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Rien n'est poison, tout est poison : seule la dose fait le poison.
<< Le sectarisme politique Grèce, bientôt la solution... >>
20 février 2012

Citoyen du monde, le citoyen de rien.

Franz-Olivier Giesbert nous l'a dit face à un auteur inquiet pour l'avenir de la France, "Je suis
citoyen du monde". Cette formule revient souvent dans les expressions de nos élites apatrides
pour justifier en réalité leur manque total de solidarité avec le reste du pays. On n’imagine
pourtant pas à quel point l'expression citoyen du monde est un oxymore, un non-sens, une
formule creuse qui cache une vacuité totale des individus qui s'en font les défenseurs. Il sont
nombreux pourtant nos cosmopolites à défendre la citoyenneté mondiale, l'absence de
frontière, le maelström commercial planétaire. En se déclarant citoyen du monde, on se donne
bonne conscience à peu de frais. Une bonne conscience bien utile à qui veut encore se regarder
dans la glace en s'enrichissant de façon totalement délirante de la misère de son propre peuple.
Le citoyen du monde François Hollande ne vient-il pas d'ailleurs par ses propos très éclairants au
journal le Guardian de dire tout haut ce que les citoyens du monde pensent tout bas? À savoir
que seuls comptent leurs petits intérêts économiques et que le reste du monde en réalité ils s'en
fichent.

Car le citoyen du monde est un citoyen sans obligation, de la même manière qu'il n'a pas de
limite dans sa géographie, il n'a pas de limite dans son égoïsme et son cynisme. Il promet monts
et merveilles, solidarité et générosité, mais il s'avère bien pingre lorsqu'il faut passer à la
pratique. Le citoyen du monde préfère les donations aux impôts, il préfère le pauvre du lointain
au pauvre qui gît sous sa fenêtre. Il est vrai aussi que donner peu à celui du lointain permet de
faire bonne figure lors des diners, alors que payer ses impôts ne fait pas de vous un héros de la
lutte contre la misère, alors que c'est pourtant bien plus efficace. Il court de paradis fiscal en
paradis fiscal, met sa progéniture à l'abri des conséquences des politiques qu'il prône et n'a
pourtant de cesse de fustiger les petits qui demandent qu'on les défende un peu. Défendre
l'intérêt de ceux qui ne peuvent passer leur vie à faire la Bohême c'est être fasciste, nazi, ringard,
franchoulliard, lepéniste etc.. Employer le terme citoyen pour définir des personnes au
comportement inverse de celui d'un citoyen voila bien une preuve de la dérive orwellienne de
notre société.

Un citoyen a des droits et des DEVOIRS


Mais avant de commencer à parler de nos cosmopolites de salon dont les élites du PS sont
probablement les échantillons les plus représentatifs, peut-être devrions-nous nous atteler à
rappeler rapidement ce qu'est un citoyen ou tout du moins ce qu'il devrait être. Le citoyen n'est
pas une formule qui décrit simplement les habitants d'un pays, porter une nationalité
quelconque ne fait pas véritablement de vous un citoyen de ce pays. La citoyenneté est
profondément corrélée à la relation intime que l'individu ressent vis-à-vis de la société qui le
porte. Le citoyen n'est pas un consommateur, un travailleur ou un épargnant. Il est bien au-
dessus de cela. Le citoyen c'est un individu libre, dans le sens où son opinion politique est le fruit
d'une réflexion qui lui est propre. Car oui le citoyen fait de la POLITIQUE, il n'est pas forcément
dans un parti, il n'est pas forcément élu, mais il s'intéresse à la vie politique de son pays. Tel est
l'exigence de la citoyenneté dans une nation qui se veut démocratique. La démocratie est aussi
une culture et une façon d'être pas uniquement un système avec un parlement ou des contre-
pouvoirs théoriques. Elle nécessite un minimum d'implication de la part de la population du pays
sous peine de péricliter comme c'est le cas en France et en Europe à l'heure actuelle.

