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L’Europe dans la cartographie

arabe médiévale
Jean-Charles Ducène
Université Libre de Bruxelles

RÉSUMÉ
Les deux grands courants de la cartographie arabe médiévale – la géographie mathé-
matique et l’école d’al-Balkhî – ont donné chacune une représentation de l’Europe mais
à partir de principes différents. Pour nos observateurs, le continent n’avait pas une unité
réelle mais était perçu comme une mosaïque de peuples chrétiens, alors que l’Espagne
appartenait au Maghreb. Au IXe siècle, al-Khwârizmî dans son adaptation de Ptolémée
confère au continent européen la forme à peine modifiée que lui avait donnée le géo-
graphe d’Alexandrie. Au Xe siècle, Ibn Hawqal, qui a voyagé en Méditerranée, se
contente d’en dessiner vaguement les côtes européennes mais en ignorant l’intérieur
des terres, c’est une géographie politique et c’est une Méditerranée musulmane qui est
dessinée. C’est al-Idrîsî au XIIe siècle qui renouvelle l’image de l’Europe. Le canevas
remonte toujours à Ptolémée par al-Khwârizmî mais la quantité et la qualité des infor-
mations engrangées lui permettent d’améliorer l’image de toute la façade atlantique et
de mettre à jour la topographie intérieure. Malheureusement, il n’a pas de successeurs
et c’est finalement une image simplifiée qui est véhiculée par les mappemondes jus-
qu’au XVe siècle.

MOTS-CLÉS: Ptolémée, al-Khwârizmî, Ibn Hawqal, al-Idrîsî

ABSTRACT
EUROPE IN THE MEDIEVAL ARAB CARTOGRAPHY
The two main schools of the medieval Arab cartography – the mathematical geography
and the Balkhî’s school – pictured Europe, though based on different ideas. For the
Muslim medieval observers, the European continent had no geographical unity. It was
seen as a mosaic of peoples, and Spain was bound to the Maghreb. In the 9th century,
al-Khwârizmî, in his adaptation of Ptolemy, gave Europe nearly the same form as the one
given by the Alexandrian geographer. In the 10th century, Ibn Hawqal, who traveled in
the Mediterranean area, pictured more or less the European coastline but he was
unaware of the interior of the continent. He showed the Mediterranean Sea as a Muslim
sea. In fact, his cartography was a political geography. In the 12th century, Al-Idrîsî
renewed the map of Europe according to the mathematical geography. The coastline
was always more or less Ptolemaic but the vast amount of information at the disposal of
al-Idrîsî permitted him to improve the picture of the Atlantic coast and the topography.
Unfortunately, his work was not taken up again after him and eventually it was a simpli-
fied form of Europe that has been shown by the world maps until the 15th century.

