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AJ Pénal

AJ Pénal 2016 p.141

La bande organisée suppose la préméditation des infractions et une organisation structurée


entre ses membres

Arrêt rendu par Cour de cassation, crim.

08-07-2015
n° 14-88.329

Sommaire :
À l'issue d'une information ouverte des chefs de vols en bande organisée, recels, destructions par
incendie en bande organisée et association de malfaiteurs, le juge d'instruction a rendu une
ordonnance requalifiant les faits en vols aggravés, destructions par incendie et association de
malfaiteurs. Il a renvoyé la personne mise en examen devant le tribunal correctionnel. Celle-ci
interjette appel sur le fondement de l'article 186-3 du code de procédure pénale en critiquant la
requalification des faits. En cause d'appel, la chambre de l'instruction a confirmé l'ordonnance
entreprise, ayant retenu qu'il existe à l'encontre de M. X... des charges suffisantes d'avoir commis
des délits de recels, de vols aggravés, d'actes de destructions volontaires de biens d'autrui et
d'association de malfaiteurs. Un pourvoi en cassation est alors formé.

Il était fait grief à la chambre de l'instruction d'avoir décidé que la circonstance aggravante de
bande organisée ne pouvait être retenue pour les faits qui étaient reprochés, tout en ayant considéré
qu'il pouvait y avoir renvoi du chef d'association de malfaiteurs. L'auteur du pourvoi prétendait que
l'association de malfaiteurs nécessite la caractérisation des mêmes éléments constitutifs que la
circonstance aggravante de bande organisée.

La Chambre criminelle de la Cour de cassation rejette le pourvoi aux motifs que : (1)

Texte intégral :
« [...] pour confirmer l'ordonnance entreprise, l'arrêt énonce que la seule constitution d'une équipe
de plusieurs malfaiteurs ne peut suffire à qualifier la bande organisée dès lors que cette équipe ne
répond pas au critère supplémentaire de structure existant depuis un certain temps ; que les juges
ajoutent qu'en outre les équipes de malfaiteurs n'étaient pas toujours constituées de la même
manière mais de façon variable avec trois, quatre ou cinq membres ;

Attendu qu'en l'état de ces seuls motifs, et dès lors que la bande organisée suppose la préméditation
des infractions et, à la différence de l'association de malfaiteurs, une organisation structurée entre
ses membres, la chambre de l'instruction a justifié sa décision ».
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Texte(s) appliqué(s) :
Code pénal - art. 450-1 - art. 132-71

Mots clés :
CRIMINALITE ORGANISEE * Bande organisée * Définition * Organisation structurée *
Préméditation * Association de malfaiteurs * Distinction

(1) La présente décision apporte une intéressante contribution à la distinction qui doit être faite
entre la définition de la qualification pénale d'association de malfaiteurs, contenue à l'article 450-1
du code pénal, et la définition de la circonstance aggravante de bande organisée visée à l'article
132-71 du même code. La lettre des deux articles crée manifestement le doute. La bande organisée
a en effet été définie comme « tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la
préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d'une ou de plusieurs infractions ».
Pour sa part, le délit d'association de malfaiteurs est défini comme « tout groupement formé ou
toute entente établie en vue de la préparation caractérisée par un ou plusieurs faits matériels d'un
ou plusieurs crimes ou d'un ou plusieurs délits punis d'au moins cinq ans d'emprisonnement ». La
similitude entre les textes est patente. En apparence, la seule distinction porte sur les infractions
visées. La bande organisée s'applique à tous les délits. L'association de malfaiteurs n'est
sanctionnée que s'il s'agit de préparer un délit punissable d'une certaine peine. Formellement, la
distinction est bien mince. C'est de cette constatation que l'auteur du pourvoi partait. Il considérait
logiquement dans l'un de ses moyens que « la chambre de l'instruction ne pouvait sans
contradiction décider que la circonstance aggravante de bande organisée ne pouvait pas être
retenue pour les faits qui étaient reprochés à Jean-Marie X..., tout en considérant qu'il pouvait être
renvoyé du chef d'association de malfaiteurs, qui nécessite la caractérisation des mêmes éléments
constitutifs ». Pour autant, c'était faire fi d'une tendance de la jurisprudence qui a apporté les
précisions complémentaire utiles pour caractériser la circonstance aggravante de bande organisée.
À plusieurs reprises, mais souvent de manière implicite, la Chambre criminelle avait déjà indiqué
que la circonstance aggravante de bande organisée suppose la préméditation des infractions et une
organisation structurée de leurs auteurs (not. Crim. 23 janv. 2013 ; 23 mai 2013). Alors qu'il a été
jugé que le délit d'association de malfaiteurs n'exige pas le dessein, formé par des individus
rassemblés, de commettre un crime déterminé de façon précise (not. Crim. 15 déc. 1993). Ce sont
souvent les juges du fond qui ont eu à préciser les contours de ce texte (V. Circ. présentation des
dispositions relatives à la criminalité organisée de la loi n° 203-2004 du 9 mars 2004 portant
adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité).

En ce sens, l'attendu de la Cour de cassation reprend de manière plus tranchée ce qui avait déjà été
précisé : la bande organisée suppose la préméditation des infractions et, à la différence de
l'association de malfaiteurs, une organisation structurée entre ses membres. Cette différence est
marquée par la Chambre criminelle dans un attendu en fin de décision. L'idée d'organisation
structurée s'oppose au fait que les membres de l'équipe ne soient pas toujours les mêmes. Si l'on
poursuit un individu pour plusieurs vols en bande organisée, il convient de justifier que la bande
était identique. Or, en l'espèce, comme l'a relevé la chambre de l'instruction, « les équipes ayant
commis les faits n'étaient pas composées de la même manière sur chaque fait mais de façon
variable avec trois, quatre ou cinq personnes ». Il n'y avait donc pas une bande organisée, mais
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plusieurs groupes de personnes.

