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Michel BALLARD

Michel BALLARD
Histoire
de la traduction
TRADUCTO
Histoire
de la traduction
À la base de la traduction se trouve une

TRADUCTO
constante : la nécessité ou le désir de franchir Michel BALLARD est professeur Repères
la barrière des langues. Au cœur de la émérite de l’Université d’Artois historiques
communication entre les États, les économies et docteur honoris causa
des Universités de Genève
et culturels
et les cultures, l’acte de traduire fut et demeure et Timisoara. Il est agrégé
un enjeu crucial. d’anglais et docteur d’état
en traductologie. Historien
Cet ouvrage propose un panorama de l’histoire de la traduction, il pratique
de la traduction depuis l’Antiquité jusqu’au une traductologie réaliste
début du XXe siècle. Il en donne les repères (non prescriptive) qui repose
sur l’observation des travaux
historiques et expose les contextes culturels des traducteurs dans leur
dans lesquels elle s’inscrit. Il présente aussi les contexte de production. Il
grandes figures de traducteurs, de Cicéron est coordinateur ou auteur
à Constance Garnett, en passant par Jacques d’une vingtaine d’ouvrages

Histoire de la traduction
Amyot, Pope, Trediakovsky, Voss, Schlegel, parmi lesquels De Cicéron à
Benjamin, Le Nom propre en
Chateaubriand, Baudelaire, Rǎdulescu, Littré traduction et Versus.
ou Larbaud : œuvres personnelles, relations
avec leurs commanditaires, besoins collectifs
auxquels ils répondaient et contextes d’opinions Pour les étudiants et enseignants
plus ou moins explicites dans lesquels ils en traduction des 1er et 2e cycles.
Pour ceux qui aiment les textes
déployaient leur art. et leur histoire.
L’auteur développe également les évolutions
et les tendances de la traduction, ainsi que les
enjeux linguistiques et culturels dont elle fait
l’objet.

Une initiation à l’art et à la culture de la


traduction…

TRADUCTO

HISTRABAL
ISBN 978-2-8041-7074-5
www.deboeck.com

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Histoire
de la traduction
Repères
historiques
et culturels

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Collection dirigée par Michel BALLARD

TRADUCTO

Collection destinée aux étudiants en traduction du


1er degré supérieur aux niveaux plus élevés ainsi
qu’aux professionnels, Traducto offre des manuels
ciblés, avec un appareil pédagogique développé
(«Faites le point», «Pour aller plus loin», «Testez
vos connaissances»…), conçus par des auteurs
renommés.

Son directeur, Michel Ballard, est professeur émérite


de l’Université d’Artois et l’auteur de plusieurs
ouvrages de traductologie.

Déjà parus :

• BALLARD Michel, Histoire de la traduction. Repères


historiques et culturels

• BOCQUET Claude, La traduction juridique.


Fondement et méthode

• GUIDÈRE Mathieu, Introduction à la traductologie.


Penser la traduction : hier, aujourd’hui, demain
(2e éd.)

• GUIDÈRE Mathieu, La communication multilingue.


Traduction commerciale et institutionnelle

• LAVAUR Jean-Marc, ERBAN Adriana, La traduction


audiovisuelle. Approche interdisciplinaire du sous-
titrage

• RAUS Rachele, La terminologie multilingue.


La traduction des termes de l’égalité H/F dans
le discours international

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Michel BALLARD

Histoire
de la traduction
Repères
historiques
et culturels

TRADUCTO

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Pour toute information sur notre fonds et les nouveautés dans votre domaine de
spécialisation, consultez notre site web : www.deboeck.com

Couverture et maquette intérieure : cerise.be


Mise en page : Nord Compo

© De Boeck Supérieur s.a., 2013 1re édition


Rue des Minimes 39, B-1000 Bruxelles

Tous droits réservés pour tous pays.


Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie)
partiellement ou totalement le présent ouvrage, de le stocker dans une banque de données ou de
le communiquer au public, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

Imprimé en Belgique

Dépôt légal
Bibliothèque nationale, Paris : octobre 2013 ISSN 2030-8914
Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles : 2013/0074/340 ISBN : 978-2-8041-7074-5

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Je tiens à exprimer mes remerciements :
aux collègues qui m’ont apporté leur aide dans la collecte d’éléments bibliographiques : Christian
Balliu, Martine Bracops, Antonio Bueno-Garcia, Georgiana Lungu-Badea, Olga Kostikova,
Fernando Navarro Dominguez, Enrico Monti, Alina Pelea, Julio-César Santoyo Mediavilla, Danilo
Vicca ;
à Marie-Christiane, mon épouse, pour sa relecture de mon texte et la perspicacité de ses
remarques.

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Histoire de la traduction
AVANT-PROPOS

a conscience de l’histoire de la traduction, de son étendue et de son poids, est un

L phénomène relativement récent. Il faut pratiquement attendre des auteurs comme


Tytler, et surtout Larbaud, pour en trouver l’expression en liaison avec sa pratique
et sa théorisation. Dans ses Problèmes théoriques de la traduction, George Mounin
7

déplore l’empirisme des remarques de traducteurs, leur éparpillement. En fait, si l’on y regarde
de près, l’empirisme n’est pas tant blâmable que l’éparpillement. Qu’un traducteur expose ses
problèmes après avoir effectué une traduction est une démarche réjouissante, intéressante, enri-
chissante, puisqu’il va de l’expérience à la conscience de l’expérience, à son analyse, à sa mise
en forme. Ce qui est regrettable, c’est davantage l’absence de lien avec l’ensemble de l’acti-
vité. Certes, on ne peut demander à chaque traducteur rédacteur de préface qu’il nous livre un
panorama de la branche dans laquelle il travaille, mais il est frappant de voir à quel point les
remarques ou réflexions sont éclatées, pointillistes. Chacun parle pour soi, en son nom, de son
expérience, comme si rien ne s’était passé avant, d’où la nécessité de synthèses, c’est-à-dire
de la traductologie. Le premier à avoir eu une conscience de soi par rapport aux autres dans
l’action est sans doute saint Jérôme. Mais cette relation à l’histoire se perd au cours des siècles
et ne subsiste, quand elle existe, que sous forme de relations binaires de rejet, de critique, dans
le cadre, souvent restreint, de la retraduction ou d’une remise en cause plus large comme celle
du romantisme allemand. La conscience synthétique globale de l’histoire de la traduction n’ap-
paraît vraiment qu’au vingtième siècle avec la montée en puissance de cette activité, qui pro-
voqua une conscience de soi par contraste avec le relatif anonymat du traducteur et la
considération toute relative également dont il bénéficiait. Il y eut certes à un moment les études
de littérature comparée, mais le développement d’un champ de recherche autonome appelé
traductologie, qui englobe les recherches d’ordre linguistique, sociologique et autres, est un
phénomène relativement récent, lié à la professionnalisation et au creusement de questions fon-
damentales dont il fallait établir l’origine. On s’est rendu compte que la constitution du champ
traductologique impliquait tout autant que l’examen de questions d’ordre linguistique, philoso-
phique, éthique, esthétique, celui de questions d’ordre sociologique et créatif dont on ne peut
percevoir et établir les composantes et les enjeux que par l’étude de l’histoire de l’activité
concernée.
L’objet du présent ouvrage est multiple. Son caractère initiatique est évident : il s’agit de don-
ner les moyens à celui qui veut prendre contact avec ce champ, mal connu et immense, de le
parcourir à grands pas avec une carte. Ceux qui, déjà pourvus, veulent juger ce livre doivent
prendre en compte le fait qu’il s’efforce de donner accès à des données foisonnantes dans
un espace limité par toutes sortes de considérations. Il a donc fallu opérer des choix et poser
des limites. Il apparaît clairement que le terrain balisé est l’Europe avec des plongées dans les
racines culturelles de cette entité ainsi que quelques brefs prolongements vers d’autres cultures.
L’histoire de la traduction se rattache à l’histoire des idées et celle-ci fait partie du balisage
de l’ensemble, mais il est évident que l’étude des théories n’est pas l’objet premier du présent
ouvrage ; elle est là en rappel, en évocation d’ouvrages ou de traités qui sont à consulter en
complément. Nous renvoyons sur ce point à l’Introduction à la traductologie de Mathieu Guidère
(dans cette collection) et à notre De Cicéron à Benjamin (Presses du Septentrion).
L’ordre est chronologique et l’on a adopté des repères temporels classiques assez largement
admis. Les chapitres sont balisés en sections avec des divisions qui tentent de donner des
lignes de force, des lignes d’action. La nécessité d’un index est évidente pour le retour ou l’ac-
cès à des données ponctuelles mais, là encore, la place et la maniabilité de l’ouvrage ont obligé

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AVANT-PROPOS
Histoire de la traduction

à des choix qui, nous l’espérons, sont compensés par le caractère très détaillé de la table des
matières. Étant donné le caractère encyclopédique de l’ensemble, nous avons voulu faire appa-
raître (autant que faire se peut) des repères temporels tels que les dates pour les auteurs, les
traducteurs, les œuvres, les traductions, qui sont souvent loin d’être simultanées.
De façon classique, on trouvera une bibliographie à la fin de l’ouvrage, où sont en priorité les
ouvrages généraux, les ouvrages plus particuliers étant souvent placés à la fin des chapitres.
Ceux-ci comportent donc des possibilités de lectures complémentaires ou l’accès approfondi à
des sources qui ont été utilisées de façon ponctuelle ou synthétique dans le corps du chapitre ;
8 des questions stimulent le souvenir des acquis ou incitent à la recherche.
Si cet ouvrage se révèle utile comme initiation, prise de contact, lieu de repérages, éveil à une
prise de conscience de l’importance d’un champ immense, alors il aura rempli son but.

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Histoire de la traduction
CHAPITRE 1
L’Antiquité

Les avis diffèrent sur les limites à assigner et  – 3000) et la déposition du dernier empe-
à l’Antiquité. Celles adoptées ici coïncident reur d’Occident (476).
avec l’apparition de l’écriture (entre  – 4000

1. L’ÉGYPTE ANCIENNE

L’Égypte pharaonique s’étend de – 3000 envi- mais elles ne contiennent aucune considé-
ron (fondation de l’état égyptien par la pre- ration d’ordre théorique sur la traduction.
mière dynastie) à – 332 (arrivée d’Alexandre).
En même temps que des interprètes, ces
personnages étaient des diplomates, des
chargés de mission, et ce sont les récits
1.1 L’interprétation de celles-ci qui constituent l’essentiel des
inscriptions. L’une des plus conséquentes
raconte les quatre voyages que le prince
1.1.1 Princes d’Éléphantine Harkhuf effectua en Nubie et au Soudan
pour le compte du roi Merenré et de son
L’existence d’interprètes, et qui plus est de
successeur Piopi  II. Les missions de ces
rang noble, est attestée en Égypte dès l’An-
princes, d’ailleurs, ne se limitèrent pas aux
cien Empire par des inscriptions figurant dans
une nécropole en face de l’île Éléphantine, au
niveau d’Assouan. L’interprète de Joseph
Bien que considérant (comme plus tard les On trouve dans la Bible un témoignage
Grecs) les autres peuples et leurs langues de la présence d’interprètes à la cour
comme « barbares », les Égyptiens étaient des pharaons pendant la période
obligés d’entretenir des relations poli- intermédiaire (de – 1640 à – 1550) au
tiques  et commerciales avec le monde travers de l’histoire de Joseph. Jalousé
extérieur.  Les princes d’Éléphantine ont par ses frères, il fut vendu par eux
assuré pour  les pharaons de la sixième à des marchands madianites, qui le vendirent
dynastie (– 2423/– 2263) des missions en eux-mêmes à Potiphar, eunuque de Pharaon
Nubie et au Soudan. La première cataracte et commandant des gardes. Devenu
constituait à l’époque une sorte de frontière un personnage important à la cour, Joseph
naturelle avec la Nubie, mais la frontière est amené un jour à recevoir ses frères
ethnique se situait à près de quatre-vingt- venus acheter du grain en Égypte. Au cours
dix kilomètres au nord de Silsilèh ; la popu- de cette scène, il feint d’être un Égyptien
lation de la région d’Assouan était donc et d’avoir besoin d’un interprète pour
bilingue, et l’on estime même que les s’entretenir avec eux, ce qui lui permet
princes d’Éléphantine étaient des métis. de surprendre ce qu’ils se disent entre eux
Les inscriptions donnent leurs noms en hébreu : « Ils ne savaient pas que Joseph
(Harkhuf, Sabni, Mechu) et indiquent qu’ils les comprenait, car, entre lui et eux, il y avait
avaient droit au titre de « chef-interprète », l’interprète » (Genèse 42 : 23).

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

pays du sud, certains d’entre eux ayant été d’un ibis, d’un homme à tête d’ibis ou d’un
envoyés à Byblos. Les princes d’Éléphan- babouin. On lui attribuait la différenciation
tine sont ceux sur lesquels on a les témoi- des langues ; il était le messager et le scribe
gnages les plus étoffés et les plus précis, des dieux, et par là même l’archétype et le
mais il existait sans doute des interprètes protecteur des scribes.
avant eux et ils n’étaient pas les seuls
L’écriture apparaît très tôt en Égypte  : les
de leur caste  : des interprètes diploma-
plus anciens hiéroglyphes connus remon-
tiques assuraient les relations avec d’autres
tent au III e  millénaire av.  J.- C., et l’on
régions que la Nubie et des interprètes
10 pense qu’il y eut des formes antérieures.
accompagnaient les diverses expéditions
Pourtant, malgré cette apparition précoce,
militaires des pharaons. on a très peu de témoignages sur la tra-
duction.
1.1.2 Hérodote
L’image qui nous parvient de cette acti-
Les récits d’Hérodote indiquent qu’au milieu vité en Égypte ancienne est révélatrice
du Ve  siècle av.  J.-C., les Égyptiens sont de la situation culturelle du pays à cette
répartis en sept classes sociales parmi les- époque. L’écriture sert essentiellement à
quelles se trouvait celle des interprètes, dont transcrire l’histoire, les récits de batailles,
il décrit l’origine. et les mythes religieux de cette civilisation.
Même s’il existe d’autres domaines tels que
Pendant la Basse Époque, Psammétique,
les sciences et un embryon de littérature,
d’abord gouverneur d’une partie de l’Égypte
la position dominante et presque exclu-
pour le compte des Assyriens, entreprit de
sive de ce foyer de culture ne prête pas
conquérir le pays pour lui-même. Pour cela,
à l’échange avec des partenaires presque
il fit alliance avec des Ioniens et des Cariens,
absents ou que l’on considère comme bar-
habitants des bords de la mer Égée, dont
bares  : selon  le témoignage d’Hérodote,
la langue était le grec. Devenu pharaon
avant le règne de Psammétique, les
sous le nom de Psammétique 1er  (663-609), Égyptiens se croyaient le peuple le plus
il concéda, comme promis, des terres à ancien de la terre.
ces mercenaires et leur confia de jeunes
Égyptiens pour leur enseigner le grec et en Cette position culturelle avancée, que cer-
faire des interprètes, dont les descendants tains qualifieront d’ethnocentrique, n’exclut
officiaient encore à l’époque des voyages pas la traduction de textes officiels ou utili-
d’Hérodote. taires, mais on en a peu de traces ; l’une des
plus notoires concerne les échanges avec les
À la différence des princes d’Éléphantine, ces civilisations mésopotamiennes.
interprètes n’étaient pas des bilingues (métis
peut-être pour certains) géographiquement
localisés, mais des Égyptiens ayant appris
1.2.2 Les tablettes d’El-Amarna
une langue étrangère. Derrière cet enseigne- Sur le site de Tell El-Amarna, capitale créée
ment de langue organisé, il y avait indéniable- vers  – 1370 par Akhénaton, on a retrouvé
ment l’indice d’une ouverture à l’étranger et 382  tablettes couvertes de signes cunéi-
d’une forme d’institutionnalisation de la for- formes, représentant une correspondance
mation des interprètes. entretenue avec divers pays du nord- est
sur une période de trente ans. La majorité
de ces archives consiste en lettres reçues.
1.2 La traduction Leur contenu traite d’affaires administra-
tives, de relations entre hommes d’états,
de préparations de mariages, d’envois de
1.2.1 L’écriture cadeaux, etc.
Selon la tradition égyptienne, l’écriture est Moran (1987) indique que, dans la corres-
d’origine divine et la création en est attribuée pondance avec les grandes puissances, on
à Thot, dieu du savoir, de la sagesse et de rédigeait d’abord le courrier en égyptien
la magie ; on le représentait sous la forme et on en faisait ensuite une traduction  que

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
l’on faisait porter par un messager, lequel pharaon  : dans la mesure où il n’y a pas
emportait parfois aussi avec lui une copie de trace de traduction écrite dans le stock
de l’original. Pour ce qui est des lettres d’El-Amarna, on peut supposer que certains
reçues, qui constituent la majorité de celles fonctionnaires avaient directement accès au
d’El-Amarna, Moran n’indique pas spéci- sens des messages, et qu’une traduction
fiquement le mode de traduction faite au orale pouvait être effectuée.