Pour le citoyen la politique coule en lui comme le sang qui lui permet de vivre, et pour cause le
citoyen sait parfaitement que l'individu seul n'est rien. Que la seule véritable liberté est celle de
choisir nos lois et les règles qui s'imposent à chacun de nous. Les sociétés humaines ne pouvant
vivre sans règles, la vraie liberté consiste à influencer celle-ci par la politique. Le premier devoir
du citoyen est donc de faire de la politique et de s'intéresser à l'intérêt général et pas seulement
au devenir de sa propre personne. La société pseudo-libérale actuelle qui consiste à supprimer
au maximum les contraintes collectives est en réalité une infâme autocratie qui permet à un
petit nombre de personnes d'orienter les lois suivant leurs convenances et leurs propres intérêts.

On constatera que logiquement il n'y a des citoyens que là où il y a des états, c'est à dire des
représentations de l'autorité par laquelle peut s'exercer la politique. Car s'il peut y avoir des
sociétés avec des états, mais sans citoyens et sans démocratie, il ne peut pas y avoir de
démocratie sans état. En effet, par quel moyen la prise de décision collective des citoyens
pourrait-elle s'exercer s'il n'y a pas d'état pour appliquer des politiques ? On voit ici le gros
problème du concept de citoyen du monde, le monde n'ayant pas d'état on voit mal comment le
citoyen du monde pourrait exercer son droit politique. A Moins bien évidemment de vider de sa
substance politique la notion de citoyen, ce que font en réalité nos idéologues de la
mondialisation heureuse en se proclamant citoyen du monde.
On le voit donc la citoyenneté est profondément corrélée à une nation. Car c'est dans un espace
politique bien délimité que l'on peut définir un état et donc construire un processus
démocratique seul à même de faire vivre des citoyens ensemble. La deuxième condition de la
citoyenneté est celle de l'égalité. Car il n'y a de débat véritable qu'entre égaux. Mais cette égalité
ne concerne pas le statut social. C'est une égalité devant l'expression chaque citoyen. Chacun
d'eux ayant théoriquement les mêmes droits, quel que soit le niveau de richesse. Petite
remarque en passant. Il est étrange d'entendre des gens soi-disant de gauche justifier le droit de
vote des étrangers par le fait qu'ils payent l'impôt sur le revenu. On pourrait croire qu'à gauche
on pense de plus en plus que la citoyenneté est proportionnelle à votre revenu. Si l'on suit leur
concept qui veut que l'on ait la citoyenneté parce que l'on paie les impôts alors il faudrait tout
de suite supprimer le droit de vote à la moitié des Français qui ne sont pas imposables. Ce type
de régime on a déjà connu çà en France. On appelait cela le suffrage censitaire. La gauche
européïste et mondialiste n'y serait probablement pas opposée eu égard à ses dérives de plus en
plus ouvertement antidémocratiques. On l'a vu sur le TCE. C’est la même chose actuellement
avec les MES où le PS rejoint l'UMP en faisant croire qu'elle n'en fait rien.

La citoyenneté ne s'acquiert donc pas par le niveau de richesse. Mais la condition d'égalité
concerne surtout le niveau d'information et la maîtrise des sujets concernés par les débats
publics. On voit que cette condition présuppose un niveau relativement élevé de culture
générale dans la population. On rejoindra ici les thèses de Todd, la démocratie nécessite un
certain niveau scolaire moyen de la population pour être réalisable. Elle nécessite aussi une
presse libre et un véritable attachement à la liberté d'expression. Là encore la France actuelle est
en mauvaise posture, entre un niveau scolaire qui baisse, une presse totalement inféodée à des
petits seigneurs milliardaires, et enfin un amour inquiétant pour les débats interdits à cause de
la violation de la doxa officielle, ce pays a pris la route vers le despotisme. Enfin la condition
d'égalité signifie également que le citoyen minoritaire, celui dont l'opinion est défaite aux
élections et dans le débat public, accepte cette défaite. Mais il n'accepte cette défaite que parce
qu'il a un attachement au pays dans lequel il vit.

