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Actu ❘ FOCUS NORMANDIE

NORMANDIE

B.S.
L'enjeu de la réunification
62,07
Depuis la réunification de la Haute et la Manche. Ce qui a permis d’accueillir le
Région clé
Basse-Normandie, le terrain de jeu d’Ar-  M€ comité des pêches haut-normand et l’or-
de la pêche française, nauld Manner s’est sérieusement agrandi. ganisation de producteur From Nord, qui
C’est la valeur cumulée
la Normandie fait À la tête de Normandie Fraîcheur Mer, des criées de Cherbourg, rejoint ainsi l’OP Normandie (ex-OPBN).
coexister une pêche groupement rassemblant marins-pêcheurs, Grandcamp, Port-en- Cette extension de la zone de travail a
hauturière dynamique criées et mareyeurs normands, lui et son Bessin et Granville imposé à l’association de recruter un nou-
équipe ont pour mission de favoriser la en 2017 (chiffres vel agent qualité sur Dieppe, ce qui porte à
et des petits métiers FranceAgriMer).
qualité, la durabilité et la valorisation des sept son effectif global.
côtiers sur des filières pêche et cultures marines de Basse- Une mutation qui en appelle d’autres.
espèces diversifiées. Normandie depuis 1998. Aujourd’hui, NFM «  Aujourd’hui, nous fédérons toutes les
D’où un nécessaire
positionnement
a en charge la gestion de deux labels Rouge
et d’une IGP (Indication géographique pro-
tégée) sur les produits de la mer normands.
25 814
de produits ont été
 t
structures professionnelles de notre grou-
pement avec les comités des pêches, les
deux OP et les criées de Cherbourg, Port-
sur les signes de qualité. Et ce n’est qu’un début. débarquées dans ces en-Bessin, Grandcamp et Granville. Nous
« Depuis le début de l’année, nous cou- quatre criées. avons bon espoir d’être rejoints par celles
vrons toute la Normandie  », se félicite de Dieppe et Fécamp avant la fin de l’an-
Arnauld Manner. Les statuts de l’association née », confie le directeur de NFM.
ont en effet été élargis en septembre 2017 En s’ouvrant à la Seine-Maritime, l’asso-
et englobent la Seine-Maritime en plus ciation a recruté environ 40  % d’acteurs
Enquête : Bruno SAUSSIER des départements du Calvados et de la supplémentaires. Soit presque l’ensemble

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ÉCH S d’ENTREPRISES
des bateaux – sauf ceux hors des OP – et
les volumes qui vont avec. NFM travaille sur
le projet d’extension à la Seine-Maritime
de son label Rouge sur la coquille Saint-
Jacques, jusque-là essentiellement réservée
Coraya : surimi made in Normandy


au Calvados. Et tente d’initier désormais
une IGP pour la coquille de Normandie,
impossible avant la régionalisation. « Nous
réfléchissons aussi à une IGP sur le hareng
“  Avec près de 300 emplois directs, Coraya est l’un des acteurs princi-
paux du tissu économique local. Cette petite entreprise normande, située
de Fécamp, poursuit le directeur. L’étude de à Carentan, est devenue la marque référence du surimi,
faisabilité est lancée. » Des démarches qui connue de tous les Français. Au cœur de cette réussite,
rejoignent celles initiées sur le bulot et le il y a un produit simple, frais et savoureux, ramené du
homard du Cotentin. Japon par les fondateurs de Coraya : le surimi. Une
recette toute simple : de la chair de poisson sauvage
L’ombre du Brexit – principalement du colin d’Alaska issu d’une pêche
responsable – à laquelle on ajoute de la fécule, de
Cette recherche de signes officiels de l’eau, du blanc d’œuf, une touche d’assaisonnement,
qualité fait le jeu des directeurs de criées, de l’extrait de paprika et, pour la fraîcheur marine
confrontés à la difficulté de conserver des crustacés, des arômes, toujours naturels.
l’équilibre, à l’heure où des espèces à forte Le tout étant ensuite cuit à la vapeur. À Coraya,
valeur ajoutée comme le bar sont désor- nos équipes ont la passion de l’innovation et
mais soumises à des restrictions. « Quand réinventent sans cesse ce produit sain, gour-
nos petits ligneurs ont dû se réorien- mand et accessible à tous. Dernièrement,
ter ailleurs, ça a coincé », reconnaît Gilles nous avons lancé les Suprêmes et les
Rostaing, directeur des équipements à la Perles, pour un plaisir toujours renforcé
CCI Ouest-Normandie, en charge des criées à l’apéritif. »
de Cherbourg et Granville. Heureusement,
nombreux sont les côtiers normands à pra-