2. LA MÉSOPOTAMIE 11

La Mésopotamie a été constituée de deux


2.1 Sumer
grands blocs  : l’Assyrie au nord (dont l’une
des capitales fut Ninive), la Babylonie au
sud (avec pour capitale Babylone). Ces deux Les Sumériens, à la différence de leurs voi-
entités ont parfois coexisté, lutté entre elles sins du nord, les Akkadiens, ne sont pas des
avant d’accéder à des phases de domina- sémites. Le sumérien est une langue asia-
tion et d’expansion alternées. tique et non sémitique, qui a été parlée dans
le sud de la Mésopotamie dès le IVe  millé-
Au milieu du XIXe siècle, grâce aux fouilles de
naire et dont on a des traces écrites à partir
Paul Émile Botta (sur le site de Khorsabad) et
de – 3200 environ.
d’Austen Henry Layard (à Nimroud), l’Europe
découvre l’art assyrien. C’est sous la pression de besoins éco-
En contrepoint de cette découverte visuelle nomiques, de la comptabilité, de l’admi-
d’une civilisation oubliée, il convient de nistration, que naît un premier système
placer un travail, moins spectaculaire dans de représentation pictographique où, par
l’immédiat mais qui allait avoir un retentis- exemple, une tête de boeuf suivie de bâtons
sement intellectuel considérable, à savoir représente une forme de comptabilité du
les recherches sur les langues correspon- bétail. Ce système va évoluer dans plu-
dant à cette culture et en particulier celles sieurs directions  : stylisation et simplifica-
des inscriptions rédigées en caractères tion des pictogrammes, représentation de
cunéiformes. notions abstraites et polysémie, puis, pour
certains, représentation de sonorités au lieu
Ceux- ci étaient en fait connus depuis
de concepts.
le XVIIe  siècle, par la copie de l’inscrip-
tion trilingue (vieux perse, élamite, babylo- Le milieu du troisième millénaire vit, grâce
nien) que Pietro della Valle avait rapportée à cette écriture, le triomphe d’une forme de
de Persépolis. Ce furent les travaux de bureaucratie qui utilisait les compétences de
Rawlinson sur une autre inscription tri- scribes spécialisés (Lambert 1964  : 36-46
lingue, celle du rocher de Béhistoun (dans et Kramer 1994  : 24-26). Par ailleurs s’éla-
l’ouest de l’Iran), qui lui permirent de déchif- bore un embryon de lexicographie, et ceci
frer d’abord le vieux perse (en 1838), puis en grande partie pour des raisons d’ordre
un certain nombre de signes du babylonien pédagogique. On constitue des listes où les
(en 1852). signes sont examinés dans leur polysémie
ou regroupés par champs lexicaux  : noms
Les travaux ultérieurs permirent d’établir
de métier, de gros bétail, de petit bétail,
que l’on était dans certains cas en face
etc. (Mounin 1974  : 53-54). Certaines des
de deux langues différentes (parfois pré-
tablettes de l’époque attestent que l’appren-
sentes côte à côte dans des sortes de dic-
tissage de l’écriture, la lecture et le com-
tionnaires bilingues) dont la plus ancienne
mentaire de ces listes constituaient une
était le sumérien et la plus récente l’akka-
part importante de l’enseignement à Sumer
dien. C’est à partir de là que l’on rechercha
(Kramer 1994 : 27-28).
des traces tangibles de la civilisation sumé-
rienne et qu’on finit par les trouver dans le L’écriture à Sumer ne sert pas qu’à des
sud de la région après 1880. fins utilitaires  : vers la fin du IIIe  millénaire

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

sont composées au moins cinq légendes, ce qu’Aman avait ordonné aux satrapes du
dont celle de Gilgamesh, roi d’Uruk (Bottéro roi, aux gouverneurs de chaque province et
1992-b). aux grands officiers de chaque peuple, selon
l’écriture de chaque province et la langue de
chaque peuple » (Esther 3 : 12).
2.2 Akkad
La découverte des civilisations mésopota-
miennes par l’Europe au cours du XIXe siècle
Entre  – 2350 et  – 2300, Sargon l’Ancien se situe dans un cadre plus large qui est
12 regroupe les villes du nord en un royaume, celui de la traduction diachronique, à savoir
l’état d’Akkad, qui s’étend vers le sud. celui de la prise de connaissance d’un passé
L’usage de l’akkadien se répand et tend à culturel perdu, et ce travail de récupération
supplanter celui du sumérien, à un point tel fut accompli par un type particulier de tra-
qu’étant donné l’extension des empires où il ducteurs  : des chercheurs qui, en l’occur-
est parlé, « il domine tout le deuxième mil- rence, étaient des assyriologues.
lénaire  : il est la langue véhiculaire de tout
l’orient » (Carrez 1991  : 26) et devient à un
moment la langue diplomatique du Proche- 2.3 Traductions et filiations :
Orient. intertextualité
À partir de la fin du IIIe  millénaire, les Akkadiens
empruntent le système d’écriture des Sumériens À l’époque, outre les travaux d’un Rawlinson
et imposent leur langue, mais le sumérien conti- qui permettaient de traduire le vieux perse et
nue d’exister comme langue savante, à la le babylonien, il y eut l’exhumation en 1852,
manière du latin en Europe à partir du Moyen par Layard à Ninive, de la bibliothèque d’As-
Âge. Dans cet empire, à un moment bilingue, sourbanipal (Sardanapale pour les Grecs ; roi
plusieurs aspects des rapports linguistiques et d’Assyrie de 668 à 626) (Bottéro 1992-b : 273),
culturels touchent bien entendu aux problèmes dans laquelle le roi avait réuni non seulement
de traduction. les documents de son règne et des règnes
L’un des grands mérites des Sumériens avait précédents, mais aussi les textes majeurs de
été non seulement l’invention de l’écriture, l’ancienne littérature babylonienne.
mais aussi la création d’une forme de lexi- C’est à partir de tablettes provenant de cette
cologie. Avec les Akkadiens, cette science bibliothèque qu’un assistant de Rawlinson,
va prendre une nouvelle forme  : la préser-
George Smith, déchiffra en 1872 un texte
vation de la culture sumérienne, l’étude de
qui ressemblait au récit du Déluge tel qu’on
sa littérature et son imitation passent par la
le trouve dans la Bible. La suite de ses
création de dictionnaires bilingues, sumérien-
recherches lui permit d’établir que ce récit
akkadien, de forme parfois élaborée  : « cer-
était un fragment de l’Épopée de Gilgamesh
tains donnent l’idéogramme sumérien, sa
et de découvrir un autre texte contenant un
transcription phonétique en akkadien, sa tra-
récit de la Création.
duction akkadienne. Parfois même, outre
cette traduction, figure une explication par La traduction de ces textes causa quelque
un synonyme ou une définition » (Mounin sensation à l’époque. On se préoccupait
1974 : 54). alors, au nom de la science, d’authentifier
les récits de la Bible, le texte mésopotamien
À une époque ultérieure, celle des
apparaissant de ce point de vue comme une
Achéménides, le livre d’Esther, qui évoque
confirmation concernant des événements tels
la captivité des juifs pendant le règne d’As-
que le Déluge. Mais par ailleurs, cette source
suérus (Xerxès  :  – 486 à  – 465), contient un
parallèle, dont on soupçonnait qu’elle pou-
témoignage sur l’existence de traducteurs (ou
vait être antérieure, mettait en cause la posi-
d’une activité de traduction exercée par les
tion de la Bible comme livre le plus ancien.
scribes). Aman ayant obtenu d’Assuérus la
condamnation des juifs dans tout le royaume, Toute une tradition de travaux s’est ensuite
« une convocation fut donc adressée aux constituée autour de la comparaison de ces
scribes royaux […] et l’on mit par écrit tout textes avec ceux de la Bible, qui permirent

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
d’établir à la fois la part d’emprunt ou d’in- définitivement le sumérien, on voit apparaître
fluence et celle de l’originalité du texte une version plus longue du poème dans cette
hébreu. langue. C’est à cette époque (vers  – 1700)
qu’apparaît un autre poème, Atrahasis,
Samuel Noah Kramer souligne à plusieurs contenant le plus ancien récit du Déluge.
reprises l’analogie entre un certain nombre C’est ce récit qui sera intégré ultérieurement
de thèmes bibliques et ceux de la mytholo- dans d’autres versions de Gilgamesh (Bottéro
gie sumérienne. Il y voit une influence loin- 1992-b).
taine possible par le biais des Cananéens.
C’est à partir de là qu’il y a eu emprunt de
Particulièrement frappants sont les rappro- 13
la part des Hébreux, mais de façon sélec-
chements qu’il effectue à partir du poème
tive et soumise aux impératifs d’une autre
sumérien intitulé Enki et Ninhursag (texte de
théologie : « [si l’on considère] les récits du
278 lignes) où l’on trouve évoqués les thèmes
Déluge. Les dieux mésopotamiens veulent
de l’Eden, de la chute, d’un état préadamite
purger la terre de toute présence humaine
où la femme accouchait sans souffrir.
parce que les hommes dérangent leur quié-
Les travaux de Bottéro sur l’Épopée de tude, par leur bruit et leur nombre. Le Dieu
Gilgamesh permettent non seulement d’en d’Israël décide, lui, de punir les hommes
établir la genèse, mais aussi de dater l’appa- d’une conduite immorale. Il en résulte des
rition du récit du Déluge. enseignements très différents. » (Bottero
Le récit du Déluge traduit par George Smith 1992  : 31). Enfin, il faut souligner que
provenait de Ninive ; c’était un fragment (le la diffusion de Gilgamesh par la traduc-
chant XI) de l’Épopée de Gilgamesh. Il s’agis- tion fut très large puisqu’« […] on trouve
sait sans doute d’une copie réalisée vers en Asie Mineure plusieurs tablettes por-
650 sur l’ordre d’Assourbanipal, mais d’une tant des traductions en hurrite et même
copie qui avait derrière elle tout un passé. en hittite, langue indo-européenne, de plu-
L’exploitation littéraire du thème remonte aux sieurs parties du poème. Il était donc cer-
Sumériens ; ces premières formes de poèmes tain que le texte babylonien de l’épopée
(fin du IIIe  millénaire) ne contiennent pas le avait été traduit et pastiché un peu partout
récit du Déluge. Dans le premier tiers du dans le Moyen-Orient, à des périodes très
IIe millénaire, alors que l’akkadien a supplanté anciennes » (Kramer 1994 : 264).

3. FONDAMENTAUX

Pour la culture occidentale, deux ensembles civilisations (cf. ci-dessus  : Akkad), mais ils
de textes majeurs entretiennent des rap- sont les producteurs ou les dépositaires d’un
ports spécifiques et fondamentaux avec la ensemble de textes fondateurs qui ont éga-
traduction. lement attiré la traduction pour d’autres rai-
Les Grecs n’ont guère traduit, leur pays étant sons, culturelles et surtout religieuses ; ils
celui des origines. La Grèce est le berceau contiennent par ailleurs des considérations
de la civilisation occidentale, le pays où sont ou des implicites concernant les langues et
pratiquement nées les diverses formes de la traduction, qui ont marqué leur approche
littérature, ensemble de textes vers lesquels, dans la civilisation occidentale et dont les
tout au cours de l’histoire de la civilisation effets se font sentir jusqu’à aujourd’hui.
occidentale, on se tourne pour en extraire la
matière, la forme, se faire un style, les imi-
ter ou y rendre hommage par une nouvelle 3.1 La Grèce
traduction qui en rendrait mieux l’esprit et
la forme.
Si, en Égypte, la traduction était implicite-
Les Hébreux ont pu, à certains moments de ment placée sous l’égide de Thot, elle aurait
leur histoire, faire des emprunts à d’autres pu, en Grèce, être rattachée à Hermès, dont

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

le nom même signifie « interprète ou mes- sens proprement linguistique. Il signifie  : qui
sager ». Ce dieu de l’éloquence, auquel on ne parle pas grec ou qui ne comprend pas le
offrait les langues des victimes sacrifiées, grec » (Lacarrière 1981  : 13-14). Néanmoins,
était, par son art, non seulement le messa- l’auteur concède que le terme a des conno-
ger des dieux, mais aussi celui qui présidait tations négatives dans la mesure où il serait
aux négociations et aux voyages. Il y a là dérivé d’une onomatopée qui évoque le bal-
toute une symbolique qui a depuis été large- butiement, l’absence de clarté. Ce point de
ment utilisée dans les écrits sur la traduction. vue est repris par Marie-Françoise Baslez
Pourtant, il est à la fois étrange mais caracté- (1986), qui souligne le sentiment de supé-
14 ristique de la civilisation grecque que, tout en riorité linguistique et culturelle allant de pair
étant placée dans une situation d’échanges avec cette conception.
économiques (et donc linguistiques), on y
trouve peu de mentions de l’interprétation et 3.1.2 Les exceptions : traduction
que, tout en possédant des acquis culturels
et ouverture à l’autre
et philosophiques permettant l’élaboration
de réflexions sur le langage, elle ait négligé Il y a pourtant des exceptions plus ou moins
et même méprisé la traduction comme objet marquées à cet ethnocentrisme forcené.
d’étude tout autant que comme pratique. L’une se trouve dans un dialogue de Platon,
l’autre chez Hérodote.
3.1.1 La notion de « barbare » : Né en – 428/– 427 à Athènes, Platon se ren-
langues étrangères dit vers 390 en Égypte. C’est peut-être le
et traduction souvenir de ce voyage qui, dans le Timée
et le Critias, l’amène à faire état des rap-
Les Grecs, comme les Égyptiens, considé- ports que les Grecs entretenaient avec les
raient les autres peuples comme des bar- Égyptiens et de la dette qu’ils ont contrac-
bares  : ce sentiment de supériorité reposait tée envers eux sur le plan culturel. Dans ces
à la fois sur la conscience de posséder une deux dialogues, Critias évoque le voyage
culture raffinée et une langue supérieure aux que l’homme d’état athénien Solon fit en
autres. Égypte (vers  – 600) et le récit qu’un prêtre
Un auteur comme Lacarrière nous invite à lui fit de la légende de l’Atlantide, que les
envisager ce terme de « barbare » avec plus Grecs avaient oubliée car, à la différence
de sérénité et estime que l’interprétation des Égyptiens, ils n’avaient pas de tradition
qu’on en a souvent donnée est une méprise ; historique. Or ce récit, rapporté par Solon,
il n’aurait pas les connotations péjoratives est une traduction (ce qui viendrait nuan-
que nous lui donnons aujourd’hui, mais « un cer l’idée que les Grecs ne traduisaient pas)
mais une traduction-appropriation qui va
La culture grecque jusqu’à traduire les noms propres.
Hérodote est né en  – 484 à Halicarnasse
comme matrice
en Carie (à l’emplacement de l’actuelle
Les Ve et IVe siècles av. J.-C., qui voient ville de Bodrum, au sud de la Turquie). Il
s’épanouir le théâtre et la poésie avec s’établit à Samos, se perfectionne dans
Eschyle, Sophocle, Pindare, etc., ne sont le dialecte ionien, et écrit en neuf livres
marqués par aucune traduction. Le mépris une histoire qui commence à l’époque de
pour les autres langues et la plupart Kyros, roi de Perse. Hérodote, on le voit,
des autres civilisations fit qu’il n’y eut pas n’est pas un Grec du Péloponnèse, et ce
de pratique officielle, courante et attestée, sont peut-être ses origines qui expliquent
de la traduction en Grèce. Il en résulta pour sa curiosité pour l’Orient ou en tout cas la
le reste de l’histoire une image de la Grèce, vision mesurée et sans préjugés qu’il a don-
qui ne sera que progressivement nuancée, née des pays où il s’est rendu. C’est ainsi
comme fondatrice des littératures. La notion que, selon Lacarrière, les récits d’Hérodote,
d’original est constitutive aux productions tout en utilisant la traditionnelle distinction
grecques comme elle ne le sera jamais plus entre le grec et le non-grec (donc le « bar-
dans aucune autre civilisation. bare ») pour ce qui est de la langue, laissent

