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MINISTERUL EDUCAŢIEI AL REPUBLICII MOLDOVA

UNIVERSITATEA DE STAT
FACULTATEA LIMBI ŞI LITERATURI STRĂINE
CATEDRA DE TRADUCERE ȘI INTERPRETARE DE CONFERINȚE ÎN LIMBA
FRANCEZĂ

Domeniul de studii:
Ştiinte ale Educaţiei

Teză de master
“Etude comparative des phraséologismes désignant l'argent et ses symboles en français et en
roumain”
(Aspects linguistiques et didactiques)

Autor:
Studenta ciclului II,
Ciobanu Mariana

Conducător ştiinţific:
D-na Grădinaru A,
dr. în filologie, conf.univ.

Chişinău, 2014
SOMMAIRE :
INTRODUCTION..............................................................................................................................3
Chapitre I. LA PROBLÉMATIQUE DE LA PHRASEOLOGIE
1.1. Concept de la phraséologie......................................................................................................6
1.2. Phraséologismes, locutions et mots composés......................................................................11
1.3. Critères de classification des locutions phraséologiques.......................................................14

Chapitre II. LES PHRASÉOLOGISMES DESIGNANT „L’ARGENT” EN FRANÇAIS ET EN


ROUMAIN
2.1. Les différents approches des unités phraséologiques............................................................17
2.2.1. Aspect structurel............................................................................................................18
2.2.2. Aspect sémantique.........................................................................................................26
2.2.3. Aspect pragmatique.......................................................................................................34
2.2. Similarités et différences du traitement des phraséologismes en français et en
roumain...............................................................................................................................................44

Chapitre III L’ASPECT DIDACTIQUE: LES PHRASEOLOGISMES COMME


MOYEN DE CONNAISSANCE ET DE MAÎTRISE DES LANGUES
3.1. Le rôle des phraséologismes dans l’enrichissement du français des écoliers et
lycéens................................................................................................................................................47
3.2. Pratique d’exercices et d’auto exercices de familiarisation et de
création...............................................................................................................................................48

CONCLUSION.................................................................................................................................55
BIBLIOGRAPHIE...........................................................................................................................58
ANNEXES.........................................................................................................................................61

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INTRODUCTION

L’actualité du thème - La présente étude s’insère dans les recherches sur les textes du
domaine du droit du travail et de la protection sociale. Poussée par le désir d’aller puiser dans la
langue et la culture, des éléments permettant de mettre en valeur l’art créatif des usagers de la
langue, on est tournée vers ce domaine. Fait de langue et reflet d’une riche culture, les
phraséologismes semblent être la matière lexicale idéale si l’on souhaite révéler les liens qui
existent nécessairement entre langue et société.
Les unités phraséologiques sont, de manière naturelle, au cœur des travaux des linguistes.
De nos jours, l’intérêt pour ces formes plus ou moins figées ne faiblit pas. On pourrait même dire
qu’ils bénéficient d’un capital de sympathie et d’attrait en raison de l’intérêt croissant pour les
racines et pour le naturel.
Les unités phraséologiques constituent un fond riche de la spiritualité du peuple et une
preuve de l’observation et de sa sensibilité. La cristallisation des phraséologismes aide de nous
montrer plastiquement et expressivement la circonstance dans laquelle on vit, on pense, on crée, on
meurt... M.Sadoveanu - l’écrivain roumain, disait que les phraséologismes sont « le sel de la
Terre », une richesse, un diamant de notre vocabulaire. T.Vianu - le critique roumain, soulignait le
fait que les expressions phraséologiques n’expriment pas l’auteur anonyme, mais le peuple entier -
qui les a appris, parce qu’ils correspondent à la fantaisie et à la sensibilité du peuple. Ils constituent
une expérience verbale de la pluralité des gens qui appartient au même collectif national. Les
phraséologismes réalisent la cultivation de la langue et actualisent le processus de la création
linguistique collective. Le phraséologisme c’est un trésor lexical qui montre la richesse expressive
de la langue. Comme a affirmé le notable écrivain roumain - M.Eminescu « La véritable richesse
d’une langue consiste toujours dans les unités phraséologiques - les archives non changés, qui se
forment pendant les années et donnent à chaque langue une physionomie propre à elle… »

Le but dans cette thèse consiste donc à étudier un compartiment de la lexicologie très
important- les unités phraséologiques désignant le mot « argent » en roumain et en français. Pour
réaliser le but proposé on a essayé de soumettre à l’analyse structurelle, sémantique, et pragmatique
des unités phraséologiques et d’explorer les problèmes théoriques et pratiques que posent à
l’apprenant l’étude des unités phraséologiques. L’argent c’est un mal qui vend et achète tout…
Ces problèmes ont été peu explorés dans le plan contrastif. Ce mémoire aborde donc l’étude
des unités phraséologiques selon une configuration large, on va déployer des méthodes, permettant

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à l' apprenant de juger des points de contact et des différences dans les approches liées aux unités
phraséologiques.
La cause des plus fréquentes fautes dans ce domaine est la connaissance superficielle des
unités phraséologiques et d’ici la conséquence naturelle – l’apparition des confusions. Enfin, ce
travail ne manquera pas d’intéresser tous ceux qui sont compétents dans la recherche des locutions
phraséologiques, en traductologie, en pragmatique, en linguistique ou encore les spécialistes des
études culturelles.
Pour réaliser le but final de ce mémoire de licence, nous nous sommes proposés les objectifs
suivants:
 Etudier le thème de la phraséologie, le concept de base, la définition „d’unité phraséologique”;
 Distinguer le spectre des notions du compartiment de la lexicologie: les phraséologismes, les
locutions, les mots composés;
 Analyser les critères de classifications des phraséologismes et leurs traits caractéristiques;
 Mener des travaux de recherche minutieuse visant les phraséologismes et ses symboles
désignant le mot „argent”;
 Déterminer l’analyse structurelle, sémantique, et pragmatique des unités phraséologiques
proposées en français et en roumain;
 Evaluer l’importance et le rôle des locutions phraséologiques dans l’enrichissement du lexique
français.
 Proposer une métodologie (des exercices) qui serve à améliorer l’acquisition de l’apprentissage
des unités phraséologiques;

Comme support théoretico-méthodologique nous nous sommes servies généreusement des


nombreux études qui ont apparu au cours des siècles ayant pour objectif la recherche du thème:
„Etude comparative des phraséologismes désignant l'argent et ses symboles en français et en
roumain”. On a consulté, analysé et syntétisé le contenu des études de: Negreanu Aristita; Bally
Charles; Rey A.; Colţun Gh.; Corlăteanu N., Christodorescu Anca-Maria; Gorunescu Elena; Chollet
Isabelle; Papcova Ina; Lopatnicova Nina; Timeskova I.N.; Tarhova V. A.; Bulgăr G.; Robert Jean-
Michel; Guţu Ana; Laşcu Tatiana; Cocieru Natalia; Chantreau Sophie; Gérard de Vecchi;
Catherine-Kerbrat-Orecchioni, etc. En consultant ces sources de documentation, on a étudié le
thème de cette étude.

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A travers ce fil thématique, nous avons utilisé les méthodes de recherche: descriptive,
contrastive, déductive, comparative, analytique, interprétative et le processus de la synthèse.
La structure de la thèse de licence consiste de: Introduction, trois chapitres, Conclusion,
Bibliographie et Annexes avec des exercices concernant l’utilisation correcte des unités
phraséologiques. Le premier chapitre contient des préliminaires théoriques, plusieurs
conceptualisation à l’aspect terminologique pour tenter de définir la notion - la mieux capable de
décrire les unités phraséologiques. Le deuxième chapitre est axé sur la pratique, l’analyse
structurelle, sémantique, et pragmatique. Dans le troisième chapitre- étape ultime de la recherche,
on analysera le rôle des phraseologismes dans l’enrichissement du vocabulaire des écoliers en
français et la pratique des éxercices et d’auto exercises de familiarisation et de création.

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Chapitre I. LA PROBLÉMATIQUE DE LA PHRASÉOLOGIE
1.1. Concept de la phraséologie
«La phraséologie - est un élément carrefour
dont l’étude engage des disciplines
majeurs des sciences humaines ».
Le phraséologisme, création indéfinie, variété sans limite, est la vie même du langage en
action. Avec les phraséologismes on quitte le domaine de la langue comme système de signes, et
l’on entre dans un autre univers, celui de la langue comme instrument de communication, dont
l’expression et le discours.
Les phraséologismes sont « une façon de parler », mais dans un sens plus restreint, on les
définit comme des expressions constituées par l’union de plusieurs mots formant une unité
syntaxique et lexicologique. Les phraséologismes forment, d’un autre point de vue, des tours
idiomatiques, c’est-à-dire des formes de parlers particulières et qui s’écartent de l’usage normal de
la langue. [ 28, p.48]
Les unités phraséologiques sont des unités complexes mémorisées et reconnues par une
communauté linguistique, car elles présentent un certain degré de figement. Les notions de figement
et d’opacité sont liées à celle de phraséologie. L’opacité empêche la compréhension immédiate du
sens de la phraséologie. Le figement s’oppose à la fois à l’autonomie syntaxique et à l’autonomie
sémantique. [9, p.6]
Le terme de phraséologie, est tiré des mots grecs phràsis, phràseôs- expression, langage et
logos- discours, doctrine possède quelques significations. En qualité du terme linguistique la
phraséologie est envisagée sous deux côtés. Premièrement c’est une science qui étudie la structure
phraséologique de la langue dans son état actuel et son évolution historique. Deuxièmement c’est
une science qui étudie des particularités sémantiques, morphologiques et stylistiques des
phraséologismes dans le cadre du standart de la parole dans le contexte, l'ensemble des termes
propres à un milieu, à une activité. [39, p.35] Il s’agit de la phraséologie, c’est-à-dire d’un
système des particularités expressives liées aux conditions sociales dans laquelle la langue est
actualisée. [38, p.6]
La phraséologie, va parcourir un chemin plus long avant d’atteindre ce droit de cité que tous
vont finir par lui accorder parmi les théories linguistiques. En effet, après des débuts hésitants
e
datant de la fin du XIX siècle, elle se manifeste d’abord timidement dans les travaux de
linguistique générale pendant la première moitié du XXe siècle. La première attestation du terme de
phraséologie date du XVIIIe siècle, 1778 et les dictionnaires consultés signalent des acceptations
principales:

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a) Ensemble de tournures propres à une langue, un milieu, une époque, un individu, un groupe
ou une discipline ;
b) Ensembles des expressions prétentieuses et vides de sens ; [39, p.21].
L’étude des formes figées ou la phraséologie, a connu, grosso modo, deux tendances: celle,
essentiellement théorique, des grammairiens, orientée surtout vers la syntaxe, et celle des
lexicologues, plus solidement étayée par la philologie et s’appuyant sur l’analyse d’un corpus plus
ample. Le regard global permet l’élaboration de schémas qui présentent l’avantage considérable
d’apporter de la clarté dans un domaine par ailleurs assez confus, et le désavantage non moins
considérable de ne pas rendre toujours compte de la complexité du problème traité. Ce sont surtout
les lexicographes, qui en étudiant le vocabulaire et en posant un regard plus large sur la diversité du
corpus, sont amenés à rechercher une terminologie plus spécifique et plus précise. Alain Rey,
distingue dans le lexique d’une part des mots (simple et complexes), d’autre part « des suites de
mots convenues, fixées, dont le sens n’est guère prévisible ». Ces séquences, on les appelle en
général des locutions ou des expressions. La terminologie phraséologique est le résultat d’un choix
et ce choix dépend des auteurs, de leur divers points de vue et des critères distinctifs que ces points
de vue imposent.
Le figement est un phénomène scalaire ou la fixation, par l’usage, d’une séquence comportant
plusieurs unités lexicales qui forment ensemble une nouvelle entité plus ou moins lexicalisée.
L’usage confère aussi au concept de figement deux significations distinctes: une signification en
diachronie, où le terme - nom d’action - désigne le processus qui a mené, à travers le temps, à
l’expression figée gardée par la langue, une autre signification en synchronie, où le nom réfère au
résultat de ce processus, à savoir l’ensemble des propriétés des séquences fixes que l’on nomme
locutions et expressions. [42, p.4-7].
La problématique du figement étant intéressante en soi, le phénomène est également important
sous un autre angle : plusieurs chercheurs signalent le fait que ces groupes de mots – que nous
appellerons par la suite expressions figées – ne représentent nullement un phénomène marginal de
la langue. Ainsi, on estime que le nombre de « stock phrases » en français couvre entre 20 et 30%
d’un texte donné. Pourquoi donc toutes ces expressions figées? Est-ce une façon plus économique
de s’exprimer que d’employer un groupe de mots tout fait, au lieu de choisir chaque mot
séparément ? Gh. Coltun, qui signale que les locuteurs d’une langue obtiennent un maximum
d’économie en répétant les expressions qu’ils ont déjà entendues, au lieu d’en créer continuellement
de nouvelles, cela permet à l’auditeur de décoder plus facilement un message. [10, p.22].
L’étude des mécanismes d'apparition et l'utilisation des unités phraséologiques désignant des
traits de caractère en français aident à identifier les singularités de la pensée verbale des locuteurs, à

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savoir l’objet tangible et le monde sensuel et émotionnel de l'homme reflètent le plus clairement
dans la phraséologie. Le sujet de la recherche est les caractéristiques lingua culturelles des unités
phraséologiques désignant des traits de caractère. Il est nécessaire d'identifier des caractéristiques
universelles et les caractéristiques culturelles nationales des unités phraséologiques désignant des
traits de caractère dans l'image linguistique national de la langue française.
La base théorique du travail était les œuvres des représentants éminents de la linguistique
étrangère, V.V. Vinogradov, V.N. Telia, B.A. Larina, A.G Nazarian, G.G. Sokolova, V.G Gak, N.D.
Arutyunov, A.V. Kunin, Ferdinand de Saussure, Gross, Ch. Bally, et d'autres. Parmi les linguistes
roumains il faut nommer en premier lieu Coltun Gh., Bulgar Gh., Coseriu E., Negreanu A.,
Comsulea E., Teus S., Serban V., Marin V., Corlateanu, Guţu A., Dumitriu D., Gorunescu E.,
Schinteie I., etc. dont l’apport de la phraséologie est inestimable.
Ferdinand de Saussure fut le premier à attirer notre attention sur l’existence de combinaisons
non libres, mais les particularités de ces combinaisons commencèrent à être développées surtout par
Charles Bally, il institua la phraséologie comme une discipline de la lexicologie. Ce sous-domaine
se divise, à la fois, en phraséologie proprement dite, qui analyse et classifie tout le matériel
disponible comme phraséologique, et la phraséographie, qui s’occupe de l’élaboration de méthodes
théoriques et pratiques pour la confection de dictionnaires phraséologiques, recueils de ces
combinaisons. Selon Mel’cuk, le nombre d’expressions « phrasèmes » dans la langue française
s’élève à « des dizaines de milliers », ces chiffres ils nous offrent des indices sur l’importance de la
partie « figée » de la langue.
Le traitement de la phraséologie en tant que discipline autonome se fait sentir d’abord dans
l’Europe de l’Est. Kunin a revendiqué le statut de discipline en s’appuyant sur le caractère lexico-
syntaxique des unités phraséologiques, qui en fait un objet d’étude en soi, sur le nombre des
recherches russes. Les unités phraséologiques sont des unités lexicales qui par leur fonctionnement
se rapprochent souvent des mots ce qui permet d’envisager leur création à côté de la formation des
mots.
Le premier examen approfondi de la phraséologie française a été entrepris par le linguiste
suisse Charles Bally- le père de la phraséologie. Réputé par ses ouvrages : Précis de stylistique,
Traité de stylistique et Linguistique générale et linguistique française, il a élaboré une théorie de la
phraséologie; Dans son « Traité de stylistique française », il répartit tous les groupements de mots
selon le degré de la soudure de leurs parties composants en deux parties polaires : groupements
libres et unités indécomposables (stables).
Bally définit les unités phraséologiques ainsi : « On dit qu’un groupe forme une unité
lorsque les mots qui le composent perdent toute signification et que seul l’ensemble en a une ; il