KEY WORDS: Ptolemy, al-Khwârizmî, Ibn Hawqal, al-Idrîsî

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INTRODUCTION

E ntre l’oeuvre géographique de


Ptolémée – véritable pierre angulaire
de la cartographie occidentale et orienta-
à quelques nuances près, le christianis-
me. C’est sans doute l’Espagne omeyya-
de qui sert de point de vue le plus com-
le – et la redécouverte de ce savoir et mode puisque terre musulmane frontaliè-
savoir-faire en Europe à la Renaissance re aux territoires chrétiens. Mais dans la
plus d’un millénaire s’est écoulé durant vision politique qui se met en place la
lequel ce désir de représenter le monde péninsule ibérique, elle, n’est pas consi-
ou ses parties a été réalisé par des dérée comme faisant partie de l’Europe.
savants arabo-musulmans. Il est tentant Ibn Hawqal écrit au IXe siècle «L’Espagne
de voir comment le continent européen a est une presqu’île qui touche au petit
pu être conçu et imaginé depuis l’autre continent (c.-à-d. l’Europe) du côté de la
côté de la Méditerranée quand on sait Galice et de la France: elle fait partie de
qu’à cette altérité culturelle se superpo- l’ensemble du Maghreb (Ibn Hauqal
sait un antagonisme religieux. La littératu- 1964, p. 58). Un peuple prédomine dans
re géographique et cartographique arabe cette Europe, ce sont les Francs (Ifrandja)
se développe surtout à partir du IXe «Parmi les catégories d’infidèles proches
siècle, c’est aussi à partir de ce moment de l’Espagne il n’y a pas de peuple plus
que nous allons observer l’évolution des nombreux que les Francs » (Ibn Hauqal,
images élaborées. 1964, p. 110) mais ils sont loin d’être
D’abord, dans la conscience arabo- seuls. Au nord, dans l’océan un peuple
musulmane médiévale l’Europe ne consti- mystérieux est entraperçu: les Normands,
tue pas une entité bien définie ou délimi- qui parviennent à réaliser des raids jus-
tée. Le terme Europe (en arabe Awrûfâ) qu’en Espagne. Détachées du continent,
est rarissime et utilisé uniquement par les on connaît plusieurs îles dont la Bretagne
auteurs influencés directement par la tra- (comprenons la Grande-Bretagne) et
duction arabe de la Géographie de l’Irlande. Au nord du Tage, les choses ne
Ptolémée (cfr. infra). Globalement le sont pas si simples, il y a certes les
domaine européen est plutôt désigné par Francs (en Provence et Catalogne) mais
l’expression bilâd al-Rûm «Pays des aussi les Galiciens, les habitants de la
Rûms», à comprendre «Pays des région de Huesca (en arabe
Romains». Mais cette notion de Rûm se Ghalidjashkash) et les Basques. Un
confond directement pour nos auteurs peuple apparaît comme voisin des
avec celle de Byzantins, héritiers directs Francs, les Burgondes. En continuant
des Romains. On perçoit ainsi grossière- vers l’Italie (dont le nom n’apparaît quasi
ment dans les textes médiévaux une dis- jamais), on arrive chez les Lombards.
tinction entre Europe de l’ouest et empire Pour nos observateurs, tous ces peuples
byzantin mais les frontières restent floues. font bien partie du Dâr al-harb, du domai-
D’autant que les Slaves s’insinuent entre ne de la guerre, et finiront par se conver-
les deux jusqu’en Thrace, quoiqu’on les tir à l’islam. En attendant, seuls les
mentionne aussi bien plus à l’est, en com- envoyés officiels et les commerçants juifs
pagnie des Russes et des Bulgares sur les parcourent, ce n’est déjà pas si mal
un fleuve, la Volga. Cette Europe de car leurs relations de voyage seront des
l’ouest apparaît moins comme une entité sources d’informations.
géographiquement définie que comme Cette Europe, qui est vue comme une
une géographie de peuples, parlant des mosaïque de peuples, trouve néanmoins
langues multiples et unis par une religion, sa place sur les mappemondes.

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LA CARTOGRAPHIE MATHÉMATIQUE: LEGS DE PTOLÉMÉE CORRIGÉ
La cartographie arabe médiévale débute tout le Proche-Orient. Notons que la
par la traduction et la correction par les Méditerranée est réduite de 9° en longitu-
savants arabo-musulmans de la de, ce qui est un progrès par rapport à
Geôgraphikê hyphêgêsis de Ptolémée Ptolémée. Aucune carte de cette époque
dans le courant du IXe siècle. Cet attrait n’a été conservée mais l’on possède une
pour la représentation graphique du copie du XIVe siècle de la carte faite pour
monde et la géographie mathématique le calife al-Ma’mûn (IXe siècle) (fig. 1).
participe au vaste mouvement d’acquisi- Quoique l’Europe n’apparaisse ici que
tion des sciences anciennes, grecques et comme partie de l’oekoumène, ses côtes
indiennes, que soutient le pouvoir de sont bien distinctes et on reconnaît la
Bagdad à son apogée. Pour la géogra- péninsule balkanique, l’Italie, l’Espagne,
phie en générale, c’est donc le modèle et sur la côte atlantique, la France et au
ptoléméen qui préside à l’organisation large l’Angleterre et l’Irlande. En
des continents et des mers de l’oekoumè- revanche, l’intérieur du continent est
ne, et notamment de l’Europe. Mais là où dépourvu de toutes indications. Il est
les Arabes ont des connaissances plus indéniable que la relative justesse du des-
justes que Ptolémée, les coordonnées et sin provient de Ptolémée mais on doit se
la toponymie sont corrigées et mises à garder de se prononcer trop rapidement
jour, notamment pour l’Afrique du Nord ou car cette carte a été dessinée au XIVe

Figure 1. Mappemonde d'al-Ma'mûn (Istanbul, Topkapi Sarayi, Ms. A. 2797, fols. 292-
v-293r ; Sezgin, 2000, III, pp. 2-3), le nord est en haut de la carte.

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siècle et a pu intégrer les innovations sion faite au IXe siècle. Il contient un
apparues depuis le IXe siècle. Le Livre de ensemble de coordonnées en longitude
la représentation de la terre d’al- et latitude des points côtiers des conti-
Khwârizmî (première moitié du IXe siècle) nents, des rivières, des montagnes et de
constitue par contre un témoignage plus cinq cent trente-sept localités. Le style
fiable sur la manière dont l’Europe était même de l’ouvrage indique que les coor-
représentée. Il s’agit d’un ouvrage qui données ont été levées à partir de la carte
reprend, en toute vraisemblance, les indi- que le texte tente de décrire. Bien qu’il ne
cations géographiques portées par la traite pas du problème de la projection et
carte faite pour le calife al-Ma’mûn. Il est que les quatre cartes conservées avec le
probable qu’al-Khwârizmî, mathématicien manuscrit unique ne concernent pas
et astronome, participa à sa réalisation. l’Europe, des reconstitutions (Jafri, 1985)
Son ouvrage n’est pas un traité de carto- permettent d’avoir une idée de sa vision
graphie comme l’était la Geôgraphikê, de notre continent (fig. 2a et 2b). L’image
mais une description détaillée de la révi- de l’Europe tant pour les côtes que pour

Figure 2a. Reconstitution de la carte d'al-Khwârizmî par S. Razia Jafri (Jafri, 1985,
pp.100-109) : ouest de l'Europe.

