Vous êtes sur la page 1sur 925

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression
“appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d’utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l’usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d’utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N’envoyez aucune requête automatisée quelle qu’elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d’importantes quantités de texte, n’hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l’utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l’attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l’utilisation que vous comptez faire des fichiers, n’oubliez pas qu’il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n’en déduisez pas pour autant qu’il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d’auteur d’un livre varie d’un pays à l’autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l’utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l’est pas. Ne croyez pas que le simple fait d’afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d’auteur peut être sévère.

À propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l’accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le frano̧ais, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse http://books.google.com
| .
*
·
• ••---- * * • •· , !---- «…----*** …º.*!*_-·+* -----
----
T -

(ºſ -] º ( ex du E c tt ... )
" L A

SAINTE ECRITURE
D E -

LANCIEN TESTAMENT,
expoſée & éclaircie
Par DE M A N DE s & par R E P o N s Es,
' • , l

Selon lordre du temps dans lequel chaque partie


a été écrite ;
Avec de courtes Explications & des Remarques pour
en faciliter l'intelligence. Le tout accompagné :
d'une ample Table des matieres pour en rappeler
le contenu. : /

T O M E P R E M I E R,
Contenant les deux premiers Livres de Moïs E,
LA GENESE E T L'EXO DE.

| -@
.#. G
# ºi !
· •gº
A L A U S A N N E,
chez A N T O I N E C H A P U I S.

M D C C L X I V.
| C } $c.u.
ſº1zvJC ?
A U X

TRES REVERENDS ET CELEBRES


M E S S I E U R S,
L E

MAGNIFI Q U E R E C T E U R ; |.

L E S
VENERABLES PASTEUR.S,
L E S -

D0CTES ET SAVANS PROFESSEURS


D E L' A C A D E M I E

D E L A U S A N N E.

MissiEuRs MEs TREs-HoNoRE's FREREs


*T cH E R s Co L LE G U E s,

# : Ous avez un droit acquis à


# ^ # l'Ouvrage que je vous pré
# # ſente aujourd'hui, puiſqu'il
ſ k fruit des méditations e5 des veil
les
les de celui qui a ſurement joui le plus
long-tems de l'honneur detre membre
de vôtre Vénérable Compagnie : Pro
feſſeur pendant 57 ans, il etoit, bien
des années avant ſa mort, le Doyen
de l'Académie, e5 peu de titre étoit plur
flateur pour lui, que de ſe voir le Col
legue de Savans, qui tous avoient été
ſes Diſciples : ſon cœur, fait pour l'a-
mitié, ſe rappeloit avec plaiſir des re
lations ſi propres à en retracer les doux
ſentimens.
je connoiſſois aſſez la façon de pen
ſºr de feu Monſieur le Profeſſeur Po
L1 E R, mon cher Oncle, pour être très
aſſuré, qu'en vous dédiant ſon Ouvra
ge poſthume, je ſuis les mouvemens de
ſon cœur qui vous étoit enticrement
dévoué. D'ailleurs, Meſſieurs, mes
TR E s - HoN o R E s FR E R Es, ſous
quel nom puis-je mettre plur conve
mablement nos Saints Livres, éclaircis
es mis à la portée de tout lecteur
- Chré
Chrétien, (qui aime la vérité é5 qui
la cherche,) que ſous celui d'une Vé
nérable Compagnie de fidèles Miniſ
trts du Seigneur, de Docteurs ſages
| 65 éclaires, qui s'occupent avec zèle
, à linſtruction d'une jeuneſſe nombreu
· ſe, qui ſe deſtine à l'importante vo
cation d'être un jour de fidèles Ou
vriers dans la moiſon du Seigneur.
Veuille ce Pere Céleſte, de qui pro
céde toute bonne donnation &
tout don parfait , bénir vos tra
vaux, ſeconder leurs efforts, en ac
cordant aux Maitres 65 aux DiſC
ciples, ſes plus précieuſes graces !
Recevez donc, Meſſieurs, mes chers
Collégues, un nouveau témoignage pu
blic des ſentimens que feu mon cher
Oncle vous avoit voués , qu'il a fait
paſſer dans mon cœur , 65 dont la
ſource ne ſauroit tartr; étant avec
une conſidération diſtinguée, une ſin
cere vénération e5 un attachement
- * 3 in
inviolable, de vôtre Vénérable Com
pagnie en général, e5 de chacun de s
vous en particulier,

ME ss I E U R s MEs TR E s-HoN o RE's FR E R E s


ET c H E R s C o L L E G U E s,

Laiſſanne ce 1. Oliobre 1764

Le très - humble & très


obéiſſant Serviteur,
A. P o L 1 E R , de Bottens,
- premier Paſteur.
#IE-mr-trxxrxrrrDI-IIx
°$gºº
• ##-
#XTCCDIT(C-IK#X-X-GCDI (C3é

P R E F A C E
D E

L' E D I T E U R.

Fºll parut l'an 1756 , un Ouvrage ſur


# I # le Nouveau Teſtament, tel que celui
t= # qu'on donne aujourd'hui au Public ſur
l'Ancien. L'un & l'autre ſont le fruit des veilles
& des travaux d'un fidèle Miniſtre du Saint Evan
gile, également ſçavant & pieux; c'eſt feu Monſr.
George Po L 1 E R, lequel a exercé pendant plus
de 57 ans, la Chaire de Profeſſeur en langues
Orientales, Philologie ſacrée & Catéchêſe, dans
l'Académie de Lauſanne , ſa Patrie.
D'heureux talens, les belles études qu'il avoit
fait dans ſa jeuneſſe, tant à Lauſanne que dans les
Univerſités les plus célèbres de Hollande & d'An
gleterre, ſes voyages litteraires, ſes correſpon
dances , une Bibliotheque, belle, nombreuſe &
bien choiſie , un goût décidé pour nos Saintes
Ecritures, dont la lecture & la méditation fai
ſoient ſon occupation or inaire & la plus douce ;
les langues originales qu'il poſſedoit à fond; les
»F , 4 diver
|
11 : P R E F A C E
ſes verſions, Latines, Françoiſes & Angloiſes ;
tant anciennes que modernes, qu'il s'étoit procu
rées & qu'il conferoit ſoigneuſement avec le Tex
te ſacré; la lecture des meilleurs Commentateurs, ,

& en général de tous les Ouvrages qui pouvoient


lui donner l'intelligence de nos Saints Livres,
& ſeconder l'ardent deſir qu'il avoit de ſe rendre
utile à ſon Auditoire, en formant ſes Diſciples
à la pieté & à la vertu ; tout cela le mettoit en
état plus que perſonne d'exécuter le plan qu'il s'é-
toit propoſé 3o. ans avant ſa mort, & dont il
donna au public il y a huit ans, la partie qu'il
enviſageoit comme étant plus utile au général des
Chrétiens, & devant précéder par-là même celle
· qu'on lui préſente aujourd'hui.
, Il eut été fort à ſouhaiter, que Dieu, dans ſa
· grace, eut prolongé les jours de l'Auteur, pour
qu'il put revoir avec plus de ſoins ſon Ouvrage,
& lui donn r cette derniere touche, qu'il ne re
' çoit qu'imparfaitement par les mains d'autrui.
| Mais le Souverain Arbitre de nos deſtinées en
a diſpoſé autrement. Mr. le Profeſſeur Po L 1ER
termina ſa carriere à l'âge de 84 ans, le 13.
d'Octobre 1 7 59. béniſſant Dieu de ce qu'il lui
avoit conſervé aſſez de ſanté & de force pour
achever l'Ancien Teſtament, & ramaſſer une par
tie des matériaux néceſſaires pour la grande Table
des matiéres, qu'il ſe propoſoit de faire ſur le
même plan, que celle qu'il a donnée à la tête du
• A Nou
D E L E D 1 T E U R. I I I

Nouveau. Comme il avoit extrêmement à cœur


la publication d'un Ouvrage qu'il croioit d'une
grande utilité, & pour la compoſition duquel il
n'avoit rien négligé, il profita de tous les bons
momens que lui laifſoit une fâcheuſe maladie,
dans laquelle il conſerva toute la liberté de ſon
eſprit, pour retoucher quelques - uns de ſes ca
hiers & mettre au fait de ce qu'il reſtoit à faire
pour la Table des matieres &c. Son neveu ,
Mr. P o L 1 E R de Bo tens , l'un des premiers
Paſteurs de l'Egliſe de Lauſanne, qui ayant été
pendant trois années Académiques dans l'Univer
fité de Leyden , diſciple du célèbre Albert
ScH U L THE N s, étoit au fait de la langue Hé
braïque , & pouvoit donner ſes ſoins à la revi
ſion de cet Ouvrage, & à l'édition que le judi
cieux Auteur déſiroit ardemment qu'on donnât au
public le plûtôt qu'il ſe pourroit. -

Héritier des cahiers de ſon Oncle, & ſouhai


tant de répondre à ſa confiance , le Paſteur Po
L 1 E R, dès que ſes grandes occupations ont pû
le lui permettre, a cherché avec empre ſement les
moyens de faire imprimer cet Ouvrage & de rem
plir d'un côté les engagemens que feu ſon cher \

Oncle avoit pris avec le Public, & ſatisfaire de


l'autre les deſirs des ames pieuſes, qui ayant lû &
médité avec plaiſir le Nouveau Teſtament, at
tendoient avec impatience de voir paroitre l'An
cien. Mais malheureuſement la guerre allumée
* 5 dans
IV F R E F A C E

dans preſque toute l'Europe, qui ralentiſſoit les #


diverſes branches du commerce, & ſurtout celle
de la Librairie ; les Ouvrages conſidérables qu'a- *t

voit actuellement ſous preſſe Mr. Marc - Micbel'


Rey, Libraire d'Amſterdam, & qui ayant fait im
primer le Nouveau Teſtament à ſes dépends, avoit
un droit acquis à l'impreſſion de l'Ancien, puiſ
qu'il faiſoit la premiere & la plus conſidérable
partie d'un même tout: Ces diverſes circonſtances
tant publiques que particulieres, ont mis l'Edi
teur dans la néceſſité de differer juſqu'à ce jour,
l'impreſſion d'un Ouvrage attendu avec impatien
ce par ceux qui aimants la bonne parole de Dieu,
ſavent priſer tout ce qui va à en donner une plus
parfaite intelligence, & qui en conſéquence ren
doient à l'Auteur la juſtice qui lui eſt duë, admi
roient la fimplicité & le vrai de ſes explications,
la ſolidité de ſon harmonie Evangelique, ſes liai
ſons heureuſes, bien trouvées & propres à ré
pandre un nouveau jour ſur pluſieurs endroits .
obſcurs ou mal-entendus dans les Ecrits Sacrés,
& ſurtout dans les Epitres des Saints Apôtres. .
Meſſieurs les Eccléſiaſtiques & en général tous
ceux qui par leur état, ſont appellés à travailler
ſur l'Ecriture Sainte, ſentoient tout le prix de
cette longue & belle Table des matieres, qui of
fre avec une préciſion admirable une concordan
ce de ſujets & de choſes tout autrement lumineu
ſe & utile, par là même, que les diverſes con
COſ
·D E L' E D I T E U R. V

cordances de mots, ſouvent fautives & qui man


quent pour l'ordinaire le but propoſé, qui doit
être de répandre du jour ſur le texte Sacré.
C'eſt en conſéquence de ces idées avantageuſes
que le Public avoit pris de l'Ouvrage de feu Mr.
le Profeſſeur P o L 1 E R, qu'en Angleterre & en
Hollande, de très dignes Paſteurs ont travaillé à
en faire des traductions, dont il ſe fait des Edi
tions très nombreuſes, qu'on ſe propoſe d'en
voier dans les diverſes Colonies. Ainſi il y a tout
lieu de croire que l'Ancien Teſtament que nous
donnons aujourd'hui ſera reçû avec un empreſſe
ment proportionné au cas, que la plus ſaine
partie du public a fait du Nouveau, dont l'Edi
tion eſt actuellement écoulée. ' -

Cependant avant que de mettre la main à l'œu


vre, on crut devoir conferer ſur la forme de Ca
téchiſme qu'avoit adoptée l'Auteur, & qui n'a-
voit pas été généralement approuvée, & exami
ner s'il ne conviendroit pas d'y renoncer ; plu
fieurs Livres du Vieux Teſtament paroiſſant peu
propres à admettre cette méthode ſinguliére :
Mais ayant relu avec ſoin la Préface, qui eſt à
la tête du Nouveau Teſtament, peſé les raiſons
que l'Auteur allégue pour juſtifier ſa méthode,
examiné la maniere victorieuſe dont il répond
aux objections qu'on pourroit lui faire ; on crut
me devoir rien changer à la forme de Catéchêſe
que l'Auteur avoit adoptée, puiſque d'un côté,
, cela
VI P R E F A C E

cela auroit occaſionné entre le Vieux & le Nou


veau Teſtament une bigarure choquante, & que
d'ailleurs cette forme particuliere à l'Auteur ca
rasteriſoit ſon Ouvrage, en faiſoit un livre ori
ginal, très propre à remplir ſes vuës & très eſ
timable par là même. Il fut donc conclu qu'on
ſe borneroit à revoir avec ſoin tous les cahiers,
à retrancher les demandes dont on pourroit ſe
paſſer, & abréger autant que poſſible celles qu'on
croiroit devoir conſerver. Cependant il faut a
vouer que ſi l'on avoit ſuivi le plus grand nom
bre des ſuffrages, on auroit au moins tiré de
l'ordre commun , les Proverbes & l'Eccléſiaſte .
de Salomon, qui étant compoſés de Sentences
& de Maximes détachées , paroiſſoient peu ſuſ
, ceptibles de la même méthode : mais ſi l'Edi
teur n'a pas eu pour ce conſeil tous les égards
qu'il auroit voulu , c'eſt d'un côté par la crain
te de trop prendre ſur lui , en renverſant ab
ſolument le Texte de Salomon , pour ranger
toutes ſes Maximes & Sentences ſous des titres
& Claſſes générales , ſuivant l'opinion des Sa
vans conſultés, qui vouloient qu'à cet égard,
· on imita ce qu'avoient fait pluſieurs Auteurs de
Philoſophie morale, qui ont écrit des caractères
, du ſiecle ; & de l'autre, l'Editeur avouë ingé
nûment que la vénération qu'il a pour la mé
· moire de ſon digne Oncle, les fréquentes con
, verſations qu'il a eues avec lui ſur ce ſujet , ne
- 1 lui
D E L' E D I T E U R. v 11
lui ont pas permis un changement que l'Auteur
auroit allurément improuvé, comme l'on peut
s'en convaincre par la lecture de l'excellente Pré
face qu'il a miſe à la tête du Nouveau Teſtament.
Mais ſi l'Editeur n'a pas oſé prendre ſur lui de
renverſer l'ordre des Sentences & Maximes con
tenuës dans le Livre des Proverbes & dans celui
de l'Eccléſiaſte, il a vû avec beaucoup de plaiſir
que l'Auteur ait ſuivi & imité dans les Pſaumes
l'exemple de pluſieurs ſavans & judicieux Inter
prétes, qui les ont donné dans l'ordre hiſtori
que, en particulier l'excellente traduction Latine
& Françoiſe que nous avons, imprimée à Paris,
l'an 1742, chez J. B. La Mes le le Pere, dont
l'Auteur auſſi ſavant que pieux & modeſte, a cru
devoir garder l'anonime, ne nous étant connu
que par les éloges qu'on ne peut lui refuſer. ,
Profitant des ouvertures du ſavant Auteur Ca
tholique qui l'a précedé, feu Mr. le Profeſſeur
Po L I E R a beaucoup perfectionné ſon Ouvra
ge, à l'égard de l'ordre qu'on doit donner à ces
Cantiques Sacrés, placés preſque tous dans l'é-
poque hiſtorique, dans laquelle on a lieu de pré
ſumer qu'ils furent compoſés. Cette méthode
toute ſimple, toute naturelle , répand un jour
admirable ſur leur véritable ſens, & fait diſſiper
bien des doutes & des ſcrupules que produit chez
la plûpart des Lecteurs, le Livre des Pſaumes ,
lâ dans nos verſions ordinaires & dans l'ordre
que
V I11 P R E F A C É

que les Compilateurs de l'ancien Canon, ou


plûtôt les Chantres Hébreux leur avoient aſſigné. :
Il nous reſte à dire un mot du ſtile de l'Au
teur, des Notes & Remarques, dont il a cru de
voir accompagner quelquefois le Texte Sacré,
pour en faciliter l'intelligence.
Son ſtile eſt ſimple, aſſez ſcripturaire & au
tant aſſorti au génie de l'original qu'il a été poſ
ſible ; clair, ſans être ni bas, ni trivial, aſſez
correct, ſans cet arrondiſſement de phraſes ſi dé
licat qui flatte plus l'oreille qu'il n'éclaire l'eſ
prit; il a cette dignité didactique, plus réelle,
plus eſtimable par là même que ce faux vernis
philoſophique dont les Auteurs du fiecle font
tant de cas , qui ſéduit les Lecteurs ſuperficiels,
& fait ſouhaiter une plus grande lumiere à ceux
qui ne ſe payant pas de mots, veulent des cho
ſes , & des choſes dites avec clarté, & ſans cet
art qui ôte à la vérité plus qu'il ne lui prête.
Je conviens que dans bien des endroits le ſti
le de l'Auteur auroit pû être plus châtié : mais
il faut ſe ſouvenir que c'eſt un Auteur d'un cer
tain âge, & chacun ſait, qu'à moins d'en faire
une étude toute particuliere & continuelle , un
. bon eſprit ſe prête difficilement à ces viciſſitudes
de la langue Françoiſe, que chaque génération
voit en quelque ſorte diſlemblable à elle-même,
& perdre de cette énergie qui l'illuſtra ſur la fin
du dernier ſiecle & au commencement de celui-ci.
- · D'ail
^
D E L' E D I T E U R. I X

D'ailleurs il ne faut pas perdre de vuë le but


du judicieux Auteur, & ſe ſouvenir qu'il n'écrit
point pour les ſavans, ni pour les gens du mon
de, qui, à la faveur de ce qu'ils appellent un
goût délicat & épuré, ſe croient en droit de re
jetter comme très enmuyant tout ce qui eſt écrit
d'un ſtile ordinaire & ſimple.
M. le Profeſſeur P o L 1 E R a écrit pour le
commun des Chrêtiens; il cherche ſes Lecteurs
dans le ſein des familles qui ſe diſtinguent par la
pieté, l'amour de Dieu, du Sauveur & de ſa ſa
lutaire doctrine, par leur attachement aux devoirs
de fidèles diſciples du Seigneur JE s U s; dès là, il
a dû éviter avec foin l'enflure du ſtile, un langa
ge trop recherché, & s'en tenir comme il a fait
à une diction ſimple, pure & claire. -

Les petites remarques ou additions que l'Au


teur a inſéré dans la ſuite de l'Ouvrage, les no
tes qu'il a miſes au bas des pages, dont il rend
compte dans la Préface du Nouveau Teſtament,
à laquelle on renvoie les Lecteurs; tout cela,
dis-je, a été puiſé dans une critique ſacrée, éga
lement ſaine & judicieuſe; dans une philologie
ſage & bien approfondie, & ne peut que répan
dre beaucoup de jour ſur l'intelligence de nos
Saints Livres, & par là même bien préférablcs
à ces longs Commentaires qu'on ne lit point,
qui édifient très peu, & ſouvent font naitre ſur le
véritable ſens plus de doutes qu'ils n'en diſſipent.
Je
·
X P R E F A c E
Je ne finirai point cette Préface ſans rendre au
· Sr. Antoine Chapuis, Maitre Imprimeur à Lau
ſanne, le bon témoignage qui lui eſt dû : on a
lieu de ſe féliciter que Mr. Key ait donné ſa con
fiance, à un Maitre qui joint à une connoiſſance
approfond'e de ſon art, toute l'attention néceſ
ſaire, afin que l'ouvrage s'expédie avec autant de
célérité que de ſoins. - - -

Je finis par implorer avec toute l'ardeur dont


je puis être capable, le Pere des lumiéres, du
quel procéde toute bonne donnation & tout
don parfait, pour qu'il lui plaiſe de donner ef
ficace à ſa parole, d'avoir pour agréable la mé
ditation & les travaux de ſes fidèles ſerviteurs ;
enſorte que ceux qui aiment à s'inſtruire de la
vérité qui eſt ſelon la pieté, puiſſent trouver
dans la lecture & la méditation des Saints Oracles
du Vieux Teſtament, le fondement aſſûré de
leur foi & de leurs plus chéres eſpérances en
JE s U s - CH R I s T nôtre Sauveur.
-

# |
#- i
Gê,º>© # # ,KX,)

# # ººº #* e "#
i"s.ºº# #
#=#==3=83=++++=833E#=#=#
L A

SA IN T E E CR IT U R E
D E

LAN cIE N T EsT AMENT,


expoſée 85 éclaircie
par DE M AN D E s & par R E P o N s E s.
T O M E P R E M I E R, :
Contenant les deux premiers Livres
DE MoYsE

L A G ENESE E T L' EXOD E.

·P R E L 1 M I N A I R E S.

D E M A N D E.

#° 4 , Uelle eſt la plus néceſſaire de toutes


º -
> -
-

$
3º3
> les connoiſſances que l'on puiſſe aqué
º rir dans cette vie ?
-
-

M& ºé
#-#-4 -#># R E P O N S E.
C'eſt celle qui nous apprend à connoitre Dieu
Tome I. A l'Etre
23 L'A N c I E N T E s T A M E N T.
l'Etre tout parfait, & à le ſervir ſuivant ſa vo
lonté.
D. Pourquoi dites - vous que cette connoiſſance
eſt la plus néceſſaire de toutes ?
R. Parce que ſans elle l'on ne ſauroit jouïr
d'aucun bonheur durable, & qu'avec elle l'on
peut eſperer d'être content de ſon ſort dans
cette vie & de l'être encore plus après la mort
D. D'où peut - on tirer une connoiſſance ſi utilelº
R. On la peut tirer des lumieres de la raiſon
quand on en fait un bon uſage : des ſentimens
de la conſcience, quand on les écoute & qu'on
les ſuit ; mais ſur tout de la Revélation qui
nous apprend ce que Dieu eſt & ce qu'il veut
que nous faſſions pour être heureux.
D. Où trouve t'on cette Revélation ?
R. On la trouve dans les Livres Sacrés que
les Chrétiens appellent l'Ecriture Sainte, qui
comprend tout ce que Dieu a revélé aux hom
mes depuis la création de l'Univers, juſques
à la venué de Jéſus-Chriſt & à la prédication
des Apôtres.
D. Quelles ſont les principales parties de cette
Sainte Ecriture ?
R. Ses principales parties ſont l'Ancien & le
Nouveau Teſtament : l'Ancien écrit avant la
venue de Jéſus-Chriſt par des Prophètes inſpirés
de l'Eſprit de Dieu, & le Nouveau écrit depuis
la venue de Jéſus-Chriſt, par ſes Apôtres , ou
ſes premiers Diſciples, inſpirés du même Eſprit.
D. Que contient en particulier l'Ancien Teſta
ment ?
R. Il contient des Livres Hiſtoriques , des
Livres Moraux, autrement dits, Agiographes &
des Livres Prophétiques. - - -

D. Quels
M 1s - E N C A T E c H I s M E. 3

D. Quels ſont les Livres Hiſtoriques contenus


dans l'Ancien Teſtament , 85 reconnus pour di
vinement inſpirés par tous les Juifs 85 les Chré
tiens *
R. Ce ſont les cinq Livres attribués à Moïſe,
ſavoir la Genèſe , l'Exode , le Levitique , les
Nombres, & le Deuteronome ; les Livres de
Joſué, des Juges & de Ruth ; les deux Livres
de Samuel ; les deux Livres des Rois ; les deux
Livres des Chroniques : Enfin les Livres d'Eſ
dras, de Nehémie & d'Eſter.
D. Quels ſont Livres Moraux auxquels vous
donnez le nom d'Agiographes ?
R. Ce ſont les Livres de Job, les Pſaumes,
les Provetbes, l'Eccléſiaſte & le Cantique des
Cantiques.
D. Quels ſont ceux que vous mettez particu
lierement dans le nombre des Livres Prophétiques ?
R. Ce ſont ceux que nous avons ſous le
nom des quatre grands Prophêtes ; Eſaïe, Je
remie, Ezechiel & Daniel : Et ceux que l'on
nomme les douze petits Prophètes , qui ſont ,
Oſée, Joel , Amos, Abdias, Jonas, Michée,
Nahum , Habacuc , Sophonie, Aggée , Zacha
ne & Malachie.
D. Comment peut - on s'affhrer que ces Livres
ont été écrits par des Auteurs inſpirés de l'Eſprit
de Dieu , 85 qu'ils contiennent mon ſeulement la
verité, mais encore les revélations de Dieu faites
aux hommes, pour leur conduite.
R. L'on peut s'en aſſurer, 1". par le témoi
gnage preſque unanime de tous ceux qui ont
quelque intérêt à cette revélation & qui l'ont
examinée de près ; en ſorte que l'on peut dire
que perſonne ne l'a contetté d'une maniere po
A 2 ſiti
4 L'A N c I E N T E s T A M E N r.
ſitive ou avec quelque apparence de raiſon:
2". Par la déclaration publique qu'ont faits les
Auteurs de ces Saints Livres qu'ils parloient &
écrivoient au nom & par l'ordre exprès de Dieu :
déclaration d'autant plus digne de toute créance,
qu'ils ont eu une connoiſſance diſtincte de tout
ce qu'ils rapportent ; que leur conduite & leur
recit portent un caractère de probité & de ſain
teté qui les met à l'abri de tout ſoupçon de
fraude, & que la plûpart ont accompagné leur
prédication de miracles avérés & de prédictions
qui ont eu leur accompliſſement. Enfin l'on
peut s'en aſſurer, par la nature des faits qu'ils
rapportent, des dogmes qu'ils annoncent, des
loix ou des préceptes qu'ils propoſent, qui font
voir clairement que ce qu'ils diſoient ne venoit
pas d'eux mêmes, mais de l'Eſprit de Dieu dont
ils étoient animés; enſorte qu'on peut regarder
leurs diſcours & leurs écrits comme approuvés
de Dieu & méritans un entier acquieſcement de
nôtre part.
D. Qu'eſt-ce encore qui doit rendre ces Livres
très reſpectables pour tous les kommes ?
R. C'eſt leur antiquité, au moins de la plâ
part, qui va beaucoup au delà de ce qu'il y a
de plus ancien dans l'hiſtoire profane. Les Li
vres de Moïſe en particulier doivent avoir été
écrits plus de ſix cents ans avant ceux d'Ho
mere & d'Heſiode, qui paſſent pour les plus
anciens d'entre les Profanes. Les Livres de Jo
ſué, des Juges, de Samuel, de David, de Sa
lomon & des Prophètes, doivent encore être
regardés commme les plus anciens monumens
que nous ayons de ce qui s'eſt paſſé dans le
monde depuis Moiſe, juſqu'à leur tems.
D. Quel
|

M 1t E N C A T E c H I s M E. +
D. Quelles preuves a-t-on en particulier que les
tinq premiers Livres de l'Ancien Teſtament attri
bués à Moïſe ſoient véritablement de lui ?
R. L'on n'en ſauroit douter, ſi l'on fait at
tention, 1°. au témoignage preſque unanime des
Juifs & des Chrétiens anciens & modernes, qui
les ont conſtamment attribués à Moïſe. 2°. Aux
choſes qui y ſont contenues que, l'on ne ſau
roit avec quelque ombre de vraiſemblance attri
buer à d'autres qu'à lui, 3". Aux ordres que
Moiſe lui-mème dit avoir reçus de Dieu d'écrire
la Loi & la plûpart des choſes contenuës dans
ces Livres, & qui ont une telle relation avec
le reſte, que celui qui doit avoir écrit les unes,
doit auſſi avoir écrit les autres. Enfin aux ci
, tations du Nouveau Teſtament & de Jéſus-Chriſt
lui-même, qui attribuent les Livres de la Loi
à Moïſe : Luc XXlV. 27, 44. Jean I. 17, 46.
V. 46. VII. 19. Act. XV. 2 I. 2. Cor. III. I 5.
D. Mais n'y a-t il pas dans ces Livres des Hiſ
toires qui ont précedé de pluſieurs ſiecles les tems
de Moiſe comme tout ce qui s'eſt paſſé depuis la
création du monde juſqu'au déluge dont il m'eſº
guéres probable qu'il ſoit l'Auteur, d'autres qui
doivent manifeſtement avoir été écrites après lui ;
comme ſa mort, ſa ſepulture $ le deuil qu'en fit
le peuple d'Iſraël ?
R. Il eſt vrai que le premier de ces Livres
dit la Genèſe contient des faits arrivés pluſieurs
ſiecles avant Moïſe ; mais il les a pu ſavoir ,
ſoit par une revélation divine, ſoit par une tra
dition conſtante de pere en fils venue juſqu'à lui
ſans alteration, à cauſe de la longue vie des
hommes de ces tems-là, qui avoient intérêt d'en
conſerver la mémoire avec beaucoup de ſoin ;
- A 3 ſoit
q L'A N C I E N TEsT A M EN T
ſoit par des monumens écrits de la main des
Patriarches mêmes contemporains de ces événe
mens. Et quant aux choſes rapportées dans ces
Livres qui indiquent des tems poſtérieurs à ceux
de Moïſe ; elles ont ſans doute été ajoutées à
la narration de Moiſe par des mains d'une au
torité reſpectable pour rendre cette narration
plus claire & plus complette ; ſans que l'on
puiſſe conclure de là qu'il n'eſt pas l'Auteur des
Livres qui portent ſon nom. A*

D. Tous ces Livres Sacrés renfermés dans mos


Bibles y ſont-ils rºngés ſelon l'ordre des tems dans
leſquels ils ont été écrits ?
. R. Ceux qui en ont fait le recueil, ſoit Juifs
ſoit Chrétiens, ont obſervé cet ordre autant qu'ils
l'ont pu , dans les Livres Hiſtoriques qu'ils
ont placé les premiers & tous de ſuite ; quoi
que quelques uns ayent été écrits après la plû
part des Livres Moraux & prophétiques. D'ail
leurs comme les mêmes faits ſont quelquefois
rapportés dans pluſieurs de ces Livres & quel
quefois dans un ordre different & avec des cir
conſtances indiquées dans les uns & omiſes dans
les autres, l'on a laiſſé chaque Livre dans le
rang qu'il devoit occuper par rapport aux faits
qui y ſont contenus : Quant aux Livres Mo
raux qui font la ſeconde claſſè ; l'on y a auſſi
ſuivi l'ordre des tems dans leſquels ont vècu
les Auteurs à qui on les a attribués, ſavoir Job
pour le Livre qui porte ſon nom ; David pour
les Pſaumes dont il a compoſé la plus grande
partie, & Salomon pour les Proverbes, l'Ec
cleſiaſte & le Cantique des Cantiques ; mais dans
le Livre des Pſaumes, il y en a un grand nom
bre qui ne peuvent avoir David pour Auteur ,
- Cntr6
Mt 1 s E N C A T E c H I s M E. 7
entre leſquels quelques uns ont été compoſés
avant ſon régne & pluſieurs longtems après lui,
dans le tems mème, ou au retour de la Capti
vité de Babilone qui font cependant partie du
même Livre. Enfin pour les Livres Prophéti
ques, le rang qu'on leur donna dans le Recueil
qu'on en fit, fut d'abord reglé par la groſſeur
du Volume que formoient les Ecrits de chaque
Prophête : ſelon cela, l'on mit à la tête les trois
plus étendus ſelon le tems de leurs Prophéties,
ſavoir Eſaïe, Jeremie & Ezechiel , auxquels l'on
joignit Daniel à cauſe de la célébrité de ſon
nom , de ſes emplois & de ſes revélations. En
ſuite l'on plaça les Ecrits des autres Prophètes
qui étoient d'une moindre étendue, qui furent
appelés à cauſe de cela les Petits Prophêtes , &
l'on obſerva auſſi à quelque égard, dans le rang
qu'on leur donna , l'ordre du tems dans lequel
chacun avoit écrit. -

· D. Pour rendre la lecture 83 la connoiſſance


de tous ces Livres plus utile à la plupart des '
Lecteurs , ne trouveriez - vous rien à changer
au rang qu'on leur a donné juſqu'ici dans nos
Bibles ? - - -

R. Il ſemble en effet qu'en rapportant tout


ce qui eſt contenu dans ces Livres Sacrés, ſoit
d'hiſtoire , de morale ou de Prophéties , au
tems dans lequel chaque choſe eſt arrivée, l'on
éviteroit par là bien des repétitions inutiles &
que tout deviendroit plus facile à entendre.
L'on peut d'ailleurs le faire ſans déroger en rien
à la canonicité d'aucun de ces Livres , ni au
reſpect qui leur eſt dû ; puiſque le rang qu'on
leur a donné dans le recueil qu'on en a fait
ne vient point de Dieu, mais des hommes : &
- A 4 qu'en
3 L'A N c I E N : T E s T A M E N r
qu'en apportant quelque changement dans l'or
dre des narrations, l'on en conſerve tout ce
qu'elles peuvent avoir d'inſpiré & de Divin.
C'eſt auſſi la méthode qu'on ſe propoſe de ſuivre
dans l'expoſition qu'on en fera, comme on l'a
déja fait ſur le Nouveau Teſtament.

C H A P I T R E I.

L'hiſtoire de la Création du premier mon


de & du premier homme , avec toutes
ſes ſuites ; juſques à la naiſſance des pre
miers enfans d'Adam & d'Eve.
D. A# mous être aſſurés de la vérité 83
de l'autenticité des Livres de l'Ancien
Teſtament, il eſt de nôtre deboir de les parcourir
avec attention les uns après les autres, 85 pour
commencer par le premier qui a pour titre L A
G E N E s E , dites-moi pourquoi ce nom lui a été
donné * · · -

R. La Geneſe eſt un mot qui vient du Grec


& qui ſignifie Generation , Origine : ce nom a
été donné à ce Livre, par les premiers Tra
ducteurs Grecs, qu'on appelle les Septante In
terprètes ; parce qu'il contient l'origine ou la
création du monde & l'hiſtoire des premiers
hommes , depuis Adam juſqu'à Moïſe ; ce qui
renferme un eſpace de plus de deux mille &
tI'O1S CentS anS. -

D. Comment y eſt décrite la création du monde ?


R. Elle y eſt d'abord énoncée en ces termes
Gen.
I - 2»
I. generaux. * Au commencement des tems Dieu
» créa
RI 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 5

» créa les Cieux & la Terre, c. à d. qu'il donna


aux Cieux que nous voyons 8, à la Terre que
nous kahitons l' exiſtence qu'ils n'avoient pas aupa
ravant $ les proprietés qui leur convenoient pour
» l'uſage auquel Dieu les deſiinoit. Or cette Terre
» fut au premier inſtant créée vuide & confuſe ,
c. à d. toute mué, informe 83 deſtituée de tout
arrangement, de tout ornement 85 de tout habi
tant. " Les ténèbres, ou une profonde obſcurité
» en couvroient la ſurface, 83 environnoient l'a-
bime d'eaux dans lequel elle étoit comme plongée,
» mais un grand vent excité par la puiſſance di
» vine vint à agiter le deſſus de ces eaux 85 pré
fara le tout à recevoir la forme que D I E U vou
loit lui donner. - - -

D. Que nous apprend enſuite l'Auteur Sacré


ſur le tems 85 les moyens que Dieu employa pour
debrouiller ce Cahos 83 en former toutes les par
ties qui compoſent cet Univers ? - -

R. Il nous apprend que l'Etre Eternel & Tout


pûiſſant employa ſix jours à mettre cet Univers
dans l'état qu'il avoit conçu, & qu'il n'eut be
ſoin pour cela que de ſa parole, ou d'un ſim
ple acte de ſa volonté. Ainſi quand il s'agit de
l'ouvrage du premier jour, " D I E U dit ſeule- Gen. I.
» ment ; Que la lumiere ſoit & la lumiere fut ; ***
c. à d. qu'il créa dans un inſtant une infiuité de
particules lumineuſes, propres à éclairer la ſurface
de l' Univers, quand elles ſeroient convenablement
agitées. " Et D 1 E U vit que cette lumiere étoit
» bonne : il vit que cette matiere étoit des plus
» propres à produire ſon effet : & D IE U ſépara la
» lumiere des ténèbres ; c. à d. qu'il raſſembla
dans un certain eſpace 83 mit en mouvement tou
tes ces particules qui devoient produire la lumiere,
A 5 pour
10 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
pour éclairer une partie de l'Univers, dans une
certain période de tems ; pendant que l'autre ſeroie
couverte de ténèbres par le repos, ou la ceſſa
tion de mouvement de ces mêmes parties dont elle
ſeroit environnée. " Et D I E U nomma le tems de
» la lumiere , le jour, & le tems des ténèbres
» la nuit ; c. à d. qu'il voulut que dans tout
l'Univers il y eut un eſpace de tems , compoſé à
préſent de vingt quatre heures, pendant lequel les
ténèbres 85 la lumiere ſe ſuccederoient l'un à l'au
tre. * Tel fut le ſoir, tel fut le matin du pre
» mier jour : c. à d. que dans cet eſpace de tems ,
l'obſcurité premierement 85 enſuite la lumiere
ayants paru alternativement ſur la Terre, il ſe
forma de là le premier jour de la Création qui
dès lors fut diſtingué par le ſoir 83 le matin.
D. Qu'eſt-ce que Dieu créa le ſecond jour ?
Gen. I. R. » D I E U dit , ou voulut qu'il y eut une
C - IO.
» étende , ou un grand eſpace d'air, entre les
» eaux des Cieux 83 de la Terre qui les ſépara
» les unes d'avec les autres, & D I E U ayant
» formé cet eſpace, mit par ce moyen une ſépa
» ration entre les eaux qui devoient être au
» deſſous ce cette étendue d'air leſquelles ne font
» qu'un globe avec la Terre, & celles qui de
» voient être au deſſus , qui forment les nuées :
leſquelles ne faiſoient avant cela qu'un ſeul tout.
La choſe étant ainſi établie , " Dieu donna à
,, cette étendue ou à cet eſpace le nom de Cieux :
( C'eſt proprement l'air qui environne la Terre,
ou l'atmoſphere de la Terre. ) " Tel fut l'ouvrage .
» du ſoir & du matin du ſecond jour. Auquel
» il faut ajouter que D I E U dit encore, ou vou
» lut, que les eaux de deſſous les Cieux , qui
» étoient toutes milées avec la Terre, fuſſent ra
- ". » maſſées
MIS E N C A T E c H I s M E. rr

, maſſées en un lieu & que le ſec parut ſéparé


» des eaux : Ce qtti étant fait, D I E U donna à ce
» qui étoit ſec le nom de Terre , & à l'amas
» des eaux le nom de Mers : Et D 1 E U vit
» que ce qii'il venoit de faire étoit bon , utile 83
convenable à ſes deyeins.
D. Quel fut l'ouvrage de la Création , le troi
ſieme jour ? -

R. » Après cela D I E U dit, ou voulut que Gen. I.


» la Terre produiſit de l'herbe, qui pouſſat d'elle 11 - 13.
,, meme tous les ans ſans la ſemer , & des plantes
» portans ſemence ou qui ſe perpétuent par ſon
» moyen, & des arbres portans du fruit de toute
» eſ éce, qui euſſent auſſi leur ſemence en eux
» memes, ott dans leur fruit , pour ſe reprodui
, re ſur la Terre , & cela arriva ainſi : Car la
» Terre produiſit de l'herbe qui s'y entretient
, toujours ; des plantes portans ſemence ſelon
» leur eſpéce, pour les reſemer chaque année ,
» & des arbres portans du fruit, qui ont auſſi
» leurs ſemences en eux-mèmes , chacun ſelon
» ſon eſpéce : & D I E U vit que cela étoit bon,
utile 83 convenable au but qu'il ſe propoſoit. *

» Tel fut l'ouvrage du ſoir & du matin du troi


» ſiéme jour.
· D. Qu'eſt-ce que Dieu fit le quatriéme jour de
la Création ?
R. » D L E U voulut enſuite qu'il y eut des Gen. I. .
» corps lumineux dans le grand eſpace des Cieux , * " ***
» deſtinés à ſéparer la nuit d'avec le jour & qui
» ſerviſſent auſſi à régler la viciſſitude des ſai
» ſons, des jours & des années, & à éclairer la
» Terre dans tout ce grand eſpace des Cieux,
,, ou de l'air qui l'environne. Selon cela D 1 E U fit
» deux grands corps lumineux, propres à don
jleyº
12s L'A N c I E N TEsTAMENT
· vier ou à refléchir la lumiere : l'un plus grand,
ſavoir le Soleil pour répandre la lumiere pendant
» le jour ; l'autre plus petit , ſavoir la Lune,
» pour donner de la lumiere, par la réflexion
,, de celle du Soleil, pendant la nuit : Il fit auſſi
» briller les étoiles dans l'enceinte des Cieux :
» Et D 1 E U mit tous ces Aſtres dans le grand
» eſpace des Cieux, pour éclairer ſur la Terre,
» & pour y répandre leur influence le jour &
» la nuit, auſſi bien que pour partager le tems
• entre la lumiere & les ténèbres ; afin que tous
les habitans de la Terre puſſent en jouir tour à
»our. " Et D I E U vit que cela étoit bon 83
,, convenable à ſes deſſeins. Tel fut l'ouvrage du ſoir
» & du matin du quatrieme jour.
D. Quel fut l'ouvrage de la Création au cin
quieme jour ? - -

Gen. I. R. » D I E U voulut encore que les eaux, tant


2C-23.
de la mer que des lacs 83 des rivieres produi
, ſiſſent en abondance 83 avec une varieté infinie
» des poiſſons vivans qui nagent dans l'eau,
» auſſi bien que des reptiles ſe mouvants ſur
» leur ventre, & qu'il y eut des oiſeaux qui vo
» laſſent ſur la Terre dans le grand eſpace des
» Cieux. D I E U donc créa les grands poiſſons,
» ou monſtres marins, & toutes ſortes de poiſſons
» & de reptiles vivans que les eaux produiſi
» rent en abondance ſelon leur eſpéce, & tou
» tes ſortes d'oiſeaux volans ſelon leur eſpé
» ce : Et D 1 EU vit que cela étoit bon 83 uti
» le. De plus D I E U les bénit, ou donna à
tous ces animaux la faculté de ſe perpétuer : " Il
» voulut en particulier que les poiſſons foiſon
» naſſent & multipliaſſent en ſi grande abon
» dance, qu'ils rempliſſent les eaux des #
» 46f
M1s E N C A T E c H I s M E. 13
, des lacs $ des rivieres, & que les oiſeaux ſe
» multipliaſſent ſur la Terre. Tel fut l'ouvrage
» du ſoir & du matin au cinquieme jour.
D. Qii'eſt-ce que Dieu fit pour achever l'ouvrage
de la création le ſixieme jour ?
R. » D I E U dit , ou voulut encore, que la Gen. 1.
» Terre produiſit, ou qu'il y eut ſur elle , des 24 - 3I•
» animaux vivans d'un grand nombre d'eſpéces
» differentes, ſavoir, des animaux domeſtiques,
» d'autres rempans de leurs pieds ou de leur ven
» tre ſur la terre, & des bêtes ſauvages, ou qui
,, vivent à la campagne , de chaque eſpéce : Et ce
» la arriva ainſi ; car D I E U fit les bètes de la
» campagne, autant qu'il y en a d'eſpéces, les
» animaux domeſtiques autant qu'il y en a d'eſ
» péces, & les animaux qui rempent ſur la Terre
» autant qu'il y en a d'eſpéces. Enfin D I E U
» dit : Faiſons l'homme (a) à nôtre image, ſelon
» nôtre reſſemblance : c. à d. Formons l'homme
de maniere qu'il ait quelque reſſemblance avec
310f4

( a ) Faiſons Pbomme à nôtre image ©'c. Le nombre


plurier qui eſt ici employé pour la création de l'hom
me , par diſtinction des ouvrages précédens , a donné
lieu de rechercher les raiſons de cette difference de
langage , & de cette maniere de parler au plurier ,
ui ſemble inſinuer que Dieu agit ici de concert avec
§ perſonnes pour créer l'homme : Sur cela quel
ques uns ont imaginé qu'il s'adreſſoit aux Anges déja
créés. D'autres avec plus de fondement, ont cru que
Dieu s'adreſſe ici à ſon fils, la parole éternelle par
laquelle il a fait le monde. Enfin d'autres n'ont trou
vé dans ces expreſſions qu'une façon de parler ordi
naire aux Rois quand ils veulent faire mieux ſentir
leur autorité dans ce qu'ils veulent faire ou dans les
ordres qu'ils donnent,
I4 L'AN c I E N T E s T A-M E N T

» mous par les qualités dont il ſera doué, & qu'il ait
» comme nous domination ſur les poiſſons de la
» mer , ſur les oiſeaux des Cieux, ſur les ani
» maux domeſtiques, ſur toutes les bêtes à qua
,, tre pieds qui ſont ſur la Terre , & ſur tout ani
» mal qui rampe ſur la Terre, pour s'en ſervir
,, à ſa volonté. D I E U donc créa l'homme ou
,, la race humaine à ſon image ; oui certaine
» ment, il la créa, tant le mâle que la femelle,
( qui fut ſans doute créée le même jour) à l'ima
» ge de D I E U, & D I E U les bénit, ou leur
accorda la faculté de perpétuer leur race , en
» leur diſant ; devenez féconds, & multipliez
» vôtre race , rempliſſez la Terre d'habitans &
» ſoyez en les maitres : Dominez auſſi ſur les
» poiſſons de la mer, ſur les oiſeaux des Cieux
» & ſur toute bête qui ſe meut ſur la Terre.
Diſpoſez en à vôtre volonté pour vôtre uſage 85
vôtre nourriture. * D I E U leur dit de plus ; voi
» ci je vous ai encore donné pour vous ſervir
» de neurriture, toutes les plantes qui portent
» leur graine ſur la Terre , & tout arbre frui
» tier portant ſa graine pour le multiplier : mais
» j'ai donné à toutes les bètes à quatre pieds de
» la Terre , à tous les oiſeaux des Cieux, &
» à tout ce qui ſe meut ſur la Terre, ayant
» vie en ſoi-mème, toute l'herbe verte pour
» la manger 83 s'en nourrir. Cela fut donc ain
» ſi. Alors D I E U vit que tout ce qu'il avoit
» fait 85 qu'il venoit de créer étoit très bon ,
,, très utile 85 très convenable. Tel fut l'ouvrage
» du ſoir & du matin du fixieme jour.
D. Comment finit la Création ?
Gen. II. R. » L'ouvrage des Cieux & de la Terre &
I - 6.
» de toute leur armée, ou de toutes les créatit
7': 5
MIs E N C A T E C H 1 s M E. I5
,, res qui en font partie, ayant été achevé en ſix
» jours, & D 1 E U ayant fini au commencement
,, du ſeptieme tout ce qu'il vouloit faire, ſe re
» poſa, ou ceſſa de créer ce jour là : C'eſt pour
• quoi D I E U bénit le ſeptieme jour & le ſanc
, tifia, ou le conſacra pour être à jamais célé
bré par les hommes en memoire de la création de
l' Univers, après laquelle il s'étoit repoſé , ou
qu'il avoit finie ce jour-là. * Telles ſont les ori
, gines des Cieux & de la Terre : Telle eſi
Phiffoire de leur création & comment ils furent
» produits , au jour que L'ET E L N E L D I E U
, leur donna l'être, 85 la forme qu'ils reçurent
alors : Telle fut en particulier la maniere dont
» toutes les plantes furent produites tout d'un
» coup dans leur perfection, avant qu'il y en
, eut en la Terre, d'où elles puſſent tirer leur
» ;taiſſance , & toutes les herbes des champs ,
» avant qu'elles euſſent pouſſé par la végétation.
» Car L'E T E R N E L DIE U n'avoit point en
, core fait pleuvoir ſur la Terre, pour leur don
mer l'accroiſſement, comme cela eſt arrivé dans
» la ſuite ; il n'y avoit point eu d'homme pour
» labourer la Terre, & il n'étoit point encore
, monté de vapeur de la terre pour en arroſer
toute la ſurface $ la mettre en état de produire
ſes fruits.
D. Qu'eſt - il remarqué en particulier ſur le
tems $ la maniere dont l'homme fut formé ?
R. Il eſt remarqué que " L'ETERNEL DIEU Gen. II.
» après avoir formé l'homme de la pouſſiere 7.
» de la Terre ſoufHa dans ſes narines reſpira
» tion de vie, & que par ce moyen l'homme fut
» fait en ame vivante, c. à d. qu'il devint un
A#rs mimé, intelligent 85 raiſonnable,
D. Oie
16 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
D. Où eſt-ce que l'homme fut mis après avoir
été créé ?
Gen. II. R. » L'ET E R N E L D 1 EU avoit préparé
8.
pour cela, apparemment dès le troiſieme jour Q3
formé par ſa toute puiſſnce " un jardin, ou un
» verger delicieux , dans le pays qui fut nommé
» enſuite le pays d'Heden ou de delices , du cô
» té de la Terre que l'on appelle à préſent l'O-
» rient, où il mit l'homme qu'il avoit créé.
» Et L'E T E R N E L D I E U avoit produit dans
» ce lieu-là toutes ſortes d'arbres beaux à voir &
,, portans des fruits bons à manger, entre leſquels
l'on pouvoit ſur tout remarquer ces deux-ci, qui
» étoient au milieu du verger ; ſavoir l'arbre de
» vie dont le fruit avoit ſans doute la vertu de
conſerver la vie de l'homme contre les accidens qui
» auroient pu l'alterer ou la détruire , & l'arbre
, de la ſcience du bien & du mal ; qui devoit
ſervir à faire connoitre à l'homme, ce qu'il y
avoit de bien & de mal en lui. " Un fleuve qui
» ſortoit du pays d'Heden arroſoit le jardin ,
, & de là il ſe diviſoit en quatre branches ,
» ou quatres autres rivieres : La premiere étoit
le fleuve appelé enſuite le Piſon, qui coule dans
» le pays d Havila , où il ſe trouve de l'or pur
» & des pierres précieuſes : La ſeconde formoit
» le fleuve appellé Guihon , qui coule dans le
» pays de Cus : La troiſieme formoit le fleuve
» Hiddekel, ou le Tigre, qui coule vers l'Aſſy
» rie ; & la quatrieme le fleuve Euphrate. L'E-
» T E R N E L D I E U prit donc l'homme & le
» mit dans le jardin d'Heden pour le cultiver
» & en avoir ſoin '. !
D. Quel ordre Dieu donna-t il à l'homme en
le plaçant dans ce verger ? *

R. » L'E-
M11 EN C A T E c H I s M E. 17

R. » LET E R N E L D I E U lui donna cet or Gen. I I.


» dre, tn termes exprès : Tu pourras manger * • *7"
» librement du fruit de tout arbre du verger : Si
» ce n'eſt de l'arbre de ſcience du bien & du
» mal, dont tu me mangeras du tout point :
• car au jour que tu en mangeras tu mourras
» de mort : Dès le moment méme, d'immortel
qite tu ès par les qualités que tu as reçues de moi ,
tu deviendras mortel 83 ſeras condamme à mourir.
D. De quel autre événement fut ſuivi cet ordre
de Dieu à Adam le premier homme ?
R. Dans ce même jour , le ſixieme de la Créa- Gen. I I.
tion, " L'ET E R N E L D I E U avoit dit 8, jiatué, ** " *5-
» qu'il n'étoit pas bon que l'homme fut ſeul, &
» qu'étant deſtiné à vivre en ſocieté, il lui don
» neroit une aide ou une compagne ſemblable à
» lui, qui ſeroit toujours prète à le ſoulager 83
à le ſervir dans ſes beſoins. Ce fut peut-etre auſſi
pour lui en faire maitre le déſir à lui-même que
» L'ET E R N E L D I E U, après avoir formé de
» la terre toutes les bètes de la campagne &
» tous les oiſeaux des Cieux, les avoit fait ve
» nir vers Adam dans le verger d'Heden , pour
» leur donner à tous un nom qui les diſtingitat
les uns des autres, 85 qui convint à leurs eſpe
ces ou à leurs qualités ; afin qu'on les appela
» tous du nom qui leur ſeroit alors donné. Adam
» donna donc des noms à tout le bétail, à
» tous les oiſeaux des Cieux & à toutes les bè
» tes de la campagne : mais parmi toutes ces créa
tures vivantes qui parurent devant lui , le m.ile
avec la femelle, il ne trouva point , comme il
Jemble l'avoir déſiré, d'aide ſemblable à lui, qui
put l'accompagner 83 le ſervir en tout tems.
» C'eſt pourquoi L'E T E R N E L D I E U fit tom
Tome I. B » ber
1s 1'A N c 1E N T E s T A M E NT
» ber ſur Adam un ſommeil très profond, pen
» dant lequel il prit une de ſes côtes, & re
» ferma l'ouverture par la chair qui remplit ſa
» place : Enſuite L'ET x RN E L D I E U forma
» de la côte qu'il avoit priſe à Adam une fem
» me qu'il lui préſenta à ſon reveil : A cette vuë,
» Adam inftruit ſans doute de la maniere dont
Dieu l'avoit tirée de ſon propre corps , dit auſſi
» tôt. Celle-ci eſt à cette fois l'os de mes os &
» la chair de ma chair, c. à d. Voila maintenant
ce que je ſouhaittois , un autre moi-même, qui a
été tiré de ma propre ſubſtance, 85 avec qui je
vais être uni, comme les os 85 la chair le ſont
enſemble dans un même corps : On la nommera
Hommeſſe ( a ) pour marquer ſon origine, parce
» qu'elle a été tirée de l'homme : C'eſt pourquoi,
» ajoute l'Auteur Sacré, l'homme doit laiſſer ſon
,, pere & ſa mere, ſi les circonſtances le demandent »
» pour ſe joindre à ſa femme, & ils doivent
» être auſſi liés & unis entr'eux que s'ils étoient
» une mème chair. Adam & ſa femme étoient
• alors tous deux nuds, & ils n'en avoient point
» de honte ; parce qu'ils étoient innocents.
D. Qu'eſt-se qui leur arriva , pendant qu'ils
étoient dans ce lieu delicieux , où Dieu les avoit
placés ?
R. Il leur arriva d'être tentés par un malin
eſprit, à manger du fruit de l'arbre qui leur
avoit été deffendu , & de ſuccomber à la ten
tation ; ce qui leur attira les plus grands maux.
D. Com

( a ) Hommeſſe. Ce mot n'eſt pas françois, mais l'on


s'en eſt ſervi à l'exemple de quelques autres verſions ,
pour mieux exprimer la penſée d'Adam qui donne à
ſa femme un nom féminin, formé du maſculin Homme.
\

M Is EN C A T E c H I s M E. 19

D. Comment ſe paſſa ce funeſie événement ?


R. Voici de quelle maniere Moiſe le rapporte.
» Or le ſerpent étoit le plus ruſé de tous les Gen. III.
» animaux de la campagne que L'E T E R N E L I -7

» D 1 E U avoit faits , & s'étant adreſſé a la


» femme , il lui dit : Eſt-il vrai que Dieu ne
» vous a pas permis de manger indiffèremment du
,, fruit de tous les arbres de ce verger ? Il nous
» eſt permis , repondit la femme au ſerpent,
» de manger du fruit de tous les arbres du
» verger , ſi ce n'eſt du fruit de l'arbre qui eſt
» au milieu du verger ; dont Dieu nous a dit
» expreſſément, vous n'en mangerez point &
» vous n'y toucherez point, de peur que vous
» ne mourriez. Alors le ſerpent repartit à la fem
, me : Vous ne mourrez nullement pour a oir
» mangé du fruit de cet arbre ; mais D I E U fait
» qu'au jour que vous en mangerez, vos yeux
» ſeront ouverts, & que vous ſerez illumines $
,, éclairés comme D I E U , connoiſſant ce qui
» eſt bien & ce qui eſt mal ; 83 pour la mieux
ſeduire, peut - être en mangea t-il lui même, ſans
que la mort s'enſuivit. Sur cela la femme voyant
» que le fruit de cet arbre étoit bon à manger,
» & d'une beauté qui faiſoit plaiſir à le voir ;
» déſirant d'ailleurs d'en gouter pour avoir plus
» de connoiſſance qu'elle n'en avoit , comme le
ſerpent l'en aſſuroit , elle prit de ce fruit, elle en
» mangea, & en donna auſſi à ſon mari qui
» en mangea de même. Auſſi tôt les yeux de
» tous deux furent ouverts ſur leur état preſent,
» & ils s'apperçurent mieux qu'ils ne l'avoienº
» fait auparavant qu'ils étoient nuds ; ce qui
» les porta à plier & a attacher enſemble des
B 2 ' » feuil
ao L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
» feuilles de figuier, dont ils ſe firent des cein
» tures, ou des voiles pour couvrir leur nudité.
D. Que penſez-vous de cette narration * Faut.il
l'entendre à la lettre, ou ſi c'eſt une ſimple alle
gorie ? 85 comment en expliquez vous toutes les
circonſtances ?
R. Pour ſatisfaire à vos demandes avec toute
la clarté & la préciſion qu'il me ſera poſſible ,
je dois d'abord remarquer que la narration de
Moïſe eſt ſi ſimple, ſi ſuivie & ſi liée depuis
le commencement que nous venons de voir
juſques à la fin que nous verrons tout à l'heure,
qu'il n'y a pas lieu d'y ſoupçonner de l'allégorie,
& qu'il eſt beaucoup plus naturel d'entendre le
tout à la lettre ; en y ajoutant ſeulement ce
que nous apprenons de divers autres endroits
de la Revélation , que le ſerpent qui eut cet
entretien avec la femme étoit ſimplement l'or
gane dont ſe ſervit le Démon pour la ſéduire,
& qu'il employa pour cela le ſerpent plutôt qu'un
autre animal ; parce qu'il avoit été doué par le
Créateur de qualités qu'il crut propres à ce
deſſein ; telles que ſont la ruſe, la malice, la
prudence qui lui ſont attribuées dans d'autres
endroits de l'Ecriture , comme Gen. XLlX. 17.
Pſ. LVIII. 3. Matt. X. 16. Cela poſé il eſt
très probable que la femme nouvellement créée
& ſans experience, put croire aiſément que les ,
animaux, au moins quelques uns , avoient le
don de la parole auſſi bien qu'elle, & qu'elle
ne ſe deffia point du Démon qui la tentoit par
la bouche du ſerpent. L'on peut encore ſup
poſer avec beaucoup de vraiſemblance , & les
expreſſions de l'original ſemblent le confirmer,
que la parole qu'adreſſa le ſerpent à la
-
# llï
M 1s E N C A T E c H 1 s M E. 2I -

ſur la deffenſe que Dieu avoit faite de manger


du fruit de cet arbre avoit été précedée de quel
que autre entretien, par lequel le Démon avoit
connu dans la femme beaucoup de curioſité &
de déſir d'apprendre ce qu'elle ne ſavoit pas : ce
qui fit qu'il tâcha de la ſurprendre & de la ſé
duire par cet endroit, & qu'il ſe flatta d'y réuſ
ſir d'autant mieux que ce n'étoit pas à elle ,
mais à ſon mari, qui la lui avoit rapportée ,
qu'avoit été faite la deffenſe de manger de ce
fruit. La femme ſéduite par l'exemple du ſerpent
qui avoit apparemment gouté de ce fruit en ſa
préſence ſans en mourir, & en ayant mangé
elle-mème ſans éprouver la peine de mort ſubi
te & certaine que Dieu paroiſſoit y avoir atta
chée, il ne lui fut pas difficile d'engager par
les mêmes raiſons ſon mari qui n'étoit pas loin
d'elle, d'en gouter auſſi : Peut-être encore qu'il
y fut porté par la fauſſe idée, qu'il n'avoit pas
bien compris une deffenſe donc la ſanction ne
ſe trouvoit pas vérifiée par l'expérience. Leur
faute commiſe, leur déſir ſatisfait, ils ſentirent
d'abord qu'ils avoient tout à craindre de la part
de leur Créateur, dont ils venoient de violer
le. premier commandement qu'ils en avoient re
qu; & jettans les yeux ſur leur nudité qui les
expoſoit à toutes ſortes de maux , s'ils n'étoient
ſécourus de Dieu mème, dont il leur impor
toit de ſe conſerver la faveur, ils chercherent
à s'en garantir par les premiers moyens qu'ils
purent trouver ſous la main.
D. Quelles en furent les ſuites ?
R. , Alors Adam & ſa femme entendirent au º.º
» vent du jour ou ſur le ſoir, la voix de L'E-s-ºs
» TERNE L DIEU qui rouloit dans le verger
3 C01H
22 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
comme un tonnerre 83 qui annonçoit ſon approche
ou ſa preſence ; & ils ſe cachérent, autant qu'ils
,, purent parmi les arbres du verger, de de
» vant L'E T E R N E L D I E U , dont ils redou
toient le cb.itiment qu'ils ſentoient bien avoir mé
rite par leur déſobeiſance. * Mais L'E T E R N E L
» D I E U appela Adam & lui dit , où es-tu ?
Pourquoi te caches-tu ? Qu'as-tu fait qui t'oblige à
éviter ma préſence ? Répon moi : Adam répon
» dit : J'ai entendu ta voix dans le verger &
» j ai craint ta préſence, parce que j'étois nud
85 peu en état de paroitre devant toi, & je me
» luis caché ; j'ai cherché à me dérober à tes
regards. " Qui t'a montré, lui repliqua Dieu,
» que tu étois nud ? Qu'as-tu fait qui t'ait dé
poullé de ta premiere innocence 85 de la pro
tection que tu avois en moi ? " N'as-tu pas man
» gé du fruit de l'arbre que je t'avois deffendu ?
» C'eſt cette femme, répondit Adam, que tu
» m'as donnée pour être unie avec moi ; c'eſt elle
2, même qui m'a donné du fruit de cet arbre ,
» & j'en ai mangé. L'ET E R N E L D I E U dit
» enſuite à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ?
» C'eſt le ſerpent, répondit-elle, qui m'a ſédui
» te & j'en ai mangé. -

D. Quel fut le jugement que Dieu rendit alors


contre les uns 85 les autres, 85 premierement con
tre le ſerpent ?
Gen. III. R. » Alors L'E T E R N E L D I E U dit au ſer
14, 15. » pent : Parce que tu as fait cela , 85 que tte
as eté le principal organe de la déſobeiſſance dont
Adam 8: ſa femme viennent de ſe remdre cou
,, pables : Tu ſeras maudit entre tous les ani
» maux & toutes les bêtes de la campagne :
il n'y en aura aucune pour laquelle l'homme ait
ſ3lſ
M iS E N C A T E c H I s M E. 23

autant d'averſion que pour toi : Comme tu as été


»Va\t pour ramper ſur ton ventre, tu mange
» ras la pouſſiere de la terre tous les jours de
• ta vie : à quoi Dieu ajouta , par rapport au
Démon qui s'étoit ſervi du ſerpent pour ſeduire
,, la femme : Je mettrai inimitié entre toi & la
» femme & entre ta ſemence, ou ta poſtérité
» & la ſemence de la femme , ou ſa poſtérité :
c. à d. entre les méchans qui ſont les enfans du
Diable, parce qu'ils font ſes œuvres ; 83 celui
qui eſt dit la ſemence de la femme, parce qu'il
ſera mé d'une vierge , ſans le concours d'aucun
homme : (ſavoir Jeſus-Chriſt ) " Celui là , cette
ſemence bénite de Dieu te briſera la tète, il dé
» truira ton empire dans le monde & tu lui briſe
» ras le talon : Toi $ tes ſuppots frapperez ces
iſſu d'une vierge, dans la partie de ſa perſonne
la plus baſſe, ou la moins conſiderable, qui ſera
ſon humanité. -

D. Quelle fut la peine que Dieu impoſa enſuite


à la femme d'Adam ? -

R. » Dieu dit enſuite à la femme : J'augmen- Gen. III,


, terai beaucoup ton travail & les douleurs ou *
» les incommodités de ta groſſeſſe ; tu enfanteras
» avec beaucoup de peine : Tes deſirs ſe rappor
teront à ton mari ; tu le rechercheras 85 t'adreſ
ſeras à lui dans tous tes beſoins, & il aura auto
rité ſur toi.
D. Quelle fut la peine que Dieu impoſa auſſi
à Adam ? -

R. » L'ET E R NE L dit auſſi à Adam ; Parce cen. III.


» que tu as obéi 83 que tu t'ès laiſſe gagner à la 17-19
» parole de ta femme, juſques à violer mes or
dres exprès; & que tu as mangé à ſa ſollicitation
» du fruit de l'arbre que je t'avois deffendu ;
B 4 » la
24 L'A N c I E N TE sTAMENT

» la terre ſera maudite à cauſe de toi. Au lieû


des bénédictions que j'y aurois répandues 85 donº
tu aurois joui avec une pleine ſatisfaction ; ce ne
ſera plus qu'un fond ingrat 83 ſtérile qui te don
mera beaucoup de peine à cultiver. * Tu n'en men
» geras les fruits 85 me jouiras de ſa recolte qu'a-
» près bien du travail, tous les jours de ta vie :
, E'e te produira des épines & des chardons,
qu'il faudra ſans ceſſe arracher pour lui faire pro
duire de meilleurs fruits, & tu auras pour ta prin
,, c pale nourriture, ce qui croit dans les champs, |
au lieu des fruits délicieux que t'auroit fourmi le
verger où je t'avois placé : * Encore en mangeras
», tu le pain à la ſueur de ton viſage, parmi
bien des joins 83 des fatigues dont ta vie ſera ac
compagnee, " juſques à ce que par la mort tu
,, retournes en la terre, de laquelle tu as été
» r é ; car tu es poudre, ou ton corps n'a rien
ue de terreſtre
:/ , au lieu qqu'il ſeroit devenu im
mortel comme ton ame, ſi tu m'avois été fidelle ;
& à cauſe de cela tu retourneras auſſi dans la
» poudre.
--
D. De quels autres événemens fut ſuivie cette
declaration de Dieu ?
Grn. III. R. ,, Adam fondé ſur l'eſpérance que Dieu ve
20 - 24
moit de lui donner que lui 83 ſa femme auroient
une poſtérité dans laquelle maitroit celui qui devois
détruire l'empire de leur ſéducteur, * appela dès
» lors ſa femme Eve (a), parce qu'elle a été
» & qu'elle devoit ètre la mere de tous les hom
,, IT16S

( a ) Eve ; en Hebr. N77n Hava , comme qui diroit


Vivante, ou mere des vivans ; où l'on remarque une
man feſte alluſion ou paronomaſie entre le nom donné
à la premiere femme & les étres vivans deſcendus d'elle
, Y \ t E N C A T E c H 1 s M E. z#
lia ' , mes vivans. En ſite L'ET E R N E L D 1 E v
ſax » ht à Aàam & à ſa femme, ou leur indiqua
te , les moyens de faire des habits de peau, en leur
ordonnant de liti offrir en ſacrifice quelques ani
maux , dont ils prendroient la peau pour ſe cou
vrir ; ou comme d'autres le penſent, pour en fai
re des tentes $ des cabanes, ſous leſquelles ils ſe
retireroient dans les mauvau tems ou contre l'ar
derer du ſoleil, & les revêtit ainfi, contre les
,, injures de l'air. Puis L'ET ER N E L D I E U dit
( à ſon fils, la Parole Divine, par laquelle il a
créé toutes choſes *, 85 à qui il s'étoit déja adreſſé • Jan Z.
em faiſant l'homme f, ou aux Anges ſes Miniſ ! I.
tres, les intelligences Celeſtes créés avant le mon- i.ºº -

de. ) ** Voici cet homme eſt devenu , ou a voulu


», devenir comme l'un de nous , ſachant touter
» choſes, le bien & le mal ; mais maintenant pour
empêcher qu'il me veuille encore devenir immortel,
» & qu'il n'avance dans ce deſſein ſa main pour
• prendre auſſi du fruit de l'arbre de vie, &
» qu'il n'en mange, comme il a fait de celui de
l arbre de ſcience du bien 8# du mal, pour vi
» vre à toujours, ou auſſi longtems qu'il lui ſe
roit poſſible par la vertu que j'ai donné à ce fruit ;
otons lui-en les moyens en l'éloignant de cet arbre :
» C'eſt , pourquoi L'E T E R N E L D I E U le fit
» ſortir du verger d'Heden, pour cultiver ail
, leurs 1a terre de laquelle il avoit été tiré ; &
» après qu'il l'eut mis déhors avec ſa femme,
» il fit placer à l'orient ou à l'avenue de ce ver
» ger des Chérubins B(a)5 armés d'un »glaive
-- i - étin

( a) Chérubins. C'étoient des Anges ou des Miniſ


tres de Dieu employés dans cette occaſion pour exé
CUtCR
2é L'A N c I E N T E s r A M E N E
» étincelant de feu qui ſe tournoit çà & là pour
» garder les avenues de l'arbre de vie, 83 empê
cher qu'on n'allût en prendre les fruits.

- C H A P I T R E II.

Contenant la naiſſance, le ſort & la gé


néalogie des premiers enfans d'Adam &
d'Eve juſques au déluge.
D. A Dam 83 Eve eurent-ils bientôt des en
fans après leur chute 85 leur expulſion
du verger d'Heden ? - -

R. Il y a toute apparence qu'ils ne tardérent


pas à avoir des enfans ; comme l'inſinue Moï
Ges. IV.
3» 4
ſe, quand il dit. * Or Adam connut Eve ſa
» femme, ou il eut commerce avec elle ; elle con
çut & enfanta un fils qui fut nommé Caïn, c. à
d. acquiſition ; parce qu'elle dit après ſa naiſſance :
» J'ai aquis un homme, ou un fils avec L'E-
» T E R N E L, ou par le ſecours de l'Eternel,
pour marquer ſans doute ſa reconnoiſſance à Dieu,
de la delivrance qu'elle en avoit obtenue, apris
les douleurs par leſquelles elle avoit paſſé. " Elle
, lui donna encore un frere qu'elle nomma Abel,
c. à d. vanité ou langueur; peut-être à cauſe de
la

cuter ſes ordres; l'on en voit la deſcription aux Chap.


I. 1o. XX. 14. du Prophête Ezéchiel ; & Dieu avoit
ordonné d'en placer la figure ſur l'arche de l'alliance ,
entre leſquels Dieu étoit cenſé être aſſis,, comme ſur
ſon trône, pour marquer que les Chérubins étoient
deſtinés à le ſervir.
--
M1s EN C A T E c H r s M É. 27
la foibleſſe de ſon corps qui me promettoit pas
une longue vie ; ou à cauſe des douleurs qu'elle
reſentit en le mettant au monde. º

D. Quel fut le ſort de ces deux enfans ?


R. Voici ce que nous en dit Moiſe : * Abel Gen. IV.
» le plus jeune étoit berger, ou avoit ſoin du bé-* 7"
,, tail, & Cain l'ainé étoit laboureur , ou occu
,, pé à cultiver la terre : & il arriva au bout de
» quelque tems que Caïn offrit du fruit de la
» terre en ob'ation à L'E T E R N E L, & qu'Abel
» offrit auſſi lui - mème, ou de ſon pur mouve
ment " des premiers nés de ſon troupeau avec
» leur graiſſe : Et L'E T E R N E L eut égard à
» Abel & à ſon offrande, c. à d. qu'il la reçut
favorablement à cauſe de la foi $ des bons ſen
timens dont elle étoit accompagnée, 85 il le lui té
moigna par quelque ſigne viſible ; * mais il n'eut
» point d'égard à Caïn & à ſon oblation ; il
ne lui donna aucune marque de ſa faveur $ de
ſon approbatiôn , comme il avoit fait à Abel ;
» dont Caïn fut fort irrité & ſon viſage en fut
» tout abbatu de chagrin : Et L'E T E R N E L dit
» à Cain : Pourquoi es-tu ſi irrité ? & pourquoi
» ton viſage eſt il ſi abattu de chagrin ? Si tu
» faiſois bien , comme ton frere $ ſi tu étois
rempli des mêmes ſentimens de pieté, " n'y au
» roit-il pas eu de l'honneur pour toi comme pour
lui * m'en aurois-tu pas reçu de ma part la re
compenſe ? " Mais ſi tu ne fais pas bien , le
,, péché, ou la punition du péché eſt à la porte ;
elle eſt toute prête 85 me manquera pas de tons
ber ſur toi tôt ou tard. * Cependant ſon déſir,
le deſir de ton frere ſe rapporte à toi; il t'aime,
il Jouhaite de te plaire $ de te ſervir ; il a ſon
7'6C0l47'S
28 L'A N c I E N T E s r A M E N T
recours à toi dans ſes beſoins , º & tu auras toub.
jours de l'autorité ſur lui , comme ſon ainé.
D. Cain projita-t-il de cette remontrance cha
ritable ?
#en. I V. R. Non ; au contraire, " Caïn cachant ſoit
8 , 9.
,, reſſentiment, propoſe à ſon frere Abel d'aller
,, enſemble aux champs, & comme ils y étoient,
,, Caïn s'éleva contre ſon frere Abel & le tua :
,, Bientôt après , L'E T E R N E L dit à Caïn :
,, Où eſt ton frere Abel ? Je n'en ſais rien,
, repondit-il inſolemment , ſuis-je le gardien de
,, mon frere, moi ? A-t-il été confié à mes ſoins
pour devoir en répondre ?
D. Comment Dieu le punit-il de ce meurtre 83
de cette réponſe inſolente ?
Gen. IV. R. ,, Alors D I E U lui dit : Qu'as-tu fait ?
I© - I2.
Quel crime as.tu commis ? Peux - tu le cacher à
mes yeux ? ** La voix du meurtre que tu viens
de commettre dans la perſonne de ton frere, ne
,, crie-t-elle pas vengeance de la Terre juſqu'à
,, moi, pour te punir comme tu le mérites ?
,, Maintenant donc tu ſeras maudit & chaſſé,
,, comme nne perſonne éxécrable, de cette Terre
,, qui a ouvert ſa bouche pour recevoir, ou
,, qui a reçu dans ſon ſein le ſang de ton frere
,, tué de ta main. Quand tu cultiveras la ter
,, re, elle ne te rendra plus ſon fruit, comme
•, elle faiſoit auparavant. Tu ſera vagabond &
,, fugitif ſur la Terre ; c. à d. l'agitation de ton
eſprit te fera errer de lieu en lieu , ſans ſavoir
où fixer ta demeure.
D. Que répondit à cela Cain ?
Gen. IV. R. ,, Caïn pénetré du triſte ſort dont il étoit
C3 , I4.
,, menacé, s'en plaignit 85 dit à L'ET E R N E L
» dans l'eſperance de l'adoucir : Mon crime eſt-il
2>
M 1s E N C A T E c H 1 s M E. 29
i, ſi grand qu'il ne puiſſe être pardonné ? Voila
, tu m'as chaſſé de deſſus cette Terre que j'a-
,, bite; je vai être éloigné d'un lieu où tu don
,, mes des ſignes de ta préſence adorable & bien
,, faiſante , je ſerai vagabond & errant par tou
» te la Terre ; il arrivera de là que quiconque
,, me rencontrera pourra me tuer , 85 je ſerai
par là expoſe à un péril continuel.
D. Que lui dit l'Éternel pour le raſſurer ?
R. ,, L'E T E R N E L lui dit : Certainement Gen. IV.
,, quiconque tuera Cain , il en ſera vengé ſept *
,, fois au double : Dieu en tirera vengeance avec
la derniere ſévérité : " L'Eternel donna encore
,, un ſigne à Caïn, ou fit un miracle en ſa pré
,, ſence qui n'eſt pas ici mentionné, pour l'aſſu
•, rer qu'aucun de ceux qui le rencontreroient
,, ne le tueroit.
D. Que devint enſuite Cain $ quelle fut ſa
poſtérité ? -

R. ,, Caïn étant ſorti de devant la préſence 6en. Iv,


, de l'Eternel, 85 ayant quitté le lieu où Dieu 16-24
,, lui étoit apparu , alla habiter dans le pays de
,, Nod vers l'orient d'Heden. Là Caïn connut
,, ſa femme qui ne pouvoit être qu'une des filles
d'Adam & d'Eve, dont le nom m'a pas été con
s, ſervé , laquelle conçut & enfanta Henoc. Il
,, y bâtit auſſi une ville qu'il appela Henoc du
,, nom de ſon fils. D'Henoc naquit enſuite Hi
,, rad ; d'Hirad Mehujaël ; de Mehujael , Me
,, thuſael, & de Methuſael Lemec : Or Lemec
» prit à ſoi deux femmes, l'une s'appeloit Ha
» da & l'autre Tſilla. Et Hada enfanta Jabal
,, qui fut le Pere, ou le premier de ceux qui
2, habitent dans des tentes avec leurs troupeaux,
» & le nom de ſon frere fut Joubal qui fut le
» Pere,
3o L'A N c 1 E N T E s T A M E N 1*
s, Pere, ou l'inſtituteur de tous ceux qui jouent
,, des inſtrumens de muſique à corde, ou à vent.
,, Tſilla enfanta auſſi Tubalcain, qui fut le pre
,, mier forgeron de tous les ouvrages d'airain,
,, & de fer; & la ſœur de Tubalcain fut Na
,, hama, ou la Belle. Après cela Lemec dit à
,, Hada & à Tſilla ſes femmes : Ecoutez ma
,, voix. Femmes de Lemec, faites attention à
,, ce que je vais vous dire : Que j'aye tué un
,, homme pour une bleſſure qu'il m'aura faite,
,, ou un jeune homme pour quelque meurtriſ
,, ſure que j'en aurai reçue : Qu'en ſera-t-il ?
,, Car ſi Caïn tué doit être vengé ſept fois au
,, double, Lemec le ſera ſoixante & dix ſept
» fois.
D. Qu'eſt- ce qui donna occaſion à Lemec de
parler ainſi à ſes femmes.
R. L'on ne peut le ſavoir que par pure con
jecture ; mais la plus vraiſemblable eſt qu'étant
lui-même très violent & ſe croyant cependant
moins coupable que Cain, il voulut prévenir
la crainte que pouvoient avoir ſes femmes, qu'il
ne s'attirat la mort par ſes violences. -

D. Adam $ Eve eurent-ils d'autres enfans que


Cain 85 Abel ?
Gen. 1 V. " R. ,, Adam après avoir eu d'Eve ces deux fils,
25 , 26. & des filles dont il n'eſt point fait mention , " con
,, nut encore ſa femme, & elle lui enfanta un
,, fils à qui elle donna le nom de Seth, qui
,, ſignifie poſer , mettre : parce, dit elle, que
,, Dieu m'a laiſſé une autre poſtérité à la place
,, d'Abel que Cain a tué : Il naquit enſuite un
,, fils à Seth qu'il nomma Enoſch , c. à d. foible
#, ou miſerable. Alors on commença ºr #
- ,, l4
|!
M I s EN C A T E c H I s M E. 2E

• la poſiérité de Seth du nom de L'ET ERNE L,


ou d'Enfans de Dieu.
D. d'Enoſch
delà La poſtérité
2 de Seth ſe perpetua-t-elle au
v,

R. Elle ſe perpétua, au moins pendant plu


ſieurs ſiecles & pluſieurs générations, juſques à
Noé, le ſecond Pere du genre humain ; com
me nous l'apprend Mouſe dans le reſumé qu'il
fait de cette poſtérité d'Adam ; quand il dit :
, C'eſt ici la généalogie de la poſtérité d'Adam. Geº. V.
, Le jour auquel D1 E U créa l'homme ou la # #.
,, race des hommes & qui les fit à ſa reſſem-i. 1-4-
,, blance : Il les créa mâle & femelle ; il les bé
,, nit, ou les remplit de tous les biens 85 de tou
,, tes les qualités convenables à leur état, & il
», leur donna au jour même qu'ils furent créés
,, le nom d'homme ; lors qu'il dit, faiſons l'hom
me à nôtre image ; d'où il paroit que ſous ce mot
d'homme, l'on doit auſſi entendre la femme qui
», fut créée le même jour. Or Adam étoit agé de
», cent trente ans lors qu'il engendra à ſa reſ
,, ſemblance & à ſon image, d'une nature ſem
blable à la ſienne compoſée d'un corps & d'une
», ame, le fils auquel il donna le nom de Seth.
s, Après la naiſſance de Seth Adam vêcut enco
,, re huit cents ans, & pendant ce tems là il eut
,, d'autres fils & des filles. Ainſi tout le tems
,, qu'Adam vècut fut neuf cent trente ans,
» puis il mourut. Seth agé de cent cinq ans
•, eut pour fils Enoſch, & après avoir eu fils
» & filles, il mourut agé de neuf cent douze
» ans. Enoſch agé de quatre-vingt dix ans eus
», pour fils Kenan , & après avoir eu fils &
,, filles il mourut à l'age de neuf cent cinq ans.
• Kenan étant agé de ſoixante & dix ans eut
»» pOllE
g2 L'A N C I E N TE S T A M E N T
» pour fils Mahalaléel, & après avoir eu d'au
,, tres fils & filles, il mourut à l'age de neuf
,, cent dix ans. Mahalaléel agé de ſoixante cinq
,, ans eut pour fils Jéred, & après avoir eu l'au
,, tres fils & des filles, il mourut à l'age de huit
», cent quatre-vingt quinze ans. Jéred agé de
,, cent ſoixante deux ans eut un fils nommé
,, Enoc, & après avoir eu d'autres fils & des
,, filles, il mourut à l'age de neuf cent ſoixante
,, deux ans. Enoc agé de ſoixante cinq ans eut
,, pour fils Metuſalah (a ) & marcha conſtam
,, ment avec Dieu ; c. à d. qu'il le prit toujours
pour témoin & pour guide de toute ſa conduite ,
85 que Dieu l'accompagna toujours de ſa faveur
,, 85 de ſa protection , & après avoir eu fils &
,, filles, il mourut à l'age de trois cent ſoixante
,, cinq ans , pendant leſquels il fut conſtamment
,, attaché au ſervice de Dieu , & au bout de ce
,, tems là il ne parut plus ſur la terre, parce
,, que Dieu l'enleva au ciel pour y jouir d'un
,, plus grand bonheur. Et Matuſalah agé de cent
,, quatre-vint ſept ans eut pour fils Lemec avec
,, d'autres fils & filles, & mourut à l'age de
,, neuf cent ſoixante neuf ans. Lemec agé de
,, cent quatre vingt deux ans, eut un fils au
,, quel il donna le nom de Noé (b ), parce
qu'il
22

(a) Metuſalah. Ce ncm ſemble avoir été prophéti


que, ou donné après coup ; car il ſignifie, lui mort ,
éruption d'eau : & il arriva effectivement que l'année
même de ſa mort , ſurvint le deluge.
( b ) Noé. Ce nom dans la langue Hébraïque peut
ſignifier ſoulagement , repos ; ſelon ccla , il y a une
manif.ſte alluſion à ce que Lemec eſpereit de cet en
fant , quand il dit ; celui-ci nous conſolera , ou uotu
ſoulagera de nos travaux &c. -
MIs E N C A T E c H I s M E. 33
,, qu'il avoit dit , au moment de ſa naiſſance :
» Celui-ci nous conſolera , ou nous ſoulagera de
» nôtre œuvre & du travail de nos mains ſur
» la terre que Dieu a maudite ; ou plutôt de la
malédiction que Dieu a répandue ſur la terre, &
» Lemec mourut à l'age de ſept cent ſoixante
» & dix & ſept ans. Noé ſon fils agé de cinq.
,, cents ans avoit pour fils Sem , Cam , & Ja
,, phet qui lui étoient nés pendant ce tems-là. ;
D. Le dénombrement que vous venez de me
: faire d'après Moïſe des deſcendans d'Adam 83 der
années de leur vie m'engage à vous demander ſi ce
ſont des années ſemblables aux nôtres , $ quelle
jut la cauſe de cette longue vie comparée à la
nôtre ? -

R. Sur la premiere de vos demandes, le ſen


timent le plus généralement reçu, & qui eſt con
firmé par divers autres recits de Moïſe où il
fait mention d'années, de mois & de jours, eſt
que ce ſont ici des années ſolaires, ſelon la
maniere de compter des Anciens , qui étoient
compoſées de douze mois dont chacun étoit de
trente jours. Sur la ſeconde l'on peut donner,
de cette longue vie des premiers hommes, des
raiſons phyſiques & des raiſons morales qui ſont
toutes très vraiſemblables. Les raiſons phyſiques
ſont que ces premiers hommes ſe nouriſſans d'a-
limens plus ſimples, plus aſſortiſſants à leur na
ture & moins diverſifiés , & en uſans avec mo
deration, conſervoient auſſi plus longtems qu'on
ne le fait à préſent, la force des principes qui
font la ſanté du corps : à quoi pouvoient en
core contribuer des faiſons plus réglées, plus
uniformes & une temperature plus égale, dont
le dérangement arrivé depuis le déluge, abrége
Tome I. C ſou
34 L'A N c 1 E N TEs T A M ENT
ſouvent nos jours. Mais il faut ſur tout recon
noitre dans la longue vie de ces Patriarches, la
main de la ſage providence & ſes ſoins admira
bles pour faciliter la multiplication du genre
humain, pour conſerver & étendre les connoiſ
ſances de la religion , pour hâter l'accroiſſe
ment des ſciences & des arts , & pour tranſ
mettre plus aiſément & plus ſurement à la poſ
térité les événemens des premiers âges du monde.
D. Permettez que je vous demande encore pour
quoi Moiſe me momme - t - il entre les deſcendans
d'Adam que ceux qui ont formé ſa filiation juſ
ques à la famille de Noé; quoique dans le mom
bre des fils $ des filles qu'il ne nomme pas, il
y en ait eu peut-être d'auſſi illuſtres par leur age
avancé & leurs vertus que ceux qui ſont nom
més ?
R. Il eſt très vraiſemblable que Moïſe ne fait
mention que de la généalogie de Noé depuis
Adam le premier homme ; parce que Noé n'a-
voit conſervé la mémoire que de ſes propres
Ancêtres dans les monumens qui en furent tranſ
mis à Moiſe & qui étoit ſurtout néceſſaire pour
conſtater la deſcendance d'Abraham le pere du
peuple de Dieu & du Meſſie depuis Adam le
pere du genre humain ; mais l'on ne doit pas
inferer de là que les nommés fuſſent les pre
miers nés de la famille de leurs peres ; puis qu'on
voit dans la ſuite Sem, Abraham, Iſaac, Jacob,
Juda, David entrer dans la généalogie du Meſ
ſie, quoi que cadets de leur famille.
D. Eſt-ce donc que Sem que vous venez de mom
mer n'étoit pas l'ainé des fils de Noé , & me fut
ce qu'à l'age de cinq cents ans que ce dernier
€l4º
M1$ EN C A T E c H I s M E. 35
eut ſes trois fils Sem , Cam & Japhet dont Moïſe
fait mention ? -

R. Le rang que Moïſe donne ici & en d'au


tres endroits à Sem par deſſus ſes freres, ſem
ble indiquer en effet qu'il étoit leur ainé ; mais
il conſte d'ailleurs qu'il étoit le cadet de Japhet ;
non ſeulement parce que dans le dénombre
ment qui eſt fait dans la ſuite Chap. X. &
I. Chron l. les deſcendans de Japhet ſont nom
més les premiers ; mais en particulier parce
que celui-ci eſt dit l'ainé de Sem Chap X. 21.
Outre ce qui eſt dit Chap. Xl. Io. que Sem
avoit cent ans, deux ans après le déluge ; par
conſequent Noé qui avoit ſix cents ans au tems
du déluge, l'avoit eu à l'age de cinq cent deux
ans, & Japhet ſon ainé à l'age de cinq cents
ans ; ce qui fait une difference de deux ans,
de l'un à l'autre : Et ſelon toute apparence
Cam étoit né entre deux Mais Sem eſt nommé
le premier, quoique le troifieme; parce que c'é-
toit par lui que devoit ſe continuer la filiation
des Peres ou des Ancètres du peuple de Dieu
& du Meſſie Il eſt encore à préſumer que Noé
avoit eu d'autres enfans avant ces trois là ;
mais qu'étant morts avant le déluge avec leur
poſtérité, il ne fut pas jugé à propos d'en faire
aucune mention dans les généalogies que l'on
conſervoit.
D. La poſtérité de Seth qui devoit être celle du
peuple de Dieu, reſta - t'elle toujours ſeparee de
celle de Cain, qui étoit regardee comme maudite ?
R. Non, car longtems meme avant Noé ,
il s'étoit fait bien des mariages entre les en
fans de ces deux familles, qui furent une des
principales cauſes de la corruption extrème qui
C 2 gagna
36 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
gagna tout le genre humain dans ce tems-là, &
qui porta Dieu à le détruire preſque entiere
ment par une punition des plus exemplaires.
D. Quelle fut donc la premiere cauſe de ce fu
neſte événement.
Gen. VI.
X - 7•
R. Moïſe la rapporte ainſi. * Quand les hom
,, mes, ou les deſcendans de Cain eurent com
, mencé à ſe multiplier ſur la Terre & qu'ils
» eurent engendré des filles en grand nombre,
,, il arriva que les fils de D I E U , ( a ) ou les
deſcendans de Seth qui devoient être attachés au
,, ſervice de Dieu plus que les autres, voyants
, que les filles des hommes de la race de Cain
,, étoient belles, agréables 85 de leur goût, en
,, prirent pour leurs femmes ſur toutes, à leur
,, choix , ou autant qu'ils en voulurent 83 de
celles qui leur agréerent le plus : ce qui ayant por
té la corruption dans toutes les familles 85 l'ayant
,, rendue ginerale, L'ET E R N E L dit en lui-mê
· 1/16 »

( a ) Les fils de Dieu. Quelques Interprêtes enten


dent par là , non les deſcendans de Seth , mais les
hommes du premier rang , & par les filles des bommes
les filles du commun peuple. ll eſt en effet conſtant
que le nom Elobim qui eſt donné pour l'ordinaire à
Dieu , ſe prend auſſi quelquefois pour les Souverains »
les Juges, ou les premiers du peuple , comme Exod.
XXI. 6. XXII. 8 , 9 , 27. & que le nom d'Adam
par lequel on déſigne tout homme en general , eſt
ſouvent donné à ceux de la condition la plus baſſe ;
comme Pſ. XLlX. 2. Eſaie II. 9. &c. Selon cela Moiſe
aura voulu dire ſimplement que les hommes les plus
diſtingués par leur autorité ou par leur rang corrompi
rent les filles d'un ordre inferieur. Le verſet 4 dans
l'original ſemble même appuyer cette derniere verſion,
plutôt que celle que nous avons ſuivie avec la plûpart
des lnterprétes.
M1$ EN C A T E c H 1 S M E. 37
me, ou par la bouche de ſes Prophêtes, tels qu'é.
, toient Henoc $5 Noé : " Mon eſprit ne con
,, teſtera plus avec les hommes, par des exhor
tations continuelles que je vois entiérement inuti
,, les ; car auſſi bien ne ſont ils tous que chair ,
abandonnés ſans retour à leurs convoitiſes char
,, melles : ainſi leurs jours ſeront encore ſix
,, vingts ans ; je ne donne plus à ceux qui ſont
aujourd'hui en vie que ce tems - là à vivre ſur la
,, Terre, après lequel viendra le deluge. Il y avoit
,, dans ce tems la ſur la Terre des Geans ( a )
ou des hommes puiſſans : c. à d. des hommes
qui joignoient à la grandeur de leur ſtature 85 à
la force de leurs corps, la violence 85 la rapine
,, qu'ils portoient à l'excès, & il y en eut enco
•, re après que les fils de D I E U ſe furent joints
, avec les filles des hommes , & qu'elles leur
,, eurent fait des enfans. Ce ſont ces puiſſants
•, hommes, qui dès les tems les plus reculés ont
,, été fameux par leurs actions $ par leurs cri
s, mes : Et L'E T E R N E L voyant que la malice
,, de la plüpart des hommes étoit très grande
,, ſur la Terre, & que toute l'imaginatiou des
,, penſées de leur cœur, toutes leurs inclinations
,, 85 tous leurs déſirs n'étoient que mal en tout
,, tems ou me tendoient qu'à mal faire, ſentit en
lui-même, par maniere de parler, quelque regret
, d'avoir fait l'homme ſur la Terre, & en eut
C 3 22 !thº

( a ) Des Geanr. Le terme de l'Original Nephilini ,


que l'on a traduit dans preſque toutes les verſions fran
coiſes par celui de Geanr, ſignifie plûtôt des gens
prtts à tomber ſur les autres, ſoit qu'ils leur ſoient
ſupérieurs en force & en ſtature, ſoit que leur caractère
farouche & violent les y porte.
38 L'A N c I E N TE STAMENT

,, une eſpéce de déplaiſir dans ſon cœur qui le


s, porta à vouloir exterminer de deſſus la Terre,-
,, les hommes qu'il avoit créés , & avec les
s, hommes, les animaux de la campagne, les rep
,, tiles & les oiſeaux des Cieux, qui avoient été
s, creés pour l'uſage des hommes ; car il eut regret
,, de les avoir faits, 83 qu'ils euſſent ſt fort abu
ſé de la vie 85 des talens qu'il leur avoit donnés.
D. Comment faut.il entendre ce repentir , ce
deplaiſir , ce regret que l'on attribue ici à Dieu
pour avoir créé l'homme ?
R. Ce ſont là ſans doute des manieres de
parler très impropres & mal aſſorties aux idées
que nous devons avoir, ſoit de la toute ſcience
de Dieu qui lui a fait prévoir toutes les ſuites
de la création de l'homme en particulier; ſoit
de ſa ſageſſe , qui ayant tout prévu, n'a rien
fait avec précipitation, & dont il put avoir lieu
de ſe repentir , ou qui put lui cauſer des re
grets ; ſoit de ſon immutabilité , qui ne lui
permet pas de varier dans ſes deſſeins. Auſſi
ne doit - on prendre ees expreſſions dans aucun
ſens qui repugne aux perfections de la Divini
té : il en eſt de même des paſſions humaines ,
des membres du corps & des affections de l'a-
me que l'Ecriture Sainte attribue ici & ailleurs
très ſouvent à Dieu ; puis qu'à parler propre
ment & exactement il n'en eſt pas ſuſceptible ;
mais le langage des hommes n'ayant été éta
bli que pour exprimer ce qui ſe paſſe entr'eux ;
ils n'ont pu parler de ce qu'ils ont remarqué
dans la conduite de Dieu , qu'en termes ſem
blables à ceux qu'ils ont accoutumé d'employer,
quand ils veulent exprimer celle des hommes
qui y a du rapport. Ainſi lors que les hom
II16S
M 1s EN C A T E c H 1 s M E. 39
mes changent de conduite, ou de diſpoſitions ;
qu'ils revoquent ce qu'ils ont fait, ou qu'ils
détruiſent leur propre ouvrage ; comme l'on dit
alors d'eux qu'ils ſe repentent de leur premiere
démarche, qu'ils en ont du déplaiſir & du re
gret ; l'on parle auſſi de Dieu dans les mèmes
termes ; lors qu'on voit qu'il n'à plus les mê
mes diſpoſitions qu'il avoit auparavant envers
ſes créatures ; qu'il les traite differemment de ce .
qu'il les avoit traitées , & qu'il vient juſques à
détruire ſon propre ouvrage; quoi qu'il n'y ait
rien en Dieu de ſemblable à ce qu'éprouvent
les hommes dans ces occaſions, & que Dieu ſoit
toujours très ſage & invariable dans ſes deſſeins
& dans ſes reſolutions. A quoi l'on pourroit
ajouter que Dieu ayant créé l'homme à ſon ima
ge, pour être heureux, & l'ayant doué en par
ticulier de la liberté , qui conſtitue l'homme
raiſonnable & capable de peines & de recom
penſes, de bonheur & de malheur proprement
ainſi nommé ; & les hommes en ayant abuſé
contre l'intention de Dieu , cela lui déplut &
le porta à les punir ou à ſe conduire envers
eux , comme s'il s'étoit repenti de les avoir
créés tels.
D. N'y eut il perſonne d'excepté de cette reſo
lution de Dieu d'exterminer le genre humain ? .
R. Oui , ce fut * Noé avec ſa famille qui trou Gen. VI.
,, va grace devant L'ET E R N E L, 83 ne fut 3 - I3•
point compris dans cette deſtruction generale ; par
,, ce que c'étoit un homme juſte & intégre
,, dans ſon tems, ou comparé avec les hommes
,, de ſon ſiecle : & il cheminoit avec Dieu , 83
,, ſe faiſoit un devoir de ſuivre ſa volonté. Il
,, avoit auſſi trois fils qui avoient été élevés dans
4 Cc5
4o L'A N c I E N TEsTA M EN r
,, ces heureuſes diſpoſitions, au lieu que la Terre,
,, le reſte du genre humain, étoit corrompu de
,, vant D I E U & abandonné à toutes ſortes de
,, violences , de crimes $ d'extorſions. Et D 1 EU
,, voyant la Terre , ou la race des hommes telle
,, ment corrompue, que toute chair, tout le gem
,, re humain , à l'exception de Noé 85 ſafa
,, mille , étoit tombée dans cette corruption
,, generale de ſentimens 85 de mœurs ſur la
,, Terre, dit à Noé : La fin de toute chair eſt
,, venue devant moi : Je ſuis reſolu de mettre
fin à ces déſordres par une deſtruction entiere de
tous ceux qui les commettent ; ** car ils ont rem
,, pli la Terre d'extorſions, de méchancetés &
,, de violences : Voici je les détruirai, avec la
,, Terre qui les porte.
D. Quel ordre Dieu donna-t-il enſuite à Noé
pour le garantir avec ſa famille de cette deſtruc
tion génerale.
Gen. VI. : R. ., Fai-toi, lui dit-il, une arche, ou un
14 - 22. ·,, vaiſſeau, une habitation de bois de Gopher
,, ( a ) ou de Cyprès. Tu feras dans cette arche
,, ou dans ce bâtiment diverſes loges, ou cham
,, bres ſeparées. Tu l'enduiras, ou la goudron
,, neras d'un enduit de pois ou de bitume, par
,, dedans & par déhors. C'eft ici la maniere
,, dont tu la feras, ou la meſure que tu lui don
22 716

( a ) Gopher. Dans la multitude d'interprétations


que l'on a données à ce terme , il ne s'eſt rien pré
ſenté de plus probable que celle qui le traduit par
Cyprès, qui non ſeulement convient par ſa qualité à
un bâtiment qui devoit flotter ſur les eaux ; mais auſſi
que l'on trouvoit en abondance dans le pays où fut
bâtie l'arche, ſavoir l'Aſſyrie.
M 1s E N C A T E c H I s M E. 4r
» neras : La longueur de toute l'arche ſera de
» trois cent coudées, ſa largeur de cinquante,
» & ſa hauteur de trente ; ( chaque coudée étant
,, d'environ vingt pouces. ) Tu feras une fenêtre,
,, pour donner du jour à l'arche, d'environ une
,, coudée de bauteur, & tu la paracheveras tout
,, autour ; en la plaçant au deſſus de l'arche.
c. à d que cette fenêtre regnoit tout autour de
l'arche, à la hauteur d'une coudée, 85 qu'elle étoit
placée au haut du troiſieme étage, immédiatement
ſous la couverture, 85 fermée de ſimples grillages
de bois ( a ). * Tu mettras la porte de l'arche
,, à ſon côté, & tu y feras trois étages , un bas,
,, un ſecond & un troiſieme dans toute ſon éten
due. Quand tout ſera achevé, " je ferai venir
,, un déluge d'eaux ſur la Terre pour détruire
,, toute chair, ou tout animal qui a un ſouffle
», de vie ſous les Cieux, & tout ce qui eſt
» ſur la Terre expirera : mais je ratifierai mon
» alliance avec toi , ou la promeſſe que je t'ai
faite de te conſerver avec ta famille, * & tu en
,, treras dans l'arche toi & tes fils , & ta fem
,, me & les femmes de tes fils avec toi. Et de
,, tout animal vivant, tu en feras entrer deux
,, dans l'arche , un mâle & l'autre femelle pour
» les conſerver en vie avec toi 85 en perpétuer
,, la race. Savoir des oiſeaux de toute eſpéce,
,, des bêtes à quatre pieds de toute eſpéce, &
,, des reptiles qui rampent ſur la Terre, de tou
» te eſpéce. Il y entrera de toutes les eſpéces
C 5 2» llI16

( a) L'on a ſuivi dans cette explication & dans la


diſtribution de toutes les parties de l'arche , l'idée
u'en a donné Mr. le Pelletier dans ſa Diſſertation ſur
arcbe de Noé, imprimée à Rouen en 17or.
| 42 L'A N C I E N TE s T AM EN T

,, une paire avec toi pour les conſerver en vie


,, 85 en perpétuer l'eſpéce. Pren auſſi avec toi de
,, tout ce dont on peut manger, & tu l'amaſſe
,, ras dans l'arche pour ſervir à ta nourriture
,, & à celle des animaux : Et Noé exécuta tout
», ce que D I E U lui avoit ordonné.
D. Combien de tems Noé employa-t-il à bâtir
cette Arche ?
R. L'on ne peut avancer ſur cette queſtion
que des conjectures fort incertaines. Quelques
· uns ont crû après Origene, que Noé avoit em
ployé cent ans à conſtruire ce bâtiment , par
ordre même de Dieu qui vouloit donner ce
tems là aux hommes pour ſe repentir de leurs
péchés , en voyant les précautions que prenoit
Noé pour ſe garantir avec ſa famille de la deſ .
truction totale dont le reſte des hommes étoit
menacé, s'il ne ſe repentoit ; & ils appuyent
ce ſentiment des paroles de St. Pierre I. Ep.
III. 2o. où il eſt dit, que la patience de Dieu
attendoit qtte les hommes méchans ſe convertiſſent,
pendant que l'on conſtruiſoit l'arche. Et comme
l'on croit qu'il attendit ſix vingts ans depuis
qu'il les avoit menacé de les détruire , ainſi
qu'en fait foi le Y. 3. ils en concluent que Noé
employa, au moins, cent ans à bâtir l'arche 2
Ce ſentiment eſt aſſez géneralement reçu ; mais
ſi l'on fait attention que Noé étoit déja agé de
cinq cents ans, quand il eut les trois fils qui
entrérent avec lui dans l'arche ; que ces trois
fils devoient déja être mariés, quand Dieu or
donna à Noé de la conſtruire ; puis qu'il lui
dit qu'il y entreroit avec ſes fils & les femmes
de ſes fils , & que cependant aucun d'eux n'a-
voit des enfans, quand ils entrerent avec leur
pere
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 43
pere dans l'arche ; il s'enſuit de là avec aſſez
de probabilité que Noé ne reçut le commande
ment de conſtruire l'arche que quelques années
avant qu'ils y entraſſènt & que le déluge arri
vat : je dis quelques années , parce qu'il falloit
bien ce tems là pour achever un bâtiment tel
que celui là , avec auſſi peu d'ouvrier que ceux
qui y travailloient.