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faut en outre que cette signification soit nouvelle et n’équivale pas à la somme des significations
des éléments ». [1, p.74]. Il faut mentionner une autre thèse de Bally : « Si la combinaison des
éléments se présente seule avec un sens bien net, on peut dire qu’il s’agit d’une locution composée.
C’est l’ensemble de ces faits que nous comprenons sous le terme général de phraséologie. »
[Ibidem, p.65-66].
Il n’y a toujours pas de définition claire et univoque, ce qui pose des problèmes délicats aux
chercheurs dans le domaine de la phraséologie. « Le fait linguistique du figement a été obscurci par
des dénominations floues et très hétérogènes, de sorte qu’on est en présence de strates
définitionnelles très souvent incompatibles » [24, p.3]. Selon Gh.Coltun, les essais de
classifications des locutions se heurtent à maintes difficultés, souvent dues à « la complexité du
phénomène de la locution et l’impossibilité de le décrire d’un seul point de vue ». [10, p.24].
N.Corlăteanu constate également que « quels que soient les critères retenus, il y aura toujours des
locutions qui échapperont à une classification ». [11, p.120].
Nous commencerons par montrer la complexité de la terminologie phraséologique en
décrivant certaines notions indispensables dans l’étude de la phraséologie, telles que : expression
figée, catégorie et critère. Nous présenterons ensuite plusieurs catégories fréquemment mentionnées
dans les études des expressions figées. A titre d’exemple on a relevé dans une dizaine de
grammaires, dictionaires et ouvrages théoriques les formules suivantes: locution, expression
idiomatique, locution figée, collocation, groupe binaire, phrasème-(est un syntagme non libre),
série/unité/locution phraséologique, cliché, idiome- (des locutions dont le sens global ne coïncide
pas avec le sens des mots-composants) etc. se sont des séquences lexicales dont le sens ne se déduit
pas de manière compositionnelle et dont les constituants ne sont plus totalement libres
syntaxiquement. [29, p.129].

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Fig.1. La diversité terminologique du concept de phraséologisme.
LE TERME L’auteur

Le phraséologisme- perd le sens Coltun Gheorghe(2003), G.Bulgar


initial.
Unité phraséologique Bally Charles(1905), Kunin (1972), Hristea
Th(1984)
Périphrase Dumitriu C.(1982),Poalelungi A.(1963)
Expression figée F.De Saussure, Amosova N.(1963)
Idiome Morozova (2001)
Expression idiomatique I.Iordan(1974), Evseev I.(1974)
Locution Avram M(1997)., Dumitrescu F.(1958) Iordan
I.(1974) Robu V(1954),
Unité osifiée, construction ph.
groupes stables, locution ph.etc.

Le problème de la terminologie de phraséologie semble indissolublement lié à des critères


de définiton qui demeurent aujourd’hui d’une manière hétérogène.

1.2 Phraséologismes, locutions et mots composés


Une langue ne se compose pas uniquement
de mots : elle se compose de groupes de mot et de phrase.
La terminologie dans le domaine de la phraséologie est très complexe. Une conséquence de
cela est qu’elle est employée de manière incohérente. Ayant des structures et des valeurs assez
hétérogènes, les unités soumises à l’analyse ont été dénomées, avec un risque que nous nous
assumons, par un terme très large – phraséologismes qui expriment une seule idée, une image
unique et n’ont un sens que dans leur unité. [33, p.87]. Comme l’indique déjà cette abondance de
termes, le sujet de ce travail nous ramène à une problématique théoriquement vaste et très subtile.

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Les phraséologismes sont un signe à la fois arbitraire et motivé, ce qui constitue un véritable
paradoxe de formes idiomatiques et leur confère leur originalité. Il est dans la nature des
phraséologismes de retenir leur motivation, car les mots qui la composent gardent une certaine
autonomie. [28, p.48].

Fig. 2 La definition des phraséologismes.


Selon Timescova le mot «phraséologie» a un double sens. Au large sens du mot la
phraséologie c’est l’aspect particulier de la lexicologie ou même une branche indépendante de la
linguistique qui a pour but d’étudier les groupements stable- (locutions phraséologiques). C’est sous
son premier aspect que la phraséologie nous intéresse. La grande question qui se pose concerne la
nature des groupements libres et des groupements stables (locutions phraséologiques), leurs traits
particuliers, leurs limites. Les groupements libres qui se constituent au moment de la parole tels
qu’un bon livre, un mauvais livre, un bon camarade, un mauvais camarade, sont du ressort de la
grammaire (de la syntaxe). La phraséologie s’occupe des groupements stables (locutions
phraséologiques) qui ne se créent pas au moment de la parole, mais y sont reproduit en tant
qu’unités toutes faites, unités lexicales. [43, p.87].
La phraséologie a pour but de définir les groupements stables (locutions phraséologiques),
de les classer, d’établir les causes de leur apparition dans la langue, leurs traits caractéristiques. Il
n’existe pas des limites strictes entre les groupements libres et stables. Ces limites ont un caractère
mobile. Les groupements stables font souvent leur apparition dans la langue à la suite de la
lexicalisation des groupements libres, c’est-à-dire à la suite de leur passage aux unités lexicales. Les
groupements stables ont donc commencé leur existence par être libres et ont fini par devenir des
unités toutes faites grâce à leur constant emploi métaphorique. Ainsi, tous les deux (stables et libres)
sont intimement liés, ce qui est une preuve éclatante des rapports étroits de la lexicologie et de la
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grammaire. Il faut retenir que les groupes de mots libres, le lien est libre, et peut se combiner avec
d’autres mots et peut être substitué ex : manger des fruits - manger des légumes. [9, p.6].
Les groupements stables (locutions phraséologiques) diffèrent par leur degré de stabilité, de fusion
sémantique, par leur structure. Le sujet de la phraséologie est la recherche de la nature des
phraséologismes et leurs signes catégoriels et aussi l'identification des modes de fonctionnement de
leur système linguistique.
En parlant on utilise habituellement une sorte de clichés - de groupements de mots
traditionnels. Le même verbe, lié à des compléments de nature différente, peut donner des
combinaisons de mots tout à fait diverses. On vise un but, mais on vise à un emploi ; on manque
une visite /un train/une leçon, mais on manque de patience / de respect. Le sens du mot à lui seul
peut déterminer ses liens sémantiques. Ainsi le verbe jouir ne peut s’appliquer qu’à un état
heureux. On peut jouir d’une bonne santé/ de sa fortune, mais on ne peut pas jouir d’une mauvaise
santé. La plupart des unités phraséologiques se caractérisent par leur intégrité sémantique, c’est-à-
dire elles présentent un tout unique au point de vue de sens.
Les locutions - La phraséologie est traitée de différentes façons dans les dictionnaires de la
langue française. Le Nouveau Petit Robert par exemple rassemble dans sa préface la phraséologie
sous la dénomination « Locution » présentée comme forme comportant plus de trois éléments ou «
groupe de mots formant une unité et ne pouvant pas être modifié à volonté».
Les catégories suivantes sont ainsi répertoriées : « locution adverbiale », « locution
conjonctive », « locution prépositive », « locution adjective», « locution figurée », «locution
familière » et « locution proverbiale ». Rey et Chantreau dans leur Dictionnaire des expressions et
locutions, la définissent ainsi : “Qu’appelle-t-on ici une locution, une expression ? (…) Il s’agit de
phraséologie, c’est-à-dire un système de particularités expressives liées aux conditions sociales
dans lesquelles la langue est actualisée, c’est-à-dire à des usages”. [43, p.87]. Dans cette définition,
on voit apparaître phraséologie et locution comme synonymes, mais la dénomination locution est
privilégiée. La locution est à la fois un groupe de mots et une forme fonctionnelle. Pour ce qui est de
notre emploi du terme d’expression figée, il est utilisé comme un terme générique réunissant toutes
les différentes catégories. Ainsi, il couvre tous les groupes de mots aptes à être jugés comme des
unités par les locuteurs, quel que soit le terme employé par d’autres chercheurs. C’est donc surtout
le côté psychologique ou mémoriel qui a de l’importance pour ce terme.
Les mots composés - Le mot composé est un mot, c’est-à-dire qu’il possède les mêmes
propriétés que le mot auxquelles il ajoute quelques particularités. On regroupe parmi les mots
composés les unités à deux termes qui sont principalement nominales, parfois adjectivales et mêmes
verbales, et les unités à trois termes qui sont principalement nominales (pomme de terre). [28, p.43].

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Le mot correspond à une combinaison de morphèmes et il dispose d’une certaine mobilité de
position dans une phrase. Le mot composé a pour particularité de ne supporter ni modification, ni
substitution. Les mots composés peuvent se définir en ces termes: « Un mot, quoique formé
d’éléments graphiquement indépendants, est composé dès le moment où il évoque dans l’esprit non
les images distinctes répondant à chacun des mots composants, mais une image unique ». Le mot
composé est une expression qui s’est créée à partir d’une autre unité lexicale: il s’agit d’un
processus et non d’un état. Les mots composés, les locutions, les unités phraséologiques jouent un
rôle important dans le développement des taxinomies dans le lexique. En conclusion on affirme que
les mots composés, les locutions et les unités phraséologiques sont inscrites comme mots figées
dans le code de la mémoire.

1.3. Critères de classification


La problématique de la classification des phénomènes collocatifs se trouve au cœur des
études en phraséologie. Classer signifie identifier les unités linguistiques présentant des traits
communs. Si les manières d’aborder les unités phraséologiques varient sensiblement selon les
différents travaux qui leur sont consacrés à travers le monde, la classification apparaît comme un
élément stable des recherches en phraséologie. Les paramètres régissant la nature et le
fonctionnement des unités polylexicales sont nombreux et c’est la priorité donnée à l’un ou aux
plusieurs de ces paramètres qui va modeler le classement.
L’enjeu de la classification en phraséologie semble être de taille puisque le processus de
classification est à la base de la compréhension de la nature et du fonctionnement des unités
observées. En ce sens, la classification des faits observés peut être vue comme une méthode de
travail préalable et indispensable à toute analyse ultérieure des phénomènes collocatifs. Elle
constitue également une méthode utile pour aborder les unités complexes du langage, que ce soit
dans le cadre de l’apprentissage des langues ou dans le cadre de la création d’outils. Le problème
des locutions phraséologiques est encore en cours d’élaboration [43, p.89].
Cette quête ne devrait pas pour autant masquer l’importance de la possibilité de multiples
classifications en phraséologie. Les classifications selon la fréquence, le degré de figement,
l’opacité sémantique, les classifications syntaxiques, sémantiques, étymologiques, sont toutes
complémentaires car elles apportent des informations supplétives sur la nature et le fonctionnement
des unités phraséologiques. Par conséquent, il faut admettre le fait qu’en phraséologie la typologie
n’est pas uniquement un moyen d’observation des faits de langue mais aussi matière à réflexion en

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soi. Lorsqu’on aborde la classification des locutions phraséologiques qui pourraient être groupées à
partir des principes divers reflétant leurs nombreuses caractéristiques.
Ainsi d’après le degré de la motivation on distinguerait les locutions immotivées (n’avoir
pas froid aux yeux - « n’avoir de l’énergie, du courage»), sémantiquement motivées (rire du bout
des lèvres - «sans en avoir envie») et les locutions à sens littéral (livrer une bataille, se rompre le
cou). Conformément à leurs fonctions communicatives on pourrait dégager les locutions à valeur
intellectuelle (salle à manger, au bout du compte), à valeur logico - émotionnelle (ses cheveux
frisent comme des chandelles - « avec des cheveux plats »), à valeur affective (Flûte alors !- qui
manque du dépit).
L’académicien V. Vinogradov a fait un apport considérable à l’étude des locutions
phraséologiques. Le degré de la fusion des composants des groupements stables constitue le point
de départ de sa classification. Il porte l’attention sur les particularités d’ordre structural et
grammatical des locutions phraséologiques, ce qui est très précieux. Selon le degré de la soudure de
leurs parties composantes il répartit tous les groupements stables en trois grandes catégories : unités
indécomposables, unités phraséologiques, combinaisons phraséologiques. Cependant la
classification de Vinogradov ne saurait être mécaniquement appliquée à n’importe quelle langue,
toute langue ayant ses propres particularités.
D’après la classification sémantique on peut répartir les locutions françaises en trois types
essentiels :
1. Les groupements synthétiques (unités indécomposables) - se caractérisent par le plus
haut degré de la fusion de leurs parties composantes. Les significations des mots isolés y cessent
d’avoir une existence indépendante et forment un tout sémantique indissoluble. Le sens de la
locution ne découle nullement de ses composants. On ne saurait rendre le sens des locutions
phraséologiques telles que au fut et au mesure, prendre en grippe, n’être pas dans son assiette, sans
une analyse étymologique de leurs composants.
2. les groupements intermédiaires (synthético-analytiques) - le type de groupement moins
soudé que le premier, qui occupe une position intermédiaire entre les deux types polaires de
locutions. Ce qui le fait distinguer de premier c’est la motivation de ses composants. On peut
déduire du sens des parties composants le sens global de la locution.
3. les groupements analytiques – Le français de nos jours, ayant des tendances analytiques
très prononcées, abonde en périphrase de toute sortes (verbales, nominales, adverbiales,
prépositives, conjonctives). Pourtant ce sont des locutions à significations phraséologiquement
liées, leurs alliances avec les autres mots étant traditionnelement, consacrées par l’usage. [43, p.91].

