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Bac 2018

Épreuve de philosophie
Série S

Sujet 1. Le désir est-il la marque de notre imperfection ?


Sujet classique sur le désir, mais l'originalité est de faire réfléchir les élèves sur la valeur du désir lui-même
plutôt que sur les objets de satisfaction qui supposent un jugement moral.

Introduction
Le désir se définit comme un manque qui nous pousse vers la satisfaction. Ce manque se révèle à nous par une
expérience aussi douloureuse qu'irrécusable : celle d'un objet extérieur qui nous échappe et nous fait espérer
que nous pourrions redevenir un « tout parfait » par sa possession.
Dans le Banquet de Platon, le convive Aristophane relate le mythe des Androgynes selon lequel « chacun
cherche sa moitié », suite à la colère des dieux qui aurait coupé en deux chaque humain pour le punir de cette
vanité qu'est le désir d'immortalité. Le désir en ce sens serait-il la marque de notre imperfection ? Cette
dernière est-elle le manque essentiel de chaque individu, au sens où la quête qui conduirait à la satisfaction
serait vaine par avance ? Ne peut-on espérer au contraire, qu'en réalisant son désir, l'homme s'élève à un plus
haut degré de perfection ? Le désir n'est-il pas plutôt la marque de la perfection dans la mesure où l'inquiétude
même qui anime le sujet désirant permet de donner un véritable élan vers les belles actions, les belles
connaissances et tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ?
Le problème est de savoir si le désir se définit par son objet (ce sur quoi il porte) ou bien par le fait même de
désirer qui, en tant qu'essence de l'homme, donne toute sa valeur à son activité. En d'autres termes,
l'imperfection du désir tient-elle au processus même du sujet désirant ? Et en ce sens est-il souhaitable de juger
le désir voire même de prétendre s'en débarrasser, pour échapper au manque qui nous affecte, nous fait
souffrir, nous rend imparfait ?
Après avoir montré que le désir est la marque de l'imperfection de l'homme comprise comme le manque d'un
objet qui lui échappe de manière contingente, on se demandera si celui qui désire, loin d'être un homme
imparfait, a par son désir une richesse qui est la marque de l'homme.

I. Désir et imperfection
1. Le désir se définit comme manque
Il faut distinguer besoin et désir. Platon dans Le Banquet définit le désir par le mythe d'Eros, fils de la pauvreté
et de la richesse.
2. Le désir est souffrance = pathos, la passion
La passion est ce qui fait souffrir par un attachement excessif à son objet
3. La maîtrise du désir
Épicure dans la Lettre à Ménécée nous permet de distinguer les désirs. Certains (naturels et nécessaires)
doivent être satisfaits et procurent le véritable bonheur.
Que ce soit l'imperfection définie comme pauvreté, manque, caractère misérable de l'homme ou le bonheur
que ma possession promet dans la satisfaction du désir, ce que nous prenons en compte pour juger le désir
n'est-ce pas son objet qui tantôt nous échappe, tantôt nous satisfait ?

II. L'homme un être de désir


1. L'homme imparfait et la pauvreté de satisfaction
L'homme imparfait est celui qui manque de tout. Mais celui dont « un seul (vous) être manque » connaît une
sorte de misère existentielle parce que tout ce qu'il possède ne le satisfait pas.
2. Le désir n'est pas nécessairement passif
Dans Les passions de l'âme, Descartes explique que toute passion traduit le retentissement, dans l'âme de
phénomènes corporels.
L'imperfection serait-elle l'impossibilité d'éteindre le désir ?

III. La valeur de l'imperfection


1. Le désir a la jouissance pour fin
Le désir non satisfait laisse place à l'imagination, au rêve de manière illimité. « Malheur à qui n'a plus rien à
désirer » Rousseau
2. L'homme ne peut pas s'empêcher de désirer
« Le désir est l'essence de l'homme » Spinoza
L'homme désire sans cesse, et un tel effort, que Spinoza appelle « conatus », accompagne toute activité.

Conclusion
« Deviens ce que tu es » voilà la perfection humaine toujours finie, décevante, portée vers la divinité, la hauteur
de belles actions et des belles idées. Or, l'homme est un être de désir qui ne peut pas plus s'empêcher de
désirer que d'être. Entre manque et puissance, le désir est davantage la marque de l'équivoque de l'homme, ni
bête, ni Dieu mais sans cesse animé par cette incomplétude qui le définit et donne du sens à sa vie.