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Acédie

L’acédie est un concept moral, religieux et psychologique qui a pris des sens
différents selon les cultures dans lesquelles il est utilisé. Elle signifie à l'origine un
manque de soin. La notion fut ensuite christianisée par les pères du désert pour
1
désigner un manque de soin pour sa vie spirituelle . La conséquence de cette
négligence est un mal de l’âme qui s’exprime par l’ennui, ainsi que le dégoût pour la
prière, la pénitence et la lecture spirituelle. Quand l'acédie devient un état de l’âme
qui entraîne une torpeur spirituelle et un repli sur soi, elle est une maladie
2 3
spirituelle . Le pape Grégoire le Grand intègre l’acédie dans la tristesse , dont elle
4
procède. Prise en tant que telle, l'acédie est donc à cette époque un simplevice .
L'acédie peut prendre la forme de la
Au e
XIII siècle, Thomas d'Aquin réintègre l'acédie dans la liste des sept péchés paresse et de l'oisiveté, dans la
parabole du bon grain et de l'ivraie
capitaux dont vont découler tous les autres.
de l'Évangile selon Matthieu. Tableau
Jean-Charles Nault considère que l'acédie, péché monastique par excellence, d'Abraham Bloemaert, 1624. Walters
Art Museum, Baltimore.
constitue un obstacle majeur dans le déploiement de l'agir de tout chrétien. Il
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préconise de la reprendre en compte dans la morale actuelle . Robert Faricy voit
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dans l'acédie la principale forme d'indifférence religieuse . Le pape François mentionne régulièrement l'acédie comme menace
7
grandissante pour la société en général et le clergé en particulier .

Sommaire
Étymologie
Histoire
Première occurrence dans son acception spirituelle
( e – Ve siècles)
Des pères du désert au monachisme cénobitique IV
L'acédie chez Évagre le Pontique
L'acédie chez Jean Cassien
L'acédie monastique (VIe – XIIe siècles)
Thomas d'Aquin et les scolastiques
Philosophie
L'acédie chez Walter Benjamin
Notes et références
Bibliographie
Annexes
Articles connexes
Liens externes

Étymologie
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Étymologiquement, ἀϰήδεια (akêdéia) signifie en grec ancien : négligence, indifférence . Ce nom appartient à la famille du verbe
άκηδέω (akêdéo), qui veut dire « ne pas prendre soin de ». Chez les penseurs grecs, la notion s'appliquait au manque de soin pour les
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morts, c’est-à-dire le fait de ne pas les enterrer.
Histoire

Première occurrence dans son acception spirituelle


C'est dans la Septante, version de la Bible hébraïque en langue grecque, que l'on trouve pour la première fois la mention de l'acédie
dans un sens spirituel. Elle évoque la faiblesse, la fatigue ou l'angoisse : « Mon âme s'est endormie à cause de l'acédie » (ἔσταξεν ἡ
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ψυχή μου ἀπὸ ἀκηδίας) (Ps. 118, 28) .

( e – Ve siècles)
Des pères du désert au monachisme cénobitique IV

L'acédie chez Évagre le Pontique


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Si Origène (v. 185-v. 253) est le premier Père de l'Église à nommer l'acédie dans son Commentaire sur les Psaumes , sa paternité
conceptuelle revient à Évagre le Pontique (v. 345-399). Après avoir été prêcheur à Constantinople, où les dangers se font trop
pressants, il se réfugie dans le désert et devient ermite du mont Nitrie en 382, sous la direction spirituelle de Macaire de Scété († v.
11
391) . Évagre le Pontique est le premier à intégrer l'acédie dans un schéma, qui ne porte pas encore le nom de péchés capitaux, mais
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de mauvaises pensées (logismoi) . Le moine doit les combattre pour atteindre l'impassibilitéapatheia).
(

La pensée d’Évagre le Pontique sur l’acédie, qu’il appelle également « démon de midi », traverse son œuvre, mais elle est
particulièrement présente dans le Traité pratique et L’Antirrhétique. Elle pourrait être résumée ainsi : un rallongement de la
perception temporelle, une aversion pour la cellule et la vie monastique, une instabilité intérieure, un vagabondage des pensées et une
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négligence envers les devoirs monastiques, le tout poussant l’acédieux à fuir .