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Les locutions proverbiales toutes faites absorbent l’individualité des mots, sans les priver de
sens. Elles sont strictement limités dans leur emploi, leur place est fixe. Au point de vue des voies
de leur formation on peut répartir les locutions proverbiales en:
1. Locutions fondées sur l’emploi métaphorique d’un groupement de mots autrefois libres. Ces
locutions constituent le groupe le plus nombreux de locutions: déchirer un oeuf pour avoir un
boeuf.
2. Locutions basées sur l’emploi métonymiques: vingt têtes, vingt avis.
3. Locutions fondées sur une hyperbole: faire d’un oeuf un boeuf.
4. Les pléonasmes à eux seuls peuvent constituer l’intégrité sémantique d’une locution
phraséologique: être tout sucre, tout miel. Parfois les pléonasmes sont basés à l’antithèse: passer du
blanc au noir.
5. Les locutions basées sur des jeux de mots, des calembours, ce qui constitue également l’intégrité
sémantiquede la locution: léger comme un éléphant, aller à Cracovie= mentir.
Outre la classification sémantique, basée sur le degré de la fusion des composants d’une
locution, il y a la classification structurale des groupes stables. D’après la classification structurale
on peut répartir toutes les locutions phraséologiques en:
1. Locution nominale (chemin de fer), 2. Locution verbale (avoir lieu), 3. Locution
adjectivale (comme il faut), 4. Locution adverbiale (tout à fait), 5. Locution conjonctive (bien que),
6.Locution interjective (par exemple!), 7. Locution prépositive (grâce à). (Voir l’annexe Nr.1)
D’après ce bref compte rendu sur la phraséologie en tant que domaine linguistique, il est
évident qu’elle s’est développée dans quatre directions principales : la phraséologie descriptive, la
phraséologie historique, la phraséologie comparative et la phraséologie lexicographique. Nous
intéresse celle descriptive qui s’inscrit dans le cadre de l'approche synchronique et s'occupe du
système phraséologique sur l’axe formel, sémantique, pragmatique. (Voir l’annexe Nr.2)
Toutefois, malgré la reconnaissance généralisée de la place qu'occupent les collocations dans
le système phraséologique d'une langue, maintes questions sont posées pour délimiter le domaine de
la phraséologie. C'est pourquoi, il est nécessaire de procéder à l'analyse des traits formels,
sémantiques et pragmatiques qui peuvent caractériser les éléments de la phraséologie, avant
d'avancer un principe de détermination du champ et une proposition de classification de ses
éléments.

Chapitre II. LES PHRASÉOLOGISMES DESIGNANT „L’ARGENT” EN FRANҪAIS


ET EN ROUMAIN

15
2.1. Les différents approches des unités phraséologiques
Le linguiste roumain G. Colţun, distingue dans la collocation terminologique la présence
d'un collocateur et d'un ou plusieurs collocataires, liés par une affinité de nature notionnelle, dans
notre cas c’est le mot - argent. Les collocateurs sont, généralement, des prédicats nominaux
empruntés au lexique courant, et les collocataires, des adjectifs, des composés ou des extensions
nominales d'ordre technique exigeant des connaissances scientifiques sur le sujet traité. [ 10, p.21].
Dans un autre domaine de spécialité Y. Gentilhomme applique les fonctions mel'cukiennes
aux collocations - "d'associations privilégiées de quelques mots ou termes reliés par une structure
syntaxique et dont les affinités syntagmatiques se concrétisent par une certaine récurrence en
discours", pour analyser le rapport existant entre les composants d'une collocation terminologique.
Ceci revient à dire que les collocations sont des groupements préférentiels engendrés par des
affinités de nature sémantique et figés sur l'axe syntagmatique. En ce qui concerne les collocations
terminologiques, le nombre de formatifs qui les intègrent pose également des problèmes qui
deviennent particulièrement difficiles à résoudre dans certains cas. Inversement, il existe des
collocations trop elliptiques et denses pour une compréhension immédiate du produit de leurs
constituants.
En définitive, tous ces travaux portant sur les collocations démontrent l'importance que revêt
ce phénomène au sein de la langue et qui est encore loin d'être bien défini, tant il est difficile de
faire le partage entre les différents types de suites figées présentes dans le système linguistique.
Ainsi, au niveau formel, il s'agit de mots placés les uns à côté des autres, constitués selon un statut
distinct, formant une unité polylexicale figée par un emploi réitéré, ce qui les égale au reste des
éléments phraséologiques. Par contre, au niveau sémantique, les termes sont totalement ou
partiellement compositionnels, la distinction des collocations par rapport aux autres unités se faisant
au moyen du calcul sommatif des constituants des expressions en question. Du point de vue
pragmatique, l'emploi des unités phraséologiques dépendent du champ notionnel auquel elles
réfèrent. Leur sens totalement ou partiellement compositionnel renvoie essentiellement au monde de
la désignation ou de la dénomination référentielle, dénotative, et implique des attitudes surtout
informationnelles chez les locuteurs.
Toutefois, malgré la reconnaissance généralisée de la place qu'occupent les collocations dans
le système phraséologique d'une langue, maintes questions sont posées pour délimiter le domaine de
la phraséologie. C'est pourquoi, il est nécessaire de procéder à l'analyse des traits formels,
sémantiques et pragmatiques qui peuvent caractériser les éléments de la phraséologie, avant
d'avancer un principe de détermination du champ et une proposition de classification de ses
éléments.

16
2.2.1 Aspect structurel ou formel
La polylexicalité et le figement des expressions amènent les linguistes à se demander
combien de termes configurent une expression, comment les repérer dans la syntagmatique du
discours, ou sous quelle catégorie les répertorier. Tous ces aspects vont être analysés à la lumière
des arguments avancés par des spécialistes, dans le but d'homogénéiser le phraséologisme.
Le caractère polylexical généralement admis des unités phraséologiques implique que la
structure d'une unité collocationnelle comporte au moins deux constituants et que son niveau dans
la phrase est celui d'intégrant. Cependant, il convient de réviser cette limite inférieure dans une
théorie de l’énonciation, car si l'on admet qu'un seul terme peut former à lui seul un énoncé, comme
l'indique Eugène Coşeriu, dans certaines situations autorisent l'emploi de collocations réduites à un
unique élément. Si l'on analyse l'expression, jeter l’argent par les fenêtres = dépénser l’argent, il
s'agit d'une unité pouvant intégrer une phrase en tant qu'élément structurel et fonctionnel. Toutefois,
les expressions figées ne le sont pas uniquement en vertu de la stabilisation formelle et sémantique
de leurs constituants. Elles le sont également en fonction de la pragmatique du discours qui exerce
une double influence sur les énoncés : celle de les figer et de les défiger. La composante lexicale
d'une collocation est, donc, dépendante de la situation discursive, orale ou écrite.
En langues, le problème posé par la taille d'une collocation est particulièrement difficile à
résoudre. En effet, il n'est pas toujours aisé de déterminer s'il s'agit d'une expression stable, par
manque de lexicalisation suffisante.
En ce qui concerne la nature des formatifs, dans les expressions générales, ce sont
généralement des lexèmes (être cousu d’or). Mais les éléments employés peuvent ne pas appartenir
au lexique commun. Ainsi, il existe des unités collocationnelles formées de sigles, de lexèmes et de
symboles, ou encore d'abréviations et de chiffres, ce qui démontre un certain mélange de codes.
Il existe des collocations, générales ou terminologiques, où aucun lexème n'apparaît, telles
que les sigles, les formules ou les théorèmes ; il y en a où tous les formatifs sont lexématiques ; et il
existe, enfin, des expressions multicodiques, où mots et symboles cohabitent. Les mots placés en
cooccurrence dans une suite figée entrent en relation au moyen d'une syntaxe, ce qui attribue aux
collocations une dimension syntagmatique qui pose problème. En effet, la constatation de la
polylexicalité des expressions, surtout les constructions nom + nom ou nom + adjectif, soulève la
question de la composition des noms. Faut - il considérer l'ensemble de ces combinaisons comme
des collocations ou bien les distinguer des noms composés, comme le conseille Gh.Coltun.
L'argument employé par l'auteur pour départager l'ensemble des collocations et celui des noms
composés est le haut degré de figement de ces derniers dans des constructions telles que : adj. +

17
nom, ou bien nom + nom. Cependant, la différence entre les collocations de nature nominale et les
noms composés n'est pas facile à déterminer. Par contre, dans la collocation en question les
formatifs n'acceptent pas de substitution synonymique (*un célibataire pauvre, *un célibataire sans
argent, *un vieux garçon à la comédie, *un jeune homme fauché). Cela dit, il semble bien que la
différence soit autre que formelle, comme il sera démontré plus loin. Un autre type de constructions
concurrence celle des collocations, à savoir les locutions, construites selon les mêmes schémas
structuraux. La structure syntaxique est la même : verbe + nom (objet direct). Or, du point de vue
grammatical, une locution est une unité fonctionnelle, syntaxiquement régulière, assumant la
fonction d'intégrant. C'est pourquoi, la grammaire traditionnelle sépare les locutions nominales,
adjectivales, adverbiales, verbales, ou prépositives, d'après leur fonction dans la phrase. Cependant,
on argumente que du point de vue sémantique, les locutions sont non compositionnelles, tandis que
les collocations sont totalement ou partiellement compositionnelles. Par ailleurs, comme il
n'envisage l'existence que de collocations lexicales, le terme ne rivalise pas avec celui de locution
en ce qui concerne les autres types de constructions.
Par ailleurs, le raffinement de la théorie collocationnelle se manifeste dans l'interprétation
qu'il fait d'expressions telles que : battre la déche= a fi fără nici un ban. On déduit le statut
collocationel de ces expressions d'après le critère de la structure binaire qu'on analyse en ces termes.
Pour l'heure, on constate qu'il y a confusion dans les critères appliqués, les uns encore
traditionnels, les autres proprement phraséologiques, ce qui démontre qu'il y a une certaine
réticence à franchir le pas vers une théorie plus conséquente remettant en question bien des a priori.
Les collocations sont généralement classifiables en catégories selon la nature des liens
syntaxiques des formatifs. Il est évident qu'une collocation est elle-même composée de catégories
primaires (nom, adjectif, verbe, etc.) [39, p.94].
Le point de vue que nous adoptons est donc contrastif, visant à étudier le degré de
correspondance syntaxique et sémantique de deux langues proches comme le français et le roumain
pour traduire un type donné de collocations : les types N + V (nom + verbe) et V + N (verbe +
nom).
Le classement des phénomènes collocatifs selon leur structure syntaxique est un type de
classification très fréquemment pratiqué dans les études en phraséologies. Il est facile de trouver
pour les mêmes structures des exemples aussi bien en roumain qu’en français, comme le montre le
tableau suivant, cela représente l’analyse du point de vue formel des 60 expressions françaises et 40
expressions roumaines:

18
STRUCTURE EXEMPLES EN FRANÇAIS EXEMPLES EN
ROUMAIN
Verbe+ nom. Expressions verbales :
1. Faire fortune /faire pelote 1. a face bani
2. battre la déche 2. a nu avea nici un ban
3. être à la comédie 3. a fi fără un banuţ
4. déplumer la dinde 4. a îmbogăţi pe seama
altora
5. semer l’argent (livresque) 5. a arunca banii în vînt
V. +n. +adj. 1. adorer le veau d’or 1. a ţine la bani; a fi
doldora de bani.
2. ne pas valoir un sou percé 2. a nu valora un ban chior
1. a nu avea bani
V. +adj. +nom 1. avoir la gosse galette
1. a avea buzunarul plin
V. +n. +adj. +nom. 1. avoir de l’argent plein les poches
2. avoir du fric/du blé/de l’oseille 2. a fi plin de gologani.
plein les poches (pop)
V+déterminatif (article, 1. faire sa pelote 1. a face bani
pron.posses. / 2. prêter de l’argent 2. a împrumuta bani
démonstratif) +nom / 3.être aux as (pop) 3. a fi dobă de bani
+prép+nom 4. manger son blé dans herbe 4. a cheltui capitalul.
V+n+prép+n. 1. avoir du foin dans ses bottes 1. a avea bani la ciorap
2. crier famine sous un tas de blé 2. un avar se plînge de
sărăcie
3. faire argent de tout 3. a scoate bani din
cineva sau a scoate banii
din piatră seacă
4. remuer (ramasser) l’argent à la 4. a aduna banii cu lopata
pelle (ironique) 5. a arunca banii pe
5. jeter l’argent par les fenêtres fereastră, a cheltui fără
V+ p.passé+nom+ nici o socoteală
el.comparatif+compl.de 6. a se juca cu banii
nom. 6. mettre argent sous corde 7. a fi plin de bani ca
7. être chargé d’argent comme un broasca de etnă sau a fi

19
crapaud de plumes- loc.prov. plin de bani ca cîinele de
purici.
V+adv+n. 1. être cousu d’or 1. a fi plin de bani
2. être fauché d’or 2. a nu avea bani
V.+prep+adj/adv. 1. rester à sec 1. a ramîne gol /fără bani ;
2. a pune de o parte.
2. mettre à côté
1. a se culca pe bani, a fi
V. +prep+nom. 1. rouler sur l’or bogat.
1. a nu avea nici o para
V.+conj.+nom. 1.n’avoir ni sou, ni maille chioară sau sarac lipit
pămîntului.
1. acheter qqch. à trois francs six 1. a cumpara ceva de trei
verbe+ (prép.) + numéral sou ; lei ;
2 .on n’en donnerait pas deux sous 2. .n-ai da doi bani pe el ;
3. avoir/gagner/dépenser des milles 3. a avea/a cîştiga/a cheltui
et des cents sume mari de bani / cu
ghiotura.
4. regarder à deux sous 4. a se pune pentru un
gologan, a fi zgîrcit
5. manger ses 4 sous (fam.) 5.a mînca puţinul cel are
Expressions nominales.
nom+prép. +nom/ 1. Sou à sou. 1. ban la ban trage

n+compl. de Nom. 1. billet de banque 1. baní de hîrtie


2. argent de poche 2. bani de cheltuială (de
buzunar)
3. monnaie d’or/ d’argent 3. bani din aur /argint.
4. bas de laine 4. bani la ciorap
5. l’assiette au beurre 5. profit licit
n+infinitiv. 1. somme à recouvrir 1. bani de încasat
2. argent à revendre 2. bani în circulaţie

20
n. +adj. 1. espèces sonnantes 1. bani de metal
2. argent monnayé 2. bani bătuţi
3. argent comptant 3. bani gheaţã
4. argent mignon 4. bani de buzunar
5. argent liquide 5. bani batuţi pe muchie
6. argent frais 6. ban nou la trezorerie

nom + nom 1. papier-monnaie 1. bani de hîrtie


n+ prép+ infinitif 1. argent à recouvrir 1. bani de încasat
n+ prép+ nom 1. argent pour les menus plaisirs 1. bani de buzunar
adj. +nom Expressions adjectivales.
1 .fausse monnaie 1. bani răi
2. avide d’argent 2. lacom de bani
3. sale argent 3. ban murdar provenit din
trafic.
adv. +adj Expressions adverbiales.
1. mal payé 1. rău plătit.
prép. +nom Expression prépositive.
1. sans bourse 1. fără bani
2. en être pour son argent 2.a arunca banii
3. à la graisse d’oie 3. a fi mediocre financiar.

