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LES TRAVAUX
SUR OUVRAGE EXISTANT

Les articles 1792 et suivants du Code Civil régissent la responsabilité décennale des
constructeurs.

Cette responsabilité couvre tous travaux faits par un locataire d’ouvrage et/ou constructeur qui
ont donné lieu à une réception et où il apparait postérieurement à cette réception, dans un délai
de 10 ans, des désordres graves qui étaient cachés à l’origine.

Il a une obligation, à peine de sanction pénale pour les professionnels, d’assurance en matière
de responsabilité décennale.

En complément de l’assurance responsabilité décennale, une assurance dommage-ouvrage peut


être souscrite.

Dans certains cas, les particuliers ou les Syndicats de copropriétaires peuvent y déroger en
refusant de la prendre.

L’assureur dommage-ouvrage, dans les cas de garantie décennale, doit assurer un


préfinancement et a un recours auprès des responsables.

Depuis de nombreuses années, la Jurisprudence étend le champ de la garantie décennale, dans


le but d’une protection des non-professionnels (au sens du consommateur).

La notion d’ouvrage a été étendue.

Il s’agit d’un élément de clos et couvert et des travaux marqués par leur caractère immobilier à
titre principal ou accessoire, touchant à la structure.

Cela a amené à considérer certains travaux qui normalement seraient de la rénovation lorsqu’ils
présentent une certaine ampleur comme étant des ouvrages.

De même, les équipements indissociables de l’ouvrage font aussi l’objet d’une responsabilité
décennale.
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Les équipements dissociables jusqu’à maintenant faisaient l’objet soit d’une garantie de bon
fonctionnement de deux ans, soit donnaient lieu à la mise en œuvre de la responsabilité civile
contractuelle du constructeur.

Jusqu’à une Jurisprudence de 2017, on estimait donc qu’en cas de sinistre concernant des
travaux sur un ouvrage existant, il n’y avait pas eu création d’un ouvrage et donc ne jouait pas
la responsabilité décennale.

L’ouvrage existant est la partie ancienne d’une construction appartenant au Maître de l’Ouvrage
préexistant à une intervention sur, sous ou dans laquelle sont exécutés les travaux.

Selon le cas, pouvait jouer l’assurance multirisques avec des recours contre les responsables, la
responsabilité civile constructeur ou la responsabilité civile du professionnel à l’origine des
travaux litigieux.

Par quatre décisions convergentes des 15 juin 2017 (Cass. 3ème Civ. n°16 19 et 40), 29 juin
2017, 14 septembre 2017 et 26 octobre 2017 (publiées au Bulletin de Décembre 2017, ce qui
leur donne une grande portée), la Cour de Cassation a estimé que tous les dommages graves
relèvent de la responsabilité décennale, que l’élément d’équipement soit dissocié ou pas de
l’existant.

On est donc passé en la matière de la notion d’ouvrage à la notion de dommages importants


rendant impropre l’ouvrage à sa destination.

Dans une Jurisprudence du 25 janvier 2018, la Cour de Cassation a mis un bémol, en insistant
sur l’importance des travaux (3eme Civ. 25 janvier 2018, n° 16-10050).

Or, jusqu’à maintenant, pour des travaux sur existants, en général, les entreprises ne faisaient
pas jouer leur responsabilité civile décennale.

Dans certains cas, elles n’en avaient pas puisque cela n’apparaissait pas nécessaire et encore
moins obligatoire.

De même, habituellement, les Syndics de copropriétés et/ou les particuliers ne prenaient pas de
dommages-ouvrages pour ce type de travaux qui peut être considéré comme des travaux
d’entretien.

Or, les contrats d’assurances multirisques habitation prévoyant une exclusion de garantie, dans
le cas où doit jouer la responsabilité décennale, en cas de sinistres dus à des travaux sur
l’ouvrage existant ayant entrainé des dommages importants à l’ouvrage, on va se retrouver,
maintenant, face à un grave risque de non prise en charge.

L’entreprise risque de ne pas disposer d’une responsabilité décennale et ce, d’autant plus que
cette Jurisprudence permet de revenir sur tous les travaux réceptionnés depuis moins de 10 ans.

On ne pourra pas, non plus, faire jouer une dommage-ouvrage qui n’aura pas été souscrite en
la matière.
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On peut d’ailleurs penser qu’en la matière, il serait très difficile d’avoir des propositions de
dommages-ouvrages.

Enfin, l’assurance multirisques habitation – responsabilité civile qui, habituellement, aurait joué
avec les recours qu’elle aurait exercé, risque d’opposer une non-garantie.

La situation peut donc devenir très complexe.

Elle va nécessiter de la part des professionnels, dans le cadre de leur devoir de conseils, d’une
vigilance tout à fait particulière.

Cela concerne tous les professionnels du Bâtiment, mais aussi les assureurs et courtiers et enfin,
les Syndics.

Ceux-ci, en application de l’article 18 de la Loi du 10 juillet 1965, sont dans l’obligation de


faire faire tout travaux utile pour la conservation de la Copropriété, y compris en urgence.

Or, certains travaux s’ils génèrent, dans les dix ans, à l’ouvrage des dégâts importants, risquent
de se voir opposer un problème d’assurance.

Il faudra, donc, envisager beaucoup plus souvent de proposer une assurance dommages-
ouvrages à la Copropriété.

L’ensemble de la doctrine et des professionnels estiment que cette jurisprudence est contraire
aux articles 1792 et suivants du Code Civil et, va provoquer des situations de non droit
économiquement très gênante.

Elle donnera probablement lieu à une évolution jurisprudentielle et/ou à une réforme législative.

Pour autant, il faut tenir compte aujourd’hui de cette situation.