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22/06/2018 Lectures de Michel Foucault.

Volume 2 - L’a priori historique selon Michel Foucault : difficultés archéologiques - ENS Éditions

ENS
Éditions
Lectures de Michel Foucault. Volume 2 | Emmanuel Da
Silva

L’a priori
historique selon
Michel Foucault :
difficultés
archéologiques
Béatrice Han
p. 23-38

Texte intégral
1 L’importance du thème de l’a priori historique pour le
premier Foucault s’atteste par la présence de la notion dès le
premier des écrits « archéologiques », à savoir la Naissance
de la clinique, dont la Préface entendait repérer l’« a priori
historique et concret » de l’expérience médicale ; comme on
sait, le terme recevra un développement théorique plus

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argumenté dans Les Mots et les choses ainsi que dans le


chapitre III, V de L’Archéologie du savoir. Pourtant,
l’alliance de mots, selon une litote de Foucault lui-même, est
« un peu criante »1 : puisqu’il n’est, par définition, pas
empirique (au sens où il désigne chez Kant l’ensemble des
conditions de possibilité transcendantales de la
connaissance), l’a priori ne devrait a fortiori pas pouvoir être
historique, c’est-à-dire à la fois empirique et inséré dans un
cours temporel linéaire et cumulatif. De surcroît, compte
tenu de l’ampleur de la critique foucaldienne de la
phénoménologie2, on serait en droit de s’étonner de
l’importance accordée par l’ensemble des archéologies à
cette notion que son origine husserlienne pourrait sembler
vouer d’avance à la condamnation. En effet, comme
l’indiquent clairement certains passages de L’Archéologie du
savoir – ainsi que plus généralement, la critique de la notion
« d’origine » proposée par le chapitre IX de Les Mots et les
choses –, il ne saurait être question pour Foucault de faire
sienne l’acception husserlienne du concept, ni de le
considérer comme cet a priori universel, « authentiquement
originaire »3, progressivement recouvert par les
sédimentations de l’histoire, et qu’une « phénoménologie
historique » aurait pour tâche de recouvrer. Dès lors, s’il ne
s’agit pas de la simple répétition d’un thème husserlien mais
d’un remaniement original, quel(s) sens pour l’a priori
historique foucaldien ?
2 Curieusement, ni la Naissance de la clinique, ni Les Mots et
les choses ne donnent du concept une élaboration théorique
véritable 4 : seuls quelques textes 5 cherchent à en fournir
une description plus précise, à laquelle le reste des œuvres
concernées ne se réfère d’ailleurs pas, comme si la profusion
détaillée des analyses empiriques de Foucault suffisait à elle
seule pour définir et justifier la notion. Le paradoxe premier
des textes archéologiques est donc qu’à l’exception de
L’Archéologie du savoir, tous convoquent le concept d’a
priori historique et l’illustrent abondamment dans l’ordre du
« positif », sans qu’aucun ne cherche à le fonder
philosophiquement. Dès lors, l’enjeu de mon propos sera le
suivant : tenter de pallier cette lacune et de définir l’a priori
historique, en interrogeant les présupposés philosophiques
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qu’il convoque, et en cherchant à évaluer leur cohérence et


leur pertinence.
3 Or dans cette perspective, il apparaît que le concept n’a
guère chez Foucault de signification univoque : il est d’abord
défini – de manière quasiment phénoménologique – dans la
Naissance de la clinique comme « distribution originaire du
visible et de l’invisible dans la mesure où elle est liée au
partage de ce qui s’énonce et de ce qui est tu »6, c’est-à-dire
comme un certain mode d’articulation préconceptuel entre
le voir et le dire. Les Mots et les choses, eux, en proposent
une définition beaucoup plus générale, et le caractérisent
comme « l’expérience de l’ordre » par laquelle « le savoir
s’est constitué »7 ; quant à L’Archéologie du savoir, elle y
voit, de manière beaucoup plus formelle, « ce qui doit rendre
compte des énoncés dans leur dispersion »8. Mais comment
articuler ces définitions, dont on voit bien, intuitivement,
qu’elles ne sont pas identiques, et qu’elles ne renvoient pas
au même soubassement philosophique ? Et pourquoi
Foucault a-t-il éprouvé le besoin de faire varier ainsi le
concept ? Faut-il voir dans ces différentes approches trois
tentatives isolées pour définir l’objet de la recherche
archéologique, ou bien doit-on déchiffrer dans leur
succession l’indice de remaniements délibérés de la part de
Foucault, chaque nouvelle définition visant à rendre
caduques les objections qui s’appliquaient à la précédente ?
Mais dès lors, le concept d’a priori historique conserve-t-il,
au cours de ces remaniements successifs, une unité
spécifique ?
4 La Préface de la Naissance de la clinique postule d’emblée
que pour saisir la « mutation du discours médical », il
convient d’interroger, non pas ses « contenus thématiques »
ou ses « modalités logiques », mais la « structure commune
qui découpe et articule ce qui se voit sur ce qui se dit »9.
L’« a priori historique et concret » recherché par Foucault se
définira donc dans la Naissance de la clinique comme une
certaine répartition du visible et du dicible, une « alliance
faisant voir et dire »10 qui déterminera les différentes étapes
de la constitution du savoir médical. Le devenir de la
clinique sera dès lors renvoyé, non pas à une
« réorganisation des connaissances médicales » – dont
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pourrait traiter l’histoire des sciences –, mais, de façon