Tableau 1. Exemple de classification des unités phraséologiques selon le critère structurel ou


formel du français en roumain

STRUCTURE EXEMPLES EN ROUMAIN EXEMPLES EN


FRANÇAIS
Expresii 1. A avea bani la ciorap 1. avoir l’argent en bas
verbale : de laine/ avoir du foin
dans ses bottes)
2. A arunca banii în vînt/ pe fereastră 2. Jeter l’argent par les
fenêtres

3. A da bani pe miere 3. -
4. A fi putred de bogat 4.être cousu d’or
5. A-i mînca cuiva banii 5. Dépenser l’argent

21
6. A mînca banii cu lingura/cu ghiotura 6. -
7. A se culca pe bani 7. rouler sur l’or
8. A fi dobă/plin de bani ca broasca de etna 8. Etre chargé d’argent
comme un crapaud de
9. A măsura banii cu dimerlia plumes
10. A se juca cu banii 9. -
10. jouer à pile ou face
11. A nu face/ a nu plăti un ban/doi bani 11. ne pas valoir un sou
percé

12. A pompa banii din cineva


12. –

13. A pune ban la ban


13. Sou à sou
14. A scutura pe cineva de bani/ a scoate bani
14. Faire argent de tout
din cineva
15. garder une poire
15. A stringe/ a aduna bani albi pentru zile
pour la soif
negre
16. -
16. A fi in bani
17. -
17. A fi plin de bani ca cîinele de purici
18. -
18. A fi în strîmtoare de bani
19. -
19. A îmbla cu doi bani în trei pungi
20. -
20. A nu avea nici o para frîntă în punga
21. -
21. A-şi da obolul(a contribui cu ceva)
Expresii 1. ban la ban trage 1. un sou amène l’autre
nominale 2. l’argent est l’œil du
2. banul e ochiul dracului diable
3. -
3. bani bătuţi pe muchie 4. -
4. bani grei 5. argent comptant
5. bani peşin / cheşi 6. fils à papa.
6. fecior de bani gata 7. –
7. banul stringatorului pe mîna
risipitorului 8. argent papier
8. baní de hîrtie 9. argent de poche

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9. bani de cheltuială (de buzunar) 10. argent en bas de
10. bani la ciorap laine

Expresii 1. rău la bani 1. être avare


adjectivale 2. lacom / avid de bani 2. avide d’argent
Expresii 1. rău/ slab plătit 1. mal payé
adverbiale
Tableau 2. Exemple de classification des unités phraséologiques selon le critère structurel ou
formel du roumain en français.
L'aspect formel, en général des phraséologismes français est le même que celui des
phraséologismes roumain, par exemple : crier famine sous un tas de blé - loc.verbale et en
roumain : a se plînge de sărăcie - loc.verbală. Mais si on fait une analyse détaillée on voit qu’il y a
des structures qui se ressemblent totalement, par exemple en français : (FR) jeter(V) l’argent(N) par
(prép.) les (det.) fenêtres(N) – loc.verbale / En roumain : (RO) a arunca(V) banii(N) pe (prep.)
fereastra (N. articulat). Dans l’analyse il y a 45 expressions avec la même forme.
Un autre exemple où l’axe formel est différent, mais avec le même sens :
(FR) : avoir(V) la grosse(A) galette(N) - loc.verbale ; (RO)= a fi (V) fara(prep) bani(N). Des
expressions similaires : battre la déche, être à la comédie= a nu avea nici un ban, déplumer la
dinde etc. Dans notre analyse il y a 35 expressions avec la forme différente. La structure des
collocations ou cooccurrents, se caractérise par la coapparition des formatifs, point commun qui les
rattache aux autres éléments de la phraséologie. La combinaison des éléments sélectionnés se fige
en vertu d'un emploi réitéré et d'un sémantisme particulier. Les collocations, générales ou
terminologiques, possèdent donc des limites syntaxiques repérables, d'une part, sur l'axe
syntagmatique non pas tant par le nombre de leurs formatifs que par le rapport hiérarchisé établi
entre les termes, puisqu'il y a présence d'un mot-pivot et de termes adjacents ; d'autre part, sur l'axe
paradigmatique par la possibilité d'effacement ou de substitution des modifieurs.

23
2.2.2 Aspect sémantique
A partir de la fin du 19e, quelques érudits commencent à s’interroger sur la complexité et sur
les conséquences que cela implique sur le plan sémantique. Ainsi, les années 70 voient apparaître
une tendance orientée vers les classifications structurelles et fonctionnelles des constructions, tandis
que les années 80-90 ce centrent plutôt sur l’aspect sémantique et pragmatique des formatifs. Le
traitement sémantique vise la forme sous laquelle se présente l’explication du sens de la locution.
La plupart des locutions phraséologiques se caractérisent par leur intégrité sémantique,
c'est-à-dire elles présentent un tout unique au point de vue de sens. De cette façon, les locutions
phraséologiques sont des unités lexicales qui par leur fonctionnement se rapprochent souvent des
mots ce qui permet d'envisager leur création à côté de la formation des mots. La reconnaissance
d'une collocation au sein de la langue se fait également au moyen d'un pistage qui suit des critères
sémantiques. En effet, comme affirme Gh.Coltun, la fixation sémantique d'une collocation, sur l'axe
synchronique ou diachronique, contribue aussi à son repérage.[10, p.21]. En tant qu'unités
partiellement ou totalement compositionnelles, les collocations, générales et terminologiques, se
distinguent des autres unités phraséologiques par leur comportement en langue. Cependant, l'aspect
sémantique représentant pour beaucoup de spécialistes la pierre de touche de leur identification, les
résultats varient selon les domaines étudiés. On constate le sens compositionnel des collocations
dans des expressions telles que: avoir l’argent plein les poches, qui constituent des groupements
sémantiquement transparents. [39, p.107].
Le rôle sémantique des formatifs est, ici, de nature cognitive d'une part, et argumentative
d'autre part, comme le prouve l'aspect pragmatique qui va être étudié plus loin. La combinaison qui
en résulte est donc partiellement compositionnelle. Les formatifs sont liés par une affinité, dite
idiomatique, le côté idiomatique de la collocation n'apparaissant qu'avec la présence du collocatif.
Cette restriction sémantique et combinatoire relève, en fait, de la théorie de la solidarité sémantique
des termes mis en coapparition, établie par Eugène Coşeriu en 1977. Cette théorie met en place un
rapport de détermination sémantique entre deux lexèmes, l'un impliquant la présence de l'autre dans
un sens unilatéral. Cependant, cette théorie n'arrive pas à expliquer tous les phénomènes à l'œuvre
dans la formation des collocations.
On essaie d’ouvrir la porte à l’exploration de champs plus spécifique du mot argent, avec
une mosaïque de recherches en cours, instructives par leur apport spécifique. Le matériel de notre
recherche a été des unités phraséologiques tirées de sources différentes: mono et multilingues
dictionnaires phraséologiques, livres de référence et les encyclopédies. La richesse lexicale et la
typologie des unités ont permis ensuite de focaliser l’attention sur l’étude des unités

24
phraséologiques. Chaque unité va être analysée. A partir d’exemples précis, il nous est maintenant
possible de définir les types d’unités lexicales par chacun des critères.
I. Argent - nm
1 (chimie) corps métallique de numéro atomique 47 (symbole : Ag)
2 monnaies, valeur qu’elle représente 4/8
3 couleur du métal - adj inv.
4 de la couleur du métal

II. Argent- Monnaie métallique, papier-monnaie et ce qui représente cette monnaie=


capital, fonds, fortune, richesse, monnaie, argent, dernier pécule, centime, sou. Fam.- blé, braise,
flouss, fric, galette, oseille, pépète, pèse, picaillon, pognon. En roumain ce mot signifie albi,
albişori, bani grubă, biştar, blanc, boabe, bulşoi, caşcaval, coarjă, copeici, creiţari, denghi, falset,
fâş-fâş, galbeni, gloanţe, gozor, lapţi, lămâi, lovele, lovinci, lovo, loz, mangări, manglâi, mangoţi,
marafeţi, mardei, material, mălai, mănei, moloz, moni, ovăz, pagnos, parai, parale, parnusă, pincă,
pitaci, piţule, pleavă, sarsana, scamă, taxă de prostie, teşcherea, trandafir, ţechini, zarzavat.
L’argent (monnaie)- c’est une source matérielle qui aide l’homme à survivre, il est
indispensable pour résoudre les problèmes de la routine et de la vie. Si on a de l’argent on le
gaspille si non, on s’en passe. L’argent c’est un mal qui vend et achète tout… Il peut faire de
l’homme une marchandise. On ne tient pas à compter l’argent, on peut se contenter du peu qu’on a.
C’est déjà le bonheur !
Quelques exemples des unités phraséologiques qui désignent le mot argent: 1.
Argent comptant signifie « argent versé, compté sur le champ » et, par métaphore, « avantage,
qualité manifesté, délai » ; 2. Argent liquide signifie « argent sous forme de pièce, de billets de
banque pouvant circuler librement, sans formalités ». Il n’en était pas ainsi au début du XIXe s.
qu’on parlait d’argent sec ou liquide. ; 3. En être pour son argent signifie « avoir dépensé ou
perdu son argent sans contrepartie ». On dit aussi : en donner à qqn.pour son argent « lui donner
autant ou plus qu’il n’était en droit d’exiger, qu’on ne lui avait promis », ou, plus
concrètement, « qu’il a été payé pour qqch. » ; 4. Faire argent de tout - « tirer le profit matériel,
financier à chaque occasion ». Syn. Faire profit de tout ; 5. Jeter l’argent par les fenêtres, « être
très dépensier » L’argent dispensé aux mendiants, chanteur de rue, était effectivement lancé par les
fenêtres, sans qu’on puisse assurer que l’origine de l’expression soit dans cette coutume ; 6. Mettre
argent sous corde « jouer argent comptant » terrain. C’est une métaphore tirée du jeu de paume, où
l’on plaçait les enjeux sous la corde. ; 7. Etre chargé d’argent comme un crapaud de plumes-
loc.prov. « ne pas avoir un sou ». (début du XVIIe s.) plume signifie dépouiller et crapaud a
plusieurs emplois péjoratifs [38, p.36-37.] 8. Avoir de l’argent plein les poches, avoir du fric

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plein les poches (pop), être aux as (pop), rouler sur l’or (fam), être cousu d’or (fam)= a fi putred
de bogat. « Avoir beaucoup de l’argent, être riche » [32, p.21-22.]
On prouve une fois de plus l’existence de formules pareilles en roumain, aussi bien qu’en
français, et l’universalisme des expressions. La formule citée a, dans la langue roumaine, la même
fonction que leurs équivalents français: influencer l’interprétation de l’expression faite par
l’interlocuteur. En guise d’illustration, on peut proposer un autre exemple tiré du même auteur qui
relève la même traduction et il y a une similarité entre les langues francophones. Ainsi nous avons
pu constater dans la variante roumaine des locutions employées pour traduire les verbes et les
groupes de mots de la variante originale qui s’inscrivent parfaitement bien dans le canevas des
exemples désignant le mot argent, en rendant pleinement le sens du message en apportant une
nuance affective et très expressive à l’énoncé, car les locutions phraséologiques ne servent pas
seulement à nommer les faits, les actions, les phénomènes, mais également à leur donner une
appréciation subjective du sujet parlant. L’emploi des locutions dans les belles lettres selon Henri
Morier émeut « la sensibilité du lecteur, cause en lui cet émerveillement qui est en effet de l’art ».
Il est habituel, dans les études de phraséologie, de mettre en évidence le caractère rigide du
figement ; il est beaucoup plus rare, en revanche, qu’on éclaire le côté normal, dans le premier sens
du mot : qui est conforme à la norme, de ces expressions. La section précédente montrait que de
nombreuses locutions stéréotypées présentent des valences libres, leur permettant de s’intégrer à la
phrase. Par ailleurs, malgré le figement, certaines de ces locutions s’inscrivent dans le système
lexical en développant, ne serait-ce que la façon rudimentaire, les relations qui s’établissent
normalement entre les mots du lexique : synonymie, antonymie. Comme les synonymes lexicaux,
les synonymes phraséologiques peuvent traduire les divers aspects de la même notion ou des
notions rapprochées. Parmi les locutions phraséologiques synonymes sont à distinguer les variantes
synonymes de la même locution fondées sur les mêmes images ou sur des images très rapprochées
et les locutions phraséologiques proprement dites basées sur des images différentes de distinguant
nettement par leur lexique. On doit distinguer parmi les variantes synonymes : 1. Les variantes
synonymes à composant nominal différent : avoir du fric plein les poches / avoir de l’argent plein
les poches. Comme on le voit, les composants nominaux appartiennent à la sphère sémantique. 2.
Les variantes synonymes à un composant verbal différent : chanter (crier, pleurer) misère. 3. Les
variantes synonymes à différenciations grammaticales. Basées sur le même lexique, les variantes
synonymes différents : a) par l’emploi du déterminatif (article) : prendre de l’argent (son argent);
b) par le nombre du substantif : être sans le sou (les sous); c) par l’emploi des prépositions : être en
dèche (en déchéance, dans la dèche); d) par l’emploi de la négation : l’argent n’est pas (plus) sur le
point. Parfois les locutions phraséologiques proprement dites ainsi

26
que les variantes synonymes se distinguent par leur valeur stylistique. Comparez : adorer la veau
d’or (langue littéraire), être aux as (pop), remuer (ramasser) l’argent à la pelle (ironique)= (fam)
[42, p.42.]

Il n’est pas rare que des locutions d’origine totalement différente aboutissent à une même
signification et puissent par la conséquent devenir interchangeables en discours : 1. Etre cousu
d’or / 2. Avoir du bien au soleil- sont référentiellement synonymes, puisqu’elles signifient toutes
deux « la richesse ». 1. Faire son beure / 2.Se remplir les poches signifient « gagner beaucoup
d’argent ». Donc, faire son beure est synonyme de Se remplir les poches. Gh.Coltun mentionne les
variantes avec le même sens. G. Gross signale l’existence de tours synonymes. Des expressions
synonymes se situent parfois à des niveaux de langue différents. L’antonymie des expressions se
fonde généralement sur des oppositions antonymiques de leurs composants. Les expressions
antonymiques : Rouler sur l’or qui signifie « être riche» et Tirer le diable par la queue qui signifie
« être pauvre», donc ces expressions sont diamétralement opposées et exprime le contraire.
L’antonymie des locutions syntagmatiques à noyau verbal se réalise souvent par la mise en
opposition de deux verbes supports : jeter l’argent / prendre l’argent.

La richesse lexicale et la typologie des unités ont permis de focaliser l’attention sur l’étude
de 185 unités phraséologiques désignant le mot argent d’après le critère : richesse / pauvreté ;
profit/misère ; parcimonie/gaspillage, etc.

a.Richesse
b.Pauvreté

1. Tirer le diable par la queue /brider son


cheval par la queue/ écorcher l'anguille par
1. Fils à papa= fils qui profite de la situation la queue (fam.)= avoir de la peine de quoi
financière de son père ; 2. être né avec une vivre ; 2. être fauché comme les blés = être
cuillère d’argent dans la bouche= être né dans sans argent ; 3. être à la côte= ne pas avoir
un milieu riche; 3. avoir des foin dans ses de l’argent ; 4. être criblé de dettes= être
bottes= avoir beaucoup de l’argent ; 4. la sans argent ; 5. être sur la paille= ne plus
gauche caviar= des gens de gauche riches qui avoir d’argent ; 6. ne pas avoir un rond
apprécient le luxe ; 5.avoir du bien au soleil= (fam.)= ne pas avoir d’argent ; 7. être sans le
être riche ; 6.être cousu d’or / 7. plein aux as / sou= ne pas avoir de l’argent ; 8. être à sec=
8. avoir du fric plein les poches (fam.)= être ne plus avoir d’argent ; 9. faire la manche=
très riche ; 9. rouler sur l’or= être riche ; 10. mendier ; 10. avoir la bourse plate ; 11.avoir
riche comme Crésus (rois célèbre pour sa la bourse légère ; 12. avoir des embarras
richesse, au VIe avant J.C.)= extrêmement d’argent ; 13. n’avoir ni feu, ni sou ni maille ;
riche ; 11. avoir la bourse ronde ; 12.avoir la 14. être brouillé avec le directeur de la
bourse bien garnie ; 13. faire son beurre ; 14. Monnaie ; 15. être à court d’argent ; 16. ne
grapiller de droite et de gauche ; 15. faire pas être argenté. 17. n’avoir pas (plus)un

27
sa pelote ; 16. se remplir les poches. radis.