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
paraître une plus subtile classification entre consulter pour connaître l’avenir. Les dieux
les barbares de haute civilisation (Perses, donnaient leur réponse sous la forme de
Égyptiens) et les autres. signes divers  : rêves, bruits, paroles, que
Son récit sur l’Égypte vient tempérer l’image l’« Ermeneus » interprétait pour les consul-
d’une civilisation grecque source de tout, tants. Cette coutume révèle une conscience
modèle absolu ; il y a avec lui un avant les déjà aiguë de l’ambiguïté du langage et,
Grecs, une dette culturelle avouée, dans la de façon générale, de l’ambiguïté inhé-
mesure où, à plusieurs reprises, il signale des rente à toute forme de communication, à
parentés et même une filiation entre certains toute forme d’expression. Le sens n’est pas
donné, il est à construire, à interpréter à 15
aspects des deux civilisations. En outre, ce
récit n’est pas sans rapport avec la traduc- partir d’un donné formel. Il y a implicitement
tion. dans cet usage des signes une sémiotique
potentielle ; la part d’impondérable inhérente
Pour ce qui est des emprunts culturels,
au message reçu permettrait de le sonder
Hérodote déclare  : « En fait, la Grèce a reçu
pour essayer d’établir un rapport avec un
de l’Égypte presque tous les noms de ses
au-delà divin.
divinités. Ils nous viennent des Barbares,
mes recherches m’en ont convaincu, et sur- Dans le Cratyle, Platon pose le problème
tout, je crois, de l’Égypte. » (Hérodote 1992 : de l’origine et de la nature du langage. Pour
186-187) ; c’est ainsi qu’il rattache l’origine Socrate, « le nom est un instrument propre
des oracles grecs à l’Égypte. à enseigner et à distinguer la réalité, comme
la navette à démêler les fils » (Platon 1967  :
Pour ce qui est de la traduction, même s’il
399). Les thèses de Cratyle amènent Socrate
est vrai qu’officiellement les Grecs n’ont
à exposer les principes d’une forme d’éty-
guère traduit, les récits d’Hérodote recèlent mologie, ainsi qu’une sorte de motivation
une forme de traduction  : il y a eu échange phonique et même à envisager la possibi-
d’information, transcription en grec de rensei- lité d’une création « par une puissance plus
gnements originellement formulés en égyp- divine que les hommes » pour les noms « qui
tien. Hérodote commence en ces termes son ont rapport aux choses éternelles et à la
aperçu de l’histoire d’Égypte : « Jusqu’ici, j’ai nature » (Ibid. : 412).
dit ce que j’avais vu, jugé et recherché par
moi-même. Je vais maintenant rapporter des Les Grecs sont à l’origine de la littérature
récits égyptiens tels que je les ai entendus ; européenne et, dans sa Poétique, Aristote
il s’y ajoutera pourtant quelques observations jette les bases d’une théorisation de la créa-
personnelles » (Ibid.  : 159). Enfin, la mention tion littéraire avec la distinction entre diégèse
en langue grecque du nom d’un pharaon suc- et mimésis. Mais rien ne viendra compléter
cesseur de Sésostris est l’indice, déjà visible cette prise de conscience par une réflexion
chez Platon, que les Grecs grécisaient les sur un genre qui matérialise un commerce
noms propres, ce qui est une forme de tra- culturel avec les « barbares ».
duction  : « Il eut pour successeur, m’ont dit
les prêtres, un Égyptien de Memphis qui por-
tait en langue grecque le nom de Protée. » 3.2 Les textes hébreux
(Ibid. : 217)
Ces textes se rattachent, à l’origine, à la tra-
3.1.3 Activités connexes : dition orale du peuple juif ; on estime qu’ils
oracles et philosophie ont commencé à être transcrits sur des rou-
leaux à partir de – 1300 « pour des morceaux
du langage
importants » (Jacob 1977 : 22-23).
On trouve dans la civilisation grecque deux
Vers  – 721, les Assyriens s’emparent
activités qui ont des liens avec la traduc-
de Samarie, capitale d’Israël (au nord),
tion  : la pratique de l’oracle et un début de
et déportent ses habitants. En 587,
réflexion sur le langage.
Nabuchodonosor, roi de Babylone, détruit
Les Grecs avaient leurs oracles à Delphes, Jérusalem et emmène en exil une grande
Olympie, Dodone, etc., que l’on venait partie de la population ; c’est la fin du

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

royaume de Judée (au sud) ainsi que la référent donnera lieu au Moyen Âge à la que-
destruction des textes sacrés. Une légende relle des réalistes et des nominalistes : « Pour
attribue à Esdras « la reconstitution inté- les réalistes, issus de Platon et saint Augustin,
grale de la Loi sous la dictée divine » les mots sont des manifestations concrètes
(Paul  2007  : 29). L’intégration de la Judée des Idées, il y a un rapport intrinsèque entre
dans l’Empire perse à partir de 538 donne l’idée et le mot. Pour les nominalistes, qui
à cette province une plus grande autonomie procèdent d’Aristote (et de saint Thomas plus
et la possibilité de fixer par écrit ses textes tard), les idées n’ont de réalité que dans l’es-
sacrés. « Le mot Bible n’existe pas dans le prit des hommes, les mots ne sont pas les
16
judaïsme. Ni la chose d’ailleurs.[…] à par- choses, ni les germes des choses, mais ne
tir du IIIe  siècle, semble-t-il, les maîtres du sont que des noms ; et les noms ne sont tels
judaïsme ou rabbis, désignèrent par Torah que par convention » (Mounin 1974 : 118).
ou “loi” l’ensemble des témoins ou relais de
Cette conviction qu’un rapport étroit existe
la révélation du Sinaï » (Ibid. : 49).
entre la forme et ce qu’elle véhicule a bien
Les textes furent répartis en plusieurs groupes : entendu généré une attitude de méfiance
– La Torah, c’est-à-dire la loi selon le envers la traduction, dans le domaine des
canon hébraïque, ensemble de cinq livres textes sacrés, qui s’est ultérieurement éten-
auquel les catholiques donneront à par- due au domaine poétique. La première solu-
tir du IIe  siècle après J.-C. le nom de tion proposée pour résoudre le problème de
Pentateuque, qui vient du grec et signi- la fidélité et parer aux risques de pertes est
fie « les cinq rouleaux » (Genèse, Exode, le calque.
Lévitique, Nombres, Deutéronome). Il convient cependant de nuancer cette rela-
– 12 livres d’histoire tion du langage à la création, en considérant
– 5 livres de poésie le fait que, dans la Genèse, Dieu délègue
en partie à l’homme l’acte de nomination  :
– 17  livres de prophétie, les Nebiim dans la
« […] il les [animaux] amena à l’homme pour
tradition juive.
voir comment celui-ci les appellerait  : cha-
Vers le troisième siècle av.  J.-C., il exis- cun devait porter le nom  que l’homme lui
tait au moins trois formes du texte hébreu  : aurait donné » (Genèse 2 : 19), ce qui accré-
celle qui deviendra le texte massorétique, le dite l’idée, sinon d’une double origine du
Pentateuque samaritain (dialecte proche de langage, tout au moins d’une origine à deux
l’araméen) et celle qui aurait servi de base à degrés, comme dans la théorie platonicienne
la version dite des Septante (Jacob 1977). (cf. supra 3.1.3.).

Texte sacré, qui attirera la traduction, la


Torah contient des présupposés linguistiques 3.2.2 La nature du texte source
importants qui ne sont pas sans portée pour La Torah est un texte sacré, inspiré ou
la pratique et l’étude de la traduction. écrit directement par Dieu  : « Quand Il eut
fini de parler avec Moïse sur le mont Sinaï,
3.2.1 L’origine et la nature Il lui remit les deux tables du Témoignage,
du langage tables de pierre, écrites du doigt de Dieu »
(Exode 31 : 18).
Le verbe de Dieu est associé à l’acte de créa-
De ce statut particulier découlent au moins
tion. Il s’agit d’une conception antinomique
trois conséquences, qui auront une influence
de celle qui voit dans le langage un fait de
non négligeable sur la conception de la tra-
convention sociale. Le verbe de la Genèse
duction  : le développement d’une tradition
est créateur, il est d’origine divine, et il existe
herméneutique, la préférence pour le litté-
un rapport naturel entre les mots et ce qu’ils
ralisme, une certaine hiérarchisation des
font apparaître. Cette force des mots conti-
langues.
nue d’être perçue aujourd’hui par exemple
dans leur utilisation magique, dans les actes L’origine divine du texte exclut un accès
de malédictions. Sur le plan linguistique, cette direct au sens et nécessite tout un travail
dichotomie de la relation entre le signe et son d’exégèse dont l’issue n’est pas toujours

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
assurée. D’où le désir de scruter le texte pour parlées sur la surface du globe. Cette mul-
en saisir le sens tout en ayant conscience du tiplicité et cette diversité ont de quoi sur-
caractère risqué de l’entreprise, car le texte prendre si l’on songe que les hommes sont
sacré, inspiré, comme les grands textes de tous dotés du même cerveau, du même
littérature, recèle plus de sens qu’il n’y paraît appareil phonatoire et des mêmes besoins
au premier abord. D’où la tradition herméneu- fondamentaux. La langue est à la fois ce
tique qui s’est développée autour du texte qui permet de communiquer à l’intérieur
biblique et qui s’est exprimée dans de nom- d’un groupe et ce qui empêche de com-
breux commentaires constituant le Midrash muniquer avec l’extérieur de ce groupe. À
et le Talmud. la question de savoir pourquoi les hommes 17

La méfiance à l’égard de la traduction, déjà parlent des langues différentes, la Torah


perceptible dans certains textes grecs, apporte une réponse mythique d’ordre
devient dans ce cas exacerbée  : la crainte punitif avec le mythe de Babel  : alors que
de déformer les paroles de Dieu génère un les hommes parlaient tous la même langue,
type de traduction littérale dont les formes pour les châtier de leur impudence (vou-
extrêmes seront celles d’Aquila, qui produit loir construire une tour « dont le sommet
un texte illisible pour qui ne connaît pas l’hé- pénètre les cieux »), Yahvé confond « leur
breu. langage pour qu’ils ne s’entendent plus
les uns les autres » (Genèse  11  : 7). La
Enfin, l’écriture de la « loi » en hébreu n’est
force de cette interrogation, mêlée au rêve
pas non plus sans portée linguistique et
d’une langue- mère, réapparaît sous des
culturelle puisqu’elle a longtemps accré-
formes scientifiques au début du XIXe siècle
dité l’idée de l’hébreu comme langue-mère,
avec les investigations des compara-
langue noble ou langue sacrée, celle dans
tistes (R.  Rask, J.  Grimm, W.  Humboldt,
laquelle Dieu s’est adressé à l’homme. Cette
Schleicher, etc.).
distinction d’ordre religieux sera reprise avec
des connotations culturelles dans l’opposi- Mais, sous l’angle théologique (et dans l’es-
tion entre le latin et le grec, d’une part, et les prit de ce mythe), il y a dans la traduc-
langues vulgaires d’autre part. L’histoire de tion un caractère transgressant, puisqu’elle
la traduction est parcourue par l’idée que les va à l’encontre d’un interdit de commu-
langues nouvelles, les vernaculaires, les lan- nication, et l’on voit apparaître de façon
gues rattachées à une civilisation inférieure, corrélée les doutes et les sentiments d’insa-
n’ont pas les mêmes pouvoirs que d’autres, tisfaction qu’elle peut générer dans certains
plus anciennes ou associées à des civilisa- domaines. Pour ce qui est du religieux, en
tions élaborées. La suite de l’histoire de la particulier, la peine est maximale puisqu’elle
traduction fera apparaître que cette concep- prétend véhiculer un sens en principe inac-
tion du langage et des langues a contribué à cessible ou trop complexe et trop dépen-
accréditer l’idée de l’impossibilité de la tra- dant de ses formes pour ne pas être trahi
duction ou, en tout cas, de son caractère par tout transfert. La traduction devient alors
dégradant pour l’œuvre concernée. un blasphème. George Steiner indique que :
« Le Megillath Taanith [traité rabbinique],
qu’on estime remonter au premier siècle,
3.2.3 La diversité des langues
rapporte que le monde s’obscurcit pendant
Selon les spécialistes (Hagège 1985 : 44), il trois jours quand la Loi fut traduite en grec »
existe aujourd’hui près de six mille langues (Steiner 1978 : 227).

4. L’ÉGYPTE PTOLÉMAÏQUE

À la mort d’Alexandre en  – 323, ses géné- Si les Grecs de l’époque classique et de
raux, les Diadoques, se partagent l’empire. façon générale les Grecs du Péloponnèse
Ptolémée, fils de Lagos (né en Macédoine n’ont guère traduit, il n’en fut pas de même
en – 360) se fait attribuer la satrapie d’Égypte. pour la civilisation qui se développa sous

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

l’égide des Ptolémées, et en particulier des que deux raisons présidèrent à cette com-
deux premiers. mande  : la curiosité intellectuelle et un
besoin. Il y avait à l’époque une importante
L’Égypte est alors un état bilingue. Le grec
communauté juive à Alexandrie (2/5 de la
est la langue officielle, celle de la classe
population) dont, pour beaucoup, la langue
dominante. L’égyptien demeure la langue
naturelle était alors le grec. Autant par
d’une bonne partie de la population auto-
souci de plaire à cette communauté que
chtone (mais pas dans sa totalité, il n’y a
par désir de mieux en connaître les textes
qu’à voir la communauté juive d’Alexandrie
religieux, Ptolémée ordonna d’entreprendre
18 pour laquelle en partie on a traduit l’Ancien
cette traduction.
Testament en grec).
D’après la légende rapportée dans la
Lettre d’Aristée, sur l’ordre du pharaon
Ptolémée  II, 72  savants d’âge vénérable, et
4.1 Ptolémée Ier Sôter
(– 305/– 283) vertueux, auraient traduit en 72 jours le texte
de la Torah. Après avoir désigné les 72 rab-
bins (six de chaque tribu d’Israël), le terme
Sur le plan culturel, Ptolémée Sôter (« Le Septante désigne aujourd’hui, par exten-
Sauveur ») manifesta son souci de gérer sion, l’ensemble de la première traduction
et d’aider les lettres et les sciences avec de l’Ancien Testament en grec réalisée du
la mise en place du Musée qui conte- e er
III   au I   siècle av.  J.-C. par divers traduc-
nait, entre autres, la fameuse Bibliothèque teurs (dont les Septante).
créée vers  – 290. Cette fondation aurait
été faite à l’instigation de Démétrios de Les historiens estiment aujourd’hui que ce
Phalère (– 350/– 283), ancien homme d’État récit est une légende et que le texte, dit des
et orateur athénien qui avait suivi l’ensei- Septante, serait l’aboutissement de plu-
gnement de Théophraste (lui- même dis- sieurs traductions. Les autres livres de l’An-
ciple d’Aristote) et qui, chassé du pouvoir, cien Testament ont été traduits pendant les
avait été amené à se réfugier en Égypte. deux siècles qui suivirent celle de la Torah,
Alexandrie devient un pôle culturel cosmo- et par divers auteurs : ceci apparaît dans les
polite, qui, pour un temps, prend la relève différences de traduction pour les mêmes
d’Athènes. mots, les versions étant de valeurs très iné-
gales d’un point de vue littéraire (Danielou
Faut- il considérer comme une traduc- 1958 : 95).
tion l’Histoire de l’Égypte que le prêtre
Le développement de l’araméen donna
Manéthon réalisa en grec à la demande de
lieu à des traductions dans cette langue
Ptolémée  I er ? Dans une certaine mesure
aux Ier  et IIe  siècles av.  J.-C. Les célèbres
oui, puisque cette somme de trente
« rouleaux de la mer Morte » découverts en
volumes représente une compilation de
1947 à Qumran comportent des fragments
textes égyptiens qui retraçaient les évé-
de ces traductions de l’Ancien Testament.
nements depuis la plus haute Antiquité
et décrivaient les coutumes des habitants Pour ce qui est de la Septante, le paratexte
et leur religion. Mais cette somme a dis- complexe qui l’entoure et qui vise à attes-
paru dans l’incendie de la bibliothèque ter sa valeur ne semble pas toujours avoir
d’Alexandrie en – 47. convaincu. Selon les spécialistes (cf. Danielou
et Momigliano), elle ne s’imposa pas comme
texte de référence dans les synagogues où
4.2 Ptolémée II Philadelphe on lisait toujours le texte hébreu, quitte à
(– 285/– 247) : la traduction lire la traduction ensuite ou une « interpréta-
des Septante tion » ; la Septante, par contre, sera adoptée
par les premiers chrétiens comme texte de
Le pharaon Ptolémée  II Philadelphe (« Qui référence.
aime sa sœur ») poursuit la politique cultu-
relle de son père et fait réaliser une tra-
duction de la Torah en grec. On estime

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
La Lettre d’Aristée
La Lettre d’Aristée fait partie des apocryphes de l’Ancien Testament, c’est-à-dire
des écrits imités des saintes Écritures ou générés par elles ; considérés comme d’origine
douteuse, ils ne sont pas, de ce fait, admis dans le canon biblique. Néanmoins, ce texte,
que l’on date comme étant du début du IIe siècle – il serait antérieur à 168 av. J.-C.
(Pelletier in Aristée 1962 : 234) – est le plus ancien document relatant les circonstances
de cette traduction. Il a été repris et commenté par divers auteurs juifs et chrétiens, dont
Philon le Juif, dans une Vie de Moïse (Ier siècle après J.-C.).
19
L’auteur, Aristée, faisait partie de la cour de Ptolémée mais était aussi membre
de la communauté juive. Il commence par faire remonter l’origine du projet à Démétrios
de Phalère, lors de la création de la bibliothèque par Ptolémée Ier. Parmi les projets
possibles pour l’avenir, Démétrios indique « qu’il y aurait aussi des lois des Juifs qui
mériteraient d’être transcrites et de faire partie de ta bibliothèque » (Aristée 1962 : 105),
mais le problème est qu’il faut les traduire ; or les textes auxquels Démétrios a accès
pour le moment ont été mal transcrits et contiennent des inexactitudes. Il conseille donc
au roi d’écrire au grand prêtre de Jérusalem, Eléazar, afin d’obtenir non seulement un
texte fiable, mais des traducteurs.
Le Grand Prêtre répond favorablement à la demande et formule même des vœux
pour « que la traduction de la Sainte Loi tourne à ton profit et s’accomplisse avec
sûreté » (Ibid : 129). Ces allusions sont explicitées à la fin de la lettre, lorsque Ptolémée
demande à Démétrios la raison pour laquelle un tel chef-d’œuvre n’a pas été traduit
avant. Démétrios lui relate le cas de deux entreprises antérieures : quand Théopompe
(378 à 300 av. J.-C.), disciple d’Isocrate, avait voulu « insérer dans ses recherches
des passages traduits de la Loi, il fut saisi d’un trouble mental pour plus de trente
jours » (Ibid. : 235) ; quant au poète Théodecte (375-334 av. J.-C.), « à l’instant où il allait
emprunter pour une pièce quelque passage tiré des textes de la Bible, ses yeux furent
atteints de la cataracte » (Ibid. : 237).

