Vous êtes sur la page 1sur 42

Dialogues d'histoire ancienne

Cadastres romains et terroirs circulaires


Madame Jacqueline Soyer

Citer ce document / Cite this document :

Soyer Jacqueline. Cadastres romains et terroirs circulaires. In: Dialogues d'histoire ancienne, vol. 10, 1984. pp. 319-359;

doi : https://doi.org/10.3406/dha.1984.1631

https://www.persee.fr/doc/dha_0755-7256_1984_num_10_1_1631

Fichier pdf généré le 16/05/2018


DHA 10 1984 319 - 360

CADASTRES ROMAINS ET TERROIRS CIRCULAIRES

Les terroirs circulaires ou mieux les parcellaires circulaires sont des


formes particulières de cadastres radioconcen trique s, parfois ovoïdes ou
elliptiques de superficie diverse. On distingue deux variétés selon leurs
dimensions, qui semblent d'origine différente :
Les petits terroirs souvent très bien délimités, qui ont parfois la forme d'un
cercle parfait, englobant ou non un village. Certains possèdent même des
traces de fossés plus ou moins comblés, dans leur enceinte. D'autres sont
composés de plusieurs cercles concentriques. Leur morphologie tendrait
à les dater de l'époque médiévale, au moins pour certains d'entre eux ;
leurs formes et leurs dimensions sont la plupart du temps issues d'une
fortification initiale qui s'est agrandie, motte ou château au centre, village
autour, le tout encerclé de fossés parfois multiples.
Les grands terroirs aux dimensions beaucoup plus vastes et très variables
composés uniquement de champs, comprenant parfois des bois, avec ou
sans village au centre, souvent flous à la périphérie et mal délimités au point
que seul un changement de l'orientation du parcellaire environnant permet
d'en déceler la limite réelle, mais qui peuvent aussi être axés sur un village
et posséder un chemin de limite bien dessiné. Leur âge reste indéterminé
à ce jour et a souvent prêté à discussion : médiévaux ? pré-romains ? inda-
tables ? jusqu'à maintenant rien ne permet de les dater avec certitude. C'est
pourquoi cette étude a pour but de tenter, par le biais d'une chronologie
relative, de situer au moins approximativement leur fondation. En
examinant les relations formes circulaires-cadastres antiques (romains) peut-être
arriverons -nous à cerner d'un peu plus près l'origine de ces formes. Dans
cette étude il ne sera question que de la seconde catégorie : les grands
terroirs.

RÉPARTITION DES TERROIRS CIRCULAIRES : PREMIERES


CONSTATATIONS.

Si l'on compare la carte générale de répartition des terroirs circulaires


(fig. 1) avec celle des grandes régions de cadastre antique (fig. 2) telles que
320 J. SOYER

nous les connaissons à ce jour, on constate que les premiers tendent à


disparaître à mesure que l'empreinte romaine s'amplifie : la Provence et le
Languedoc sont pratiquement vides de terroirs circulaires, une seule exception
pour la Provence, que nous étudierons particulièrement plus loin. Certes,
on ne connaît pas encore tous les cadastres antiques de Gaule, leurs vestiges
n'ont pas toujours été retrouvés pour des raisons diverses. Certaines régions
n'ont pas encore fait l'objet d'études rigoureuses à ce sujet, les modifications
du paysage rural ont parfois été si profondes, après l'époque romaine, que
tout vestige peut avoir été effacé (défrichements médiévaux ou plus récents,
remembrements modernes entre autres), l'implantation des cadastres antiques
fut peut-être plus légère dans certaines régions, moins bien ancrée dans le
paysage rural, et par conséquent ils ont moins bien résisté à l'usure du temps,
enfin certains sols meubles (sables, argiles, marnes) gardent mal les
empreintes, la géologie pèse lourdement sur la conservation des limites agraires.
J'ai donc sélectionné, au hasard, un certain nombre de terroirs parmi ceux
qui avaient été retrouvés sur les photographies aériennes il y a fort longtemps,
faute de pouvoir tous les étudier sous cet angle, un peu dans toutes les régions
de France et j'ai cherché leurs relations avec les cadastres antiques le cas
échéant. Il en est ressorti quelques constatations parfois curieuses. Sur 37
terroirs sélectionnés :
4 n'avaient pas de traces de cadastres antiques
18 sont situés dans une région de cadastre orienté SO-NE
9 sont situés dans une région de cadastre SE-NO
3 sont incorporés à un cadastre N-S
3 font partie de régions à cadastres multiples d'orientations diverses.

TERROIRS QUE LA CHRONOLOGIE RELATIVE SITUE COMME


ANTÉRIEURS A L'ÉPOQUE ROMAINE

Allâmes (Eure-et-Loire - carte de Neuville aux bois - fig. 3)


L'étude de ce terroir à été faite uniquement sur photographies
aériennes, les cartes s'étant révélées très insuffisantes.
Ce très vaste terroir a peut-être eu une triple enceinte, mais les vestiges
sont si diffus qu'il est bien difficile de se prononcer.
La première enceinte ellipsoïdale d'environ 500 m de grand diamètre,
englobe strictement le village seul. Elle est aux trois-quarts détruite, en
particulier au Nord et à l'Est. Une partie est conservée à l'Ouest et au Sud du
village.
La seconde, d'environ 2 km 200 de diamètre, encercle les premières
parcelles groupées autour du village. Il n'en reste qu'une ébauche à peine
visible, côté SE.
La troisième est formée par le terroir lui-même, mal délimité et flou,
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 321

seule la forme rayonnante des chemins demeure. Peut-être un vestige


apparaît-il au SO où un chemin semble terminer le terroir ébauché.
Une voie antique : «le Vieux Chemin de Blois» traverse
diamétralement le cercle et sert d'axe principal au village visiblement construit dessus.
Les photographies font apparaître que le terroir dégénère à ГЕ de ceUe-ci
au profit du cadastre antique dont les vestiges deviennent plus denses de
ce côté. Il est bien difficile de donner une surface précise à ce grand cercle,
faute justement de limite nette, mais cette ébauche permet néanmoins de
mesurer un rayon d'environ 2 km 125, en prenant le village pour centre,
ce qui donnerait un terroir d'environ 1.400 ha. La région est couverte par
les vestiges d'un cadastre antique, incliné à 25° E. Ils sont relativement
bien conservés et assez denses malgré des traces évidentes de
remembrement récent, surtout les limites extrêmes du grand cercle, au NO et au SE.
C'est d'ailleurs probablement la cause de la disparition du chemin de
limite qui n'est conservé que dans le secteur où le remembrement ne l'a pas
atteint. Toutefois, le cadastre antique reste encore suffisamment visible
pour être reconstitué. On serait donc tenté, étant donné ces éléments, de
considérer le terroir circulaire comme antérieur au cadastre romain et à la
voie.

