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La phlébite est un trouble cardiovasculaire qui correspond à la formation

d'un caillot de sang dans une veine. Ce caillot bloque complètement ou partiellement
la circulation sanguine dans la veine, comme un bouchon.
En fonction du type de veine touchée (profonde ou superficielle), la phlébite est plus
ou moins grave. Ainsi, si le caillot se forme dans une veine profonde, de gros calibre,
un traitement doit être prodigué de toute urgence.
Dans l’immense majorité des cas, la phlébite se forme dans une veine des jambes,
mais elle peut apparaître dans n’importe quelle veine (bras, abdomen...).
Les phlébites surviennent souvent à la suite d’une longue immobilisation, par
exemple, après une chirurgie ou en raison d’un plâtre.

Notons que dans le milieu médical, la phlébite est désignée par le


terme thrombophlébite outhrombose veineuse (phlebos signifie « veine »
et thrombus, « caillot»). On parle donc de thrombose veineuse profonde ou
superficielle.

Types
Il importe de bien distinguer les 2 types de phlébite, aux conséquences et aux
traitements fort différents.
 La phlébite superficielle. Dans ce cas, le caillot sanguin se forme dans
une veine de surface. Il s’agit de la forme la plus courante, qui touche
surtout les personnes qui ont des varices. Elle s’accompagne
d’une inflammation de la veine et occasionne douleur et inconfort. Bien
que la phlébite superficielle puisse sembler anodine, on devrait la
considérer comme un signal d’alarme. En effet, elle est généralement un
signe d’insuffisance veineuse avancée pouvant conduire à une phlébite
profonde.
 La phlébite profonde. Lorsque le caillot sanguin se forme dans une veine
profondedont le débit sanguin est important, la situation est plus
dangereuse puisque le caillot risque de se détacher de la paroi de la veine.
Porté par le flux sanguin, celui-ci peut alors traverser le coeur, puis
obstruer l’artère pulmonaire ou une de ses branches. Cela entraîne alors
une embolie pulmonaire, un accident potentiellement fatal. Le plus
souvent, ce type de caillot se forme dans une veine du mollet.

Prévalence
La phlébite profonde touche plus de 1 personne sur 1 000 chaque année. Au Québec,
on compte environ 4 700 cas par an6. Heureusement, des stratégies de prévention
efficaces permettent de diminuer la fréquence des embolies pulmonaires et des décès
associés aux phlébites profondes.

Causes
Bien qu’on n’en connaisse pas toujours les causes, la phlébite est généralement liée à
3 facteurs majeurs :

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 Le sang qui stagne dans une veine, au lieu de circuler de façon fluide (on
parle de stase veineuse). Cette situation est typique de l’insuffisance
veineuse et des varices, mais elle peut aussi être due à une
immobilisation prolongée (plâtre, alitement...) ;
 Une lésion dans la paroi d’une veine, provoquée par le port
d’un cathéter, par une blessure, etc. ;
 Le sang qui coagule plus facilement (certains cancers et certaines
anomalies génétiques, par exemple, rendent le sang plus visqueux). Les
traumatismes, la chirurgie, la grossesse peuvent aussi réduire la fluidité
du sang et augmenter le risque de caillot.
Chez environ la moitié des personnes qui en sont atteintes, la phlébite survient
spontanément sans que l’on puisse l’expliquer. Néanmoins, des facteurs de risque
ont été découverts. Voir Personnes à risque et Facteurs de risque.

Complications
Le risque principal de la phlébite profonde est la survenue d’une embolie
pulmonaire. Cet accident survient lorsque le caillot de sang qui s’est formé dans la
jambe se détache, « voyage » jusqu’aux poumons et vient obstruer l’artère
pulmonaire ou une de ses branches. Ainsi, plus de 70 % des cas d’embolie
pulmonaire sont causés par un caillot sanguin initialement formé dans une veine des
jambes.
En outre, lorsqu’une veine profonde est touchée, des symptômes d’insuffisance
veineuse peuvent survenir, par exemple un gonflement persistant des jambes
(oedème), des varices et des ulcèresaux jambes. Ces symptômes résultent de
l’endommagement des valvules par le caillot sanguin. Les valvules sont des sortes de
« clapets » qui empêchent le sang de refluer dans les veines et facilitent sa circulation
vers le coeur (voir le schéma au début de la fiche). En termes médicaux, il s’agit
d’unsyndrome post-phlébitique. Comme la phlébite touche souvent une seule
jambe, ce syndrome est habituellement unilatéral.
Quant à la phlébite superficielle, elle a longtemps été considérée comme sans
gravité. Cependant, plusieurs études récentes montrent que la phlébite superficielle
« cache » souvent une phlébite profonde qui risque de passer inaperçue. En 2010, une
étude française menée sur près de 900 patients a même montré que 25 % des
thromboses veineuses superficielles s’accompagnaient d’une phlébite profonde ou
d’une embolie pulmonaire5

Phlébite superficielle
 La veine atteinte est rouge, chaude et forme un « cordon » dur. Cette
inflammation peut s’étendre à la zone de peau environnante. La veine est
souvent visible puisqu’il s’agit d’une veine de surface ;
 La région de la veine atteinte est douloureuse ou sensible au toucher. La
veine atteinte peut rester douloureuse pendant plusieurs mois ;
 Parfois, la zone atteinte enfle légèrement (oedème local).

