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À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE ET DE LA

CONSITUTION DES COLLECTIONS ÉGYPTIENNES:

DES NOUVELLES DÉCOUVERTES SUR GIOVANNI D’ANASTASI

ET TASSOS NÉROUTSOS

Vassilis

I. ChrysIkopoulos

Introduction

Dans le cadre de la recherche poursuivie dans des archives inconnues et des biblio-

1 , en Grèce et ailleurs, notre effort est centré, d’une part sur la présentation de

l’oeuvre égyptologique des scientifiques Grecs et, d’autre part sur la détermination

d’éléments permettant de retracer les étapes de la constitution des collections acquises

par des Grecs et données ou vendues à des musées européens. On examinera ainsi de

thèques

nouveaux éléments concernant la vie et l’œuvre de deux figures importantes liées à

l’Égyptologie: Tassos Néroutsos et Ioannis Anastasiou, ce dernier plus communément

2

connu comme Giovanni d’Anastasi .

Ioannis Anastasiou ou Giovanni d’Anastasi

Une biographie complète sur Anastasiou manque. Pourtant certains aspects de sa vie

et de ses activités apparaissent souvent à des articles ou des livres, de manière éparse

et uniquement dans le but de démontrer la vérité de tel ou tel argument. Les contribu-

tions ainsi apportées jusqu’à maintenant (à titre d’exemple citons par ordre chronolo-

gique: Hayes 1938

, Warren 1949 , Reid 2002 ) sont sérieuses et ont servi la cause

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1 Je tiens à remercier très chaleureusement la directrice de la Bibliothèque Nationale de Grèce, Madame

Aikaterini Kordouli qui m’a permis d’étudier l’important dossier d’archives de Tassos Néroutsos et d’en

reproduire ici des photos de sa correspondance avec A. Mariette, C. Leemans, H. Brugsch et A. Wiedemann.

Grande est notre dette envers le ‘Archive Littéraire et Historique Hellénique’ (E.L.I.A.) basé à Athènes et

son président M.M. Haritatos pour la possibilité d’étudier pendant longtemps les archives des Grecs

d’Egypte.

2 Sur l’origine du nom d’Anastasiou comme étant le fils d’un certain Anastasios, voir Aik. KARIZONI- HekImoglou, ‘Komis d’Anastasis. O afanis patriotis’, M akedoniki Zoi 331, (Déc. 1993), 15-7.

3 W.C. HAYES, ‘A writing-palette of the chief steward Amenhotpe and some notes on its owner’, Journal of Egyptian Archaeology 24 (1938), 14-5.

4 W.R. DAWSON, ‘Anastasi, Sallier, and Harris and their Papyri’, Journal of Egyptian Archaeology 35 (1949), 158-60.

5 D.M. REID, Whose pharaohs? Archaeology, Museums, and Egyptian National Identity from Napoleon to World War I (Cairo, 2002), 38.

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V.I. CHRYSIKOPOULOS

qu’elles défendaient. A cela, il convient d’adjoindre une première biographie, en grec,

6 par le grec K. Parasyras qui diffère des autres en ce que

l’auteur utilise de nombreuses références et fait un effort analytique qui, étant donné

la période, est assez poussée mais toujours loin d’être complet. Chr. Hatziiossif en

7 décrit le commerce européen de l’époque dans lequel Anastasi est un protagoniste

8 , exploita de manière ingénieuse les éléments tirés

indiscutable. H. Schneider, en 1991

1980

toutefois, publiée en 1938

de la correspondance de Reuvens ou de Humbert issue des fonds d’archives relatifs à

l’acquisition de la collection d’Anastasi en 1828 par le musée de Leyde.

Origine et famille

9 d’origine macédonienne, originaire soit de Thessa-

lonique, soit de la ville de Serres. Sa naissance, si l’on se fie au registre officiel des morts

10 , car son âge à son décès est

de la Communauté Hellénique d’Alexandrie, date de 1765

de 95 ans en 1860, lorsqu’il fut inhumé à Alexandrie au cimetière grec orthodoxe de la

ville. Pourtant, la date donnée dans www paraît la plus convaincante et la vérité doit

.