RO : A fi plin de bani, a răni banii cu lopata, RO : a fi plin de bani ca broasca de păr, a nu


fecior de bani gata, a se culca pe bani, a avea nici un sfanţ, a nu avea nici un ban la
se juca cu banii, a fi dobă de bani, a fi suflet, a nu avea nici o para chioară/ frîntă,
stup de bani, a fi doldora de bani, a a-i bate vîntul prin buzunare, a fi sărac lipit
strînge banii la ciorap, a înnota în pămîntului.
aur/bani.

c. Profit d. Misère.

28
1. Faire bouillir la marmite= apporter de 1. En être de sa poche=devoir payer qqch.que
l’argent dans la famille ; 2. mettre du beurre l’on ne devait pas payer ; 2. laisser (perdre)
dans les épinards= améliorer les conditions, des plumes=perdre de l’argent dans une
gagner un peu plus d’argent ; 3.faire ses choux affaire ; 3. se serrer (se mettre) la ceinture
gras de quelque chose= faire son profit de (faire ceinture)= se priver de faire qqch ; 4.
qqch ; 4. faire son beurre= faire du profit ; 5. se se saigner aux quatres vaines= faire
remplir les poches=amasser beaucoup d’énorme sacrifice ; 5.gratter (racler) les
d’argent ; 6.déplumer la dinde ; 7. faire argent fonds de tiroir= prendre tout l’argent
de tout ; 8. avoir/gagner/ des milles et des disponible jusqu’au dernier centime ; 6.
cents; 9. faire profit ; 10.mettre à/tirer profit. couper les vivres de qqn.= arrêter de lui
donner de l’argent pour vivre ; 7. un salaire
RO : a uşura pe cineva de bani, ai lua cuiva şi de famine (misère)= très petit salaire ; 8.
cenuşa din vatră, fă-te frate cu dracul pînă treci traîner la savate= vivre très pauvrement ; 9.
puntea, a spala pe cineva de bani, a lăsa pe tirer la langue=avoir des grosses difficultés
cineva la papuci. financières ; 10. c’est une période de vaches
maigres= une période de pauvreté ; 11.
prendre une culotte= avoir une perte d’argent
importante au jeu ; 12. boire (prendre) un
bouillon (fam.)= perdre d’argent
(spéculation) ; 13. un chèque en bois= un
chèque sans provision ; 14.mettre qqch.au
clou=mettre en gorge ; 15. retirer (ôter) le
pain de la bouche de qqn.= le priver du
nécessaire ; 16. saigner quelqu’un à blanc=
soutirer à qqn. tout ce qu’il a ; 17.anser
devant le buffet ; 18. manger de la vache
enragée ; 19. avoir l’estomac aux talons ; 20.
n’avoir rien à mettre sous la dent ; 21. se
brosser le ventre ; 22. dîner par cœur ; 23.
bouffer les briques ; 24. bouder contre son
ventre ; 24. dîner avec les chevaux de bois.
25. loger le diable dans sa bourse.

RO : a nu avea nici cenuşă în vatră, a-l ţine


pe dracul de coadă, a fi cu coatele goale, a fi
gol puşcă.

e. Parcimonie f. Gaspillage

1. Joindre les deux bouts= équilibrer son 1. Sans bourse délier= sans dépenser ;
budget ; 2. Le nerf de la guerre= l’argent 2.Faire qqch. aux frais de la princesse=aux
comme élément principal d’un conflit ; 3.Ne pas frais de la collectivité ; 3.Se payer le luxe de
mettre tous ses œufs dans le même panier= ne faire qqh.= faire une dépense exceptionnelle ;
pas mettre tout son argent sur une même 4. Ce n’est du luxe= c’est une chose
affaire ; 4. Tirer les cordons de la bourse= nécessaire non superflue (ironique) ; 5.Payer
contrôler l’argent ; 5. Relever les compteurs= rubis sur l’ongle= payer d’un coup la totalité
contrôler le capital ; 6.Mettre de coté= de la somme due ; 6. Payer en monnaie de
économiser ; 7.Un bas de laine= les singe= en fausse monnaie ; 7. Jeter l’argent

29
économies ; 8.Des économies de bouts de par la fenêtre= être dépensier ; 8.Mener
chandelle= de tout petites économies ; 9.ne pas grand train= avoir une vie luxueuse ; 9. Faire
regarder à la dépense ; 10.etre bon prince ; un grand tralala (fam)= faire qch. de cher,
11.avoir le cœur sur la main. 12. Mettre de impressionant ; 10.Un panier percé=qqn. qui
l’argent à gauche ; 13.se serrer la ceinture ; dépense trop d’argent ; 11.Brûler la
14.se serrer le ventre ; 15.ne pas attacher ses chandelle par les deux bouts= gaspiller son
chiens avec des saucisses. argent ; 12.Une croqueuse de diamants=
femme qui dilapide la fortune de ses amants ;
RO : a pune ban la ban, a stringe banii la 13 Manger son blé en herbe= dépenser le
ciorap, a stringe bani albi pentru zile negre, a capital.14. avoir l’argent facile ; 15.avoir le
tremura pentru un ban. gousset percé ; 16.manger son fonds avec son
revenu ; 17.paumer le fric ; 18.fusiller de
l’argent ;

RO : a arunca banii pe fereastra/ în vînt, a fi


cu mîna în punga, a dezlega/deznoda punga,
a desface baierile pungii, a intra la
cheltuiala, a mînca banii cu lingura, a
spînzura banii, a cheltui banii cu nemiluita, a
cheltui în stînga si în dreapta, a toca banii.

g. Couteux h. Gratuit, bon marché

1. Une paille (fam)= ce n’est par rien, c’est 1. Faire (avoir) qqch. à l’œil= faire (avoir)
énorme ; 2. coûter bonbon= coûter cher ; 3. le qch. gratuitement ; 2. faire (avoir) qqch. pour
coup de fusil (de barre, de bambou)= addition pas un rond (fam)= gratuitement ; 3. ça ne
très élevée ; 4. coûter la peau des fesses (pop)= mange pas du pain (fam)=ça nu coûte rien ;
coûter très cher ; 5. coûter les yeux de la tête= 4. pour une bouchée de pain= pour très peu
coûter extrêmement cher. d’argent ; 5. trois francs, six sous= une
somme minime.
j. S’endetter :1. Manger son blé en herbe ; k.Acquitter les dettes : 1.boucher un trou.
2.avoir des ardoises partout. RO : a fi dator-
vîndut. m.Perte d’argent : 1.Boire un bouillon ;
2.faire la culbute.
l. Avarice : 1.Pleurer le pain qu’on mange ; 2.
tondre sur les œufs, un œuf ; 3. n.Voler l’argent : 1.Lever le pied ; 2. faire un
vivre petitement/chicement ;4. regarder à trou à la lune ; 3. manger la grenouille.
la dépense ; 5. se montrer
regardant/compter à un sou près ; 6. être p.Partir sans payer : 1.Planter un drapeau ;
rat ; 7. être dur à la détente ; 8. ne pas les 2. payer en chats et en rats, en monnaie de
envoyer avec un lance-pierre. 9. avoir signe ; 3. payer à l’œil ; 4. payer de mots.
des oursins dans le porte-monnaie/ ne pas
attacher son chien avec des saucisses ; q. Se priver : 1. prendre sur sa bouche ; 2. se
10. il n'ose cracher de peur d'avoir soif ; l’accrocher ; 3. faire tintin ; 4.se mettre la
11. il a des écus moisis 12. il crie famine ceinture.
sur un tas de blé.
RO : a mînca de sub unghii s.Se laisser avoir : 1. payer les violons ;
2.payer les pots casseés.
o.Disposer l’argent : 1. tenir les cordons de la

30
bourse ; 2.ouvrir sa bourse.

r.Sacrifices d’argent : 1. se saigner aux quatre


veine.
Tableau 3. Exemple de classification des unités phraséologiques selon le critère sémantique.
Il y a des expressions qui représentent le peuple français, par exemple: jouer à pile ou face ;
payer rubis/sur l’ongle; rendre gorge ; se tailler la part du lion ; puiser à pleines mains ; filer le
coup de pouce ; passer au bleu ; tirer une carotte à qqn.; courir le cachet ; avoir le gousset percé,
garder une poire pour la soif, etc. Le colorit national roumain est représenté par les expressions
suivantes : a da bani pe miere; a mînca banii cu ghiotura; a măsura banii cu dimerlia; a fi plin de
bani ca cîinele de purici; a nu face nici 2 parale; a-si da obolul ; a stringe/ a aduna bani albi
pentru zile negre. Il y a des cas qu’il n’existe aucune formule équivalente en roumain d’après l’axe
sémantique : battre la déche, être à la comédie, déplumer la dinde, mais d’après celui sémantique
on déduit la pauvreté. Mais il y a des expressions qui se ressemblent totalement: fecior de bani= fils
à papa; a face bogăţii= faire fortune; bani de buzunar= argent de poche; a arunca banii pe
fereastră=jeter l’argent par les fenêtres, etc. Les phraséologismes ont souvent le caractère national,
mais la plupart des phraséologismes français désignant le mot argent ont les mêmes origines, la
même importance que les unités phraséologiques roumaines. De nombreux phraséologismes de la
langue française trouvent facilement leurs équivalents exacts dans la langue roumaine: même s’ils
sont parfois bien différents au niveau de la forme, ils remplissent les mêmes conditions d’emploi,
appartiennent au même registre, ont le même degré de politesse et exploitent la même stratégie
sémantique.

2.2.3 Aspect pragmatique


La pragmatique, c’est d’abord, dans la lignée de Charles Morris et d’un certain nombre de
logiciens, l’étude des relations existant entre les signes et leurs utilisateurs. La fonction est de
dégager les procédés permettant à l’énoncé de s’enraciner dans son „cadre énonciatif” que
constituent triplement l’émetteur, le recepteur et la situation de communication. Car la pragmatique,
c’est aussi, dans la lignée cette fois des „philosophes d’Oxford”, l’étude des actes de langage.
L’hypothèse fondatrice des idées développées par Augustin et Searle est: parler, c’est sans doute
échanger des informations, mais c’est aussi effectuer un acte, régi par des règles précises, qui
prétend transformer la situation du récepteur, et modifier son système de croyance ou son attitude
comportamentale; corrélativement, comprendre un énoncé c’est identifier, outre son contenu
informationnel, sa visée pragmatique, c’est-à-dire sa valeur et sa force illocutoires. Comme le

31
remarque justement Searle, en relation de la classification croisée, la langue offre au métalangage
des verbes susceptibles de les étiqueter: ordonner, exhorer, inciter, interdire, déconseiller, dissuader,
flatter, insulter, humilier, insinuer, objecter, concéder, promettre. La valeur pragmatique d’un
énoncé ne doit pas être confondue, même si elle découle d’une certaine manière qu’il faudra
préciser, avec sa signification intrinsèque: les axiologiques négatifs, même s’ils sont virtuellement
susceptibles de fonctionner comme telles, la description sémantique est indépendante de la
spécification de tel qu’on emploie pour effectuer un acte. Les valeurs pragmatiques constituent un
objet théorique spécifique, relevant d’une compétence langagière spécifique. [25, p.205- 206].
Etablir la fréquence d'emploi d'une expression quelconque en langue écrite et en langue
orale pose le problème car les paramètres pragmatiques diffèrent dans les deux cas. Alors que la
langue orale est extrêmement riche en unités phraséologiques, doublées de variantes et même de
variations, et ce, à tous les niveaux et à tous les registres, la langue écrite, formelle, présente des
limitations stylistiques évidentes. [39, p.112].
Le terme de phraséologisme pragmatique désigne un large groupe de formulations
conventionnelles réalisant des actes de langage déterminés qui ne peuvent être décrits que dans un
cadre pragmatique, c’est-à-dire faisant référence à la situation de leur énonciation. Nous
considérons que les phraséologismes pragmatiques font partie des stéréotypes discursifs et que, de
ce fait, ils doivent être inventoriés et analysés en vue de traduction automatique. Les critères
syntaxiques ou purement sémantiques ne suffisent donc pas à obtenir une bonne interprétation :
celle-ci gagne en qualité grâce à l’introduction d’information d’ordre pragmatique et notamment de
celles qui spécifient la nature de l’acte de langage réalisé par chaque phraséologisme pragmatique.
Tout d’abord, nous passerons en revue plusieurs exemples de divergences culturelles et
linguistiques à travers les réalisations d’actes de langage : nous verrons ainsi comment les stratégies
sémantiques directes et indirectes varient de la langue française à la langue roumaine.
Prenons l’exemple des formules désignant le mot argent : elles varient d’une société à
l’autre et, pour un locuteur non natif, elles sont parfois difficilement décodables. Les divergences
d’interprétation que les usagers de différentes langues attribuent à un énoncé peuvent donner lieu à
des malentendus pragmatiques. L’interprétation dépend dans une grande mesure de la façon dont on
décode conventionnellement certaines formules dans chacune des deux langues. Par exemple, la
traduction directe du français vers le roumain d’un phraséologisme comme « paumer le fric » ne
prendrait pas en compte la tradition discursive de chacune des langues et, par conséquent, donnerait
lieu à une fausse interprétation. C’est pourquoi il est intéressant de recenser tous les stéréotypes
discursifs et d’assurer le passage d’une langue à l’autre en utilisant des concepts abstraits d’actes de
langage.

32
L’étiquette sémantico-pragmatique du phraséologisme rentre dans sa représentation
intermédiaire, elle est composée de cinq paramètres qui correspondent à la partie relationnelle du
phraséologisme pragmatique (Acte de langage, Emploi, Registre, Degré de politesse, Stratégie
sémantique).
Puisqu’il n’y a pas parmi les phraséologismes pragmatiques roumains de phraséologismes
ayant la même stratégie sémantique, l’algorithme aboutit à une expression canonique ayant le
même emploi, registre et degré de politesse : Nous avons en effet sélectionnée cette stratégie
sémantique comme représentative (canonique) de toutes les requêtes du même registre, emploi et
degré de politesse. Le sens de la requête est donc conservé dans cette traduction, elle est
pragmatiquement et stylistiquement correcte, contrairement à la traduction littérale qui serait
proposée par tout traducteur automatique dépourvu de moyens de traitement de pragmatique. La
Taxomie deJohn Searle qui traite les 5 types d’acte de langage :
1. Les actes assertifs (constatation) ; 2. Les actes directifs (ordre)
3. Les actes commisses (promesse) ; 4. Les actes expressifs (félicitation)
5. Les actes déclaratifs (réalité sociale) [25, p.216].