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Figure 2b. Reconstitution de la carte d'al-Khwârizmî par S. Razia Jafri (Jafri, 1985,
pp.100-109) : est de l'Europe.

l’intérieur des terres est ici aussi grande- large île à 63° de lat. nord. L’énigmatique
ment redevable à Ptolémée(1). La côte île de Thulé – l’ultima Tule – reçoit ici une
atlantique présente les mêmes erreurs: en ville et un fleuve inconnus de la
Espagne, le cap Saint Vincent est consi- Geôgraphikê. L’Irlande est bien propor-
déré comme le point le plus à l’ouest, l’ex- tionnée. A l’est, nous retrouvons la pénin-
trémité occidentale des Pyrénées se pro- sule des Cimbres (le Danemark) exagéré-
longe par une presqu’île dans ment orientée vers le nord-est, et ensuite
l’Atlantique. Cependant, en France, la l’île de Skandia. La côte baltique est mal
péninsule normande apparaît. La Grande rendue et orientée vers l’est. A l’intérieur
Bretagne est plus large que chez des terres, les montagnes et les rivières
Ptolémée (les Cornouailles sont oubliées). représentées sont des transpositions du
Elle reçoit une forme relativement correc- géographe d’Alexandrie. Le Rhin et le
te sauf que l’Ecosse est tournée, comme Danube sont mal dessinés et ce dernier
chez Ptolémée, vers l’est, au sud de est trop proche de l’Adriatique (Cezglédy,
Thulé. Celle-ci est dessinée comme une 1950-1951).

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Selon Wieber (Wieber, 1974), les modifica- conséquence de placer Chypre à l’ouest
tions apportées par al-Khwârizmî aux de Rome! La péninsule ibérique n’a plus
côtes de l’Angleterre et de la Gaule l’aspect triangulaire que lui avait donné
seraient dues à une plus grande importan- Ptolémée et qui se perpétuera chez cer-
ce accordée à l’Europe centrale et septen- tains auteurs arabes (Mockers, 2006, 42)
trionale, ce qui aurait dérangé les côtes de avec comme sommet, au sud, Tarifa; à
la Bretagne, de la péninsule des Cimbres l’ouest, le cap Finisterre; et à l’est la
et des Germains. En Europe centrale, Narbonnaise ou Port-Vendres. Elle
notons l’apparition d’un toponyme nou- acquiert ici une forme quadrangulaire plus
veau: la ville de Burdjân, capitale des correcte par l’extension vers le sud-ouest
Bulgares du Danube. de la Bétique (Costa Blanca).
Paradoxalement, les côtes méditerra- Des lieux imaginaires font aussi leur appa-
néennes de l’Europe ne sont pas mieux rition: dans la mer baltique, on remarque à
dessinées que chez Ptolémée: la pénin- l’est de Skandia deux îles dites des
sule italienne est allongée parallèlement au Amazones inconnues de Ptolémée, leur
continent et la Calabre n’est plus distin- présence dans cette mer septentrionale
guée des Pouilles. En outre, ce léger s’expliquerait par l’influence probable du
déplacement vers le nord de l’Italie a pour Roman d’Alexandre (Ducène, 2002).

UNE VISION POLITIQUE

A côté de la tradition grecque, apparaît à Espagne et en Sicile, et il cite également


