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Les langues Néo-Latines – 111e année – 3 – n° 382 – Septembre 2017

Un interculturalisme
enrichissant : une approche de la
diaspora culturelle roumaine
en Espagne dans les dernières
décennies
Javier Helgueta Manso
Université de Alcalá de Henares

C’est dans la culture que la diaspora roumaine s’est sentie le plus à l’aise.
De ce point de vue, son intégration a été rapide et totale.
Alexandru Ciorănescu
El País, 30 décembre 1989

1. Objectifs du travail1
Ces pages se proposent d’exposer quelques-uns des résultats cultu-
rels et institutionnels obtenus ces dix dernières années par la com-
munauté roumaine en Espagne. Il est évident que la chute du régime
de Nicolae Ceauşescu et la diaspora roumaine qui en est issue ont été
la condition sans laquelle cette culture n’aurait pas pris place dans le
contexte espagnol d’une manière aussi précise. Bien qu’avant cette date
il y ait déjà eu des enseignants et des écrivains, arrivés lors d’autres
étapes historiques de l’exil roumain, mention n’en sera faite que dans
la mesure où leurs apports ou leur incidence sont visibles dans l’actua-
lité. La demande d’une collectivité désireuse de retrouver ses origines
a été la véritable cause des réalisations qui seront décrites ici.
Le travail se situe dans une tradition de recherche qui, depuis
George Uscătescu (1950), a offert les meilleures études avec les tra-
vaux récents de Silvia Marcu, Cătălina Iliescu et Raluca Ciortea. Nous
ne ferons qu’ébaucher ici une approche centrée sur le travail des asso-

1. Je voudrais adresser ici mes remerciements à tous ces amis roumains sans les
conseils et les apports desquels cet article n’aurait pu être écrit.

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ciations, des institutions et de l’université et sur deux de leurs princi-


paux résultats : les rencontres à caractère culturel ou scientifique et les
anthologies de poésie roumaine en espagnol. Si notre propos est d’in-
sister tout particulièrement sur le travail des professeurs et des agents
culturels roumains, il est impossible de ne pas évoquer la présence
hispanique en de nombreuses occasions. Cela reviendrait à briser ce
qui, en réalité, a débouché sur une interaction hispano-roumaine ou
roumano-espagnole, preuve irréfutable que nous nous trouvons devant
un véritable cas d’enrichissement interculturel2.

2. Facteurs de diffusion de la culture roumaine en Espagne dans le


cadre du processus diasporique

2.1. Phases de la diaspora roumaine


La rencontre hispano-roumaine n’est pas un cas historique récent,
mais il est discutable de faire état de la conquête de la Dacie par un em-
pereur espagnol comme début de ces convergences. Du moins, depuis
Ramón de Basterra et L’œuvre de Trajan (1921), cet élément s’est-il
transformé en un lieu commun pour la critique (Uscătescu 1950 :11 ;
Popa 2007 : 7; Marcu 2005 : 65-66), même si le fait de vouloir jume-
ler la Roumanie et l’Europe à partir d’un substrat commun principal,
la latinité (Uscătescu 1950 : 12 ; Marcu 2005 : 60), la séparant ainsi
de l’important héritage slave, assombri par le communisme au siècle
passé, ne laisse pas d’avoir un caractère symbolique –assurément ana-
chronique.
Situés dans l’espace géographique espagnol, les véritables liens à
caractère intellectuel et artistique se développent en pleine période
contemporaine et peuvent être divisés en trois phases.
La première irait de la fin du XIXe siècle à la Deuxième Guerre
mondiale. C’est l’étape des « voyages de formation » (Martín Rodrí-
guez 2012) d’intellectuels et d’étudiants dont le pic se situe dans les
années 1930, moment où « les relations culturelles entre les deux pays

2. « Nouvelle expression à l’intérieur du pluralisme culturel qui, en affirmant non


seulement ce qui est différent mais aussi ce qui est commun, favorise une praxis généra-
trice d’égalité, de liberté et d’une interaction positive dans les relations entre des sujets
individuels ou collectifs culturellement différenciés » (Giménez Romero 174).