On en vient ici à la question de la nationalité, il faut impérativement que le citoyen se sente


comme appartenant au pays dans lequel il vit sous peine de transformer rapidement la
démocratie en guerre civile sans fin. De fait, la démocratie n'est concevable que dans un milieu
où quelque chose lie les citoyens entre eux. Un lien suffisamment fort pour qu'ils fassent
abstraction de leurs divisions d'opinion. La culture commune, la langue, l'histoire collective sont
autant de choses qui rassemblent et qui rendent bien peu réalistes les ambitions de ceux qui
veulent créer des citoyens dans des zones plus larges que celles des nations historiques. Il ne
faut pas oublier que le ciment de nos nations est le fruit de lourds conflits et d'horreurs. Vouloir
créer une nationalité européenne nécessiterait probablement d'en passer par des épreuves qui
avec le progrès technique actuel pourrait être fatal à la population du continent. Doit-on
souhaiter une guerre civile en Europe pour créer le citoyen européen ? Si tel est le rêve des
europhiles, c'est qu'ils sont encore plus fous que l'on aurait pu le penser.

Le cosmopolite, le citoyen du monde

Les cosmopolites je ne suis pas le seul à les critiquer, cette critique est plus vieille qu'on le croit.
Il a toujours existé des individus pour qui leur propre personne passe avant toute autre
considération. L'internationalisme vu dans le sens de la suppression des frontières et des nations
est un sophisme qui cache de plus en plus mal les intérêts réels qu'il défend. Dans la tête du
cosmopolite, il n'a en réalité jamais été question de défendre l'intérêt de l'étranger, mais d'user
de l'intérêt de l'étranger lorsqu'il coïncide avec l’intérêt du cosmopolite. De fait, lorsque François
Hollande condamne le protectionnisme français en prétendant défendre les intérêts des
travailleurs chinois il ne fait que défendre les intérêts de sa classe sociale pour user de termes
marxistes. Car en réalité c'est l'existence de marchés extérieurs ouverts qui permettent à la
Chine de croître sans avoir à augmenter sa demande intérieur et donc les salaires. En réalité, le
libre-échange empêche l'évolution sociale des pays en voie de développement et les rend
esclaves de la demande extérieure américaine et européenne. Les poussant même à soutenir
l'endettement de ces pays à cause de la menace de l'effondrement du commerce mondial.

Todd vs Hollande : KO en moins d'une minute par vonderblob

Ensuite, le cosmopolite dit aimer le monde et détester les frontières, mais c'est uniquement
parce que cette absence de frontière permet au cosmopolite d'échapper à l'autorité de son état
et par là même d'échapper à la réciprocité de l'échange. Le cosmopolite doit souvent sa
prospérité à la société d'où il vient et qui l'a nourri et éduqué. Par la fuite de sa personne, il agit
en égoïste et insulte le peuple qui l'a protégé jusque-là. L'individu ne se fait pas tout seul, il est le
produit d'un investissement collectif, lorsque cet individu rompt avec la société qui lui a donné
naissance, il fait un acte de trahison. Car il ne rend pas ce qu'il a reçu par l'impôt et la solidarité
nationale. Il nuit ainsi à la prolongation de sa société de naissance. Il ne participe pas à l'effort de
la nation pour se perpétuer. Si tous les pays du monde fonctionnaient uniquement avec des
cosmopolites de cette trempe l’humanité s'éteindrait en deux générations.

Enfin le citoyen du monde ne fait pas de politique. La politique ne l'intéresse pas, car pour lui
seul l'argent et la logique de l'intérêt mènent le monde. Certes il parlera à loisir de la
communauté mondiale, de la solidarité nord-sud, de co-développement, de la planète qui
souffre, de sa contribution au développement des associations caritatives en tout genre. Mais la
politique avec un grand P non. C'est que le cosmopolite reste bien évasif sur les solutions à
proposer concrètement pour sauver les pauvres... C'est que sa vie à lui est si douce que
vraisemblablement il est très content du monde tel qu'il tourne et qu'au fond que rien ne
change est son vrai désir. Le cosmopolite est un hyper-conservateur. Un type qui jouit sans
entrave et qui se fiche des conséquences pour le reste de la population qu'elle soit de son pays
ou des autres. Dans ces conditions, il n'est guère étonnant de ne voir que des libéraux ou des
marxistes verbeux chez les citoyens du monde. Comme il est probable que notre prochain
président comme l'actuel locataire de l'Élysée soit encore un cosmopolite. Souhaitons qu'enfin
nos compatriotes finissent par comprendre que ceux qui ne parlent que du monde de l'Europe
et jamais de la France et de ses intérêts ne sont que des cyniques qui usent de la naïveté de nos
concitoyens pour leur vendre des politiques contraires à leurs intérêts réels.