Boucé ( Orne - carte d'Argentant - fig. 4)


Au Sud du village de Boucé, se développe sur environ 500 ha. un
terroir bien dessiné et délimité par un chemin presque continu. Il n'englobe
aucun village et l'habitat se groupe de préférence sur le chemin de limite.
Ce sont soit des hameaux (La Goulafière, La Frênaie etc.), soit des fermes
isolées (Cordey) parfois en ruines (Les Houlettes), même Boucé, bien
qu'extérieur au cercle, est cependant très proche.
Sur ce chemin, on remarque des croix et des chapelles, des moulins et
quelques lieuxdits significatifs : le Gué, les Rues. Le centre ne révèle rien de
remarquable, composé de parcelles bocagêres pour la plupart.
Dans toute la carte, on retrouve des vestiges clairsemés d'un cadastre
antique SO-NE, incliné à 5° E. Malgré le paysage de bocage, on retrouve
des vestiges même à l'intérieur du cercle et leur densité reste semblable
à celle de l'extérieur. Parfois déformées, la plupart du temps morcelées en
courts tronçons, les lignes du cadastre antique présentent des équidistances
en mesures romaines, surtout dans le sens N-S. Les vestiges s'éclaircissent
au NE de la carte, très en dehors du terroir et une autre orientation
apparaît, plus oblique, dans la région de Vrigny.
Une tentative pour définir le module de ce cadastre donne une
possibilité de 707 m, mais sous très grande réserve car les vestiges sont très peu
denses et il y a peu de concordances.
Un élément de cadastres dans le sens N-S sert de limite à Г 0 du terroir
322 J. SOYER

circulaire et porte le lieu-dit «les Rues» . Il semble d'ailleurs avoir légèrement


sectionné le cercle auquel il ne serait alors que sécant. Ceci inclinerait à
penser que le terroir pourrait être antérieur au cadastre antique. La densité des
vestiges de celui-ci reste la même à l'intérieur et à l'extérieur du cercle.

Marcilloles (Isère - carte de Beaurepaire - fig. 5).


De ce terroir, il ne reste qu'un demi-cercle net, au N de la route
moderne qui suit elle-même le tracé d'une voie antique. Toutefois, des vestiges
espacés de l'enceinte circulaire subsistent au S de la route, légers et nettement
supplantés par les parcelles qui appartiennent au cadastre antique qui garnit
toute la plaine. Les dimensions du cercle restent difficiles à mesurer faute
de centre défini avec précision (ce n'est pas le village). Il se peut même
quïl y ait eu plusieurs cercles concentriques : des traces en sont encore
visibles au N. Toute la partie SE et S est entièrement recouverte par le cadastre
antique N-S, dense et très bien conservé . Tout se passe comme si le terroir
circulaire n'existait que là où le cadastre antique ne l'a pas effacé : il est
visiblement détruit entre Marcilloles et Thodure et pourtant il a bien existé
dans ce secteur puisqu'il en reste encore des traces. Il est situé à l'extrémité
О du cadastre romain, dans une région de friches et de boisements qui
semblent récents. L'intérieur du demi-cercle conserve quelques éléments récents.
L'intérieur du demi-cercle conserve quelques éléments du cadastre N-S,
mais très peu et toute la région est presque vide (bois, friches, etc.). On peut
donc se demander si le demi-cercle situé au N de la route aurait effacé le
cadastre dans ce secteur et si oui, pourquoi ne Га-t-il détruit que dans la partie
N tandis qu'au S le problème est inversé ?
La partie N serait-elle plus récente, reconstruite à une époque
postérieure à l'époque romaine tandis que la partie S était définitivement abandonnée
au cadastre antique qui perdurait ? On aurait alors une chronologie à trois
étapes :
1 — un grand terroir ovoïde
2 — un cadastre antique N-S effaçant le terroir circulaire au moins aux
2/3.
3 — reconstitution d'un demi -terroir au N de la route, à une époque
récente, après abandon et destruction du cadastre antique.
Ces hypothèses sont assurément possibles mais difficilement véri-
fiables. La superficie approximative du «cercle» est d'environ 900 ha.

Marmande (Lot-et-Garonne - fig. 6)


La photographie aérienne fait apparaître une grande quantité de faits
historiques qui se sont succédés et ont laissé leur empreinte. Le plan de la
ville elle-même est complexe et demanderait une étude particulière qui
n'entre pas dans le cadre de ce travail. Le terroir qui l'entoure a certainement
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 323

beaucoup souffert de destructions diverses. La ville est composée de trois


enceintes successives, dont il reste des vestiges visibles sur les photos. Autour
de la troisième s'ébauche un terroir semi-circulaire dont il ne reste qu'à
peine un quart de cercle dans le secteur E. Il est effacé au NO par un
cadastre antique SO-NE dont les vestiges très denses arrivent jusqu'aux abords
de la ville où ils disparaissent sous les constructions modernes, la gare en
particulier. La ville médiévale est incluse entre deux lignes de cardo
espacées d'une centurie et demie (centurie de 710 m) d*E en О et d'une centurie
entre deux directions decumanes du N au S. Elle s'inscrit donc sans
difficulté dans un peu plus d'une centurie.
On s'explique moins bien la dégénérescence du demi-cercle d'enceinte
primitif, limité au S par la Garonne. Le cadastre antique l'efface dans tout
le secteur où il est encore dense, c'est à dire au N de la ville qui, d'ailleurs,
n'en est pas le centre. Tout se passe comme si un terroir plus ancien que tout
le reste, semi-circulaire, appuyé sur le fleuve, avait préexisté, détruit d'abord
par un cadastre romain, détruit lui-même par la ville médiévale qui l'utilise
dans ses limites, puis par les indentations modernes aussi désordonnées
que tentaculaires.
Ces deux exemples sont, parmi les terroirs sélectionnés ceux qui le
plus typiquement se situaient dans une époque antérieure aux cadastres
antiques.