Or il s’agit de bien interpréter le sens de ces punitions : « ce qui attire le châtiment


divin, ce n’est pas la maladresse à traduire un passage de la Loi, c’est l’indiscrétion
que constitue sa mise en œuvre dans la littérature profane et spécialement au
théâtre » (note 3 de Pelletier, ibid. : 237). Cette interprétation est confirmée par la suite
de l’histoire de Théopompe à l’intérieur de la Lettre d’Aristée : « un songe lui ayant
montré que c’était dû à l’indiscrétion qu’il avait eue de vouloir livrer les choses divines
à des profanes, il s’en abstint et ainsi recouvra la santé » (Ibid. : 237). Il ne s’agit donc
pas tant d’empêcher de traduire que d’empêcher de révéler des mystères à des non-
initiés ; on peut voir dans ce genre d’interdiction la source du tabou qui semble frapper
la traduction religieuse dès l’Antiquité, thèse reprise par Douglas Robinson (1996) dans
Translation and Taboo.

Le récit que fournit Aristée du travail des traducteurs diffère quelque peu de celui que
donne Philon le Juif dans sa Vie de Moïse (Ier  siècle av. J.-C.). Dans sa Lettre, Aristée
dit que Démétrios les conduisit à l’île de Pharos et que là, « ils procédèrent au travail
en se mettant d’accord entre eux sur chaque point par confrontation » (Aristée : 231),
procédure qui semble beaucoup plus vraisemblable que celle évoquée par Philon, où
l’accord des traducteurs s’effectue sans qu’ils se soient consultés, ce qui accrédite l’idée
d’une inspiration divine de la traduction et la valide donc à la fois comme équivalent total
de l’original et comme texte sacré.

De toute façon, dans la Lettre d’Aristée, la traduction réalisée devient un texte définitif
puisqu’il est prévu d’en interdire toute modification (Ibid. : 233-234).

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

hiéroglyphes et le démotique) ainsi qu’une


4.3 Ptolémée V (– 210/– 181) : traduction de ce texte en grec. L’ensemble
la  pierre de Rosette
fut réalisé en  – 196, sous le règne de
Ptolémée  V, et proclame en substance que
C’est également de l’Égypte ptolémaïque que « Ptolémée fit rouvrir tous les canaux
nous est parvenue la pierre de Rosette, qui d’Égypte et employa à ces travaux un nombre
porte sans doute l’une des traductions les considérable d’ouvriers, des sommes
plus célèbres de l’Antiquité. Elle fut décou- immenses et huit années de son règne »
verte en septembre 1799 par l’armée de (Hartleben 1983  : 47-48). C’est en partie la
20 Bonaparte lors des travaux de fortification. La comparaison de ces textes qui permit à
stèle comporte trois inscriptions : un biscript Champollion d’aboutir au déchiffrement des
réalisé à l’aide de deux types d’écriture (les hiéroglyphes en 1822.

5. LA LITTÉRATURE PROFANE À ROME

Des travaux de traduction ou d’adaptation qui dans l’évolution du phénomène : la traduction


nous sont parvenus ressortent trois caracté- se personnalise, elle constitue un relais cultu-
ristiques, dont certaines marquent un palier rel indéniable et devient matière à réflexion.

Écriture & langues 5.1 La traduction se personnalise :


Livius Andronicus
L’écriture hiéroglyphique est apparue
vers le troisième millénaire av. J.-C., c’est-à- C’est à l’époque romaine que l’on voit appa-
dire quelques siècles après les premiers raître les premières traductions signées. Le
pictogrammes sumériens. Les hiéroglyphes, premier traducteur européen dont le nom
signes dérivés en partie de l’art pictural, soit connu est un esclave grec affranchi,
étaient sculptés ou peints, mais également Livius Andronicus, qui vers  – 240 traduisit
transcrits sous forme de cursive sur L’Odyssée en vers latins.
les papyrus. À partir de là s’est développée
une cursive connue sous le nom de hiératique, Livius Andronicus (– 272/– 207) était un grec
qui a elle-même été concurrencée à partir originaire de Tarente, ville des Pouilles qui
de 715 (environ) av. J.-C. par une cursive plus tomba aux mains des Romains en – 272. Le
simple correspondant également au dernier jeune Andronikos fut amené à Rome, dès sa
état de la langue : le démotique, qui était naissance, avec une foule d’autres esclaves
l’écriture courante de l’époque ptolémaïque. grecs après la prise de la ville. Il appartenait
Les égyptologues se trouvaient donc à Marcus Livius Salinator (d’où son nom) ; sa
en face d’un texte opaque, réalisé sous tâche consistait à la fois à jouer et à écrire
des pièces de théâtre et à enseigner le latin
deux formes, et d’une traduction en grec.
et le grec aussi bien aux enfants de la mai-
Ils allaient, en partie, trouver une aide pour
son qu’à ceux d’autres familles aisées ; les
leur entreprise de déchiffrement dans un
tâches d’enseignement étaient par tradition
quatrième avatar de l’égyptien : le copte.
dévolues aux esclaves et aux affranchis, qui
Cette variante tardive (IIIe siècle apr. J.-C.)
comptaient parmi eux un certain nombre
empruntait pour beaucoup sa transcription au
de Grecs ou d’individus parlant leur langue,
grec, mais préservait sept caractères dérivés
alors langue de culture et de communica-
des hiéroglyphes : selon Gardiner (1957 : 6),
tion dans la partie orientale du bassin médi-
« le copte est dans une certaine mesure
terranéen.
une langue presque artificielle, élaborée
par les moines chrétiens de la région, qui Son maître récompensa son talent en l’af-
fut de toute façon fortement influencée par franchissant, et le gouvernement sembla par
la littérature biblique grecque ». ailleurs apprécier les services qu’il rendit à

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
plusieurs reprises en composant des hymnes Originaire de la Grande Grèce (plus précisé-
d’action de grâce lors de victoires militaires. ment des Pouilles) comme Livius Andronicus,
Quintus Ennius (– 239/– 169) était bilingue et
L’oeuvre d’Andronicus procède de la double
fit d’abord une carrière militaire avant de
nature de ses occupations. S’il traduisit
suivre Caton l’Ancien à Rome et de pas-
L’Odyssée en vers latins (vers  – 240), ce fut
ser sous la protection des Scipions. Il initia
pour avoir un manuel permettant l’enseigne-
leur cercle à la culture grecque et composa,
ment des deux langues grecque et latine. Cet
outre une œuvre personnelle (les Annales,
ouvrage est ultérieurement resté en usage.
poème épique qui relate l’histoire de Rome),
Acteur dramatique, il compose et transpose 21
une vingtaine de tragédies dont plusieurs
des pièces du répertoire grec, qui se substi-
sont adaptées ou imitées d’Euripide ; par ail-
tuent à l’ancien cantique lyrique du théâtre
leurs, il transposa en poésie le roman mytho-
romain. Un an après la fin de la première
logique d’Evhémère, Histoire sacrée (fin du
guerre punique, en 240, son premier drame e
III  s. av. J.-C.). Le neveu d’Ennius, Pacuvius
fut représenté sur la scène.
(– 220/– 130), originaire de Brindisi, écrivit des
En fait, Livius Andronicus était plus romain tragédies inspirées par le cycle de la guerre
que grec ; ses traductions révèlent qu’il était de Troie.
loin d’avoir une connaissance parfaite du
Né à Sarsinae en Ombrie, Plaute (– 254/– 184)
grec  : on y relève des contresens et son
est un homme du Nord, d’origine modeste ;
style ne brille pas par l’élégance (Mommsen il commence par être acteur et directeur de
1985 : 656), mais il a eu le mérite de contri- troupe avant de faire faillite et d’exercer le
buer à introduire à Rome l’épopée, la tragé- métier de meunier-boulanger. Il se met à
die et la comédie. écrire des pièces pour le théâtre populaire, il
imite les auteurs grecs Ménandre, Diphile et
Philémon ; ses pièces les plus célèbres seront
5.2 Le théâtre romain une source d’inspiration pour les auteurs des
naît du théâtre grec e e
XVI et XVII   siècles  : Amphytrion (repris par
Molière), La Marmite (qui inspirera l’Avare), Les
À partir de cette époque, on voit des auteurs Ménèchmes et Miles Gloriusus (archétype du
latins se servir des originaux grecs, tout soldat fanfaron que l’on retrouve aussi bien
autant comme base de travail pour une tra- dans les théâtres italiens, anglais et français).
duction plus ou moins libre que comme Le parcours de Térence (– 190/– 159) est
source d’inspiration pour des (re)créa- très différent  : né en  – 190 à Carthage, il fut
tions plus ou moins personnelles. Il semble d’abord un esclave appartenant au sénateur
bien que plusieurs mobiles soient interve- Terentius Lucanus, qui lui donna son nom.
nus dans ce mouvement de traduction  : le Apparemment remarqué pour ses dons par
souci de transmettre un héritage tout autant son maître, il reçoit une éducation d’homme
que le désir d’utiliser le prestige de certaines libre et est affranchi ; il fréquente la haute
sources et d’un mode d’écriture, mais il est société et les cercles d’érudits. Il écrit pour
évident que durent intervenir les besoins d’un ce public un théâtre plus littéraire, plus châ-
public nouveau ; les guerres contre la Grèce tié, que celui de Plaute. Chez lui, l’intrigue
mirent les soldats romains en contact avec et les noms des personnages sont grecs  :
la culture et les divertissements de cette quand il s’inspire de Ménandre (par exemple
civilisation où le théâtre occupait une place pour Les Adelphes), il fusionne deux pièces
importante. en une ; il utilise Apollodore de Charys pour
Le Campanien Cneius Naevius (– 270/– 201) Phormion. En  – 160, il part en Grèce cher-
cher des pièces et disparaît au cours de ce
est représentatif d’un partage entre inspira-
voyage.
tion personnelle et importation culturelle  : il
utilise sa participation à la première guerre Mais cette activité de traduction et surtout
punique comme base d’une épopée (Bellum d’imitation ne fut pas sans inconvénient pour
punicum) mais il « traduit » ou compose des la réputation de ceux qui la pratiquèrent. On
tragédies inspirées de la guerre de Troie, dont a souvent accusé les Romains d’avoir été
seuls des fragments nous sont parvenus. incapables de créer une littérature originale

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

jusqu’au premier siècle av.  J.-C., alors que Cicéron (– 106/– 43) étudia les Grecs en
l’on a mis au contraire l’accent sur la créati- Italie et au cours de séjours à Athènes,
vité des Grecs qui servaient de modèles. On Smyrne et Rhodes, où il suivit les enseigne-
comprend mieux, à la lumière de ce risque, ments d’Antiochos d’Ascalon, Zénon, Rutilius
l’attitude d’un du Bellay qui, au XVIe siècle, se Rufus, et Posidonios d’Apamée. Il a traduit
montrera soucieux de promouvoir la création le Protagoras de Platon et l’Économique de
d’une littérature autochtone tout en dénigrant Xénophon.
le traducteur.
C’est dans le traité Du meilleur genre d’ora-
Ce travail d’importation littéraire via l’imita- teurs (– 46) que Cicéron aborde le pro-
22
tion se double d’une activité d’importation blème de la traduction. Il le fait à propos
de manuscrits. Au premier siècle av.  J.-C., d’une traduction des discours d’Eschine
Sylla, lors de sa guerre contre Mithridate et de Démosthène concernant l’affaire de
(– 86), entra en possession de la biblio- la Couronne (Les Discours pour et contre
thèque d’Apellicon de Téos qui contenait les Ctésiphon) qu’il a réalisée afin de faire
oeuvres d’Aristote et de Théophraste. Celle-ci connaître leurs qualités oratoires (ce sont,
fut transportée à Rome, et le grammairien pour lui, des modèles du genre). Cette traduc-
Tyrannion mit la main sur la plus grande par- tion ne nous est pas parvenue et le passage
tie des ouvrages qu’elle contenait, permettant où Cicéron commente sa traduction se limite
à Andronicus de Rhodes de dresser un cata- à quelques lignes, mais il est de Cicéron et
logue, de rédiger des sommaires et d’éditer constitue, aux yeux de certains, l’un des pre-
le corpus que nous connaissons. miers écrits sur la traduction, en tout cas le
À la suite de ces traductions ou adaptations plus ancien connu. Son importance est indé-
inspirées du théâtre grec, il y eut des produc- niablement liée à son caractère historique, à
tions dans d’autres domaines. Au Ier  siècle la personnalité de l’auteur et au nombre de
av.J-C, le poète Matius donna une traduc- fois qu’il sera invoqué par la suite (jusqu’à la
tion en vers de L’Iliade. Au siècle suivant, Renaissance, et au-delà) pour justifier une tra-
le poète et orateur Silius Italicus (25-101) duction qui ne soit pas littérale mais fondée
aurait produit, vers 75-80, une version latine sur une appréhension globale du sens  : « je
de L’Iliade qui permit au Moyen Âge (où l’on n’ai pas cru nécessaire de rendre mot pour
ignorait le grec en Occident) de connaître mot ; c’est le ton et la valeur des expres-
Homère de façon indirecte. On traduisit éga- sions dans leur ensemble que j’ai gardés »
lement des ouvrages scientifiques grecs, (Cicéron 1921  : 111). Pas plus que Cicéron,
comme les trente livres sur l’agriculture du Horace n’a écrit de traité de traduction, mais
Carthaginois Magon, entreprise qui, selon dans son Épître aux Pisons ou Art poétique
Pline l’Ancien, aurait été commanditée par le (– 13), lorsqu’il traite de l’imitation des poètes
Sénat romain (Momigliano  1991). À cela on anciens, il pose la traduction comme repous-
peut ajouter Le Gynecia, traité chirurgical de soir, comme frein à la création personnelle.
Soranos d’Éphèse, mis en latin au IIe  siècle D’autres auteurs latins se sont ultérieurement
par Caelius Aurelianus et par Musto. Enfin, exprimés sur la traduction (au cours des Ier et
l’empereur Auguste (– 63/14) créa un bureau e
II  siècles). À la manière de Cicéron, Quintilien
de traduction pour les besoins de l’adminis- et Pline le Jeune soulignent le caractère for-
tration de l’Empire. mateur de la traduction pour le style ; mais
Quintilien a déjà une vue réaliste du pro-
blème, en ce sens qu’il perçoit que la nature
5.3 La traduction devient matière des langues étant différente, on est amené à
à réflexion
procéder à des substitutions de figures ; tan-
dis que Pline note que la traduction oblige
Du temps de Cicéron, la haute société à creuser le sens et mène à une compré-
romaine est bilingue, et ce depuis plusieurs hension plus fine. Aulu-Gelle, dans les Nuits
générations. De nombreux fils de famille attiques, défend une forme de traduction
ou même des jeunes gens de milieu plus libre, pour des raisons d’ordre linguistique,
modeste  –  Cicéron était de ceux-là  –  vont stylistique et même moral (lorsque certains
parfaire leur formation en Grèce. passages risquent de choquer la pudeur).

