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L'ÊTRE ET L'AUTRE ANALOGIE ET INTERSUBJECTIVITÉ CHEZ HUSSERL Author(s): J.-F. Courtine Source: Les Études

L'ÊTRE ET L'AUTRE ANALOGIE ET INTERSUBJECTIVITÉ CHEZ HUSSERL Author(s): J.-F. Courtine

Source: Les Études philosophiques, No. 3/4, L'ANALOGIE (JUILLET-DÉCEMBRE 1989), pp. 497-

516

Published by: Presses Universitaires de France

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ANALOGIE

ET

L'ÊTRE

ET

L'AUTRE

INTERSUBJECTIVITÉ

CHEZ

HUSSERL

ici d'examinerdans leur succession les ana-

lyses husserliennes, souvent différentes, voire contradictoires, de la

constitutiond'autrui comme

manièretant soit peu

cette problématique - de la

analogisant

à

fert

à tous

d'étudier de

dans l'élaboration de

Notre

n'est

propos

pas

alter ego, et pas davantage

que joue

pour le projet

exhaustivele rôle

égards

décisive

d'ensemble

phénoménologie

»

Plutôt

transcendantale -

l'analogie ou

mieuxle « trans-

ego

»

(analogisierendeUebertragung) du

que d'essayer

ego

et alter

sens d'être «

autrui. -

de démêlerl'écheveau apparemment

ego

analogique

entre

- , au filde méditationset de

inextricabledes textes husserlienssur la similitude

moi

recherches

l'épreuve de la discus-

sion une hypothèse de philosophie comparée ou de comparaison

turale : l'hypothèseque

subjectivité, tement conscience -

à celle

qui, chez les commentateurs scolastiques latins du

dans un certain

satisfaisante, du moins intelligible.L'hypothèse

une fois

donc celle d'un

problématiques évidemmentdistinctes: celle du type d'unité et d'iden-

tité

encore

est

recouvrement partiel de deux

propre et étranger

-

qui

s'échelonnentsur une période de trenteannées (1905-

proposer

et mettreà

struc-

1935), nous voudrions ici

rencontrerait -

une

Husserl, à traversla problématique de l'inter-

assurémentsans en

avoir jamais explici-

dire

analogue)

question semblable (j'allais

plus précisément encore avait trouvé

Stagirite,

sinon entièrement

dans la traditionaristotélicienneet

usage

de

l'analogie une solution,

à

examiner -

simple hypothèse

de recherchesoumise à la discussion -

recoupement, voire d'un

l'accès

possible

requis par

à ce qui est autre (das Fremde ), à autrui

des

acceptions multiples

de déchiffrer, sous l'élaboration

(autre que moi), et celle de l'unité singulière de l'être. Il

husserlienne

LesEtudes philosophiques, n° 3-4/1989

s'agit donc, si l'on veut,

(ratures et répétitionscomprises) l'emprise contraignante

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/.-F. Courtine

d'une problématisation venue de plus loin -

comme réponse formaliséeà l'antique question, métaphysique ou pla-

tonicienne, du même et de l'autre, de l'identitéet de la différence, de la

dispersion/dissémination et de la récollection unitaire des acceptions diverses de l'être.

celle de Yanalogia entis

C'est peut-être le travailde cetteancienne

du

problématique

à l'arrière-

plan

des discussions avec les

Th. Lipps, etc.) que

il

Dans

« oui » au « non », ce

aussi à la logique profonde de la problématique de l'analogie

seul

aux Méditationscartésiennes d'où elles n'ont

textehusserlien qui explique en partie(c'est-à-direcompte tenu

auteurs contemporains

: Benno

Erdmann,

Husserl passe si souventdu pour au contre, quand

et Ya/ter

ego .

s'agit de statuersur le rapport analogique entre Yego

quelle mesure, pourrait-on se demanderaussi, ce

jeu

du « dit» et du « dédit»

exemple

de ces

basculementdu

? -

appartiennent-ils eux

Un

perpétuelles(et nécessaires)corrections, emprunté

,

pas disparu :

« Der Andereverweistseinem konstituiertenSinne nach auf mich

selbst, derAndereist Spiegelung meiner selbst, und doch

Spiegelung; Analogon

im

nicht eigentlich

meiner

selbst, und doch wieder nicht Analogon

Was

demandait déjà Husserl en 1914-1915

gewöhnlichen

Quelle nouvelle acception Husserl devra-t-ildonner à Yanalogon

Sinne. »3

Analogon ? -

pour fonder légitimement la constitutionde l'intersubjectivité ?

bedeutetnun das

(Hua., XIII, 269).

