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MERCREDI 20 JUIN 2018

E
t si l’histoire se répétait ? Le
11 août 2015, François Hollande et
Angela Merkel se félicitent d’avoir
réussi à empêcher un « Grexit ».
Ils conviennent de se voir très
vite à Berlin, quelques jours plus
tard, pour lancer le chantier de l’approfondis-
sement de la zone euro, dont la crise grecque a
prouvé la nécessité. Las ! La crise des migrants
chamboulera le calendrier des deux diri-
geants, qui consacreront toute leur énergie à
tenter de répondre à ce nouveau défi et de sau-
ver les accords de Schengen.
Mardi 19 juin, le conseil des ministres fran-
co-allemand, organisé au château de Mese-
berg, près de Berlin, devait consacrer de
nouvelles avancées pour l’union économi-
que et monétaire. Mais la grave crise politi-
que que traverse l’Allemagne pourrait, une
nouvelle fois, faire passer ce sujet au second
plan. « Le débat sur les migrants n’a jamais
été digéré », reconnaît un proche du prési-
dent. Et « il a ressurgi avec violence ces der-
niers jours », alors que les conservateurs de
la CSU craignent que la montée du parti
d’extrême droite AfD ne leur fasse perdre la
majorité absolue en Bavière.
Emmanuel Macron, c’est un fait, n’a pas
ménagé ses efforts pour dessiner avec l’Alle-
magne une nouvelle Europe. Il a donné des
gages à Berlin, lancé des réformes, et la
France est enfin sortie de la procédure pour
déficit excessif… Angela Merkel a indéniable-
ment été séduite par la fougue du jeune pré-
sident, qui a mis le couple franco-allemand
au cœur de sa reconquête de l’idéal euro-
péen. Mais, au fil des mois, alors que les élec-
tions européennes se rapprochent et qu’An-
gela Merkel est sortie affaiblie des urnes,
Emmanuel Macron a dû revoir ses ambitions
à la baisse. Retour sur leur première année de
« cohabitation ».

« Au début de toute chose,


il y a un charme… »
Berlin, 15 mai 2017. Face à la chancellerie, une
banderole bleue a été déployée. « Au nom de
l’amitié », y est-il écrit, en français. Un haut-
parleur diffuse La Vie en rose, d’Edith Piaf.
Autour, certains agitent de petits drapeaux
français et européens. Un peu plus de
300 personnes, des Allemands et des Fran-

Macron-Merkel
çais, venus applaudir Emmanuel Macron qui,
vingt-quatre heures après sa prise de fonc-
tions, a choisi la capitale allemande pour son
premier déplacement en tant que président
de la République. Aucun de ses prédécesseurs
n’avait eu droit à un tel comité d’accueil.
En ce lundi ensoleillé, c’est en terrain

Partenaires particuliers
connu – pour ne pas dire en territoire
conquis – qu’Emmanuel Macron arrive à la
chancellerie. Cinq ans plus tôt, jour pour
jour, il était dans le Falcon qui, après avoir dû
faire demi-tour à cause de la foudre, avait
conduit François Hollande à son premier
rendez-vous avec Angela Merkel. Comme
secrétaire général adjoint de l’Elysée (2012-
2014), puis comme ministre de l’économie
(2014-2016), il a noué des contacts étroits
avec l’entourage de la chancelière. Lors de la
Après un peu plus d’un an d’exercice simultané du pouvoir, le président
campagne présidentielle, celle-ci l’a même
reçu pendant plus d’une heure, le
français et la chancelière allemande ont su s’apprivoiser. Si leur relation
16 mars 2017. « Merkel n’a pas découvert
Macron le 15 mai 2017, comme elle avait
est toujours restée cordiale, le charme des débuts semble cependant rompu
découvert Hollande le 15 mai 2012. C’est un
des paradoxes de la situation : pour les Alle-
mands, Macron était encore un inconnu trois cours sur celui son invité. « Nous sommes à européenne », titre le quotidien conserva- noue entre Macron et Merkel : le bilatéral est
mois avant son élection ; à la chancellerie, un moment historique de l’Europe. (…) Nous teur Bild, ce 23 juin 2017. une chose, mais la capacité à monter ensem-
cela faisait en réalité déjà cinq ans qu’il était avons besoin d’un temps historique qui soit un Quelques heures plus tard, à l’issue du pre- ble des stratégies communes face à des pays
un interlocuteur régulier », explique l’écono- temps de refondation », dit-il. « L’Allemagne ne mier conseil européen d’Emmanuel Macron comme les Etats-Unis, la Russie ou la Chine,
miste allemand Henrik Enderlein, directeur se porte bien que quand l’Europe se porte bien. comme chef de l’Etat, les deux dirigeants affi- en est une autre », observe un haut fonction-
de l’Institut Jacques-Delors, à Berlin. Et l’Europe ne se porte bien que si la France est chent leur belle entente lors d’une confé- naire allemand.
