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5ème colloque de l’IFBAE – Grenoble, 18 et 19 mai 2009

Secteur et dynamique des systèmes productifs locaux : l’exemple de Grenoble

Christian Genthon
Lepii-UPMF

Résumé
La dynamique des systèmes productifs locaux a principalement été analysée comme la
capacité à développer/exploiter des ressources locales (l’atmosphère industrielle). Un certain
nombre de travaux récents analysent les évolutions des districts industriels en mettant en
avant l’impact de la globalisation comme choc externe. Nous pensons qu’il faut aller plus loin
dans l’analyse de la dynamique temporelle des districts industriels et que c’est le niveau
sectoriel qui peut permettre d’appréhender les évolutions : c’est la capacité du local à
s’intégrer dans l’organisation industrielle du secteur qui déterminerait la croissance ou la
décroissance d’un cluster. Cette hypothèse est testée empiriquement à partir des deux
principales composantes du district grenoblois que sont l’informatique et les semi-
conducteurs.
Les résultats de ce travail montrent que le secteur informatique n’a pas réussi à s’intégrer au
(ou à intégrer le) changement du régime de concurrence de cette industrie qui a eu lieu au
milieu des années 1980. A l’opposé, le secteur des semi-conducteurs a réussi une intégration
dans le régime de concurrence de l’industrie.
Mots clés : Systèmes productifs locaux, dynamique temporelle, informatique, semi-
conducteurs.

Introduction

Les travaux sur les systèmes productifs locaux, ici appelés districts industriels ou clusters,
font rarement une référence explicite à l’analyse sectorielle. Mais, même dans le cas ou une
référence sectorielle est invoquée, l’analyse est non sectorielle et invoque des problématiques
générales comme la globalisation ou l’évolution technologique (Sammarra & Belussi, 2006,
par exemple). Il y a là un paradoxe car les districts sont fondés précisément sur une ou deux
spécialisations sectorielles.
Une des questions actuelles concernant les districts industriels est celle de leur pérennité
temporelle. En effet, même les districts traditionnels, qui paraissaient des lieux de stabilité
méso-économique ont subi un certain nombre d’évolutions qui ont été généralement
attribuées, comme indiqué ci-dessus, à la mondialisation de l’économie (Bertolini &
Giovannetti, 2006, Guerrieri & Pietrobelli, 2004). Nous voulons essayer de proposer ici une
hypothèse alternative. Ce n’est pas tant la mondialisation qui peut être source d’impact sur les
districts industriels que les évolutions spécifiques des secteurs dans lesquels ces districts sont
insérés. Dans ce cadre, la mondialisation est un des éléments des évolutions sectorielles de ces
trente dernières années. En effet, même si la mondialisation est un phénomène largement
généralisé, son impact est différencié selon les secteurs et il n’est pas assuré que ce soit
toujours l’élément structurant de ces évolutions. Le propos de ce papier est de tester cette
hypothèse à partir de l’analyse empirique du cluster grenoblois. En effet, ce dernier s’est
historiquement appuyé sur deux secteurs différents, les semi-conducteurs et l’informatique.
Bien que les semi-conducteurs représentent l’amont du matériel informatique, ces deux
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secteurs ne constituent pas une filière en général et au niveau du district grenoblois en


particulier : les semi-conducteurs conçus et fabriqués à Grenoble n’ont jamais été intégrés
dans les ordinateurs conçus et fabriqués à Grenoble1.

Ce papier comportera quatre parties. La première partie présente la méthodologie ainsi que les
données utilisées. Les deux parties suivantes décrivent les évolutions locales et globales des
deux secteurs. La dernière partie discute dans une approche comparative les principaux
résultats de ces deux études de cas.

1. Méthodologie et données

La méthodologie utilisée est celle d’une double étude de cas. Cette étude de cas utilise les
outils suivants :
- une exploitation spécifique des données publiées sur une trentaine d’années par un
organisme public, l’Agence d’Etudes et de Promotion de l’Isère (AEPI) ;
- une quarantaine d’entretiens semi-directifs avec les principaux acteurs des deux
secteurs incluant laboratoires de recherche et industriels ;
- une méthodologie d’analyse de secteur (Genthon, 2004).