« Le démon de l’acédie, qui est aussi appelé "démon de midi", est le plus pesant de tous ; il attaque le moine vers la quatrième heure
et assiège son âme jusqu’à la huitième heure. D’abord, il fait que le soleil paraît lent à se mouvoir, ou immobile, et que le jour semble
avoir cinquante heures. Ensuite il le force à avoir les yeux continuellement fixés sur les fenêtres, à bondir hors de sa cellule, à
observer le soleil pour voir s’il est loin de la neuvième heure, et à regarder de-ci, de-là quelqu’un des frères […]. En outre, il lui
inspire de l’aversion pour le lieu où il est, pour son état de vie même, pour le travail manuel et, de plus, l’idée que la charité a disparu
chez les frères, qu’il n’y a personne pour le consoler. Et s’il se trouve quelqu’un qui, dans ces jours-là ait contristé le moine, le démon
se sert aussi de cela pour accroître son aversion. Il l’amène alors à désirer d’autres lieux, où il pourra trouver facilement ce dont il a
besoin, et exercer un métier moins pénible et qui rapporte davantage ; il ajoute que plaire au Seigneur n’est pas une affaire de lieu :
partout en effet, est-il dit, la divinité peut être adorée. Il joint à cela le souvenir de ses proches et de son existence d’autrefois, il lui
représente combien est longue la durée de la vie, mettant devant ses yeux la fatigue de l’ascèse ; et, comme on dit, il dresse toutes ses
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batteries pour que le moine abandonne sa cellule et fuie le stade. »

Dans le même temps, Évagre le Pontique propose plusieurs remèdes simples pour s'en prémunir : pleurer, développer une hygiène de
vie, s'appuyer sur les Écritures, penser à la mort, tenir coûte que coûte. outes
T ces notions sont à comprendre en relation avec Dieu.

e
L'acédie appartient à l'expérience commune de la vie érémitique et monastique du IV siècle, comme en témoignent les
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apophtegmes . Ces paroles des pères du désert, compilées par Pallade et Théodoret, s'adressaient généralement à leurs disciples
auxquels ils apprenaient les principes spirituels et ascétiques de leur retraite. La lutte contre l'acédie était partie prenante de leur
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enseignement .

L'acédie chez Jean Cassien

Jean Cassien (v. 355-435) est le deuxième auteur patristique à avoir enrichi la pensée sur l'acédie chrétienne. Vers 386, il quitte le
monastère de Bethléem dans lequel il s’est fait moine, pour aller visiter les ermites du désert. Là-bas, il prend connaissance de
l’enseignement d’Évagre, qui nourrit sa pensée. Expulsé d’Égypte, de Constantinople et de Rome pour ses affinités avec
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l’origénisme, il s’installe en France, où il fonde plusieurs monastères à Marseille, dans le premier quart du Ve siècle . Son parcours
est important puisqu'il a permis de transmettre de l'Orient à l'Occident, et du monde érémitique au monde cénobitique, le concept
d'acédie. Jean Cassien est le père du cénobitisme occidental, à savoir la vie monastique en communauté. Ses Institutions
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cénobitiques , destinées à régler les communautés naissantes, consacrent un chapitre entier à l'acédie. Il ne se contente pas de
reprendre les positions des pères du désert, mais les adapte à ce nouveau monachisme, en insistant sur le travail manuel. Il complète à
deux niveaux la définition de l'acédie : il clarifie sa place dans le schéma des sept vices – qui ne sont pas encore péchés - et il lui crée
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une progéniture .
20
Évagre le Pontique évoque dans L'Antirrhétique le rejet du travail manuel par les acédieux , mais Jean Cassien est le véritable
21
maître d’œuvre du rapprochement entre l'acédie et ses conséquences mortifères pour le travail manuel . Il moralise le labeur
22
monastique, dans le chapitre des Institutions dédié à l'acédie, par un commentaire des Épîtres de Paul . Il y explique : « Sans travail
23
manuel, le moine ne peut ni demeurer stable ni s’élever un jour au sommet de la perfection ». Autrement dit, l'acédieux ne connaît
ni stabilité, ni contemplation. La question de la stabilité est cruciale dans ce contexte de naissance du cénobitisme. Or le travail est
24
précisément ce qui permet à la communauté d'assurer sa pérennité et son indépendance vis-à-vis du siècle . Les moines qui refusent
de travailler mettent donc en danger la survie de la communauté, devenant « des membres corrompus par la pourriture de
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l’oisiveté ». De plus, ils s'opposent avec orgueil à l'injonction divine qui, après la Chute, impose aux hommes de travailler à la sueur
de leur front (Gen. 3, 17-19).