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commencent à se dessiner » (Uscătescu 1950 : 84 ; Marcu 2005 : 242).


La deuxième comprendrait toute la période d’occupation soviétique
et la dictature communiste qui s’ensuivit. Quelques intellectuels rou-
mains qui avaient déjà fui durant la dictature du roi Carol II recherchent
un exil artistique pour prospérer (Popa-Liseanu 2004) tandis que
d’anciens chargés de diplomatie à l’étranger demeurent ou viennent
se réfugier en Espagne, poursuivant l’épanouissement des relations
hispano-roumaines –les chaires de philologie roumaine à l’Université,
la création de l’Institut Culturel roumain3, etc. Dans cette deuxième
étape, on peut distinguer un second moment qui a commencé avec le
départ silencieux de professionnels et d’étudiants qui abandonnent la
Roumanie dans les années 60 et 80, trouvant un point de chute dans
les universités du monde entier. Comme l’indique Marcu « la meil-
leure alternative pour parvenir à s’en aller était les bourses à l’étran-
ger (2005 :181). Quoique dans une moindre mesure que d’autres pays
occidentaux, l’Espagne devient pour les Roumains une « destination
intellectuelle » (Ciortea 2014), en particulier pour des auteurs ayant
des affinités politiques avec la droite.
La troisième phase englobe la période de la démocratie jusqu’à l’ac-
tualité. Bien qu’elles ne soient pas mentionnées dans le travail le plus
complet sur l’exil roumain, celui de Florin Manolescu (2010), il y a
deux années de transition durant lesquelles la frontière entre l’exil et
l’émigration est difficile à définir (Marcu 2009 : 189) : quelques en-
seignants surveillés par la Securitate –c’est le cas de Dan Munteanu–
ainsi que de nombreux étudiants ayant eu une activité politique intense
dans les dernières années de la dictature –Silvia Marcu– trouvent alors
le moment propice pour quitter le pays. Quelques années plus tard,
en particulier après l’ouverture de l’espace Schengen, se produira une
augmentation exponentielle des migrations.

2.2. Des promoteurs de la culture roumaine

2.1. Associations et institutions

Il existe des mécanismes variés de dynamisation culturelle à l’inté-


rieur des sociétés. Quelques-uns d’entre eux sont mis en mouvement

3. Il fut inauguré par Alexandru Busuioceanu en 1944 (ABC, 24/03/1944).

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par les immigrants eux-mêmes à partir d’initiatives qui surgissent à


