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Dionysos: figure antagoniste du Dieu chrétien qui meurt sur la Croix pour racheter la culpabilité des

hommes (v. Ecce Homo: «M'a-t-on compris? Dionysos contre le Crucifié»), Dionysos est le personnage-
clé du panthéon nietzschéen. Il est le principe vraiment affirmateur, la multiplicité créatrice toujours en
mouvement, la puissance même de se métamorphoser animée de la passion de sans cesse devenir autre.
Mais cette puissance est avant tout légèreté: elle sait jouer, se dissimuler, chanter et rire. Dionysos est la
force transformatrice qui oblige les hommes à devenir des masques. C'est ce Dionysos «aux noms
multiples» (Sophocle) auquel Nietzsche s'identifie le plus volontiers, reléguant Wagner au rôle de Thésée,
voire, dans certains textes, à celui peu enviable du Minotaure, et réservant à Cosima Wagner, dont
Nietzsche est peut-être secrètement épris, le rôle d'Ariane.
Dernier homme: c'est l'engeance grouillante d'un monde gagné par la maladie du nihilisme: «ce qu'il y a
de plus méprisable au monde» (Zarathoustra, «prologue» ß 5). Forme ultime de décadence de l'homme, le
dernier homme n'est plus qu'un animal grégaire qui ne désire plus rien qui le dépasse, incapable d'aimer,
de souffrir, de créer, ni même de se mépriser lui-même.
Zarathoustra: Nietzsche choisit paradoxalement le nom avestique de Zoroastre (VIIe siècle avant J.-C.),
le prophète réformateur de la religion mazdéenne - religion dualiste fondée sur l'antagonisme du bien et
du mal - pour désigner le «premier immoraliste» qui professe une doctrine «extra-morale», au-delà du
bien et du mal. Zarathoustra est le prophète alcyonien qui enseigne à l'humanité (qui n'en veut pas) les
doctrines complémentaires du surhomme et de l'éternel retour du même. Le philosophe en fait même
(comme de Dionysos) le «père» du surhomme; mais, tenant du lion plutôt que de l'enfant, Zarathoustra le
danseur n'est que l'ultime porte-parole de Dionysos.
Les animaux de Nietzsche
L'aigle et le serpent: ce sont les animaux familiers de Zarathoustra. Celui qui vole, le plus noble des
animaux, symbolise l'autre monde, celui de la métaphysique et des religions traditionnelles; l'animal
rampant, le plus rusé, le «sens de la terre». Le serpent, enroulé au cou de son ami l'aigle, figure en une
image symbolique l'éternel retour.
L'âne et le chameau: ils symbolisent tous ceux qui portent le fardeau du réel dans la traversée du désert
qu'est leur existence. Mention spéciale pour l'âne qui supporte le poids des valeurs chrétiennes
transcendantes. Quand il dit non, c'est le ressentiment qui parle en lui: quand il dit oui - Ja (I-A, I-A, Hi-
Han, Hi-Han) - il confond l'affirmation avec la capacité de supporter. Animal «aux longues oreilles», son
faux «oui» est à l'opposé du vrai «oui» dionysiaque à la vie. Le chameau, porteur des anciennes valeurs,
et première des trois métamorphoses de l'esprit dans le premier discours de Zarathoustra, est l'animal
courageux, humble, patient, corvéable à merci et qui en redemande...
L'araignée ou la tarentule: animal venimeux (voir Zarathoustra II), elle incarne l'esprit de vengeance
qui «habite son coeur», et empoisonne le monde avec son désir de punir au nom d'une morale et d'une
justice égalitaire.
Le lion est l'animal du nihilisme actif. Deuxième des trois métamorphoses de l'esprit dans le Zarathoustra
- après le chameau et avant l'enfant ?, le lion est capable de dire «non» et de porter le coup de grâce aux
valeurs épuisées, et de préparer ainsi, comme Zarathoustra, l'avènement du surh