L'acédie monastique (VIe – XIIe siècles)


Grégoire le Grand (540-604) est le troisième père de l'Église à analyser l'acédie chrétienne. Tout en connaissant le concept, il décide
26
de ne pas l'intégrer à son nouveau schéma des sept vices, qui aura un grand succès au cours du Moyen Âge . L'acédie est fondue
27
dans le vice de tristesse, où se retrouve une progéniture commune (torpor circa praecepta, vagatio mentis erga illicita) . En ce sens,
Grégoire le Grand n'a pas participé à enrichir la définition de l'acédie, mais à la rendre mineure et floue puisqu'elle est désormais
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intrinsèquement liée à la tristesse. Différentes raisons ont été évoquées pour expliquer sa position : le manque d'autorité biblique , le
29
cantonnement à la sphère monastique qui empêche l'universalisation du propos ou la dif
ficile distinction avec la tristesse .

L'absence du terme « acédie » dans larègle de saint Benoît a également participé à sa relégation. Or, à partir du IXe siècle, sous l'égide
de Benoît d'Aniane et de Charlemagne, la règle bénédictine est uniformisée et diffusée progressivement à tout le monachisme
30
occidental .

Néanmoins, l'acédie ne disparaît pas des textes pour autant. Elle est citée dans un certain nombre d'ouvrages carolingiens destinés à
des laïcs : le De virtutibus et vitiis liber (Livre des vertus et des vices) d'Alcuin d'York (v. 730-804), le De institutione laicali (De la
formation des laïcs) de Jonas d'Orléans (760-841) et le De ecclesiastica disciplina (De l'instruction ecclésiastique) de Raban Maur
31
(780-856) . Hormis l'insistance sur l'oisiveté engendrée par l'acédie, ces auteurs ne font que reprendre sa définition traditionnelle.
32
En revanche, certains historiens y ont vu le début d'une laïcisation du concept .

L'acédie resurgit au cours des XIe et e


XII siècles, dans les milieux monastiques réformés. Selon Jean-Charles Nault, sa définition se
voit dédoublée entre une acédie corporelle, dénoncée par Pierre Damien (1007-1072), et une acédie spirituelle, spécifiée par Bernard
33
de Clairvaux (1090-1153) . Le premier semble insister sur les manifestations physiques de l'acédie, telles que l'oisiveté et la
somnolence, dans son De institutionis ordinis eremitarum (Sur l'institution de l'ordre des ermites) et sa Vie de Romuald. Le second
opère dans ses sermons une « spiritualisation » de l'acédie qui atteint en priorité l'esprit. Cette redéfinition s'inscrit dans le contexte
d'un âge d'or des traités de vie intérieure, renouvelant l'intérêt pour la psychologie dans la vie spirituelle.
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Au Moyen Âge central, l'acédie est donc toujours vivante, et semble encore être l'apanage des milieux monastiques . Toutefois, la
définition de ce concept reste encore floue, pour trois raisons. D'abord, dans les textes, si les manifestations traditionnellement
acédiques sont souvent citées (tristitia : tristesse, taedium : ennui, lassitude, fastidium : dégoût ou tepiditas : tiédeur), le terme
35
« acédie » quant à lui, apparaît peu . Les auteurs préfèrent les signifiés au signifiant. Ensuite, depuis Grégoire le Grand, l'acédie est
difficilement discernable de la tristesse. Hugues de Saint Victor, dans son Expositio in Abdiam (Explication sur le Livre d'Abdias),
36
évoque à la quatrième attitude vicieuse, « acedia seu tristitia » . Enfin, la place de l'acédie dans le schéma vicieux n'est pas encore
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pérennisée. Les auteurs hésitent encore entre deux héritages : le schéma septénaire ou octonaire.