petite échelle, parfois dans des églises récemment fondées. La diaspora
roumaine postérieure à la chute du régime communiste et son installa-
tion dans d’autres pays coïncident justement avec « l’augmentation et
l’hétérogénéité des associations » (Gadea Montesinos-Albert Rodrigo
2011 : 11). La création de nombreuses associations qui ont contribué
à l’explosion culturelle de la présence roumaine en Espagne, ces deux
dernières décennies, en mettant en marche « quatre types de relations :
la sociabilité, la solidarité, l’identité et la participation » (12), s’inscrit
dans le cadre de cette activation sociale généralisée –avec le précédent
de « l’Association Culturelle Hispano-Roumaine » qui avait été fondée
en 1949 à Salamanque.
Sur les plus de cinquante associations dénombrées par l’Ambas-
sade, la plus importante en volume et en qualité de projets semble être
l’ARIPI –les Amis de la Roumanie pour l’Initiative et la Promotion
d’Échanges Culturels– présidée par la professeure Iliescu (Université
d’Alicante). Certaines de ces associations ont été encouragées par des
groupes d’intellectuels et d’artistes comme la « Unión Lucian Blaga
de Escritores y Artistas Rumanos en España », dirigée par l’écrivain
Ovidiu Cornilă ou la « Asociaţia Scriitorilor Şi Artiştilor Români din
Spania », qui compte parmi ses membres d’honneur les professeures
Eugenia Popeanga ou Ioana Zlotescu, ainsi que le poète Gelu Vlaşin,
important agent culturel. Toutes ces associations ont été réunies sous
les auspices de la Fédération des Associations de Roumains en Es-
pagne, présidée par Miguel Fonda Ştefănescu.
Le travail louable sur le plan social et culturel qu’a mené à terme la
FEDROM, à partir de sa fondation, est très semblable à celui qui est
développé par les Centres de Participation et d’Intégration (CEPI) de
la Communauté de Madrid. Depuis leur apparition en 2006, les CEPI
hispano-roumains ont constitué un point de rencontre pour la commu-
nauté dans les différents quartiers et les municipalités de Madrid où la
population roumaine est importante. Tous ces centres, toutes ces asso-
ciations et toutes ces églises ont constitué et constituent de véritables
« micro-climats culturels » (Gadea Montesinos–Albert Rodrigo 2011 :
12) pour les immigrants roumains dans le pays.
Au niveau institutionnel, l’Ambassade de Roumanie et les différents
consulats encouragent tout type de rencontres grâce aux efforts no-
tables des attachés culturels. Mais c’est l’Institutul Cultural Român

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(ICR) –dont le siège est à Madrid depuis 2006 et dont le premier direc-
teur a été le physicien et intellectuel, Horia-Roman Patapievici, poste
aujourd’hui occupé par la directrice culturelle et humaniste, Ioana An-
ghel– qui capitalise et impulse une grande partie du destin des études
roumaines en Espagne. Tous ces organismes n’ont pas seulement ac-
cueilli les immigrants ; ils ont aussi été capables d’attirer l’attention de
la population autochtone –à travers des cours de langue, des manifes-
tations folkloriques et gastronomiques, des festivités– témoignant d’un
état d’interculturalisme très avancé.

2.2.2. L’Université
L’émergence de la culture roumaine dans le domaine social et poli-
tico-institutionnel est une conquête récente –les deux dernières décen-
nies à peu près– alors que l’Université espagnole a derrière elle une
longue tradition de convergence hispano-roumaine. Même ainsi, ce
domaine a aussi connu une évolution, passant d’un état initial « com-
plémentaire ou marginal » (Nogueras-Ursache 2013 : 258) à une crois-
sance prometteuse ces dernières années.
L’Université Complutense de Madrid constitue le nœud de ces re-
lations depuis plus d’un siècle. La présence de professeurs roumains
commence avec l’aventure pionnière de l’étudiant Vizanti à la fin du
XIXe siècle, doté d’une bourse par son pays (Juez y Gálvez 2003) ; elle
continue durant la dictature franquiste avec les professeurs Alexandru
Busuioceanu –en vertu de la Chaire de langue et littérature roumaines,
créée en 1942–, George Uscătescu, Monica Nedelcu et, plus tard, Vin-
tilă Horia ; elle se poursuit depuis les années 70-80 jusqu’à aujourd’hui
avec la professeure Eugenia Popeanga, qui a obtenu une bourse pour
sa licence de Philologie Hispanique avant de s’inscrire en thèse dans
cette même Université. Autour d’elle s’est créée une véritable école
des études roumaines, dans laquelle se distinguent plusieurs de ses
anciens doctorants, aujourd’hui professeurs, pas nécessairement rou-
mains, comme Barbara Fraticelli ou Juan José Ortega Román (2006).
Il existe, cependant, d’autres domaines historiquement liés à l’in-
tellectualité roumaine. Dans le cas des Îles Canaries, Alexandru
Ciorănescu se fixe à l’Université de La Laguna en 1948, après avo-
ir été destitué de son poste par le gouvernement communiste tandis
qu’en 1990, Dan Munteanu Colan, l’autre grand roumaniste vivant du