En Allemagne, la presse, de droite comme forte en Europe. (…) Nous voulons créer une rence de presse conjointe. Pour décrire la Habituée de ces rendez-vous diplomati-
de gauche, rivalise de superlatifs pour saluer nouvelle dynamique », lui répond-elle. relation entre les deux pays, le président ques, Angela Merkel observe avec intérêt les
« le beau gosse qui lisait Goethe » (Frankfurter Mais ses hochements de tête et ses sourires parle de « symbiose ». A la chancelière, il premiers pas d’Emmanuel Macron. « Au
Allgemeine Zeitung), « l’incarnation de la jeu- ne sont pas des blancs-seings. Depuis douze donne du « Angela ». Respectant la chorégra- début, elle avait des interrogations sur sa
nesse, du charme et du charisme » (Der ans qu’elle dirige l’Allemagne, la chancelière a phie qu’ils ont imaginée en amont, ils pren- capacité à être président, explique un diplo-
Spiegel), voire le nouvel « enfant prodige de la fini par s’habituer à ces présidents français nent soin d’esquiver les sujets qui fâchent – à mate français. Très vite, elle a été fascinée par
politique » (Die Welt). La chancelière éprouve, qui, à peine entrés à l’Elysée, s’envolent pour « MERKEL EST UNE commencer par la réforme de la zone euro, sa vitalité et sa capacité à renverser la table. En
elle aussi, de l’admiration pour Emmanuel
Macron. « Elle a observé avec anxiété cette
Berlin pleins d’ardeur, convaincus que leur
élection va changer le cours de l’histoire.
CONSERVATRICE, où commencent à poindre leurs désaccords –
pour mieux insister sur ceux qui les rappro-
même temps, elle se méfie de ses foucades. Il
ne faut jamais oublier que Merkel est une
campagne française totalement folle, témoi- Sans doute est-ce pour cela qu’elle prendra ELLE AIME chent. « Contrairement à ce qu’avaient fait conservatrice, elle aime les choses prévisibles,
gne un proche de la chancelière. Avant le pre- soin, ce jour-là, de souhaiter « bonne chance » Sarkozy avec les Britanniques et Hollande la stabilité. Quelqu’un comme Macron, qui
mier tour, elle a d’ailleurs eu très peur d’un à M. Macron pour les législatives de juin, LA STABILITÉ. avec les Italiens et les Espagnols, Macron n’est casse les codes, ça l’inquiète. »
duel entre Le Pen et Mélenchon. Pour elle, la
victoire de Macron, qui a fait campagne sur
observant que du résultat de celles-ci « dé-
pendrait sa capacité d’agir ». Sans doute
QUELQU’UN COMME pas arrivé au pouvoir avec l’idée de former une
alliance de revers pour peser face aux Alle-
l’Europe et promis de redresser l’économie et est-ce aussi pour cela qu’elle lui rappellera MACRON, QUI CASSE mands. Ça, Merkel le sait et le respecte », ana- Le tournant de la Sorbonne
les finances de la France, a été un immense cette phrase de l’écrivain allemand Hermann lyse un ministre français. Berlin-Paris, 23 septembre 2017. Depuis quel-
soulagement. Mais ç’a été plus que cela : Mer- Hesse : « Au début de toute chose, il y a un LES CODES, Pour les deux dirigeants, ce conseil euro- ques jours, les courriels et les SMS circulent