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
6. LE CHRISTIANISME ÉPICENTRE
DE TRADUCTION

Il y a tout lieu de croire que le Christ par-


6.1 Les premières vagues
lait en araméen et qu’il prêchait dans cette
langue. Or les Évangiles ont été rédigés
en grec (peut-être en hébreu pour celui de 23
6.1.1 Les Évangiles
Mathieu), et certains considèrent que ces
Le Christ naît dans un environnement pluri- transcriptions d’un enseignement oral donné
lingue dont la composition est en partie affi- en araméen constituent une forme de traduc-
chée dans l’inscription que Pilate fit placer tion. Les évangélistes auraient alors été les
sur la croix : « c’était écrit en hébreu, en latin premiers traducteurs chrétiens.
et en grec » (Jean 19 : 20). En fait, la Palestine Outre leur caractère sacré qui va faire
offrait au moins une configuration tétraglos- d’eux des Écritures d’un nouveau style, les
sique significative avec l’araméen  : langue Évangiles sont une production artistique d’un
populaire (absente de l’écriteau), l’hébreu  : nouveau type qui offre quatre points de vue
langue sacrée, le grec : langue de culture et sur la vie d’un héros porteur d’une bonne nou-
de la plus ancienne occupation et le latin  : velle qui se doit d’être diffusée. L’appellation
langue véhiculaire et d’administration. « Évangile » vient du grec evangelion (signi-
Le Christ écrivant est décrit dans la scène fiant « bonne nouvelle »), que l’on trouve en
où les pharisiens viennent lui présenter la tête de l’Évangile de Marc (Paul 2007).
femme adultère, pour qu’il la juge selon
Plusieurs types de travaux se développèrent
la loi  : « Mais Jésus, se baissant, se mit à
autour des Écritures, plus ou moins directe-
écrire avec son doigt sur le sol » (Jean 8 : 7).
ment liés à la traduction.
Cependant, il ne reste pas de textes rédigés
directement par le Christ ; son enseignement
a été transmis par voie orale et n’a été fixé 6.1.2 Le Diatessarion de Tatien
par l’écriture que dans la seconde moitié du
Tatien (né vers 120), originaire de Syrie orien-
premier siècle.
tale, vient à Rome où il suit l’enseignement de
Il existe des milliers de manuscrits de ces Justin et, sous son influence, se convertit au
textes qui pour la plupart datent du Ve siècle christianisme avant de repartir en 172 dans
et offrent des variantes, dont certaines sont son pays. Sa particularité est d’avoir produit
dues à des erreurs de copistes. Les textes (avant ou après son retour) une version syn-
primitifs furent rédigés sur des rouleaux ; thétique des quatre Évangiles, qu’il fusionna
à partir du IIe  siècle, on utilisera des feuil- de manière à former un récit continu, le
lets constituant un codex (livre). Les textes Diatessarion (où les exégètes ont trouvé des
qui furent longtemps considérés comme les distorsions dangereuses pour le dogme). En
plus anciens et les plus fiables sont le Codex fait, le texte ne nous est parvenu que sous
Vaticanus, conservé à la Bibliothèque vati- forme de fragment rédigé en grec, retrouvé
cane, et le Codex Sinaiticus, conservé au en Syrie sur le site de Doura-Europos ; mais
British Museum, datant du début du IVe siècle. on ne sait pas si l’original de ce travail fut le
On a trouvé au XXe  siècle des codex ou des texte grec lui-même ou une version rédigée
papyrus datant du IIe siècle. en syriaque (langue maternelle de Tatien, qui
Les Évangiles, version écrite en grec d’un connaissait aussi le grec) ni quand ni où ce
enseignement oral donné en araméen, travail de synthèse fut réalisé. Ce texte a été
ne constituent qu’une partie du Nouveau utilisé, cité et commenté par divers auteurs
Testament. Celui-ci comporte 27  livres réu- postérieurs et l’on a retrouvé une version
nis en un certain nombre d’ensembles  : les latine, sans doute réalisée au IIIe siècle, dans
Évangiles, les Épîtres, les Actes des Apôtres, un manuscrit du VIe siècle à Capoue, en Italie.
l’Apocalypse. (Paul 2007)

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

6.1.3 Les Hexaples d’Origène utilisait une traduction totale ou partielle de la


Bible en latin. Les anciennes versions étaient
Né vers 185 à Alexandrie, dans une famille réalisées à partir de la Septante et selon des
chrétienne, Origène commence par enseigner principes de littéralité. Le terme Vetus Latina
la grammaire. L’évêque Démétrios lui confie ou Vetus Itala est un collectif qui désigne un
la responsabilité de l’école catéchétique. ensemble de versions fragmentaires plutôt
Après diverses tribulations (Rome, Césarée, qu’un travail unique. Il y aurait eu plusieurs
Alexandrie, Grèce), il se fixe à Césarée en versions  : une européenne ou italique, une
230 où il enseigne et effectue des travaux africaine et peut-être une espagnole. Elles
24 d’exégèse. On peut le considérer comme l’un auraient été produites de la deuxième moi-
des fondateurs de la méthode comparatiste. tié du deuxième siècle au milieu du troi-
Le premier, il conçoit le projet d’appliquer sième. Outre le principe de littéralité, elles
aux Écritures les principes de critique tex- étaient écrites dans la langue du peuple,
tuelle des savants alexandrins, mettant en sans recherche stylistique, la simplicité de
parallèle les différentes versions du texte l’expression étant à la fois garante de l’ac-
sacré. Il s’agit des Hexaples disposés en six cessibilité pour le lectorat et de l’authenticité
colonnes donnant le texte hébreu de l’Ancien d’un message direct et sans apprêt, à la dif-
Testament en caractères hébreux, sa trans- férence de la rhétorique des grands auteurs
cription en lettres grecques, les traductions classiques (mais païens).
grecques d’Aquila, de Symmaque, ainsi que
celles de la Septante et de Théodotion. Il ne 6.1.5 Traductions orientales
reste que des fragments de cette oeuvre de
L’expansion du christianisme se manifeste
six mille cinq cents pages. (Paul 2007)
sous forme de traductions des textes sacrés
Persuadé que l’Écriture est la source de la (en particulier à partir de la Septante) en
foi, Origène a rédigé des commentaires sur diverses langues  : versions coptes dès le
presque tous les livres bibliques, dont la e
II   siècle ; version éthiopienne réalisée du IV
e

majorité ne nous est parvenue que dans une au VIIe siècle à partir de la Septante ; versions
traduction latine. syriaques, dont la Peshitta (cf. Chap. 2).
La version arménienne réalisée entre 407 et
6.1.4 La Vetus latina 414 par le prêtre et moine Mashtotz fut de
Du vivant de l’apôtre Paul, il y avait une celles qui donnèrent lieu à la création d’un
communauté chrétienne à Rome. Les impor- alphabet pour une langue qui n’existait qu’à
tateurs de la nouvelle religion, et donc les l’état oral (cf. Ulfila, Cyrille et Méthode).
premiers fidèles, venaient de l’Orient. Ils par- Mashtotz (360-441), également orthogra-
laient le grec et cette langue fut pendant plus phié Mesrop Machtots, travailla avec le
d’un siècle la langue des chrétiens (exception Catholicos Sahek et divers collaborateurs à
faite des communautés syriaques et coptes ; partir de textes grecs et syriaques. « La ver-
cf. ci-après  : « traductions orientales »). Le sion arménienne des Écritures n’est pas tou-
grec occupait dans l’Empire romain, à cette jours littérale ; les éléments d’interprétation
époque, une position privilégiée  : langue de et d’adaptation abondent » (Paul 2007 : 160).
culture, il était aussi la langue utilisée pour Cette traduction fut suivie de celle d’œuvres
commercer ou voyager dans tout le bas- profanes  : Aristote, Platon, Zénon, Eusèbe
sin méditerranéen. À la fin du IIe  siècle, les (Delisle & Woodsworth 1995)
choses évoluent du point de vue de l’Église
d’Occident, sa base populaire s’élargit et l’on 6.1.6 Ulfila et l’arianisme
se met à prêcher en latin. Corrélativement se
L’arianisme est une doctrine qui a été prê-
développe une littérature chrétienne en latin
chée à partir de 320 par un prêtre d’Alexan-
à laquelle se trouvent associées des traduc-
drie nommé Arius (280-336). Il critique
tions de la Bible. (Von Campenhausen 1969)
le dogme de la Trinité et nie la divinité du
La prédominance du latin en Gaule et en Christ ; pour lui, le Christ est certes un être
Afrique du Nord crée le besoin de traduc- exceptionnel mais ce n’est pas un dieu, c’est
tions latines de la Bible. On sait que Tertullien « une créature ». Cette doctrine scandalise

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
nombre d’évêques et le concile réuni par prenant ses distances avec elle, la littérature
Constantin à Nicée, en 325, condamne la païenne classique ; c’est un érudit qui a étu-
théorie d’Arius et rédige une déclaration de dié la théologie et les langues ; il a traduit (ou
foi extrêmement précise  : « Jésus est né et fait traduire) une somme de textes religieux
non créé » (Hammel et Ladrière 1991 : 30). impressionnante, d’autres textes également ;
Cependant, cette prise de position officielle il s’est exprimé sur la traduction dans des
ne mit pas fin à l’affaire car, si la partie occi- préfaces et une célèbre lettre-traité.
dentale de l’Empire en général se rangea à
la décision du concile, la partie orientale eut 6.2.1 La carrière
25
tendance à opter pour l’arianisme. C’est cette
Une bonne partie de sa carrière se déroula
« hérésie » que l’évêque Ulfila prêcha aux
sous le règne de Théodose  Ier (379-395)
Goths à partir de 341.
c’est-à-dire dans un empire romain décentré
Le nom d’Ulfila en gotique devait être Wulfila vers Constantinople (et l’Orient) et de plus en
(« petit loup »), mais ce n’est que supposi- plus dominé par les chrétiens.
tion car on n’en connaît que des transcrip- Eusèbius Hieronymus est né en 347 à Stridon
tions grecques ou latines. Il est né, vers 311, en Dalmatie (aujourd’hui Croatie occidentale)
d’un père wisigoth et d’une mère cappado- dans une famille de propriétaires terriens
céenne, ce qui expliquerait l’éducation reli- aisés. Après des études classiques à Rome,
gieuse dont il a bénéficié. Vers 340, Ulfila est il envisage une carrière dans l’administra-
sacré évêque par Eusèbe de Nicomédie tion ; une crise spirituelle majeure le pousse
(280-341), évêque de Constantinople et par- à consacrer sa vie au Christ  : en 373/374, il
tisan d’Arius. Eusèbe avait été déposé de décide de partir en Orient pour y pratiquer la
son siège de Nicomédie et exilé après le vie monastique et approfondir ses connais-
concile de Nicée (325) pour avoir été (peut- sances en théologie.
être) le complice de Licinius ; rappelé en 328,
D’abord installé à Antioche puis dans le
il devint le chef des ariens.
désert de Chalcis, Jérôme mène une exis-
Le travail de conversion mené par Ulfila tence d’anachorète et de chercheur ; il étu-
généra une entreprise de traduction de la die les Écritures et les langues  : le grec, le
Bible, qui eut des retombées linguistiques et syriaque et l’hébreu. Il est ordonné prêtre
culturelles importantes. En effet, pour mener mais demande à rester moine pour préserver
à bien cette opération, Ulfila fut amené à son indépendance.
créer un alphabet pour transcrire la langue
De 379 à 382, il séjourne à Constantinople où
des Goths, le gotique, qui n’existait que sous
il suit les cours de Grégoire de Nazianze dont
forme orale. Il prit pour base l’alphabet grec
il devient l’ami. À l’occasion du concile de
auquel il ajouta des éléments runiques et
381, il entre en contact avec les amis de son
latins (les caractères runiques représentent
maître, dont Grégoire de Nysse (330-395),
les premières formes des alphabets germa-
défenseur de la cause de Nicée.
niques et scandinaves).
Sa connaissance du grec et ses lectures
La traduction d’Ulfila a été réalisée à partir
de textes en cette langue l’amènent à vou-
du texte grec, dont elle suit assez rigoureu-
loir les diffuser et donc à les traduire. C’est
sement la syntaxe. Elle offre un cas intéres-
ainsi qu’il produit une version latine de la
sant de censure à des fins morales : afin de
Chronique d’Eusèbe de Césarée, qui est une
ne pas encourager l’esprit belliqueux des
sorte d’histoire de l’Antiquité intégrant des
Goths, Ulfila n’a pas traduit le Livre des Rois
données concernant les Grecs et les Hébreux
qui contient de nombreux récits de batailles.
et allant jusqu’au règne de Constantin. Le tra-
vail qu’effectue Jérôme à partir de l’original
est caractéristique de la manière dont, par
6.2 L’épopée hiéronymienne
la suite (en particulier au Moyen Âge  : cf. la
traduction d’Orose par le roi Alfred), les tra-
La figure de saint Jérôme (en latin Eusèbius ducteurs ont traité ce type de texte, qu’ils
Hieronymus) domine par sa stature l’histoire s’estiment autorisés à rectifier, « bonifier »
de la traduction  : cultivé, il connaît, tout en et/ou mettre à jour ; en l’occurrence, Jérôme

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

intègre des éléments pris chez les historiens du Ier  siècle), différent parfois du texte plus
latins (dont Suétone) et fait œuvre person- ancien qui avait été utilisé pour la Septante.
nelle pour la période contemporaine. Mais à cela s’ajoutait un motif d’ordre apolo-
gétique, dans la mesure où il lui apparaissait,
Le pape Damase  Ier (366-384) convoque un
ainsi qu’à un certain nombre de ses amis,
concile à Rome pour 382. Jérôme, invité,
qu’ils ne pourraient répondre aux critiques
s’y rend avec les évêques d’Antioche et de
des Juifs qu’en adoptant le même texte de
Salamine à qui il sert d’interprète.
base. C’est pour cette raison qu’il adopta le
Lorsque Jérôme arrive à Rome, il a déjà une canon hébreu au lieu du canon alexandrin,
26 réputation d’exégète et de lettré. Damase ce qui l’amena à écarter les Apocryphes et à
en fait son secrétaire en 382 et lui confie ne conserver que les vingt-deux livres recon-
la gestion des archives papales et de sa nus par les Juifs. Les autres livres ne sont
bibliothèque (Damase avait installé une biblio- cités que comme source supplémentaire
thèque dans la basilique de Saint Laurent (Kelly 1975).
à Rome, qui fut transférée au Latran au
e
VII  siècle). Puis Damase lui confie l’établisse- Sa traduction de l’Ancien Testament fut en
ment d’un texte en latin pour l’ensemble des fait une entreprise collective qui s’étala sur
Écritures à partir de la Vetus Latina. Il sem- quinze années (390-405). Lui-même comme
blait important dans un contexte de religion maître d’œuvre se livra à d’importants travaux
dominante et afin de prévenir les risques de d’exégèse et reprit l’étude de l’hébreu sous la
doute dus aux flottements des variantes tout direction du juif Bar Anima. Il ne travailla pas
autant que les risques d’hérésie auxquels les textes dans l’ordre (Genèse, etc.) mais
celles-ci pouvaient donner lieu, d’avoir un commença par traduire Samuel et Les Rois.
texte homogène sur lequel on puisse appuyer Il utilisa les textes juifs et la version littérale
le dogme. L’idéal de la traduction demeure d’Aquila comme moyen de vérification, s’en-
celui de la Septante  : un seul texte traduit, tourant constamment de spécialistes juifs. Il
de même qu’il n’y a qu’un original ; la diver- indique même que pour Job il utilisa parfois
sité des interprétations signifie l’altération du des versions syriaques et arabes.
texte divin. Toutefois, l’idée de moderniser la
Avec Jérôme, l’Occident chrétien découvre
langue et d’améliorer le style de l’ensemble
l’exégèse et surtout le scandale de la retra-
ne devait pas être absente du projet.
duction. La réaction s’opère en deux temps
Jérome présente une version révisée des et sur deux modes.
Évangiles au pape ; mais celui-ci décède
Sa retraduction du Nouveau Testament,
en décembre 384. Les faveurs dont avait
menée à partir des textes grecs, fut mal
joui Jérôme, son tempérament assez vif et
accueillie par le public parce qu’elle rompait
abrupt, avaient suscité la jalousie et les ini-
avec la tradition, avec le texte auquel on était
mitiés éclatèrent dès que fut installé le suc-
habitué. Il y eut des réactions de fidèles qui
cesseur, Sirice.
lui furent rapportées, en particulier par saint
Augustin.
6.2.2 L’Orient et la traduction
Pour ce qui est de l’Ancien Testament, le
En août 385, Jérôme décide de repartir en travail que Jérôme accomplit au Moyen-
Orient ; il sera accompagné puis suivi d’amis Orient est remarquable et relève déjà d’une
parmi lesquels des patriciennes qui vendront démarche humaniste  : retour aux textes les
leurs biens pour fonder un couvent proche plus anciens, apprentissage de l’hébreu,
de son monastère à Bethléem. Jérôme se confrontation avec les textes des Hexaples,
rend plusieurs fois à Césarée pour travailler à exégèse en relation avec les docteurs juifs.
la bibliothèque contenant les Hexaples d’Ori- La retraduction naît, pour Jérôme, d’une pro-
gène, et c’est ainsi que, progressivement, il cédure à base comparatiste ; elle est l’abou-
en vient à la décision de faire une retraduc- tissement d’une visée éthique ; son résultat
tion à partir de l’original hébreu. Cette déci- troublant génère une réaction méfiante de la
sion se justifie d’un point de vue scientifique, part d’une autorité comme saint Augustin,
mais il convient de noter que cet « origi- pour qui la Septante est un texte inatta-
nal » était le texte massorétique (fixé à la fin quable ; il conseille donc à Jérôme de se

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
méfier de son orgueil, qui risque de lui faire d’Horace sur la traduction » et enfin, prenant
croire qu’il est plus perspicace que les tra- appui sur la manière de faire des drama-
ducteurs qui l’ont précédé. La multiplicité des turges romains, il a ces mots remarquables :
interprétations ne peut être que nuisible au « Térence a traduit Ménandre, Plaute et
poids des Écritures  : « Or à cette réflexion Cécilius les vieux comiques ; s’attachent-ils
te contraindra la religion, qui t’enseigne que aux mots, n’est-ce pas plutôt le charme et
l’autorité des divines Écritures deviendra flot- l’élégance de l’original que leurs traductions
tante, si en elles chacun peut croire ce qu’il nous conservent ? Ce qu’il vous plaît d’ap-
veut, mais ne pas croire ce qu’il ne veut pas » peler l’exactitude de la traduction, les gens
(Augustin in Jérôme T. 3 1953 : 54). 27
instruits l’appellent mauvais goût » (Jerôme
1953 : 60).
6.2.3 La Lettre à Pammaque Cette déclaration capitale montre bien à quel
(395) point la frontière est alors floue entre traduc-
La lettre-traité de Jérôme n’a pas été rédi- tion, adaptation et imitation et à quel point
gée expressément à propos de ses travaux les traducteurs du XVIIe  siècle (dont d’Ablan-
sur la Bible, même s’il y parle de la traduc- court est l’archétype) sont les continuateurs
tion biblique. Elle fut motivée par les attaques d’une tradition ancestrale  : les termes utili-
dont il fut l’objet à propos de « la traduction » sés par Jérôme sont très proches de ceux
(informelle), de grec en latin, d’une lettre de d’un Malherbe.
l’évêque de Constantia, Épiphane, à Jean, Jérôme rappelle ensuite ce qu’il avait
évêque de Jérusalem. Il est très significatif que déclaré dans la préface à sa traduction de
le traité de Jérôme soit d’abord une « justifica- la Chronique d’Eusèbe de Césarée, réa-
tion », car ce sera la motivation principale de lisée lors de son séjour à Constantinople
bon nombre de préfaces ultérieures. (379-381). En utilisant le vocabulaire de la
Plus de quatre siècles séparent cette lettre traductologie contemporaine, on peut dire
des remarques de Cicéron. Elle est adressée que Jérôme a très tôt été sensible à l’inévi-
à Pammaque, sénateur romain, qui était éga- table écart que les idiolectes génèrent : cha-
lement l’ami de saint Augustin. Jérôme donne cun a sa langue, son style ; à cela s’ajoute
au titre de sa lettre le tour d’un traité de tra- le fait que les langues n’ont pas la même
duction  : De optimo genere interpretandi (« La configuration  : il y a des absences d’équi-
meilleure méthode de traduction »). Après valence, des trous lexicaux, des différences
avoir rappelé les circonstances de l’affaire ci- au niveau des structures et des locutions.
dessus et réprouvé le procédé dont il a été Le traducteur navigue entre un littéralisme
victime, Jérôme déclare  : « Oui, quant à moi, qui risque souvent de paraître lourd et/ou
non seulement je le confesse, mais je le pro- ridicule et une aisance ou une liberté qui
fesse sans gêne tout haut  : quand je traduis risque de passer pour de la trahison. En fin
les Grecs – sauf dans les saintes Écritures, où de compte, il réitère sa profession de foi
l’ordre des mots est aussi un mystère – ce n’est cicéronienne : « Depuis ma jeunesse, ce ne
pas un mot par un mot, mais une idée par une sont pas les mots, mais les idées que j’ai
idée que j’exprime » (Jérôme 1953 : 59). traduits » (Jérôme 1953 : 61).