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Published by Yann - dans politique
commenter cet article Voir les 12 commentaires
<< Le sectarisme politique Grèce, bientôt la solution... >>
commentaires

Emmanuel B22/02/2012 15:35


@Damien,

J'ai réagi à l'article de Yann parce qu'il me semble qu'il risque de commettre une erreur
symétrique à celle que commettent les idéologues du post-national.

En considération des pathologies du nationalisme (pathologies, qui existent bel et bien - il faut se
souvenir qu'elles ont mené déjà une fois le continent européen au bord du suicide), ces
derniers ont fini par dénoncer la nation en tant que telle, oubliant au passage qu'il n'existe
actuellement pas d'autre cadre permettant une démocratie effective.

De même, au nom des impasses où nous mène la marche forcée vers une construction
supranationale absurde, on aurait tort de faire de l'idée cosmopolite un repoussoir absolu.

Il s'agit aujourd'hui (comme toujours) d'articuler judicieusement le national et l'international, ce


qui implique de mobiliser à la fois ce qui se rapporte en nous à notre citoyenneté nationale
et ce qui renvoie à une fibre cosmopolite.

Cosmopolitisme et attachement national, il est bien plus intéressant, à mon sens, de les articuler
dialectiquement que de les opposer en une antinomie indépassable.

Damien22/02/2012 13:55
@Emmanuel B

Dans le discours pro Européen on décèle beaucoup de céssité , pour prendre le cas de l'euro les
batisseurs de la monnaie unique n'ont vraisemblablement pas prit en compte l'hétérogèneïté de
la
zone , qu'on se demande parfois si elle n'était pas volontaire ?C'est la thèse de certains anti
fédéralistes.
Je ne pense pas que ce soit forcément le cas ,d'ou ma question sur le Rousseau de la 1ere
période qui ne reconnaissait pas "les barrières imaginaires qui séparent les peuples"...Delors &
co
ne partageait-il pas ses biais cosmopolites ?

Encore une fois je suis loin de rejeter le projet humaniste de base ,mais force est de constater
que le cosmopolitisme conduit invariablement vers le cosmopolitique (fédéralisme , libre
échange
mondialisé , guerres d'ingérences)

Emmanuel B22/02/2012 12:37

@ Damien,

Oui, les stoïciens défendaient une idée universaliste de l'humanité, les barbares inclus donc, le
point de départ étant l'universalité de la raison, qui fonde aussi leur cosmopolitisme. Quant aux
implications politiques de leur doctrine, elles ne sont pas évidentes. Les stoïciens vécurent du
reste sous différents régimes politiques (petites cités-états grecques démocratiques ou non, cités
dominées par Rome, république puis empire romain avec leurs différentes phases) où la
question de la citoyenneté se posait selon des modalités très variées.

Excusez-moi mais je ne comprends pas votre question sur Jean-Jacques Rousseau.


Pour le reste, la notion de cosmopolitisme comme tout concept ayant un riche passé est
largement ambivalente. En critiquer les usages "impérialistes" et les contradictions
contemporaines ou
anciennes est tout à fait justifié, l'utiliser comme un repoussoir univoque en revanche me parait
peu judicieux.

jacques21/02/2012 23:27

Ce que pense Nicolas Dupont-Aignan des autres candidats:

http://www.wat.tv/video/gerald-dahan-piege-nicolas-4vidt_2exyv_.html

Il pense *exactement* comme moi!

C'était la dernière impulsion nécessaire: ce type est très bien, NDA sera mon choix au premier
tour.

Pour le deuxième tour: un vote blanc si par malheur NDA ne s'y trouve pas. Il n'y a pas d'autres
candidats valables.