Sur le père et la mère d’Anastasi, on ne connaît pratiquement rien, si ce n’est que

son père était pourvoyeur de l’armée de Napoléon et que, après la défaite des Français

se situer au milieu, entre les 80 ans du www et la datation consignée à Alexandrie

Ioannis Anastasiou était un Grec

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et leur départ d’Égypte, il perdit tout ce qu’il avait et mourut peu après. En sus,

d’Anastasi est mentionné dans le Who was Who in Egyptology comme «… son of a

Damascus merchant». Giovanni d’Anastasi fut un homme très énergique. Devenu

consul général de Suède et de Norvège grâce au commerce de céréales qu’il ménait,

Anastasi était lié à B. Drovetti, consul général de France et céda à Champollion, en

12 . Lepsius et la mission prussienne doit sa connaissance à

1828 ses droits de fouille

6 K. PARASYRAS, ‘Komis Ioannis d’Anastasi’, Ekklisiastikos Faros 37 (1938), 3-15.

7 Chr. HadgIIossIf, La Colonie grecque d’Egypte 1815-1830, thèse de doctorat (Inédite), Université

Paris IV, Sorbonne, EPHE IV (Paris, 1980) et surtout pp. 113-4, 119 (tableau III), 120 en n. 1.

8 H.D. SCHNEIDER, ‘Egypt outside Egypt: The Leiden Chapter’, in: C. MORIGI-GoVI, S. CURTO et

S. PERNIGOTTI (eds.), L’Egitto fuori dell’Egitto: Dalla riscoperta all’Egittologia (Bologna, 1991), 391-402.

9 Une confusion couvre l’origine d’Anastasi en lui attribuant parfois une origine armènienne. Une lettre

de la commission hellénique d’Alexandrie parle de l’acclamation de la part de la famille d’Anastasi après

sa mort de revendiquer la part de son héritage. Pour son lieu d’origine voir, KarIzonI-HekImoglou, Make-

doniki Zoi 331, (Déc. 1993), 17-9. Je tiens à remercier le Prof. Euth. Souloyiannis grâce à qui j’ai pu

connaître un membre de la famille d’Anastasi à Athènes. Plus particulièrement, il s’agit de sa lointaine nièce,

Madame Niovi Mela, qu’elle possède encore aujourd’hui des bizoux que d’Anastasi offrit à des membres de sa famille lors d’une de ses voyages à Athènes.

10 Et donc pas forcement de 1780 comme dans ‘Anastasi Giovanni’, in: BIerbrIer (ed.), Who was who in Egyptology, 3 rd rev. ed. (London, 1995), 15.

11 Opinion (communication personnelle dont je le remercie) que partage aussi M.M.L. Bierbrier.

12 J.-F. FIECHTER, La moisson des dieux (Paris, 1994), 187; aussi pour statut de consul confirmé de nou- veau par lettre de St Quintius à Drovetti de 1824, voir S. CURTO et L. DONATELLI (eds.), Drovetti Epistolario (1800-1851) (Milan, 1985), 291: ‘quella mummia sia quella che possedeva il signor console Anastasy’.

À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE

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À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE 3 Giovanni d’Anastasi – Portrait à l’huile à la possession de

Giovanni d’Anastasi – Portrait à l’huile à la possession de la famille du Comte Benedetti

(photo empruntée par la revue alexandrine Panaigyptia 34 (1931).

13 . Il avait un frère, Petros, mort

après lui, donc après 1860 et une sœur dont on ne connaît pas le nom — peut-être

14 . On sait

que d’Anastasi avait libéré des centaines des Grecs de l’esclavage après l’invasion

destructrice d’Ibrahim Pasha dans le Péloponnèse. Parmi ces Grecs, d’Anastasi finit

Pénélope comme on verra plus bas —, et dont la fille épousa Étienne Zizinia

Mohamed Ali et concession de fouille à Anastasiou

par adopter une jeune fille, Marie, qui, par la suite épousa Vincent Benedetti, consul

de France en Egypte de 1840 à 1845. On retrouve plus tard, en 1868, Marie établie à

Paris grâce à une lettre du comité d’Alexandrie lui demandant de soutenir la rénovation

15 où son

père était aussi inhumé. D’Anastasi devait avoir un deuxième enfant selon Saint

et l’embellissement du cimetière de la communauté hellénique d’Alexandrie

Elme 16 . De même, on apprend le nom d’une nièce d’Anastasi, Eleni Savvati, par une

autre lettre du Comité de la Communauté hellénique d’Alexandrie 17 .

Le 1/40 e de l’immense

e à son domestique arabe fidèle

fortune était laissé à Petros d’Anastasi et un autre 1/40

qui n’a pas laissé apparemment de famille derrière lui après sa mort; ainsi, sa partie

Sa fortune, lorsqu’il disparut en 1860, fut divisée par 40.

