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Bac 2018

Épreuve de philosophie
Série S

Sujet 3 : Texte de MILL, Système de logique, 1843

Thème et thèse : Dans ce texte, Mill aborde la question de la distinction entre les phénomènes de la nature
et ceux de la société, donc les actions des hommes.
Une thèse assez commune consiste à associer les premiers à la notion de déterminisme (et donc de lois) et
les seconds, à la liberté. C’est ce qui fait la différence ensuite entre les sciences de la nature et les sciences
humaines, en particulier l’histoire qui est une « science des individus » comme le dit Schopenhauer, alors que
les sciences de la nature sont des sciences des genres, où le particulier est expliqué par subordination au
général, à des lois générales.
Mill soutient, ici, une tout autre thèse à partir de la notion de « nature humaine », qu’il associe à une partie
intégrante de la nature. Comme toute la nature, l’homme est soumis à des lois dans sa vie intellectuelle et
affective (« les phénomènes de la pensée, du sentiment »). On reconnaît ici une position déterministe claire
qui s’oppose à la théorie du libre arbitre de Descartes, qui fait de l’homme un îlot de liberté dans un océan
de nécessité. La société étant une masse d’hommes, son activité est donc déductible des lois régissant la
nature humaine, chaque phénomène de la société est l’effet nécessaire de causes, de l’« action de
circonstances extérieures ».
Mill explique alors que la difficulté de prévoir cette activité vient non pas de l’absence de déterminisme et
de lois (et donc pas de la présence de liberté) mais de la « complexité » et des variations, des changements
des conditions. C’est la complexité et non l’anomie qui explique que les sciences sociales n’ont pas le même
degré de certitude que l’astronomie.
La thèse de Mill est donc claire : s’il n’est pas possible de prédire avec la même précision « les phénomènes
de la société » que ceux de la nature, il y des lois : ligne 10 « la différence de certitude n’est pas dans les
lois ».
Ce texte invitait donc à interroger la question de la liberté humaine par opposition au déterminisme et à
s’interroger sur le statut des sciences sociales et humaines. Le malheur des sciences humaines est d’avoir
« un objet qui parle » (qui pense et donc est capable de faire retour sur ce qu’il vit et de faire des choix),
disait Durkheim, Mill a-t-il négligé cela ? Peut-on vraiment réduire l’homme à une partie de la nature ou la
culture lui permet-elle de s’en arracher ? La complexité des phénomènes de la société ne peut-elle pas être
le signe de sa liberté ? Le fait que les « circonstances changent perpétuellement » ne peut-il pas être le signe
de cette liberté ? Cette liberté exclut-elle d’ailleurs le déterminisme ?
Idées principales du texte : le texte est structuré en 3 temps : lignes 1 à 6, Mill affirme que les phénomènes
sociaux obéissent à des lois. Lignes 6 à 19, il reconnaît que les prévisions en science humaine ne peuvent pas
avoir la même certitude qu’en astronomie, où elles peuvent concerner des « milliers d’années à venir » et
expose les raisons de cette profonde différence. Ligne 20 à la fin, il ajoute une dernière idée : l’irréductibilité
des faits humains aux « nombres » et « calculs » soulignant peut-être par là la spécificité de l’activité humaine
qui ne peut être mise en équation serait par contre une limite infranchissable. Il ne semble pas que Mill
l’accepte ici.

Quelques idées importantes :

- Partie 1 : il y a des lois fixes = déterminisme, opposé à l’idée de liberté ; homme individuellement soumis à
ses lois (dans ses pensées et ses sentiments), société = somme d’individus et donc elle aussi soumis à des
lois.

- Partie 2 : les difficultés de prévisions ne sont pas dues à l’absence de lois mais à 2 causes 1. Multiplicité des
causes en société (on peut penser aux facteurs psychologiques, économiques, politiques qui sont à l’origine
des phénomènes sociaux et qui déterminent les décisions des hommes) 2. Changement perpétuel des
circonstances (chaque société est différente, évolue, l’histoire est la science du changement) . Ces deux
éléments font que nous ne pouvons pas calculer de manière précise les effets et donc prévoir.
Il est donc clair pour Mill que cela vient des limites des facultés de l’homme et de la complexité des causes
mais en aucun cas de l’absence de lois. On pouvait évidemment lui objecter que ces changements viennent
peut-être du fait de l’action libre des hommes éclairée par leur connaissance et que s’il y a des lois dans
l’histoire, il n’y a pas pour autant de lois de l’histoire.

- Partie 3 : alors que dans la partie 2, les limites à la prévision des phénomènes humains sont relatives et dans
l’absolu repoussables, par une connaissance plus riche et des capacités de calculs augmentées (on peut
penser ici au progrès des algorithmes et des calculateurs), il ajoute que si on affirmait que l’activité humaine
ne peut pas être mise en équation, cela serait une barrière infranchissable. Et c’est sur ce point que l’on
pouvait sans doute entamer une critique de ce texte et de sa thèse.

Peut-on réduire l’activité de l’homme à des lois et des calculs ? N’est-ce pas cette réduction qui caractérise
ma technique moderne (Heidegger) et qui menace notre rapport à l’homme ? La présence de lois dans
l’histoire, qui permettrait d’expliquer les actions des hommes peut-on pour autant y réduire l’activité
humaine ? La connaissance des lois qui nous déterminent ne peut-elle pas permettre une action nouvelle et
libre. Mill réduit l’homme à une partie de la nature et donc remet en question la liberté des hommes. L’enjeu
de ce texte sur les sciences de l’homme est aussi moral : si on ne peut prouver la liberté, si on peut expliquer
les comportements des hommes par des causes objectives et faire des prévisions, doit-on pour autant ne lui
reconnaître aucune liberté ? Quelle serait l’utilité des sciences humaines sans présupposer la liberté ?
Domination des hommes et des sociétés comme on domine la nature ?