kel a été fascinée par la démarche insolite de charme. » Avant d’ajouter : « Mais le charme péen est aussi l’occasion de tester leur com- plus intensément que d’habitude entre l’Ely-
Macron. Ayant elle-même affronté le suffrage ne dure que si les résultats sont là. » ÇA L’INQUIÈTE », plicité, quitte à se répartir les rôles. A Bruxel- sée et la chancellerie. Mais, ce samedi, c’est au
universel, elle a parfaitement mesuré la trans- DÉCRYPTE les, Mme Merkel apprécie ainsi le dis- plus haut niveau, et par téléphone, que l’on
gression qu’il a incarnée. » cours musclé que tient M. Macron aux pays échange. A la veille des législatives alleman-
Angela Merkel se montre en tout cas fort « M&M » en « symbiose » UN DIPLOMATE de l’Est, Pologne et Hongrie en tête, qui refu- des, Emmanuel Macron tient à parler à Angela
chaleureuse, ce 15 mai 2017, avec Emmanuel Bruxelles, 23 juin 2017. Il avait fallu attendre sent d’accueillir des réfugiés au motif qu’ils Merkel du discours sur l’Europe qu’il pronon-
Macron. « Elle a senti qu’une relation de quatre ans après la présidentielle française FRANÇAIS sont musulmans. Un discours qu’elle ne cera, trois jours plus tard, à la Sorbonne. La
confiance pouvait s’établir », se souvient un de 2007 pour que l’on parle de « Merkozy », peut se permettre, en raison des rapports conversation durera plus d’une heure.
de ses fidèles. « Macron sait très bien s’y pren- néologisme forgé pendant la crise de l’euro compliqués entre Berlin et Varsovie, et de Ce discours, cela fait des semaines que le
dre avec les personnes plus âgées que lui. Il a pour désigner le tandem formé par Nicolas l’appartenance du premier ministre hon- président français y réfléchit. Pour le pronon-
une grande capacité à les séduire, à leur parler, Sarkozy et Angela Merkel. Il aura suffi d’un grois, Viktor Orban, au Parti populaire euro- cer, il a toutefois attendu les élections outre-
à leur donner le sentiment qu’ils sont plus mois après l’élection d’Emmanuel Macron péen (PPE), auquel la CDU allemande est Rhin, « afin de ne pas créer une gêne en Alle-
jeunes », ajoute un observateur aguerri du pour que les journalistes inventent un sobri- également affiliée. « Un mois après le G7 de magne », assure son entourage. Sur le fond
couple franco-allemand. quet – doux comme une friandise – pour Taormine et trois semaines avant le G20 de également, le chef de l’Etat l’a calibré afin
Lors du point presse qui suit l’entretien, qualifier l’attelage qu’il forme avec la chance- Hambourg, ce Conseil européen est un qu’il ne soit pas perçu comme un ultimatum
Merkel choisira d’ailleurs de caler son dis- lière. « M&M dominent maintenant l’Union moment important dans la relation qui se à Berlin. « Ce que dit Macron à la Sorbonne
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Lors de la
remise du prix
Charlemagne
à Emmanuel
Macron,
le 9 mai, à Aix-
la-Chapelle,
la tension
entre les deux
dirigeants
atteint
un sommet.