Le fait de considérer les phraséologismes pragmatiques comme des stéréotypes discursifs


propres à chaque langue permet de les traiter comme des suites figées, de déterminer les écarts entre
les systèmes de phraséologismes pragmatiques dans la langue source et la langue cible et de
neutraliser ensuite ces écarts grâce à la définition des points communs aux deux langues, français et
roumain, contenus dans la représentation intermédiaire. L’unité phraséologique est un objet
dynamique. « Les expressions sont le lieu privilégié des jeux de mots, qui leur apportent une
reviviscence par des effets expressifs.» [40, p. 281] Les locutions phraséologiques sont assez
fréquement employées non seulement dans le langage parlé, mais également dans les oeuvres
littéraires. Présentes dans de nombreux romans, pièces, essais, sans parler des périodiques revues,
journaux, magazines, elles servent à montrer qu’elles restent encore en usage. Leur emploi dans les
textes écrits s’avère nécessaire car elles contiennent « toute l’idée de l’auteur, toute le contexte où
elles sont employées » (B. Lafleur). Faisant partie des passages les locutions sont intéressantes en
elles-mêmes, mais aussi dans la mesure, où elles illustrent le style de l’auteur. [39, p.19]. Il est
évident que les écrivains auraient pu exprimer les mêmes idées autrement, mais ils recourent à
l’emploi des locutions avec une intention bien évidente de montrer que leurs personnages parlent
comme tout le monde, vu que l’emploi des locutions est une des caractéristiques de la langue parlée,
familière et celle populaire. Les locutions servent à exprimer toutes les nuances de la pensée de
l’auteur et « mettent dans le discours une couleur que les énoncés régulièrement produits, n’ont

33
pas » (A. Rey) Dans son introduction au Dictionnaire des locutions idiomatiques françaises Bruno
Lafleur mentionne que plusieurs auteurs du XIXème et du XXème siècle n’hésitent pas à enrichir leurs
textes en locutions. Il en compte beaucoup dans les œuvres de F.Mauriac, E.Zola, H. Bazin,
Stendhal etc. B. Lafleur souligne que « les auteurs s’en servent pour obtenir un effet de style qui
n’est pas banal ». Nous nous sommes intéressés à la façon dont elles sont employées. Parmi les
locutions, les plus usuelles qu’on a trouvé dans les textes sont les expressions avec le mot -argent,
ayant comme aspect : la pitié, l’ironie, le sarcasme, l’admiration, la vanité et le reproche.

1. PITIÉ : FR: a)
« Rouler sur l’or » - être riche. Ex: « je l'ai
rencontré et je n'ai pas pu lui refuser la main... d'autant plus qu'elle ne roule pas sur l’or la pauvre
fille ». (E. Zola: Pot bouille, p.78) RO: a) « a nu avea nici cenuşă în
vatră » - a fi foarte sărac, a nu avea nimic.
Ex : « Nu-i casa lor în care stau/, Şi-n casă nici cenuşă n-au ». (Coşbuc)
FR: b) « être à la côte » - être réduit à la misère, être sans argent. Ex:
« Et eux affectent une simplicité en ce qui les concerne, un dénigrement pour leurs amis
particulièrement à la côte qui achève le malentendu ». (M. Proust : A la recherche du temps perdu,
p.56)
RO: b) « a fi gol puşcă / ca napul/ ca degetul » - a fi sărac.
Ex: « Nici pat, nici masă, nimic...vine iarna şi noi tot goi puşcă sintem» (Sadoveanu
FR: c) « fauché comme les blés » - être démuni, être sans argent.
Ex: « Le travailleur, éclatant de santé dans un ravissant paysage d’été et fauchant en chantant
alertement les blés ; mais on ne voit jamais l’image simple et vraie, le travailleur en sueur
et fauché comme les blés ». (J. Prévert, p.94) RO: c) « a
fi sărac/calic lipit pămîntului » - a nu avea nici o posibilitate de existenţă. Ex : « I s-o scos
averea la mezat...O rămas lipită pămintului » .(Alecsandri)
d) « a avea nici o para chioară/ frîntă » - a nu avea nici un ban, a fi sărac.
Ex : « El n-avea para frîntă, nemite cu ce sa le-nzestreze (pe fetele sale) ».(Caragiale)

2. REPROCHE :
FR : a) « mettre sur la paille » - "ruiner" et par extension priver ou mettre quelqu'un dans la
misère. Ex : « Si sa

34
mère paye pour lui, il se sera mis sur la paille, et je ne sais pas de pire correction pour un noble
que d’être sans fortune » (Balzac, Ursule et Mirouet, p.353)
Ex: « Et qu’est-ce qu’il fait ce vieux saltimbanque ? Il nous ruine ! Il nous fout franchement sur la
paille » (L.F. Céline, Mort à crédit, p.344)
RO : a) « a arunca banii pe fereastră » - a cheltui exagerat de mult, a fi risipitor. Ex : « In
loc să faceţi totul în interesul cetăţeanului, gen străzi mai bune, oraşul să nu fie un şantier
continuum voi aruncaţi banii pe fereastră ». (Articol)
b) « rouler sur l’or » - être riche.
Ex : « Ecoute, ne vas pas acheter chez Maigrat, ton ruban…Il te volerait et il croirait que nous
roulons sur l’or ». (Zola, Germinal, p.139).
c) « la mort du petit cheval/ la fin des haricots » - la fin d’une affaire, ruine. Ex : « Bande de
vaches, moi qui ait mis cinq cents sacs dans ce rafiau et du fric que j’ai emprunté en grande
partie ! Qu’est ce que je vais branler avec, qu’on dit partout que c’est une ordure, mon pauvre
cormoran. C’est la mort du petit cheval ». (A. Sergent, p.78)
d) « faire sa pelote » - faire fortune.
Ex : « Amasser, accumuler patiemment de l’argent. Il faudrait que ton Auguste fut le dernier des
crétins pour ne pas savoir faire sa pelote entre ces quatre richards et gagner largement de quoi
nous installer à Garches ». (Goron, p.51)
e) « avoir du foin dans ses bottes »- être bien pourvu, riche. Ex: « Cela
n'empêche que Monsieur votre père avait du foin dans ses bottes ».
(E. Augier, p.19)
f) « jeter l’argent par les fenêtres » - dépenser.
Ex: « Julien répétait : Tu ne pourras donc jamais l’habituer à ne pas jeter l’argent par les
fenêtres »? (G.de Maupassant, Une Vie, p.86)
g) « se serrer (se mettre) la ceinture/se mettre la tringle » - Se priver de manger, se passer de
quelque chose, faire attention à ses dépenses.
Ex : « Quoi faire d’autre, quoi dire ? Alors il aurait fallu nous mettre la ceinture pour la table et
pour l’aramon ? » (H. Barbusse, Le feu, p.45)

3. ORDRE :
FR : a) « mettre sur la paille » - ruine.
Ex : « Est-ce qu’elles se fichaient du monde ? Encore du crédit, elle rêvait donc de le mettre sur la
paille ? Non, plus une pomme de terre, plus une miette de pain »!(E.Zola, Germinal, p.289)

35
RO : a) « a arunca banii pe fereastră » - a cheltui exagerat de mult, a fi risipitor. Ex:
« Spune Nu ! intenţiei firmei de a arunca banii pe fereastră »(Articol)
FR: b) « graisser la patte à quelqu’un » - donner illégament de l’argent pour obtenir quelque
chose.
Ex: - « Monsieur le baron ne me graisse pas la patte !!!? dit Contenson avec un air à la fois humble
et menaçant » ( H.de Balzac, Splendeur et Misères des courtisanes, p.749)
Ex : « Napoleon avait ordoné que les rizières seraient éloignées à cinq milles de Milan ! Les
propriétaires ont graissé la patte à la police, et j’ai vu des rizières à une portée de canon de la
ville » (Stendhal, Rome, Naples et Florence, p.15)
Ex : « Scandaleux !... Faites les taire !...Encore un yéyé !...Ils envahissent tout… Oui, ils
pourrissent tout…Avec de l’argent pleine les poches et une fille différente chaque soir » !
(STENDHAL, Le Rouge et le Noir, p.387)

4. IRONIE :
FR : a) « être cousu d’or » - être riche
Ex : « Ha-ha-ha le pauvre, maintenant tu possèdes tout son argent ? Te voilà cousu d’or ! » (ZOLA,
Germinal, p.77).
RO: a) « a cheltui banii cu nemiluita » - a cheltui mult, a fi risipitor. Ex:
« Pus-a el băieţii în rănduială cum nu mai văzusem pînă atunci, cheltuie banii cu nemiluita şi tot
degeaba, cumpără din banii săi, cofe de zmeură şi fel de fel de puricale de ne dă să mîncăm mai în
toată sîmbăta, ne încarcă în o droagă de a Mănăstirii Neamţului şi ne duce la stăreţie, să dăm
examen dinaintea Stareţului Nionil». (I.Creangă, Amintiri din copilărie)
FR : b) « remuer (ramasser) l’argent à la pelle » - avoir de l’argent.
Ex: « Bientôt il remue l’argent à la pelle, achète les immeubles…» (ZOLA, Semeur d’orages, 91)
Ex: « Avant-hier, nous avons fait le même songe des pièces de cent sous que nous ramassions à la
pelle, dans la rue ». (ZOLA, L’Argent, 37).
RO: « a-şi mînca averea banii cu lingura » - a cheltui mult, fără măsură. Ex : « E
în stare să ia un bărbat tînăr care i-ar mînca banii cu lingura ». (Alecsandri)
FR : c) « être bas de laine » - economies.
Ex: « Ils s’en vont chercher au hasard l’hospitalité d’un hôtel meublé pas cher, car si l’homme est
auvergnat la femme est normande et tous deux ont une passion égale pour le bas de laine. »(Goron,
p.39)
d) « tuer la poule aux œufs d’or » - détruire par avidité une source de profits prometteurs.
Ex : « L'avarice perd tout en voulant tout gagner.

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Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
Pondait tous les jours un oeuf d’or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor:
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les oeufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches !
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus,
Qui du soir au matin sont pauvres devenus,
Pour vouloir trop tôt être riches»! Jean de La Fontaine

5. SARCASME:
FR : a) « manger son blé en herbe/ en vert/ en verdure » - dépenser sa fortune avant de
l'acquérir, dilapider son capital avant de l'avoir reçu. Ex : « Il
voulait imiter ce qu’avoient fait autrefois, les autres autheurs, des libraires, qui mangeaent leur blé
en herbe » (Furetière, Le roman bourgeois, p.1044 !) RO : a) « a cheltui ultima
lescaie/ a nu avea nici o lescaie» - a cheltui mult/ a nu avea nici un ban.
Ex : « O să încerc să fac negoţ cu oale şi străchini de lut. Iar tu o să le duci in piaţă şi o să le
vinzi. Vai, gindi prinţesa, dacă s-or nimeri să vină oameni din împărăţia tatălui meu şi m-or vedea
vînzînd blide, ce au să mai rîdă de mine ! Si asa au trăit ei o bucată de vreme pînă cînd au cheltuit
ultima lescaie. Bărbatul o trimise iar la tîrg cu o grămadă de oale. » (Imparatul Cioc de Sturz de
Fratii Grim)

b) « tirer sa poudre aux moineaux » - faire des efforts inutiles, se dépenser pour ce qui ne le
mérite pas.
Ex : « Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs épées dans l'eau,
Que les grognards de Bonaparte /Tiraient pas leur poudre aux moineaux » (G. Brassens,
Poêmes et chansons, p .44)
b) « a minca banii /averea /paralele cu linguroiul» - a cheltui fara masură. Ex:
« Cînd stai la Paris…mănînci paralele cu linguroiul » (Cezar Petrescu).

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c) « faire bouillir la marmite » assurer la subsistance et l'entretien d'une famille.
Ex: « Il avait abandonné ses appointements, il était allé à Marchiennes engager son pantalon
et sa redingote de drap, heureux de faire bouillir la marmite des Maheu. » (E. Zola,
Germinal, p.89)
6. VANITÉ:
FR : a) « tondre un œuf » – être d’une avarice sordide. Ex : «
Mais là, franchement, la jalousie les enrageait. Avec ça, ils auraient tondu un œuf. Des pingres,
quoi ! Des gens qui cachaient leur litre, quand on montait, pour ne pas offrir un verre de vin … »
(E.Zola, L’Assommoir, p.39)
RO : a) « a fi dobă de bani » - a avea mulţi bani. Ex: «
Şi a ţinut veselia ani întregi şi acum mai ţine încă; cine se duce acolo be şi mănâncă. Iar pe la noi,
cine e dobă de bani be şi mănâncă, iar cine nu, se uită şi rabdă ».(Creangă, Harap Alb)

b) « blanchir de l’argent » - légaliser une somme d’argent gagnée de façon illicite. Ex: « Blanchir
de l’argent est la plus grande technique de criminalité financière »
b) « a-l duce pe cineva la sapă de lemn » - a sărăci de tot.
Ex: « a pus înadins pe feciorii boiereşti să-mi caute pricină şi să mă aducă în sapă de lemn».
c) « à la graisse d’oie » - être médiocre financièrement.
Ex: « Plus souvent, dit Lamuse, que tu me voiras mett’mon quart dans ma poche. C’est une idée à
la graisse d’oie, ni plus, ni moins ». (H. Barbusse, Le feu, p.50)
d) « cracher au bassinet » - payer ou donner quelque chose à contrecoeur. Ex: « La
femelle d'à côté s'est enhardie : elle se saoule et amène des hommes qui boivent avec elle. Un jour,
un de ces pochards a refusé de cracher au bassinet et a voulu la battre... » (J. Vallès, L'insurgé,
p.79)
e) « manger la grenouille » - voler et dépenser de l’argent appartenant à une collectivité.
Ex: « Est-ce vrai, vieux, reprit-elle, que tu as tué ton frère et ton oncle, ruiné ta famille,
surhypothéqué la maison de tes enfants et mangé la grenouille du gouvernement e Afrique avec la
princesse ? » (H. de Balzac, La cousine Bette, p.29)
f) « rentrer (tomber) dans l’escarcelle » - accroître les moyens financiers d’une personne, profiter
de l’argent de quelqu’un.
Ex : « Veuillez bien, Monsieur, lui écrivait cet étrange correspondant, nous compter la somme de
3000 francs que nous exigeons. Au contraire des bandits ordinaires, nous rançonnons d’abord :
Nous enlevons après si la rançon ne tombe pas dans notre escarcelle. » (Goron, L’amour à Paris,
81)
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7. ADMIRATION :

FR : a) « être plein aux as» - avoir beaucoup d'argent Ex:


« On était encore au as, en ce temps-là. On était un peu plus au as que les autres » (H.
BARBUSSE, Le feu, p.17)
RO : a) « a plăti pîna într-o para/ pîna la o para » - a achitat tot pîna la ultimul ban.
Ex : « Nu mai datora nimănui nimic ; achitase tot pînă într-o para ». (Vlahuţă)

b) « garder une poire pour la soif » - garder des moyens ou des ressources pour un emploi futur,
économiser, mettre de côté. Ex: « Le
moribond, touché de repentir avoua à son amie que les 45000 francs....n'avient point été
perdus mais qu'il les avait gardé pour se constituer un petit capital, une poire pour la
soif » (Goron : L'amour à Paris, p.20)
b) « a scoate ceva din piatră seacă » - a obţine ceva fără bani, dar cu mult efort. Ex : «
Este român dezgheţat care scoate lapte dulce din piatră seacă ». (Ispirescu)

c) « avoir du bien au soleil » - avoir des propriétés immobilières Ex: « Le


père Séchard a laissé deux cent mille francs de bien au soleil, comme on dit ». (Balzac :
Splendeurs et misères des courtisanes.)
c) « a nu avea nici un sfanţ » - a fi total lipsit de bani. Ex :
« Dacă n-ar avea nici un sfanţ şi tot aş lua-o! » (Brătescu Voineşti).