C H A P I T R E III.

L'entrée de Noé dans l'arche , l'hiſtoire du


Déluge Univerſel avec toutes ſes ſuites,
la nouvelle alliance que Dieu traita avec
Noé après ſon rétabliſſement ſur la Terre
habitable, & ce qui lui arriva juſqu'à ſa
IIlOIt.

D. Ou les préparatifs de l'arche étants faits,


quels nouveaux ordres reçut encore Noé
de la part de Dieu pour ſon entrée dans ce bâti
ment , avant que le déluge arrivât ?
R. , L'ET E R N E L dit alors à Noé; Entre Gen. VII.
, toi & toute ta famille dans l'arche ; car je 1 - 1Q.
» t'ai vu 83 approuvé ; d'autant que tu es juſ
» te & intégre dans la conduite que tu tiens
» à mes yeux, en ce tems - ci de dépravation
,, univerſelle. Tu prendras de toutes les bètes
,, nettes, ou que l'on m'offre en ſacrifice, ſept
» paires de chaque eſpéce, le mâle & la femelle ;
» mais des bètes qui ne ſont pas nettes , une
» couple ſeulement ; le mâle & la :#.
- 2, 1M
44 L'AN c 1 E N T E s T A M E N T
» Tu prendras auſſi des oiſeaux des Cieux, ſept
,, couplesi de chaque eſpéce, le mâle & la fe
» melle, afin d'en conſerver la race ſur toute
,, la Terre, après le déluge : car dans ſept jours
» je ferai pleuvoir ſur la Terre pendant qua
,, rante jours & quarante nuits , & j'extermi
» nerai de deſſus la Terre toutes les créatures
,, que j'ai faites, excepté ce qui ſera dans l'arche
,, $ ſous les eaux. Or Noé fit ſelon tout ce
,, que L'E T E R N E L lui avoit commandé , &
» il étoit agé de ſix cents ans quand le déluge
,, des eaux vint ſur la Terre. Noé entra donc
» dans l'arche avec ſes fils, ſa femme & les
» femmes de ſes fils, à cauſe des eaux du dé
» luge que Dieu devoit bientôt envoyer. Il y fit
» auſſi entrer des bètes pures & impures, des
» oiſeaux & de tout animal qui ſe meut ſur
» la Terre : Ils entrérent deux à deux par pai
» res, le mâle & la femelle, vers Noé dans l'ar
» che ; comme D I E U l'avoit commandé, & il
» arriva qu'au ſeptieme jour, à compter depuis
» l'ordre de Dieu, les eaux du déluge vinrent
» ſur la Terre. ,
D. Ce recit me donne lieu de vous ſaire diver
ſes queſtions qui ſe préſentent tout naturellement.
La premiere ſera comment ces animaux de chaque
eſpéce vinrent-ils de tous les endroits du monde ſe
rendre en même tems, dans un même lieu , pour
être mis par paires dans l'arche, ſelon l'intention
du Seigneur ?
R. L'on pourroit croire que Noé inſtruit à
tems de la volonté de Dieu à cet égard , avoit
pris ſoin pendant qu'il bâtiſſoit l'arche de ſe pro
curer & de mettre en reſerve toutes les diffe
rentes eſpéces d'animaux qu'il devoit y faire
- Cntrer
M 1s EN C A T E c H 1 s M E. 4f
entrer lors qu'elle ſeroit faite. La plûpart re
courent encore pour cela au miniſtere des An
ges, ou à quelque miracle que Dieu opera pour
raſſembler tous ces animaux près de Noé dans
le tems qu'il devoit entrer dans l'arche : mais
il y a beaucoup plus d'apparence que la Pro
vidence Divine intervint ici d'une façon parti
culiere, & que ces animaux vinrent à Noé à
peu près dans le tems marqué , par un inſtinct
ſemblable à celui que la nature leur donne de
chercher leur nourriture, & qui porte les uns à
ſe cacher dans des marais, d'autres à ſe faire
des loges en terre, d'autres à ſe fournir de pro
viſions , ou à ſe retirer dans des climats fort
éloignés ſelon les ſaiſons : A quoi l'on peut ajou
ter que Noé demeurant dans un pays qui n'é-
toit pas éloigné de celui d'Heden où ces ani
maux avoient été créés, & avoient d'abord vé
cu, toutes les eſpéces s'y étoient conſervées par
les ſoins de la mème Providence ; cnſorte qu'ils
n'eurent pas bien loin à aller pour ſe rendre au
près de Noé, comme pour y chercher leur re
fuge, par quelque preſſentiment des changemens
qui devoient arriver dans l'air ou ſur la Terre
& qui les menaçoient de mort.
D. Une autre queſtion que j'ai à vous faire, re
garde les animaux purs dont Noé devoit faire
entrer ſept couples dans l'arche 83 les immondes
dont il ne devoit y avoir qu'une paire le mâle 83
la femelle : Qu'eſt ce qui en faiſoit alors la diſtinc
tion * puis que la Loi qui les diſtingue n'avoit
pas encore été donnée, 85 quels étoient ceux de
chaque ſorte ?
R. Pluſieurs Interprêtes ſuppoſants que la
Geneſe n'avoit été écrite par Moïſe a #
ſa
OIt1C
46 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
ſortie d'Egypte, & dans un tems où la Loi tou
chant les animaux purs & impurs avoit été don
née, veulent que Moiſe n'en parle ici que ſui
vant cette Loi ; comme s'il avoit dit que Dieu
ordonna à Noé de recevoir dans l'arche ſept
couples de ces animaux que la Loi déclaroit
purs ou qu'il étoit permis de manger, & une
paire ſeulement de ceux qu'elle declaroit im
purs ou qu'il n'étoit pas permis de manger, &
qu'il lui fit connoitre en même tems la diffe
rence des uns aux autres ; quoi qu'il n'y eut
encore alors ni permiſſion, ni deffenſe d'en man
ger. D'autres croyent que Dieu inſpira aux pre
miers hommes, ou mème qu'il leur enſeigna de
vive voix quelles eſpéces d'animaux il vouloit
qu'on lui offrit en ſacrifice, & qu'il parle ici à
Noé comme ayant connoiſſance de cette diſtinc
tion : Il eſt du moins certain par le ſacrifice
d'Abel, que l'uſage d'immoler des bêtes en ſa
crifice ayant précedé le déluge, il devoit y
avoir quelque diſtinction connue de Noé entre
les animaux que l'on avoit accoutumé d'offrir
en ſacrifice & les autres : Mais alors on de
mande, ſi c'eſt Dieu lui-même qui détermina
cette diſtinction , en indiquant poſitivement
quels animaux devoient ou ne devoient pas lui
être immolés , ou bien s'il en abandonna le
choix aux hommes. Ce dernier ſentiment pa
roit à pluſieurs le plus vraiſemblable , par la
raiſon qu'il y a dans les hommes un inſtinct
ſecret , & un goût marqué pour ſe nourrir de
certains animaux préferablement à d'autres pour
leſquels ils n'ont que du dégout & de l'averſion,
& que ce ſera des premiers plutôt que des der
niers qu'ils auront auſſi offert à Dieu en ſacri
fice :
M 1 s E N ° C A T E c H I s M E. 47
fice : Mais d'un autre coté l'on a peine à com
prendre comment les hommes auroient pu ſe
porter à tuer des bètes pour les offrir en ſacri
fice à Dieu , ſans une revélation particuliere de
ſa part ; ſur tout dans un tems , où il paroit
qu'il n'étoit pas encore permis d'en manger.
L'on peut donc s'en tenir à ceci, que Noé dans
cette diſtinction des animaux purs & impurs
ne fit que ſuivre exactement la volonté de Dieu,
qui lui étoit ſuffiſamment connue : Outre que
ſi l'on reduit le nombre des animaux purs ſeu
lement à ceux que Dieu avoit ordonné de lui
offrir en ſacrifice, & qu'on ne l'étende pas à
tous ceux qu'il étoit permis de manger par la
Loi de Moïſe , qui excedoient de beaucoup les
premiers ; l'on diminuera par là conſiderablement
le nombre des animaux qui entrerent dans l'ar
che, & par là même, les difficultés qu'on trou
ve à les y placer tous.
D. Pourriez-vous encore me dire comment l'on
conçoit que tous ces animaux furent placés dans
l'arche , pour les contenir dans l'ordre 85 la ſi
titation qui convenoit à chacun, avec les proviſions
qui devoient ſervir à leur nourriture ?
R. Ceux qui ont examiné & traité cette queſ
tion avec le plus d'exactitude, en ſuivant les
termes mèmes de l'Ecriture autant qu'ils peu
vent nous être connus , conçoivent que le bâ
timent de l'arche étoit un quarré, ou rectan
gle long , partagé dans ſa hauteur en quatre
étages ou plutôt quatre parties , qui ſe com
muniquoient par un eſcalier placé au bout du
bâtiment. La plus baſſe partie ou le fond, que
l'on appelle carene dans les navires, ne ſervoit
que de reſervoir d'eau douce pour abreuver
les
48 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T.
les animaux & les hommes : mais cette partie
n'étant point comptée pour un étage, l'arche
m'en avoit proprement que trois, comme il eſt
dit ci - deſſus VI. I6. L'on peut placer encore
à fond de cale entre le premier étage & le
plancher inferieur qui couvroit le reſervoir
d'eau, les inſectes & les reptiles, quelque grand
qu'en ait été le nombre. Le premier étage pou
voit enſuite ſervir de grenier ou de magazin
pour toutes les proviſions néceſſaires à l'entre
tien des animaux, que l'on préſume avoir con
ſiſté uniquement en toutes ſortes de fruits, de
légumes, d'herbes, de foin & de grains ; par
ce qu'il n'y a aucun animal ſur la Terre qui
ne puiſſe s'en nourrir dans le beſoin. Au ſecond
étage diviſé en pluſieurs loges ou étables, l'on
place tous les quadrupèdes, de quelque hauteur
& groſſeur qu'ils ayent été ; dont il y avoit
alors beaucoup moins d'eſpéces qu'il n'y en a
aujourd'hui dans le monde , où elles ſe ſont
accrues par divers accouplemens. Dans le troi
ſieme étage l'on met d'un côté tous les oiſeaux,
qui ne devoient pas occuper à beaucoup près ,
autant de place que les quadrupèdes , & de
l'autre Noé & ſa famille avec tous les uten
ciles néceſſaires pour fournir à leurs beſoins &
à ceux des animaux ; & peut - être encore les
proviſions deſtinées à l'uſage de ſa famille, ſe
parées de celles des animaux placées au premier
étage. De cette maniere l'on ſatisfait ce ſemble
à tout, & l'on fait voir par un calcul exact,
que l'arche conſtruite ſelon les dimenſions ci
deſſus marquées, a pu ſuffire & au delà, pour
contenir tout ce qui y fut mis , & que huit
perſonnes ont pu ſans beaucoup de peine pour
voir
Nt 1s E s C A T E c H 1 s M E. 49
voir aux beſoins d'autant d'animaux qu'il y
en avoit.
D. Après ces éclairciſſemens , voyons à préſent
le tems attqºel le déluge arriva , la maniere dont
il s'effectua, combien il dura $ quelles en furent
les ſuites ?
R. Moiſe nous apprend toutes ces choſes
dans le recit ſuivant. " En l'an ſix cent de la Gen. JVII.
I I - 24.
» vie de Noé , au ſecond mois de l'année cou
2rante , qui étoit ſelon les calculs les plus exacts ,
d'année 1656 du monde 85 qui commenfoit à l'é-
», quinoxe d'Automne , le dixſeptieme jour du
» mois à trente jours ; le mois en ce jour là,
» toutes les fontaines du grand abime furent
» rompues : c. à d. que toutes les ſources de la
maſſe immenſe des eaux qui ſont dans la mer 83
ſur la Terre firent tellement découvertes qu'elles
aillirent de tous côtés, 83 ſortant avec impétuo
ſité de leurs cavités ſouterraines , ſiibmergérent
,, bientôt toute la Terre, & les bondes , ou les
-, cataractes des Cieux furent ouvertes : c. à d.
que la pluye tomboit du Ciel en ſi grande abon
dance , qu'il ſembloit qu'on la verſat de tous cò
,, tés à pleins ſeaux ; & la pluye tomba de cet • .
, te maniere ſur la Terre pendant quarante jours
,, & quarante nuits : Mais des ce même jour
dix $ ſeptieme du mois que les ſources des eaux
sommencerent à jaillir $ la pluye à tomber,
» Noé & ſes trois fils Sem , Cam & Japhet
, étoient deja entrés dans l'arche, avec la fem
, me de Noé & les trois femmes de ſes fils,
» auſſi bien que les bètes de la campagne de
, toute eſpéce, le bétail de toute eſpéce, les
,, reptiles qui ſe meuvent ſur la Terre de tou
» te elpéce, les oiſeaux de toute elpéce, tant
2Tome I. D » grands
go L'A N c I E N TE sT A M E N r
» grands que petits ayant des ailes : Tous ces
» animaux vivans étants venus par couples à
» Noé, ſavoir, le mâle & la femelle de chaque
» eſpéce d'animal, il les fit entrer dans l'arche
» comme D I E U le lui avoit commandé ; Puis
» L'E T E R N E L ferma la porte ſur lui , 83 la
fit joindre ſi exactement que l'eau me pouvoit y
,, avoir entrée. Le déluge ſe repandit enſuite
» ſur la Terre pendant les quarante jours que
,, dura la pluye , enſorte que les eaux s'étant
» accrues éleverent l'arche en haut au deſſus de
» la Terre : & ayant de plus en plus augmenté
» par les ouvertures des ſources de l'abîme, elles
» s'accrurent ſi fort ſur la Terre que l'arche
» fiottoit au deſſus des eaux : Et elles ſe ren
» forcérent ſi extraordinairement ſur la Terre,
» que toutes les plus hautes montagnes qui
» ſont ſous tous les Cieux en furent non ſeu
» lement couvertes, mais que les eaux s'élevé
» rent encore de quinze coudées par deſſus :
» Par ce moyen toute chair qui ſe mouvoit,
,, ou tout animal vivant ſur la Terre expira,
» tant les oiſeaux que le bétail & toute bète à
» quatre pieds & tous les reptiles qui fourmil
» lent ſur la terre, auſſi bien que tous les hom
» mes : En un mot, tout ce qui étoit ſur le
» ſec, ayant reſpiration de vie en ſes narines
» mourut. Tout ce qui ſubſiſtoit ſur la Terre
,, fut détruit depuis les hommes juſqu'aux bè
» tes à quatre pieds, aux reptiles & aux oi
» ſeaux des Cieux ; tout fut tellement détruit
» de deſſus la Terre qu'il n'y eut que Noé &
» ce qui étoit avec lui dans l'arche qui fut con
» ſervé. Et les eaux ſe maintinrent ainſi ſur la
» Terre durant cent cinquante jours. D
. Ce
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 51
D. Ce déluge fut-il donc abſolument univerſel
pour toute la Terre habitable ?
R. L'on n'en ſauroit douter , pour peu que
l'on faſſe attention aux expreſſions mêmes de
l'Ecriture & en particulier à ce qui eſt dit dans
la ſuite, que l'arche élevée aux-deſſus des eaux
s'arrêta enfin ſur le mont Ararat, une des plus
hautes montagnes de toute l'Aſie, au deſſus deſ
quelles les eaux étoient montées de quinze cou
dées. Mais ce qui confirme ce qu'en dit ici
Moiſe, c'eſt 1°. que la Terre devoit être à peu
pres habitée dans toute ſon étendue ; vû le
nombre prodigieux d'hommes nés avant le dé
luge, qui pouvoit aiſément monter, ſelon les :
calculs les plus moderés, à plus de cent mille
millions 5 d'où il s'enſuit qu'afin que toute chair
qui ſe mouvoit ſur la Terre expirat , il falloit
auſſi néceſſairement que toute la Terre fut cou
verte des eaux du déluge. 2°. Il eſt contre
toute vraiſemblance qu'il faille entendre ici par
la Terre toute couverte des eaux du déluge la
Judée ſeulement, comme en quelques autres
endroits de l'Ecriture, ou quelques Provinces
de l'Aſie alors habitées ; car à moins d'un mi
racle continuel que l'on ne doit pas ſuppoſer
ici ſans néceſſité, comment les eaux élevées de
quinze coudées au deſſus des plus hautes mon
tagnes de cette region y ſeroient - elles demeu
rées ſuſpendues , ſans ſe répandre au long &
au large ſur tout notre globe ? Cela ne ſeroit
il pas abſolument contraire à la nature, & aux
proprietés de l'eau ? Enfin les traces ou les reſ
tes d'un déluge univerſel qui ſe remarquent
dans toutes les parties du monde habitable par
le nombre prodigieux & inconcevable de §.
2) quiä
52 L'A N C I E N T E s T A M E NT

quilles, des dépouilles de poiſſons , d'os d'a-


nimaux , de plantes étrangéres pétrifiées qu'on
trouve dans les entrailles de la Terre à une
grande diſtance de la mer & juſques dans le
cœur des plus hautes montagnes , ſont tout au
tant de preuves & de monumens d'un déluge
univerſel.
D. Qu'arriva t-il après que les cent cinquante
jours durant leſquels les eaux s'étoient maintenues
ſur la Terre furent écoules ?
G'rn.
jVIII. R. , D I E U ſe ſouvint de Noé, ou des pro
I - I9. meſſes qu'il lui avoit faites de traiter alliance avec
,, lui , & de toutes les bêtes ſauvages, ou do
» meſtiques qui étoient avec lui dans l'arche
-, pour les conſerver en vie : & D I E U fit ſouf
» fler un vent ſur la Terre , ou ſur le globe dit
,, monde couvert d'eaux ; & les eaux s'arrête
» rent, & diminuerent à vue d'ail; car les ſour
, ces de l'abime, ou des eaux les plus profon
,, des, & les cataractes des Cieux , qui avoient
,, cauſe le déluge avoient été refermees, & la
, pluye des Cieux avoit été retenue. Ainſi au
, bout de cent cinquante jours les eaux ſe re
», tirerent ſans diſcontinuation de deſſus la Ter
» re & allerent toujours en diminuant ; enſor
• te que le dix & ſeptieme jour du ſeptieme
» mois de l'année courante, l'arche s'arrèta ſur
» une des montagnes d'Ararat dans l'Armenie,
,, ( que l'on croit être le mont Taurus ) & les
» eaux allérent en diminuant de plus en plus
» juſques au dixieme mois, & au premier jour
» du dixieme mois , les ſommets des autres mon
» tagnes voiſines ſe montrerent : Quarante jours
» s'étant encore paſſés, dès lors, Noé ouvrit
» la fenêtre qu'il avoit faite à l'arche & lacha
» le
M1s EN C A T E c H 1 s M E. '5 #
» le corbeau qui ſortit, voltigeant & revenans
» ſur l'arche , juſqu'à ce que les eaux ſe fuſ
» ſent deſſéchées ſur la Terre ; après quoi il ns
,, revint plus. Il lacha auſſi d'auprès de ſoi un
» pigeon, pour voir ſi les eaux s'étoient reti
» rées de deſſus la ſurface de la Terre , où il
,, a accoutumé de chercher ſa nourriture ; mais
,, le pigeon ne trouvant pas où poſer la plante
» de ſon pied ſur terre retourna à lui dans
» l'arche ; & quand Noé eut attendu ſept au
,, tres jours, il lacha de nouveau le pigeon hors
» de l'arche, & ſur le ſoir le pigeon revint à
» lui, ayant dans ſon bec une feuille d'olivier
» qu'il avoit arrachée, & Noé connut par là
» que les eaux étoient diminuées de deſſus la
» Terre, $ que les plaines 83 les vallées com
memcoient à paroitre, quoi qu'elles ne fuſſent pas
encore aſſez fermes pour que le pigeon y prit pied
85 s'y arrêtât. " Il attendit donc encore ſept
» autres jours & lacha de nouveau le pigeon
» qui ne revint plus à lui. Ainſi en l'an ſix
» cent & un de l'âge de Noé, au premier jour
» du premier mois de l'année , ( environ le 2 I.
,, ſeptembre de nôtre maniere de compter ) les eaux
» furent deſſéchées de deſſus la Terre , & Noé
» ôtant la couverture de l'arche pour voir plus
» loin, il apperçut 83 reconnut que la ſurface
» de la Terre ſe ſéchoit ; mais qu'elle m'étoit pas
» encore bien habitable : & au vingt-ſeptiéme
» jour du ſecond mois , la Terre étant tout-à-
» fait ſéche , D I E U dit à Noé, ſors de l'ar
» che, toi & ta femme, tes fils & les femmes
» de tes fils avec toi. Fai ſortir auſſi avec toi
» toutes les bêtes , tant les oiſeaux que les
» bètes à quatre pieds & tous les reptiles qui
3 »s TAſil :
i4 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
» rampent ſur la Terre ; afin qu'ils peuplent err
» abondance la terre & qu'ils y foiſonnent &
, s'y multiplient. Noé donc ſortit & avec lui
» ies fils, ſa femme & les femmes de ſes fils ,
» toutes les bètes à quatre pieds , tous les rep
» tiles, tous les oiſeaux : tout ce, en un mot , qui
» ſe meut ſur la terre, autant qu'il y en a d'eſ
» péces, ſortit de l'arche.
D. Quels furent les premiers ſoins dont Noé
fut occupé d'abord après qu'il fut ſorti de l'ar
che avec ſa famille 85 les bêtes qui y étoient ?
, R. Ce fut de témoigner à Dieu par un cul
te public les ſentimens de reconnoiſſance & de
pieté dont il étoit pénetré envers lui , pour
la faveur ſignalée qu'il venoit d'en recevoir ,
Geºr.
l' I I I.
& pour cet effet, " Noé bâtit un autel à l'Eter
2O. » nel & prit de toute bête nette & de tout
» oiſeau net , & il en offrit des holocauſtes ſur
» l'autel.
D. Quelle ſorte d'autel put il faire alors, &!
quelles furent les bêtes qui y furent immolées *
R. Il ne faut pas penſer que ce fut un au
tel ſemblable à celui qui fut enſuite ordonné
de Dieu ſous la Loi ; mais ce ne fut probable
ment qu'un autel conſtruit avec du gazon &
de la terre , au milieu duquel il mit une cer
taine quantité de branches d'arbres & de brouſ
ſailles pour bruler ou conſumer les bêtes qui
y devoient être offertes. Et ces betes furent
apparemment des mèmes eſpéces que Dieu avoit '
ordonné dès les premiers tems & enſuite ſous
la Loi, de lui offrir en ſacrifice, ſavoir des veaux
ou taureaux, des agneaux ou moutons , des
chevreaux ou boucs , des pigeons ou touterel
les & des moineaux , dont nous avons vû ci
deſſus
M1t E N C A T E c H 1 s M E. 55
deſſus que Dieu avoit ordonné d'en prendre ſept
paires dans l'arche , peut-être dans la vuë d'en
conſerver un plus grand nombre pour être of
fertes en ſacrifice.
D. Comment eſt - ce que Dieu reçut ces holo
cauſtes d'actions de graces ?
R. Moïſe rapporte que " L'ET E R N E L en Gen.
» fiaira une odeur de pacification & d'agrément : 2VIII.
I , 22è
c.à d. qu'il y prit plaiſir, comme les hommes en
prennent à une odeur douce 83 agréable, 83
qu'il fut dès lors appaiſé envers les hommes : " Ce
, qui lui fit dire en lui-même : Je ne veux plus
» maudire la Terre, ou en détruire les habitans,
,, comme je viens de le faire par le déluge, à cau
,, ſe de la malice des hommes, 85 je me les ſub
,, mergerai plus ſous les ondes ; quoi que leur
,, imagination & leur cœur , leurs penſées $
,, leurs deſſeins tendent au mal dès leur jeuneſſe :
,, Et je ne frapperai plus de mort , comme j'ai
» fait, tout ce qui vit ſur la Terre : mais tant
» que la Terre ſubſiſtera ; tant qu'il y aura des
,, hommes dans le monde, les ſemailles & les
» moiſſons ; le froid & le chaud ; l'été & l'hy
» ver ne ceſſeront point, ou auront toujours leur
cours ordinaire.
D. Qu'eſt - ce que Dieu dit enſuite à Noé &3
à ſes fils ?
R. , D 1 EU bénit enſuite Noé & ſes fils , Gen. IX
» en les aſſurant de ſa faveur, & leur dit ; Foi I - 7»
» ſonnez, multipliez & rempliſſez la Terre d'ka
,, bitans : Que toutes les bètes de la Terre, tous
» les oiſeaux des Cieux, avec tout ce qui ſe meut
» ſur la Terre & tous les poiſſons de la mer
» vous craignent & vous redoutent, comme leur
,, maitres : Ils ſont mis entre vos mains, vous
D 4 pott
56 L'A N c I E N T E s T A M E N r:
, pouvez diſpoſer d'eux à vôtre bon plaiſir. Tout
» ce qui ſe meut & qui a vie , pourra vous
» ſervir de nourriture : vous pourrez en manger
» à vôtre volonté. Je vous ai donné 85 vous
» donne à préſent toutes ces choſes, tous ces
» animaux vivans, pour vous ſervir de nour
, riture, comme vous le faites de l'herbe verte,
» de legumes $ des fruits de la campagne. Toute
» fois vous ne mangerez point de chair d'animal
» avec ce qui en fait la vie, qui eſt ſon ſang :
,, Et de plus, je vous déclare que je redemande
» rai votre ſang , qui fait la vie de vos per
,, ſonnes, de tout animal vivant qui l'aura ré
pandu, juſques à vous ôter la vie : il en ſera mis
,, à mort : Je le redemanderai encore de la main
» de tout homme, quel qu'il ſoit , de la main
» méme de celui qui ſeroit ſon frere, je rede
» manderai la vie de l'homme ; c. à d. j'en ti
rerai vengeance ; je le punirai , ou le ferai pu
s, mir de mort par les Juges. Quiconque aura ré
,, pandu le ſang de l'homme ; ſon ſang ſera
» auſſi répandu par un homme, ſavoir, ou par
les Juges qui devront le punir de mort, ou par
,, les parens du tué : car D I E U a fait l'homme
» à ſon image : Quelque défigurée qu'elle ſoit par
le péché , l'empreinte qui lui en reſte mérite bien
,, qu'on me lui ôte pas la vie impunément. Vous
» donc foiſonnez, multipliez, rempliſſez la Terre
,, d'habitans & peuplez-la.
D. Qu'gſt ce que Dieu ajouta à ces paroles pour
aſſurer de plus en plus Noé de ſa bénédiction 83
· de ſa faveur envers tout le genre humain ?
Gm. IX. R. » D I E U dit encore ceci à Noé & à ſes
8-*7 » fils qui étoient avec lui : Voici je traite dès
» à préſent alliance avec vous & avec vôtre
| 2b poſté
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 5?
, poſtérité après vous : c. à d. Je m'engage avec
vous par une promeſſe ſolemnelle à laquelle vôtre
, poſtérité aura part auſſi bien que tout animal
» vivant avec vous, tant les oiſeaux que le bé
» tail & toutes les bètes de la Terre, qui ſons
» avec vous, non ſeulement celles qui ſont ſor
» ties de l'arche ; mais encore toutes celles qui
» ſeront à l'avenir ſur la Terre ; J'établis mon
» alliance avec vous 83 vous promets , qu'aucune
» chair ou animal ne ſera plus détruit par les
» eaux d'un déluge univerſel qui déſole toute la
» Terre. Puis D I E U ajouta : C'eſt ici le ſigne
» que je donne de l'alliance qu'il y aura entre
» moi & vous , ou de la promeſſe que je vous
,, fais & à toute créature vivante, qui eſt avec
» vous, dans toute la ſuite des générations les
» plus reculées ; Je mettrai mon arc en la nuée,
» & il ſera pour ſigne de l'alliance que je traite
» à préſent avec les habitans de la Terre. Ainſi
» lors que j'aurai couvert la Terre de nuages,
,, cet arc paroitra dans la nuée, & je me ſou
» viendrai de l'alliance que j'aurai établie entre
,, moi & vous, & avec tout animal qui vit de
» quelque chair $ eſpéce que ce ſoit, & il n'y
» aura plus déſormais de déluge qui faſſe périr
» toute chair dans ſes eaux. L'arc ſera donc
» dans la nuée, & en le voyant je me ſou
» viendrai de l'alliancc perpétuelle qu'il y a en
» tre D I E U & tout animal vivant, de quel
» que chair, ou de quelque eſpéce qu'il ſoit ſur
» la Terre. Et D I E U dit à Noé ; c'eſt là le
» ſigne de l'alliance que j'ai établie entre moi
», & toute chair qui eſt & qui ſera ſur la Terre.
D. Eſt-ce donc qu'il n'y avoit point d'arc-en
D 5 ciel
58 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
ciel avant le déluge, comme ces paroles ſembleme
l'inſinuer ?
R. Si l'on ſuppoſe, comme il y a tout lieu
de le croire, que la Terre ait conſervé la même
ſituation à l'égard du Soleil qu'elle avoit avant
le déluge, & que les loix établies par le Créa
teur dans la nature dès le commencement du
monde n'ayent pas changé, l'arc-en-Ciel a dû
ſe former néceſſairement avant le déluge tout
comme après , des rayons du Soleil qui tom
bent ſur une infinité de goutes de pluye ré
pandues dans l'air à une certaine élévation &
refléchis à nos yeux avec differentes couleurs ;
mais ce phénoméne qui n'indiquoit avant le dé
luge que le concours des rayons du Soleil &
des goutes de pluye, eſt devenue un ſigne ſur
naturel de l'alliance de Dieu avec les hommes,
ou une aſſurance de ſa bonté envers eux, d'au
tant plus certaine qu'il ne peut jamais manquer
d'arriver tant que la Terre conſervera ſa poſi
tion avec le Soleil.
D. Qu'arriva-t-il enſuite à Noé 83 à ſes en
fans depuis le deluge juſques à ſa mort ?
Gen. I X. R. Voici ce que Moïſe en rapporte. * Les
13 - 25.
,, fils de Noé Sem, Cam & Japhet qui étoient
,, ſortis de l'arche , commencérent à avoir des
,, enfans ; Cam en particulier eut bientôt pour
,, fils Canaan la tige des Cananéens, & de ces
,, trois fils de Noé la Terre ne tarda pas à être
,, peuplée. Noé de ſon côte accoutumé à culti
,, ver la Terre, commença auſſi à faire des plants
, de vigne , & en ayant recueilli du vin , il en
, but ſans en connoitre les effets & s'en'yvra ,
,, & dans cet état , s'étant couché au milieu de
, ſa tente, il découvrit ſa nudité. Cam le pere
», de
M I s E N C A T E c H 1 s M E. 59
» de Canaan s'en étant apperçu l'alla dire à ſes
, deux freres qui étoient déhors de la tente ;
il y a même apparence, s'il en faut juger par
la ſuite, que Cam 83 Canaan ſon fils ajoutérent à
cela quelque moquerie ſur l'état où s'étoit mis
Noé. " Alors Sem & Japhet prirent un man
,, teau qu'ils mirent ſur leurs deux épaules, &
,, marchants en arriere , ils couvrirent la nudi
,, té de leur pere, ſans avoir détourné leur vi
,, ſage pour la voir. Noé réveillé de ſon vin ,
» ſût par le rapport qu'on lui en fit, ce qu'a-
,, voit fait ſon fils le cadet , 83 ſon petit fils :
» C'eſt pourquoi il dit ; Maudit ſoit Canaan ; il
,, ſera ſerviteur des ſerviteurs de ſes freres :
c. à d. que les deſcendans de Canaan , ou les
Camanéens ſeroient reduits par les deſcendans de
Sem $ de Japhet au plus bonteux eſclavage.
D. Mais pourquoi Noé maudit - il Canaan plü
tôt que Cam qui paroit avoir été ſeul coupable de
s'être moqué de l'état où il avoit vû ſon pere ?
P R. Il y a ,toute apparence, comme il a déja
été remarqué, que Canaan tout jeune qu'il fut
avoit été complice des moqueries de ſon pere,
& peut-être la premiere cauſe de tout le mal ;
comme le prétendent les plus anciens Docteurs
d'entre les Juifs ; mais quand cela ne ſeroit
pas, Noé put aiſément annoncer dès lors & à
cette occaſion, ce que l'Eſprit de Dieu lui réve
loit devoir arriver à la famille de Cam & en
particulier aux deſcendans de Canaan ; perſuadé
d'ailleurs que Cam ſeroit plus ſenſible au mal
heur de ſon fils & de ſes deſcendans qu'à ſa
propre diſgrace.
D. Qu'eſt-ce que Noé ajouta à cette prédiction
Pour témoigner auſſi à Sem 83 à Japhet ſes au.
tres
66 L'A N e 1 E N T E s T A M E N T
tres fils la ſatisfaction qu'il avoit de leur conduitè
à ſon égard ?
Gen. Ix. R. ,, Il ajouta : Bénit ſoit L'ET E R N E L le
•é, 27. ,, D I E U de Sem. c. à d. Que l'Eternel qui eſ}
bénit dans tous les ſiécles , ſoit toujours le Diete
de Sem ; qu'il ſoit toujours adoré par lui 85 ſes
deſcendans, 85 qu'il ſoit toujours leur Pere, leur :

,, Protecteur e3 leur Bienfaiteur : " & que Ca


,, naan , ou ſes deſcendans ſoient ſoumis à la
,, poſtérité de Sem. Que L'ET E R N E L étende
,, les poſſeſſions de Japhet 85 de ſes deſcendans ;
,, qu'ils occupent même les tentes, ou les ha
,, bitations des deſcendans de Sem ; mais que Ca
,, naan , ou ſes deſcemdans , leur ſoient auſſi
,, ſoumis.
D. Comment eſt - ce que ces prédictions de Noé
qui regardent les deſcendans de ſes trois fils ons
été accomplies ?
R. Elles ont été accomplies, en ce que le
culte du vrai Dieu ſe conſerva dans la fa
mille de Sem qui fut celle d'Abraham & du
peuple Juif; en ce que les deſcendans de Ja
phet poſſèdérent dans la ſuite des tems, des
pays d'une plus vaſte étenduë que ceux de ſes
freres & s'emparerent même du pays des deſ
cendans de Sem ; enfin en ce que les Cana
néens deſcendus de Cam furent aſſujettis aux
Iſraelites deſcendus de Sem & aux autres peu
ples deſcendus de Japhet.
D. Combien de tems vêcut encor Noé après le
déluge ?
can. IX. R. ,, Il vêcut encore après le déluge trois
*** *? ,, cent cinquante ans. Tout le tems donc que
,, Noé vêcut fut neuf cent cinquante ans : puis
» il mourut , l'an du monde 2oo6,
C HA
rI I s EN C A T E c H 1 s M E. 61

C H A P I T R E I V.

Où il eſt parlé des deſcendans de Noé juſ


ques à Abraham & de la diviſion qui ar
riva entr'eux à l'occaſion de la Tour de
Babel qu'ils avoient entrepris d'élever pour
rendre leur nom célèbre & ſe mettre à
l'abri de tout facheux accident, tant qu'ils
ſeroient ſur la Terre.

D. Uels furent les deſcendans des trois fils


de Noé, Sem, Cam & Japhet, après
le déluge ?
R. Moïſe en donne la généalogie aſſez au long
dans tout le Chapitre X. de la Geneſe, en com- Gen. x.
mençant par les deſcendans de Japhet qui étoit 1-3*.
l'ainé, comme il le dit expreſſément au Y. 22. #
Il paſſe enſuite au deſcendans de Cam que l'on
croit avoir été le ſecond, entre leſquels ſe trou
ve * Nimrod qui commença à être puiſſant ſur Gen. x.
,, la Terre, ou à y fonder quelque Empire, & s, 9.
,, qui fut ſur tout célèbre par les marques de
,, valeur qu'il donna à la chaſſe des bétes ſauva
,, ges ; d'où il reçut le titre de Puiſſant Chaſ
,, ſeur devant L'E T E R N E L , ou des plus illuſ
tres qu'il y ait jamais eu, au jugement même de
Dieu. Moiſe finit cette généalogie par les deſ
cendans de Sem, qui étoit ſelon toute apparen
ce le troiſieme des fils de Noé, quoique nom
mé ici & ailleurs pluſieurs fois avant ſes fre
res : parce que de lui devoit naitre Abraham
& le peuple Hebreu ou le peuple de Dieu, †
62 L'A N c I E N TE s TAM E NT
faveur de qui Moiſe écrivoit : Mais toutes ces
généalogies n'ayant rien d'intéreſſant pour nous
qui vivons dans les derniers tems, & qui ne
connoiſſons plus les peuples iſſus de ces trois
· fils de Noé, il ſuffira de rapporter la généa
logie de Sem, ſur laquelle Moïſe inſiſte plus
particulierement dans le chapitre ſuivant , & de
remarquer en général ſur les differens pays
qu'habiterent les peuples deſcendus de ces trois
fils de Noé , que les deſcendans de Japhet poſ
ſédérent principalement les Iles de la Méditer
ranée tant de l'Europe que de l'Aſie, juſques à
l'Aſie Mineure, avec tout ce qui a porté dans
la ſuite le nom de Grèce ; que les deſcendans
de Cam poſſéderent l'Afrique entiere, y compris *

l'Egypte & la Paleſtine avec une partie de la


Syrie & de l'Arabie, & que les deſcendans de
Sem , furent les premiers habitans, ou poſſeſ
ſeurs du reſte de l'Aſie, à commencer à l'Eu
phrate en tirant vers l'Orient, juſques au grand
Ccéan des Indes.
D. Ne peut - on pas encore tirer d'autres
uſages pour la religion de la connoiſſance que Moi
ſe nous donne ici de tous les deſcendans de Noé *
R. La plus grande utilité que nous en puiſ
ſions retirer & qui paroit avoir été le but que
Moiſe s'y eſt propoſé, c'eſt qu'elle nous con
firme le dogme de la création qui ſert de baſe
à toute la religion ; en ce qu'il nous donne une
ſuite des générations des hommes depuis le dé
luge juſqu'à Abraham , comme il l'avoit déja
donné depuis le premier homme juſqu'au dé
luge; par où il nous fait voir comment toute
la Terre a été peuplée d'un ſeul homme pre
mierement ; & enſuite d'un autre qui a été com
LIlº
M I S E N C A T E c H I s M E. 6;
me le ſecond pere du genre humain. Mais de
plus, la généalogie de Sem que nous verrons tout
à l'heure, ſert auſſi en particulier à confirmer
celle que les Evangeliſtes nous ont donnée de
Jéſus-Chriſt, par laquelle il conſte qu'il eſt deſ
cendu d'Adam & de Noé , comme les autres
hommes, par une ſuite non interrompue de pere
en fils, depuis Adam juſqu'à lui.
D. Qu'eſt-ce qui donna lieu aux deſcendans de
Noé 83 de ſes fils, de ſe ſéparer les uns des autres,
pour habiter differens pays ? -

R. Ce fut d'abord ſans doute la multiplica


tion de leurs familles qui ne leur permettant
pas de reſter toujours tous enſemble dans un
mème endroit , les obligea de s'éloigner peu à
peu les uns des autres pour ſubvenir à tous
leurs beſoins ; mais de plus la diviſion qui vint
à ſe mettre entr'eux , à l'occaſion d'une Tour
qu'ils vouloient élever pour leur avantage com
mun, leur fit prendre ce parti plutôt qu'ils n'au
roient fait.
D. Qu'eſt - ce que Moïſe nous apprend ſur ce
ſujet ?
R. Il nous apprend que * du tems de Péleg Gen. X.
,, fils d'Héber qui étoit petit fils de Sem par 25 - 32.
» Arphaxad, environ cent ans après le déluge,
,, la Terre fut partagée & les Nations diviſées ;
& il en indique l'occaſion, quand il continue ſon
recit de cette maniere. * Alors , ou du tems de Gen. XI.

,, Péleg, toute la Terre, tous ſes habitans, ou I - 9.


,, tout le genre humain avoit le mème langage &
,, une même parole ; c. à d. qu'ils parloient tous
la même langue 83 qu'ils étoient tous de bonne
intelligence entr'eux ; ** mais il arriva qu'un
•, grand nombre étaut partis du pays nommé à
pré
54 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
,, préſent l'Orient, pour s'établir ailleurs, trouvé
,, rent une grande campagne dans le pays de
s, Sinhar, entre l'Euphrate 85 le Tigre , pas loin
du jardin d'Heden où avoit été placé le premier
,, homme, dans laquelle ils s'arrêterent ; & vo
yant l'endroit propre à y fixer leur demeure pour
,, longtems, ils ſe dirent l'un à l'autre. Coura
,, ge ; préparons des matériaux pour faire ici mò
» tre demeure ; " Faiſons des briques & cui
,, ſons - les au feu pour bâtir des maiſons : Ils ſe
,, ſervirent de briques, au lieu de pierres qui
manquoient apparemment dans ce lieu - là, & de
,, bitume au lieu de mortier pour les lier. Puis
,, ils ſe dirent de nouveau ; Courage, bâtiſſons
,, nous une ville & faiſons y une Tour dont le
,, ſommet atteigne juſqu'aux Cieux, ou qui ſois
,, élevée auſſi haute qu'il nous ſera poſſible : Aque
,, rons nous par là de la reputation & faiſons
,, en ſorte que nous ne ſoyons pas diſperſés
,, par toute la Terre. Alors L'E T E R N E L deſ
,, cendit pour voir la ville & la tour que les
,, fils des hommes bâtiſſoient ; ou ſimplement ,
il conſidera le deſſein qu'avoient formé les hoin
mes de bâtir une ville 85 une tour pour ſe mettre
à couvert de tout événement facheux , ſemblable
à celui du déluge , il connut ce qu'il y avoit de
vain , d'ambitieux, de téméraire $ de dejiaiis
dans cette entrepriſe * & L'E T E R N E L dit en
,, lui même : Voici un ſeul & même peuple qui
,, n'a qu'un même langage 83 un même deſſein :
,, Ils ont déja commencé à bâtir , dans l'inten
tion de ſe faire une demeure aſſurée ſur la Terre
contre ma volonté ; " mais n'y auroit-il pas mo
,, yen d'empêcher qu'ils n'exécutent ce qu'ils
,, ont projetté ? Venez donc, dit l'Eternel aux
Anges
M I s E N C A T E C H I s M E. 6;
Anger ſes Minijires, ** deſcendons & confondons
» leur langage ; enſorte qu'ils ne s'entendent
» point les uns les autres, la choſe arriva com
» me Dieu l'avoit réſolu, & par ce moyen L'E-
,, T E R N E L les obligea de ſe diſperſer par tou
» te la Terre & de diſcontinuer le bâtiment de
» la ville. C'eſt pourquoi ſon nom fut appelé
» Babel, c. à d. confuſion ; parce que L'E T E R
» N E L y confondit tellement le langage de tous
» les habitans de la Terre, qu'ils ne s'entendoient
,, plus, & dès lors ils furent diſperſés par tou
» te la Terre. -

D. Quelles peuvent avoir été les vuës de Dieu


en conjondant ainſi le langage de ceux qui avoienº
entrepris de bâtir la ville $ la tour de Babel *
R. Il paroit que ce fut premiérement pour
punir leur vanité & leurs complots ambitieux,
contraires à la confiance qu'ils devoient avoir
en la ſage providence de Dieu ; mais ce fut auſ
ſi ſans doute, afin que par leur diſperſion la
Terre fut plus promptement habitée & peuplée,
qu'elle ne l'auroit été s'ils étoient tous reſtés
dans un même lieu. -

D. Dans cette diſperſion générale des hommes


par toute la Terre, quelle fut la famille la plus
favoriſee des graces de Dieu ? -

R. Ce fut celle de Sem, de laquelle étoit


iſſu Abraham le Fondateur du Peuple Hebreu,
& dont Moiſe reprend la généalogie juſqu'à ce
Patriarche pour la faire mieux connoitre aux En
fans d'Iſrael qui en étoient deſcendus. " C'eſt Gn. xr.
» ici, dit-il, la poſtérité de Sem : Sem âgé de 1o. 3 .
» cent ans, eut pour fils Arphaxa t deux ans I. I7 - 27»
» après le déluge, & vècut encore des lors cinq
Tome I. E cents
66 L'A N c I E N TEs TA M E NT
» cents ans ( a ), pendant leſquels il eut d'au
» tres fils & filles. Et Arphaxad âgé de trente
» cinq ans, eut pour fils Sélah, après lequel il
» eut encore d'autres fils & filles & vêcut qua
» tre cent trois ans Sélah âgé de trente ans,
» eut pour fils Héber, & vêcut encore quatre
,, cent trois ans, pendant leſquels il eut d'au
» tres fils & filles. Héber âgé de trente quatre
,, ans, eut pour fils Péleg , qui ſignifie diſperſion ;
parce que dans ce tems là les hommes furent diſ
,, perſés par toute la Terre ; & après la naiſ
» ſance de Péleg, Héber vècut encore quatre
» cent trente ans & eut auſſi d'autres fils & des
» filles. Péleg âgé de trente ans, eut pour fils
» Réhu, après lequel il vêcut encore deux cent
» neuf ans, ayant eu d'autres fils & des filles.
» Réhu âgé de trente deux ans eut pour fils
» Sérug & vècut encore dès lors deux cent ſept
» ans , pendant leſquels il eut d'autres fils &
» des filles. Sérug âgé de trente ans, eut pour
», fils Nacor, après lequel il vècut encore deux
» » CeI1tS

(a) Sem vêcut encore cinq cents anr après le déluge.


Ainſi le même homme qui avoit vû Métuſalah , Grand
pere de Noé avant le déluge & de qui il avoit pu ap
prendre tout ce qui regardoit la vie d'Adam , avec qui
Métuſalah avoit vécu deux cent quarante trois ans »
comme on peut le déduire de ce qui eſt dit ci - deſſus
V. 5 , 21 , 27. Ce méme homme , dis-je, ſavoir Sem,
fut encore contemporain non ſeulement d'Abraham ;
mais encore d'Iſaac , lequel devoit avoir déja vingt &
un an lorſque Sem mourut. Enſorte que l'hiſtoire de
la Création, d'Adam & de ſes fils a pu être tranſmiſe
juſques à Iſaac ſeulement par Métuſalah & Sem : ce
qui n'a pu que contribuer beaucoup à en aſſurer la
VCIltC,
M I s E N C A T E c H I s M E. 67
» cents ans & eut d'autres fils & des filles
» Nacor âgé de vingt neuf ans eut pour fils
» Taré, & vecut encore dès lors cent dix &
» neuf ans, ayant eu d'autres fils & des filles.
» Taré âgé de ſoixante & dix ans eut pour
» fils Abram , Nacor & Haran : & ce mème Ha
» ran apres avoir eu pour fils Lot , mourut
, pendant la vie de ſon pere, au pays de ſa
» naiſſance à Ur dans le pays des Caldéens.
» Abram & Nacor prirent auſſi chacun une
» femme : le nom de celle d'Abram fut Sara1 ,
» & le nom de celle de Nacor fut Milca , fille
» d'Haran qui étoit auſſi pere de Jiſca ( a ) :
» mais Sara1 étoit ſtérile & n'avoit point d'en
» fans. Enſuite Taré prit ſon fils Abram & Lot
» nls de ſon fils Haran , & Sarai ſa belle fille
» & ils ſortirent enſemble de la ville d'Ur dans
» le pays des Caldéens , pour aller au pays de
» Canaan & vinrent juſqu'à Caran où ils de
» meurérent, & où Taré mourut âgé de deux
» cent cinq ans ( b ).
CH A

( a ) De Jiſca. Grand nombre d'Interprêtes , tant an


ciens que modernes , ont cru avec beaucoup de fonde
ment que cette Jiſca fille de Nacor étoit la même que
Sata1 & qu'inſi elle étoit petite fille de Taré, de qui
elle ett apr elée dans la ſuite la belle fille ; parce qu'elle
avoit epouſe Abram ſon fils, dont elle etoit auſſi niéce.
( b ) Taré mourut âgé de deux cent cinq ans. Sur
cet âge de Tare : il ſe préſente une difficulté aſſez
conſiderable : C'eſt que l'on ne peut concilier cet âge
avec ce qui eſt dit v. 25. que Taré avoit eu Abram
à l'âge de ſoixante & dix ans , & 'ce qui eſt dit au
Y. 4 du Chapitre ſuivant & dans les Actes des Apô
tres Vll. 4- Savoir, qu'Abram partit de Caran , après la
II1QTt
E 2
" -

68 L'A N c I E N TE STA M E NT

C H A P I T R E V.

Où l'on voit l'ordre réïteré que Dieu don


na à Abraham de ſortir de ſon pays pour
aller dans une Terre étrangere, auquel
il obéit ſans héſiter ; & les glorieuſes
promeſſes que Dieu lui fit en conſéquen
ce, auſſi bien que ce qui lui arriva dans
un voyage qu'il fit en Egypte & pendant
le tems qu'il reſta avec Lot ſon neveu.
D. Ar où commence l'hiſtoire du Patriar
che Abraham que Moïſe paroit avoir eu
ſur tout en vuë dans cette derniere généalogie ?
R. Elle commence par l'ordre que Dieu lui
adreſſà de ſortir de Caran pour aller dans le
pays de Canaan, & les promeſſes qu'il lui fit
Gen. xII. de le bénir & de rendre ſon nom illuſtre. " Or
1-9 » L'E T E R N E L avoit donné cet ordre à Abram
en viſion , ou en ſonge, ou par le miniſtère d'un
Ange, lors qu'il étoit encore à Ur dans le pays
des Caldéens , 85 il le lui réitera lors qu'il étoit
à Caran avec ſa famille : * Sors de ton pays

mort de fon pere Taré , ayant alors ſoixante & quin


ze ans ; d'où il ſuit que Taré devoit avoir au tems
de ſa mort ſeulement cent quarante cinq ans , au lieu
de deux cent cinq qu'on lui donne ici. Selon cela il
y aura une erreur de chiffre ou de copiſte , & il fau
dra lire cent quarante cinq ans, comme on le lit dans
la Verſion & la Chronique Samaritaine, qui l'avoit tiré ,
ſans doute, d'un exemplaire Hébreu plus correct.
| M1s EN C A T E c H I s M E. 65
» & d'avec ta parenté & de la maiſon de ton
» pere ( que l'on croit avec aſſez de fondement
» ſ'être abandonné à l'idolatrie ; ) pour aller au
. » pays que je te montrerai, & je te ferai de
» venir une grande mation, ou je multiplierai ta
'0\! poſtérité de telle ſorte qu'elle deviendra un peuple
Id des plus conſidérables; º & je te bénirai en ré
# pendant ſur toi 83 ſur ton peuple, toutes ſortes
1- ,, de biens temporels 85 ſpirituels : Je rendrai ton
j » nom grand, illuſtre 83 célébre par toute la
: ,, Terre $ dans tous les âges , & tu ſeras béné
,, diction : c. à d. Tu ſeras bénit de la façon la
plus éclantante 83 cette bénédiction ſera telle qu'elle
ſervira de modelle pour tous les vœux qu'on fera
en faveur des autres , quand on ſe dira : Que
_Dieu vous comble de ſes biens , comme il en a comt
blé Abram. De plus " je bénirai ceux qui te bé
, niront , & maudirai ceux qui te maudiront ;
c. à d. Je me déclarerai le bienfaiteur 83 le remu
zaerateur de tous ceux qui te feront du bien , 83
Pennemi de tous ceux qui voudroient te faire du
,, mal : Et toutes les Nations ſeront bénies en
,, toi, ou en celui qui naitra de toi , le Meſſie
avenir, par qui toutes les nations auront part
à la faveur 83 à la bénédiction toute ſpirituelle
de Dieu. ** Abram donc partit de Caran , com- * Heb. XI.
» me L'ET E R N E L lui avoit dit , ſans ſavoir *
, oà il alloit *, & Lot alla avec lui : Abram
» étoit àgé de ſoixante & quinze ans, quand il
, ſortit de Caran , & ayant pris avec lui Sa
» raï ſa femme, Lot ſon neveu, & tout ce
» qu'ils avoient aquis de bien, y compris les
» perſonnes ou les eſclaves qu'ils avoient achetés,
ou qui leur étoient nés, pendant qu'ils étoient à
» Caran, ils partirent pour venir au
E 3
rºy # d
75 1'A N c I E N T E s T A M E N T
» Canaan où étant arrivés, Abram traverſa ce
» pays-là, juſques au lieu de Sichem, & juſ
» qu'à la chénaye, ou au chêne de Moré, ou
» de la viſion. Or les Cananéens deſcendus de
», Canaan fils de Cam, étoient alors dans ce pays
-, là $ en étoient les Maitres. Bientôt après
» qu'Abram y fut arrivé , L'E T E R N E L lui
» apparut & lui dit ; je donnerai ce pays à tes
» deſcendans & Abram bâtit là un autel à L'E-
» T E R N E L qui lui étoit apparu, pour lui of
,, frir un ſacrifice d'actions de graces : Enſuite il
» ſe tranſporta de là vers la montagne qui eſt
,, à l'orient de Béthel & y poſa ſes tentes,
» pour s'y arrêter avec tout ſon monde ; ayant
» Béhel à l'occident 85 la ville d'Haï à l'orient :
» Il bâtit là un autre autel à L'E T E R N E L
» & lui rendit un culte public pour lui mar
quer toute ſa reconnoiſſance 83 ſon attachement
,, conrfant à ſon ſervice. Puis Abram partit en
» core de là & alla plus loin vers le Midi.
D, Que lui arriva-t-il dans ce dernier endroit ?
Ce•. XII R. » La famine étant ſurvenue dans le pays
1°- 13 , qu'il habitoit, Abram deſcendit en Egypte qui
» n'en étoit pas éloignée, pour s'y retirer comme
,, étranger ; car la famine étoit grande dans le
,, pays. Et comme il étoit près d'entrer en
,, Egypte ; il dit à Sara1 ſa femme : Ecoute :
,, Tu es certainement une très belle femme, &
,, je le reconnois mieux que perſonne, moi qui
,, ſuis ton mari , mais n'en pourroit - il point
,, arriver que les Egyptiens quand ils t'auront
,, vue ; s'ils favent que tu es ma femme, pen
,, ſeront à m'ôter la vie & à te la conſerver
,, pour t'épouſer , ou jouir de toi. Di donc, je
» te prie, que tu es ma ſœur, comme tu p# €
/

KY s EYN C A r E c H I s M E. 71

;, k dire ſans bleſſer la vérité, afin que je ſois


» bien traité à cauſe de toi, & que par ton
» moyen ma vie ſoit conſervée.
D. Sarai étoit-elle donc véritablement ſœur d'A-
bram auſſi bien que ſa femme, 83 quand cela
auroit été, me peut-on point l'accuſer de diſſimuler
ici une partie de la vérité , en faiſant dire d
Sarai qu'elle étoit ſa ſœur 83 non ſa femme, 83
d'expoſer même par là ſa pudicité ?
R. Il paroit par la ſuite de l'hiſtoire d'Abram
Ch. XX. 12. par ce qu'on a dit ci - deſſus de
Jiſca fille de Nacor, que Saraï étoit véritable
ment ſœur, ou tout au moins niéce d'Abram ,
étant fille, ou petite fille de ſon pere Taré ;
- mais non fille de ſa mere dans le ſens propre.
& naturel : Et l'on ne voit aucune trace dans
l'Ecriture que les mariages entre freres & ſœurs
ſur tout de pere ſeulement, & entre Oncle &
Nièce, ayent été deffendus avant la Loi. Ainſi
- Abram a pu légitimement prendre pour femme
Sarai, fille, ou petite fille de ſon pere & non
de ſa mere, & lui donner le nom de ſœur
auſſi bien que celui de femme ; mais il préfere
le premier au ſecond dans la penſée qu'entrant
dans un pays, où il n'y avoit point de crainte
de Dieu, comme il le dit dans la ſuite à Abi
melec, il éviteroit par là qu'on ne le tuat pour
avoir ſa femme & qu'il pourroit également ſau
ver l'honneur de Saraï ſi elle le vouloit ; au
lieu que ſi elle ſe diſoit ſa femme , il s'expo
ſeroit tout enſemble & à perdre la vie & à voir
ravir la liberté de ſon épouſe. Voilà pourquoi
il convient avec elle, entre les précautions
qu'ils prirent de concert , pour ſe mettre à
l'abri de tout facheux événement, qu'elle di
E 4 rOit
:zº L'AN c I E N T E s T A M E N r
roit qu'Abram étoit ſon frere ; ſans nier ce
pendant qu'il fut ſon mari, ſi on le lui de
mandoit : Ce qui réuſſit, par la ſage providence
de Dieu, de maniere qu'ils conſervérent l'un &
l'autre leur vie & leur honneur ſans manquer
à leur devoir.
D. Comment ſe paſſa ce qui leur arriva à cette
occaſion en Egypte ?
Gen. XII. R. ,, Abram étant donc venu en Egypte, les
I4 - 2o.
» Egyptiens virent que cette femme Sarai étoit fort
» belle : Les principaux de la Cour de Pharao
» la virent auſſi & en parlérent devant lui avec
· 2, éloge ; ce qui fit qu'elle fut enlevée & me
23 née dans la maiſon de Pharao , ſans doute
,, par ſon ordre, & que le Roi fit du bien à
», Abram à cauſe d'elle ; de ſorte qu'il en eut
» des brebis , des bœufs, des anes , des ſer
2 viteurs , des ſervantes, des aneſſes & des
2, chameaux : Mais L'E T E R N E L frappa de
2, grandes playes Pharao & ſa maiſon , pour
», avoir voulu attenter à la pudicité de Saraï fem
2, me d'Abram. - Alors Pharao , ayant ſu peut
être par l'aveu même de Saraï qu'elle étoit fem
s, me auſſi bien que ſieur d'Abram, le fit appe
,, ler & lui dit ; …Qu'eſt-ce que tu m'as fait ?
,, Pourquoi ne m'as-tu pas déclaré que c'étoit
2, ta femme ? Pourquoi as - tu dit , ſimplement,
» c'eſt ma ſœur ? car ſur cela, je l'avois priſe
, pour ma femme, 83 j'aurois conſommé mon
» mariage avec elle ; mais maintenant puis que
» ceſt ta femme, pren la & t'en va dans un
,, autre pays : Et Pharao ayant pour cet effet
,, donné ſes ordres à ſes gens , ils le conduiſi
,, rent en ſureté hors de l' Egypte lui & ſa fem
» me, avec tous les biens qu'il y avoit amaſſés.
D. Où
M1s E N C A T E c H I s M E. 73
: D. Où alla Abram au ſortir de l'Egypte ?
R. » Abram monta d'Egypte vers le midi Gen.
, avec ſa femme & tout ce qui lui appartenoit, X41 !
,, & mena Lot avec lui. Or Abram étoit très* *
» riche en bétail, en argent & en or ; & il
» s'en retourna par le chemin qu'il avoit tenu
», auparavant , du midi à Béthel, juſqu'au lieu
» où il avoit dreſſé précedemment ſes tentes
» entre Béthel & Haï ; dans le même endroit
,, où étoit l'autel qu'il avoit alors élevé , &
,, Abram invoqua là de mouveau le nom de l'E-
,, ternel , en lui donnant des marques publiques
de ſa reconnoiſſance 83 de ſon attachement 83
en lui demandant la continuation de ſa faveur pour
lui ê5 les ſiens.
D. Abram 83 Lot purent - ils reſter longtems
enſemble dans cet endroit, avec tout le bien qui
leur appartenoit 85 l'accroiſſement qui s'en faiſoit
chaque jour ? " -

R. Non ; car * Lot qui voyageoit 83 habi- Gen.


,, toit avec Abram avoit auſſi des brebis, des * {!*
,, bœufs & des tentes pour ſe loger avec tous* *
,, ſes effets , & le terrein qu'ils occupoient ne pou
,, voit leur permettre de demeurer enſemble ;. · - --
,, car leur bien étoit ſi grand qu'ils ne pou
,, voient plus ſubſiſter commodement l'un avec
,, l'autre ; il y eut même quérelle, à ce ſujet,
,, entre les bergers de leurs troupeaux, & de
,, plus les Cananéens & les Phéréſiens peuples
,, féroces 83 d'un commerce dangereux habitoient
» alors dans ce pays - là. Toutes ces raiſons
», firent qu'Abram dit à Lot ; Je te prie qu'il ".

,, n'y ait point de diſpute entre moi & toi ,


,, ni entre mes bergers & les tiens ; car nous
» ſommes freres, liés par un parentage des plus
5 étroits
74 L'A N C I E N T E s T A M EN r

,, étroits 83 une amitié des plus intimes. Touë


,, le pays eſt à ta diſpoſition : je te laiſſe une
entiere liberté d'aller habiter là où il te plaira.
,, Separe - toi donc, je te prie d'avec moi ; ſi
,, tu choiſis la gauche, je prendrai la droite ;
,, & ſi tu veux aller à la droite , je m'en irai
,, à la gauche. Sur quoi Lot ayant vû & con
,, ſideré toute la plaine du Jourdain , qui avant
s, que L'ET E R N E L eut détruit Sodome & Go
,, morrhe, étoit arroſée par tout juſques à Tſo
s, har, comme un verger de L'ET E R N E L,
,, ou des plus délicieux, & comme l'eſt le pays .
», d'Egypte arroſé du Nil, choiſit pour lui tou
,, te la plaine du Jourdain & alla du côté d'O-
,, rient ; ainſi ils ſe ſéparerent l'un de l'autre.
,, Abram demeura au pays de Canaan & Lot
,, habita dans les villes de la plaine, & y dreſ
,, ſa ſes tentes juſques à Sodome, dont les ha
,, bitans étoient méchans & coupables de grands
, crimes devant L'ET E R N E L. -

D. Qu'eſt ce que Dieu fit en faveur d'Abram


après que Lot s'en fut ſéparé ?
Gen. R. ,, L'ET E R N E L dit de nouveau à Abram,
X I I I.
M4 - I8.
,, après que Lot ſe fut ſéparé de lui : Leve main
,, tenant tes yeux, conſidére le lieu où tu es
,, & regarde vers le Septentrion, le Midi, l'O-
,, rient & l'Occident ; car je te donnerai & à
,, ta poſtérité pour toujours, ou pour un ſi long
,, tems qu'on peut le dire ſans bornes, tout le
,, pays que tu vois & je ferai que ta poſtérité
,, ſera comme la pouſſiere de la Terre, de la
,, quelle ſi quelcun peut en compter tous les
,, grains, il comptera auſſi ta poſtérité, tant
elle ſera nombreuſe 83 tant il ſera impoſſible d'en
,, faire le compte. Leve-toi donc ; promène-toi»
ſi
M 1 s E N C A T E c H I s M E. 75 ,
» ſi tu veux, par tout le pays en ſa longueur
» & en ſa largeur , 83 fixes y ta demeure en
» quel endroit qu'il te plaira ; car je te le don
» nerai. Abram donc ayant tranſporté ſes ten
» tes 85 tous ſes effets alla demeurer dans les
» plaines , ou la chénaye de Mamré, près d'Hé
, bron, & il bâtit la un autel à L'E T E R N E L,
pnur lui rend e ſes hommages en public 85 lui of
frir des ſacrifices.
D. Qu'arriva t'il d'un autre côté à Lot dans
le lieu qu'il avoit choiſi pour ſa demeure ? -

R » Il arriva au tems d'Amraphel Roi de Gen.XIV.


» Sinhar, d'Arjorc Roi d'Ellaſar, de Kédor-1-1a
» lahomer Roi d'Helam & de Tidal Roi de plu
» ſieurs nations, qu'ils firent la guerre contre
» Berah Roi de Sodome, Birſah , Roi de Go-.
» morre, Sinab Roi d'Adma, Semeber Roi de
» Tſeboim , & contre le Roi de Bélah, qui eſt
» Tſohar. Tous ceux - ci ſe joignirent dans la
» vallée de Siddim, qui eſt à préſent, la mer
» ſalée, ou le lac Aſphaltite, pour prendre con
»ſeil enſemble contre leur ennemi commun. Ils . "
» avoient été aſſervis douze ans à Kedor-laho
» mer ; mais à la treizieme année, ils s'étoient
» revoltés, & à la quatorzieme Kedor-lahomer
» vint avec les Rois ſes alliés & ils battirent
» les Rephaims en Haſteroth de Carnajim, & les
» Zuzims à Ham, & les Emins, ou les Géants
» dans la plaine de Kirjathajim, & les Horiens
» dans leur montagne de Séhir, juſqu'aux cam
» pagnes de Paran au-deſſus du déſert : puis il
» revinrent à Hen de Miſpat que l'on appelle
» à préſent Kadès & ils déſolerent tout le pays
» des Amalekites & des Amorrhéens qui habi
» toient à Hatſatſon-tamar. Alors les Rois de
, Sodo
75 L'AN c 1 E N T E s T A M E N r
,, Sodome, de Gomorre, d'Adma, de Tſeboinr
» & de Bélah , autrement Tſohar, ſortirent &
,, rangerent leurs troupes en bataille contre eux
» dans la vallée de Siddim , ſavoir contre Ké
» dor-lahomer Roi d'Helam, Tidal Roi de plu
,, ſieurs nations, Amraphel Roi de Sinhar &
» Arjoc Roi d'Ellaſar, cinq contre quatre. Or
» la vallée de Siddim étant toute remplie de
» puits de bitume, & les Rois de"Sodome &
» de Gomorre ayant pris la fuite, ils y tom
» bérent, & ceux qui en purent échaper s'en
,, fuirent en la montagne. Ce qui fit que ces qua
,, tre derniers Rois prirent toutes les richeſſes
» de Sodome & de Gomorre & tous leurs vi
,, vres ; puis ils ſe retirérent, emmenant avec
,, eux Lot fils du frere d'Abram qui demeuroit
,, dans Sodome & tout ſon bien.
D. La nouvelle de cette défaite 83 de la priſe
de Lot, comment parvint-elle à Abram 83 que fit
il pour délivrer ſon neveu ?
Gen.XIV.
I3 - 24.
R. » Un homme qui s'étoit échapé en vint
,, avertir Abram l'Hébreu , ou l'étranger què
,, étoit venu d'att-delà de l'Euphrate , lequel de
» meuroit dans la plaine, ou la cheſnaye de
s Mamré Amorrhéen frere d'Eſcol & de Haner
» qui avoient fait alliance avec lui. Quand donc
» Abram apprit que ſon frere , ou le fils de ſont
,, frere avoit été emmené priſonnier, il arma
, trois cent dix-huit de ſes eſclaves nés dans ſa
» maiſon & il pourſuivit ces Rois juſqu'a Dan ,
,, où ayant partagé ſes troupes, il ſe jetta ſur
» eux de nuit, lui & ſes eſclaves & les battit
,, en les pourſuivant juſqu'à Hobar qui eſt à
,, la gauche de Damas , & leur ayant repris
,, tout le butin qu'ils avoient enlevés , il le fit
: »5 eIil
M1s E N C A T E c H I s M E. 7,
:, emporter & ramena auſſi Lot ſon frere, ou
, ſon neveu avec tous ſes biens , de même que
» les femmes & tout le peuple priſonnier. Le
» Roi de Sodome, qui s'étoit apparemment ſau
vé dans les montagnes ayant appris la victoire
d'Abram, " s'en alla au devant de lui , com
» me il s'en retournoit après la défaite de Ke
» dor-lahomer & des Rois ſes alliés , ſoit pour
Ie feliciter du ſuccès de ſes armes, ſoit pour pro
fiter des biens 83 des captifs qu'il ramenoit, 83
,, il le rencontra en la vallée de la plaine qu'on
,, appelle la vallée Royale. Melchiſedec Roi de
» Salem ( a ), qui étoit en mème tems Sacri
» ficateur du Dieu Fort , L'ET R E Suprême,
s, fit apporter dans cet endroit du pain & du
» vin, ſelon l'uſage de ces tems là, pour ſervir
de rafraichiſſement à Abram 85 à ſes gens qui
revenoient d'une expédition longue $ pénible &
,, il le bénit en diſant ; Béni ſoit Abram de par
» le Dieu Fort, l'Etre Suprême, le Créateur &
» le

( a ) Roi de Salem. Quelques Interprêtes fondés ſur


ce que la ville de Jéruſalem eſt quelquefois appelée
Salem tout court comme au Pſ LXXVI. z. ont cru
que Melchiſedec étoit alors Roi de cette ville ; mais
outre que cette eſpéce de conformité de nom ne four
nit pas une preuve aſſez ſolide de Qe qu'ils avancent ;
& qu'il y a eu d'autres endroits appelés Salim , tel
qu'étoit l'endroit près d'Enon , où Jean bâtiſoit Jeant
III. * 1. il y a plus d'apparence que Melchiſedec eſt ap
pelé ici Roi de Salem c. à d. Roi de paix, parce que
c'étoit un Roi pacifique qui n'avoit de guerre avec
perſonne comme St Paul ſemble l'inſinuer Hebr. VII. z.
quand il dit que ce Melchiſedec s'appelloit Roi de Juſ
rice comme porte ſon nom , & enſuite Roi de paix ,
Comme Porte ſon ſurnom.
'78 L'A N C I E N TÉ sTAMEN r
,, le Maitre abſolu des Cieux & de la Terre :
/ • - ) - -

» Loué ſoit le Dieu Fort , l'Etre Suprême qui


» a livré tes ennemis entre tes mains. Et Abram
,, lui donna de ſon côté la dixieme de tout ce
qu'il avoit enlevé aux ennemis : comme Dieu l'or
· donna enſuite ſous la Loi, aux enfans d'Iſraël
par rapport aux Lévites & aux Sacrificateurs.
|» Le Roi de Sodome dit auſſi à Abram ; Donne
,, moi les perſonnes que tu as ramenées, qui
,, ſont mes ſujets, & pren pour toi tous les au
,, tres biens ; mais Abram lui répondit : J'ai le
» vé ma main 83 promis avec ſerment à l'Eter
, nel le Dieu Fort Souverain, le Maitre abſo
» lu des Cieux & de la Terre, de ne rien pren
• dre de tout ce qui t'appartient , depuis un
,, fil juſqu'à une courroye de ſoulier; afin que
» tu ne diſes point, j'ai enrichi Abram ; j'en
» excepte ſeulement ce que les jeunes gens, ou
» les ſoldats ont mangé & la part du butin qui
, doit revenir à Haner, à Eſcol & à Mamré
,, qui ſont venus avec moi. Ceux. là ſeulement
,, en prendront la part qui leur eſt due.
D. Après cette victoire ſignalée, quelle autre aſ
ſurance Dieu donna - t - il à Abram de ſa protec
tion 85 d'une nombreuſe poſiérité ?
Gen. XV. R. ,, Après ces choſes, la parole de L'E T E R
I - 6.
,, N E L fut encoee adreſſée à Abram dans une vi
,, ſion qui ſe paſſa de nuit , dans laquelle Dieu
,, lui dit ; Abram, ne crain point, ce que pour
roient faire les hommes pour ſe venger de l'échec
,, qu'ils ont reçu de ta part. C'eſt moi qui ſiiis
,, ton bouclier, ton defenſeur, ton protecteur ,
,, & ton remunerateur magnifique , qui te dé
dommagerai de tout ce que tu pourrois perdre
85 qui te recompenſerai amplement de ton atta
chºc
MM $ E N C A T E c H I s M E, 79
» dement à me plaire. Et Abram répondit :
» Seigneur ET E R N E L ; Que me donnerois-tu
dms l'état où je me trouve qui put augmenter
mon bombeur ? Quels biens puis -je ſouhaiter en
» ce monde de plus qtte ce que j'en poſſede * Je vais
,, bientôt finir mes jours , ſans avoir d'enfans,
» & celui qui a l'intendance de ma maiſon ,
ou le manîment de tous mes biens , ** c'eſt Elie
» zet le Damaſcenien , ou de Damas ; & comme
,, tu ne m'as point donné d'enfans, ce ſervi
,, teur né dans ma maiſon ſera mon héritier.
,, Qii'ai-je donc beſoin de plus de biens # Auſſi
,, tôt il entendit la parole de L'ET E R N E L qui
» lui dit ; Celui-ci ne ſera point ton heritier ;
,, mais celui qui ſortira de tes entrailles ſera
,, ton héritier : Puis Dieu l'ayant fait ſortir en
2, plein air, il lui dit; Lève maintenant les yeux
,, au ciel, & compte, ſi tu le peus, les étoiles,
, que tu vois; ainſi ſera ta poſtérité. Et Abram
» crût à l'Eternel, il me douta plus de l'accom
,, pliſſement de cette promeſſe, 85 Dieu lui im
,, puta cet acte de foi à juſtice , c. à d. qu'il
lui tint compte de cette pleine perſuaſion qu'il eut
que cette promeſſe s'accompliroit , comme d'un ac
te de juſtice 85 de vertu qui le rendit des plus
agréables à ſes yeux. -

D. Quelle promeſſe Dieu ajouta - t - il encore à


celle - là *
R. Il lui réïtera celle qu'il lui avoit déja faite Gn xp .
de lui donner & à ſa poſtérité, le pays où il 7 - 21.
habitoit, " Je ſuis, lui dit - il, L'E T E R N E L
» qui t'ai fait ſortir d'Ur des Caldéens pour te
», conduire dans ce pays-ci où tu habites ; dont
•, je te reſerve la poſſeſſion, ou à tes deſcen
» dans. Mais, Seigneur Eternel, reprit Abram, à
» quoi
3o L'A N c I E N T E s T A M E N T
, quoi connoitrai-je que moi, ou mes deſcendans
,, le poſſéderons un jour * Qu'il te plaiſe de m'en
donner quelque indice qui puiſſe m'en aſſurer dès
,, à préſent. Pren, lui dit - il, une geniſſe, une
,, chévre & un belier chacun de trois ans , avec
,, une tourterelle & un pigeon : Abram prit donc
» tous ces animaux , & ſelon l'ordre de Dieu,
» il les partagea par le milieu , & mit chaque
,, moitié vis-a-vis l'une de l'autre ; mais il ne
,, partagea point les oiſeaux, il ſe contenta de
» les tuer. Quand cela fut fait, une volée d'oiſeaux
» de proie vint fondre ſur ces bêtes mortes ,
,, qu'Abram chaſſa : Mais le Soleil venant à ſe
» coucher, Abram s'endormit en plein air d'un
» profond ſommeil ; après lequel il fut ſaiſi d'u-
, ne ſecrette horreur, dans les ténèbres d'une
,, nuit fort obſcure. Alors l'Eternel dit encore
,, à Abram : ſache pour certain que tes deſcen
,, dans habiteront pendant quatre cents ans
,, ( a ), comme étrangers en divers pays dont
,, ils ne ſeront pas les maitres, & qu'ils y ſe
,, ront aſſujettis aux habitans du pays qui les
,, affligeront en bien des manieres. Mais auſſi
,, je jugerai 85 punirai la nation à laquelle ils
,, auront été aſſujettis, la plus grande partie de
,, ce tems - là, après quoi , ils ſortiront de là
,, avec de grands biens : Pour toi tu t'en iras
,, avant cela vers tes peres en paix, tu mourras
,, & ſeras enterré en bonne 85 heureuſe viel
, leſſe.
( a ) Pendant 4oo. ans. Ces 4co. ans doivent ſe
compter ou dès ce jour même que Dieu parla à Abram ,
ou depuis la nuiſſance d' ſac qui devoit être la tige
de cette poſtérité ; juſqu'à la ſortie des enfans d'lſrael
hors d'Egypte.
M Is E N C A T E C H I s M E. 8I

,, leſſe. Et en la quatrieme génération , à comp


ter depuis leur entrée en Egypte juſqites à leur
,, ſortie, tes deſcendans reviendront ici dans le
» pays que tu habites , car l'iniquité des Anor
s, rhéens 85 des autres Cananeens dont ils doi
s, vent prendre la place , n'eſt pas encore venue
,, à ſon comble , pour déployer des à préſent mes
jugemens ſur eux. P.ndant que L'Eternel parloit
,, ainſi à Abram, le Soleil étant toitt-a fait cou
,, ché, l'obſcurité des ténèbres devint encore
,, plus grande ; mais tout-à cot p, il parut une
,, fumée auſſi épaiſſe que celle qui ſort d'un four
.,, & l'on vit une flamme , ou un brandon de
,, feu qui paſſa entre les animaux qui avoient
,, été partagés, 83 les conſuma ; comme le feu
d'un autel auroit conſumé les victimes poſèes deſ
,, ſits. De cette maniere L'ET E R N E L ratifia
,, en ce jour-là la promeſſe qu'il avoit faite à
,, Abram $ ſon alliance avec lui , & il lui
» dit de nouveau : J'ai donné ce pays à ta poſ
» térité, depuis le fleuve d'Egypte ( qui eſt le
,, Nil ) juſqu'au grand fleuve, le fleuve d'Eu
» phrate, ſavoir le pays qu'habitent ou qu'habi
», feront les Kéniens , les Kéniſiens , les Kad
,, moniens, les Héthiens, les Phéréſiens, les
» Rephaims, les Amorrhéens, les Cananéens,
» les Guirgaſiens & les Jébuſiens.

Tome I. F CH A
82 L'A N c I E N TEs T A M E N T

C H A P I T R E V I.