LUDOVIC MARIN/AFP

pose presque professorale, le président fran- ce qui « jette un trouble à l’Elysée », explique
çais. « Pendant cette période, Merkel ne dit un proche du président. D’autant que le nou-
Les lignes rouges
rien en public, mais elle continue de parler vel homme fort du SPD, l’ancien maire de de la chancelière
beaucoup avec Macron, explique un témoin Hambourg Olaf Scholz, nommé ministre des Munich, le 6 juin. Ce mercredi, la chancelière
de la scène. A Francfort, par exemple, j’ai été finances et vice-chancelier, n’affiche pas la est en famille, à l’occasion du congrès du PPE,
frappé par la façon dont s’est passé leur tête- même souplesse. « Macron a cru que la tâche réuni en Bavière. Trois jours plus tôt, elle a
à-tête. A peine arrivés, ils ont commencé à dis- lui serait facilitée par le fait que le ministère donné une interview fleuve à la Frankurter
cuter en anglais, sans attendre les interprètes. des finances soit confié aux sociaux-démocra- Allgemeine Zeitung, dans laquelle elle répon-
Comme s’ils reprenaient le fil d’une conversa- tes et non plus aux conservateurs, comme dait à Emmanuel Macron, enfin, en énonçant
tion qu’ils avaient interrompue. Il y a là quel- dans le gouvernement précédent, estime un clairement ses lignes rouges. « Cet entretien
que chose d’assez caractéristique de leur rela- proche de la chancelière. Or, Olaf Scholz, porte la marque des conseillers de Merkel
tion. Ils se parlent très naturellement, comme avant d’être un ministre des finances SPD, est chargés des affaires européennes, qui ont tou-
des collègues. Cela ne veut pas dire qu’ils sont d’abord un ministre des finances allemand. » jours freiné des quatre fers sur l’approfondis-
A peine élu, d’accord sur tout, mais il y a entre eux une sement de la zone euro, décrypte un haut
Emmanuel fluidité assez étonnante dans les relations di- fonctionnaire allemand. Avant, leur influence
Macron prend plomatiques. » Histoire de « fétichisme » était un peu contrebalancée par Peter Alt-
la direction Aix-la-Chapelle, mercredi 9 mai. Sous l’impo- maier, qui, bien que conservateur, était plus
de Berlin, sante croisée d’ogives de la salle du couron- ouvert aux idées françaises. Mais, depuis qu’il
le 15 mai 2017, Berlin ne répond plus nement de l’hôtel de ville, Emmanuel Ma- a été nommé ministre de l’économie, Merkel
pour rencontrer Paris, vendredi 16 mars. Au rez-de-chaussée cron savoure le moment. Après Jean Monnet, n’est plus entourée, au quotidien, que par des
Angela Merkel. de l’Elysée, face à la presse, Emmanuel Winston Churchill, Konrad Adenauer, Fran- gens beaucoup plus raides. »
MICHELE TANTUSSI/GETTY Macron félicite sa « chère Angela » pour sa çois Mitterrand ou Simone Veil, le voici dis- A Munich, Angela Merkel prend tout le
IMAGES/AFP réélection, deux jours plus tôt, par le Bundes- tingué à son tour par le prix Charlemagne monde de court et lance la campagne pour les
tag, et la remercie « d’être ici, à Paris, pour pour « l’élan donné à l’Europe à la suite de [sa] élections européennes. Une manière d’occu-
cette première visite officielle à l’étranger » de campagne électorale » et sa volonté de « réan- per le terrain, alors que le PPE menace d’être
son quatrième mandat. Mais, derrière les crer l’Europe et l’idée européenne au cœur des doublé aux européennes de 2019 par une coa-
sourires et les amabilités, le président ne ca- sociétés [et] des populations ». lition de populistes. Au passage, elle milite
che pas son impatience. « Pendant de longues Mais, contrairement à nombre de ses pré- pour que « le Parlement européen concentre
années, l’Allemagne a attendu que la France décesseurs, le président ne se contente pas son travail sur un seul site », en l’occurrence
n’est pas exactement ce qu’il a dit au Point conduise ses réformes ; la France les a faites d’un discours convenu. Profitant de la pré- Bruxelles (et pas Strasbourg). « Un coup de