Le sens en roumain proposé par A.Negreanu correspond parfaitement au sens de ces


locutions en français. Les expressions suivantes ainsi que la variante roumaine font partie du
registre familier dans les deux langues. La structure pragmatique des phraséologismes françaises est
la même de celle des phraséologismes roumains. Nous avons montré le fait de la grande diversité
des phraséologismes pragmatiques qui expriment des sentiments. Ces unités méritent donc un
traitement particulier, tout comme les suites non compositionnelles. On tient compte de différents
critères pragmatiques, tels que le type d’acte de langage, le registre, les conditions d’emploi, les
niveaux de politesse, mais aussi des relations entre les interlocuteurs et, plus généralement, de la
diversité formelle et culturelle. Nous avons ainsi cherché à définir ce que les langues peuvent
partager comme « dénominateur commun » et à utiliser cette qualité des langues. L’importance de
la dimension pragmatique du langage n’est plus à démontrer. Il est permis d’éprouver quelque
réticence devant les relents behavioristes de certains cas pragmatiques, à ne voir dans la pratique

39
langagière qu’un acte utilitaire, intéressé, finalisé, ce qui par contrecoup minimise excessivement la
fonction informationelle du langage-parler. Dernière-née des disciplines linguistiques, la
pragmatique connaît à l’heure actuelle une expansion tous azimuts qui expriment des rapports
sociaux qui autorisent tel ou tel comportement discursif. Pour en revenir au problème particulier des
rapports existant entre les instances sociale et langagière, rappelons que la linguistique a pour but de
rendre compte d’objets de langage.
Nous nous sommes personnellement persuadée par l’intermédiaire de notre exemples,
qu’aucune description linguistique n’est, malgré qu’on en ait, concevable sans la postulation de
l’existence d’une norme : sans normes, pas de règles, donc pas de compétence. Décrire une
séquence verbale, c’est faire l’anatomie d’u rapport, c’est rendre compte de la façon dont « les sens
sont appariés aux sons ». Il y a des énoncés qui sont des purs actes, avec des aspects : la pitié,
l’ironie, le sarcasme, l’admiration, la vanité et le reproche et d’autres qui n’auraient aucune valeur
d’acte.

2.2. Similarités et différences du traitement des phraséologismes en


français et en roumain.
« Le choix des mots est un élément fondamental du goût, mais avant tout le style. Les mots
ne sont pas simplement empruntés au système lexical. A valeur codée qu’ils ont en langue s’associe
généralement une gramme de valeurs affectives, culturelles, nationales, régionales et personnelles
qu’ils changent de grandeur et d’importance »
Comme on l’a vu, le français d’aujourd’hui abonde en toutes sortes de périphrase nominales,
verbales, adverbiales qui permettent d’exprimer les plus fines nuances de la pensée. A l’encontre du
français moderne, la langue roumaine, ayant des tendances fortement prononcées utilise d’une
manière très large les dérivés là, où le français recourt aux périphrases. Le sens d’un grand nombre
de verbes roumaines ne peut être rendu en français qu’à l’aide des locutions verbales: a compătimi
sărăcia- prendre pitie de la pauvreté. Les paramètres qui rentrent dans les étiquettes de chaque
phraséologisme relèvent de la sémantique (registre, stratégie sémantique) et de la pragmatique (type
d’acte de langage, emploi, registre, degré de politesse, fréquence). Ils servent à décrire et à classer
les phraséologismes aussi bien de la langue source que ceux de la langue cible. Le type d’acte de
langage est à la clef de notre classement et de notre modèle de traduction : il est l’élément principal
de l’étiquette sémantico-pragmatique de tous les phraséologismes, qui doit servir de pivot lors de la
traduction de ceux-ci vers d’autres langues. La détermination du type d’acte de langage est donc
indispensable pour que notre modèle fonctionne. Or, certaines structures posent des problèmes
d’interprétation puisqu’elles peuvent exprimer plusieurs valeurs illocutoires. Dans bien des cas, le

40
français préfère les périphrases du moins jusqu’ici - à un verbe simple qui leur correspondait dans
une langue étrangère. C’est un procédé d’expression analytique grâce auquel nous exprimons des
nuances que souvent aucun verbe simple ne pourrait rendre et qui de plus, fait souvent image. En
général, chaque peuple a ses propres principes, ses objets préférés. La statistique dit que les français
aiment à former les locutions phraséologiques avec les mots : la chèvre, le chou, le lapin, la vache,
l’argent, le cœur, l’âme, la tête. Leurs équivalents en roumain sont souvent basés sur des images
tout autres. La plupart des locutions nommées ci-dessus se rapportent au langage familier ou dit
populaire, parfois aux argots. Ce qui explique par les particularités du système de numération de
deux peuples, les Roumains, les russes aiment le chiffre 3 : a cumpara ceva de trei lei, mais les
français aiment le ciffre 6 - acheter qqch. à six sou. Les Français forment souvent des locutions
phraséologiques fondées sur des notions antithétiques dans un certain sens, mais très rapprochées
dans un autre. [43, p.97.] Les verbes usuels français avoir, être, faire, prendre, mettre ont des liens
sémantiquement considérablement plus larges que leurs équivalents roumains. On dit faire la
manche - a cerşi. Faisant partie des locutions verbales, les verbes avoir, être, mettre, prendre,
rendre, etc. subissent une forte désémantisation et forment un tout sémantique avec le substantif ce
qui n’est pas à un tel point caractéristique pour le roumain. Le sens de la locution verbale dépend
habituellement de la signification du substantif. Comparez : faire peur- a se speria. Dans les
locutions nominales le premier substantif est souvent sujet à la désémantisation. Le sens global de la
locution dépend habituellement de la signification du substantif prépositionnel. En roumain à ces
espèces de locution correspond souvent des substantifs dérivés.
N’oublions pas que les locutions françaises sont habituellement neutres, privées de valeur
expressive. Comparées avec les locutions roumaines, les locutions verbales et nominales françaises
sont plus mobiles, elles admettent plus facilement la substitution d’un des composants ou
l’intercalation d’un mot : 1. Avoir du fric (de l’argent), faire sa fortune (sa pelote). Les
particularités lexicales des locutions françaises sont conditionnées par les particularités du système
lexical français, par l’histoire du peuple français. Les Français et les Moldaves utilisent largement
pour la formation des locutions phraséologiques le mot argent. Cependant le choix d’une telle ou
telle nomination pour créer des locutions équivalents diffère souvent dans les deux langues.
Comparez : N’avoir ni sou, ni maille= a nu avea nici o para chioară.
Les phraséologismes sont des mots autonomes dont la forme graphique reflète tantôt une
seule unité sémantique pouvant de ce fait être traduits de deux manières. Par exemple : garder une
poire pour la soif= a pastra o pară pentru sete, si on traduit ad -litteram, mais le sens c’est l’autre :
a strînge bani albi pentru zile negre. En ce qui concerne une catégorie, il est à remarquer que

41
certains groupes de mots ont été lexicalisés, ne pouvant être décodés que d’une seule manière. [28,
p.43]
Il est vrai que, même à l’intérieur de ce groupe de phraséologismes, certains sont spécifiques
à la langue française et correspondent à des situations bien précises en roumain. Cette différence
n’étant pas formellement marquée en français, il est impossible de trouver la traduction roumaine
pragmatiquement correspondante sans connaître des détails. Il y a des cas qu’il n’existe aucune
formule équivalente en français et vice-versa, ex: Faire pelote, Rendre gorge,
Paumer le fric, Faire son beurre, etc.
L’établissement des équivalences entre la langue française et roumaine est très difficile
lorsqu’on parle de l’argent. En effet, il n’existe pas une échelle de classer les phraséologismes
désignant le mot argent unique pour les deux langues et les deux cultures qui se ressemblent mais
sont différentes. La langue française (A) peut avoir 40 unités phraséologiques possibles dans la
formulation de la richesse, tandis que la langue roumaine (B) en aura 20. Dans une telle
configuration, si l’on traduit de la langue roumaine vers la langue française, on n’exploite pas tout
le potentiel de la langue cible, puisqu’on est limité à choisir des formules relativement neutres.
Dans le cas inverse, quand on traduit de la langue française vers la langue roumaine, on est amené à
opérer certaines réductions du sens, puisque la langue cible ne dispose pas de moyens d’expression
aussi riches que la langue source.
On peut alors envisager d’établir des équivalences d’une langue à l’autre. Il est vrai que de
nombreux phraséologismes dans une langue donnée trouvent facilement leurs équivalents exacts
dans d’autres langues, exemples: fils à papa - feciorul tatălui/ de bani gata ; être criblé des dettes =
a fi plin de datorii ; jeter l’argent par les fenêtres= a arunca banii pe fereastră. Même s’ils sont
parfois bien différents au niveau de la forme, ils remplissent les mêmes conditions d’emploi,
appartiennent au même registre, ont le même degré de politesse et exploitent la même stratégie
sémantique.
Chapitre III. L’ASPECT DIDACTIQUE: LES PHRASEOLOGISMES COMME MOYEN
DE CONNAISSANCE ET DE MAÎTRISE DES LANGUES
3.1. Le rôle des phraséologismes dans l’enrichissement du français des écoliers et lycéens.
Le vocabulaire du français d’aujourd’hui abonde en locutions phraséologiques. Cette
richesse en unités phraséologiques rend la langue française moderne concrète, expressive et imagée.
[30, p.97]. Vu les tendances analytiques très prononcées du français d’aujourd’hui la création des
groupements stables est pour l’élève une source inépuisable d’enrichissement de toutes les parties
du vocabulaire. Les unités phraséologiques se trouvent en abondance en toutes sortes de
terminologie et se créent constamment [43, p.100.]

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Le rôle argumentatif d’une unité phraséologique est souvent renforcé par la valeur
esthétique. Celle-ci est, bien entendu, directement proportionnelle à la qualité de l’image qui sert de
support au message, et aux moyens stylistiques qui y sont déployés. L’unité phraséologique est un
élément décoratif- un ornatus rhétorique.
Comme l’indique le titre, notre intention dans ce chapitre est de traiter un aspect de la
phraséologie qui, sans aucun doute, est de grand intérêt. Il est évident que la traduction est
étroitement liée à la culture, il ne reste au traducteur ou étudiant « qu’au déchiffrer tout un monde
de références et d’allusions, puisque la langue est un véhicule de chaque culture ». L’objectif, sans
aucun doute, est de conduire les élèves à atteindre une capacité linguistique, mais, aussi une
capacité culturelle, étant donné que toute deux sont étroitement liées.
Les professeurs, conscients du fait que l’apprentissage d’une langue étrangère ne peut se
dissocier de la connaissance, de la part d’élève, des manifestations culturelles de la communauté
linguistique qu’utilise cette langue comme moyen de communication, passent une bonne partie du
cours à apprendre le folklore, l’histoire. Le défi du professeur consiste à doter l’élève des
connaissances nécessaires pour qu’il puisse s’intégrer dans un univers culturel qui possède des
paramètres différents celui d’origine. Tout cela permettra d’obtenir un niveau de compétences
communicatives acceptables dans la langue française. Réussir à devenir de véritables utilisateurs de
la langue signifie saisir les modèles culturels d’une communauté différente à nôtre langue, puisque,
développer une compétence culturelle nous mène à pouvoir communiquer de façon plus claire et
facile.
Le professeur du français comme langue étrangère affronte quotidiennement ce défi de
transmission d’unités culturelles de nature très hétérogène qui, comprend depuis sa compétence
jusqu’à la connaissance de données culturelles à caractère historique, social et artistique de la
communauté française.
Les particularités culturelles apparaissent, dans des situations de communication : les gestes,
les expressions, les rituels de courtoisie, les proverbes, les unités phraséologiques qui assument un
rôle très important dans le processus communicatif. Pour cela on considère intéressant, de motiver
nos élèves, de les introduire dès les niveaux débutants, même s’il est nécessaire d’avoir recours à
certaines stratégies. Il faut souligner que, bien que, des symétries et des divergences provoquent une
relation, souvent ambiguë qui nous intéressent, français et roumain, faire ce travail de comparaison
qui nous mène à élucider la problématique qui existe entre les langues analogues ; des langues qui,
encore, attachés par d’évidentes relations de familiarité, obéissent à des élans créatifs.

3.2. Pratique d’exercices et d’auto exercices de familiarisation et de création.

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L’élève est au centre du processus éducatif, d’une manière explicite il y a l’idée qu’il faut
apprendre aux élèves à apprendre, qu’on doit les amener à se construire une méthode de travail. Il
faut prendre en compte l’approche méthodologique dans sa dimension globale. On se pose le
problème qui vise en effet la maîtrise spécifique de la compréhension et de la production des unités
phraséologiques, c’est-à-dire d’unités lexicales longues, qui présentent une grande opacité
sémantique et de grosses difficultés de rétention pour les étrangers, dans notre cas pour les étudiants
roumains qui étudient la langue française.
La majeure partie de cette étude est consacré aux locutions phraséologiques qui posent à
l’apprenant des problèmes d’ordre à la fois sémantique et culturel. La phraséodidactique, ou
didactique de la phraséologie, concerne l’enseignement apprentissage des expressions figées dans le
cadre de l’acquisition des langues vivantes. De ces réflexions de simple bon sens, on ne saurait
évidemment déduire des « règles » d’accès à la maîtrise des unités phraséologiques. Toutes réserves
admises, ces observations serviront néanmoins de point d’ancrage aux procédures d’acquisition/
apprentissage des unités phraséologiques, qu’on propose à savoir :
 La constitution d’auto-dictionnaires personnalisés d’encodage.
 La pratique d’exercices et d’auto-exercices de familiarisation et de création.
L’élaboration d’auto-dictionnaires d’encodage et de décodage fabrique un instrument de
maîtrise langagière utile et novateur. Les bons dictionnaires de décodage qui relèvent d’une
démarche sémasiologique - de la forme au contenu, du signifiant au signifié. L’apprenant construit
son dictionnaire personnel, puisqu’à l’itinéraire forme→ contenu ou signifiant→ signifié du
dictionnaire consulté, il substitue l’itinéraire contenu → forme ou signifié→ signifiant de son
propre outil. Le mot emblématique du sème-noyau n’est plus alors une étiquette formelle, mais une
étiquette sémantique comme dans tout dictionnaire onomasiologique d’encodage.
Naviguer entre le trop large et le trop étroit à la recherche d’étiquettes adéquates est un
exercice à coup sûr difficile, parfois frustrant, mais qui offre tant d’occasions de manipuler du sens
que ses vertus pédagogiques compensent largement ses faiblesses méthodologiques.
Dictionnaire de décodage (construit)
Démarche sémasiologique : Signifiant → Signifié
Vedettes (étiquettes Unité phraséologique Définitions développées
formelles) (paraphrases)
Ex : ARGENT « jeter l’argent par les /être très dépensier/
fenêtres »
DETTES « être criblé des dettes » /avoir des dettes/

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L’aide apportée aux élèves peut être plus adaptée et efficace. Pour enseigner, il est
indispensable de connaître l’autre. Pour apprendre il faut se connaître, s’organiser et apprendre le
contact entre le QUOI (contenu lexical à aquérir) et le COMMENT (manière de l’acquérir). Pour
cela on propose une fiche pédagogique qui reflète le fil thématique - les unités phraséologiques.
L’enseignement du français, notament des expressions phraséologiques suppose la pratique
raisonnée de la langue, l’acquisition des méthodes de pensée et de travail, la formation d’une
culture. Une grande importance au niveau de savoir et de savoir faire, dans le monde et les rythmes
de travail. Pour réussir aux difficultés d’apprendre les unités phraséologiques le professeur du
français doit mieux doter les élèves dans le domaine de la langue contribuant à étendre et structurer
les connaissances et fournir les moyens et les intruments les plus efficaces pour stimuler le travail
en apprenant les unités phraséologiques par l’intermédiare des exercices. Pour commencer la
pratique d’exercices et d’auto-exercices de familiarisation et de création on propose une fiche
pédagogique avec des activités susceptibles d’amener les apprenants à la maîtrise d’emploi des
unités phraséologiques.