*
*

TERROIRS CIRCULAIRES QUE LA CHRONOLOGIE RELATIVE SITUE


COMME POSTÉRIEURS AUX CADASTRES ANTIQUES

Gouillons (Eure-et-Loire - feuille de Méréville - fig. ?)


Un vaste terroir radioconcen trique aux limites floues se développe
autour du village qui lui sert de centre et possède lui-même les vestiges de
deux enceintes concentriques : l'une, conservée à moitié mais que l'on peut
reconstituer aux trois quarts grâce à la photographie aérienne, la seconde
dont il ne reste que le quart à peu près. Elles ont donné actuellement des
rues du bourg. Ces enceintes sont médiévales.
Le cercle qui entoure le terroir a beaucoup souffert du
remembrement, qui en a effacé les limites précises, mais dont il reste quelques traces
dans les divers chemins desservant le village. C'est aussi le remembrement
qui est responsable de la destruction des éléments du cadastre antique
incliné à 20° E approximativement et que l'on reconstitue avec peine sur la
carte, très vide de limites de parcelles.
324 J. SOYER

Dans ces conditions on pourrait s'étonner que ce village ait été choisi
comme exemple, s'il ne possédait pas quelques particularités importantes.
Il est inscrit dans un carré de 5 centuries de 710 m de côté, soit un
saltus, rareté qui méritait à elle seule le signalement. Le village en est
pratiquement le centre; deux centuries à ГЕ et au N, trois à ГО et au S. Ce fait
place d'emblée le terroir comme postérieur au cadastre puisque ce dernier
le limite. Mais :
1) Le chemin de St Mathurin, connu en Beauce comme voie romaine,
limite le cercle extérieur du terroir dans le secteur S et un décrochement du
chemin forme un coude et amorce le cercle d'enceinte (cote 141) ce qui
placerait le terroir comme antérieur à la voie.
Toutefois la voie peut-être postérieure au cadastre tout en restant
romaine.
2) II subsiste quelques traces du cadastre antique dans le secteur E
mais peu sûres et invérifiables par suite des destructions récentes dues au
remembrement, elles sont incluses dans le terroir. On obtient donc la
chronologie suivante :
a - le cadastre antique
b - le terroir circulaire
с - la voie antique
d - les enceintes du village
mais alors le terroir semblerait remonter à l'époque romaine, placé entre
le cadastre et la voie : ce qui ne semble guère possible. Ou bien il faut
admettre que la voie n'est pas antique : ce qui semble tout aussi peu
probable. Enfin on peut penser que le décrochement du chemin de St Mathurin
serait un accident plus récent et qu'il y aurait eu capture du chemin par le
cercle à une époque postérieure à l'Antiquité. Ce qui n'est pas
impossible. De toutes façons le terroir reste postérieur au cadastre.

Morville-en -Beauce (Loiret - cartes de Méréville 7-8 - Malesherbes 5 et


Pithiviers 1 - fig. 8)
Un vaste terroir ovoïde entoure le village qui, une fois de plus, n'en
est pas le centre, mais au contraire est très excentré vers le NO, bien
délimité par des chemins, sauf au NO précisément, où la limite est effacée.
Voisin du précédent terroir, le cadastre antique qui l'entoure est
probablement le même, l'inclinaison de celui -ci n'ayant pu être mesurée à Gouillons.
Nous avons trouvé ici 27° E, il est moins effacé, le remembrement ayant été
moins destructeur sans doute. On constate aussi qu'il est pratiquement
vide d'éléments du cadastre antique alors que les vestiges de celui-ci sont
encore denses à l'extérieur : tout se passe comme si le terroir avait effacé
presque totalement le cadastre et par conséquent lui serait postérieur.
Cependant certains tronçons de l'enceinte extérieure du terroir, notam-
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 325

ment à ГЕ, sont effacés par le cadastre : la chronologie relative reste donc
imprécise et délicate car un doute subsiste toujours, à savoir si d'autres
causes ne sont pas responsables des destructions et du terroir et du
cadastre, lesquelles peuvent nous échapper à l'interprétation des photographies.

Granges le Bocage (Yonne - carte de Sancerre - fig. 9)


Étant donné les remaniements importants qui ont affecté le
paysage rural dans la région, les limites de parcelles figurant sur la carte ne
correspondent plus à rien de ce qui fut autrefois (comparer la carte au 1/25.000
et la photographie aérienne), il est pratiquement impossible de reporter
sur la carte ce que l'on voit sur la photo. Il faudrait essayer de consulter
des cartes plus anciennes, pour la plupart introuvables. Force est donc de se
contenter de faire les recherches sur les photographies directement avec
ce que cela comporte de difficultés et de possibilités d'erreur, dans les
mesures notamment.
On y remarque des vestiges denses d'un cadastre incliné àll°5O,
au S du cercle du terroir et empiétant sur le secteur SE. Quelques traces
demeurent dans le quart NE et SO. Au N du terroir circulaire, les vestiges
disparaissent, tandis que dans le secteur NO, il semblerait que le parcellaire
antique ait été détruit par le cercle du terroir qui serait par conséquent
postérieur à l'époque romaine.
Quant au secteur SO, il est effacé par la forêt.
Le village est clos d'une enceinte médiévale dont les vestiges restent
encore nets et il semble qu'une voie antique traverse le terroir du N au S,
à ГЕ du village portant le nom de «Chemin de Vauluisant». Un peu à
l'extérieur du terroir, on trouve des toponymes évocateurs : la Haute-Borne,
la Chapelle-des-Bornes, les Pierris, qui jalonnent ce chemin.