verticale, à cette « spatialisation » et à cette « verbalisation
fondamentale du pathologique » opérées par le sujet, et qui
sont les conditions de possibilité d’un discours sur la
maladie »11.
5 La Naissance de la clinique se propose donc de faire
l’histoire de cette configuration, dans laquelle on peut très
schématiquement repérer trois étapes principales, qui toutes
font intervenir un rapport différent entre le dicible et le
visible : d’abord, la « médecine des espèces », qui se définit
par une prévalence du premier sur le second. La maladie y
est a priori définissable comme type, de sorte que l’ordre du
visible la masque tout autant qu’il la révèle, puisque aucun
type idéal ne saurait s’incarner tel quel dans un corps
malade. La tâche du « regard médical » est alors de
retrouver dans le visible le déjà-dit de la maladie, et ce en
dépit du double brouillage que constituent la corporéité du
patient et les lacunes du médecin lui-même12. Le second
mode d’articulation du voir et du dire est donné à la fin de
l’âge classique par la clinique, au moyen de laquelle
la perception médicale se libère du jeu de l’essence et des
symptômes, et de celui, non moins ambigu, de l’espèce et des
individus : la figure disparaît, qui faisait pivoter le visible et
l’invisible selon le principe que le malade cache et montre à
la fois la spécificité de sa maladie. Un domaine de claire
visibilité s’ouvre pour le regard 13.

6 L’a priori historique de l’expérience clinique est donc ce


« formidable postulat » qui veut que « tout le visible soit
énonçable et qu’il soit tout entier visible parce que tout
entier énonçable »14. De cette « réversibilité sans résidu du
visible dans l’énonçable » atteste par exemple, pour
Foucault, l’ambivalence du symptôme, à la fois
manifestation naturelle et immédiate de la maladie dans
l’ordre du visible, et signe qui permet de l’identifier et donc
de la dire15. Enfin, la troisième forme de l’a priori historique,
qui rend possible la formation de l’anatomo-pathologie au
début du XIXe siècle, se caractérise par la dissolution de cette
alliance du voir et du dire, remplacée par le primat de
l’invisible sur le dicible que manifeste la découverte de

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l’opacité du corps malade, « espace tangible » et « masse


opaque »16 rebelle au regard. Il s’agit dès lors de
retourner entièrement le langage vers cette région où le
perçu, en sa singularité, risque d’échapper à la forme du mot
et de devenir finalement imperceptible à force de ne pouvoir
être dit […], [d]’introduire le langage dans cette pénombre
où le regard n’a plus de mots 17.

7 C’est donc le repérage de ces différentes figures de l’a priori


historique qui font la spécificité de l’archéologie en lui
permettant – suivant la logique exposée en introduction – de
faire l’histoire, non pas des « connaissances accumulées »,
mais de ce qui « détermine les positions réciproques et le jeu
mutuel de celui qui doit connaître et de ce qui est à
connaître »18. Mais comment comprendre cette articulation
du voir et du dire ? Quels en sont les présupposés
philosophiques ? En l’absence de toute prise de position
théorique claire de la part de l’auteur, certains indices
peuvent laisser à penser que Foucault se réfère
implicitement aux analyses de Merleau-Ponty, dont il avait
suivi les cours : ainsi, la problématique du « voir » et du
« dire » est précisément celle sur laquelle s’ouvre Le Visible
et l’invisible, dont le premier chapitre, après avoir défini la
« foi perceptive » comme la croyance selon laquelle « nous
voyons les choses mêmes, le monde est cela que nous
voyons », s’interroge sur « ce que c’est que nous, ce que c’est
que voir et ce que c’est que chose »19, ce qui est précisément,
notons-le, le thème de la préface de la Naissance de la
clinique. De surcroît, l’idée foucaldienne selon laquelle
l’articulation du voir et du dire, en tant qu’elle préexiste à
tout savoir formulé, est préconceptuelle et renvoie à la
« structure parlée du perçu »20 comme « espace plein au
creux duquel le langage prend son volume « et sa mesure »,
semble faire écho à certaines thèses bien connues de
Merleau-Ponty : notamment, l’idée que le vécu est du « vécu
parlé » et la vision elle-même, « structurée comme un
langage »21, et qu’en somme tout discours articulé n’est
jamais que second, renvoyant à la « parole parlante » en
laquelle se joue l’« enroulement du visible et du vécu sur le
langage, du langage sur le visible et le vécu »22. Enfin,

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l’articulation du voir et du dire n’est pour Foucault ni


consciente, ni intellectuelle, mais constitue au contraire la
condition de possibilité de tout discours théorique.
8 Si la « distribution du visible et de l’invisible » est pour
Foucault « originaire »23, si elle renvoie à une « région où
s’appartiennent encore, au ras du langage, manière de voir et
manière de dire », c’est donc peut-être que cette
« appartenance » devrait être pensée à partir de la notion de
« perception24 », que connotent fortement dans la Naissance
de la clinique25 toutes les métaphores récurrentes du
« regard ». Le concept lui-même revient sans cesse dans le
texte – ainsi, Foucault évoque le « monde de perception »
impliqué par le « regard qu’un médecin pose sur un
malade »26, son « attention perceptive27, les « perceptions
concrètes » de l’« expérience médicale »28, ses « codes
perceptifs fondamentaux »29 ou encore son « champ
perceptif »30. Dès lors, il pourrait être tentant d’interpréter
l’archéologie à partir du socle mis en place par la
Phénoménologie de la perception, comme une tentative
pour repérer les variations historiques, dans un domaine
donné, des structures de la perception. En ce sens, la
définition par Foucault de l’articulation du voir et du dire
comme « disposition générale du savoir » serait un cas
particulier de l’affirmation de Merleau-Ponty selon laquelle
« tout le savoir s’installe dans les horizons ouverts par la
perception »31, et la Naissance de la clinique, une sorte de
« phénoménologie de la perception » historique et
appliquée.
9 Malheureusement, cette comparaison trouve
immédiatement ses limites, au sens où Foucault ne propose
aucune analyse du corps-propre ni de son rapport au monde,
auxquels se subordonnent chez Merleau-Ponty celles de la
perception. On notera néanmoins que la manière dont la
Naissance de la clinique sera évoquée dans L’Archéologie du
savoir laisserait subsister la possibilité d’une telle étude32 :
en effet, Foucault y affirme n’avoir pas « voulu rapporter à
un acte fondateur, ou à une conscience constituante
l’horizon général de rationalité sur lequel se sont détachés
peu à peu les progrès de la médecine », ni « tenté de décrire
la genèse empirique ni les diverses composantes de la
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mentalité médicale »33. Or la conception merleau-pontienne


