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Entrepreneuriat Social - Investissement

D’inspiration nord-américaine, l’entrepreneuriat social est un mouvement


mondial qui vient aujourd’hui innover le monde de l’économie sociale. Avançant les
idées d’ouverture, de finalité sociale, d’ambition de changement social, d’intérêt
général, de changement d’échelle, l’entrepreneuriat social porté par le récent
Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) incite l’économie sociale à sortir
d’une forme de routine et l’économie solidaire à mieux prendre la mesure des enjeux
des évolutions économiques, politiques et sociales actuelles. La présente contribution
vise à comprendre le cadre historique et théorique qui fonde l’entrepreneuriat social.

Contexte de développement
Pour mieux comprendre le concept d’entrepreneuriat social, il peut être utile de
situer le contexte dans lequel son développement prend place et qui justifie son
importance grandissante (Dees, 1998; Johnson, 2000; National Center for Social
Entrepreneurs, 2001).

Les missions sociales associées à l’entrepreneuriat social ont traditionnellement


été assumées par les organismes sans but lucratif. Il y a donc lieu d’analyser les
principales raisons pour lesquels les entreprises sont interesees aujourd’hui vers
l’entrepreneuriat social.

Une première raison se situe autour du besoin de financement. En effet, les


organisations doivent trouver de nouvelles sources de financement :

 les gouvernements diminuent le financement de certains services afin


de mieux équilibrer leur budget et les fondations financent à court
terme plutôt qu’à long terme.
 Les organisations veulent également se prémunir contre les fluctuations
qui peuvent mettre en danger la livraison de services.
 Le financement par des activités commerciales est potentiellement plus
fiable et stable que les dons et subventions. Face aux possibles
fluctuations du financement gouvernemental, il y a donc un besoin
d’indépendance et de stabilité financière à long terme pour livrer les
biens et services sociaux en cas d’absence de financement suffisant.

Une deuxième raison est l’existence de besoins sociaux grandissants. En effet,


avec un certain désengagement de l’État dans de nombreux secteurs, les entreprises
sociales doivent répondre à des besoins de plus en plus nombreux et diversifiés. Par
exemple, de nouveaux besoins ont vu le jour au fil des dernières années, face à des
phénomènes tels le sida et les enfants avec des problèmes d’accoutumance à la drogue,
et des besoins grandissants compte tenu du vieillissement de la population.
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Une troisième raison est l’apparition d’organisations plus nombreuses pour
répondre aux besoins grandissants. Cette prolifération d’organisations amène une
compétitivité accrue en termes de financement et de services et requiert des solutions
innovatrices pour survivre en tant qu’organisation. Plus nombreuses, les organisations
sont également davantage liées, qu’ils s’agissent de partenariats, de réseaux et de
collaborations. De plus, des entreprises à but lucratif entrent en compétition pour la
livraison de certains services.

Une quatrième raison se retrouve dans les changements démographiques qui


affectent la société en général (Foot et Stoffman, 1996). Les changements
démographiques posent des défis particuliers en terme de services et de financement
dans une perspective à long terme. Ces changements ajoutent également à la
croissance de certains besoins touchant particulièrement les “baby boomers”.

Une cinquième raison est l’appel à la responsabilisation dans l’utilisation des


fonds obtenus. Avec les scandales financiers (Enron, Norbourg) et publics (scandale
des commandites et Commission Gomery, dépassement de coûts dans plusieurs
projets) des dernières années, il y a une conscience plus grande face à l’utilisation des
fonds publics ou personnels et une demande pour une gouvernance plus serrée. Ainsi,
il y a une demande d’efficacité et de proactivité de la part des organisations.