Beuzeviîle - Cottevrard - Bosc le Hard - Bose Béranger (Seine-Maritime -


cartes de Gères - fig. 10)
Ces quatre villages voisins l'un de l'autre au point que les terroirs
de Bosc-Béranger et Cottévrard sont tangents, portent des vestiges d'un
cadastre antique incliné à 42° E, donc assez oblique, denses localement,
ou au contraire très dispersés, par le fait du remembrement.
Bosc le Hard contient dans son plan les traces d'une triple enceinte
médiévale assez détériorée dont seule demeure entière l'enceinte centrale, la
seconde est détruite à moitié, la troisième aux trois quarts. Les vestiges du
cadastre antique localisés à l'extérieur de cette dernière ne semblent que
peu affectés par le cercle extérieur du terroir surtout dans le secteur SE
du village où une partie du cadastre est incorporée au terroir tandis que
dans les secteurs N et NO c'est le contraire. Le cercle semble détruire le
cadastre qui vient buter sur lui et s'arrête net.
326 J. SOYER

Cottévrard possède des vestiges de cadastre plus denses que le précédent


surtout au SE : un tronçon de decumanus assez long traverse tout le secteur
NO représenté par la route D 96. Le village s'est installé au croisement d'un
cardo et d'un decumanus (D 25 et D 96).
La photographie fait apparaître au SO du village les traces d'une double
enceinte médiévale très détruite.
Les éléments les plus denses du parcellaire antique sont localisés au S
du village entre la deuxième enceinte et le cercle délimitant le terroir.
Celui-ci n'a donc pas détruit, ni gêné, la pénétration du cadastre. Ce terroir
est d'environ 500 ha.
Bosc-Béranger est entouré d'un terroir tangent au précédent, d'une
superficie d'environ 600 ha, mais qui n'a fait l'objet que d'une étude partielle.
Dans la partie О du terroir on remarque quelques vestiges de cadastre
antique, assez dense, au SO du village.
Bien entendu, il faut tenir compte dans ces remarques du fait que les
éléments du cadastre sont amenuisés par le remembrement et que la carte
au l/25OOOe ne reproduit pas toutes les limites de parcelles qui seraient
indispensables à la bonne reconstitution du quadrillage antique. Les
photographies aériennes fournissent beaucoup plus de renseignements.

Bourges (Cher - fig. 1 1)


La ville est entourée d'un cadastre circulaire immense mais
extrêmement détruit, en particulier au NO (St Doulchard). Dans ce secteur,
subsistent malgré tout des vestiges du cadastre antique et de vignes (voir la carte
de Cassini). Mais la carte géologique pourrait expliquer ce vide : le sous-sol
de la région est composé de marnes, terrain qui retient assez mal les limites
alors que le reste du terroir est le domaine des calcaires. La nature du sol
peut donc être responsable de la disparition des éléments du cadastre romain
et du cercle d'enceinte du terroir circulaire.
A ce terroir correspond donc sur la carte de Cassini le domaine des
vignes et si l'on en croit R. Dion (1) ce vignoble existait déjà au 5e siècle.
On remarque aussi que le terroir, assez mal délimité la plupart du temps,
s'arrête à Soye-en-Septaime, village construit sur cette limite, et qui, toujours
d'après R. Dion était la limite de la banlieue de la ville au Haut Moyen Age
(10e- Ile s.). Le terroir circulaire remonterait donc à une époque comprise
entre le 5e et le 10e s. ? Nous voyons sur la carte, la limite externe du
terroir incorporer des villages et des fermes : Soye-en-Septaime, fermes de
Coulon, Le Pain Perdu, Faisin, les Noyers, la Maison Rouge, La Chapelle
St Ursin, le Colombier, Mazières, St Michel de Volangis etc. Si beaucoup
de ces toponymess sont médiévaux, certains ont une origine antique ou
désignent des emplacements de sites antiques, tels que Mazières, ou la Maison
Rouge. On voit des routes importantes contribuer à délimiter le terroir :

1. DION, Histoire de la vigne et du vin en France, Paris 1959, p. 154 et 278.


DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 327

D 46 - 31 - 107 - 160, tandis que les routes nationales servent de rayons


au cercle à partir de la ville : N 144 - 140 - 152-76 etc.
Un certain nombre de croix sont situées sur ce périmètre et toutes
ne figurent pas sur la carte, ce qui souligne l'importance du cercle
d'enceinte.
Ce vaste terroir circulaire est construit au contact de deux cadastres
antiques qui le pénètrent largement. Le secteur NE appartient à un cadastre
SO-NE, qui s'arrête aux abords de Fussy. Le reste du terroir est le domaine
d'une orientation SE-NO (25° 0) qui garnit pratiquement toute la feuille
de carte. Des vestiges de cardo très longs traversent le terroir de part en part.
Ce cadastre a été très détérioré autour de la ville et les éléments qui le
composent sont d'autant plus espacés sur la carte que celle-ci ne reproduit pas
toutes les limites de parcelles visibles sur les photographies. Les abords
immédiats de la ville ont beaucoup souffert des installations modernes :
industries, aérodrome, terrains militaires, etc. Il ne reste plus guère de
traces et il est assez difficile de se faire une idée exacte de ce qu'il a pu être
réellement, mais son existence reste tout de même prouvée par les quelques
éléments retrouvés au NO et au SO de la ville autour de La Chapelle St
Ursin où se trouve justement le lieu-dit «la Maison Rouge». Ailleurs, il n'y
a pratiquement plus aucun élément de cadastre à l'intérieur du terroir alors
que les vestiges réapparaissent à l'extérieur (Plainpied - Givaudin - Soye).
Le terroir circulaire apparaît donc comme ayant détruit le cadastre antique
et par conséquent lui serait postérieur, ce qui nous ramène à l'hypothèse
énoncée d'un terroir daté du Haut Moyen Age.

LES TERROIRS QUI N'APPORTENT AUCUNE RÉPONSE A LA


CHRONOLOGIE RELATIVE

Ce sont nettement les plus nombreux.