En

la

posant

cette

question,

le

en

avançant cette hypothèsequ'il

convient

suit, nous ne méconnaissons

de développer et de légitimer dans ce qui

pas

quand il

1' «

contextede la constitution d'être, il est

pertinence et

faisait

la portée de la mise en garde d'Alwin Diemer,

consacraità

Quand, dans le

Husserl d'analogie,

toutes comparaisons avec

sous ce terme que ce

précéder

»,

remarquableparagraphequ'il

analogie

Husserl

le risque

de l'être

de l'avertissementsuivant : «

question chez

et

n'envisager

il faut ici renoncerà toutes référenceset à

les autres

que

ici

tique

pour

Yanalogonrépète

mentarismearistotélicien.

concepts de l'analogie

comprend

lui-même.»2 Nous voudrions

pourtant assumer

probléma-

entis

de cette transposition ou de cettetraductionde la

husserliennede

l'intersubjectivité dans celle de Yanalogia

quoi

le

qui

nous demandersi et en

une décision

,

husserliende redéfinitionde

geste s'est imposée à la traditiondu com-

partir des années 60 (Mein Weg in die

PhänomenologieyBrief an Kichardsony notamment), se plaisait à souligner

Le vieil Heidegger qui,

à

i.

CM,§ 44,Hua.,I, p. 125,36-39. - «

L'autrerenvoiede par sonsensconstitutifà

proprementparler, cen'est

un analogon au senshabitueldu

moi-même,

un

l'autreestun"reflet"demoi-mêmeet pourtant,

à

reflet; il estmon analogon et pourtant ce n'est pas

terme.» pas

2.

Alwin Diemer, Husserl Versucheiner systematischenDarstellung seiner "Phänomenologie,

,

Gl., 1965,p. 169 n.

Meisenheima.

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Uêtre etVautre. Analoge et intersubjectivitéche% Husserl

499

l'importance

mannigfachenBedeutung des Seiendennach Aristoteles)pour

son chemin de

de la lecture de la dissertationde Brentano ( Von der

l'ouverturede

pensée, opposait

(l'auteur

volontiers« son » Brentano à celui

de la

notreconnaissance, d'établir que Husserl

demeure pas moins

question de

de l'unité des

légitime

savoir

acceptions ou une tra- l'élaboration

de son maîtreHusserl

punkt),

Psychologie vom empirischen Stand-

où il redécouvraitla doctrinemédiévalede 1' « inexistenceinten-

tionnelle»3.Si rienne

permet, à

auraitlu ou méditéla

selon nous d'examiner, à l'encontrede Heidegger, la

si et commentla

multiples de l'être duction

historique

Dissertation, il n'en

problématisationclassique

a

trouvé chez Husserl

autorisentle

une expression rapprochement avec

remarquablequi

de la doctrinede Y analoga entis4.

I

Dans la

aristotélicienne, s'il est permis

de résumerà

de l'être

perspective

grands traitsla problématiqueontologique du Stagirite, toute la ques-

tion est de savoir, après avoir établi la pluralité des acceptions

(to öv XéysTocijcoAXax&ç), s'il est possible d'échapper au

plète équivocité qu'entraîne

moins ruineux, de ne déterminer qu'une unité rhapsodique de signifi-

cations multiples de l'être. Si en effetl'être se dit d'abord selon

sens : selon la

(oucría-auiJiêsêvjxòç), selon

la

et ordonne une telle

aristotélicienne: les acceptions de l'être, si elles sont

différenciées, ne succombent pas pourtant à la dispersion

disséminationsans

étroite, il y a place pour

paronymes, au plan en une suite

meaning)y selon

multiples regardent

sv),qui

ne

etc.), qu'est-ce qui

risque de com-

une telle polysémie, comme à celui, non

quatre

selon la substance et l'accidentalité

8i>va[juç et l'èvépyeia,

l'être - vrai ou faux, selon les figures de

qualité,

unifie

pure équivocité et

totale, à line

l'univocité

trop de celui des

prédication (essence, quantité,

règle

réglée,

: entrela

multiplicité ? On connaîtle principe de la réponse

bien distincteset

un statut intermédiaire, à l'image

des noms : c'est celui celui d'une unité de «

d'une multiplicité ordonnée

signification focale » (focal

Owen5. Les termes

E.

l'heureuse formule de G. L.

tous au

premier, en direction du premier (npòç

tous les autres.On sait

qu'

Aristote

cette unité focale, puisque l'unite

sert de référencecommuneà

caractérise jamais d'analogique

xocT'ávaXoyíavdésigne toujours

strictement (cf. EN , V, 6, 1131*31)

3. Cf.

4.

