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PSELLUS ET LE COMMENTAIRE nU TIMÉE DE PROCLUS

I Le traité
d'abord par A. J.
de Psellus
II.
si? T-rjv

Vincent, dans les


a été 'publié
'l^uyo^oviav toO IIXixtmv&ç

Notices et Extraits des


manuscrits, t. XVI, 2" partie, 1847, p. 316 et suivantes, d'après les

Parisini 2731 et 1817, ensuite, d'après un Upsaliensis, par Linder


(Comment acad., Upsal, 1854), qui semble avoir ignoré le travail
de sou devancier. C'est la publication de ce dernier qui a été repro-
duite dans la Patrologie grecque, t. 122, col. 1077 et suivantes
(= P G), bien que le texte publié par Vincent soit meilleur en plus
d'un endroit.
Les premiers éditeurs avaient déjà remarqué que Psellus suit de
très près le commentaire de Proclus sur le Timée. Le tableau sui-
vant fera voir que l'écrivain byzantin se contente, dans la plus
grande partie de son opuscule, de faire un centon d'extraits de son
auteur favori, à qui, une fois du moins, il renvoie expressément' :

Psellus, P r, l.l. Proclus, l.l., éd. Diehi, l. II :

1080 B2 168, 2 suiv. ;

1080 C 168, 14-20;


1081 A 7 — B8 117,11-23;
1081 B 8 — 14 122, 21-26 ;

1081 4 — 1084 A 2 125, 23-126, 2;


1084 A 3-9 126, 9-14
1084 A 9-12 126, 30-33, et 157, 29-32
1084 B 6-9 765-767 Schneider
1084 B 15 - G2 773, 12-13 Schneider
1084 G 8-9 158, 16-20 et 159, 5-6 et 8 Diehl
1085 B 2-3 203, 2-4
1085 B 6-9 203, 4-6
1085 B 12 — G 4 203, 29 — 204, 5
1085 G 4 — 1088 B 12 204, 21 — 205, 27
1088 D 2— 1089 A 11 175, 1-14
1089 AU — 1096 A 16 175, 21 — 179, 8
1. P G, 1088 B C :Er/ov |ièv o5v noXXà xai xaXà Oeà|iaTa XsYstv et; tov itspl <|'UX''iC

T^vSe Toû lUàTiDvo; t^uov... Éît6|iEvo{ Ilopçupiui T£ xat 'I«(ji6X(-/(i) xal toï? Xoiitoï;
Toiv llXocTwvix&v lÙYYUJV opYaviOTOiïc, U«tpéTM{ &ï TM èxçavTopixwTiTM nptfxXi>> xal
(iouijoXr|«T(i>
322 J. BIDEZ.

Puis, après des diagrammes empruntés, suivant Linder, à Proclus


lui-même', vient un développement fort intéressant, dont personne
encore n'a déterminé la provenance. Dans les passages indiqués
ci-dessus, Pselhis copie si servilement le commentaire du Timée,
que son traité et; tyjv ^^ixiyoyowlaiv est l'équivalent d'un manuscrit. Je
m'étonne de ne voir tenir aucun compte de ce témoignage, de ne
trouver même aucune mention de Psellus, dans l'édition, d'ailleurs
excellente, de ce commentaire que M. Diehl va bientôt mener à
bonne fm^. Psellus est cependant de plusieurs siècles antérieur aux
manuscrits M P Q qui nous fournissent le texte de ces parties du
commentaire.
11 est manifeste que le codea; employé par le polygraphe byzantin

donnait un texte étroitement apparenté avec celui du Parlsvms Q


et du manuscrit que Nicolaus Leonicus Thomaeus (= Th) a eu
entre les mains'. On s'en aperçoit à des concordances, à des fautes
et à des omissions communes, fort caractéristiques.
II, 117, 12, Diehl âv toj «tatopo) Ps. èv «tatSpco Q, tandis que P a
: : :

Èv çtatScovi, ce qui constitue une référence plus exacte ;

203, 4 : et ] •!) Ps. Q


176, 7 ç — 8 Toù; om. Ps. Q et Th.
176, ISôïi' xaU' Ps.
176, 19 |xèv om. Ps. Q
177, 2 ToioîÎTov Xaêsïv âioTs Etvai aÛToO om. Ps. Q — xai ]
|xeTi toÙ?

