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Bac 2018

Épreuve de philosophie
Séries technologiques

Sujet 3 Texte de Montesquieu

1. Dans ce texte, Montesquieu affirme que la liberté en politique n'est pas faire ce que l'on veut , ni
indépendance ni licence, mais « le droit de faire tout ce que les lois permettent ». Sommes-nous encore libres
lorsque nous devons obéir aux lois ? Pour expliquer cette idée paradoxale, on peut dégager trois étapes du
raisonnement de l'auteur. Dans un premier temps il oppose la liberté à la volonté (« il est vrai...ce que l'on
veut »). Dans un second temps il définit la liberté dans un État, relativement à la volonté des citoyens (« Dans
un État...doit pas vouloir »). Enfin dans un troisième moment, il oppose indépendance et liberté en définissant
la condition de cette dernière par l'obéissance aux lois (Il faut se mettre... fin).

2. Expliquer :
a) « Dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu'il veut. » C'est une illusion que dénonce ici l'auteur à
propos du régime démocratique. En effet, si le mot signifie bien le pouvoir (cratos en grec) donné au peuple
(demos), cela ne veut pas dire que la volonté du peuple est souveraine. Cette dernière est arbitraire et
capricieuse, ce qui reviendrait à l'impossibilité d'établir un gouvernement si chacun faisait valoir ses propres
désirs. Il s'agit bien d'une apparence, d'un paraître et non de ce qui se passe véritablement dans un tel régime.
Le peuple ne peut exercer son bon vouloir, pas plus qu'un roi en monarchie ou quelques-uns en oligarchie.
C'est au risque de perdre sa liberté que le peuple régnerait arbitrairement selon sa propre volonté qui n'est pas
raisonnée ni raisonnable.

b) « La liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir. »
Le souci de Montesquieu est la liberté du citoyen qu'il ne faut pas confondre avec le pouvoir du peuple. Elle ne
peut s'entendre que comme liberté sous la loi, contre l'arbitraire dont tendent à se rendre coupables les
détenteurs de l'autorité. Il s'agit d'assurer la liberté de chacun tout en protégeant les citoyens les uns à l'égard
des autres : il faut donc que la liberté ne soit pas l'indépendance ou le bon vouloir d'un citoyen mais une même
volonté de faire ce que le droit permet. La liberté se définit comme un devoir, le devoir d'obéir à un droit que
définit la loi.

c) « L'indépendance » dans le texte de Montesquieu, ne doit pas être confondue avec la liberté.
L'indépendance signifie l'absence de contraintes alors que la liberté ne se comprend pas sans loi. La liberté
n'est pas l'indépendance, ce n'est pas le pouvoir de faire tout ce que l'on veut ou la licence. L'indépendance,
quant à elle est impossible dans un régime démocratique qui suppose la participation et la protection des
citoyens les uns à l'égard des autres. L'indépendance serait cette sorte d'indifférence qui ne pourrait pas
garantir le pouvoir donné au peuple.

3. Les lois sont-elles nécessaires à la liberté ?


Il peut sembler évident que la liberté n'existe pas dans un régime despotique, dans une monarchie par exemple
où les sujets sont soumis à la volonté arbitraire d'un seul homme. De même, on peut s’interroger sur la liberté
lorsqu’un régime connaît des abus et détournements de pouvoir aux seules fins idéologiques. Cela est-il le
signe de l'absence de liberté naturelle chez l'homme ? Doit-on, comme le suggère Montesquieu, instituer la
liberté en faisant des lois qui seraient nécessaires à son effectivité ? Se demander si des lois sont nécessaires à
la liberté, c'est en effet constater qu'elle n'est jamais, dans un régime politique, une donnée immédiate de
l'exercice du pouvoir. Il convient aussi de montrer l'importance d'assigner à l'État une auto-limitation inscrite
dans sa constitution. Finalement, les lois seraient la condition de la liberté politique (qui n'est pas naturelle)
tout autant que le garant et les bornes de l'exercice du pouvoir par le peuple. Reste à la constitution d'en
définir les termes.