JeanBeaufret,Dialogue avec Heidegger, t. III, p. 109-110.

1982,p.

Cf.dansle mêmesensl'articlerécentdejml. Jrieawig, nusseriunaaie analogic, m

ZeitschriftfürphilosophischeForschung, XXXVI,i,

redevableà quelquessuggestionsremarquables deP.Ricoeurdansunséminairedesannées 70

consacréà la Phänomenologie derInter Subjektivität.

77-86. Notreetudeest également

5.

G. E. L.

Owen,Logic and Metaphysics insomeearlierWorksotAristoteles,repris

in Logic, ScienceandDialectis.Collected Papers inGreek Philosophy, éd.M. Nussbaum,Ithaca,

NY,1986,p. 192-193.

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500

/.-F. Courtine

une égalité de rapports ou mieux de deux rapports, et qui permet

raisonnement par quatrième proportionnelle,

ce que B est à A, si A/B =

un

du

type «

X » est à C

C/X.

En revanche, l'unité rrpoç !v xod àcp'èvoç(encore une fois jamais

I,

les commentateurs grecs), d'analogie proportionnelle

d'avec l'unité

expresse

6, 1096 b 27-28) -

analogiaproportions ou ensuite analoga

-

devait consister dans un

,

analogiaproportionalitatis

d'un terme premier en directiond'autres

(e.g. s'agis-

catégories,

la

suite :

7rpcí>Tr¡ oògíoc - SsÚTspa ouata, noióv,

de l'unité

Un tel transfertétait destiné à rendre

compte existerentretous les termesde la série en

premier et propre (tò

propre au figuré,

transfertadvenant ainsi du

Dans la tradition

aristotélicienne, ou si l'on préfère aristotélico-

de l'unité des

acceptions multiples

de l'être

qu'il s'agit

d'un discours théologique cohérent, qui puisse porter sur

qui est« là-bas» (sxei), dans une

,

région,

absolument transcendanteet

séparée. Rappelons

votqtoc et aux ou<j0y)t<x, de façon univoque, les mêmes

sont-ils

et dans les choses sensibles? Ou

dans les

également bien sont-ilstous

quelques-uns seulement dans les êtres

Quels sont alors ces dix genres qui sont dans l'intel-

? Sont-ilsles mêmes

genresqui

sont dans le

intelligible n'a-t-elle que

- Dans un cas,

le nom en commun

c'est la transcendance

mais dans l'autre, c'est le

qui

devient lui-même

impossible. Reste donc que

ni univoque,

ni

équivoque, mais « analogique »,

de

scolastique husserlien, le «

latine.

Certes, le contexte

lieu » de la problématique

qu'il est en

aristotélisme.Des

de la doctrine s'est

dite

de Y ego

a été assurée

par

la réduction

nommée« analogie », ni par Aristoteni par

dans sa distinction

(EN,

attributionsvs

transfert directde sens à partir

termes susceptibles de formerune série, une suite ordonnée

sant des

7TÓOTOV,etc.).

non générique qui pouvait

vertu de leur commune référenceà un terme

xupicàçXeyó[jL£vov). Le

de l'originaire au dérivé, du premier au second.

scolastique, la question

d'assurerla

possibilité

dieu ou en général les resdivinae sur ce

tout autre

seulement l'attaque plotinienne de la question (Ennèade s, VI, i, 1-3) :

Comment, demande Plotin, appliquer à Dieu et aux créatures, ou plus

exactementaux

prédicats ? « Les dix genres [les catégories]

êtres intelligibles

dans les choses sensibles et

intelligibles ?

ligible substancedans le monde

avec la substance sensible » ?

même de Dieu qui risque de disparaître,

discours sur Dieu

l'attributionne soit

comme on dira dans la

sensible, ou bien la

tout son reliefdès lors

prend, comme on sait,

l'analogie est tout à fait différentde ce

déplacements décisifs sont intervenuset l'enjeu

radicalementmodifié.Le contextehusserlienn'est plus principalement

transcendantale), maisrésolument égologique.