Q ;
(xsTaÇù Toùç Ps. — 177, 3 iXXov ] e/civ Ps. Q. — Ces leçons sont
aussi celles de Th. (f. XGVIIP, 1. 4) : « opus est ut subduplus
terminus simul cum duobus sesquioctavis etiam sesquUerlium
habeat. »

177, 7 ï<ju Q habet Th.


] h/ti Ps. ;

177, 30 6om. Q Ps.


178, 11 8' om. Ps. Q (« fort, recte » Diehl).

178, 18 aoi^ei Ps. Q (retinet Th.).


Psellus n'a d'ailleurs pas toutes les fautes de Q : par exemple,
204, 2, il a la bonne leçon aùrru (aÛTô5v Q ; ipsius Th.) ; 205, 13, il

n'omet pas l'article xtôv, et 175, 13-14, il donne le texte sans lacune,

1. Cf. Proclus, II, 179, 6, Diehl et Linder, p. 39, note.


diadochi in Platonis Timaeum comme ntaria, ed E. Diehl, Teubnar, t. I
2. l'rocli
(1903) et t. II (1904). —
Dans la description du manuscrit N, on peut constater un fait
intéressant ce codex place, en tête du commentaire de Proclus, l'opuscule attribué à
:

Timée de Locres itep'i iC^X»? x6(T}i(o xal tfjaioi. Cette disposition remonte jusqu'à l'édi-
tion originale. Voir ce que Proclus dit lui-même, I, 1, 13, Diehl.
3. Sous le titre Conversio ex Timaeo Platonis de animorum generatione / cum
:

Procli Litii explicalione (dans ses Opuscula nuper in lucem édita, Venetiis, 1525),
cet helléniste publia une traduction littérale d'un long extrait {= t. II, 119, 25 292, —
29 Diehl) du commentaire de Proclus sur le Timée. Voir Diehl, /. t., p. XV et t. II,
p. IV et V; et Rhein. Mos., t. 54, p. 173.
PSELLU3 ET PROCLUS. 323

tel qu'il M et dans la version latine


figure dans l'unique manuscrit
Th. (F. XCVIl"', Seplimus autem post omnes terminus, sep-
1. 33) :

iimus el vigesimus qui ad unitalem 27 proportionem habet. Et —


il arrive plus d'une fois que d'accord avec Thomaeus Psellus — —
présenlo des leçons spéciales dignes d'être prises en considération.
Par exemple, 126, 11 xa>. \ âpjjLovia 8à harmonia autem et (ipsa) =
Th. —
204, 2 xatà tô ttXïïôo;
; 205, 22 otÙTï.; ajouté après xai tî;
;

àTcouspaToJdciç 176, 11 ;

Ti,u.£î; ('éO£|Aev) =; nos Th. ; 178, 10
: — :

£7tTaxaiEixo(TaTrXa5fa' .

Je ne dirai rien des fautes et des remaniements propres au texte


de Psellus, parce que, manifestement, môme en corrigeant l'une
par l'autre les deux éditions dont nous disposons, nous n'avons
encore qu'une reproduction peu sûre de l'opuscule de l'écrivain
byzantin.
A la suite du traité elç xV 'l/'jyoyovîav, Linder a imprimé, d'après
son môme manuscrit d'Upsal, trois lettres de Psellus qui contien-
nent également des extraits du commentaire de Proclus sur le
Timée. Le premier est intitulé toO înrixou tûv epiXosdtpujv ^TéXXou ê;-(î- :

YT|(T!i; TÎj; èv T(« TijAaùo toù IIXaTo^vo; jxaôirijAaTiXYiî Kspt ÛTtip^Eo); xal
<}'"X'i'>

Yêvéffeioç.

Après avoir reproduit tout un extrait du Timée ((xfav à^eîXev 35


B. xaTYivaXoSxei 3(j B) ^, Psellus copie à peu près la môme tirade du
. .

commentaire de Proclus que nous avons retrouvée à la fin du


morceau précédent :

Proclus, in Timaeum, t. II éd.