Contenant ce qui ſe paſſa entre Saraï &


Agar au ſujet de la poſtérité que Dieu
avoit promiſe à Abram , & les nouvelles
aſſurances que Dieu donna à ce Pa
triarche, que ce ſeroit par le moyen de
Saraï que cette promeſſe s'accompliroit.
D. L A promeſſe que Dieu avoit faite à Abram
de lui donner un fils qui ſeroit ſon héri
tier tarda-t-elle longtems à s'accomplir ?
R. Il ſe paſſà dès lors plus de dix ans, ſans
que ce Patriarche vit aucun fruit de ſon ma
riage avec Saraï ſa femme ; ce qui fit que cet
te femme avançant de plus en plus dans un
âge, où elle ne pouvoit plus eſperer d'en avoir,
ſelon les loix de la nature, propoſa à ſon ma
ri d'en avoir de ſa propre ſervante, qui ſeroient
cenſés ſes enfans, comme ſi elle les avoit mis
elle-mème au monde : à quoi Abram conſentit,
comme nous l'apprenons des paroles ſuivantes.
Gen.XVI. ,, Or Saraï femme d'Abram ne lui donnoit point
l - 4. » d'enfant 83 elle perdoit de plus en plus l'eſpéran
ce d'en avoir ; " mais elle avoit une ſervante
,, Egyptienne nommée Agar & elle dit à Abram ;
,, Je vois bien que l'Eternel m'a rendue ſtérile
85 que ce n'eſt pas de moi que tu dois avoir les
,, héritiers que Dieu t'a promis. Approche-toi, je
,, te prie, de ma ſervante ; peut-être aura-t-elle
,, des enfans que je regarderai comme les miens
» propres : Et Abram aquieſça à la parole de Sa
4 - » Iai »
-
M1s E N C A T E c H I s M E. 83
a, raï, ſans croire manquer à ſon devoir; parce
qu'il n'avoit pas bien compris que Sarai dit - être
la mere de l'héritier que Dieu lui avoit promis.
,, Alors Sarai femme d'Abram ayant pris Agar
,, ſa ſervante Egyptienne , la donna pour fem
» me à Abram ſon mari, après qu'il eut de
, meuré dix ans, au pays de Canaan , dans
,, l'eſperance d'avoir un fils de Sarai. Il s'appro
,, cha donc d'Agar & elle conçut , ou devins
emceiiite.
D. Quelles furent les ſuites de cette groſſeſſe ?
R. , Agar voyant qu'elle étoit enceinte, mé Gen.XVI.
,, priſà ſa maitreſſe, ou n'eut plus pour elle le 5 - 16.
,, reſpect qu'elle devoit avoir. Sur cela Sarai dit
,, à Abram : C'eſt ſur toi que retombe l'outrage
,, que je reçois d'Agar; C'eſt à toi d'y remédier,
2, ou tu dois en porter la peine. Je t'ai donné ma
,, ſervante, pour en uſer avec elle comme avec
» ta femme ; mais quand elle a vû qu'elle étoit
» enceinte, elle m'a regardé avec mépris : Que
,, l'Eternel juge entre moi & toi , qui de nous
s, detex eſt cauſe de ce mépris ; & Abram répon
,, dit à Sarai : Ta Servante eſt entre tes mains ;
,, traite la comme il te plaira. Saraï donc la
,, maltraita ; ce qui obligea Agar de s'enfuïr
,, de devant elle , ou de la quitter ; mais un
,, Ange de l'Eternel ( a ) la trouva auprès d'u-
F 2 2, I16

( a ) Un Auge de l'Eternel. C'eft ici la premiere


fois qu'il eſt parlé de l'apparition d'un Ange, L'auto
rité avec laquelle celui-ci parle à Agar, les promeſſes
qu'il lui fait, comme ayant le pouvoir de les accom
plir , & les titres qu'Agar lui donne , comme ſi c'étoit
Dieu lui - méme, ont donné lieu à quelques Interpré
tG3
34 L'A N c I E N T E s T A M E N T

,, ne ſource d'eau dans un lieu déſert, qui eſt


,, au chemin de Sur, & il lui dit : Agar, ſer
,, vante de Saraï : D'où viens - tu ? & où vas
,, tu ? Je m'enfuis, repondit - elle, de devant
,, Saraï ma maitreſſe : Et l'Ange de l'Eternel
,, lui dit : Retourne chez ta maitreſſe, ſois lui
» ſoumiſe $ reçoi ſans murmurer tous les mau
vais traitemens dont elle pourroit uſer envers toi :
» à quoi l'Ange de L'E T E R N E L ajouta : Je
», multiplierai beaucoup ta poſtérité ; tellement
», qu'elle ne ſe pourra nombrer , tant elle ſera
», grande (a). L'Ange de L'ET E R N E L lui dit
,, encore : Voici tu es enceinte, & tu enfan
» teras un fils que tu appelleras Iſmaël, c. à d.
,, l'Eternel entendra ; car L'ET E R N E L a oui
,, ton affliction , & ce ſera un homme d'un
,, maturel féroce , tel qu'eſt celui d'un ane ſau
•, vage : ſà main ſera contre tous & la main de
,, tous contre lui ; il ſèra perpétuellement en guer
•, re avec tous ſes voiſius , & il habitera à la
2, vue de tous ſès freres. c. à d. il occupera un
pays

tes de croire que cet Ange de l'Eternel étoit le propre


Fils de Dien par lequel il avoit déja fait le monde ;
mais d'un autre côté , le miniſtère dont cet Ange eſt
chargé & le ſilence de l'Ecriture ſur la prééminence
qu'on voudroit ici lui attribuer font préſumer à d'autres
que Dieu employa dans cette occaſion un ſimple An
g° qui parla à Agar en ſon nom & comme ſi c'etoit
lui - méme, -

( a ) Ta poſiérité ſera innomihrable. Cette prédiction


ne tarda pas à s'accomplir , comme on peut le voir
par les deſcendans d'lſmaël dont il eſt parlé Gen.
LXX V. 12. & depuis elie s'eſt verifiée de la façon
la plus éclatante par la multiplication prodigieuſe des
4ſmaelites, autrement dit, Âgareniens , d'où ſont deſ
cendus les Arabes.
Rf 1 s EN C A r E c H I s M E. 85
Pays voiſin de celui de ſes freres , deſcendus com
me lui d'Abram 85 y ſubſiſtera ſans être jamais
» détruit (a ). Alors Agar donna à l'Eternel qui
» lui avoit parlé, ce nom - ci : Tu es le Dieu
, Fort qui m'as vué, & clle ajouta : N'ai - je
,, pas auſſi vu ici celui qui m'a vue ? N'ai je
pas eu le bonheur de contempler de mes yeux ce
lui qui m'a regardé favorablement $ qui a pris
part à mon affiiction ? Que d'actions de graces
n'ai-je donc pas à lui rendre potir une faveur ſe
,, précieuſe ? C'eſt pourquoi l'on a appellé ce puits,
,, auprès duquel l'Ange lui étoit apparu , le puits
,, du vivant qui me voit : lequel eſt entre Ka
,, dès & Béred. Après cela Agar étant retournée
» chez ſa Maitreſſe enfanta un fils à Abram &
,, il donna à cet enfant le nom d'Iſmaël. Or
,, Abram étoit âgé de quatre vingt ſix ans quand
,, Agar lui donna pour fils Iſmael.
D. La promeſſe de l'Ange à Agar qui ſuppoſe
qu'lſmael auroit des freres deſcendus comme lui
d'Abram, ent - elle bientôt ſon accompliſſement ?
• R. Il ſe paſſa encore treize ans dès lors , ſans
qu'Abram eut d'autres enfans ; mais * quand Gen.
», il fut âgé de quatre vingt dix & neuf ans, XVI1,
I - I4
,, L'E T E R N E L lui apparut de nouveau & lui
,, dit : Je ſuis le D I E U Fort Tout- puiſſant :
,, Marche devant ma face & ſois entier : Con
dui-toi toujours comme ſi jétois préſent à tes yeux,
83 dans une pureté de mœurs irreprochable ; &
» je mettrai mon alliance entre moi & toi :
F 3 · j'ef.
( a ) Il eſt de fait que les Arabes que l'on croit deſ
cendus d'Iſmaël, ſe ſont conſervés dans leur pays mal
gré tous les efforts des peuples voiſins qui les ont vou
lu ſubjuguer ou détruire.
36 L'AN c I E N T E s T A M E N T

j'effectuerai les promeſſes que je t'ai faites, ſous


la condition que tu me ſeras fidele, & je te mul
,, tiplierai tres abondamment , en te donnanº
,, une pojlérité des plus nombreuſes. Alors Abram
penetré du plus profond reſpect $ de la plus par
,, faite reconnoillance tomba ſur ſa face & D I E U
,, continua à lui parler , diſant : C'eſt moi
, L'E T E R N E L qui ai fait alliance avec toi $
,, qui t'en promets l'accompliſſement. Tu devien
,, dras certainement le Pere d'une multitude de
,, Nations , & ton nom ne ſera plus appelé
,, Abram ; mais ton nom ſera Abraham ( a ) ;
,, car je t'ai établi Pere d'une multitude de Na
,, tions ; & je te ferai proſperer très abondam
,, ment : Tes deſcendans formeront des Nations
,, entieres ; même des Rois ſortiront de ta race
,, J'établirai, ou j'affermirai donc mon alliance
,, eutre moi & toi & ta poſtérité après toi, en
,, tous les tems avenir, pour être une alliance
, perpétuelle 83 irrévocable de ma part ; en
,, ſorte que je ſerai toujours ton Dieu, ton
protecteur © ton bienfaiteur , " auſſi bien que
», de ta poſtérité après toi : Je t'aſſure déja & .
,, je donnerai à ta poſtérité après toi, le pays
,, où tu demeures comme étranger ; tout le
», pays de Canaan en poſſeſſion perpétuelle ; dont
per

(aY Abram. Ce nom dans la Langue Hébraïque eſt


compoſé de deux mots qui ſignifient Pere élevé, & le
nom d'Arrabam eſt auſſi compoſé de deux mots qui
ſignifient Pere d'une nombreuſe multitude. Et par ce
chargement Dieu voulut lui faire connoitre la gloire
de ſa deſtinée qui l'appeloit à être non ſeulement un
homme illuſtre , mais encore le pere d'un peuple très
nombreux.
ºr 1 s z N C A T E c H 1 s M E. 8y
perſonne ne pourra les priver pendant qu'ils m'o-
,, béiront ; & je leur ſerai Dieu, ils m'adore
ront comme le ſeul vrai Dieu 83 ils éprouveront
,, auſſi ma faveur. Dieu dit encore à Abraham :
,, Tu garderas donc mon alliance ; tu en obſer
veras de ton côté les conditions 83 tu me ſeras ſi
,, dele auſſi bien que ta poſtérité après toi en
», tous les tems avenir : Vous obſerverez mes Loix
85 mes ſtatuts , ſi vous voulez que j'accompliſſe
,, auſſi les promeſſes que je vous fais. Et c'eſt ici
,, mon alliance, ou la marque de l'alliance qu'il
,, y aura entre moi & vous, ou tes deſcendans,
,, que vous obſerverez ſoigneuſement, c'eſt que
,, tout mâle d'entre vous ſera circoncis, & vous
,, circoncirez la chair de vôtre prépuce & cela
,, ſera pour ſigne de l'alliance entre moi & vous.
,, Tout enfant mâle , huit jours après ſa maiſ
,, ſance ſera circoncis parmi vous dans toute la
,, ſuite de vos générations, tant celui qui ſera
,, de ta famille, que celui qui aura été acheté
,, de quelque étranger que ce ſoit, qui ne ſera
,, point de ta race ; mais qui ſera mé dans ta
,, maiſon ; On ne manquera donc point de cir
,, concire celui qui naitra dans ta famille, &
,, celui qui aura été acheté de ton argent. Et
,, ce ſigne de mon alliance ſera en vôtre chair
,, dans tous les tems avenir : mais tout mâle
,, incirconcis duquel la chair du prépuce n'aura
,, point été coupée ſera retranché du milieu de
,, ſes peuples : c. à d. bien loin d'avoir aucune
part aux bénédictions promiſes aux deſcendans d'A-
braham, conſiderés comme le peuple de Dieu , ſa vie
ſera abregée, avant qu'il puiſſe avoir lignée; parce
», qi'il doit être exclus de mon alliance , dont
» il ne porte pas le ſigne, comme s'il l'avoit violée.
4 D. Qu'eſt
88 L'A N c I E N T E s T A M E N T
D. Qu'eſt - ce que Dieu ajouta à l établiſſement
de cette alliance en faveur de Sarui 85 du fils
qºi ma troit d'eiie $ en firveur d' lſnael qui etoit
déj , né ?
Gen.
X l' I I.
R ,, Dieu dit auſſi à Abraham : Quant à
I5 - 22 . ,, Sarai ta femme, tu ne l'appeleras plus Saraï,
,, mais ſon non ſera Sara (a ) Je la bénirai
,, & je te donnerai un fils d'elle-meme : Je la
,, bénirai encore dans ſa poſierité, de telle ſorte
,, qii'e le deviendra la mere de pluſieurs Na
,, tions , & que des Rois, ou Souverains de peu
,, ples ſortiront d'elle. Alors Abraham penetré de
reſpect, de gratitude Q3 de confiance " ſe proſterna -
,, la face en terre ; mais aiuli dans un ſentiment
de joie mélé de doute , " il ſourit & dit en ſon
,, cœur : Naitroit-il un fils à un homme âgé
-
,, de cent ans, & Sara âgée de quatre vingt
», dix ans auroit - elle un enfant ? Quelle mer
veille ' Puis-je eſperer tant de graces ' Ah ' Sei
giteur , * dit encore Abraham à Dieu ; Qu'il
,, te plaiſe d'y ajottter celle - ci, c'eſt qu'Iſmaël
,,, vive devant toi : Conſerve moi ce fils 83 qu'il
ſe rende digne de ta faveur : " & Dieu lui ré
», pondit ; Oui certainement, Sara ta femme t'en
s, fantera un fils : Tu n'en dois plus douter " &
,, tu appelleras ſon nom Iſaac ( b ), & j'établi
- 22 IdA

(a ) Sarai. Ce nom ſignifie à la lettre , ma Princeffe,


ou ma Dame , & celui de Sara ſignifie en general ,
vote Princeſſe , une Souveraite ; ainſi Dieu y fit ce chan
gement , Darce qu'elle ne devoit pas ſeulement étre
aimée & eftimee d'Abraham comme ſa femme mais en
core comme la Princeſſe , ou la Souveraine d'un grand
peuple.
( a ) Iſaac. Ce nom ſignifie en Hebreu, il a ri, ou
#
—r

MIs EN C A T E c H I s M E. 85
# rai mon alliance avec lui , comme avec toi ,
| » pour être une alliance perpétuelle avec ſa poſ
e térité après lui. Je t'ai auſſi exaucé touchant Iſ.
» mael : Je l'ai déja béni dans mes deſſeins :
ll eſt déja l'objet de mes faveurs, " Je le ren
» drai grand & puiſſant ; je multiplierai abon
,, damment ſa poſiérité : Il aura douze fils qui
» ſeront tout autant de Princes , ou de Chef de
peuples , ( nommés ci après XXV. 12. $c. ) &
» je le ferai devenir Pere d'une grande Nation.
» Mais j'établirai une alliance particuliere avec
» Iſaac que Sara t'enfantera dans une année :
» en cette même ſaiſon. Et Dieu , ou l'Ange
qui parloit en ſon nom * ayant achevé de par
,, ler à Abraham diſparut de devant lui.
D. Qu'eſt - ce qu'Abraham fit en conſequence de
cette viſion 85 des ordres de Dieu ? -

R. , Abraham prit ſon fils Iſmaël avec tous cºn.


» ceux qui étoient nés dans ſa maiſon, & tous XVII.
» ceux qu'il avqit achetés de ſon argent ; " en ****
» un mot, tous les mâles qui étoient actuelle
» ment ſous ſes ordres , & il circoncit la chair
» de leur prépuce en ce même jour - là, com
» me Dieu le lui avoit ordonné. Il ſe circon
» cit lui - même à l'âge de quatre vingt dix &
:, neuf ans, & Iſmael ſon fils avoit alors treize
» ans. En ce même jour donc Abraham , , &
» ſon fils Iſmael & tous les gens de ſa maiſon,
» tant ceux qui y étoient nés, que ceux qui
- F 5 » avoient

il rira, & il y a ici une manifeſte alluſion au ſourire


d'Abraham & à celui de Sara; quand cette promeſſe
lui fut réïterée XVIII. 12. pour les faire ſouvenir que
ce fils leur étoit né contre toute attente & qu'ils
avoient ſouri de la promeſſe qui leur en avoit été faite.
5o L'A N c 1 E N T E s T A M E N T.
,, avoient été achetés des étrangers furent cir
» concis. -

D. Qu'arriva- t - il bientôt après, qui aſſura


de plus en plus à Abraham , qu'il auroit un fils
de Sara dans le courant de l'année ?
R. Ce fut la viſite qu'il eut de trois hom
Gen.
XVIII.
mes, l'un deſquels qui eſt dit " l'Eternel, lui
I - I6. ,, apparut dans les plaines, ou la cheſnaye de
,, Mamré de cette maniere. Comme il étoit aſſis
» à la porte de ſa tente pendant la chaleur du
» jour, & qu'il levoit les yeux, il vit trois
» hommes arrêtés devant lui : Dès qu'il les eût
» apperçus, il quitta la porte de ſa tente pour
» courir au - devant d'eux ; 85 l'un de ces troia
hommes lui paroiſſant plus vénérable que les deux
,, autres, il ſe proſterna devant lui en terre &
,, lui dit ; Monſeigneur, je te prie, ſi j'ai
» trouvé grace devant tes yeux, & que tu
» veuilles me faire plaiſir, ne paſſe point outre,
» je te prie, ſans t'arrêter chez ton ſerviteur
,, Agréez tous, je vous prie, qu'on prenne un
» peu d'eau, pour vous laver les pieds, & pen
», dant que vous vous repoſerez à l'ombre ſous
,, un arbre, j'apporterai une bouchée de pain
» pour fortifier vôtre cœur ; après quoi, il vous
,, ſera libre d'aller plus loin 83 de continuer vô
,, tre chemin : car c'eſt pour cela que Dieu a
,, permis que vous ſoyez venus vers vôtre ſer
,, viteur : Et ils lui dirent : Fai ce que tu as
,, dit ; nous le voulons bien : Abraham s'en alla
,, donc promptement dans la tente vers Sara, &
,, lui dit ; Pren inceſſamment trois meſures ) ( e

(a) Trois meſurer. Le Texte Hebreu porte trois


Seim ; & le Seah étoit la troiſieme partie d'un Epha »
MIs E N C A T E c H 1 s M E. 9F
,, de fleur de farine, pétri-les & en fais des gâ
,, teaux : Puis Abraham courut de là au trou
,, peau , & prit un veau tendre & bon qu'il
,, donna à un domeſtique pour l'apprêter, ou
,, ſeulement quelque pièce , le plutôt poſſible :
,, Enluite il prit du beurre & du lait & le veau
,, qu'on avoit apprêté & les mit devant eux,
,, & ſe tint auprès d'eux ſous l'arbre, pendant
,, qu'ils mangérent de ce qui leur fut préſenté.
,, Et ils lui dirent ; Où eſt Sara ta femme ?
,, Elle eſt là dans la tente, répondit-Abraham :
,, & l'un d'eux lui dit ; Je reviendrai certaine
,, ment vers toi, pour accomplir ma promeſſe,
,, dans cette mème ſaiſon où nous ſommes, d'ici
,, en un an : alors Sara ta femme aura un fils.
,, Sara écoutoit tout cela de derriere la porte de
,, la tente où elle étoit : mais penſant qu'elle &
,, Abraham étoient tous deux fort avancés en
», âge, & qu'elle n'avoit plus ce que les fem
», mes ont accoutumé d'avoir pour être en état
,, de concevoir, * elle ſe mit à rire en ſoi-mê
,, me de la promeſſe qu'on faiſoit à ſon mari
,, & elle dit : Seroit-il poſſible qu'étant vieille
,, comme je ſuis & mon Seigneur auſſi âgé qu'il
l'eſt, " j'euſſe encore ce ſujet de joie ? Et L'E-
,, T E R N E L, ou l'Ange qui le repréſentoit ſous
une figure humaine " dit à Abraham ; Pourquoi
, Sara a - t - elle ri en diſant; ſeroit - il poſſible,
,, que j'euſſe un enfant, étant auſſi vieille que
,, je le ſuis ? Y a - t - il rien de merveilleux que
» Dieu ne puiſſe faire ? Oui, dans cette mê
,, m6

qui contenoit quatre cent trente deux œufs ſelon les


Docteurs Juifs : ainſi le Seab en contenoit cent qua
rante quatre, & les trois Seim autant que l'Epha,
52 I'A N c 1 E N T E s T A M E N #
, me ſaiſon, je reviendrai vers toi , au tems
,, marqué, pour accomplir ma promeſſe & Sa
,, ra aura alors un fils : Cependant Sara ayant
oui le reproche qu'on lui faiſoit d'avoir ri, le
,, nia & dit qu'elle n'avoit point ri ; parce qu'el
,, le eût peur : mais le Seigneur lui dit ; ce
,, que tu dis, n'eſt pas ; car tu as ri. Après cette
converſation $ le repas fini, * ces hommes ſe
,, levérent , & tournérent leurs yeux 83 leurs
,, pas du côté de Sodome, ayant Abraham avec
,, eux pour les conduire.
D. Quel entretien eurent-ils avec Abraham
,, pendant qu'ils marchoient enſemble ? .
Gen. R. ,, L'Eternel , ou celui qui le repréſentoit
XVIII.
,, dit, en s'adreſſant peut-être à Abraham lui
17-33. ,, même : Te cacherai-je ce que je m'en vais fai
,, re ? Puis qu'Abraham doit certainement de
,, venir le Pere d'une nation grande & puiſſan
,, te, & que toutes les nations de la Terre ſe
,, ront bénies en lui, ou dans ſa poſtérité; je
», veux bien lui communiquer mes deſſeins ; car
,, je le connois pour être un de mes fideles ſer
•, viteurs , & je ſai qu'il ordonnera à ſes en
,, fans & à toute ſa famille après lui , de gar
» der la voie de L'E T E R N E L & de faire ce
, qui eſt juſte & droit ; afin que L'E T E R N E L
,, faſſe venir ſur Abraham tout ce qu'il lui a
,, promis. L'ET E R N E L lui dit donc : D'au
, tant que les péchés crians de ceux de Sodome
,, & de Gomorre & des villes voiſines vont tou
,, jours en augmentant & que leurs crimes ſont
, montés à leur comble; j'irai moi-même vers
, eux, & je yerrai ſi le bruit de ces forfaits qui
» eſt venu juſqu'à moi eſt bien fondé, pour les
», punir ſelon cela ; ſinon, je le ſaurai ; ou je
"/16
M I s E N C A T E c H I s M E. 93
rme conduirai à leur égard ſelon les diſpoſitions
dans leſquelles je les trouverai. * Deux de ces
,, hommes partant de là s'avancérent vers So
,, dome : mais Abraham s'arrêta avec celui qui
,, repréſentoit L'ETE R N E L , & s'étant appro
,, ché de lui, il lui dit ; Ferois-tu périr l'hom
,, me juſte avec le méchant dans la deſtruction
,, dont tu menaces ces villes ? Peut-être y a-t-il
», cinquante juſtes dans leur enceinte ; les feras
, ,, tu périr auſſi ? Ne pardonnerois-tu pas plu
», tôt à une ville, à cauſe des cinquante juſtes
», qui ſeroient au milieu d'elle ? Tu te profane
2, rois toi - même, 85 tu agirois d'une maniere
zoute oppoſée à tes perfections , " ſi tu faiſois
», une telle choſe, que de faire mourir le juſte
•, avec le méchant , & que le juſte fut traité
2, comme le méchant ! Arriere de toi une telle
,, action ! Celui qui juge toute la Terre , ne
2, feroit-il pas juſtice ? Et L'E T E R N E L dit ;
-, Si je trouve dans toiit Sodome cinquante juſ
,, tes , je pardonnerai à cauſe d'eux à toute la
•, ville. Voici, repliqua Abraham , j'ai pris main
2, tenant la hardieſſe de parler au Seigneur ; quoi
-, que je ne ſois que poudre & que cendre ;
2, Peut - être s'en manquera-t-il cinq des cinquan
•, te juſtes ; détruirois-tu toute la ville pour le
, défaut de ces cinq-là : Non , dit le Seigneur,
-, je ne la détruirai point, ſi j'y trouve qua
» rante cinq juſtes & Abraham repartit encore ;
», mais peut-être s'y en trouvera - t - il quarante ?
2, Je ne la détruirai point, répondit le Seigneur,
2, pour l'amour des quarante, s'ils s'y trouvent.
2, Et Abraham ajouta ; je prie le Seigneur de
2, ne pas s'irriter, ſi je parle encore : Peut-être
2, s'en trouvera-t-il trente : Je ne la détruirai
» Point »
s4 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
s, point, dit encore le Seigneur,. ſi j'y en trou
,, ve trente. Voici maintenant , repartit de nou
», veau Abraham, j'ai pris la hardieſſe de parler
s, au Seigneur ; Peut - être s'en trouvera - t - il
,, vingt ? & le Seigneur répondit; je ne la dé
», truirai point , pour l'amour de ces vingt.
2, Abraham inſjia encore & dit ; Je prie le Sei
», gneur de ne pas s'irriter , je ne repliquerai
,, plus que cette fois. Peut être s'y en trouvera
,, t-il dix ? & le Seigneur l'aſſura qu'il ne la
,, détruiroit point pour l'amour des dix. Cet
,, entretien étant fini, l'Eternel s'en alla , l'Ange
,, diſparut, Abraham s'en retourna auſſi au lieu
», de ſa demeure.

C H A P I T R E V II.

Contenant l'hiſtoire de la deſtruction de So


dome & des villes voiſines ; la délivran
ce de Lot & de ſes deux filles ; la ré
ſolution que prit Abraham de quitter
auſſi le voiſinage de ces lieux - là, & ce
qui lui arriva dans les Etats du Roi de
Guérar, où il s'arrêta, & où Sara mit
au monde Iſac ſon fils.

D. Ue devinrent les deux autres perſonnes


qui avoient pris le chemin de Sodome,
pendant qu'Abraham s'entretenoit avec la troiſie
me qui avoit pris le nom de l' Eternel ?
Gen.XIX. R. , Sur le ſoir de ce même jour , ces deux
I • I I.
perſonnes qui étoient des " Anges vinrent à #
' 2 » ClO
M Is E N C A T E c H 1 s M E. 95
, döme, & Lot étant alors aſſis à la porte de
, la ville, auſſi-tôt qu'il les vit, il ſe leva pour
» aller au devant d'eux, & les prenant pour des
, étrangers diſtingués qui voyageoient, il ſe proſ.
, terna le viſage en terre , ou les ſalita le plus
reſpectueuſement qu'il put , ſelon l'uſage de ces
,, tems - là, & leur dit ; Venez je vous prie, mes
2, Seigneurs, dans la maiſon de vôtre ſerviteur
s, & y paſſez la nuit , s'il vous plait : vous
s, vous laverez les pieds & vous vous léverez
, de bon rflatin pour continuer vôtre chemin :
» non : lui répondirent-ils ; mais nous paſſe
, rons cette nuit dans la rué : cependant il les '
», preſſa tant qu'ils ſe retirérent chez lui , &
» quand ils furent entrés dans ſa maiſon , il
,, les régala de ce qu'il put avoir & fit cuire des
», gateaux dont ils mangérent : Et avant qu'ils
, » fuſſent couchés, les hommes de cette ville,
», les habitans de Sodome environnérent la mai
», ſon depuis les plus jeunes juſqu'aux vieillards ;
2, en un mot, tout le peuple & les plus conſi
», dérables de la ville entrainés par un même aban
dom de diſſolution que la beauté de ces Anges n'a-
voit fait qu'enflammer d'avantage, * appelérent
» Lot & lui dirent : où ſont les hommes qui
•, ſont venus cette nuit chez toi ? Fai les ſor
» tir , afin que nous les connoiſſions, 83 que
» nous aſſouviſſions avec eux nos convoitiſes. Sur
» quoi Lot ſortit de ſa maiſon pour leur parler
» à la porte , & l'ayant fermée après lui, il
» leur dit; Je vous prie, mes freres, ne leur
» faites point de mal ; mais j'ai deux filles vier
» ges , je vous les amenerai & vous les traite
» rez comme il vous ſemblera bon ; pourvu
» que Vous ne faſſiez rien à ces hommes ; car
2, VOllS
56 L'A N c I E N T E s T A M E N r.
» vous leurs devez ces égards puis qu'ils ſont ve
,, nus à l'ombre de mon toit , comme dans un
lieu de ſureté : * Mais ils lui dirent ; Ote - toi
,, de là. Sera-t il dit qu'un particulier qui eſt ve
», mu parmi nous pour y habiter, ſoit nôtre ju
» ge & nous faſſe la Loi ? Nous te traiterons
,, encore plus mal qu'eux , ſi tu ne te retires ;
,, les uns ſe jettérent même ſur Lot avec gran
» de violence, & les autres s'approchérent de
» la porte pour la briſer 83 entrer par force ;
» Alors les deux perſonnes qui étºient dedans
l'ayant ouverte étendirent la main , & retirérent
·, Lot à eux dans la maiſon & refermérent la
,, porte : Enſuite ils frappérent d'un tel éblouiſ
,, ſement les hommes qui étoient à la rue, de
» puis le menu peuple, juſqu'aux Grands, qu'ils
, ſe laſſérent de chercher la porte de la maiſon
de Lot ſans pouvoir la trouver.
D. Que firent de plus ces hommes , ou ces An
ges pour préſerver Lot 83 ſa famille de la puni
tion exemplaire qu'ils devoient faire des crimes abo
minables de cette ville ?
Gen.XIX. R. ,, Ces hommes, ou ces Anges dirent enco
I2 - 23. ,, re à Lot ; Qui as - tu ici qui t'appartienne ,
,, gendre, fils, ou fille, ou quelque autre pa
' ,, rent dans la ville, pour qui tu t'intereſſes, fai
», les ſortir de ce lieu ; car nous allons la dé
,, truire , parce que leur cri , ou leurs vices
» criants 83 abominables ſe ſont fort augmentés
,, aux yeux de l'Eternel, & il nous a envoyés
,, pour les détruire. Lot ſortit donc pour parler
,, à ſes gendres qui devoient épouſer ſes filles,
,, & il leur dit : Sortez promptement de ce lieu
,, ci ; car l'Eternel va détruire la ville ; mais
,, ils traitérent cet avis de moquerie 83 n'en
finrcniA
M 1s E N C A T E c H I s M E. 97

, tinrent aucun compte. Cependant auſſi - tôt


#
, que l'aube du jour fut levée, les Anges preſ
» ſerent Lot de ſortir inceſſamment de la ville
» & de prendre avec lui ſa femme & ſes deux
» filles qui ſe trouvoient dans la maiſon , de
» peur qu'il ne périt dans la deſtruction de la
» ville ; & comme il tardoit ils le prirent par
» la main, lui, ſa femme & ſes deux filles ,
» que l'Eternel vouloit ſauver & ils les emme
, nérent hors de la ville , où étant arrivés ,
,, l'un d'eux dit à Lot ; ſi tu veux ſauver ta
,, vie, éloigne toi d'ici ſans délai ; ne regarde
» pas mème derriere toi dans ta fuite & ſans
» t'arrèter dans aucun endroit de la plaine qui
» va être conſumée, ſauve-toi vite ſur la mon
» tagne, de peur que tu ne périſſè : Non Sei
» gneur, je te prie, répondit Lot; puiſque
» ton ſerviteur a trouvé grace devant toi , &
», que tu m'as déja accordé cette précieuſe fa
», veur de me conſerver la vie ; je crains de ne
» me pouvoir ſauver aſſez tôt vers la monta
» gné , ſans que le mal m'atteigne & que je
» meure ; mais s'il te plait , voilà une ville
» tout proche de nous, où je puis m'enfuïr,
» & elle eſt petite, peu importante par le nom
ére d'habitans coupables des mémes crimes que
Sodome , permet, " je te prie que je m'y ſau
» ve : toute petite qu'elle eſt , & que ma vie
» y ſoit en ſureté. Voici, lui dit l'Ange, je
» veux bien encore t'exaucer en cela, de ne
» détruire point la ville dont tu me parles. Ha
» te-toi donc de t'y ſauver ; car je n'exécute
» rai point ce que j'ai réſolu , que tu n'y ſois
» arrivé , c'eſt pourquoi l'on donna à cette vil
» le le nom de Tſohar, c. à d. petite, & Lot y
Tome I. G 32 CIltl à
|

98 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
»» entra
levoit avec
ſur ſes deux filles, lorſque le ſoleil ſe
la Terre. J

D. Comment s'exécuta enſuite la deſtruction de


Sodome 85 de Gomorre ?
Gen.xIX. R. » Alors , ou au moment que Lot entra dans
24, 25. ,, Tſohar, L'ET E R N E L fit pleuvoir des Cieux
,, ſur Sodome & Gomorre & les villes voiſiner
» du ſoufre & du feu, de par l'Eternel, ou d'u-
,, me maniere ſi ſurprenante $ ſi divine, qu'il
» détruiſit ces villes - là & toutes celles de la
, plaine, avec tous les habitans de ces villes
» & le germe ou la fécondité de la Terre, c, à d.
ue non ſeulement tous les hommes $ les animaux
de ces villes $ de la canpagne périrent dans cet
embraſement, mais encore toutes les plantes qui
5 croiſſoient, avec leurs germes & leurs ſemences,
furent tellement conſumées qu'elles me produiſ
rent plus rien & qu'elles laiſſèrent le terrein en
tiérement ſiérile.
D. Qu'étoit devenué la femme de Lot, qui n'é-
toit pas avec lui quand il emitra à Tſohar ?
c2.xIX R. » La femme de Lot , qui ſuivoit ſon ma
2 é.
ri, apparerºment de loin, " ayant regardé
» derriére elle, du côté de Sodome, dont elle
regrettoit ſans doute la perte, 85 s'étant peut
etre trop arrêtée par une compaſJion hors de ſai
ſon , à ſatisfaire ſa cttrioſité à cet égard contre
la défenſe expreſſe de l'Ange à ſon mari, qu'elle
,, n'ignoroit pas, fut changée en ſtatue de ſel ;
c. à d. que de vivante qu'elle étoit , elle devint
dans un inſtant , par l'effet d'une punition mira
culeuſe, comme une ſiatue de ſel, ſans mouvement
& ſans vie.
· D. Que fit de ſon côté Abraham qui avoit été
- averti
M1s E N C A T E c H I s M E. 99

averti par l'Eternel du deſſein qu'il avoit de dé


truire Sodome ?
R. » Abraham s'étant levé de bon matin , Gen. XIX.
» vint à l'endroit où il s'étoit entretenu avec 27 - 29.
» l'Ange de L'ET E R N E L, le jour auparavant,
» & ayant jetté les yeux vers Sodome & Go
» morre & vers tout le pays de la plaine où
» étoient ſituées ces villes , il vit monter de
,, la terre une fumée ſemblable à celle d'une
» fournaiſe, dont il craignit quelqtte funeſle effet
,, pour Lot ; mais lors que D I E U détruiloit
» les villes de la plaine, il s'étoit ſouvenu d'A-
» braham $ de la promeſſe qu'il lui avoit fuite d'a-
voir égard aux juſtes qui y ſeroient , 85 en con
» ſequence, il avoit ſauvé ſon meveu Lot de la
1 » ſubverſion des villes du pays où il habitoit.
D. Que devint enſuite Lot avec ſes deux filles.
R. » Lot ſe ſentant ſi proche 85 comme au mi Gen.XIX.
lieu d'un pays qui venoit d'être conſumé par le 3O - 38.
», feu $ le ſoufre, ſortit bientôt de Tſohar,
» & alla habiter ſur la montagne avec ſes deux
» filles; car il craignoit de demeurer dans Tſo
» har, & il ſe retira dans une Caverne avec
» ſes deux filles, qui ſe voyants ſeules avec lui,
» l'ainée dit à la plus jeune; nôtre pere eſt vieux,
& après la déſolation qui vient d'arriver aux
*illes de nºtre pays 83 aux époux qui nous étoient
deſtinés $ peut etre à tout le rejie des habitans
» de la Terre, il n'y a plus perſonne pour ve
» nir vers nous 83 nous prendre en mariage,
» ſelon la coutume de tous les pays ; viens ? don
» nons du vin à nôtre pere & couchons avec
» lui , afin de conſerver ſa race : Elles donné
» rent donc cette nuit - là à boire à leur pere
» du vin » qu'elles avoient ſans doute pris avec
2 elles
Ico L'A N c I E N TEsTA MENT

elles en quittant Sodome, ou acheté des habitans


de Tjohar, auſji bien que d'autres proviſions mé
ceſſaires à leur entretien ; 85 ce vin l'ayant eny
vré au point à lui faire perdre la raiſon &!
tout ſemtiment de pudeur ; " l'ainée vint & cou
» cha avec ſon pere ; mais il ne s'apperçut point,
» ni quand elle ſe coucha, ni quand elle ſe le
,, va ; & le lendemain l'ainée dit à la cadette ;
» Voici j'ai couché la nuit paſſée avec mon pe
» re ;. donnons - lui encore cette nuit du vin à
» boire, puis va & couche avec lui, comme
» j'ai fait & nous conſerverons ainſi la race de
» nôtre pere : Elles donnérent donc encore cet
, te nuit- là du vin à boire à leur pere, & la
» cadette coucha avec lui ; mais il ne s'apper
» çut point, ni quand elle ſe coucha, ni quand
,, elle ſe leva. Ainſi les deux filles de Lot de
» vinrcnt enceintes de leur pere, & l'ainée en
» fanta un fils qu'elle appela Moab, c. à d. ti
,, ré du pere : C'eſt le pere des Moabites qui
,, ont vécu juſqu'à ce jour, & la cadette en
» fanta auſſi un fils qu'elle appela ; Ben-hamon
c. à d. fils de mon peuple ; " C'eſt le pere des
» Hammonites qui ont vècu juſqu'à ce jour.
D. Abraham reſta-t il encore dans le voiſinage
de Sodome après en avoir vit 85 appris la deſ
truciion ?
Gen. XX. R. Non, " Abraham s'en alla de là au pays
l.
, qui étoit vers le Midi & s'arrêta entre Kadès
» & Sur , où il hebita comme étranger à
» Guérar.
D. Que lui arriva-t-il dans ce lieu - là ? "
R. Il lui arriva à peu près la mème choſe
Cert. XX.
qu'en Egypte ſur le compte de Sara ſa femme :
2 - 18. » Savoir qu'Abraham ayant dit d'elle c'eſt ma
- - 22 ſœur ,
M1s EN C A T E c H I s M E. IoI
, ſœur, Abimélec Roi de Guérar envoya de
,, ſes gens pour enlever Sara, ſans doute ſur ce
qu'on lui rapporta de ſa beauté, qu'elle avoit
conſervé juſqu'à l'âge de quatre vingt dix ans ;
,, mais D I E U apparut la nuit en ſonge à Abi
» mélec , & lui dit ; Tu ſeras puni de mort
» avec tout ton peuple , à cauſe de la femme
» que tu as fait enlever ; car elle a un mari ;
» & Abimélec qui ne s'étoit point encore ap
» proché d'elle répondit : O Seigneur ! ferois-tu
,, donc mourir un peuple juſte, ou innocent ?
,, Cet homme ne m'a-t-'il pas dit de cette fem
,, me ; c'eſt ma ſœur ? Et elle mème n'a-t-elle
,, pas dit , d'Abraham ; c'eſt mon frare ? Si
, donc je l'ai fait enlever, c'eſt " dans l'intégri
,, té de mon cœur , & dans la pureté de mes
,, mains ; ou dans la penſée que je ne faiſois tort
à perſonne, en prenant cette femme à moi. " Alors
,, Dieu lui dit en ſonge ; je ſais que tu l'as
,, fait dans l'intégrité de ton cœur & dans la
,, pureté de tes mains ;, auſſi ai-je empêché que
,, tu ne péchaſſes contre moi, en commettant
un adultère ; " c'eſt pourquoi je n'ai pas per- .
, mis que tu la touchaſſes ; mais maintenant,
,, rend à cet homme - là ſa femme ; car il cſt
,, Prophète, ou en commerce avec Dieu, & il prie
,, ra pour toi & tu vivras ; j'accorderai aux prie
res qu'il m'adreſſera en ta faveur le rétabliſſe
ment de ta ſanté 85 la prolongation de tes jours ;
,, mais ſi tu ne la rend, ſache que tu mourras
' » d'une mort violente & prématurée, avec ce
,, qui eſt à toi. Sur cela Abimélec s'étant levé
,, de bon matin & ayant appelé ſes ſerviteurs
», leur rapporta toutes ces choſes, ſavoir, tout
ce qui s'étoit paſſé en ſonge entre Dieu Q3 lui ;
G 3 »&
1oz L'A N c I E N TEsTAMEN r
,, & eux l'écoutants en furent ſaiſis de crainte
d'être les victimes de la paJion de leur Roi ote
d'attirer ſur eux la colère de Dieu, s'ils faiſoiens
le moindre outrage à Abraham. * Enſuite Abi
» mélec fit venir auſſi Abraham & lui dit ;
s, Quel mal as - tu penſé nous faire ? Quel tort
,, t'avois-je fait pour que tu m'ayes expoſé avec
,, tout mon royaume à un auſſi grand péché ,
& au châtiment qui en devoit être la ſuite. Tu
,, m'as fait en cela des choſes qui ne ſe doivent
,, point faire. Qu'as tu remarqué, dit-il encore
,, à Abraham , dans ma conduite , ou dans celle
,, de mes ſujets qui t'ait obligé à faire cela 2
,, à quoi Abraham répondit ; je l'ai fait par ce
,, que je diſois en moi-mème : Aſſurément il
,, n'y a point de crainte de Dieu en ce lieu-ci :
, peut - être me tueront - ils pour avoir ma fem
, me, s'ils ſavent que je ſuis ſon mari. D'ail
, leurs je n'ai point menti, car elle eſt véri
, tablement ma ſœur, fille ou petite fille de mon
2, pere Taré ( a ), mais elle n'eſt pas fille de
, ma mere, & elle m'a été donnée pour fem
,, me. Cette double relation que nous ſoutenons
enſemble, * a été cauſe que je lui ai dit, lors
s, que,

( a ) Fille ou petite fille de mon prre Taré J'ai ajou


té petite fille en explication du mot de fille ; parce
qu'il y a apparence , comme on l'a dit ci - d ſſus XII. .
13. que Sara etoit fille de Nacor , lla même que Jiſca,
& par conſequent petite fille de Taré , pere d'Abra
· ham & de Nacor Et chez les Juif le nom de fils
& de fille étoit auſſi donné aux petits fils & petites
filles , comme celui de ſœur aux nieces & aux couſines,
germaines. Ainſi quelque ſentiment que l'on ſuive ,.
Abraham a toujours nu dire en vérité que Sara étoit
fille de ſon pere & ſa ſœur. -
# 1 s E N C A T z o H 1 s M E. 1e3
,, que Dieu m'a fait errer çà & là hors de la
,, maiſon de mon pere ; fai-moi cette grace de
,, dire de moi dans tous les lieux où nous irons
,, que je ſuis ton frere. Alors Abimélec prit des
,, brebis, des bœufs , des ſerviteurs & des
,, ſervantes, & les donna à Abraham & lui
,, rendit Sara ſa femme. Il lui dit de plus ;
,, Voici mon pays eſt à ta diſpoſition, demeu
,, re où il te plaira : Il dit auſſi à Sara, voici
,, j'ai donné à celui qui ſe dit ton frere mille
,, pieces d'argent ou la valeur ( qui étoit envi
ron cinq cents écus. ) Tu dois connoitre par lt
que je me cherche pas à vous nuire ; mais cela,
,, ou cet argent ſera pour toi, comme une cou
» verture ou un voile à tes yeux ( a ), & ſer
4 » vira

(a ) Une couverture eu un voile à tes yeux. C'eſt


ici une maniere de parler abregée, priſe de la coutu
me qu'avoient les femmes mariées de porter un voile
ſur leurs yeux , pour marquer qu'elles étoient ſous la
puiſſance d'un mari ; & il y a apparence que Sara ne
l'ayant pas obſervée , de concert avec Abraham, cet
te négligence donna lieu à Abimélec de la prendre
pour une fille non mariée & d'avoir peut - être avec
elle des privautés dont il fut puni avec toute ſa Cour
par quelque indiſpoſition qui éloignoit les maris , de
leurs femmes , & qui empêchoit celles-ci d'accoucher ,
comme il paroit par la ſuite ; ſelon cela Abimélec
aura voulu par ces paroles avertir Sara de couvrir à
l'avenir ſes yeux ou ſon viſage d'un voile par où l'on
put connoitre qu'elle étoit une femme mariée. L'on
pourroit auſſi rapporter ces paroles à Abraham lui
même, comme ſi Abimélec avcit voulu dire que ce
Prophête déclarant ſans diſſimulation que Sara étoit ſa
femme lui auroit tenu lieu de voile ſur ſes yeux à
l'égard de tous ceux qui le ſauroient & qui la ver
IOJCIlt,
1o4 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, vira d'avis ou de leçon à tous ceux qui ſe
,, ront avec toi , ou avec qui tu auras à faire,
c. à d. le préſent que je viens de faire à ton
mari eſt une eſpéce d'amende qui doit te faire con
moitre que je te regarde comme ſa femme; 83
ſervir d'avertiſſement à tous ceux qui ſont avec
· toi $ qui te verront , que tu es véritablement :
mariee ; tout comme ſi tu avois un voile ſur les
· yeux qui en eſt la marque ordinaire. * Et Abra
,, ham fit requête à D I EU & Dieu guérit Abi
,, mélec, ſa femme & ſes ſervantes ; enſorte
v,, qu'elles purent avoir des enfans comme au
,, paravant. Car L'ET E R N E L avoit entiére
,, ment reſſèrré toute matrice ( a ) de la mai
,, ſon d'Abimélec, à cauſe de Sara femme d'A-
,, braham.
D. Quelle autre faveur ſignalée Abraham re
çut il encore de Dieu pendant qu'il étoit dans les
Etats du Roi Abimélec ?
R. Dans le mème tems que les femmes de
la maiſon d'Abimélec recouvrétent la faculté de
concevoir & d'enfanter , il arriva que Sara de
vint auſſi enceinte & enfanta Iſaac, comme le
rapporte Moiſe dans la narration ſuivante.
Gen.XXI. ,, Alors L'ET E R N E L prit ſoin de Sara & ac
1-8. ,, complit en clle la promeſſe qui lui avoit été
,, faite. Sara conçut & enfanta un fils à Abra
,, ham dans ſa vieilleſſe , au tems précis que
» D I EU lui avoit marqué : Et Abraham don
»» I1d

( a ) Reſſerré toute matrice. C'eſt ce que porte l'ex


preſſion de l'original qui déſigne à l'ordinaire la ſtéri
lité ; mais ici elle ſemble plutôt déſigner une incom
modité ſenſible, telle que les termes l'expriment pris
à la lettre.
M1s EN C A T E c H 1 s M E. Io5
, na à ſon nouveau né que Sara lui avoit en
» fanté, le nom d'Iſaac, comme l'Ange le lui avoie
» dit. ll le circoncit auſſi au bout de huit jours,
» comme D 1 E U le lui avoit commandé. Or
» Abraham étoit âgé de cent ans, quand ſon
,, fils Iſaac lui nâquit ; & Sara rappelant dans
ce moment ce qui avoit donné lieu à ce qu'on
mommât ainſi cet enfant , dit ; c'eſt à préſent que
», D 1 E U m'a donné dequoi rire 83 me réjouir ;
» & que tous ceux qui apprendront cette maiſ
,, ſance, en riront & ſe rejouiront avec moi de
,, la grace que Dieu m'a faite ; à quoi elle ajou
» ta ; Qui eut dit à Abraham que Sara allai- » "
,, teroit des enfans ? Car je lui ai enfanté un
» fils en ſa vieilleſſe, que je mourris de mon pro
,, pre lait. L'enfant crut & fut ſevré au bout
,, du terme ordinaire, & Abraham fit un grand
,, feſtin, le jour qu'Iſaac fut ſevré, ſelon l'uſa
», ge de ces tems-là.
D. Quelles furent les ſuites de cette naiſſance par
, rapport à Agar 83 à Iſmaél ſon fils ?
R. » Sara me put les ſouffrir plus long temr eo.xxl.
dans la maiſon , de crainte que l'affection d'Abra- 5. .
ham pour Iſmael me le portat à lui faire part de
ſes biens au préjudice d'Iſaac ; $ ** ayant vû un
» jour le fils qu'Agar l'Egyptienne , avoit en
,, fanté à Abraham, ſe moquer d'elle ou de ſon
fils Iſaac , ou s'égayant avec excès , elle en prit
,, occaſion de dire à Abraham ; Chaſſe de la mai
» ſon cette ſervante & ſon fils ; car le fils de
» cette ſervante ne doit point hériter de tes biens
» avec le mien, avec Iſaac. Cela déplut fort à
» Abraham , à cauſe de ſon fils Iſmaèl qu'il ai
moit ; " mais DIEU dit à Abraham ; N'aye
» Point de chagrin de tout ce que te dira Sara
G 5 » 2 dll
-

io3 L'A N e i E N T E s T A M E N r
» au ſujet de cet enfant, & de ſa mere ta ſer
» vante : Ecoute plutôt ce qu'elle te demande,
» 83 la fatisfais ; car ce ſera la poſtérité d'Iſaac
,, qui te donnera ceux qui ſeront appelés tes
» enfans, & la ſemence bénite que je t'ai promiſe ;
» Toutefois je fèrai auſſi que le fils de ta ſer
,, vante devienne le pere d'une grande nation ;
» parce qu'il eſt né de toi. Sur cela Abraham
» s'étant levé de bon matin prit du pain & une
» bouteille d'eau & les donna à Agar en les
» mettant ſur ſon épaule. Il lui remit auſſi ſon
» fils Iſmaël & les congedia pour chercher leur
» vie ailleurs : Agar ſe mit donc en chemin &
» fut quelques jours errante dans le déſert de
» Beerſéba : mais quand l'eau de la bouteille
» eût manqué, le jeune Iſmaël n'en pouvant
» plus de ſoif & de fatigue ſe coucha ſous unr
» arbriſſeau où ſa mere le laiſſa & s'éloigna en
» viron le trait d'une flèche & s'aſſit à l'oppo
» ſite; car elle ne pouvoit ſoutenir de voir mou
| » rir cet enfant auprès d'elle faute d'aliment :
» S'étant donc aſſiſſe à l'oppoſite, ou loin de
§ ſon enfant, elle éleva ſa voix & pleura amére
ment. L'enfant de ſon côté prioit Dieu de tout
ſon cœur de le ſecourir dans l'extrémité où il ſe
trouvoit , & D I E U ayant entendu ſa voix en
» voya des cieux un Ange pour parler à Agar,
» & qui lui dit : Qu'as tu Agar * Ne crain point
,, pour la vie de ton enfunt ; car D I E U a ouï
» ſa voix du lieu où il eſt & l'a exaucé : Leve
, toi donc, & va lever ton enfant, en le pre
» nant par la main ; car je le ferai devenir pe
» re d'une grande nation. En même tems Dieu
,, ouvrit les yeux à Agar & elle vit un puits
» d'eau, où étant allée, elle remplit d'eau ſa
» bou
K 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 1o7
» bouteille & donna à boire à l'enfºnt : Dès
» lors D 1 E U fut avec l'enfant, 83 le protégea
,, dans tout le cours de ſa vie enſorte qu'il devint
,, grand, ou ſe rendit illuſtre ; il demeura au
, déſert, & fut habile à tirer de l'arc. Il de
» meura , dis-je, au déſert de Paran dans l'A-
,, rabie Petrée & ſa mere lui choiſit une femme du
, pays d'Egypte dont il eut pluſieurs enfms 85
une nombreuſe poſiérité.
D. Qu'arriva-t-il enſuite à Abraham pendant
qu'il étoit encore dans le pays d'Abimélec ?
Gen.XXI.
R. , Il arriva en ce tems.là qu'Abimélec Roi 22 - 34•
,, de Guérar dans le pays des Philiſtins, accom
» pagné de Picol Chef de ſon armée vint à
s, Abraham & lui dit ; Dieu eſt avec toi dans
,, tout ce que tu fais : il te fait proſpérer d'u-
me façon extraordinaire dans tout ce que tu en
treprens : C'eſt ce qui fait que je déſire de faire
Alliance avec toi pour moi 85 les miens. * Jure
, moi donc par le D 1 E U que tu ſers, que tu
» ne me tromperas point ; mais que tu obſerve
ras fidelement l'alliance que je te demande pour
» moi, mes enfans & mes petits enfans, juſqu'à
•, ma derniere poſtérité, & que tu uſeras envers
» moi & envers le pays où tu as demeuré, com
,. me étranger, de la même faveur dont j'ai uſé
, envers toi : Je te le jurerai, répondit Abraham,
, mais en même tems il ſe plaignit à Abimélec
, de la violence avec laquclle ſes ſerviteurs s'é-
, toient emparés d'un puits d'eau qui lui ap
,, partenoit. Et Abimélec lui dit ; Je n'ai point
» ſù qui a fait cela ; tu ne m'en as point don
» né avis , & je n'en ai point ouï parler juſ
», qu'à ce jour. Alors Abraham prit des brebis
» & des bœufs & les donna à Abimélec & ils
ro8 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
,, firent alliance enſemble. Outre cela Abraham
,, ayant mis à part ſept jeunes brebis de ſon
,, troupeau ; Abimélec lui dit : Que veux - tu
,, faire de ces ſept jeunes brebis que tu as miſes à
,, part ? C'eſt, répondit Abraham , afin que
,, tu les reçoives de ma main, & qu'elles me
,, ſervent de témoignage ou d'aſſurance que tu
,, reconnois que c'eſt moi, qui ai creuſé ce
,, puits dont tes ſerviteurs ſe ſont emparés. C'eſt
» pourquoi on appella ce lieu-là Beerſébah (a);
,, parce qu'ils avoient tous deux juré dans ces
,, endroit. Ils traitérent donc alliance en Beer
,, ſébah : Puis Abimélec avec Picol Chef de ſon
,, armée s'en retournérent à Guérar au pays
,, des Philiſtins : Et Abraham planta un bocage
,, en Beerſébah, où il invoqua par un culte ſo
,, lemnel, le nom de L'ET E R N E L, le Dieu
,, fort , qui eſt de toute éternité. Après quoi
,, Abraham demeura comme étranger dans le
» pays des Philiſtins durant un très long-tems.
1

(a) Beerſehah. Ce nom eſt compoſé de deux mots


Hébreux qui ſignifient le puits du ſerment , ou le puitr
de ſept , & il ſe peut qu'Abraham en appelant ce
puits de ce nom là , ait eû en vuë cette double ſi
gnification ; ſavoir , non ſeulement le ſerment de l'al
liance faite entre lui & Abimélec dans ce lieu là ,
mais auſſi les ſept brebis qu'il avoit données pour s'en
aſſurer la poſſeſlion.

CHA
«as tº C A T E c H 1 s M E. 1o9

C R À P. V T R E V I II.

Contenant Yordre de Dieu à Abraham de


ſacrifier ſon fils Aſaac , & les ſuites qu'eut
cette épreuve , la mort de Sara, & le
mariage d\ſaac avec Rebecca. -

D. A Quelle épreuve fut encore expoſée l'o-


béiſſance d'Abraham aux ordres de Dieu,
après l'éloignement de ſon fils Iſmaël de la mai
ſon paternelle ? -

R. ,, Après cela Dieu éprouva encore Abra- Go.


,, ham , ou plutôt il voulut mettre au jour juſ * XIA.
IO,
ques où ce ſaint homme porteroit ſa foi $ ſon
obéiſſance à Dieu ; Pour cet effet , " il fut ap
,, pelé par ſon nom 85 d'une voix à lui faire
connoitre que c'étoit l'Éternel qui lui adreſſoit la
parole : * Me voici , répondit Abraham , tout
prêt, ô Dieu, à faire ta volonté. * Et Dieu
,, lui dit ; Pren maintenant ton fils, ton uni
,, que, le ſeul héritier que tu ayes chez toi, ce
,, lui que tu chéris. Iſaac, en un mot, que tu re
gardes comme une ſource de bénédictions dans ta
,, famille ; Va-t-en avec lui au pays de Morija ,
,, ou la terre de viſion, & l'offre en holocauſte
comme tu ferois un belier, ou un veau , ** ſur l'u- .
,, ne des montagnes de ce pays-là que je te
,, dirai. Abraham convaincu de la bonté de Dieu
à ſon égard qu'il avoit tant de fois éprouvée,
83 ne doutant mullement que les promeſſes qui lui
avoient été faites d'une nombreuſe poſtérité, me fiſ
Jent accomplies d'une maniers ou d'une autre, dans
C6
11o L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
ce méme Iſaac qu'il avoit ordre de ſacrifier, n'hé
ſita pas un moiiient à faire tout ce que Dieu lui
ordonnoit ; 83 " s'étant levé de bon matin, il
», fit embâter ſon ane & prit deux de ſes ſer
s, viteurs avec lui & Iſaac ſon fils ; & ayant
s, coupé le bois néceſſaire pour conſumer l'holo
s, cauſte qu'il devoit offrir, il ſe mit en chemin,
», & s'en alla droit vers le lieu que Dieu lui
», avoit indiqué. Le troiſieme jour, Abraham
s, levant ſes yeux, vit de loin cet endroit qui
» pouvoit lui être connu d'ailleurs. Il dit alors à
» ſes ſerviteurs, demeurez ici avec l'âne : Nous
•, voulons aller juſques - là moi & mon fils ,
» pour adorer Dieu & lui offrir un ſacrifice ;
», après quoi nous reviendrons à vous. Il prit
», enſuite le bois pour l'holocauſte, & le mit
•, ſur Iſaac ſon fils, & pour lui il prit &!
», porta en ſa main le feu pour emflummer
» conſumer l'holocauſte, & le couteau pour égor
», ger la victime, & ils s'en allérent tous deux
•, enſemble : Comme ils étoient en chemin, Iſaac
s, s'adreſſant à Abraham , lui dit, mon pere ;
», Me voici , répondit Abraham ; Qu'y-a-t-il *
,, mon fils ; Nous avons bien , repartit le fils le,
», feu & le bois pour l'holocauſte ; mais où eſt
», la victime qui doit être immolée ; Mon fils,
» répondit Abraham : Ne t'en met pas en peine ;
» Dieu qui m'a ordonné ce ſacrifice, ne manque
» ra pas de pourvoir lui - même à ce qui doit lui
,, être offert en holocauſte : Et ils continuérent
», à marcher tous deux enſemble ; & étant ar
», rivés au lieu que Dieu avoit marqué, Abra
,, ham bâtit là un autel ; ou avec des pierres
qu'il trouva ſur la montagne, ou ſimplement avec
,, des mottes de terre & rangea le bois. Enſuite
apris
ar 1 s E N CA T E c H 1 s M x. x11
après avoir inſtruit ſon fils de l'ordre qu'il avois
reçu de Dieu 85 de tous les motifs qui devoient
les engager tous deux à l'obéiſſance , auxquels
Iſaac acquieſça ſans doute. * Abraham le lia &
» le mit ſur l'autel au - deſſus du bois, puis
» avançant ſa main, il ſe ſaiſit du couteau pour
» égorger ſon fils. . -

D. Que ſurvint-il dans ce moment qui empê


cha Abraham de ſacrifier ſon fils ?
R. , Un Ange de l'Eternel lui cria des Cieux, Gen.
» Abraham , Abraham , en l'appelant deux fois xx#r.
par ſon nomt pour arrêter plus promptement le 11-14
· coup qu'il alloit donner, * & Abraham répondit
» auſſitòt : me voici ; Que dois je faire ? Ne met
» point, lui dit l'Ange, ta main ſur ton en
» fant pour l'égorger & ne lui fai aucun mal ;
» car je connois maintenant que tu crains
» Dieu : Tu viens de m'en donner la preuve la
plus convaincante ; " puis que pour m'obéir tu
» n'as point épargné ton fils, ton unique ,
la ſeule reſſource que tu euſſes pour voir les bé
médictions de Dieu ſe perpétuer dans ta famille.
» Enſuite Abraham levant les yeux apperçut
,, derriere lui un bélier qui étoit embaraſſé par
» ſes cornes dans un buiſſon; il l'alla prendre
» & l'offrit en holocauſte à la place de # fils,
» & Abraham donna à ce lieu-là un nom qui
» ſignifie, l'Eternel y pourvoira ; C'eſt pour
» quoi l'on dit encore aujourd'hui , par une
maniere de parler proverbiale, lors qu'on ſe trou
ve en quelque danger ; A la montagne de l'Eter
nel, il y ſera pourvu.
D. Qu'eſt - ce que l'Ange de l'Eternel dit en
core à Abraham pendant qu'il étoit ſur cette
montagne ? -

R. ,, L'An
1 12 L'A N c 1 E N TE sT A M EN r
Ges. R. » L'Ange de L'E T E R N E L ou qui par

I5 - I9. ,, loit en ſon nom, appela une ſeconde fois des
• - - Y , • *___ * -

» cieux Abraham & lui dit; J'ai juré par moi


» même, dit L'E T E R N E L ; parce que tu as
» fait ceci & que tu n'as point épargné ton
» fils, ton unique, certainement je te bénirai
» & je multiplierai très abondamment ta poſté
,, rité, enſorte qu'elle ſera auſſi nombreuſe que
,, les étoiles des Cieux & que l'eſt le ſable qui
,, eſt ſur le bord de la mer ; & ta poſtérité poſ.
, ſédera la porte de ſes ennemis ; c. à d. tes deſ
cendans triompheront de leurs ennemis 85 s'em
pareront de leurs pays 85 de leurs villes ; ** &
, toutes les Nations de la Terre ſeront bénies
» en ta ſemence ; c. à d. Le Meſſie qui ſortira
de ta famille, ſera pour toutes les Nations de
la Terre qui croiront en lui, une ſource abon
dante de bénédictions : * parce que tu as obéi à
» ma voix dans le ſacrifice que tu as voulu me
,, faire de ton fils. Après cela Abraham retour
,, na vers ſes ſerviteurs qui l'attendoient au bas
,, de la montagne , & ils s'en allérent tous en
» ſemble en Beerſébah ; car c'étoit-là qu'Abra
» ham faiſoit ſa demeure ordinaire.
D. Quel autre ſujet de joie Abrahan eut il à
ſon retour chez lui ?
Gn. , R. » Après ces choſes, on vint lui apprendre
XXII
29 - 24. » une nouvelle qui ne put que lui faire beaucoup
- •

,, de plaiſir , c'eſt que la famille de ſon frere


» Nacor avoit fort augmenté par ſon mariage
, avec Milca fille d'Haran ſon autre frere ; &
» qu'il en avoit eu Huts ſon premier né & Buz
,, ſon frere & Kémuel pere d'Aram , de qui
,, étoient deſcendus les Syriens & Kéſed, & Hazo,
» & Pilda & Jidlaph & Béthuel , & que Bé
» thuel
M Is EN C A T E c H I s M E. I 13
,, thuel avoit eu pour fille Rebecca. Ainſi Mil
» ca avoit donné à Nacor frere d'Abraham ces
, huit enfans ; outre ceux qu'il avoit eu de ſa
» concubine nommée Réhuma, qui étoient Té
» bah , Gaham , Tahas & Mahaca. *

D. Smra vivoit elle encore lorſqu'Abraham re


çut ordre de ſacrifier ſon fils Iſaac ?
R L'on n'en ſauroit douter, ſi l'on fait at
tention à l'âge que pouvoit avoir alors Iſaac,
& à celui auquel mourut Sara ſa mere, ſavoir,
trente ſept ans après l'avoir mis au monde.
C'eſt ſur ce fondement que d'Anciens Ecrivains
Arabes ont rapporté que . Sara ayant appris le
deſſein d'Abraham de ſacrifier ſon fils pour
obéir à Dieu, en tomba malade & mourut de
regret à Hébron, où elle s'étoit retirée pendant
l'abſence d'Abraham ; & l'Hiſtorien Joſeph pa
roit confirmer cette opinion , quand il dit qu'el
le mourut immédiatement après cet événement ;
mais ſelon ce mème Hiſtorien, Iſaac étant alors
àgé de vingt cinq ans tout au plus , Sara ſa
mere ne devoit avoir que cent quinze ans, quand
Abraham reçut ordre de le ſacrifier ; cependant
il conſte par la narration de Moiſe , qu'elle ne
mourut qu'à l'âge de cent vingt ſept ans.
D. Qu'eſt - ce donc que Moiſe nous apprend de
la mort de Sara , du deuil qu'en témoigna Abra
ham ſon mari, 85 de la ſépulture qu'il lui donna ?
R. Il nous apprend tout cela dans la narra
tion ſuivante. * Or, dit - il, Sara vêcut cent Gen.
» vingt ſept ans ; Ce ſont-là les années de ſa XXIII.
» vie, & elle mourut en Kirjath Arbah, qui fut ***
,, enſuite appellée Hébron au pays de Canaan,
,, & Abraham l'ayant appris vint de Béerſebah à
,, Hébron pour en faire le deuil & la pleurer, &
Tome I. EH après
rr4 L'A N c I E N T E s T A M E N T
après avoir demeuré aſſis à terre quelques jours,
auprès du corps de Sara, ſelon la coutume ; " s'é-
,, tant levé de devant ſon mort, il parla aux
,, Héthiens, dans le pays deſquels étoit ſituée Hé
,, bron & leur dit ; je luis chez vous, comme un
» voyageur & un étranger ; Accordez - moi ,
,, je vous prie, la poſſeſſion d'un tombeau en
», propre, parmi vous ; afin que j'y enterre la
,, perſonne qui m'eſt morte, ê5 que je l'ôte de
,, devant moi : Les Héthiens à qui il s'étoit
,, adreſſé, lui répondirent ; Monſeigneur , qu'il
,, te plaiſe de nous écouter : Tu es parmi nous,
,, comme un Prince de Dieu : Tu es regardé de
mous tous, comme une perſonne des plus diſtinguées
,, 85 toute divine ; Enterre ton mort dans l'un de
,, nos plus beaux ſépulchres ; nul de nous ne
,, te refuſera ſon tombeau pour y mettre ton
•, mort : Alors Abraham, pour répondre à leur
,, honnêteté, ſe leva de ſon ſiége, & ſe proſter
», na devant le peuple du pays aſſemblé à la
, porte de la ville, ou devant tous les Héthiens
,, pour les remercier, & leur parla ainſi : S'il
,, vous plait que j'enterre la perſonne qui m'eſt
,, morte, $ que je l'òte de devant moi pour
,, la mettre dans un de vos ſépulcres : Ecoutez
,, moi , intercedez pour moi auprès d'Héphron
,, fils de Tſohar, afin qu'il me céde ſa caverne
» de Macpela qui eſt au bout de ſon champ ,
,, qu'il me la céde en vôtre préſence , pour le
,, prix qu'elle vaut , & que je la poſſéde en pro
,, pre pour en faire un ſépulcre. Or Héphron
,, étoit aſſis parmi les Héthiens , & il répondit
» à Abraham en préſence des Héthiens qui l'é-
» coutoient, & de tous ceux qui s'aſſembloient
» à la porte de la ville ; & il dit à Abraham :
» Non ,
zI I s E N C A T E c H I s M E. II ;
» Non, Monſeigneur, écoute - moi ; je te don
s, ne le champ ; je te donne auſſi la caverne
,, qui y eſt ; je te la donne en préſence de tous
», mes compatriôtes, enterres-y ton mort : Alors
,, Abraham s'étant proſterné de nouveau devant
,, le peuple du pays aſſemble, parla ainſi à Hé
» phron en préſence de tout le peuple ; J'ac
» cepte ton offre, mais ſeulement ſous cette con
,, dition, qu'il te plaira d'agréer ; c'eſt que je
,, te payerai la valeur du champ ; reçoi-la de
,, moi & j'y enterrerai celle qui m'eſt morte.
», Ecoute-moi encore, Monſeigneur , repartit Hé
,, phron : La Terre que tu demandes vaut
», quatre cent ſicles d'argent, ( valant chacun
,, demi once ) entre moi & toi : Mais qu'elt - ce
,, que cette ſomme * Elle ne doit pas mous ar
,, reter : Fai donc ce que tu voudras de ce
», champ & enterres - y ton mort. Abraham
,, ayant entendu le prix qu'Héphron mettoit à
,, ſon champ , le lui paya comptant en pré
» ſence des Héthiens, ſavoir, quatre cent ſicles
,, d'argent, ayant cours entre les marchands :
» Et le champ d'Héphron qui étoit en Macpela
,, vis-à-vis de Mamré, tant le champ que la
,, caverne qui y étoit, avec tous les arbres
,, qui étoient dans le champ & tout autour
,, dans toute ſon étendue , fut acquis en toute
,, proprieté à Abraham, en préſence des Héthiens
,, & de tous ceux qui étoient aſſemblés à la
,, porte de la ville. Après cela , Abraham enter
,, ra Sara ſa femme dans la caverne du champ
» de Macpela vis-à-vis de Mamré ou d'Hébron
,, au pays de Canaan. Le champ donc, & la ca
,, verne qui y eſt, fut aſſuré par les Héthiens à
,, Abraham pour en jouïr en proprieté & en
1H 2 ,, faire
II6 L'A N C I E N TE sTAMENT

,, faire ſon ſépulcre 83 la ſépulture de ſa famille.


D. Quels furent les principaux ſoins d'Abraham
après avoir enterré Sara ſa femme ?
R. Ce fut de procurer une femme à Iſaac
'ſon fils, telle que ſa pieté & les bénédictions
de Dieu pouvoient le demander.
D. Comment s'y prit il pour parvenir à ce but ? .
Gen. R. ,, Abraham étant vieux & fort avancé em
XXIV. ,, âge, & l'Eternel l'ayant béni de toutes ma
I - 9»
,, nieres, il s'adreſſa au plus ancien de ſes ſer
,, viteurs, qui avoit l'intendance ſur toute ſa
,, maiſon, & lui dit ; Met, je te prie, ta main
,, ſous ma cuiſſe (a), & je te ferai jurer par
s, L'E T E R N E L , le D I E U des Cieux & de
,, la Terre ; le Maitre abſolu de tout l' Univers
83 qui eſt le témoin de tout ce qui s'y paſſe ,
,, que tu ne prendras point de femme pour mon
,, fils, d'entre les filles des Cananéens parmi
,, leſquels j'habite , mais que tu t'en iras au
,, pays que j'ai habité dans les premieres annèes
,, de ma vie, vers mes Parens, & tu y pren
,, dras une femme pour mon fils Hſaac. Peut
,, être, lui répondit ce ſerviteur, que la femme
» que je demanderai pour ton fils, ne voudra point
,, me ſuivre en ce pays : Faudra-t-il en ce cas-là
- », que

(a ) Met ta main ſotts ma cuiſſe. C'eſt une maniere


de prêter ſerment dont on voit encore la pratique
Gen. XLIV. 29. mais dont il eſt difficile d'indiquer
l'origine : Tout ce que l'on a dit de plus vraiſemblable
ſur ce ſujet , c'eſt que c'étoit un ſigne de ſoumiſſion,
ou l'office d'un ſerviteur dévoué aux ordres de ſon
maitre ; comme c'étoit chez les Grecs celui d'embraſſer
les genoux , ou dans l'orient l'acte de mettre les mains
ſous la cuiſſe, pour aider une perſonne à monter à
cheval, ou ſur un chameau ſans étrier.
M Is E N C A T E c H I s M E. 117

,, que je conduiſe ton fils au pays d'où tu es


,, ſorti ? Garde-toi bien, lui repartit Abraham,
,, d'y conduire mon fils : L'E T E R N E L le
» D I E U des Cieux qui m'a fait ſortir de la mai
» ſon de mon pere & du pays de ma parenté ,
» & qui m'a promis avec ſerment de donner le
,, pays que j'habite à ma poſtérité, aura ſans
» doute ſoin par le miniſtère de ſes Anges de
» préparer les choſes de maniere que tu trouves
» là où je te dis, une femme pour mon fils :
» Que ſi après l'avoir trouvée, cette femme ne
,, veut pas te ſuivre pour revenir ici, tu ſeras
» quitte du ſerment que je te fais faire; quoi
» qu'il en arrive, ne condui jamais mon fils
» dans ce pays-là. Ce ſerviteur mit donc la main
» ſous la cuiſſe d'Abraham ſon Seigneur &
» s'engagea ainſi par ſerment de faire ce qu'il
» lui avoit dit.
D. Comment eft-ce que ce ſerviteur exécuta ſa
commiſſion, 83 quel en fut le ſuccès ?
R. » Ce ſerviteur prit dix chameaux, d'en- G. .
» tre les chameaux de ſon maitre, chargés de XXI V.
tout ce qu'il crût néceſſaire pour ſon voyage ; *°**7*
» car il avoit tout le bien de ſon maitre en
» ſon pouvoir , & partit pour s'en aller en
» Méſopotamie à la ville de Caran où demeu
roit la famille de Nacor frere d'Abraham ; " où
» étant arrivé, il fit repoſer ces chameaux ſur
» leurs genoux hors de la ville , près d'un puits
» d'eau, ſur le ſoir, au tems que ſortent celles
» qui vont puiſer de l'eau, & fit cette priere à
» D I E U ; O E T E R N E L, D I E U de mon
» Seigneur Abraham ; Je vai me tenir près de
,, la fontaine d'eau & les filles des habitans de
, la ville viendront pour puiſer de l'eau : Fai
H 3 » donc ,
I 18 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» donc, je t'en ſupplie, que la jeune fille à qui
» j'aurai demandé la grace d'abaiſſer ſa cruche
» pour me donner à boire, & qui m'aura repon
,, du ; Boi, & je donnerai auſſi à boire à tes
, chameaux, ſoit celle que tu auras deſtinée à
» ton ſerviteur Iſaac ; afin que je connoiſſe à
, cela que tu as été favorable à mon Seigneur :
» Et il arriva qu'avant qu'il eut fini ſa priere,
, Rebecca fille de Béthuel, fils de Milca, femme
, de Nacor, frere d'Abraham , ſortit de la ville,
» ayant ſa cruche ſur ſon épaule : Cette jeune
;, fille étoit très belle de viſage, & vierge, n'a-
,, yant jamais eu de commerce avec aucun hom
, me : Elle deſcendit donc à la fontaine, &
,, comme elle remontoit après avoir rempli ſa
;, cruche, le ſerviteur d'Abraham courut au
, devant d'elle, & lui dit ; Donne-moi , je te
» prie, un peu à boire de l'eau de ta cruche ;
,, Très-volontiers, Monſeigneur , lui dit-elle,
» & ayant incontinent abaiſſé ſa cruche ſur ſa
» main, elle'lui donna à boire ; & après qu'il
» eut achevé de boire, elle lui dit ; j'en pui
» ſerai auſſi pour tes chameaux , juſqu'à ce qu'ils
;, en ayent aſſez ; & ayant vuidé promptement
;, ſa cruche dans l'auge, elle courut encore au
,, puits pour puiſer de l'eau, & en puiſa pour
3, tous ſes chameaux. Le ſerviteur d'Abraham
,, conſiderant avec attention, & ſans dire mot,
» tout ce qu'elle faiſoit , pour découvrir par là,
,, ſi L'ET E R N E L avoit fait proſperer ſon vo
» yage ou non ; auſſi tôt que les chameaux eu
, rent achevé de boire, il tira de ſes coffres ,
,, pour donner à cette fille , un pendant d'oreille
,, d'or, du poids d'un demi ſicle, ou d'un quart
,, d'once, & deux braſſelets pour ſes mains, pe
22 ſants
M 1 s E N C A T E c H I s M E. I 19
,, ſants dix ſicles d'or, ou cinq onces, & il
,, lui dit; Appren-moi , je te prie, de qui tu
,, es fille ? N'y auroit - il point dans la maiſon
,, de ton pere de lieu propre pour nous loger ?
,, Je ſuis , dit-elle, fille de Béthuel, fils de Mil
,, ca, qu'elle a enfanté à Nacor : Il y a chez
,, nous beaucoup de paille & de fourrage & de
,, la place pour vous loger. Cet homme touché
de tout ce qu'il voyoit $ qu'il entendoit, qui
lui ftiſoit eſpérer le plus heureux ſuccès de ſon vo
yage, " ſe proſterna devant L'E T E R N E L en
,, diſant ; Béni ſoit L'ET E R N E L , le D I E U
» de mon Seigneur Abrahâm , qui n'a point
,, ceſſé d'exercer ſa gratuité & ſa fidélité dans
les promeſſes faites à mon Seigneur 85 dans leur
,, accompliſſement, & qui m'a conduit , lorſque
» j'étois en chemin, droit à la maiſon des pa
,, rens de mon Seigneur.
D. Quelles furent les ſuites de cette premiere
entrevue du ſerviteur d'Abraham avec Rebecca ?
R. , Cette jeune fille courut auſſi-tôt à la Gen.
,, maiſon de ſa mere & lui rapporta tout ce #!º
,, qui venoit de ſe paſſer. Elle avoit un frere 28 - 54.
,, nommé Laban qui ayant vû le pendant d'o-
,, reille & les braſſelets aux mains de ſa ſœur,
,, & entendu tout ce que Rebecca ſa ſœur, rap
,, portoit des diſcours de cet homme, ſortit d'a-
,, bord pour l'aller trouver, & l'ayant abordé,
» comme il étoit auprès de ſes chameaux, vers
,, la fontaine , il lui dit : Entre chez nous, Toi
, qui es béni 85 l'envoyé de l'Eternel. Pourquoi
» te tiens-tu déhors ? J'ai fait préparer un ap
» partement pour toi dans la maiſon, & un lieu
» pour tes chameaux. L'homme donc entra dans
» la maiſon ; l'on déchargea ſes chameaux , &
- 4 », OXA
I2o L'A N C I E N TE s T A M ENT

,, on leur donna de la paille & du fourrage.


,, L'on apporta auſſi de l'eau pour laver ſes
,, pieds & les pieds de ceux qui étoient venus
,, avec lui , ſelon l'uſage de ces tems-là. Enſuite
,, on lui préſenta à manger ; mais il dit, je ne
,, mangerai point que je n'aye expoſé le ſujet
de mon voyage &5 la commiſſion dont je ſuis
,, chargé. Tu le peus en toute liberté, lui répon
,, dit Laban , 85 nous t'écouterons avec plaiſir.
,, Alors cet homme leur dit ; Je ſuis ſerviteur
,, d'Abraham ; L'E T E R N E L a béni abondam
,, ment mon Seigneur ; il eſt devenu grand ,
,s ou très riche ; car Dieu lui a donné des bre
,, bis, des bœufs, de l'argent, de l'or, des ſer
,, viteurs, des ſervantes , des chameaux, des
,, anes : Et Sara la defunte femme de mon Sei
,, gneur lui a donné dans ſa vieilleſſe un fils,
,, auquel il a donné tout ce qu'il a , en le dé
,, clarant ſon héritier univerſel, & mon Sei
,, gneur m'a fait jurer, que je ne prendrois point
,, de femme pour ſon fils d'entre les filles des
,, Cananéens, dans le pays deſquels il habite ;
,, mais que j'irois chez ſes parens & vers ſa
,, famille pour y chercher une femme à ſon '
,, fils : Sur quoi je dis à mon Seigneur : Peut
,, ètre que la femme que je demanderai pour ton
,, fils ne voudra pas me ſuivre ? & il me ré
,, pondit ; L'E T E R N E L en préſence de qui
,, j'ai marché, pour le craindre, l'adorer 85 le
,, ſervir, te fera accompagner d'un de ſes An
,, ges ; il fera réuſſir ton voyage & tu choiſi
,, ras pour mon fils une femme de ma famille
,, & de la maiſon de mon pere. Si tu vas vers
,, mes parens , & qu'ils ne veuillent pas te
,, donner la femme que tu auras demandée ,
- - 32 tll
M Is E N C A T E c H I s M E. Izr
, tu ſeras alors quitte de l'exécration du ſerment
,, que je te fais faire. Je ſuis donc arrivé au
s, jourd'hui près de la fontaine ; & j'ai fait cet
» te priere à D I E U : O E T E R N E L , Dieu
,, de mon Seigneur Abraham, ſi tu veux don
,, ner un heureux ſuccès au voyage que j'ai
,, entrepris , me voici près de ce puits d'eau ;
,, Fai, s'il te plait, que celle d'entre les filles
,, qui ſortiront de la ville pour puiſer de l'eau,
,, à qui je dirai ; donne- moi , je te prie un
,, peu à boire de l'eau de ta cruche , & qui me
,, répondra, je le veux bien , & j'en puiſerai
,, même pour tes chameaux, ſoit celle que L'E-
,, T E R N E L a deſtinée au fils de mon Sei
,, gneur. Or avant que j'euſſe achevé la priere
,, que je faiſois à Dieu en mon cœur ; je vis
,, Rebecca ſortir de la ville, ayant ſa cruche ſur
,, ſon épaule , qui eſt deſcendue à la fontaine
,, & a puiſé de l'eau, & je lui ai dit ; Donne
,, moi, je te prie, à boire, & auſſi-tôt elle a
,, abaiſſé ſa cruche de deſſus elle, & m'a dit ;
,, Boi ce qu'il te plaira, & je donnerai auſſi à
,, boire à tes chameaux. Je l'ai enſuite interro
,, gée & lui ai demandé de qui elle étoit fille ?
,, Et ſur ce qu'elle m'a répondu, qu'elle étoit fille
,, de Béthuël, fils de Nacor, que Milca lui avoit
,, enfanté, je lui ai mis une boucle d'or ſur
,, ſon viſage & des braſſelets à ſes mains. Je
,, me ſuis de plus incliné & proſterné devant
,, l'Eternel & j'ai béni L'ET E R N E L , le Dieu
,, de mon Seigneur Abraham , qui m'a conduit
,, par le droit chemin, afin que je priſſe la
,, fille, ou petite fille du frere de mon Seigneur,
,, pour femme à ſon fils ; Maintenant donc ſi
,, vous avez véritablement à cœur de faire plai
H 5 - » ſir
A
I22 L'A N c I E N T É sT A ME NT
,, ſir à mon Maitre, déclarez-le-moi ; Sinon,.
, ditcs-le-moi auſſi ; & ſelon cela je me tour
» nerai à droite, ou à gauche, je prendrai un
,, parti ou un autre. A cela Laban & Béthuel
» répondirent ; Nous voyons bien que cette affai
,, re eſt procedée de L'ET E R N E L , ou qu'elle
,, eſt dirigée par ſa ſage providence : Nous n'a-
» vons rien à repliquer à ce que tu dis, ni en
» bien, ni en mal ; mais Rebecca eſt devant toi,
,, elle eſt toute prête à te ſuivre; Pren-la, &
,, l'emméne avec toi, qu'elle ſoit la femme du
» fils de ton Maitre, comme L'E T E R N E L l'a
» approuvé, nous y conſentons. Le ſerviteur d'A-
» braham ayant oui leur réponſe, ſe proſterna
,, de nouveau en terre devant l'Eternel pour lui
» en rendre graces & ayant tiré de ſes coffres
» des bagues, on joyaux d'argent & d'or, & des
» habits, il les donna à Rebecca & fit auſſi des
» préſens exquis à ſon frere & à ſa mere (a ).
» Puis ils mangérent & burent lui & ſes gens,
» & logérent cette nuit-là dans la maiſon de
(271.

D. Rebecca ayant ainfi été accordée au ſervi


· teur d'Abraham pour être la femme d'Iſaac ſon
fils, que fit ce ſerviteur pour achever de remplir
ſa commiſſion ?
xXfv. R. Dès le lendemain , ce ſerviteur * s'étant
54-6 I. 35 levé

( a ) A ſon frert F ' à ſa mere. Comnie il n'eſt point


fait ici mention de Bethuël ſon pere , l'on conjecture
avec aſſez de vraiſemblance qu'il étoit mort & que Bé
thuël qui eſt nommé un peu plus haut après Laban,
étoit ſon fils & frere cadet de Laban. Toute la ſuite
de l'hiſtoire, auſſi bien qut l'Hiſtorien Joſephe, com
firment cette conjeéture. - º
Ni Y s EN C A T E C H I s M E. I23
»levé de bon matin avec ſes gens, dit à la me
,, re $ au frere de Rebecca. Permettez-moi de
» retourner au plutôt vers mon Maitre , & de
» lui mener la fille que vous m'avez accordée :
, mais le frere & la mere de Rebecca , lui di
,, rent ; Neus ſouhaiterions que la fille demeu
» rât avec nous quelque tems, au moins dix
,, jours , au bout deſquels, elle s'en ira , ou
,, pourra partir avec toi. Et il leur répondit ;
» Ne me retardez pas ; puiſque L'ET E R N E L
» a fait réuſſir mon voyage, permettez que je
,, m'en retourne au plutôt à mon Maitre. Alors
s ils dirent ; Appelons la fille & demandons lui
» qu'elle nous diſe de ſa propre bouche ce qu'elle
, en penſe. Ils appelérent donc Rebecca & lui
,s dirent ; veux tu partir à préſent avec cet hom
, me ? Je le veux bien , répondit Rebecea :
, Ainſi ils laiſſérent aller Rebecca leur ſœur ac
» compagnée de ſa nourrice, avec le ſerviteur
, d'Abraham, & ſes gens : Ils lui donnérent leur
, bénédiction & firent des vieux pour ſa prôſ
,, périté en diſant ; Tu es nôtre ſœur ; ſois fer
» tile par mille millions de générations ; & que
, ta poſtérité poſſéde la porte de ſes ennemis ;
qu'elle en ſoit toujours victorieuſe 83 qu'elle ſe les
,, aſſujettiſſe ? Après cela Rebecca ayant pris avec
, elle ſes ſervantes, elles montérent ſur les cha
, meaux de ce ſerviteur & le ſuivirent. Pour
» lui il ſe chargea de Rebecca & partit avec elle
D. Comment finit leur voyage ?
. R. Il finit par la rencontre d'Iſaac & la con
ſommation de ſon mariage avec Rebecca que
Moiſe décrit ainſi. * Or Iſaac qui faiſoit ſon Gen.
» ſéjour au midi du pays de Canaan près de XX I P.
» Béerſebah , revenant d'auprès du puits, ºr #
» » l6
62 - 67.
124 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
» le puits du vivant qui me voit , à cauſe de
la viſion qu'avoit eu Agar dans cet endroit ,
» étoit ſur le ſoir à la campagne pour méditer,
, & levant les yeux, il vit des chameaux qui
» venoient à lui : D'un autre côté Rebecca,
, ayant vû Iſaac & demandé au ſerviteur d'A-
» braham qui étoit cet homme qui marchoit à
» la campagne au devant d'eux ? & ayant appris
» que c'étoit Iſaac l'époux qui lui étoit deſti
, né , elle deſcendit du chameau ſur lequel elle
, étoit montée, & prit un voile dont elle ſe
, couvrit par modeſtie 83 par humilité, ſelon l'u-
,, ſage de ces tems-là. Enſuite ce ſerviteur étant
» arrivé près d'Iſaac, lui raconta tout ce qu'il
» avoit fait ; ſur quoi Iſaac ayant mené Rebecca
,, dans la tente qu'occupoit autrefois Sara ſa
,, mere, il la prit pour ſa femme & l'aima.
,, Ainſi Iſaac ſe conſola de la mort de ſa mere
qu'il avoit pleuré pendant trois ans.

C H A P I T R E IX.

Où il eſt parlé des enfans qu'Abraham


avoit eu, tant de Sara ſa premiere fem
me, que de ſes concubines ; de ſa mort
& de ce qui arriva à Iſaac dans le pays
des Philiſtins.