13 Dawson, Anastasi, 159 et n. 4.

14 BIerbrIer, www 3 , 457.

15 Archives «E.L.I.A.», Dossier ‘D’Anastasi’ du 12/24 novembre 1868 (Lettre n o 129).

16 SaInt Elme, La contemporaire en Egypte (Paris, 1831), 260.

17 Archives «E.L.I.A.», Dossier ‘D’Anastasi’ du 12/24 novembre 1868 (Lettre n o 130); toutefois, on ne saurais dire le lien précis de parenté entre les deux.

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V.I. CHRYSIKOPOULOS

4 V.I. CHRYSIKOPOULOS La tombe d’Anastasi au cimetière Grec-Orthodox d’Alexandrie (© Euth. Souloyiannis).

La tombe d’Anastasi au cimetière Grec-Orthodox d’Alexandrie (© Euth. Souloyiannis).

À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE

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18 . Anastasi

de la fortune de son maître passa à la communauté hellénique d’Alexandrie

légua aussi sûrement une partie importante de sa succession à la communauté hellé-

nique d’Alexandrie.

Son côté de bienfaiteur Anastasi le devait à son caractère exceptionnellement vigou-

reux et solide qui fit de lui un entrepreneur plein d’humanité. L’attestation la plus

ancienne de son nom remonte environ à 1812, date où il est mentionné parmi le noyau

des Grecs d’Alexandrie et du Caire qui est venu en Égypte de Grèce en quête d’une

meilleure vie. En 1827-1828, le Grec collectionneur avait déjà 16 ans derrière lui «of

19 . N’oublions pas

buying, exchanging and excavating» en Egypte, selon Schneider

qu’à cette époque encore peu sont les Grecs jouissant de la confiance de Mohammed

Ali qui vient d’acquérir du pouvoir et d’être Vice-Roi d’Egypte. Raison de plus pour

la faveur dont bénéficia d’Anastasi qui venait d’une région près de la ville de Kavala

du nord de la Grèce, où Mohamed Ali naquit, ce qui constitue en soi un argument de

poids à l’avantage du Grec, comme fut le cas pour les Tossizza, Stournari, Zizinia, etc.

Telle est l’influence de ces grands négociants grecs d’Alexandrie que, à titre d’exemple

ils vendent le coton jusqu’en 1829 en Europe pour le propre compte de Mohamed Ali.

Ainsi, à Marseille exportent la maison française «Pastré frères» et les maisons grecques

Etienne Zizinia», «Jean d’Anastasi» et «Tossizza frères et Cie». A Trieste exportent

«Tossizza frères» et «Jean d’Anastasi» ainsi que la maison italienne «Rossetti»

D’Anastasi avait créé pour la réalisation de ses projets d’entrepreneur commerçant

des réseaux commerciaux, comme c’était alors la pratique. Le but de ces réseaux était

de créer des lieux de contact, dans le but de faciliter le commerce des produits, les

exportations et les importations, d’un pays à un autre, d’une ville à une autre. Si l’on

considère dans le domaine des affaires commerciales d’Anastasi qu’un réseau bien

structuré peut servir également au transport des antiquités, on constate l’existence de

liens fort étroits entre les membres de ce réseau. Les archives d’Ermoupolis

21 , capitale

de Syros, révèlent un Giovanni d’Anastasi noble, généreux, prêt à aider, mais aussi

dur négociateur et efficace en matière d’affaires. Grâce à ces lettres on apprend com-

ment fonctionnait le système d’«agent». Je m’explique.

Par une lettre en provenance d’Alexandrie du 9 Novembre 1835, d’Anastasi renseigne

son «agent», un certain Argyrios D. Tarpoktsis, de Thessalonique, négociant à Syra, sur

le prix de l’orge et des fèves qui l’intéressent pour son commerce, trouvant par la suite

20

.

18 Archives «E.L.I.A.», Dossier ‘D’Anastasi’, Lettre du 26/8 Mai 1873 du Comité Hellénique d’Alexan- drie envers l’administrateur de la fortune d’Anastasi, A. KANELLIS.

19 SChneIder, Leiden Chapter, 400.

20 HadgIIossIf, Colonie Grecque, 160-1.

21 Nous avons profité (v. aussi n. 22) des lettres trouvés dans les GAK /ANK (en grec) = Archives Générales d’Etat/Archives du Nome des Cyclades; sur le commerce et le rôle de Syros à l’époque, voir V. KARDASSIS, Syros. Stavrodromi tis Anatolikis Mesogeiou 1832-1857, Morfotiko Idrima Ethnikis Trapezas (Athina 1987), 23-94.