de la perception ne requiert ni l’une ni l’autre de ces
approches, puisqu’elle ne renvoie ni à une conscience
fondatrice – la critique de l’idéalisme husserlien par
Merleau-Ponty est là pour le prouver –, ni à une subjectivité
empirique déjà constituée, mais au corps propre comme
ouverture au monde antéprédicative. De ce point de vue,
l’autocritique foucaldienne laisserait subsister la possibilité
d’un tel enracinement phénoménologique pour l’archéologie
du regard médical – le seul reproche qu’on puisse faire à la
démarche étant alors de ne pas définir ni même identifier
son propre soubassement théorique.
10 Mais en réalité, cette possibilité semble condamnée d’avance
par la Naissance de la clinique elle-même, lorsqu’elle définit
l’a priori historique comme « espace profond, antérieur à
toutes perceptions, et qui de loin les commande »34. Or une
telle antériorité ne serait concevable ni logiquement ni
chronologiquement pour Merleau-Ponty. De plus, l’idée
même d’un « a priori » est tout à fait contraire à la pensée de
ce dernier, qui la réfute explicitement, notamment dans la
Phénoménologie de la perception et dans Le Visible et
l’invisible35. Aussi la Naissance de la clinique semble-t-elle
se trouver dans une situation théorique difficile, au sens où
elle paraît s’appuyer implicitement sur une théorie
phénoménologique de la perception qu’elle ne possède pas,
et à laquelle elle ne pourrait de toute façon souscrire. À ce
stade, Foucault semble donc aux prises avec une
contradiction qui oppose son anti-humanisme au
présupposé de sa propre approche, c’est-à-dire une pensée,
sinon de la « subjectivité »36, du moins de l’ouverture au
monde et de la constitution des significations. Dès lors, l’idée
que l’a priori historique puisse se définir comme une
articulation du « perceptible et de l’énonçable »37 paraît
aussi difficile à penser qu’à démontrer, et demeure donc très
abstraite.
11 Dans Les Mots et les choses, en revanche, toute référence à
la perception est abandonnée : l’a priori historique y semble
compris comme le rapport implicitement noué par le sujet
entre les « mots » et les « choses »38, ou encore, comme dit
Foucault, entre le « langage » et l’ « être »39. Ce qui définira
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les conditions de possibilité du savoir et servira de point de


départ à l’archéologie des sciences humaines, c’est la façon
dont l’être des signes est compris et mis en rapport avec
l’être en général. Les scansions repérées par Les Mots et les
choses dans l’histoire de cet a priori sont bien connues, et je
me contenterai de les rappeler en en faisant ressortir les
points les plus importants : ainsi, la Renaissance se
caractérise par le fait que les mots « font partie des
choses »40, et que le langage n’est pas un système arbitraire,
étant « déposé dans le monde »41 au même titre que les
objets naturels. Au contraire, le passage à l’âge classique se
marque par un double mouvement : d’une part, le mode
d’être du langage est désormais distingué de celui des
choses ; d’autre part, et inversement, la nouvelle conception
du signe comme représentation redoublée 42 permet de
combler immédiatement cette distance 43. Si la Renaissance
se caractérisait par l’« opacité » des mots comme des choses,
l’âge classique, lui, sera celui d’une « transparence », la
représentation ayant finalement pour fonction
d’« entrecroiser les mots et les choses »44, et donc de leur
restituer, sous la forme d’une immédiateté médiatisée dans
l’élément du langage, leur immanence première. La « mise
en ordre des empiricités »45 a donc pour condition de
possibilité une « ontologie » dont le postulat est que « l’être
est donné sans rupture à la représentation »46. Enfin, le
passage à l’âge moderne est marqué, comme le montrent les
chapitres VII et IX de Les Mots et les choses, par la mise en
place du redoublement empiricotranscendantal, et donc par
l’impossibilité nouvelle de comprendre l’être dans l’espace
de la représentation47.
12 Toutefois, le problème est que les présupposés théoriques de
Les Mots et les choses n’en paraissent pas pour autant plus
faciles à étayer que ceux de la Naissance de la clinique. En
effet, Foucault semble se référer implicitement à une
ontologie selon laquelle les « mots » et les « choses »
seraient des entités séparées, les premiers ayant pour
fonction de désigner les secondes, qui de toute façon leur
préexisteraient. Il ne semble guère difficile de repérer à
travers cette conception une influence aristotélicienne qui a
probablement pour point de départ le De Interpretatione,
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dont un passage célèbre48 montre que tout langage repose


