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Actes de la recherche en

sciences sociales

Présentation

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Présentation. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 1, n°1, janvier 1975. Hiérarchie sociale des objets. pp. 2-3;

https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1975_num_1_1_2445

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On trouvera ici, côte à côte, des textes qui diffèrent très profondément
dans leur style et leurs fonctions : textes "achevés" bien sûr, tels que les
appellent les revues académiques, mais aussi notes brèves, compte -rendus
d'exposés oraux, textes de travail, tels que projets et mémoires
intermédiaires de recherche, où se voient mieux les intentions théoriques, les
procédures empiriques de vérification et les données sur lesquelles s'appuie
l'analyse. La volonté de donner accès à l'atelier lui-même, qui ne connaît
d'autres règles que celles de la méthode, et de livrer les archives d'un
travail en train de se faire implique l'abandon des formalismes les plus
évidemment rituels : alignement à droite de la typographie, rhétorique du
discours suivi, articles et numéros de longueur uniforme, et, plus
généralement, tout ce qui conduit à la standardisation et à la "normalisation" des
produits de la recherche. Ne reconnaître aucun autre impératif que ceux
qu'imposent la rigueur de la démonstration, et, secondairement, la
recherche de sa lisibilité, c'est s'affranchir des censures, des artifices et des
perversions qu'engendre le souci de se conformer aux convenances et au
bon ton du champ universitaire : rhétorique de la prudence ou de la fausse
précision, appareil et apparat des discours de célébration qui ne sont
jamais qu'auto-célébration, gaspillage ostentatoire des signes d'appartenance
aux groupes les plus sélectifs et les plus sélects de l'univers intellectuel.

En renonçant à mettre des formes et parfois à mettre en forme, on rend


aussi possible la recherche d'un mode d'expression réellement adapté aux
exigences d'une science qui, prenant pour objet les formes et les
formalismes sociaux, doit reproduire dans l'exposition de ses résultats
l'opération de désacralisation qui a permis de les atteindre. On rencontre ici ce
qui fait sans doute la spécificité de la science sociale : conquis contre les
. éc *, . -es sociaux de dissimulation, ses acquis ne peuvent informer une
,;?.t: ue mdivf aoelie ou collective que si leur diffusion parvient à échapper
;j.t m vais partiellement aux lois qui régissent la circulation de tout dis-
''(. .rs rsur le monde social. Transmettre, en ce cas, c'est livrer, toutes
le*' fois que c'est possible les moyens de refaire, pratiquement et non
verbalement, les opérations qui ont rendu possible la conquête de la vérité
aas pratiques. Devant fournir des instruments de perception et des faits
uA nu peuvent être appréhendés qu'au moyen de ces instruments, la
science sociale doit non seulement démontrer mais aussi montrer,
presenter des enregistrements de l'existence quotidienne, photographies,
transcriptions de discours, facsimiles de documents, statistiques, etc. , et faire
voir, parfois par un simple effet graphique, ce qui s'y cache. On ne donne
réellement accès à la connaissance d'objets qui sont le plus souvent
investis de toutes les valeurs du sacré qu'à condition de livrer les armes du
sacrilège : sauf à croire en la force intrinsèque de l'idée vraie, on ne
peut rompre le charme de la croyance qu'en opposant la violence
symbolique à la violence symbolique et en mettant, quand il le faut, les armes
de la polémique au service des vérités conquises par la polémique de la
raison scientifique.

Le discours de la science ne peut paraître désenchanteur qu'à ceux qui


ont une vision enchantée du monde social. Il se tient aussi éloigné de
l'utopisme qui prend ses désirs pour la réalité que du sociologisme qui
se complaît dans l'évocation rabat-joie de lois fétichisées. La science
sociale se contente de détruire les faux-semblants et les faux -fuyants
forgés par une vision religieuse de l'homme dont les religions révélées
n'ont pas le monopole.