la même époque un corpus de vingt-et- parmi ses sources Ptolémée (à com-
une cartes appelé actuellement «l’Atlas prendre: son adaptation arabe). Il est
de l’islam» ou «école d’al-Balkhî» du nom donc certain que la configuration généra-
du premier auteur connu. Imaginé en Iran le de la ligne côtière est un souvenir de la
au début du Xe siècle, ce corpus de géographie mathématique mais les
cartes couvre l’ensemble des territoires formes sont stylisées et la toponymie est
musulmans de l’époque et deux cartes bien celle du Xe siècle(3).
touchent une partie de l’Europe, celle de En nous tournant vers la carte de la
la Méditerranée et celle du Maghreb. Ce Méditerranée (fig. 3), on trouve une
«découpage» du monde ne se fait pas sur Europe individualisée et limitée par les
base mathématique bien que l’on puisse mers sur tout son pourtour. A l’est, la mer
déceler l’influence du modèle ptoléméen Egée, le Bosphore et la mer Noire ne for-
dans l’organisation des continents mais ment qu’un ruban sur lequel
ce sont des frontières politiques ou admi- Constantinople se détache. C’est la repré-
nistratives qui délimitent les régions. En sentation d’une conception fort répandue
l’absence d’un canevas mathématique de à l’époque et qui voulait qu’un bras de
coordonnées, le pourtour des pays, des mer réunisse, par de là la mer d’Azov et le
régions ou des mers est rendu par des Don, l’océan Arctique avec la
formes géométriques simples ou fami- Méditerranée. L’Europe est ainsi conçue
lières (exemple: la Méditerranée ressem- par Ibn Hawqal comme «une presqu’île
blerait à une ampoule(2)). Parmi ces qui ne relève pas du grand continent, ne
auteurs, c’est indéniablement Ibn Hawqal lui est reliée d’aucune façon et forme une
(fin Xe siècle) qui retient l’attention car entité indépendante.» (Ibn Hauqal 1964,
c’est le cartographe qui connaît le mieux p. 188).
le bassin méditerranéen comme en témoi- En l’absence de coordonnées, les formes
gnent ses cartes de la Méditerranée (fig. sont géométrisées à l’excès. On reconnaît
3) et du Maghreb (fig. 4 et 5) où la façade le profil géométrique des côtes de
méditerranéenne de l’Europe est parfaite- l’Espagne, de l’Italie, du golfe de Venise et
ment reconnaissable. On ignore le détail du Péloponnèse où une note précise qu’il
de sa méthode de travail, mais il a lui- s’agit d’un territoire byzantin doté de plus
même voyagé en Afrique du Nord, en de soixante-dix forteresses. Au sud de

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Figure 3. Carte de la Méditerranée d'Ibn Hawqal (Istanbul, Topakapi Sarayi, ms. 6527),
le nord est en haut de la carte.

l’Italie, aucune distinction n’est faite entre senter graphiquement un renseignement


la Calabre et les Pouilles. C’est plus un écrit: il doit l’imaginer. Plus au nord, on lit:
facteur politique qui prédomine dans l’or- «Dans ces régions vit plus d’une peupla-
ganisation de la carte: l’Espagne, l’Italie de avec une langue et un dialecte qui dif-
ou les Balkans n’ont de réalité que par les fèrent de la langue de la peuplade voisi-
villes qui s’y trouvent. Le texte est encore ne. Elles se font face et sont limitrophes
moins prolixe car l’auteur ne consacre les unes des autres malgré leurs diver-
qu’une page aux Balkans et à l’Italie (Ibn gences et leurs conflits. Certaines vivent
Hauqal 1964, p. 197). Au nord-ouest de sous l’obédience de l’empereur de
Constantinople, seules deux notes éclai- Byzance; d’autres, ce sont les plus
rent la situation du reste de l’Europe. On lit illustres et plus nombreuses, ne sont pas
ainsi au-delà des Pyrénées, «Cette mon- sous son obéissance et même, elles s’op-
tagne est étendue et énorme. Hasday ibn posent à lui dans leur ensemble. La reli-
Ishaq assure qu’elle rejoint les monts gion est le christianisme.» La représenta-
d’Arménie (...). Il connaissait admirable- tion qu’il donne de la Méditerranée est
ment ces contrées qu’il avait traversées et structurée par une vision politique de la
où il avait eu des contacts avec leurs géographie, c’est une Méditerranée
princes et leurs hommes d’Etat». musulmane qu’il a en tête (Sanchez,
Incidemment, on voit que l’auteur met à 1993).
profit toute source d’informations sur En observant les côtes européennes du
l’Europe mais avec la difficulté de repré- bassin occidental de la Méditerranée sur

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Figure 4. Partie occidentale de la carte du Maghreb d'Ibn Hawqal (Istanbul, Topakapi
Sarayi, ms. 6527), le nord est en haut de la carte.