Poitiers (fig. 12) et sa région Sud (fig. 13 - cartes de Poitiers et Chauvigny)


La ville de Poitiers est entourée d'un très vaste terroir ellipsoïdal dont
une partie seulement, à ГО, a été détruite par la construction de l'aérodrome :
comparer les cartes du l/50.000e de 1922 et les photographies aériennes
ou la carte au 1/25. 000e plus récentes avec les cartes plus anciennes (1/
80.000e) sur laquelle le terroir n'est pas effacé, mais délimité et flou à sa
périphérie, il est peu marqué, ses limites restent difficiles à définir sur les
cartes successives et les photographies.
Les vestiges peu denses d'un cadastre antique incliné à environ 28°
О pénètrent le secteur SE et n'ont été effacés que par la ville et ses
constructions récentes. Le croquis donné de ce cadastre, ayant été relevé sur
328 J. SOYER

les photographies, les éléments qui le composent n'ont pas été effacés car
les photos sont plus anciennes que les constructions. Seule la ville ancienne
dont le plan antique est totalement indépendant du parcellaire, forme
barrière au cadastre.
Sur le cercle de pourtour, on remarque des lieux-dits caractéristiques
les uns antiques, les autres médiévaux : les Grands Ormaux sont les vestiges
d'une ancienne motte. Mais définir le cercle de limite reste délicat et il est
bien difficile de donner une limite exacte au terroir : la comparaison des
cartes (1/ 50.000e ancien, l/50.000e - 1922) et des photos donne de grandes
variations à cette limite : les photographies agrandissent considérablement
la surface du terroir et par conséquent la possibilité d'y incorporer les
vestiges du parcellaire antique.
Un peu plus au S, sur la carte de Chauvigny, plusieurs villages forment
un groupe de terroirs circulaires de dimensions variables (fig. 14 et 13):

Vernon, le plus au S, Nieuil l'Espoir, au N du précédent et tangent au Bois


des Renardières (terroir sans village), Roche Prémarie-Andillé à ГО. Ces
quatres terroirs forment un groupe assez bien conservé, de dimensions
moyennes. Les chemins d'enceinte sont en général faciles à reconstituer, la plupart
du temps composés de fragments de chemins ou de limites de parcelles.
Les vestiges d'un même parcellaire antique les recouvrent localement
tous largement, surtout Nieuil, et n'y semblent pas plus clairsemés que dans le
contexte environnant. On peut dire que, si le cadastre antique a dégénéré
ce n'est pas par le fait des terroirs et réciproquement. Les secteurs vides
d'éléments antiques, de même que les terroirs ont été plus détruits par le
regain de la forêt que par leurs propres interférences : la région de la carte
la plus vide de traces antiques, au SO, est occupée par le bois de la Vayolle.
Sur les circonférences extérieures de chaque terroir, on trouve, ici
encore, les critères habituels d'ancienneté : lieux-dits, croix, moulins, etc.
Mais malgré tous ces éléments de datation rien ne peut permettre de
dire lequel est antérieur, du terroir circulaire ou du parcellaire antique, il
n'y a pas de chronologie relative suffisamment nette.

Aubigny sur Nère (Cher - fig. 15 - cartes d'Aubigny, Gien, Argent s/Sauldre,
Léré)
Autour de la ville se développe un très vaste terroir d'environ 22.000 ha
dont la limite réelle reste souvent indécise et quelquefois même est totalement
absente (secteur SE). De composition complexe, ce terroir comprend
plusieurs enceintes successives révélées par les photographies.
Autour de la ville, nous voyons successivement :
1) un cercle initial à l'intérieur de la ville actuelle : première enceinte
médiévale délimitant le bourg primitif dont il ne reste que 3/4 de cercle.
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 329

2) une première ellipse l'entoure formant une seconde enceinte à la ville,


composée de fossés larges devenus boulevards souvent ombragés.
3) un demi-cercle relativement vaste englobe la ville et ses faubourgs et
un parcellaire restreint de jardins et de quelques champs aux abords
immédiats de la ville. Une partie du cercle d'enceinte existe encore sous forme
de routes ou de chemins de terre, passant par la Maladrerie, Villeneuve,
St Ligori, le Moulin des Filles.
A ces premiers enceintes, la carte au l/50.000e ancienne ajoute deux
limites circulaires de terroir :
4) la plus petite comprend presque uniquement des champs, elle est axée
sur le çentre-ville et passait par le cimetière, le Moulin Neuf, le Moulin
de Bled, la Motte David etc. Elle laissait à l'extérieur bois et landes qui ne
sont incorporés au terroir que par la dernière enceinte
5) Celle-ci représente le terroir complet. Elle comprend des bois sur son
pourtour (0 - SO - S).
La ville, de plan circulaire, au départ, n'est pas le centre de
l'ensemble mais reste largement décalée vers le N0. Le grand diamètre est
représenté par la Nère qui traverse le terroir de part en part. Sur le chemin de
limite se sont installés des habitats : fermes isolées, moulins ou lieux-dits
plus ou moins évocateurs (le Vivier, les Grands Usages). Les vestiges d'un
parcellaire antique incliné à 30° apparaissent surtout dans les secteurs NO
et SE mais il y a aussi quelques traces dans la région S. La forêt de la Thiau
les efface localement. Le chemin de limite du terroir est lui-même détruit
dans les secteurs où les éléments antiques sont les plus denses : toutefois
ils restent encore nombreux à l'intérieur du terroir, même près de la ville
et ne sont effacés que dans les secteurs SO par la forêt, et SE, NE et N par
le remembrement. Faute d'avoir une carte valable au moment où cette étude
a été faite, les vestiges du cadastre antique ont été repérés sur les
photographies directement. Une fois de plus l'aspect du terroir est très différent
sur la carte et sur les photos (cf. celui de Poitiers). Des détails apparaissent
nets sur les photos, alors que la carte ne les indique pas ou mal (par
exemple les enceintes de la ville), par contre la carte donne de meilleures
résultats en ce qui concerne les divers cercles concentriques qui composent le
terroir proprement dit : des chemins y figurent qui ont disparu sur les
photos. La densité des éléments antiques diminue non par le fait du terroir
mais à cause d'événements récents : remembrement, humidité du sol etc.
Dans ces conditions, la chronologie relative n'apporte pratiquement
aucune datation.