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V.I. CHRYSIKOPOULOS

l’occasion de lui demander sa médiation pour un mariage concernant la fille (encore

mineure!) de sa nièce. Quelques mois plus tard, Tarpoktsis se prouve très efficace et trouve

le gendre (un médecin de la ville de Lamia) pour la fille de la nièce. D’Anastasi détermine

alors la somme — qui allait être versée par Tarpoktsis — correspondant à la dot versée

pour la jeune fille en 2000 thalers distyles espagnols, somme énorme pour l’époque.

De même, d’Anastasi avait confié un membre de sa famille, Pénélope d’Anastasi,

aux mains du même agent Argyrios Tarpoktsis pour que ce dernier lui trouve un époux.

De plus, la demoiselle Pénélope est hébergée sous le propre toit de Tarpoktsis, signe

de confiance entre les deux hommes? Mission accomplie, l’époux heureux est trouvé

en la personne d’un autre commerçant local, Emmanuel Lambadarios, et d’Anastasi

donne alors ce même pouvoir à son «agent» à Syra, Tarpoktsis, de livrer au gendre la

somme de 6000 drachmes constituant la dot de sa femme.

Entreprises en liaison avec la Grèce et l’Egypte

Si l’on vient d’évoquer les cas des jeunes filles que le noble entrepreneur grec prenait

sous sa protection, c’est que ceux-ci sont démonstratifs à l’appui de l’argument qui

était valable pour le commerce pendant le 19

réseau commercial, d’un partenariat commercial fructueux, doive être fondé sur des

relations de confiance où l’origine commune d’une ville ou d’un pays compte plus

qu’autre chose. Des mariages conclus dans ce but étaient donc bien vus.

Jusqu’à maintenant d’Anastasi est connu pour ses relations étroites avec Mohamed

Ali et son fils Ibrahim à qu’il devait la concession de monopole dans le domaine du

commerce que le Grec menait. De plus, d’Anastasi utilisait le port de Syra comme port

de son réseau commercial et, on l’a vu, Argyrios Tarpoktsis était son «agent» dans

l’île. Tarpoktsis deviendra par la suite (environ entre 1846 et 1848) maire de Syra,

fonction qu’il perdit à cause de la banqueroute générale de 1848. Pourtant en 1851, on

voit la réapparition de Tarpoktsis en tant que donateur d’une somme importante pour

les besoins de la construction de l’église de saint Nicola à Syra. Syra à l’époque était

un port important de la Méditerranée Orientale. Presque tous les bateaux au départ

d’Alexandrie passaient par là, pour s’approvisionner et continuer leur voyage, soit vers

Constantinople et la Mer Noire, soit vers le Sud-Ouest, Livourne, Trieste ou peut-être

encore Malte et Marseille. Pour le compte d’Anastasi en 1827, des antiquités arrivent

au port de Livourne pour faire l’objet de négociations et, finalement, être vendues un

an après au roi de Hollande et, par lui, être déposées au musée de Leyde. De la même manière, en 1838 toujours en passant par le port de Livourne une deuxième collection

e siècle, qui voulait que la création d’un

22

22 Pour ce chapitre je dois beaucoup à l’analyse et explication de la situation de l’époque au chercheur- historien, M. Apostolos Delis qui depuis quelque temps, mène une recherche poussée auprès des Achives d’Etat d’Ermoupolis.

À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE

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est négociée et entre, un an plus tard, au British Museum. Enfin, une troisième collec-

tion riche, elle aussi, arrive à Paris probablement de la même manière

23

.

Collections d’Athènes

Je rappellerai ce que disait, dans un article publié dans le Journal of Egyptian Archaeo-

logy (JEA), Warren R. Dawson, le créateur du fameux Who was who in Egyptology,

en 1949, à peine deux ans avant sa première édition, en 1951, à propos des antiquités

vendues par Giovanni d’Anastasi: «Nearly all the principal museum of Europe as well

as many private collectors acquired valuable additions at this sale» et que, dans une

note de bas de page, il ajoutait: «…It is true that many of the lots at this and the 1839

sales were acquired by the B.M., but there were many other buyers»

Actuellement, au moins une pièce rare des anciennes collections d’Anastasi fait

partie de la collection et vient d’être présentée dans la nouvelle exposition des antiqui-

tés égyptiennes du musée national archéologique d’Athènes. Il s’agit d’un hypocéphale

en bronze 25 qui eut le n o 134 dans les collections d’Anastasi (actuel n o 1018) et qui

26 . Il n’est pas possible dire exactement quand

Demetriou l’a acquis, mais ceci a dû se produire après le dernier envoi des collections

d’Anastasi à l’occasion de la vente de 1857 à Paris. Ce dernier élément — étant donné

le jeune âge de Demetriou alors (né en 1826) — nous pousse à penser que Demetriou

probablement n’était pas le premier acquéreur immédiatement après la mise en vente

par d’Anastasi et que cette antiquité passa à sa possession plus tard.