Pourtant, après (Ideen,I, § 49 :

monde), la question qui se pose est de savoir comment, à partir de

l'auto-explicitation de

théologique(analogie

que

l'absoluité

la conscience comme « résidu» de l'anéantissementdu

Y ego(CM, § 41, Hua., I, 116), commentà partir

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Uêtre et l'autre. Analogie et intersubjectivitè che % Husserl

501

de

tale », de l'empire de

possible et légitime

nature objective,

alter ego .

de

veilleux être-pour-soi

(Hua., I, 81, 27), devant le déploiement

la formede l'être intentionnellementréféréà soi-même» (in Formdes

Auf-sich-selbst-intentional-%urückbe%pgen-sein)(ibid.y 81, 28-29)?

L'enjeu majeur c'est de rendre

l'autoréflexion? Comment échapper à la fascinationdevantle « mer-

l'explorationégologique de la « sphère

l'auto-expérience

-

de

l'expérience

transcendan-

transcendantale, il est encore

de retrouverla transcendancedu monde et de la

et d'abord etavanttoutcelle des autreshommescomme

Commentsortirdu cercle magique de la Selbstauslegung ,

-

de

l'ego »

(das wundersameF ür-sich-selbst-sein ) de sa vie de conscience« sous

de la constitutionde de la

l'intersubjectivité chez Husserl,

d'un monde commun (CM,

compte

possibilité

et monde de la culture, mais aussi nécessairement

(réduction-abstractive, réductionà la sphère

primordinal),d'évoquer l'idée

primordialqui,

comme tel, serait

et antérieurementà toute consti-

moi. Quelle serait la « monda-

égologique n'implique-t-elle

§

55), monde objectif

« seconde » réduction

propre,

primordinale Welt

du

d'un mondeen gênéraly même s'il arrive à Husserl, dans le cadre de la

du

d'une

primordial ou du

- de ce monde

et de l'autre

mieny qui me serait proprey en deçà de

tution de

néité» ( Weltlichkeit ) de ce « monde» toutentierréféréau pôle égoïque

et à son

pas
A

tution de

ouverte!

l'étranger

que

être propre et absolu ? L'absoluité

d'emblée ici un acosmisme radical? Laissons la

vrai dire - et Husserl ne manque pas

l'intersubjectivité ouvre

à

question d'y insister - , seule la consti-

dimension

Yego une authentique

de transcendance.En

la sphère du propre (Eigenheitssphäre) , la transcendancede la chose

régime de réduction primordiale, de réductionà

- celle

qui

a si souvent servi de fil conducteur

perception - , se révèlecomme

(Ding)y par exemple

analyses

de

aux

« transcendancedansl'immanence », comme« transcendanceimmanente».

«

Le faitde l'expérience sentecomme expérience

non-moi sous formed'autres « moi »; et c'était un résultat

de la « réductionà

où l'on trouveď « autres»

Husserl, à la mesurede la

de ce

du monde

qui m'est étranger(du non-moi) se pré-

objectif

important

d'avoir mis

l'appartenance » de ces expériencesque

en

se révèle comme « transcendanceimmanente»6.

reliefleur couche intentionnelle profonde où un « monde » réduit

II

Mais comment

comprendre alors la possibilité et la légitimité

premierego(ego comme principe ,

du

transfertde sens d'un

comme substance

,

6. CM,§ 48,p. 136,8-14 :

« DasFaktumder Erfahrung vonFremden (Nicht-Ich)liegt

WeltunddaruntervonAnderen (Nicht-Ich

inder

vorals Erfahrung

Form:

Erfahrungen, dasssie eineintentionaleUnterschichtderselbenzur Abhebunggebracht

hat, indereinereduziertelVeitalsimmanenteTranscendenzzur Ausweisung kommt.»

voneiner objektiven

anderes Ich), undeswarein wichtigesErgebnis der eigentlichen Reduktionandiesen

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502

J. -F. Courtine

comme instance

à l'autre

moi ? Comment

transposition, de quelque «

propriété (Eigenheit), sa proximité (le

l'ego, la réflexivitésans reste (FTL, § 103, Hua ., XVII, 279, 35-280, 5)7,

à

pleine

proprement le sumde Yegosum) à l'autre que moi, à l'étranger,

celui où s'entend

privilégiée

et

unique

de l'être -

passer - par quelle voie détournée, en

vertude

quelle

de

métaphore » - du Moi définidans sa

merveilleux être-pour-soi

l'autre ego, Yegoétranger -

eu

expressionqui

égard

faitd'abord et nécessaire-

V ego propre,

à sa

de

l'analogia

ment

figured'oxymore,

à l'absoluité de

différence qu'on peut qualifier équivalemment ď ontologique ou ďégo-

logique ?