Une sixième raison est l’acceptation de plus en plus grande que les forces du
marché peuvent combler les besoins sociaux en faisant appel au pouvoir de la
compétition afin de promouvoir l’innovation et l’efficacité organisationnelle (Dees,
1998). Cela peut aussi se traduire par une modification importante des infrastructures
(Yunus, 2006). S’inspirant des travaux d’Alvord, Brown et Letts (2004), il est possible
de citer quelques exemples d’entreprises sociales afin d’illustrer le concept
d’entrepreneuriat social. Dans le domaine de l’éducation, Maria Montessorri a établi
des écoles tout d’abord en Italie et ailleurs dans le monde. Florence Nightingale a
changé la formation en science infirmière et le domaine de la santé au Royaume Uni et
ailleurs dans le monde. D’autres exemples incluent notamment les organisations
suivantes: Ashoka, Grameen Bank au Bangladesh, Bangladesh Rural Advancement
Committee, Green Belt Movement au Kenya, Highlander Research and Education
Center aux États-Unis, Plan Puebla au Mexique et Self Employed Women’s
Association en Inde. Au Canada, Johnson (2003) cite les organismes suivants: Meal
Exchange à Waterloo, Santropol Roulant à Montréal, Generation Solar à
Peterborough, Home Grown Organic Food à Halifax, Youth One à Edmonton et
Humanity Link à Toronto.

Distinction entre économie sociale, entreprise sociale et entrepreneur


social

L’entrepreneur social occupe une place privilégiée dans l’entreprise sociale


qui elle-même se situe dans l’ensemble de l’économie sociale. Il y a toutefois lieu de
distinguer ces trois concepts, car il ne s’agit pas de trois concepts identiques même
s’ils sont reliés. La figure 1 illustre cette différence et positionne les différents types
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d’entreprise sociale selon les secteurs et les types d’organisations en s’inspirant de
Painter (2006). On distingue trois principaux regroupements afin de saisir la
distinction proposée. Premierement on distingue quatre grands secteurs, soit le secteur
public et le secteur privé aux deux extrêmes et les autres ONG (organisations non
gouvernementales) et l’économie sociale.

Le secteur public fait référence aux gouvernements fédéraux, provinciaux et


territoriaux et aux administrations locales (entités municipales). De par leur nature
même, plusieurs entités du secteur public visent une mission sociale et certaines
pourraient donc être considérées comme des entreprises sociales. Le secteur privé
comprend les entités visant la maximisation du bénéfice. Les autres ONG peuvent
inclure, par exemple, les organisations fondées sur la revendication et la religion.
L’économie sociale réfère à «l’évolution de diverses combinaisons d’organisations
non gouvernementales (ONG) produisant et offrant des biens et services dans les
collectivités au Canada et ailleurs dans le monde depuis plus d’un siècle» (Painter,
2006, p.30). L’économie sociale peut être vue comme une action collective axée
autour de trois dimensions: sociale, économique et politique qui donne la formule
“s’associer pour entreprendre autrement” (Favreau, 2005).

Reprenant la synthèse de Favreau (2005), il est possible de cerner ces trois


dimensions:

1) S’associer permet de répondre à des besoins socioéconomiques,


socioculturels et sociopolitiques de se regrouper dans des organisations
démocratiques;

2) Entreprendre permet d’affronter le marché dans la production de biens et


services;

3) Autrement permet la pluralité d’engagements citoyens avec des mobiles


sociopolitiques divers. L’entrepreneur social ne s’attarde pas tellement à la dimension
politique et à l’aspect démocratique, mais porte une attention prépondérante au volet
entreprendre pour répondre à des besoins sociaux.

Aussi, il y a lieu de distinguer l’entreprise sociale et l’entrepreneur social.


L’entrepreneur social est la personne ou le groupe de personnes qui agissent à titre de
catalyseur de l’entreprise sociale et mettent à profit leur pouvoirs entrepreneuriales
pour faire avancer l’entreprise sociale. Chaque entreprise sociale ne bénéfice pas
nécessairement d’un entrepreneur social. Une comparaison des différents types
d’entrepreneurs sociaux est examinée dans la partie suivante du présent texte. Une
dimension supplémentaire est le type d’activités. L’entrepreneuriat social peut se
présenter sous trois principaux types d’activités. Il peut s’agir d’une entreprise sociale
intégrée où l’ensemble des activités sont centrées sur la mission sociale, d’une
entreprise réinventée, où la capacité excédentaire est utilisée pour réduire des coûts ou
pour augmenter les revenus, ou d’une entreprise complémentaire, où une division
distincte est créée afin d’amener un bénéfice. De son côté, l’entreprise sociale peut se

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distinguer selon l’axe que l’entreprise adopte soit d’offrir des produits ou services
d’intérêt public ou d’intérêt commun (Painter, 2006). Un exemple d’intérêt public
pourrait être une soupe populaire ou une entreprise qui favorise l’insertion sur le
marché du travail alors qu’un exemple d’intérêt commun pourrait être une association
sportive organisant les activités de hockey des enfants d’une localité ou d’une
coopérative de travailleurs forestiers.