L’annonce de l’existence de cette objet précieux, on le doit à Achilleas Postolakas

une personnalité multivalente, qui, autour de 1881, rédigea à Leipzig le Sammlüng

,

ägyptischer Alterthümer der hellenischen Nation geschenkt von Giovanni di Demetrio

catalogue sommaire des antiquités de Demetriou qui venaient d’être exposées juste après

leur donation de 1880 dans une salle de l’École Polytechnique d’Athènes, car le musée

archéologique à l’époque n’était pas encore bâti. A. Postolakas était membre d’une famille

grecque connue de Livourne, numismate exceptionnel, ami proche d’H. Schliemann,

,

avait été acheté par Ioannis Demetriou

24

.

27

28

23 SChneIder, Leiden Chapter, 399.

24 Dawson, Anastasi, 160 et n. 2.

25 Je remercie pour cette information l’archéologue de la collection égyptienne madame Eleni Tourna.

26 Sur Demetriou, voir thèse de doctorat (inédite) de V.I. CHRYSIKOPOULOS, Histoire des collections

d’antiquités égyptiennes du Musée National d’Athènes (Lyon, 2001), 357-74; V.I. CHRYSIKOPOULOS, ‘L’histoire des collections d’antiquités égyptiennes du musée national d’Athènes’, dans: J.-Cl. GOYON and Chr. CARDIN (eds.), Proceedings of the IX th International Congress of Egyptologists, Orientalia Lovanien- sia Analecta 150 (Leuven, 2007), 333-42.

27 M.I. MANOUSSAKAS, ‘The maternal origin of A. Postolakas from the Greeks of Leghorn’, The first Century of the Numismatic Museum 1829-1922 (Athens, 1988), 69-74.

28 M. GALANI-KrIkou, ‘Achilleas Postolakas as author’, The first century of the Numismatic Museum (Athens, 1988), 88.

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V.I. CHRYSIKOPOULOS

et connaissait aussi bien Demetriou et ses collections des monnaies données

en 1880 — et publiées auparavant par S.F. Feuardent en 1869

antiquités égyptiennes. Rien que son lieu de résidence faisait automatiquement de

Postolaka un connaisseur de ce qui se passait dans le commerce européen d’antiquités.

29 — que ses autres

Livourne d’ailleurs était la plupart le port où Anastasiou débarquait ses antiquités avant

de les mettre sur le marché en Europe.

Compléments de la présentation de l’œuvre égyptologique de Néroutsos

Suite à notre dernière contribution aux Hommages à Jean-Claude Goyon

Tassos Néroutsos, nous tenons à ajouter des éléments complémentaires sur son œuvre.

Néroutsos publia les inscriptions de plusieurs stèles, statues, oushebtis appartenant à

des collections privées ou encore des antiquités qui venaient d’être découvertes lors

de fouilles pratiquées pendant la deuxième partie du 19

des publications les plus importantes était l’édition complète, en 1859, des inscriptions

e siècle. On a aussi vu qu’une

30 concernant

de la statue d’Aménirdis I trouvée lors des fouilles de Mariette et maintenant exposée

au Musée du Caire. Néroutsos, par la publication des inscriptions de la statue, et tou-

jours au courant des dernières découvertes et publications de textes historiques par de

Rougé, son élève G. B. Greene ainsi que par H. Brugsch, restitue l’histoire jusqu’alors

e dynastie, celle des Koushites, même s’il confond Aménirdis I,

fille de Kashta avec Amenirdis II. Il n’est pas inutile de citer ici un détail illustrant les

mal connue de la 25

relations personnelles de Néroutsos avec le milieu de la cour khédiviale. La copie du

texte hiéroglyphique de la statue d’Aménirdis I lui avait été donnée par l’alsacien

Kœnig Bey, le Secrétaire des Commandements du Vice-roi (Saïd Pacha), le même qui

avait quelques mois auparavant élaboré les détails du projet pour installer Mariette à la

place de Mamur al-antiqat, un acte politique, fruit des pressions exercées par de Lesseps,

31 . Rappelons pour l’histoire que la statue d’Aménirdis I fut décou-

Sabatier et Nubar Pacha

verte par A. Mariette en 1858 à Karnak et que cette statue inspira le personnage de la reine

Amneris du livret que Mariette avait écrit pour l’opéra «Aida» de Giuseppe Verdi.