parallèle entre la problématique hus-

l'intersubjectivité et la doctrine scolastique

Sans doute, pour établir un

, que

analogique

serliennede

entis faut-ilnoter

nous nous trouvons ici dans une situation de

question de la pré-

du monde

quête

symétrie inverse par

dication

ou de la transcendanceest fixé d'emblée (i.e.

l'absolu, le propre,

tique médiévale

pour remonter jusqu'à un signifiépremier

rapport à celle où s'élabore la

point

de

départ

: le

dans

l'éminent.Il en va bien différemmentde la scolas-

husserliende la

après réduction)

qui part du fini, du

créé, des « et

perfections » participées

propre8.

La méthode de la réduction -

en tout cas dans sa formulation

canonique

sa

lementeu égard à sa fonction, à sa

des Ideen, I - aboutit en effetà faire ressortir, à isoler dans

et à absolutiser Yegopur ou la conscience (absolue), non seu-

prestation(Leistung), à ses actes,

pureté

comme instance transcendantale, mais encore

et même comme cette instance qui décide en dernierressortde tout

dans son

être (Sein),

7. « Toutexistant (

)

estfinalementrelatif et, avectoutce

la subjectivité

qui

estrelatifenunsens

courant quelconque, est relatif à

cendantaleestensoiet pour soi Donctoutd'abordc'estentant quiegoqueje

absolu"enmoiet pour moi". Je suis pour unautreexistantseulementdansla mesureoù

lui, Valter ego, estlui-même subjectivité

nécessairementenmoientant queje

manière analogueégalement,l'intersubjectivité

dantaleausens élargi)

l'intersubjectivitéparrapport à la subjectivité) "ensoiet poursoi",

1'"absolu".'Jexistantabsoluexistesousla formed'unevieintentionnelle qui,quoique ce

aveclemoded'êtrede

transcendantale.Maisseulela subjectivité

trans-

suisexistant

transcendantale

qui

pourtant vientà être posée

au

préalable. D'une

(la subjectivité

transcen-

suis Yego existant pour soi déjà

transcendantale

est quant à

sonsens (en tenant compte delamodification qu'implique

l'existantabsolu peut,paressence, entout temps,

la

",

dela "prise deconsciencedesoi-même

a.

2:« Omnianommadictade

la conscience, estenmême temps consciencede soi-

même.C'est précisémentpour cela que

se réfléchir surlui-mêmeselontouteslesformes qui se sontdétachéesde

lui-même,qu'il

peut se prendrepourthème,qu'ilpeutproduire des jugements etdesévidences qui

rapportés

d'une prise deconsciencedesoi-même quiva,pardévoilement,d'opinionsvagues ausoi- même original. »

sont

soit qu'ilpuisse avoirde présent à

à lui-même.Sonessence

implique

possibilité

8.

Cf. parexemple, Thomasd Aquin, S. Th.,la,qu. 13,

» Et

Deo,perposterius dicerenturde ipso

secundum quod intellectusnoster cognoscitipsum. Intellectus noster, cum cognoscat

Deumex creaturissic

creatu-

cation propre ou

a. 3).

rarum.» A propos des« noms»

Cognoscimus[essentiamDei] secundum quodrepraesentatur

l'Aquinatecorrige :« nomina significantDeum,

cognoscitipsum secundum quod creaturae ipsumrepraesentant

in perfectionibus

prédiqués de Dieu, ilfaut distinguer,quant à leur signifi-

etlemodus significandi(ibid.,qu.13,

entreles perfectionessignificatae

impropre,

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L'être et Vautre. Analogie et intersubjectivitèche% Husserl

503

sens d'être, qui

radicalementde toutes absolument, se donner

sans reste comme absolutes Sein, absoluteWirklichkeit. Husserl établit

ainsi une « différencefondamentaleet d'essence »10entrel'être comme

fil

donation -

les autres« réalités» -

constitue et donne sens (Sinngebung)9. L'instance de

qu'elle

sépare

êtredonnée

se

et c'est par là aussi

doit pouvoir

conscience et l'être comme réalité ( 'Ideen , I, § 42); en prenantpour

conducteurla « différence principielle

(cf. immanence vs transcendance),

« fondamentaleet d'essence » entrel'être comme conscience et l'être

entre les modes de donation »

Husserl introduit une différence

comme« chose » (Hua., III, 1, 87, 8-9), différence ( Unterschied

prinzipielle

)