D. A Braham m'avoit - il pas èu d'autres ent


M fans que ceux atte lui avoient donnés
Gen.
Sara 83 Agar dont il a été parlé ci - deſſus ?
X X V. R. Oui ; car " Abraham prit, ou avoit
- • | pris
H - 6.
",
M 1 s E N C A T E c H I s M E. 125
;, pris après la mort de Sara, une autre femme
» nommée Kétura qui lui enfaºa Zimram ,
,, Jokſan, Médan , Madian , Jisba & Suah.
» Et Jokſan engendra Séba & Dédan. Et les
» enfans de Dédan furent Aſſurim , Lebuſim
» & Léümmim ; c. à d. que de la famille de
Dédan ſortirent les peuples appelés de ces noms ;
» & les-enfans de Madian furent Hépha, Hé
» pher , Hanoc, Abida, Eldaha. Tous ceux-là
» ſont deſcendus de Kétura. Mais Abraham
» donna tout ce qui lui appartenoit à Iſaac, &
,, fit des préſens aux fils de ſes concubines,
ou de ſes femmes du ſecond ordre, telles que fit
,, rent Agar 85 Kétura, & les envoya pendant
» qu'il étoit encore en vie : ou leur commanda,
» de ſon vivant, d'aller s'établir à l'orient du pays
» de Canaan, loin de l'habitation d'Iſaac, à la
poſtérité ditquel ſeulement Dieu avoit promis la
poſſeſſion de ce pays-là.
D. Il paroit par là qu'Abraham a dû vivre
encore bien des années , après la naiſſance d'Iſaac,
puiſqu'il eut des petits fils 85 arrieres petits fils
de Kétura ; quoiqu'il eitt deja cent ans, au tems
de la naiſſance d'Iſaac : Qu'eſt-ce donc que l'E-
criture nous apprend ſur ce ſujet ?
R. Elle nous apprend " qu'Abraham vècut cen.
juſqu'à l'âge de cent ſoixante & quinze ans ac-# # º
, complis, qu'il expira & mourut de pure dé-* "
» faillance dans une heureuſe vieilleſſe , fort
,, âgé & raſſaſſié de la vie, ou déſirant d'en voir
» la fin, qu'il fut recueilli vers ſes peuples
( a ), c. à d. que ſon ame fut reçue après ſa
1/t0rf

(a) Fut recueilli vers ſes peuples. Cette maniere de


Parler paroit avoir eu pour origine l'opinion où l'on
126 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T.
mort avec celle de ſes Ancêtres qui avoient été
»fideles à Diºi $ qu'Iſaac & Iſmael ſes fils l'en
» terrérent dans la caverne de Macpela , au
s, champ d'Héphron fils de Tſohar Héthien ,
» vis-à-vis de Mamré, qu'Abraham avoit ache
» té des Héthiens. Là fut enterré Abraham ,
• près de Sara ſa femme.
D. Qu'eſt - ce que Moiſe rapporte enſuite des
` deſcendans d'Iſmaël 85 d'Iſaac dont il venoit de
parler ?
· R. Cet auteur ſacré remarque d'abord ,
Gi'mt. » qu'après la mort d'Abraham , Dieu bénit ou
X X V.
I I.
2, combla de ſes biens Iſaac ſon fils qui demeu
,, roit près du puits , nommé le puits du vivant
e, qui me voit : Enſuite il rapporte la nombreu
ſe famille d'Iſmaèl, pour faire voir le parfait
accompliſſement des promeſſes de Dieu à ſon égard,
85 il paſſe de-là à celle d'Iſaac dont il fait plus
particuliérement l'hiſtoire ?
D. Quelle fut donc la poſtérité d'lſmaël ?
Gen.
JX X V.
R. * Ce ſont ici , diſent les hiſtoriens ſacrés,
2I2 - I8. » les deſcendans d'Iſmael fils d'Abraham, qu'A-
1.Chron.I. ,, gar Egyptienne ſervante de Sara avoit en
23 - 3I. ,, fanté à Abraham. Il eut douze fils dont les
» deſcendans portérent auſſi leurs noms. Le
» premier né d'Iſmael, fut Nebajoth, puis les
, autres dans cet ordre, Kédar, Abdéel , Mib
• ſam, Miſmah, Duma, Maſſa, Hadar, Thé
, ma, Jétur , Naphis & Kedma : Ce ſont là
, les enfans d'Iſmael & les noms qui leur †
22 OIl

étoit alors que les ames des perſonnes qui mouroient


étoient réünies à celles des autres membres de, la
même famille dans quelque lieu particulier, deſtiné à
chacune.
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 127
, donnés ſelon les bourgades & les lieu$ élevés,
» ou les tentes qu'ils habitoient , & qui furent
» comme douze Chefs d'aunant de Tribus ou de
» peuples deſcendus d'eux. Iſmaël leur pere com
,, mun, après avoir vêcu cent trente ſept ans,
» mourut de défaillance, & fut recueilli vers
» ſes peuples ; & ſes deſcendans habitérent le pays
» qui s'étend depuis Havila juſqu'à Sur, vis-à-
,, vis de l'Egypte, quand on vient vers Aſſur,
» & ce pays qui étoit échu à Iſmaël étoit à la
,, vué, ou au milieu de tous ſes freres, ou ſes
parens deſcendus d'Abraham. -

Qu'eſt-il dit enſuite d'Iſaac 85 des enfans qu'il


eut de Rebecca ?
R. , Ce ſont ici, dit Moïſe , les enfans qui eu.
,, naquirent à Iſaac fils d'Abraham : Abraham XXV.
» engendra Iſaac, & Iſaac âgé de quarante ans ***
» épouſa Rebecca fille de Bethuël Syrien de Pa
, dan haram, ſœur de Laban Syrien ; laquelle
ayant demeuré environ vingt ans ſans avoir d'en
» fans, Iſaac pria inſtamment l'Eternel en pré
» ſence de ſa femme, de lui donner des enfans ;
,, car elle étoit ſtérile, & l'Eternel fut fléchi
» en ſa faveur , enſorte que Rebecca ſa femme
», conçut : mais les enfans qu'elle avoit dans ſon
» ſein, ſe heurtants l'un contre l'autre 83 lui
,, cauſants de vives émotions , elle dit en elle
» mème; S'il eſt ainſi, ou ſi je dois tant ſouf
»frir de ces enfans ; pourquoi ſuis-je dans cet
» état ? pourquoi ſouhaittois-je d'être mere ? Et elle
» alla conſulter l'Eternel, auprès de quelque au
tel élevé par Abraham à ſon honneur, en le ſup
pliant de lui faire connoitre ce qu'elle avoit à
craindre, ou à eſpérer de cette groſſeſſe : Et l'E-
» ternel lui fit entendre ces paroles dans une
viſion
I28 L'A N c I E N TEsTAM ENT

viſion cºeſte, ou par le miniſtère de quelque An


,, ge : Lès chefs de deux nations ſont dans ton
», ventre, & deux peuples ſortis par eux de tes
,, entrailles ſe diviſeront 5 mais un de ces peu
,, ples ſera plus fort que l'autre ; & le plus
,, grand , ou l'ainé ſera aſſujetti au moindre,
ou au cadet : Par où l' Eternel annonça à Rebecca
l'illuſtre deſtinée 85 la nombreuſe poſtérité des em
fans qu'elle portoit dans ſon ſein ; auſſi bien que
ſe ſort des peuples qui deſcendroient de chacun
d'eux ; ce qui fut exactement accompli par l'événe
,, ment. Et quand le tems auquel Rebecca devoit
,, accoucher fut accompli, elle ſe trouva avoir
,, deux jumeaux dans ſon ventre : Celui qui
,, ſortit le premier étoit roux & tout velu, com
», me un manteau de poil ; ce qui fit qu'on
,, lui donna le nom d'Eſaü (a) : Enſuite ſor
,, tit ſon frere , tenant de ſa main le talon d'E-
,, ſaü ; c'eſt pourquoi il fut appelé Jacob (b).
,, Or Iſaac étoit âgé de ſoixante ans quand ils
,, naquirent. -

D. Qu'eſt il remarqué après cela, touchant les


occupations & le caractère de ces deux freres ,
qui fut comme un prelude de leur ſort avenir ?
Gen
xX p. R. ,, Quand ces enfans furent grands : Eſaü
37 - 34 » devint

(a) Fſax. Ce que l'on a de plus vraiſemblable ſur


la ſignification de ce mot ; c'eſt qu'il eſt dérivé du
mot Ar be Geſcha, ou Geſcbua , qui ſignifie un Cilice,
ou un habit de poil de chameau, à quoi étoit ſemblable
la peau veluë de cet enfant.
( b ) Jacoh Ce nom eſt dérivé d'un mot qui en He
breu ſignifie le talon , ou d'un verbe qui ſignifie ſup
planter , ou prendre par le talon , comme faiſoient les
Atlétes , pour faire tomber leurs concurrans.
à
' M I s E N C A T E c H I s M E. 129
, devint un habile chaſſeur , qui ſe plaiſoit à
, la campagne ; mais Jacob étoit un homme
,, doux, qui ſe tenoit dans les tentes : Et Iſaac
» aimoit Eſaü ; parce que la venaiſon que ce
» fils lui procuroit par la chaſſe, étoit ſa nour
» riture la plus agréable ; mais Rebecca avoit plus
,, d'affection pour Jacob. Or il arriva un jour
» qu'Eſaü, revenant de la campagne fort fatigué
,, trouva Jacob qui apprêtoit un potage de len
,, tilles, & il lui dit : Donne-moi , je te prie,
,, à manger de ce potage roux , oui , de ce roux
,, que tu as apprêté pour toi : car je ſuis fatigué
,, 85 n'en puis plus de faim. C'eſt pour cela ,
» ou en mémoire de cet empreſſement exceſſif
,, qu'il eut pour ce potage roux, qu'on lui don
» na encore le nom d'Edom , qui ſignifie Roux
» (a); mais Jacob lui dit : Vend-moi aujour
» d'hui ton droit d'aineſſe , ou la part que tu
dois avoir comme mon aimé à l'héritage promis
à nôtre pere dans le pays de Canaan : * Voici,
,, répondit Eſau, je m'en vai mourir de faim,
ou je ne ſaurois vivre juſqu'au tems que cet héri
,, tage me doit échoir : Dequoi me ſervira le droit
» d'aineſſe ? je te le céde donc volontiers : Jure
» moi aujourd'hui, repartit Jacob, que tu me
» le céderas ; & Eſaü le lui jura & vendit à
» Jacob,
(a) Edom qui ſignifie roux. Il y a dans l'hebreu
une manifeſte alluſion à la couleur du potage qu'Eſaü
déſiroit ; & ce même nom qui avoit auſſi quelque rap
port avec la couleur de ſon viſage ou de ſa peau ,
fut celui qui lui reſta plutôt que celui d'Eſaü : de-là
- vient que la ville qu'il bâtit, le pays qn'il habita ,
furent appelés du nom d'Edom & ſes deſcendans, les
fils d'Edom ou lduméens.
Tome l.. 1
I3o L'A N c I E N T E s T A ME N T
a, Jacob ſon droit d'aineſſe. Alors Jacob lui
, ayant donné du pain & du potage de lentil
» les, il en mangea & but , puis il ſe leva &
» s'en alla : Ainſi Eſaü mépriſa ſon droit d'ai
» neſſe : c. à d.# en fit peu de cas ou qu'il
le vendit pour peu de choſe.
D. Cette hijioire me donne occaſion de vous
demander en quoi conſiſtoit le crime de profana
tion que l'Ecriture Sainte impute à Eſaii pour
qvoir vendu ſon droit d'aineſſe ; $ ſi Jacob ne
manqua point à ſon devoir , en profitant de l'é-
tat où ſe trouvoit ſon frere, pour éxiger de lui ,
comme par force, une telle vente ?
R. La profanation que l'Auteur de l'Epitre
aux Hebreux Ch. Xll. 16. attribue à Eſaü
pour avoir vendu ſon droit d'aineſſe, conſiſtoit
vraiſemblablement en ce qu'il préfera une ſatis
ſaction ſenſuelle & de quelques momens au droit
qu'il avoit, comme ainé, à l'héritage du pays de
Canaan qui avoit été promis à Abraham & à
ſa poſtérité : ce qui marquoit en lui un eſprit
profane, mondain, & peu ſenſible à la béné
diction dont lui & ſes deſcendans devoient jouïr
ſelon les apparences humaines ; en vertu de ce
droit, Quand à Jacob, quoique l'Ecriture ne con
damne nulle part ſa conduite, comme elle fait
çelle d'Eſaü, il n'eſt pas pour cela exemt de
ºblame : au contraire il ſemble avoir manqué aux
premiers devoirs de la charité, de l'hoſpitalité
& de l'affection fraternelle, dans la maniere
dont il en uſe avec ſon frere Eſaü ; mais il faut
reconnoitre cn tout cela une admirable diſpen
ſation de la ſage providence de Dieu, qui ſe
ſert ſouvent des foibleſſes, & des
- -
pº des
Om
M I s E N C A T E c H I s M E. 131
hommes pour parvenir à ſes fins & accomplir
ſes deſſeins. - -

D. Iſaac continua t il ſon ſéjour dans le lieu


où Abraham étoit mort ? -

R. Non ; car " une famine étant ſurvenue c.u.


» au pays, outre la premiere qui avoit eu lieu XXVI.
» du tems d'Abraham, Iſaac s'en alla vers Abi- ***
» mélec Roi des Philiſtins, à Guérar dans le deſ
ſein de paſſer de là en Egypte , mais lorſqu'il
» fut arrivé dans ce lieu là ; L'E T E R N E L lui
» apparut & lui dit : Ne va point en Egypte ;
» mais demeure plutôt au pays que je te di
» rai : Voyage en étranger dans le pays où tu
» es; & j'y ſerai avec toi & te bénirai ; car
» je te donnerai & à ta poſtérité tous ces pays
» ci, oà tu habites préſentement & je ratifierai
» en ta faveur la promeſſe que j'ai faite avec
» ſerment à ton pere Abraham : Je multiplie
» rai ta poſtérité, comme les étoiles des cieux
» & donnerai ces pays-ci à ta poſtérité & tou
» tes les Nations de la Terre ſeront bénies en
» ta ſemence : c. à d. de ta poſtérité maîtra le
Meſſie qui ſera pour toutes les Nations une ſour
ce abondante de bénédictions ; " parce qu'Abra
» ham ton pere a obéi à ma voix, qu'il a fait
» tout ce que je lui ai ordonné, & qu'il a gar
» dé mes commandemens , mes loix & mes
» ſtatuts, quels qu'ils ayent été. Iſaac demeura
» donc à Guérar dans le pays des Philiſtins.
D. Que lui arriva - t - il dans ce pays - là ?
R. Iſaac craignant, de même qu'Abraham ſon
pere, que la beauté de ſa femme Rebecca ne por
tat quelcun du pays à le tuer, s'il paſſoit pour
être ſon mari, crut devoir cacher cette relation
& dire tout ſimplement qu'elle étoit ſa ſœur ;
I 2 - qui
132 L'A N c I E N T E s T A M E N T
qui étoit le nom qu'on donnoit auſſi aux cou
cm. ſines. * Quand donc les gens du lieu s'enquirent
2(XVI. » de lui, qui étoit Rebecca qu'il menoit avec lui ;
7 - I I.
» illeur répondit, c'eſt ma ſœur ; parce qu'il crai
,, gnoit de dire, c'eſt ma femme ; de peur que
,, les habitans du lieu ne le tuaſſent pour s'em
,, parer de Rebecca, qui étoit encore très belle,
,, quoiqu'âgée de ſoixante ans. Cependant il ar
,, riva, après qu'Iſaac eut demeuré là quelque
,, tems, qu'Abimélec Roi des Philiſtins regar
,, dant par la fenêtre de ſon palais, vit Iſaac
,, qui s'égayoit avec Rebecca ſa femme, de fa
çon à lui faire juger que ce n'étoit pas ſa ſieur :
,, Alors Abimélec fit appeler Iſaac & lui dit :
Autant que j'en puis juger par les mamieres que
,, tu as avec Rebecca , c'eſt certainement ta fem
,, me : Pourquoi donc as-tu dit, tout ſimplement
,, que c'étoit ta ſœur ? C'eſt, répondit Iſaac,
,, parce que j'ai craint que l'on ne me tuât à
-, cauſe d'elle ; mais Abiméiec lui repartit : Quel
», mal n'as - tu pas penſé nous faire en cela,
,, 85 à quoi ne nous as-tit pas tous expoſés ? car
,, il s'en eſt peu falu que quelcun du peuple
, n'ait couché avec ta femme, & que tu ne
, nous ayes fait tomber dans le crime : Pour
,, prévenir ce mal, Abimélec fit une ordonnance
,, à tout le peuple, qui portoit que quiconque
,, toucheroit, ou moleſteroit cet homme-là à cau
,, ſe de ſa femme, ſeroit certainement puni de
, mOrt. -

D. Quelles autres marques de la protection


83 de la benediction de Dieu, Iſaac reçut-il en
core pendant ſon ſéjour dans ce pays-là ?
R. Il en reçut diverſes marques des plus
ſenſibles qui lui cauſérent d'abord l'envie & la
- - haine
M I s E N C A T E c H 1 s M E. 133
haine des Philiſtins & l'expoſérent à pluſieurs
violences de leur part, mais qui ſe terminérent
à ſon avantage par un traité folemnel fait avec
Abimélec lui mème , le Roi de ce pays - là ,
comme Moïſe nous l'apprend, quand il ajoute.
,, Et Iſaac ſema en cette terre - là quelque por- Gen.
tion de terrein qu'on lui avoit abandonné & la XXVI.
,, meme année il recueillit le centuple, tant * **
,, l'Eternel l'avoit bénit. Cet homme donc
,, accrut conſiderablement ſes biens & alla tou
Y
,, jours en augmentant, enſorte qu'il parvint
,, a de grandes richeſſes. Il eut grande quan
» tité de menu & de gros bétail & un grand
», nombre de ſerviteurs : Ce qui fit que les
,, Philiſtins lui portérent envie, & qu'ils bou
» chérent les puits que les ſerviteurs de ſon
,, pere avoient creuſé du tems de ſon pere
,, Abraham , en les rempliſſant de terre pour
faire périr par là ſon bétail, faute d'eau. * Abi
» mélec voyant cela 85 en craignant les ſuites,
,, dit auſſi à Iſaac ; Retire-toi d'avec nous ; car
,, tu es devenu beaucoup plus puiſſant en biens
» 83 en nombre de ſerviteurs, qu'aucun de nous ;
nous ne pouvons voir cet agrandiſſement qu'a-
» vec quelque peine.' Iſaac donc partit de-là &
» alla camper dans la vallée de Guérar où il
» demeura. Là Iſaac creuſa encore les puits
,, d'eau qu'on avoit creuſé du tems d'Abraham
» ſon pere, que les Philiſtins avoient bouché
» après la mort d'Abraham , & leur donna les
» mèmes noms que ſon pere leur avoit donné.
» De plus les ſerviteurs d'Iſaac creuſérent dans
» cette vallée & y trouvérent un puits d'eau
» vive, ou qui me tariſſoit point , mais les ber
,, gers de Guérar eureut à ce ſujet un demêlé
I 3 2VCC
134 L'A N c I E N T E s r A M E N T
,, avec les bergers d'Iſaac, prétendant que l'eau
,, étoit à eux, & l'on appela ce puits Héſuh,
, c. à d. conteftation ; parce qu'ils lui en avoient
,, conteſté la poſſeſſion. Il creuſa enſuite un au
,, tre puits, pour lequel ils conteſtérent auſſi ,
,, & il lui donna le nom de Sitnah , c. à d.
haine, à catſe de la haine que les Philiſtins lui
,, portoient. Alors il ſe retira de - là , & creuſa
,, un autre puits, pour lequel ils ne conteſté
,, rent plus, & il lui donna le nom de Rého
,, both, c. à d. lieux ſpacieux ; parce, dit - il,
,, que l'Eternel nous a maintenant mis au lar
,, ge & que nous avons fructifié dans ce pays.
,, De-là Iſaac monta en Béerſébah , le lieu de ſa
,, naiſſance 85 de ſa premiere demeure ; & L'E-
,, T E R N E L lui apparut cette même nuit &
,, lui dit : Je ſuis le Dieu d'Abraham ton pere ;
je l'ai toujours favoriſé Q3 protegé comme un de
mes plus fideles ſerviteurs. " Ne crain rien de
,, la part des hommes ; car je ſuis avec toi,
», pour te garantir de tout mal, & je te béni
,, rai & multiplierai ta poſtérité à cauſe d'A-
,, braham mon ſerviteur. Et Iſaac bâtit là un
,, autel, où il invoqua le nom de L'E T E R N E L
par ſes actions de graces accompagnées de ſacrifi
,, ces. Il y dreſſà auſſi ſes tentes pour y reſter
,, quelque tems & ſes ſerviteurs y creuſérent un
,, puits. Pendant qu'il étoit là , Abimélec le Roi
,, des Philiſtins vint à lui de Guérar avec Achu
,, ſat ſon ami & Picol le Chef de ſon armée.
, Dès qu'Iſaac les eut abordé, , il leur dit ;
,, Pourquoi venez-vous vers moi ; puiſque vous
,, me haïſſez & que vous m'avez renvoyé d'au
,, près de vous ? Et ils répondirent ; Nous
,, avons vû clairement que L'E T E R N E L eſt
»» aVCC
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 135
,, avec toi , & nous ſommes convenus de nous
,, engager reciproquement par un ſerment ſo
,, lemnel entre nous & toi , par lequel nous
,, traiterons alliance avec toi , ſous la condi
,, tion que tu ne nous feras aucun mal ; de
,, mème que nous ne t'avons point offenſé &
,, que nous ne t'avons fait que du bien & t'a-
,, vons renvoyé en paix, toi qui es maintenant
,, comblé de la bénédiction de L'ET E R N E L.
,, Sur cela Iſaac leur fit un feſtin , pour leur
marquer le conſentement qu'il donnoit à l'alliance
qui lui étoit propoſée. * Ils mangérent & burent,
,, & s'étant levés de bon matin, ils jurérent une
,, alliance entr'eux. Puis Iſaac leur dit adieu &
,, ils le quittérent de bonne amitié pour s'en
,, retourner chez eux. Le mème jour les ſervi
,, teurs d'Iſaac lui vinrent dire qu'ils avoient
,, trouvé de l'eau dans un puits qu'ils avoient
,, creuſé, & il donna à ce puits - là le nom de
,, Sibha , qui ſignifie également , ſerment 83 raſ
ſaſiement par alluſion du ſerment d'alliance qu'A-
bimélec 85 lui venoient de prêter, 83 pour mar
quer que ce puits leur donnoit ſuffiſamment d'eau,
ſans avoir plus beſoin d'en chercher d'autres ;
» C'eſt pourquoi l'on donna à la ville même le
,, nom de Béerſébah , c. à d. le puits du ſer
,, ment, ou le puits d'abondance, qu'elle a con
,, ſervé juſqu'à ce jour. - -

D. Parmi tant de bénédictions , quel ſujet de


chagrin eut lſaac de la part d'Eſaii.
R. ,, Eſaü âgé de quarante ans , avoit pris Gº.
, pour femmes Judith, fille de Bééri, & Baſmath, XXVI.
,, fille d'Elon, tous deux Héthiens ; toutes deux ?****
par conſéquent Cananéennes, d'un peuple qui de- '
voit attirer ſur lui la malédiction de Diéu , par
I 4 ſon
136 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T.
ſon idolatrie 83 ſa corruption extrême,, leſquel
,, les furent de plus en amertume à Iſaac & à
,, Rebecca par leur mauvaiſe conduite.

C H A P I T R E X.

Contenant ce qui arriva à Eſaü & à Ja


cob, les dernieres années de la vie de
leur pere lſaac.
D. Es mariages d'Eſaü qui avoient ſi fort
déplu à Iſaac ſon pere, n'alterérent-ils
point l'affection qu'il avoit pour ce fils préferable
ment à Jacob ?
R. Quelque amertume de cœur qu'eut reſ
ſenti Iſaac des mariages de ſon fils Eſaü & de
la mauvaiſe conduite de ſes femmes, il con
ſerva juſqu'à la fin de ſes jours une affection
particuliere pour ce fils, & il voulut lui en
donner des marques dans ſon lit de mort par
la bénédiction qu'il lui préparoit ; mais la ſage
providence de Dieu en décida autrement en
Crrr. faveur de Jacob. * Il arriva donc que quand
XXVII.
M - 4•
,, Iſaac fut devenu vieux & que ſes yeux fu
,, rent ſi ternis qu'il ne pouvoit plus voir, étant
,, alors âgé d'environ cent trente ſept ans, il ap
,, pela Eſaü ſon fils ainé qti'il regardoit comme
,, ſon héritier & lui dit ; Mon fils ; me voici ,
,, mon pere, répondit Eſaii ; Tu vois , reprit
,, Iſaac que je ſuis fort avancé en âge & je ne
,, ſais point le jour de ma mort : je dois m'y
,, attendre à tout moment ; Pren donc, je te
,, prie , à l'heure mème tes armes , ton car
» quois »
n 1 s E x C A r E c H 1 s M É. 137
» quois, ou ton épée & ton arc, & t'en vas
» à la campagne pour me tuer de la venaiſon
» dont tu me feras quelque mets de bon goût ,
» comme je les aime, & tu me les apporteras,
,, afin que j'en mange & que je te donne ma
» bénédiction avarº que je meure.
D. Cette bonne intention d'Iſaac, en faveur d'E-
ſaii, n'eut elle pas le ſuccès que l'un $ l'autre en
attendoient ? -

R. Non pas tout - à - fait : * Eſaü courut bien Geu.


» ſans doute le plutôt qu'il put à la campagne XXVII.
» avec ſes armes, pour exécuter les ordres de ſon 5 - 17
» pere , & pour lui apporter la venaiſon qu'il
» déſiroit , mais Rebecca qui l'avoit écouté pen
» dant qu'il parloit à Eſaü ſon fils, alla auſſi
» tôt qu'Eſaü fut parti, vers Jacob & lui dit ;
» Je viens d'entendre ton pere qui diſoit à ton
» frere Eſaü : Apporte-moi de la venaiſon, &
» m'apprète des viandes d'appetit, afin que j'en
» mange, après quoi je te bénirai en préſence
» de l'Eternel, avant que je meure : Mainte
» nant donc, mon fils , croi-moi, & fai ce que
,, je te commande ; va tout à l'heure, à la
» bergerie, & pren-moi là deux bons chevreaux
» d'entre les chévres ; & j'en apprêterai des
» mets de bon goût pour ton pere , comme il
» les aime : Tu les porteras enſuite à ton pe
» re , comme ſi c'étoit ton frere ; il en man
» gera & à cauſe de cela il te bénira avant ſa
» mort. Sur cela Jacob répondit à Rebecca ſa
» mere : Voici, Eſaü mon frere a la peau ve
» lue & moi je l'ai douce : Peut-être que mon
» pere me tâtera , 85 ſi cela arrive , il me
» traitera comme un homme qui l'aura voulu
» tromper 3 auquel cas j'attirerai ſur moi ſa
I 5 » Ima
138 L'A N c r E N T E s T A M 2 N f
,, malédiction , plutôt que ſa bénédiction. Que
,, cette malédiction ſoit ſur moi, lui repartit ſa
,, mere, croi-moi, mon fils , va-t-en au plus
,, vite & pren - moi ce que je t'ai dit : Il s'en
,, alla donc, & prit ces chevreaux qu'il apporta
, à ſa mere & ſa mere en apprêta des mets de
,, bon goût, comme Iſaac les aimoit. Puis Re
,, becca prit les plus précieux habits d'Eſaü ſon
,, fils ainé, qu'elle avoit dans la maiſon, & elle
,, en revêtit Jacob ſon fils cadet : de plus elle
,, couvrit ſes mains, & l'endroit de ſon cou qui
,, étoit ſans poil, de peaux de chevreau pour
,, mieux imiter la peau veluë d'Eſaü : Enſuite
,, elle mit entre les mains de ſon fils Jacob ,
,, les mets de bon goût qu'elle avoit apprêté,
,, & du pain. -

D. Comment réuſſit cette ruſe ?


Gen. . R. ,, Jacob vint vers ſon pere, & lui dit ;
XXVII.
I3 - 29. ,, Mon pere : à cette voix qu'Iſaac n'avoit pà
tout à fait reconnoitre, il dit auſſi-tôt ; Je t'en
#
,, ten15 , 1m0M mais lequel de mes fils es-tu ?
» (me voici)'; Je ſuis, répondit Jacob, ton
,, fils ainé Eſaü ; j'ai fait ce que tu m'avois
,, commandé ; j'ai été à la chaſſe ; j'ai apprêté
le gibier que j'ai pu trouver 83 je viens te l'of
,, frir. Léve toi, je te prie, aſſied-toi ſur ton
,, lit , mange de ma chaſſe ; afin qu'enſuite tu
, puiſſes me donner ta bénédiction. Mon fils,
, reprit Iſaac à ſon fils ; Qu'eſt ceci que tu ayes
,, ſi-tôt trouvé du gibier, mon fils ? L'Eternel
,, ton Dieu, répondit Jacob , a bien voulu,
,, ſans doute, qu'il'ſe ſoit préſenté ſi tôt à moi.
,, Iſaac n'étant pas encore ſatisfait de cette ré
ponſe, 8f ſoupçonnant peut-être quelque ſurpriſe,
,, dit à Jacob : Approche - toi , je te prie, &
º » que
MIs EN C A T E c R I s M E. 139

» que je te touche, pour ſavoir ſi tu es bien


» mon fils Eſaü , ou non. Jacob s'étant donc
,, approché, ſon pere lui toucha les mains, &
,, dit ; La voix que j'entends eſt la voix de Ja
» cob, mais ces mains ſont les mains d'Eſaü ;
» Ainſi il le méconnut ; parce que ſes mains
» étoient velues comme celles de ſon frere Eſaü,
» & ſe contenta de lui dire. Bien te ſoit ; cepen
» dant il ajouta ; Di-moi mon fils , Es-tu bien
» véritablement mon fils Eſaü ? Oui, je le ſuis,
» repartit Jacob ; alors Iſaac lui dit : Mets de
» vant moi ce que tu m'as préparé & que je
» mange de la chaſſe de mon fils; afin que je
» te béniſſe de plus en plus : Jacob lui en pré
» ſenta & il en mangea, il lui offiit auſſi du
» vin & il en but ; mais Iſaac n'étant pas enco
re tout - à fait aſſuré par ces indices que ce fit
,, véritablement Eſaii , dit à ſon fils : Approche
» toi, je te prie & que je te baiſe, mon fils :
» Jacob s'approcha & le baiſa : Alors Iſaac fen
» tit l'odeur des habits de ſon fils , 85 me dou
», tant plus que ce me fut Eſaii , il le bénit,
» en diſant ; Voici je ſens à préſent l'odeur des
, habits de mon fils Eſaü : elle eſt pour moi com
» me l'odeur d'un champ, tout couvert de fleurs
» que l'Eternel a béni, ou rempli de ſes biens.
» Que Dieu te donne auſſi dans toutes tes poſ
» ſeſſions la roſée des cieux, la graiſſe de la ter
,, re & l'abondance de froment & de moût !
7> les peuples te ſervent, 83 te reſpectent :
» Que les Nations ſe proſternent devant toi
$ te ſoient ſoumiſes, ou à tes deſcendans, en
Jorte que tu domines ſur elles. * Sois le mai
» tre de tes freres & que les fils de ta mere
» ſe proſternent devant toi : c. à d. Que tous
C614XC
14o L'A N c I E N T E s T A M E N r
ceux qui ſont iſſus de mon pere Abraham tant par
Agar & Kétura que par Rebecca ta mere, recon
moiſſent ton autorité ſur eux. " Que celui qui te
,, maudira ſoit maudit, & que celui qui te bé
,, nira ſoit bénit ! c. à d. Que ceux qui te vou
dront du mal, en ſoient punis de Dieu, 85 que
ceux qui te voudront du bien, en reçoivent de
lui la recompenſe ?
D. Après cette bénédiciion donnée à Jacob par
Iſaac qui le prenoit pour Eſaii, qu'arriva - t - il
à Eſaii quand il fut revenu de la chaſſe ?
Gen R. ,, Il arriva qu'auſſi tôt qu'Iſaac eut achevé
xxvII. ! ,, de bénir Jacob ; Jacob étant à peine ſorti
39-4o
,, de devant ſon pere Iſaac, ſon frere Eſaü re
,, vint de la chaſſe , & apprêta d'abord le
,, gibier qu'il avoit tué, de façon qu'il en fit des mets
,, de bon goût, qu'il apporta à ſon pere &
,, lui dit : Que mon pere ſe leve ſur ſon lit &
· , qu'il mange de la chaſſe de ſon fils ; afin
,, que tu me béniſſes. Qui es - tu ? répondit
.,, Iſaac , dans le premier moment de ſu ſurpriſe :
,, Je ſuis, repartit Eſaü, je ſuis ton fils, ton
,, ainé Eſaü. Alors Iſaac ſaiſi d'une grande émo
,, tion , qui lui fit ſentir que ce qui venoit d'ar
river étoit diſpenſé par la ſage providence de Dieu
83 qu'il devoit s'y ſoumettre $ le ratifier, dit
à ſon fils ; ſi tu es Eſaii ; ** Qui eſt donc, &
,, où eſt celui qui a pris de la venaiſon, qui
,, m'en a apporté , & dont j'ai mangé avant
,, que tu vinſſes, enſuite de quoi je l'ai béni,
,, & il ſera auſſi béni ; c. à. d. je me pu# plus
revoquer la bénédiction que je lui ai donnée; je
vois bien qu'elle vient de Dieu 83 qu'elle aura
ſon accompliſſement : " Eſaü n'eut pas plutôt
», entendu les paroles de ſon pere, qu'il jetta
| .
22 llIl
t

tt 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 141
,, un grand cri très amer, & qu'il dit à ſon
,, pere : Béni-moi auſſi , mon pere ; mais Iſaac
,, lui répondit ; Ton frere eſt venu avec arti
,, fice & a emporté la bénédiction que je te deſ
,, tinois. C'eſt donc bien avec raiſon , repliqua
,, Eſaü , qu'on lui a donné le nom de Jacob
,, c. à d. ſupplantateur; car il m'a déja ſupplan
,, té deux fois ; il m'a enlevé mon droit d'ai
,, neſſe , en m'obligeant à le lui vendre pour un
,, potage de lentilles, & maintenant il m'a enle
,, vé la bénédiction que j'attendois de mon pere.
,, Puis il dit à Iſaac ; N'aurois-tu point reſervé
,, de bénédiction pour moi ? Voici répondit
,, Iſaac, je l'ai déclaré ton Seigneur, par les vœux
83 les ſouhaits , que j'ai adreſſé à Dieu en ſa
,, faveur, & lui ai prédit que tous ſes freres, ou
,, ceux de la famille de mon pere, ſeroient ſes ſer
,, viteurs : Je lui ai encore aſſuré une abondan
,, ce de froment & de moût dans le pays qu'il
babitera : Si ces vœux ont été éxaucés, 83 que
Dieu ratifie ma bénédiction ou ma prophétie ; ** que
,, pourrois - je faire à préſent pour toi , mon
,, fils ? Ou que pourrois - je te ſouhaiter que je
m'aye déja demandé à Dieu pour ton frere ?
,, N'as-tu donc mon pere , lui repartit Eſaü ,
,, qu'une bénédiction à donner ? Je te conjure,
,, mon cher pere, de me bénir auſſi, moi qui
,, ſuis ton fils, comme tu as béni mon frere. Com
,, me Eſau pleuroit en jettant de grands cris
,, pour avoir la bénédiction de ſon pere, Iſaac
,, touché de compaſſion lui dit ; Ton habitation
» ſera à la vérité éloignée (a) de la graiſſe de
» la
( a ) Eloignée de la graiſſe de la terre º'c. Cette
traduction qui eſt tQute ſemblable à celle de le Cene ,
I42 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» la terre & de la roſée du ciel : c. à d. que le
pays qu'il habiteroit, qui fut l'Idumée, ne ſeroit,
mi gras, ni fertile, mi arroſe des pluyes du ciel,
» mais tu vivras par ton épée, c. à d. Toi 85
tes deſcendans vous amaſſerez par vos armes »
vos courſes 83 vôtre humeur guerriere de quoi
vivre largement aux dépens de vos voiſins. * Tu
» ſeras, il eſt vrai, aſſervi à ton frere ; c. à d.
tes deſcendans ſeront un jour ſoumis aux ſiens ;
22 Illſl1S

préſente un ſens tout différent de celui des traduc


tions ordinaires, qui ont preſque toutes ; Ton babita
tion ſera dans la graiſſe de la terre. 85'c. mais outre
que la conſtruction des paroles de l'original permet &
autoriſe le ſens que nous lui donnons autant qu'aucun
autre, comme tous ceux qui l'entendent en convien
dront, la liaiſon du diſcours ſemble auſſi le demander ;
car lſaac venoit de dire à Eſaü , qu'il ne pouvoit lui
donner ce qu'il avoit promis à Jacob , ſavoir , un pays
fertile & abondant, tel que fût le pays de Canaan
dont il s'agit ici ; au lieu que l'ldumée qui échut en
partage à Eſaü & à ſa poſterité, étoit un pays ſec &
aride , plutôt que gras & arroſé des pluyes du ciel.
Voye2 le Clerc ſur cet endroit ºeº l'Évêque Cleyton dans
fon Introduction à l'Hiſtoire des Juifs , pag. 14o.
L'on oppoſe à cela qu'Iſaac ſe ſert des mêmes termes
pour exprimer la bénédiction que Dieu répandroit ſur
les pays qui devoient étre habités par la poſtérité de
Jacob & par conſéquent qu'on doit les entendre dans
le même ſens : mais il y a cette différence qu'en par
lant à Jacob , il lui dit que l'Eternel lui donneroit de
àa graiſſe de la terre 83 de la roſée des cieux : au lieu
qu'en parlant à Eſaü , il ne lui dit pas que l'Eternel
lui donneroit , mais que ſon babitation ſeroit de la
graiſſe de la terre e#c. en ſe ſervant de la méme pro
poſition Mfin qui peut également ſignifier l'éloignemens
ou l'abſence comme la poſſeſſion ou l'attribution, &
toute cette hiſtoire auſſi bien que l'événement, deman
dent qu'on la prenne ici au premier ſens.
· M I s E N C A T E c H I s M E. I43
» mais le tems viendra que tu domineras auſſi
, à ton tour, ou que ta poſtérité briſera ſon
» joug de deſſus ſon cou, pour être affranchie
» de ſa domination. -

D. Ces bénédictions d'Iſaac en faveur de Jacob


obtenues par ſurpriſe, 85 celles qu'il ajouta en fa
veur d'Eſaii à ſa preſſante ſollicitation, eurent-elles
donc leur accompliſſement * . -

R. L'Hiſtoire Sainte nous apprend que ces


bénédictions d'Iſaac furent parfaitement accom
plies, ſi ce n'eſt dans la perſonne même & du
vivant de Jacob & d'Eſaü, au moins dans
leur poſtérité. 1°. Par rapport à Jacob , en ce
que # deſcendans qui furent les Iſraelites eu
rent en partage la Terre de Canaan, pays gras,
fertile & abondant en froment & en vin ; que
les peuples voiſins de ce pays - là, deſcendus d'A-
braham par Agar & Kétura, & en particulier
les Iduméens deſcendus d'Edom, ou d'Eſaü ,
leur furent ſoumis ſous les règnes de David &
de Salomon iſſus de Jacob, & que le peuple
d'Iſrael éprouva la bénédiction de Dieu contre
ſes ennemis dans une infinité d'occaſions re
marquables. 2". Par rapport à Eſaù, en ce que
les Iduméens ſes deſcendans devinrent une na
tion belliqueuſe, vivant de vols & de rapines,
qui malgré leur aſſujettiſſement aux Rois de Ju
da depuis David, ſecouérent ſouvent leur joug
& devinrent en quelque ſorte les dominateurs
des Juifs, dans la perſonne d'Herode qui étoit
lduméen. D'où il paroit que dans les bénédic
tions que répandit Iſaac en faveur de ſes fils,
ſoit par ſurpriſe, ſoit par contrainte , tout
fut ménagé par la ſage providence de D ! 2
2
I44 L'A N c I E N T E s T A M E N T
de maniere que l'effet répondit aux vœux &
aux prédictions de ce bon Patriarche.
D. Mais n'y eut - il pas de la fraude dans la
conduite de Rebecca 85 de Jacob pour s'attirer
la bénédiction d'Iſaac deſtinée à Eſaii, 83 com
ment peut-on dire que cette fraude ait été recom
penſée de Dieu ?
R. L'on ne ſauroit diſconvenir , qu'il n'y ait
eu de la ſupercherie dans la conduite de Rebec
ca, & qu'elle n'ait voulu tromper ſon mari en
faveur de Jacob qu'elle chériſſoit plus qu'Eſaü ; '
& l'on ne peut l'excuſer que par cette conſidé
ration, qu'elle croyoit agir conformément à la
volonté de Dieu, dont elle avoit été inſtruite,
lorſqu'elle conſulta l'Eternel ſur le ſort de ſes
deux enfans. Il faut encore convenir que Ja
cob, outre la facilité avec laquelle il acquieſça
à la ſupercherie de ſa mere, ſe rendit encore
coupable d'un menſonge formel, en ſe diſant
Eſaü , & ſoutenant ce perſonnage juſqu'au bout
ſans ſe retracter jamais. Il n'y a que le motif
d'une obéïſſance abſoluë aux ordres de ſa mere,
qu'il pouvoit eroire animée d'un bon eſprit,
& qui d'ailleurs ſe chargeoit de tous les maux
qui pouvoient lui en arriver, qui puiſſe dimi
nuer la grandeur de ſa faute ; en ſorte cepen
dant, que ni Rebecca, ni Jacob me ſont point
exemts de blâme, & leur conduite n'eſt pas un
exemple à ſuivre dans aucun cas ſemblable :
mais il paroit auſſi manifeſtement, tant par la
conduite que tint Iſaac envers Jacob , quoi
qu'il en eut été trompé, que par l'accompliſſe
ment de tout ce qu'il avoit demandé à Dieu en
ſa faveur ſous le nom d'Eſaü , qu'il connut
lui-même , comme nous devons le reconnoitre
auſſi ,
M1s E N C A T E c H 1 s M E. 145
auſſi, que tout ce\a étoit dirigé par la ſage pro
vidence de Dieu , qui ſait tirer le bien du mal
& la lumiere des ténèbres ; & s'il eſt arrivé
par là que la fraude ait réuſſi au gré des cou
pables, l'on ne doit pas dire pour cela , que
leur action ait été approuvée , ni recompenſée
de Dieu ; puiſque ni l'un, ni l'autre ne joui
rent pendant leur vie de la bénédiction d'Iſaac,
mais ſeulement leur poſtérité la plus éloignée.
Au contraire, il ſemble que la plûpart des pei
nes & des afflictions, dont toute la vie de Ja
cob fut accompagnée, pendant qu'Eſaü paroiſ
ſoit être dans la proſpérité, lui furent infligées
en punition de ſon mauvais procedé, & que
la longue ſervitude qui le retint en Méſopota
mie chez Laban, & qui ravit à ſa mere le plai
ſir de le revoir fut ménagée par la providence,
pour les châtier tous deux ; mais principalement
Rebecca qui avoit pour lui la plus tendre af
fection : car il eſt plus que probable qu'elle
mourut auſſi bien qu'Iſaac, ſans l'avoir revû
ni aucun de ſes enfans.
D. Quelles furent donc les ſuites prochaines de
cette bénédiction d' Iſaac par rapport à Jacob $
à Rebecca , qui font voir qu'ils n'en reſſentirent
pas les heureux effets dans leurs perſonnes *
R. Ce fut d'un côté la haine d'Eſaü contre
ſon frere & de l'autre l'obligation où ſe trouve
Rebecca d'éloigner Jacob de la maiſon pater
nelle, comme le rapporte Moïſe dans les paro
les ſuivantes. * Or Eſaü eur en haine Jacob à Gen.
, cauſe de la bénédiction qu'Iſaac lui avoit don-XXVII.
, née à ſon préjudice , & il dit en ſon cœur ; ***
, Les jours du deuil ou de la mort de mon
, pere approchent & ne ſont pas éloignés, &
2Tome I. K » alors
146 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» alors je tuerai mon frere : Ce qu'il penſoit,
,, il le dit ſans doute à quelcun, & l'on rappor
, ta à Rebecca les diſcours que tenoit Eſaü ſon
3
»°fils ainé ; ſur quoi elle envoya appeler Jacob
» ſon cadet à qui elle dit ; Voici Eſaü ſe con
:
» ſole du tort que tu lui as fait dans l'eſpérance
» qu'il a de te tuer après la mort de ton pere.
» Ainſi mon fils 3 croi-moi , pren le parti de
» te retirer promptement à Caran vers Laban
» mon frere; & demeure avec lui quelque tems,
» juſqu'à-ce que la fureur de ton frere ſoit paſ
» ſée & que la colère dont il eſt animé contre
,, toi ſoit appaiſée & qu'il ait oublié le tort que
,, tu lui as fait : Dès que je m'en appercevrai,
» je t'enverrai chercher pour revenir ici : mais
j'ai tout à craindre de ſa haine quand vous de
meurerez en même lieu, " & pourquoi m'expo
,, ſerois-je à être privée de vous deux en un
,, mème jour ? S'il arrivoit qu'Eſaii t'attaquat
83 que vous vous tuaJiez l'un l'autre ? Jacob y
conſentit ſans doute , mais il falloit avoir l'ap
probation d'Iſtac ; pour l'obtenir elle lui fit com
prendre qu'il falloit éloigner Jacob de la tentation
où il pourroit être, d'épouſer quelque Héthienne
du pays , comme avoit fait Eſaii, 85 l'envoyer
plutòt chez ſes parens où il trouveroit quelque
femme à ſon gré, ſans quoi elle paſſeroit ſa vie
dans une amertume continuelle : " La vie, lui
,, dit-elle, m'eſt devenue ennuyeuſe à cauſe de
,, ces Héthiennes qu'Eſiiii a épouſées, & que
' ,, ſeroit - ce ſi Jacob en alloit prendre une au
' ,, tre pour ſa femme ? pourrois-je ſurvivre à cet
te douleur * Pourvoi donc, je te prie, à ce que je
m'aye pas ce chagrin.
D. Que fit ſur cela Iſaac ?
- R. » Iſaac
MIs E N C A T E c H I s M E. I47

R. » Iſaac appela Jacob & après l'avoir béni cru.


de nouveau , en lui ſouhaitant toutes ſortes de ***
, biens, il lui donna cet ordre , Tu ne pren-' "
,, dras point de femme d'entre les filles de
,, Canaan ; mais va toi - meme en Paddam
,, Aram , à la maiſon de Béthuel , pere de -

,, ta mere , & pren - toi de - là une femme -


,, des filles de Laban frere de ta mere. Et le · ·· ·
» Dieu Fort , Tout-puiſſant te béniſſe & te
,, faſſe fructifier & multiplier ; en ſorte que tu
» deviennes le pere d'une multitude de peuples ,
,, ou d'une nombreuſe famille : Qu'il te béniſſe
,, de la même maniere qu'il a béni Abraham ,
» en t'aſſurant & à ta poſtérité après toi, la poſ
» ſeſſion du pays de Canaan , où tu as vècu
,, juſqu'à préſent comme étranger & que Dieu
» a déja aſſuré à Abraham ! Iſaac fit donc par
e tir Jacob qui s'en alla en Paddan Aram , vers
| » Laban , fils de Béthuel Syrien, frere de Rebec
» ca, mere de Jacob & d'Eſaü.
D. Cet ordre d'Iſaac à Jacob, ſa bénédiction
réiterée 85 le départ de Jacob, quel effet produiſi
rent-ils ſur Eſaii ?
R. » Eſaü voyant qu'Iſaac avoit béni Jacob, cin,
» qu'il avoit envoyé en Paddan - Aram pour y #III.
» épouſer une femme de ce pays - là , & qu'a- - 9. -
» près lui avoir donné ſa bénédiction , il lui
» avoit ordonné de ne prendre point de fem- .
» mes d'entre les filles de Canaan , & que Ja
» cob pour obéir à ſon pere & à ſà mere s'en
» étoit allé en Paddan - Aram : Eſaü, dis - je, *

, voyant par-là que les filles de Canaan déplai- /

,, ſoient à Iſaac ſon pere 83 à ſa mere, critt


devoir ſe choiſir une nouvelle femme qui leur fut
» plus agréable & s'en alla pour cet e#et chez Iſº
K 2 , mael
148 L'A N c 1 E N TEsTAMENT
» maël ſon oncle, où il prit pour femme, ou
,, tre celles qu'il avoit déja, Mahalath, fille d'Iſ
», mael, fils d'Abraham , & ſœur de Nabajoth.
D. Qu'arriva-t-il d'un autre côté à Jacob dans
ſom voyage de Paddam-Aram ?
C7en. R. ,, Jacob étant parti de Béerſébah pour
XXpVIII. » s'en aller ſeul 85 ſans ſuite à Caran où de
JO - 22.
,, meuroit Laban ſon oncle maternel, ſe rencontra
» en un lieu du pays de Canaan , nommé Luz,
» où il fut obligé de s'arrêter & d'y paſſer la
,, nuit, parce que le ſoleil étoit couché. Il prit
» donc des pierres de ce lieu-là & en fit ſon
» chevet & s'endormit en cet endroit. Pendant
, ſon ſommeil il vit en ſonge une échelle arrê
,, tée ſur la terre, dont le bout touchoit aux
,, Cieux, & le long de cette échelle, des Anges
» qui montoient & qui deſcendoient ; comme
pour lui offrir leur ſecours dans ſes beſoins :
» Il vit de plus L'ET E R N E L , ſous quelque
,, ſymbole glorieux , aſſis ſur l'échelle , qui lui
» dit ; Je ſuis L'ET E R N E L , le D I E U d'A-
» braham ton pere & le D I E U d'Iſaac. Je te
» donnerai, ou à ta poſtérité la terre ſur la
» quelle tu dors, & ta poſtérité ſera auſſi
» nombreuſe que la pouſſiere. de la Terre, &
,, ceux qui maitront de toi s'étendront à l'Occi
,, dent, à l'Orient, au Septentrion & au Mi
» di , & toutes les familles de la Terre ſeront
,, bénies en toi & en ta ſemence : c. à d. La
bénédiction que je te promets 85 à ta poſtérité
après toi, ſervira de modèle aux plus précieuſes
bénédictions, que les hommes puiſſent ſe ſouhaiter
les uns aux autres ; mais de plus, un de ces
deſcendans ſera pour tous les peuples de la Ter
re une ſource de bénédiciions , aſſurée 85 conti
uuelle
M 1 s E N C A T E c H I s M E. I45
uuelle *. Tu peux même dès à préſent t'aſſurer * Gal. IIl.
,, que je ſerai avec toi, que je te protégerai, º
» que j'aurai ſoin de toi par tout où tu iras, &
» que je te ramenerai en ce pays : car je ne
,, t'abandonnerai point que je n'aye fait ce que
» je t'ai dit, ou que je n'aye accompli fidelement
» la promeſſe que je t'ai faite. Et quand Jacob
,, ſe fut réveillé de ſon ſommeil , il dit ; Cer
,, tainement L'ET E R N E L eſt en ce lieu-ci &
,, je n'en ſavois rien : Je viens d'avoir des preu
ves certaines de ſa préſence 85 de ſa faveur ,
» lorſque je m'y attendois le moins. Cependant
» il eut peur, ou fut ſaiſi d'une crainte religieuſe,
,, qui lui fit dire ; Que ce lieu ci eſt redoutable
,, 85 venerable ! C'eſt ici la maiſon de D I E U,
le lieu où il habite 85 où il doit être adoré avec
» reſpect, & c'eſt ici la porte des Cieux ; un lieu
qui ſert d'entrée au ciel, $ qui communique
avec cette demeure céleſte. * Après cela Jacob ſe
,, leva de bon matin & prit la pierre dont il
,, avoit fait ſon chevet, & l'ayant dreſſée pour
,, monument, il répandit de l'huile ( a ) ſur ſon
» ſommet , & donna à ce lieu-là le nom de
» Bethel (b), c. à d. la maiſon de Dieu, mais
K 3 92 dll

(a ) Répandit de l'huile. La coutume d'oindre des


pierres & des ſimulacres & de rendre par-là ſes hom -
mages à quelque divinité dont l'on croyoit avoir reçu
quelque faveur, fut très commune parmi les Payens ,
même dans l'antiquité la plus reculée ; mais il eſt dif
ficile d'en découvrir la véritable origine.
( b) Bethel. C'eſt ſans doute de ce nom, ou par
une mauvaiſe prononciation de ce mot que dans la
ſuite des tems, les pierres qu'on avoit ainſi levées &
comme plantées ſur un de leurs bouts, pour marquer
que l'endroit où elles étoient avoit été conſacré à Dieu
furent appelées en grec Betyle.
155 L'A N c 1 E N T E s r A M E N r
,, auparavant la ville s'appelloit Luz. Jacob fit
,, auſſi un vœu en diſant ; Si D I E U eſt avec
,, moi , s'il me favoriſe & me protége dans le
,, voyage que je fais : s'il me donne du pain
,, à manger & des habits pour me vètir, ou
que j'aye ſeulement ce qui eſt néceſſaire à mon
,, entretien ; & ſi je retourne en paix, ſain 83
,, ſauf à la maiſon de mon pere, certainement
,, L'ET E R N E L me ſera D I E U ; je continue
rai à l'adorer comme le ſeul vrai Dieu 5 il ſera
,, le ſeul objet de mes hommager religieux, & cette
,, pierre que j'ai dreſſée pour monument de la
,, faveur que j'en ai reçuë ſera comme la maiſon
,, de 1) I E U , ou la marque à laquelle je recon
moitrai que c'eſt ici le lieu où Dieu m'eſt apparu
d'une façon particuliere {# où je dois lui rendre
mes ho mages : à quoi il ajouta en s'adreſſant à
Dieu méme : " De tout ce que tu m'auras don
,, né & dont je jouirai par ta faveur en bé
,, tail, ou en fruits de la terre, je t'en donne
,, rai la dixme, en te l'oſſiant en ſacrifices, ou
en la conſacrant à des uſages religieux.

CHA
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 15r

C H A P I T R E X I.

Contenant l'hiſtoire du mariage de Jacob


4 avec les deux filles de Laban ; des en
; fans qu'il en eut ; des traités faits avec
7 Laban pour régler ce qui devoit appar
tenir à chacun; la bénédiction que Dieu
répandit ſur le partage de Jacob ; la
méſintelligence qui nâquit de-là entre lui
& Laban ; les ſuites qu'eut cette méſin- "
telligence, & comment elle fut terminée.

D. Ue fit Jacob après ce ſonge qui lui aſ


ſuroit la faveur 85 la protection de
Dieu *
R- R. , Jacob ſe mit en chemin & s'en alla à ... Geu.
» Caran au pays des Orientaux, où étant arrivé #
» il apperçut un puits dans la campagne, au- 4,
», près duquel étoient couchés trois troupeaux
» de moutons, durant la chaleur du jour : (car
» on y abreuvoit les troupeaux ) ; Il y avoit
» une groſſe pierre ſur l'ouverture du puits &-
, quand tous les troupeaux étoient-là aſſemblés,
» on rouloit la pierre de deſſus l'ouverture du
» puits, l'on abreuvoit les troupeaux, enſuite
» l'on remettoit la pierre en ſon lieu ſur l'ou
» verture du puits. Et Jacob dit aux bergers
» qui gardoient les troupeaux ; Mes freres, d'où
» ètes-vous ? Nous ſommes, répondirent - ils ,
» de Caran. Ne connoiſſezKvous
A 4
point , repartit
25 Ja
152 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
» Jacob , Laban le fils, ou petit fils (a) de
» Nacor ? Et ils répondirent, nous le connoiſ
» ſons. Jacob leur demanda encore s'il ſe por
» toit bien ? Oui , dirent les Bergers, il ſe por
» te bien & voila Rachel ſa fille qui vient avec
, ſon troupeau. Sur cela Jacob leur dit ; vous
,, voyez qu'il eſt encore grand jour , & qu'il
, n'eſt pas tems de retirer les troupeaux dans
,, la bergerie : abreuvez - les à préſent, & les
» remenez paître ; Nous ne le pouvons pas,
» répondirent les bergers , juſqu'à ce que tous .
» les troupeaux ſoient aſſemblés, & qu'on ait
» ôté la pierre de deſſus l'ouverture du puits
» pour abreuver les troupeaux. Comme Jacob
» leur parloit encore , Rachel arriva avec le
,, troupeau de ſon pere, car elle en avoit le ſoin,
,, comme une bcrgere : Et quand Jacob vit Ra
» chel , fille de Laban, frere de la mere, con
» duiſanr ſon troupeau , il s'approcha du puits
» & s'aida avec empreſſement à rouler la pierre
» de deſſus l'ouverture du puits, pour abeuver
» ait plutôt le troupeau de Laban, frere de ſa
» mere, que Rachel conduiſoit : Enſuite Jacob
,, s'étant fait connoitre à Rachel la baiſi ou l'em
bruſſa ſelon l'uſage de ces tems - là, 85 me pou
vant plus contenir ſes ſentimens, * il éleva ſa
» voix & pleura de joie : Car Jacob avoit dé
» claré à Rachel qu'il étoit frere, ou Neveu de
» ſon pere, & fils de Rebecca, & elle courut
» le

( a ) Ou petit fils. J'ajoute ces mots parce que La


ban étoit fils de Béthuël qui étoit fils de Nacor , frere
d'Abraham : mais les Hébreux n'ayants point de nom
particulier pour déſigner ce dégré de parentage , ſe
ſervent également du nom de fiis.
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 153
» le rapporter à ſon pere Laban , lequel ayant
,, appris des nouvelles de Jacob fils de ſa ſœur,
» courut d'abord au devant de lui, l'embraſſà,
» le baiſa & le fit venir dans ſa maiſon. Jacob
» de ſon côté recita à Laban tout ce qui lui
,, étoit arrivé; ſurquoi Laban lui dit ; Certai
» mement je reconnois que tu ès mon os & ma
» chair , de ma famille $ de mes plus proches
» parens qui me ſont chers ; & Jacob demeura
, avec lui un mois entier à le ſervir.
D. Qu'eſt-ce qui lui arriva au bout de ce tems-là ?
R. Quand ce premier mois fut paſſé, * Laban Gen.
,, dit à Jacob ; Il n'eſt pas juſte que tu me #
, ſerves pour rien; parce que tu es mon frere, * *
» ou mon Neveu : Di-moi donc quel ſera ton
,, ſalaire, 85 ce que tu veux que je te donne
» pour recompenſe de te*ſervices. Or Laban
» avoit deux filles, dont l'ainée s'appeloit Léa
» & la cadette Rachel : mais Léa avoit les yeux
» tendres & chaſſieux, & Rachel étoit bien
, faite & belle de viſage : Auſſi Jacob l'aimoit
» il plus que Léa, & il répondit à Laban ; je
,, te ſervirai ſept ans , ſi tu me donnes pour
,, femme Rachel ta cadette : Il vaut mieux,
,, repartit Laban, que je te la donne, que de la
» donner à un autre : Demeure ſeulement avec
• moi le tems que tu dis, & je te la donnerai :
,, Jacob ſervit donc ſept ans pour avoir Ra
» chel, qui lui ſemblérent comme peu de jours ;
» parce qu'il l'aimoit : Quand ils furent paſſés,
» Jatob dit à Laban ; Donne-moi la femme
• » Que tu m'as promiſe ; car le tems que je t'a-
» vºs promis de te ſervir pour elle eſt accom
» p : & je viendrai vers elle, comme un mari
»vºſ femme. Il faut te ſatisfaire, répondit
K 5 9:) La
154 L'A N c I E N T E s T A M E N T
s, Laban, & ſur le champ il aſſembla tous les
,, gens du lieu, parems 83 voiſins , & fit un feſ
,, tin ſelon la coutume pour célébrer ces noces :
,, mais quand le ſoir fut venu $ que Jacob ſe
fut retiré dans la chambre nuptiale pour y atten
dre ſon épouſe, " Laban prit Léa ſa fil'e ainée
» & l'amena à Jacob qui la prenant pour Ra
» chel, apparemment parce qu'elle étoit voilée,
» vint auJi tôt vers elle, 85 paſſa la nuit avec
,, elle comme avec ſa femme : & Laban lui avoit
» donné pour la ſervir, ſa propre ſervante Zil
,, pa, qui étoit ſans doute du complot. Dès qu'il
,, fut jour, Jacob connut que c'étoit Léa qu'on
,, lui avoit donnée , & il vint auſſi tôt dire à
» Laban ; Qu'eſt ce que tu m'as fait ? N'ai.je
,, pas ſervi chez toi ſept ans , pour que tu me
» donnaſſes en mari$e Rachel 83 mon Léa ?
| » Pourquoi m'as-tu trompé ? Ce n'eſt pas, ré
, pondit Laban, l'uſage de ce lieu de marier
» la cadette avant l'ainée : Accompli les ſept
» jours de mariage avec celle - ci, & nous te
» donnerons auſſi l'autre, pour le ſervice que
» tu t'engageras de faire encore chez moi ſept
» autres années. Jacob y conſentit & acheva
» la ſemaine entiere de mariage avec Léa ;
,, après laquelle Laban lui donna auſſi pour
2, femme Rachel ſa fille cadette : De tels maria
ges avec les deux ſeurs n'étant pas alors formel
lement deffendus , mon plus que la polygamie »
comme ils le furent dans la ſuite. " Et Laban
, donna à Rachel pour la ſervir une autre de
» ſes ſervantes nommée Bilha. Jacob vint donc
» vers Rachel Q5 la prit auſſi pour femme : Il
» l'aima mème plus que Léa, . & il • #
»» dC
R1 s EN C A T E c H 1 s M E. Y55
;, de ſervir encore ſept autres années chez La
, ban à ſon 0ccaſion.
D. Quelles furent les ſuites de ce double ma
riage de Jacob avec les deux filles de Laban ?
R. Ces ſuites furent d'un côté la naiſſance
de pluſieurs enfans tant de ces femmes que de
leurs ſervantes juſques au nombre de douze ,
& de l'autre la ſéparation qui ſe fit des trou
peaux appartenans à Laban & de ceux qui de
voient être le partage de Jacob.
D. Quels furent les premiers nés de Léa ſa pre
·miere femme ?
R. ,, L'Eternel, dit Moïſe, voyant que Léa Gew.

» étoit haïe, ou moins aimée que Rachel, ouvrit XIX .


s, ſa matrice, c. à d. la remdit propre à concevoir, 30-35
,, pendant que Rachel étoit ſtérile. Et Léa con
, çut & enfanta un fils qu'clle nomma Ruben ,
» c. à d. fils de la vtté, ou de la viſion ; parce
» qu'elle avoit dit ; l'Eternel a vû mon afflic
» tion , c'eſt pourquoi auſſi j'eſpére que mon ma
,, ri m'aimera : Elle conçut encore & enfanta
» un fils qu'elle nomma Siméon ; c. à d, il m'a
,, entendu " ou exaucé : parce qu'elle avoit dit :
,, l'Eternel a entendu que j'étois haïe, ou moins
s, aimée, & il m'a donné cet enfant. Elle con
,, çut encore & enfanta un fils , duquel elle dit ;
» maintenant mon mari s'attachera à moi ; car
» je lui ai enfanté trois fils ; c'eſt pourquoi on
» l'appela Lévi, c. à d. Attaché. Elle conçut en
» core & enfanta un fils qui fut appelé Juda,
» c. à d. Loué ; parce qu'elle avoit dit, en le
, voyant : Cette fois-ci je louërai l'Eternel ; &
» elle ceſſa pour lors d'avoir des enfans.
D. De quel ail Rachel regarda-t-elle cette fécon
dité
r56 L'A N e 1 E N T E s T A M E N r
dité de Léa 83 ſa propre ſtérilité ? Et commens
y ſuppléa t-elle ?
67en. R. Alors Rachel voyant qu'elle ne faiſoit point
XXX.
» d'enfant à Jacob fut jalouſe de Léa ſa ſœur,
, & dit à Jacob : Donne moi des enfans ; ſinon
» je ſuis morte; je ne puis plus vivre ainſi : mais
» Jacob ſe mit fort en colere contre Rachel &
» lui dit : Suis je à la place de, Dieu, qui t'a
» empêché juſqu'à préſent d'avoir des enfans,
83 qui pourroit encore t'en donner s'il vouloit ?
Mais s'il me le veut pas , me devons mous pas
nous y ſoumettre # Alors Rachel ſentant bien que
ſes déſirs étoient inutiles ſans le bon plaiſir de
Dieu , eut recours à un autre moyen pour avoir
des enfans qui fuſſent cenſes lui appartenir * &
» elle dit à Jacob ; Voila ma ſervante Bilha ;
» va vers elle , comme ſi c'étoit moi.même, &
,, quand elle enfantera , je prendrai ſon enfanº
,, ſur mes genoux, comme s'il étoit à moi , &
» j'aurai ainſi des enfans par ſon moyen. Jacob
» y ayant conſenti, elle lui donna ſa ſervante
,, Bilha pour femme, & en conſéquence, Jacob
» vint vers elle, dont Bilha conçut*& enfanta
» un fils à Jacob, ſurquoi Rachel dit ; Dieu
» a jugé en ma faveur ; il a auſſi exaucé ma
» voix & m'a donné un fils ; c'eſt pourquoi
» elle le nomma Dan, c. à d. qui juge, Bilha
» ſervante de Rachel conçut encore & enfanta
,, un ſecond fils à Jacob, à l'occaſion duquel
,, Rachel dit ; j'ai combattu avec de grands ar
, tifices contre ma ſœur, pour avoir des enfans
,, qui m'appartinſſent ; enfin j'ai prévalu ; ce qui
,, fit qu'elle donna à cet enfant le nom de Neph
tali, c. à d. mon artifice.
· D. Que
M 1s 1 N C A T E c H 1 s M E. 157
D. Que fit de ſon côté Léa pour l'emporter en
core ſur Rudel par le nombre d'enfans qu'elle
donneroit à Jacob ?
R. » Alors Léa voyant qu'elle avoit ceſſé de Go.
,, faire des entans, 85 ſouhaitant d'en avoir d'a. XXX.
,, vantage, qui fiſſent cenſes comme ſiens, prit * *
,, auſſi à l'exemple de Racbel , ſa ſervante Zil
s, pa & la donna pour femme à Jacob : elle lui
, enfanta d'abord après un fils qu'elle nomma
,, Gad , c. à d. une trottpe ; parce qu'elle dit ,
, en le voyant, une troupe eſt arrivée : Zilpa
,, ſervante de Léa enfanta un ſecond fils à Ja
, cob , dont la naiſſance fit dire à Léa : C'eſt
» pour me rendre plus heureuſe : car les filles
, me diront bienheureuſe d'avoir tant d'enfans,
» & elle lui donna à cauſe de cela le nom d'Aſſer,
c. à d. qui rend heureuſe.
D. De quel autre moyen ſe ſervit encore Léa
pour avoir des enfans nés de ſon ſein ?
R. Ce fut d'engager Rachel qui continuoit
d'avoir malgré ſa ſtérilité toute l'affection & le
commerce de ſon mari, à conſentir que Jacob
paſſat une nuit avec elle ; & elle en trouva une
occaſion favorable, dans le déſir que témoigna
Rachel d'avoir des plantes que Ruben fils de
Léa avoit trouvées à la campagne.
D. Que ſe paſſa-t-il donc à ce ſujet ?
R. ,, Ruben fils ainé de Léa étant ſorti au co,.
, tems de la moiſſon des bleds, trouva dans xxx.
, les champs des fruits d'une grande beauté , ****
» que l'on pourroit appeler des pommes d'amour
, (a), ou des fleurs aimables, & les apporta

(a ) Pomumes d'amour. Le mot Hebreu Dudaim qui


eſt ici employé ne ſe trouve qu'ici & Caut. VII. 13.
x 58 L'A N c1E N - T E s T A M E N T -
» à Léa ſa mere : Rachel les ayant vués, dit à
» ſa ſaur Léa ; Donne-moi, je te prie, de ces
», fleurs, ou de ces fruits. N'eſt - ce pas aſſez,
,, lui répondit Léa, que tu m'ayes enlevé mon
» mari, pour le prendre tout à toi * Faut - il
» que tu m'enléves encore les fruits que mon
», fils m'a apporté ? Je conſens volontiers , re
» prit Rachel, qu'il couche cette nuit avec toi ;
,, pourvû que tu me donnes de ces fruits de
» ton fils : L'offre fut acceptée, & quand Ja
,, cob revint des champs , Léa ſortit au-devant
,, de lui & lui dit ; Tu viendras, s'il te plait,
,, vers moi cette nuit ; car j'en ai acquis le
,, droit, du conſentement de Rachel en échan
,, ge des fruits que mon fils lui a donnés. Il
,, coucha donc avec elle cette nuit-là, & Dieu
» exauça Léa dans le déſir qu'elle avoit de don
» ner d'autres enfans à Jacob , en ſorte qu'elle
» lui enfanta un cinquieme fils de ſon ſein , qui
», lui fit dire ; Dieu m'a recompenſée, parce
' , que j'ai donné ma ſervante à mon mari ,
», qui paroiſſoit le ſouhaiter pour multiplier ſa
,, race : C'eſt pourquoi elle le nomma, Iſſacar ,
, c. à d, récompenſe, ou il a recompenſé. Enſuite
- . » Léa

où il ſemble déſigner des fleurs odoriferantes. Grand


nombre d'lnterpretes après les 7o. l'ont traduit des
znamº agores, à cauſe de la vertu qu'on leur a attri
buée d'aider à la conception : mais par la deſcription
que les ſavans nous ont donné de ce fruit & de ſes
différentes eſpéces , ce ne peut pas être le fruit , ou
la fleur que Ruben apporta à ſa mere. D'autres ont
crû que c'étoit des Citrons, ou des Grenades ; mais
ſans beaucoup de fondemeiit. L'on s'en tient donc à
dire ſimplement que c'etoit des fruits ou des fieurs
a'amour ou très aiiuables , conime l'iniinue l'original.
-

M1s EN C A T E c H I s M E. 153
,, Léa conçut encore & enfanta un ſixieme fils
, à Jacob, ce qui lui fit dire, Dieu m'a donné
, un bon douaire (a) ; Maintenant mon mari
,, demeurera avec moi, plus qu'il me faiſoit ci-de
, vant; car je lui ai enfanté ſix enfans : C'eſt
, pourquoi elle le nomma Zabulon, c. à d.
,, demeure. Puis elle enfanta une fille qu'elle nom
,, ma Dina. Dieu ſe ſouvint auſſi des vœux &
» des prieres de Rachel & l'ayant exaucée,
» ſa matrice fut ouverte, enſorte qu'elle conçut
, & enfanta un fils , qui lui fit dire ; Dieu
» m'a enlevé mon opprobre ; & elle le nomma
» Joſeph, c. à d. il ajoutera, par alluſion ait
, vœu qu'elle fit en diſant : Qu'il plaiſe à l'E-
» ternel de m'ajouter un autre fils.
D. Quand Jacob ſe vit pere de ces douze en
fans, que ſe paſſa t il entre lui 85 ſon Beau-pere
Laban pour fournir à l'entretitn d'une ſi nombreuſe
famille ?
R. Jacob penſa alors à retourner chez Iſaac
ſon pere dans le pays de Canaan avec ſes fem
mes & ſes enfans , pour y jouir des biens qu'il
avoit à attendre de la bénédiction de Dieu,
& l'ayant propoſé à Laban , il fut fait, à cette
occaſion, un traité entr'eux qui tourna au plus
grand avantage de Jacob , dont Laban & # S

Ca ) Dieu m'a donné un bon douaire. C'eſt ainſi


que la nlûpart des verſions françoiſes traduiſent le
terme Hébreu qui ne ſe trouve que dans ce ſeul en
droit de l'Ecriture ; mais l'on n'en donne aucune rai
ſon vraiſemblable. Le Célébre Schultens en a donné
une autre tirée de l'Arabe qui paroit beaucoup plus
convenable , & que l'on pourroit exprimer ainſi en
François : Dieu a donné à mon ſein tune agitation ,
qui tonrurra à mon avantage, * -
-

Y6o L'A N c I E N TE sTAMENT

fils furent mécontens : ce qui obligea Jacob à


quitter ce pays-là à l'inſçu de ſon beau-pere ;
lequel s'en étant apperçu pourſuivit ſon gendre,
& l'atteignit enfin au pays de Galaad , où après
quelques reproches réciproques, ils convinrent
de vivre déſormais en bons amis , & de ter
miner tous leurs différens par une nouvelle al
liance entr'eux qui fut irrévocable.
D. Quelle fut donc la premiere propoſition que
fit Jacob à Laban $ le traité qui s'en enſuivit ?
Gen. R. Voici ce qu'en dit Moïſe. * Il arriva
X X X.
25 - 36• » qu'après que Rachel eut enfanté Joſeph , Ja
,; cob dit à Laban : Donne moi mon congé &
,, permet que je m'en retourne au lieu de ma
,, naiſſance & dans ma patrie, & que je prenne
,, avec moi mes femmes & mes enfans, pour
,, leſquels je t'ai ſervi juſqu'à préſent & avec
,, leſquels je m'en irai : Je me te demande rien
,, en cela qui ne ſoit juſte ; car tu ſais de quelle
,, maniere je t'ai ſervi. Ecoute-moi , je te prie
», lui répondit Laban ; ſi j'ai trouvé grace de
,, vant toi, ou ſi tu veux me faire plaiſir : J'ai
», bien auguré par tout ce qui m'eſt arrivé que
», L'ET E R N E L me béniſſoit 85 augmentoit mes
», biens à cauſe de toi : Déclare-moi donc quel
» ſalaire tu veux que je te donne pour demeu
,, rer avec moi & je te le donnerai. Tu ſais,
,, lui repartit Jacob, comment je t'ai ſervi &
,, ce qu'eſt devenu ton bétail avec moi ; car
,, ce que tu avois avant que je vinſſe chez
,, toi étoit peu de choſe ; mais il s'eſt beau
,, coup accru par mes ſoins & L'E T E R N E L t'a
,, béni à proportion de mes ſervices ; mais main
,, tenant quand ferai-je auſſi quelque choſe pour
» ma propre famille, ſi je n'y travaille pas à
pré
MI s EN C A T E c H I s M E. I6I

, préſent ? Que te donnerai-je donc , lui dit


,, derechef Laban, pour tes ſervices, & Jacob
,, répondit ; Tu ne me donneras rien de fixe,
ou à titre de ſalaire pour mes ſervices paſſes.
,, Je veux bien encore paitre tes troupeaux &
,, les garder, ſi tu veux ſeulement m'accorder
,, ce que je te dirai : C'eſt de permcttre que je
,, paſſe aujourd'hui parmi tous tes troupeaux &
,, que j'en ſépare toutes les brebis marquetées
,, & tachetées de différentes couleurs : tout ce qu'il
, y aura d'agneaux noirs ou roux dans le trou
,, peau des brebis, & tout ce qu'il y aura de
,, marqueté & tacheté dans le troupeau de ché
,, vres ; enſorte qtte tout ce qui ſera tel n'ait att
cuiie communication avec le reſte du troupeau ;
mais pour l'avenir tout ce qui ſera ainſi marqué
dans ton troupeau 85 qui eſt eſtimé le moindre,
,, ſoit pour la laine, ou pour le poil, ſera mon
,, ſalaire , & j'eſpére que par ce moyen ma juſtice,
mon intégrité dans le ſervice que je t'ai rendu
par le paſſe 85 dans celui que je te rendrai en
core à l'avenir, ou ce qui doit me revenir de
,, droit, témoignera pour moi en ta préſence,
,, ou te deviendra ſenſible, quand tu viendras à
,, faire le partage de ton bétail, pour me livrer
,, mon ſalaire : Car s'il ſe trouve alors chez
,, moi , ou dans le troupeau qui eſt à mes ſoins,
· ,, quelque chévre marquetée & tachetée , ou
,, quelque brebis avec des marques de rouſſeur,
,, je conſens de paſſer pour un voleur : mais
auſſi tout ce qui maitra à l'avenir dans mon trou
peau marqué $ taché de cette maniere, ſera cem
,, ſe m'appartenir. Je le veux, repliqua Laban ;
,, qu'il ſoit fait comme tu l'as dit ; Et dès le
,, même jour il ſepara les boucs de ſon troupeau
2Tomue I- L 2» IIldſ
J62 L'A N C I E N TE sT A M ENT
,, marquetés de taches, ou de bandes de di.
,, verſes couleurs, & toutes les chévres marque
» tées & tachetées, & toutes celles où il y
,, avoit du blanc mélé avec d'autres couleurs,
» & tous les agneaux roux ou noirs ; & il les
» donna en garde à ſes propres fils , pour les
ſéparer du reſte du troupeau, comme l'avoit pro
poſé Jacob, $ rendre par - là ſon ſalaire moins
,, conſidérable : Et de peur qu'il n'y eut quelque
» ſujet de plainte à cet égard, ou pour empê
» cher encore mieux toute communication, La
» ban mit l'eſpace de trois journées de chemin
» entre les troupeaux dont ſes fils avoient ſoin
,, & ceux qui ſeroient remis aux ſoins de Jacob,
» lequel paiſſoit de ſon côté le reſte des trou
» peaux de Laban qui étoient tuut d'une couleur,
comme il le lui avoit promis.
D. Telle étant la convention faite avec Laban,
comment s'y prit Jacob pour faire valoir le ſa
laire qui lui avoit été promis ?
R. ,, Jacob pour ſe procurer dans les trou
X X X. peaux dont il avoit ſoin, eittant qu'il le pourroit,
37-43. des brebis marquetées & tachetées ſe ſervit de ces
» deux ou trois expédiens , il prit d'abord des
, verges fraiches de peuplier , de coudrier , ou
» d'amandier & de planes & en ôta les écor
» ces de place en place, pour découvrir le blanc
» des verges , de maniere qu'eiles fuſſent partie
» blanches $ partie vertes & plaça ces baguet
» tes pelées 83 de différentes couleurs dans les au
» ges & les abreuvoirs où les brebis venoient
» boire ; afin que les troupeaux euſſent ces ba
» guettes devant les yeux, lors qu'elles ſeroient
» en chaleur & qu'elles viendroient boire, d'où
» il arriva que ces brebis étant en chaleur &
»» regar
M I s E N C A T E c H I s M E. I63
» regardant ces verges pelées d'eſpace en eſpace
» conçurent des agneaux marquetés , avec des
» taches ou des bandes de diverſes couleurs.
» 2". Jacob ayant deja par ce moyen un grand
» nombre d'agneaux tels qu il les ſouhaitoit , il les
» ſépara du troupeau, & fit enſorte que les
» brebis du troupeau de Laban euſſent toujours
», devant les yeux, tout ce qui étoit marqueté
» & roux , afin que ce qui en maitroit fut de
,, même, & il mit toujours ſes troupeaux ainſi
,, tachés & marquetés à part , & ne les mit
» point avec les troupeaux de Laban. 3". Toutes
» les fois que les brebis vigoureuſes entroient
» en chaleur, Jacob mettoit les verges dans les
,, abreuvoirs devant leurs yeux ; afin qu'elles
» les viſſent quand elles ſeroient en chaleur ;
» mais ſi c'étoient des brebis foibles qui fuſſent
,, en chaleur, il ne mettoit point les verges de
vant elles, pour me pas en avoir des agneaux foi
,, bles ; par ce moyen les foibles appartenoient
» à Laban & les vigoureuſes à Jacob. Ainſi cet
» homme augmenta conſidérablement ſes biens
», & eut de grands troupeaux, des ſervantes &
, des ſerviteurs, des chameaux & des anes. .
D. AMais ne peut - on pas accuſer Jacob de
fraude dans les moyens qu'il employa pour mul
tiplier ſi fort ſon bétail, à ſon avantage 83 au
préjudice de Laban ?
R. Pour diſculper Jacob à cet égard , l'on
peut répondre d'abord : I". Qu'il n'employa au
cune fraude pour tromper Laban ; mais qu'il le
ſervit toujours fidèlement , dans le ſoin & la
conduite de ſes troupeaux malgré ſon avarice
& ſes duretés. 2°. Que l'artifice dont il ſe ſer
vit pour avoir des agneaux & des chevreaux
L 2 IIlºtſ
164 L'A N c I E N T E s T A M E N T.
marquetés, plûtôt que de tout-à- fait blancs,
ou tout - à - fait noirs, n'avoit rien que d'inno
cent en ſoi-même , ou qui ne fut peut être con
nu de Laban & qui ne fut une ſuite de la con
vention faite avec lui. Enfin ce qui juſtifie plei
nement la conduite de Jacob , c'eſt que les mo
yens dont il ſe ſervit pour multiplier les trou
peaux qui devoient lui appartenir , quoiqu'ils
paroiſſent d'invention humaine , ne ſont point
confirmés par une expérience conſtante & que
l'on voit manifeſtement qu'ils lui avoient été
indiqués en ſonge par l'intervention de Dieu
même pour punir Laban de ſon injuſtice , &
dédommager Jacob de tout ce qu'il avoit ſouf
fert au ſervice d'un maitre auſſi dur. L'on en
peut voir des preuves dans ce qui ſera rappor
té dans la ſuite.
D. Comment eſt ce que Laban 83 ſes fils re
garderent cette proſpérité de Jacob & quelles en
furent les ſuites ?
R. Ils la regardérent d'un œil de jalouſie &
avec beaucoup de chagrin ; ce qui obligea Ja
cob ſur l'ordre qu'il en reçut de Dieu, de ſor
tir de ce pays là avec tout ce qui lui apparte
noit de droit, & de retourner au pays de ſes
peres , comme le rapporte Moïſe dans ce qui
Gen. ſuit. * Or Jacob entendit les diſcours des fils
XXXI.
I - 2 I• » de Laban qui diſoient : Jacob a pris tout ce
,, qui étoit à nôtre pere & en a acquis tous ces
» biens qui font à préſent ſa gloire : Il s'apper
,, çut auſſi que le viſage de Laban n'étoit plus
» le même à ſon égard qu'il étoit auparavant.
, De plus l'Eternel avoit dit à Jacob ; Retour
, ne-t- en au pays de tes peres & vers ta pa
» renté, & je ſerai là avec toi ; je te proté
- gerai
M I s E N C A T E c H I s M E. 165
gerai $ te favoriſerai en tout ce que tu feras.
,, Sur cela Jacob fit dire à Rachel & à Léa de
,, le venir trouver aux champs vers ſes trou
» peaux, pour leur parler plus en ſecret, & il leur
» dit ; Je connois au viſage de vôtre pere qu'il
» n'eſt plus le même à mon égard qu'il étoit au
» paravant ; mais le D I E U de mon pere, qui
» a été avec moi juſques ici ne m'abandonnera
» pas : Vous ſavez auſſi que j'ai ſervi vôtre
» pere de tout mon pouvoir ; cependant il s'eſt
» moqué de moi & a changé dix fois mon ſa
» laire ; mais D I E U ne lui a pas permis de
» me faire aucun tort , comme il en avoit le
deſſein ; ou plutôt l' Eternel m'a toujours favoriſé :
» Ainſi quand Laban diſoit, les brebis marque
» tées ſeront ton ſalaire, alors les brebis fai
» ſoient toutes des agneaux marquetés, & quand
» il diſoit , celles qui auront des taches, ou
» des bandes de diverſes couleurs ſeront ton ſa
» laire ; alors toutes les brebis faiſoient des
» agneaux avec des taches , ou des bandes de
,, diverſes couleurs ; en ſorte que l'on peut dire
,, que c'eſt Dieu lui même qui a ôté le bétail à
,, vôtre pere pour me le donner. C'eſt lui en
effet qui m'a découvert le moyen dont je me ſuis
ſervi pour avoir des brebis de la ſorte qui de
voient étre mon ſalaire : ** Car il arriva au tems
» que les brebis entroient en chaleur , que je
» vis en ſonge des boucs qui couvroient les
» chévres , marquetés , tachetés & couverts de
» bandes, & un Ange venu de la part de D I E U
» me dit en ſonge : Jacob ; & lui ayant répon

» du, me voici ; il me dit ; Léve maintenant
, les yeux & regarde ; tit verras que tous les
» boucs qui couvrent les chévres, ſont marque
L 3 ,, tés ,
1 56 L'A N c I E N - T E s T A M E N T.
lil
» tés, tachetés & couverts de bandes de diver
,, ſes couleurs, car j'ai vu tout ce que te fait sº
» Laban , 85 l'eſprit dont il eſt animé envers toi : # !:
» Je ſuis le Dieu fort qui t'ai apparu en Béthel
tr:
» ou tu oignis la pierre que tu dreſſas pour mo la ,
,, nument, quand tu me fis - là un vœu : Main ##
» tenant donc, leve-toi, ſors de ce pays &
#.
» retourne au pays de ta parenté : Alors Ra
» chel & Léa remplies des mèmes ſentimens lui i.
» répondirent : Avons nous encore à eſperer quel stº
» que portion, ou quelque héritage dans la mai
» ion de nôtre pere ? Ne nous a t - il pas trai
» tées , comme des étrangéres ? Car il nous a
, vendues & même il a entiérement mangé
s, nôtre argent ; en s'appropriant le ſalaire de mò
tre mari, ou le ſervice qu'il avoit rendu pour
nous avoir en mariage, ſans que notts y ayons
eu aucune part , comme un maitre qui prend
pour lui le prix d'un eſclave qu'il vend. Il m'a
d'ailleurs aucun lieu de ſe plaindre de la proſpé
rité de môtre mari : ** Car toutes les richeſſes
. ,, que D 1 E U a otées à nôtre pere , pour aug
,, menter le ſalaire de môtre mari nous appar
,, tiennent & à nos enfans : Maintenant donc
,, fai tout ce que D I E U t'a dit ; mous y con
,, ſentons volontiers. Ainſi Jacob ſe diſpoſa à
,, partir & quand tout fut prêt, il fit monter
,, ſes enfans & ſes femmes ſur des chameaux &
,, emmena tout ſon bétail : Il emporta auſſi
,, tout le bien qu'il avoit acquis & tout ce qu'il
,, poſſédoit en Paddan-Aram , pour aller vers
,, Iſaac ſon pere au pays de Canaan : Et com
,, me Laban étoit allé rondre ſes brebis , Ra
,, chel projita de ſon abſence pour dérober les
- » ima
M I s E N C A T E c H 1 s M E. 167
,, images, ou les idoles (a) de ſon pere : & Ja
,, cob cacha à Laban le deſſein qu'il avoit de
,, s'en aller. Ainſi il s'évada avec tout ce qui
,, lui appartenoit & partit à l'inſcu de Laban,
,, & ayant paſſé le fleuve de l'Euphrate, il prit
,, ſon chemin vers la montagne que l'on appelle
,, à préſent Galaad. -

D. Que fit Laban quand il apprit le départ


clandeſtin de Jacob 85 qu'il avoit emmené avec
lui tout ce qui lui appartenoit ?
R. ,, Le troiſiéme jour après le départ de Ja Gen.
,, cob , on rapporta à Laban que Jacob s'étoit XXX1,22 - 42•
,, évadé avec toute ſa famille ; ſurquoi ayant pris
,, avec lui ſes freres, ou ſes plus proches pa
,, rens, il le pourſuivit pendant ſept journées
,, de chemin, & l'atteignit enfin à la montagne
» de Galaad : Mais D I E U apparut la même
- L 4 » nuit

(a) Les idoles. Il y a dans l'hébreu let Terapbimr.


Ce mot eſt employé dans quelques autres endroits pour
déſigner des figures ou des ſtatuès qui ſervoient à la
divination , ou à quelque culte rcligieux & ſuperſtitieux
ccmme on peut le voir E2ech. XXI. 26. Zach. X. 2.
Cee III. 4 Jug. XVII. 5. XVIII. 17. r. Sam. XV.
23. XIX. 13 , 16. ll paroit de plus par ce dernier
endroit que cette image, ou cette ſtatuë étoit de for
me hun aine ; puiſque Mical la mit dans le lit de
David pour faire croire aux meſſagers de Saül que c'é-
toit lui - même ; mais il eſt difficile de découvrir quel
uſge Laban en faiſoit ; car il eſt plus que probable
par tout ce qui eſt dit de lui & de ſa famille, qu'il
adoroit le vrai Dieu : Cependant il ſe peut que s'étant
laiſſé en r iner par la ſurerſtition du pays, il ſe ſervit
de ces images, ou de ces ſtatuès pour la divination ;
il.ſe peut même que Rachel élevée dans la même opi
nion les lui ait enlevé pour empêcher qu'il ne dé
Vº* Par leur moyen le cheulin que Jacob avoit pris.
f
I68 L'A N c I E N TE sTAMEN T

» nuit en ſonge au dit Laban le Syrien & lui


» dit ; Pren-garde de rien dire à Jacob , ni en
» bien, ni en mal, qui lui faſſe changer de deſ
,, ſein. Laban donc atteignit Jacob , lorſqu'il
,, avoit déja tendu ſes tentes à la montagne
» & tendit auſſi les ſiennes avec ſes freres , en
» la même montagne de Galaad. Après cela
» Laban dit à Jacob ; Pourquoi t'es-tu dérobé
» de moi, & as-tu emmené mes filles comme
,, des priſonnieres de guerre ? Pourquoi m'as-tu
» caché ton départ, & t'es-tu évadé ſans m'en
» rien dire ? Car ſi tu me l'avois dit, je t'euſſe
» accompagné avec des chants de joie, des
» tambours & des harpes : Mais tu ne m'as
» pas ſeulement laiſſé baiſer mes fils & mes filles.
» Aſſurément tu n'as pas agi en homme ſage
» en faiſant celg. J'aurois bien en main le pou
» voir de t'en punir ; mais le D I E U de ton
» pere Iſaac m'a parlé la nuit paſſée en ſonge
,, & m'a dit ; Pren-garde de rien dire à Jacob
» qui lui tourne en mal, ou dont il puiſſe
» être offenſé. Je veux donc bien te pardon
» ner, d'être parti ſi précipitamment, puiſque
» tu déſirois ſi ardemment de rejoindre la fa
» mille de ton pere ; mais pourquoi m'as - tu
» dérobé mes Dieux , ou les ſtatués qui étoient
,, pour moi une eſpéce de divinité : Si je ſuis
» parti , répondit Jacob à Laban, ſans t'en dom
,, mer avis , c'eſt que je craignois & diſois en
,, moi - mème que tu pourrois bien retenir mes
» femmes tes flles ; mais pour le vol dont tu
,, m'accuſes , je conſens que celui chez qui tu
» trouveras tes Dieux ne vive point. Reconnoi
» auſſi en préſence de nos freres ou de nos Pa
» rens, s'il y a chez moi quelque choſe qui
» t'ap
MIs E N C A T E c H I s M E. I69
,, t'appartienrfe ; & repren-le ; car Jacob igno
,, roit que Rachel eut dérobé ces images. Alors
» Laban vint dans les tentes de Jacob, de Léa,
» & des deux ſervantes & ne les trouva point ;
,, & étant ſorti de · la tente de Léa , il entra
,, dans celle de Rachel , qui avoit pris les ima
- / -
)

,e ges, & les avoit cachées ſous le harnois d'un


» chameau, ſur lequel elle ſe tint aſſiſe pen
» dant tout le tems que Laban fouilla toute ſa
,, tente ſans les trouver, & craignant que ſon
,, vol ne fut découvert, ſi elle ſe levoit, elle dit
,, à ſon pere : Que mon Seigneur ne ſe fâche
» point, ſi je ne me leve pas devant lui , pour
hui témoigner mon reſpect, ce qui m'en empeche,
,, c'eſt que j'ai ce que les femmes ont accoutu
» mé d'avoir ; ainſi il ſe contenta d'avoir fouillé
» par tout & ne trouva point ſes images ; mais
» Jacob tout en colère de ce que Laban lui
» avoit imputé un crime ſans aucun fondement ,
» comme il avoit lieu de le croire ſur les re
,, cherches qui venoient d'ètre faites, lui parla
» à ſon tour très vivement & lui dit ; Quel
» eſt mon crime ? Quel eſt mon péché ; que tu
,, m'ayes pourſuivi ſi ardemment, comme ſi j'é-
,, tois un voleur * Car tu viens de fouiller tout
,, mon bagage , pour dévouvrir le vol que tu
,, m'imputes * Qu'as-tu donc trouvé de tous les
,, meubles de ta maiſon ? Produi-les ici devant
» mes parens & les tiens & qu'ils ſoient juges
» entre nous - deux. J'ai été avec toi plus de
» vingt ans : tes brebis & tes chevres n'ont
» point avorté ſous ma conduite : je n'ai point
» mangé les moutons de tes troupeaux : je ne
» tºi point porté en compte ce qui a été dé
» chiré par les bêtes ſauvages, j'en ai ſupporté
5 » la
17o L'AN c 1 E N T E s T a M E N T
,, la perte & tu redemandois de ma main, ce
» qui avoit été dérobé par d'autres perſonnes,
,, de jour auſſi bien que de nuit. De jour le
» hale me conſumoit & de nuit la gelée. Je
,, t'ai ſervi vingt ans paſſés dans ta maiſon ;
,, quatorze ans pour tes deux filles & ſix ans
,, pour tes troupeaux & tu m'as changé dig
» fois mon ſalaire : Si le DIE U de mon pere ,
,, le D I E U d'Abraham, celui que mon pere
,, Iſaac ſert encore avec crainte, n'eut été pour
,, moi, 83 me m'ent manifeſtement favoriſé, tu
» m'euſſes aſſurément renvoyé à vuide de chez
,, toi ; mais D I E U qui a vu tout ce que j'ai
,, eu à ſouffrir , & tout ce que j'ai fait pour
,, toi, t'a averti la nuit paſſée de ne me faire au
cun mal.
D. Que répondit Laban à ces reproches de Ja
cob 85 comment ſe termina leur entrevuë ?
Gen.
X X X I.
R. ,, Laban répondit à Jacob & lui dit ;
43 - 55. » Ces filles à préſent tes femmes ſont mes filles,
,, & ces enfans qui en ſont nés ſont mes en
,, fans, comme les tiens : Ces troupeaux ſont
» mes troupeaux, nés & élevés chez moi, &
,, tout ce que tu vois m'appartient comme à toi.
» Et que pourrois - je faire aujourd'hui de plus,
» pour mes filles & pour les enfans qu'elles ont
» mis au monde, que de t'abandonner tout
» cela ? Maintenant donc, vien, faiſons en
» ſemble une alliance, & qu'elle ſerve de té
,, moignage entre moi & toi, pour la ſureté de
,, tout ce que je te dis. - Jacob y conſentit de
,, ſon côté très volontiers , & ayant pris une
,, pierre il la dreſſa pour monument de l'accord
,, qui alloit ſe paſſer entr'eux & dit à ſes pa
» rens, ou à Laban $ à,ſa ſitite, d'amaſſer cha
- »2 CuIl
7M 1 s : EN C A T E c H I s M E. I7I
# cun des pierres, qu'ils apportérent & en fi
,, rent un monceau ſur lequel ils mangérent
enſemble, de bonne amitié, en confirmation de
s, cette alliance. C'eſt pourquoi Laban appela
s, ce monceau Jegar-Sahadutha ; c. à d en lan
,, gue Syriaque , le monceau du témoignage, &
,, Jacob l'appela Galgned, c. à d. en Hébreu le
,, monceau du témoin. Puis Laban ajouta ; Ce
» monceau ſera aujourd'hui un témoignage de
,, l'alliance fuite entre moi & toi, & à cauſe
» de cela on l'appelera Galgned , ou Galaad Il
» fut auſſi appelé Mitſpa, c. à d. une guérite,
un lieu d'où l'on prend garde à ce qui ſe paſſe ;
» parce que Laban avoit dit ; L'ET E R N E L
» prendra garde à moi & à toi, quand nous
» nous ſerons ſéparés l'un de l'autre. Si tu mal
» traites mes filles, ou ſi tu prens une autre
» femme que mes filles ; ce ne ſera pas un hom
;, me qui ſera témoin entre nous ; prens y bien
», garde : c'eſt Dieu qui eſt témoin entre moi
», & toi. Laban dit encore à Jacob ; Regarde
,, ce monceau de pierres, & conſidére le mo
» nument que j'ai dreſſé avec mes freres entre
», moi & toi. Ce monceau & ce monument ſe
;, ront témoins, ou ſerviront de bornes entre
» nous ; enſorte que ni moi ni toi ne paſſerons
» point ce monceau , pour nous faire du mal
» l'un à l'autre. Que le D I E U d'Abraham &
» le D I E U , de Nacor ſon frere & le Dieu
» de leur pere Taré, ſoit juge entre nous, $
Pimiſſe celui qui manquera à cette alliance. Ja
» cob jura auſſi de l'obſerver par la frayeur de
» ſon pere Iſaac, c. à d. par le même Dieu que
» ſon pere Iſaac ſervoit avec crainte : Et Jacob
» offrit un ſacrifice ſur la montagne & invita
f01ſ 5
Y72 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, tous ſes parens au repas qui le ſuivit. Ils y
, aſſiſtérent tous & paſſérent la nuit ſur la mon
,, tagne à manger enſemble. Puis Laban ſe le
,, vant de bon matin , baiſa ſes fils & ſes fil
,, les, & après leur avoir ſouhaité toutes ſor
,, tes de biens, il partit , & s'en retourna
» chez lui. -

C H A P I T R E X II. - .