Migne, P G, 122 :

Diehl :

col. nos B13 — C5 175,7—13;


1103 G5 — 10 175, 22 — 27;
1103 D3 — 1104 A 7 176, 14 — 20
1104 A7 — 1106 A b 176, 25 — 178,16
1106 A 5 — 7 179,10 — 12;
Si l'on compare les deux copies que Psellus a faites du même

1. Je ine demiinde si M. Diehl n'a pn~, fait trop peu de cas du texte de Thomaeus. II

paraît supposer que les bonnes leçons que Th. a seul, sont dues à des conjectures (X,. /.,

l- II, moins certain qu'il ne le croit, il est inexact en tout cas que
p. V). C'est peut-être
Thomaeus un témoin toujours inférieur au Parisinus Q.
soit
2. M. Diehl (Hhein. Mus., t. 58, p. 251) fait remarquer que Proclus commente les mots
xal 8r] xai to lii/Oèv... àvT,)i(ôx£t, omis dans le lemme pourrait-on conclure de notre :

passage de i'sellus que l'extrait de Platon était cité extenso dans le manuscrit de m
Proclus dont l'écrivain byzantin se servit? Il fauilrait, pour pouvoir prendre parti sur
cette question, établir que Psellus n'a pas recouru au texte même du Timée, et cela ma
parait sinon peu probable, du moins diftlcile à démontrer.
324 J. BIDEZ.

passage de Proclus, on verra avec quelle servilité il reproduit les


textes où il puise son érudition. Tandis que, dans le morceau pré-
cédent, comme nous l'avons vu, il transcrivait, avec ses fautes les
plus caractéristiques, le texte d'un manuscrit apparenté avec le
ParisùmsQ, ici, il suit une tradition beaucoup moins défectueuse ;

par exemple, 177, 2, ne présente plus la même omission que Q


il

(voir ci-dessus, p. 322), mais il a un texte complet, sinon tout à fait


correct : outw Xaêeïv cotte Jvai aÙToù; ;
— 1. 3, il écrit ôtXXov (= M P)
et non 'é/etv (= Q) ; donne Ictti (= M P) et non 'é/Et (= Q)
1. 7, il ;

178, M S' n'est pas omis comme dans Q (cf. ci-dessus). Par contre,
175, 13-14, il semble q»ie cette fois-ci le manuscrit de Psellus omet-

tait les mots km itSfjt. [Aoviôûç, comme P Q.


. .

Il faut noter également que, dans plus d'un endroit où le traité

etç TY,v 'fuyoYovi'av (que je désignerai par le sigle V) s'écartait du

texte de nos manuscrits (M P Q), le second morceau de Psellus


(= Y) le reproduit exactement 177, 8 aùrôv Y M P Q tôv Ç8' V
: = ;

— 23 e;o[A£v et 24 àva^xasOYiaoïAcOa Se Y M P Q xoà d/àJaEv et àvaya- = ;

xaa6T,(rojjiEaa Six toùto ¥ —


de plus, dans toute la page 178, Y n'a
aucune des nombreuses variantes que présente V. Ce fait donne à
penser que ces variantes ne sont pas dues à des remaniements de
Psellus. Car, autrement, on aurait à expliquer pourquoi Psellus
aurait cru devoir respecter d'un côté ce qu'il modifiait de l'autre.
Sans doute, les leçons de ^, comme celles de Y, sont des leçons
que Psellus trouvait dans ses manuscrits. Cette constatation fait
voir que les nombreuses variantes de Psellus — qu'il serait oiseux
de relever ici —
ont une valeur plus grande qu'on ne l'aurait cru
à première vue. En tout cas, il me semble que, plus d'une fois, Y
nous fournit des leçons bonnes à introduire dans le texte; par
exemple, 176, 15 il faut insérer avec Y àp;j.ovtx7i [aèv iisuéz-r^i devant
:

b Yi', et àpie|XT,Tix7i Se devant ô 6', comme le fout tous les manuscrits

pour les moyennes suivantes.