Au sujet du front national, bien que j'ai été vivement impressioné par le talent de Marine,
malheureusement force est de constater qu'elle n'est que le pion de son père: le coup fatal aura
été la
lecture par son père du poème du collaborateur nazi il y a quelques jours. Vraiment, avec un
père narcissique comme celui-là, qui a besoin d'adversaire pour perdre? Bref, le père veut
raviver les
querelles du siècles passé et s'amuser de manière enfantine à des provocations racistes aussi
puériles qu'ignobles. Aussi une autre façon de recadrer Marine et lui faire comprendre qui mène.
Il
est clair que dans ces conditions Marine va à plein régime dans un mur de briques que son père
est en train de lui construire.

Dommage pour elle: elle n'a pas encore le courage pour dire à son père de prendre la porte ou
encore de quitter le parti pour former le sien ou une association avec NDA et des gens comme
Sarnez.
Vraiment dommage. Il semble qu'il lui manquait quelques années de maturité pour prendre son
indépendance et envol.

Damien21/02/2012 19:20

@Emmanuel B

Une idéologie est aussi le reflet de son époque,les stoïciens défendaient-il une citoyenneté
étendue aux "barbares" ?Si oui étaient-il près à ceder leurs droits fondamentaux en échange ?
Rousseau qui vivait dans une France qui dominait le monde n'avait-il pas tendance par
anthropomorphisme philosophique à projeter ses vues sur l'Autre ?
Le cadre du cosmopolitisme contemporain étant celui de la mondialisation il est difficile de croire
que les contraintes engendrées par celle ci (concurrences inter étatiques , inter salariales ,
inter culturelles...) donneront naissance à ce cosmopolitisme humaniste et universaliste.
A titre personnel je fais justement le distingo entre cosmopolitisme et universalisme car je
considère que le cosmopolitisme contemporain est en qq sorte LA synthèse de
l'internationalisme
libérale et "marxiste", qui nous a conduit ou nous sommes, et que seul l'universalisme
républicain qui porte en lui certaines valeurs comme la démocratie , le partage (avec les siens ET
les
autres),le progrès sera notre porte de sortie .

Emmanuel B21/02/2012 18:25

Votre texte est curieusement unilatéral. Il manque aussi de vraie profondeur historique. Il est
loin d'être inintéressant pour autant et pointe même des éléments très justes, mais comme dans
vos
diatribes anti-parisiennes vous vous défaites allègrement de toute forme de mesure.

Comme le sujet du cosmopolitisme m'a occupé par le passé, je me permettrai de faire quelques
remarques générales.

La question du cosmopolitisme s'est posée à une époque où l'idée de nation n'existait pas, celle
des cités et de la philosophie grecques. Dès l'origine ont coexisté deux formes très
divergentes de cosmopolitisme : un cosmopolitisme de sécession, dont le héros (et c'est sans
doute lui qui créa le mot) est Diogène le cynique, et un cosmopolitisme à visée universaliste
défendu
par les stoïciens. Cette distinction s'est, non sans de multiples métamorphoses, prolongée au
cours de l'histoire.

Au XVIIIe siècle, époque où les débats sur le cosmopolitisme furent relancés, on a ainsi vu
s'incarner une version du cosmopolitisme où l'exigence d'autarcie cynique put trouver appui sur
la
métaphysique de la guerre de tous contre tous et une conception radicalement atomiste de la
société proche de celles décrite par Hobbes. C'est sous la plume d'un écrivain oublié, Fougeret
de
Monbron, que cette version fut popularisée et que le terme (jusque-là rare et précieux) fit sa
véritable apparition dans le débat public français en 1750, quand sortit son ouvrage intitulé
justement, Le Cosmopolite. Presque immédiatement après cette parution, les plumes les plus
célèbres des Lumières défendirent une version plus large du concept renvoyant directement à la
tradition stoïcienne. Jean-Jacques Rousseau fit ainsi d'abord l'éloge de "ces grandes âmes
cosmopolites qui franchissent les barrières imaginaires qui séparent les peuples et [...]
embrassent
tout le genre humain dans leur bienveillance", tandis que Diderot défendaient des idées
similaires. Ce parti-pris leur fut violemment reproché et les oeuvres polémiques des
antiphilosophes
s'ingénièrent à ramener systématiquement le cosmopolitisme universaliste des encyclopédistes
à une forme dégradée reposant seulement sur l'intérêt personnel et entreprirent de dénoncer
aux
autorités ces mauvais citoyens. Rousseau, pour sa part, changea radicalement d'avis et conspua
les cosmopolites. "Méfiez-vous, écrivait-il maintenant, de ces cosmopolites qui vont chercher
loin
de leur pays des devoirs qu'ils dédaignent accomplir chez eux. Tel philosophe aime les Tartares
pour être dispensé d'aimer ses voisins".