sur une triple symbolisation : des choses par les affections de
l’âme, des affections de l’âme par les signes phoniques, puis
de ces derniers par les formes phoniques. Que le rapport des
mots et des choses soit naturel ou ait été institué par
convention49, qu’il soit le même pour tous ou qu’il varie
selon le temps et l’espace, que l’on doive prendre en compte
ou non l’historicité et les particularités des différentes
langues50, tout cela importe finalement assez peu ici :
l’important est que pour Foucault la relation des mots et des
choses doit être pensée sur le mode d’une correspondance.
Certes, Foucault se distingue d’Aristote en ce qu’il conçoit
cette correspondance comme historiquement variable ; mais
il ne remet jamais en question, du moins à l’époque de Les
Mots et les choses, l’ontologie réaliste présupposée par son
approche. Certes, il le fera dans L’Archéologie du savoir, en
affirmant que le titre donné à son précédent ouvrage était
« ironique »51 ; mais le très grand sérieux – voire le pathos –
avec lequel Foucault évoque inlassablement dans Les Mots
et les choses l’« être » des mots et des choses, l’« être brut du
langage », ainsi que le fait qu’il ait jugé cette thématique
suffisamment importante pour en faire le centre de la
définition de l’épistémè permettent de douter du bien-fondé
de cette affirmation.
13 D’ailleurs, et quoi qu’il s’en défende par la distance de
l’ironie et de la rétrospection, Foucault lui-même reconnaît
implicitement avoir souscrit à cette ontologie, puisqu’il
affirme que sa tâche consiste désormais à « ne pas – à ne
plus – traiter les discours comme des ensembles de signes
(d’éléments signifiants renvoyant à des contenus ou à des
représentations) »52. De manière semblable, on peut
interpréter la façon dont L’Archéologie du savoir oppose la
notion d’« objet » (en tant qu’il est constitué par le discours)
à celle de « chose » (dans la mesure où celle-ci serait dotée
d’une existence et de qualités naturelles, que tout langage
chercherait à recapturer) comme une réfutation indirecte de
l’ontologie implicite de Les Mots et les choses. L’archéologue
devra donc
substituer au trésor énigmatique des « choses » d’avant le
discours la formation régulière des règles qui ne se dessinent
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qu’en lui. Définir ces objets sans référence au fond des


choses, mais en les rapportant à l’ensemble des règles qui
permettent de les former comme objets d’un discours et
constituent ainsi leurs conditions d’apparition historique53.

14 L’enjeu de cette réfutation me semble être d’éviter les


difficultés rencontrées dans Les Mots et les choses au moyen
– et l’usage même du terme même est significatif – d’un
« nominalisme »54 dont l’auteur ne cessera ensuite de se
réclamer, et qui se présente donc comme la contrepartie de
son réalisme premier. Dans cette perspective, il s’agira dès
lors pour Foucault d’étudier le discours au niveau du
discours, et sans référent, ou encore d’analyser les
« pratiques discursives à partir desquelles on peut définir ce
que sont les choses et préciser l’usage des mots »55.
15 La réduction archéologique de l’ancienne métaphysique de
Les Mots et les choses reposera ainsi sur un double postulat :
d’une part, la thèse nominaliste suivant laquelle ce n’est pas
en référence aux « choses » qu’on définira les « mots », mais
à partir des « mots » qu’on pourra concevoir les « objets »
produits par le discours ; d’autre part, l’idée – d’obédience
structuraliste – selon laquelle, comme l’individualisation de
ces « objets » ne pourra plus se faire au moyen de leur
éventuelle « correspondance » avec les « choses », la seule
façon de concevoir leur identité sera de partir de
l’« ensemble des règles » qui permettent de les former, et
donc en somme d’adopter une perspective holiste. Celle-ci
sera d’ailleurs confirmée, dans la suite de L’Archéologie du
savoir, par l’idée que la fonction énonciative met en jeu, non
pas même des « objets », mais un « corrélat », qui n’est
constitué « ni de “choses”, de “faits”, de “réalités” ou
d’“êtres”, mais de lois de possibilité, de règles d’existence
pour les objets […] »56. En ce sens, il me paraît donc clair que
les deux temps de la méthode archéologique dans sa
nouvelle version – d’abord élider les « choses », puis
renvoyer les « objets » eux-mêmes aux systèmes de
dispersion auxquels ils appartiennent – sont implicitement
destinés à mettre hors jeu la métaphysique inavouée et bien
encombrante présupposée par Les Mots et les choses57.
16 Face à ces incertitudes théoriques, qu’en est-il de l’a priori
historique dans L’Archéologie du savoir ? La définition
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proposée en est la suivante :


J’entends désigner par là un a priori qui serait non pas
condition de validité pour des jugements58, mais condition
de réalité pour des énoncés. Il ne s’agit pas de retrouver ce
qui pourrait rendre légitime une assertion, mais d’isoler les
conditions d’émergence des énoncés, la loi de leur
coexistence avec d’autres, la forme spécifique de leur mode
d’être, les principes selon lesquels ils subsistent, se
transforment et disparaissent59.