la carte du Maghreb (fig. 4 et 5), on nuant le long du rivage, la toponymie


reconnaît d’ouest en est la péninsule ibé- nous indique que nous sommes en Italie:
rique, l’Italie et ensuite un golfe qui entre Carrare (Qarârah), Pise (Bîsh), Gaète
dans les terres. Bien entendu, l’auteur (Ghayta), Naples (Nâbul), Amalfi (Malf).
connaît la toponymie côtière de En face, dans la mer une île a été repré-
l’Espagne, il énumère ainsi en suivant la sentée: Gênes! A ce niveau s’avance en
côte depuis le nord: Cintra (Shantara), mer une péninsule qui porte comme nom
Lisbonne (Ushbûna), après l’embouchure en son centre: Ard Qalawriyya: la
d’un fleuve la ville d’Almada (al-Ma‘din), Calabre! Son pourtour est frangé de topo-
Alcacer do Sal (Qasr Banî Wadâs), Silves nymes, en commençant par une ville ano-
(Shilb), Lepe (L.b.) et Algesiras (al- nyme à l’ouest, puis nous lisons
Djazîra) tout au sud. En suivant en Bisignano (Masniyân pour Basniyân),
Méditerranée, nous lisons Alméria (al- Cosenza (Kasasha), Amantea (Mantiya),
Mâriya), Carthagène (Qartâdjanna), Reggio (Rayû) (di Calabria),
Valence (Balansiya), Alcira (al-Djazîra) et Pentadattilo(4) (Ibn Dhaqtal), Bova
le pays des Jacetan (c.-à-d. la région de (Buwwa) et Petracucca (Qastarquqa) à
Huesca). Au delà, nous arrivons chez les l’extrémité de ladite péninsule. En remon-
Francs, comprenons la Catalogne et la tant à l’est, nous rencontrons Gerace
Provence, et ensuite chez les Basques. Marina (Djarâdjiya), Stilo (Istalû), Santa
Bizarrement, l’auteur a enclavé Rome Severina (Sabrina), Crotone (Qutrûna),
entre les Francs et les Basques! En conti- Rossano (Rusyâna) et Cassano Jonio

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Figure 5. Schéma de la partie occidentale de la carte du Maghreb d'Ibn Hawqal par
A. Miquel (Miquel 1975, p. 367).

(Qassâna). A l’est de l’Italie, s’ouvre un légende le désigne comme le Tage tra-


golfe dont l’embouchure est gardée par versant la Galice pour se jeter dans
les villes de Brindisi (Badhrant) et Otrante l’océan. Plus au nord, une chaîne de mon-
(Adhrant), mal située. Au fond du golfe, tagnes anonyme barre le sud de la
on peut lire qu’il s’agit du golfe de Venise, France, ce sont les Pyrénées réunies aux
en réalité la mer Adriatique suivie du golfe Alpes. Globalement, l’Espagne est relati-
de Venise. Une autre légende indique le vement bien représentée et pour cause,
défilé de Skan (?) «sans nul doute le val elle fait partie du domaine de l’islam. En
Sugana de la Haute Brenta qui fut, au revanche, les villes de l’Italie quoique
Moyen Age, la grande voie commerciale énumérées dans un ordre correct sont
de Venise à l’Allemagne» (Miquel 1975, p. mal positionnées, Rome et Naples se
366). On a l’impression que la péninsule retrouvant sur la côte française! Il est bon
italienne se limite à la Calabre et au golfe de rappeler que c’est l’époque à laquelle
de Tarente. Entre l’Espagne et l’Italie, plu- les côtes de l’Italie sont soumises aux
sieurs îles ont été représentées, d’ouest raids des musulmans de Tunisie et de
en est: Djabal al-Qilâl («Mont des cimes», Sicile, l’onomastique ne fait que refléter
peut-être le Fraxinetum ou la Garde- cette connaissance «militaire» de
Freinet), Majorque, la Corse, la l’Europe. Le nord des Pyrénées et des
Sardaigne, la Sicile et Pantelleria. Enfin, Alpes est ici ignoré.
en face du golfe de Venise, nous avons Il faut attendre le XIIe siècle pour voir
Malte. Nous n’allons pas détailler les apparaître un nouveau type de mappe-
toponymes qui apparaissent à l’intérieur monde, toujours influencée par le modèle
de la péninsule ibérique, qu’il nous suffise ptoléméen du monde mais corrigé à l’ai-
de dire que les villes sont relativement de de données nouvelles. Cette mappe-
bien situées et que cette bonne connais- monde (fig. 6), est connue depuis long-
sance de l’Espagne n’est que le reflet de temps car présente dans l’ouvrage d’al-
l’administration du califat omeyyade Idrîsî (m. ap. 1154) mais ce n’est que tout
d’Espagne, alors à son apogée. récemment qu’elle a été découverte dans
Remarquons tout de même qu’au nord de un traité antérieur à celui d’al-Idrîsî et pro-
l’Espagne, un fleuve est dessiné et que la bablement d’origine égyptienne, le Kitâb

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Figure 6. Mappemonde circulaire d'al-Idrîsî (Oxford, Ms Pococke 375, ff. 3v.-4r. ;
Sezgin 2000, III, p. 18).