à travers

laquelle

la différencela plus « cardinale» (die kardinalste ) , qu'il y ait en général

« entrela conscience et la réalité» ( ibid. ) . -

mentfondamentale - « la plus cardinale» -

passe entrela chose (Ding) et le vécu (Erlebnis), entrele bloss phäno-

menalesSein des Transzendenten et YabsolutesSein des Immanenten

ce

nungen) et le vécu qui ne saurait

différence ontologique qui sépare

directementsur une «

sorte que Pabsoluité de la

terait

« s'annonce die

Unterschiedenheitder Seinsmisen »,

Cette différenceabsolu-

répond

au contraste qui

entre

,

qui

se présente( sichdarstellen ) à la mesurede la chose ( durchErschei-

jamais se donner par figuration11. La

ainsi conscience et réalité ouvre

position absolue » (Ideen,I, § 46), en

sphère

de

conscience, thétique

et

auto-thétique,

résis-

même à l'hypothèse extrême de

: « Si nous

évoquons

la

l'anéantissementdu monde

possibilité

chose,

du non-êtreincluse

il devient clair que

vécu en général,

(Weltvernichtung)

dans l'essence de toute transcendancede

serait certes

modifiési le monde des choses venait à s'anéantir, mais qu'il ne serait

l'être de la conscience, et tout flux du

9. Cf. Ideen,I, § 55(Hua.,III, 1,120,4-10) :

Sinnes".Sinneseinheitensetzen sinngebendes

undnichtselbstwiederdurch Sinngebung

11» _

10.un trouvelittéralementcneznusseri1

« AllerealeEinheitensind"Einheitendes

Bewusstsein

irm

voraus, dasseinersetisabsolut

_1 :

/Trr

expression « ainerence ontologique _ » ^u,

AN

i- / 1

1

TT

ist.»

III, § 9

renvoiedansSeinundZeità

de

l'article suggestif etconvaincantde

del'être?UnindécidédeSeinund Zeit, in

v.

II, i, 248-249). Il est possiblequeHeidegger, demanière plus oumoins directe,

=

cette distinction, et plus encoreà

celle qu'établissent lesIdeen

Surtout ceci,

entreconscienceetréalité.Cf.notammentSuZ ,

§

83,p. 436-437. -

J.-L.Marion, Différence ontologique ou question

Tijdschrift voor Filosofie,49,4, 1987,p. 602-645.

liegt, die Erlebniswahrnehmung ist

durch Abschattung

»

1913

il. « Das Erlebnisstelltsich nichtdar.Dann

schlichtesErschauenvon etwas, dasin der Wahrnehmung als "Absolutes" gegeben

44,p. 92,

cettedéterminationdel'absoluitéde

29-33). Les Ideen,II,

l'ego, en soulignantqu'iléchappe « à

térisé par la « propriétéeidétique d'entrerenscèneetde

se retirer, decommenceretde

plicité »:«L

à

à

cesserdefonctionnerdemanière actuelle, de

istundnichtalsIdentischesvon

notamment

la

Erscheinungsweisen

§ 23,compléteront

la

génération età

régner ».

corruption»,puisqu'il estcarac-

Husserlnotera également sa« sim-

'egopur estdonnédansune ipséité absolueetdansuneunité qui nedonnelieu

regardpropre

103,8-13;105,2-8). -

Surtout ceci,

Vom Gesichtspunkt derPhänome-

aucune esquisse; ildoitêtresaiside façonadéquate, danslaconversiondu

la réflexionet quiopère unretoursurluientant que centredefonction.En

tant cpi'ego

pur, ilnerecèle pas derichessesintérieures latentes, il estabsolument simple, ilestdonné

au grandjour, toutesarichesserésidedansle cogito etdansle mode,quipeut êtresaiside

façonadéquate, desonfonctionnement» (Hua.,IV,

v.

nologie, La Haye,Nijhoff.

R.

