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al -i mâ m ib n bâ d îs
série : biographies des illustres imams d’algérie

Aperçu de la vie du shaykh, le savant `Abd Al-Hamîd ibn Bâdîs – qu’Allah lui
fasse miséricorde –1 :

Il est l’imam réformateur, revivificateur, le shaykh `Abd Al-Hamîd ibn


Mouhammad ibn al-Moustafâ ibn al-Makkî ibn Bâdîs le Constantinois,
l’Algérien, le président de l’association des savants musulmans d’Algérie, et
le meneur du relèvement intellectuel et réformateur, ainsi que le père
spirituel de la guerre algérienne pour la liberté.

Il est né à Constantine en l’année 1308H/1889G au sein d’une des plus


grandes familles constantinoises, connue pour la science, la vertu, la richesse
et le statut social, ancrée dans l’histoire, et dont la filiation remonte à Al-
Mou`izz ibn Bâdîs As-Sanhâjî. S’il se montrait fier de son arabité et de l’islam,
il ne cachait pas son origine amazigh. Il la montrait et l’annonçait ; peut-être
y avait-il parmi les raisons qu’il avait de se montrer fier [de son origine], ce
qu’avaient fait ses ancêtres pour la sauvegarde de la religion et la protection
de la sharî´a. Son grand-père était le premier à avoir combattu la secte
Ismaïlite Batiniya ainsi que les innovations chiites en Afrique. [`Abd Al-Hamîd]
fut alors son successeur dans le combat contre le suivi aveugle, les
innovations, les inventions et dans la guerre livrée à l’égarement et aux actes
de polythéisme.

1 Les sources de la biographie sont :


La revue « Al-Loughatou al-`arabiyya » (21/140) 1996, « Moudhakkirât Tawfiq Al-Madanî » (2/11),
« Majâliss at-tadhkir wa âthâr al-imâm `Abd Al-Hamîd ibn Bâdîs », « Shaykh `Abd Al-Hamîd ibn
Bâdîs wa-l-haraka al-islâhiyya as-salafiyya fi-l-jazâ’ir fi-l-`asr al-hadîth » du Dr. Tourkî Râbih, « Al-
A‘lam » d’Az-Zarkalî (4/60), « Ibn Badis hayâtouhou wa âthârouhou » du Dr. `Ammâr Tâlibî (1/72), «
Mou’jam a`lâm al-jazâ‘ir » d’An-Nahwid (82), « Mou’jam al-moufassirîn » d’An-Nahwid (1/259), «
Ibn Badîs wa `ouroûbatou-l-jazâ‘ir » d’Al-Mili (9), NDA.
!2
Il acheva la mémorisation du noble Coran dans les premières phases de son
apprentissage à Constantine, à l’âge de treize ans, auprès du shaykh
Mouhammad al-Maddâssî. Et il dirigea les prières de tarâwîh des gens,
malgré son jeune âge. Il apprit les principes de la langue arabe et de l’islam
auprès du shaykh Hamdân Lounîssî. Le noble Coran l’influença et agit en lui
au point qu’il passa un quart de siècle de sa vie à tenter de faire revenir la
nation algérienne à cette source et à cette fontaine d’éducation avec ce
qu’elle comporte comme vérité monothéiste et guidée morale, et c'est le
chemin de la réforme et du relèvement contemporain.

En 1327H/1908G le shaykh `Abd Al-Hamîd rejoignit l’université d’Az-


Zaytouna à Tunis, il y apprit auprès d’une partie de ses grands et illustres
savants. Parmi eux se trouvait le meneur du relèvement intellectuel et
réformiste de la société Tunisienne, le grand savant Mouhammad an-Nakhlî
al-Qayrawânî, mort en 1342H/1923G, ainsi que le shaykh Mouhammad at-
Tâhir ibn `Âshoûr, mort en 1393H/1973G, en plus d’autres éducateurs parmi
les mashâyikh qui eurent une influence dans l’intensification de sa
préparation. Ils le soutenaient en le conseillant et en le formant,  à l’instar
d’Al-Bachîr Safar, Sa’d al-`Ayyâd as-Stayfî Mouhammad ibn al-Qâdî et autres.
Cette période lui permit aussi de se renseigner sur les sciences modernes
ainsi que sur ce qui se déroulait dans les pays arabes et musulmans comme
réformes religieuses et politiques : en Egypte, au Shâm et autres. Il a résulté
de ce cadre scientifique, de cet environnement social et des liens mutuels
entre les hommes de science et de la réforme, un profond effet dans le
façonnement de la personnalité [de `Abd Al-Hamîd ibn Bâdîs] et de sa voie
dans la vie.