17 Pour comprendre l’a priori historique, il faut donc désormais


partir d’un concept nouveau, celui d’énoncé : celui-ci, nous
dit Foucault, peut être pensé à partir de la « fonction
énonciative », laquelle définit les conditions générales
auxquelles doit satisfaire un groupe de signes pour pouvoir
être considéré comme un énoncé, à savoir un « corrélat »,
une « fonction auteur », un « champ associé » et une
« matérialité »60 Toutefois, le concept de fonction
énonciative ne permet pas à lui seul d’opérer une sélection
parmi les énoncés, ni de dire quels seront ceux qui seront
historiquement reconnus comme pouvant prétendre au vrai.
La fonction énonciative, prise en elle-même, est un
instrument d’analyse qui permet d’isoler la structure
commune à un ensemble d’énoncés, mais pas un critère qui
permettrait d’expliquer la sélection qui préside à leur
production, et donc leur « rareté »61.
18 C’est donc à cette fin que Foucault fait intervenir l’a priori
historique en le comprenant, de façon cohérente, non pas
comme la fonction énonciative elle-même, mais comme ses
« conditions d’exercice »62, ou encore, selon la citation
précédemment donnée, comme la « condition de réalité des
énoncés »63. Parmi l’ensemble très vaste des virtualités
offertes par la logique et la grammaire, l’a priori historique a
donc pour fonction de découper un domaine plus restreint
en définissant les conditions de possibilité des énoncés en
tant qu’ils sont des « choses effectivement dites »64. Il se
définit comme un principe de sélection – ce qui anticipe sur
la thématique de l’exclusion développée dans L’Ordre du
discours – à l’œuvre dans le champ discursif, principe qui
[en saisissant] les discours dans la loi de leur devenir effectif,
doit pouvoir rendre compte du fait que tel discours, à un
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moment donné, puisse accueillir […] ou au contraire exclure,


oublier ou méconnaître telle ou telle structure formelle 65.

19 Cette référence programmatique à la fonction de l’a priori


historique peut être précisée à partir de la façon dont
Foucault l’oppose implicitement à un autre a priori, « a
priori formel dont la juridiction est sans contingence »66, et
dans lequel on peut sans doute reconnaître, bien qu’il ne soit
pas explicitement mentionné67, l’« a priori historique
universel de l’histoire » mis en place par Husserl dans
l’Origine de la géométrie68. Comme on sait, l’enjeu de ce
dernier texte est de savoir comment, nonobstant les
sédimentations liées à l’historicité du langage et à la
tradition, il est possible de recouvrer, au moyen d’une
« élucidation active »69, les « évidences principielles »
intuitionnées par le « protofondateur » de la géométrie. La
notion d’a priori historique intervient donc chez Husserl
pour permettre de penser à la fois leur permanence
suprahistorique et la possibilité de leur recouvrement. Elle
prend donc une acception radicalement opposée à celle que
lui confère Foucault, et ce au moins pour trois raisons :
d’une part, l’a priori husserlien prétend à une « évidence
absolument inconditionnée, s’étendant au-dessus de toutes
les facticités historiques, une évidence vraiment
apodictique »70, et se définit donc, dans la droite ligne du
kantisme, comme « universel ». D’autre part, étant
« universel et fixe », il est « à jamais authentiquement
originaire »71, et présuppose donc pour être mis à jour qu’on
« traite l’archéologie comme une recherche de l’origine
[archê], des actes fondateurs »72, ce que rejette explicitement
Foucault. Enfin, l’a priori husserlien n’est pas vraiment
historique, ce qu’exprime à la perfection l’idée de Husserl
selon laquelle, au contraire, c’est l’historicité universelle elle-
même qui possède une « structure a priorique »73 que la
méthode phénoménologique permettra de mettre en
évidence74.
20 Toutefois, la raison la plus profonde de la critique
foucaldienne, c’est que cet a priori est, comme son nom
l’indique, « formel » ; or le véritable a priori historique ne
saurait désormais être entendu comme une « structure
intemporelle », nous dit Foucault. Il est au contraire une
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« figure purement empirique »75, ne « s’impose pas de


l’extérieur » aux éléments qu’il met en relation, mais est
« engagé dans cela même qu’il relie », étant donc « un
ensemble transformable »76. Un peu plus haut, Foucault l’a
renvoyé aux « positivités » qui « jouent le rôle d’un a priori
historique »77. L’a priori historique est donc empirique.
Comme on sait, l’un des postulats essentiels de
L’Archéologie du savoir est qu’il est possible d’analyser les
énoncés à leur niveau propre, et donc sans faire intervenir
d’autres relations que celles qui sont dites « discursives »78.
Dès lors, on peut penser que l’idée d’un « a priori
historique » ne doit pas être prise au sens fort, idéaliste, et
sert désormais simplement à indiquer et à souligner la
possibilité d’étudier les discours de façon autonome, en
fonction de leur « type propre d’historicité »79.
21 Cependant, le problème est que l’a priori historique
foucaldien, en tant que l’« ensemble des règles qui
caractérisent une pratique discursive » ne paraît pas, ici non
plus, défini de manière cohérente. En effet, la seule
définition de la « pratique discursive » qui soit donnée dans
L’Archéologie du savoir est la suivante :
Ensemble des règles, anonymes, historiques, toujours
déterminées dans le temps et dans l’espace, qui ont défini à
une époque donnée et pour une aire sociale, économique,
géographique ou linguistique donnée, les conditions
d’exercice de la fonction énonciative80.

22 Or si l’on se souvient que Foucault a également défini l’a


priori historique comme « conditions de réalité pour des
énoncés », l’on obtient, par un jeu de substitutions, la thèse
selon laquelle les « conditions de réalité des énoncés » sont
« l’ensemble des règles qui caractérisent l’ensemble des
règles qui définissent… l’exercice de la fonction
énonciative ». Dès lors, de deux choses l’une : soit la
définition est tautologique, et fait bien des détours pour finir
par caractériser les conditions d’exercices de la fonction
énonciative par elles-mêmes (puisqu’elles sont justement, en
tant qu’a priori historique, les conditions de réalité des
énoncés). Soit elle n’est pas tautologique, mais fait alors
intervenir une régression dans l’ordre des conditions de