Boehm, Das Absoluteunddie Realität,repris in

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504

/.-F. Courtine

atteintdans sa propre existence.» La

conscience

« dans son

pas

être absolu

propre de la réduction: «

le mondetout entier, avec toutesles choses, les êtres vivants, les hommes,

y compris nous-mêmes» (§ 50, 107, 2-6). Il est donc légitime et néces-

saire de reconnaîtrele « véritableabîme de sens » ( ein

desSinnes )

d'un côté un être

l'autreunêtrenécessaire

lument, un

et absolu, qui par principe ne se donne jamais par esquisse et en appa- rence » (§ 49). La déterminationhusserliennede l'êtrede la consciencecomme être

absolu peut donc très

aiguë

livre

conscience se

saire pour F êtrede la consciencemême (entendue en son sens le

de flux du vécu) - absolu ence

pure,

», demeure comme « résidu phénoménologique »

elle demeure, bien

que nous ayons

mis"hors circuit"

wahrer Abgrund

qui

s'insinue entrela conscienceet la réalité: « Nous avons

qui s'esquisse, qui

ne

peut jamais

être donné abso-

être purementcontingent et relatif, de

logiquement

trouver sa formulationla plus

premier

la

en référenceà la définitioncartésiennede la substanceau

des Principes : « Par conséquent nul être réel, nul être qui pour

,

figure

et se

légitime

au

moyen d'apparences

n'est néces-

plus

vaste

L'être immanentest doncindubitablementun être

principe nulla"re" indiget ad existendum.»12Mais

sa référencecartésienne précisément, ne

la

coup

problématique

S'agit-il

sens quepar

une telle détermination, dans

peut manquer classique : en d'un terme

cet horizon

sit substantiaet

quod univoce », avant de proposer une véritabledéfinition: «

nihil aliud

alia re indigeat

définition,prise

étant déterminé:

stantia

Deus. » Toutes les autres

comme « substances»

que la creatiocontinua: « Alias vero

eixstere

implique déjà

ce termede substance ne saurait s'entendre

que et du créé. - nature

substancey mais à tout le moins cette restrictiondécisive lui

d'échapper

substance:

l'être absolu et suprême -

de rencontreraussi du même

quel sens attribuerla catégorie de substance?

ou

analogue

? C'est

équivoque, univoque problématiqueque

précisément dans

§51:«

Quod

Descartes intitulaitson

istud nomen Deo et creaturisnon conveniat

rem

Per substantiam

ita existit, ut nulla

quae

cependantqu'une telle

un

intelligerepossumus, quam

ad existendum.»

-

Il est clair

strictementet à la lettre,

ne peut s'appliquer qu'à

Dieu. « Et

quidem

en effetêtre dites et

concours » divin

sub-

plane re indigeat, unica tantum potestintelligi,nempe

nulla

quae

resne peuvent sous réservedu «

»

Ce

conçues

qu'est

omnes, non nisi ope

qui

concursus Dei

immédiatement

Dieu

posse

précise

percipimus.

univoquement de

Descartes, on le sait, ne sera pas trop explicite

de cette

prédication non univoque s'agissant

»

sur la

du « nom » :

permet

objet unesubstance unique, à

à l'unicité de 1' «

de sa définition générale de la

savoir Dieu (at, VIII, i, 24).

12.«

Alsokeinreales Sein, kein solches, dassich bewusstseinsmässig durchErschei-

Das

prinzipiell nullare

nungen darstelltund ausweist, istfürdasSeindesBewusstseinsselbst notwendig. -

immanenteSeinistalsozweifellosindemSinneabsolutes Sein, dasses indiget adexistendum,»

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L'être et Vautre. Analogie et intersubjectivitêchez Husserl

505

contrai-

gnante

absolue, abstractionfaitede touteautreréalité transcendante,y compris

celle de Dieu, soit renoncerau sérieuxet à la

menacée d'une

mettrehors circuitla transcendancede Dieu (Ideen,

I, § 58),

si un Dieu absolu et transcendantdoit

tout autre acception de la transcendanceet de l'absoluité : « Ce serait

un "absolu"

que seraitde même d'autre part un êtretranscendanten un tout autre sens

que

très logiquement,

Husserl, lui non

plus,

ne pourrapas se soustraireà la

poser l'unité (unicité)

rigueur

logique

de cette

de la

de sa définition: il fautsoit

équivocité

sphère

définition,

sans recours. Husserl

possibilité

d'une

devra donc d'abord,

tout en réservantla

prédicationéquivoque :

ce sera en une

être présupposé,

en un tout autre sens

façon

l'absolu de la conscience; ce

l'être transcendantà la

La

du monde. »13

difficulté qu'entraîne cette«

est, semble-t-il,

reprise » de la définitioncartésienne

pleinement

reconnue

par

Husserl et

de la substance

encore aggravée

spinoziste

id, quod in se est et per se concipitur;

indiget concepta

à

la

et le

gegenüber der Seinsdignität der Subjekte.

en tant

et dernière) « insich» et « für

dans certainstextes par la référenceà la détermination

de la substance ( Ethica I, déf. 3) : « Per substantiam intelligo

alterius rei, a

,

quo

hoc est id,

cujus conceptus

non

formaridebeat. » expressémentquand

C'est en effet il veut établir

cettedéfinition que Husserl renvoie

hiérarchie ontologique qui

sujet

: « Die

que

s'instaureentrela « réalité », 1' « idéalité»

untergeordneteSeinsdignität der Realitätund Idealität

»14Le Moi (sujet) est en effet

«

höchsteund letzteSeinsdignität » (dignitéontologique suprême

sich».