Les entretiens semi-directifs nous ont permis de comprendre l’évolution des deux secteurs,
d’émettre et de valider la plupart des hypothèses développées dans ce texte. Ces entretiens
constituent un apport fondamental à l’application locale de notre méthodologie d’analyse de
secteur. Leur apport est intégré au cœur du texte et ils ne font pas l’objet d’une analyse ou
d’une présentation séparée, de la même manière que l’analyse de secteur n’est pas présentée
telle qu’elle.2

Les données publiées par l’AEPI résultent des fichiers Assedic qui donnent l’emploi des
établissements d’une zone géographique. Elles reprennent les codes APE au niveau le plus
fin. Pourtant ces données ne sont pas totalement adaptées à une analyse de district (Beccatini,
2002). Deux types de biais sont introduits, en général, par ce type de données : ceux qui
correspondent d’une part à l’espace géographique, qui est toujours plus large (ou plus réduit)
que le cluster et ceux qui correspondent à la dimension sectorielle, le cluster étant souvent
transversal aux nomenclatures officielles. Ici, le biais concerne principalement la dimension
sectorielle car les statistiques fournies par l’AEPI sont assez désagrégées au niveau
géographique3. En ce qui concerne la dimension sectorielle, il faut savoir que les statistiques
françaises (et européennes) mélangent sociétés de service informatique et éditeurs de
logiciels. Or, si ces derniers participent bien du cluster technologique grenoblois, ce n’est pas
le cas des premières qui, bien qu’elles emploient du personnel qualifié, vendent leurs
prestations de service à tous les acteurs publics et privés du système productif. Leur
croissance récente provient du phénomène d’outsourcing et en aucun cas d’un renforcement
de l’industrie informatique (au sens large que nous donnons à ce terme). Il faut donc enlever
l’emploi des SSII des emplois de l’industrie informatique dans les statistiques de l’AEPI. Un
autre biais concerne l’industrie des composants électroniques : ici notre définition est plus

1
Existent aujourd’hui des relations autour des logiciels d’ « electronic design applications » (EDA) mais c’est ici
l’informatique qui est l’amont des semi-conducteurs. Ces relations qui sont assez récentes n’ont eu aucun impact
sur l’évolution des deux secteurs.
2
Pour une présentation détaillée du secteur informatique, voir Genthon, 2004, seconde partie.
3
Nous remercions très cordialement Emmanuelle Semet de l’AEPI pour avoir réalisé ce traitement spécifique :
la référence géographique n’est pas le département de l’Isère en entier mais ce que l’on appelle Sud Isère qui
correspond au district grenoblois pour les industries qui nous concernent.

2
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large que la nomenclature officielle car nous incluons les équipementiers et les fournisseurs
de consommables. Une grande partie de ces entreprises sont inclues dans l’industrie de
l’électronique professionnelle. Nous avons évalué, à partir des données disponibles, la part de
l’électronique professionnelle qui concerne les composants actifs. Ces données ne sont donc
que des ordres de grandeurs. Mais les différences entre les deux secteurs sont significatives et
c’est ce qui nous importe.

Les tableaux 1 et 2 donnent l’évolution de l’emploi industriel et de la recherche publique dans


le cluster grenoblois sur les 20 dernières années.

Tableau 1 : Emploi industriel


1985 1996 2006
Informatique 3 000 6 000 4 500
Microélectronique 4 000 5 000 15 000
Sources : AEPI revue par l’auteur.

Tableau 2 : Emploi dans la recherche publique


1985 1996 2006
Informatique 1 200 1 400 2 000
Microélectronique 900 1 200 2 500
Sources : AEPI et évaluations de l’auteur.

Les données concernant l’emploi industriel montrent une croissance continue de l’emploi
dans la micro-électronique alors que l’emploi dans l’informatique régresse depuis 10 ans, les
nouveaux emplois ne compensant pas la perte des deux grandes entreprises Bull et Hewlett
Packard. Quant aux effectifs de recherche, en croissance ininterrompue, ce n’est que
récemment que la micro-électronique a dépassé l’informatique.

Une comparaison nationale est possible concernant la micro-électronique.4

Tableau 3 : Emploi dans l’industrie des composants électroniques5


1985 1996 2006
Composants 51 500 43 600 38 500
Sources : « L’industrie française », SESSI, diverses années, nos évaluations.

Globalement les deux trends (le local et le national) suivent des trajectoires opposées. On
assiste à une baisse continue de l’emploi au niveau national alors que l’emploi grenoblois est
en croissance. La spécialisation grenobloise en micro-électronique s’affirme de plus en plus.

4
L’informatique, telle que nous la comprenons inclus le matériel et le logiciel mais pas les services
informatiques qui représentent aujourd’hui plus de la moitié du total des trois sous-secteurs. Or les
nomenclatures françaises ne séparent pas logiciel et services. Une évaluation, même grossière, n’est donc pas
possible sur les vingt ans de notre analyse.
5
La nomenclature française comprend les composants actifs et les composants passifs mais pas les
équipementiers. Depuis 2000, elle intègre les assembleurs (« electronic manufacturing services »). Nous avons
recalculé l’emploi dans l’industrie pour 2006 en fonction du chiffre d’affaires, l’emploi par sous-secteur n’étant
pas disponible.