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monde universitaire espagnol, commence à travailler à l’Université de


Las Palmas de Gran Canaria grâce à l’appui de Manuel Alvar. De son
côté, l’Université de Salamanque (USAL) s’appuie aussi sur la chaire
de Philologie Roumaine d’Aurel Rauţa, depuis 1944 (Sánchez Miret
2006 : 257) et le développement des études roumaines se poursuit à
partir des années 80 avec la présence de la professeure Viorica Pâtea,
qui a donné une vigoureuse impulsion à une véritable connaissance de
l’histoire roumaine récente et contemporaine, dont les effets se font
encore sentir aujourd’hui. L’Université de Grenade (UGR) présente la
même situation historique : si Cirilo Popovici a été professeur dans
les années 40 (Uscătescu 1950 : 88), plusieurs professeures ont pris la
relève au XXIe siècle (§ 3.1.) et créé le réseau International d’Études
Roumaines. En dernière instance, on ne peut oublier les deux phases
de la roumanistique, passée et présente, de l’Université de Barcelone,
d’abord avec George Uscătescu et ensuite avec le romaniste Virgil Ani,
principal référent des échanges roumano-catalans ainsi qu’à l’Univer-
sité de Alcala (UAH). Si lors de sa réouverture récente, cette dernière
comptait dans ses rangs l’intellectuel et écrivain Vintilă Horia, elle a
accueilli plus tard un poste de lecteur dans son Centre de Langues
Étrangères avec la professeure Ileana Bucurenciu jusqu’à ces dernières
années.
Aujourd’hui, l’Université d’Alicante (UA) présente un développe-
ment notable grâce au travail de la professeure Cătălina Iliescu. La
vitalité prépondérante dans les études roumaines actuelle de la UA,
de l’USAL et l’UGR s’explique en partie par la promotion de bourses
propres ou de conventions de postes de lecteurs avec l’Institut de
Langue Roumaine, mais aussi en raison de la collaboration extérieure
d’associations du même domaine géographique comme l’ARIPI à Ali-
cante ou l’Association Culturelle Echinox à Grenade.

3. Un interculturalisme fructueux
3.1. Rencontres à caractère culturel et scientifique
Si en 1997, l’ICR de Roumanie célébrait en Espagne le « Séminaire
International d’histoire et de culture des pays des Balkans  » (Marcu
2005 : 276), en 2003, l’Université Complutense prenait la relève en
organisant un congrès sur les cultures et les langues des pays de l’est
de l’Europe, qui faisaient partie de l’Union européenne. Il revint à José

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Manuel Lucía Megías et à Dana Giurcă d’organiser un séminaire sur la