En 1870-1, Néroutsos présente, en grec, une nouvelle version de la traduction et

analyse historique et philologique de la stèle «des victoires» de Touthmosis III

aujourd’hui au Musée du Caire (CG 34010) qui fut, elle aussi, découverte en 1859 à

Thèbes par Mariette. Après Mariette, de Rougé, Birch, Deveria, Néroutsos — à son

tour — se lance à une nouvelle publication de la stèle mentionnée dans la revue Eqnikß

29 S.F. FEUARDENT, Collections Geov. di Demetrio: Numismatique: Egypte ancienne, 1. Monnaies des Rois (Paris, 1869); S.F. FEUARDENT, Collections Geov. di Demetrio: Numismatique: Egypte ancienne, 2. Domination Romaine (Paris, 1873).

30 V.I. CHRYSIKOPOULOS, dans: Hommages à Jean-Claude Goyon offerts pour son 70 e anniversaire, Bibliothèque d’Etude 143 (Le Caire, 2008), 88-92.

31 ReId, Whose Pharaohs?, 100.

À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE

9

32 . Son but est de

EpiqeÉrjsiv [Ethniki Epitheorisis], éditée à Paris par A. Meymar

réinterpréter certains aspects de l’histoire et d’éclaircir l’utilité pour l’archéologie et

l’histoire de cette stèle.

T. Néroutsos est, en outre, le premier éditeur méconnu d’une antiquité de premier

ordre. Dans son ouvrage Arxaiologikaí en Aigúptw anaskafaí kai apokalúceiv en

perilßcei ektiqémenai [Fouilles et découvertes archéologiques exposées en som-

33 il procède à une première publication

la description dans lequel sa forme et de ses traits caractéristiques ainsi que les traduc-

tions de ses inscriptions, aussi fantaisistes qu’elles soient (on ne saurait le lui repro-

cher, compte tenu des connaissances de l’époque), permettent de reconnaître le fameux

groupe statuaire du Louvre E 6204 (Triade d’Osorkon II)

35 . Content d’identifier la

pièce, Néroutsos, en 1812, avait indiqué, que l’objet appartenait à la collection de

Ioannis Demetriou et signale qu’il provenait du temple d’Amon à Thèbes. Aujourd’hui,

ce document est donné dans la bibliographie internationale comme un achat effectué

auprès de Rollin et Feuardent par le musée du Louvre, en 1872, sans référence à son

premier possesseur.

34 d’un document dont

maire], Athènes, 1873

Présentation de 4 lettres adressées au savant

L’égyptologue Néroutsos jouissait du respect et de la reconnaissance des égyptologues

de son temps. Ses archives conservées à la Bibliothèque Nationale de Grèce en

témoignent. Quatre attestations de ses relations avec des égyptologues de renommée

sont présentées sommairement en attendant leur prochaine publication détaillée.

1. D’abord, une lettre, datée du 27 novembre 1873

36 d’Auguste Mariette

Il s’agit de la réponse à une lettre de Néroutsos, non encore retrouvée. En fonction de

la biographie de Mariette, la lettre a été envoyée après le retour de Mariette en Egypte,

revenant d’Europe où il assista à l’exposition de Vienne. C’était aussi la période qui

suivit la mort de sa fille Joséphine-Cornélie. En novembre 1873, Mariette reçoit le prix

biennal de l’Institut de France, récompense de ses années de labeur intellectuel

intense 37 . Dans la lettre, Mariette s’adresse à Neroutsos en confrère, reconnaissant son

32 A. MEYMAR (ed.) Ethniki Epitheorisis (Paris, 1870-1873).

33 Qui constitue la reproduction de son article à la revue Athinaion de l’année précédente, donc 1872.

34 Le déchiffrement des inscriptions de («… cet objet, [que] très peu des gens [le] connaissent et j’en publie en premier les inscriptions en traduction [en grec]…», 30).

35 ChrysIkopoulos, dans: Hommages à Jean-Claude Goyon, 88-92.

36 Bibliothèque Nationale, Archives ‘Tassos Néroutsos’, Dossier 5, Correspondance N o 125.

37 E. DAVID, Mariette Pacha, 1821-1881 (Paris, 1994), 231-2.

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V.I. CHRYSIKOPOULOS

10 V.I. CHRYSIKOPOULOS La lettre d’A. Mariette datée du 27 novembre 1873 (© National Library of
10 V.I. CHRYSIKOPOULOS La lettre d’A. Mariette datée du 27 novembre 1873 (© National Library of

La lettre d’A. Mariette datée du 27 novembre 1873 (© National Library of Greece).