DR
Pierre Hébert,
tiquer la polyvalence et à même de changer directeur général de Coraya
de métiers dans la journée. Passant ainsi,
en fonction de la saisonnalité et du cours
du produit, de la coquille aux praires et du
poisson aux olivettes, connues ailleurs sous
le nom de vanneau. William & James, le fumeur de saumon et truite

En pleine restructuration, la criée de


Cherbourg illustre bien les faiblesses du
territoire. « Nous avons des volumes avec “  France, Irlande, Écosse, Norvège… Nous achetons du saumon d’un peu
partout et le faisons venir à Carentan, où nous sommes installés depuis 26 ans
un prix moyen assez faible et moins de
valeur ajoutée sur les produits alors que le
dans un petit pôle agroalimentaire très bien desservi au niveau logistique.
travail est le même, voire plus compliqué. Avec nos 14 salariés, nous produisons uniquement du saumon et de la truite
Le rapport tonne par homme n’est pas le fumés vendus essentiellement en grande distribution en marque propre.
même  », résume le directeur. D’où une Pour nos apports en saumon, nous sommes assez déconnectés
prise de conscience des professionnels sur du territoire, sauf avec Cherbourg et Isigny
la démarche IGP et la volonté de mettre en où nous achetons du saumon d’élevage.
avant une pêche qualitative et responsable. Toute la truite est élevée en Normandie.
Dans un secteur où les bateaux sont par- Ce produit représente aujourd’hui 35 % de nos achats et
fois plus vieux que leurs patrons, et où près le chiffre est en pleine croissance. Longtemps considérée
de la moitié des patrons-pêcheurs vont comme le parent pauvre du saumon, la truite fumée attire
partir en retraites dans les dix prochaines aujourd’hui de plus en plus de consommateurs.
années, les sujets d’inquiétude sont nom- Nous sommes ravis de voir que nos 25 ans de
breux. «  On a des problèmes de recrute- travail qualitatif sur ce produit sont reconnus. »
ment dans la pêche, et quelques inquié-
tudes sur les transmissions, admet Gilles William Palfreyman,
Rostaing. Dans les criées, les équilibres ne directeur de William & James
sont pas acquis chaque année, il faut rajeu-
nir la flottille. Et le Brexit et la position des
Anglo-normandes vont être les vrais enjeux
pour l’avenir. Des négociations sont en
DR

cours mais ça va être compliqué. » n

PRODUITS DE LA MER N°184 JUILLET-AOÛT 2018 ❘  25 ❘


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Initiatives d'entreprises
La criée privée de Fécamp en

n’est pas épargnée Cornic maintient le cap


par la concurrence.
L’instabilité des arrivages
rend l’activité difficile
pour les trois actionnaires
qui ont repris la structure.