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2. L’informatique

a) Le district de l’industrie informatique grenoblois6

- l’industrie :
L’origine de l’industrie informatique grenobloise est double :
- d’une part ce que l’on appellera plus tard une startup locale, issue directement d’un
laboratoire de recherche grenoblois, le Laboratoire d’Automatique de Grenoble. Accueillis
dès 1961 par la société Mors, des anciens chercheurs du laboratoire développent un mini-
ordinateur qui sera industrialisé par la Télémécanique sous le nom de T1600, puis T2000 et
enfin Solar. La conception et production de cette gamme d’informatique industrielle restera
grenobloise et créera jusqu’au milieu des années 1980 environ 700 emplois. Intégrée par
Thomson en 1976 sous le nom de Sems, puis par Bull en 1982, cette activité a disparu depuis,
avec la fin des systèmes propriétaires. Le site est aujourd’hui un des trois centres de
développement de Bull.
- la grande firme multinationale : il s’agit de Hewlett Packard qui s’installe à Grenoble à partir
de 1972 et à partir de 1985 à l’Isle d’Abeau dans le Nord du département de l’Isère, dans un
cluster lyonnais de logistique. La société produit au départ à Grenoble des mini-ordinateurs
industriels, concurrents des T1600. Cette activité a, elle aussi, disparu pour les mêmes raisons.
Le site de Grenoble s’est développé jusqu’au milieu des années 1990 (environ 500 personnes
en 1982, 1500 en 1988) où les activités de production ont lentement disparu, en outsourcing
local à SCI Systems puis en outsourcing oriental ensuite. Le centre grenoblois est aujourd’hui
un site multi-services et multi-responsabilités dans l’organisation mondiale de Hewlett
Packard.

Les difficultés de la Sems ont donné naissance dans les années 1980 à une vague d’une
quinzaine de startups industrielles (Itmi, Aptor, Symag, etc.) qui n’ont pas résistées au choc
de la standardisation.

Depuis le début des années 1990 et avec une certaine accélération depuis 2000, un certain
nombre de startups sont créées dans le champ du logiciel et de l’Internet. Mais la croissance
de ces entreprises est en général lente et elles maintiennent pour la plupart une activité de
services importante. Un sous-secteur, celui de l’EDA (« electronic design application »), est
plus dynamique et cela est dû pour l’essentiel à la proximité de la filière micro-électronique
grenobloise.

Grenoble a attiré un certain nombre de centres de recherches de firmes multinationales : Sun


Microsystems a implanté son International Center for Network Computing en 1990. Xerox a
lui aussi implanté un centre de recherche en 1993. Citons encore le laboratoire de l’OSF
implanté en 1989. Mais si la qualité de la recherche publique permet d’attirer quelques grands
groupes, l’impact de ces localisations est faible en terme d’emplois car la recherche
industrielle est réalisée avec de petits effectifs contrairement au développement. De fait, les
centres de recherche implantés par les firmes étrangères n’ont en général pas de croissance de
leur emploi deux ou trois ans après leur installation locale.

Les éditeurs de logiciel qui réussissent sont rachetés par leurs concurrents américains comme
Polyspace Technologies repris en 2007 par Matlab ainsi que Robobat repris par Autodesk, un

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Pour une présentation de l’histoire de l’informatique grenobloise, voir Morsel & Parent, 1991.

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leader de la CAO mécanique, de même que Soisic revendu à AMR. La réussite locale dans le
champ Internet, Kelkoo, se vend à Yahoo! en 2004. Le site subit les vicissitudes actuelles de
sa maison mère.

- la recherche publique :
La recherche et l’enseignement grenoblois en informatique ont été des pionniers en France et
en Europe avec la Grande Bretagne. En effet, c’est dès 1951 que J. Kuntzmann crée le
Laboratoire de Calcul qui deviendra ensuite l’Institut d’Informatique et de Mathématiques
Appliquées de Grenoble (IMAG) rebaptisé Laboratoire d’Informatique de Grenoble (LIG) qui
compte aujourd’hui plus de 500 chercheurs.
Grenoble lance le premier enseignement informatique universitaire et l’INPG avec
l’ENSIMAG est aussi le premier pôle informatique pour les ingénieurs en France. Cette
activité a donné naissance à de nombreux laboratoires de recherche académique avec
aujourd’hui plus de 1500 personnes qui sont intégrées dans une dizaine de laboratoires dont le
GIPSA (Grenoble Images Paroles Signal Automatique, 300 personnes), le TIMC (Techniques
de l’Imagerie, de la Modélisation et de la Cognition, 270 personnes), le LJK (Laboratoire Jean
Kuntzmann, 280 personnes), TIMA (Techniques de l’Information et de la Micro-électronique,
100 personnes), VERIMAG (80 personnes), entres autres.
La qualité de la recherche grenobloise est reconnue et J. Sifakis, le directeur de VERIMAG, a
reçu le Turing Award de 2007.