trois semaines avant, précise un diplomate ces derniers mois dans des circonstances iné- sence d’Angela Merkel à ses côtés, lauréate du patte en retour, après Aix, commente un diplo-
allemand proche d’Angela Merkel. Ainsi, à la dites et avec volontarisme, et nous continue- prix en 2008 et chargée, pour l’occasion, de mate français. C’est la première fois qu’un
Sorbonne, il est beaucoup moins précis sur le rons à les mettre en œuvre, déclare-t-il. Pen- prononcer son laudatio (« éloge »), le chef de chancelier évoque ce sujet depuis douze ans. »
budget de la zone euro, dont il se garde, cette dant de longues années, l’Europe a attendu l’Etat se fait pressant. Sur la création d’un « Après cette séquence tendue, il fallait sortir
fois, de préciser le montant qu’il imagine, alors que le couple franco-allemand avance et pro- budget de la zone euro ou sur la « taxe Goo- des postures, analyse un diplomate allemand,
que, dans l’hebdomadaire, il l’avait établi à pose, avec la force qu’il a historiquement su gle », Berlin s’est montré plus prudent que et se mettre à travailler ensemble. » Angela Me-
“plusieurs points de PIB de la zone euro”. La trouver à chacune des grandes étapes de l’Eu- jamais ces derniers jours, et Paris s’inquiète. rkel a compris qu’avec Donald Trump, c’en est
chancelière apprécie, car ça laisse des marges rope. Nous y sommes prêts. Et c’est donc cette SELON UN HAUT Chacune de ses phrases sonne comme une fini de l’alliance historique scellée entre l’Alle-
de négociation. » étape qui est désormais devant nous. » A ses injonction. « Ne soyons pas faibles et choisis- magne et les Etats-Unis depuis la guerre
Le discours de la Sorbonne marque cepen- côtés, Angela Merkel se veut rassurante : FONCTIONNAIRE sons ! (…) L’Allemagne va avoir à formuler d’ici froide. Elle n’a d’ailleurs jamais exprimé publi-
dant un tournant dans la relation entre les « Vous avez une volonté très forte ; nous aussi, à juin sa réponse, c’est celle-ci que j’attends et quement ses dissensions avec Paris dans la ré-
deux dirigeants. A Berlin, la chancelière sort nous avons une volonté très forte. » EUROPÉEN, j’espère beaucoup de la chancelière et de son ponse européenne à apporter à la décision de
affaiblie des législatives : la CDU-CSU, sa
famille politique, n’a recueilli que 32,9 % des
En coulisses, cependant, de sérieux doutes
commencent à poindre, côté français, sur
« MACRON A UN gouvernement pour être à la hauteur de ce
moment historique. (…) En Allemagne, il ne
Washington d’augmenter les taxes sur les im-
portations d’acier et d’aluminium. « Les équi-
voix, son plus mauvais résultat depuis le ladite « volonté » de la chancelière. A Paris, les PEU SURESTIMÉ peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les pes de Trump ont tout fait pour diviser les Euro-
début des années 1950. A Paris, le président six mois qui lui ont été nécessaires pour for- excédents budgétaires et commerciaux, car ils péens, raconte un diplomate européen. Peut-
fait face à une rentrée sociale certes agitée, mer une coalition ont paru interminables. SON LEADERSHIP. sont faits aux dépens des autres. » être parce qu’elle vient de RDA, Angela Merkel
mais cela n’empêche pas la publication au
Journal officiel, le 23 septembre justement,
Mais l’issue des négociations a été accueillie
avec soulagement. A l’automne 2017, la
MÊME SI ELLE Angela Merkel encaisse, la mine renfrognée.
Dans la salle, les plus europhiles des dirigeants
n’a pas la vision classique de l’Allemagne rhé-
nane sur la relation avec les Etats-Unis. » La for-
des ordonnances qui réforment le code du France redoutait en effet la mise en place SE REDRESSE, politiques allemands, de Martin Schulz à Jos- mation d’un gouvernement populiste en Ita-
travail. « La chronologie est capitale, décrypte d’une coalition dite « jamaïcaine » entre con- chka Fischer, l’ancien ministre des affaires lie la rapprochera aussi de Paris.