V ingt-cinq acheteurs sont connectés


aux enchères de la criée de Fécamp
en ce lundi matin. Comme dans la
plupart des criées, très peu d’ache-
teurs se déplacent physiquement. Éric Bazille,
commercial et associé de la criée, surveille

DR
le déroulement des ventes et n’hésite pas à
aider ses employés qui s’activent à trier les Filiale de Lutak basée à Thérouldeville, près de Fécamp, Cornic ambitionne de développer sa
lots. Aujourd’hui, 23 tonnes de produits de la marque Oceanic. Lancée en 2016, la gamme comprend des filets de poissons et de coquilles
mer sont en vente, dont 6,5 tonnes de buc- Saint-Jacques origine France, vendues dans le nord-ouest. La majorité de la production
cin. Après une année 2017 très compliquée vient de Normandie, mais « les volumes normands sont insuffisants pour satisfaire toute
à Fécamp, 2018 est l’occasion de repartir la demande », regrette Daniel Cornic, président du groupe Lutak. Cette marque, destinée
d’un bon pied. La criée privée avait dû licen- à la vente au détail et aux restaurations commerciales, reflète la volonté du groupe de se
cier quatre personnes faute d’apports suffi- positionner sur de nouveaux marchés en proposant des produits locaux. Le marché du sur-
sants la saison dernière : 30 % de volumes en gelé n’étant plus aussi porteur qu’avant, il faut anticiper. « On ne subit pas mais on constate
moins par rapport à 2016 alors que Dieppe un déclin de la vente de produits bruts au profit des plats cuisinés, poursuit le président.
en gagnait 25  % au même moment. Cette On essaie d’anticiper en verrouillant nos apports. » Le groupe le fait déjà depuis plusieurs
chute s’explique par la perte des débarques années avec sa filiale Scallops Peru, qui fournit exclusivement Lutak en saint-jacques sur-
des trois bateaux de pêche du directeur de la gelées, ou encore avec son entreprise islandaise Isfang, spécialisée dans la production de
criée, Yvon Neveu. crevettes nordiques et poissons blancs. En France également, Normandie Mer, à Dieppe,
Cette année, le retour à Fécamp d’un des fournit exclusivement Cornic en saint-jacques, soit 100 tonnes de noix surgelées cette saison.
chalutiers de Spes Armement, dirigé par
le même Yvon Neveu, devrait redresser les
chiffres. Les cinq premiers mois sont encoura-
geants : « La pêche à la saint-jacques vient de Le Saint absorbe Ybert Marée

s’achever et nous avons effectué une bonne


saison », déclare Thierry Rochette, comptable Racheté l’année dernière par le réseau Le Saint, Ybert Marée offre une porte
et associé de la criée. Plus de 600 tonnes de d’entrée sur la région parisienne au groupe breton grâce à sa grande capacité de
saint-jacques ont été vendues sous la criée distribution (25 camions). Le Saint va déployer, en 2018, son système informatique
depuis le début de l’année, plus 200 tonnes chez Ybert afin de relier l’entité au reste du groupe. « Nous allons finaliser l’inté-
de bulot et 60 tonnes de sole. Fécamp dis- gration d’Ybert à notre organisation commerciale et logistique afin de renforcer
pose d’ailleurs d’une trieuse à soles, qui per- ses services d’achats et de ventes  », explique Ivy Guillou, directeur de
met aux mareyeurs d’obtenir des individus Top Atlantique (groupe Le Saint). Ybert pourra profiter de
aux calibres correspondant exactement à ce la force du réseau Le Saint, notamment pour certains
qu’ils ont commandé. Pour se différencier, les achats massifiés, mais l’entreprise conservera
trois associés pensent lancer un vivier afin de ses gammes propres, notamment
proposer des crustacés vivants. «  Rien n’est avec des produits normands.
encore fait, prévient Éric Bazille. Ce n’est pas Par ailleurs, Le Saint travaille à
notre cœur de métier, cela demande de l’entre- un nouveau système de com-
tien, de la logistique et des apports. Il y a de la mandes par internet pour les
demande, mais il faut convaincre les pêcheurs professionnels. « Rien de concret
qui veulent connaître le prix de vente avant pour le moment, mais c’est en
d’aller pêcher. » réflexion », conclut Ivy Guillou.
DR