Fiche pédagogique :
Thème : Les unités phraséologiques

Objectifs pragmatiques :
- comprendre en détail la maîtrise des expressions phraséologiques
- rédiger une synthèse sur les unités phraséologiques
- manier les registres de langue

Objectifs linguistiques :
- exprimer la conséquence avec l’intensité
- renforcer les connaissances acquises par l’intermédiare des exercices.
- repérer des marques de l’oralité

Objectifs culturels :
- découvrir des unités phraséologiques nationales françaises, cultiver et devélopper le sens
esthétique. L’enseignant insistera sur le lien entre le fait d’apprendre la langue française et de
connaitre les éléments culturels qui sont liés au pays. Il peut expliquer qu’il y a un vocabulaire
spécifique avec des expressions phraséologiques qu’on doit les connaître.
Niveau : B2

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Durée : 90 min.
Des activités proposées:
a) activité individuelle :
-le travail sur les cahiers ;
- le travail au tableau ;

b) activité collective :
- le contrôle et la correction du devoir ;
-la conversation ;
-le travail sur les fiches de travail
Le matériel didactique : le manuel, la fiche de travail (exercices), le texte support, les cahiers des
élèves, le tableau noir.

Mise en route :

Distribuer les fiches aux élèves :


Activité 1.
Lisez le fragment « Une Vie » (Voir l’annexe Nr. 3)
Pratique raisonnée de la langue par l’intermèdiare de la lecture. On propose le fragment ,,
Une Vie” de G. De Maupassant pour que l’élève puisse apprendre mieux l’expression écrite et
découvrir les expressions figées. Cet exercice favorise et développe le gôut de la parole orale et
écrite tout en cultivant le sens esthétique. Cette pratique d’analyse du texte exige une réflexion sur
la langue et son emploi, qui contribuent à l’enrichissement mutuel de la pensée et de l’expression.

I.Comprendre
Activité 2.
Trouvez les unités phraséologiques du fragment donné et traduisez – les.
(Fouiller dans ses poches; manger l’avoir ; tirer le diable par la queue ;
hocher la tête ; connaître sur le bout du doigt ; être au point du jour).

Activité 3.
Choissisez la forme convenable des unités phraséologiques du texte:
« Tirer le diable par la queue ». « Hocher la tête »
a) avoir de la peine à trouver de quoi vivre a) donner bonjour
b) être malade b) être confus

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« Fouiller dans les poches» « Manger l’avoir »
a) chercher dans ses poches a) dépenser l’argent
b) avoir un trou dans ses poches b) manger un fruit

Activité 4.
Essayez de donner les équivalents roumains des expressions soulignées ci-dessus.

Activité 5.
Faites le thème des unités phraséologiques:
A fi foarte sărac
A-şi cheltui averea
A nu fi sigur de cele spuse
A cunoaşte foarte bine
La asfinţitul soarelui

Activité 6.
Reconstituez les phraséologismes de la première colonne avec une des significations de la
deuxième colonne par des flèches.
Tirer de dettes
Etre criblé de singe
Avoir du foin d’escampette
Payer en monnaie le diable par la queue
Prendre la poudre dans ses bottes
Etre trempé dans son assiette
Ne pas être comme une soupe

II. Expression écrite :


Activité 7.
Classez en deux colonnes les expressions qui désignent la possession ou l’absence d’argent :

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1. être plein de fric ; 2. Etre cousu d’or ; 3.n’avoir ni sou, ni maille ; 4. Gaspiller à droite et à
gauche ; 5. Faire son beurre ; 6. Mettre du beurre dans ses épinards ; 7. Rendre à qqn. la monnaie
de sa pièce ; 8. Ramasser l’argent à la pelle ; 9. Faire fortune ; 10.Avoir la bourse plate ; 11. Avoir
la bourse légère ; 12. Avoir des embarras d’argent.

Activité 8.
Introduisez les unités phraséologiques désignent l’absence de l’argent dans des phrasés.

III.Expression orale :
Activité 9.
Commentez :
”Je vais te donner cent francs, surtout ne gaspille pas, tu as mangé déjà ton avoir et tu tire le diable
par la queue”.

Activité 10
Devoir à la maison : Inventez une situation pour la mise en œuvre des expressions imposées :
« gaspiller l’argent », « manger l’avoir » « tondre un œuf ».
Faites le thème des unités phraséologiques:
Couvrir qqn. de fleurs
Manger les pissenlits par la racine
Vivre comme un coq en pâte
Avoir d’autres chats fouetté
Jeter la langue aux chats
N’avoir ni sou ni maille
Loger le diable dans sa bourse
Ne pas avoir un sou vaillant

Mettez en français
A umbla după doi iepuri deodată
A fi sub papucul cuiva
A nu avea nici o para chioară
A se uita la cineva pe sub sprîncene
A avea ultimul cuvînt
A face cu ou şi cu oţet

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L’exercice comme lieu privilégié des connaissances, il est constitutif de la formation
scolaire. Il faut inventer des exercices et de les mettre en pratique individuellement. Certains
exercices sont dits de familiarisation parce qu’ils n’ont d’autre ambition que d’accoutumer par la
pratique, par l’habitude, à certaines unités phraséologiques.
Les excercices sont très importantes pour le devéloppement intelectuel de l’élève. Ces
approches encouragent l’élève de réussir en fonction des critères convergents : richesse de la
problèmatique, variété thématique, motivation pédagogique. Le support didactique ouvre le champ
des principales activités de compréhension orale/écrite, questionnement, repérage, découverte,
analyse des situations pour maîtriser les unités phraséologique. Grâce aux exercices intéressants,
progressifs l’apprenant sera stimulé d’étudier le thème. Bonne echance !

CONCLUSIONS

Dans cet ouvrage on a eu pour but à d’aborder et étudier le thème les phraséologismes
désignant le mot clé - l’argent, analysé sous l’angle de leurs axe formelle, sémantique et
pragmatique. C’est une étude comparative des unités phraséologiques françaises et leurs équivalents
roumains. Avant de faire cette comparaison on a parlé des phraséologismes pour se familiariser avec
cette notion d’importance millénaire.
Pour ceux qui travaillent dans le domaine de la phraséologie il est évident qu’il faut tenir
compte de l’existence des suites de mots « préfabriquées ». Or, l’importance des expressions figées

49
est aussi forte pour les linguistes qui étudient d’autres domaines que pour les usagers de la langue,
car le phénomène de figement y est omniprésent.
Les premiers témoignages de l’intérêt porté aux phraséologismes sont chargées de
transmettre au cours des siècles, une sagesse universelle. Aucune langue ne peut s’apprendre, ni être
décrite, sans elles.
L’influence française s’étend visiblement, car le prestige et la culture française sont
considérables. La langue française a toujours offert un vrai trésor lexical pour le renouvellement et
la modernisation de la langue roumaine. Les emprunts ont constitué un élément important dans
l’enrichissement du vocabulaire roumain. La langue française a contribué à la « réromanisation » du
fond lexical du roumain, en assumant le même rôle que le latin avait eu dans l’histoire de la langue
française - comme deuxième Patrie.
Pour réaliser le but proposé on a parlé sur la phraséologie. On a essayé d’élucider le
problème de trouver les expressions désignant le mot argent. Aussi on a parlé sur l’effet
sémantique-pragmatique. On a formulé quelques idées concernant l’utilisation des certaines unités
phraséologiques problématiques dans la langue française et roumaine. On a introduit des exercices
d’entraînement pour ceux qui vont apprendre profondément le français (le niveau B2), et connaître
mieux la phraséologie.
On a étudié 100 unités phraséologiques designant le mot argent du point de vue formel, on a
analysé 185 expressions figés conformement au critère sémantique et on les a trouvé l’équivalent
roumain. Finalement, on a analysé 40 unités phraséologiques d’après l’axe pragmatique en donnant
des exemples avec des expressions qui ont été tiré de la littérature scientifique et artistique
française.
L'aspect formel des phraséologismes français est le même que celui des phraséologismes
roumain. Ces unités phraséologiques ont la même forme et la même signification dans plusieurs
langues latines et balkaniques. L’influence française s’étend visiblement, car le prestige et la culture
française est considérable. La langue française a toujours offert un vrai trésor lexical pour le
renouvellement et la modernisation de la langue roumaine. Les emprunts ont constitué un élément
important dans l’enrichissement du vocabulaire roumain.
Le traitement sémantique vise la forme sous laquelle se présente l’explication du sens de la
locution. La plupart des locutions phraséologiques se caractérisent par leur intégrité sémantique,
c'est-à-dire elles présentent un tout unique au point de vue de sens. Les locutions
phraséologiques sont des unités lexicales qui par leur fonctionnement se rapprochent souvent des
mots ce qui permet d'envisager leur création à côté de la formation des mots. Les phraséologismes
ont souvent le caractère national, mais la plupart des phraséologismes français désignant le mot

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argent ont les mêmes origines, la même importance que les unités phraséologiques roumaines. De
nombreux phraséologismes de la langue française trouvent facilement leurs équivalents exacts dans
la langue roumaine: même s’ils sont parfois bien différents au niveau de la forme, ils remplissent les
mêmes conditions d’emploi, appartiennent au même registre, ont le même degré de politesse et
exploitent la même stratégie sémantique.
Au niveau de la pragmatique, les expressions appartiennent à l'inférentiel, à la connotation.
En effet, construites sur le principe de vérité, leur sens littéral refait surface à travers leur sens
idiomatique, et leur sens idiomatique fait sur épaisseur au sens littéral. Pragmatiquement, elles sont
greffées sur le discours qu'elles interrompent pour y prendre place comme citations, exemples ou
arguments. Les valeurs pragmatiques constituent un objet théorique spécifique, relevant d’une
compétence langagière spécifique. La structure pragmatique des phraséologismes françaises est la
même de celle des phraséologismes roumains.
A la fin on peut conclure que les phraséologismes en générale ont souvent le caractère
national, mais la plupart des phraséologismes français désignant le mot argent ont les mêmes
origines, la même structure, la même importance que les unités phraséologiques roumaines.
Les unités phraséologiques forment une manière courante d’expression. Elles donnent du
relief et de la couleur à la langue parlée, tout en revalant, sous une forme transparente et laconique,
une somme de vérité venant d’une expérience millénaire et sublime par une intelligence vive, un
sens aigu de l’observation et une grande fantaisie créatirice. En même temps, les phraséologismes
dénotent un penchant pour le pittoresque qui équivalant à une déterminante pragmatique
inconsciente, organique, constitutive figurant dans la matrice du peuple roumain et du peuple
français.
Les locutions phraséologiques présentent un grand intérêt pour les esprits curieux des
finesses et du génie de la langue de l’auteur, car « la locution est le domaine d’affleurement de
l’inconscient linguistique, du symbolisme élémentaire, le lieu de rencontre de l’arbitraire et du
motivé, du discours (répétition, citation) et de la langue ».
La phraséologie est un trésor de la langue. Les unités phraséologiques se reflètent dans
l'histoire du peuple, la singularité de sa culture et de la vie.

51
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Annexe Nr.1

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56
Annexe Nr.2

57
Annexe Nr.3
(Jeanne est mariée depuis deux mois. Après son voyage de noces, elle revient avec son mari au
château des Peuples. Après les retrouvailles et les rangements, elle se retrouve seule)
Le reste de son voyage ne fut plus qu’un songe, Jeanne ne regadait que Julien. En arrivant à
Bastia il fallut payer le guide. Julien fouilla dans ses poches, en demandant l’argent de Jeanne avec
un visage mécontent. Elle fut surprise et balbutia, il reprit:”Je vais te donner cent francs, surtout ne
gaspille pas, tu as mangé déjà ton avoir et tu tire le diable par la queue”.
Une vie charmante et libre commença pour Jeanne. Elle regardait la mer, d’un bleu opaque et
lisse, s’étendant à perte de vue. Elle se demanda ce qu'elle allait faire maintenant, cherchant une
occupation pour son esprit, une besogne pour ses mains. Elle légère, alerte hochait la tête. La fille
n'avait point envie de redescendre au salon auprès de sa mère qui sommeillait ; et elle songeait à
une promenade, mais la campagne semblait si triste qu'elle sentait en son cœur, rien qu'à la regarder
par la fenêtre, une pesanteur de mélancolie.
Alors elle se rendait compte qu'elle n'avait plus rien à faire, plus jamais rien à faire, mais la
baronne la connaissait sur le bout du doigt, elle était triste. Toute sa jeunesse au couvent avait été
préoccupée de l'avenir, affairée de songeries. La continuelle agitation de ses espérances emplissait,
en ce temps-là, ses heures sans qu'elle les sentît passer. Puis, à peine sortie des murs austères où ses
illusions étaient écloses, son attente d'amour se trouvait tout de suite accomplie. L'homme espéré,
rencontré, aimé, épousé en quelques semaines, comme on épouse en ces brusques déterminations,
l'emportait dans ses bras sans la laisser réfléchir à rien.
Mais voilà que la douce réalité des premiers jours allait devenir la réalité quotidienne qui
fermait la porte aux espoirs indéfinis, aux charmantes inquiétudes de l'inconnu. Oui, c'était fini
d'attendre. C’est seulement Dieu qu’il ait pitie d’elle.
Alors plus rien à faire, aujourd'hui, ni demain ni jamais. Elle sentait tout cela, à tatons,
vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves.

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Elle se leva et vint coller son front aux vitres froides. Puis, après avoir regardé quelque temps le
ciel où roulaient des nuages sombres, elle se décida à sortir, pousée à bout et elle a pris congé.
Étaient-ce la même campagne, au point du jour, la même herbe, les mêmes arbres qu'au mois de
mai ? Qu'étaient donc devenues la gaieté ensoleillée des feuilles, et la poésie verte du gazon où
flambaient les pissenlits, où saignaient les coquelicots, où rayonnaient les marguerites, où
frétillaient, comme au bout de fils invisibles, les fantasques papillons jaunes? Et cette griserie de
l'air chargé de vie, d'arômes, d'atomes fécondants n'existait plus.

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