On pourrait prolonger à l'envie l'histoire de ce débat notamment après l'émergence de la forme


état-nation après la Révolution, mais les exemples fournis par les quelques cas évoqués suffisent
pour se replonger dans le contexte actuel.

Le cosmopolitisme de sécession semble une option plus vivante que jamais pour nos
contemporains. Réalimenté par les idéologies post-démocratiques autant que post-nationales,
nourri par la
métaphysique utilitariste dominant des pans entiers du monde politique et intellectuel, ce
cosmopolitisme de déliaison est à bon droit passible des reproches que vous formulez à son
encontre.
Vous ajoutez, à l'instar de Rousseau (deuxième version), qu'un cosmopolitisme à visée
universaliste n'en cache souvent qu'une forme étroitement égoïste rattachable à une version
"cynique". Et de
fait, beaucoup de choses peuvent vous donner raison. Encore faudrait-il peut-être se méfier
d'une accusation en bloc. Les héritiers des proto-réactionnaires du XVIIIe siècle n'ont pas
manqué en
effet d'accuser leurs ennemis de cosmopolitisme dans une visée punitive. Le terme fut ainsi
synonyme en Allemagne hitlérienne ou en Russie stalinienne d'une répression des plus féroces
comme vous
ne l'ignorez certainement pas. Dans le sens donné alors à ce mot, vous eussiez vous-mêmes
vraisemblablement dû supporter l'accusation de cosmopolitisme, votre intérêt pour l'animation
japonaise,
par exemple, ne pouvant guère être caractérisé autrement que comme "déviation cosmopolite".
Plaisanterie mise à part, et dans un sens restreint (non-politique) tout individu raisonnablement
curieux doit assumer une part cosmopolite. D'autre part, un certain nombre de problèmes
politiques, écologiques entre autres, ne peuvent guères être résolus autrement qu'en suivant les
exigences
d'une forme de conscience cosmopolite. Celle-ci peut tout à fait être conciliable avec la
reconnaissance de la nation comme seul cadre démocratique vraisemblable.
En d'autres termes et malgré le brio polémique que cela vous permet, je trouve dommageable
ici comme ailleurs que vous jetiez par principe le bébé avec l'eau du bain.

Damien21/02/2012 17:43

"Enfin la condition d'égalité signifie également que le citoyen minoritaire, celui dont l'opinion est
défaite aux élections et dans le débat public, accepte cette défaite. Mais il n'accepte
cette défaite que parce qu'il a un attachement au pays dans lequel il vit."

Il est vrai que les gens qui ont le moins accepté le résultat du référendum de 2005 appartenaient
à cette classe la , il en va de même des critiques de la démondialisation ,qui s'ils ne sont pas
tous citoyens du monde auto revendiqués vivent grosso modo dans des endroits assez
homogènes socialement.
C'est cette endogamie qui les pousse à croire que tout le monde partage leurs vues et leurs
délires sur la citoyenneté mondiale...Impréssion renforcée par le fait que les citoyens du monde
de
nationalités étrangères qu'ils rencontrent partagent généralement le même statut social et la
même culture (anglo saxone-francaise) qu'eux.

"Doit-on souhaiter une guerre civile en Europe pour créer le citoyen européen ? Si tel est le rêve
des europhiles, c'est qu'ils sont encore plus fous que l'on aurait pu le penser."