Guillaume JORIS

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Le spécialiste
de la coquille Saint-Jacques
en Normandie
www.lequertier.com
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Le Min de Rouen joue la carte locale

G.J.
P as d’agitation, pas de bruit, pas de
papier ni de crayon pour prendre les
commandes… Le pavillon marée du
Min de Rouen ne ressemble en rien
au célèbre A4 de Rungis. Cette comparai-
son, Rouen y est confronté en permanence
d’Yber, fin 2016, et a réalisé 450 000 euros
d’investissements pour mettre les installa-
tions aux normes. Cougal met en avant la
marque collective Saveur de Normandie,
qui certifie des produits transformés dans
la région, privilégiant des matières pre-
8  M€
d’investissements pour
remettre aux normes
le pavillon marée
jour, pour promouvoir la pêche française.
À l’origine, les approvisionnements étaient
issus exclusivement de la pêche normande,
mais depuis un an et demi, certains produits
arrivent de la criée des Sables-d’Olonne,
pour augmenter les apports et proposer
et veut se démarquer : « Cela ne dit rien à
personne Min de Rouen. Quand les gens
mières normandes. «  Quand c’est pos-
sible, nous nous approvisionnons au
2 500  m2
la superficie du pavillon
de nouvelles espèces. L’entreprise a déve-
loppé en parallèle un logiciel de traçabilité
parlent de Min, ils pensent à Rungis, pas plus près, dans les criées ou directement marée permettant au consommateur d’obtenir,
à Rouen, déclare Bertrand Cantrel, direc- auprès des producteurs, comme pour le grâce à un QR code, le nom et la photo-

3
teur des exploitations du Min normand. bulot pour lequel nous travaillons avec graphie du bateau qui a pêché le pois-
Nous avons fait une demande pour chan- un pêcheur fécampois  », explique Franck entreprises son qu’il achète. « Nous sommes les seuls
ger notre nom : Les halles de Normandie – Guéroult. L’entreprise adhère également à de mareyage à proposer une traçabilité si poussée  »,
Min de Rouen. » S’appuyer sur le côté local Mr. Goodfish et Pavillon France, « On essaie affirme Pierre Gouix, directeur commer-
et mettre en avant les produits régionaux d’éduquer les clients sur les produits de sai- cial de Rouen Marée. Cette gamme, dis-
est essentiel pour les acteurs du Min, qui son disponibles en Normandie », poursuit le tribuée dans les drives locaux, connaît une
l’ont bien compris. directeur de Cougal. croissance à deux chiffres depuis sa création
À commencer par Cougal. Le mareyeur Chez Rouen Marée aussi, la pêche locale mais reste une toute petite part des ventes
fécampois Franck Guéroult a investi les a son importance. L’entreprise a lancé, il y de Rouen Marée. n
locaux du pavillon marée après le départ a trois ans, la marque la Pêche au goût du Guillaume JORIS

[La remise aux normes du pavillon marée continue]


Fin 2016, le Min de Rouen a investi 8 millions d’euros pour directeur du groupe Normandie Seafoods dont fait partie
remettre aux normes les parties communes du pavillon Rouen Marée, vient d’annoncer que les travaux de réno-
marée. Des travaux ont été réalisés pour faciliter la des- vation allaient être réalisés avant la fin de l’année. « Nous
serte et réfrigérer les parties communes. Aux entreprises, allons améliorer la qualité des conditions de travail, l’hy-
maintenant, de réaliser des investissements pour mettre giène et la sécurité, déclare-t-il. Les travaux vont permettre
leurs équipements aux normes. Cougal a déjà réalisé ses de donner un coup de jeune aux bureaux et d’optimiser
travaux lors de la reprise des locaux fin 2016. Franck Gouix, l’organisation pour assumer la croissance des volumes. »

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