Après avoir achevé ses études et qu’il ait été habilité par le diplôme de
bénévolat2 en 1330H/1912G, il revint de Tunis doté de fortes ambitions, prêt
à se dévouer à l’enseignement qui se concrétisa à ses débuts par
l’organisation de cercles d’études dans la Grande mosquée. Cependant, il fit
face à des difficultés dès le départ de son activité scientifique qui
l’empêchèrent d’achever ses ambitions et ses espoirs. Après une longue
réflexion, il trouva bénéfique – alors que se déroulait la saison du pèlerinage

2Le diplôme de bénévolat : il déclare son détenteur comme étant apte à enseigner à l’université
d’Az-Zaytouna de manière bénévole, c’est pourquoi il est appelé « diplôme de bénévolat », NDT.
!3
– d’accomplir l’obligation [du pèlerinage] tout en profitant de l’occasion du
voyage vers l’Orient, pour contacter les savants et penseurs des différents
coins du monde islamique. De sorte à les côtoyer directement, à échanger
mutuellement sa vision avec eux ainsi que de se renseigner sur les endroits
de la pensée réformiste. Outre ceci, de se renseigner sur la réalité des
situations sociales, politiques et culturelles dominantes dans le Machreq
arabe. Et durant sa présence au Hejaz, il assista aux cours des savants des
différents pays, venus à cette terre sacrée ; comme shaykh Houssayn al-Hindî
qui lui conseilla de retourner à son pays, en raison de son besoin vis-à-vis de
sa science et de sa pensée. Il assista à la mosquée du Prophète aux cours de
certains shouyoukh qui connaissaient son niveau. Il fit connaissance de
beaucoup de jeunes issus des familles Algériennes qui ont émigrés, à l’instar
de «  Mouhammad al-Bachîr al-Ibrâhimî  » (mort en 1382H/1965G). `Abd Al-
Hamîd ibn Bâdîs ‫ رحمه ال‬a bénéficié des courants de pensée et des écoles de
réforme religieuse au Machreq qui apparurent dans le monde islamique sous
l’impulsion de «  Mouhammad ibn `Abd Al-Wahhâb  » (mort en 1206H/
1791G), et de l’imam « Mouhammad ibn `Alî ash-Shawkânî » (mort en 1250H/
1834G), et de «  Mouhammad Rachîd Ridâ  » (mort en 1354H/1935G) et
autres. La pensée réformiste n’est pas le nouveau-né des temps modernes
seulement, mais en vérité ses racines remontent loin dans le passé islamique,
à l’époque de «  Abou al-`Abbâss Taqiyyou-d-Dîn Ahmad ibn
Taymiyya  » (mort en 728H/1327G) et «  Ibn Qayyim al-Jawziyya  » (mort en
751H/1350G), qu’Allah leur fasse tous miséricorde.

Après son retour à Constantine en 1332H/1913G, il concourra à rehausser la


pensée réformiste sur le terrain et en appliquant ses programmes
d’éducation par la pratique. Ses vertueux compagnons parmi les savants
l’aidèrent, [ils sont] ceux qui amplifièrent sa détermination et renforcèrent sa
motivation. Leur entraide avec lui dans cette mission qui incombe aux
prêcheurs qui appellent à Allah ‫ تعالى‬  fut depuis l’aube du relèvement, [leur
entraide] fut un défenseur puissant, elle fut productive dans la propagation
de son prêche jusqu’à ce qu’il atteigne son point culminant ainsi [qu’elle fut
productive] dans l’expansion de sa renommée. Parmi ceux-là qui l’ont
secouru et l’ont épaulé : shaykh al-`Arabî at-Tabassî, shaykh Mouhammad al-
Bachîr al-Ibrâhimî, shaykh at-Tayyib al-`Ouqbî, shaykh Moubârak al-Mîlî et
d’autres. De même, il fut aidé par l’évènement par lequel passaient les
Algériens, les deux guerres mondiales.