Dans les commentaires du Monde j'ai lu plusieurs fois des interventions qui le souhaitaient
ouvertement ,j'ai lu des trucs du genre "prions pour que la faillite de la Grèce enfante un
sentiment
de solidarité dans l'union ,pour que nous puissions enfin construire l'Europe des peuples"...
La dernière note du LEAP va d'ailleurs en ce sens.

Jazzman21/02/2012 13:53

La Gaule, on voit bien que vous n'avez jamais essayé de faire cuire un oeuf au micro-onde.
Ce genre de four ne marche qu'avec ce qui contient de l'eau...

La Gaule21/02/2012 03:23

HOMMAGE.

3)

Tout à notre bonne humeur, nous en sommes venus à évoquer notre récent entretien à la
préfecture pour l’octroi de la nationalité française de
Titi. Il s’était en fait très bien passé, mais il faut dire que je n’avais rien laissé au hasard.

J’avais tout de suite calculé notre interlocuteur fonctionnaire, lequel ressemblait furieusement à
« Frog » (celui du Nouvel
Observateur ET du Figaro, pas celui d’Edgar Poe), et j’avais pris soin de mettre en évidence le
dernier ouvrage de BHL en sortant les papiers de Titi de ma sacoche. J’ai tout de suite remarqué
alors qu’un rictus bienveillant affectait le faciès du rond de cuir.

Mon argumentaire fut très classique. J’ai dit que ce garçon, en désignant Titi du doigt (ses
lunettes de plongée sous marine recouvrant en partie
son gros bec dentelé), quoique meurtri dans sa chair par la cruauté de la vie dans les pays du
sud, n’avait, de toute évidence, aucun problème d’identité susceptible de nuire à sa bonne
insertion
au sein de la république.

Il était donc apte à ranger une carte d’identité avec sa carte visa, et à payer beaucoup d’impôts
comme tout le monde. D’ailleurs, il avait été
un trader renommé sur Sirius (Sirius ? Euh… Un faubourg chic dans la banlieue de Tripoli !).

Frog bis me parut favorablement impressionné, et ajouta même avec éloquence que la
république, désormais ouverte sur le monde comme une grosse
huître, avait grandement besoin de ce genre de compétence par les temps qui courraient, afin
d’attirer les meilleures perles du grand large.
Pour enfoncer le clou, je lui fit remarquer que son costume gris de marque « Tex » (Carrefour) –
la même que la parka rouge fluo de
Titi- lui allait à ravir. Il eut une moue de connivence très encourageante.

L’affaire semblait donc bien engagée et je remarquai les yeux rieurs de Titi, lorsqu’il retira ses
lunettes de plongée à la sortie de la
préfecture.

Nous rentrâmes à pied sous l’air vif en foulant résolument le sol gelé. Titi finit par retirer les
après ski qu’il avait enfilé pour l’entretien
afin de dissimuler ses pieds fourchus. Il marchait mieux sans.

En passant devant le monument aux morts, je me plus à imaginer, philosophe et fataliste, la


future statue qui dominera un jour l’énorme socle de
béton. Une sorte d’humanoïde à écailles avec des grandes jambes d’autruche et une
physionomie vaguement intello.

Gravée à lettres profondes sur le socle, cette glorieuse épitaphe :

« A TOUS LES TITULAIRES DE LA C.I. ET DU RECEPISSE DE L’I.R. ».

La journée s’annonçait à la fois baroque et banale.

Santé !

http://www.youtube.com/watch?v=oCpannIq1uQ&feature=related

La Gaule21/02/2012 03:23
HOMMAGE.

2)

Titi a donc adoré votre texte, même si, en sa qualité d’étranger de passage (j’espère, je
commence à le trouver envahissant), nous avons pas mal
de points de désaccord.

Il a parfaitement relevé votre mise au point sur le suffrage censitaire, puisque vous avez
justement rappelé que son exercice était lié à
l’imposition sur le revenu et non pas à l’imposition en général.

Sans quoi, bien sûr, tout le monde mettant le pied sur le territoire national, serait en droit de
voter, vu le poids des impôts indirects et en
premier lieu ceux sur la consommation.