"

Contenant la ſuite du voyage de Jacob,


juſqu'à ſon arrivée à Hébron, où il trou
ve Iſaac ſon pere qui meurt peu après,
& y eſt enſéveli par ſes fils Jacob &
Eſaü dont la poſtérité eſt rapportée.
D. U alla Jacob après que Laban l'eut
quitté ? -

Gen. R. ,, Jacob continua ſon chemin , & des An


XXXII.
I » 2.
,, ges envoyés de Dieu ſe préſentérent à lui en
,, viſion , ou en ſonge pour l'aſſurer de plus en
,, plus de la protection de Dieu : Et quand Ja
,, cob les eut vu, il dit ; C'eſt ici le camp de
,, Dieu, & il nomma ce lieu-là Mahanajim ,
c. à d. les deux camps ; voulant par-là faire con
moitre à la poſtérité qu'il y avoit eu en cet en
droit deux camps , celui de Dieu, 85 le ſien
propre ( a ). -

D.• Quelle
( a ) Et le ſien propre. D'autres interprêtes veulent
que les Anges de Dieu ayent été en ſi grand nom
bre, qu'ils 2yent forme comme deux camps , ou deux
armées
IM I s E N C A T E c H I s M E. 173

D. Quelle précaution prit cependant Jacob


pour s'aſſurer un heureux ſuccès dans ſon vo
yage ?
R. ,, Jacob ſachant qu'il devoit paſſer près du
pays qu'habitoit alors ſon frere Eſaii 85 voulant x# -

prévenir le deſſein qu'il auroit eu de lui nuire, 7-,.


par des civilités 83 des préſens propres à gagner
ſon cœur, " envoya des Meſſagers devant lui
,, vers Eſaü ſon frere, au pays de Séhir, dans
,, le territoirre d'Edom , où il demeuroit alors
comme étranger, 85 qui fut depuis, le pays des
Amalekites ſes deſcendans, * & Jacob donna or
,, dre à ſes Meſſagers de parler de cette maniere
,, à Eſaü , qu'il appele par civilité ſon Seigneur :
,, Ainſi a dit ton ſerviteur Jacob ; j'ai demeuré
, comme étranger chez Laban, & j'y ai ſéjour
» né juſqu'à préſent. J'ai des bœufs, des anes,
», des brebis, des ſerviteurs & des ſervantes :
,, je m'ai beſoin de rien, graces à Dieu , & ſi
», j'ai envoyé annoncer mon arrivée à mon Sei
,, gneur; c'eſt ſeulement pour trouver grace de
» vant lui 85 pour être reçu de lui agréablement
83 en bon frere. Au bout de quelques jours,
,, les meſſagers retournérent à Jacob & lui di
» rent : Nous ſommes venus vers ton frere
», Eſaü , pour lui faire tes complimens : il nous
», a bien reçus & il vient au devant de toi ac
» compagné de quatre cents hommes.
D. Que fit Jacob à l'ouie de cette nouvelle.
R. ,, Jacob craignit dabord beaucoup le Gen.
reſſentimens d'un frere à qui il avoit donné tant XXXII.
» de 7-23, .
armées, dont l'une étoit compoſée d'Anges qui l'avoient
accompagné juſqu'à Galaad, & l'autre d'Anges qui de
Voient le çonduire dans le reſte de ſon voyage.
/

174 L'A N c 1 E N T E s T A M E NT
e, de ſujets de plainte & fut dans une grande
», angoiſſe; mais étant un peu revenu à lui-même
,, il prit ſon parti , & ayant partagé le mon
», de qui étoit avec lui, auſſi bien que les bre
», bis, les bœufs & les chameaux en deux ban
,, des ; il dit : Si Eſaü vient à une de ces ban
s, des & qu'il la frappe ou qu'il l'enléve, la ban
s, de qui demeurera de reſte échapera. De plus
,, Jacob adreſſa à Dieu cette priere : O D I E U
,, de mon pere Abraham , D1 E U de mon pe
s, re Iſaac, qui les as toujours favoriſés de tou
», ſecours ; O ET E RN E L qui m'as dit; Re
», tourne en ton pays & vers ta parenté, & je
», te ferai du bien : Je ſuis petit 85 fort au deſ
», ſous de toutes tes gratuités, & de la fidélité
», avec laquelle tu as accompli toutes les promeſ
», ſes faites à ton ſerviteur ; car j'avois paſſé
», ce fleuve du Jourdain n'ayant que mon ba
,, ton ; mais maintenant je ſuis prêt à le re
,, paſſer avec ces deux troupes nombreuſes : Je
,, te prie , délivre-moi de la main de mon frere
», Eſaü ; car je crains qu'il ne vienne & qu'il
» ne nous frappe tous, moi, la mere & les en
», fans : Cependant tu m'as promis de me faire
,, du bien & de rendre ma poſtérité auſſi nom
,, breuſe que le ſable de la mer qui ne ſe peut
,, compter. Après cela Jacob ſe diſpoſa à paſſer
,, la nuit en ce lieu - là & prit de ce qui lui
» vint en main pour en faire un préſent à Eſaü
,, ſon frere , ſavoir, deux cent chévres, vingt
» boucs, deux cent brebis, vingt béliers, trente
,, femelles de chameaux qui allaitoient & leurs
,, petits, quarante jeunes vaches, dix jeunes
,, taureaux, vingt aneſſes & dix anons. Et il
, les remit à ſes ſerviteurs , chaque troupeau
99
MIs E N CA T E C H I s M E. 175
, à part, & leur dit : Paſſez devant moi, &
, faites qu'il y ait de la diſtance entre un trou
,, peau & l'autre. Puis il donna cet ordre à ce
,, lui qui conduiſoit le premier troupeau : Quand
,, Eſaü mon frere te rencontrera & te deman
,, dera : A qui tu es ? où tu vas ? & à qui
,, ſont ces choſes qui ſont devant toi : Alors
,, tu lui répondras ; Je ſuis à ton ſerviteur Ja
,, cob : C'eſt un préſent qu'il envoye à mon
, Seigneur Eſaü & lui même vient après nous.
,, Jacob donna le même ordre au ſecond con
,, ducteur & au troiſieme & à tous ceux qui
,, faiſoient marcher les troupeaux devant eux ;
,, diſant ; Vous parlerez ainſi à Eſaü quand
» vous l'aurez rencontré & vous ne manquerez
,, pas de lui dire : Ton ſerviteur Jacob nous
,, ſuit de près & il arrivera bientôt : car il di
», ſoit en lui - même ; J'appaiſerai ſon couroux
» par ces préſens dont je me ferai préceder ; je
» le verrai enſuite ; peut-être me regardera-t-il
,, alors favorablement. Il fit donc préceder ſes
» préſens ; mais lui demeura cette nuit-là avec
,, la troupe 83 toute ſa famille dans le camp
» où il avoit dreſſé ſes tentes ; & s'étant levé
, cette nuit avant jour , il prit ſes deux fem
,, mes, ſes deux ſervantes & ſes onze fils avec
» Dina leur ſœur & leur fit paſſer avant lui le
,, gué du Jabbok, qui ſe jette dans le Jourdaiu
» avec tout ce qui lui appartenoit, 85 il refta
le dernier ſeul en deça du torrent.
D. Qu'eſt - ce qui lui arriva d'extraordinaire '
après que toute ſa troupe fut paſſée ? -

R. , Jacob étant reſté ſeul, un Ange qu'il cºn.


» prit pour un homme, vint le ſaiſir par le XxXII:
» corPs $ lutta contre lui juſqu'au lºi
de 24-3*-
», l'au
176 L'A N c I E N TEsTAMEN T
», l'aurore ; & quand cet inconnu vit qu'il ne
», pouvoit pas en être le maitre , il toucha ſi
,, fortement l'endroit de l'emboiture de la hanche
» de Jacob, qu'elle fut démiſe en luttant con
s, tre lui. Alors le Lutteur lui dit ; Laiſſe-moi
,, aller ; car l'aurore eſt levée ; mais Jacob ju
geant par ce qu'il venoit de ſentir à ſa cuiſſe qu'il
avoit à faire a quelcun plus fort qu'un homme,
,, lui répondit ; Je ne te laiſſerai point aller
», que tu ne m'ayes béni, ou promis de me faire
», du bien : Quel eſt ton nom , lui repartit
», l'Ange ; je m'appele Jacob, répondit-il : Eh
s, bien , continua l'Ange, ton nom ne ſera pas
,, ſeulement Jacob ; mais on t'appelera auſſi lſ
,, raël , c. à d. Il a. combattu avec Dieu ; car
,, tu as combattu avec D I E U , ou celui qui le
,, repréſente, & avec les hommes, Eſaii, Laban
·,, 83 autres, & tu as été le plus fort. Jacob
,, lui dit à ſon tour, je te prie, déclare - moi
,, ton nom : Pourquoi, répondit il, demandes
, tu mon nom ? Ne dois tu pas me connoitre
,, par ce qui vient de t'arriver , & au lieu de
,, lui dire ſon nom , il donna ſa bénédiction à
,, Jacob, en lui annonçant toutes ſortes de biens
& l'aſſirant de ſa faveur, 85 dans le moment
,, il diſparut ; mais Jacob convaincu par cette
,, bénédiction, qu'elle venoit de Dieu , nomma ce
,, lieu-là Peniel , ou Phanuel c. à d. la fuce de
,, Dieu , car, dit - il, j'ai vu D I E U , ou ſon
,, Ange face-à-face, & mon ame a été délivrée,
' ou je n'ai point perdu la vie : (comme on croyoit
communément que cela devoit arriver à ceux à
,, qui Dieu apparoiſſoit. ) Et le ſoleil ſe leva
,, auſſi-tôt que Jacob eut quitté Peniel, boitant
,, ſur ſa hanche qui avoit été frappée. C'eſt
» pour
MIs EN C A T E c H 1 s M E. 177
,, pourquoi juſqu'à ce jour les enfans d'Iſrael,
,, pour perpétuer la mémoire de cet événement,
,, ne mangent point de nerf des animaux , qui
,, eſt à l'endroit de l'emboiture de la hanche ;.
,, parce que l'Ange avoit touché l'endroit qtti
,, tient à ce nerf.
D. En ſippoſant , comme on le fait , avec
beaucoup de fondement que ç'ait été un Ange en
voyé de Dieu qui ait lutté avec Jacob, quel peut
avoir été le bttt de cette lutte myſtérieuſe.
Re. La réponſe la plus ſatisfaiſante que l'on
puiſſe donner à cette queſtion & qui eſt auſſi
la plus ſuivie, c'eſt que Dieu voulut fortifier
Jacob contre la crainte qu'il avoit d'Eſaü , en
lui faiſant entendre que s'il avoit pu réſiſter à
un Ange de Dieu & ſe tirer avec honneur d'un
combat , dans lequel il auroit pu aiſément
ſuccomber, il n'avoit rien à craindre des mau
vais deſſeins d'Eſaü ; pourvû qu'il ſe confiat
dans le ſecours de Dieu dont les promeſſes de
voient lui être un ſûr garant du ſuccès, par
l'expérience qu'il en avoit déja faite ; à quoi
l'on peut ajouter que le coup dont il fut frappé
dans cette lutte ne fut que pour lui faire con
noitre la puiſſance de celui avec qui il avoit eu
à faire , & non pour lui infliger aucun mal
permanent ; puiſqu'il ne le ſentit pas , lors
qu'il en fut frappé, & qu'il y a toute appa
rence que le boitement dont il fut ſuivi me fut
que paſſager.
D. Comment ſe paſſa enſuite l'entrevuë de Jacob
avec Eſuii ?
R. » Jacob continuant ſon chemin $ ayant Gat.
» vu de loin Eſaü qui venoit à lui avec quatre XXXIII.
» cents hommes, partagea auſſi tôt ſes enfans en " *
Tome I. M trois
178 L'A N c I E N T EsT A M ENT
» trois bandes, l'une ſous Léa ; l'autre ſous
,, Rachel, & l'autre ſous les deux ſervantes ;
,, & il mit à la tète les ſervantes avec leurs en
,, fans ; Léa & ſes enfans marchoient enſuite
,, & Rachel avec Joſeph étoient les derniers :
», Et Jacob s'avançant à leur tête au devant
», d'Eſaii ; dès qu'il le vit, ou qu'il fut à por
», tée d'être apperçu de lui, il ſe proſterna en
», terre par ſept fois, juſqu'à ce qu'il fut près
,, de ſon frere. Eſaü de ſon côté accourut au
,, devant de lui , l'embraſſà & ſe jettant à ſon
,, cou , il le baiſà & ils répandirent tous deux
, des larmes de tendreſſe. Puis Eſaü ayant jet
,, té les yeux ſur les femmes & les enfans qui
,, ſuivoient ſon frere , il lui dit ; Qui ſont ces
,, enfans ? ſont - ils à toi ? Ce ſont, répondit
,, Jacob , les enfans que Dieu a donné dans ſa
,, faveur à ton ſerviteur. Et les ſervantes s'ap
,, prochérent les premieres avec leurs enfans &
,, ſe proſternérent devant Eſaü : Enſuite vint
,, Léa avec ſes enfans qui ſe proſternérent de
,, méme. Enfin Joſeph & Rachel s'approchérent
,, auſſi & le ſaluérent avec reſpect. Après cela
s, Eſaii dit encore à Jacob ; que veux-tu faire .
;, de tous ces troupeaux de bétail que j'ai ren
,, contré ? Ce ſont , répondit Jacob , des pré
,, ſens que j'envoye à mon Seigneur pour trouver
,, grace devant lui , $ nte concilier ſon amitié
,, 83 ſa faveur : J'ai, reprit Eſaü , de tout cela
,, abondamment ; mon frere, garde ce qui eſt
, à toi ; je n'en ai pas beſoin ; Mais, Jacob re
,, partit ; Non , je te prie, ſi j'ai maintenant
,, trouvé grace devant toi : Si tu veux me faire
plaiſir 85 que j'aye quelque part à ton amitié ,
,, reçoi ce préſent de ma main; parce que j'ai
- Vll
MIs EN C A T E c H I s M E. 179
» vu ta face, comme ſi j'avois vu la face d'un
,, D I E U qui m'eſt favorable, & parce que tu
,, t'es montré à moi avec un viſage appaiſé qtti
,, me promet ton amitié : Reçoi , je t'en conjure,
» mon préſent qui t'a été amené ; car par la
» grace que Dieu m'a faite, j'ai de tout abon
,, damment , & il le preſſà tant qu'Eſºti accepta
,, ſes préſens. Celui - ci dit encore à ſon frere :
» Partons d ici de compagnie & je marcherai
» avec ma troupe devant toi , pour te conduire
dans la route, au moins juſqu'au paſſage du Jour
», dain ;n mais Jacob ·lui, répondit : Monſeigneur
,, ſait que ces enfans ſont foibles, ou ne ſont
,, pas aſſez forts pour te ſuivre ; & je ſuis char
» gé de brebis & de vaches qui allaitent : , Si
» on les preſſe un ſeul jour, tout le ttoupeau
,, périra : Je te prie que mon Seigneur ai e
2» toujours devant ſpn ſerviteur , & je ſlivrai
, tout doucement , aû pas dé ce bagâge qui me
» précéde, & au pas de ces enfans, juſqu'à ce
» que j'arrive chez mon Seigneur en Séhir ;
,, j'y conſens , dit Eſaû ; mais permet au moins,
,, que je te faſſe eſcorter par une partie de ma
» troupe, pour te montrer le chemin. : A quoi
,, bon cela ? répondit Jacob, je n'ai pas beſoin,
,, de ce ſecours, & ſi j'ai trouvé grace aupres de
, toi mon Seigneur, oit ſi tu veux me faire plai
ſir, je m'en paſſerai. , . . -

D. Comment donc ſe ſéparérent - ils ? .


R. ,, Eſaü s'en retourna ce jour - là par ſon c.m.
,, chemin en Séhir, & Jacob, après avoir paſſé XXXIII.
, quelque tems avec lui s'en alla à Succoth, où ***
», il ſe fit une habitation pour ſoi 85 ſa fa
,, mille & fit des cabanes pour ſon betail ; c'eſt
» pourquoi l'on nomma ce lieu - là Succoth ,
M 2 c. à d.

-°:: *
•°
18o L'A N c I E N T E s T A M E N T.
c. à d. des tentes, ou des cabanes. Au bout de
,, quelques années, Jacob quitta encore cet em
º
,, droit 85 arriva ſain & ſauf ( a ) à la ville de
, Sichem, dans le pays de Canaan , malgré les
,, dangers qu'il avoit couru en venant de Pad
,, dan-Aram & ſe campa devant la ville, où il
,, acheta une portion du champ dans lequel il
, avoit dreſſé ſa tente, de la main des enfans
,, d'Hemor pere de Sichem. pour cent Keſites,
ou cent pieces d'argent
g ſur leſauelles
9 étoit em--
preinte la figure d'un agneau, d'où l'on croit que
cette monnoye tiroit ſon mom (b) & il dreſſa - là
- | º ' - ' ° ' - º ,, un
- ' ) · nº 7 , , , : il , a
•, -

(a) Sain $ ſauf L'Hébreu porte Schalein , que


quelques , lnterprêtes ont pris pour le nom de la ville
vù il arriva , laquelle fut dans la ſuite appelée Sichem ;
mais il ne paroit pas par aucun autre endroit, que Sichem
ait jamais été appelée Salem , ni que Salem dont Mel
chiſédec étoit Roi, puiſſe être la même que Sichem :
au lieu qu'en traduiſant ſain & ſauf comme nous l'a-
vons fait ; cela ſe rapporte aux fatigues que Jacob
avoit eſſuyé depuis ſon départ de Paddam Aram.
( b ) D'où l'on croit que cette monuoye tiroit ſon
mom C'eſt pour cela ſans doute que la Paraphraſe Chal
daïque, la verſion des 7o. la valyate, ſuivies de pluſieurs
autres interprêtes, ont traduit cet endroit par cent agneaux
au lieu de cent pieces d'argent, fondés 1". Sur ce que
les richeſſes de Jacob devoient conſiſter en bétail piu
tôt qu'en argent. 2°. Que l'on ignore abſolument la
valeur de cette prétenduë monnoye ; & 1°. Qu'à la
prendre au prix que les Docteurs Juifs lui donnent
qui eſt d'environ un ſou tournois , la piece de terre
en queſtion devoit valoir probablement beaucoup plus.
Ceux au contraire qui veulent qu'il s'agit ici d'une
piece de monnoye , diſent 1". Que le terme original
n'eſt jamais employé dans l'Ecriture pour un agneau ,
ſi ce n'eſt dans cet endroit & dans deux autres paral
- - leles
-
M Is EN C A T E c H I s M E. I8Y
, un autel auquel il donna le nom du D I E U
,, Fort, le D 1 E U d'Iſraël ; parce qu'il lui étoit
conſacré.
D. Qu'arriva-t-il à la famille de Jacob dans
ce nouvel établiſſement qui l'obligea à le quitter
pour ſe tranſplanter ailleurs ?
R. , Dina la fille que Léa avoit enfantée à Gº.
,, Jacob, ſortit de ſa tente, pour voir les fil- XXXIV.
,, les du pays ; apparemment dans quelque fète ***
qui avoit raſſemblé à Sichem la jeuneſſe du voiſi
,, nage : Et Sichem fils d'Hémor Hevien Prin
,, ce du pays, l'ayant vue, l'enleva, coucha avec
,, elle & lui fit violence : Dès lors ſon cœur
,, fut attaché à Dina fille de Jacob, il aima la
,, jeune fille & lui parla ſelon ſon cœur, en
l'aſſurant ſans doute qu'il avoit deſſein de l'épou
,, ſer. Sichem parla auſſi à ſon pere dans la
même vuë, & lui ayant fait l'aveu de ſa paſſion ,
,, il le fupplia de demander pour lui cette fille
,, pour ètre ſa femme. Jacob d'un autre côté
,, apprit que ce Prince avoit violé ſa fille Di
» na ; mais ſes fils étant alors avec ſon bétail
,, aux champs, il ſe tut & ne fit point éclater
» ſa douleur, juſqu'à ce qu'ils fuſſent de re
3 ,, tour

leles qui ſont également conteſtés. 2". En particulier,


lorſqu'il eſt dit Job. XLII. 11. que chacun des amis
de Job lui donna une Keſte , il eſt plus apparent que
ce fut une piece de monnoye qu'un agneau , qui ne
convenoit guères à ſa ſituation. 3°. Tous les interpré
tes Juifs rendent ce terme par une piece de monnoye
de la valeur d'un ſou que les Arabes appelent auſſi de
même nom. Enfin quoique Jacob fut plus riche en
bétail qu'en argent monnoyé , il conſte cependant par
Pluſieurs endroits de ſon hiſtoire qu'il étoit pourvû de
cette ſorte de richeſſe. - -
182 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, tour. Cependànt Hémor pere de Sichem vint
,, à Jacob pour s'entretenir avec lui ſur ce ſujet ;
,, Et les fils de Jacob ayant appris à leur re
,, tour des champs ce qui s'étoit paſſe, en eurent
,, une vive douleur & furent fort irrités de l'in
,, famie que Sichem avoit commiſe, au deshon
,, neur de toute la famille d'Iſrael leur pere ,
,, en couchant avec ſa fille contre toute honnê
,, teté 85 contre leur devoir. Sur cela Hémor
,, leur parla en ces termes : Sichem mon fils
,, a mis ſon afſection en vôtre fille ou vôtre
,, ſetr; donnez la lui , je vous prie, pour fem
,, me : Alliez-vous auſſi avec nous ; donnez
,, nous de vos filles & prenez en des nôtres en
,, mariage pour vous : Habitez avec nous : le
,, pays ſera à vôtre diſpoſition. Demeurez - y ;
,, trafiquez-y & y ayez des poſſeſſions ; mous y
,, conſentons très volontiers. Sichem dit auſſi au
,, pere & aux freres de la fille ; Que je trou
,, ve grace devant vous : Pardonnez-moi l'action
ue j'ai commiſe, 85 ſi la demande que je vous fais
e Dina pour ma femme vous eſt agréable, je
,, donnerai tout ce que vous me demanderez :
,, Fuites monter ſa dot , ou ce que je dois vous A"

,, donner pour elle, auſſi haut que vous vou


,, drez : d mandez - moi tel préſent qu'il vous
,, plaira , & je donnerai ce que vous me direz ;
,, pourvù que vous me donniez la jeune fille
,, pour femme. - Alors les enfans de Jacob firent
,, à Sichem & à Hémor ſon pere une réponſe
,, captieuſe & frauduleuſe, parce qu'il avoit
,, violé leur ſœur Dina , & ils leur dirent :
,, Nous ne pourrions jamais conſentir à donner
,, nôtre ſœur en mariage à un homme incir
» concis ; car ce nous ſeroit un opprobre ; mais
- x nOuS
M1 s E N CA T E c H 1 s M E. 183
» nous pourrons nous accommoder 83 conſen
», tir à vôtre demande ; pourvû que vous deve
,, niez ſemblables à nous, en faiſant circoncire
» tous vos mâles, comme nous le ſommes. Alors
,, nous vous donnerons de nos filles en ma
,, riage, & nous en prendrons des vôtres pour
,, femmes ; nous demeurerons avec vous , &
,, nous ne ſerons qu'un ſeul peuple : Mais ſi
,, vous ne conſentez pas d'ètre circoncis, nous
,, prendrons nôtre fille & nous nous en irons.
, Ces diſcours 85 cette condition en particulier
,, furent reçuës agréablement d'Hémor & de
, Sichem ſon fils, & ce jeune homme ne dif
» fera point d'agir en conſéquence ; car la fille
,, de Jacob lui agréoit beaucoup & il étoit le
,, plus conſideré de tous ceux de la maiſon de
,, ſon pere. Hémor donc & Sichem vinrent à
» la porte de leur ville, où le peuple a accoutu
,, mé de s'aſſembler & parlérent ainſi aux habi
» tans de leur ville. Ces gens - ci, ( parlant de
» Jacob & de ſa famille ) vivent paiſiblement
,, avec nous. Permettons-leur d'habiter au pays
» comme mous & d'y trafiquer : Le pays eſt
» d'une aſſez grande étendue pour eux ê5 pour
,, nous. Nous prendrons de leurs filles en maria
» ge & nous leur en donnerons des nôtres =
» Il y a ſeulement une condition qu'ils exigent
» de nous, & ſous laquelle ils conſentent de
» demeurer avec nous, pour ne faire qu'un ſeul
» peuple ; c'eſt que tout mâle d'entre nous
» ſoit circoncis, comme ils le ſont eux-mê
» mes ; moyennant cela leur bétail, toutes
» leurs bêtes, ou leurs eſclaves & tous les biens
» qu'ils poſſedent ne ſeront - ils pas à nous,
» comme à eux. Ayons ſeulement pour eux cette
M 4 2 » COIl
184 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, condeſcendance & ils habiteront toujours avec
,, nous Ce qui ayant été entendu de tous ceux
,, qui entroient & ſortoient par la porte de la
,, ville , ou qui y étoient aſſemblés, ils ſe fou
,, mirent volontiers à ce qu'Hémor & Sichem
,, lon fils leur avoient propoſé 85 tout male
,, d'entr'eux fut circoncis.
D. Quelles furent les ſuites de cette condeſcen
dance des Sichemites ? -

R. ,, Au troifieme jour de leur circonciſion ,


,, comme ils étoient encore dans la ſouffrance,
,, deux des enfins de Jacob, Siméon & Lévi
,, freres uterms de Dina , les mêmes apparem
ment qui avoient propoſé frauduleuſement à Si
che n de ſe faire circoncire avec tout ſon peuple,
» ayant pris chacun ſon épée, ſuivis ſans dou
,, te de leurs domeſiiques, entrérent hardiment
,, dans la ville & aliants de maiſon en maiſon ils
,, en tuérent tous les mâles. Ils paſſérent auſſi
,, au fil de l'epée Hémor & Sichem ſon fils &
,, retirérent Dina de la maiſon de Sichem &
,, ſortirent de la ville. Ces perſonnes étant
,, tuées, les autres fils de Jacob , qui appri
· rent ce qu'avoient fait Siméon 85 Lévi vinrent
,, & pillérent la ville; parce qu'on avoit violé
,, leur ſœur. Ils prirent les troupeaux & les
» bœufs qui étoient dans la ville & à la cam
,, pagne , & tous leurs biens & tous leurs pe
,, tits enfans, & emmenérent priſonniers leurs
,, femmes, après avoir pillé tout ce qui étoit
,, dans leur maiſon. Alors Jacob dit à Siméon
,, & Lévi ; Vous me jettez dans un grand trou
,, ble par l'action que tous venez de faire , car
,, je vai etre en mauvaiſe odeur parmi les ha
» bitans du pays, tant Cananéens que Phéré
- - 2, Z1CI1S ,
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 185
,, ziens : Et comme je n'ai que peu de monde
,, avec moi, pour me deff ndre, ils s'aſſemble
,, ront contre moi , " me frapperont & me dé
,, truiront moi & toute ma famille : Mais ſes
,, fils lui répondirent ; Traiteroit-on donc impu
,, nement nôtre ſœur comme une paillarde ?
Un tel aff, ont ne méritoit - il pas tout notre reſ
ſentiment ?
D. Comment eſt-ce que ces frayeurs de Jacob
furent dujipees ? -

R. ,, D I E U dit alors à Jacob : Leve - toi , ceu.


,, quitte ce lieu-ci , va-t-en à Béthel, demeures- XXX V.
,, y & y dreſſe un autel au D I E U Fort qui * " *
,, t'apparut , quand tu fuyois de devant Elaü
» ton frere, comme tu en fis alors le vœu ,
», Gen. XXVII l. 2o. Surquoi Jacob dit à ſa
» famille & à tous ceux qui étoient avec lui :
,, Otez les ſimulacres des Dieux des étrangers
» qui ſont au milieu de vous, s'il y en a en
» tre vos mains : Purifiez - vous de toute ſouil
» lure charnelle & changez de vêtemens , ott
vous dépouillez de tous ceux qui pourroient être
» ſouilles. Enſuite, levons - nous & allons à Bé
» thel, où je dreſſerai un autel au D I E U Fort
» qui m'a répondu au jour de ma détreſſe &
», qui a été avec moi dans les voyages que j'ai
» faits : Ils donnérent donc à Jacob toutes les
», idoles des Dieux étrangers qu'ils avoient en
» leur pouvoir, & les bagues qu'ils mettoient
» à leurs oreilles , lorſqu'ils leur rendoient
» quelque culte ſuivant la coutume des idola
» tres ; & il les cacha ſous un chène qui étoit
» auprès de Sichem : Puis ils partirent & D 1 E y
» répandit une frayeur ſur les habitans des vil
» les des environs, qui fit qu'ils ne pourſuivi
j »» rent
Y86 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, rent point les enfans de Jacob : Ainſi Jacob
,, & tout le peuple qui étoit avec lui vint à
,, Luz qui eſt au pays de Canaan, qui fut de
,, puis nommée Béthel, & il y bâtit un autel
,, ſelon l'ordre de Dieu , & nomma ce lieu-là
,, le Dieu Fort de Béthel ; car Dieu , lui étoit
,, apparu là , quand il s'enfuyoit de devant
,, ſon frere. Alors mourut Débora la nourrice
,, de Rebecca, (que l'on préſume avoir vécu plus
,, de cent ſoixante ans ) & elle fut enſévelie au
,, deſſous de Béthel ſous un chêne, qui fut ap
,, pelé à cauſe de cela Allon-baccuth c. à d. le
chêne du deuil.
D. Qu'eſt - ce qui rendit ce lieu de Béthel en
core plus célèbre ?
Gen.
XXXV.
' R. Ce fut que * Dieu y apparut encore à
9 - I5. ,, Jacob depuis ſon retour, ou quand il reve
,, moit de Paddan-Aram & le bénit de nouveau,
,, en lui diſant ; Ton nom eſt Jacob ; mais tu
,, ne ſeras plus nommé Jacob ; car ton nom
,, ſera Iſraël ; & il le nomma Iſraël : D I E U
,, lui dit auſſi ; Je ſuis le Dieu Fort, Tout
,, puiſſant : Tu croitras de plus en plus en ri
,, cheſſes , & tu augmenteras en force $ en puiſ
ſance par le nombre de tes deſcendans ; car mon
,, ſeulement une nation , mais une multitude de
,, nations naitra de toi ; même des Rois ſorti
,, ront de tes reins ; & je te donnerai le pays
,, que j'ai donné, ou promis à Abraham & à
,, Iſaac & je le donnerai à ta poſtérité après
,, toi. Dieu ou ſon Ange étant enſuite remonté
,, au ciel, du lieu où il lui avoit parlé, Jacob
,, dreſſa au mème endroit une pierre pour mo
,, nument de cette viſion & fit ſur elle une aſ
» perſion, en y repandant de l'huile. Ce † C6:

- - », l1Cll
MIs E N C A T E c H I s M E. 187
,, lieu où Dieu lui avoit parlé, que Jacob nom
,, ma Béthel, c. à d. la maiſon du Dieu Fort.
D. Jacob s'arrêta t - il donc dans ce lieu - là
où il ſembloit que Dieu avoit fixé ſa demeure ?
R. Non , m is ſon deſſein étant d'aller join
dre ſon pere Iſaac à Mamré : " ils partirent ,.Geº.
,, de Béthel pour ſe rendre à 1phrata, qui étoit #
,, ſur la route : & i's n'avoient plus qu'un petit
,, eſpace de chemin à faire pour y arriver , lorſ
, que Rachel accoucha, après avoir été dans un
,, grand travail : Et comme elle avoit beaucoup
,, de peine à accoucher, la ſage femme lui dit ;
,, pren courage , ne crain point ; car tu as en
,, core ici un fils : Et Rachel rendant l'ame ,
» ( car elle mourut ) donna à ce fils le nom de
» Benoni, c. à d. le fils de ma douleur ; mais ſon
» pere l'appela Benjamain , c. à d. le fils de la
droite , ou des jours : pour dire qu'il eſperoit
que cet enfant ſeroit ſon appui dans ſes vieux
jours ; comme il le fut en effet. " Ainſi mourut
,, Rachel qui fut enſévelie au chemin de la ville
,, d'Ephrat, qui fut dans la ſuite appelée Beth
,, léhem : Et Jacob dreſſa un monument ſur
,, ſon ſépulchre. C'eſt le monument du ſépulchre
,, de Rachel qui ſubſiſte encore aujourd'hui ,
dit Moïſe (83 dont il eſt encore fait mention
1. Sam. X. 2. ) Puis Iſraél, ou Jacob avec tou
,, te ſa famille, partit de là & dreſſà ſes tentes
,, au de là de Migdal Heder, c. à d. la tour du
troupeau, que l'on croit avoir été à un mille de
Bethléhem.
D. Quel autre ſujet de douleur Jacob eut - il
encore dans ſa famille bien , tôt après la maiſſance
de Benjamin ?
R. Ce
-

188 L'A N c I E N T E s T A M E N T
R. Ce fut d'un côté le commerce infame de
Ruben ſon premier né avec Bilha la ſervante ,
ou la concubine de ſon pere, & de l'autre la
mort d'Iſaac, qui ſuivit de près ſon arrivée
auprès de lui avec ſes douze fils ; comme le
Geu. rapporte Moïſe à la ſuite de ſon hiſtoire. * Il
XXXV. ,, arriva , dit - il , que quand Iſraël demeuroit
22 - 29.
,, dans ce pays-là , Ruben ſon fils ainé vint &
,, coucha avec Bilha concubine de ſon pere 83
,, ſervante de Rgchel; & Iſrael l'apprit ſans dou
te avec douleur, comme il le lui témoigna dans
la ſuite Gen. XLIX 4. * Or Jacob avoit alors
» douze fils : ſavoir ſix de Léa, qui étoient Ru- .
,, ben ſon premier né, Siméon, Lévi , Juda,
,, Iſſacar & Zabulon ; deux de Rachel qui étoienº
,, Joſeph & Benjamain ; deux de Bilha ſervante
,, de Rachel, qui étoient Dan & Nephtali, &
,, deux de Zilpa ſervante de Léa , qui étoient
,, Gad & Aſſer. Ce ſont-là les enfans de Jacob
,, qui lui naquirent en Paddan-Aram ; excepté
Benjamin qui naquit près d'Ephrat, ou Bethle
,, hem. Et Jacob vint enfin avec eux vers Iſaac
,, ſon pere à Mamré, ou la ville d'Arbé & qui
,, eſt auſſi nommée Hébron, où Abraham &
,, Iſaac avoient demeuré comme étrangers, Iſaac
,, mourut bien-tôt après , âgé de cent quatre
,, vingts ans & raſſaſié de jours & fut recueilli
,, avec ſes peuples, c. à d. qu'il fut réiini dans
une autre vie avec cettx de ſa famille qui étoiemº
,, morts avant lui. Et Eſaü & Jacob ſes fils qui
ſe trouvérent fort à propos chez lui dans ce tems
,, là, l'enſévelirent dans le tombeau de ſon pere
Abraham.
D. Nous venons de voir quels étoient alors les
fils de Jacob e5 les femmes , ou les meres de #
1l5
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. .. 189
ils étoient nés ; N'a-t-on pas auſſi la généalogie
de la poſtérité d'Eſaii, où des enfans qu'il avoit
eu de chacune de ſes femmes ?
R. Oui : Moiſe la rapporte enſuite dans un
grand détail au Chapitre ſuivant, avec le nom
des Chefs & des Rois du pays d'Edom ou de
l'Idumée, tant de ceux qui avoient gouverné
avant lui, que de ceux qui étoient deſcendus -
de lui ; mais comme ce détail ou cette narra
tion ne nous intéreſſe plus en rien, & que
cette généalogie eſt chargée de noms qui ſont
à préſent tout à fait inconnus ; je me con
tenterai d'en rapporter le commencement qui
ſert de fondement à tout le reſte. Voici donc
ce qu'en dit Moïſe " Ce ſont ici les généra
tions d'Eſaü qui eſt auſſi at pelé Edom , ou ce
ſont ici les deſcendaiis qu'il eut des femmes qu'il
avoit épouſées : " Il avoit d'abord pris deux fem- ca,
,, mes d'entre les filles de Canaan , ſavoir Ha. XXXVI.
,, da, fille d'Helon Héthien, & Aholibama, fille ***
» d'Hana, fille ott petite fille de Tſibhon Hévien :
» Il prit enſuite pour femme Baſmath, fille d'Iſ.
,, maël, ſœur de Nebajoth. Et Hada enfanta à
» Eſaü Eliphaz, & Baſmath enfanta Réhuel ;
» & Aholibama enfanta Jehus & Jalam & Koh
» rah. Ce ſont-là les enfans mäles d'Eſaü qui
,, lui naquirent au pays de Canaan , $ qu'il
avoit avec lui au tents de la mort d' Iſaac ſon
,, pere : mais Eſaü prit ſes femmes , & ſes fils
» & ſes filles , & toutes les perſonnes de ſa fa
» mille, auſſi bien que tous ſes troupeaux ,
», tout ſon bétail & tout le bien qu'il avoit
», acquis au pays de Canaan , & s'en alla en
», un autre pays loin de Jacob ſon frere ; car
», leurs biens étoient ſi grands, qu'ils n'auroient
»2 paS
Y9O L'A N C I E N TE sTA MENT

» pas pu demeurer enſemb'e, & le pays où ils


» demeuroient comme étrangers , ne pouvoit
» ſuffire à la nourriture du grand nombre de
» troupeaux qu'ils avoient. Ainſi Eſaü appelé
» auſſi Edom alla habiter en la montagne de
» Séhir , où il avoit habité auparavant Gen.
», XXXII. 3. & qui fut enſuite appelée le pays
,, d'Edom, ou l'Idumée.

C H A P I T R E XIII.
Contenant l'hiſtoire de Joſeph fils de Jacob
juſques à la fin de ſa priſon en Egypte,
ou juſques à ſon élévation à la plus hau
te dignité de l'Egypte. .. * ')
- - » AQ ,
D. Acob reſta t-il donc dans le pays de -Ca
naan avec ſes enfans $ tous ſes biens ?
R. Oui, il y reſta juſqu'à ce qu'il fut appelé
par un de ſes fils, à ſe rétirer en Egypte pqur
s'y établir avec toute ſa famille, comme on le
Gen. verra dans la ſuite. * Jacob, dit Moiſe demeu
XXXVII.
M
,, ra au pays où ſon pere avoit demeuré com
-,, me étranger, & que Dieu avoit promis de
lui donner, ou à ſa poſiérité, c'eft - à - dire au
,, pays de Canaan. · -

, D. Quel fut ce fils qui engagea Jacob d'aller


s'établir en Egypte ſur ſes vieux jours ? . -

R. Ce fut Joſeph dont Moiſe rappele l'hiſ


toire dès ſon enfance, non ſeulement à cauſe
des merveilleux événemens dont elle fut accom
pagnée par une direction toute particuliere de
la providence de Dieu ; mais auſſi parce que
· CC
M I s E N C A T E c H I s M E. 191
ce fut lui qui procura la tranſmigration de la
famille de Jacob en Egypte qui fut comme la
premiere époque de la formation des enfans d'Iſ
rael en un ſeul peuple ſéparé de tous les au
tres , & appelé par diſtinction le peuple de
Dieu. . -

D. Qu'eſt - ce que Moiſe nous apprend de l'en


a fance de Joſeph * ·
R. ,, Ce ſont ici dit - il , les générations de Go,.
» Jacob : c. à d. Voici le recit de ce qui arriva xxxvII.
à la famille de Jacob, après qu'il eut fixé ſa de-***
meure dans le pays de Canaan. " Joſeph âgé de
» dix & ſept ans paiſſoit avec ſes freres les
, troupeaux de ſon pere, & ce jeune garçon
» étant avec les enfans de Bilha & de Zilpa,
» femmes ou Concubines de ſon pere , fut té
» moin de leur mauvaiſe conduite & entendit leurs
,, mauyais diſcours , qu'il rapporta à leur pere
» commun. Or # aimoit Joſeph plus que
» tous ſes autres fils parce qu'il l'avoit eu dans
» ſa vieilleſſe ( a ) ; & il lui fit une belle robe
» brodée, mais ſes freres voyant que leur pere
» l'aimoit plus qu'eux tous, le haiſſoient & ne
» pouvoient lui parler paiſiblement, ou ſans ai
2, greur : Et ce qui augmenta encore, leur hai
,, ne contre lui, ce fut que Joſeph eut un ſon
» ge qu'il vint raconter à ſes freres en diſant ;
» Ecoutez, je vous prie, le ſonge que j'ai eu :
» Le voici au vrai : Nous étions tous au mi
» lieu
, ( a) Qu'il avoit eu dans ſa vieilleſſe. Le terme de
l'original porte à la lettre qu'il étoit fils d'Anciens ,
ce qui peut ſignifier également , qu'il étoit me de pere
$ de mere avancés en âge ; ou qu'il avoit la ſageſſe des
Vieillards. L'un & l'autre convient à Joſeph.
M.

152 L'A N c I E N T E s T A M E N T
, lieu d'un champ à lier des gerbes & ma ger
» be ſe leva & ſe tint droite & vos gerbes
,, l'environnérent & ſe proſternérent devant la
,, mienne : Alors ſes freres lui dirent ; Eſt - ce
» donc que tu prétens augurer de - là que tu
,, dois un jour régner & dominer ſur nous ?
, Et ce ſonge auſſi bien que ſes diſcours ne fi
,, rent qu'augmenter leur haine contre lui : Il
» eut encore un autre ſonge qu'il vint rapporter
» à ſes freres de même que le précédent : J'ai
» encore eu, leur dit il, un autre ſonge que
,, voici. Le Soleil & la Lune & onze étoiles ſe
» proſternoient devant moi. L'ayant ainſi rap
» porté à ſon pere de mème qu'à ſes freres,
, ſon pere l'en reprit & lui dit : Que veut di
» re ce ſonge que tu as eu ? Faudra - t - il que
» nous venions , moi , ta belle mere & tes
,, freres nous proſterner en ºterre devant"toi ?
» Ses freres en étoient auſſi toujours plus rem
,, plis d'envie contre lui ; mais ſon pere conſer
» voit tous ſes diſcoursºdäns ſa mémoire ou
dans ſon cœur ; ſans doute parce qu'il y entre
voyoit quelque choſe de divin. ** | | | --
D. Quelles preuves les freres de Joſeph donné
rent ils dans la ſuite de la haine qu'ils lui por
toient ?
R. Peu de tems après ces ſonges de Joſeph,
Gen. » ſes freres étant allés paitre les troupeaux de
XXXVII. ,, leur pere en Sichem : Iſraél dit à Joſeph qui
12 - 28.
, étoit reſté auprès de lui : Tes freres ſont al
, lés en Sichem paitre mes troupeaux ; Vien ,
, que je t'envoye vers eux : Me voici, répon
, dit-il, tout prêt à partir ; Va - t - en tout à
, l'heure, lui dit ſon pere, voir ſi tes freres
, ſe portent bien , & fi les troupeaux ſº#
0/4
M I s E N C A T E c H I s M E. 193
,, bon état & revien auſſi - tôt me le rapporter.
,, Joſeph partit donc de la vallée d'Hébron &
» vint juſqu'en Sichem , qui devoit être à envi
» ron deux journées de chemin de-la , & un hom
,, me ( que quelqttes Interprétes ont cru être 1 n
,, Ange ) le trouva errant dans les champs ,
» qui lui dit ; Que cherches - tu ? Je cherche,
,, répondit - il, mes freres , je te prie, enſei
,, gne-moi où ils paiſſent lleurs troupeaux ; Cet
» homme lui dit : Ils ſont partis d'ici , il n'y
,, a pas long tems, & j'ai entendu qu'ils diſoient ;
,, Alions en Bothaïm , où ils ſeront apparemment.
» Joſeph alla donc chercher ſes freres en Bo
,, tha1m & les y trouva : Dès qu'ils le virent
» de loin , & avant qu'il s'approchat d'eux , ils
» complotérent contre lui pour le tuer, en ſe
- ,, diſant, l'un à l'autre ; Voici ce maitre Son
» geur qui vient à nous : Venez , tuons-le , &
,, le jettons dans une de ces foſſes, & ſi notre
,, pere nous demande ce qu'il eſt devenu, nous
» dirons qu'une mauvaiſe bète l'a devoré en
,, chemin ; nous verrons alors ce que devien
» dront ſes ſonges ; mais Ruben leur ainé ayant
» entendu ce complot & penſant à le délivrer
,, de leurs mains, leur dit ; Ne lui ôtons point
, la vie ; ne répandez point le ſang ; jettez-le,
» ſi vous voulez, dans cette foſſe ſans eau qui
,, eſt au déſert ; mais ne le faites pas mourir :
» 85 il diſoit cela dans l'intention de le déli
» vrer de leurs mains & de le renvoyer à ſon
» pere : Suivant cet avis auſſi tôt que Joſeph
» fut arrivé vers ſes freres , ils le dépouillérent
» de ſa belle robe brodée qu'il avoit ſur lui ,
» & l'ayant pris , ils le jettérent dans la foſſe
» qui étoit vuide & ſans eau. Enſuite ils s'aſſi
Zone I. N 2 » ICllt
194 L'A N c I E N T E s T A M E N T
, rent pour manger du pain , ou prendre leur
,, repas, & levant les yeux ils virent une trou
» pe d'Iſmaelites qui paſſoient & qui venoient
,, de Galaad avec leurs chameaux chargés de
» drogues , comme de ſtorax, de beaume , de
,, myrrhe qu'ils alloient vendre en Egypte :
» Sur cela Juda dit à ſes freres : Que gagne
,, rons - nous à faire mourir nôtre frere & à ca
, cher ſa mort à nôtre pere ? Venez , ven
,, dons-le à ces Iſmaëlites , & ne mettons point
,, nôtre main ſur lui pour le faire mourir ; car
, c'est nôtre frere , nôtre chair, iffu du même
;, pere $ du meme ſang qite nous : & ſes freres
» acquieſcérent à ce que lenr dit Juda ; ainſi com
» me les marchands Madianites , ou Iſmaëlites
,, ( car c'étoient un même peuple ) paſſoient, ils ti
» rérent Joſeph de la foſle, & le vendirent
» vingt pieces d'argent, ou vingt ſicles, valants
,, chacun trmte ſous tournois à ces marchands
» qui l'emmenérent en Egypte.
D. Que firent enſuite les freres de Joſeph pour
cacher leur méchante action à Jacob leur pere ?
ſ7rr.
X X XV 1 l .
R. ,, Ruben leur ainé qui étoit abſent lors de
29 - 3 2. cette vente, croyant Joſeph toujours dans la foſſe
,, oà on l'avoit jetté par ſon avis y retourna à
l'inſçu de ſes freres, ſans doute pour l'en tirer 83
,, le renvoyer à ſon pere, mais ne l'ayant pas
» trouvé, il déchira ſes vètemens de douleur ,
» & reviut vers ſes freres, & leur dit ; L'en
» fant n'eſt plus ; Vous l'avez apparemment tué ;
,, & moi qui dois en répondre à mon pere, com
,, me l'ainé de la famille , où irai - je , s'il
apprend cette mort, pour éviter les reproches
qu'il ne manquera pas de m'en faire plus qu'à
,, vous tous 3 Alors ſes freres lui ayant dir ce
- qu'ils
M I s E N C A T E c H I s M E. I95
», qu'ils avoient fait , ils prirent de concert la
» robe de Joſeph , & ayant tué un bouc d'en
» tre les chévres, on la trempa dans ſon ſang ;
» & ils la firent porter à leur pere par quelcun
» de leurs domeſiiques , avec ordre de lui dire
. » ſeulement ces paroles : Nous avons trouvé ce
» ci, reconnoi maintenant, ſi c'eſt la robe de
» ton fils, ou non. -

D. Que fit Jacob à la vué de cette robe en


ſanglantée ?
R. » Il la reconnut d'abord, & dit ; C'eſt Gen.
» bien ici la robe de mon fils : Une mauvaiſe XXXVII,
» bète l'a ſans doute dévoré ; certainement Jo 33 - 36.
» ſeph en a été la proie : Et ſur cet indice ,
» Jacob déchira ſes vêtemens de douleur : Il mit
» méme, ſelon l'uſage, un ſac ſur ſes reins &
,, mena deuil ſur ſon fils qu'il croyoit tué pen
» dant pluſieurs jours. Tous ſes fils, & ſes
» filles, ou femmes de ſa famille vinrent auſſi pour
» le conſoler ; mais il rejetta toute conſolation ,
» & dit ; Certainement le regret •que j'ai d'a-
» voir perdu mon fils me mettra dans le tom
» beau, où je ſerai réuni à lui. C'eſt ainſi que
» ſon pere le pleuroit , le croyant mort : Cepen
» dant les marchands Madianites l'avoient ven
» du en Egypte à Potiphar Eunuque, ou Offi
» cier de la cour de Pharaon , & Préſident de
» la haute Juſtice.
D. Que ſe paſſa - t - il encore dans la famille
Jacob environ ce tems - là qui dut faire beau
ºoup de peine à ce Saint Patriarche ?
R. Ce fut ce qui arriva à Juda le quatrieme
des fils de Jacob & à ſes enfans, que Moiſe
nous rapporte ainſi. " En ce tems là Juda quit Gew.
» ta ſes fteres & ſe retira vers un habitant XXXVI1I.
I - 39.
N 2 22 du
196 L'A N c I E N TEsTAMEN T
» du bourg d'Hodollam nommé Hira ; il y vit
» la fille d'un Cananéen nommé Suah qu'il prit
» pour ſa femme , & dont il eut trois fils.
» Elie nomma le premier Her , le ſecond Onan
» & le troiſieme Séla, & Juda étoit en Kéfib
» quand elle accoucha de celui - ci. Dès qu'ils .
» furent en âge d'ètre mariés , Juda maria Her
» ſon premier né avec une fille nommée Ta
» mar , mais la mauvaiſe conduite qu'il tint
» aux yeux de l'Eternel , fut cauſe que Dieu
, le priva de la vie d'une maniere exemplaire
,, avant qu'il eut des enfans : Alors Juda dit à
» Onan le ſecond de ſes fils : Epouſe la veuve
» de ton frere ainé ; pren-là pour ta femme ;
» & ſi tu en as des enfans, ils ſeront cenſés
, appartenir à l'ainé de la famille; ſuivant l'u-
ſage de la nation $ comme la Loi l'ordonna en
,, ſuite, Deuter. XXX. 5. Mais Onan ſachant
» que les enfans qui naitroient de ce mariage
» ne ſeroient pas à lui, ſe ſouilloit volontaire
» ment toutes les fois qu'il devoit coucher avec
» la veuve de ſon frere ; afin qu'il ne donnat
, pas des enfans à ſon frere : Et ce qu'il fai
» ſoit ayant déplu à l'Eternel, il le fit auſſi
» mourir prématurement , ſur cela Juda dit à
» Tamar ſa belle fille ; demeure veuve dans
,, la maiſon de ton pere, juſqu'à ce que Séla
» mon troiſieme fils ſoit grand 85 d'un âge aſſez
,, mitr pour t'épouſer, car il craignoit qu'en le
» mariant trop jeune, il ne mourut comme ſes
, freres ; Ainſi , Tamar s'en alla & demeura
» dans la maiſon de ſon pere. Après pluſieurs
, jours, peut - être quelques années , la fille de
, Suah femme de Juda vint à mourir, & Juda
ayant ſatiſfait ſelon l'uſage aux devoirs du
-
#
3» 1C
MIs EN C A T E c H I s M E. 197 (

» ſe conſola de cette perte, & alla trouver les


» tondeurs de ſes brebis à Timnath avec
» Hira d'Hodollam ſon intime ami : Tamar l'a-
» yant appris quitta ſes habits de veuvage, ſe
» couvrit d'un voile & alla,s'aſſèoir dans un en
,, droit appelé la porte des deux fontaines ( a),
» ſur le chemin qui alloit à Timnath ; dans l'in
tention, comme la ſuite le fit voir, de tendre quel
,, que piège à Juda , parce quèlle voyoit bien
» qu'il ne penſoit point à lui donner Séla pour
» mari, quoiqu'il fut devenu grand. Quand
,, Juda la vit, il s'imagina que c'étoit une proſ
» tituée, parce qu'elle avoit couvert ſon viſage
» d'un voile ; & ignorant que ce fut ſa belle
,, fille, il ſe détourna du chemin pour aller à
, elle & lui propoſa de conſentir à ſes déſirs :
» Que me donneras - tu , dit - elle, pour cette
, faveur ? Je t'enverrai , lui répondit-il , un
» chevreau de mon troupeau. Me donneras - tu
» donc des gages, reprit-elle, juſqu'à ce que tu
» me l'envoyes, ou pour aſſurance que tu me
3 ,, l'en

( a ) A la porte des deux fontainer. Le terme de


l'original que l'on a traduit par deux ſontaines, peut
auſſi être le nom propre d'un bourg a la porte du
quel Tamar s'étoit aſſiſe, & auquel on avoit donné ce
nom parce qu'il y avoit là deux fontaines publiques.
L'on pourroit auſſi tradufe l'original à la porte des
deux yeux , & c'eſt dans ce ſens que l'ont pris les
verſions françoiſes qui l'ont traduit les unes dans un
carrefour, & les autres dans un chemin ſourchu ; parce
que les yeux ſont-là ouverts de deux côtés , & qu'un
tel lieu leur a paru plus propre au deſſein de Ta
mar que la porte d'un bourg. Mais comme l'on n'ap- .
Pºye cette façon de parler d'aucune autorité , il vaut
mieux s'en tenir au premier ſens.
198 L'A N c I E N T E s T A M E R r
,, l'enverras ? Quel gage ſouhaites-tu ? lui dis
» Juda : ton cachet, répondit - elle, ton mou
» choir & le bâton que tu as en ta main, &
,, il les lui donna : Il vint enſuite vers elle &
,, elle conçut de lui : Puis elle ſe leva & s'en
,, alla , & ayant quitté ſon voile , elle reprit
,, les habits de ſon veuvage. Juda de ſon côté
,, envoya le plutôt qu'il put par Hira ſon in
,, time ami, le*hevreau qu'il avoit promis pour
,, reprendre les gages qu'elle avoit entre les
,, mains ; mais il ne la trouva point, & s'étant
,, informé du lieu où demeuroit cette proſti
,, tuee qui étoit ſur le chemin dans un tel en
,, droit ; on lui répondit , qu'il n'y en avoit
,, point parmi eux ; ce que l'ami ayant rappor
,, té à Juda ; il lui dit : J'ai envoyé le che
,, vreau promis à cette inconnue; tu ne l'as point
,, trouvée ; qu'elle garde donc les gages qu'elle
a de moi, plutôt que de fairè de mouvelles en
quêtes " qui pourroient nous expoſer au mé
,, pris des habitans de ce lieu-là : Environ trois
,, mois après, on rapporta à Juda que Tamar
,, ſa belle fille avoit commis un adultere & qu'el
,, le étoit enceinte : Auſſi - tôt Juda prenant la
qualité de Chef de la famille à laquelle Tamar
appartenoit par ſes deux premiers mariages , or
,, donna qu'on la fit ſortir de la maiſon où elle
, ,, étoit & qu'elle fut publiquement brulée, ſelon
la peine alors établie contre les adultéres ; (qui
fut enſuite changée en lapidation par les Juifs ;
Jean Vlll. 5. ) : * M s comme on la faiſoit
,, ſortir de la maiſon de ſon pere, elle fit dire
, à ſon Beau - pere en lui renvoyant les gages
, qu'elle rvoit de lui; qu'elle étoit enceinte de
» l'homme à qui ces choſes appartenoient ;
25
#
c
M 1 s E N CA T E c H I s M E. 199
,, le pria de reconnoitre à qui étoit ce cachet,
,, ce mouchoir & ce bâton. Alors Juda les recon
» nut, & dit ; Tamar eſt plus juſte envers moi,
,, que je ne l'ai été envers elle : Je ſuis aſſuré
,, ment plus coupable qu'elle ; car je ne lui ai
,, point donné mon fils Séla pour mari, comme
je le lui avois promis : Et c'eſt ce qui l'a engagée
à commettre ce péché dont je devrois porter la pei
ne tout comme elle $ même plutôt qu'elle : Ce
,, pendant il ne la connut plus & on la recon
duiſit dans la maiſon de ſon pere , ſans lui infli
ger aucune peine : " Et comme le tems de ſon
, accouchement fut venu , il ſe trouva deux
,, jumeaux dans ſon ventre , & au moment
» qu'elle accouchoit, l'un deux préſenta la main
,, que la ſage femme prit , & attacha ſur elle un
,, fil d'écarlate, en'diſant ; celui-ci ſort le pre
,, mier 85 doit être cenſe l'ainé ; mais ayant re
,, tiré ſa main , ſon frere ſortit, & la ſage
,, femme dit ; Avec quelle violence es-tu ſorti ? -
, Tu en ſeras ſeul reſponſable 85 mon pas moi ; .
,, car ce n'eſt pas ma faute ; & pour cette rai
,, ſon l'on donna à l'enfant le nom de Pharès ,
c. à d. qui fait irruption , qui ſort avec violence :
,, Son frere ſortit enſuite ayant ſur ſa main le
,, fil d'écarlate , & il fut appelé Zarah , c. à d.
il s'eſt levé, ou il eſt ſorti le premier.
D. Pour reprendre maintenant l'hiſtoire de Jo
ſeph que nous avions commencée ; entre les mains
de qui tomba t il à ſon arrivée en Egypte ? .
R. , Quand on eut amené Joſeph en Egyp- Gen.
»» te, Potiphar, Eunuque,
de Pharao ou Officier
Général d'armée de la Cour, IXXXIX
, Egyptien - 6.

» l'acheta de la main des Iſmaëlites qui l'y


» avoient amené, & l'Eternel fut avec Joſeph ;
- - N 4 - il
2co ' L'A N c I E N T E sTAM ENT

il lui fut favorable 8# il accompagira de ſt bé


71édiction tout ſon travail ; enſorte qu'il proſpera
85 que tout réuſſit entre ſes maiiis taiit qu'il
» demeura dans la maiſon de ſon maitre Egyp
» tien : lequel ayant vu que l'Eternel le béniſ
» ſoit dans toutes ſes entrepriſes, il prit Joſèph
» tellement en grace , qu'il l'attacha d'une fa
» çon particuiiere à ſon ſervice ; il l'établit ſur
» toute ſa maiſon & lui remit le ſoin de tout
» ce qui lui appartenoit. Auſſi l'Eternel bénit-il
» dès lors la maiſon de cet Egyptien à cauſe de
» Joſeph , & la bénédiction de l'Eternel fut ſur
» toutes les choſes qui étoient à lui , tant dans
» ſa maiſon qu'à la campagne ; ce qui fit qu'il
» eut une telle confiance cn ſes ſoins, qu'il n'en
» tra plus en connoiſſance avec lui , & me lui
demanda plus aucun compte de quoi que ce ſoit ,
», que du pain qu'il mangcoit , ou de la depenſe
,, de ſa table. Joſeph étoit d'ailleurs d'une belle
,, taille & beau de viſage.
, , D. Pourquoi remarquez - vous cette derniere
qttalité ? -

R. Parce qu'elle fut ſans doute la premiere


cauſe de la paſſion de ſa maitreſſe pour lui &
de tout ce qu'il ſouffrit à cette occaſion.
D. Qii'eſt ce donc qui lui arriva avec la fem
me de ſon maitre ? - -

R. Dans le tems qu'il étoit ainſi établi dans


Gen. la maiſon de Potiphar, " la femme de ſon mai
XXXIX.
7 - 23.
,, tre l'ayant regardé avec des ycux de con
,, voitiſe , lui propoſa de coucher avec elle : mais
, il le refuſa, & lui dit pour s'en deffendre :
» Voici mon maitre m'a remis en main tout
» ce qui lui appartient , ſans en nrendre au
» cune connoiſlance, & il n'y a perſonne dans
ſa
M1s E N C A T E c H i s M E. 2or
» ſa maiſon qui ait plus d'autorité que moi :
, Il m'a ſeulement deffendu de me mèler de
» ce qui pouvoit te regarder , entant que tu
» es ſa femme : Et comment commettrois - je
» contre lui un auſſi grand crime qii'eſi celui
,, que tu me propoſes ? Comment pêcherois-je
,, ainſi contre Dieu qui me le defiend auſſi ?
,, Malgré cette réponſe , cette femme ſollicitoit
» chaque jour Joſeph à ſati#aire ſes deſirs, &
» il y réſiſtoit conſtamment , juſques à éviter
» de ſe trouver avec clle : cependant il " arriva
» un jour qu'étant venu à la maiſon pour ſes
» affaires, & n'y ayant aucun domeſtique dans
» la maiſon, elle le prit par ſa robe, & le preſ
» ſa de nouveau de coucher avec elle ; mais
» il lui laiſſa ſa robe entre les mains , & s'en
» fuit hors de la maiſon. Quand elle vit qu'il
» lui avoit laiſſé ſa robe & qu'il étoit ſorti ;
,, outrée de depit, elle appela ſes domeſtiques &
» leur dit : Voyez comme on ſe moque de nous ;
» on nous a amené ici un homme Hébreu ,
» qui eſt venu à moi , potir attenter à mon
» honneur; mais j'ai crié à haute voix , pour
», m'en deffendre : Et ſi-tôt qu'il a oui mes cris,
» il a laiiſé ſa robe, dont il s'étoit déjà dépouil
», lé auprès de moi , & s'eſt enfui hors de la
», maiſon. Elle garda encore la robe de Joſeph ,
» juſqu'à ce que ſon maitre fut revenu à la
' » maiſon , & elle lui recita de nouveau dans
» les mêmes termes tout ce qu'elle venoit de
» dire à ſes domeſtiques. Si-tôt que le maitre
» de Joſeph eut entendu tout ce que lui dit ſa
» femme, & qu'elle aſſura être vrai, ſa colère
» s'enflamma contre lui, il le fit ſaiſir ſans
» autre information & le fit mettre dans une
N 5 ,, étroite
2o2 L'A N c 1 E N T E S T A M E N r
, étroite priſon, dans l'endroit où étoient ren
,, fermés les priſonniers du Roi ; & il y fut
,, détenu comme un criminel, mais l'Eternel fut
,, toujours avec Joſeph , il le ſoutint dans cepte
épreuve, il étendit ſa gratuité ſur lui , il le fa- .
voriſa de plus en plus de ſa protection, & lui
,, concilia tellement les bonnes graces du geo
,, lier, qu'il lui donna , par le conſentement
,, de Potiphar, lé ſoin de tous les priſonniers
-, qui étoient à ſa charge & qu'il trouvoit bon
» tout ce qu'il faiſoit, ſans lui en demander
,, aucun compte ; parce qu'il paroiſſoit viſiblement
,, que l'Eternel béniſſoit ſes ſoins & qu'il don
,, noit un heureux ſuccès à tout ce qu'il fai
» ſoit. | .

· D. Quelle autre preuve Joſeph donna-t-il dans


ſa priſon que Dieu étoit avec lui d'une façon ex
traordinaire ? -

R. Ce fut dans l'explication qu'il donna des


ſonges qu'avoient fait deux des premiers Offi
ciers de la Cour de Pharao , priſonniers avec
lui, leſquels ſonges eurent leur accompliſſement.
D. Apprenez - moi , je vous prie, qui étoient
ces officiers, les ſonges qu'ils eurent, 85 l'explica
cation qu'en donna Joſeph.
R. Dans le tems que Joſeph étoit en priſon
& qu'il avoit la garde des priſonniers du Roi ;
Gen. XL. ,, Il arriva que le Grand Echanſon & le Grand
I - 19.
,, Panetier de la Cour de Pharao, ayant dé
,, plû au Roi d'Egypte leur Seigneur, ce Prince
,, irrité contre eux les fit mettre dans la pri
,, ſon du Général de ſes troupes, où Joſeph
,, étoit priſonnier, & ce Général en remit le
,, ſoin à Joſeph , qui les ſervoit. Ces Officiers
», après quelques jours de priſon , eurent tous
» deux
Mt I s E N C A T E c H 1 s M E. 263
», deux dans une mème nuit un ſonge qui leur
,, fit beaucoup de peine. Joſeph étant venu à
» eux le matin remarqua qu'ils étoient fort triſ
,, tes & leur demanda : Qu'avez-vous ? D'où
,, vient que vous avez aujourd'hui ſi mauvais
,, viſage ? Nous avons fait, dirent - ils, des
, ſonges qui nous font de la peine, & nous n'a-
» vons perſonne ici en priſon qui puiſſe nous
,, les expliquer ; mais Joſeph leur repartit ;
,, C'eſt de Dieu ſeul que vous devez en atten
,, dre l'explication. Contez-les.moi & peut être
pourrai.je par ſon ſecours vous les expliquer :
,, Sur cela le Grand Echanſon lui conta ſon
,, ſonge & lui dit ; Je voyois en ſonge devant
,, moi un ſep de vigne, qui avoit trois ſar
», mens avec des boutons, d'où la fleur ſortit
,, en ſuite, puis des grappes qui donnérent des
,, raiſins murs : De plus je tenois en ma main
» la coupe de Pharao , je prenois les raiſins ,
», j'en exprimois le jus dans cette coupe , je la
» lui préſentois 83 il la prenoit en ſa main.
», Joſeph dit ſur le champ à l'Echanſon ; Voici
» l'explication de ton ſonge : Les trois ſarmens
» que tu as vu marquent trois jours, au bout
,, deſquels Pharao élévera ta tète ; il te réta
», blira dans le poſte que tu occupois ci-devant,
•, & tu lui donneras, comme ſon échanſon, la
» Coupe à boire dans ſa main ; mais ſouvien
,, toi de moi , quand ce bien te ſera arrivé, "* -•.

» & fai-moi, je te prie, cette grace de faire


» mention de moi à Pharao ; pour qu'il me
» faſſe ſortir de cette maiſon où je ſuis detenu :
» car certainement j'ai été enlevé par force du
» pays où ſe ſont établis ceux qui ſe diſent Hé
» breux, Jacob & ſa famille dans laquelle je ſuis
- ,, mé,
2o4 L'A N c I E N TEsTAMENT
,, né, & je n'ai rien fait ici qui ait dû me fat
,, re renfermer dans cette foſſe, ou cette pri
,, ſon. Alors le Grand Panetier voyant que Jo
,, ſeph avoit expliqué favorablement ce ſonge ,
», vint à ſon tour lui conter le ſien & lui dit :
,, J'ai auſſi fait un ſonge ſingulier que je te prie
,, de m'expliquer : Il me ſembloit qu'il y avoit
,, trois corbeilles blanches ſur ma tète, & dans
,, la plus haute il y avoit toutes ſortes de pa
,, tiſſeries & de pains du goût de Pharao, que
,, les oiſeaux mangoient dans la corbeille ſur
,, ma tète. Joſeph répondit d'abord ; Voici l'ex
,, plication de ton ſonge : Les trois corbeilles
,, marquent trois jours, au bout deſquels Pha
,, rao fera élever ta tète de-deſſus toi & te fe
,, ra pendre à un bois , où les oiſeaux mange
,, ront ta chair de deſſus toi. ,
D. Ces ſonges furent ils donc accomplis comme
Joſeph les avoit expliqués ? C C.
-

s'en. X L. . R. Oui, parfaitement ; car * il arriva au troi


s9 - 23.
» ſiéme jour qui étoit celui auquel on devoit
,, célébrer la naiſſance de Pharao, qu'il fit un
,, feſtin à tous ſes Officiers, & fit ſortir de
,, priſon le Grand Echanſon & le Grand Pa
,, netier ſes Officiers , & il rétablit le Grand
,, Echanſon dans ſon office pour lui donner à
,, boire ; mais il fit pendre le Grand Panetier,
,, comme Joſeph le leur avoit expliqué. Cepen
,, dant le Grand Echanſon oublia tout à fait ce
,, que Joſeph lui avoit recommandé , enſorte
,, qu'il demeura encore deux ans en priſon.
D. Qu'arriva-t-il au bout de ces deux ans qui
l'en fit ſortir ?
G, »r. - R. ,, Il arriva au bout de deux ans entiers
X L I.
I - 3. ,, que Pharao ſongea auſſi 85 fit deux ſonges
6'Xº- *
MIs EN C A T E c H I s M E. 2o5
extraordinaires dans une même nuit : Dans le
,, premier, il lui ſembloit qu'il étoit près du
s, fleuve du Nil , & qu'il voyoit ſept jeunes
, vaches belles à voir, graſſes & en bon état, qui
,, ſortoient du fleuve & paiſſoient dans des ma
,, recages : Après elles , venoient ſept autres
,, jeunes vaches laides à voir, chétives & mai
,, gres, qui ſortoient auſſi du fleuve : Et les jeu
,, nes vaches laides à voir & maigres, dévo
,, rérent les ſept premieres jeunes vaches belles
,, & graſſès, ſans qu'il parut que celles ci fitſſent
entrées dans le ventre des premieres qui étoient
auſſi maigres $ laides à voir qu'au commence
», ment. Après ce premier ſonge, Pharao s'é-
s, veilla, & s'étant rendormi, il eut un autre
», ſonge , dans lequel il lui ſembloit voir ſept
» épics de blé beaux , bien nourris & char
,, gés de grains qui ſortoient d'un même tu
,, yau ; puis ſept autres épics minces & fiètris
s, par le vent d'Orient, pouſſoient après ceux
,, là. Et les épics minces engloutirent les ſept
,, épics biens nourris & chargés de grains. Sur
,, cela Pharao s'étant éveillé au matin fort ef
» frayé de ces ſonges, fit appeler tous les Ma
, giciens & tous les ſages d'Egypte & leur
» conta ſes ſonges, mais il n'y en eut aucun
,, qui les lui put interprèter.
D. Ne s'adreſſa t on point alors à Joſeph pour
en avoir l'explication ?
R. Oui , " Le Grand Echanſon dit alors à Go.
» Pharao : Je rappelerai aujourd'hui le ſouvenir XL I.
» de mes fautes : Lorſque Pharao fut irrité con-***
» tre ſes ſerviteurs & nous fit mettre le Grand
», Panetier & moi en priſon dans la maiſon du
» Général de ſon armée, nous ſongeames tous
» deux
2o6 L'A N c I E N T EsT AMEMT

,, deux en une même nuit , & nôtre ſonge in»


,, diquoit à chacun ce qui lui devoit arriver ;
s, ſelon l'interprètation qu'on nous en donna qui
,, fut confirmée par l'événement. Il y avoit avec
» nous , un jeune garçon Hébreu ſerviteur de
,, Potiphar, à qui nous contames nos ſonges,
» & il nous les expliqua à chacun , de ma
, niere que tout ce qu'il nous avoit prédit ar
,, riva : Le Roi me rétablit dans mon emploi
» & fit pendre l'autre. Alors Pharao fit appeler
» Joſeph : On le fit ſortir en hâte de la priſon,
» on le raſa, on lui fit changer de vêtement ;
,, puis il vint vers Pharao qui lui dit ; J'ai fait
s, un ſonge qui m'inquiéte & il n'y a perſonne
, qui ait pu me l'expliquer ; mais j'ai appris
,, que tu ſais les expliquer ; Ce ſera D I E U &
» non pas moi, répondit Joſeph à Pharao qui
,, fera connoitre à Pharao ce qui doit lui arri
•, ver d'heureux , s'il veut me le découvrir. Pha
, rao lui raconta donc en detail les ſonges qu'il
,, avoit eu des ſept vaches & des ſept épics ,
2, comme on vient de les rapporter : Après quoi
» Joſeph dit à Pharao : Ce que le Roi a ſon
,, gé ne marque qu'une nmème choſe ; D I E u
., lui a fait connoitre par là ce qu'il va faire.
,, Les ſept belles jeunes vaches de mème que
, les ſept beaux épics marquent ſept ans d'a-
, bondance : Ces deux ſonges ſignifient la mê
, me choſe : Et les ſept jeunes vaches maigres
, & laides qui montoient après les graſſes &
, qui les ont dévorées ; de mème que les ſept
, épics vuides & flétris par le vent d'Orient qui
» ont englouti les beaux épics, marquent ſept
» ans de famine. C'eſt ce que j'ai dit à Pharao
» que D I E U lui a revelé ce qu'il va faire. Il
»» Y
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 2o7
» y aura donc ſept ans d'une grande abondance
» dans le pays d'Egypte tout prêts à venir ,
,, après leſquels viendront ſept ans de famine
» où il y aura une ſtérilité ſi grande ſur la ter
» re & une famine ſi générale , qu'il ne reſte
» ra plus rien de ce qu'on aura recueilli dans
,, les tems d'abondance au pays d'Egypte ; &
» le pays ſera conſumé par la famine qui ſera
» des plus grandes : Et quant à ce que le ſon
» ge a été réïteré à Pharao par deux fois ; c'eſt
» que la choſe eſt arrêtée de D 1 E U & que l'e-
» xécution en eſt très prochaine.
D. Quel conſeil Joſeph donna-t.il ſur ce ſujet à
Pharao ?
Gen.
R. » Or maintenant, lui dit - il , Que Pha
X L I.
,, rao choiſiſſe un homme ſage & entendu, & 33 - 36
» qu'il l'établiſſe ſur le pays d'Egypte, pour
» veiller à ce qu'on profite des années d'abon
» dance pour ſubvenir aux années de diſette :
» Qu'il établiſſe auſſi des inſpecteurs ſur le
» pays & qu'il prenne, au lieu de la dixme,
» la cinquieme partie du revenu des terres d'E-
» gypte durant les ſept années d'abondance,
en avance de la dixme des ſept autres années de
» famine qui ſuivront, & qu'on amaſſe dans des
,, greniers tous les vivres dont on pourra ſe
» paſſer dans ces premieres années d'abondance,
» & que le blé qu'on aura ainſi amaſſé ſoit
,, mis ſous la puiſſance du Roi & gardé dans
» les villes pour ſervir de nourriture & de pro
» viſion au pays, durant les ſept années de di
» ſette qui doivent ſuivre ; afin que le pays ne
» ſoit pas conſumé par la famine.
D. Que fit ſur celº Pharao ?
- - - - R. » Ce
2o3 L'A N c I E N TEs TAMENT
Gen. R. ,, Ce conſeil plut à Pharao & à tous ſes
X L I.
37 - 45
» Miniſtres, & Pharao leur dit ; Où pourrions
,, nous trouver un homme ſemblable à celui-ci
» qui paroit rempli d'un eſprit tout divin ? Il
» s'adreſſà enſuite à Joſeph & lui dit ; Puiſquc
» Dieu t'a fait connoitre toutes ces choſes, il
,, n'y a perſonne qui ſoit ſi entendu ni ſi ſa
,, ge que toi : Je t'établis pour être l'Intendant
,, de ma maiſon & tout mon peuple te baiſe
,, ra la bouche, ou te rendra hommage : Seu
,, lement ſerai-je élevé plus que toi par le trô
,, ne que j'occupe. Je t'établis donc, dit Pharao
,, à Joſeph ſur tout le pays d'Egypte. De plus
,, Pharao ôta ſon anneau de ſa main & le mit
,, en celle de Joſeph ; il le fit vètir d'habits
,, de fin lin, & lui mit un collier d'or au cou :
,, Il le fit encore monter ſur le chariot qui
,, étoit le ſecond en bonneur après le ſien , &
,, l'on crioit devant lui ; qu'on s'agenouille :
,, & il l'établit ainſi ſur tout le pays ' d'Egyp
,, te : Puis il dit à Joſeph : je ſuis Pharao ;
je te donne ma parole de Roi , que ſans toi nul
,, ne levera la main , ni le pied dans tout le
,, pays d'Egypte : Tit ſeras le uiaitre d'agir com
me bon te ſemblera : perſonne n'entreprendra rien
dans les affaires publiques ſans ta permiſjion :
, Pharao donna auifi à Joſeph le nom de Ta
,, phenath Pahaneah : c. à d. en langue Egyp
tienne, celui qui revéle les choſes cachées, & il lui
,, donna pour femme Aſenath , fille de Potiphe
,, rah , Gouverneur ( a ) de la ville ou du pays
», d'On.
C #[ A
( a ) Gottverneur. Le mot Hébreu Kohen qui eſt ici
employé , déſigne ordinairement dans l Ecriture une
| ---
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 2o9

C H A P I T R E X I V.

Contenant la maniere dont Joſeph gou


verna l'Egypte & dont il fe conduiſit
pendant les ſept années d'abondance &
les premieres années de diſette , tant
envers le peuple d'Egypte qu'envers ſes
freres qui vinrent acheter du blé de lui.

D. Omment ſe conduiſit Joſeph après qu'il


eut été établi Gouverneur 85 Surinten
dant de toute l' Egypte ? -

R. ,, Joſeph âgé de trente ans, quand il ſe Gen.


» préſenta devant Pharao Roi d'Egypte & qu'il # 4 #
,, fut établi ſon premier Miniſtre, ſortit d'au-**
,, près de lui , & alla viſiter tout le pays d'E-
» gypte, pour donner ſes ordres ſur ce qui de
», voit arriver. Et la terre rapporta , durant les
» ſept années de fertilité des grains à monceau,
» & l'on en fit des amas conſiderables pendant
» tout ce tems-là , que l'on mit dans les villes
» du pays d'Egypte qui ſe trouvoient ſituées
» au milieu des campagnes où ſe faiſoit la re
» colte. Par ce moyen Joſeph ramaſſa tant de
» blé ,
perſonne établie ſur le ſervice divin, comme étoient
les Sacrificateurs, & c'eſt dans ce ſens que quelques
lnterprètes l'ont entendu dans cet endroit , mais il
déſigne auſſi un Grand Seigneur , un Prince, un Gott
zºerneur de Province; comme Exod. II. 16. 2. Suin. VII.
18 Jºº , XII. 19. & ce ſens convient beaucoup
Im16ºUX 1C1.
Tonne I. O
s1o L'A N c I E N T E s T A M E N T
» blé, qu'il étoit, pour ainſi dire, comme le
» ſable de la mer & qu'on l'apportoit ſans le
,, meſurer. Ce fut pendant ces années d'abondance,
,, avant que l'année de la famine vint, que Jo
,, ſeph eut deux enfans de ſa femme Aſenath,
,, fille de Potipherah , Gouverneur d'On : Il
» nomma le premier Manaſſé, c. à d. celui qui
,, fait oublier ; parce, dit-il, que D I E U m'a
,, fait oublier tous mes maux ê5 tout ce que
,, j'ai ſouffert dans la maiſon de mon pere ; &
,, il nomma le ſecond Ephraïm , c. à d. qui
, fait fructifier ; parce, dit - il, que D 1 E U m'a
» fait fructifier au pays de mon affliction. Alors
,, finirent les ſept années d'abondance, & les
,, ſept années de famine commencérent, com
,, me l'avoit prédit Joſeph. La famine ſe fit
,, premierement ſentir dans tous les pays voi
,, ſins de l'Egypte; mais par les ſoins de Joſeph ,
,, il y avoit du pain dans tout le pays d'E-
» gypte ; enſuite ce pays fut auſſi affamé & le
» peuple étant venu crier à Pharao pour avoir
,, du pain, Il répondit à tous les Egyptiens ;
» Allez à Joſeph & faites tout ce qu'il vous
» dira. La famine,étant donc dans tout le pays,
» Joſeph fit ouvrir tous les greniers publics où
» l'on avoit amaſſé du blé & il le fit diſtribuer
» aux Egyptiens ſelon leur beſoin : Cependant
,, la famine augmentoit & l'on venoit de tous
» les pays voiſins en Egypte vers Joſeph pour
» acheter du blé, tant étoit grande la famine
» par tout le pays des environs,
D. Cette famine ſe fit - elle auſſi ſentir dans le
pays de Canaan où Jacob demeuroit avec ſa fa
mille º -

R. Oui
M Is E N C A T E c H I s M E. 2I I

R. Oui, & l'on ne ſavoit quel rcméde y ap- Gen.


porter ; mais " Jacob ayant appris qu'il y avoit #
, du blé à vendre en Egypte dit à ſes fils ; " "
,, Pourquoi vous regardez-vous les uns les au
,, tres ? Comme ſi vous n'aviez aucune reſſource
,, 85 que vous duſſiez mourir de faim. J'ai ap
,, pris qu'il y a du blé à vendre en Egypte ;
,, deſcendez-y & nous en achetez - là, afin que
,, nous vivions & que nous ne mourions point :
» Il y envoya donc dix de ſes fils , freres de
» Joſeph ; mais il n'y envoya point Benjamin
,, ſon frere uterin avec ſes autres freres, de
, peur dit-il qu'il ne lui arrive quelque acci
,, dent mortel. Ainſi les fils d'Iſrael allérent en
» Egypte avec ceux qui y alloient pour acheter
» du blé ; car la famine étoit auJi dans le pays
» de Canaan : mais Joſeph qui commandoit en
» Egypte faiſoit vendre du blé à tous les peu
» ples de la terre qui déſiroient d'en acheter.
» Les freres de Joſeph étant donc venus à lui
,, ſe proſternérent devant lui, la face en terre.
D. Comment en furent-ils reçus ?
R. » Joſeph ayant vû ſes freres les reconnut ; Gen.
» mais il en uſa avec eux comme un étranger XLlI
» qui me les auroit point connus ; il leur parla 7***
,, durement & leur dit ; D'où venez - vous ?
» Nous venons , répondirent - ils , du pays de
» Canaan , pour acheter des vivres : Et quoi
» que Joſeph les eut reconnu , ils ne le recon
» nurent point pour leur frere : Alors Joſeph
» ſe ſouvenant des ſonges qu'il avoit eu, qui
lui annonçoient la domination qu'il devoit avoir
ſur eux, dont il voyoit l'accompliſſement, leur
» dit : N'êtes vous point des eſpions qui ve
» nez ici pour reconnoitre les lieux foibles $
O 2 » dé
2I2 L'A N c I E N TEs TA M ENT
,, dégarnis du pays ? Non , mon Seigneur, ré
,, pondirent-ils ; Tes ſerviteurs ſont venus uni
», quement pour acheter des vivres. Nous ſom
» mes tous enfans d'un même pere & des gens
,, de bien : Tes ſerviteurs ne ſont point des eſ
,, pions. Cela n'eſt pas, repartit Joſeph; l'achat
des vivres n'eſt que le prétexte ; il y a plutôt
,, apparence que vous êtes venus pour obſerver
» le pays. Nous étions, ajoutérent-ils, douze
,, freres , enfans d'un même homme, nommé
,, Jacob, habitant au pays de Canaan ; le plus
,, jeune eſt aujourd'hui avec nôtre pere , & un
» autre n'eſt plus : mais Joſeph inſiſtant tou
,, jours à dire qu'ils étoient des eſpions , quoi
qu'il vit bien le contraire, leur propoſe un mo
yen de conſtater la vérité de ce qu'ils lui diſoient ,
qui lui procureroit en même tems la ſatisfaction
de voir ſon propre frere uterin qu'il avoit laiſſé
dans l'enfance; ce moyen étoit de reſter en Egyp
te, juſqu'i-ce qu'ils euſſent fait venir le jeune
frere dont ils avoient parlé. * Vive Pharao ,
,, leur dit-il, ou, comme je ſouhaite qu'il vive,
,, auſſi ſûr eſt il que vous ne ſortirez point d'i-
» ci, que vôtre jeune frere ne ſoit venu. Vous
» pouvez envoyer un de vous qui l'amene ;
» mais les autres reſteront priſonniers , & j'é-
» prouverai par - là ſi vous avez dit la vérité :
,, autrement, Vive Pharao, vous ſerez traités
,, en eſpions : Et ſur le champ il les fit mettre
» tous enſemble en priſon pour trois jours ,
» au bout deſquels, Joſeph leur dit ; Faites
» ceci & vous aurez la liberté & la vie, auſſi
», ſitrement que je crains D I E U : Si vous êtes
» gens de bien, comme vous le dites ; que l'un
» de vous qui êtes freres, reſte lié dans la pri
- » ſon
M I s E N C A T E c H I s M E. 213
,, ſon où vous avez été renfermés, & que les
,, autres s'en aillent & emportent du blé à vôtre
,, pere , pour empêcher que vos familles ne
» meurent de faim ; après quoi vous me rame
,, nerez vôtre jeune frere & je connoitrai par
,, là que vous dites vrai & aucun de vous ne
,, mourra : Ils y conſentirent à la vérité ; mais
ſe rappelants à ce ſujet la dureté dont ils avoient
1ſé envers leur frere Joſeph, ils regardérent la
facheuſe extrêmité , où ils ſe trouvoient , comme
,, une punition de leur crime ; & ſe dirent l'un
,, à l'autre ; oui certainement, il faut l'avouer,
,, nous méritons tout ce qui nous arrive pour
,, en avoir agi , comme nous l'avons fait en
» vers nôtre frere Joſeph ; car nous avons vu
,, l'angoiſſe de ſon ame, quand il nous deman
» doit grace, pour n'être pas jetté dans la foſſe,
,, ou vendu aux marchands, & nous ne voulu
,, mes point l'écouter ; c'eſt pour cela ſans dou
,, te que Dieu permet que nous nous trouvions
,, à préſent dans l'angoiſſe ; Je vous le diſois
» bien, ajouta Ruben, lorſque je vous priois
,, de ne point commettre ce péché contre cet
,, enfant innocent ; mais vous ne voulutes point
» m'entendre, & voilà que le Dieu vengeur du
,, crime vous redemande ſon ſang , en votts
puniſſant aujourd'hui pour le meurtre que vous
voulutes alors commettre. Tout cela ſe paſſoit en
préſence de Joſeph, " ſans qu'ils cruſſent être
» entendus de lui ; parce qu'il leur avoit parlé
», par un truchement ; mais attendri par leurs
» diſcours, il les quitta un moment pour pleu
» rer ; puis étant retourné vers eux, il leur
» parla de nouveau, & fit prendre Siméon,
» l'un d'entr'eux & le fit lier devant leurs yeux,
O 3 · pour
214•º

L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
pour leur inſpirer peut être plus de terreur, 83
le punir lui - même de ce qu'il avoit été un des
plus violens contre ſon frere Joſeph. * Cependant
,, Joſeph commanda qu'on remplit leurs ſacs de
» blé & qu'on remit l'argent qu'ils en avoient
» donné dans le ſac de chacun d'eux & qu'on
» leur donnat auſſi des proviſions pour le che
,, min. Ils chargérent donc le blé ſur leurs anes
,, & s'en allérent.
| D. Quelles furent les ſuites de cette conduite
de Joſeph à l'égard de ſes freres 83 de la pro
meſſe expreſſe qu'il avoit exigé d'eux de lui ame
mer Benjam n º
, R. Dès que les freres de Joſeph furent arri
Gen.
X L I I. vés au premier gîte, " l'un d'eux ouvrit ſon
27 - 38. ,, ſac pour donner à manger à ſon ane dans
,, l'hotellerie, & ayant vu ſon argent à l'ou
,, verture du ſac, il dit à ſes freres ; l'argent
,, de mon blé m'a été rendu & le voici en
,, mon ſac : Ses autres freres en firent apparem
ment de même 83 trouvérent auſſi leur argent ;
,, ce dont ils furent extrèmement ſurpris, mais
,, craignant aiſſi que ce ne fut un piege qu'on
,, leur tendoit , ils ſe dirent l'un à l'autre ; Qu'eſt
,, ce que D I E U nous a fait ? Comment devons
mous regarder ce qui nous arrive, ſi ce n'eſt com
me un effet de la ſage providence de Dieu , dont
nous ignorons les raiſons ? * Etant enſuite arri
,, vés au pays de Canaan vers Jacob leur pere,
,, ils lui racontérent tout ce qui s'étoit paſſé
,, dans leur voyage, & lui dirent ; L'homme
,, qui commande dans le pays d'Egypte nous a
,, parlé rudement & nous a pris pour des eſ
,, pions , qui venoient reconiioitre les endroits
, foibles du pays ; mais nous lui avons répon
, du
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 215
» du que nous étions gens de bien & non des
,, eſpions, 85 pour mous faire mieux connoitre
,, à lui , nous lui avons dit que nous étions
,, douze freres , enfans d'un même pere, que
,, l'un d'eux n'étoit plus & que le plus jeune
,, étoit reſté avec nôtre pere au pays de Ca
» naan : Surquoi cet homme qui commande
,, dans le pays nous a dit : Je connoitrai à ce
,, ci que vous êtes gens de bien & que vous
,, me dites vrai : Laiſſez-moi un de vos freres ;
,, prenez du blé pour vos familles contre la
,, famine, & je vous laiſſerai aller ; mais à
,, condition que vous m'ameniez vôtre jeune
,, frere ; Par - là je connoitrai que vous êtes
,, gens de bien & non des eſpions : Je vous
,, rendrai auſſi le frere que vous m'aurez laiſſé
,, & vous pourrez trafiquer $ reſter au pays
,, tant qu'il vous plaira : Ils vuidérent enſuite
,, leurs ſacs en préſence de leur pere, & lui fi
, rent voir tous les paquets de leur argent
liés ſéparément à l'entrée de chaque ſac , de quoi
», ils marquérent leur étonnement à leur pere,
8º la crainte qu'ils avoient que ce me fut une
ſurpriſe , dont ils étoient parfaitement innocens.
» Alors Jacob leur pere , leur dit : Vous êtes
,, cauſe que je ſuis déja privé de deux enfans :
,, Joſeph n'eſt plus : Siméon eſt mort pour moi :
» Voudriez-vous m'enlever éncore Benjamin ?
» Toutes ces pertes me regardent ſeul : C'eft
moi ſeul qui ſouffre de tout cela. Je ne puis vous
,, l'accorder. Surquoi Ruben dit à ſon pere :
» Je conſens volontiers que tu prennes deux
» de mes fils ; & que tu les faſſes mourir, ſi
,, je ne te ramene Benjamin. Remets - le - moi
, ſeulement entre les mains & je te promets
O 4 ,, de
2I6 L'A N c I E N TEsTAMENT