On peut noter que, bien que Jérôme parle Jérôme donne ensuite des exemples concrets
ici de deux façons de traduire le grec, l’une pour illustrer le problème des écarts par rap-
sens à sens, selon la méthode cicéronienne port à l’original. Ses textes de référence sont
et l’autre (implicitement) littérale pour ce qui des citations des évangélistes, de la Version
est des saintes Écritures, ce qui constitue le des Septante ou de textes hébreux. Les tech-
véritable sujet de la lettre de Jérôme, c’est niques abordées vont des étoffements dus et
la traduction des textes grecs autres que les indus aux modifications de l’ordre des mots
saintes Écritures. Soulignant les « libertés » et des phrases, en passant par les variations
que Cicéron a prises en raison des spécifici- à l’intérieur du paradigme de désignation. En
tés des langues, Jérôme cite le célèbre pas- guise de conclusion à cet examen, Jérôme
sage de la préface de son maître et y ajoute reprend le dogme d’une traduction dyna-
pour faire bonne mesure les « considérations mique, visant à la clarté, tout en intégrant,

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CHAPITRE 1
Histoire de la traduction

dans une certaine mesure, le droit à l’erreur une conception de la traduction différente de
sur le précédent des Septante  : « Qu’ils me celle annoncée pour les textes sacrés dans
permettent donc aussi de leur dire : la vie des sa Lettre à Pammaque ; dans le prologue au
églises n’est pas compromise, si, dans une livre de Job, il dit  qu’il transmet tantôt les
dictée rapide, j’ai omis quelques mots. Il serait mots, tantôt le sens, tantôt les deux.
trop long d’exposer à présent tout ce que les
Même si, dans sa Lettre à Pammaque (395),
Septante ont ajouté de leur cru, ou bien omis,
il dit estimer que la traduction de l’Écri-
tous les passages qui, dans les exemplaires
ture doit être littérale, son principe directeur
de l’Église, sont marqués d’obèles ou d’asté-
28 dans la pratique fut qu’une bonne traduc-
risques » (Jérôme 1953 : 70).
tion devait exprimer le sens et non les mots
Enfin, après avoir réaffirmé l’autorité de la ver- de l’original. Dans la mesure où les idiomes
sion des Septante, Jérôme précise son atti- d’une langue ne se retrouvent pas forcément
tude anti-littéraliste par une attaque contre la dans l’autre, il estimait avoir le droit de pré-
méthode d’Aquila et une défense des impé- server l’élégance du latin tant qu’il ne modi-
ratifs des langues d’arrivée. fiait pas le sens. D’où son intérêt pour « la
On peut dire que la lettre-traité de Jérôme grâce et l’euphonie » au nom desquelles il
est fondatrice en matière de traductologie. La retravaille la parataxe du texte hébreu ; d’où
défense de sa réputation l’amène à dépas- les synonymes qu’il substitue aux mono-
ser le cadre de l’incident pour exposer des tones répétitions de mots et d’expressions
vues larges sur la traduction, qui intègrent de l’hébreu.
les genres et les manières de traduire selon
Pourtant, il ne tire jamais sa traduction
leur spécificité. Sa formation classique tout
vers son style personnel, il respecte le latin
autant que le bon goût, le jugement et le bon
d’église à coloration hébraïque qui ne lui plai-
sens lui font adopter des positions réalistes
sait pas. Il disait qu’il devait respecter la tra-
en matière de différences linguistiques et de
dition. À un niveau plus théorique, il pensait
leurs conséquences pour la traduction. Ses
comme d’autres intellectuels chrétiens que
apparentes contradictions ou réserves sont
ce qui comptait dans l’Écriture, c’était le
en fait la manifestation d’une conscience
contenu et non la forme littéraire.
aiguë des dilemmes de la traduction. Ce tissu
de données et de perceptions peut aider à Les spécialistes modernes estiment que sa
comprendre, s’il est interprété de façon posi- traduction est dans l’ensemble fidèle, bien
tive, la raison pour laquelle la traduction est plus que la Vieille Version latine qu’elle allait
rarement un produit homogène et donne tou- supplanter, mais ils ne sont pas sans émettre
jours matière à critique et à refonte. quelques réserves. Premièrement, en de
nombreux endroits, il a interpolé quelques
6.2.4 Évaluation et postérité mots d’explication pour aider le lecteur
ou abrégé l’original afin d’éviter l’ennui.
On estime que c’est après sa mort que l’on Deuxièmement, là où l’hébreu présentait des
plaça certains de ses écrits en préface à ses difficultés ou des contradictions ou incon-
traductions. Ses Préfaces laissent paraître sistances (souvent dues au caractère com-
posite du texte), il maquilla ces défauts par
L’icônisation une habile réécriture. Troisièmement, il eut
tendance à prendre plus de libertés avec les
Jérôme fut canonisé au VIIIe siècle livres qu’il traduisit en dernier, de sorte que
et proclamé docteur de l’Église au s’il peut à juste titre répondre avec mépris
e
XIII  siècle. Le culte de saint Jérôme fut à ceux qui l’accusaient de paraphrase pour
ravivé à la Renaissance par Giovanni di Samuel et les Rois, sa version des Juges
Andrea, juriste de l’Université de Bologne, (en 404/5) n’était pas loin de suivre cette
qui voyait en lui une sorte d’humaniste méthode. Quatrièmement, il traduisit de
amateur d’un style à la fois beau et pur. nombreux passages de façon à leur donner
Reflet de cet engouement, la floraison une orientation messianique ou chrétienne
de portraits ou de tableaux représentant plus marquée que ne le permettait l’original
saint Jérôme à cette époque. hébreu. (Kelly 1975)

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L’Antiquité

Histoire de la traduction
culture hellénistique, Eudoxie, en collabora-
6.3 La fin de l’Empire romain tion avec Cyrus de Panopolis, préfet du pré-
toire, poète et philosophe, « transforma
Persécutés au début du IIIe  siècle, sous le l’établissement d’éducation assez modeste
règne de Dioclétien, les chrétiens ne repré- fondé par Constantin en une grande univer-
sentaient encore qu’une minorité sous sité de haut niveau, contrepartie chrétienne
Constantin. En devenant la religion de la de l’université essentiellement païenne
classe dirigeante, le christianisme devint d’Athènes. Un des apports de cette université
un puissant pôle d’attraction face au paga- fut la compilation du Codex de Théodose,
rationalisation de toutes les lois qui régis- 29
nisme, qui resta pendant longtemps encore
largement répandu. Cependant, l’implica- saient tant l’Orient que l’Occident depuis
tion théologique de l’empereur, déjà appa- l’époque de Constantin. » (Norwich 2002 : 63)
rente sous Constantin, se fit plus grande
encore sous Théodose  Ier (qui monta sur le
trône en 379) et l’amena à lutter non seule-
Le nestorianisme
ment contre les hérésies mais aussi contre
C’est également pendant ce règne qu’est
le paganisme. Une série de mesures va être
redébattue la question de la nature
prise (telle que l’interdiction de pratiquer du Christ, qui avait déjà donné lieu
les oracles) ; l’une d’elles aura des consé- à l’hérésie arienne condamnée en 325
quences linguistiques inattendues et par à Nicée. En 427/428, Nestorius (381-451),
voie de retour sur la traduction. moine d’Antioche, est nommé patriarche
En 391, l’empereur Théodose  Ier décrète la de Constantinople. « Refusant d’attribuer
fermeture de tous les temples païens de les fragilités de l’humanité à une personne
l’Empire ; les adeptes de l’ancienne religion de la Trinité, il prêchait que le Christ n’était
égyptienne n’étaient plus très nombreux, pas, comme le croyaient les nicéens,
mais cette mesure autoritaire va entraîner une personne unique, mais qu’il possédait
une désaffection plus grande et par voie de deux personnes distinctes, l’une humaine
conséquence la perte de contact, en Égypte, et l’autre divine » (Norwich 2002 : 63).
avec l’écriture hiéroglyphique. Celle-ci était Les talents de prédicateur de Nestorius
transmise par les prêtres ; l’interdiction qui font qu’il convainc de nombreuses
frappait leur religion, puis leur disparition phy- personnes à Constantinople, dont
sique progressive, ont fait que plus personne l’empereur ; mais il trouve un farouche
ne savait lire les hiéroglyphes. Ainsi donc, à adversaire en la personne de Cyrille,
partir du milieu du Ve siècle, les textes écrits patriarche d’Alexandrie. L’empereur
à l’aide de ces signes deviennent inacces- convoque un autre concile, qui se tient
sibles et le resteront jusqu’au XIXe  siècle, où en 431 à Éphèse ; Cyrille arrive à faire
l’exhumation de la pierre de Rosette et son condamner le nestorianisme et à faire
décryptage par Champollion permettront d’en destituer Nestorius. Celui-ci est banni
retrouver la lecture. et exilé en Égypte en 435, ses livres sont
brûlés.
En 395, Théodose, avant de mourir, partage
l’empire entre ses deux fils ; il meurt à Milan
après avoir installé son fils cadet Honorius à
Rome et l’aîné à Constantinople. C’est l’acte
officiel de partage d’un empire qui avait déjà
connu bien des divisions et des gestions plu-
ricéphales.
En 402/404, Honorius établit la capitale de
l’Empire d’Occident à Ravenne. Sous le
règne de Théodose  II (408-450), le pouvoir
est pratiquement exercé par les femmes
qui conseillent l’empereur : sa sœur Pulchérie,
puis son épouse Eudoxie. Élevée dans la

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Histoire de la traduction
INDEX

A Barthélémy de Messine 58
Batteux Charles 141 221
Aasen Ivar 200
Baudelaire Charles 163, 183, 193-194,
Abbassides 45
196, 198
Abd al-Rahman III 47
Baudoin Jean 116, 141
Académie française 116
Beauvau Louis de 65
Adélard de Bath 50
Beckford William 132
Aelfric 43
Bède le Vénérable 38
Afanasi Fet 190, 192
Béhistoun 11
Aix-la-Chapelle 39
Behn Aphra 130-131
Akhénaton 10
Beldiman Alecu 194
Akkad 12
Benjamin Walter 163
Albert Henri 178
Berchet Giovanni 173
Alcuin 39 Berners Lord 96
Aldhelm 38 Bersuire Pierre 61
Alexandre 9 Bessarion 80
Alexis Ier Mikhailovitch 137 Beyer Sille 200
Alfred le Grand 42 Bible 9, 12, 16, 19, 24-25, 27, 62,
Algarotti Francesco 123 66-67, 100, 103-104
Al-Hakam II 47 Bibliander Theodor 146
Al Ma’moun 45 Biehl Charlotte Dorothea 199
Alphonse X le Sage 52-53 Bjørnson Bjørnstjerne 187, 201
Amadis de Gaula 91 Boccace 60
Amthor Christoph 134 Bodmer Jakob 134-135
Amyot Jacques 89-90, 92-94, 99, 102, Boèce 33
118 Bourchier John 96
Anastase le bibliothécaire 40 Bourenine Victor Petrovich 193
Andersen Hans 168, 187 Boyer Abel 142
Annenski Fedorovitch 190, 193 Brant Sebastian 87
Antoine André 187 Breitinger Johann Jacob 134
Argyropoulos Jean 81 Brianski Iakov 192
Arianisme 24 Bruni Leonardo 79
Aristippe de Palerme 58 Bryusov Valéri 193
Arius 24 Budé Guillaume 90
Arnold Matthew 164 Burgundio de Pise 56
Arrivabene Andrea 147 Burton Francis 170
Ascham Roger 99 Byron 161
Aulu-Gelle 22
C
B Caedmon 37
Babel 17 Calvin 107
Bacon Roger 51 Camoens 168
Bal’mont Konstantin Dmitrievitch 193 Campbell George 133
Balzac Honoré de 165, 197 Cantemir Antioche 138
Barac Ioan 194 Cantemir Dimitrie 138, 147, 154
Baretti Giuseppe 125 Carcano Giulio 175

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INDEX
Histoire de la traduction

Carlyle 165 Dassy François 91


Carroll Lewis 181 Daudet Alphonse 166
Carter Elizabeth 131 Daurand-Faurgues Paul-Émile 182
Cartier Jacques 83 Davray Henry-David 182
Casanova 124 Defauconpret Auguste Jean-
Cassiodore 33 Baptiste 182
Catherine II 139 Defoe Daniel 144, 175, 195
Cavanilles José 127 Delille Jacques, abbé 140, 177
Caxton William 76-77 Démétrios de Phalère 18
222
Cesarotti Melchiorre 124, 173-174 Denham John 128
Cetti Domenico 175 Desfontaines, abbé 145
Chalcocondyle Démétrios 81 Des Maizeaux Pierre 143
Chapman George 102 Diatessarion 23
Charles Ier d’Anjou 59 Di Breme Lodovico 173
Charles Quint 85 Diderot Denis 141
Charles V 61 Dimitriu Toma 152
Charrière Ernest 185 Dolce Lodovico 83
Chasles Philarète 182 Dolet Étienne 78, 95
Chateaubriand 177 Dosoftei 151
Chrysoloras Manuel 77, 79 Dostoievski 178
Cicéron 22 Dryden John 128
Cisneros Ximenez de 104 Ducis Jean-François 144, 191, 194
Clavijo y Fajardo José 127 Dumas Alexandre 165
Codex Sinaiticus 23
Codex Vaticanus 23 E
Coeffeteau Nicolas 116 Édesse 35
Coleridge Samuel Taylor 164 Éléphantine Princes d’ 9
Collège royal 90 Eliot George 165
Collier Mary 131 Ennius Quintus 21
Colomb Christophe 84 Érasme 105
Colomban 36 Érigène Jean Scot 41
Conrart Valentin 116 Estienne Henri 78
Constant Benjamin 176 Estienne Robert 78
Constantin l’Africain 57 Étaples Jacques Lefèvre d’ 106
Conti Antonio, abbé 123 Eugène l’Émir 58
Coran 45, 51-52, 146-147 Eusèbe de Césarée 25
Corbechon Jehan 62 Évangiles 23, 106, 133
Coresi Théodore 150
Corrozet Gilles 91 F
Cosme l’Ancien 80 Fanshawe Richard 128
Coste Pierre 142 Faust 172
Costin Nicolae 151 Fausto da SLongiano Sebastiano 82
Coverdale Miles 108 Ficin Marcile 81
Cowley Abraham 128 Fielding Henry 131, 145, 161
Croce Benedetto 175 Fitzgerald Edward 169
Culpeper Nicholas 129 Florio John 100
Cyrille 55 Foersom Peter 200
Foscolo Ugo 174
D François Ier 90
Dacier André 121 Frédéric II de Hohenstaufen 58
Dacier Mme 121-122, 124 Freud Sigmund 165
Damase Ier 26 Friedrich Hegel 180
Dante 59, 167 Furetière Antoine 118