Un troisième morceau de Psellus, publié par Linder sous le titre

ÈTÉpa; nXaTwvixYJç Siavoîa; ilr^yr^'7^<; ctizo T!|jLatou, UOUS donne, après im


assez long extrait du Timée (Taûrviv oùv ttjv ^uorao-tv 36 B. . . év Àoyo)

Se (pspofAÉvaç 36 D), d'autres jiassages du commentaire de Proclus :

MiGNE, P G, ibidem : Proclus, ibidem, t. II, éd. Diehl ;

110b C 6-12 237,30—238,2


12-15 238, 7-10
Dl 238,11
1108 A 1-6 239,5-10
A 7-13 240, 15-22
PSELLUS ET PROCLUS. 323

m MiGNE, P G, ibidem :
326 J. BIDEZ.

P G, ibidem : in Timaeum, t. II, Diehel :

1113 A 4-11 231,9-lb


1113A11-B1 230,1+10-13
1113 B 1-3 233,15-17
1113 B 4-7 207,11-14
1113 B 7-11 205,27-30
1113 B 11-12 203,1-2
1113 B 12-15 203, 4-6
1113B15-C1 199,7-8 + 11+15
1113 G 2-3 198,17+21 + 23
Gette fois encore, Psellus a certaines leçons caractéristiques de
Q 265, 13 te omis; 14 Téuffapirtv 266, 5 x6<s[lo\) (mundi Th.); d'autre
: ;

pari, 270, 7-8, il présente, à la différence de Q et de Th. \ un texte


complet, et 203, 4, il n'a plus la faute ^ (=Q) pourd (voir ci-dessus

p. 322). Enfin, 231, 12, M. Diehl aurait trouvé chez Psellus la leçon
«juvteXoOcti, qu'il propose de rétablir par conjecture cf. Th., f. GXVIII' :

1 . 32 : e< haec .
'.
. conferre videntur.
On travaille de différents côtés à une édition scientifique des
commentateurs de Platon et d'Aristote, et l'on vise à fournir un
texte qui s'appuie sur l'ensemble complet de la tradition, directe
ou indirecte. Il est regrettable que l'on doive faire ce travail sans
disposer d'une bonne édition de divers écrivains byzantins, qui ont
eux-mêmes copié de longs extraits de ces commentateurs.
De tous ces écrivains byzantins, que l'on devrait se hâter d'éditer,
Psellus est peut-être celui qui présenterait le plus d'intérêt. Ailleurs
déjà ^j'ai eu l'occasion de signaler un extrait d'Olympiodore, qui

est inséré dans le De omnifaria doctrina. Nombreux sont les écrits


de Proclus, perdus ou conservés, dont des morceaux figurent dans
les compilations philosophiques de ce même Psellus. Je n'ai pu
songer à relever ni à apprécier ici toutes les particularités du texte
du commentaire s>ir le Timée qu'il nous a conservé. J'ai même
omis de signaler les fautes et les lacunes assez nombreuses que
l'on trouve dans l'édition de Linder. Mais j'ai voulu prouver d'abord
que les quatre opuscules où Psellus traite de la formation de l'âme
suivant le Timée, sont composés presque uniquement de phrases
copiées dans Proclus ', et de plus, au moyen de quelques exemples,

f. CXXXIII', I. 9.
1. Cf.
Bérose et la grande année, Mélanges Paul Frédéiicq, p. 14.
2.
3. ,1e relève encore, dans un des opuscules de Psellus publiés par M. Sathas (Bibl.
graeca medii aevi, V, 476), un emprunt au début du même commentaire de Proclus (I,
1, 11 Diehl) wuTtep A IlXâ-wv t>) ^\ja\.o\oyia tV ^toXofixv [it^yjai xijxaiOYpaijxôv
:

xaTà TÔv CTiXXoYpiçov.


PSELLUS ET PROCLOS. 327

j'ai cru montrer qu'il y a lieu de tenir compte de ces opuscules de


Psellus pour l'établissement du texte de VinTimaeum. Assurément,
en plus d'un endroit, les pla^nats du polygraphe byzantin auraient
rendu service à l'éditeur moderne du commentaire de Proclus.

J. BiDEZ.