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Phlébite profonde
Les symptômes dépendent de l’importance de la réaction inflammatoire et de la
taille du caillot. Il n’y a parfois aucun symptôme, ce qui rend la maladie d’autant
plus dangereuse. Toutefois, chez 1 personne sur 2, on peut observer les signes
suivants dans la jambe atteinte :
 Une douleur sourde au mollet ou à la cuisse. Il peut aussi s’agir d’un
engourdissement ou de crampes ;
 Une sensation de chaleur ;
 Un gonflement (oedème) du mollet ou de la cheville, ou même de la
jambe entière. La peau est brillante et dure, blanche ou bleuâtre ;
 Une douleur lorsqu’on relève la pointe du pied vers le haut, vers soi
(Signe de Homans) ;
 Une légère fièvre (38°C).

En présence de ces symptômes, consulter un médecin dans les plus brefs


délais puisque le risque d’embolie pulmonaire est élevé.
L’embolie pulmonaire se reconnaît entre autres par un essoufflement soudain, des
douleurs à la poitrine et parfois des crachats de sang. Une perte de conscience peut
survenir. Il arrive malheureusement que l’embolie pulmonaire survienne sans
qu’aucun signe de phlébite ne se soit fait sentir.

 Les personnes qui souffrent d’insuffisance veineuse ou qui ont


des varices ;
 Les personnes qui ont déjà souffert de phlébite, ou dont un membre de la
famille a déjà souffert de phlébite ou d’embolie pulmonaire. Après une
première phlébite, le risque de récidive est multiplié par 2,5 ;
 Les personnes qui subissent une chirurgie importante et doivent, par
conséquent, demeurer alitées plusieurs jours (par exemple, une chirurgie à
la hanche) et celles qui doivent porter un plâtre ;
 Les personnes hospitalisées en raison d’une crise cardiaque,
d’une insuffisance cardiaqueou d’une insuffisance respiratoire ;
 Les personnes qui ont un stimulateur cardiaque (pacemaker) et celles à qui
on a posé uncathéter dans une veine pour traiter une autre maladie. Le
risque est alors plus grand qu’une phlébite apparaisse dans un bras ;
 Les personnes atteintes d’un cancer (certains types de cancers causent la
coagulation du sang, en particulier ceux du thorax, de l'abdomen et du
bassin). Ainsi, on estime que le cancer multiplie par 4 à 6 le risque de
phlébite. De plus, certains médicaments utilisés en chimiothérapie
accroissent le risque de caillot ;
 Les personnes ayant une paralysie des jambes ou des bras ;

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 Les personnes atteintes d’une maladie de coagulation du sang
(thrombophilie) ou d’une maladie inflammatoire (colite ulcéreuse, lupus,
maladie de Behçet...) ;
 Les femmes enceintes, surtout en fin de grossesse et juste après
l’accouchement, voient leur risque de phlébite multiplié par 5 à 10 ;
 Les personnes souffrant d’obésité ;
 Le risque de phlébite augmente très fortement avec l’âge. Il est multiplié
par 30, de 30 ans à 80 ans.
 Rester dans une position immobile pendant plusieurs heures : travailler
en étant debout longtemps, faire de longs trajets en voiture ou en avion,
etc. Les voyages de plus de 12 h augmentent tout particulièrement le
risque. Dans l’avion, la pression de l’oxygène légèrement plus faible et la
sécheresse de l’air semblent accroître le risque davantage. On parle même
de « syndrome de la classe économique ». Le risque demeure toutefois
minime : 1 personne sur 1 million2.
 Chez les femmes, la prise d’un traitement d’hormonothérapie de
remplacement à laménopause ou de contraceptifs oraux est un facteur de
risque, car ces médicaments augmentent la coagulation du sang. La
contraception orale multiplie le risque de phlébite par 2 à 6
 Tabagisme.

rquoi prévenir?