gharâ’ib al-funûn («Livre des curiosités Méditerranée comme la Sicile. Le sud de


des arts») (Edson E. et Savage-Smith E., la «botte» de l’Italie se divise en deux. La
2004, pp. 82-83). A l’heure actuelle, on carte s’intéresse aussi à l’Europe du
peut dater sa conception du premier Nord. Elle donne ainsi à la France une
quart du XIe siècle. Cette carte trace des façade atlantique où la péninsule armori-
contours bien nets quoique schématiques caine apparaît clairement et porte un
à l’Europe méridionale avec l’Espagne, toponyme univoque: Britâniya (la
l’Italie, la péninsule balkanique et le Bretagne).
Péloponnèse, sans oublier les îles de la

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AL-IDRÎSÎ

C’est cependant sans conteste al-Idrîsî (Beeston, 1950, p. 280). Cette aide offi-
qui donne l’image la plus précise de cielle prend d’ailleurs une forme insolite:
l’Europe. Si l’oeuvre est célèbre, la vie de l’envoi par Roger II d’une série d’équipes
l’auteur l’est beaucoup moins. Sans doute de deux personnes dans plusieurs états
né en Espagne au début du XIIe siècle, ce européens (Normandie, France,
petit-fils d’un roitelet andalou entre au ser- Allemagne, Provence, etc.). Ces équipes
vice du roi normand Roger II de Sicile (roi étaient constituées d’un dessinateur et
de 1130 à 1154) et dirige pour ce souve- d’un secrétaire et avaient pour mission de
rain la réalisation puis le commentaire collecter des informations et de donner la
d’une mappemonde. Pour organiser son description des lieux. En mettant de côté
texte, il choisit de diviser l’oekoumène en l’aspect rhétorique de l’affirmation (rien
soixante-dix sections (sept bandes de dix dans les archives européennes n’est venu
sections d’approximativement 18°), dont à ce jour confirmer ces missions) ainsi
seize concernent l’Europe(5). Parmi les que la difficulté pour le dessinateur de
sources qu’il cite, on retrouve des fournir un dessin utilisable par l’auteur à
ouvrages géographiques arabes plus une époque où la cartographie en Europe
anciens ainsi que Ptolémée, comprenons était réduite à des schémas symboliques,
al-Khwârizmî, c’est d’ailleurs de cet on doit souligner le désir de vouloir pos-
auteur que provient le contour général du séder des renseignements réels et à jour.
continent et une part de l’oronymie. Mais Un indice vient confirmer cette volonté,
sa dette à la géographie mathématique c’est également à l’époque de Roger II
se limite à cela, car son projet vise autant qu’un plan topographique de Naples est
à situer les lieux les uns par rapport aux entrepris. Cependant, plusieurs commen-
autres qu’à en connaître la situation socio- tateurs ont parlé de l’utilisation de cartes
économique. Al-Idrîsî tire surtout profit ou de portulans catalans (Lewis 1984, pp.
des voyageurs ou commerçants de pas- 144-145)(6) par al-Idrîsî. L’hypothèse est
sage à Palerme, des documents de la hardie mais jusqu’à présent l’on ne pos-
chancellerie de Roger II. N’oublions pas sède aucun portulan remontant au XIIe
qu’à cette époque, Roger II entretient de siècle et l’on ignore si une telle production
bonnes relations avec la France de intellectuelle avait déjà lieu, tout au plus
Louis VII. Des indices montrent en effet peut-on parler de fond commun de
que l’auteur a eu recours à des informa- connaissances nautiques en Méditer-
teurs religieux (nombre d’abbayes), à des ranée au XIIe siècle (Gautier-Dalché,
marchands comme pour la voie qui relie 1995, pp. 51-52 et pp. 58-67).
Kiev à Vladimir, et probablement par delà Le résultat est une cartographie plus pré-
à Cracovie et à l’Allemagne (Lewicki, cise de l’Europe méditerranéenne: la
1937). D’ailleurs, l’onomastique nous ren- péninsule balkanique est bien individuali-
seigne sur l’utilisation de sources sée et se termine clairement par le
livresques à côté d’informateurs contem- Péloponnèse. L’Italie est certes toujours
porains puisque nous avons des topo- «couchée» parallèlement à la
nymes antiques qui avoisinent avec des Méditerranée (la côte dalmate est hori-
noms en usage au XIIe siècle. La topony- zontale!) mais «la botte» se termine par la
mie peut aussi nous éclairer sur l’origine Calabre et les Pouilles recevant chacune
des informateurs, ainsi les noms français leurs toponymes. Quant à l’Espagne, bien
sont passés par des bouches normandes qu’on l’ait fait pivoter vers le nord-ouest
(Pellat 1966) tandis que ceux de Pologne avec pour conséquence de diminuer sa
par des informateurs hongrois ou polo- hauteur en Méditerranée et d’approfondir
nais, or on sait que Palerme reçut vers le golfe de Gascogne, elle retrouve ici une
1150 une ambassade hongroise. forme triangulaire. Naturellement, les îles
L’Angleterre est détaillée par un marin de la Méditerranée sont bien représen-
français qui en connaît surtout les côtes tées et notamment la Sicile, la Corse et la