L'absoluité de la conscience, dans la mesureoù elle définit, comme

nous l'avons

de l'absolue position), délimiteaussi une

région

autant d'ontologies matérielles - ,

et sur laquelle elles

rappelé,

une

sphère originale et originelle d'être (celle

région

ou mieux une archi-

auxquelles répondront subordonner

devient ainsi zéro de toute

(Urregion) à laquelle toutes les autres, -

ne pourront que se

devront s'orienter.

L'archi-régionEgo

le pôle de référence, le foyer ou le point central, le point

Surle nécessaire parallèle entretranscendancede Dieuettranscendance d'autrui,

cf.notamment FTL, § 99(Hua.,XVII,257,15-258,19) : « Le monde, l'existanten général

detoute espèce concevablene

cience.Toutce

desdonations qui le donnent"lui-même"etdes confirmations, toutcelaà l'intérieurde

cettevieinterne La relationdela conscienceà un monde, cen'est pas unfait qui m'est

imposépar

cen'est pas non plus unfait imposépar unmondeexistantd'unemanière contingente

c'estce quiprécède

préalable et par une légalité causalelui appartenant.

l'êtredeDieuetdu monde, ettoutce

Dieului aussi, est pour moice

cela je ne peuxpas détournerles yeux dansla crainte angoissée dece qu'onpeutpenser

êtreun blasphème,

ego :

cendance suprême. »

dignitéontologique subordonnéedelaréalitéetde1idéalitéenfacedela dignité

ontologique des sujets » {Hua.,XIV,256-257 et 295).

13.

pénètrepas0ùpa0£V dansmon ego, dansla viede macons-

estextérieurestce qu'il estdanscettevieinterneet reçoit sonêtrevrai

qui

undieudéterminantcetterelationd'unemanière contingente, de l'extérieur,

au

qu'il

L'a priorisubjectif,

estde qui

sans exception existe pourmoi, être quipense,

par ma

propre effectuationde conscience; de

maisaucontraire

je doisvoirle problème,

icicommeà l'égard del'alter

"effectuationdeconscience"neveut pas dite quej'invente et queje faiscettetrans-

14.

« La

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5o6

J. -F. Courtine

ordination, subordinationet hiérarchisation.La letzte undhöchsteSeins -

à l'évidence la

dignitätoccupe aristotélicien. - Là encore, il quer la différence, l'écart ou

consciencecomme

desSeins überhaupt) de toutesles

les conséquences au fil de la multiplicité et de la diversité

(Ideen,I, § 76)

l'empire

l'empire de

s'y

ou dans notre enraciner; elles

elles en dépendent

qui est la plus

l'êtres* annonçant dans

la conscience, brefcomme être"transcendant".»15

gralementpartir radicale de toutes, entrel'être comme conscienceet

position

s'agit

du

tijjucotoctov xai áxpÓTocTov ov

Husserl de bien mar-

d'abord

qui

pour sépare Parchi-région de la l'être

en général (Urkategorie

d'en tirer

catégoriale nous avait livré

l'abîme

catégorieoriginelle de

autres régionsontiques,puis

phénoménologique

: « La réduction

de la consciencetranscendantale: c'était en un sens déterminé

l'être"absolu". C'est la

proto-catégorie de l'êtreen général,

viennent

langage la proto-région; les autres régions

catégories

de cette distinctionau sein de l'être

toutes. La doctrinedes

s'y rapportent en vertu de leur essence; par conséquent

doit donc inté-

III

Une différence ontologique aussi tranchée

Y

egoayant

complétudemonadique

ayant été ainsi établie, la

lequel

», être sans dehors ni

rien ne

été caractériséecomme« sys-

conscience envisagée dans sa puretéayant

tème d'être fermésur soi », système d'être absolu dans

peut pénétrer et duquel rien ne peut s'échapper

spatial ni temporel(Ideen,I, § 49),

monadique, il apparaît clairement que la question