un diplomate français. Avec la publication servateurs, écologistes et libéraux, craignant LA FRANCE RESTE étrangères de Gerhard Schröder, boivent du « La machine est repartie, mais plus douce-
des ordonnances, Macron montre qu’il tient que la présence de ces derniers au gouverne- petit-lait. Présent lui aussi, l’ex-eurodéputé ment qu’on aurait pu l’espérer », conclut un di-
ses promesses sur les réformes. Aux yeux des ment ne scelle définitivement la mort des BEAUCOUP PLUS Daniel Cohn-Bendit se plaît à rêver que les pa- plomate spécialiste du couple franc-alle-
Allemands, ça lui donne une crédibilité. Le 24, projets français sur l’avenir de la zone euro. FAIBLE QUE roles de M. Macron, que la Frankfurter Allge- mand. La raison ? Le poids des réalités, tout
avec ses législatives, Merkel est fragilisée La signature d’un « contrat de coalition » meine Zeitung a baptisé quelques jours plus simplement, estime un haut fonctionnaire
comme jamais. Il y a là un moment de bas- entre les conservateurs et les sociaux-démo- L’ALLEMAGNE » tôt « le nouveau leader de l’Europe », provoque européen. « Macron a un peu surestimé son
cule. » « D’un côté, Macron prend le lea- crates du SPD, en février 2018, a au contraire « un tsunami » dans l’opinion outre-Rhin. leadership. Il ne suffit pas de proclamer à tout
dership, de l’autre, Merkel perd la main avec été perçue à Paris comme un signal encoura- Dans l’entourage d’Angela Merkel, l’impé- bout de champ “France is back”. Même si elle
des négociations à n’en plus finir pour former geant. D’autant que le texte, qui porte l’em- tuosité du président agace. « Il y avait des par- se redresse, la France reste beaucoup plus fai-
une coalition », estime un ministre français. preinte du SPD pour sa partie concernant ties dispensables dans ce discours », assure un ble que l’Allemagne. Et Merkel, même si elle est
Entre les deux dirigeants, le dialogue n’est l’Europe, contient des ouvertures inédites proche, qui n’hésite pas à parler d’une « erreur fragilisée politiquement, dispose, au sein du
pas rompu. Mais la nouvelle donne politique sur les investissements ou la mention d’un de casting ». « Une remise de prix n’est pas le lieu PPE, d’alliés que Macron n’a pas. »
à Berlin empêche la chancelière de répondre budget pour la zone euro. pour une négociation politique. Certes, Merkel Neuf jours avant de le retrouver au château
aux propositions françaises. C’est donc avec Mais les choses ne se passent pas comme s’attendait à ce que Macron exprime une nou- de Meseberg, Angela Merkel a en tout cas pré-
des images qu’elle affiche sa proximité avec prévu. Au SPD, plus proche de ses positions velle fois son ambition. Mais, entre afficher une venu le président français. Emmanuel Ma-
Emmanuel Macron. Au sommet numérique sur l’Europe que la CDU-CSU, Emmanuel ambition et attaquer, il y a une différence. Tout cron fait des propositions « dont il sait depuis
de Tallinn (Estonie), le 28 septembre, elle Macron comptait deux alliés : Martin Schulz, ça est agaçant, ça complique le travail. » longtemps qu’elles ne sont pas les bonnes, se-
poste, sur son compte Instagram, une photo le président du parti, qu’il avait reçu quel- A l’Elysée, on se défend d’avoir voulu être lon moi », a déclaré la chancelière sur le pla-
les montrant tout sourire, se tenant par les ques semaines auparavant à l’Elysée, et agressif. « Le discours d’Aix-la-Chapelle a été teau de la chaîne ARD, le 10 juin. Avant d’ajou-
épaules, les yeux dans les yeux. Le 10 octo- Sigmar Gabriel, le ministre des affaires étran- vu comme un discours d’interpellation de la ter : « Je ne dis pas qu’il n’aura rien de ce qu’il
bre, au Salon du livre de Francfort, dont la gères, avec qui il avait tissé des liens d’amitié chancelière, alors qu’il s’agissait d’interpeller veut. » Si l’entente demeure cordiale, le
France est l’invitée d’honneur, elle publie quand ils étaient tous deux ministres de l’opinion allemande », explique un conseiller. charme, lui, est bel et bien rompu. p
une autre photo où on la voit penchée sur la l’économie. Or, à peine le « contrat de coali- Celui-ci reconnaît cependant que, « si Merkel virginie malingre
Déclaration universelle des droits de tion » signé, les deux hommes quittent la connaissait la tonalité du discours, elle ne et thomas wieder
l’homme, que tient devant elle, dans une scène à cause de dissensions internes au SPD, savait pas qu’on allait parler de fétichisme ». (berlin, correspondant)

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