Paudy (Indre - carte de Vatan - fig. 17)


Dans la région de Vatan, entre les villages de Paudy, les Bordes, et
Liseray, à peu près à mi-chemin des trois apparaît un terroir circulaire sans
330 J. SOYER

village, de faible superficie, et appartenant aux trois communes qui se


partagent son territoire. Partiellement remembré, axé sur un carrefour de
chemins et un ruisseau, la Mortaigue, bien délimité par un chemin d'enceinte,
il est situé à la périphérie d'un parcellaire antique incliné à 16° 0. Une
partie des anciennes parcelles a été bouleversée surtout dans le secteur S et
quelques éléments subsistent encore dans la partie N. Un autre cadastre SO -
NE est proche, autour du village des Bordes, mais n'arrive pas jusqu'au
terroir considéré. Très proche aussi, est le très vaste terroir d'Issoudun que
nous n'étudierons pas ici faute d'avoir eu les moyens de reconstituer au
complet le parcellaire antique qui l'entoure et dont nous ne connaissons
que la partie N.
Dans ce cas encore la chronologie relative n'apporte pas de
conclusion définitive. On a réellement l'impression que les deux variétés de
cadastre, romain et circulaire sont parfaitement indépendants l'un et l'autre et
sans le moindre rapport entre eux.

Dun sur Auron (Chei - fig. 18)


La carte au l/50.000e ancienne fait apparaître autour de la ville un
terroir circulaire assez net au S de l'agglomération, tandis que la partie N
présente quelques tronçons de chemins qui ont peut-être formé autrefois
une enceinte complète mais dont il ne reste que bien peu de vestiges. Le
diamètre passe par la ville, constitué par une route moderne rectiligne. Sur
les photographies les mêmes éléments d'enceinte sont visibles mais aussi
des traces de remembrement et d'un reboisement récent (17e - 18e s.) qui
expliquent l'effacement de la circonférence. Cela donne un terroir ovoïde
d'environ 2 700 ha dont le cercle extérieur de limite passe par des lieux-
dits caractéristiques : Moulin Neuf, la Grange Rouge.
Deux cadastres antiques semblent avoir recouvert la région mais qui
ont eux aussi été très détériorés. Un seul, incliné à 20° О intéresse le
terroir. Dans le secteur N, le remembrement l'a affecté et des broussailles ont
effacé les parcelles et rongé le cercle de limite. Au S, tout est bien conservé :
le parcellaire intérieur du terroir garde l'orientation antique, les vestiges du
cadastre ne sont pas plus détruits que le cercle du terroir et celui-ci semble
peu affecté par la présence du cadastre antique.
La ville elle-même mérite une attention toute particulière. Son plan
géométrique complexe primitivement rectangulaire devient ovoïde au Moyen-
Age (remparts). Elle garde un découpage en quartiers quadrillés : deux rues
principales se coupent en croix en son centre. Elle conserve d'ailleurs encore
beaucoup de vestiges du Moyen-Age : remparts, église, maisons, vieilles
rues. On remarque que le plan de la ville, plus récent,est discordant par
rapport aux traces antiques.
Sur le chemin d'enceinte, on rencontre des constructions d'âge divers :
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 331

château du 17-18e s, dont le parc a détruit le cercle, hameaux, un ruisseau


affluent de l'Auron fait partie de l'enceinte au NO, des fermes isolées dont
la Grange Rouge, toponyme gallo-romain qui correspond à la zone de
superposition des vestiges du cadastre antique et du terroir. Les autres fermes
portent des noms à consonance plus récentes : Domaine Neuf, Moulin Neuf,
Villeneuve, etc. et se sont installées sur le pourtour du terroir.
Mais il reste cependant impossible de dire lequel a préexisté du terroir
ou du cadastre antique.

Neuvy en Champagne et Cures (Sarthe ■ carte de Sillé-le-Guillaume - fig. 19)


Voici deux terroirs circulaires en pays bocager, assez mal délimités
et flous. L'enceinte de Neuvy disparaît dans le secteur S et le village de
Cures n'est pas en entier sur la carte. On constate que chacun de ces terroirs,
pourtant voisins, est couvert par un parcellaire antique différent. A Neuvy
il est NO-SE incliné à 24° E. A Cures, c'est un cadastre N-S. Les vestiges
de ces cadastres sont très peu denses dans toute la carte, mais les recherches
avec les grilles ont permis de retrouver dans le cas de Neuvy un certain
nombre de coincidences avec un module probable de 707 m. Le terroir circulaire
de Cures est assez affecté par le cadastre et les vestiges y sont relativement
denses, mais étant donné sa situation en bordure de carte nous n'avons pas
pu reconstituer suffisamment de surface cadastrale antique pour pouvoir
retrouver un module possible. A Neuvy, une voie qui semble antique
traverse le terroir de part en part et celui-ci dégénère au S de la voie.
Malgré la faible densité des éléments du cadastre antique, clairsemés,
il semble peu douteux qu'il y ait eu une colonisation romaine du sol, mais
que la mise en valeur médiévale a énormément bouleversée : même à
l'extérieur des terroirs le parcellaire a été très remanié. Une chronologie relative
précise ne peut donc guère être établie dans ce cas. Il faut tout de même
noter que les deux terroirs sont situés à la limite de deux orientations
cadastrales différentes, ce qui se produit assez fréquemment.