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possibilité, puisqu’on ne pourrait rendre compte des


conditions d’exercices de la fonction énonciative qu’au
moyen d’un « ensemble de règles » qui lui-même requiert un
autre « ensemble de règles » identique au premier81, ce qui
semble ôter à l’archéologue la possibilité de ne jamais
rencontrer un objet. Bien qu’elle se défende absolument
d’être, en dépit de son étymologie, une quête des origines,
l’archéologie foucaldienne semble néanmoins engagée sur la
voie d’une recherche qui ne peut rendre compte des
conditions de possibilité qu’au moyen d’autres conditions de
possibilité – ce en quoi elle paraît répéter analogiquement le
mouvement de « recul » et de « retrait » critiqué dans Les
Mots et les choses à propos du troisième des doubles de
l’homme.
23 Il semble donc qu’au terme de L’Archéologie du savoir,
Foucault soit engagé dans une impasse : par la diversité de
leurs requisits – une théorie de la perception, une ontologie
du langage ou encore le rêve d’une autonomie du discursif –,
les définitions de l’a priori historique tour à tour proposées
ne s’avèrent ni homogènes entre elles, ni même cohérentes
prises individuellement. Sans doute l’abandon progressif de
la notion, qui progressivement s’effacera du corpus
foucaldien au bénéfice de celle de « généalogie », peut-il
s’interpréter comme la traduction empirique de ces
difficultés théoriques.
24 Toutefois, il serait prématuré de conclure des embarras de
l’a priori historique à l’échec de l’archéologie elle-même.
Quelques années plus tard, Foucault redéfinira son parcours
de la façon suivante :
En bref, il me semble que, de l’observabilité empirique pour
nous d’un ensemble à son acceptabilité historique, à
l’époque même où il est effectivement observable, le chemin
passe par une analyse du nexus savoir-pouvoir qui le
soutient, le ressaisit à partir du fait qu’il est accepté, en
direction de ce qui le rend acceptable non pas bien sûr en
général, mais là seulement où il est accepté : c’est cela qu’on
pourrait caractériser comme le ressaisir dans sa positivité.
[…] Disons que c’est là le niveau, à peu près, de
l’archéologie82.

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25 Plus de dix ans après la publication de Les Mots et les


choses, l’archéologie demeure donc inscrite dans le
programme des études foucaldiennes, et s’y définit comme
une analyse qui remonte du constat empirique de
l’acceptation d’un ensemble de propositions (« à partir du
fait qu’il est accepté ») à l’analyse de ses conditions de
possibilité historiques (son « acceptabilité »). Bien que le
terme d’a priori historique ne figure pas dans cette
récapitulation, il est clair que la question des conditions de
possibilité du savoir, à laquelle il avait pour fonction
d’apporter une solution, n’a pas été abandonnée. La place
nous fait ici défaut pour étudier ce que Foucault entend par
« acceptation » et « acceptabilité » – notions jumelles qui
constituent manifestement les nouvelles réponses données
par Foucault à l’interrogation archéologique –, ou pour
montrer en quoi l’une comme l’autre dépendent du « savoir-
pouvoir ». Il faudrait pour cela analyser les textes
généalogiques – à commencer par L’Ordre du discours, où
se dessine une première redéfinition du statut et de la
fonction de l’archéologie, et où la notion d’acceptabilité peut
être repérée pour la première fois ; il faudrait aussi boucler
l’archéologie sur elle-même en montrant comment, par la
reformulation généalogique de la question initiale des
conditions de possibilité des savoirs de l’homme, Foucault
pourra établir que ceux-ci sont informés de l’intérieur par les
normes et les fonctionnements propres au savoir-pouvoir et
donc donner, au moyen de la notion de « régime de vérité »,
un avatar plus convaincant de l’ancien a priori historique.
Mais ceci est une autre histoire.

Notes
1. L’Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969, p. 167.
2. Articulée une première fois par l’auteur dans sa thèse complémentaire
de doctorat (une traduction et un commentaire de l’Anthropologie d’un
point de vue pragmatique), puis orchestrée par le chapitre IX de Les
Mots et les choses.
3. E. Husserl, L’Origine de la géométrie, Paris, PUF (Épiméthée), p. 422.
4. Dans Les Mots et les choses, et à une exception près, sur laquelle je
reviendrai (p. 171), les concepts d’« a priori historique » et d’« épistémè »
sont seulement mentionnés comme s’ils avaient déjà été définis (voir
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notamment p. 179, 183, 214, 216, 219, 221, 229, 253, 269, 285, 287, 302,
326). Le même phénomène s’était déjà produit dans Naissance de la
clinique, où le concept d’a priori historique est évoqué, mais sans
définition précise, aux pages XV, 114 et 197. Quant à L’Archéologie du
savoir, le chapitre qu’elle lui consacre ne porte pas exclusivement sur lui,
mais également sur l’« archive ».
5. Principalement la Préface de Les Mots et les choses et le chapitre III, V
de L’Archéologie du savoir.
6. NC, 1983, p. VIII.
7. MC, 1966, Préface, p. 13.
8. L’Archéologie du savoir, p. 167.
9. NC, Préface, p. XIV.
10. Ibid.,, Préface, p. VIII.
11. Ibid.
12. Ibid., p. 8.
13. Ibid., p. 105.
14. Ibid., p. 117. On trouve en maints endroits des définitions identiques.
Voir par exemple p. 89 et 97 : « Dans la clinique, être vu et être parlé
communiquent d’emblée […]. Il n’y a de maladie que dans l’élément du
visible, et par conséquent de l’énonçable ». Voir aussi p.105 qui évoque le
« passage, exhaustif et sans résidu, de la totalité du visible à la structure
d’ensemble de l’énonçable ».
15. Voir NC, p. 90-96.
16. Ibid., p. 123.
17. Ibid., p. 173
18. Ibid., p. 123.
19. M. Merleau-Ponty, Le Visible et l’invisible, Paris, Gallimard (Tel),
1986, p. 17.
20. NC, Préface, p. VIII.
21. Le Visible et l’invisible, p. 168 (en référence à Lacan).
22. On sait que la distinction entre parole « parlante » et parole
« parlée », Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard (Tel),
1981, p. 229, est la réponse de Merleau-Ponty au primat accordé par
Saussure à la langue sur la parole, et donc (indirectement) au
structuralisme. Contre l’idée selon laquelle on pourrait étudier la langue
comme un système purement formel – ce qu’atteste par exemple le
concept de « valeur » dans le Cours de linguistique générale –, Merleau-
Ponty affirme la nécessité de penser la parole parlante comme acte
expressif et « geste linguistique », qui transcende l’ordre des
significations constituées. La distinction entre les deux types de parole
est reprise par la suite du texte (notamment p. 446 sq., où Merleau-
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Ponty évoque l’opposition entre « parole secondaire » et « parole