Thomas d'Aquin et les scolastiques


Thomas d'Aquin (1224-1274) est le dernier théologien médiéval à avoir alimenté le concept d'acédie. Il l'évoque à deux reprises dans
38
son De malo (q. 11) et dans sa Somme théologique (II, II, q. 35) . Ses travaux s'inscrivent dans le renouveau intellectuel qu'incarne
la scolastique, émergeant à la fin du XIIe siècle. Il s'agit, pour ces théologiens, de concilier la philosophie grecque, redécouverte grâce
aux traductions d'Aristote, avec la théologie chrétienne. Ce processus s'accompagne d'une volonté de clarifier les doctrines par la
logique et la rationalisation. L'acédie, concept encore flou et fuyant jusqu'au début du XIIIe siècle, n'a pas échappé à cette entreprise.
Elle n'a jamais été l'objet de controverses scolastiques, mais a irrigué les sommes théologiques de nombreux auteurs tels que
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Guillaume d'Auxerre (1150-1231), Alexandre de Halès (1185-1245) ou Albert le Grand (1193-1280) .

Thomas d'Aquin, dans sa Somme théologique, propose le schéma des sept péchés capitaux tel qu'il est connu aujourd'hui, au moyen
de la théorie des cinq facultés de l'âme chez Aristote (végétative, sensitive, locomotive, appétitive, intellective). L'acédie, qui est
officiellement intégrée dans son schéma vicieux, est définie de deux manières : « tristitia de spirituali bono » (tristesse des biens
38
divins) ou tristesse de Dieu et dégoût de l’action. L'acédie est une tristesse particulière en ce qu'elle est spirituelle ; l'acédie étant
une tristesse, elle s'oppose à la vertu de charité, la plus éminente de toutes les vertus, et consiste, en ce sens, en un mal redoutable;
40
elle est un vice capital (vitia capitalia) puisqu'elle est responsable des mauvaises actions morales auxquelles l'homme consent.

Cette définition permet la réconciliation entre les deux héritages conceptuels de l'acédie, de Cassien et de Grégoire le Grand. La
41
tristesse et l'acédie ne sont plus superposées mais harmonisées . L'acédie se distingue de la paresse, dans la pensée thomiste,
42
puisque cette dernière n'est qu'une sorte de peur . Thomas d'Aquin propose cependant, tout comme Évagre le Pontique, un remède à
ce mal avec l'Incarnation deJésus-Christ, le fils de Dieu. Puisque le Christ est totalement Dieu et totalement homme, il va pouvoir, en
sa propre personne, refaire le pont entre l’humanité et la divinité, et rendre les hommes aptes à atteindre ce pour quoi ils sont faits
mais qu'ils sont incapables de réaliser par leurs propres forces.

Néanmoins, des ambiguïtés persistent dans les usages qui sont faits de l'acédie. Les prédicateurs, qui s'en sont emparés pour édifier
les laïcs, l'ont rapprochée de la paresse. Alain de Lille (1128-1202), dans son De arte praedicatoria (Sur l'art de la prédication),
43
définit l'acédie comme une paresse («acediam sive pigritam») .

Au XIIIe siècle, elle est de plus en plus confondue avec la mélancolie. L'acédie est une forme de tristesse et la tristesse est une passion.
Or la passion est un mouvement de l'âme accompagné de changements physiques. C'est ainsi que Guillaume d'Auver
gne, dans son De
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virtutibus (Sur la vertu), parle de l'acédie comme d'un vice « créé et renforcé par l'humeur mélancolique » . La médecine commence
45
donc à la penser, non plus comme un vice, mais comme une véritable maladie physique . À l'instar du problème sémantique entre la
tristesse et l'acédie, la mélancolie et l'acédie pourraient n'être qu'une même réalité aux discours différents : l'un relayant un discours
moral, l'autre un discours médical.