, de le ramener ; non , répondit Jacob , mon


,, fils ne deſcendra abſolument point en Fgypte
,, avec vous, car ſon frere eſt mort & celui ci
,, m'eſt reſté ſeul de Rachel leur mere, ma chere
,, femme : S'il lui arrivoit encore quelque acci
,, dent mortel dans le chemin , vous feriez cer
,, tainement deſcendre mes cheveux blancs au
,, ſépulcre avec la plus vive douleur. .
D. Jacoh perſiſta-t-il dans la réſolution de me
point laiſſer aller ſon fils Benjamin en Égypte ?
R. Non ; car il y fut enfin obligé par la
néceſſité de retourner en ce pays - là pour y
acheter des vivres , & par les repréſentations
que lui fit ſon fils Juda, qu'ils s'expoſeroient
tous à la mort , s'ils y alloient ſans mener avec
eux leur frere Benjamin.
D. Qu'eſt-ce donc qui ſe pqſſa entre Jacob $
ſes fils à ce ſujet ?
6/erf. R. ,, Comme la famine augmentoit dans le
X L II I.
I - I5 .
,, pays de Canaan ; quand les blés amenés d'E-
,, gypte eurent été cpnſumés , Jacob dit à ſes
» fils ; Retournez en Egypte & nous achetez un
,, peu de vivres ; mais Juda lui répondit au
,, nom de tous ; Cet homme qui gouverne toute
,, l'Egypte nous a expreſſément déclaré que nous
,, ne ſerions point admis à ſon audience, à
,, moins que nôtre jeune frere ne fût avec nous :
,, Si donc tu veux l'envoyer avec nous , nous
,, partirons & nous t'achéterons des vivres ;
», mais ſi tu ne veux pas l'envoyer nous ne
,, ſaurions aller en Egypte ſans craindre pour
,, nôtre vie, après ce que nous a declaré celui
,, qui y commande , que nous n'obtiendrions
,, rien de lui , ſi nôtre frere n'étoit avec nous ;
» Et pourquoi, leur dit Iſrael, lui avez-vous
,, dit
M 1 s E N - C A T E c H 1 s M E. - 217 .
» dit pour mon malheur que vous aviez en
,, core un frere ? Cet homme, répondirent-ils,
,, s'eſt ſoigneuſement enquis de ce qui regardoit
», & nous & nôtre famille : Il nous a demandé
, ſi nôtre pere vivoit encore, ſi nous n'avions
,, point d'autre frere , & nous lui avons dit
,, ce qui en étoit : Pouvions-nous déviner qu'il
,, nous ordonneroit de lui amener ce frere ?
» Juda dit donc à Iſraël ſon pere ; Envoye ton
» jeune fils avec moi, & nous nous mettrons
,, en chemin ; nous irons en Egypte en toute
,, ſureté ; nôtre vie n'y ſera expoſée à aucun
» danger , & nous ne mourrons point de faim,
» ni toi , ni nous, ni nos petits enfans. J'en
» répond, redemande le de ma main , ou pren
,, t en à moi ſeul, ſi je ne te le ramene, & ſi
,, je ne te le repréſente, tu pourras m'infliger
» la peine que tu voudras. Que ſi nous n'euſ- .
» ſions pas tant differé, nous ſerions certaine
» ment déja de retour pour la ſeconde fois :
» Alors Iſraël leur pere leur dit ; ſi cela eſt
,, ainſi & qu'il faille abſolument que Benjamin .
parte avec vous , faites au moins ce que je vai
vous dire pour gagner les bonnes graces de ce
Gouverneur de l'Egypte : " Prenez avec vous
,, de ce qu'il y a de plus eſtimé dans ce pays,
,, que vous porterez en préſent à ce Gouver
» neur ; quelque peu de beaume, & de micl,
,, du ſtorax, de la myrrhe , des dattes & des
,, amandes : Prenez auſſi de l'argent au double
,, dans vos mains & offrez de rendre celui qui
» a été mis à l'ouverture de vos ſacs ; peut
» être cela s'eſt - il fait par ignorance. Mettez
» vous enfin en chemin avec vôtre frere, &
» préſentez - vous à ce Gouverneur pour avoir
O 5 ,, dit
218 L'A N c I E N T E s T A M E N r
» du blé : Le D I E U Fort, Tout-puiſſant, voui
,, faſſe trouver grace devant lui , afin qu'il
,, vous relache Siméon vôtre autre frere, &
,, qu'il laiſe revenir Benjamin : Mais s'il faut
,, que je ſois privé de ces deux fils , ce ſera
tout ce qu'il plaira à Dieu ; je dois m'y ſoumet
,, tre. Les fils de Jacob firent tout ce que leur
,, pere leur avoit ordonné & ayant pris Benja
,, min avec eux, ils deſcendirent en Egypte,
,, & auſſi tôt à leur arrivée ils ſe préſentérent
,, à Joſeph.
D. Comment les reçut alors Joſeph ?
Gen.
XLIII.
R. » Joſeph les ayant vû 85 Benjamin avec
16 - 34. ,, eux , dit à ſon Maitre d'hotel ; Mène ces
,, hommes dans mon hotel ; tue quelque bète,
,, & nous prépare un bon repas ; car ils man
,, geront à midi avec moi : Et le Maitre d'ho
,, tel fit ce que Joſeph lui avoit dit , & me
,, na d'abord ces hommes à l'hotel de Joſeph ;
» mais ils eurent peur de ce qu'on les menoit
» là, & dirent entr'eux : L'on veut apparem
,, ment nous faire entrer ici , à cauſe de l'ar
,, gent qui fut remis dans nos ſacs dans nôtre
,, premier voyage ; afin de ſe jetter ſur nous,
» de nous prendre pour eſclaves , & de ſe ſai
,, ſir de nos anes. C'eſt ce qui fit qu'étants
,, encore à la porte de la maiſon , ils s'appro
,, chérent du Maitre d'hotel & lui dirent ; Sei
,, gneur, écoutez - nous, s'il vous plait ; Nous
,, ſommes déja venus une fois ici pour acheter
,, du blé , & après l'avoir acheté , lorſque mous
,, nous en retournions 83 que nous fumes arrivés
, à l'hotellerie ; nous ouvrimes nos ſacs & nous
,, y trouvames nôtre argent à l'ouverture en
, mèmes eſpéces & de meme poid que celles
- »» qtte
Mr 1 s ' E N C A T E c H 1 s M E. 219
,, que nous avions apporté ; mais nous l'avons
,, rapporté en nos mains pour vous le rendre,
,, & nous vous en apportons d'autre pour ache
,, ter de quoi vivre ; nous ignorons cependant
,, qui a remis cet argent dans nos ſacs. Le
2, Maitre d'hotel, leur répondit : Soyez en paix ;
,, tranquilliſez vous ; ne craignez rien. C'eſt vô
,, tre Dieu & le Dieu de vôtre pere qui a mis
» ces tréſors dans vos ſacs : Car pour l'argent
,, que vous m'aviez donné pour vôtre blé, je
,, l'ai bien reçu. Enſuite il leur amena Siméon ,
,, & les ayant fait entrer dans la maiſon de Jo
,, ſeph , il leur donna de l'cau pour ſe lavcr les
,, pieds & donna auſſi à manger à leurs anes.
,, Eux de leur côté préparérent leurs préſens,
» en attendant que Joſeph revint à midi ; car
» on leur avoit dit qu'ils devoient manger chez
,, lui : Joſeph étant revenu ils lui offrirent les
» préſens qu'ils avoient en leurs mains, en ſe
,, proſternants devant lui juſqu'à terre : Il leur
,, demanda à ſon tour comment ils ſe portoient,
,, & il leur dit ; Vôtre pere ce bon vieillard
,, dont vous m'avez parlé ſe porte-t-il bien ?
» Vit-il encore ? Oui, répondirent-ils ; ton ſer
» viteur, nôtre pere, vit encore & ſe porte
,, bien ; & ſe baiſſant de nouveau profondément,
,, ils ſe proſternérent encore devant lui. Enſuite
» Joſeph levant les yeux, pour les attacher ſur
,, Benjamin ſon frere uterin, il leur demanda
, ſi c'étoit - là leur jeune frere dont ils lui
,, avoient parlé , & lui adreſſant à hui-même la
,, parole ; Mon fils, lui dit - il, Dieu te faſſe
,, grace ! Et fes entrailles s'étant émues à la
,, vuë de ſon frere, il ſe retira promptement,
,, les larmes aux yeux, & entrant dans ſon
,, cabi
22o L'A N c I E N TE s TA M E N T
,, cabinet, il y pleura. Puis s'étant lavé le vi
, ſage, il ſortit de - là & *ſe faiſant violence
,, pour ne pas faire paroitre ſon attendriſſement,
,, il dit à ſon Maitre d'hotel ; ſervez ; & on
,, ſervit Joſeph à part, & ſes freres à part ,
,, & les Egyptiens qui mangeoient avec lui à
,, part ; parce qu'ils regardent comme une cho
,, ſe deffendue 83 abominable de manger avec
,, les Hébreux, à cauſe de leur profeſſion de Ber
gers qui étoit regardée en Egypte comme profane
, ou très mépriſable. Les freres de Joſeph s'aſ
, ſirent donc en ſa preſence, chacun ſelon le
,, rang que lui donnoit ſon âge ; mais ils ne
,, pouvoient s'empècher de faire paroitre l'un à
,, l'autre leur étonnement de tout ce qu'ils voy
,, oient : Et Joſeph leur fit porter des mets de
» ſa table , à chacun ſa portion ſelon l'uſage ;
,, mais la portion de Benjamin étoit cinq fois
,, plus grande que celles des autres, pour lui
témoigner par - là ſa tendreſſe , peut - être pour
mettre le cœur de ſes autres freres à l'épreuve ,
en l'honorant plus qu'eux, " & ils burent & fi
,, rent bonne chere avec lui.
D. Comment furent - ils enſuite renvoyés chez
eux ? -

Gen. R. , Joſeph commanda à ſon Maitre d'hotel


XLIV.
I - I3•
,, de remplir de vivres les ſacs de ces gens ,
,, autant qu'ils en pourroient emporter , & de
» remettre l'argent de chacun à l'ouverture de
,, ſon ſac ; mais en particulier de mettre ſa cou
,, pe d'argent à l'ouverture du ſac du plus jeu
,, ne, avec l'argent de ſon blé : L'ordre de Jo
,, ſeph fut exécuté ; & le lendemain matin dès
,, qu'il fut jour, on renvoya ces hommes avec.
,, leurs anes. Lorſqu'ils furent ſortis de la ville
2» aVdI1t
-

M Is E N C A T E c H I s M E. 22r

» avant qu'ils fuſſent beaucoup éloignés, Jo


», ſeph dit à ſon Maitre d'hotel, va, pourſui
» ces hommes, & quand tu les auras atteint,
,, di-leur ; Pourquoi avez - vous rendu le mal
» pour le bien ? La coupe que vous avez em
,, porté n'eſt - ce pas celle en laquelle mon Sei
» gneur boit, & penſez-vous qu'un homme tel
» que lui ne pût pas découvrir le vol, ou les
,, voleurs. C'eſt aſſurément mal fait à vous d'a-
,, voir commis une telle action. Auſſi tôt ce ſer
,, viteur courut après eux & les ayant atteint, il
,, leur dit ces mèmes paroles, auxquelles ils ré
,, pondirent ; Pourquoi mon Seigneur parle-t-il
,, ainſi ? A Dieu ne plaiſe que tes ſerviteurs
» ayent fait une telle choſe ! Voici nous t'a-
,, vons rapporté du pays de Canaan l'argent
,, que nous avions trouvé à l'ouverture de nos
, ſacs, & comment déroberions nous de l'ar
,, gent, ou de l'or de la maiſon de ton maitre ?
,, Que celui de tes ſerviteurs chez qui l'on trou
» vera le vol dont tu nous accuſes ſoit puni de
,, mort & que les autres ſoient , s'il le faut,
,, eſclaves de mon Seigneur. Je veux bien, ré
,, pondit le Maitre d'hotel , que ſelon vos pa
,, roles celui qui ſera trouvé coupable du vol
,, ſoit mon eſclave; mais pour les autres, ils
,, en ſeront déchargés. A ces mots chacun poſa
» ſon ſac à terre & l'ouvrit ; le Maitre d'hotel
» les fouilla tous , en commençant par ceux
» des plus âgés juſqu'à celui du plus jeune ,
» & la coupe ſe trouva dans le ſac de Benja
» min. Tous déchirérent alors leurs vètemens
» de douleur & chacun ayant rechargé ſon ane,
» ils retournérent à la ville.
D. Que
222 L'A N c I E N TE sT A M ENT

D. Que firent - ils de plus pour ſe juſtifier au


près de Joſeph $ ſauver Benjamin du péril dont
il étoit menacé *
R. ,, Juda un des ainés ſe mit à la tête de
» ſes freres 85 vint avec eux en la maiſon de
» Joſeph qui les y attendoit. Dès qu'ils le virent,
» ils ſe proſternérent tous le viſage contre terre :
,, & Joſeph leur dit ; Quelle action avez-vous
,, faite ? Ne deviez vous pas ſavoir qu'un hom
,, me tel que moi, découvriroit certainement le
,, larcin ? Juda prit auſſi tôt la parole au nom
» de tous & lui dit ; Que dirons-nous à mon
, Seigneur ? Comment lui parlerons-nous ? &
» comment nous juſtifierons-nous ? Dieu nous
» punit aſſurément à cauſe de nos iniquités,
» & nous nous reconnoiſſons eſclaves de mon
,, Seigneur, tant nous que celui dans le ſac
,, duquel la coupe a été trouvée. A Dieu ne
,, plaiſe , repartit Joſeph , que je faſſe cela !
» Celui là ſeul dans le ſac duquel la coupe a
,, été trouvée ſera mon eſclave ; mais vous tous,
s, retournez en paix vers vôtre pere. Alors Juda
enhardi par les ſentimens d'équité que Joſeph fai
,, ſoit paroitre, s'approcha de lui & lui dit ; Je
,, te prie inſtamment de permettre que ton ſer
,, viteur te diſe un mot & qu'il te plaiſe de
,, l'écouter ſans te mettre en colere contre lui ;
, car tu es comme Pharao, le maitre de nos
,, perſonnes 85 de nos vies. La premiere fois que
,, nous parumes devant mon Seigneur , il de
,, manda à tes ſèrviteurs, ſi nous avions pere
,, ou frere & nous lui répondimes que nous
,, avions un pere fort âgé , & un jeune frere
, qui lui étoit né dans ſa vieilleſſe, dont le fre
»» IC
M I s E N CA T E c H I s M E. 223
,, re eſt mort & celui-ci qui eſt reſté ſeul de ſa
,, mere eſt tendrement aimé de ſon pere : Sur
,, cela tu dis à tes ſerviteurs de le faire deſ
,, cendre vers toi pour le voir, & t'aſſurer par
là ſi ce que uous diſions étoit véritable, & nous
, dimes à mon-Seigneur que ce jeune garçon
,, ne pouvoit quitter ſon pere ſans le faire mou
, rir de douleur; mais tu dis à tes ſerviteurs,
,, ſi vôtre jeune frere ne revient avec vous,
, vous ne verrez plus ma face , pour obtenir
,, de moi quoi que ce ſoit. Or il eſt arrivé qu'é-
,, tants de retour vers ton ſerviteur nôtre pe
» re, nous lui rapportames les paroles de mon
,, Seigneur. Quelque tems après , nôtre pere
,, nous dit ; Retournez en Egypte pour nous
» acheter un peu de vivres , & nous lui répon
» dimes que nous ne pouvions y aller à moins
» que nôtre jeune frere ne vint avec nous ;
,, parce que ce n'étoit qu'à cette condition que
,, nous pouvions avoir un accès favorable au
» près du Gouverneur du pays. A cela ton ſer
,, viteur mon pere repartit ; Vous ſavez que
» ma femme Rachel m'a donné deux fils, dont
,, l'un étant ſorti de chez moi pour aller voir
,, ſes freres, j'ai eu des indices certaines qu'il
,, avoit été déchiré par des bètes ſauvages &
,, je ne l'ai point vû depuis : Si vous emme
,, nez encore celui-ci d'auprès de moi , & que
» quelque accident mortel lui arrive, vous fe
» rez deſcendre mes cheveux blancs au ſépul
», cre avec la plus vive douleur , cependant après
», bien des inſtances il nous le remtit. Maintenant
» donc quand je ſerai de retour vers ton ſervi
» teur mon pere, ſi l'enfant qu'il aime tendre
» ment & de la vie duquel dépend ſa propre
22 VMC 2
224 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» vie , n'eſt pas avec nous , il eſt fort à crain
» dre qu'il n'en meure , & tes ſerviteurs feroient
,, ainſi deſcendre avec douleur les cheveux blancs
,, de leur pere dans le ſépulcre. De plus, ajou
» ta Juda, ton ſerviteur à réponâu en parti
,, culier de cet enfant auprès de ſon pere &
,, lui a dit ; Si je ne te le raméne, je ſerai
,, toute ma vie ſujet à la peine que tu voudras
» m'impoſer. Je te prie donc inſtamment que
,, ton ſerviteur ſoit eſclave de mon Seigneur à
,, la place de ſon jeune frere ; & qu'il s'en aille
,, avec ſes freres : Car comment retournerois-je
,, vers mon pere, ſi l'enfant qu'il chérit n'eſt
,, avec moi : O Dieu ! que je ne voye point
,, l'affliction qu'en auroit mon pere !
D. Joſeph me fut-il pas touché $ attendri par
ce diſcours de Juda ? -

Gen.
XLV.
R. Oui, * il en fut ſi touché qu'il ne fut
I - I5.
,, plus le maitre de ſes mouvemens ; mais,
,, avant .. que d'éclater , il fit ſortir tous les
,, Egyptiens qui étoient préſens & perſonne ne
,, reſta avec lui que ſes freres, quand il ſe fit
,, connoitre à eux : Dès qu'il ſe vit en liberté, il
,, éleva ſi fort la voix par ſes cris de joie mè
,, lés de larmes que les Egyptiens l'entendirent
,, & que le bruit s'en répandit dans toute la
» maiſon de Pharao. Je ſuis Joſeph , dit - il
;, d'abord à ſes freres : mon pere vit il encore ?
,, Mais ſes freres ne lui pouvoient répondre ,
,, tant ils étoient eux - mèmes troublés de ſa
,, préſence. Joſeph leur dit encore ; Approchez
,, vous de moi & s'étant approchez il leur tint
,, ce diſcours : Je ſuis Joſeph vôtre frere que
, vous avez vendu pour être mené en Egyp
,e te ; mais que cela ne vous faſſe à préſent au
22 Ctl Ilº
MIs EN C A T E c H I s M E. 225

» cune peine ; & n'en ayez pas de regret ,


» parce que Dieu m'a envoyé devant vous
,, dans ce pays pour la conſervation de vôtre
,, vie : Car il y a déja deux ans que la fami
,, ne eſt au pays, & elle doit durer encore
» cinq ans, pendant leſquels il n'y aura preſque
» point de labourage ni de moiſſon : mais Dieu
» m'a envoyé devant vous dans ce pays, afin
» que vous ſoyez conſervés ſur la terre, & que
» vous ayez de quoi vivre en vous fourniſſant
,, les moyens de vous garantir de la famine.
,, A la vérité, ce n'eſt pas vous qui m'avez
» envoyé ici, mais c'eſt Dieu qui s'eſt ſervi de
vous pour l'exécution de ſes deſſeins 85 qui m'a
,, établi ici comme un pere à Pharao, & com
» me Seigneur ſur toute ſa maiſon & pour com
», mander dans tout le pays d'Egypte. Hatez
» vous d'aller vers mon pere, & dites-lui :
s, Ainſi a dit ton fils Joſeph ; Dieu m'a établi
,, Seigneur ſur toute l'Egypte ; Deſcend vers
,, moi ſans tarder & tu habiteras dans la con
,, trée de Goſcen : Tu ſeras près de moi, toi,
,, tes enfans & les enfans de tes enfans, tes
,, troupeaux, & tes bœufs & tout ce qui eſt
» à toi, & je t'entretiendrai là pendant les cinq
,, années de famine qu'il y aura encore dans
» le pays ; de peur que tu ne périſſes par la di
» ſette, toi & ta maiſon & tout ce qui t'ap
, partient. Vous voyez tous à préſent de vos
,, yeux & Benjamin mon frere voit auſſi de
» ſes yeux que c'eſt moi Joſeph qui vous parle
» de ma propre bouche. Rapportez donc à mon
,, pere, quelle eſt ma gloire en Egypte & tout
», ce que vous avez vû , & hatez-vous de fai
,, re deſcendre ici mon pere : Enſuite Joſeph ſe
Tome I. P » jetta
226 L'A N c I E N TEsTAMEN T
,, jetta ſur le cou de Benjamin ſon frere en
,, pleurant, & Benjamin pleura auſſi ſur ſon cou ;
,, puis il baiſa tous ſes freres & pleura de joie
,, en les embraſſant. Après cela ſes freres s'en
, tretinrent familierement avec lui de tout ce
qui s'étoit paſſe de part 83 d'autre dans la fa
mille, depuis leur ſéparation.
D. Que fit de ſon côté Pharao quand il ap
prit que les freres de Joſeph étoient arrivés chez
lui ?
Gen. R. » Dès que le bruit fut répandu à la Cour
XLV ,, de Pharao, que les freres de Joſeph étoient
*** ,, arrivés, le Roi en eut beaucoup de joie de
,, mème que ſes ſerviteurs, 85 ayant ſans doute
appris de Joſeph lui-même le deſſein qu'il avoit
de faire venir Jacob ſon pere en Fgypte avec
toute ſa famille, 85 de l'établir dans le pays de
| Goſcen ſous le bon plaiſir du Roi, " il dit à
,, Joſeph qu'il pouvoit ordonner de ſa part à
» ſes freres de charger leurs bêtes , de partir
» pour s'en retourner au pays de Canaan , &
,, de ramener de-là leur pere & leurs familles
,, en Egypte, ſous promeſſes de leur donner de
,, tout ce qu'il y auroit de meilleur au pays,
,, & de les y faire vivre dans l'abondance ;
,, en donnant pour cela plein pouvoir à Joſeph
,, de faire ce qu'il voudroit. Il leur fit prendre
,, encore des chariots du pays d'Egypte pour
» amener leurs petits enfans & leurs femmes ;
» & leur recommanda ſur tout d'amener leur
,, pere & de venir au plutôt, ſans regretter
,, aucun des effets qu'ils ſeroient obligés de laiſ
,, ſer; parce qu'ils pourroient diſpoſer de tout
» ce qu'il y auroit de meilleur en Egypte, # C$
|

M I s E N C A T E c H I s M E. 227
les en dédommageroit ſuffiſamment. Et les enfans
,, d'Iſrael le firent ainſi.
D. Qu'eſt-ce que Joſeph fit encore pour eux au
tems de leur départ *
R. , Outre les chariots que Joſeph leur don Gen.
,, na ſelon l'ordre de Pharao , il leur fit diſtri X L V.
2 I - 25«
,, buer des proviſions pour le voyage, & à cha
,, cun des robes de rechange, & à Benjamin
,, trois cent pieces, ou ſicles d'argent & cinq
,, robes de rechange : Il envoya auſſi à ſon pe
,, re dix anes chargés des plus excellentes cho
,, ſès qu'il y eut en Egypte & dix aneſſes char
» gées de blé, de pain & de proviſions pour
» le voyage qu'il auroit à faire. Il renvoya
,, ainſi ſes freres & leur dit avant de partir :
» Qu'il n'y ait entre vous aucune querelle ni
reproche pour tout ce qui s'eſt paſſé. " Ils re
,, vinrent donc de l'Egypte au pays de Canaan
, auprès de leur pere Jacob & ils lui rappor
» térent que Joſeph vivoit & qu'il avoit le com
,, mandement ſur tout le pays d'Egypte. -

D. Quel effet produiſit ſur Jacob une nouvelle


ſi peu attendue ? -

R. A l'ouie du nom de Joſeph & à la nou X Gen. L V.


velle ineſperée que ce cher fils vivoit encore & 26 - 28
qu'il étoit élevé à une ſi haute dignité , quoi
quil pût à peine le croire, " Jacob fut ſi ému
» & ſi attendri qu'il tomba preſque en défail
» lance ; mais ſes fils pour le perſuader de ce
» qu'ils diſoient, lui rapportérent tous les diſ
» cours que Joſeph leur avoit tenus : Puis ayant
» vû les chariots que Joſeph lui avoit envoyés
» & ceux qui étoient deſtinés à le porter , l'eſ.
» prit lui revint, il reprit une nouvelle vigueur.
P 2 ,, Alors
228 L'A N c I E N T E s T A M E N T
, Alors Iſraël dit; c'eſt aſſez; Joſeph mon fils
,, vit encore ; je ſuis tout prêt à aller vers lui
» & j'eſpere de le voir avant mourir.

c H A P I T R E x v.
Contenant l'arrivée & l'établiſſement de Ja
| cob & de ſa famille en Egypte; les ré
glemens que fit Joſeph dans les dernie
res années de la famine pour aſſurer au
Roi des revenus très conſidérables ; & ce
qui ſe paſſa entre Jacob & Joſeph dans
une maladie du premier qui fut bientôt
ſuivie de ſa mort.

D. St ce que Jacob ou Iſraël partit bien-tôt


après l'arrivée de ſes fils pour aller join
dre ſon fils Joſeph en Egypte ?
Gen. R. ,, Iſrael partit le plutôt qu'il put avec tout
XLJVI.
» ce qui lui appartenoit, & vint d'abord en
I - 27.
,, Béerſébah ſur le chemin de l'Egypte , où il y
avoit un autel que ſon pere lſaac avoit élevé ;
,, & il y offrit des lacrifices au D 1 E U de ſon
,, pere iſaac, en aciions de graces de toutes les
faveurs qu'il venoit d'en recevoir, $ pour lui de
mander ſa protection dans le voyage qu'il alloit
entreprendre : Après ces ſacrifices offerts * Dieu
,, parla à Iſrael dans les viſions de la nuit,
, en l'appelant Jacob , Jacob ; à quoi ayant
, répondu, me voici, toiit prêt à t'entendre &
,, à t'obéir : D I E U lui dit ; Je ſuis le Dieu
, Fort , le D I E u de ton pere qui ai été ſon
,, prQ
M Is - E N C A T E c H 1 s M E. 229
, protecteur : Ne crain point de deſcendre en
» Egypte ; car je t'y ferai devenir le pere d'u-
,, ne grande nation ; je deſcendrai avec toi en
,, Egypte ; je t'y accompagnerai de ma protection
85 de mon ſecours dans tous tes beſoins, & je
,, t'en ferai auſſi très certainement remonter un
,, jour , ou ta poſtérité, pour revenir dans le pays .
,, que tu quittes, & Joſeph ton fils mettra ſa
,, main ſur tes yeux au moment de ta mort ;
,, enſorte que tu mourras en paix entre ſes bras.
,, Jacob partit enſuite de Béerſébah & ſes fils
,, mirent leur pere, leurs petits enfans & leurs
», femmes ſur les chariots que Pharao avoit en
,, voyés pour les porter. Ils emmenérent auſſi
,, leur bétail & le bien qu'ils avoient acquis au
» pays de Canaan. Jacob amena donc avec lui
» en Egypte tous ſes enfans, y compris ſes filles
,, & les filles de ſes fils & tous leurs deſcen
», cendans , au nombre de ſoixante ſix mâles ,
ſelon le dénombrement qui eſt fais ici de chaque
», famille, ſavoir des enfans de Léa avec Dina
», ſa fille, trente trois perſonnes ; des enfans
», de Zilpa ſervante de Léa ſeize perſonnes ; des
,, enfans de Rachel mere de Joſeph & de Ben
',, jamin, quatorze perſonnes, y compris Joſeph
,, & ſes deux fils, Manaſſé & Ephraïm qu'il
,, avoit eu d'Aſenath fille de Potipharah ; & des
,, enfans de Bilha ſervante de Rachel ſept pcr
,, ſonnes : Ainſi toutes les perſonnes, ou tous
» les enfans qui appartenoient à Jacob & qui
» étoient nés de lui, ſans les femmes des en
,, fans de Jacob , qui vinrent alors en Egypte,
,, étoient en tout ſoixante ſix perſonnes , aux
quelles ſi l'on joint Jacob 83 Joſeph & les deux
,, enfans qui lui étoient nés en Egypte , tou
P 3 2, tc6
23o L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
» tes les perſonnes de la famille de Jacob ve
,, nues en Egypte feront en tout ſoixante &
,, dix ( a ).
D. Comment ſe paſſa la premiere entrevuë de
Jacob 83 de ſa famille avec Joſeph ?
Gen. R. ,, Jacob ayant envoyé Juda devant lui
XI.1'I. ,, vers Joſeph pour l'avertir de ſon arrivée , lui
*8 - 34.
,, fit dire de venir au devant de lui, pour le
,, conduire au pays de Goſcen ; & tout de ſui
3, te

( a ) Soixante $ dix. Au lieu de ce nombre , on


lit dans la verſion Grecque des 7o. ſoixante & quinze
perſonnes & de même au Chap. I. de l'Exode X. 5.
C'eſt auſſi ſans doute ſur cette verſion que St Etien
ne ou St Luc dans le diſcours qui eſt rapporté Ačt.
VII. 14 fait mention de ſoixante & quinze perſon
nes. Ceux qui ont voulu concilier ces deux nombres,
ont crû pouvoir le faire , en ajoutant aux perſonnes
ici nommees, cinq autres deſcendus de Manaſſe & d'E-
ph aïm qui étoient en vie lorſque Jacob deſcendit en
Eeypte, ſavoir Makir, Galaad, Sutela, Tahana &
Eden dont il eſt fait mention I. Chron VII. 14 - 2o.
Mais il eſt beaucoup plus apparent que c'eſt une faute
des copiſtes qui s'ett gliſſée dans la verſion des 7o.
aux deux endroits ci - d ſſus indiqués : & ce qui le
confirme, c'eſt que dans un autre paſſage Deuter. X.
22. le même nombre de ſoixante & dix qui eſt rap
pelé conformement au Texte Hébreu , ſe trouve auſſi
dans la plûpart des Exemplaires de la verſion des 7o.
Et cette conjecture ſe confirme par le témoignage de
l'Hiſtorien Joſephe dans ſes Antiquités Judaïques L. H.
Ch. 7. qui ne compte comme l'Hébreu que ſoixante
· & dix perſonnes de la famille de Jacob. Les Savans
propoſent ſur cela pluſieurs autres moyens de concilier
cette différence de nombre ; mais l'on peut s'en tenir
à ce que l'on vient de remarquer ſans déroger en rien
à la divinité des Saintes Ecritures , qui ne dépend nul
lement de la citation, ou de l'indication d'un nombre
pour un autre,
º,

M Is E N C A T E c H I s M E. 231
,, te ils prirent le chemin de cette contrée.
, Joſeph de ſon côté fit atteler ſon chariot &
,, monta pour aller au devant de ſon pere e3
, le conduire en Goſcen. Auſſi-tôt qu'il ſe pré
, ſenta à lui , il ſe jetta au cou de Jacob &
,, l'arroſa quelques momens de ſes larmes : Iſ
,, raél pénétré de joie d'embraſſer un fils qu'il
pleuroit comme mort depuis vingt $ trois ans, lui
,, dit; Je mourrai préſentement content ; puis
,, que j'ai eu la ſatisfaction de te revoir & que
,, tu vis encore. Après cela , Joſeph dit à ſes
, freres & à toute la famille de ſon pere ; Je
,, vai retourner vers Pharao pour lui appren
,, dre vôtre arrivée & je lui dirai ; mes freres
,, & la famille de mon pere qui étoient au pays
,, de Canaan ſont venus vers moi ; Ils ſont
,, tous bergers & leur occupation ordinaire eſt
», de paître des troupeaux : Ils ont conduit
,, avec eux leurs brebis & leurs bœufs, leur gros
» e5 menu bétail & tout ce qu'ils avoient de
,, biens. Il arrivera de-là que Pharao vous fera
», appeler & vous dira ; Quel eſt vôtre mètier ?
,, Alors vous lui direz : Tes ſerviteurs ont
,, toujours été occupés à garder le bétail dès
,, leur jeuneſſe juſqu'à préſent : Q'a été l'occu
», pation ordinaire de nos peres, c'eſt auſſi la
», nôtre ; afin que cette conſideration l'engage
, à vous laiſſer dans le pays de Goſcen ; car
,, les Egyptiens ont en horreur les bergers 83
» en particulier ceux du menu bétail.
D. D'où venoit donc cette horreur des Egyp
tiens pour les bergers ?
R. L'on ne peut pas dire que ce fut à cauſe
de la profeſſion même , puiſqu'il y avoit par
mi eux des troupeaux nombreux de gros
P 4
# e
-

232 L'A N c I E N T E s T A M E N r
de menu bétail qui avoient beſoin de bergers ;
& que Pharao lui-même demande dans la ſuite
à Joſeph des hommes de ſa famille, habiles
dans cette profeſſion pour avoir ſoin de tous
ſes troupeaux. Suivant cela tout au plus, pour
roit-on en conclure que la profeſſion de ber
gers étoit mépriſée ou décriée en Egypte ; il
paroit d'ailleurs par la relation des plus anciens
hiſtoriens Payens que les bergers , de mème
que les laboureurs, les artiſans, les ſoldats for
moient une des Claſſes du peuple d'Egypte. Il
ſuit de là aſſez viſiblement que l'horreur des
Egyptiens pour les bergers doit ſe reſtreindre
aux bergers ou aux Paſteurs étrangers à leur
mation : ce qui pouvoit venir de trois princi
pales cauſes ; 1°. de ce que l'Egypte avoit été
ſoumiſe précédemment à des Rois Paſteurs qui
par leurs cruautés, s'étoient rendus tellement
odieux que le nom ſeul étoit en horreur.
2°. Parce que les bergers des pays voiſins de
l'Egypte, s'étoient rendus déteſtables par leurs
brigandages & par le genre de vie qu'ils me
noient. Enfin peut-être auſſi parce que les ber
,gers étrangers tuoient leurs bœufs & leurs bre
bis pour s'en nourrir , & que les Egyptiens au
contraire n'en mangeoient jamais qu'après que
ces animaux avoient été offerts en ſacrifice, &
qu'ils en faiſoient l'objet de leur culte.
D. Les inſtructions que Joſeph donna à ſes fre
res ſur ce qu'ils devoient dire à Pharao, quand
ils ſe préjenteroient à lui, eurent - elles le ſuccès
qu'il en attendoit ?
Gen. R. Oui ; " Joſeph revint d'abord à Pharao
XlºII
I - I3
,, & lui apprit que ſon pere & ſes freres, avec
» leurs troupeaux, leurs bœufs & tous leurs
» effets
M I s - E N CAT E c H 1 s M E. 233
, effets étoient arrivés du pays de Canaan &
, qu'ils étoient actuellement dans la contrée de
,, Goſcen : Enſuite lui ayant préſenté cinq de
» ſes freres qu'il avoit amené avec lui ; Pharao
,, leur demanda : Quelle étoit leur occupation,
,, ou leur genre de vie * Tes ſerviteurs, lui
,, répondirent-ils, ſont bergers de profeſſion,
,, comme l'ont été nos peres : & ils ajoutérent :
, Nous ſommes venus demeurer comme étran
s, gers en ce pays ; parce qu'il n'y a point de
», pâture pour les troupeaux de tes ſerviteurs
,, dans le pays de Canaan , & qu'il y a une
» grande famine : Nous te prions donc inſtam
,, ment de permettre que tes ſerviteurs demeu
» rent dans la contrée de Goſcen. Sur cela
,, Pharao dit à Joſeph : Ton pere & tes freres
s, ſont venus vers toi : Le pays d'Egypte eſt
» à ta diſpoſition : Tu pourrois les placer dans
,, le meilleur endroit du pays : mais, qu'ils de
s, meurent, j'y conſens, dans la terre de Goſcen ;
» & ſi tu connois qu'il y ait parmi eux des
» hommes induſtrieux & çapables, tu les éta
» bliras ſur tous mes troupeaux, ou leur en
» donneras l'inſpection générale. Joſeph préſenta
,, auſſi Jacob ſon pere à Pharao & Jacob bénit
» Pharao ; c. à d. qu'en le ſaluant reſpectueuſe
ment, il fit des vœux au ciel pour ſa proſpérité.
» Pharao demanda enſuite à Jacob , quel âge il
» avoit ? Seigneur, répondit Jacob, les jours
,, des années de ma vie, ou de mes pélerinages
» ſur la terre, ſont cent trente ans : Ils ont
» été courts en comparaiſon de ceux de mes pe
,, res , & n'ont point atteint les jours des an
,, nées de la vie de mes peres, pendant leſquels
•, ils ont été comme des étrangers ſur la Terre ;
P 5 », mais
234 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» mais ils ont auſſi été mauvais par les afflictioni
85 les calamités dont ils ont été accompagnés.
» Jacob fit encore des vœux en faveur de Pha
,, rao & ſortit de devant lui. Enſuite Joſeph
» aſſigna une demeure à ſon pere & à ſes fre
», res dont il les mit en poſſeſſion , au pays
,, d'Egypte, au meilleur endroit du pays, en
,,-la contrée de Rahméſés, qui fait partie de la
,, Province de Goſcen , comme Pharao l'avoit
,, ordonné : Et Joſeph fournit à ſon pere & à
,, ſes freres & à toute leur famille, tout le pain
,, néceſſaire à leur entretien, pendant que le
», pain manquoit par tout le pays ; car la fa
,, mine étoit ſi grande que les habitans de l'E-
» gypte & du pays de Canaan tomboient en
» défaillance faute de nourriture.
D. Quelle fut la conduite de Joſeph dans ces
facheuſes circonſtances ?
Gen.
XLVII.
R. ,, Joſeph ramaſſa d'abord tout l'argent qui
l4 - 26. ,, ſe trouva au pays d'Egypte & au pays de Ca
,, naan , pour le blé qu'on achetoit, & il le
» porta à l'Hôtel de Pharao : N'y ayant plus
,, d'argent dans ces pays - là , tous les Egyptiens
,, vinrent à Joſeph & lui dirent ; voudrois- tu
,, que nous mouruſſions à tes yeux , faute d'ar
» gent pour acheter du pain : Donne-nous donc
,, du pain à quelle condition qu'il te plaira : à
,, quoi Joſeph répondit : Puiſque l'argent vous
,, manque vendez-moi vôtre bétail & je vous
,, donnerai du pain ſelon cela. Alors ils ame
,, nérent à Joſeph leur bétail & Joſeph leur don
,, na du pain , pour des chevaux, pour des
» troupeaux de brebis & de bœufs, & pour
» des anes ; ainſi il leur fournit de quoi avoir
» du pain cette année-là pour tous leurs trou
»» peaux
M I s E N C A T E c H 1 s M E. 235
, peaux. Cette année finie, ils revinrent à lui
» l'année ſuivante & lui dirent ; Nous ne diſ
», ſimulerons point à mon Seigneur que n'ayant
» plus ni argent ni bétail , il ne nous reſte
» plus rien à t'offrir pour avoir de quoi vivre,
,, que nos corps & nos terres : Voudrois - tu
» nous voir mourir de faim ? Reçoi plutôt l'of
» fre que nous te faiſons de nos perfonnes &
» de nos terres ; achete- les pour le pain que
,, tu nous donneras en échange , & nous ſerons
», ſerviteurs de Pharao & nos terres ſeront à
» lui. Donne-nous auſſi de quoi ſemer (a ) ;
» afin que nous vivions & ne mourions pas ,
,, & que la terre ne ſoit pas tout-à fait inculte
» & déſolée. Par ce moyen Joſeph acquit à Pha
» rao toutes les terres d'Egypte ; car la famine
, étoit montée à un tel point qu'elle avoit ré
» duit les Egyptiens à vendre chacun ſon champ,
ou toutes ſes terres, pour le blé qu'on lui fournit.
» Ainſi Pharao devint l'unique proprietaire de
» toutes les terres de ſon royaume ; 83 pour
lui en aſſurer d'autant mieux la proprieté, 85 pour
enlever tout ſujet de plainte à l'avenir, Joſepb
», tranſplanta, ou fit paſſer (b ) tout le peuple
,, dans

( a ) De quoi ſemer. Il y a apparence que ce fut


alors la ſeptieme année de la famine & que les Egyp
tiens comptans ſur les prédictions de Joſeph , eſperoient
que l'année ſuivante ſeroit plus abondante.
(b) Fit paſſer. Il y a dans l'original Hébreu He
gnevir c. à d. il fit paſſer ; mais le Texte Samaritain
porte Hegnevid, par un leger changement de la lettre
r en d qui ſont des plus reſſemblantes dans ces deux
langues ; d'où les 7o Interp. Grecs & la vulgate Lati
ne après eux ont traduit : Il aſſervit, ou rendit Jº#
C
a36 , L'A N c I E N T E s T A M E N T:
» dans les villes, depuis un des bouts des con
» fins de l'Egypte juſques à l'autre bout ; c. à d.
que d'un bout du Royaume à l'autre, cette tranſ
plantation eut lieu 83 que chaque héritage chan
,, gea de maitre. Il n'y eut que les terres des
», Sacrificateurs que Joſeph n'acquit point ; parce
», que Pharao leur avoit aſſigné une ration de
», pain qu'ils mangeoient : C'eſt pourquoi ils ne
» vendirent point leurs terres. Enſuite Joſeph
» dit au peuple : Voici j'ai acquis vos perſon
», nes & vos terres à Pharao ; je vai encore
•, vous donner de la ſemence pour ſemer la
» terre ; mais j'exige ceci de vous ; c'eſt que
» quand le tems de la recolte viendra , vous
» en donnerez la cinquieme partie à Pharao,
» & les quatre autres ſeront à vous ; tant pour
» ſemer vos champs , que pour vôtre nour
,s riture & celle de vos domeſtiques & de vos
,, enfans : Et les Egyptiens lui répondirent ;
s, Nous te devons la vie : Que mon Seigneur
» continue à nous être favorable ; & nous con
» tinuerons à ſervir Pharao de la maniere que
,, tu l'ordonnes. Joſeph fit donc une Loi qui
» dure juſqu'à ce jour ſur les terres de l'E-
a, gypte, c'eſt qu'on paye à Pharao un cin
», quieme du revenu. Il n'y eut que les terres
» des Sacrificateurs, qui n'ayant point été ven
,, dués à Pharao, me furent point auſſi ſijettes à
cette loi.
D. Quelles
le peuple à Pharao. Ce qui forme auſſi un ſens très
convenable & qui paroit appuyé par ce qui eſt dit dans
la ſuite ; mais l'Hiſtorien Joſephe confirme le premier
fens que préſente l'Hébreu.
M Is EN C A T E c H f s M E. 23 ,
D. Quelles furent les ſuites de la conceſſion fai
te à Jacob, par le Roi Pharao, du pays de Goſ
cen, pour y habiter avec ſa famille ?
R. Voici ce qu'en dit Moïſe, * Jacob au Gen,
XLVII !
,, trement dit Iſrael habita donc avec ſes enfans 27 - 3I.
», au pays d'Egypte en la contrée de Goſcen ;
, ils en jouïrent tranquillement, ils s'y accru
,, rent, & s'y multipliérent beaucoup. Jacob y
» vécut encore dix & ſept ans, ainſi les années
» de ſa vie allérent juſques à cent quarante ſept
,, ans ; & le tems de ſa mort approchant, il
,, fit venir Joſeph ſon fils & lui dit ; ſi tu
,, veux me faire plaiſir, & ſi je te ſuis cher ;
,, met préſentement, je te prie, ta main ſous .
» ma cuiſſe, 83 promets moi par cette maniere de
», ſerment, que tu m'accorderas ſans y manquer
,, la faveur que je te. demande avec inſtance ;
,, c'eſt que tu ne m'enterreras point en Egypte ;
,, mais que je ſerai enſeveli avec mes peres, &
,, pour cet effet tu me tranſporteras d'Egypte
,, au pays de Canaan & tu m'enterreras dans
,, leur ſépulchre : Je le ferai comme tu l'ordon
» nes, répondit Joſeph ; Jure le moi, repartit
,, Jacob, & Joſeph le lui promit avec ſerment :
,, Après cette aſſurance , Jacob remit ſa tête
,, ſur le chevêt de ſon lit, 85 Joſeph retourna
à la cour de Pharao. -
D. Qu'arriva - t - il bientôt après, qui obligea
Joſeph de revenir vers ſon pere ?
R. ,, On vint lui dire que Jacob ſon pere Gen.
» étoit malade 83 apparemment près de ſa fin ; XLVIII.'
I -7.
,, ſur cela il prit ſes deux fils Manaſſé & Ephraïm
,, & partit avec eux pour lui rendre ſes derniers
devoirs : Dès qu'ils furent arrivés on l'annonça
,, à Jacob ; qui fit de ſon côté des efforts pº#
G
238 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, ſe mettre ſur ſon ſéant dans ſon lit ; & quand
,, Joſeph parut, il lui dit ; Le Dieu Fort, Tout
,, puiſſant m'apparut autrefois à Luz, autrement
,, Béthel, au pays de Canaan , & m'y bénit
par les promeſſes excellentes qu'il me fit , en me
» diſant ; je te ferai croitre ſur la Terre, &
,, multiplier en te donnant une nombreuſe poſté
,, rité; Je te ferai devenir le Pere d'une grande
» multitude de peuples, & je donnerai ce pays
,, où tu habites préſentement, à ta poſterité
,, après toi, en poſſeſſion qu'on peut regarder
» comme perpétuelle. Or maintenant, je veux
,, que tes deux fils qui te ſont nés dans le
» pays d'Egypte, avant que je vinſſe vers toi,
» ſoient traités comme mes propres enfans, dans
le partage qui ſe fera de mes biens après ma mort ;
# particulier dans le.partage qui ſe fera de
la Terre que Dieu m'a promis $ à ma porté
rité après moi. " Ephraim & Manaſſé ſeront
,, cenſés dans ces partages, mes propres fils ,
,, de même que Ruben & Siméon mes fils ai
,, nés : mais les enfans que tu auras après eux
,, ſeront à toi , & porteront le nom de leurs
,, freres dans leur héritage, c. à d. qu'ils ſeront
conſiderés ſeulement comme tes fils ou mes petits
fils, tels que ſeront les enfans de Manaſſe 83
d'Ephraim , 85 leur portion ſe trouvera ſeulement
dans les partages attribués à leurs freres, ſelon
la diviſion qui en ſera faite entre les familles qui
deſcendront d'eux. J'en ordonne ainſi en mémoire
,, de Rachel ma chere femme ta mere , qui me
,, fut enlevée par la mort , quand j'étois en
», chemin , pour venir de Paddan-Aram au pays
,, de Canaan ; n'y ayant plus que quelque peu
» de chemin à faire pour arriver à Ephrat, &
- » JC
MIs E N C A T E c H I s M E. 239
,, je l'enterrai-là ſur le chemin d'Ephrat qui eſt s
,, la méme ville que Bethléhem.
D. Qu'eſt ce que Jacob dit enſuite aux enfans
de Joſeph qui étoient avec lui ?
R. , Jacob après avoir ainſi parlé à Joſeph, Gen.
» apperçut ſes fils auprès de lui, mais ne les #I !VII.
,, reconnoiſſant pas à cauſe de la foibleſſe de ſes* *
,, yeux appeſantis par la vieilleſſe ; il lui deman
» da , qui étoient ces jeunes gens ? Ce ſont
» mes enfans, répondit Joſeph , que Dieu m'a
» donnés dans ce pays : Fai les approcher de
» moi, reprit Jacob, afin que je leur donne
» ma bénédiction avant ma mort. Joſeph les
» ayant fait approcher de ſon pere, juſques ſur
» ſes genoux, Jacob les baiſa, les embraſſà &
» dit à Joſeph ; je ne croyois par revoir jamais
» ton viſage, & voici D I E U m'a fait la grace
» non ſeulement de te revoir ; mais auſſi de
» voir ta famille. Enſuite Joſeph les ayant fait
,, retirer d'entre les genoux de ſon pere pour
,, me pas le fatiguer, il ſe proſterna lui - mème
,, le viſage en terre devant lui pour lui deman
,, der ſa bénédiction en leur faveur ; puis ayant
,, repris ſes deux fils, Ephiaim à ſa droite qui
» repondoit à la gauche d'Iſrael, & Manaſſé à ſa
,, gauche qui répondoit à la droite d'Iſrael, il
,, les fit approcher de ſon pere, & Iſrael , ou
» Jacob avança ſa main droite & la mit ſur la
,, tête d'Ephraim le cadet qui étoit à ſa gau
» che, . & ſa main gauche ſur la tète de Ma
» maſſé l'ainé qui étoit à ſa droite, tranſpoſant
,, ainſi ſes mains de propos déliberé & il bénit
,, Joſeph dans la perſonne de ſes enfans, en di
, ſant ; Que le D I E U en la préſence duquel
» mes peres Abraham & lſaac ont marché ;
* » Que
24o L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
, Que le D I E U qui m'a donné dequoi vivre,
» qui m'a nourri 85 protégé depuis que je ſuis
,, au monde juſqu'à ce jour ; Que l'Ange de
,, Dieu qui m'a perſervé de tout mal 83 de tous
,, les dangers que j'ai courus béniſſe ces enfans,
» & que mon nom & le nom de mes peres
,, Abraham & Iſaac ſoit reclamé ſur eux, c. à d.
qu'ils ayent part comme mes propres enfans à la
bénédiction que Dieu m'a promiſe 85 à mes pe
» res, & qu'ils croiſſent en nombre ſur la ter
,, re, comme les poiſſons dans la mer.
D. Que dit Joſeph ſur cette prédilection que
Jacob ſembloit marquer pour Ephraïm en met
tant ſa main droite ſur lui plutôt que ſur Mu
maſſé qui étoit l'ainé 83 à ſa droite ?
6an. R. » Joſeph voyant que ſon pere mettoit ſa
2(LVIII.
I7 - 22»
» main droite ſur la tête d'Ephraim ſon cadet
» en eut du déplaiſir, 85 ſoupçonnant quelque
mépriſe, ou foibleſſe de vieillard dans cette action,
» il ſouleva la main de ſon pere pour la dé
, tourner de-deſſus la tête d'Ephraïm ſur celle
» de Manaſſé, & lui dit ; Ce n'eſt pas ainſi
» mon pere ; car celui-ci qui eſt à ta droite eſt
· » l'ainé ; mets , je te prie ta main droite ſur
» ſa tête; mais ſon pere refuſa de le faire en .
» diſant ; Je le ſai mon fils, je le ſai : mais
ce que je fais, je le fais aulJi à deſſein. Celui-ci
» Manaſſe ſera ſans doute le pere d'un grand peu
» pie ; toutefois ſon frere Ephraïm qui eſt le
» cadet ſera plus grand que lui par la nom
» breuſe poſtérité qui ſortira de ſes reins & qui
» dominera ſur les Nations. Le même jour ,
· » Jacob les bénit encore de nouveau, lorſqu'il
» leur dit ; Iſraël bénira , ou ſera béni en vous
» & l'on dira; quand on voudra ſouhaiter quel
: 22 que
M I s E N C A T E c H I s M E. 241
,, que bonheur à quelcun ; Que le Seigneur te
,, comble de bénédictions comme il en a com
» blé Ephraïm & Manaſſé ! Ainſi il mit Ephraïm
,, devant Manaſſé. Et s'adreſſant enſuite à Jo
» ſeph , il lui dit ; Je ſuis près de ma fin ; vous
,, n'avez plus rien à attendre de moi ; mais Dieu
» ſera avec vous, il vous protégera & vous
» favoriſera de ſon ſecours, & vous fera retour
» ner au pays de vos peres : Quand cela arri
,, vera, je te donne dans la perſonne de tes deux
,, enfans une portion de plus qu'à tes freres dans
la Terre de Canaan , que je tiens déja pour être
à moi par les promeſſes que Dieu m'en a faites ,
» tout comme ſi je l'avois conquiſe avec mon
| » arc & mon épée ſur les Amorrhéens , ou
A"

» Cananéens. -

C H A P, I T R E XV I.

Contenant les derniers diſcours de Jacob à


ſes enfans ; ſa mort ; ſes funerailles; & la
mort de Joſeph.
D. Ue fit de plus Jacob avant que de
- mourir º
R. , Il fit appeler tous ſes fils & leur dit ; Gen.
» Aſſemblez - vous auprès de moi, & je vous XLIX. I » ^.
» déclarerai par l'Eſprit de Dieu qui m'anime,
,, ce qui vous doit arriver & à vôtre poſtéri
s, té, aux derniers jours, ou dans les tems ave
,, mir : Aſſèmblez-vous & écoutez, fils de Jacob.
» Ecoutez, dis - je, Iſrael vôtre pere mourant,
& recueillez avec ſoin ce qu'il va dire à chacuº
3Tome I. Q. de
v

242 L'A N C 1 E N T E s T A M E N T
de vous, en commençant par Ruben mon aimé
85 finiſſant par Benjamin le plus jeune de tous.
Geu.
D. Que dit - il à Ruben ſon premier né ?
XLIX. R- » Ruben qui es mon premier né; qui
J» 4 » as eu les prémices de ma force & de ma vi
» gueur ; qui excellois , ou qui devois exceller
par les prérogatives de ta naiſſance en dignité
» & en puiſſance ſur tes freres ; tu t'es de
» bordé comme l'eau , 85 tu t'es laiſſé aller
à ton penchant vicieux : à cauſe de cela , tu
» n'auras aucune prérogative ſur tes freres ;
» parce que tu as ſouillé la couche & le lit
» de ton pere, en y montant avec Bilha ſa Com
cubine : Voyez Gen. XXXV. 22.
Gtw.
D. Qtte dit il ſur Siméon 83 Lévi ?
XLIX. · R. » Siméon & Lévi ſont freres, enfans d'u-
5 - 7. me même mere , unis par le ſang 85 par leur hu
,, meur ſanguinaire ; ils ont été tous deux des
,, inſtrumens de violence dans leurs conventions,
avec les Sichemites , ou dans le contract de ma
riage de leur ſeur Dina avec Hémor jils de Si
chem qui leur donna occaſion d'exercer leur matu
rel impétueux ſur des pauvres innocens : " Que
,, mon ame n'entre jamais dans leur conſeil ſe
,, cret ! A Dieu me plaiſe que j'aye jamais con
,, ſenti à leurs mattvais deſſeins ' Que ma gloire,
,, ou ma réputation ne ſoit jamais attachée à leur
» complot, comme ſi je l'avois approuvé , car
» ils ont tué des hommes, Hémor, Sichem 83
, leurs ſujets dans leur colère, & ils ont coupé
» les jarrets des bœufs uniquement pour leur
» plaiſir & pour ſatisfaire leur paſſion. Maudite
» ſoit leur colère ; car elle a été violente : &
» leur fureur ; car elle a été cruelle. Je les di
» viſerai en Jacob & les diſperſerai en #C, 4
m 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 243
a. à d. Je leur prédis que Dieu ſéparera leurs
tribus de maniere qu'elles ne ſoient jamais re
jointes dans le partage que les Iſraélites feront
de la Terre promiſe ; mais qu'au contraire elles
ſeront comme diſperſées ou répandues entre les au
ares tribus. -

D. Cette derniere prédiction de Jacob qui pa


roit ſi ſinguliere a - t - elle donc été réellement ac
complie de la maniere que vous l'expliquez ? -

R. Oui , l'événement juſtifia pleinement la


vérité de cette prédiction ; en ce que d'un cô
té la Tribu de Siméon n'eut proprement qu'une
portion de ce qui étoit tombé en partage à celle
de Juda comme on le voit. Joſué XIX. I - 9.
& que de l'autre la Tribu de Lévi n'eut d'hé
ritage entre ſes freres dans le pays de Canaan,
qu'un petit nombre de villes avec leur terri
toire dans chaque Tribu , & qu'ils eurent de
plus la dixme du revenu de toutes les Terres ;
enſorte qu'ils étoient par-là, comme véritable
ment diſperſés & répandues dans le pays d'Iſ
raël.
D. Qu'eſt-ce que Jacob dit enſuite à Juda ſon
quatrieme fils ?
R. » Juda , quant à toi 83 comme porte ton Gen.
,, mom ( a ) ; Tes freres te louëront 85 éxalte XLIX.
• K2•
ront ton bonheur dans les enfans qui maitront de
soi, qui ſeront les Rois de leur nation ( b ). Ta
» main ſera ſur le cou de tes ennemis : Tu les
Q_ 2 22 dom

( a ) Comme porte ton mom, Juda en Hébreu ſignifie,.


il ſera loué. -

( b ) Les Rois de leur nation. Tels que furent David,


Salomon & leurs ſucceſſeurs. - -
/

244 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, domteras 83 te les aſſujettiras. Les fils de ton
,, pere ſe proſterneront devant toi : ils te recom
moitront pour leur ſi périeur dans la perſonne de
», tes deſcendans. Juda , ou ſa poſtérité ſera com
,, me un fan de lion par ſa valeur : Mon fils
,, ſera encore ſemblable à un lion vigoureux ,
,, ou à un vieux lion qui eſt venu ſe courber
» pour ſe coucher dans ſon antre, après s'être
' ,, raſſaſié de proye : Qui eſt-ce qui oſera le ré
», veiller ? c. à d. Mon fils, tu jouiras dans la
· perſonne de tes deſcendans , les Rois de Juda, du
fruit de tes victoires, 83 de même qu'on n'oſe
roit réveiller un Lion endormi dans ſon antre,
ſans crainte d'en être devoré ; perſonne auſſi me
te troublera dans la poſſeſſion de tes avantages.
» Le ſceptre, ou l'autorité Souveraine ne ſe dé
,, partira point de Juda $ ſe conſervera dans
cette tribu par les Rois qui en deſcendront ; &
,, le Législateur , ou le pouvoir de faire 85 de
donner la Loi aux autres , comme l'ont les
» Magiſlrats 83 les Juges, ne ſortira point d'en
» tre ſes pieds, ou de ſa race 85 de ſa poſtérité;
c. à d qu'il reſtera toujours dans les deſcendans
de Juda 83 dans ſa Tribu des marques d'auto
,, rité 85 de pouvoir ; juſqu'à-ce que de ſa race
,, vienne le Scilo ( a ), ou le Meſſie qui doit être
2 , Ch1

(a) Scilo. L'on a ſuivi dans le ſens que l'on a don


né à ce terme, la ſignification la plus ſimple & la plus
commune, parce que l'on n'a rien trouvé de mieux ;
& que dans le fond , les autres interpretations ſe rap
portent à celle-là. Ce n'eſt pas ici le lieu de diſcuter
toutes les differentes explications que l'on a données
de ce fameux oracle pris dans toute ſon étenduë ;
pour en établir le vrai ſens & en juſtifier l'accompliſ
M 1 s E N C A T E c H I s M E. 245
,, envoyé, & que les peuples lui rendent obéiſ
,, ſance. Il attache à la vigne ſon anon & au
» ſep de Sorec (a), ou à un ſep excellent, le
,, petit de ſon aneſſe. Il lavera ſon vêtement
,, dans le vin , & ſon manteau dans le ſang,
,, ou le jus des grappes : Il a les yeux vermeils
, de vin & les dents blanches de lait ; c. à d.
que Juda, ou ſa Tribu, poſſèderoit un pays très
fertile en vignes excellentes , 85 que le vin y ſe
roit ſi abondant, que l'on s'en ſerviroit comme de
l'eau , pour laver ſes habits, & qu'outre cela le
lait ſeroit un de ſes alimens les plus communs.
D. Quelle fut la prédiction que Jacob adreſſa
à Zabulon $ à Iſſacar les deux derniers fils de
Lea ?
R. » Zabulon , dit-il, ou ſa Tribu , ſera pla- Gºu.
,, cé au port des mers & des navires ; ſes cô- XLIX.
,, tés s'étendront vers Sidon ; c. à d. que la Tri- * " ***
bu de Zabulon habiteroit le long des côtes de la
mer; qu'elle y auroit des havres $ des mavires ;
85 qu'elle étendroit le nombre de ſes ports, du
- Q 3 - côté

ſement, contre toutes les difficultés qu'on y oppoſe ;


mais l'on peut aſſurer que celui qu'on a exprimé en
peu de mots dans le Texte , comprend tout ce qui a
été dit de plus clair ſur ce ſujet.
( a ) Sorec. C'étoit la patrie de Dalila femme de
Samſon, tout près de la vallée d'Eſcol , d'où les
eſpions envoyés par Moïſe pour reconnoitre le pays
de Canaan , rapportérent de ſi belles grappes de raiſin,
qu'il eſt remarqué qu'ils ſe mirent deux à les porter ſur
un baton, ſoit à cauſe de leur groſſeur, ſoit pour les
mieux conſerver ; & il eſt très vraiſemblable que dans
les environs de ce lieu - là , il y avoit auſſi des vi
gnobles abondants & des ſeps exquis qui produiſoient
de tels raiſins.
246 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
côté de Sidon, ( ce qui arriva effectivement ainſi
dans le partage qui échut à cette Tribu par le
,, ſort. ) Iſſachar, ajoute t-il, eſt un ane robuſte,
» couché entre les barres des étables ; il a vû
, que le repos étoit bon & le pays beau , &
» il a baiſſé ſon épaule pour porter & s'eſt aſ
» ſujetti au tribut ; c. à d. que la Tribu d'Iſſa
char ſemblable à un ane vigoureux aimeroit mieux
porter des fardeaux, ou demeurer renfermée entre
ſes freres, que de renoncer à ſes aiſes dans l'a-
gréable pays qui lui tomberoit en partage , 83
qu'elle prefereroit d'étre tributaire 85 chargée d'im
pots , aux fatigues de la guerre 85 des conquêtes.
" D. Que dit après cela Jacob des fils qu'il avcis
eu de ſes concubines , Dan, Cad, Aſſer 83
Nephtali ? -

67en. R. ,, Dan , ( comme le porte ſon mom qui


LX L I X.
16-2 I.
,, ſignifie Juge ) jugera ſon peuple : Sa Tribu,
de meme que celle des trois autres fils de mes con
cubines, aura ſes Chefs 83 ſes Juges pour la gou
,, verner, auſſi bien qu'une autre des Tribus
» d'Iſrael dont les peres ſont nés de mes femmes.
,, Dan ſera de plus un ſerpent ſur le chemin ,
» & une vipere dans le ſentier , mordant les
,, paturons du cheval , & celui qui le monte
» tombe à la renverſe ; c. à d. que la Tribu de
Dan employeroit contre ſes ennemis les ruſes 85
les ſiratagémes pour les détrui, e , plutôt que les
armes 83 la force ouverte : º O E T E R N E L,
s'écria alors Jacob , dans le ſentiment de ſes for
,, ces é ttſees : J'ai attendu ton ſalut : comme s'il
avoit dit ; Je me conſie entierement en toi , 83
j'attens cet heureux moment où tu me delivreras
de l'état où je ſuis. Puis s'étant raffermi, il con
f1/llt4
M Is EN C A T E & H I s M E. 247
tinua de prédire à ſes emfans ce qui ſuit. Quand
,, à Gad , dit-il, (faiſant alluſion à ſon nom qui
,, ſignifie une troupe ) des troupes viendront le
» ravager, mais il ravagera à la fin. c. à d.
La Tribu de Gad ſera ſouvent expoſee à des
pillages de la part de ſes ennemis ; mais elle aſ
ſujettira à la fin ceux qui ſe ſeront enrichis à ſes
,, dépens. Le pain excellent , dit enſuite le Saint
,, Patriarche, viendra d'Aſſer , & il fournira des
, délices royales , ou des plus exquiſes 5 c. à d.
que ſelon que porte ſon nom qui ſignifie un hom
me heureux, ſa Tribu ſera riche en bon pain
83 en huile, 85 que l'on en fera ſes délices juſques
à en ſervir la table des Rois. " Nephtali, ajou
,, te-t-il, eſt une biche lâchée , il donne des
,, paroles qui ont de la grace ( a ). c. à d. que
la Tribu de Nephtali ſemblable à une biche lâchée
dans les campagnes, ſe diſtinguera par-ſon amour
pour la liberté 83 que dans le beſoin elle ſaura
employer toutes les douceurs du langage pour ſe
maintenir dans cet état.
D. Que dit enſuite Jacob touchant Joſeph ?
Q_ 4 R. 22 Jo

(a) Une biche lâcbée , il donne des paroles qui ont


de la grace. L'on pourroit auſſi avec le célèbre Bochart,
traduire l'original : c'eſt un arbre enté qui pouſſe de
lelles branches , par où Jacob auroit marqué, ou la
grande fçcondité de cette Tribu qui paroit en ce
que de quatre enfans qu'avoit Nephtali , quand il vint
en Egypte , Gen. XLVI. 24. cette Tribu eut plus de
cinquante mille hommes au bout d'environ deux cents
ans : Nombr. I. 41 , 42. ou la grande fertilité du pays
que cette Tribu eut en partage , que Moïſe & Joſeph
repréſentent comme le plus abondant de toute la Ju
dée , Deuter. XXXIII. 23. Joſepb de la guerre des
Juifs L. III. Cb. 2. A
248 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
Gtnt R. , Joſeph, dit-il, eſt un rameau fertile ;
XLIX. ,, oui , un rameau fertile près d'une fontaine ;
22 - 26.
» ſes branches ſe ſont étendues ſur la murail
·,, le ; c. à d. que ſa Tribu, ou celles de ſes deux
fils Manaſſe 85 Ephraïm , croitroient 83 aug
menteroient de jour en jour ; en quoi il fait une
manifeſte alluſion au nom de Joſeph qui ſignifie à
la lettre , il augmentera. " On lui a cauſé,
,, pourſitit Jacob , d'ameres douleurs : On a tiré
,, contre lui, & les maitres tireurs de flèches
,, ont été ſes ennemis ; mais ſon arc eſt demeu
,, ré en ſa force, & ſes bras en ont été plus
,, agiles , par la main du Puiſſant Dieu de Ja
,, cob, qui l'a auſſi fait ètre le Paſteur & la
» Pierre d'Iſraél. c. à d. que ſes freres, ſon mai
tre 83 ſa maitreſſe lui avoient cauſé les plus mor
tels chagrins ; mais que la protection du Tout
puiſſant $ la confiance qu'il avoit toujours euë
en lui, l'avoient rendu ſuperieur à tous ceux qui
avoient conjuré ſa perte ; enfin, qu'il étoit devenu
par la faveur de Dieu , le Nourricier $ l'appui
de toute la maiſon de ſon pere Iſrael. º C'eſt,
dit encore Jacob en s'adreſſant à Joſeph lui mê
,, me ; C'eſt du Dieu Fort de ton pere que ce
,, la eſt procedé, lequel continuera à t'accorder
,, ſon ſecours, & du Tout puiſſant qui te com
» blera des bénédictions des cieux en haut,
par la roſée 83 la pluye qui fertiliſeront tes ter
,, res, & des bénédictions de la terre & de la
,, mer en bas , par une riche productions des
,, biens que tu en tireras ; des bénédictions des
,, mammelles & de la matrice ; par une abon
dante multiplication de ta famille $ de tes beſ
», tiaux : Ainſi les bénédictions que tu reçois au
, jourd'hui de ton pere ſurpaſſent les bénédic
» tiOIlS
rr 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 249
,, tions que j'ai reçuës de mes Peres, & dure
,, ront juſqu'au bout des côteaux de l'éternité,
,, ou pendant la plus longue durée : Elles ſeront
, ſur la tête de Joſeph & ſur le ſommet de la
» tète du Nazarien d'entre ſes freres ; c. à d.
que ces bénédictions éléveroient Joſeph de telle
maniere qu'il ſeroit diſtingué, ſéparé de tous ſes
freres 85 fort ſupérieur à tous.
D. Que dit il enfin de Benjamin ?
Gen.
R. » Benjamin eſt un loup qui déchirera : XLIX.
» le matin il dévorera ſa proie & ſur le ſoir
» il partagera le butin ; c. à d. que la Tribu de
Benjamin ſemblable à un loup dévorant, répan
droit le ſang de ſes ennemis 83 partageroit leurs
dépouilles. -

D. Quelle fut la concluſion du diſcours prophé


tique de Jacob à ſes fils ? -" -

R. » Ce ſont-là , dit l'Auteur Sacré, les chefs 6et.


,, des douze Tribus d'Iſraël dont Jacob prédit 28 - 33
le ſort dans le dernier diſcours qu'il leur adreſſa,
» & c'eſt ce que leur pere leur dit en les bé
» niſſant , & déclarant à chacun d'eux la béné
s, diction qui lui étoit propre, ou ce à quoi cha
que Tribu devoit s'attendre dans la ſuite des tems :
» Après quoi il leur donna cet ordre & leur dit ;
» Je m'en vai être recueilli vers mon peuple ,
,, ou mes parents deffunts : Enterrez-moi avec
» mes peres ou dans le même tombeau , qui eſt
» dans la caverne du champ d'Héphron Héthien,
» autrement dit, le champ de Macpela, vi-à-vis
» de Mamré au pays de Canaan ; laquelle ca
» verne Abraham acquit d'Héphron Héthien avec
, le champ , pour en faire le lieu de ſa ſepul
» ture. C'eſt là qu'on a enterré Abraham &
» Sara ſa femme : C'eſt là qu'on a enterré Iſaac
Q. 5 ,, &
25o L'A N c I E N T E s T A M E N T
» & Rebecca ſa femme, & c'eſt là que j'ai en>
» terré Léa. Le champ a été acquis des Héthiens
» avec la caverne qui y eſt ; ainſi l'on en peus
,, diſpoſer à ſa volonté. Et quand Jacob eut ache
» vé de donner ſes ordres à ſes fils, il retira
» ſes pieds au lit, & bien-tôt après il expira
» & fut recueilli vers ſes peuples , ſon ame
quitta ſon corps pour être réiinie à celle de ſes
Ancêtres morts avant lui, ſelon l'opinion reçuë
alors.
D. Qu'eſt ce que Joſeph fit enſuite pour célébrer
ſes fumerailles ? -

Gen. L. R. » Joſeph ſe jetta d'abord ſur le viſage de


I - I4.
» ſon pere, pleura ſur lui & le baiſa ; Enſui
» te il commanda aux Médecins qu'il avoit à
» ſon ſervice d'embeaumer le corps de ſon pe
» re : Ils le firent, & l'on employa à cette cé
,, rémonie quarante jours ſelon la coutume éta
,, blie en Egypte ; Les Egyptiens en prirent
,, auſſi le deuil durant ſoixante & dix jours :
comme ils avoient accoutumé de le faire pour leurs
,, propres Rois. Le tems du deuil étant paſſé,
» Joſeph s'adreſſà à ceux de la maiſon de Pha
» rao qui étoient le plus en faveur auprès du
, Roi, & leur dit : Si j'ai trouvé grace devant
» vous, ou ſi vous avez à cºeur de me faire plai
,, ſir : Faites, je vous prie, ſavoir au Roi, que
» mon pere m'a fait promettre par ſerment
» avant mourir que je le ferois enſévelir dans
» le ſépulchre que lui $ ſes peres avcient ae
» quis au pays de Canaan ; & que je le prie
» de permettre que j'y monte & que j'y en
» terre mon pere, après quoi je reviendrai.
,, Ce que Pharao ayant appris , il dit lu-imême
», à Joſeph : Tu peux aller au pays de Canaan

M I s E N C A T E c H I s M E. 25r
» & y enſevelir ton pere, comme tu le lui as
» promis par ſerment. . Alors Joſeph monta au
,, pays de Canaan pour y enterrer ſon pere ; &
,, la plupart des Officiers de Pharao, les An
» ciens , ou les plus grands Seigneurs de ſa
» Cour, & tous les Anciens, ou les plus conſi
,, derables du pays d'Egypte, l'y accompagné
,, rent. Tous les gens de ſa maiſon , ou ſes
» domeſtiques & ſes freres & les domeſtiques
» de ſon pere, y montérent auſſi, laiſſants ſeule
,, ment leurs petits enfans , leurs troupeaux ,
» & leurs bœufs dans la contrée de Goſcen.
» Il fit auſſi monter avec lui des chariots &
» des cavaliers ; tellement que tout cela formoit
» une fort groſſe troupe. Lorſqu'ils furent ve
» nus à l'aire d'Atad qui eſt au de-là du Jour
» dain, ils y firent de fort grandes & extraor
» dinaires lamentations ; c. à d. que l'on y cé
lébra les fumerailles de Jacob avec beaucoup de
», deuil 85 de pompe, & pendant ſept jours Jo
» ſeph fut toujours en pleurs. Les Cananéens
» habitans du pays , voyants ce deuil dans
» l'aire d'Atad, dirent, voilà un grand deuil
,, parmi les Egyptiens ; il faut qu'ils ayent per
s, du quelque perſonne illuſtre : c'eſt pourquoi
,, cette aire qui eſt au de-là du Jourdain fut
,, nommée Abel-Mitſrajim ; c. à d. le deuil de l'E-
gypte. Les ſept jours de deuil étant écoulés , les
» fils de Jacob ſuivant l'ordre de leur pere,
» tranſportérent ſon corps au pays de Canaan,
,, & l'enſévelirent dans la caverne du champ
,, de Macpela, vis-à-vis de Mamré qu'Abraham,
,, avoit acquiſe d'Héphron Héthien avec le champ
,, pour en faire le lieu de ſa ſépulture : Et après
,, que Joſeph eut enſeveli ſon pere, il retour
2, fla
z52 L'A N C I E N TEsTAMENT
,, na en Egypte avec ſes freres, & tous ceux
» qui l'avoient accompagné pour les funerailles
,, de ſon pere. -

D. Quelle fut la conduite que tinrent Joſeph


83 ſes freres les uns envers les autres, après la
mort de leur pere commun ?
Gen. L. R. , Les freres de Joſeph , voyants que leur
15 - 2I. ,, pere étoit mort, ſe dirent l'un - à - l'autre ;
,, Peut-être que Joſeph nous aura en haine &
s, ne manquera pas de nous rendre tout le mal
,, que nous lui avons fait ; c'eſt pourquoi ils
,, envoyérent quelcun de leurs amis à Joſeph
,, avec ordre de lui dire en leur nom ; Jacob
,, ton pere & le nôtre nous a ordonné de te
,, parler ainſi de ſa part ; Je te prie, mon fils,
,, de pardonner à tes freres leur iniquité & le
,, mal qu'ils t'ont fait : Maintenant donc je te
,, ſupplie de pardonner ce péché aux ſerviteurs
» du D I E U de ton pere : Joſeph fut attendri
,, par ce diſcours 85 en verſa des larmes. Enſui
,, te ſes freres étant venus eux-mêmes vers lui,
,, ſe jettérent à ſes pieds & lui dirent ; Nous
,, ſommes tes ſerviteurs ; fais de nous ce qu'il te
,, plaira. Ne craignez rien de ma part, leur
,, répondit Joſeph ; ſuis - je un D I E U pour
m'oppoſer aux volontés de cet Etre ſuprême qui
s'eſt ſervi de vous pour me faire du bien 85 de
moi pour vous en procurer à mon tour ? " Car ce
» que vous aviez penſé en mal contre moi
,, D I E U l'a tourné en bien pour me mettre
,, dans l'état où je ſuis aujourd'hui, & s'eſt ſer
,, vi de moi pour faire vivre un grand peuple :
,, Ne me craignez donc point ; car je vous en
» tretiendrai vous & vos familles. Ainſi il les
22 COIl
M I s E N , C A T E c H I s M E. 253
,, conſola & leur parla de la maniere la plus
,, favorable. -

D. Quelle fut après cela la fin de Joſeph ?


Gen. L.
R. ,, Joſeph continua de demeurer en Egyp 2s
;, te lui & la famille de ſon pere, & vêcut cent - 27
,, dix ans. Il vit avant ſa mort , des enfans
,, d'Ephraïm juſqu'à la troiſieme génération.
,, Makir auſſi fils de Manaſſé eut des enfans
,, qui furent reçus ſur ſes genoux, ou élevés
,, par ſes ſoins après leur naiſſance. Enfin , vo
,, yant approcher ſa fin, il dit à ſes freres : Je
,, m'en vai mourir; mais Dieu ne manquera
,, pas d'avoir ſoin de vous & de vous faire
,, remonter, ou vôtre p0ſtérité, de ce pays-ci au
» pays qu'il a promis avec ſerment de donner
,, à Abraham, à Iſaac & à Jacob : & après
,, quoi il leur fit promettre avec ſerment qu'ils
,, tranſporteroient ſes os du pays d'Egypte au
» pays de Canaan. Puis Joſeph mourut âgé
», de cent dix ans, & après l'avoir embeaumé,
,, on le mit dans un cercueil en Egypte , pour
y être conſervé juſqu'à ce qu'on le put tranſpor
ter de-là dans le ſepulcre de ſes peres au pays de
Caitaan.
D. Que devinrent les freres $ la famille de
Joſeph après ſa mort ? -

R. Sa famille & celle de ſes freres ne formé


rent plus qu'un ſeul peuple, ſéparé des natu
rels du pays d'Egypte, non ſeulement pour la
religion, les coutumes & les mœurs, mais auſſi
pour la demeure ou l'habitation, & qui, pro
tégé par Pharao Roi d'Egypte & ſon ſucceſſeur
en reconnoiſſance des ſervices que Joſeph leur
avoit rendus , s'accrut ſi conſiderablement &
forma dans l'eſpace d'environ cinquante ans "#
• 1
254 L'A N c I E N T E s T A M E N T
ſi nombreuſe colonie qu'elle remplit, pour ainſi
dire, tout le pays d'Egypte, & proſpéra à tous
I. Chros égards ; " ſi ce n'eſt peut-être à l'égard de ce
VI I. » qui arriva aux fils & petits fils d'Ephraïm,
29-27.
,, fils de Joſeph , leſquels étant entrés dans le
,, pays de Gath appartenant aux Philiſtins pour
, enlever leur bétail ; ceux-ci les mirent à mort
,, & les deffirent entierement : ce qui jetta
,, Ephraïm leur pere dans un grand deuil du
,, rant pluſieurs jours, pendant leſquels ſes fre
,, rent vinrent vers lui pour le conſoler de la
,, perte de ſa famille : Mais étant venu vers ſa
», femme, elle conçut & enfanta un fils qu'elle
» appela Beriha, c. à d. dans le mal, parce
,, qu'il fut conçu dans l'affliction arrivée à ſa
,, famille. Il eut enſuite une fille & d'autres
,, fils dans la poſtérité deſquels l'on trouve Jo
» ſué fils de Nun, ſucceſſeur de Moiſe.

Fin du Livre dit, La G E N E s E.

CHA
M Is E N C A T E c H I s M E. 255

C H A P I T R E XV II.

L E

s E C O N D L IV R E D E M Ois E
D 1 T" L' E X O D E.

Contenant l'état des enfans d'Iſraël en Egyg


te après la mort de Joſeph ; la naiſ
ſance de Moïſe ; ſon éducation ; ſa fui
te au pays de Madian ; le mariage qu'il
y fit & l'ordre qu'il y reçut de Dieu
de retourner en Egypte pour en faire
ſortir le peuple d'Iſraël.
D. Uel eſt le ſecond Livre de Moïſe com
pris dans le Pentateuque ?
R. C'eſt l'Exode.
D. Que ſignifie ce nom $ pourquoi a - t - il été
donné à ce Livre ?
R. C'eſt un nom qui vient du Grec, qui
ſignifie ſortie, & ce Livre a été ainſi appelé,
par les 7o. Interprètes Grecs ; parce qu'il con
tient l'hiſtoire de la ſortie des Iſraëlites hors
de l'Egypte.
D. Qu'eſt-ce que ce Livre contient, outre l'hiſ
toire de cette ſortie ?
, R. Il contient de plus l'hiſtoire de Moïſe le
Législateur du peuple d'Iſrael; les divers mira
cles que Dieu opera par ſon moyen en faveur
de ce peuple ; mais ſur tout l'alliance que Dieu
traita
256 L'A N c I E N T E s T A M E N T
traita avec ce peuple ſur le mont Sinaï ; les
loix qu'il lui preſcrivit pour conditions de cette
alliance , & le culte qu'il exigea de lui dans
le Tabernacle qu'il fit dreſſer à ce ſujet.
D. Par où commence-t-il ?
R. Il commence par indiquer l'état primitif
des enfans d'Iſraél en Egypte & ce qu'ils de
Exod. I. vinrent après la mort de Joſeph. * Or ce ſont
X - 7. » ici les noms des Enfans d'Iſraël qui entré
,, rent en Egypte avec Jacob leur pere ; lorſ
» qu'ils y vinrent chacun avec ſa famille. Ru
» ben, Siméon, Lévi, & Juda, Iſſacar, Za
» bulon & Benjamin ; Dan & Nephtali, Gad
, & Aſſer. Toutes ces perſonnes iſſuës de la
, hanche de Jacob, étoient alors ſoixante &
» dix, y compris Joſeph & ſes deux fils Ephraim
, 83 Manaſſé $ Jacob lui-même. Joſeph étant
,, mort , de mème que tous ſes freres & tous
» ceux qui étoient deſcendus en Egypte aveG
» eux ; les enfans d'Iſrael ſe multipliérent &
» s'accrurent en très grand nombre : Ils de
» vinrent auſſi très puiſſans par les biens qu'ils
,, amaſſèrent : tellement que mon ſeulement la
,, Terre de Goſcen où ils habitoient, mais encore
,, tout le pays en fut rempli.
D. Jouirent.ils long tems de cet heureux état ?
R. Non ; car au bout d'environ cinquante ans,
Exod. I. ,, il s'éleva un nouveau Roi ſur l'Egypte, qui
3 - I4. » n'avoit point connu Joſeph , ou qui ne ſe reſ
ſouvint plus des grands ſervices qu'il avoit rendus
à l'Etat ; lequel voyant les Enfans d'Iſraël s'ac
croitre extrêmement en nombre 83 en richeſſes ,
,, dit aux principaux de ſon peuple , ou à ſon
, Conſeil : Vous voyez que le peuple des en
,, fans d'Iſrael ſe multiplie ſi fort, qu'il l'em
· p Posa
M I s , E N C A T E c H I s M E. 257
» portera bientôt ſur nous en nombre & en
» puiſſance : Il convient donc d'uſer d'artifices
,, pour l'affoiblir & pour empêcher qu'il ne ſe
» multiplie d'avantage ; de peur que s'il arri
,, voit quelque guerre, il ne ſe joignit à nos
,, ennemis, & qu'après nous avoir combattu ,
» il ne ſortit du pays. Cet avis ayant été ap
,, prouvé, l'on établit ſur ce peuple des ofii
» ciers pour régler leurs travaux & pour les
,, accabier par les charges qu'on leur impoſeroit.
» On les employa d'abord à bâtir pour Pharao
» des villes de munitions, c. à d. des fortereſ- .
ſes , ou des villes propres à ſerrer ce qu'il y avois
de meilleur 85 de plus précieux dans le pays ,
,, ſavoir Pithom & Rahméſés : Mais plus on les
,, ſurchargeoit, plus ils augmentoient & ſe mul
» tiplioient; deſorte que les Egyptiens ne les
» voyoient plus qu'avec chagrin au milieu d'eux :
» ce qui les porta à leur impoſer les travaux
» les plus durs , comme à faire du mortier ,
» des briques & tous les ouvrages de la cam
» pagne ; & ce ſervice étoit exigé avec la der
» niere rigueur , tellement qu'on leur rendit
» la vie amere par la plus dure ſervitude.
D. Quel autre moyen le Roi d' Egypte employa
t-il pour détruire peu à peu la race d'Iſraël ou
des Hébreux, $ quel en fut le ſuccès ? . .
R ,, Le Roi d'Egypte donna lui-même cet Exod. .
,, ordre à deux ſages femmes de leur nation les 15-a*
,, plus renommées ; l'une nommée Siphra & l'au
» tre Puha : Quand vous recevrez, leur dit-il,
» les enfans dont les femmes des Hébreux ac
, coucheront, & que vous en verrez le ſexe ;
» ſi c'eſt un garçon mettez - le à mort ; & ſi
» c'eſt une fille, laiſſez - la vivre : Mais les
Tome I. R •, ſa•
258 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
» ſages-femmes craignirent d'offenſer Dieu en
» obéiſſant à cet ordre, & ne firent pas ce que
,, le Roi d'Egypte leur avoit ordonné ; car el
» les laiſſérent vivre les garçons , comme les
» filles. Alors le Roi d'Egypte les fit appeler &
» leur dit : Pourquoi avez-vous laiſſé vivre les
» garçons contre mes ordres ? Parce, répondi
» rent-elles à Pharao , que les femmes des Hé
, breux ne ſont pas comme celles d'Egypte ;
» car elles ſont vigoureuſes, & elles ont ac
» couché avant que la ſage-femme appelée pour
,, les ſecourir, ſoit arrivée chez elles : Et DIEU
» récompenſà ces ſages femmes, par le bien qu'il
» leur fit ; cependant le peuple continua à croi
» tre en nombre & en puiſſance ; & parce que
, ces ſages-femmes avoient craint d'offenſer Dieu,
, il fit auſſi proſpérer leur famille à ſouhait.
, Alors Pharao commanda à tout le peuple d'Iſ
» rael de jetter dans le fleuve du Nil tous les
» garçons qui naitroient & de laiſſer ſeulement
», vivre les filles. -

- D. Quelles furent les ſuites d'un ordre ſi iu


humain ?
Exod. II. R. ,, Un homme de la famille de Lévi ,
I - IQ.
nommé Amram, fils de Kehath, 83 petit fils de
:,, Lévi, ayant épouſé une fille de la même Tri
» bu, nommée Jocabed propre fille de Lévi, elle
r conqut & enfanta un fils qui devoit être noyé
,, comme les autres ; mais ſa mere voyant qu'il
» étoit beau , elle le cacha ou tint ſon ſexe ca
,, ché pendant trois mois , & craignant enfin qu'il
» ne fut découvert, 83 qu'il me lui en couta à
elle méme la vie pour avoir violé les ordres du
,, Roi , elle prit une corbeille , ou un berceau
» de jonc & l'enduiſit de bitume & de poix ,
MIs E N C A T E c H I s M E. 2 79
, & ayant mis l'enfant dedans , elle le plaça
» parmi des roſeaux ſur le bord du fleuve,
» avec précaution de laiſſer la ſœur de cet en
» fant, ( que l'on croit avoir été Marie ) un
,, peu loin de - là , pour voir ce qui en ar
' ,, riveroit. Bientôt après, la fille de Pharao
,, nommée Thermutis deſcendit au fleuve pour ſe
» laver , pendant que ſes filles d'honneur ſe
», promenoient au bord du fleuve ; & ayant vû
», une corbeille fermée, au milieu des roſeaux,
» elle envoya une de ſes filles pour la prendre
, & la lui apporter ; & l'ayant découverte elle
» vit l'enfant qui pleuroit : Elle en fut touchée
» de compaſſion, & elle jugea bien que c'é-
» toit un enfant des Hébreux qu'on avoit ainſi expo
,, ſé : Sur cela la ſœur de l'enfant qui l'avoit ſans
doute vû emporter 85 qui avoit entendu tout ce qui
s'étoit dit , s'étant préſentée , comme par hazard,
» dit à la fille de Pharao ; J'irai, s'il te plait,
» appeler une femme des Hébreux pour allaiter
» cet enfant ; Va , lui dit Thermutis, & la jeu
» ne fille s'en alla & appela la propre mere de
,, l'enfant, à qui la fille de Pharao dit ; Empor
•, te cet enfant & me le nourris avec ſoin &
» je te donnerai ton ſalaire : Cette femme prit
» donc l'enfant & l'allaita : Et quand l'enfant
» fut ſevré & devenu grand, elle l'amena à la
» fille de Pharao qui l'adopta pour ſon fils &
» le nomma Moïſe : c. à d. en langue Egyptien
•, me, tiré de l'eau s parce, dit-elle, que je
,, l'ai tiré des eaux. -

D. Que devint Moïſe dans la cour du Roi


Pharao ?
Exod. II.
R. » Moïſe fut élevé comme un Prince adopté II • If
par la fille du Roi, $ #"
inſtruit dans tou
2 fºſ
à -

26o L'A N c I E N T E s T A M E N fº

tes les ſciences des Egyptiens juſques à l'âge de


quarante ans , enſorte qu'il devint , comme le dit
* Act. St. Etienne * , puiſſant en paroles 85 en œuvres,
VII. 21.
c. à. d. qu'il ſe diſtingua par la force de ſes diſ
cours 85 la ſageſſe de ſa conduite : mais étant
devenu grand & préſerant d être affligé avec
le peuple de Dieu, à tous les avantages qu'il pou
* Heb. XI. voit eſperer en reſtant à la Cour de Pharao *,
fº5. » il prit alors la reſolution d'aller viſiter ſes
,, freres les enfans d'Iſraël , pour connoitre par
,, lui-même les travaux dont ils étoient accablés.
» Un jour qu'il étoit à la campagne , il apper
,, çut un Egyptien qui frappoit impitoyablement
» un de ſes freres Hébreux , & ayant regardé
» de toutes parts, pour s'aſſurer s'il n'étoit vu
» de perſonne, il tua l'Egyptien & enterra ſur
,, le champ ſon corps dans le ſable, à l'aide ſans
doute de l'Iſraëlite mal-traité, qui peut-être en par
,, la à quelque autre. Le lendemain étant encore
» ſorti , il vit deux hommes Hébreux qui ſe
» battoient, & il dit à celui qui avoit tort :
» Pourquoi frappes-tu ton prochain ? Mais ce
» lui-ci lui répondit : De quoi te mêles-tu * Qui
,, eſt-ce qui t'a établi Prince & Juge ſur nous ?
» Penſèrois-tu donc à me tuer comme tu tuas
» hier un Egyptien ? A ces mots, Moïſe dit
» en lui-mème : Le fait eſt certainement connu
,, & il craignit d'être pourſuivi comme meurtrier.
» Auſſi arriva-t-il que Pharao en ayant été in
» formé, fit chercher Moïſe dans le deſſein de
» le faire mourir ; mais Moïſe pour ſe mettre
» à l'abri des pourſuites de Pharao, s'enfuit
,, hors de l' Egypte, & s'arrêta au pays de Ma
» dian, qui en étoit voiſin , où il s'aſſit près
3Q d'un puits. . D. Que
H Is E N C A T E c H I s M E. 261
D. Que lui arriva-t-il dans cet endroit-là ?
R. ,, Le Sacrificateur , ou le Gouverneur de Exod. II.
» Madian nommé Réhuèl avoit ſept filles, qui 16 - 22 •
,, vinrent puiſer de l'eau dans le puits près du
,, quel étoit aſſis Moïſe , & remplirent enſuite
,, les auges pour abbreuver le troupeau de leur
» pere ; ſur cela des bergers étant ſurvenus
, voulurent les chaſſer , pour profiter de leur
,, peine, mais Moïſe s'étant levé les ſécourut
» & abbreuva leur troupeau. Après quoi elles re
,, tournérent inceſſammtent chez leur pere qui
,, leur demanda , pourquoi elles revenoient ce
,, jour-là plutôt que de coutume ? C'eſt, dirent
,, elles, qu'un homme Egyptien nous a ſécou
,, rués contre les Bergers qui vouloient prendre
,, l'eau que nous avions déja puiſée, & nous a
,, même puiſé abondamment de nouvelle eau
,, pour abbreuver nôtre bétail : Où eſt cet hom
,, me, dit le pere à ſes filles ? Pourquoi l'avez
,, vous ainſi laiſſé aller ſans lui offrir de venir chez
,, moi ? Appelez-le & qu'on lui donne à manger.
-,, Moïſe, étant venu chez Rehuël, conſentit à de
e, meurer avec cet homme qui lui donna en
,,, ſuite ſa fille Séphora en mariage ; laquelle
,, lui enfanta un fils qu'il nomma Guerſçom ,
,, c. à d. l'étranger établi ; parce, dit-il, que
,, j'ai ſéjourné dans un pays étranger ?
D. Quel fut le ſort des enfans d'Iſraël après
que Moiſe eut quitté l'Egypte 85 pendant ſon
ſejour à Madian ?
R. ,, Long-tems après que Moïſe eut quitté l'E- Exod. II.
,, gypte, le Roi qui mal traitoit les enfans d'Iſ 23 - 25.
2, raél mourut : mais leur ſort n'en fut pas plus
heureux pour cela ; ſoit ſucceſſeur continua à les
,, traiter avec la deritiere rigueur ; en ſorte que
R 3 gé22
262 L'A N c I E N T E s T A M E N T.
,, gémiſſants ſous la ſervitude où ils étoient 83
,, ne la pouvants plus ſupporter ; ils s'adreſſérent
,, à Dieu par des cris ſi perçans qu'il cut en
,, fin pitié de leurs gémiſſemens, & ſe ſouvint
» en leur faveur, de l'alliance qu'il avoit faite
,, avec Abraham , Iſaac & Jacob : Ainſi Dieu
,, regarda les enfans d'Iſraël d'un œil de compaſ
,, ſion & prit ſoin d'eux. -

D. Qu'eſt-ce que Dieu fit dans ce deſſein ?


- Exºd. III. R. Il ſe révéla à " Moïſe qui étoit alors
I - IO«
,, berger du troupeau de Jéthro ( a ) ſon Beau
,, pere, Sacrificateur de Madian : & comme il
,, conduiſoit ce troupeau derriere le déſert, il
,, vint en la montagne de D I E U , qui eſt le
,, mont Sinaï, juſqu'à Horeb , qui en faiſoit par
,, tie : Là un Ange de l'Eternel , ou l'Eternel
,, lui-même ſous la forme d'un Ange, lui apparut
,, dans une flamme de feu , du milieu d'un
,, buiſſon : Et Moïſe, voyant le buiſſon tout
,, en feu ſans qu'il ſe conſumat, dit en lui
,, même ; je me détournerai de mon chemin pour
,, m'approcher de ce buiſſon & pour conſiderer de
,, plus près cette merveille qui ſe préſente à mes
» yeux & ſavoir pourquoi le buiſſon ne ſe †
33 Ll