Romagne (Vienne - carte de Luzignan - fig. 20)


Dans une région très différente, ce village conserve dans son plan
les vestiges d'une enceinte médiévale, de même qu'un certain nombre de
ceux que nous avons déjà étudiés. Un terroir circulaire, dont le chemin de
limite est conservé aux trois quarts, forme la troisième enceinte d'un
ensemble relativement cohérent comprenant :
1) le village entouré des vestiges de fossés encore bien visibles sur
photographie aérienne.
2) un premier cercle déformé et détruit à-demi entoure les jardins et
quelques champs et petits bois proche du village.
3) la troisième enceinte englobe tout un système de parcelles rayonnantes,
mais dont la partie E est détruite, les champs n'y sont plus adaptés à la forme
332 J. SOYER

radioconcen trique, mais divergent comme appartenant à un autre


ensemble cadastral.
L'aspect du bourg rappelle en moins net et moins bien dessiné certains
petits terroirs que nous n'avons pas étudiés ici (Malicorne et Mirebeau
d'Allier) avec un plus vaste parcellaire autour.
Le chemin d'enceinte extérieur porte peu d'habitat, mais une croix
(la croix du Tilleul) est située juste à la jonction du grand cercle et d'un
élément de cadastre antique.
Le terroir est largement pénétré en plein centre par les vestiges d'un
cadastre antique incliné à 22° E. Des éléments de ce cadastre demeurent
entre les premières enceintes (jardins) et surtout entre la deuxième et la
troisième. Le chemin de limite extérieur incorpore un élément du cadastre
antique : le chemin de limite serait-il plus récent ? (région entre «Les Taudis
et Beauvais) ? Seule la troisième enceinte «utilise» les éléments du cadastre.
La recherche d'un module donne quelques probabilités pour 707 m mais
sans certitude car il y a aussi des coincidences avec le module 710 m.

Saint Léger de Montbrun (Deux-Sèvres - carte de Montreuil -Bellay - fig.


21)
Ici, les rapports entre les deux formes de parcellaires restent difficiles
à cerner car la forêt récente masque tout le secteur S du terroir circulaire
et efface tout vestige possible des deux cadastres. Cet exemple illustre bien
le fait que trop d'éléments perturbateurs peuvent faire disparaître les
formes cadastrales antiques ou autres et qu'il est donc parfois bien difficile
de faire la part des responsabilités en ce domaine. La région apparaît comme
une zone de contact entre plusieurs orientations de cadastres antiques (partie
S de la photographie). C'est d'ailleurs une région de grande densité
archéologique tant pré que protohistorique.

Cabannes (Bouches-du-Rhône - carte de Chateaurenard - fig. 22)


Voici le seul terroir circulaire retrouvé en Provence, région à forte
densité de centuriation : nous sommes ici en pleine région du cadastre
d'Orange A.
Sur les photographies, il est pratiquement impossible de voir le terroir
circulaire ou plutôt ovoïde qui entoure le village : il n'apparaît qu'un
ensemble de parcelles désordonnées. Le terroir n'est réellement visible que sur la
carte, assez mal délimité. Les vestiges de la centuriation sont moins denses
à l'intérieur qu'à l'extérieur du cercle ce qui pourrait faire conclure que
le cadastre antique est plus ancien que le terroir.
Mais sur les photographies, on distingue très mal le terroir qui n'efface
pas la centuriation et dont le chemin d'enceinte est très détruit ce qui
entraînerait à penser que le terroir est plus ancien que le cadastre puisqu'il a eu à
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 333

souffrir de son développement. Apparaissent aussi quelques éléments de


l'enceinte au N et à VO du village. La Durance Га effacé à ГЕ, avant que la
digue de protection n'ait été construite. Les conclusions sont contradictoires.
Les parcelles à l'intérieur comme à l'extérieur, sont dans un grand
désordre et il faut chercher trait par trait chacune des limites qui constituent
aussi bien le terroir que la centuriation.
Il ne semble donc guère possible, dans ces conditions, de dire lequel
est antérieur à l'autre.

*
* *

Quelles conclusions peut-on tirer des remarques que nous venons de


faire , aussi nombreuses que contradictoires ?
Pour certains terroirs, les vestiges de cadastre antique sont plus ou
moins effacés à l'intérieur : on aurait donc tendance à conclure que le terroir
est plus récent que le cadastre antique puisqu'il le fait dégénérer.
Mais peut-on être bien certain que la disparition des éléments du
cadastre est bien le fait de la création du terroir et ne peut être imputée à d'autres
facteurs ? Nous avons vu combien sont nombreuses les possibilités en ce
domaine, ne serait-ce que par le remembrement moderne. D'autre part nous
manquons trop souvent d'éléments datés avec précision pour étayer un
raisonnement chronologique solide. Sur les 37 terroirs étudiés, une forte majorité
présenterait des traces de cadastres antiques en plus ou moins bon état, 5
seulement ont totalement effacé le parcellaire antique et parmi eux, Я у en
a au moins un, où la forêt est responsable de cette destruction. Peu gardent
sur leur territoire des vestiges denses mais ce sont ceux qui effacent le terroir
circulaire , on en conclurait donc que, au moins dans ce cas, les terroirs
circulaires sont antérieurs au cadastre antique.
Mais il y a autant de terroirs circulaires qui détériorent les cadastres
antiques et 10 cas ne permettent guère de généraliser. On serait tenté alors
de considérer les terroirs comme postérieurs aux cadastres. D'autre part
des éléments de chronologie viennent encore compliquer le problème :
à Romagne, Cottévrard, Bosc le Hard, les cadastres antiques ne sont
effacés que par les enceintes des villages, ce qui est bien normal puisqu'elles
sont médiévales, mais non par le cercle d'enceinte du terroir, qui n'est
d'ailleurs pas toujours centré sur le village et semblerait donc très indépendant,
ce qui dissocie terroir et village pour l'époque de leur création et tout se
passe comme si un terroir avait préexisté sur lequel l'habitat se serait modifié
à travers les siècles : déplacement du village, enceinte médiévale plus récente,
etc. Il ne faut donc pas se hâter de conclure que les terroirs datent du Moyen
Age ou non. Les terroirs pourraient, dans certains cas, être postérieurs à
l'Antiquité, mais antérieurs à une certaine époque du Moyen Age : le cas de
Bourges est typique.
334 J. SOYER