L'idée d'organisation structurée suppose également que l'on puisse démontrer une hiérarchie entre
les membres. Certes, la loi n'a pas fait entrer cette considération dans la définition donnée. On peut
le regretter. Cependant, la notion « d'association de malfaiteurs » les place tous au même plan,
alors que celle de « bande organisée » implique un agencement des membres et une coordination
tournée vers la commission d'une infraction déterminée. C'est en cela qu'elle implique
nécessairement la préméditation.

La considération liée à l'insuffisance de l'existence d'une équipe permet aussi de distinguer la


bande organisée de la circonstance de réunion. Cette dernière peut se limiter à la constitution d'un
groupe de plusieurs malfaiteurs. La simple pluralité d'auteurs est appréhendée par la circonstance
aggravante de réunion. La bande organisée suppose un élément supplémentaire : une structure, une
direction, une logistique et une répartition des tâches. À défaut, il est certain qu'il n'y a pas
d'organisation. Toutefois, on peut se demander si le raisonnement de la chambre de l'instruction,
validé par la Cour de cassation, n'est pas allé trop loin en faisant référence à un critère
supplémentaire de « structure existant depuis un certain temps ». La dernière portion de phrase est
vague. Comment appréhender l'expression « un certain temps » ? L'organisation propre à
l'existence d'une structure peut être récente. Les personnes peuvent se réunir spontanément. Ceci
crée la circonstance de réunion. Pour autant, l'idée de structuration peut ne pas nécessiter un certain
temps. Il eut été préférable pour la cour d'appel de faire référence uniquement à l'idée «
d'organisation structurée », que reprend la Chambre criminelle et qui s'oppose à la spontanéité,
plutôt que d'y ajouter un critère supplémentaire qui n'est pas toujours présent dans la bande
organisée et qui reste difficile à quantifier.

On notera que les précisions apportées par la jurisprudence et reprises par la Cour de cassation
dans sa décision du 8 juillet 2015 avaient déjà été visées par le Conseil constitutionnel qui devait
apprécier la précision du texte adopté concernant la bande organisée au regard du principe de la
légalité. Celui-ci avait considéré que ce texte était rédigé en des termes suffisamment clairs et
précis pour respecter ce principe. Il avait ainsi jugé que n'est ni obscure ni ambiguë l'expression de
« bande organisée » qui se distingue de la notion de réunion et de coaction (Cons. const. 2 mars
2004). Cette complémentarité entre la loi et la jurisprudence en matière pénale est remarquable. La
Cour de cassation interprète et précise le texte. La notion de préméditation et de structure n'est pas
expressément visée. Mais l'interprétation donnée permet de donner au texte une précision
désormais suffisante (pour un exemple récent : Crim. 16 juin 2016).

On rappellera que la jurisprudence a considéré qu'il est possible de retenir, à l'encontre de la même
personne, l'infraction d'association de malfaiteurs et la circonstance aggravante de bande organisée.
Ainsi, a été retenue l'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'une évasion et l'évasion
en bande organisée dès lors qu'il est constaté que les éléments constitutifs du premier de ces délits
et la circonstance aggravante du second correspondent dans les faits de l'espèce à des faits distincts
(Crim. 19 janv. 2010). C'est dire que si les faits poursuivis sont identiques, il ne saurait y avoir une
double déclaration de culpabilité. L'une exclut l'autre. En revanche, l'association de malfaiteurs
peut constituer un délit distinct des délits ou crimes préparés ou commis par ses membres (not.
Crim. 2 juin 2015). La double déclaration de culpabilité alors est possible. C'était le cas dans
l'espèce commentée.
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À retenir

La circonstance aggravante de bande organisée suppose, pour être retenue, une structure organisée
entre ses membres, tournée vers la commission d'une infraction déterminée.

Pour aller plus loin

Jurisprudence : Crim. 15 déc. 1993, n° 93-81.240 ; Cons. const. 2 mars 2004, n° 2004-492 DC,
D. 2004. 2756 , obs. B. de Lamy ; ibid. 956, chron. M. Dobkine ; ibid. 1387, chron. J.-E.
Schoettl ; ibid. 2005. 1125, obs. V. Ogier-Bernaud et C. Severino ; RSC 2004. 725, obs. C.
Lazerges ; ibid. 2005. 122, étude V. Bück ; RTD civ. 2005. 553, obs. R. Encinas de Munagorri
; Crim. 19 janv. 2010, n° 09-84.056, AJ pénal 2010. 201 ; Dr. pénal 2010, n° 43, obs. M. Veron
; Crim. 23 janv. 2013, n° 12-85.056 ; Crim. 23 mai 2013, n° 12-83.989 ; Crim. 2 juin 2015, n° 15-
81.585 ; Crim. 16 juin 2016, n° 15-81.039. - Doctrine : Circ. présentation des dispositions
relatives à la criminalité organisée de la loi n° 203-2004 du 9 mars 2004 portant adaptation de la
justice aux évolutions de la criminalité, Crim 2004-13 G1/ 02-09-2004, NOR JUSD0430177C ; M.
Culioli, Rép. pén., V° Association de malfaiteurs, V° Circonstances aggravantes.

Cédric Porteron, Avocat au Barreau de Nice, maître de conférences associés à l'université de Nice
Sophia-Antipolis

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