En parallèle, l’INRIA (Institut National de la Recherche en Informatique et Automatique),


créé en 1974 sous l’égide du Plan Calcul, se régionalise dans les années 1990 et en 1992,
L’INRIA Rhône-Alpes s’installe à Grenoble. Le centre emploie aujourd’hui environ 500
personnes. Le positionnement de l’INRIA est plutôt du côté de la recherche appliquée et sa
mission est officiellement de favoriser la diffusion de la technologie informatique par la
création de startups.

Au total, la recherche grenobloise en informatique compte plus de 2000 personnes.

b) le régime de concurrence de l’industrie informatique (Genthon, 2004)

Jusqu’au milieu des années 1990, l’industrie informatique est un oligopole bien contrôlé,
dominé par quelques grandes entreprises. L’organisation industrielle est fondée sur des
systèmes d’exploitation propriétaires qui assurent la capture de la clientèle - la fidélité de la
clientèle dépassant 90% pour IBM sur les grands systèmes. La concurrence par l'innovation
instaurée aux États-Unis par création de niches de marché organisée autour du couple spin off
(des entreprises ou des centres de recherche universitaires) et capital risque n'a pas remis en
cause le régime de concurrence. On peut seulement noter que les barrières à l'entrée
diminuent à mesure que l'on s'éloigne des grands systèmes. Mais le principe de la clientèle
captive continue à être utilisé par les nouveaux entrants et c'est même sur cette particularité
(un système d'exploitation adapté à une application particulière) que les nouveaux acteurs se
créent des niches de marché. On peut même ajouter que le régime de concurrence fondé sur la
non-compatibilité intègre l’innovation au cœur de sa dynamique car les grandes firmes sont
capables, grâce à leurs capacités génériques de R&D, de rattraper rapidement les innovateurs
et de se partager, avec les meilleurs d’entre eux, le nouveau marché que ces derniers ont
ouvert. Les innovateurs, par exemple DEC et Hewlett Packard, sont alors intégrés à
l’oligopole mondial qui s’élargit ainsi à mesure que le marché augmente. Ce système permet à
des firmes petites et moyennes de survivre car elles bénéficient elles aussi du système de
clientèle captive. Au milieu des années 1990, le régime de concurrence entre en crise suite à

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la montée de l’informatique personnelle et à la diffusion des standards qui imposent de


nouvelles règles du jeu.

L’invasion de la standardisation a considérablement modifié le régime de concurrence. Les


contenus des champs ont été altérés dans le sens suivant :
- la R&D n'est plus un actif aussi stratégique qu'auparavant : elle concernait en partie le
développement des logiciels de base, la conception des processeurs et des sous-ensembles qui
sont de plus en plus achetés sur étagère à des producteurs spécialisés.
- l'intégration verticale a largement disparue : les pièces détachées (processeurs, mémoires de
masse, imprimantes, périphériques en général, etc.) sont produites par des fournisseurs
spécialisés qui bénéficient d’économies d'échelle. L'industrie est aujourd'hui constituée de
trois types d'acteurs : les fournisseurs de pièces détachées, les sous-traitants électroniques
(EMS) et les constructeurs/intégrateurs, ces derniers devenant de plus en plus des logisticiens
sur le segment des PC.
- la différenciation des produits, entendue au sens de clientèle captive pour les constructeurs
(logiciel de base) a disparu sur la plus grande partie du marché (mini systèmes sous Unix et
WindowsNT, stations de travail, micro-informatique).
- la concurrence oligopolistique est aujourd’hui fondée principalement sur la publicité et plus
marginalement sur la R&D.
Le régime de concurrence inclut toujours une forme de marché oligopolistique mais moins
contrôlé au niveau global. La cohérence de l’organisation industrielle est assurée par le couple
Intel/Microsoft, les standards non-propriétaires (par exemple ceux de l’Internet) et la
désintégration verticale. Coexistent des zones à très fortes barrières à l'entrée et à régime
monopolistique, là où des acteurs ont accaparé à leur profit la standardisation (logiciel de base
et Microsoft, processeurs et Intel) pour entraîner les utilisateurs dans un nouveau système de
clientèle captive et des zones à plus faibles barrières à l'entrée et à forte intensité
concurrentielle (par exemple, les produits finaux). Mais cette concurrence sur les produits
finaux a été captée par les firmes du Sud-Est asiatique, le produit informatique devenant une
« commodité » (marchandise ordinaire produite en masse et non différenciée). La
standardisation, qui est née aux Etats-Unis, est allée de pair avec d’une part le développement
d’Internet et d’autre part celui de l’industrie du logiciel, qui elle, maintient en général un
modèle propriétaire. Ces deux sous-secteurs se sont d’abord développés aux Etats-Unis
(Mowery & Simcoe, 2002 pour Internet, Campbell-Kelly, 2003, pour le logiciel) qui ont
maintenu une avance dans ces champs depuis 20 ans. En fin de compte, la standardisation qui
a entraîné le déclin puis la fin de l’industrie du matériel informatique américain a permis le
développement et la domination de l’industrie américaine de l’Internet et du logiciel.