Philosophie

L'acédie chez Walter Benjamin


Walter Benjamin reprend le concept d’acedia dans son opuscule Sur le concept d'histoire. Il s'agit du passage suivant :

« Fustel de Coulanges recommande à l'historien, s'il veut reconstituer une époque, de s'ôter de l'esprit tout ce qu'il
sait du cours ultérieur de l'Histoire. On ne saurait mieux caractériser le procédé avec lequel a rompu le
matérialisme historique. C'est un procédé reposant sur le fait de se mettre dans la peau de l'autre. Il prend son
origine dans la paresse du cœur, l’acedia, qui hésite à s'emparer de l'image historique authentique qui brille
comme un éclair, fugitivement. Cette indolence passait, aux yeux des théologiens du Moyen Âge, pour le motif
originel de la tristesse. Flaubert, qui l'avait éprouvée, écrit : « Peu de gens devineront combien il a fallu être triste
pour ressusciter Carthage ». »

L’acedia est rapprochée de l'empathie, c'est-à-dire, selon Benjamin, de l'identification avec le


« cortège triomphal » des vainqueurs de
l'Histoire, identification fallacieuse car elle fait oublier à l'historien qu'elle « profite par conséquent toujours au dominant du
46
moment », dominant qui marche« sur ceux qui sont aujourd'hui au sol » .
L'historien Bruno Queysanne analyse ainsi l'acédie chez Benjamin : c'est le risque, pour l'historien, de ne plus se préoccuper des
vaincus et des « sans-nom ». L'empathie se dirige par facilité vers les vainqueurs, et ne s'applique pas aux vaincus de l'Histoire. Le
matérialisme historiqued'origine marxiste rompt, quant à lui, avec cette acédie puisqu'il prétend faire l'histoire des opprimés. Mais il
n'est pas exempté du risque d'acédie. Bruno Queysanne écrit qu'« un certain marxisme, par un trop grand souci de vérité objective,
47
risque de perdre lui aussi la sensibilité à la misère humaine » .