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Et l’imam ibn Bâdîs – qu’Allah lui fasse miséricorde – entama le travail
d’éducation. Il adopta dans son prêche une méthodologie qui rejoignit la
pensée réformiste dans sa vision à long terme ainsi que dans l’objectif. Et ce,
malgré qu’il ait un aspect particulier dans le cheminement et l’action qui
repose sur trois axes fondamentaux :

Le plus important se manifeste par la réforme de la croyance des


Algériens en priorité et ce, par l’éclaircissement du tawhîd qui représente le
pilier du prêche salafi avec [l’éclaircissement] de ce qui s'y oppose comme
shirk (polythéisme). Ceci car le tawhîd est le but pour lequel les créatures ont
été créées, pour lequel les messagers ont été envoyés, et [le but] des
prêcheurs revivificateurs de tous les temps et de toutes les époques. C’est
pourquoi son prêche reposait sur le fait d’apprendre la croyance des deux
révélations suivant la compréhension des premiers, ainsi que la mise en
garde contre le shirk (polythéisme) et ses manifestations, contre l’innovation
du suivi aveugle, contre la science de la dialectique et son atteinte à la
communauté  ; ceci car parmi les plus importantes causes de la perte du
tawhîd : l’éloignement vis-à-vis de la révélation ; la propagation de la science
de la dialectique et parler d’elle ; le suivi de leurs chemins déviants du juste
chemin ; la maladie de la raideur intellectuelle, le fait de suivre aveuglément
et prétendre que la porte de l’ijtihâd fut fermée à la fin du quatrième siècle
[hégirien] étant donnée sa parole ‫ رحمه ال‬  : «  De la même manière qu’il fut
introduit dans la doctrine des gens de science : l’innovation du suivi aveugle
général et austère. [Cette innovation] a tué les idées, elle s’est interposée
entre les étudiants en science et la sounnah et Le Livre [d’Allah]. Elle fit en
sorte – selon la prétention d’un peuple – qu’on n’ait plus besoin de [la
sounnah et du Livre d’Allah] depuis la fin du quatrième siècle jusqu’à ce que
l’Heure se lève : ni dans la jurisprudence, ni dans la déduction [des règles] ni
dans la légifération ; en s’en exemptant, ont-ils prétendu, au profit des livres
de ramifications, des précis [scientifiques] et des résumés. Les étudiants se
sont alors détournés de la compréhension du Livre [d’Allah], de la sounnah
et des livres des imams. Leurs sens manifestes sont devenus une affaire
laissée au caché et ignoré, même chez les grands paroliers ».3 Il a également
dit, décrivant la voie de ceux qui s'écartent de la voie des salaf parmi les «
moutakallimîn », les soufi et autres : « Nos cœurs sont exposés aux dangers
des insufflations, voire aux incertitudes et doutes. Celui qui affermit [ces

3 Al-Âthâr (5/38)
!5
cœurs], qui en chasse l’instabilité et qui les attache à la certitude, c’est le
Coran grandiose. Certains sont allés avec les doutes et les hypothèses des
philosophes, avec les racontars des moutakallimîn et leurs contradictions ; ils
n’ont en eu que plus de doutes et leurs cœurs n’ont augmenté qu’en
maladie. Jusqu’à ce que beaucoup d’entre eux soient revenus dans leurs
derniers jours aux croyances [institués] par le Coran et les preuves du Coran.
Ils ont été guéris après avoir rusé ; comme l’imam des deux lieux sacrés al-
Fakhr ar-Râzî  »4. Dans un autre écrit, alors qu’il fait la biographie de
Mouhammad Rachîd Ridâ, il dit ‫رحمه ال‬ : « Son engouement pour le livre « Al-
Ihyâ’  » l’avait amené à se procurer sa magnifique explication de l’imam al-
Mourtadî al-Houssaynî. Quand il l’eut consulté et qu’il eut vu la manière des
salaf avec laquelle il a recueilli les ahâdîth du livre « Al-Ihyâ’ », il lui ouvrit la
porte de l’étude des sciences du hadith et des livres de la sounnah. Il
débarrassa le livre « Al-Ihyâ’ » de ce qu’il comportait comme erreurs néfastes
– qui sont peu –, notamment la croyance jabriyya, les interprétations
erronées des ashâ`ira et des soufis et l’exagération dans l’ascétisme et
certaines adorations innovées  »5 . Il a aussi dit  : «  Nous, l’ensemble des
musulmans, avons longuement et beaucoup délaissé le Coran grandiose,
alors même que nous y croyons. Le Coran a exposé toutes les croyances de
la foi, avec leurs preuves rationnelles, proches et sans équivoques. Nous les
avons délaissées et avons dit que ce sont des preuves textuelles qui
n’entraînent pas la certitude. Nous avons pris les chemins des dialectiques
régies par des règles, ses problématiques multiples et ses terminologies
inventées dont l’affaire était difficile pour les étudiants, cela va donc de soi
pour les gens de la masse »6 .