3. Les semi-conducteurs

a) Le district de l’industrie grenobloise des semi-conducteurs7

- l’industrie
Si l’informatique grenobloise est née de la recherche, l’industrie des semi-conducteurs
démarre en tant qu’industrie de main d’œuvre avec la création par la CSF, en 1955, d’une
usine de fabrication de tubes électroniques (les ancêtres des semi-conducteurs) à Saint Egrève,
la SESCO. En 1960, une unité est créée par Thomson pour fabriquer des semi-conducteurs
toujours à Saint Egrève, la COSEM. En 1969, CSF et Thomson fusionnent et le site devient
SESCOSEM. Les deux unités de production emploient alors 3000 personnes. Un premier plan

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Pour une présentation historique du secteur des semi-conducteurs, voir Morsel & Parent, 1991.

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composant (deux conventions de 4 ans chacune) est initié par l’Etat et SESCOSEM bénéficie
de 100 millions de francs constants par an sur 8 ans (1450 millions de francs 1991, Le
Bolloc’h-Puges, 1991) pour mettre en place une production de circuits intégrés bipolaires, ce
qui permet à la firme d’amorcer un lent processus de rattrapage (on se souvient de l’Etude de
l’OCDE, « Ecarts technologiques » (1969) qui évaluait à deux ans minimum le retard
européen en informatique et composants électroniques).

Parallèlement à cet effort industriel, le CENG (CEA) avait créé dès la fin des années 1950 un
service d’électronique qui réalisera en 1964 le prototype du premier circuit intégré français
comprenant 10 transistors. Le service se transformera en Laboratoire d’Electronique et
Technologies de l’Information en 1967 (LETI) avec des ressources plus élevées. Ce dernier se
spécialise en fait en microélectronique et son nom est transformé en Laboratoire
d’Electronique, de Technologie et d’Instrumentation. Le LETI crée une startup (EFCIS) en
1972 pour industrialiser la production de circuits CMOS à la demande. EFCIS se développe
rapidement et comme le LETI n’a pas vocation industrielle, Thomson entre dans le capital
d’EFCIS en 1976, prend la majorité du capital en 1978 et le contrôle total en 1982. A cette
date, EFCIS compte 700 employés, la division tubes à vide qui a construit une usine neuve à
Voreppe, 1200 personnes et le site SESCOSEM de Saint Egrève, toujours spécialisé en
bipolaires, 1400 personnes. Un plan circuit intégré de 1978 permet à SESCOSEM de
bénéficier de 100 millions de francs et EFCIS de 200 millions de francs sur 4 ans (750
millions de francs 1991). En 1987, c’est la fusion des activités semi-conducteurs de Thomson
avec SGS pour créer SGS-Thomson Microelectronics (aujourd’hui STMicroelectronics) dans
laquelle les actionnaires publics français et italiens ont une participation majoritaire. La
société est au quinzième rang mondial en 1988. En 1992, STMicroelectronics, sous
l’impulsion de J. Monnier et prenant acte de la qualité de la recherche et du développement
amonts disponibles sur Grenoble, construit une usine-laboratoire à Crolles dédiée aux process
CMOS les plus avancés du groupe en technologie 200 mm. Le site initie une collaboration
avec Philips. STMicroelectronics passe au dixième rang mondial en 1997. En 1999 est lancée
la construction d’une seconde unité de production sur le site de Crolles, c’est l’Alliance
Crolles 2 qui réunit trois fabricants, STMicroelectronics, Philips et Motorola. L’objectif est
d’industrialiser la technologie 300 mm. En 2006 et 2007, les activités semi-conducteurs de
Philips et Motorola sont reprises par des fonds de pension qui ont une attitude de non
investissement dans des activités lourdes en capital comme la production et se désengagent
des investissements productifs pour devenir à court terme « fablite » puis à moyen terme
« fabless ». L’Alliance se dissout et STMicroelectronics s’interrroge lui aussi sur sa stratégie
future et finalement décide qu’il n’y aura pas de Crolles 3. STMicroelectronics rejoint
l’Alliance IBM dans laquelle le site de Crolles 2 joue un rôle. Cela lui permet de maintenir
son leadership interne en restant pour une troisième génération le site le plus avancé de la
firme. En 2005, STMicroelectronics était la cinquième firme mondiale de l’industrie avec un
chiffre d’affaires d’environ 9 milliards de dollars. Ajoutons que Crolles 1 et 2 ont largement
bénéficié des financements publics, à des niveaux qui correspondent à ce qui est réalisé
ailleurs.

