L’apprentissage par observation et le cerveau

Les neurones miroirs


La capacité d’imiter le comportement d’autrui est possible grâce à la présence de neurones
miroirs dans le cerveau des humains et des animaux. Lorsqu’on observe un modèle effectuer
un certain comportement, les neurones miroirs du cortex moteur déclenchent des influx nerveux
pareils à ceux que l’on aurait si on faisait nous-mêmes le comportement observé. L’activation
de ces neurones miroirs facilite la reproduction des actions du modèle dans le futur.

En plus de faciliter l’imitation d’activités motrices, l’activation des neurones miroirs semble
permettre l’empathie. L’empathie est la capacité de ressentir et de sympathiser avec les
émotions et la douleur d’autrui. Par exemple, lorsqu’on observe un être cher ressentir du mal,
les régions du cerveau impliquées dans les aspects émotifs de la douleur deviennent activées.
Par contre, le cortex sensoriel, qui reçoit les influx nerveux provenant des nocicepteurs, ne l’est
pas. Ainsi, l’empathie est une réponse émotionnelle plutôt que physique à l’expérience d’autrui.
Les neurones miroirs impliqués dans l’empathie participent au conditionnement vicariant
puisqu’ils nous permettent de ressentir les effets positifs et négatifs des renforcements et
punitions accordés à autrui en réponse à divers comportements.

Douleur Empathie

Puisque les neurones miroirs permettent l’imitation et l’empathie, plusieurs chercheurs croient
qu’ils pourraient aussi être impliqués dans l’autisme. Les enfants autistes ont de la difficulté à
imiter les actions d’autrui et à établir des connexions sociales et émotives avec leurs parents et
leurs pairs, et un dysfonctionnement des neurones miroirs pourrait donc en être la cause.

Les effets prosociaux et antisociaux de l’apprentissage par observation


De notre observation des autres, on peut apprendre des comportements et des actions qui sont
à la fois positives et négatives, reflétant ainsi les effets prosociaux et antisociaux de
l’apprentissage par observation. Le type de comportements auxquels on a été exposé est
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important puisqu’on a tendance à les exprimer dans des moments de stress où la réflexion n’est
pas possible.

Les effets prosociaux


Les gens qui prennent part à des comportements non-violents et utiles suscitent des
comportements similaires chez les autres. Il est ainsi préférable d’avoir recours au mimétisme
et au comportement vicariant plutôt qu’aux sermons lorsqu’on essaie d’enseigner des
comportements prosociaux aux enfants, surtout s’ils peuvent voir les bénéfices du
comportement tant pour eux-mêmes que pour les autres.

Les effets antisociaux


Les comportements antisociaux peuvent nous être appris par l’entremise de l’observation
directe ou indirecte (télévision et jeux vidéo).

● L’observation directe: Les comportements antisociaux peuvent être appris par


l’entremise de l’observation directe. Par exemple, les enfants qui viennent de milieux
familiaux violents sont plus susceptibles de le devenir eux aussi plus tard. Bien que
l’inné semble y jouer un rôle par l’entremise d’influences génétiques, l’acquis semble
aussi être impliqué.

● L’observation indirecte et l’effet lié à l’observation de la violence: Les


comportements antisociaux peuvent aussi être appris indirectement en regardant la
télévision ou en jouant à des jeux vidéo. La télévision violente augmente les taux
d’agression du téléspectateur, quelque chose que l’on appelle l’effet lié à l’observation
de la violence. Cet effet semble se traduire en une désensibilisation à la douleur d’autrui,
ce qui encouragerait les actes violents puisque les conséquences pour la victime
cessent d’être considérées. La preuve de cet effet vient d’études expérimentales où
certains participants ont été exposés à de la programmation violente. Plus tard, quand
ils avaient l’occasion d’exprimer leur agression, les participants qui avaient regardé la
programmation violente avaient davantage tendance à être agressifs et violents.

L’effet lié à l’observation de la violence est le plus susceptible de se produire lorsque :


● L’acte violent demeure impuni (ce qui se produit dans approximativement 74% des cas);
● La douleur de la victime n’est pas présentée à l’écran (58% des cas);
● L’acte violent semble être justifié, donc s’il est vindicatif ou s’il semble que la victime l’a
mérité (50% des cas);
● La personne qui commet l’acte violent est attirante (50% des cas).

Les enfants sont particulièrement susceptibles aux effets liés à l’observation de la violence
puisque leur capacité pour l’empathie est plus limitée que celle des adultes. Ceci est inquiétant
puisque la majorité des enfants ont vu approximativement 8 000 meurtres et 100 000 actes
violents à la télévision avant même qu’ils ne terminent l’école primaire.
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Conclusion
Dans ce chapitre, on a vu que l’on peut apprendre de nouvelles informations de trois façons:

1. le conditionnement classique, où on apprend qu’un stimulus prédit l’arrivée d’un autre


2. le conditionnement opérant, où on apprend comment se comporter en se fiant aux
conséquences de nos actions
3. par l’entremise de processus cognitifs.

Ces processus d’apprentissage cognitifs peuvent prendre différentes formes, dont


l’apprentissage latent, où on apprend sans recevoir de renforcement, et l’apprentissage par
observation, où on apprend certains comportements en se fiant aux actions ou aux instructions
d’autrui. La semaine prochaine, on va voir comment on apprend les informations d’ordre factuel
et explorer la trace biologique de tout apprentissage, la mémoire.