 Pour éviter les multiples inconforts qui accompagnent la phlébite, de


même que ses complications, potentiellement fatales.
 Les mesures qui permettent de prévenir la phlébite profonde,
notamment en cas d’intervention chirurgicale ou d’hospitalisation
prolongée, sont efficaces dans plus de 90 % des cas, lorsqu’elles sont bien
choisies en collaboration avec un médecin2.
 Pour prévenir les récidives : si elle n’est pas prévenue adéquatement, la
phlébite profonde réapparaît dans les 5 ans qui suivent une première
atteinte, chez environ 1 personne sur 33.

Mesures pour prévenir la phlébite et ses récidives

 En cas d’insuffisance veineuse ou de varices, des mesures permettent


d’éviter que la situation ne s’aggrave et qu’elle entraîne alors un risque
de phlébite.
 Éviter de rester en position immobile plusieurs heures. Pour les
voyages en avion, voir les conseils ci-dessous. De manière générale, il est
important de pratiquer une activité physique régulière, et de marcher au
moins 30 minutes par jour pour rester en santé et maintenir une bonne

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circulation sanguine.
 Bien s’hydrater. Les nutritionnistes recommandent de boire en
moyenne 1,5 à 2 litres d’eau ou de boisson (jus, bouillons, thé, café, etc.)
chaque jour, à moins d’avis contraire d’un médecin. Cette
recommandation sert de repère, mais ne repose pas sur des données
scientifiques précises.
 Ne pas porter de vêtements qui gênent la circulation, comme des
chaussettes serrées aux chevilles ou aux genoux ou des pantalons serrés
à la taille.
 Pour prévenir la phlébite, les médecins encouragent les patients alités,
ceux qui ont récemment subi une opération ainsi que les femmes qui
viennent d’accoucher à se lever et à marcher le plus tôt possible.
L’approbation du médecin est nécessaire.
 Chez les personnes à faible risque d’avoir une phlébite profonde,
l’utilisation de bas de contention durant des situations à risque est
suffisante comme mesure préventive. Idéalement, on devrait se procurer
des bas neufs tous les 3 mois puisqu’ils perdent de leur élasticité avec le
temps.
 Chez les personnes à haut risque de phlébite profonde, le médecin
prescrit parfois un médicament anticoagulant (héparine ou warfarine).
Ce médicament peut être donné à titre préventif au moment d’une
hospitalisation ou d’une chirurgie, par exemple.

Au cours d’un long vol en avion (ou de tout autre long trajet)

Voici quelques conseils qui peuvent aider à améliorer le confort et


à prévenir la phlébite au cours de vols en avion d’une durée de 6 heures ou plus.
 Se lever à l’occasion pour s’étirer et marcher un peu. En position assise,
pratiquer une quinzaine de mouvements de flexion et d’extension des
chevilles toutes les heures. Cet exercice aidera à stimuler le retour du
sang vers le coeur ;
 Éviter de garder les jambes croisées trop longtemps et s’assurer que le
bord du siège ne comprime pas les vaisseaux sanguins des cuisses ;
 Porter des vêtements amples qui ne serrent pas trop les jambes et la
taille afin de ne pas gêner la circulation sanguine ;

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 Veiller à bien s’hydrater en buvant de l’eau avant, pendant et
immédiatement après le vol ;
 Éviter de boire de l’alcool, qui déshydrate ;
 Durant le vol, éviter de prendre des somnifères, qui ont pour effet de
ralentir les mouvements et contribuent à la stagnation du sang ;
 Éviter de dormir pendant des périodes prolongées (le risque de
phlébite est plus élevé au bout de 2 heures de sommeil). Pour
dormir, surélever les jambes si l’espace disponible le permet ;
 Les personnes à risque de phlébite devraient discuter avec leur médecin
avant leur départ de la possibilité de porter des bas de contention ou de
prendre des médicaments anticoagulants.

Diagnostic
Bien qu’un simple examen physique permette de diagnostiquer une phlébite
superficielle, on doit généralement procéder à une échographie veineuse ou à une
radiographie réalisée à l’aide d’une substance de contraste pour détecter la présence
de caillots sanguins dans les veines profondes. En pratique, l’examen le plus utilisé
est l’échographie Doppler, qui permet de visualiser le débit sanguin dans les veines 6.
La douleur, l’oedème, la décoloration de la peau et la sensation de chaleur dans les
jambes sont des signes qui pourront inciter le médecin à pratiquer une échographie
ou une radiographie.
Un test sanguin, destiné à mesurer le taux de D-dimères, une substance libérée par le
caillot, peut parfois être effectué pour confirmer l’absence de phlébite si le médecin a
un doute.