- L’unité de Saint Egrève vit toujours en tant que filiale d’E2V Semiconductors et détient une
niche de marché sur les capteurs d’image CMOS.
- Une trentaine de firmes ont été créées par essaimage du LETI dont Soitec, premier fabricant
mondial de substrats SOI, qui emploie aujourd’hui 900 personnes. Il faut citer aussi la réussite
de Tronic Microsystems et l’echec de SYMAG dans les têtes de lecture de disques durs.

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- L’industrie des semi-conducteurs utilise des salles blanches, des machines, des matières, des
consommables et des logiciels spécifiques (EDA). Le cluster micro-électronique grenoblois a
attiré PME, firmes multinationales et startups locales, par essaimage de laboratoires ou de
grandes entreprises. Au total, plus d’une centaine de firmes sont présentes sur le site
grenoblois. On peut segmenter ces implantations en trois catégories :
- Localisation d’activités de vente ou de SAV de firmes, en général étrangères, sur le
territoire isérois. Citons Hamamatsu, Horiba, Jem Europe, Photonics Europe, Axcelis
Technologies, Novellus Systems, Boc Edwards, etc.
- Développement des fournisseurs et sous-traitants : Citons Air Liquide, Faure Ingéniérie,
40/30, Mondiaquarts, UP SGI Ultra Propreté, Applied Materials, Tokyo Electron et Lam
Research.
- Création de nouvelles entreprises en Isère : trois sous-secteurs ont vu la création de
startups : le logiciel technique, les matériaux et commodités ainsi que les MEMS (Micro
Electro Mecanical Systems). Dans le champ le plus foisonnant, celui du logiciel technique,
appelé EDA, on peut citer De Facto technologies, Iroc Technology, Arexys, Dolphin
Integration, Certess, Edxact, Infiniscale, etc.

L’ensemble de la filière des micro-technologies est aujourd’hui représenté à Grenoble.

- la recherche publique :
- Le pôle focal de la recherche appliquée grenobloise est bien sûr le LETI. Ayant décidé très
tôt de promouvoir sa croissance sur des ressources propres (des études, des pilotes, des
prototypes, des process réalisés pour des industriels), le LETI a d’une part impulsé la
dynamique industrielle et d’autre part bénéficié de cette dynamique pour croître. Le
laboratoire est passé de 200 personnes en 1980 à 1500 en 2007 dont 1100 du CEA.
- Un second laboratoire qui a joué un rôle important, bien que limité dans le temps, est le
centre N. Segard de micro-électronique que le CENT a créé en 1978 sur la Zirst de Meylan.
Sur des technologies complémentaires et un peu en amont du LETI, le centre a transféré ses
compétences à STMicroelectronics en créant un laboratoire commun avec ce dernier et un
GIE avec ce dernier et le LETI en 1990. Ce trio a fourni la technologie de base de Crolles 1,
ce qui a permis le rattrapage technologique de l’industriel et une bonne partie de sa réussite
industrielle. Après transfert d’hommes et de matériel à Crolles 1, le centre N. Segard ne s’est
plus occupé de micro-électronique. Mais c’est la réussite de Crolles 1 qui a ensuite favorisé la
mise en place de Crolles 2.

- Un certain nombre de laboratoires universitaires sont engagés dans la recherche sur les
micro-technologies. On peut citer l’IMEP, SPINTEC, le LTM, TIMA, le LMPG, le LCIS,
SIMAP ainsi que le LEMPI. Au total, plus de 700 personnes travaillent aujourd’hui dans ces
laboratoires, dont la grande majorité sur des thèmes liés aux micro-technologies.

- Enfin, il faut noter la présence des grands équipements de recherche internationaux (ILL,
ESRF) ainsi que l’INAC et le LITEN.

Au total, l’ensemble du champ des recherches en micro-nanotechnologies est représenté à


Grenoble.

b) Le régime de concurrence de l’industrie des semi-conducteurs

L’industrie des semi-conducteurs est née sur les décombres de l’industrie des lampes à vide,
les produits étant plus compacts, plus fiables et permettant de réaliser les mêmes fonctions

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électroniques. Le produit subit une révolution technologique 10 ans après sa naissance avec
l’invention, en 1958, du procédé planar permettant de réaliser plusieurs transistors sur le
même substrat (ce que l’on appelle un circuit intégré).
Les caractéristiques fondamentales de l’industrie sont au nombre de deux : le niveau très
élevé des dépenses de recherche et développement ainsi que le niveau très élevé des dépenses
capitalistiques.