Notes et références
1. Qu'est-ce que l'acédie ?(http://www.la-croix.com/Archives/2015-10-10/L-acedie-2015-10-10-1366901)
2. Définition de l'acédie selon l'Église catholique en France(http://www.Église.catholique.fr/ressources-annuaires/lexiqu
e/definition.html?lexiqueID=136&Expression=Ac%E9die)
3. Qu'est-ce que l'acédie ?(http://questions.aleteia.org/articles/131/quest-ce-que-lacedie/#)
4. L'acédie, ancêtre de la paresse(http://www.scienceshumaines.com/l-acedie-ancetre-de-la-paresse_fr_22455.html)
5. Jean-Charles Nault, La Saveur de Dieu, l'acédie dans le dynamisme de l'agir , conclusion générale,p. 456-466].
6. Robert Faricy, L'Anomie et la Croix, étude sur l'indifférence religieuse et la vie spirituelle(https://books.google.fr/book
s?id=W8Ma_qbPQMUC&pg=PA250&lpg=PA250&dq=ac%C3%A9die+%22indiff%C3%A9rence+religieuse%22&sour
ce=bl&ots=dKGkOOawNz&sig=9bZj-usAJmHgykEYOlbouRyrJ4I&hl=fr&ei=33aCStOOMt_TjAf9poT6CQ&sa=X&oi=b
ook_result&ct=result&resnum=1#);
7. « Les personnes éprouvent le besoin impérieux de préserver leurs espaces d’autonomie, comme si un engagement
d’évangélisation était un venin dangereux au lieu d’être une réponse joyeuse à l’amour de Dieu qui nous convoque à
la mission et nous rend complets et féconds. Certaines personnes font de la résistance pour éprouver jusqu’au bout
le goût de la mission et restent enveloppées dans uneacédie paralysante. [...] Le problème n’est pas toujours l’excès
d’activité, mais ce sont surtout les activités mal vécues, sans les motivations appropriées, sans une spiritualité qui
imprègne l’action et la rendent désirable. De là découle que les devoirs fatiguent démesurément et parfois nous
tombons malades. Il ne s’agit pas d’une fatigue sereine, mais tendue, pénible, insatisfaite, et en définitive non
acceptée. Cette acédie pastorale peut avoir différentes origines. Certains y tombent parce qu’ils conduisent des
projets irréalisables et ne vivent pas volontiers celui qu’ils pourraient faire tranquillement. D’autres, parce qu’ils
n’acceptent pas l’évolution difficile des processus et veulent que tout tombe du ciel. D’autres, parce qu’ils s’attachent
à certains projets et à des rêves de succès cultivés par leur vanité. D’autres pour avoir perdu le contact réel avec les
gens, dans une dépersonnalisation de la pastorale qui porte à donner une plus grande attention à l’organisation
qu’aux personnes, si bien que le “tableau de marche” les enthousiasme plus que la marche elle-même. D’autres
tombent dans l’acédie parce qu’ils ne savent pas attendre, ils veulent dominer le rythme de la vie.’impatience
L
d’aujourd’hui d’arriver à des résultats immédiats fait que les agents pastoraux n’acceptent pas facilement le sens de
certaines contradictions, un échec apparent, une critique, une croix. D’autres tombent dans l’acédie parce qu’ils ne
savent pas attendre, ils veulent dominer le rythme de la vie. »Lire en ligne (http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/
apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium.html#Non_%C3%A0_
l%E2%80%99ac%C3%A9die_%C3%A9go%C3%AFste) .
8. A. Bailly, Dictionnaire grec-français, Édition 1963
9. « La Septante, Psaumes, chapitre 118» (http://ba.21.free.fr/septuaginta/psaumes/psaumes_118.html) , sur
ba.21.free.fr (consulté le 28 avril 2015)
10. « L'acédie est un mouvement de longue durée des parties irascible et concupiscible : la première étant irritée par les
objets présents, la dernière de ceux à venir »,Origene, Selecta in psalmos (PG 12, 1593).
11. Wenzel S., The Sin of Sloth: « Acedia » in Medieval Thought and Literature, Chapel Hill, University of North Carolina
Press, 1967, p. 4.
12. « Huit sont en tout les pensées génériques qui comprennent toutes les pensées : la première est celle de la
gourmandise, puis vient celle de la fornication, la troisième est celle de l'avarice, la quatrième celle de la tristesse, la
cinquième celle de la colère, la sixième celle de l'acédie, la septième celle de la vaine gloire, la huitième celle de
l'orgueil », Évagre le Pontique,Traité pratique : ou Le moine, trad. et éd. par A. et C. Guillaumont, Paris, Éd. du Cerf,