originaire »)
23. NC, Préface, p. VIII.
24. Foucault évoque ainsi la « perception clinique » ou la « perception
médicale ».
25. Une archéologie du regard médical.
26. NC, p. 156.
27. Ibid., p. 3.
28. Ibid., p. 14.
29. Ibid., p. 53.
30. Ibid., p. 102. Voir par exemple, en sus des références citées, les pages
VIII, 25, 51, 96, 97, 105, 117, 118, 130, 133, 163, 166, 170, 173.
31. Phénoménologie de la perception, p. 240.
32. On peut faire la même constatation à propos de Les Mots et les
choses (p. 332), qui se contentent d’insister sur le caractère « ambigu »
de la phénoménologie merleau-pontienne sans pour autant la
condamner – caractère dont on sait qu’il était ouvertement revendiqué
par Merleau-Ponty lui-même.
33. L’Archéologie du savoir, p. 73.
34. NC, p. 3 (je souligne).
35. Respectivement : p. 255sq. et p. 117sq. Dans le premier cas, Merleau-
Ponty montre la nécessité d’« effacer les distinctions de l’a priori et de
l’empirique, de la forme et du contenu », pour penser la perception ;
dans le second, il réfute l’idée d’un « ordre transcendantal intemporel,
comme un système de conditions a priori » qui permettrait de penser
l’« ouverture à l’histoire et au monde ».
36. Puisque toute phénoménologie n’est pas une pensée du sujet, celle de
Heidegger est là pour le prouver.
37. NC, Préface, p. XV.
38. Comme l’indique le titre de l’ouvrage. Je n’ignore pas que Foucault a
déclaré dans L’Archéologie du savoir que ce titre était ironique ; mais je
débattrai de ce point par la suite.
39. Voir par exemple MC, p. 219.
40. Ibid., p. 140.
41. Ibid., p. 49.
42. Ibid., p. 79sq.
43. Ibid., p. 79sq.
44. Ibid., p. 173.

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45. À savoir celle qui s’effectue dans la grammaire générale, l’analyse des
richesses et l’histoire naturelle.
46. MC, p. 219.
47. Ibid., p. 253 : « La représentation est en voie de ne plus pouvoir
décrire le mode d’être commun aux choses et à la connaissance. L’être
même de ce qui est représenté va tomber maintenant hors de la
représentation elle-même ».
48. Aristote, De interpretatione, 16a 2-8.
49. Il s’agit là, comme on sait, du problème traité – avant Aristote – par
Platon dans le Cratyle, dont la réponse – qui n’a pas d’intérêt ici –
présuppose également un parallélisme entre les mots et les choses, le
mot étant un « instrument » (organon) créé par l’homme pour désigner
les choses.
50. Ce qui sera l’une des grandes questions posées par la pensée
classique au langage, notamment chez Locke, qui critique comme on sait
le réalisme de la conception scolastique. Voir J. Locke, An Essay
Concerning Human Understanding, P. H. Nidditch éd., Oxford,
Clarendon Press, 1975.
51. L’Archéologie du savoir, p. 66.
52. Ibid., p. 66 (je souligne).
53. Ibid., p. 65.
54. Quelques années plus tard, Foucault lui-même affirmera – rendant
explicitement hommage à un article de P. Veyne, « Foucault révolutionne
l’histoire », Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil (Points), 1971,
p. 203-242 – rechercher « les effets, sur le savoir historique, d’une
critique nominaliste qui se formule elle-même à travers une analyse
historique », « Table ronde du 20 mai 1978 », L’Impossible prison,
recherches réunies par M. Perrot, Paris, Seuil, 1980, p. 56.
55. « L’Archéologie du savoir », entretien avec J.-J. Brochier, Magazine
littéraire, n° 28, avril-mai 1969, p. 23-25. Le thème est également repris
dans la « Réponse au cercle d’épistémologie », Cahiers pour l’analyse, n°
9, 1968, p. 5-44, notamment p. 21-23.
56. L’Archéologie du savoir, p. 121.
57. On notera d’ailleurs que cette progression n’est pas sans rappeler la
façon dont Wittgenstein reviendra dans les Recherches philosophiques,
Paris, Gallimard, 1984, sur l’aristotélisme latent du Tractatus Logico-
Philosophicus, trad. Klosssowski, Gallimard (Tel), 2001.
58. Cette définition négative de l’a priori (« condition de validité pour
des jugements ») vise évidemment la conception kantienne de l’a priori
ainsi que la normativité qui lui est propre.
59. L’Archéologie du savoir, p. 167 (je souligne). On notera que cette
définition reprend la tension déjà rencontrée à propos des épistémès
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entre le diachronique (« conditions d’émergence », « principes » de