Le sentier de l’innovation s’est stabilisé dans les années 1970 avec la prophétie auto-
réalisatrice de Gordon Moore, le fondateur d’Intel, qui émettait l’hypothèse que le nombre de
transistors par circuit de même taille doublait tous les dix-huit mois (Benzoni, 1991). Cette
prophétie concernait en fait les circuits MOS et ce sont ces derniers qui ont défini le chemin
du progrès technique. A partir de là, l’innovation est programmable et c’est ce qu’a
effectivement institué depuis le début des années 1990, l’International Technology Roadmap
for Semiconductors (ITRS). Cet organisme est sponsorisé par les cinq principales associations
de fabricants de semi-conducteurs dans le monde : Europe, Japon, Corée, Taiwan et Etats-
Unis. Cet organisme qui ne s’occupe que de « technology assessment » réunit des Comités
regroupant fabricants, équipementiers, centres de recherche académiques et
gouvernementaux, consortiums. Ces comités regroupent tous les champs des micro et
aujourd’hui nano-technologies (15 groupes d’une cinquantaine d’experts chacun) et
définissent chaque année l’état de l’art technologique ainsi que des projections annuelles sur 5
ans. Ces prévisions sont glissantes et mises à jour 2 fois par an. L’immense majorité des
résultats des travaux des groupes est publique. Il y a là un processus collectif de gestion de la
technologie par l’ensemble des acteurs de l’industrie, processus qui est lié à la très forte
intégration entre le design, le process et les machines d’une part et au coût de plus en plus
élevé des unités de fabrication des wafers (de 770 millions de dollars en 1995 pour une
« fab » traitant des wafers de 200 mm à 2500 millions de dollars pour une « fab » traitant des
wafers de 300 mm). Cette organisation industrielle, spécifique à cette industrie, conditionne
les entrées, les réussites et les échecs des Integrated Devices Manufacturers (IDM), les firmes
présentes sur tout le cycle de la conception à la production des semi-conducteurs.

Malgré cette socialisation du chemin du progrès technique, l’augmentation des coûts des
unités de fabrication a entraîné un double mouvement : d’une part, la constitution de
consortium de développement, soit hiérarchisées comme l’Alliance IBM, soit non
hiérarchisée comme l’Alliance Crolles 2, soit encore les clusters taiwanais réunis autour d’une
symbiose entreprise et des laboratoires publics (Chyi, 2008) soit encore un système japonais
qui se restructure aujourd’hui. D’autre part, la désintégration verticale de l’industrie avec la
création d’entreprises « fabless » qui conçoivent des semi-conducteurs mais ne les fabriquent
pas comme Qualcomm par exemple, et d’entreprises « foundries » qui fabriquent mais ne
conçoivent pas comme le fondeurs taiwanais dont le numéro un est TSMC, les unes étant les
clients des autres mais pas uniquement. Entre les deux, une façon de sortir du métier d’IDM
est de devenir « fablite » comme Freescale et NXP, les anciens partenaires de
STMicroelectronics, en n’investissant plus dans des « fabs » de dernière génération.

4. Quelle intégration locale dans les régimes de concurrence des industries


informatique et des composants ?

On commencera par l’industrie des composants. En une vingtaine d’années, cette industrie a
presque triplé son emploi local et a maintenu une activité de fabrication. Sa réussite provient
d’un bon ancrage ou encore d’une bonne insertion dans le régime de concurrence de
l’industrie. Quand l’industrie locale a amorcé son rattrapage (« catching up »), au début des

9
5ème colloque de l’IFBAE – Grenoble, 18 et 19 mai 2009

années 1990, le régime de concurrence était bien établi, les objectifs à atteindre clairement
identifiés et les moyens à utiliser connus. S’insérer nécessitait des ressources amont de haut
niveau (le LETI), une entreprise acceptant de prendre un risque industriel
(STMicroelectronics), un Etat et des collectivités territoriales acceptant de financer ce pari, un
environnement scientifique et technique de haut niveau (des grands équipements et une
recherche académique … comment dire plutôt pléthorique) et enfin des dirigeants visionnaires
(Joël Monnier pour STMicroelectronics qui invente la fab-laboratoire, et les dirigeants du
LETI). Ajoutons un laboratoire (le CNET) très bien outillé et qui se cherche une mission car
sa maison mère (France Télécom) a compris tardivement que les composants ne font plus
partie depuis longtemps d’un domaine où elle doit effectuer une veille technologique
coûteuse.

Pendant les années 1990-2010, le cluster grenoblois s’est parfaitement intégré au régime de
concurrence de l’industrie des semi-conducteurs, maîtrisant tous les éléments clé de succès de
l’organisation industrielle.

Le cas de l’industrie informatique est plus complexe. Il y a eu changement de régime de


concurrence et si Grenoble était assez bien placée pour l’informatique des années 1980, elle a
beaucoup plus de mal à s’inscrire dans la nouvelle organisation industrielle.