1971, p. 64.
13. Nault J.-C., La Saveur de Dieu: l’acédie dans le dynamisme de l’agir, Paris, Éd. du Cerf, 2006,p. 35-63.
14. Évagre le Pontique, Traité pratique, 12, op. cit.
15. Wenzel S., The Sin of Sloth, op. cit., p. 9.
16. Antoine 1 « Le saint abba Antoine, alors qu’il demeurait dans le désert, fut en proie à l’acédie et à une grande
obscurité de pensées », cité dans Nault J.-C.,La Saveur de Dieu, op. cit., p. 67.
17. Wenzel S., The Sin of Sloth, op. cit., p. 18.
18. Jean Cassien, Institutions cénobitiques, trad. et éd. par J.-C. Guy, Paris, Éd. du Cerf, 2001 (1re éd. 1965)
19. « De l’acédie [naissent] l’oisiveté, la somnolence, l’humeur acariâtre, l’inquiétude, le vagabondage, l’instabilité de
l’esprit et du corps, le bavardage et la curiosité », Jean Cassien,Conférences, éd. par E. Pichery, Paris, Éd. du Cerf,
1955-1958., V, XVI, p. 208-209.
20. « La pensée de l'acédie fait rejeter le travail des mains et fait que le corps s'appuie contre le mur pour dormir »,
Évagre le Pontique, Antirrhétique, VI, 28, cité dans, Traité pratique, op. cit., p. 79, t. 1.
21. Nault J.-C., La Saveur de Dieu, op. cit., p. 88.
22. I Thess. 4, 9-11, II Thess. 3, 6-15 et Éphés. 4, 28.
23. Jean Cassien, Institutions cénobitiques,X, 24, p. 422-425.
24. C’est dans cette logique d’autonomisation que Jean Cassien reprend l'injonction de Paul qui ordonne aux
Thessaloniciens de travailler de leurs mains (I Thess., 4, 11), « pour éviter ce contre quoi il les avait mis en garde
précédemment – à savoir : vivre dans l’inquiétude, se soucier des af faires des autres », Jean Cassien, ibid., X, 7, 4,
p. 394-395.
25. Ibid., X, 7, 8, p. 398-399.
26. « La racine de tout péché est l’orgueil, dont il est dit, selon le témoignage de l’Écriture : ‘Le principe de tous les
péchés, c’est l’orgueil’ (Sir. 10, 13). Ses premiers rejetons, à savoir les sept vices principaux, sont les produits de
cette racine empoisonnée. Ce sont : la vaine gloire, l’envie, la colère, la tristesse, le désir de s’enrichir
, l’excès dans
le manger et le boire, la luxure », Grégoire le grand,Morales sur Job, XXXI, 45 (PL 76, 621).
27. Wenzel S., The Sin of Sloth, op. cit., p. 24.
28. Ibid., p. 34.
29. Grégoire le Grand, Morales sur Job, trad. et éd. par A. Gaudemaris (de) et R. Gillet, Paris, Éd. du Cerf, 1948, p. 89.
30. Bonnerue P., Benedicti Anianensis concordia regularum, Turnhout, Brepols, 1999,p. 45-53.
31. Nault J.-C., La Saveur de Dieu: l’acédie dans le dynamisme de l’agir, Paris, Éd. du Cerf, 2006,p. 125-139.
32. Ibid., p. 130 ; Wenzel S., The Sin of Sloth, op. cit., p. 35.
33. Ibid., p. 139-143.
34. Wenzel S., The Sin of Sloth, op. cit., p. 31.
35. Ibid., p. 33.
36. Cité dans Nault J.-C., La saveur de Dieu, p. 147 (PL 175, 400).
37. Wenzel S., The Sin of Sloth, op. cit., p. 28.
38. Ibid., p. 48.
39. Ibid., p. 47.
40. Ibid., p. 49-50.
41. Ibid., p. 63-64.
42. « Cum pigritia sit timor de ipsa operatione, inquantum est laboriosa », Thomas d'aquin, Somme théologique, I -II, q.
44, a4 ad 3, cité dans ibid., p. 58.
43. Alain de Lille, De arte praedicatoria, 7 « Contra acediam » (PL 210, 126), cité dans Nault J.-C., La Saveur de Dieu,
op.cit., p. 155.
44. Wenzel S., The Sin of Sloth, op. cit., p. 59-60.
45. Laharie M., La Folie au Moyen Âge: XIe – XIIIe siècle, Paris, Le Léopard d’or, 1991, p. 131-134.
46. Walter Benjamin, Sur le concept d'histoire, Paris, Payot & Rivages, 2013, thèse VII, p. 61-62.
47. Bruno Queysanne, « Hommage à Jean-Paul Dollé : 1. De l'acédie. Du soin qu'on donne à un mort (http://www.larev
»
uedesressources.org/hommage-a-jean-paul-dolle-1-de-l-acedie-du-soin-qu-on-donne-a-un-mort-bruno-queysanne,19
79.html), sur la Revue des Ressources, 28 avril 2011, consulté le 17 juillet 2016.

Bibliographie
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Annexes

Articles connexes
Paresse
Péché capital
Dépression nerveuse
Syndrome de Diogène

Liens externes
L'acédie, ancêtre de la paresse, sur le site Sciences humaines

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acédie, sur le Wiktionnaire

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