Traitements
En cas de phlébite superficielle, un traitement local, qu’on peut faire à la maison,
suffit. Le repos est conseillé, avec surélévation de la jambe et application de
compresses tièdes sur la région atteinte. Les compresses peuvent être appliquées
durant 15 à 30 minutes, de 2 à 3 fois par jour. Le port d’une contention veineuse est
souvent conseillé pendant quelques jours ou semaines. Il s’agit de bandages ou de
bas élastiques qui compriment légèrement le mollet ou la jambe et aident ainsi le
sang à remonter vers le coeur.
Le patient peut également prendre des anti-inflammatoires : les douleurs s’atténuent
en quelques jours, mais l’inflammation peut persister de 2 à 3 semaines. Bien qu’il
n’existe pas de recommandation médicale formelle, un nouveau traitement est
parfois préconisé. Il consiste à prendre des médicaments anticoagulants pendant
quelques jours à 1 mois. Les anticoagulants (par exemple, l’héparine) préviennent ou
retardent la formation de caillots dans le sang, et contribuent aussi à leur dissolution.

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Les patients ayant des varices et qui sont atteints de phlébites à répétition peuvent
subir uneablation chirurgicale de la partie de la veine qui est touchée, une
intervention communément appelée stripping.
En cas de phlébite profonde, des médicaments anticoagulants sont injectés par voie
intraveineuse ou sous-cutanée en urgence afin de dissoudre le caillot sanguin.
L’anticoagulant le plus utilisé est l’héparine de bas poids moléculaire, en injection
quotidienne pendant 5 à 7 jours7. Un médicament récent, le fondaparinux (Arixtra®),
peut aussi être utilisé.
Après ces injections initiales, un traitement anticoagulant par voie orale (la warfarine
ou Coumadin®) est mis en place, afin d’éviter les récidives. Ce traitement se
poursuivra sur une période allant de 3 mois à plusieurs années, selon le patient et ses
facteurs de risque. En général, le traitement dure de 6 à 12 mois.
Le port quotidien de bas de contention est également recommandé dès le diagnostic
et pendant au moins 3 mois. Cela aide à réduire l’oedème et à prévenir les
complications (notamment le syndrome post-thrombotique). En règle générale,
l’alitement doit être le plus bref possible.
Dans certains cas, spécialement lorsque la prise d’anticoagulants est contre-indiquée,
on peut procéder à la mise en place d’un filtre dans la veine cave inférieure (qui se
situe dans l’abdomen) pour prévenir le passage des caillots aux poumons. Cette
procédure n’exige pas d’hospitalisation.
Parfois, la chirurgie est nécessaire pour enlever un caillot qui bloque une veine du
bassin ou de l’abdomen (thrombectomie). On peut aussi pratiquer une angioplastie
pour ouvrir la veine et mettre en place un stent (un petit tube) qui gardera la veine
ouverte.

Important
 En cas d'enflure ou de douleur soudaine, éviter de masser la région
atteinte, ce qui risquerait d’aggraver la situation.
 La vitamine K, contenue principalement dans les légumes verts et les
algues, peut contrer l’action des anticoagulants. Les personnes sous
anticoagulants oraux doivent simplement éviter de changer
brusquement la quantité de légumes verts et d’algues qu’elles
consomment4. Pour en savoir plus, voir la fiche Vitamine K.

La phlébite profonde est une maladie sérieuse, car le caillot peut se déplacer et se
loger dans le poumon (embolie pulmonaire). Le problème vient du fait que cette
affection n’est pas toujours évidente. Il est donc impératif de consulter rapidement
un médecin si vous présentez des symptômes de phlébite profonde (douleur et
gonflement du mollet, oedème de la cheville).
Je conseille également d’être attentif à ces symptômes de phlébite profonde lorsque
vous pensez souffrir d’une phlébite superficielle (veine rouge, chaude, douloureuse,

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formant un « cordon » dur), car la phlébite superficielle s’accompagne parfois d’une
phlébite profonde.
Ici comme ailleurs, la prévention est importante. Évitez de rester en position
immobile plusieurs heures, particulièrement lors de longs trajets en avion. Si vous
souffrez d’insuffisance veineuse (varices), demandez à votre médecin si le port de
bas de contention serait souhaitable.
Dr Jacques Allard M.D. FCMF
Il n’existe pas de traitement non conventionnel propre à la phlébite. L’approche
préventive est à privilégier.
Pour connaître les traitements complémentaires qui peuvent contribuer à soulager les
symptômes de l’insuffisance veineuse et à prévenir son aggravation, consulter les
fiches Varices et Insuffisance veineuse.

En prévention
Pycnogenol (pour les longs trajets en avion).

En 2004, une étude menée sur 211 personnes a montré que le pycnogenol pouvait
être efficace pour réduire le risque de thromboses veineuses profondes et
superficielles chez des sujets à risque après un trajet en avion de 8 heures. Les
personnes qui avaient reçu des capsules contenant 100 mg de pycnogenol avant et
après le vol avaient moins de risque de présenter une phlébite 8.