transformation) et le synchronique (« loi de coexistence », « forme du
mode d’être »).
60. À savoir : 1. faire intervenir un « corrélat », lequel n’est pas un
« référent », ni même un « objet » constitué par le discours, mais la loi
qui permet de penser la dispersion des objets possibles ; 2. définir un
certain nombre de positions possibles pour le sujet de l’énonciation ; 3.
renvoyer à un « champ associé » constitué par d’autres énoncés qui
coexistent avec, sont repris ou rendus possibles par l’énoncé considéré ;
4. enfin, d’être doté d’une certaine « matérialité » qui permet à l’énoncé
d’être inséré dans un cadre institutionnel et de faire l’objet de stratégies
d’appropriation.).
61. L’Archéologie du savoir, p. 155.
62. Ibid., p. 167 (je souligne).
63. Ibid., p. 153 (je souligne).
64. Ibid., p. 167 (je souligne). Foucault ne traite pas des systèmes
virtuels, raison pour laquelle il n’est ni linguiste, ni logicien, ni
structuraliste.
65. Ibid., p. 168.
66. Ibid., p. 168.
67. Foucault fait néanmoins allusion à la conception husserlienne en
plusieurs points : outre l’extrait mentionné ci-dessus, voir par exemple le
passage suivant, tiré de l’« Entretien avec J.-J. Brochier » : « J’essaie de
ne pas étudier le commencement au sens d’origine première, comme
une fondation à partir de laquelle le reste serait possible. Je ne cherche
pas le premier moment solennel à partir duquel toutes les
mathématiques occidentales deviennent possibles, par exemple. Je ne
retourne pas à Euclide ou à Pythagore » (je souligne). De surcroît,
L’Archéologie du savoir elle-même évoque (p. 82) un a priori
« découvert ou instauré par un geste fondateur, et à ce point originaire
qu’il échapperait à toute insertion chronologique ».
68. Publié dans le même volume que la Crise des sciences européennes,
Paris, Gallimard (Tel), 1976, traduction J. Derrida, p. 420. Le terme d’a
priori historique revient également aux pages 421, 423 et 426. Sur la
question du rapport de Foucault à Husserl durant la période
« archéologique », on consultera l’article de G. Lebrun, « Note sur la
phénoménologie dans Les Mots et les choses », Michel Foucault
philosophe, Paris, Seuil, 1989, p. 33-53. À la page 48, G. Lebrun fait
notamment remarquer que « l’« “a priori historique” est une notion
d’origine husserlienne », mais sans apporter plus de précisions sur cette
question.
69. Par opposition à la « compréhension passive », simple répétition.
70. L’Origine de la géométrie, p. 422.

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71. Ibid., p. 423.


72. L’Archéologie du savoir, p. 265.
73. L’Origine de la géométrie, p. 428. D’où la possibilité d’une
« compréhension universelle-historique » liée à la mise à jour de l’a
priori de l’historicité en général (p. 421).
74. Ainsi, Husserl reprend le thème de la « variation », lui-même mis en
place dans Expérience et jugement, § 87, Paris, PUF (Épiméthée), 1991,
trad. D. Souche-Dagues, p. 413sq., en affirmant qu’elle permettra de
mettre à jour une « composante d’universalité universelle » qui constitue
l’a priori historique.
75. L’Archéologie du savoir, p. 168.
76. Ibid.
77. Ibid., p. 167.
78. Elles sont opposées aux relations dites « primaires », qui concernent
le non-discursif (par exemple, les rapports institutionnels) et
« secondaires », qui désignent la façon dont les premières sont
réfléchies, fidèlement ou non, par les discours. Les relations discursives
ont ceci de particulier qu’elles « traitent le discours comme pratique »
(p. 62) et peuvent en principe être étudiées indépendamment des deux
premiers types de relations.
79. L’Archéologie du savoir, p. 215.
80. Ibid., p. 153-54.
81. L’on reconnaît ici le problème dit « de l’homoncule », qui désigne le
fait que les entités explicatives introduites pour expliciter un concept en
reproduisent à plus petite échelle la structure.
82. « Critique et Aufklärung », Bulletin de la société française de
philosophie, 84e année, n° 2, avril-juin 1988, p. 49 (je souligne).

Auteur

Béatrice Han
© ENS Éditions, 2003

Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Référence électronique du chapitre


HAN, Béatrice. L’a priori historique selon Michel Foucault : difficultés
archéologiques In : Lectures de Michel Foucault. Volume 2 : Foucault et
la philosophie [en ligne]. Lyon : ENS Éditions, 2003 (généré le 22 juin
2018). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/enseditions/1213>. ISBN :
9782847884463. DOI : 10.4000/books.enseditions.1213.
https://books.openedition.org/enseditions/1213?lang=fr 20/21
22/06/2018 Lectures de Michel Foucault. Volume 2 - L’a priori historique selon Michel Foucault : difficultés archéologiques - ENS Éditions

Référence électronique du livre


DA SILVA, Emmanuel (dir.). Lectures de Michel Foucault. Volume 2 :
Foucault et la philosophie. Nouvelle édition [en ligne]. Lyon : ENS
Éditions, 2003 (généré le 22 juin 2018). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/enseditions/1198>. ISBN :
9782847884463. DOI : 10.4000/books.enseditions.1198.
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Lectures de Michel Foucault. Volume 2


Foucault et la philosophie

Ce livre est cité par


Chambon, Grégory. Kahn, Didier. Kleinert, Andreas. Marietti,
Angèle Kremer. Boullant, François. (2004) Archives et histoire
intellectuelle. Revue de Synthèse, 125. DOI: 10.1007/BF02963702

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