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Sardaigne (fig. 7). La côte atlantique de Beseliev 1990, p. 188). Cependant, les
l’Europe reçoit un traitement nouveau: la côtes de la mer Noire, la Crimée et les
péninsule armoricaine est exagérée mais villes de la vallée du Dniepr et du Dniestr
apparaissent le Cotentin et la Normandie sont traitées avec un luxe de détails qui
qui font face à l’Angleterre (djazîrat indique tant des renseignements pris
Inqlitara), au nord de laquelle est dessi- auprès de commerçants grecs ou slaves
née une péninsule: l’Ecosse (djazîrat sqû- qui connaissaient ces régions que l’utili-
siyya)(7). Au delà vers le septentrion deux sation d’instructions nautiques. En
îles sont encore représentées, à l’ouest revanche, la Volga est moins connue et
de l’Angleterre l’Irlande (djazîrat Irlanda) son cours en partie imaginaire. Enfin, ce
et au nord probablement l’Islande (djazî- sont des Scandinaves ou des européens
rat rislânda)(8). A l’est de l’Angleterre une occidentaux qui ont fourni les renseigne-
péninsule se détache de la masse conti- ments épars sur la région de Novgorod et
nentale: le Danemark (djazîrat de la Baltique (Tallgren-Tuulio O. J. et
Danmarsha) et enfin au nord de celui-ci Tallgren A. M., 1930).
une grande île: la Norvège (djazîrat Al-Idrîsî a par la suite rédigé un second
Nurbagha). Certes, les formes de ces îles ouvrage de géographie, le Uns al-muhadj
n’ont rien de réaliste, mais comparé à aussi appelé «Petit Idrîsî» (Miller, 1926, III,
Ptolémée et al-Khwârizmî le nord de pp. 67-79) mais qui n’offre que peu
l’Europe a acquis une topographie d’amélioration à la représentation de
moderne. l’Europe (Pinna, 1999, pp. 36-40; Ducène,
A l’intérieur des terres, la toponymie et 2008).
l’hydronymie deviennent d’une richesse Après le XIIe siècle, les mappemondes se
inégalée. Et le positionnement relatif des simplifient et se schématisent. Les
lieux est d’une correction remarquable auteurs ne cherchent plus à innover ou à
quand on sait l’absence d’observation introduire des nouveautés, bien au
astronomique. Ainsi, dans le territoire de contraire ils recopient en géométrisant les
la Belgique actuelle, apparaissent les représentations existantes. Ce manque
toponymes de Tournai, Bruges, Gand, et de curiosité et ce poids des autorités ne
Liège (fig. 8), et d’autres encore quand on sont pas propres à la cartographie mais
consulte son texte (al-Idrîsî 1994, pp. 426- touchent toute la culture arabo-musulma-
429). Et cette dernière est correctement ne qui devient conservatrice et compilatri-
située sur une île au milieu d’un fleuve. ce à partir du XIIIe siècle.
Les Pays-Bas sont entourés par trois C’est justement l’époque à laquelle une
régions: ard aflândris al-Farandj «la nouvelle cartographie apparaît en
Flandre des Francs», ard luhrinka alamîn Europe, qui tourne le dos au modèle sim-
«la Lotharingie des Allemands» et ard plissime des mappemondes en T-O du
afriziyya Alamanîn «la Frise des Moyen Âge et qui engrange les informa-
Allemands». Cette Flandre des Francs est tions rapportées d’Asie ou d’Afrique.
sans doute le souvenir de l’extension Parmi ces mappemondes, il y a celle de
maximale du comté de Flandre au XIe Marino Sanuto dessinée en 1321, à
siècle (Van Laer 1993) Naples, et qui présente des analogies
Pour l’Europe de l’est (Konovalova, 2006), frappantes avec la mappemonde circulai-
l’auteur utilise des sources arabes vieillies re d’al-Idrîsî (Lewicki, 1976 et Edson et
(Xe siècle), sur un fond cartographique Savage-Smith, 2004, p. 72), si bien que
(orographie et hydrographie) remontant à l’on puisse imaginer un instant un
Ptolémée par al-Khwârizmî. Quand l’au- Européen observer son propre continent
teur arrive en terre moins connue, l’oro- dessiné par un cartographe arabe.
graphie devient imaginaire (Kenderova et

262 L’Europe dans la cartographie arabe médiévale


Figure 7. Carte de la Sicile chez al-Idrîsî (Paris, BnF, ms. 2221, ff. 203v-204v). La carte
est orientée au sud dans le manuscrit mais, tel quel, le nord se trouve à la droite de
l'image.