Il serait en effet scandaleux à ce titre qu’un émir saoudien prenant pendant deux mois une suite
royale au Négresco à Nice (le Sacré Cœur
touristique à la crème chantilly qui trône sur la promenade des anglais), ne puisse pas bénéficier
d’une carte d’électeur et même du vote par correspondance une fois retourné chez lui.

Titi, lui, reste favorable à la citoyenneté de résidence –une position très girondine- laquelle serait
octroyée automatiquement aux touristes et
aux extra terrestre en regard de leur participation aux affaires économiques de la cité.

- En ce qui nous
concerne vous ne le regretterez pas - a-t-il ajouté, malicieux- vous n’aurez plus besoin d’importer
de la volaille de Chine, car l’apport en protéines animales venant de nos entrailles sera
décisif pour la santé globale de la population française, c’est-à-dire mondiale, voire extra
galactique.

- Ecoute Grand Bec


–ai-je répondu, un peu énervé- pour la multiplication miraculeuse des œufs et des omelettes, il
faudra d’abord trouver autant de fécondants intellectuels qui aient la fertilité de Yann, ce qui
n’est pas gagné ! Ce ne sont pas les discours d’Hollande ou de Fillon qui vont vous mener à
l’orgasme, surtout en ce moment, nom d’un météorite !

Miracle de la diversité citoyenne et bon enfant, nous avons tous rugi à gorge déployée de cet
aimable trait d’esprit. Titi2 s’en est même répandu
sur le plancher (pas grave, c’est de son âge, avant l’analyse économique brillante vous êtes aussi
passé par là, Yann).

Notre optimisme devant la vie méritait bien un nouveau CD.

Santé !

http://www.youtube.com/watch?v=vfnwBT3eYuQ

La Gaule et Titi21/02/2012 03:21

HOMMAGE.

1)

Ca y est, Titi (E.T.) est encore gros, et toujours à cause de vous.

Vous avez de la chance que la recherche en paternité ne fonctionne pas avec les êtres qui se
reproduisent par parthénogenèse intellectuelle, les
extras terrestres en l’occurrence (un vide juridique ? Il faudra que j’en parle à Act up et aux
chiennes de garde).

Je dois donc m’attendre à trouver un gros œuf au pied du lit demain matin (Titi est ovipare,
comme tous ses semblables de Sirius). Cela ne pose
pas de problème dans la mesure où la régulation des naissances est chose communément
admise chez eux, et de la manière la plus simple. Les œufs en surnuméraire, ils les bouffent !
C’est ainsi qu’au lendemain de votre dernier article sur la Grèce, nous avons fait bombance
d’une succulente omelette du fruit de vos ébats à
tous les deux.

Titi 2 (notre/votre premier bébé) a même mangé une tasse pleine de jaune, avec du pain
complet. Comme d’habitude il en a mis partout. C’est un
enfant lézard très calme, très réfléchi, avec un seul inconvénient –je ne sais pas si vous étiez
pareil au même âge- il n’est pas très propre quand il mange. Pour le reste, ça va.

Titi a tout de suite vu le parti qu’il pouvait tirer du four à micro ondes, car leurs œufs, sur Sirius,
ont une coque extrêmement résistante. Il
suffit donc de les laisser cuire à pleine puissance cinq minutes après les avoir secoués sans
ménagement (nous avons même esquissé quelques feintes de rugby à travers la cuisine avec le
dernier).
La coque se brise alors facilement en tapant dessus avec le dos du couteau, et l’on obtient une
omelette fumante dans son récipient naturel.

- Et oui, m’a dit Titi


-avec l’humour exquis et ingénu qui le caractérise- quand les miens débarqueront en force chez
vous, il faudra, pour préserver votre biotope, en brancher pas mal, des fours à micro
ondes !

Nous avons tous pouffé de rire, en postillonnant du blanc d’œuf. A notre niveau au moins et de
toute évidence, le « vivre ensemble »
avance à grands pas.

J’ai mis un peu de musique légère sur la sono du séjour pour activer la braise ardente de cette
ambiance spirituelle exceptionnelle.

Santé !

http://www.youtube.com/watch?v=Miico0R8vWg

Olaf21/02/2012 01:28
Toujours aussi pertinent, merci Yann