À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE

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mérite et l’efficacité qu’il démontrait dans ses travaux en matière de publication de

textes hiéroglyphiques provenant de documents pour la plupart inédits.

Monsieur et cher confrère,

Boulaq, le 27 novembre 1873

J’ai été sensible à l’envoi que vous avez bien voulu me faire de votre brochure en langue

grecque sur l’archéologie égyptienne, et si je ne vous ai pas répondu plus tôt, c’est que

j’ai voulu la lire, ou plutôt essayer de la lire.

Veuillez recevoir mes compliments bien sincères. J’ai un peu parcouru votre brochure

comme on déchiffre une inscription; mais le peu que j’ai pu lire m’a convaincu de l’effi-

cacité de vos efforts et de votre parfaite connaissance de la matière. A un autre point de

vue, je suis enchanté de cette tentative, car il est juste que les descendants et les compa-

triotes d’Hérodote connaissent l’histoire d’un pays qui leur doit tant.

En attendant que je puisse vous remercier encore à vive voix, croyez, Monsieur et cher

confrère, aux sentiments d’attention.

2. Une deuxième lettre, celle de C. Leemans

datée du 19 février 1877

Votre bien dévoué

Aug Mariette

38 , directeur du M usée Royal d’antiquités

Toujours est-il que l’échange des publications entre scientifiques est une belle occasion

de discuter les intérêts communs sur quoi portent leurs travaux. Leemans remercie

Néroutsos de l’envoi de ses «brochures» acheminées à Leyde par les soins du Consul

de Hollande au Caire, Dutilh. L’intérêt de Leemans est centré sur les travaux de

Néroutsos concernant les fouilles d’Alexandrie et sur la topographie de la ville ainsi

que les marques estampées sur les anses des amphores des cités notamment helléniques

à l’époque hellénistique et romaine.

à

M le D r Néroutsos-Bey

Musée R. d’antiquités

à

à Leide

Alexandrie

Leide ce 19 février 1877

Monsieur le Docteur

Veuillez admettre mes plus vifs remerci e ments pour les très-intéressantes brochures que vous avez bien voulu me faire parvenir, par les bon soins et a la recommendation de

38 Bibliothèque Nationale, Archives ‘Tassos Néroutsos’, Dossier 5, Correspondance N o 133; M. le Dr. M. Raven a bien voulu vérifier pour nous dans les archives du Musée de Leyde la possibilité d’existence d’une lettre de Néroutsos dont je le remercie vivement; malheureusement jusqu’alors rien n’a été trouvé.

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V.I. CHRYSIKOPOULOS

12 V.I. CHRYSIKOPOULOS La lettre de C. Leemans datée du 19 février 1877 (© National Library

La lettre de C. Leemans datée du 19 février 1877 (© National Library of Greece).

notre ami commun, M. le consul Néerlandais Dutilh au Caire. Ces écrits m’intéressent

beaucoup, surtout pour ce qui concerne les terrescuites de la basse Égypte, mais aussi

pour l’étude des inscriptions des grands vases de vin d’huile &c, qui par la voie du com-

merce se sont dispersés et ont laissé leur traces si loin souvent des lieux où on les avait

fabriqués.

Le Musée placé sous ma direction possède un cercueil de momie en terre cuite, s’ouvrant

par la partie de la tête, mais la momie est restée en Égypte. Je ne connais aucun autre

specimen ou exemplaire d’un semblable cercueil, qui est de grandeur naturelle. La rareté

sera bien un effet de la fragilité de ces cercueils. Lorsque je lisais dans un journal anglais une courte notice sur la trouvaille, lors de la construction d’un chemin de fer dans le Delta, d’un nombre des grands vases en terre cuite, contenant des restes humains, je croyais possible que des cercueils, comme celui du Musée de Leide, fussent découverts à cette occasion. Je vois à présent, par les renseigne- ments que vous donnez sur ces fouilles et le dessin exact que M. Dutihl [sic] a bien voulu me procurer d’un d’entre eux que ce sont bien là des objets de destination funéraire, mais

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appartenant quant a leur forme, à la classe des vases et non pas à celle des cercueils; et

que c’est aux Grecs et aux Romains établis en Egypte qu’il faut les tribuer. Dernièrement

j’ai reçu pour le musée, de la Perse un vase très grand de la classe des Amphores qui

avait servi au même but funéraire.