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Figure 8. Carte du nord de la France et de la Belgique actuels (Paris, BnF, ms. 2221, ff.
307v-308r). La carte est orientée au sud dans le manuscrit mais, tel quel, le nord se
trouve à la droite de l'image. La côte méridionale de l'Angleterre apparaît à la droite de
l'image.
Dans la partie inférieure de la carte, le long de la côte depuis la pliure, nous avons:
Saint-Nicolas puis Utrecht. En remontant les deux rivières, nous avons Bruges, Gand et
Tournai. Nous arrivons finalement à une île: Liège.

264 L’Europe dans la cartographie arabe médiévale


CONCLUSION
Quand la représentation de l’Europe culier perdure (Lewis, 1984, p. 149). Une
apparaît dans la géographie mathéma- exception, et de taille, c’est l’oeuvre d’al-
tique arabe, elle n’est que la résultante de Idrîsî qui, depuis la Sicile, donne une
la traduction de Ptolémée, d’ailleurs la vision globale, universalisante de l’oekou-
toponymie elle-même est la transposition mène, sans distinction religieuse ou poli-
des noms gréco-latins alors que des tique. Quoique le pourtour général soit
équivalents existaient (ex. chez al- redevable à Ptolémée/al-Khwârizmî, l’in-
Khwârîzmî djazîrat Yûbarnia pour Ibernia, formation réunie et traitée permet une cor-
l’Irlande). Ce manque de curiosité, et par rection et une mise à jour de la toponymie
conséquent ce rendu rudimentaire, est et, par endroits, de l’orographie et de l’hy-
flagrant lorsque c’est une vision politique drographie. La façade atlantique du
qui préside à la cartographie. L’Europe continent est aussi mieux rendue avec
n’est pas perçue en tant que telle mais une représentation moins imagée de
comme une mosaïque de populations, l’Angleterre et enfin l’apparition de la
dont l’Espagne d’ailleurs ne fait pas par- Scandinavie. Cartographe sans succes-
tie. Etonnement, même avec l’évolution seur, l’oeuvre réalisée par al-Idrîsî ne sera
des relations politiques et économiques pas renouvelée. Alors que la culture
entre le monde musulman et l’Europe arabo-musulmane s’ankylose, ce sont
chrétienne, ce désintérêt des savants des mappemondes aux formes simpli-
musulmans et des géographes en parti- fiées qui s’imposeront.

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(1) Pour les caractéristiques de la description démontré ailleurs (Ducène, 2004, p. 255)
du continent européen chez Ptolémée, v. que ce travail de «recopiage» perdait des
Thomson, 1948, pp. 230-255. informations graphiques au même titre que
(2) Ibn Hawqal écrit qu’elle ressemble à un la transmission manuscrite du texte.
cercle se terminant en pointe (Ibn Hauqal, (4) Pour l’étymologie, voir Miquel A., La géogra-
1964, p. 187) et que la Sicile a la forme d’un phie humaine, II, p. 267.
triangle isocèle (Ibn Hauqal, 1964, p. 117). (5) Des neuf manuscrits donnant un texte com-
(3) Il faut ajouter que l’on connaît trois recen- plet, seuls cinq présentent la majorité des
sions du texte d’Ibn Hawqal avec deux cartes, le ms. de Paris étant le plus ancien
types de cartes mais aucun des manuscrits et daté de 1300. Il a été l’objet d’une édition
n’est un autographe ou ne remonte à sur CDrom: La géographie d’Idrîsî, un atlas
l’époque même de l’auteur, le dessin ici du monde au XIIe siècle, Bibliothèque natio-
montré accompagne un ms. datant de 1086. nale de France/Sources Montparnasse mul-
Cela montre la difficulté de juger correcte- timedia, 2000.
ment du travail de l’auteur car l’on n’a sous (6) Lewis s’appuie sur le fait que dans son texte
les yeux, en fin de compte, que le dessin al-Idrîsî fait allusion à la forme de telle ou
d’un copiste. Par ailleurs, nous avons telle presqu’île, il devait donc avoir une carte

266 L’Europe dans la cartographie arabe médiévale


sous les yeux. C’est vrai quand on garde à île qu’une presqu’île.
l’esprit qu’il connaît et utilise al-Khwârizmî, (8) Malgré l’analogie onomastique, il se peut
mais nous sommes là dans la cartographie que nous ayons affaire au nord de l’Ecosse
mathématique arabe. (Beeston, 1950, p. 277).
(7) En arabe médiéval, djazîra désigne tant une

Jean-Charles Ducène
Maître de conférences – ULB
C.P. 175
Av. F.D. Roosevelt, 50
1050 Bruxelles

jean-charles.ducene@ulb.ac.be

manuscrit déposé en janvier 2008; révisé en février 2009

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