Enfin, l’entreprise peut se représenter comme un système social avec une


interprétation très large ou comme une entité incluant la notion de commerce (Briand,
2001). L’entreprise sociale est interprétée de manière très large et peut se définir tout
simplement comme une entreprise qui vise des objectifs sociaux. Les entreprises
sociales peuvent prendre différentes formes et il est possible de les distinguer selon
différentes caractéristiques (Crossan, Bell et Ibbotson, 2003). Favreau (2006) propose
d’ailleurs une typologie de trois grandes familles d’organisations de l’économie
sociale, soit les associations, les coopératives et les mutuelles. Pour mieux comprendre
la diversité des formes d’organismes, il est possible d’examiner les types d’entreprises.
Il y a les entreprises gouvernementales, comme les agences et les sociétés de la
Couronne et les entreprises paragouvernementales, qui tout en conservant une certaine
autonomie sont quand même dépendantes des ressources de l’État, comme les
hôpitaux et les universités. Lorsqu’il est question d’économie sociale, la mention du
secteur sans but lucratif et bénévole est aussi inévitable et très liée (Valéau, Cimper et
Filion, 2004). Pour certains, la majorité des entreprises sociales sont des organismes
sans but lucratif (OSBL). Un organisme sans but lucratif est une «entité qui n’a
normalement pas de titres de propriété transférables et dont l’organisation et le
fonctionnement visent exclusivement des fins sociales, éducatives, professionnelles,
religieuses, charitables, ou de santé, ou toute autre fin à caractère non lucratif» (ICCA,
paragraphe 4400.02a). Par opposition, une entreprise à but lucratif est une «entité
établie pour un temps indéfini dans le but de réaliser des profits et dont les titres de
propriété sont généralement transférables et susceptibles de procurer un profit à son
propriétaire exploitant, ses associés ou ses actionnaires, ou de leur occasionner des
pertes» (Ménard, 1994, p.582). Les entreprises hybrides se situent entre l’entreprise
sans but lucratif et l’entreprise à but lucratif, ayant des visées à la fois
philanthropiques et commerciales et qui peuvent emprunter des caractéristiques de
chacune. Une coopérative d’alimentation représente un exemple d’entreprise hybride.

Quoique le concept soit séduisant, l’entrepreneuriat social n’est pas sans


difficultés. Joyal (1999) souligne certain facteurs d’échecs des entreprises de
l’économie sociale. Ces difficultés s’ajoutent aux problèmes normaux des entreprises
peu importe leurs objectifs. Par example, la mauvaise utilisation des ressources et des
processus décisionnels déficients. Comme une majorité d’entreprises sociales ouvertes
sous forme d’organisme sans but lucratif, utilisons l’exemple d’une association sans
but lucratif organisant les activités de soccer des enfants d’une localité pour nous aider
à visualiser les principaux problèmes pouvant se poser. Dans cet exemple,
l’association éprouve des difficultés financières et veut se sortir du pétrin en innovant

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par des projets visant à générer des profits. L’association comprend deux divisions qui
s’occupent du volet récréatif et du volet compétitif respectivement et chaque division
fonctionne en complète autonomie, voire même en mode compétition avec l’autre
division.

En Bref

 Un projet d’investissement social réussi permet à l’entreprise sociale de bénéficier d’un


financement conséquent et pérenne, dans le respect de ses objectifs et de ses valeurs.
 Les investisseurs ne sont pas des philanthropes et les entreprises sociales doivent rendre
compte de leur performance de façon régulière et professionnelle et s’assurer d’avoir les
capacités financières d’honorer les engagements.
 Si le recours à des investisseurs n’est pas adapté à la structure de l’entreprise, d’autres
types de collaborations sont possibles entre l’entreprise sociale et l’entreprise
conventionnelle : mécénat de compétences, mise à disposition de locaux.

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