Roumanie. Ce fut la première d’une série de rencontres dont le nombre
et la diversité ont été tels que nous n’aborderons ici que le champ des
lettres et de la littérature.
Ce n’est qu’à partir de 2009 que se sont organisés de véritables réu-
nions spécifiques des études roumaines. La professeure Iliescu a orga-
nisé à l’UA un symposium « Traduction et identité diasporique » dont
l’importante monographie El papel de la traducción en el discurso de
la rumanidad desde una perspectiva diaspórica (2011) compte des
spécialistes comme le linguiste Marius Sala. La même année ont eu
lieu les « Premières Journées de la Langue et de la Littérature roumaine
La Romania más lejana. Un acercamiento », à l’UGR. D’importantes
figures roumaines y ont participé, comme le professeur Mihai Moraru,
et espagnoles comme Eugenia Popeangă, Viorica Pâtea o Ioana Zlotes-
cu, ainsi que de jeunes chercheurs qui sont aujourd’hui des promo-
teurs féconds des Études roumaines : c’est le cas de Ioana Gruia ou de
Oana Ursache qui ont collaboré à l’organisation de ces journées ainsi
qu’à d’autres sous le titre de Variaciones rumanas en la UGR (2013 y
2015), aux côtés des professeurs espagnols Javier Enrique Nogueras y
Paloma Gracia. Grâce à ces activités, l’UGR a reçu des personnalités
de l’envergure de Marius Sala ou de Norman Manea.
En dernier lieu, et sans oublier le point d’inflexion qu’a supposé
à Madrid le choix de la Roumanie comme pays invité à la Feria del
Libro en 2011, l’UAH a essayé de proposer à la population roumaine
du Corredor de Henares plusieurs manifestations. En janvier 2014, le
XXXIIe Cours d’Humanités a été consacré à la Roumanie, avec des ex-
posés traitant de la géographie, du folklore et de la littérature. De plus,
la présence de la professeure Ileana Bucurenciu dans cette universi-
té avait déjà eu une incidence sur la célébration de nombreux actes,
dus à des initiatives individuelles ou en collaboration ponctuelle avec
l’Association Culture Juan Ramón Jiménez-Lucian Blaga, dirigée par
Gheorghe Vinţan, un autre des promoteurs les plus importants de la
Roumanie en Espagne et de l’hispanité en Roumanie. Dans cette évo-
lution qui allait crescendo, j’ai proposé à la professeure Bucurenciu et
à la chercheuse Alexandra Cherecheş de mettre en place un Groupe
d’Études Roumaines, à partir duquel plusieurs Cycles de Conférences
ont été organisés (2013, 2014) ainsi que le Premier Séminaire de Le-
ttres et de Culture Roumaines Grands Auteurs Roumains, en mai 2015

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grâce au département de Philologie romane, au Décanat de la Faculté


et au Centre de Langues Étrangères. Coordonné par les professeurs
de Philologie romane, Jairo Javier García Sánchez et Joaquín Rubio
Tovar, ce groupe a organisé des conférences sur Blandiana –Viorica
Pâtea–, Cărtărescu –Eugenia Popeangă– et plusieurs tables rondes au-
tour de Brancusi, Cioran, Eliade et Stănescu. En décembre 2015 a eu
lieu également le Symposium en hommage au Centenaire de Vintilă
Horia. Le modèle de ces journées consacrées à un seul auteur a été
pratiqué, cette même année, par les collègues de l’Université d’Extré-
madoure lors du magnifique Congrès International Paul Celan, qui a
réuni les principaux spécialistes sur le poète.

3.2 Anthologies de poésie roumaine contemporaine


Pour Iliescu, « la traduction est, sans doute, le catalyseur de […] la
migration, le biculturalisme et l’acculturation (2012 :12). En ce sens,
l’apparition de plusieurs anthologies de poésie roumaine en espagnol
–c’est-à-dire l’aboutissement des impulsions sociales et académiques
à travers les mécanismes du marché littéraire– est un signe sans équi-
voque d’un intérêt stable pour la culture roumaine en Espagne. Ruiz
Casanova, spécialiste en ces domaines, souligne que toute anthologie
renferme une « poétique» particulière (2007) dans sa sélection et sa
configuration. C’est pourquoi, nous ferons ici une brève synthèse de
celles qui ont été publiées depuis environ dix ans.
En 2004 a été présentée en Espagne l’Anthologie de la poésie rou-
maine contemporaine de Darie Novăceanu, qui est la réélaboration
–avec beaucoup d’ajouts et de suppressions– de deux anthologies an-
térieures, une déjà publiée en Espagne (1972) et l’autre publiée en ver-
sion bilingue à Bucarest (1977). Le prologue est excessivement allégo-
rique quant au destin du peuple et de la poésie roumaine : lestés d’un
« retard » (20) dont sont accusés aussi bien les pays périphériques et
les grandes puissances que les Roumains eux-mêmes. Plus critiquable
encore est l’omission suspecte de certains faits historiques ou l’aspect
réducteur de certains portraits d’auteurs.
El muro del silencio. Antología de poesía rumana contemporánea
(2007) est le titre de l’anthologie éditée par la chercheuse de l’Univer-
sité de Valence Angelica Lembru. Dans le prologue –qui présente un
réel intérêt historique et philologique–, Pedro J. de la Peña souligne