C’est pour cette raison que se manifesta sa sérieuse attention vis-à-vis de


l’éducation des générations sur le Coran, l’enseignement des fondements de
la religion et de ses croyances, pris des versets Coraniques et des ahâdîth
prophétiques. En effet, son souci était de faire émerger des hommes
Coraniques qui orientent l’Histoire et changent la Communauté. On trouve la
manifestation de cela dans certains de ses écrits, quand il dit ‫رحمه ال‬ : « Nous
éduquons nos élèves, et toutes les louanges reviennent à Allah, sur le Coran
depuis le premier jour, nous orientons chaque jour leurs âmes vers le

4 Majâliss at-tadhkir min kalâm Al-Hakîm Al-Khabîr (257)

5 Al-Âthar (3/85)

6 Majâliss at-tadhkir min kalâm Al-Hakîm Al-Khabîr (250)


!6
Coran… ».

Quant au second axe, il se concrétise par la réforme intellectuelle des


Algériens. Ceci, en réformant les raisons par l’éducation et l’enseignement,
en engendrant des générations dirigeantes en Algérie, pour œuvrer à
l’émergence d’un soulèvement global qui fera sortir [l’Algérie] de l’austérité
et la stagnation vers la vitalité et la performance. Il considérait que la
réalisation de ce soulèvement espéré passait indispensablement par la
réforme de l’individu algérien ainsi que son façonnement des points de vue
intellectuel et spirituel.

Le troisième axe se manifeste dans la réforme des comportements des


Algériens. C’est un front qui s’est beaucoup détérioré en conséquence de la
corruption des raisons et de la croyance religieuse. L’attention qu’il lui prêtait
atteignait l’intérieur même de l’individu, en purifiant la partie cachée qui est
la base de l’apparence, en instruisant les âmes et les purifiant, en éclairant
les raisons et rectifiant les œuvres, en réformant la croyance pour que
l’individu opère un changement sur lui-même, afin qu’Allah change ce qu’il
avait de mal et de bassesse  ; œuvrant selon Sa Parole ‫( تعالى‬selon une
traduction rapprochée du sens)  : {En vérité, Allah ne modifie pas l’état d’un
peuple, tant qu’il ne change pas ce qui est en lui-même.}7.

Ceci, et le shaykh `Abd Al-Hamîd ibn Bâdîs avait considéré que le chemin du
salut et du relèvement résidait dans la compréhension du Livre [d’Allah] et de
la sounnah selon la compréhension des pieux prédécesseurs. Ceci car les
savants des prédécesseurs, s’ils s’accordent unanimement, leur accord
unanime est un argument irréfutable, et s’ils divergent alors il n’est permis à
personne de sortir de leurs paroles. Shaykh `Abd Al-Hamîd ibn Bâdîs ‫رحمه ال‬
dit : « Il n’est pas de salut pour nous vis-à-vis de cette errance dans laquelle
nous sommes et de ce châtiment diversifié que nous goûtons et subissons, si
ce n’est en revenant au Coran, à sa science et sa guidée ; en le prenant pour
base dans l’édification des croyances, des règles et des comportements ; en
l’étudiant, et dans la sounnah se trouve son explication et sa démonstration ;
en s’aidant pour cela de la sincérité de l’intention, de la bonne
compréhension, du renforcement par les avis des savants ancrés, du suivi de