D'autres éléments de chronologie sont encore plus délicats : à Gouillons


des preuves contradictoires placent le terroir entre les cadastres antiques et
la voie dite «romaine», mais celle-ci a pu être déformée et déviée
localement à une époque plus tardive. Le fait que le terroir s'inscrit dans un carré
de «Saltus» reste un élément déterminant sans pour autant dater avec
précision.
A Allaines, le terroir est coupé en deux par une voie romaine qui le
fait dégénérer partiellement mais cette dégénérescence est-elle
contemporaine de la voie ? Que celle-ci ait joué un rôle perturbateur c'est
incontestable mais l'évolution a pu se faire récemment.
La fréquence des vestiges médiévaux dans les villages à terroirs : fossés
comblés, enceintes parfois multiples, vestiges d'habitat, très souvent
localisés sur le chemin d'enceinte, ne sont pas davantage plus probants, ils
permettent seulement de dire que le terroir était déjà là lorsqu'on les a
construits.
La coïncidence de toponymes gallo-romains sur ce même chemin
d'enceinte reste trop souvent liée au fait qu'ils se trouvent aussi dans une
région de cadastres antiques et l'on ne sait plus très bien si leur présence
est justifiée par celle du terroir ou par celle du cadastre, et cette dernière
est peut-être la plus déterminante.
La grande indépendance des limites du terroir circulaire par rapport
aux villages à enceintes médiévales nettes, qui sont rarement le centre du
cercle du terroir, tendrait à prouver l'antériorité du terroir par rapport
au village ou à la ville car il y a déplacement de habitat. Enfin lorsqu'on
connaît la méthode d'établissement des cadastres romains, en Gaule en
particulier, le plus souvent autoritaire et rigoureuse, effaçant tout sur son
passage et remaniant le paysage antérieur (ex. la vallée du Rhône et la
Provence) on ne peut que s'étonner de voir un terroir circulaire demeurer sous
ces cadastres antiques. Normalement si le cercle est antérieur à l'époque
romaine il doit disparaître. Ce qui arrive parfois, nous l'avons vu, mais n'est
pas systématique, et tendrait à rejeter les terroirs circulaires à une époque
postérieure à la domination romaine. Peut-on alors penser que le cercle
postérieur au cadastre romain incorpore ce dernier sans le détruire et s'en
accommode ? Le fait que la centuriation maintient des vestiges mêmes
clairsemés à l'intérieur du cerle n'est pas sans étonner : si le terroir circulaire
est postérieur à la centuriation, il devrait l'effacer sauf peut-être dans le
cas où il y a coïncidence d'orientation entre les parcelles du terroir radio-
concentrique et du cadastre antique, tandis que les autres parcelles
disparaissent, or ce n'est pas le cas : les parcelles antiques conservées sont
indépendantes des directions radiales.
Alors une nouvelle hypothèse de datation des terroirs apparaît, issue
de ces contradictions : les terroirs dateraient-ils d'époques différentes ré-
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 335

pondant à un besoin précis identique à travers les âges : défricher et


protéger ?
Le problème de l'origine des terroirs circulaires semble donc encore
s'épaissir et la chronologie Terroir - Cadastres antiques est loin de suffire
aie résoudre.

Jacqueline SOYER
C.N.R.S. L.A. 338
1984
336 J. SOYER

LÉGENDE DES CARTES

Éléments de cadastre antique

zone de cadastre antique

limite de terroir circulaire

enceintes médiévales de village

limite communale • . . . -% / " t .:

•••*""*
limite de canton ••

limite départementale ^— * *""*"

croix w

moulin

tumulus ^

dolmen ^
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 337

LÉGENDES DES FIGURES

1 - Répartition des terroirs circulaires en France.


2 - Extension des cadastres et parcellaires antiques connus en Gaule. État
des recherches en 1984, d'après divers chercheurs.
3 - Allaines (Eure-et-Loire) cadastre antique et terroir.
4 - Boucé (Orne) cadastre antique et terroir.
5 - Marcilloles (Isère) cadastre antique et terroir.
6 - Marmande (Lot-et-Garonne) cadastre antique et terroir.
7 - Gouillons (Eure-et-Loire) photo IGN.
8 - Morville-en-Beauce (Loiret) cadastre antique et terroir.
9 - Granges4e-Bocage (Yonne) cadastre antique et terroir.
10 - Beuzeville- Cottevrard - Bosc-le-Hard - Bosc-Béranger : cadastre antique
et terroir.
11 - Bourges (Cher) cadastre antique et terroir.
12 - Poitiers (Vienne) cadastre antique et terroir.
13 - Région de Poitiers répartition des terroirs et des vestiges antiques.
14 - Poitiers, région Sud, les terroirs circulaires et les vestiges antiques
d'après les photographies aériennes, IGN.
15 - Aubigny s/Nèœ- terroir et cadastres antiques d'après les photographies
IGN.
16 - Aubigny s/Nère - Le terroir circulaire d'après la carte au l/50.000e
IGN.
17 - Paudy (Indre) et sa région, cadastres antiques et terroir.
18 - Dun s/ Aurons (Cher) terroir et cadastre antique.
19 - Neuvy et Cures (Sarthe) terroir et cadastre antique.
20 - Romagne (Vienne) terroir et cadastre antique.
21 - St-Léger-de-Montbrun (Deux-Sèvres) terroir et cadastre antique.
22 - Cabanne (Bouches-du-Rhône) cadastre antique et terroir d'après les
photos IGN.
338 J. SOYER

Fig. 1
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 339

Fig. 2
340 J. SOYER

Fig. 3
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 341
342 J. SOYER

* ' Sardieu
; bo i s des
burettes
,

111
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 343

Fig. 6
344 J. SOYER

Illustration non autorisée à la diffusion


DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 345

Fig. 8
346 J. SOYER

Fig. 9
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 347

ад
348 J. SOYER

Fig. 11
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 349

Fig. 12
350 J. SOYER

Fig. 13
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 351

Fig. 14
352 J. SOYER

Fig. 15
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 353

Fig. 16
354 J. SOYER
■ч»
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 355

\ \V

Çouy.

Fig. 18
356 J. SOYER

/A
/
X/

/ f 1 /1/ / / /

Í'

II

s//
// /
/
//

^
Í'

Fig. 19
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 357

Fig. 20
358 J. SOYER

ад

/ "/■■ Ví

II ,, '/'
V/i
DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 359

-r-

Fig. 22

Vous aimerez peut-être aussi