( a ) Jéthro ſon Beau-pere. Il eſt appelé ci - devant


Rehuël & Hobab. Nomb. X. 29. Selon l'uſage de ce
tems-là, où la même perſonne prenoit ſouvent pluſieurs
noms : mais d'autres veulent que ce ſoit trois perſon
nes différentes ; ſavoir, que Réhuël ait été Grand-pere
de Séphora femme de Moïſe , Jéthro ſon pere, &
Hobab ſon frere. Chacun de ces ſentimens a ſes par
tiſans ; & il eſt aſſez difficile de décider quel des deux
eſt le mieux fondé ; parce que le mot Hébreu Coten,
que l'on a traduit par Beau-pere, peut également ſigni
fier Beau-ſrere & Allié. -
M I s E N C A T E c H 1 s M E. 263
,, ſume point : mais L'ET E R N E L qui vit qu'il
,, ſe détournoit- pour conſiderer de près ce que
,, c'étoit ; l'appela du milieu du buiſſon, en
,, diſant, Moïſe , Moiſe; & auſſi-tôt il répondit
,, me voici , Seigneur , tout prêt à recevoir tes
,, ordres. N'approche point d'ici, lui dit DIEU ;
,, délie les ſouliers de tes pieds ; car le lieu où
,, tu es arrêté eſt une terre Sainte. Il lui dit,
,, encore ; je ſuis le D I E U de ton pere, le
,, D I E U d'Abraham , le D I E U d'Iſaac & le
,, D I E U de Jacob ; leur remunerateur $ leur
,, bienfaiteur perpétuel ; Et Moiſe couvrit ſon
,, viſage ; parce qu'il craignoit de regarder vers
,, D 1 E U , de peur d'en être ébloui 83 conſumé.
», Cependant l'Eternel continua de parler à Moïſe
,, 83 lui dit ; J'ai conſideré de près l'affliction
,, de mon peuple qui eſt en Egypte ; j'ai ouï
,, les cris qu'ils ont jetté à cauſe de leurs exac
,, teurs ; & j'ai fait attention à leurs maux.
», Auſſi ſuis-je deſcendu du haut des Cieux pour
,, les délivrer de la main des Egyptiens & pour
,, les faire remonter du pays qu'ils habitent en
,, un pays fertile & ſpacieux, découlant de lait .
», & de miel, où ſont à préſent les Cananéens,
,, les Héthiens, les Amorrhéens, les Phéréſiens,
,, les Héviens & les Jébuſiens : Voici donc
,, maintenant que le cri des Enfans d'Iſraël
,, eſt monté juſqu'à moi & que j'ai vû les maux
,, dont ils ſont accablés par les Egyptiens.
» Prépare-toi d'aller à leur ſecours ; car je veux
,, t'envoyer vers Pharao , & me ſervir de ton
,, miniſtère pour retirer mon peuple, les en
,, fans d'Iſraël hors d'Egypte.
D. Comment Moiſe reçut - il cette commiſſion ;
85 comment y fut.il encouragé par Dieu meme ? .
4 ,, R. Moi
254 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
Exod. III. R. ,, Moïſe s'en deffendit d'abord par le peu
{I - 22, d'eſpérance qu'il avoit d'y réuſſir, étant en quel
que maniere proſcrit en Egypte à la Cour de Pha
rao 83 ſans aucun crédit auprès de ſes freres :
» Qui ſuis-je, moi, répondit-il à D I E U , pour
,, aller vers Pharao qui en veut à ma vie, &
,, pour retirer d'Egypte les enfans d'Iſraël, ſur
,, qui je n'ai aucun pouvoir ? mais D I E U lui
,, dit ; Va ſeulement ; car je ſerai avec toi ;
,, je »'accompagnerai de mon ſecours : Et ceci te
,, ſera dans la ſuite un ſigne , ou une preuve
,, certaine que je t'aurai effectivement envoyé
,, 83 protégé; c'eſt que quand tu auras retiré
,, mon peuple hors d'Egypte , vous ſervirez
,, D 1 E U près de la montagne où tu es pré
,, ſentement : A cela Moïſe replique encore qu'il
aura beſoin, pour être bien reçu des Iſraëlites vers
leſquels il ſera envoyé, de ſavoir le nom de celui qui
l'envoye, pour le leur dire 83 donner par.là plus
de poids à ſa commiſſion. * Voici, dit - il à
,, D I E U , quand je ſerai venu vers les enfans
,, d'Iſraël & que je leur aurai dit , le Dieu de
,, vos peres m'a envoyé vers vous ; s'ils me
,, diſent alors ; Quel eſt ſon nom ? Quel eſt le
titre qui le diſtingue des Dieux des Nations ?
,, Que leur dirai je ? Je ſuis, dit Dieu à Moï
,, ſe ; J E s U I s c E L U I QU I s U 1 s ; l'Etre
, Eternel 83 immuable dans mes promeſſes : Tu
,, diras donc aux Enfans d'Iſrael : Celui qui s'ap
,, pele J E s U I s, ou celui qui eſt de toute éter
,, mité , m'a envoyé vers vous : Et pour me faire !
,, encore mieux connoitre, ajoute Dieu à Moïſe ,
,, Tu parleras ainſi aux Enfans d'Iſraël ; L'E-
,, T E R N E L, le D I E U de vos peres , le D I E U
,, d'Abraham , le D I E U d'Iſaac & le D I § U
>> C
M I s E N CA T E c H I s M E. 265 •
,, de Jacob, m'a envoyé vers vous : C'eſt ici
,, mon nom , 83 qui le ſera éternellement :
C'eſt ſous ce nom que je veux être connu 85 ſer
vi dans tous les tems, 85 juſqu'à la fin des ſie
,, cles : C'eſt ici , le mémorial que vous aurez
,, de moi dans tous les âges : C'eſt à ce titre
que vous pourrez connoitre qui eſt le Dieu que
,, vous ſervez. Va donc & aſſemble les Anciens
,, d'Iſraël & leur di : L'E T E R N E L, le D I E U
,, de vos peres m'eſt apparu , le D I E U d'A-
» braham , d'Iſaac & de Jacob, & m'a dit ;
,, J'ai conſideré de près vôtre état ; j'ai vû
» tout ce qu'on vous fait ſouffrir en Egypte ;
,, & j'ai reſolu de vous tirer d'un pays où vous
,, êtes ſi fort affligés, pour vous faire paſſer au
,, pays des Cananéens , des Héthiens, des Amor
» rhéens , des Phéréſiens , des Héviens & des
» Jébuſiens, qui eſt un pays découlant de lait
» & de miel, abondant en tous les biens les plus
» néceſſaires à la vie. Ils ajouteront foi à tes
» diſcours ; ils te regarderont comme mon en
», voyé, & tu iras à la tête des Anciens d'Iſraël
,, vers le Roi d'Egypte, & vous lui direz ;
,, l'Eternel, le D I E U des Hébreux s'eſt appa
» ru à nous pour nous donner ſes ordres , 83
mous ne pouvons mous diſpenſer de lui obéir ;
» Nous te prions donc , en conſéquence , de
» permettre que nous allions au Déſert , à
» trois journées de chemin d'ici & que nous
» ſacrifiions-là à l'Eternel nôtre Dieu : Or je
», ſai que le Roi d'Egypte ne vous permettra
» point de vous en aller, qu'il n'y ſoit forcé ;
» mais pour l'y obliger , j'étendrai ma main ,
,, j'exercerai ma puiſſance & je frapperai l'Egyp
:, te par un grand nombre de prodiges que je
5 22 IC
286 L'AN c 1 E N T E s T A M E N T
» ferai au milieu d'elle ; enſuite deſquels, il,
,, vous laiſſera aller, & je ferai même qu'à
,, cette occaſion vous éprouviez la faveur des
,, Egyptiens, enſorte que quand vous partirez,
,, vous ne vous en alliez pas les mains vuides
,, 85 dépouillés de biens : mais chacune de vos
,, femmes demandera à ſa voiſine ou à ſon ho
,, teſſe des vaſes d'or & d'argent & des vète
,, mens que vous mettrez ſur vos fils & vos
,, filles ; Ainſi vous emporterez avec vous , les
,, dépouilles des Egyptiens, pour vous dédom
mager des biens que vous leur laiſſerez.
D. Après de telles promeſſer 83 des ordres ſi
précis, Moïſe ne fut-il pas plus diſpoſé à exécu
ter la commiſſion que Dieu lui donnoit ?
R. Moïſe parut , à la vérité, ne plus dou
ter des promeſſes que Dieu venoit de lui faire ;
cependant il continua à s'excuſer d'aller en Egyp
te; parce qu'il craignoit que ſes freres ne re
fuſaſſent de reconnoitre ſa miſſion divine ; mais .
Dieu lui fit ſentir qu'il ne tiendroit qu'à lui
de les en convaincre , comme il le feroit lui
mème par divers miracles qu'il lui donneroit le
Exod. IV. pouvoir d'operer. " Voici, reprit Moïſe , ſur
I - 9. ,, ce que Dieu venoit de lui dire, les Hébreux ne
,, me croiront point & ne ſe rendront point à
,, mes diſcours, parce , me diront-ils , que
,, L'ET E R N E L ne t'eſt point apparu. Veux-tit
,, donc, dit l'Eternel à Moïſe, avoir toujours
en main de quoi convaincre les plus incrédules :
,, Qu'as-tu en ta main ? Une verge , répondit
,, Moïſe : Jette-la par terre, lui dit Dieu : Il
,, la jetta par terre, & elle devint un ſerpent
,, qui fit fuïr Moïſe : Alors l'Eternel lui dit :
» Eten ta main & ſaiſi ſa queue : Il le #
22
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 267
,, & ce ſerpent redevint une verge en ſa main :
Par où Dieu lui faiſoit entendre qu'il me tien
droit qu'à lui de faire, quand il voudroit , la mê
me choſe aux yeux des Iſraëlites ; * afin qu'ils
,, fuſſent par-là perſuadés 83 convaincus que l'E-
,, ternel , le D I E U de leurs peres , le D I E U
,, d'Abraham, le D I E U d'Iſaac, le D I E U de
» Jacob lui étoit apparu. L'Eternel lui dit en
» core : Mets maintenant ta main dans ton ſein :
,, Moïſe l'ayant miſe dans ſon ſein , il l'en
,, retira blanche de lépre comme la neige ; Re
,, mets encore lui dit Dieu ta main dans ton
», ſein ; Il la remit , & quand il l'en retira ,
,, elle étoit redevenué comme ſon autre chair.
,, Ainſi continué l'Eternel, s'il arrive qu'ils ne
,, te croyent point, & qu'ils ne ſoyent pas con
» vaincus au premier de ces ſignes de ta miſ
,, ſion divine, ils ſe rendront apparentmtent à la
» vuë du ſecond : mais s'ils pouſſoient l'incré
,, dulité juſqu'à douter encore que tu ſois en
,, voyé de ma part , & à refuſer de t'obéïr
s, après ces deux ſignes que tu feras en leur pré
,, ſence : Tu prendras de l'eau du fleuve, tu la
,, répandras ſur la terre , & les eaux que tu
,, auras répandues deviendront du ſang ſur la
,, terre en leur préſence.
D. Qu'eſt-ce que Moïſe eut encore à repliquer
après cela , pour ſe diſpenſer de la commiſſion
que Dieu lui donnoit ?
R. ,, Helas, Seigneur ! répondit-il à l'Eter- Exod. Ir.
,, nel : Je ne ſuis point un homme qui ait ja-10-1*.
,, mais eu la parole aiſée ; je ſens même, de
», puis que tu as parlé à ton ſerviteur, que
,, ma bouche & ma langue ſont encore plus
,, embaraſſées 83 plus peſantes qu'auparavant.
- Comt
268 L'AN c 1 z N T E s T A M E N r
Comment donc pourrois - je parler à des Rois ,
ou adreſſer la parole à d'autres hommes avec la
liberté, l'autorité 83 la décence qui convient, ſi
je n'ai pas les dons de l'éloquence ! " Mais l'E-
,, ternel enleva encore cette difficulté, en lui di
,, ſant; Qui eſt-ce qui a fait la bouche de l'hom
,, me ? Qui eſt - ce qui a fait le muét, ou le
,, ſourd, ou le voyant, ou l'aveugle ? N'eſt-ce pas .
,, moi, l'Eternel ? Va donc maintenant , ſans
,, plus reſiſter ; car je ſerai avec ta bouche, &
» je t'enſeignerai ce que tu auras à dire. c. à d.
Par mon ſecours tu parleras avec une entiere li
berté, 85 je t'inſpirerai par mon Eſprit tout ce
que tu auras à dire. '
D. Moiſe acquieſca - t - il enfin aux ordres de
Dieu ? -

R. S'il le fit ; ce ne fut qu'avec une eſpèce


de defiance de lui-même qui lui fit déſirer que
Dieu deſtinat quelque autre perſonne à cette
commiſſion dont il ne ſe ſentoit pas capable :
Exod. IV.
I3 - 17.
ce qui l'obligea de dire enfin à Dieu : " Sei
,, gneur, Je ſuis prêt à ſuivre tes ordres ; mais
,, je te prie d'envoyer à Pharao & au peuple
,, d'Iſraël celui que tu voudras deſtiner à cet
,, emploi , il y ſera plus propre que moi. Alors
,, la colère de l'Eternel s'embraſa contre Moïſe,
ou plutôt il parla à Moïſe d'un ton ſemblable à
,, celui d'un homme en colère & lui dit ; Puiſque
,, tu te fais tant de peine de cette commiſſion ;
,, N'as - tu pas ton frere Aaron le Lévite qui
, pourra s'en acquitter avec toi ? Je ſai qu'il
,, parlera très bien ; Et mème le voici , il eſt
,, parti de l'Egypte , conduit par mon Eſprit ,
,, pour venir à ta rencontre ; & quand il te
,, verra, il ſe réjouïra dans ſon cœur. Tu lui
e2 fap
·
RI I s E N C A T E c H 1 s M E. 269
,, rapporteras donc fidèlement les ordres que je
, t'aurai donnés ; je ſerai avec ta bouche &
,, avec la ſienne, & je vous enſeignerai ce que
,, vous aurez à faire l'un & l'autre. c. à d. je
l'inſtruirai auſſi bien que toi de tout ce que vous
aurez à dire : il ſera ton interprête auprès du
peuple, comme tu auras été le mien auprès de lui :
,, Il parlera pour toi au peuple, & il te ſervi
,, ra de bouche auprès d'eux : Et tu ſeras à ſon
,, égard comme ſi Dieu lui parloit ; il déférera à
tes ordres , comme s'ils étoient émanés de Dieu
,, immédiatement. Tu prendras auſſi en ta main,
,, cette verge que tu as vuë changée en ſerpent,
,, avec laquelle tu feras des miracles ſemblables
à ceux dont tu viens d'être le témoin,
D. Qu'eſt-ce que Moiſe fit enſuite pour s'aqui
ter de la commiſſion dont Dieu l'avoit chargé ?
R. ,, Moïſe s'en alla & retourna vers Jéthro Exod. //>.
,, ſon Beau-pere à qui il dit ; Permets je te prie, I8 - 23
,, que je m'en aille & que je retourne vers
,, mes freres les enfans d'Iſraël qui ſont en
», Egypte pour voir s'ils vivent encore : Je le
» veux bien, lui répondit Jéthro : Va-t-en en
,, paix ; je te ſouhaite un heureux voyage. De
plus, comme Moiſe pouvoit encore craindre la ven
geance de Pharao qui l'avoit déja obligé de quit
ter l'Egypte, ** l'Eternel enleva encore cette
», crainte & dit à Moïſe, dès qu'il fut de retour
» au pays de Madian ; Va, retourne inceſſam
» ment en Egypte; car le Roi 83 tous ceux qui
» en vouloient à ta vie ſont morts. Ainſi Moï
» ſe prit ſa femme & ſes fils & les ayant mis
,, ſur un ane, il ſe mit en marche vers l'E-
» gypte ; Moïſe prit auſſi en ſa main la verge
» que Dieu lui avoit dit de porter pour être
- 22 l'inſ
27o L'A N c 1 E N T E s T A M E M T
,, l'inſtrument de ſes miracles. Car l'Eternel avoit
,, encore dit à Moïſe ; Quand tu t'en iras pour
,, retourner en Egypte , tu prendras-garde à
,, tous les miracles que j'ai mis en ta main ,
, ou que je t'ai donné le pouvoir de faire : Tu les
,, feras devant Pharao ; mais j'endurcirai ſon
,, cœur, ou je permettrai que ſon cœur déja en
durci, s'endurcilſe 85 s'affermiſſe de plus en plus
,, dans la réſolution de ne point laiſſer aller le
,, peuple hors d'Egypte, malgré tous les miracles
faits en ſa préſence qui devoient l'y engager. Tu
,, diras donc alors à Pharao, quand tu le verras
,, ainſi endurci ; Ainſi a dit l'Eternel : Iſraël eſt
,, mon fils, mon premier né. c. à d. De tous
les peuples du monde, que j'ai créés 83 dont je
ſuis le Pere , le peuple d'Iſraël eſt celui que je
chéris, comme un pere ſon premier né ; c'eſt l'hé
ritier de mes promeſſes 83 l'objet de mes faveurs :
,, Et je t'ai ordonné de laiſſer aller mon fils ,
», afin qu'il me ſerve ; mais tu as refuſé de le
,, faire, & à cauſe de cela, je ferai auſſi mou
,, rir ton fils , ton premier né.
D. Qu'eſt-ce qui ſurvint à Moïſe dans le vo
yage qu'il fit du pays de Madian en Egypte ?
E.oi. Ip. R. , Moïſe étant en route prêt d'entrer dans
24-26» ,, une hôtellerie, l'Eternel, ou un Ange en ſon
,, nom , ſe préſenta devant lui avec menace de
,, le mettre à mort, s'il ne remédioit à ce qu'il
y avoit de condamnable chez lui, ſavoir, ſa mé
gligence à circoncire Eliézer ſon ſecond fils : " Ce
, que Séphora ſa femme ayant oui 85 ſe ſentant
apparemment coupable du délai qu'avoit apporté
,, Moïſe à cette circonciſion , prit auſſi-tôt un
» couteau, ou un caillou tranchant, & en cou
•, pa elle-même le prépuce de ſon fils & le jetta
, » dllX
- M1s EN C A T E c H 1 s M E. -
27E
, aux pieds de Moïſe, en lui diſant, par une
, eſpéce de reproche ; Tu m'es un époux ſan
,, guinaire : Alors l'Ange de l'Eternel ſe retira
e de lui (a), ou ceſſa de le menacer de mort.
-,, Oui reprit-elle : Tu m'es un époux ſanguinai
,, re, à cauſe de la circonciſion que tu m'as
,, obligé de faire à mon fils.
D. Que ſe paſſa-t-il encore avant que Moïſe
allat exécuter ſa commiſſion en Egypte *
R. Avant cela, " l'Eternel avoit dit à Aaron
Exod. IV.
,, en ſonge ou en viſion, d'aller au déſert, à la 27 - 3o.
,, rencontre de Moïſe ſon frere, Il y alla donc
,, & le rencontra en la montagne de Dieu ,
,, Horeb ou Sinaï ; Après s'être reciproquement
22 C/71

(a ) Se retira de lui. L'on a expliqué cela de l'An


ge , parce que le verbe Hébreu eſt au maſculin : ce
endant quelques lnterprétes avec aſſez de vraiſem
lance , l'entendent de Séphora femme de Moïſe , dont
il eſt dit ici , qu'elle ſe ſépara de lui , c. à d. qu'elle
le laiſſa aller ſeul en Egypte & qu'elle s'en retourna
chez Jéthro ſon pere avec ſes enfans. Ce qui paroit
confirmer cette interprétation, c'eſt que l'on voit par
la ſuite Exod. XVIII. 2. qu'elle étoit réellement reve
nuë chez Jéthro avec ſes enfans ; & quoiqu'on ne
puiſſe pas dire ſurement ſi ce fut à l'occaſion de la
circonciſion de ſes fils qu'elle rebrouſſa chemin ; au
moins eſt-il aſſez probable que la crainte de quelque
nouvel accident lui. fit ſouhaiter de retourner dans la
maiſon paternelle ; & même que Moïſe l'y renvoya ,
comme il eſt dit à l'endroit cité , dans la penſée
qu'elle y ſeroit plus en ſureté, & que la commiſſion
dont il étoit chargé ne lui permettoit guéres d'avoir
avec lui une femme & des enfans. Quant au genre
maſculin prit pour le feminin, les mêmes Interprêtes
prouvent que cela n'eſt pas ſans exemple, & les pa
roles qui ſuivent , & qui ſont encore de Séphora, ſem
blent favoriſer cette interprétation.
272 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r.
·,, embraſſés 85 baiſés ; Moïſe raconta à Aaroit
,, en détail, tous les ordres que l'Eternel lui
» avoit donnés, la commiſſion dont il étoit
» chargé , & tous les miracles qu'il lui avoit
» donné le pouvoir de faire. Moïſe pourſuivit
,, enſuite ſon chemin avec Aaron , & étant
, arrivés au pays de Goſcen, ils aſſemblérent
,, tous les Anciens ou les principaux des enfans
,, d'Iſraël ; & Aaron leur rapporta tout ce que
,, l'Eternel avoit dit à Moïſe ; qu'il confirma,
,, en opérant lui- même, ou Moïſe ſon frere,
,, en préſence du peuple , les miracles que
,, Dieu lui avoit commandé de faire. Le peu
,, ple crut donc qu'ils étoient véritablement en
,, voyés de Dieu & apprit avec beaucoup de joie,
,, que l'Eternel vouloit prendre ſoin des enfans
,, d'Iſrael & qu'il avoit été touché de leur af
,, fliction. On ſe proſterna humblement devant
les envoyés de Dieu , pour leur marquer la re
connoiſſance dont cbacun étoit pénétré, & l'on
,, adora Dieu l'auteur de \ces graceſ,

CHA
-
"- -
, -
M I s E N C A T E c H 1 s M E. 273
-

C H A P I T R E XVIII.
Contenant ce que firent Moïſe & Aaron
pour engager Pharao à laiſſer ſortir le
peuple d'Iſraël hors d'Egypte ; la ma
niere arrogante dont ce Roi y répon
dit ; la rigueur avec laquelle il aug
menta les travaux des Iſraëlites à ce ſu
jet ; & enfin le recit des quatre premiers
fléaux dont Dieu frappa les Egyptiens »
pour punir leur Roi de ſon obſtination
à refuſer la ſortie du peuple d'Iſraël hors
de ſon royaume.
D. Omment Moïſe 83 Aaron s'acquitérent
ils de la commiſſion que Dieu leur avoit
donnée auprès de Pharao ; 83 comment en furent
ils reçus ?
R. » Après que Moïſe & Aaron eurent don E.od. p.
mé aux Anciens du peuple des preuves de leur 1-5.
, ,, miſſion divine, ils s'en allérent avec quelques
» uns d'entr'eux à Pharao, & lui dirent : Ainſi
,, à dit L'ET E R N E L , le D I E U d'Iſraël, qui
mous a envoyé vers toi 83 au nom de qui mous
s, te parlons : Laiſſe ſortir mon peuple, les en
», fans d'Iſraël, de tes Etats ; afin qu'il célèbre
•, à mon honneur une fète ſolemnelle au dé
», ſert. Mais Pharao leur dit ; Qui - eſt JE H o
» V A L'ET E R N E L pour que j'obéiſſe à ſa
,, voix, ou à ce qu'il exige de moi , de laiſſer
» aller Iſraël hors de mes Etats ? Je ne connois
Tomue I. S 2, PO1Ilt
274 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, point l'Eternel ; & je ne laiſſerai point ſortir
,, les enfans d'Iſraël. A cela, Moïſe & Aaron
,, répondirent auſſi tôt : Le Dieu que nous ap
,, pelons Jehova, c'eſt le D I E U de ce peuple
' ,, Hébreu , le Dieu de nos peres qui nous eſt ap
,, paru ; 85 c'eſt en ſon nom que nous te prions
,, de permettre que nous faſſions trois journées
, de chemin pour arriver au déſert, afin d'y ſa
» crifier à ſon honneur e5 lui rendre le culte
,, qu'il demande de nous; ſans quoi il eſt à crain
,, dre qu'il ne nous puniſſe par la peſte ou par
», l'épée , 83 que tu ne ſois privé par - là d'au
,, tant de ſujets. A quoi le Roi d'Egypte re
,s, partit : Moiſe & Aaron ; Pourquoi détournez
,, vous le peuple de ſes ouvrages ſous de frivo
,, les prétextes ? Retournez inceſſamment les uns
,, $ les autres aux travaux qui vous ſont im
,, poſés : Car, ajouta-t-il, le peuple étant auſſi
s, nombreux qu'il l'eſt, il ne convient pas que
,, vous le laiſſiez repoſer de ſes travaux ; com
me cela arriveroit ſi je vous accordois vôtre de
mande.
D. Que fit de plus Pharao pour augmenter le
joig des Hébreux ? -

Exod. V. R. , Pharao commanda ce jour-là même aux


é - 2 I.
,, Intendans établis ſur le peuple des Hébreux
,, & à ſes Commis, de ne leur plus donner de
» paille pour faire des briques comme aupara
» vant ; mais qu'il s'en pourvuſſent eux-mêmes,
,, & cependant de leur impoſer la même quan
,, tité de briques qu'ils faiſoient auparavant ſans
,, en rien diminuer, car ils ont ſans doute du
» loiſir de reſte ; puiſqu'ils crient & ſe diſent
» l'un à l'autre. Allons au déſert, offrir des
» ſacrifices à nôtre D I E U. Je veux donc que
» leur
M 1 s x N C A T E c H 1 s M E. 27 ;
» leur ſervitude ſoit aggravée ; qu'ils travaillent
» ſans relache & qu'ils ne s'amuſent plus à de
» vains diſcours. Les Intendans & les Commis
» exécutérent ponctuellement ces ordres, & di
» rent au peuple , de la part de Pharao, qu'on
,, ne leur donneroit plus de paille ; mais qu'ils
» devoient eux-mêmes en aller chercher , là où
» ils en pourroient trouver, ſans que pour cela
» leur tâche fut en rien diminuée. Alors le peu
,, ple d'Iſrael ſe répandit par tout le pays d'E-
» gypte pour amaſſer du chaume au lieu de pail
» le : Et les Exacteurs les preſſoient d'achever
» leur ouvrage chaque jour, comme lorſque la
» paille leur étoit fournie ; juſques-là que les
» Commis mème d'entre les Iſraelites que les
,, Exacteurs de Pharao avoient établis ſur eux,
» furent battus pour n'avoir pas achevé leur tâche
,, chaque jour comme auparavant ; dequoi ils
,, allérent ſe plaindre à Pharao, comme d'une
», grande injuſtice : Pourquoi, dirent-ils, en uſe
,, t on ainſi avec tes ſerviteurs ? On ne leur
,, donne point de paille, & cependant l'on veut
s, que ſans cela ils faſſent des briques, & s'ils
,, ne les font pas, il ſont battus comme s'ils
,, avoient commis une grande faute. Mais ce
Roi, au lieu d'avoir égard à leurs repréſentations
» leur répondit : Vous avez ſans doute aſſèz de
» loiſir , puiſque vous parlez d'aller offrir des
» ſacrifices à l'Eternel : Allez-vous en donc &
, travaillez comme on vous l'ordonne ; car on ne
,, vous donnera point de paille, & vous ferez
,, toujours la même quantité de briques : d'où
, les Commis des Enfans d'Iſrael conclurrent
, qu'ils étoient dans un mauvais état ; puis
, qu'on ne vouloit rien diminuer de la tâche de
S 2 cha
276 L'AN c 1 z N T E s T A M E N T
,, chaque jour. Et en ſortant de devant Pha
,, rao, ils trouvérent devant eux Moïſe & Aa
,, ron à qui ils dirent : Que l'Eternel faſſe at
,, tention à vôtre conduite & qu'il en juge :
,, Car vous nous avez rendus odieux à Pharao
,, & à ſes Miniſtres ; & par les diſcours que vous
,, leur avez tenus , vous leur avez mis en main
,, une épée pour nous tuer.
D. Que fit alors Moïſe dans ces facheuſes con
jon'tures ?
Exod. V. R. ,, Alors Moïſe eut recours à l'Eternel,
t2 , 23
,, il lui expoſa ſes grief & lui dit : Seigneur, pour
,, quoi as-tu été cauſe , par les ordres que tu
,, m'as donnés, que ce peuple eſt préſentement
,, plus mal-traité que jamais ? Pourquoi m'as-tu
,, envoyé à Pharao, s'il en devoit être ainſi ?
,, Car depuis que je ſuis venu vers lui & que
,, je lui ai parlé en ton nom , il a mal-traité
,, ce peuple plus qu'il m'avoit encore fait, & tu
,, ne l'as point délivré de ſes mains , comme je
m'y attendois.
D. Que lui fut - il répondu de la part de
Dieu ?
Exod. VI. R. » L'Eterrel dit à Moïſe ; Ne t'afflige point
1 - I3. ,, 85 ne t'impatiente point : tu verras bien
,, tôt ce que je ferai à Pharao $ l'accompliſſe
ment de mes promeſſes ; car je le chatierai d'une
telle maniere, à cauſe des ºtaux qu'il fait à mon
,, peuple, qu'il les laiſſera ſurement aller ; juſ
,, ques - là qu'y étant contraint par une main
,, forte , plus puiſſante que la ſienne, il les chaſ
,, ſera lui-même de ſon pays, ou les priera de
,, ſortir de ſon royaume. Dieu parla encore à
,, Moiſe & lui dit ; Je ſuis l'Eternel : Je me
,, ſuis apparu, ou me ſuis révélé à Abraham , à
» Iſaac
+

. M I s E N C A T E c H I s M E. 277
,, Iſaac & à Jacob, comme le Dieu Fort, &
,, Tout-puiſſant; & ne me ſuis-je pas auſſi fait
,, connoitre à eux par mon nom, d'Eternel ,
,, ou de Jehova ; dont la ſignification les doit
,, aſſurer de ma fidélité à tenir mes promeſſes ;
,, mais de plus, par l'alliance que j'ai contractée
,, avec eux, j'ai promis de leur donner, ou à
,, leur poſtérité après eux, le pays de Canaan ,
,, le pays de leurs pélérinages, dans lequel ils
,, ont demeuré comme étrangers : J'ai auſſi
,, entendu les ſanglots des enfans d'Iſrael que
,, les Egyptiens traitent en eſclaves ; & je me
,, ſuis ſouvenu de l'alliance que j'ai traitée avec
,, leurs peres pour leur en faire reſſentir les effets.
,, C'eſt pourquoi, di aux enfans d'Iſraël, que
,, je ſuis Jehova l'Eternel, qui remplirai ponc
,, tuellement mes promeſſes, qui les affranchirai
,, du joug des Egyptiens & les delivrerai de
,, leur ſervitude ; que je les racheterai de leur
» eſclavage par la force de mon bras, ou l'effet
,, de ma puiſſance, & par mes jugemens les plus
, ſévéres ſur ceux qui les oppriment ; que je les
,, prendrai pour être mon peuple particulier ;
,, que je ſerai leur D 1 E U, leur Bienfaiteur 83
,, leur Protecteur, & qu'ils connoitront alors ,
-,, à m'en pouvoir plus douter, que je ſuis L'E-
,, T E RN E L leur D I E U, qui veux les affran
» chir du joug des Egyptiens & que je les fe
» rai entrer au pays que j'ai promis par ſer
,, ment de donner à Abraham , à Iſaac, & à
» Jacob, pour le poſſéder comme un héritage
,, de leurs peres. C'eſt moi L'E T E RN E L qui
,, le leur promets de mouveau. Moïſe parla donc
,, de cette maniere aux enfans d'Iſraél ; mais
,, ils ne l'écoutérent point à cauſe de l'angoiſ
- S 3 2) ſe
278 L'AN c 1 z N T E s T A M E N r
,, ſe extrème dont leur eſprit étoit ſaiſi, & de la
,, dure ſervitude dont ils étoient accablés. Dans
,, cette extrêmité, l'Eternel ordonna à Moiſe de
,, retourner vers Pharao Roi d'Egypte & de
,, lui dire encore une fois qu'il laiſſat ſortir les
,, enfans d'Iſrael de ſon pays : mais Moïſe ſe
» préſenta de nouveau devant l'Eternel & lui
,, dit : Tu vois , ô Dieu, que les enfans d'Iſraël
,, ne m'ont point écouté, quand je leur ai par
,, lé de ta part ; & comment Pharao m'écoute
», ra t-il, moi qui ſuis incirconcis de levres ,
ou qui n'ai pas la faculté de m'enoncer auſſi li
brement qu'une telle commiſſion le demande ?
,, Cependant l'Eternel ordonna encore à Moïſe
,, & à Aaron d'aller aux enfans d'Iſraél & à
,, Pharao Roi d'Egypte, pour leur déclarer que
,, la volonté de Lieu étoit de retirer les enfans
,, d'Iſrael du pays d'Egypte.
D. Qui étoient alors les Chefs des Enfans
d'Iſraël, ou des familles de leurs peres ?
. R. L'on doit mettre ſans doute à la tète Moï
ſe & Aaron , comme étant alors les Miniſtres
de Dieu pour la conduite de ce peuple , & dont
il importoit de rappeler la généalogie pour don
ner plus d'autorité à leur miniſtère : Cepen
dant comme Lévi dont ils étoicnt deſcendus
n'étoit que le troiſieme des fils de Jacob ; il y
a apparence que les deſcendans de ſes deux
ainés Ruben & Siméon les précedoient en rang
dans leurs aſſemblées : voila pourquoi dans le
dénombrement qui eſt fait ici des principaux
Chefs des enfans d'Iſraél, l'Auteur Sacré parle
premierement des deſcendans de Ruben & de
Exod. lVI.
14 , IJ.
Siméon qui ſont les mêmes déja mentionnés
ci-deſſus Gen. XLVI. 9, Io. de-là il paſſe
: -
#
deſ
M 1 s E N C A T E c H I s M E. 279
deſcendans de Lévi, du nombre deſqucls étoient
Moïſe & Aaron ; comme il paroit par la généa
logie ſuivante.
,, Et ce ſont ici les noms des enfans de Lé- Exe I. VI.
,, vi ſelon le tems de leur naiſſance , Guerſçom, 16-3o.
,, Kehath & Merari : Et Lévi mourut âgé de
,, cent trente ſept ans. Guerſçom eut deux fils
» Libni & Sçimhi dont les familles ſubſiſtent
,, encore. Kehath en eut quatre, ſavoir, Ham
,, ram , Jitshar , Hébron & Huziel , & Ke
,, hath vêcut cent trente trois ans : Et Merari
» eut deux fils , Malhi. & Muſci. Ce ſont-là
», les familles des deſcendans de Lévi, ſelon le
,, tems de leur naiſſance. Or Hamram l'ainé des
,, fils de Kehath prit pour femme Jocabed ſa
», proche parente de laquelle il eut Aaron &
,, Monſe , & mourut âgé de cent trente ſept
,, ans : Les enfans de Jitshar furent Coré, Ne
» pheg & Zicri, & les enfans de Huziel furent
» Miſçael , Eltſaphan & Sithri. Enſuite Aaron
,, épouſa Eliſcebah fille de Hamminadab ſœur
» de Naaſſon, de laquelle il eut ces quatre fils,
», Nadab , Abihu , Eléazar & Ithamar. Et les
,, enfans de Coré furent Aſſir, Elkana & Abia
,, ſaph : Ce ſont-là les familles deſcendues de
,, Coré. Puis Eléazar, fils d'Aaron, prit pour ſa
,, femme une des filles de Puthiel, dont il eut
» pour fils Phinées : Ce ſont - là les Chefs des
» peres deſcendus de Lévi ſelon leurs familles.
» En particulier, c'eſt ce même Aaron & ce mê
», me Monſe auxquels l'Eternel donna la com
» miſſion de faire ſortir les enfans d'Iſraël du
» pays d'Egypte. Ce ſont eux-mèmes qui par
lérent à Pharao Roi d'Egypte pour en obtenir la
,, permiJion : Et ce fut ce jour-là même que
S 4 ,, l'E-
28o L'A N c I E N TE s T A M EN T
» l'Eternel dit à Moïſe : C'eſt moi l'Eternel qui
,, t'ordonne de dire à Pharao en mon nom ,
,, tout ce que je t'ai commandé, & à quoi
,, Moïſe répondit ; je ſuis incirconcis de levres ;
,, j'ai la langue embaraſſee & comment pourois
,, je eſpérer qu'il veuille m'écouter.
D. Que répondit l'Lternel à Moïſe ſur cette
derniere excuſe ?
Exod. R. ,, L'Eternel lui dit ; Je t'ai établi pour
VII 1-º-,, D I E U à Pharao : c. à d. Tu lui déclareras
ma volonté, comme ſi c'étoit Dieu lui même qui
,, lui adreſſat la parole, & Aaron ton frere ſera
,, ton Prophète; il parlera pour toi , ſi tu ne
le peux ; il ſera l'organe 85 l'interprète de tous
ce que tu auras à lui dire de ma part. * Tu dé
» clareras toutes les choſes que j'aurai comman
» dées, & ce ſera Aaron ton frere qui dira à
,, Pharao de laiſſer aller les enfans d'Iſrael hors
,, de ſon pays : mais j'endurcirai le cœur de
,, Pharao : Tout ce qu'on lui dira de ma part ne
fera que l'endurcir & l'affermir dans ſa réſolu
,, tion. Je multiplierai mes prodiges & mes mi
» racles en ſa préſence au pays d'Egypte; mais
» Pharao n'en ſera pas plus diſpoſé à vous écou
,, ter favorablement : Je mettrai ma main ſur
,, l'Egypte , je la chatierai par divers fléaux ,
» & je retirerai du pays d'Egypte mon peuple,
» les enfans d'Iſraël qui ſeront une armée nom
,, breuſe, en deployant ſur ce pays-là des ju
,, gemens terribles. Et les Egyptiens ſentiront
,, que je ſuis l'Etre Eternel $ Tout puiſſant,
,, lorſque j'aurai étendu ma main ſur l'Egypte
,, par les fléaux qu'elle éprouvera, & que j'aurai
,, retiré du milieu d'eux les enfans d'Iſraël.
,, Moïſe & Aaron ſe conduiſirent donc de la
»» IIld
1M I s E N C A T E c H I s M E. 28E
ſ, maniere que l'Eternel le leur avoit comman
,, dé , ils exécutérent ponctuellement ſes or
dres.
D. Quel âge avoient.ils alors l'un $ l'autre ?
R. ,, Moïſe étoit âgé de quatre vintgs ans Exod.
,, & Aaron de quatre vingt trois , quand ils VII. 7.
, eurent la commiſſion de parler à Pharao.
D. Comment furent - ils de mouveau confirmés
dans cette commiſſion ?
R. Ils le furent par des miracles qu'ils ope
rérent eux-mêmes aux yeux de Pharao, dès
• qu'il leur demandat quelque ſigne par lequel ils
puſſent faire voir qu'ils étoient envoyés de Dieu,
Exod.
comme l'Eternel le leur avoit promis : car ** l'E- VII.
,, ternel avoit encore dit à Moïſe & à Aaron. 8 - 13
,, Quand Pharao vous demandera quelque ſi
,, gne qui vous autoriſe , $ qui prouve vôtre
», miſſion divine : Prenez la verge qui a déja
2, ſervi à divers miracles ; jettez-la devant lui ,
,, & elle deviendra un dragon, ou un ſerpent.
, Moïſe donc & Aaron vinrent vers Pharao,
,, & lui parlérent conformément à ce que l'E-
,, ternel leur avoit commandé ; Sur quoi ce Roi
leur ayant demandé quelque ſigne qui fut une
preuve autentique de leur miſſion ; * Aaron jetta
,, ſa verge devant Pharao & devant ſes mi
,, niſtres ; & elle devint un dragon ou un ſer
,, pent : Ce que Pharao ayant vie, il fit venir
s, auſſi-tôt les ſages ou ſavants & les enchan
s, teurs d'entre ſes ſujets qui paſſoient pour les
,, plus habiles à faire les choſes les plus ſur
,, prenantes ; & les Magiciens d'Egypte firent
,, les mêmes choſes par leurs enchantemens ;
,, ils jettérent chacun ſa verge en préſence de
, Pharao, & elles devinrent des ſerpens : mais
- S $ » la
282 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» la verge d'Aaron qui avoit été changée en ſer
,, pent, engloutit leurs verges, ou les ſerpens qui
,, en étoient ſortis : malgré cela le cœur de Pharao
plus ébloui de ce que les Magiciens avoient fait à
ſes yeux un ſigne ſemblable à celui qu'il avoit
demandé à Moïſe pour preuve de ſa miſſion, que
de l'événement qui avoit ſuivi ce ſigne, s'endurcit
,, 83 s'obſtina dans le refus qu'il fit d'acquieſcer
,, à la demande de Moïſe, comme l'Eternel
,, l'avoit prédit.
D. Quel ordre reçut ſur cela Moïſe de la part
de Dieu ?
Exod. R. » L'Eternel lui dit : Le cœur de Pharao
V 1 I. ,, eſt endurci ; il s'obſtine à refuſer de laiſſer
I4 - 19.
,, aller le peuple. Va-t-en cependant derechef
» dès le matin vers Pharao, lorſqu'il ſera deſ .
» cendu aux eaux du Nil : Tu te préſenteras
» devant lui ſur le bord de ce fleuve, ayant
,, pris en ta main la verge qui a déja été
,, plus d'une fois changée en ſerpent ; tu lui di
» ras que L'ETE R N E L, le D I E U des Hébreux,
» t'avoit envoyé précédemment vers lui pour
,, l'engager à laiſſer aller ſon peuple au déſert,
,, où il devoit rendre quelque culte à ſon Dieu,
» mais qu'il n'avoit point eu d'égard à ce que
,, tu lui avois dit de ma part ; & qu'à cau
» ſe de cela, il apprendroit par un autre ſigne,
» que c'eſt L'ET E R NE L qui t'a envoyé; en
» lui déclarant que s'il ne t'accorde ta deman
,, de, tu vas frapper de ta verge qui eſt en ta
,, main les eaux du fleuve qui ſeront d'abord
,, changées en ſang ; en ſorte que le poiſſon qui
» y eſt en mourra, que le fleuve en deviendra
», puant, & que les Egyptiens auront beaucoup
» de peine pour rendre les eaux du fleuve beu
2» Va
MIs E N C A T E c H I s M E. 283
» vables : L'Eternel fit auſſi dire à Aaron qu'il
» eut à prendre ſa verge , & à l'étendre au
,, premier ordre qu'il en recevroit ſur toutes les
, eaux des Egyptiens, ſur leurs rivieres, &
,, ruiſſeaux, ſur les canaux 83 branches du Nil ;
, ſur leurs marais & ſur les amas d'eaux, com
,, me puits , viviers 85 étangs avec aſſurance
» qu'au moment mème toutes ces eaux devien
, droient du ſang ; ainſi qu'il n'y auroit que
,, du ſang dans les vaiſſeaux de bois & de
,, pierre, où l'on auroit mis de l'eau.
D. Quelles furent les ſuites de cet ordre de Dieu
à Moïſe 85 à Aaron ?
R. ,, Moïſe & Aaron firent tout ce que l'E- Exod.
V I I.
,, ternel leur avoit commandé : Ils allérent vers 2o , 2 I.
,, Pharao qui ne voulut pas les écouter : Alors
,, Aaron ayant levé ſa verge en fiappa les eaux
,, du fleuve en préſence de Pharao & de ſes
,, ſerviteurs, & toutes les eaux furent auſſi-tôt
,, changées en ſang ; le poiſſon qui étoit dans
,, le fleuve en mourut, & les eaux du fleuve
,, devinrent puantes ; tellement que les Egyp
,, tiens ne pouvoient point en boire : Ainſi il
,, y eut du ſang par tout le pays d'Egypte, où
il y avoit des amas d'eaux , à l'exception de la
Province de Goſcen qu'occupoient les lſraèlites.
D. Quel fut l'effet de ce premier fleau ſur l'eſ
prit de Pharao $ des Egyptiens ?
R. ,, Les Magiciens d'Egypte que Pharao Exod.
JV 1 I.
avoit fait venir à l'occaſion de la verge changée 22 - 25 •
,, en ſerpent , ayant fait de même par leurs
,, enchantemens ; ſoit ſur de l'eau qu'on avoit
apportée de la mer, ou du pays de Goſcen ; ſoit
ſur celle qu'on avoit tirée de quelques creux faits
en terre, 83 que l'on avoit conſervée avec ſ# e
284 t'A N c 1 z N T E s T A M E N r
depuis le miracle opéré par Aaron ; " le cœur
» de Pharao s'endurcit encore tellement qu'il
» ne fit aucune attention à la demande de Moï
, ſe & d'Aaron, & qu'il n'obéit point à ce que
» l'Eternel lui avoit fait dire par leur bouche ;
» mais leur ayant tourné le dos, il revint dans
» ſon palais ſans faire aucune attention à ce
» miracle, comme il le devoit : Cependant tous
» les Egyptiens creuſérent autour du fleuve pour
,, avoir de l'eau à boire ; parce qu'ils ne pou
» voient boire de celle du fieuve ; & ce fléau
» dura ſept jours entiers ; depuis que L'ET E R
» N E L eut frappé le fleuve par la verge d'Aaron.
D. De quel autre fléau fut menacé Pharao ,
s'il ne laiſſoit aller le peuple ſacrifier à l'Eternel
dans le déſert ? *

Exod. R. ,, L'Eternel ordonna encore à Moïſe de


V II I.
I - 6.
,, retourner à Pharao & de lui dire, que s'il ne
,, laiſſoit aller ſon peuple au déſert pour le ſer
» vir, il déſoleroit tout ſon pays par un nom
,, bre infini de grenouilles qui monteroient du
» fleuve, qui entreroient dans ſon palais, &
» dans la chambre même où il couchoit & ſur
» ſon lit, auſſi bien que dans la maiſon de ſes
» ſerviteurs & parmi tout ſon peuple, juſques
» dans les fours où l'on cuit le pain, & dans les
» mais où on le pétrit. Mais Pharao n'ayant
» pas eu plus d'égard à cette ſommation qu'aux
/ / A. - »

» précédentes : Aaron étendit par l'ordre de


» D I E U ſa verge ſur les fleuves, les rivieres
» & les marais, & en fit monter des grenouil
• les qui couvrirent tout le pays d'Egypte ?
D. Quelle fut la ſuite de ce ſecond fléau ?
Exod. R. , Les Magiciens en firent de même par
v III. » leurs enchantemens, & firent auſſi monter des
7 - I4.
*. 33 gt5s
M I s E N CA T E c H 1 s M E. 285
» grenouilles ſur le pays d'Egypte ; mais Pha
, rao ne pouvant ſupporter l'incommodité qu'el
, les lui cauſoient, fit appeler Moïſe & Aaron
, & leur dit ; Fléchiſſez l'Eternel par vos prieres,
, afin qu'il retire les grenouilles de deſſus moi
, & de deſſus mon peuple, & je laiſſerai aller
, le peuple ſacrifier à L'E T E R N E L, & Moïſe
, dit à Pharao ; Déclare toi (a), ou di-moi ott
,, vertement, pour quel tems tu veux que je
» prie l'Eternel qu'il extermine les grenouilles,
, & qu'il les éloigne de toi , de tes maiſons
, & de ton peuple, enſorte qu'il n'en reſte plus
, que dans le fleuve. Je ſouhaiterois, répondit
, Pharao, que ce fut dès à préſent, s'il ſe peut ;
, ou pour demain, au plus tard. Cela ſe fera
, repartit Moïſe, ſelon tes ſouhaits ; afin que
,, tu ſaches qu'il n'y a nul D I E U tel que
» L'ET E R N E L nôtre D I E U , qui ait le pou
voir de frapper 83 de guérir , comme il lui plait :
» Alors Moiſe & Aaron ſortirent de devant
» Pharao, & Moiſe ſupplia L'ET E R N E L de
» dé

(a ) Déclare.toi. Le terme de l'original qui eſt reſté


dans les Exemplaires- Hébreux ſignifie à la lettre ,
Glorifie - toi, comme l'ont traduit nos verſions ordi
naires ; mais la verſion Grecque des 7o. la Paraphraſe
Chaldaïque & la Vulgate traduiſent, Marque - moi ;
déclare-moi : d'où l'on peut très probablement inferer
que le mot Hébreu a ſouffert quelque alteration dans
l'original , & qu'au lieu de Hithpaher, Glorifie-toi,
comme il ſe lit à préſent , l'on devroit lire Hithba
ber par un très leger changement du p en b. Ce qui
forme un ſens beaucoup plus naturcl, & qui eſt ap- .
puyé des verſions ci-deſſus indiquées , ſans doute par
ce que leurs auteurs ont lû de méme dans d'autres
manuſcrits originauxt
286 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
, détruire les grenouilles qu'il avoit fait venir
» ſur Pharao, & l'Eternel exauça la priere de
» Moïſe ; les grenouilles moururent & il n'y
» en eut plus dans les maiſons, ni dans les
» bourgs , ni à la campagne, & on les amaſſa
,, par monceaux pour les jetter dans le fleuve ;
» cependant la terre en fut infectée.
D. Pharao tint-il alors ce qu'il avoit promis
85 laiſſa-t-il ſortir le peuple d'Iſraël de l'Egypte ?
Exod. R. Non, au contraire, " voyant qu'il avoit
VI I I. ,, du relache, il endurcit ſon cœur, il s'affer
IS.
,, mit dans ſa premiere réſolution & ne voulut
» plus écouter Moïſe & Aaron, comme l'Eter
» nel l'avoit prédit.
D. Comment en fut-il puni de nouveau ?
Exod. R. » L'Eternel dit à Moïſe & par ſon mi
V I I I.
I6, 17.
» niſtère à Aaron d'étendre ſa verge, d'en
, frapper la pouſſiere de la terre, qui devint
, des poux dont les hommes & les bêtes fu
», rent couverts dans tout le pays d'Egypte.
D. Les Magiciens en firent ils encore de même
par leurs enchantemens ?
Exod. R. ,, Ils le tentérent à la vérité ; mais ils ne
VII I.
I3 2 19. ,, le purent : ils tâchérent , mais en vain , de dé
,, truire les poux qui les déſoloient; enſorte qu'ils
,, reſtérent tant ſur les hommes que ſur les bê
s, tes. Alors les Magiciens dirent à Pharao ;
,, C'eſt ici le doigt de Dieu ; c. à d. ſi nous ne
pouvons produire des poux, comme Moïſe 83
Aaron viennent de le faire, ni chaſſer ceux qu'ils
ont produits; c'eſt qu'ils ſont ſoutenus par une
puiſſance divine, ſupérieure à la nôtre, dont mous
devons reconnoitre l'effet merveilleux , que mous
me ſaurions imiter.
D. Que
R1 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 28y
D. Que penſez-vous donc du pouvoir de ces
Magiciens d'Egypte qui par leurs enchantemens
firent la même choſe que Moïſe , dans les trois
premiers miracles opérés en préſence de Pharao,
& qui me purent faire le quatrieme mon plus
que les ſuivans ? Ce pouvoir leur venoit - il de
Dieu immédiatement , ou de quelque Eſprit ma
lin tel que le Diable , ou ſi ce fut leur propre
adreſſe qui leur fournit les moyens d'imiter les trois
premiers 85 qui fut en defaut ſur le quatrieme
85 les ſuivans ?
R. Cette queſtion a partagé de tout tems &
partage encore les Interprètes de l'Ecriture
Sainte : Chacune des alternatives propoſées a
eu ſes partiſans qui n'ont pas manqué d'ap
puyer leurs ſentimens de raiſons qu'il ſeroit
trop long de diſcuter : mais pour me borner à
quelque choſe de précis qui puiſſe vous ſatis
faire : Je remarquerai 1°. que dans toute cette
hiſtoire, il n'eſt point parlé du Diable ni d'au
cun mauvais Ange ; qu'il n'y a aucune né
ceſſité de le faire intervenir ici , comme l'au
teur de ce que firent les Magiciens par leurs
enchantemens ; ſi ce n'eſt pour s'oppoſer aux
deſſeins de Dieu ; & que ſi on lui attribue un
tel deſſein ou un tel pouvoir , il lui eut été
bien plus facile de le mettre en exécution en
détruiſant les ſerpens ou les grenouilles qu'Aa
ron avoit produits , ou en rendant aux eaux
leur couleur naturelle, qu'en lui donnant le
pouvoir de former ſubitement des corps auſſi
merveilleuſement organiſés que le ſont les ſer
pens & les grenouilles , ce qui l'auroit rendu
en quelque maniere égal à Dieu.
Je remarque 2°. que l'Ecriture n'inſinue dans
' au
288 L'A N c I E N T E s T A M E N T
cun endroit que les Magiciens ayent agi en
vertu d'un pouvoir ſpécial reçu de Dieu pour
cet effet, & qu'il repugne mème aux idées
que nous avons de la bonté, de la ſageſſe, de
la véracité, de la juſtice, de la ſainteté & de
la conduite toujours uniforme de l'Etre infini
ment parfait, d'avoir accordé à ces Magiciens
un pouvoir qui tendoit manifeſtement à dé
truire l'efficace de celui de Moïſe ; & que
Dieu avoit donné comme un ſigne qui devoit
convaincre les Iſraelites & les Egyptiens que
Dieu l'avoit envoyé pour la délivrance de ſon
peuple. -

L'on peut conclure de-là 3°. avec aſſez de


fondement que l'on doit attribuer ces préten
dus prodiges des Magiciens, à des tours d'adreſ
ſe qui leur étoient familiers, par leſquels il leur
fut facile d'en impoſer aux yeux du Roi &
de ſes Miniſtres déja prévenus en leur faveur
& tout diſpoſés à reconnoitre en eux un pou
voir ſemblable à celui de Moïſe.
D. Quelles ſont les principales raiſons qui ap2
puyent ce dernier ſentiment ?
R. Ce ſont les ſuivantes. 1°. Il eſt connu
que l'Egypte étoit renommée par l'habileté de
ſes Philoſophes ou de ſes Magiciens qui ſe pi
quoient de connoitre l'influence des aſtres, les
ſecrets de la nature & bien d'autres choſes
ignorées du vulgaire à qui l'on attribuoit un
pouvoir ſurnaturel, & dont la réputation étoit
ſi bien établie à cet égard, qu'on étoit tout
diſpoſé à recevoir, comme merveilleux, tout ce
qui venoit de leur part. -

2°. L'Ecriture ne diſant autre choſe d'eux,


ſi ce n'eſt qu'ils firent ainſi par leurs enchante
menf ,
M I s E N C A T E c H I s M E. 289
#iens, c'eſt à dire quelque choſe de ſemblable
à ce qu'avoit fait Aaron par ſa verge, inſinué
aſſez clairement que c'eſt uniquement à ces tours
d'adreſſe qui ne ſont que des preſtiges, qu'on
doit attribuer tout ce qu'ils firent.
3°. Il n'eſt pas mème difficile d'imaginer
comment ils ont pu par ce moyen faire paroi
tre leurs verges comme des ſerpens, ou ſubſti
tuer des ſerpens à leurs verges ; faire rougir
quelque eau ramaſſée en y mèlant ſubtilement
quelque teinture , & répandre ſur la terre une
certaine quantité de grenouilles , qui firent
bientôt crier au miracle ; quoiqu'il n'y eut
rien en tout cela qu'une grande adreſſe à cacher
leur jeu ; comme le font aujourd'hui les char
latans & joueurs de gobelets.
4°. Il y a tout lieu de croire , quoique l'E-
criture ne le diſe pas expreſſément, que les
Magiciens eurent au moins quelque peu de
tems pour ſe préparer à ces tours d'adreſſe :
Ils n'étoient pas préſens au premier miracle
de la verge changée en ſerpent ; il fallut les
appeler & on leur dit apparemment de quoi
il s'agiſſoit. Quand au changement de l'eau en
ſang, il ne put ſe faire par eux que ſur quel
que peu d'eau dont l'on avoit fait proviſion
dans les maiſons , avant que les fontaines pu
bliques euſſent été converties en ſang par Moï
ſe , ou que l'on avoit pu ramaſſer en creuſant
la terre. Pour les grenouilles, il fallut apparem
ment attendre, ou que celles qui avoient été
produites par la verge d'Aaron euſſènt été dé
truites pour s'en procurer de nouvelles ; ce
que Pharao n'auroit aſſurément pas demandé
ni permis , ou ſi les Magiciens imitérent ce mi
2Tome I. T racle
29o L'A N c I E N T E s T A M E N T
racle d'abord après que Moiſe eut fait le fien ,
il leur fut bien aiſé de faire croire à des eſprits
préoccupés , qu'une partie de ces mêmes gre
mouilles venoit d'eux. . -

5°. Ce qui prouve que leur pouvoir étoit


très borné & qu'on ne doit l'attribuer ni à
Dieu, ni au Diable ; c'eſt ce qu'ils diſent eux
mêmes au ſujet du quatrieme miracle de la
pouſſiere changée en poux, que c'étoit là le
doigt de Dieu : ſans doute parce qu'ils n'a-
voient pas trouvé la même facilité à exercer leur
art dans cette occaſion, qu'ils avoient eu précé
demment ; & ils durent le reconnoitre encore
mieux dans la ſuite, où il s'agit d'une infinité de
prodiges au deſſus de toute l'adreſſe humaine :
auſſi ne les entreprirent ils pas ; ils aimérent
mieux laiſſer aux Envoyés de Dieu , la gloire
d'avoir prouvé d'une maniere authentique leur
miſſion divine, que de ſe compromettre par des
efforts impuiſſants. -

Enfin , il faut bien remarquer, que quand


l'Ecriture dit, que les Magiciens firent ainſi
ou de même que Moiſe , cette expreſſion ne
ſauroit être entendue des miracles ou prodiges
parfaitement les mèmes que ceux de Moïſe ;
mais qu'il faut les expliquer d'une ſimple imita
tation fort inférieure à l'original. -

En voici la preuve : Leurs verges changées


en ſerpens furent englouties par celle de Moïſe :
Le miracle des eaux changées en ſang par les
Magiciens , ne put ſe faire tout au plus que
ſur une très petite quantité d'eau conſervée
dans les maiſons ou ramaſſée dans des creux,
& ne put produire le même effet que celles de
Moïſe qui firent mourir tout le poiſſon des fleu
VeS
IM I s EN C A T E C H I s M E. 29r
ves & des rivieres. Et les grenouilles qu'ils purent
faire voir, comme venants d'eux, qu'étoient-elles
en comparaiſon de la quantité prodigieuſe qui
en fut répandue par Moïſe ſur tout le pays
d'Egypte ?
D. Ce troiſieme fléau de la pouſſiere changée
en poux que les Magiciens ne purent miter, 83
oà ils reconnurent le doigt de Dieu, ne produiſit il
pas plus d'effet ſur le cœur de Pharao, que n'a-
voient fait les précédens ?
R. Non , au contraire , ce Roi moins ef
frayé de ce fléau qui ne dura peut être qu'un
jour, que de celui des grenouilles qui en avoit
duré pluſieurs, ne demanda pas mème à Moïſe
de prier Dieu qu'il retirât cette vermine, &
•, s'obſtina de plus en plus à refuſer ce que Exod.
JV I I I.
•, Moiſe & Aaron exigeoient de lui, par ordre de I9.
», l'Eternel. -

D. Qu'eſt-ce que Dieu lui fit encore dire par


ces mêmes ſerviteurs pour le contraindre à obéir ?
R. ,, L'Eternel lui fit réïterer le lendemain Fxcd.
» de bon matin par Moiſe, les mêmes ordres V I / I.
2O - 24.
» qu'il lui avoit déja donnés de laiſſer aller
» ſon peuple ; il profita pour cela des memes cir
,, conſtances , ſavoir, lorſqu'il iroit vers l'eau du
fleuve pour ſe laver , ou ſe purifier ſelon ſa cou
» tume & il lui fit dire que s'il ne le faiſoit pas,
» il enverroit le jour ſuivant ſur lui, ſur ſon
» peuple , & dans tout le pays & toutes les
» maiſons des Egyptiens, un mêlange d'inſectes
» (a), ou une ſorte de mouches qui les incom
T 2 ,, mo

(a) Un mêlange d'inſecfes. Le terme Hébreu Ha


rob qui eſt ici employé, ſe traduit ſort différemment
par les lnterprétes : Comme il ſe dérive d'un a†
qu
29z L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
, moderoit extrêmement par leur multitude
, innombrable, 83 il fit ajouter expreſſement à
,, cette menace, que le pays de Goſcen où de
» meuroit le peuple d'Iſrael qui étoit ſon peu
» ple particulier, en ſeroit exempt ; comme il
,, l'avoit déja été des aittres fléaux ; afin qu'on
» connut par-là que l'Eternel protégeoit ce peu
» ple d'une façon particuliere & qu'il étoit l'E-
» ternel qui domine ſur toute la terre : Mais
Pharao m'ayant pas eu plus d'égard à cette mou
velle ſommation qu'aux précédentes , la menace
qui lui avoit été faite eut ſon effet : ** Dès le len
» demain , le palais du Roi & les maiſons des
» gens de ſa Cour & de tous les Egyptiens ſe
» trouvérent tellement remplies de ces mouches,
» que tout le pays d'Egypte & tous ſes ha
» bitans, à la reſerve de ceux de Goſcen, en fu
,, rent déſolés.
D. Que fit alors Pharao ?
Exsd. R. » Pharao étourdi de ce nouveau coup, fit
V I I I. » appcler Moïſe & Aaron & leur dit ; Allez
s5 - 37.
» vous-en, je le veux bien ; ſacrifiez à vôtre
» D I E U , comme vous le deſirez , mais que ce
» ſoit dans ce pays-ci que vous habitez & ſans
» en ſortir comme vous le prétendez. Il n'eſt
» pas à propos, lui répondit Moïſe, de faire ain
» ſi ; car outre l'ordre poſitif de Dieu auquel
, nous ne pouvons contrevenir , ſi nous faiſions
», CC

qui ſignifie mêler , la plûpart entendent par-là un mé


lange d'inſečies , ou avec la vulgate , toutes ſortes de
mouches ; D'autres, fuivants la verfion Grecque des 7o.
veulent que ce ſoit une eſpèce de mouches qui s'at
tache particulierement aux chiens & les tourmente
extrémcmcnt.
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 293
» ce que tu nous permets , nous offririons à
, l'Eternel nôtre Dieu des ſacrifices que les
» Egyptiens regardent avec horreur ; & ſi nous
, faiſions en leur préſence des ſacrifices abomi
,, nabies à leurs yeux , ne nous lapideroient-ils
» pas ? Ne nous expoſerions - nous pas à toute leur
fureur * Au lieu donc de leur cauſer un tel ſcan
,, dale, nous marcherons trois jours pour aller
» au déſert & nous ſacrifierons- là à l'Eternel
» nôtre Dieu, comme il nous dira.
D. A quoi aboutit cette propoſition ?
R , Pharao craignant d'un côté que le peu- E. .
ple d' Iſrael, ſorti une fois de l'Egypte, m'y revint v III.
plus, 83 de l'autre, ſe voyant expoſé avec tout *** 3*.
ſon peuple aux cruelles incommodités que leur cau
ſoient ces mouches, * permit à Moïſe d'aller ſa
» crifier au déſert ; mais à condition qu'ils n'al
» laſſent pas loin, ou qu'ils revinſſent bientôt,
» & qu'ils adreſſaſſent encore leurs prieres à
» Dieu pour qu'il fut délivré de ce fléau : Sur
» quoi Moiſe lui promit qu'au ſortir de-là, il
» fléchiroit l'Eternel par ſes prieres pour qu'il
» fut délivré dès le lendemain du fléau qui le
» tourmentoit ; mais il l'exhorta en même tems
» à ne ſe moquer plus de Dieu , & à tenir ſa
,, parole plus exactement qu'il ne l'avoit fait
» précédemment. Moïſe le fit en effet, comme
,, il l'avoit promis, & ce fléau de mouches & d'in
» ſectes ceſſa, tellement qu'il n'en reſta pas une
,, ſeule , mais Pharao oubliant bien tôt cette in
,, ſigne faveur, endurcit encore ſon cœur, & ne
» laiſſà point aller le peuple, comme il l'avoit
» , PIOm1S.

T 3 CHA
294 1'AN c 1 E N T E s T A M E N T

C H A P I T R E XIX.

Contenant le recit de cinq autres fléaux


dont Dieu frappa Pharao & ſon peuple ,
à cauſe de ſon obſtination à ne vouloir
point laiſſer ſortir le peuple d'Iſraël de
ſon pays ; & la menace qui lui fut fai
te d'une dixieme & derniere playe.
D. U'eſt-ce que Dieu fit encore dénoncer
à Pharao, pour l'obliger à céder aux
inſtance réiterées qui lui étoient faites de ſa part
de laiſſer aller ſon peuple ?
r.oi 1x R. , Moïſe eut ordre de lui déclarer que s'il
I - 7. ,, refuſoit de nouveau de laiſſer aller le peuple
, Hébreu pour ſacrifier à L'E T E R N E L &
» qu'il s'obſtinat à les retenir ; L'E T E R N E L,
» le Dieu des Hébreux , qui les prenoit ſous ſa
» protection, feroit tomber une très grande mor
,, talité ſur le bétail de la campagne, tant ſur
,, les chevaux , que ſur les anes, les chameaux,
» les bœufs & les brebis, dont le bétail des
» Iſraelites ſeroit entierement exempt , & il lui
» aſſigna pour cela un terme fixe, en lui di
» ſant; Demain l'Eternel fera ceci dans le pays :
83 ce terme étant arrivé ſans que Pharao eut
,, rien changé à ſa réſolution ; dès le lendemain,
» tout le bétail des Egyptiens mourut ; mais .
» du bétail des Iſraélites, il ne mourut pas une
» ſeule bº ° ; & Pharao s'étant informé du fait,
» il en ſut p'einement convaincu : To# ,, 1OI1
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 295
» ſon cœur s'endurcit de plus en plus & il ne
,, laiſſa point aller le peuple. -

D. Quel autre fléau ſuivit de près celui-là ?


R. Ce fut celui des ulceres brulans qui ar
riva ainſi. * L'E T E R N E L dit à Moïſe & à Exod. IX.
8 I2•
-

, Aaron ; prenez vos mains pleines de cendres


,, de fournaiſe & que Moiſe les jette vers les
» Cicux en préſence de Pharao & elles ſe con
,, vertiront en une pouſſiere fine qui ſe répan
,, dra ſur tout le pays d'Egypte & elle y pro
,, duira des ulceres & des puſtules enflées, tant
, ſur les hommes que ſur les bètes de tout le
» pays ; excepté celui qu'habitoient les Iſraélites.
,, Ils le firent & l'effet s'en ſuivit auſſi tôt ; en
, ſorte que les Magiciens qui en furent atteints,
», comme tous les Egyptiens, ne purent tenir
,, devant Moiſe 85 furent obligés de ſe retirer,
,, à cauſe de leurs ulceres : Mais ce ſixieme
•, fléau ne fit qu'endurcir le cœur de Pharao :
», il n'eut pas plus d'égard pour cela à ce que
2, lui diſoient Moïſe & Aaron, ſelon que L'E-
2, T E R N E L en avoit parlé à Moiſe.
D. Quel fut le ſeptieme fléau dont Dieu fit en
core menacer Pharao ?
· R. Ce fut une grèle horrible que L'E T E R
N E L fit annoncer par Moiſe de la façon la
plus preſſante & la plus effrayante. * Léve toi, Exod. IX.
,, dit L'ET E R N E L à Moïſe, de bon matin, & 13 16.
-

,, te préſente devant Pharao & di - lui ; Ainſi


», a dit L'ET E R N E L , le Dieu des Hébreux :
», Laiſſe aller mon peuple afin qu'il me ſerve ;
», car à cette fois ſi tu perſiſtes à le retenir , je
» , m'en vai faire venir toutes mes playes dans
•, ton cœur ; Je vai répandre la terreur 83
4'effroi dans ton ame par tous les fleaux dont je
T 4 vai
296 L'A N c I E N T E s T A M E N T
vai te frapper coup ſur coup auſſi bien que tes -
,, ſerviteurs & ton peuple ; afin que tu ſaches
,, qu'il n'y a nul Etre ſemblable à moi en tou
., te la terre. Sache donc maintenant , que
,, quand j'ai étendu ma main ſur toi , ſi je
,, t'euſſe d'abord frappé de peſte $ de mortalité ,
,, toi & ton peuple, comme je le pouvois, tu
,, cuiſes été effacé de la terre : Il n'a tenu qu'à
moi de te fuire périr avec tous tes ſujets par une
contagion peſiilentielle 83 tu l'aurois bien mérité :
,, Mais maintenant , je t'ai laiſſé ſubſiſter, ou
,, t'ai conſervé la vie, uniquement afin de ma
,, nifeſter en toi ma puiſſance , dans les fléaux
redoubles dont je te frapperai ſi tu perſevéres dans
,, ton endurciſſement, & afin que mon nom ,
,, ou ma gloire 85 mes perfections, ſoient re
,, connues & célébrées par toute la terre : Car
s, ſi tu t'éléves encore contre mon peuple pour
,, ne le point laiſſer aller ; Voici je m'en vai
2, faire tomber, dès demain à cette même heure,
», une grèle ſi groſſe qu'il n'y en a jamais eu
», de ſemblable en Egypte, depuis le jour qu'el
,, le a été fondée juſques à préſent ; Envoye
,, donc au plutôt raſſembler & retirer ton bé
s, tail & tout ce que tu as à la campagne :
», car la grèle tombera ſur tous les hommes &
», ſur le bétail de la campagne qu'on n'aura
», pas renfermés & ils mouront. Enſuite de cet
,, avertiſſement ceux d'entre les ſerviteurs de
», Pharao qui craignirent la menace de L'E-
,, T E R N E L, firent promptement retirer dans
», leurs maiſons leurs eſclaves & leurs beſtiaux ;
, mais ceux qui mépriſérent l'avertiſſement de
» L'ET E R N E L , laiſſérent à la campagne leurs
» ſerviteurs & leurs bêtes. Le matin du jour
ſºi
|
MI s EN C A T E c H I s M E. 297
ſuivant étant venu ſans que Pharao eut donné
aucun ſigne de ſoumillion aux ordres de Dieu ,
» L'E T E R N E L dit a Mo1ſe, Etends ta main &
» ta verge vers les Cieux , il le fit & auiſi tôt
» L'ET E R N E L envoya des tonnerres & de la
» grèle , & le feu des éclairs brilloit de toutes
» parts : Enſuite L'E T E R N E L fit pleuvoir de
» la grèle ſur toute l'Egypte, & la grèle entre
» mêlée d'eclairs étoit ſi groſſe qu'on n'en avoit
,, jamais vû de pareille dans toute l'Egypte de
» puis qu'elle étoit habitée : Elle cauſa un dé
» gat général dans tout le pays, juſques à tuer
» les hommes & les bêtes qui ſe trouvérent
, dans les champs : Elle briſa auſſi toutes
, les plantes & tous les arbres de la campa
, gne : Il n'y eut que la contrée de Goſcen
» où étoient les Enfans d'Iſrael, qui n'en fut
,, point frappée.
D. Quel effet produiſit ce ſeptieme fléau ſur
l'eſprit de Pharao ?
R. D'abord " il envoya appeler Moiſe & Exod. IX.
, Aaron & leur dit ; J'ai péché cette fois ; 27 - 35 .
,, je recommois à préſent que L'E T E R N E L eſt
» juſte & que moi & mon peuple ſommes cou
» pables, ou que nous méritons ces châtimems pour
,, avoir été ſourds à ſa voix : Fléchiſſez donc
, par vos prieres la colère de L'E T E R N E L ;
,, je ſouffre déja aſſez ; que D I E U donc ne faſ
,, ſe plus tonner & grêler , & je vous laiſſerai
» aller & l'on ne vous retiendra plus : Et Moi
» ſe lui répondit ; Auſſi-tôt que je ſerai ſorti
» de la ville, ce que je peux faire en toute aſ
ſitrance ſans craindre, comme toi, le tonnerre mi
,, la grêle ; j'étendrai mes mains vers L'E-
» T E R NE L ; les tonnerres ceſſeront & il n'y
T 5 2 , all fit
293 L'A N c I E N T E s T A M E N r
» aura plus de grèle ; afin que tu ſaches, att
,, moins, que la terre eſt à L'E T E R N E L &
,, qu'il en diſpoſe à ſa volonté : Mais quant à
,, toi & à tes ſerviteurs, je ſai que vous n'en
» ſerez pas plus diſpoſés à craindre L'E T E R
» N E L D I E U. Ce fut ce qui arriva en effet :
» Moïſe ſortit de la ville, il leva les mains à
» l'Eternel pour le prier d'arrêter ce fléau , les
,, tonnerres ceſſérent, la grèle & la pluye ne
» tombérent plus ſur la terre ; mais Pharao
» n'en fut pas plutôt délivré , qu'il continua
» à pécher auſſi bien que ſes ſerviteurs , en
» s'obſtinant à ne point laiſſer partir les enfans
» d'Iſraél, comme L'ET E R N E L en avoit par
» lé par le miniſtère de Moïſe. Et ce qui le
porta peut-être à s'affermir dans cette étrange 83
,, criminelle réſolution , ce fut que le lin & l'or
s, ge avoient bien été frappés de la grêle ; par
» ce que l'orge étoit en épis & le lin en tu
» yau ; mais le blé & l'épautre ne furent point
: » endommagés , parce qu'ils étoient encore ca
' » chés en terre & qu'ils n'avoient pas pouſſé.
D. De quel nouveau fléau fut encore menacé
83 puni Pharao pour avoir endurci ſon caur
juſqu à ce point ?
R. Ce fut le fléau des ſauterelles qui fut
précedé, comme les autres, d'un ordre de Dieu
à Moiſe , de parler à Pharao en ſon nom, &
d'une déclaration expreſſe que fit Moïſe à Pha
rao des maux que lui & ſon peuple auroient .
encore à ſouffrir, tant qu'il continueroit à vou
loir retenir le peuple d'Iſraël dans ſon pays :
mais cet ordre de Dieu & cette déclaration
de Moiſe eurent encore quelque choſe de par
ticulier, qu'il eſt à propos de rapporter en #
tall«
iM I s E N C A T E c H I s M E. 295
tail. * Va , dit derechef L'E T E R N E L à Exod. x
,, Moïſe , va trouver Pharao & lui annonce ****
bien clairement de ma part, le fiéau dont je vai
le frapper lui 85 ſon peuple à cauſe de ſon obſ
,, tination ; car j'ai permis que ſon cœur & ce
, lui de ſes Miniſtres ſe ſoient endurcis, afin de
» faire éclater d'avantage les prodiges que j'ai
» faits au milieu d'eux ; afin auſſi que tu ra
» contes en détail à tes enfans & petits enfans ,
» toutes les merveilles que j'aurai faites en
» Egypte & tous les fléaux dont je les aurai
» frappés & que vous reconnoiſſiez en cela que
» je ſuis L'E T E R N E L. Moïſe & Aaron vin
» rent donc vers Pharao & lui dirent ; Voici
» ce que dit L'E T E R N E L , le D I E U des
» Hébreux ; Juſques à quand refuſeras - tu de
» t'humilier devant ma face , 83 de te ſou
,, mettre à mes ordres ? Laiſſe enfin aller mon
» peuple au déſert , afin qu'il me ſerve ; Car
» ſi tu t'obſtines à le retenir, je m'en vai fai
» re venir demain dans ton pays des ſaute
» relles en ſi grande abondance qu'elles couvri
» ront la terre de telle maniere qu'on ne pour
,, ra la voir , & elles brouteront tout ce qui
» aura échapé à la grêle & tous les arbres de
» la campagne : Elles ſe répandront dans tes
,, maiſons , & dans celles de tous tes Miniſtres
» & de tous les Egyptiens : enſorte que ni toi
,, ni tes peres, ni aucun de tes Ancêtres n'au
» rez jamais rien vû de ſemblable , depuis le
», jour qu'ils ont été ſur la terre juſqu'à aujour
s, d'hui. Ce qu'ayant dit , Moïſe ſe retira ſur
» le champ ſans attendre la réponſe du Roi.
D. Quel effet produiſirent ces nouvelles mema
Cºſ
3oo L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
ces tant ſur le Roi que ſur les Miniſtres qui les
ouirent ? -

Exod. X. R. ,, Les Miniſtres de Pharao lui dirent alors :


7 - II. ,, Juſques à quand cet homme ſera-t-il pour
,, nous un piege, une pierre d'achoppement , ou
une occaſion de ruine 83 de perdition ? Juſques à
quand attirera-t-il ſur nous , tous les jours, de
7iouvelles calamités º * Permets leur de s'en al
,, ler ſervir L'E T E R N E L leur D I E U , plutôt
que de nous attirer de nouveaux malheurs ? At
,, tendrois - tu d'apprendre avant cela que l'E-
,, gypte eſt entierement perdue ? Alors on fit
,, revenir Moïſe & Aaron vers Pharao qui leur
,, dit ; Allez, j'y conſens ; Servez L'E T E R N E L
,, vôtre D I E U , comme vous le déſirez ; mais
,, dites moi , qui ſont ceux qui feront ce voya
» ge ? Nous partirons , répondit Moïſe, avec
,, nos petits enfans & nos vieillards , avec nos
,, fils & nos filles, avec nôtre menu & gros
,, bétail ; car nous avons à célébrer une fète
,, ſolemnelle à L'ET E R N E L , où nous devons
,, tous aſſiſter : Sur cela Pharao leur dit : Auſſi
,, ſincérement que je prie L'E T E R N E L d'être
,, avec vous, auſſi vrai eſt-il que je laiſſerai
,, aller vos petits enfans : Je n'en ferai certai
,, nement rien 83 prenez-garde qu'il ne vous
,, en prenne mal , ſi vous voulez le faire contre
,, mon gré : La choſe ne ſe fera donc pas de
,, la maniere que vous le dites : mais pour vous,
,, Hommes forts , allez , je vous le permets,
,, rendez vôtre culte à l'Eternel ; car c'eſt ce
,, que vous demandez : Et on chaſſa Moiſe 85
» Aaron de devant Pharao, pour me pas l'irri
ter d'avantage.
D. Quelles furent les ſuites de ce renvoi ?
R. , L'F-
M 1 s E N C A T E c H I s M E. 3or
R. ,, L'ET E R N E L dit alors à Moïſe ; Etends Exod. x.
,, ta main ſur le pays d'Egypte; fais uſage du 12-15
pouvoir que je t'ai remis pour le punir , & pour
, faire venir des ſauterelles, afin qu'elles ſe ré
,, pandent ſur le pays & qu'elles broutent tou
,, te l'herbe de la terre & tout ce que la grêle
,, a laiſſé de reſte. Moïſe étendit donc par or
,, dre de D I E U ſa verge ſur le pays d'Egyp
,, te, & L'E T E R N E L fit lever ſur la terre
,, un vent d'Orient très véhément qui ſouffla
,, tout ce jour-là & toute la nuit, & le len
,, demain matin , ce vent amena les ſauterelles
,, qui vinrent fondre ſur tout le pays d'Egyp
,, te, & qui s'arrêtérent ſur toutes les con
, trées qui en dépendoient, en ſi grande quan
,, tité 85 ſi voraces que ni auparavant, ni de
,, puis lors , l'on n'a jamais rien vu de ſem
,, blable : Elles couvrirent toute la ſurface de
,, la terre & elles déſolérent toute l'herbe des
,, champs & tout le fruit des arbres qui avoit
,, échapé à la grêle : & il ne demeura aucune
,, verdure aux arbres , ni aux plantes de la
•, campagne dans tout le pays d'Egypte.
D. Que fit alors Pharao ?
R. , Pharao fit appeler en toute diligence Exod. X.
, Moïſe & Aaron & leur dit ; J'ai péché con- 16 - 2o.
,, tre L'E T E R N E L vôtre D I E U & contre
,, vous, en refuſant de faire ce que vous m'or
donniez de ſa part, 85 vous faiſant ſortir de
,, devant moi : mais, je vous prie, pardonnez
,, moi ma faute encore cette fois, & fléchiſſez
» L'E T E R N E L vôtre D I E U par vos prieres ,
,, pour qu'il retire de moi ſeulement ce fléau
•, mortel : Moïſe ſortit donc de devant Pharao,
, & âéchit par ſes prieres L'ETE RN E L ,
-

92 {:
3o2 L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, fit lever à l'oppoſite un vent très fort de
,, l'Occident, lequel enleva les ſauterelles & les
» précipita dans la mer rouge , enſorte qu'il
,, n'en reſta pas une ſeule dans tout le pays
,, d'Egypte ; mais L'ET E R N E L permit enco
,, re que le cœur de Pharao s'endurcit , &
» s'obſtinât à ne vouloir point laiſſer partir les
,, enfans d'Iſraël.
D. De quelle maniere Dieu punit il ce dernier
endurciſſement ?
R. Il le punit par un neuviéme fléau qui fut
Exod. X. celui des ténèbres, pour lequel * l'Eternel dit
2 I - 23« ,, encore à Moïſe d'étendre ſa main vers les
,, Cieux, afin qu'il y eut des ténèbres ſi épaiſ
,, ſes ſur tout le pays d'Egypte, qu'on put, pour
,, ainſi dire, les toucher de la main. C'eſt ce que
,, fit Moïſe, & il y eut des ténèbres des plus
,, obſcures ſur tout le pays d'Egypte, celui de
,, Goſcen excepté, pendant trois jours ; de ſor
», te qu'on ne ſe voyoit pas l'un l'autre , &
,, nul n'oſa ſortir de la maiſon où il étoit pen
,, dant ces trois jours ; tant étoit grande l'hor
reur ſecrete dont tout le monde étoit ſaiſi, 85 la
crainte de s'expoſer à de plus grands muux : mais
,, il y eut de la lumiere, comme à l'ordinaire,
,, pour les enfans d'Iſrael dans le lieu de leur
», demeure. -

D. Quelle réſolution prit ſur cela Pharao ?


Exod. X. R. ,, Il fit venir Mouſe & lui dit ; Allez,
B4 - 29. ,, ſervez L'ET E R N E L, vous & vos petits en
, fans avec vous : Que ſeulement vôtre gros
,, & menu bétail demeure dans le pays : Mais
,, Moïſe répondit ; Tu nous laiſſeras auſſi em
,, mener les bètes dont nous avons beſoin pour
» les ſacrifices & les holocauſtes que nous vou
» lons
M I s E N C A T E c H I s M E. 3o3 ,
,, lons offrir à L'ET E R N E L nôtre D I E U ;
,, & pour cela nos troupeaux viendront avec
,, nous, ſans qu'il en reſte un ongle ; car il
,, nous en faut pour rendre à L'E T E R N E L
,, nôtre D I E U le culte que nous lui devons,
,, & nous ne ſavons ni les piéces, ni la quanti
,, té que nous devons en offrir à l'Eternel juſ
,, qu'à ce que Dieu mous en inſiruiſe , lorſque
,, nous ſerons parvenus en ce lieu - là : Mais
•, l'Eternel permit encore que le cœur de Pha
2, rao s'endurcit, & qu'il s'obſtinât à ne vouloir
», point les laiſſer partir avec leur bétail Pharao
s, dit de plus à Moïſe : Va - t - en, éloigne - toi
,, de moi ; & donne-toi garde de paroitre ja
,, mais plus devant moi ; car au jour que tu
,, y paroitras, je te ferai mourir, & Moiſe ré
», pondit : Tu ſeras obéi , & je te promets de
,, ne plus me préſenter devant toi , à moins
que tu me me faſſes demander.
D. Eſt ce donc que Moïſe me dit plus rien à
Pharao que ce qui vient d'être rapporté ?
· R. Il paroit par ce qui ſuit, que Moïſe avant de
quitter Pharao, lui dénonça encore le dernier fléau
dont Dieu devoit le viſiter, ſavoir, la mort de
tous les premiers nés, qui devoit être ſuivie du
départ des Iſraelites , & qu'en conſéquence,
Dieu leur avoit ordonné par la bouche même
de Moïſe, d'emprunter avant cela tout autant
de vaiſſeaux d'or ou d'argent qu'ils pourroient
avoir de leurs voiſins les Egyptiens : C'eſt ce
que nous fait entendre l'auteur Sacré, quand il
ajoute : ** Or L'E T E R N E L avoit dit à Moi Exod. XI.
», ſe, avant qu'il parut pour la derniere fois de. I - 9.
vant Pharao à l'occaſion des ténèbres ; " qu'il
, feroit venir encore un fléau ſur rº# »» 1llIſ
3o4 L'A N e 1 E N T E s T A M E N f
,, ſur l'Egypte , après lequel ce Roi les laiſſe
,, roit tous partir avec leur bétail & les obli
,, geroit mème de le faire à grand'hâte; mais
,, qu'avant cela Moiſe devoit parler au peuple
& lui dire de demander chacun à ſon voi
,, ſin & chacune à ſa voiſine des vaiſſeaux d'or
,, & d'argent , qu'il leur fit eſpérer d'obtenir
,, avec facilité, parce que l'Eternel avoit conci
,, lié au peuple d'Iſarël l'amitié & la faveur
!
,, des Egyptiens & que Moiſe mème , quoique
l'organe des fléaux qui les avoit affligés paſſoit
s, pour un homme très puiſſant au pays d'Egyp
e, te , tant parmi les Miniſtres de Pharao que
e, parmi le peuple. Cela fit que Moiſe dit enco
e, re à Pharao avant de le quitter : Ainſi a dit
» L'ET E R N E L : Environ la minuit de la nuit
2, prochaine, je paſſerai, ou mon Ange au tra
c, vers de l'Egypte & tout premier né mourra
,, au pays d'Egypte , depuis le premier né de
», Pharao qui devoit lui ſucceder , juſques au
,, premier né du plus vil eſclave & mème tout
e, premier né des bètes : Et il y aura un ſi
e, grand cri dans tout le pays d'Egypte, qu'il
», n'y en a jamais eu & n'y en aura jamais de
» ſemblable ; pendant que chez les enfans d'Iſ
•, rael , il y aura une ſi profonde tranquillité
,, tant chez les hommes que chez les bètes,
», que l'on n'entendra pas même un chien
,, aboyer ; afin que vous ſachiez la différence
,, que D I E U met entre les Egyptiens & les
s, Iſraelites. De plus tous tes Miniſtres vien
,, dront vers moi & me ſupplieront inſtamment
,, de ſortir du pays avec le peuple qui eſt com
,, mis à mes ſoins ; & ce ſera alors que je
,, ſortirai ſans retard : Après que Moïſe eut
22 dé
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 3o5
,, déclaré tout cela à Pharao, il le quitta dans
,, une très grande colère de ſon obſtination
qui lui attiroit 85 à tout ſon peuple de ſi grands
,, maux. Car L'E T E R N E L avoit dit à Moïſe
» que Pharao ne les écouteroit point & que
,, cela ſeroit cauſe que Dieu multiplieroit ſes
» miracles & ſes fléaux au pays d'Egypte. Or
» Moïſe & Aaron firent tous ces miracles de
,, vant Pharao ; mais Dieu permit encore que le
cœur du Roi fut ſi fort endurci qu'il l'affèrmit de
plus en plus dans le refus d'obéir à ſes ordres,-
,, tellement qu'il ne laiſſà point aller les enfans
» d'Iſrael hors de ſon pays.
©

C H A P I T R E X X.