7 Partie du verset 11 de sourate Ar-ra’d (le tonnerre)


!7
leur voie dans la compréhension au sujet du Seigneur des univers  »8. Dans
un conseil bénéfique et une recommandation globale, il dit ‫ رحمه ال تعالى‬  :
« Sachez - qu’Allah fasse que vous soyez du nombre des bons connaisseurs ;
qu'Il vous accorde le plaisir de discerner les choses et de les comprendre ;
qu’Il vous embellisse avec la noblesse du suivi [du Prophète ‫]صلى ال عليه وسلم‬
et vous épargne l'avilissement de l’innovation [religieuse] - que : partout et à
chaque époque, il incombe à chaque musulman d’avoir, au fond du cœur,
une croyance apaisante. Il l'évoquera constamment avec la langue, et
construira toutes ses œuvres sur elle. Celle-ci consiste à considérer que : la
religion d’Allah ‫ تعالى‬et ce qu'elle renferme parmi les thèmes (articles) de la
foi, les piliers de l’islam et les voies de l’excellence, n’est, en vérité, que dans
le Coran, la sounnah authentique et la pratique des pieux prédécesseurs.
C'est-à-dire : les compagnons, les successeurs et leurs suiveurs. [Il est
également obligatoire à tout musulman de croire] que tout ce qui sort de ces
fondements, et qui n’a pas reçu une part d’acceptation – que ce soit
[explicitement] par la parole ou supposément – est nul depuis sa base, rejeté
à son auteur, qui qu’il soit à chaque époque et partout. Mémorisez-là donc
et œuvrez avec, vous serez bien guidés et vous obtiendrez la rectitude si
Allah ‫ تعالى‬le veut »9.

Quand il vit ‫ رحمه ال‬que les cercles de science dans les institutions éducatives
ainsi que les cours dans les mosquées ne permettaient pas de propager son
appel d’une manière large et globale, qu’ils ne concrétisaient pas ses
sublimes objectifs qui lui étaient assignés s'ils n’étaient pas appuyés par le
travail journalistique qui remplit les conditions du succès, [notamment] par
l’assurance d’une édition privée de manière à ce qu’il la possède ; il œuvra
alors à la mise en application de son idée, dans le but de réformer et
revivifier la religion en fondant le premier journal Algérien en arabe intitulé
« Al-Mountaqid ». Une étape renforçant la volonté d’entrer dans l’application
pratique, afin de répondre aux méthodologies relatives à la croyance et au
cheminement que propageaient les hommes de tassawwouf10 ainsi que les

8 Majâliss at-tadhkîr min kalâm Al-Hakîm Al-Khabîr (252)

9 Al-Âthâr (3/222)

10Les premiers soufis se conformaient au Livre [d’Allah] et à la sounnah, mais beaucoup d’entre
eux se sont écartés de la voie droite et ont exagéré dans les innovations, les choses
répréhensibles et les déviances dans la pensée et le cheminement. Cf : Talbîs Iblîs d’Ibn Al-Jawzî :
211; Majmoû‘ Al-Fatâwâ d’Ibn Taymiyya : 11/18; Madârij As-Sâlikîn d’Ibn Al-Qayyim : 1/138).
!8
leaders dans les Zawâyâ, les lieux des caveaux et des tombes. Beaucoup de
ces égarements et croyances corrompues se sont insinués dans les rangs de
groupes, de gens de la masse et chez certains milieux cultivés. Leur
emblème s’est matérialisé par l’expression : « Crois et ne critique pas ». Le
choix du titre de son journal avait pour but premier d’éliminer cet emblème,
et, deuxièmement, de faire disparaître son contenu en sa qualité d’appel  ;
c’est-à-dire  : mettre les gens en garde contre ce que l’emblème contient
comme égarements et corruptions dans sa construction et son sens, et
vouloir le changement tout en se conformant à la critique dont l’objectif est
l’éclaircissement de la vérité avec intégrité, véracité et sincérité. Mais ce
journal n’a pas continué longtemps, il s’arrêta en raison de l’interdiction de
publier ordonnée par la gouvernance française ; la nuisance de l’ennemi de
l’appel et de la vérité.