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Index

Histoire de la traduction
G Hugo Victor 166, 197
Gaguin Robert 87 Humphrey Lawrence 101
Galland Antoine 148 Hunayn Ibn Ishaq 46
Hus Jan 67
Garnett Constance 168
Gauchy Henri de 61
I
Gaza Théodore 82
Gentile Giovanni 175 Ibsen Henrik 187
Gérard de Crémone 50 Isidore de Séville 38
Gerbe Vassilevitch 194 Italicus Silius 22
223
Gerbert d’Aurillac 48
Gherasim L’Archimandrite 152 J
Gheuca Léon 152 Jacques de Venise 56
Gilgamesh 12 Jacques Ier d’Angleterre 108
Giordani Pietro 173 Jaubert Ernest 186
Gnéditch Nikolaï 190 Jean d’Amalfi 57
Godeau Antoine 115 Jean d’Antioche 60
Goethe Johann Wolfang von 141, 145- Jeanne de Bourgogne 61
146, 159, 179-180 Jérôme saint 25
Goldsmith Oliver 145 John of Trevisa 68
Gor’kij Maxime 187 Jonson Ben 101, 181
Gottsched Johann Christoph 134 Joukovski Vassili Andreïevitch 190
Gramsci Antonio 175 Joyce James 183
Greve Felix Paul 162 Justinien 35
Grundtvig Nicolai Frederick 199
Guarini Battista 83 K
Guillaume de Moerbeke 56 Kant Emmanuel 180
Gutenberg 76 Kapnist Vassili 190
Karamzin Nikolay 191
H Kormart Christoph 133
Habicht Max 161 Kostrov Ermil 140
Halpérine-Kaminsky Ely 186 Kozakiewicz Bronislaw 182
Hammer-Purgstal Joseph von 161 Kozlov Ivan 194
Hapgood Isabel 168 Krasicki Ignacy 184
Henning Max 161 Kyukhelbeker Wilhelm 191
Herberay Nicolas d’ 91
Herder Gottfried 135-136 L
Heredia José-Maria de 178 Lagerlöf Erland 201
Hereford Nicholas 67 la Malinche 85
Hérelle Georges 179 La Mothe Le Vayer 118
Hermann de Carinthie 49 Lane Edward-William 169
Hermès 13 La Place Pierre-Antoine de 124-125,
Hérodote 10, 14 143, 191
Hesdin Simon de 63 Larbaud Valery 189
Hexaples 24 Laskaris Constantin 81, 83
Holberg Ludvig 199 Laskaris Jean 78, 81, 88, 90
Hölderlin Friedrich 159 Laurent le Magnifique 81
Holland Philemon 98 Lebesgue Philéas 178
Horace 22 Leconte de Lisle 177
Hotin Amfilohie de 152 Lemaistre de Sacy 118
Houdar de la Motte Antoine 116, 122 Lembcke Edvard 200
Howitt Mary 168 Leoni Michele 174
Huet Pierre-Daniel 119 Leopardi Giacomo 174
Hugo François-Victor 180-181 Lessing Gotthold Ephraim 136

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INDEX
Histoire de la traduction

Le Tourneur Pierre 144 Milescu Nicolae 151


Lettre d’Aristée 18 Mille et une Nuits 148-149, 161-162,
Lewis Matthew Gregory 145 169-171
Linacre Thomas 96 Milton John 123, 128, 133, 175-177
Littmann Enno 162 Moïse de Bergame 56
Littré Émile 177 Montagu Lady Mary Wortley 149
Livius Andronicus 20 Montaigne Michel de 93
Lomonossov Mikhaïl 139 Monti Vincenzo 174
Lönnrot Elias 201 More Thomas 97, 198
224
Lopez de Ayala Pedro 53 Morris William 164
Lopez Soler Ramon 171 Motoc Vasile 150
Lucène Vasque de 64 Motteux Pierre-Antoine 129
Luther Martin 44, 86-87, 106-107
Lydgate John 69 N
Naevius Cneius 21
M Nebrija Antonio de 84
Machado Alvarez Antonio 173 Negruzzi Costache (Constantin) 197
Machtots Mesrop 24 Nerval Gérard de 180
Macpherson James 132, 153 Nestorius 29
Madame Bovary 166, 197 Newman Francis William 164
Maginn William 163 Nicholls Thomas 97
Mahomet 44 Nicolas Le Huen 88
Maïmonide Moïse 47 Nicolas V 82
Maistre Joseph de 177 Nietzsche Friedrich 178, 180
Malherbe François de 115 North Thomas 98
Malory Thomas 69, 77 Notker le Lippu 41
Manéthon 18
Manuce Alde 77 O
Maracci Ludovico 147 Ochoa Eugenio de 172
Marat Jean-Paul 142 Odoacre 33
Marc de Tolède 52 Omeyyades 44
Marco Polo 56 Opitz Martin 133
Mardrus Joseph-Charles 188 Oresme Nicolas 62
Mariano José de Larra 172 Origène 24
Marlowe Christopher 137, 161, 181 Ozell John 131
Marolles Michel de 118
Marot Clément 91 P
Marx Karl 165, 193 Pablo de Xerica 172
Marx-Aveling Eleanor 166 Pacuvius 21
Mashtotz 24 Palencia Alfonso de 84
Mavrocorvado Nicolas 149 Paradise Lost 176
Ménage Gilles 117 Pascoli Giovanni 175
Mendoza Inigo Lopez de 83 Pavese Cesare 175
Menendez y Pelayo 171 Payne John 165, 170
Merejkovski Dimitri 187 Pedersen Christiern 107
Mérimée Prosper 186 Perrot d’Ablancourt Nicolas 116-117
Merzliakov Aleksei Fedorovitch 190 Pe(s)chitta 35
Méthode 55 Pétis de La Croix François 149
Meung Jean de 60-61 Pétrarque 59
Méziriac Bachet de 118 Petrovna Elisabeth 138
Michaïlov Mikhaïl Larionovich 194 Pichot Amédée 178, 182
Mickiewicz Adam 184 Pierre de Rosette 20
Midrash 17 Pierre le Grand 137

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Index

Histoire de la traduction
Pierre le Vénérable 51 Schlegel August Wilhelm von 160
Pilato Leonzio 59 Schlegel Friedrich von 176
Pirandello Luigi 167 Schleiermacher Friedrich 160
Pjast Vladimir Alekseevitch 194 Schopenhauer Arthur 180
Plantin Christophe 79 Scot Michael 52
Platon 14 Scott Jonathan, Dr 169
Platon de Tivoli 49 Scott Moncrieff 165, 167
Plaute 21 Scott Walter 161, 195
Pline le Jeune 22 Sefardi Moïse 50
225
Poe Edgar 183, 193 Ségovie Jean de 147
Pogge Le 65, 81 Seyssel Claude De 88, 91
Polevoy Nikolay 192 Shakespeare William 124-126, 143-
Pope Alexander 130 144, 191-192, 196, 199-200
Porphyre 34 Shelley Mary 181
Postel Guillaume 146 Shelley Percy Bysshe 164
Pouchkine Alexandre 185 Sienkiewicz Henryk 184
Premierfait Laurent de 64 Smollett Tobias 131, 145
Prévost, abbé 145 Snellman Johann Wilhelm 202
Proust Marcel 167 Söderberg Hjalmar 201
Psammétique 10 Soliman le Magnifique 147
Ptolémée II 18 Sologub Fiodor 193
Ptolémée V 20 Sorbière Samuel 142
Purvey John 67 Sotheby William 163-164
Putneanul Gherasim 152 Soumarokov Alexandre 138, 140, 154,
191
Q Southey Robert 167
Quevedo y Villegas Francisco Gomez Stace 60
de 126 Staël Mme de 173, 176
Ștefan Simion 151
R Steinhöwel Heinrich 87
Radcliffe Ann 145 Stendhal 165
Rădulescu Ion Heliade 195 Sterne Laurence 145
Ramiro de Maeztu 172 Stoker Bram 181
Ramusio Giovanni Battista 83 Stowe Harriet Beecher 183
Raoul de Presles 62 Strinberg August 187
René d’Anjou 65 Sumer 11
Reuchlin Johann 104 Swift Jonathan 145
Richardson 145
Rivière Pierre 88 T
Rolli Paolo 123 Talmud 17
Rosenfeldt Nils 200 Tardiff Guillaume 87
Ryer André du 147 Tatien 23
Tchekhov Anton 168, 196
S Tell El-Amarna 10
Sainte-Maure Benoît de 65 Tende Gaspard de 119
Saint-Gelais Octavien de 89 Térence 21
Saint-Hyacinthe Thémiseul de 144 Théodoric 33
Saint-Simon Marquis de 176 Théodose Ier 25
Salel Hugues 91 Théodulfe 39
Salerne Alfano de 57 Thorkelin Grimur Jonsson 199
Savary Claude-Étienne 147 Thot 10
Savine Albert 182 Tieck Ludwig 161
Schiller Friedrich von 141, 160 Tolstoï Léon 186

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INDEX
Histoire de la traduction

Tomas de Iriarte 126 Vignay Jean de 61


Tordasi 150 Villegas Esteban de 126
Torrens Henry 169 Villena Marquis de 83
Tours Michel de 89 Vives Juan Luis 86
Trébizonde Georges de 82 Vogüé Eugène-Melchior de 186
Trébutien Guillaume 188 Voltaire 143
Trediakovsky Vassili 139 Von Humboldt 160
Tyler Wat 67 Voss Johann 160
Tyndale William 108 Vronchenko Mikhail 191
226
Tytler Alexander Fraser 132
W
U Wailly Léon de 182
Unamuno Miguel de 172 Walcher 50
Urquhart Thomas 129 Walpole Horace 145
Weil Gustav 161
V Wieland 136
Văcărescu Iancu 196 Wieland Christoph 159
Valdès Juan de 86 Wilde Oscar 166
Valla Giorgio 83 Wilson Thomas 98
Valla Lorenzo 82, 104 Wilster Frederik 199
Van Effen Justus 144 Wulff Peter Frederick 200
Vasa Gustav 107 Wulfila 25
Vaugelas 119 Wyclif John 66
Vedia y Goosens Enrique de 172
Velicikovski Paisie 151
Y
Verlaine Paul 166 Yakimov Vasily 192
Verne Jules 166
Verri Alessandro 125 Z
Vetus latina 24 Zelenski Tadeusz 188
Viardot Louis 186 Zola Émile 166

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Histoire de la traduction
TABLE DES MATIÈRES

227

AVANT-PROPOS........................................................................................................... 7

CHAPITRE 1
L’ANTIQUITÉ .......................................................................................................................... 9
1. L’Égypte ancienne .................................................................................................... 9
1.1 L’interprétation .................................................................................................. 9
1.1.1 Princes d’Éléphantine ......................................................................... 9
1.1.2 Hérodote ............................................................................................... 10
1.2 La traduction ..................................................................................................... 10
1.2.1 L’écriture............................................................................................... 10
1.2.2 Les tablettes d’El-Amarna .................................................................. 10
2. La Mésopotamie ....................................................................................................... 11
2.1 Sumer ................................................................................................................. 11
2.2 Akkad ................................................................................................................. 12
2.3 Traductions et filiations : intertextualité ......................................................... 12
3. Fondamentaux........................................................................................................... 13
3.1 La Grèce ............................................................................................................ 13
3.1.1 La notion de « barbare » : langues étrangères et traduction ......... 14
3.1.2 Les exceptions : traduction et ouverture à l’autre .......................... 14
3.1.3 Activités connexes : oracles et philosophie du langage ................ 15
3.2 Les textes hébreux ........................................................................................... 15
3.2.1 L’origine et la nature du langage ...................................................... 16
3.2.2 La nature du texte source .................................................................. 16
3.2.3 La diversité des langues..................................................................... 17
4. L’Égypte ptolémaïque .............................................................................................. 17
4.1 Ptolémée Ier Sôter (– 305/– 283)........................................................................ 18
4.2 Ptolémée II Philadelphe (– 285/– 247) : la traduction des Septante............ 18
4.3 Ptolémée V (– 210/– 181) : la pierre de Rosette ............................................ 20
5. La littérature profane à Rome ................................................................................. 20
5.1 La traduction se personnalise : Livius Andronicus ....................................... 20
5.2 Le théâtre romain naît du théâtre grec .......................................................... 21
5.3 La traduction devient matière à réflexion ...................................................... 22
6. Le christianisme épicentre de traduction............................................................... 23
6.1 Les premières vagues ...................................................................................... 23
6.1.1 Les Évangiles ....................................................................................... 23
6.1.2 Le Diatessarion de Tatien ................................................................... 23
6.1.3 Les Hexaples d’Origène...................................................................... 24
6.1.4 La Vetus latina ..................................................................................... 24

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TABLE DES MATIÈRES
Histoire de la traduction

6.1.5 Traductions orientales......................................................................... 24


6.1.6 Ulfila et l’arianisme .............................................................................. 24
6.2 L’épopée hiéronymienne ................................................................................ 25
6.2.1 La carrière ............................................................................................ 25
6.2.2 L’Orient et la traduction...................................................................... 26
6.2.3 La Lettre à Pammaque (395).............................................................. 27
6.2.4 Évaluation et postérité ........................................................................ 28
6.3 La fin de l’Empire romain ................................................................................ 29
7. Faites le point ............................................................................................................ 30
228
8. Pour aller plus loin .................................................................................................... 31
9. Testez vos connaissances ....................................................................................... 32

CHAPITRE 2
LE MOYEN ÂGE .................................................................................................................... 33
1. Après la chute ........................................................................................................... 33
1.1 L’Italie ................................................................................................................. 33
1.1.1 Boèce (480-524/26)............................................................................. 33
1.1.2 Cassiodore (480-575).......................................................................... 34
1.2 L’Orient .............................................................................................................. 35
1.2.1 Byzance ................................................................................................ 35
1.2.2 Les nestoriens et les écoles syriaques ............................................. 35
1.2.3 La Perse et au-delà............................................................................. 35
2. Survivances insulaires .............................................................................................. 36
2.1 L’Irlande ............................................................................................................. 36
2.1.1 Colomban (540-615) ........................................................................... 36
2.1.2 Une langue et des gloses .................................................................. 37
2.2 L’Angleterre ....................................................................................................... 37
3. La renaissance carolingienne .................................................................................. 38
3.1 Le règne de Charlemagne (768-814).............................................................. 38
3.1.1 Les différents apports ......................................................................... 38
3.1.2 La question du grec ............................................................................ 39
3.2 La traduction indice d’existence et de reconnaissance
des langues vulgaires ....................................................................................... 40
3.3 Les pays germaniques ..................................................................................... 40
3.4 Charles le Chauve et Jean Scot Érigène ....................................................... 41
4. L’Angleterre du IXe siècle à la conquête normande .............................................. 42
4.1 Alfred le Grand (849-899) ................................................................................ 42
4.2 Aelfric (955-1020) .............................................................................................. 43
4.3 Autres aspects de la traduction ...................................................................... 44
5. Les traducteurs arabes ............................................................................................ 44
5.1 Naissance et expansion de l’Islam ................................................................. 44
5.2 La traduction à l’époque abbasside ............................................................... 45
5.2.1 La grande époque de la traduction .................................................. 47
5.2.2 L’estimation des traductions de cette période ................................ 46
5.2.2.1 Le jugement des historiographes arabes de l’époque
médiévale ................................................................................ 46
5.2.2.2 Les jugements modernes ..................................................... 46
5.3 Les Omeyyades à Cordoue ............................................................................. 47
6. La traduction en Espagne........................................................................................ 48
6.1 Les précurseurs (Xe et  XIe siècles) ................................................................... 48
6.2 Le XIIe siècle : Tolède et autres lieux .............................................................. 48
6.3 Les traducteurs ................................................................................................. 49
6.3.1 Moïse Sefardi/Pedro Alphonso .......................................................... 50

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Table des matières

Histoire de la traduction
6.3.2 Adélard de Bath .................................................................................. 50
6.3.3 Pierre le Vénérable .............................................................................. 51
6.4 La traduction matière à réflexion et jugements ............................................ 51
6.5 Le XIIIe siècle ...................................................................................................... 52
6.5.1 Deux figures de traducteurs .............................................................. 52
6.5.1.1 Marc de Tolède ...................................................................... 52
6.5.1.2 Michael Scot (1175-1236) ..................................................... 52
6.5.2 Alphonse X le Sage (1221-1284) ....................................................... 52
6.6 Le XIVe siècle ...................................................................................................... 53
7. Byzance et les Slaves .............................................................................................. 53 229
7.1 Traduction, compilations et copies de manuscrits....................................... 54
7.2 Évangélisation, traduction et problèmes linguistiques ................................. 54
8. La traduction en Italie et en Sicile du XIe au XIVe siècle ........................................ 56
8.1 L’Italie du Nord ................................................................................................. 56
8.2 Amalfi ................................................................................................................. 57
8.3 Salerne ............................................................................................................... 57
8.4 La Sicile ............................................................................................................. 57
8.4.1 Les Hauteville....................................................................................... 57
8.4.2 Les Hohenstaufen ............................................................................... 58
8.5 La famille d’Anjou ............................................................................................. 59
8.6 Les « Florentins » .............................................................................................. 59
9. La traduction en langue française du XIIe au XVe siècle ........................................ 60
9.1 Prémisses .......................................................................................................... 60
9.1.1 Les activités périphériques ................................................................ 60
9.1.2 Les activités commanditées par le pouvoir ..................................... 60
9.1.2.1 Philippe IV le Bel.................................................................... 60
9.1.2.2 Philippe VI de Valois (1328-1350) ........................................ 61
9.1.2.3 Jean II le Bon ......................................................................... 61
9.2 L’âge d’or du règne de Charles V .................................................................. 61
9.3 Les autres cours de langue française ............................................................ 64
9.3.1 Les ducs de Bourbon et de Berry .................................................... 64
9.3.2 La cour de Bourgogne........................................................................ 64
9.3.3 La cour de René d’Anjou ................................................................... 65
10. L’Angleterre du XIe au XVe siècle .............................................................................. 65
10.1 La conquête normande et ses conséquences linguistiques ....................... 65
10.2 Le roman antique sous les Plantagenêts ...................................................... 65
10.3 L’anglais acquiert ses lettres de noblesse .................................................... 66
10.3.1 Sphère politique .................................................................................. 66
10.3.2 Sphère religieuse ................................................................................. 66
10.3.2.1 Les textes sacrés................................................................. 66
10.3.2.2 Wyclif (1320-1384) ............................................................... 66
10.3.3 Sphère culturelle.................................................................................. 68
10.3.3.1 Chaucer (1340-1400) ........................................................... 68
10.3.3.2 Les traducteurs .................................................................... 68
11. Faites le point ............................................................................................................ 70
12. Pour aller plus loin .................................................................................................... 72
13. Testez vos connaissances ....................................................................................... 74