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le syncrétisme entre classicisme et avant-garde de nombreuses figures


présentes dans l’anthologie (11). Dès le moment où est abordée la gé-
nération des années 80, des auteurs politiquement actifs à la lisière de
la dictature, on observe un essai de parallélisme avec la réalité histo-
rique espagnole. À cette grande génération d’étudiants qui ont souffert
du totalitarisme communiste (Marcu 2005 : 190-191) appartient aussi
Lambru. Le choix du symbole du mur se trouvait aussi dans Novăcea-
nu, mais chez Lambru existe une plus grande conscience de l’époque
issue de la mise sous silence et de l’aliénation à caractère socio-poli-
tique.
En 2013, la professeure Iliescu a fait un nouvel apport aux études
roumaines avec l’anthologie Miniaturas de tiempos venideros : poesía
rumana contemporánea. Sa notion de « contemporain » diffère de
celle de Novăceanu : si le premier choisissait des poètes qui avaient
écrit durant tout le XXe siècle, Iliescu, elle, est centrée sur la seconde
moitié de cette période, ainsi que sur les apports d’écrivains très jeunes
du XXIe siècle. Pour cette raison et du fait du changement de généra-
tion observable entre les deux chercheurs, on comprend la faible pro-
portion de coïncidences parmi les écrivains sélectionnés.

Conclusions
L’évolution des études roumaines en Espagne dans le panorama
culturel est indiscutable. À partir du premier pas réalisé par certaines
églises, à l’origine d’initiatives collectives, de nombreuses associa-
tions ont été créées –quelques-unes ayant malheureusement disparu
aujourd’hui. En second lieu, les organismes politiques et les institu-
tions culturelles relèvent le défi, posé par la société, de construire des
cadres de rencontres, de création et de diffusion. Si l’ICR de Madrid
a été, grâce à une présence multipliée ces dernières années, le garant
de la promotion de la culture roumaine en Espagne, l’Université espa-
gnole, qui comptait déjà une tradition de professeurs roumains en son
sein, a été capable de catalyser dans cette conjoncture une partie de la
fuite des cerveaux que le pays des Daces a connue, contribuant à l’ac-
croissement de la qualité universitaire de nos départements.
Dans ce contexte, beaucoup d’artistes et de professeurs ont eu la
possibilité de développer leurs compétences personnelles et profes-
sionnelles, qui leur avaient été parfois déniées dans leur pays d’ori-

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gine. Fruit de leur effort et de leur capacité, de nombreuses rencontres


interculturelles à caractère social ou scientifique ont surgi, ainsi que de
nombreuses anthologies de poésie, qui ne sont que la pointe de l’ice-
berg d’une abondante activité de traduction. Tout cela a contribué à
initier un processus d’échange croissant dans le domaine de la connais-
sance mutuelle. De nouvelles perspectives transnationales se sont ou-
vertes dès lors que certains poètes d’origine roumaine, comme Ioana
Gruia, ont obtenu des Prix littéraires, en écrivant en espagnol.
Cet article souffre assurément de sa brièveté. La présence socio-cultu-
relle de la romanité et l’impact académique des études roumaines en
Espagne ont de telles dimensions qu’ils exigent de poursuivre une ges-
tion, capable d’intégrer toutes les manifestations, aujourd’hui disper-
sées, de cette réalité historique. Puisse ce travail de compilation, irré-
médiablement coupable de nombreuses omissions, être une invitation
pour les nombreux spécialistes travaillant sur la problématique hispa-
no-roumaine et permettre la transmission de l’image –pour laquelle
plaidait Silvia Marcu il y a dix ans– d’un « peuple cultivé, sensible et
ouvert sur le monde des valeurs occidentales» (2005 : 308).

Traduit de l’espagnol par Catherine Heymann

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