Mais cet arrêt n’atténua en rien la détermination du shaykh, le savant ibn


Bâdîs ‫ رحمه ال‬dans la publication de la revue «  Ash-Shihâb  » qui succéda à
«  Al-Mountaqid  ». Elle fonctionnait suivant le même principe et avait le
même objectif, elle transmettait son noble message avec assurance,
commençant majoritairement par des versets interprétés et des ahâdith
commentés jusqu’à l’an 1358H/1939G.

Le shaykh, le savant ‫ رحمه ال‬avait entrepris d’enrichir son action, d’étendre


son activité et d’approfondir son idée, depuis le minbar de la mosquée et
des cours qui y étaient donnés jusqu’à la tribune de la revue, jusqu’à appeler
les divers milieux scientifiques, jusqu’à l’union et le changement, tout en
concrétisant ses ambitions par la fondation de l’association des savants
musulmans algériens, en l’an 1351H/05 Mai 1932, sous sa présidence. Son
rôle influent s’est manifesté dans la réforme religieuse et sociale d’une large
manière. Sa méthode consistait essentiellement à réformer, en éliminant le
retard et ses manifestations, en mettant en garde la communauté contre
l’association (shirk) sous ses différentes formes, en faisant disparaître la
stagnation intellectuelle, en combattant les mauvaises coutumes, les hérésies
et les usages dominant qui contiennent de l’association (shirk), en repoussant
les faussetés et les mythes répandus venant de ceux qui renient l’unicité (at-
tawhîd) parmi les soufis, les adorateurs des tombes, les sectes et autres.
Ceci, tout en enseignant à la communauté sa religion véritable, la pratique
de ses enseignements et de ses règles, se parer de ses vertus et de ses
comportements [méritoires], l’appel au soulèvement et à l’essor
!9
civilisationnel dans le cadre de la réforme de la religion et de la société et
ceci par le moyen d’activités diverses. L’action journalistique avait un rôle
distingué en tant que moyen [utilisé] pour la politique, le façonnement des
dirigeants, l’orientation des couches, la lutte armée par la science et la
connaissance et la diffusion de la prise de conscience dans les milieux
populaires. Il fut donc fondé :

- Le journal hebdomadaire « As-Sounnah Al-Mouhammadiyya » publié :


le 8 Dhou Al-Hijja 1351H/1932G ; puis il a été remplacé par :

- Le journal quotidien « Ash-Sharî´a Al-Moutahhara » publié : le 24 Rabi’


Al-Awwal 1352H/1933G ; il a été remplacé par :

- Le journal « As-Sirât As-Sawî » publié le : 21 Joumâdâ Al-Oulâ 1352H/


1933G, et ceci est le dernier [journal] qu’avait également interdit la
gouvernance Française à l’instar des journaux précédents.

Mais l’association des savants ne resta pas sans avoir fondé le journal «  Al-
Bassâ’ir » publié : le 1er Shawwâl 1354H/1935G. Ce journal demeura comme
l’expression extérieure perpétuelle de l’association dans la transmission de
son message, de manière analogue à la revue « Ash-Shihâb » qui resta sous
la possession [de shaykh `Abd Al-Hamîd ibn Bâdîs] et indépendante de
l’association dans la mesure où il y parlait en son nom personnel, non pas en
tant que président de l’association. Ceci afin de préserver le devenir de
l’association des savants et son journal qui continua après sa mort, jusqu’en
1376H/6 Avril 1956G, quoi qu’il s’est produit une coupure dans son premier
enchaînement quand la deuxième guerre mondiale approcha.