CHAPITRE 3
LA RENAISSANCE................................................................................................................. 75
1. Le temps des imprimeurs ........................................................................................ 75
1.1 Le livre................................................................................................................ 75
1.2 Caxton (1422-1491) .......................................................................................... 76
1.3 Alde Manuce (1449-1515)................................................................................ 77

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TABLE DES MATIÈRES
Histoire de la traduction

1.4 La famille Estienne............................................................................................ 78


2. La redécouverte de la culture antique en Italie .................................................... 79
2.1 La première vague d’érudits byzantins .......................................................... 79
2.2 Leonardo Bruni ................................................................................................. 79
2.3 La deuxième vague d’érudits .......................................................................... 80
2.4 L’Académie de Florence .................................................................................. 80
2.5 Rome .................................................................................................................. 81
2.6 Perspective et fin de siècle ............................................................................. 83
3. L’Espagne .................................................................................................................. 83
230 3.1 Le XVe siècle ....................................................................................................... 83
3.2 Le XVIe siècle ...................................................................................................... 85
3.3 Deux théoriciens ............................................................................................... 86
4. Les pays de langue allemande ............................................................................... 86
5. La France sous les règnes de… ........................................................................... 87
5.1 Charles VIII (1483-1498)................................................................................... 87
5.2 Louis XII (1498-1515) ....................................................................................... 88
5.2.1 Claude de Seyssel (1450-1520)......................................................... 88
5.2.2 Les traducteurs de poésie ................................................................. 89
5.3 François Ier et ses successeurs....................................................................... 90
5.3.1 Le Collège royal................................................................................... 90
5.3.2 La promotion de la langue française : l’Ordonnance de Villers-
Cotterêts ............................................................................................... 90
5.3.3 La promotion de la traduction ........................................................... 90
5.3.3.1 Les langues anciennes .......................................................... 90
5.3.3.2 Les langues modernes .......................................................... 91
5.3.4 Clément Marot (1496-1544) ............................................................... 91
5.3.5 Jacques Amyot (1513-1593) .............................................................. 92
5.3.6 Écrits théoriques.................................................................................. 94
5.3.7 Mise en perspective ............................................................................ 95
6. La Renaissance en Angleterre ................................................................................ 96
6.1 Entre tradition et nouveauté ............................................................................ 96
6.2 Les auteurs anciens entre traduction directe et indirecte ........................... 97
6.3 Thomas North, traducteur polymorphe .......................................................... 98
6.4 Le rapport à l’étranger contemporain ............................................................ 99
6.5 Théories et pratique ......................................................................................... 101
6.5.1 Lawrence Humphrey ........................................................................... 101
6.5.2 George Chapman ................................................................................ 102
6.6 Bilan.................................................................................................................... 102
7. Les textes sacrés ...................................................................................................... 103
7.1 Humanisme et textes sacrés ........................................................................... 103
7.2 Le comparatisme au cœur de l’humanisme .................................................. 104
7.3 Kabbale et littéralisme ...................................................................................... 104
7.4 Les humanistes catholiques ............................................................................ 105
7.4.1 Érasme (1467-1536) ............................................................................ 105
7.4.2 Jacques Lefèvre d’Étaples (1450-1536) ........................................... 106
7.5 Martin Luther ..................................................................................................... 106
7.6 Les traducteurs anglais de la Bible ................................................................ 108
7.7 Le concile de Trente (décembre 1545-décembre 1563).............................. 109
8. Faites le point ............................................................................................................ 110
9. Pour aller plus loin .................................................................................................... 111
10. Testez vos connaissances ....................................................................................... 113

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Table des matières

Histoire de la traduction
CHAPITRE 4
DE L’ÂGE CLASSIQUE AUX LUMIÈRES ........................................................................... 115
1. La France classique ................................................................................................. 115
1.1 Les belles infidèles ........................................................................................... 115
1.1.1 Malherbe (1555-1628) ......................................................................... 115
1.1.2 Une intense activité de traduction .................................................... 116
1.1.3 Perrot d’Ablancourt ............................................................................. 116
1.1.4 Les résistants ....................................................................................... 118
1.2 Les théoriciens .................................................................................................. 118
231
1.2.1 De la Traduction par de Méziriac (1635) .......................................... 118
1.2.2 De Interpretatione de Huet (1661) ..................................................... 119
1.2.3 Les Règles de la traduction de Gaspard de Tende (1660) ............ 119
1.3 Survivance du genre et signes d’évolution ................................................... 120
1.3.1 La Querelle des Anciens et des Modernes
et la traduction d’Homère .................................................................. 120
1.3.1.1 Premières escarmouches ..................................................... 120
1.3.1.2 Première phase de la Querelle ............................................. 120
1.3.1.3 Seconde phase de la Querelle ............................................. 121
1.3.2 Le Quinte-Curce de Vaugelas............................................................ 122
2. L’Italie ......................................................................................................................... 123
2.1 Les classiques et la France ............................................................................. 123
2.2 Quelques figures de la traduction .................................................................. 123
2.3 Shakespeare ...................................................................................................... 124
3. L’Espagne .................................................................................................................. 126
3.1 XVIIe siècle ........................................................................................................... 126
3.2 XVIIIe siècle .......................................................................................................... 126
3.2.1 Traduction littéraire du français ......................................................... 126
3.2.2 La traduction scientifique, pomme de discorde .............................. 127
3.2.3 Autres cultures ..................................................................................... 127
4. L’Angleterre ............................................................................................................... 127
4.1 Les « nouveaux traducteurs » .......................................................................... 128
4.2 John Dryden ...................................................................................................... 128
4.3 Quelques marginaux......................................................................................... 129
Les apothicaires londoniens .......................................................... 129
4.4 Alexander Pope (1688-1744) ........................................................................... 130
4.5 Importations de France .................................................................................... 130
4.6 Les femmes aussi ............................................................................................. 131
4.7 Le cas Macpherson .......................................................................................... 132
4.8 L’Essay de Tytler (1791) ................................................................................... 132
5. Les pays de langue allemande ............................................................................... 133
5.1 Le XVIIe siècle ..................................................................................................... 133
5.2 Le XVIIIe siècle..................................................................................................... 126
5.2.1 Un certain classicisme ........................................................................ 134
5.2.2 Réactions et divergences ................................................................... 134
5.2.3 Vers une théorisation renouvelée ...................................................... 134
5.2.4 La littérature anglaise.......................................................................... 136
6. Entités de langues slaves ........................................................................................ 136
6.1 La Pologne ........................................................................................................ 136
6.2 La Russie ........................................................................................................... 137
6.2.1 Alexis Ier ................................................................................................ 137
6.2.2 Pierre le Grand (1672-1725) ............................................................... 137
6.2.3 Les Cantemir ........................................................................................ 138
6.2.4 Elisabeth Petrovna (1709-1762)......................................................... 138
6.2.4.1 Alexandre Soumarokov (1718-1777) ................................... 138

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TABLE DES MATIÈRES
Histoire de la traduction

6.2.4.2 Vassili Trediakovsky (1703-1769)......................................... 139


6.2.4.3 Mikhaïl Lomonossov (1711-1765) ........................................ 139
6.2.5 Catherine II (1729-1796) ..................................................................... 139
6.2.6 Diversité de la traduction russe au XVIIIe siècle ................................ 140
7. Fin de règne et « Lumières » ................................................................................... 140
7.1 Les classiques ................................................................................................... 140
7.2 Les premières traductions de l’anglais .......................................................... 141
7.2.1 Les précurseurs ................................................................................... 141
7.2.2 Les Huguenots..................................................................................... 142
232 7.2.3 Shakespeare… et les autres .............................................................. 143
7.2.3.1 Voltaire .................................................................................... 143
7.2.3.2 Pierre-Antoine de La Place................................................... 143
7.2.3.3 Pierre Le Tourneur (1736-1788) ........................................... 144
7.2.3.4 Jean-François Ducis (1733-1816) ........................................ 144
7.3 Le roman ............................................................................................................ 144
7.3.1 Premières importations ....................................................................... 144
7.3.2 L’engouement ...................................................................................... 145
7.3.3 Le roman gothique .............................................................................. 145
7.4 D’autres horizons .............................................................................................. 146
8. L’Orient....................................................................................................................... 146
8.1 Le Coran ............................................................................................................ 146
8.2 Les interprètes .................................................................................................. 147
8.3 Les Mille et une nuits ou la traduction comme avatar d’une relation
complexe ........................................................................................................... 148
9. La Proto-Roumanie................................................................................................... 150
9.1 Repères historiques .......................................................................................... 150
9.2 Activités de traduction ..................................................................................... 150
9.2.1 XVIIe siècle ............................................................................................. 150
9.2.2 XVIIIe siècle............................................................................................. 151
10. Faites le point ............................................................................................................ 153
11. Pour aller plus loin .................................................................................................... 155
12. Testez vos connaissances ....................................................................................... 157

CHAPITRE 5
DES LUMIÈRES À L’AUBE DU XXe SIÈCLE ..................................................................... 159
1. L’Allemagne ............................................................................................................... 159
1.1 Les auteurs anciens ......................................................................................... 159
1.2 Le domaine français ......................................................................................... 160
1.3 La littérature de langue anglaise..................................................................... 160
1.4 Les Mille et une Nuits ...................................................................................... 161
1.5 L’Europe du Sud ............................................................................................... 162
1.6 De l’Allemagne à l’« étranger » : deux destins contrastés ........................... 162
1.6.2.1 Felix Paul Greve (1879-1948) ............................................... 162
1.6.2.2 Walter Benjamin (1892-1940) ............................................... 163
2. L’Angleterre ............................................................................................................... 163
2.1 Traductions de l’Antique .................................................................................. 163
2.2 Traductions de l’Europe ................................................................................... 164
2.2.1 L’Allemagne.......................................................................................... 164
2.2.2 La France ............................................................................................. 165
2.2.3 Pays de l’Europe du Sud ................................................................... 167
2.2.4 Pays slaves .......................................................................................... 168
2.2.5 Pays nordiques .................................................................................... 168
2.3 Traductions de l’Orient..................................................................................... 169
2.3.1 Les Rubaiyat d’Omar Khayyam ......................................................... 169

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Table des matières

Histoire de la traduction
2.3.2 Les traductions anglaises des Nuits ................................................. 169
2.3.2.1 Edward-William Lane (1801-1876) ....................................... 169
2.3.2.2 John Payne (1842-1916) ....................................................... 170
2.3.2.3 Richard Francis Burton (1821-1890) ................................... 170
3. L’Espagne .................................................................................................................. 171
3.1 Les auteurs de l’Antiquité ................................................................................ 171
3.2 L’ouverture aux littératures européennes ...................................................... 171
3.3 Fin de siècle ...................................................................................................... 172
4. L’Italie ......................................................................................................................... 173
5. La traduction en France ........................................................................................... 176 233
5.1 Une nouvelle donne.......................................................................................... 176
5.1.1 Ouverture et Bildung ........................................................................... 176
5.1.2 Virage critique ...................................................................................... 176
5.1.3 Réticences et persistances ................................................................ 177
5.1.4 Agents et courants d’opinions ........................................................... 178
5.2 Traductions de l’espagnol et de l’italien ........................................................ 178
5.3 Traductions de l’allemand ............................................................................... 179
5.4 Les littératures de langue anglaise ................................................................. 180
5.4.1 La Grande-Bretagne ........................................................................... 180
5.4.1.1 Le contexte ............................................................................. 180
5.4.1.2 Le théâtre jacobéen............................................................... 181
5.4.1.3 Le roman noir ......................................................................... 181
5.4.1.4 Quelques traducteurs ............................................................ 182
5.4.2 D’Amérique........................................................................................... 183
5.4.3 D’Irlande : James Joyce (Dublin 1882-Zurich 1941) ....................... 183
5.5 Littératures de langues slaves ........................................................................ 184
5.5.1 Littérature polonaise ........................................................................... 184
Quo Vadis ? : un best-seller inquiétant ............................................ 184
5.5.2 Littérature russe................................................................................... 185
5.5.2.1 Alexandre Pouchkine (1799-1837) ....................................... 185
5.5.2.2 Ivan Serguiévitch Tourgueniev (1818-1883) ....................... 185
5.5.2.3 Quelques passeurs notoires ................................................. 186
5.5.2.4 Déclencheurs et vagues de traduction ............................... 186
5.6 Littératures des pays nordiques ..................................................................... 187
5.7 L’Orient encore ................................................................................................. 188
6. Pays de langues slaves ........................................................................................... 188
6.1 La Pologne ........................................................................................................ 188
6.2 La Russie ........................................................................................................... 188
6.2.1 Traduction et retraduction des classiques anciens ........................ 190
6.2.2 Vassili Andreïevitch Joukovski (1783-1852) ..................................... 190
6.2.3 Shakespeare ........................................................................................ 191
6.2.4 Traductions de l’allemand .................................................................. 192
6.2.5 Traductions de l’anglais...................................................................... 193
6.2.6 Traductions du français et d’autres langues romanes ................... 193
7. La Roumanie ............................................................................................................. 194
7.1 Rappel historique .............................................................................................. 194
7.2 Mouvements de traduction.............................................................................. 194
7.2.1 Heliade Rădulescu .............................................................................. 195
7.2.2 Traductions de l’anglais, de l’allemand et du russe ....................... 195
7.2.3 Aspects quantitatifs et qualitatifs ...................................................... 196
7.2.4 La littérature française ........................................................................ 196
7.2.5 Science-fiction et expressionnisme .................................................. 198
8. Les pays nordiques .................................................................................................. 198
8.1 Le Danemark ..................................................................................................... 198

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TABLE DES MATIÈRES
Histoire de la traduction

8.2 La Norvège ........................................................................................................ 200


8.3 La Suède............................................................................................................ 201
8.4 La Finlande ........................................................................................................ 201
9. Faites le point ............................................................................................................ 203
10. Pour aller plus loin .................................................................................................... 205
11. Testez vos connaissances ....................................................................................... 207

BILAN & PERSPECTIVES ..................................................................................................... 209


234 BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................... 211
INDEX ...................................................................................................................................... 221

207198YLI_HISTRABAL.indb 234 30/09/2013 17:50:26


Michel BALLARD

Michel BALLARD
Histoire
de la traduction
TRADUCTO
Histoire
de la traduction
À la base de la traduction se trouve une

TRADUCTO
constante : la nécessité ou le désir de franchir Michel BALLARD est professeur Repères
la barrière des langues. Au cœur de la émérite de l’Université d’Artois historiques
communication entre les États, les économies et docteur honoris causa
des Universités de Genève
et culturels
et les cultures, l’acte de traduire fut et demeure et Timisoara. Il est agrégé
un enjeu crucial. d’anglais et docteur d’état
en traductologie. Historien
Cet ouvrage propose un panorama de l’histoire de la traduction, il pratique
de la traduction depuis l’Antiquité jusqu’au une traductologie réaliste
début du XXe siècle. Il en donne les repères (non prescriptive) qui repose
sur l’observation des travaux
historiques et expose les contextes culturels des traducteurs dans leur
dans lesquels elle s’inscrit. Il présente aussi les contexte de production. Il
grandes figures de traducteurs, de Cicéron est coordinateur ou auteur
à Constance Garnett, en passant par Jacques d’une vingtaine d’ouvrages

Histoire de la traduction
Amyot, Pope, Trediakovsky, Voss, Schlegel, parmi lesquels De Cicéron à
Benjamin, Le Nom propre en
Chateaubriand, Baudelaire, Rǎdulescu, Littré traduction et Versus.
ou Larbaud : œuvres personnelles, relations
avec leurs commanditaires, besoins collectifs
auxquels ils répondaient et contextes d’opinions Pour les étudiants et enseignants
plus ou moins explicites dans lesquels ils en traduction des 1er et 2e cycles.
Pour ceux qui aiment les textes
déployaient leur art. et leur histoire.
L’auteur développe également les évolutions
et les tendances de la traduction, ainsi que les
enjeux linguistiques et culturels dont elle fait
l’objet.

Une initiation à l’art et à la culture de la


traduction…

TRADUCTO

HISTRABAL
ISBN 978-2-8041-7074-5
www.deboeck.com

HISTRABAL-cov.indd 1-3 7/10/13 11:23