Le modèle des systèmes d’exploitation propriétaires permet à des PME locales ou nationales
de vivre à partir d’une innovation car les nouvelles gammes de produit peuvent s’appuyer sur
cette fameuse clientèle captive à laquelle on va pouvoir fournir des gains incrémentiels à
mesure que ses besoins augmentent. L’invasion de la standardisation fait disparaître ce
modèle économique et le futur ne peut plus être dans le matériel informatique mais dans le
logiciel et l’Internet. L’organisation des marchés numériques est celle de nombreux sous
marchés différenciés qui sont souvent caractérisés par une structure de marché très
inégalitaire (« one takes all ») avec deux ou trois firmes accaparant la majeure partie du
marché. Pour réussir dans ce genre de marché, il faut partir tôt mais cela ne suffit pas. Ici, le
modèle est celui de la Silicon Valley Californienne. Beaucoup de startups, venant des
laboratoires publics, sur le même segment, une concurrence schumpétérienne et la victoire
d’une firme ou de deux firmes qui, en absorbant les ressources de leurs concurrents, atteignent
très vite la taille critique. La suite est celle décrite par l’analyse économique : captation des
ressources publicitaires par les gagnants et effets « boule de neige » dans le monde Internet et
effet des externalités, de base installée, de « lock in » des utilisateurs et économies d’échelle
très élevées dans l’industrie du logiciel et Internet. On obtient une domination de l’industrie
américaine qui perdure sur ces secteurs. Grenoble a de nombreux laboratoires de recherche
dans le domaine du logiciel mais, à part dans le sous-secteur de l’EDA, il n’y a jamais eu
assez de startups sur un même segment pour être en mesure d’atteindre la masse critique de
départ qui permet à une ou deux firmes d’atteindre, elles, la dimension leur permettant de
s’internationaliser et de rejoindre ou même de créer l’oligopole mondial dans leur sous-
secteur spécifique. Le cluster local n’a pas réussi à créer ou plus précisément à infléchir les
institutions adéquates au nouveau régime de concurrence. Ici, il faut noter que les institutions
locales dépendent largement du national par le statut unifié des personnels (Cf. entretiens).
Les laboratoires français de recherche publique induisent en général très peu de startups, en
notant ici l’exceptionnelle exception du LETI. Même si Grenoble fait mieux que le reste de la
France8, c’est encore beaucoup trop peu pour pouvoir s’insérer de manière haute dans la
nouvelle organisation industrielle du secteur. Il ne reste possible qu’une insertion basse en
8
L’incubateur Grain a impulsé 74 créations d’entreprises entre 2000 et 2007, soit le double de ses alter ego des
autres métropoles françaises, toutes choses égales.

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espérant se vendre à sa plus haute valeur boursière à une multinationale américaine, ce qu’ont
fait les meilleures firmes du cluster grenoblois9.

Conclusion

La plupart des travaux sur la dynamique des districts fondent leur argumentation sur les deux
phénomènes de la mondialisation et de la « technologisation ». Une différentiation plus fine
est celle entre Schumpeter Mark1 et Schumpeter Mark2 (Guerrieri & Pietrobelli, 2004)
reprenant une idée de Malerba & Orsenigo (1995). Ces éléments sont bien évidemment à
l’œuvre mais nous pensons qu’il faut aller plus loin dans la désagrégation et que c’est le
niveau sectoriel qui est adéquat pour comprendre les évolutions des clusters industriels. En
effet, l’exemple grenoblois montre que deux districts appartenant au même ensemble
schupétérien ont eu des évolutions très différenciées avec au départ les mêmes atouts. C’est
l’analyse du secteur informatique qui permet de comprendre le lent affaiblissement du district
informatique grenoblois comme c’est l’analyse du secteur des semi-conducteurs qui permet de
comprendre la croissance du district des composants grenoblois.

L’étude de cas grenoblois nous permet d’émettre un certain nombre d’hypothèses


complémentaires. Il semble aujourd’hui évident que les grandes entreprises ont souvent un
effet d’entraînement non négligeable. Cela a été largement évoqué par des études concernant
l’impact de STMicroelectronics sur le cluster grenoblois. Nous avons par contre moins
d’informations concernant l’impact de Hewlett Packard sur le district grenoblois. A priori, il
est beaucoup plus faible (Cf. entretiens) et en tout cas il n’a pu empêcher le déclin du district
industriel informatique. Il semble bien ici que la nationalité compte.

Une dernière remarque concerne les externalités produites par le système productif local. Pour
qu’elles soient effectives, il faut que le site ait atteint une certaine masse critique dans le
secteur considéré. C’est ce qui existe pour les semi-conducteurs et qui a du mal à exister pour
l’informatique.

9
Tel est le cas de Kelkoo et Polyspace repris par Yahou! et MatWorks, déjà cités.

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