À cette étape, shaykh `Abd Al-Hamîd ibn Bâdîs adopta le slogan « La vérité,
la justice et la fraternité sont dans le fait de donner tous les droits à ceux qui
ont accomplis tous les devoirs » espérant ainsi concrétiser les revendications
du peuple Algérien de manière pacifique. Mais après le retour de la
délégation de la conférence de Paris en 1355H/1936G, la nature même de la
nouvelle étape impliquait de supprimer [ce dernier slogan] et de le changer
par un autre qui est  : «  Agissons par nous-mêmes, et mettons notre pleine
confiance en Allah » exprimant la fermeté de l’affrontement, la fermeture des
cœurs vis-à-vis de la France pour toujours, et la préparation à entrer dans
une bataille rude, comme il l’exprima ‫ رحمه ال‬en s’adressant au peuple
!10
algérien  : «  … et si la France perd cette occasion-ci, alors nous fermerons
nos mains et nos cœurs pour toujours… Et sache que ton acte, quoi qu’il soit
éminent, n’est qu’un pas et un saut, après lesquels se trouvent des pas et
des sauts  ; et après eux  : soit la vie, soit la mort  ». Cette vérité, il l’avait
également exprimée dans un autre communiqué en 1356H/1937G par les
termes « L’abnégation et le sacrifice ». Il s’agit du chemin de l’affrontement
et de la guerre pour se débarrasser de la France. Ibn Bâdîs demeura fidèle à
ce chemin rassemblé dans sa lutte contre le colonialisme au cours de toutes
les années de son activité politique qui s’inscrivait dans son activité générale,
jusqu’à ce qu’il décéda la nuit du mardi 8 Rabî´ Al-Awwal 1359H,
correspondant au 16 Avril 1940. Il fut enterré à Constantine, qu’Allah le
recouvre de Sa miséricorde et qu’Il le place dans Ses larges jardins.

Ceci, et Ibn Bâdîs avait déjà œuvré au cours de sa vie à rapprocher le Noble
Coran au sein de la communauté, en réalisant son exégèse d’une exégèse
salafiyya, tout en empruntant le chemin des pionniers du tafsîr selon ce qui
est rapporté, se basant sur l’explication que donne le Coran du Coran, son
explication par la sounnah, considérant les fondements de la rhétorique
arabe. De la même façon, il prêtait une attention exceptionnelle à la sounnah
purifiée, à la croyance authentique qui servait son appel réformiste. Il écrivit
le livre «  Al-`aqâ’id al-islâmiyya min al-âyât al-qour’âniyya wa-l-ahâdîth an-
nabawiyya » (Les croyances islamiques tirées des versets Coraniques et des
ahâdith prophétiques) suivant la méthode du Coran dans l’argumentation qui
correspond parfaitement à la nature humaine, loin de la voie des
philosophes et de la méthodologie des moutakallimîn. Il combattait
l’innovation, le suivi aveugle, l’association (shirk) et ses formes, le retard, il
appelait au relèvement et à l’essor civilisationnel dans le cadre de la réforme
de la religion et de la société ; des savants méritoires l’ont épaulé dans son
appel et sa noble mission, comme l’a aidé sa fine connaissance des sciences
arabes – ses bienséances et ses règles –. C’est pour cette raison que dans
ses différents écrits, son style était simple et sobre, loin de la complexité
lexicale. Il en va de même pour sa riche poésie, sans parler de ce dont il
avait connaissance à propos des différentes écoles jurisprudentielles comme
cela est palpable dans ses nombreuses fatwas, en plus de l’école de Mâlik
‫رحمه اهلل‬, ainsi que [ce qu’il connaissait] comme science des fondements en
exerçant son style et en puisant dans ses règles, avec la connaissance
correcte et la parfaite compréhension.

!11
Voilà certains aspects résumés du déroulement de sa vie et de sa
personnalité. En dépit de la courte durée de temps qu’ibn Bâdîs ‫ رحمه ال‬a
vécu, ce qu’il a laissé comme écrits importants dans les journaux, les revus et
de précieux livres, qui ont eu un profond impact, on ne cesse de prendre de
ces écrits et communiqués des leçons et des admonitions pour celui qui
médite. Ils sont actuellement l’objet de l’attention des chercheurs à
l’intérieur de l’Algérie ainsi qu’à l’extérieur.
Toutes ces traces auront ravivé son souvenir, éternisé son nom, confirmé
l’éminence de sa personnalité intellectuelle ainsi que son rôle de leader dans
le relèvement et le renouveau de la réforme.

Source : ferkous.com

Traduction | Mise en page :

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PDF publié le 3 sha’bân 1438H correspondant au 30 avril 2017G

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