Votre collection de labaí keramíwn est extrèmement intéressante et riche, elle ajoute un

enorme apparatus a ce que Stoddart et d’autres avaient publié dans cette direction.

Je prends la liberté de vous adresser (sous bande comme imprimés) avec la poste les

exemplaires de mes légendes royales / Lettre à M Fr Salvolini), dont il me restait encore

un exemplaire, d’une brochure sur des sarcophages en pierre trouvés près de Nimègue en

1840 et dont l’un contenait les instruments d’un oculiste Romain; et 3

la publication magnifique de M r Ebers, du papyrus qui porte son nom.

Veuillez M le D

ainsi que de la considération et de l’estime de

Votre tout dévoué

C. Leemans

o de ma notice sur

r agréez ces petites contributions comme un temoignage de ma gratitude,

3. Carte postale de Dr. A. Wiedemann

39 de Bonn le 21/2/1889

Wiedemann, jeune, s’adresse à Néroutsos, tourmenté par les problèmes de santé à

peine deux ans avant sa mort. Signalons parmi les nombreuses publications du savant

allemand celle de quelques documents du musée national d’Athènes provenant des

40 , dans la volume 33 des Proceedings of the

collections Demetriou et Rostovitz en 1911

Society of Biblical Archaeology (PSBA).

Monsieur le Docteur Neroutsos-Bey

Membre de l’Institut Egyptien Alexandria (effacé)

Ramleh

Très honoré Monsieur!

Le vif intérêt avec lequel j’ai étudié vos précieux travaux sur l’ancienne Alexandrie m’en-

gage a vous adresser ci-joint quelques uns de mes travaux qui pouvaient peut-être vous

intéresser, en exprimant en même temps mon regret que cela m’a été impossible lors de mon

séjour a Alexandrie, il y a maintenant huit ans, de faire votre connaissance personnelle.

Agréez, Monsieur l’expression de ma plus haute considération.

Dr. A. Wiedemann

BonnQuantruostr. 4

21/2 89

39 Bibliothèque Nationale, Archives ‘Tassos Néroutsos’, Dossier 5, Correspondance N o 223.

40 A. WIEDEMANN, ‘Notes on some Egyptian Monuments (VI)’, Proceedings of the Society of Biblical Archaeology 33 (1911-1914), 156-69.

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V.I. CHRYSIKOPOULOS

14 V.I. CHRYSIKOPOULOS La lettre d’H. Brugsch datée du 20 décembre 1877 (© National Library of

La lettre d’H. Brugsch datée du 20 décembre 1877

(© National Library of Greece).

4. Une lettre

41 H. Brugsch, datée du 20 décembre 1877

Henri Brugsch fait appel à la profonde connaissance reconnue à Neroutsos Bey dans

le domaine de la littérature alexandrine antique. H. Brugsch est alors dans la phase

de rédaction de son Dictionnaire géographique qui paraîtra entre cette même année

1877 et 1880 à Leipzig. Il consulte donc Neroutsos sur la mention, dans les textes

grecs d’Egypte d’un nomos onoufítjv , pour que celui-ci lui confirme l’équivalence

avec l’égyptien Ro-nofi, dérivé d’une forme Ro-noufi qu’il s’apprête à inclure dans

la notice correspondante de la livraison à paraître en 1878 du fascicule suivant de

son Dictionnaire. Si on ignore la réponse du savant grec sur ce point, on sait mainte-

nant que la proposition de Brugsch était exacte et que l’égyptien R-nfr (Ro-noufi) correspondait bien à l’onouphite, nome supplémentaire de Basse-Egypte créé à l’époque ptolémaïque.

41 Bibliothèque Nationale, Archives ‘Tassos Néroutsos’, Dossier 5, Correspondance N o 135; Cette lettre sera présentée dans une prochaine publication de manière plus exhaustive, pourtant on en publie ici la photo.

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À L’AUBE DE L’ÉGYPTOLOGIE HELLÉNIQUE 15 La carte postale d’A. Wiedemann datée du 21 février 1889

La carte postale d’A. Wiedemann datée du 21 février 1889 (© National Library of Greece).

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En guise de conclusion, il est évident que la connaissance minutieuse des biogra-

phies permet souvent de résoudre des problèmes d’archéologie demeurés non résolus.

La recherche des informations dans les archives en Grèce et en Egypte continue et les

renseignements viendront compléter les lacunes existantes. Suivront enfin des articles

sur d’autres personnalités grecques toujours en lien étroit avec leur temps et la société

égyptienne où ils vivaient dans une ambiance cosmopolite.