Où il eſt parlé de l'inſtitution de la Pâ


que, dite la Fête des pains ſans levain,
au premier mois de l'année ſacrée ; & du
dixieme & dernier fléau dont Dieu frappa
l'Egypte, qui fut ſuivi de la ſortie des
Enfans d'Iſraël hors d'Egypte.
D. Ue ſe paſſa-t il chez les Iſraëlites après
que Moiſe ?# Aaron eurent quitté Pha
7'aO , avant que Dieu le frappat du dernier
fléau dont il avoit eté menacé, ê# qui devoit être ſui
vi de la ſortie du peuple d'lſraèl hors d' Fgypte ?
R. Dieu voulant que cette ſortie fut célé
brée dans toute la ſuite des ſiécles par la Na
tion Juive, en mémoire des faveurs ſignalées
qu'elle avoit reçuës de Dieu dans cette occaſion,
Tome I. U inſti
3o6 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
inſtitua pour cet effet une fète ſolemnelle, dont
il ordonna la préparation & les cérémonies
qu'on y devoit obſerver avec beaucoup de ſoins
ce jour-là mème, le dixieme du mois Abib (a),
qui fut à cauſe de cela déclaré le premier ,
ou le plus ſolemnel des mois de l'année, au
moins pour les choſes ſacrées & l'obſervation
des fètes.
D. Quelle fut donc l'inſtitution de cette fête ;
83 qu'eſt-ce que Dieu y exigeoit de ceux qui de
voient la célebrer ?
R. Voici tout au long ce que nous en ap
Exod. prend Moïſe lui - mème : " L'Eternel , dit. il,
X I I. , avoit parlé à Moïſe & à Aaron, pendant
M - I I.
,, qu'ils étoient au pays d'Egypte & leur avoit
,, dit : Ce mois - ci, nommé Abib, dans lequel je
vai délivrer mon peuple de la ſervitude d'Égyp
,, te, ſera pour vous le commencement des
,, mois ; il § pour vous le premier des mois
,, de l'année ſacrée : Il va devenir pour vous 85
pour tout le peuple, le mois le plus célébre de l'an
mée, 83 il mérite par-là d'être mis à la tête de
tous les autres. * Ordonnez donc de ma part à
» toute l'Aſſemblée du peuple d'Iſraël , pour le
32 CC

( a ) Abib. Ce mot Hébreu ſignifie proprennent un


èpi ou la tige a'un épi ; & on l'avoit donné à ce
mois qui répond en partie à nôtre mois de Mars &
en partie à celui d'Avril ; parce que c'étoit dans ce
tems-là que le froment commençoit à épier C'eſt le
même mois qu'on appela auſſi dans la ſuite Niſan ,
mot Chaldéen qui déſigne proprement le tems où l'on
entroit en campagne pour la guerre , & où l'on dé
ployoit les étendarts & les bannieres que l'on appc
loit Niſſim.
fi I s EN C A T E c H 1 s M E. 3C7
», célébrer comme il convient, qu'au dixieme jour
,, de ce mois, chacun des chefs ou des peres de
,, famille , prenne un agneau, ou un chevreau
,, par famille : mais ſi la famille raſſemblee ne
,, ſe trouvoit pas aſſez nombreuſe pour man
,, ger un agneau , ou un chevreau entier dans
un jour , ou dans le tems deſtiné à cela, qu'il
,, s'aſſocie de la m iſon voiſine autant de per
,, ſonnes qu'il faudra pour manger tous enſem
,, ble cet agneau , ou ce chevreau , qui devra
,, être un mâle ſans defaut & né dans l'an
» née : Vous le garderez , ſeparé du reſte du
,, troupeau , juſques au quatorziéme jour de
», ce mois , & ce jour - là tous ceux qui compo
,, ſent l'Aſſemblée du peuple d'Iſrael devront
» égorger chacun le ſien entre les deux vèpres :
c. à d. pendant cette partie du jour qui s'é-
coule depuis les trois heures après midi, juſques
au coucher du ſoleil. * Cela fait, ils prendront
» de ſon ſang & en arroſeront les deux mon
,, tans ou jambages & la partie ſupérieure, ou
», le linteau de la porte des maiſons où ils de
,, vront le manger : Et cette mème nuit , ils
,, en mangeront la chair rotie au feu avec des
2, pains ſans levain & des herbes ameres. Vous
», n'en mangerez rien à demi cuit, ni qui ait
» été bouilli dans l'eau ; mais qu'il ſoit roti au
» feu , avec ſa tète , ſes pieds, & ſes entrail
,, les, après l'avoir écorché @ en avoir lavé les
,, inteſiins. Vous n'en laiſſerez rien de reſte à
» manger juſqu'au matin, ou s'il en reſte quel
» que choſe que vous me puiſſiez manger , vous
,, le brulerez au feu : Enfin vous obſerverez
,, de le manger ayant les reins ceints, vos ſou
,, liers, ou ſandales à vos pieds & vôtre bâton
U 2 Ȉ
3o8 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» à la main , en équipage de gens prêts à partir
» pour quelque voyage, & vous le mangerez à
», la hâte : C'eſt là la maniere dont vous devez
,, célebrer la Pâque de L'E T E R N E L.
D. Quelle raiſon Dieu donne-t-il lui-même de
cette inſtitution ?
Exod.
XI I.
R. Il la donne quand il ajoute : ** Car je
I2 - I4.
,, paſſerai , ou mon Ange, cette nuit - là, par le
» pays d'Egypte & je frapperai de mort tous
,, les premiers nés depuis les hommes juſqu'aux
,, bètes & je déployerai mes jugemens ſur tous
» les Dieux de l'Egypte ; J'en renverſerai tou
,, tes les idoles , moi qui ſuis L'E T E R N E L
,, & le ſeul D I E U qu'il y ait au monde. Et le
» ſang dont vous aurez arroſé les portes de
» vos maiſons, ſera la marque qui vous aſſure
ra l'exemption du fléau qui va tomber ſur les
,, Egyptiens : car je verrai le ſang dont vous
,, aurez arroſé l'entrée de vos maiſons, & je paſ
,, ſerai outre, ſans toucher à aucun de ceux qui
» y ſeront aſſemblés : Ainſi il n'y aura parmi
», vous aucune playe mortelle, quand je frap
», perai le pays d'Egypte. Et ce jour-là vous 4

,, ſera un mémorial, que vous célébrerez com


,, me une fète ſolemnelle à L'ET E R N E L, qui
,, doit être obſervée par ordre de Dieu perpé
,, tuellement & dans tous les âges, autant que
ſubſiſtera vôtre Nation. -

D. Quels ordres Dieu donna t-il encore pour


la célebration de cette Fête ?
Exod. R. Ce ſont les ſuivans : * Vous mangerez
X I I.
I5 - 29,
,, pendant ſept jours des pains ſans levain ; &
» dès le premier jour de la fête, vous ôterez le
» levain de vos maiſons ; car quiconque man
» gera du pain levé, depuis le premier †
22 Ju1
M I s E N C A T E c H I s M E. 3c3
» juſques au ſeptieme, cette perſonne ſera re
,, tranchée d'Iſrael : elle ſera punie exemplai
rement , 83 chaſſée comme rebelle aux ordres de
Dieu du milieu de ſon peuple, ſans qu'elle puiſſe
,, plus être ſoufferte dans leurs aſſemblées. Au pre
» mier jour & au ſeptieme, il y aura une
s, ſainte convocation : Ce ſeront des jours ſaints
85 ſolemnels deſtinés à ſervir Dieu en public :
,, il ne ſe fera aucune œuvre ſervile en ces
' ,, jours-là , mon plus qu'aux jours de ſabbat :
,, ſeulement ſera-t-il permis d'apprèter à man
,, ger pour chaque perſonne. Vous obſerverez
,, donc ſoigneuſement cette fète des pains ſans
,, levain ; parce qu'en ce même jour-là , j'au
,, rai retiré toute l'armée de vôtre peuple du
,, pays d'Egypte, & vous obſerverez ce jour-là
» d'âge en âge, comme une ordonnance perpé
» tuelle. Depuis le quatorzieme jour du pre
,, mier mois ſur le ſoir , juſques au ſoir du
,, vingt & unieme jour du même mois, vous man
,, gerez des pains ſans levain : Pendant ces
,, ſept jours , il ne ſe trouvera point de le
,, vain dans vos maiſons. Quiconque mangera
» du pain levé, ſoit qu'il ſoit né au pays, ou
» qu'il habite parmi vous, comme étranger, ſera
,, retranché de l'Aſſemblée d'Iſrael 83 chaſſé de
vôtre ſociété, comme indigne d'avoir aucune part
aux faveurs de Dieu. " Vous ne mangerez donc
,, point de pain levé ; mais en quelque lieu
» que vous demeuriez vous mangerez des pains
-, ſans levain , pendant ces jours là.
D. Que fit enſuite Moiſe pour faire obſerver
cet ordre qu'il avoit reçu de Dieu ? |

R. Moiſe après avoir donné les ordres né


ceſſaires pour la préparation de l'agneau dès
- - 3 le
A* +
3ro L'A N c I E N T E s T A M E N T
le dixieme jour du mois Abib , comme Dieu le
| Exod. lui avoit commandé, " aſſembla tous les Anciens
X I I.
,, d'Iſrael, ou les Chefs de chaque Tribu , &
2 I - 28.
,, leur dit ; Allez prendre l'agneau qui a été
,, préparé dans chaque famille, & égorgez - le
,, pour célébrer la Pâque : Puis vous prendrez
,, un bouquet d'hyſſope & le tremperez dans
» le ſang de cet agneau , que vous aurez ra
,, maſſe dans un baſſin , & vous arroſerez de
,, ce ſang le linteau & les deux jambages de la ·
,, porte de vôtre maiſon , & nul de vous ne
,, ſortira de la porte de ſa maiſon juſqu'au ma
,, tin , ou à la pointe du jour ; car l'Eternel ,
,, ou ſon Ange paſſera pour frapper l'Egypte ;
,, & quand il verra le ſang ſur le linteau &
» les deux montans de vos portes , il paſſera
,, outre & ne permettra point que le deſtruc
;, teur , ou la mort , entre dans vos maiſons
,, pour vous frapper. Vous obſerverez ceci com
5, me une ordonnance perpétuelle pour vous &
s, vos enfans , dans toute la ſuite de vos géné
s, rutions. Quand donc vous ſerez entrés au
,, pays que l'Eternel vous donnera ſelon ſa
,, promeſſe , vous obſerverez ces cérémonies ; &
,, quand vos enfans vous demanderont , que
,, veut dire cette cérémonie religieuſe ? Alors
;, vous répondrez ; C'eſt le ſacrifice de la Pâ
,, que, ou du paſſage, que l'on célébre en mé
,, moire, ou à l'honneur de l'Eternel qui paſſà
;, en Egypte, par deſſus les maiſons des en
,, fans d'Iſraél, quand il frappa l'Egypte, &
,, qu'il préſerva nos maiſons. Alors le peuple
di qui les dnciens avoient fait rapport des paro
;, les de Moïſe , s'inclina & ſe proſterma juſ
;, qu'à terre, pour marquer ſa ſoumiſſion & ſt
- - - . 2, j'č-
M 1s E N C A T E c H I s M E. 3Ir
,, reconnoiſſance : Après quoi les Enfans d'Iſraél
•, s'en allérent & firent tout comme l'Eternel
», l'avoit commandé à Moïſe & à Aaron , c. à. d.
», qu'ils égorgérent un agneau dans chaqtte fa
mille 83 qu'ils arroſérent de ſon ſang les portes
d'entrée de leurs maiſons.
D. Comment fut enſuite exécutée la déclara
tion que Dieu avoit faite, qu'il frapperoit tous les
premiers més d'Egypte ? -

R. ,, Dès la nuit ſuivante, il arriva qu'à Exod.


,, minuit l'Eternel frappa de mort , d'une ma # 14
miere ſoudaine & toute miraculeuſe, tous les pre ***
,, miers nés du pays d'Egypte, depuis celui de
,, Pharao qui devoit lui ſucceder & monter ſur
,, ſon trône, juſqu'aux premiers nés des eſcla
», ves & des priſonniers , & à tous les premiers
,, nés des bêtes. Et Pharao ſe leva de nuit,
,, lui & toute ſa maiſon & tous les Egyptiens ,
», & il y eut un grand cri de lamentation par
,, toute l'Egypte ; parce qu'il n'y avoit point
» de maiſon , où il n'y eut un mort.
D. Quelles en furent les ſuites pour le peuple
d'Iſraël ? -

R. ,, Le Roi fit appeler Moïſe & Aaron de Exod.


» nuit & leur dit : Sortez inceſſamment du mi- X1 !
,, lieu de mon peuple , tant vous que les En- 3I - 36.
,, fans d'Iſrael, & vous en allez pour ſacrifier
, à l'Eternel, comme vous en avez parlé. Pre
», nez auſſi avec vous , vôtre gros & menu
,, bétail , comme vous l'avez déſiré, & partez
,, tout à l'heure ; mais auſſi priez Dieu pour
,, moi. Les Egyptiens firent de leur côté tou
,, tes les inſtances imaginables pour les faire
» ſortir du pays ſans délai , par la crainte où
, ils étoient de périr tous. Le peuple donc
4 ,, prit
312 L'A N c I E N TEsTAM EN r
, prit ſa pâte avant qu'elle fut levée, ott ſa
,, farine avant qu'elle fut paitrie , envelopée de
» linges liés avec leurs vêtemens ſur leurs épau
,, les. De plus les Enfans d'Iſrael avoient de
, mandé aux Egyptiens , comme Moïſe le leur
,, avoit dit , des uſtenciles d'argent & d'or &
» des vètemens, pour leur voyage, & l'Eternel
,, leur avoit procuré un favorable accès auprès
» des Egyptiens qui les leur avoient prêtés ;
,, de ſorte qu'ils ſortirent du pays chargés des
, dépouilles des Egyptiens.
D. Mais un tel emprunt autoriſé de Moïſe , 83
ſelon lui, de Dieu même, 85 qui me fut jamais
reſtitué , ne peut il point paſſer pour un enléve
ment formel qui approche fort du vol ? 83 ſi
cela ert, comment peut on juſtifier la conduite des
Iſraelites à cet égard ?
R. C'eſt là une objection que diverſes per
ſonnes ont faite & que les Incrédules font en
core contre la Sainteté de la Révélation , ou
la miſſion divine de Moïſe : mais il ſera aiſé
de la reſoudre, ſi l'on fait attention aux ré
flexions ſuivantes. 1°. Qu'il n'eſt pas dit que
les Iſraelites empruntérent ces uſtenciles & ces
· vêtemens des Egyptiens ; mais ſeulement qu'ils
• les demandérent ou qu'ils priérent les Egyp
tiens de les leur donner , ou de leur permet
tre de s'en ſervir , comme de parure & d'or
mement dans la célébration de leur fète, &
que ceux-ci les leur accordérent avec tant de
plaiſir & de liberalité, qu'ils s'en dépouillérent
eux-mèmes ſans avoir jamais penſé à les rede
mander : Et ce qui ſemble fortifier cette ex
plication ; c'eſt que dans les regrets que té
moignent Pharao & ſon peuple d'avoir laiſſé par
U1IT
MIs E N C A T E c H 1 s M E. 313
tir Iſraël , & dans les raiſons qu'ils donnent
de leur pourſuite, pour l'attaquer dans ſa re
traite , ils n'alléguent point que les Iſraelites
leur ayent enlevé quoi que ce ſoit. 2°. Si les
Iſraélites firent cette demande, ou ſi l'on veut,
cet emprunt aux Egyptiens, ce fut par le con
ſeil de Moïſe ou par l'ordre même de Dieu à
qui ils devoient toute obéiſſance : ce qui les
met, quant à eux, à couvert de tout blâme. Or
que Dieu , & c'eſt ma 3e. réflexion , ait pu
donner un tel ordre ſans bleſſer ſes perfec
tions , l'on n'en ſauroit douter ; puis qu'étant
le maitre abſolu de nos perſonnes & de nos
biens, il a pu diſpoſer à ſa volonté de ceux
des Egyptiens en faveur des Iſraelites , par des
voies qui n'ont rien en elles-mèmes d'injuſte ,
Aen ſuppoſant l'emprunt & le prêt fait de bon
ne foi & très amiablement de part & d'autre,
comme le Texte l'aſſure. 4°. Dieu pouvoit en
core avec d'autant plus de juſtice, laiſſer entre
les mains des Iſraélites, ce qu'ils avoient reçu
ou emprunté des Egyptiens , que ces derniers
devinrent ſans aucune bonne raiſon les enne
mis déclarés des premiers , en ce qu'ils les
pourſuivirent à main armée pour les extermi
ner s'ils avoient pu. Enfin l'on peut dire que
cette dépouille volontaire des Egyptiens faite
à la demande des Iſraelites, fut regardée de
Dieu, comme une eſpéce de compenſation des
torts, & des maux qu'ils avoient ſouffert pen
dant les dernieres années de leur ſéjour en
Egypte. Ce qui ſuffit pour juſtifier pleinement
conduite de Dieu & des Iſraélites dans cette
occaſion. - -

\ U 5 D. Quel
3I4 L'A N c I E N T E s T A M E N r
D. Quelle ſont les autres circonſtances du dé
part des enfins d' Iſrael de l'Egypte rapportées
par l'Auteur Sacré ?
Exod. R. Il ajoute que " les Enfans d'Iſraël étant
X I I.
37-.44.
,, partis de Rahméſés, une des principales villes
,, dit pays de Goſcen , vinrent à un lieu nommé
,, Succoth , c. à d. les Tentes, (ſans doute parce
que les Iſraélites s'y logérent ſous des tentes , )
,, au nombre d'environ ſix cent mille perſonnes,
,, ſans les petits enfans. Il s'en alla auſſi avec
,, eux une grande multitude de toute ſorte de
,, gens, Egyptiens $ autres qui avoient des liai
,, ſons intimes avec les lſraelites, & ils emmené
,, rent de fort grands troupeaux & de gros &
,, de menu bétail. - Et comme ils avoient été
,, forcés de ſortir de l'Egypte à la hâte , ou
,, quils n'avoient pu tarder plus long-tems à par
», tir & qu'ils n'avoient pris avec eux aucune
,, proviſion pour manger , ils firent pour ce
» jour là des gateaux ſans levain de la farine,
» ou de la pâte qu'ils avoient emportée d'E-
,, gypte ſans être levée. Or tout le tems que
», les Enfans d'Iſrael & leur peres avoient de
,, meuré en Egypte, à compter depuis qu'Abra
ham le Chef de cette fºmille , y étoit deſcendit
avec Sara ſa femme , d'abord apres leur arri
vée dans le p,tys de Canaan , tout ce tems-là ,
,, dis-je, fut de quatre cent trente ans : au bout
,, deſquels toutes les bandes de l'Eternel, c. à d.
tout le peuple de Dieu aſſemblé comme une ar
, mée ſous la conduite de Moiſe, ſortirent ce
,, jour - là - même , le 1 5. du mois Abib, du
,, pays d'Egypte. C'eſt - là la nuit du I4 ait
,, 1 5. de ce mois, dont la mémoire mérite d'è-
,, tre ſingulieremcnt célébrée à rhonn #
») •
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. , 3r;
,, l'Eternel , par tous les enfans d'Iſraël dans
,, toute la ſuite des tems ; parce qu'alors il les
,, retira du pays d'Egypte.
D. Cette circonſtance du tems que les Iſraëlites
avoient demeuré en Egypte fixée à 43o. ans , me
donne lieu de vous demander, ſi ce calcul s'ac
corde avec ce qu'en diſent ailleurs les Ecrivains
Sacrés , 85 ſi les Iſraëlites ont demeuré effecti
vement tout ce tems-là en Egypte ? -

R. Pour ſatisfaire à vôtre demande, il faut


d'abord avouér que quelque calcul que l'on faſ
. ſe, l'on ne fauroit trouver quatre cent trente
ans de demeure fixe des Iſraelites, en Egypte.
La preuve en eſt manifeſte : Kéhath fils de
Lévi qui deſcendit avec ſon pere en Egypte
Gen. XLVI. 8. n'a vêcu que 133. ans Exod.
VI. 18. Amram ſon fils , pere de Moïſe a vè
cu 137. ans , & Moïſe avoit 8o. ans quand il
reçut ordre de Dieu de parler à Pharao & de
quitter l'Egypte. Toutes ces années jointes en
ſemble ne font que 35o. deſquelles ſi l'on re
tranche l'âge qu'avoit déja Kéhath, quand il
vint en Egypte, & le tems que lui & Amram
ont vêcu avec leur fils , à mettre environ 45.
ans pour chacune de ces époques, l'on redui
ra la demeure des Enfans d'Iſraél en Egypte à
215. ans, ce qui ne fait que la moitié de 43o.
ans. Pour trouver l'autre moitié , il faut re
marquer que le Texte original Samaritain ,
ſuivi par les Septante Interprètes Grecs, porte
que la demeure des enfans d'Iſraël en Egypte 83
dans la Terre de Canaan fut de 43o. ans : d'où
il paroit qu'à la demeure qu'ils avoient faite en
Egypte, depuis que Jacob y étoit deſcendu avec
ſa famille, comme porte l'Hébreu , il faut y
ajou
316 L'AN c 1 E N T E s T A M E N T ,
ajouter celle qu'Abraham y avoit déja faite ;
lorſqu'il y deſcendit avec Sara ſa femme à l'oc
caſion d'une famine qui ſurvint au pays de
Canaan , bientôt après qu'ils y furent arrivés.
Gen. XII. Io. lequel eſpace de tems peut auſſi
être de 2 15. ans , comme en fait foi le calcul
ſuivant. A compter depuis la vocation d'Abra
ham, ou de ſon premier ſéjour en Canaan
juſqu'a la naiſſance d'Iſaac, il ſe paſſa 25. ans ;
Iſaac étoit âgé de 6o. ans, quand Jacob lui
nâquit, & Jacob en avoit I3o. lorſqu'il deſ
cendit en Egypte avec ſa famille : ce qui fait
en tout 2 l 5. ans ; auxquels ſi l'on ajoute un
pareil nombre pour le tems que les Iſraelites
demeurérent en Egypte, depuis la mort de '
Jacob juſqu'à leur ſortie, l'on aura préciſement
43o. ans. St. Paul l'entend auſſi viſiblement
en ce ſens, quand il dit Gal. III. 17 que
la Loi donnée au peuple d'Iſraël ſur le mont Si
mai deux mois après la ſortie d'Égypte eſt venuë
43o ans après la promeſſe. c. à d. après la pro
meſſe que Dieu avoit faite à Abraham en l'ap
pelant dans le pays de Canaan Gen. XII. 4.
& XV. 13. L'on peut encore confirmer cette
explication , par ce qui eſt dit dans ce dernier
paſſàge, où Dieu prédit à Abraham que depuis
la naiſſance d'Iſaac, ſa poſtérité habiteroit, com
me étrangere, en divers pays & qu'elle ſeroit
affligée , ou ſoumiſe à des Puiſſances étrangeres,
pendant 4oo. ans. C'eſt auſſi dans ce ſens que
le rapporte l'Hiſtorien Joſephe , quand il dit
" Hiſt. en termes exprès *, que les Iſraelites ſortirent
des Juifs
Liv. I I. d'Egypte au mois de Niſan le I 5. de la Lu
Cb. VI. ne, 43o. ans depuis qu'Abraham nôtre pere
étoit
MI s E N C A T E C H I s M E. 317
étoit venu dans la terre de Canaan , & 2 I 5.
ans après que Jacob étoit venu en Egypte.
D. Quel autre commandement Dieu avoit-il
encore fait à Moïſe 85 à Aaron, au ſujet de la
Pâque avant que de ſortir de l'Egypte ?
R. » L'Eternel avoit auſſi donné à Moïſe & Exod.
, à Aaron ce commandement touchant la Pâ X I I.
,, que , c'eſt qu'aucun étranger qui ne ſeroit 43 - 5I.
» pas du peuple d'Iſrael, ou qui n'auroit pas
,, embraſſe leur religion , & ne ſeroit pas cir
» concis comme eux , ne devoit manger de
» l'Agneau Paſcal, ou participer à cette fete :
,, Selon cela, aucun eſclave payen acheté par .
,, argent, ne pouvoit en manger qu'auparavant
» il n'eut été circoncis ; mais l'étranger, & le
,, mercenaire qui ne ſeront pas circoncis, n'en
,, mangeront point, 85 me devront point être
appelés à célébrer cette fète avec les Iſraèlites.
,, De plus l'on devra manger l'Agneau Paſcal
,, tout entier dans une même maiſon, ou dans
,, une même compagnie, & l'on n'emportera quoi
» que ce ſoit de ſa chair hors de la maiſon,
,, où on l'aura mangé , & l'on n'en caſſera point
,, les os, pour en tirer la moëlle ou la graiſſe ;
,, mais on les jettera au feu. Toute l'Aſſemblée
» d'Iſrael célébrera cette fète & mangera de
,, l'Agneau : Aucune perſonne m'en ſera diſpenſée ,
,, ni privée : Et ſi quelque étranger habitant
,, dans le pays veut célébrer cette fète à l'hon
» neur de l'Eternel , & qu'il ait reçu la cir
conciſion pour faire profeſſion de la même reli
», gion que le peuple de Dieu , il faudra auſſi
» que tout mâle qui lui appartient, enfant ou
,, eſclave ſoit circoncis : Alors il pourra auſſi ſe
» joindre à quelque famille d'Iſrael pour célé
, brer
3I8 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» brer cette fète ; & il ſera regardé comme s'il
» étoit né Juif, mais aucun incirconcis ne man
» gera de l'Agneau. Il y aura une mème Loi
» pour tous & une mème régle à obſèrver dans
, la célébration de cette fète. Tous les Enfans
» d'Iſrael firent donc tout ce que l'Eternel leur
» avoit ordonné par Moiſe & Aaron, & en ce
» même jour là que les Iſraëlites avoient célébré
,, la Pàque, l'Eternel retira les Enfans d'Iſrael
,, du pays d'Egypte en diverſes troupes.
D. Qu'eſt-ce que Dieu ordonna encore à Moïſe
83 Moiſe au peuple , pour comſerver la mémoire
d'une ſi grande delivrance, des qu'ils furent arri
vés en Succoth ?
Exod. R. , L'Eternel parla encore à Moïſe , diſant ,
x1 i I. ,, Sanctifie moi, c. à d. Commande aux Iſraëli
I - I6.
» tes de me conſacrer tout premier né, tout ce
» qui ſera le premier fruit de leur mere, chez
,, les Enfans d'Iſraël , tant des hommes que
,, des bètes : car il eſt à moi : mon ſeulement
par la création ; mais en particulier, parce que
je viens de les conſerver , pendant que j'ai fait
périr tous ceux des Egyptiens. Et Moïſe dit auſ
,, ſi au peuple de la part de Dieu ; Souvenez
,, vous de ce jour auquel vous êtes ſortis d'E-
,, gypte , de la maiſon de ſervitude, 85 qtte
vous avez été affranchis de l'eſclavage ſous lequel
,, vous y étiez détenus : car l'Eternel vous en
,, a retirés par la force de ſon bras, ou par la
puiſſance qu'il a exercée contre Pharao en vôtre
,, faveur. C'eſt pourquoi en mémoire de vôtre
,, départ précipité de ce pays - là, qui ne vous
,, a pas permis de faire lever vôtre pâte pour en
, faire du pain, vous ne mangerez point de pain
, levé à pareil jour du mois Abib dans lequel les
», cP1S
M 1 s E N CA T E c H I s M E. 319
j, épis de blé meuriſſent, auquel tems vous êtes
,, ſortis aujourd'hui d' Fgypte. Mais quand l'E-
,, ternel t'aura introdruit au pays des Cana
,, néens , des Héthiens , des Amorrhéens, des
» Héviens & des Jébuſiens , qu'il a promis à
» tes peres parſerment de te donner , & qui
,, eſt un pays découlant de lait & de miel ,
des plus abondans en tout ce qui fait la nourri
» ture la plus agréable de l'homme : alors tu fe
,, ras tout ce que je t'ai ordonné de faire en
» ce mois-ci. Durant ſept jours tu mangeras
, des pains ſans levain , & au ſeptieme il y au
,, ra une fète ſolemnelle conſacrée à l'Eternel ,
» & pendant ſept jours que vous mangerez des
» pains ſans levain , l'on ne verra point de le
» vain , ni dans vos maiſons , ni dans toute
, l'étendue de vos terres : Alors châcun de
» vous racontera à ſes enfans , l'occaſion de
,, cette fete , & leur dira ; Je célebre cette fète
» en mémoire de ce que l'Eternel a fait en
. , nôtre faveur en nous délivrant de la ſervi
» tude d'Egygte , & ce pain ſans levain ſera
» pour ſigne en ta main & pour mémorial de
» vant tes yeux , de cette délivrance ; afin de
, t'engager par - là à avoir toujours la Loi &
,, les commandemens de l'Eternel en ta bouche
,, pour les obſerver ; parce que l'Eternel t'aura
» retiré d'Egypte par ſa grande puiſſance. Tu
» obſerveras donc cette ordonnance en ſa ſai
,, ſon, d'année en année. Auſſi quand l'Eternel
» t'aura introduit au pays des Cananéens ſelon
» la promeſſe qu'il t'en a faitc par ſerment à
» toi & à tes peres , & qu'il te l'aura donné ;
» alors tu, offriras à l'Eternel le prcmier né mâ
» le qui ſortira de la matrice tant des femmes
» , que
32o L'A N c I E N T E s T A M E N T
» que des beſtiaux ; mais le premier né mâle
» d'une aneſſe ſera rachêté par un agneau,
» ou un chevreau qui ſera offert en ſa place,
» & ſi tu ne le rachêtes pas de cette maniere,
» tu lui couperas le cou. Tu rachèteras auſſi
» avec de l'argent le premier né mâle de tes
, enfans qui auroit dû être offert à l'Eternel.
» Et quand ton fils te demandera à l'avenir que
» veut dire cela : Tu lui diras , c'eſt parce que
» l'Eternel nous a délivrés par ſa grande puiſ
» ſance du pays d'Egypte où nous gémiſſions
» dans une dure ſervitude ; & il arriva alors
» que quand Pharao s'obſtina à ne nous point
» laiſſer partir, l'Eternel fit mourir tous les
» premiers nés de l'Egypte tant des hommes
» que des bêtes & conſerva les premiers nés
» des Iſraelites : C'eſt pourquoi je dois offrir
» à l'Eternel tout mâle qui ſortira le premier
» du ſein de ſa mere, & je rachete avec de
» l'argent le premier né de mes enfans. Cette
» ordonnance ſera donc comme un ſigne ſur
» ta main, & comme des fronteaux (a ) devant
» tes yeux qui doivent te faire ſouvenir que l'E-
2» tCſ

( a ) Des fronteaux. Le terme Hébreu Totaphot


étant neu connu des lnterprêtes, a auſſi été rendu fort
differemment , & ce n'eſt gueres que par conjecture,
ou par analogie , qu'on l'a traduit par celui de fromt
teau , parce qu'il s'agit de quelque choſe qu'on doit
mettre ſur le front au deffus des yeux Dans ce ſens
on lui donne une origine Chaldaïque qui ſignifie voir,
regarder Dans la ſuite , les Juifs donnérent ce nom
& le donnent encore à des morceaux de velin qu'ils
ſe mettent au milieu du front, lorſqu'ils ſont dans
leurs Synagogues , ſur leſquels eſt écrit un paſſage
de l'Eciiture Sainte des plus dignes de leur attention.
M Is E N C A T E c H I s M E. 32 I
» ternel nous a retiré d'Egypte par ſa grande
» puiſſance.

C H A P I T R E X X I.

Contenant ce que fit encore l'Eternel pour


conduire le peuple d'llraël lors d'Egyp
te & pour le délivrer entierement de la
main de Pharao , avec la reconnoiſlance
publique qu'en témoigne Moïſe par un
Cantique Solemnel. -

D. 'Eternel continua t il ſa faveur 83 ſt


protection au peuple d' Iſrael après ſa
ſortie d' Egypte, comme il l'avoit fait juſqu'alors ?
R. Oui , il leur donna diverſes preuves ,
non ſeulement dans la route qu'il leur fit pren
dre vers la mer rouge ; mais ſurtout dans le
voyage qu'ils furent obligés de faire au travers
du déſert, avant que d'arriver au pays de Ca
naan , en les conduiſant lui meme, jour & nuit,
ſous le ſimbole d'une nuée , comme nous l'ap
prend l'Auteur Sacré lorſqu'il ajoute. " Or quand Exod.
X I I I.
» Pharao eut laiſſé aller le peuple d'Iſrael, Dieu I7 - 22.
» ne les conduiſit point dans la terre de Ca
,, naan , par le chemin du pays des Philiftins,
» qui étoit le plus court, & Dieu le fit ainſi,
» de peur que le peuple ne ſe répentit de ſa
» ſortie , s'il voyoit d'abord la guerre qu'il
» auroit à ſoutenir contre cette Nation & qu'il
,, ne s'en retournât en Egyote ; mais il fit fai
» re à ce"peuple un long circuit par le chemin
Tome I. X ,, du
322 L'À N c I E N T E s T A M E N T
, du déſert qui avoiſine la mer rouge. Ainſi les
, Enfans d'Iſrael ſortirent du pays d'Egypte en
,, bon ordre, ſans confuſion & ceints ſur les
,, reins ( a ), comme des voyageurs. Or Moiſe
» avoit pris avec lui les os de Joſeph, parce
, que Joſeph avoit fait promettre par ſerment
,, aux Enfans d'Iſraël, d'emporter alors avec eux
» ſes os, ou ſon corps embaumé, à la façon des
,, Egyptiens , quand Dieu leur accorderoit la fa
» veur de ſortir d'Egypte pour entrer dans le
,, Pays de Canaan, comme il ſavoit très certai
,, nement que cela arriveroit : Ils partirent donc
» de Succoth , après s'y être arrêtés un jour ſous
,, des tentes , & ſe campérent à Ethan au bout
» du déſert, qui eſt ſur les confins de l'Egypte
,, près de la mer rouge. Et l'Eternel les préce
,, doit & leur montroit le chemin , de jour, ſous
» la

(a ) Ceintr ſur les reims. Le terme de l'original


Kamuſ bim a fort embaraſſé les Interprêtes : Comme
il paroit derivé de Kameſch qui ſignifie cinq ; quel
ques uns ont cru qu'il déſignoit l'ordre que les Iſ
raélites tenoient en marchant , par cinq en chaque
rang. D'autres l'ont entendu du nombre des troupes
dans leſquelles cette multitude étoit partagée , ſavoir
en cinq trouper. D'autres traduiſent ceints à la cin
quieme côte. D'autres l'ont expliqué avec les 7o In
terprêtes de la cinquieme génération qui vivoit alors ,
à compter depuis leur entrée en Egypte ; mais ſi l'on
examine de près les circonſtances où ſe trouvérent
alors les Iſraëlites qui n'étoient ni en armes, ni en
ordre de bataille rangée , & que l'on compare ce
paſlage avec d'autres où ce même terme ſe trouve,
il ſemble qu'il doit plûtôt ſignifier des gens ceints ,
trouſſés & prêts à marcher , ſoit pour voyager , ſoit
pour combattre, comme devoient être les Iſraelites à
leur ſortie d'Egypte.
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 323
, la forme d'une colomne de nuée qui alloit
» devant eux , & de nuit ſous la forme d'une
, colomne de feu qui les éclairoit, afin qu'ils
, puſſent marcher le jour & la nuit, comme
» il plairoit à Dieu ; car la colomne de nuée ne
» leur manqua jamais pendant le jour, ni la
» colomne de feu pendant la nuit. -'

D. Où eſt - ce que Dieu les conduiſit depuis


Ethan ? - •r

R. Comme ils s'étoiert avancés de ce côté là


plus qu'ils ne devoient & de leur propre mouve
ment ſans conſulter la nuée , peut-être dans le
deſſein de contmuer leur chemin par le déjèrt
pour éviter la mer rouge, " Dieu fit entendre Exad.
, à Moiſe qu'ils devoient ſe détourner & fe x1 V.
, camper devant Pihahiroth entre Migdol & la * " *
, mer , vis à vis de Bahal Tſephon pres de la
;, mer. Dieu donna cet ordre à Moiſe dans la
vuë d'engager Pharao à ſe porter de ce côté - là
,, avec ſon armée : car il prévit que Pharao inſ
truit du chemin qu'avoient pris les Enfans d' 1ſ2
», ruel, ne manqueroit pas de dire ; Ils ſont
,, embaraſſés dans le pays , faute de le connoitre,
,, & ils ſont enfermés entre le déſert e3 la mer,
,, d'où ils ne ſauroient ſe tirer, ce qui le por
,, tera par une ſuite de ſon endurciſſement à
» les pourſuivre : Alors dit l'Erernel, je ferai
,, éclater ma gloire 85 ma puiſſance dans la dé
» faite de Pharao & de toute ſon armée, & les
,, Egyptiens ſauront que je ſuis l'Eternel : Et
, les Iſraëlites firent ce que Moïſe leur avoit dit
de la part de Dieu. - ,

. D. Comment s'accomplit ce que Dieu venoit de


dire à Moije ? , -

X - 2 R. Moiſe
324 L'A N c I E N T E s T A M E N T
Exod. R. Moïſe le rapporte ainſi : * On vint dire
X I V.
3 - 9.
» au Roi d'Egypte que le peuple d'Iſraël avoit
,, pris la fuite, comme s'il me devoit jamais revenir
,, en Egypte ; Sur cela le cœur de Pharao, qui
avoit ſimplement permis à ce peuple d'aller au deſert
pour ſervir l'Eternel dans l'eſperance qu'il en re
viendroit après s'être acquité de ce devoir, chan
,, gea d'avis, & le Roi & ſes Miniſtres ſe dirent
' » l'un à l'autre : Qu'avons nous fait ? 83 quelle
,, imprudence a été la nôtre d'avoir laiſſé aller
,, les Iſraelites, de maniere qu'ils ne nous ſer
,, viront plus ? Alors Pharao fit atteler ſon cha
» riot de guerre, & prit avec lui tout ſon peu
,, ple, capable de porter les armes. Il prit auſſi
,, ſix cents chariots d'élites, pour y placer ſes
meilleures troupes 85 atteindre plus promptemens
,, les lſraëlites, & tous les chariots d'Egypte pour
,, le bagage, & donna des Chefs à toutes ces
,, troupes. L'Eternel ayant ainſi laiſſé endurcir
» le cœur de Pharao, Roi d'Egypte, ce Prince
, ſe mit à pourſuivre le peuple d'Iſrael qui
• étoit ſorti par ſa permiſſion , à tête levée &
,, ſans crainte. Les Egyptiens donc les pour
, ſuivirent; & tous les chevaux des chariots de
» Pharao, ſa cavalerie, & ſon armée les attei
, gnirent, comme ils étoient campés près de
» la mer , vers Pihahiroth , vis-à-vis de Ba
» hal-Tſephon. -

D. Que firent alors les enfans d'Iſraël ?


Exod. R. , Lorſque Pharao ſe fut approché d'eux,
X I V. , les enfans d'Iſrael ayant levé les yeux, &
Io - I4. ,, s'étant apperçus que les Egyptiens les pour
» ſuivoient, eurent une fort grande peur &
» criérent à l'Eternel pour implorer ſon ſecours,
» & dirent à Moïſe : Eſt - ce qu'il n'y avoit
- » pas
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 325
p, pas aſſez de tombeaux en Egypte, pour rece
,, voir nos cadavres, que tu nous ayes fait ſor
» tir de - là pour mourir au déſert ? Combien
, n'eſt pas grand le mal que tu nous as fait ,
,, en nous tirant de l'Egypte ? N'eſt ce pas ce
, que nous te demandions en Egypte ? quand
,, nous te diſions, Retire-toi de nous ; Ne te
,, mêle plus de nos affaires & laiſſe nous ſervir
, les Egyptiens ; car il auroit bien mieux valu
» demeurer leurs eſclaves, que de venir mou
,, rir en ce déſert. Ne craignez rien , leur dit
» Moïſe, ayez patience ; conſiderez les mer
» veilles que l'Eternel va faire aujourd'hui pour
» vôtre délivrance ; car les Egyptiens que vous
» avez vû aujourd'hui, vous ne les reverrez
» jamais plus. L'Eternel combattra pour vous
,, & vous n'aurez qu'à demeurer en repos.
D. Sur quoi Moïſe promit-il aux Iſraëlites une
telle délivrance ?
R. Sur ce qu'ayant imploré ardemment le X Exod.
I V.
ſecours de Dieu dans cette facheuſe conjonctu 15 - 13.
re; l'Eternel lui avoit dit : " Pourquoi t'adreſ
,, ſes-tu à moi par tes cris , comme ſi tu n'a-
s, vois plus de reſſource º Di ſeulement aux en
,, fans d'Iſrael qu'ils marchent ſans crainte là
,, où je les conduirai : Et toi éléve ta verge &
•, étends ta main ſur la mer ; auſſi-tôt elle s'ou
» vrira, & que les enfans d'Ifrael entrent alors
» au milieu de la mer à ſec. Quant à moi ,
,, j'affermirai tellement le cœur des Egyptiens
» dans le deſſein de pourſuivre & d'atteindre
» les Iſraëlites, qu'ils marcheront après eux ,
» ſans connoitre le danger auquel ils s'expoſent,
» & je ferai éclater ma gloire, ou ma puiſſance
,, dans la défaite de Pharao & de toute ſon ar
- X 3 92 mée,
©.
326 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r
» mée , de ſes chariots & de ſes cavaliers ; &
,, les Egyptiens apprendront par-là qui eſt l'E-
» ternel & quelle eſt ſa puiſſance.
D. Qu'eſt-ce qui empêcha les Egyptiens d'atta
qtter les lſraelites d'abord après qu'ils les eurent
atteints ? -

R. C'eſt que la nuée qui étoit conduite par


,# » l'Ange de Dieu 85 qui étoit à la tete du
§, 2e. » CºmP » changea de ſituation & ſe mit der
» riere eux, entre le camp des Egyptiens & le
, camp des Iſraelites ; de maniere qu'elle étoit
, pour les premiers une nuée ténébreuſe, qui
les empéchoit de voir ce qui étoit devant eux,
» & pour les Iſraélites une nuée lumineuſe ,
» qui les éclairoit même pendant la nuit ; ce
» qui fit que l'un des camps n'approcha point
,, de l'autre de toute la nuit.
. D. Comment donc s'opera cette délivrance ?
Eeod. R. ,, Moiſe étendit ſa main ſur la mer &
XI l'. » l'Eternel fit reculer la mer toute la nuit par
***** , un vent d'Orient fort véhément, qui mit la
-- ,, mer à ſec, & ſes eaux ſe fendirent aſſez pour
» laiſſer un paſſage libre, au milieu de la mer,
» à toute la troupe des Iſraelites qui entrérent
» ainſi ſous la conduite de Moiſe & d'Aaron,
, au milieu de la mer deſſéchée ; les eaux amon
, celées leur ſervant comme de mur à droite &
,, à gauche Les Egyptiens qui les pourſuivoient
,, entrérent après eux au milieu de la mer,
ſans faire attention au miracle de ſes eaux par
,, tagées. Tous les chevaux de Pharao, ſes cha
» riots, & ſa cavalerie en firent de mème. Mais
» lorſque la veille du matin, ou la pointe du
s, jour fut venue ; l'Eternel qui étoit dans la
» colomne de feu & dans la nuée , voyant les
»y Egyp
/

M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 327
» Egyptiens ſi près des Iſraelites, jetta l'épou
,, vante & la conſternation dans leur armée :
» Il arrêta de plus le mouvement des roues de
» leurs chariots, enſorte qu'elles n'alloient plus
» que peſamment 85 lentement, peut être parce
qu'elles enfonçoient dans le limon de la mer. Alors
» les Egyptiens voyants le danger où ils étoient,
,, dirent ; Sauvons-nous de devant les Iſraelites ;
» car l'Eternel combat pour eux contre les Egyp
, tiens. En même tems l'Eternel dit à Moiſe ;
,, Etends ta main ſur la mer & les eaux retour
,, neront ſur les Egyptiens , ſur leurs chariots
» & leurs cavaliers. Moiſe donc étendit ſa main
,, ſur la mer, & la mer reprit avec impétuo
,, ſité ſon cours ordinaire dès le point du jour ;
» de ſorte que les Egyptiens s'enfuyants ren
» contrérent la mer qui s'étoit rejointe. Ainſi
, l'Eternel les envelopa au milieu des flots ;
», car les eaux retournants dans leur premier
», état, couvrirent tous les chariots & les Ca
» valiers de toute l'armée de Pharao, qui étoient
» entrés après les Iſraëlites dans la mer & il
» n'en échapa pas un ſeul : mais les Iſraelites
',, paſſérent à ſec au milieu de la mer, juſques
» à l'autre bord, ayants les eaux à droite & à
,, gauche, qui leur ſervoient comme de mur.
,, Ainſi l'Eternel délivra en ce jour-là les Iſrae
» lites de la main des Egyptiens, & tout Iſraël
» vit ſur le bord de la mer les Egyptiens morts ;
» & reconnut la grande puiſſance que l'Eternel
» avoit déployée en ſa faveur contre les Egyp
» tiens : alors le peuple craignit l'Eternel , il
» mit ſa confiance en lui & crût à ce que
, Moiſe ſon ſerviteur lui diſoit de ſa part.
X 4 D. Com
328 - L'A N c I E N T E s T A M E N r
, D. Comment eſt-ce que Moïſe 83 les Enfany
d'Iſraël témoignérent à Dieu leur reconnoiſſance
d'un ſi grand bienfait ?
Fxod. R. ,, Moïſe & les Enfans d'Iſraël chantérent
_X V.
I - 2 I.
» alors un Cantique à l'Eternel que Moiſe com
,, poſa ſans doute ſur le champ , diſant : Je chan
, terai à l'honneur de l'Eternel ; car il s'eſt
,, hautement élevé , il a fait éclater ſa gloire
85 ſa puiſſance, par des effets qui l'élévent infi
miment au deſſus de tout ce qu'il y a de plus
,, grand parmi les hommes. Il a précipité dans
,, la mer les chevaux & les cavaliers. L'Eter
,, nel eſt ma force & ma louange : C'eſt par
ſon pouvoir ſuprême que mes ennemis ont été dé
faits : auſſi ſera t-il à jamais le ſujet de mes louan
ges 85 de mes actions de graces : * Car il a été
» mon Sauveur, mon Dieu Fort ; je lui bâti
,, rai un Tabernacle, où je l'adorerai tous les
», jours de ma vie : C'eſt le Dieu de mon pere
,, Jacob ; )'exacerai ſa grandeur. L'Eternel s'eſt
», montre comme un vaillant guerrier dans la dé
,, faite de mes ennemis. Son nom eſt l'Eternel.
, I a précipité dans la mer les chariots de
e, Pharao, & ſon armée; L'élite de ſes Géné
» raux a été ſubmergée dans la mer rouge ;
,, les gouffres les ont couverts, & ils ſont deſ
,, cendus au fond des eaux comme une pierre.
» Ta droite , ô Eternel , s'eſt montrée magni
,, fique en force : Ta droite , ô Eternel a froiſ
,, ſé & mis à mort l'ennemi. Tu as renverſé
,, par la grandeur de ta majeſté ceux qui s'é-
,, levoient contre toi. Tu as lâché ta colère ,
,, & elle les a conſumé comme du chaume :
,, Par un vent furieux que tu avois élevé, les
s, eaux de la mer ont été amoncelées ; leur flux
» s'eſt
M 1 s z N CA T E c H 1 s M E. 329
,, s'eſt arrêté , comme un monceau de terre ;
, les gouffres ont été ſerrés au milieu de la
,, mer. L'ennemi diſoit ; je les pourſuivrai ; je
,, les atteindrai ; je partagerai leurs dépouilles ;
,, j'aſſouvirai ſur eux ma colère ; je dégainerai
,, mon épée ; ma main les detruira : Mais auſ
,, ſi tôt que ton vent a ſoufflé ſur eux , la mer
,, les a couverts ; ils ont été enfoncés comme,
,, du plomb. Qui eſt ſemblable à toi , ô Eter
», nel ! entre ceux qui portent le nom de Dieux ?
, Qui eſt comme toi , magnifique en Sainteté,
,, digne d'être revéré & célébré , faiſant des .
,, choſes merveilleuſes ? Tu as étendu ta droite : .
», La terre, ou le fond de la mer les a englou
» ti. Tu as conduit par ta puiſſance toutc
,, pleine de miſéricorde, ce peuple que tu as
•, délivré de la ſervitude : Tu l'as conduit $
,, le conduiras par ta force à la demeure de ta
,, Sainteté, au pays où tu fixeras ton ſanctuaire
,, pour y être adoré. Les peuples en ont eu con
•, noiſſance & en ont tremblé La douleur en
» a déja ſaiſi & en ſaiſira encore plus les habi
», tans de la Paleſtine. Alors les Princes de l'I-
,, dumée en ſeront troublés de frayeur , & le
» tremblement ſaiſira les plus vaillans des Moa
» bites. Le cœur manquera à tous les habitans
» de Canaan. L'effroi & l'épouvante tombe
,, ront ſur eux : Ils ſeront effrayés , 85 ren
» dus immobiles comme une pierre, par la
» grandeur de ta puiſſance ; juſqu'à ce que ton
» peuple , ô Eternel, le peuple que tu as choiſi,.
» ſoit paſſé dans le pays que tu lui deſtines. Tu
,, les y introduiras & les affermiras ſur la mon
», tagne de Sion que tu t'es appropriée, & que
» tu as préparée pour ta demeure, ô Eternel ;.
X f ,, dans
33o L'A N c I E N T E s T A M E N T
,, dans le ſanctuaire que tes mains, ô Seigneur ,
,, auront établi. L'Eternel y régnera à jamais,
,, 85 om l'y ſervira à perpétuité. Car le cheval
,, de Pharao eſt entré dans la mer avec ſon
,, chariot & ſes cavaliers ; & l'Eternel a fait
,, retourner ſur eux les eaux de la mer ; mais
,, les enfans d'Iſrael ont marché à ſec au mi
», lieu de la mer.
,, Marie la Prophêteſſe, ſœur d'Aaron , prit
,, auſſi un tambour de ſa main , & toutes les
,, femmes ſortirent après elle, avec des tam
, bours & des flûtes , & Marie répondoit à la
,, troupe des Iſraelites ; Chantez à l'Eternel ;
,, car il s'eſt hautement élevé ; il a précipité
,, dans la mer le cheval, & celui qui le mon
», toit.

c H A P I T R E xxII.
Contenant la ſuite des faveurs de Dieu
envers ſon peuple, depuis le paſſage de
la mer rouge, juſqu'à ſon arrivée à la
montagne de Sinaï.
TD. U allérent les Iſraëlites après ce paſſage
miraculeux de la mer rouge ?
Exod. • R. ,, Après cela Moiſe les fit partir des bords
22 - az. ,, de la mer rouge, & ils s'acheminérent vers le
,, déſert de Sur, & ayant marché trois jours
,, par le déſert, ils ne trouvoient point d'eau.
,, De là ils vinrent à Mara, où ils en trouvé
,, rent , mais ils ne pouvoient en boire ; parce
», qu'elles étoient ameres : C'eſt pºur CC

,, l1cll
M I s E N C A T E c H I s M E. 33r
,, lieu fut appelé Mara, c. à d. amertume. Et
,, le peuple commença à murmurer contre Moï
,, ſe, & à lui dire : Que veux-tu donc que
,, nous bûvions pour mous déſalterer ? Mais
,, Moiſe cria à l'Eternel, & l'Eternel lui mon
,, tra un certain bois, qu'il jetta dans les eaux,
,, & par l'intervention miraculeuſe de Dieu les
,, eaux devinrent auſſi- tôt douces 85 bonnes à
,, boire. Alors l'Eternel donna au peuple par le .
,, miniſtère de Moiſe, cette Ordonnance & cette
,, Loi, par laquelle il vouloit éprouver ſa fi-.
,, délité. Si tu écoutes, dit - il , attentivement
,, la voix de l'Eternel ton Dieu ; Si tu fais ce
,, qui eſt juſte en ſa préſence : Si tu prêtes l'o-
,, reille à ſes commandemens & que tu gardes
,, toutes ſes ordonnances ; je ne ferai venir ſur
», toi aucune des maladies dont j'ai afHigé les
,, Egyptiens : car je ſuis l'Eternel qui t'en ai
,, délivré, & qui peut encore te garantir de tout
,, mal. Les Enfans d'Iſraël vinrent enſuite à
», Elim , où ils trouvérent douze ſources d'eaux
,, vives , & ſoixante & dix palmiers , ſous l'om
,, bre deſquels ils ſe campérent auprès des eaux ;
& s'y arrêterent quelques jours pour profiter des
eaux , des pâturages, 83 de l'ombre. - -

D. Quand partirent - ils d' Elim ? -

R. ,, Le quinzieme jour du ſecond mois de- .Exod. .


,, puis leur ſortie d'Egypte, un mois entier après *** *
» la célébration de la Pâque, toute la multitu
,, de des Iſraëlites étant partie d'Elim, vint
,, au déſert de Sin, entre Elim & Sinaï , où
,, ils éprouvérent de nouveau la faveur & la
», protection particuliere de l'Eternel leur Dieu ,
», dans les moiens extraordinaires qu'il leur
,, four
332 L'A N c 1 E N T E s T A M E N r,
, fournit d'avoir toujours de quoi vivre dans le
,, déſert par où ils devoient paſſer.
D. Apprenez-moi, je vous prie, quels furent
ces moyens 83 ce qui donna lieu à les leur four
mir, comme le rapporte Moïſe à la ſuite de ſon
hiſtoire ?
Exod. R. ,, Le peuple d'Iſraël ayant apparemment
X V I. conſumé ſes proviſions, 85 me voyants pas de mo
2 - I2 .
yen de s'en procurer dans le déſert , commença
», à murmurer contre Moïſe & Aaron, & leur
,, dit ; Plut à Dieu que nous fuſſions morts
,, par la main de l'Eternel au pays d'Egypte,
,, où nous étions près des marmites de viandes,
», & où nous mangions nôtre ſoul de pain !
», au lieu que vous nous avez amenés dans ce
,, déſert pour faire mourir de faim toute cette
,, aſſemblée. Sur cela l'Eternel dit à Moiſe ;
,, Voici je vai vous faire pleuvoir des cieux du
», pain, & le peuple ſortira de ſa tente & en
», recueillira chaque jour la proviſion d'un jour :
,, j'éprouverai par-là la confiance qu'il doit avoir
,, en moi , & je connoitrai s'il veut marcher
», dans l'obſervation de ma loi ou non. Mais
» qu'ils faiſent proviſion de ce pain le ſixieme
» jour, autant qu'ils en pourront conſumer ce
,, jour.là & le ſuivant, & ce ſera le double de
,, ce qu'ils en amaſſent chaque jour. Après cet
s, te déclaration de Dieu , Moïſe & Aaron di
, rent à tous les enfans d'Iſrael ; ce ſoir vous
», ſaurez par de nouveaux miracles qui ſe feront
, en vôtre faveur, que c'eſt l'Eternel qui vous
,, a tiré du pays d'Egypte , & demain matin
,, vous verrez la gloire de l'Eternel , ou de
, nouveaux effets de ſa puiſſance : car il a oui
» vos murmures qui le regardent plutôt que †
92 dlſ
MIs E N C A T E c H I s M E. 833
,, Car qui ſommes nous ? nous me ſommes que ſes
,, Miniſtres, qui me faiſons rien que par ſes ordres.
,, Pourquoi donc murmurez-vous contre nous ?
comme ſi nous étions les maitres de vôtre ſort 85 la
,, cauſe de ce qui vous arrive. Moïſe leur dit
,, donc, qu'ils alloient de mouveau éprouver ce
,, que vouloit faire l'Eternel en leur faveur, quand
,, il leur auroit donné le ſoir de la viande à
» manger , & le lendemain au matin du pain
» pour ſe raſſaſier ; parce qu'il avoit ouï leurs
» murmures, qui étoient plutôt contre l'Eter
» nel, que contre lui & ſon frere Aaron qui
,, m'étoient que ſes miniſtres. Moïſe dit enſuite- '
» à Aaron de faire approcher de la nuée qui
,, étoit le ſimbole de la préſence de l'Eternel ,
, toute l'aſſemblée des enfans d'Iſraël ; puiſqu'il
» avoit ouï leurs murmures & qu'il vouloit
,, les faire ceſſer. Et auſſi-tôt qu'Aaron leur eut
,, parlé, ils jettérent les yeux du côté du dé
,, ſert où étoit la muée pour s'en approcher ,
•, & voici la gloire de l'Eternel , ſa préſence
» glorieuſe parût avec tant d'éclat dans la nuée,
qu'ils ne purent douter que Dieu me fut au mi
lieu d'eux, pour leur fournir ce dont ils avoient
» beſoin. Alors l'Eternel parla encore à Moïſe
,, & lui dit ; J'ai oui les murmures des enfans .
,, d'Iſrael : j'en ai été touché de compaſſion ; ainſi
» annonce leur qu'aujourd'hui même entre les
» deux vêpres, ou ſur le ſoir avant que le ſo
» leil ſoit couché, ils auront de la viande à man
»» ger , & que demain au matin ils ſeront raſ
#- > ſaſiés de pain : par - là ils ſauront que je
» ſuis l'Eternel leur Dieu qui ne les abandon
zaera point.
- D. Cont
334 L'A N c I E N T E s T A M E N T
D. Comment donc fut accomplie cette promeſſe
de Dieu ?
Exod. R. ,, Le ſoir même il s'éleva des volées de
X VI.
13 - s I,
» cailles qui couvrirent le camp, dont chacun
,, mangea autant qu'il voulut , & au lendemain
» matin il y eut une couche de roſée à l'entour
» du camp laquelle étant diſſipée, on vit ſur
» la ſurface de la terre, quelque choſe de me
» nu & rond comme du gréſil ; ce que les
,, Enfans d'Iſrael ayant vû , ils ſe dirent l'un
» à l'autre : C'eſt de la manne, ou bien ſeroit
,, ce là le pain que Dieu nous a promis ( a ) ?
s, Car ils ne ſavoient ce que c'étoit , & Moïſe
, leur dit ; C'eſt le pain que l'Eternel vous a
» don

( a ) Ou bien ſeroit-ce là le pain que Dieu nous a


promis. L'on a ajouté ces paroles par maniere d'ex
plication , non ſeulement parce qu'elles répondent
parfaitement à ce que les lſraëlites devoient attendre
des promeſſes que Dieu leur avoit faites de leur don
ner du pain à manger ; mais auſſi parce que ſelon
les découvertes d'un Savant verſe dans les langues
orientales , les termes de l'original Man bou , que
nos verſions ordinaires rendent par qu'e# ceci ? peu
vent fort bien être rendus par interrogation , du pain
ceci ? & ils fondent cette traduction ſur ce que le mot
Man dans la langue chinoiſe ſignifie du pain , & que
cette verſion convient d'ailleurs très bien à ce que
Moïſe ajoute : Oui c'eſt le pain que l'Eternel vous a
donné à manger & que cette manne eſt appelée du
pain Exod. XVI. 4 , 8, 12 , 1 ;. Nehem. IX 15.
Pſ. LXXVIlI. 24 , 25. CV. 4o. Jean VI. 3o. 85 c.
outre que ceux qui prennent ce mot pour une parti
cule interrogative n'en peuvent citer aucun exemple
de l'Ecriture Sainte Voyez Hiſl. Crit. de la Republ.
des Lettrer Tom. I. p. 132. ll faut donc s'en tenir
à l'une ou l'autre des interprétations marquécs dans
la verſion que nous venons d'en donner,
M I s E N C A T E c H I s M E. 335
,, donné à manger , & voici les ordres que
,, j'ai reçus de lui, touchant l'uſage que vous en
,, devez faire. Que chacun en recueille autant
» qu'il lui en faut pour ſon manger ; un Ho
,, mer ( a ) par tète, ſelon le nombre des per
,, ſonnes qui demeurent dans une même tente.
» Les Enfans d'Iſrael firent donc ainſi , les uns
» en recueillirent plus , les autres moins , &
,, celui qui en avoit recueilli plus que l'Homer,
», n'en garda pas plus qu'il ne lui en falloit ,
» & celui qui en recueillit peu , en eut autant
,, qu'il en put manger. Moïſe leur avoit encore
,, dit ; Que perſonne n'en reſerve quoi que ce
,, ſoit pour le lendemain : Cependant il y en eut
», qui n'obéirent point à Moïſe & qui en re
,, ſervérent juſqu'au matin ; mais il s'y engen
,, dra des vers & elle puoit ; ce qui fit que
,, Moïſe ſe mit en grande colère contr'eux.
,, Ainſi chacun en recueilloit tous les matins,
», autant qu'il lui en falloit, pour manger ce
» jour-là , & lorſque la chaleur du jour étoit
,, venue , celle qui étoit reſtée ſur terre , ſe
,, fondoit. -

D. Que firent-ils pour le jour du Sabbat au


quel il n'étoit pas permis de recueillir, ou de pré
parer quelque choſe pour ſe mourrir.
R. » Le ſixieme jour les Iſraelites s'étant ap- X_Exod.
VI.
per 22 - 3I.

( a ) Un Homer. C'étoit la plus grande meſure de


grains qu'euſſent les Hébreux , & on l'eſtimoit con
tenir autant que 43. œufs. Mais il ne faut pas la
confondre avec le Chomer qui étoit la plus grande
meſure des choſes liquides , contenant 432o. œufs.
Voyez Le Cene ; Proj, p, 44. & Le Clerc ſur cet
endroits - -
336 L'A N C I E N T E s T A M E N T
perçus qu'il étoit tombé du ciel par une directiou
particuliere de la providence, une double quan
tite de manne , 85 ſe ſouvenants de ce que Moi
,, ſe leur avoit dit, ils amaſſérent au double de
,, ce pain céleſte , ſavoir, deux Homers pour
» chacun , ſur quoi les principaux du peuple
,, étant venus à Moïſe pour lui rapporter le fait
» & le conſulter là-deſſus , il leur répondit par
,, ordre de Dieu : Demain eſt le jour du repos,
,, le Sabbat conſacré au ſervice de l'Eternel ;
,, faites cuire aujourd'hui ce que vous avez à
,, cuire, & bouillir ce que vous avez à bouil
,, lir, & ſerrez tout ce qui ſera de reſte pour
» le garder juſqu'au lendemain matin : Et ayant
-» fait ce que Moiſe leur avoit dit , la manne
,, gardée juſqu'au matin du Sabbat ne ſe gata
,, pas , & il ne s'y trouva aucun ver. Alors
,, Moïſe leur dit ; Mangez aujourd'hui ce que
» vous avez reſervé ; car c'eſt aujourd'hui le
,, jour du repos de l'Eternel , conſacré à ſon ſer
,, vice & auquel vous ne trouveriez point de
,, manne à la campagne. Durant ſix jours vous
,, la recueillirez ; mais le ſeptieme eſt le Sab
,, bat ; il n'y en aura point en ce jour-là. Ce
,, peudant quelques incrédules ſortirent au ſep
,, tieme jour pour en recueillir , mais ils n'en
,, trouvérent point. Et l'Eternel dit ſur cela ,
,, à Moïſe pour le rapporter aux Enfans d'Iſ
,, raël ; Juſques à quand refuſerez vous de gar
,, der mes commandemens & mes loix ? Sou
,, venez vous que l'Eternel vous a ordonné l'ob
,, ſervation du Sabbat. C'eſt pourquoi il vous
» donne aux ſixieme jour du pain pour deux
, jours : Que chacun demeure donc le ſeptieme
, jour au lieu où il ſera, & que perſonne #
, , 1OT
MIs EN C A T E c H I s M E. 33
, ſorte. Selon cela le peuple ſe repoſa le ſeptie
,, me jour & les Iſraelites nommérent ce pain
,, Manne ; parce qu'ils avoient dit en le voyant
pour la premiere fois : Man hou, c. à d. C'eſ}
» de la manne , ou du pain ceci Elle étoit groſſe
,, 83 ronde , ſemb'able à de la graine de corian
» dre, blanche, & ayant le gout des bignets au
,, miel.
D. Une mourriture auſſi admirable méritoit
bien qu'on en conſervât la mémoire ; qu'eſt-ce
que Dieu ordonna pour cet effet ?
R. ,, L'Eternel ordonna à Moïſe d'en faire Parod.
,, prendre un Homer , pour le garder autant X V I. .
», que ſubſiſteroit le peuple d'lſ aèl , afin qu'on 32 - 36
",, vit le pain dont Dieu l'avoit nourri au dé
» ſert, après l'avoir retiré du pays d'Egypte.
» Moiſe dit donc à Aaron de prendre une cru
2, che & d'y mettre un plein Homer de man
» ne, pour la placer devant l'Eternel , ou de
vant l'Arche du témoignage qui en étoit le ſim
s, bole , quand elle ſeroit conſtruite, 83 pour être
» gardée dans tous les âges. Aaron le fit com
», me l'Eternel l'avoit commandé à Moiſe ; &
» les Enfans d'Iſrael mangérent la manne du
» rant quarante ans , juſqu'à ce qu'ils fuſſent
•, parvenus au pays où ils devoient habiter :
•, ils en mangérent juſques aux frontieres du
», pays de Canaan. Or l'Homer de manne que
+
», chaque Iſraelite mangeoit tous les jours , tel
» qu'on le conſervoit dans l'Arche , étoit la
», dixieme partie d'un Epha , c. à d. la con
zenance d'environ une pinte & un quart , ou le
poids d'environ ſix Livres, ce qui étoit plus que
ſigffiſant pour nourrir une perſonne.
Tome I. Y D. Cà
333 L'A N c I E N T E sTA MEN r
D. Où allérent les Iſraëlites en quittant le dé.
ſert de Sin *
Exod. R. » Toute l'aſſemblée des enfans d'Iſrael par
x# * , tit du déſert de Sin, & après quelques cam
x#t » pemens faits à Dophca & à Alus, en ſui
12, 13, » vant toujours les ordres de l'Eternel , ou la
I4. direction de la Nuée miraculeuſe qui les condui
,, ſoit, ils vinrent camper à Rephidim, où il n'y
,, avoit point d'eau à boire pour le peuple.
D. Comment Dieu pourvut - il alors à leur
beſoin ?
Exod. R. » Le peuple s'en prit ſelon ſa coutume à
XVII. ,, Moïſe , de ce qu'il les avoit fait ſortir d'E-
2 - 7. ,, gypte pour les faire mourir de ſoif avec leurs
,, enfans & leurs troupeaux , & lui demandé
», rent de l'eau à boire avec grande inſtance &
,, avec menace; & Moiſe leur répondit ; Pour
,, quoi vous en prenez-vous à moi par vos mur
s, mures, comme ſi vous doutiez de la puiſſan
,, ce & de la bonté de Dieu ? N'eſt-ce pas-là,
,, plutôt tenter l'Eternel, 83 ſe défier de ſa pro
tection dont il vous a déja donné tant de preuves ?
,, Cependant Moïſe cria à l'Eternel en diſant :
,, Que ferai je à ce peuple pour l'appaiſer # Sans
», quoi il eſt à craindre que dans peu ils ne
,, me lapident. Et l'Eternel répondit à Moïſe :
,, Paſſe devant le peuple , préſente-toi à eux ſans
,, aucune crainte , & prends avec toi des Anciens
,, d'Iſrael, pour être téwioins du miracle qui va
,, être operé : Prends auſſi dans ta main la verge
,, avec laquelle tu as frappé le fleuve du Nil,
,, pour en convertir les eaux en ſang , & t'en
,, viens avec eux au lieu que je te montrerai.
, Voici je vai me tenir là devant toi ſous quel
, que ſimbole , ſur le rocher en Horeb, qui
* » étoiº
M I s E N C A T E c H I s M E. 339
,, étoit attenant au mont Sinai, & tu frapperas
,, le rocher, & il en ſortira des eaux dont le
,, peuple boira. Moïſe ayant exécuté tout ce
,, que Dieu venoit de lui dire, en préſence
» des Anciens d'Iſraël , 83 frappé le rocher ,
au!Ji - tôt il en coula de l'eau en ſi grande abon
dance, que tout le camp de Rephidim en fut
,, abbreuvé & Moiſe nomma ce lieu-là Mada,
,, qui ſignifie Tentation , & Mériba , qui veut
,, dire conteſtation , à cauſe du débat des enfans
» d'Iſrael , & parce qu'ils avoient tenté l'Eter
,, nel, en diſant ; L'Eternel eſt-il au milieu de
,, nous ou non ?
· D. Quelle autre preuve les Iſraëlites reçurent
ils dans ce lieu là, de la faveur 85 de la protec
tion de Dieu ?
R. Ce fut la défaite des Amalécites deſcen
dus d'Amalec , fils d'Eliphaz , petit fils d'Eſaü.
» Ce peuple, ſans y etre provoqué par aucune zx.a.
raiſon que par la haine qu'il portoit à la famille X V I I.
,, de Jacob, vint attaquer Iſrael en chemin, & " #,
», chargea en queue les derniers qui étoient foi- XXV.1s.
,, bles & malades, pendant que les autres étoient
,, las & fatigués : Surquoi Moiſe dit à Joſué,
fils de Nun, de la Tribu d' Fphraim , homme diſ
tingué entre les Iſraelites 83 qui fut enſuite dé
claré ſon ſucceſſeur dans la conduite de ce peuple ;
», Choiſi nous des hommes propres à combattre
s, & ſors du camp avec eux , pour combattre
s, contre les Amalécites, & je me rendrai de
•, main au ſommet de la colline, ayant la ver
» ge de Dieu en ma main , pour ſupplier Dieu
de nous être favorable ſelon le beſoin que nous
,, en aurons : Joſué fit comme Moiſe lui avoit
» commandé, & combattit contre les Amaléci
Y 2 », tes
34o L'A N c I E N T E s T A M E N T
» tes qui les avoient attaqués ; mais Moïſe, Aa
,, ron & Hur montérent au ſommet de la col
,, line, pour implorer le ſecours de Dieu : Et il
,, arriva que quand Moiſe élevoit ſes mains au
,, Ciel, Iſrael étoit le plus fort ; mais quand il
,, les repoſoit, ou qu'il les abaiſſoit, les Amalé
» cites étoient les plus forts. Et les mains de
,, Moiſe étant devenues ſi peſantes qu'il me pou
», voit plus les élever ; Aaron & Hur prirent une
,, pierie & l'ayant fait aſſeoir deſſus, ils ſoute
•, noient ſes mains l'un deçà , l'autre delà : Par
», ce moyen ſes mains furent fermes & élevées
,, au Ciel juſques au Soleil couchant. Ce qui
,, fit que Joſué défit l'armée des Amalécites au
,, tranchant de l'épée. Puis l'Eternel dit à Moi
,, ſe; Ecris ceci pour mémoire dans un livre, &
» fais entendre à Joſué qui doit gouverner mon
,, peuple après toi , que j'effacerai entiérement
,, la mémoire d'Amalec de deſſous les cieux,
ou que je détruirai tout à fait cette nation, de
ſorte qu'Iſrael n'aura plus rien à craindre de ſes
,, attaques. Moiſe bâtit auſſi un autel, $ y
offrit des ſacrifices d'actions de graces en mémoire
,, de cet événement, & il le nomma, l'Eternel
,, eſt mon enſeigne, pour dire que ( comme c'é-
toit par ſon ſecours 85 en quelque maniére ſous
ſes étendarts qu'Iſrael avoit remporté la victoire, )
l'Eternel ſeroit auſſi pour toujours ſon refuge ;
» car puiſque la main des Amalécites s'eſt éle
, vée contre le trône de Dieu, conſideré comme
,, le Roi d'Iſraël, l'Eternel lui fera auſſi la guer
,, re, ou le combattra d'âge en âge, juſqu'à ſon
entiere deſiruction.
D. Quel autre événement ſuivit de pèrs celui-là,
qui ſe rapporte plus particulierement à # ,
2
\ 46
M I s I E N C A T E c H I s M E. 341
R. Ce fut l'arrivée de " Jéthro ſon Beau Exºd.
s, pere, Sacrifitateur de Madian ; lequel ayant XVIII.
I - I
,, appris toutes les choſes que l'Eternel avoit
», faites à Moiſe & à Iſrael ſon peuple , & com
», ment l'Eternel l'avoit retiré du pays d'Egyp
,, te, prit Séphora ſa fille, la femme de Moiſe
s, que celui ci lui avoit renvoyée , & les deux * Excd.
», fils qu'il avoit eus de cette femme, dont l'un IV. 26.
» avoit été nommé Guerſom, ſur ce qu'il avoit
,, dit, qu'il étoit étranger dans le pays ; &
,, l'autre Eliezer, parce que Dieu lui avoit été
,, en aide , & l'avoit délivré de l'épée de Pha
» rao *. Jéthro Beau-pere de Moiſe vint, dis * Excd.
II. 22.
,, je, à lui avec ſa femme & ſes enfans au dé
» ſert de Rephidim , ou d'Horeb, où il étoit cam
,, pé en la montagne de Dieu ; ( ainſi appelée,
parce que Dieu s'y fit connoitre d une maniere
,, éclatunte ), & s'étant d'abord fait annoncer
,, à Moiſe, celui - ci ſortit au devant de ſon
», Beau-pere, ſe proſterna devant lui, dès qu'il
s, le vit & l'embraſſa. Après s'être ſouhaité l'un
», à l'autre toute ſorte de proſpérités , ils en
,, trérent dans la tente , où Moiſe raconta à
», ſon Beau-pere tout ce que l'Eternel avoit fait
,, à Pharao, & aux Egyptiens en faveur d'Iſ
» rael , & toutes les fatigues qu'ils avoient ſouf
» fert dans le voyage , auſſi bien que la ma
,, niere dont l'Eternel les avoit délivrés de la
» main des Egyptiens. Jéthro lui en témoigna
», ſa joie & lui dit ; Béni ſoit l'Eternel qui
», vous a délivrés de la main de Pharao & des
», Egyptiens : Maintenant je connois à cela, à
», m'en pouvoir douter , que l'Eternel eſt plus
e, grand que tous les Dieux ; car dans la choſe
s, même dont les Egyptiens ſe glorifioient, com
3 47f6º
342 L'A N c I E N T E s T A M E N T
me d'avoir les Magiciens les plus habiles , il a eu
,, le deſſus ſur eux , ou les a ſurpaſſés. Jéthro
,, Beau-pere de Moïſe offrit auſſi à Dieu un
,, holocauſte & des ſacrifices ; & Aaron & les
» Anciens d'Iſrael vinrent, pour lui faire bon
,, meur, manger avec lui, & prendre part à la
,, féte en préſence de Dieu , ou devant l'autel
ſur lequel il avoit offert ſes ſacrifices.
D. Que ſe paſſa - t - il enſuite entre Jéthro 83
Moiſe ?
Exod. R. ,, Le lendemain de ces ſacrifices, comme
XVIII. » Moïſe s'aſſit pour rendre ſon jugement ſur
13 - 23•
, tout ce que le peuple avoit à lui demander,
» & que le peuple venoit à lui pour cet effet
, depuis le matin juſqu'au ſoir ; ſon Beau pere
,, avant vû cela, lui demanda ; pourquoi la
, choſe ſe faiſoit ainſi ? C'eſt, répondit Moïſe,
,, que le peuple vient à moi pour s'enquerir
» de la volonté de Dieu ſur tout ce qu'ils doi
, vent faire : & quand ils ont quelque affaire
» entr'eux, ils s'adreſſent à moi pour en juger
,, definitivement , & je leur fais entendre la vo
,, lonté de Dieu ſur la conduite qu'ils doivent
,, tenir : mais le Beau-pere de Moiſe lui dit :
,, Il n'eſt pas convenable que tu en uſes ain
,, ſi : certainement tu ſuccomberas , toi & le
,, peuple qui eſt avec toi ; car cela eſt trop pe
,, ſant pour toi : Tu ne ſaurois faire cela toi
, ſeul. Ecoute donc mon conſeil, j'eſpere qu'en
,, le ſuivant Dieu ſera avec toi , 85 qu'il ac
compagnera tes travaux d'un heureux ſuccès.
,, Sois pour le peuple envers Dieu. c. à d. Que
le peuple s'adreſſe à toi pour ce qu'il aura à de
,, mander à Dieu , & toi, tu préſenteras à Dieu
,, les requêtes du peuple. Tu les inſtruiras #
2, d6
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 343
» de toutes les ordonnances & les Loix qu'ils
,, doivent obſerver , & tu leur feras connoitre
,, la conduite qu'ils doivent tenir & tout ce
,, qu'ils auront à faire. Enſuite tu choiſiras,
,, d'entre tout le peuple , des hommes fermes &
,, vertueux, qui craignent Dieu , qui aiment
,, la vérité & qui haiſſent tout gain deshonnè
,, te, & tu les établiras Chefs, les uns ſur un
,, millier de perſonnes ou de familles de chaque
,, Tribu , les autres ſur une centaine ; les au
,, tres ſur une cinquantaine ; & les autres ſur
,, une dixaine. Que ces Chefs jugent le peuple
» en tout tems & qu'ils te rapportent toutes
» les grandes, ou les plus importantes affaires,
» & qu'ils décident toutes les petites, ou de
,, moindre conſéquence. Par ce moyen tu ſeras
» ſoulagé, & ils porteront le fardeau avec toi.
,, Si tu fais cela & que Dieu l'autoriſe, tu
,, pourras ſubſiſter & tout le peuple arrivera
,, heureuſement en ſon lieu , ou au pays de Ca
maan qui lui eſt deftiné.
D. Moiſe ſuivit-il ce conſeil ?
R. ,, Moïſe l'écouta avec attention , 83 ne Exod.
voyant rien dans ce conſeil de contraire à la vo XVIII.
s4 - 27.
lonté de Dieu ; peut être même l'ayant conſulté
,, ſur ce ſujet, fit tout ce que Jéthro ſon Beau
,, pere lui avoit dit ; Il choiſit ſur tout le peu
,, ple d'Iſrael des hommes vertueux , & les
» établit Chefs ſur le peuple , les uns ſur mil
,, le, d'autres ſur cent, d'autres ſur cinquante,
,, & d'autres ſur dix, leſquels devoient juger
» le pcuple en tout tems ; mais ils devoient
,, rapporter à Moïſe les choſes difficiles, & ils
» ne décidoient que les petites affaires. Après
Y 4 ,, cela
244 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
,, cela Moïſe laiſſa aller ſon Beau pere qui s'eri
,, retourna dans ſon pays.

C H A P I T R E X X II I.

Contenant l'arrivée des Iſraëlites à la mon- .


tagne de Sinaï ; les conditions de l'al
liance de Dieu propoſées au peuple
qu'il accepta ; les préparatifs ordonnés
de Dieu pour la publication de la Loi
& les propres termes de cette Loi pro
noncés par Dieu même ; avec la ma
niere dont elle fut reçue par le peuple
d'Iſraël.

D. Q Uand eſt ce que les Iſraélites arrivérent


enfin au deſert de Sinai ?
E.-cd. R., Au premier jour du troiſieme mois de
X I X. ,, puis leur ſortie d'Egypte , en ce mème jour
M » 2•
,, qui doit être célébré par cette Nation ; les Iſ
,, raélites étant partis de Rephidim, vinrent au
» déſert de Sinaï , & y campérent vis à-vis de
», la montagne.
D. Qu'eſt ce qui rendit cette arrivée du peuple
d'lſrael au déſert de Sinai 85 le ſejour qu'ils y
firent , ſi célèbre dans tous les âges ?
R. Ce fut l'alliance que Dieu y traita d'a-
bord par le miniſtère de Moiſe, avec les en
fans d'Iſrael , & les Loix qu'il leur donna
pour être la régle de leur conduite : car auſ
*z»d. ſi tôt qu'ils furent arrivés, " l'Eternel ayant
M / X.
3 - 3. , appelé Moïſe de la montagne, & Moiſe étant
, mOIl
M I s E N C A T E c H 1 s M E. 345
», monté vers Dieu , l'Eternel lui dit ; Tu par
,, leras ainſi à la famille de Jacob , & tu annon
,, ceras ceci aux enfans d'Iſrael. Vous avez vû
» ce que j'ai fait aux Egyptiens, & comment
,, je vous ai portés & ſoutenus, comme les ai
,, gles portent leurs petits ſur leurs ailes , & je .
» vous ai amenés juſqu'ici pour être mon peu
,, ple d'une façon toute particuliere : Maintenant
,, ſi vous obéiſſez exactement à ma voix , & ſi
» vous obſervez les conditions de l'alliance que
,, je veux traiter avec vous ; vous ſerez auſſi
,, d'entre tous les peuples celui qui me ſera le plus
» cher, 85 auquel j'accorderai le plus de graces ;
,, quoique tous les habitans de la terre m'ap
», partiennent également : Je ſerai vôtre Roi ,
,, & vous ſerez à mon égard des ſujets conſt
,, crés à mon ſervice, comme des Sacrificateurs
,, au ſervice de leur Dieu, & une Nation Sainte
dont le caractère doit être une conduite pure 83
,, exempte de ſouillure. C'eſt- là ce que tu diras
,, de ma part aux enfans d'Iſraël. Puis Moïſe
», vint & appela les Anciens du peuple, & leur
», rapporta tout ce que l'Eternel lui avoit com
,, mandé de leur dire : Ce qui ayant été pro
», poſé a l'aſſemblée, tout le peuple répondit d'un
» commun accord ; Nous ferons tout ce que
,, l'Eternel a dit ; & Moïſe rapporta à l'Eter
» nel toutes les paroles du peuple , qui faiſoient
foi de ſon conſentement abſolu aux termes de l'al
liance que Dieu vouloit traiter avec lui. Sur ce
» la l'Eternel dit à Moïſe : Voici je ne t'ai parlé
juſqu'ici qu'en ſecret, Q3 je n'ai été entendu que de
» toi ſeul ; mais ci après, je t'adreſſerai la pa
,, role du milieu d'une épaiſſe nuée, 83 je te
donnerai mes loix d'une voix ſi forte 85 ſi diſ
Y ; 2, tinèie
346 L'A N c I E N T E s T A M E N r
,, tincte, que tout le peuple entendra ce que
,, je te dirai, afin qu'il ajoute encore plus de
» foi à tes paroles. -

D. Quel ordre Moïſe reçut il alors de Dieu pour


le peuple ?
Exod. R. * Après que Moïſe eut rapporté à l'Eter
XI X.
9 - I3
, nel, ce qu'avoit répondu le peuple ſur les
conditions de l'alliance que Dieu vouloit traiter
,, avec lui ; l'Eternel dit à Mouſe : Va-t en vers
,, le peuple & ordonne leur de ſe purifier au
,, jourd'hui & demain pour recevoir mes loix :
» qu'ils lavent leurs vêtemens & qu'ils ſoient
» tout prêts pour le troiſieme jour : Car en
,, ce jour-là, l'Eternel deſcendra ſur la monta
,, gne de Sinaï ; enſorte qu'il pourra ètre vû
,, de tout le peuple ; mais tu mettras des bar
» rieres pour le peuple, tout autour de la mon
,, tagne , & tu leur diras de ſe donner garde
», de monter ſur la montagne , & de toucher
,, aucune de ſes extrémités : Quiconque tou
», chera la montagne ſera puni de mort ; ce
,, pendant l'on ne mettra point la main ſur
» lui pour le mettre à mort, de peur de pro
,, faner ce lieu là ; mais il ſera lapidé ou percé
» de flèches : ſoit bète, ſoit homme, il ne vi
, vra point , & le tems auquel ils devront
», monter auprès , ou vis-à-vis de la montagne,
» ce ſera lorſque la trompette donnera des ſons
,, trainants , c. à d. lorſque Dieu aura fait en
tendre du haut de la montagne un ſon ſembla
ble à celui d'une trompette qui donne des ſons
trainants. - -

D. Comment Moïſe exécuta t-il cet ordre de


Dieu ?
R. ,, Moï
M I S E N c A r E c H 1s M E. . 347
R. , Moïſe deſcendit de la montagne vers Exod,
» le peuple, & le ſanctifia, en lui ordannant X I X.
I4 , 15 •
,, de laver leurs vètemens , & de ſe tenir prèts ,
,, pour le troiſieme jour, à recevoir la Loi de l'E-
,, ternel, & il leur deffendit en particulier de
,, s'approcher pendant ce tems là de leurs fem
», meS. -

D. Qu'eſt-ce qui arriva donc le troiſieme jour :


R. ,, Le troifieme jour au matin , il y eut Exod.
» des tonnerres & des éclairs & une nuée fort X I X.
16 - 25•
» épaiſſe ſur la montagne, avec un vent très
,, violent. L'on entendit auſſi un ſon comme
» d'une trompette, dont tout le peuple dans
,, le camp fut fort effrayé. Alors Moïſe fit ſor
» tir le peuple du camp , pour venir au devant
,, de Dieu, & ils s'arrètérent au pied de la mon
» tagne, à l'endroit où Moïſe avoit fait mettre
,, des barrieres. Or le mont de Sina1 étoit tout
,, en fumée ; parce que l'Eternel étoit deſcen
,, du dans une muée toute en feu, & la fumée
» montoit comme la fumée d'une fournaiſe en
,, tremêlée de tourbillons de flamme, & toute la
,, montagne étoit dans un grand tremblement :
» Et comme le ſon de la trompette ſe renfor
» çoit de plus en plus , Moiſe s'avança ſur la
» montagne pour conſulter Dieu ſur ce qu'il de
,, voit faire , & étant monté par l'ordre de
» Dieu juſques au ſommet de la montagne, ſur
» laquelle Dieu étoit deſcendu ; l'Eternel lui
,, dit; Deſcends vers le peuple & tu leur def
», fendra encore expreſſément de paſſer les barrie
,, res qui les ſéparent de la montagne où eſt l'E-
,, termel , pour regarder ce qui s'y fait ; de peur
» qu'un grand nombre d'entr'eux ne périſſent.
,, Recommande encore aux Sacrificateurs qui onº
»2 ſ/C-
348 pAs c 1 r s TE s TAM ENT
» accoutumé de ſervir aux autels 85 qui s'appro
,, chent ainſi de Dieu , de ſe ſanctifier d'une
façon particuliere, mais ſans prétendre pour cela
franchir les bornes qui ſeparent le peuple de la
,, montagne ; de peur qu'il n'arrive que l'Eter
,, nel ſe jette ſur eux & ne les puniſſe de mort.
,, Moiſe répondit ſur cela à l'Eternel , que le
,, peuple ſe donneroit bien de garde de monter
» ſur la montagne de Sinaï , après les ordres
» qu'il en avoit reçus , & les barrieres qu'il
» avoit miſes pour le ſéparer de la montagne :
» mais l'Eternel lui dit derechef, va, deſcends
» & fais ce que je t'ordonne ; après quoi tu
,, remonteras ici & Aaron avec toi , & que les
,, Sacrificateurs ni le peuple, ne rompent point
», les barrieres pour monter vers l'Eternel , de
» peur qu'il ne ſe jette ſur eux, & qu'ils ne
,, périſſent ; Moiſe deſcendit donc vers le peuple
,, & leur réitera cette deffenſe.
D. Quelles en furent les ſuites ?
R. Moiſe étant retourné ſur la montagne avec
Aaron , 83 ſe tenant ſur la montagne entre Dieu
85 le peuple, pour lui rapporter la parole de l'E-
Deut. ternel ; " Dieu prononça toutes ces paroles face
IV. 4 , 5.
à face du peuple , comme il avoit fait à Moiſe,
,, & du milieu d'une nuée épaiſſe toute en feu 83
Exod. avec une voix forte 85 diſtincte " il dit : Je ſuis
X X.
I - I7.
» l'Eternel ton Dieu, qui t'ai retiré du pays
• Dest. IV. ,, d'Egypte , de la maiſon de ſervitude. I. Tu
6 - 2 I. ,, n'auras point d'autres Dieux devant ma face.
» II. Tu ne te feras point d'image taillée, ni
,, aucune reſſemblance des choſes qui ſont là
» haut aux cieux , ni ici bas ſur la terre , ni
,, dans les eaux ſous la terre. Tu ne te proſ
,, terneras point devant elles & ne les ſerviras
:, P01Ilt 3
M1s EN C A T E c H I s M E. 349
• point ; car je ſuis l'Eternel ton Dieu, un Dieu
,, fort & jaloux , puniſſant l'iniquité des peres
,, de maniere que les enfans s'en reſſentent,
,, juſqu'en la troiſieme & quatrieme généation
,, de ceux qui me haiſſent, & faiſant miſéricor
,, de en mille générations à ceux qui m'aiment
,, & qui gardent mes commandemens. III. Tu
,, ne prendras point le nom de l'Eternel ton
,, Dieu en vain ; car l'Eternel ne tiendra point
,, pour innocent celui qui aura pris ſon nom
,, en vain. IV. Souvien-toi du jour du repos
,, pour le ſanctifier. Tu travailleras ſix jours &
,, tu feras toute ton œuvre ; mais le ſeptieme
,, jour eſt le repos de l'Eternel ton Dieu ; tu
,, ne feras aucune œuvre en ce jour - là , ni toi,
,, ni ton fils , ni ta fille , ni ton ſerviteur , ni
,, ta ſervante, ni ton bétail, ni l'étranger qui
,, eſt chez toi ; car l'Eternel a fait en ſix jours,
,, le ciel, la terre & la mer, & tout ce qui
,, eſt en eux, & s'eſt repoſé le ſeptieme jour ;
,, c'eſt pourquoi l'Eternel a béni le jour du re
,, pos , & l'a ſanctifié.
,, V. Honore ton pere & ta mere, afin que
» tes jours ſoient prolongés ſur la terre, que
,, l'Eternel ton Dieu te donne.
,, VI. Tu ne tueras point. VII. Tu ne pail
,, larderas point. VIII. Tu ne déroberas point.
, IX. Tu ne diras point de faux témoignage
,, contre ton prochain. -

,, X. Tu ne convoiteras point la maiſon de


,, ton prochain. Tu ne convoiteras point la fem
,, me de ton proch in, ni ſon ſerviteur, ni ſa
,, ſervante, ni ſon bœuf, ni ſon ane, ni au
•, cune choſe qui ſoit à ton prochaiii.
D. Ces
35o L'AN c I E N T E s T A M E N r
D. Ces Divines paroles ſi dignes de toute nôtre
attention conſiderées comme les conditions de l'al
liance que Dieu voulut bien traiter avec ſon peu
ple, m'engagent à vous faire pluſieurs queſtions
ſur les circonſtances dont elles furent accompagnées ;
ſur le ſens qu'on doit leur donner ; 85 ſur les
obligations qu'elles nous impoſent Je ſouhaiterois
donc de ſavoir, I". Comment l'on doit concilier
ce qui eſt dit ici , que celui qui prononça toutes
ces paroles étoit Dieu lui meme , qui ſe nomme
l' Eternel le Dieu d'Iſraél, avec ce qui eſt dit
At. VII dans le Nouveau Teſtament * que la Loi a été
#. III. donnée par le miniſtère des Anges ?
3.

19. R. Pour concilier ces différens paſſages, l'on


#ebr. II. doit s'en tenir à ces deux vérités inconteſtables ;
2. l'une que Dieu intervint d'une façon toute par
ticuliere dans la premiere publication de la Loi ;
enſorte qu'il voulut que tout ce qui fut dit &
qui fut fait de ſa part envers ſon peuple, fut
cenſé être dit, ou être fait par lui mème im
médiatement, pour s'attirer plus de reſpect &
de ſoumiſſion de leur part. L'autre vérité qui
n'eſt pas moins certaine, c'eſt que quand Dieu
ſe revéle aux hommes , & qu'il veut leur faire
ſavoir ſa volonté, il le fait le plus ſouvent par
le miniſtère de ſes Anges, à qui il donne or
dre de prendre ſon nom, & de parler comme
ſi c'étoit lui mème qui parlât & qui fut préſent
d'une maniere viſible. Ainſi lorſqu'il eſt dit ici,
que Dieu prononça toutes ces paroles ; il ne
faut pas ſuppoſer, que Dieu fut en effet revêtu
d'organes propres à faire entendre une voix ſem
blable à celle des hommes qui parlent ; puis
qu'il eſt un eſprit pur, entierement dégagé de
toute matiere ; mais cette voix que l'on en
tCIl•
MIs E N C A T E c H I s M E. 351
tendit, ces paroles qui furent prononcées, com
me venants de Dieu , furent ſans doute produites
en l'air par un effet de ſa volonté immédiate
& ſouverainement puiſſante, & par le moyen
des miniſtres de ſa puiſſance , ou des Anges
qui ſont par millions , qu'il fit parler comme
ſi c'étoit lui même pour donner plus de poids
& d'autorité à ſes paroles.
D. Une autre queſtion que j'ai à vous faire,
regarde ces paroles méme que Dieu fit entendre
au peuple d'1ſraël comme prononcées en ſon nom ;
ſavoir, ce qu'elles contiennent , & ce qu'elles de
mandent de nous ?
R. L'on voit manifeſtement que ces paroles con
tiennent d'abord une déclaration des attributs.
ſous leſquels Dieu qui les prononçoit, vouloit
être conſideré des Iſraelites en traitant alliance
avec eux. Ces attributs ſont 1". le nom de
JE H o v A , qui déſigne d'un côté une éterni
té d'éxiſtence qui lui eſt propre, de mème que
toutes ſes autres perfections : & de l'autre une
fidélité inviolable, & une puiſſance ſouveraine
ment efficace dans l'accompliſſement de ſes pro
meſſes. 2°. C'eſt la qualité de DIEU D'IsRAEL ,
c. à d. d'un Dieu qui favoriſoit & protégeoit
ce peuple d'une façon particuliere, & de qui il
étoit adoré comme le ſeul vrai Dieu. Enfin
le troiſieme attribut que Dieu ſe donne ici ,
en parlant à ſon peuple, c'eſt celui de L I B E R A
T E U R qui l'avoit tiré du pays d'Egypte, &
affranchi du dur eſclavage qu'il y ſouffroit. Trois
raiſons des plus preſſantes qui devoient engager
ce peuple à entrer dans l'alliance que Dieu lui
propoſoit, & à garder les commandemens qu'il
- - alloit
352 L'A N c I E N T E s T A M E N T
alloit lui donner, comme tout autant de condi
tions à remplir de ſà part, s'il vouloit avoir
part à ſes graces. -

D. Comment eſt-ce qu'on diviſe ces Divins Pré


ceptes ; 83 quelle obligation particuliere chacun
d'eux impoſoit-il a ? Peuple ?
R. Ces commandemens, tels qu'ils ſont expri
més, ſortants de la bouche de Dieu , ſont au
nombre de dix, clairement diſtingués les uns
des autres, & partagés en deux Tables, comme
il ſera dit plus bas , dont la premiere conte
noit quatre commandemens qui ſe rapportent à
Dieu , & la ſeconde ſix qui ſe rapportent au
prochain , ou aux hommes. Dans le premier,
Dieu deffend d'avoir, de ſervir, d'adorer d'au
tres Dieux que lui ; le ſeul en effet qui mérite
ce nom , & à qui l'on puiſſe rendre un culte
religieux. Dans le ſecond, Dieu deffend de ſe
faire, ou d'avoir aucune image quelle que ce
ſoit, dans la vuë de repréſenter la Divinité ;
ou à laquelle l'on rende un culte extérieur quel
qu'il ſoit ; & il en donne pour raiſon , que
Dieu ne peut ſouffrir que l'on rende à d'autres
qu'à lui, les hommages qui lui ſont dûs, &
qu'en conſéquence il punira dès cette vie , les
Idolâtres & leur poſtérité , juſqu'à la troiſieme
& quatrieme génération ; & qu'il recompenſera
ceux qui lui auront été fidéles, en répandant
ſes graces ſur eux & ſur ceux de leurs enfans
qui les imiteront juſqu'à la poſtérité la plus re
culée. Dans le troiſieme, il defſend de profaner
le nom de Dieu, en l'employant dans des diſ
cours frivoles, ou dans des ſermens vains, té
meraires ou faux, ſous peine d'encourir ſa diſ
grace, & d'être traité de lui comme très cou
4 pable.
M Is E N C A T E c H I s M E. 353
pable. Dans le quatrieme , il ordonne d'em
ployer le ſeptieme jour de chaque ſemaine,
plus particulierement que les autres au ſervi
ce de Dieu, en mémoire de la création faite
en ſix jours, & du jour du repos qui les ſui
vit, & il deffend de faire en ce jour là, aucu
ne œuvre ſervile , par où l'on doit entendre,
non ſeulement tout travail où l'on avoit accou
tumé d'employer des domeſtiques, mercenaires,
-ou eſclaves, mais tout travail des mains & du
corps, dont l'on peut ſe paſſer, & qui pouvoit
ſe faire les jours précédens , ou être renvoyé
· aux ſuivans, & d'y occuper des perſonnes ou
des bètes qui peuvent être dans ſà maiſon.
Dans le cinquieme , il ordonne de rendre à
ſon pere, à ſa mere ou à tout autre ſupérieur, le
reſpect , & l'obeiſſance qui leur ſont dûs ,
ſous promeſſes à ceux qui s'acquitteront de ce
devoir , de mener une vie douce & heureuſe
ſur cette terre. Dans le ſixieme, il deffend d'ô-
ter la vie à ſon prochain, par aucun mouve
ment de paſſion contraire à l'amour que nous
lui devons , & de penſer à faire quoi que ce
ſoit, qui porte ou qui tende à ce funeſte évé
nement, ſi on peut l'éviter. Dans le ſeptieme,
il deffend toute impudicité & tout commerce
impur, mais ſur tout l'adultere. Dans le hui
tieme, il deffènd de prendre ou de s'appro
prier ce qui appartient à autrui, de quelque ma
niere qu'on puiſſe le faire, dans la vué d'en
tirer quelque avantage à ſon préjudice. Dans
le neuvieme , il deffend de dire jamais rien
de faux , ou de contraire à ce que nous ſa
vons être vrai , ou qui tende à nuire à ſon
prochain , dans ſon honneur & ſà réputatione
Tome I. Z Dans
s
354 L'A N e I E N TEsTAMENT
Dans le dixieme enfin , il deffend tout déſir
d'avoir , de poſſéder, ou de s'approprier ce que
poſſéde ſon prochain , & de le priver de quel
que avantage que ce ſoit, dont il jouït légiti
IIleIIlCIlt. - -

D. Ces Commandemtens donnés alors aux Iſ


raélites pour conditions de l'alliance que Dieu
vouloit traiter avec eux , ſont-ils auſſi obligatoires
· pour les autres hommes , s'ils veulent avoir part
à la grace de Dieu 83 à ſes faveurs ?
R. Il n'y a pas de doute que Dieu étant
également le Créateur de tous les hommes ,
& voulant également le bonheur & le ſalut de
tous, ſans aucune acception de perſonnes , il
n'offre auſſi à tous que des moyens de ſalut pro
portionnés à leur état, & que la pratique des
commandemens qu'il donne aux uns pour par
venir à ce but, ne ſoit auſſi utiles aux au
tres , pour avoir part au même bonheur ; Il
n'y a que des circonſtances particulieres dans
leſquelles ſe trouve une nation entiere, ou
un ſeul individu, qui demandent de Dieu des
ordonnances relatives à cet état particulier ,
dont ceux qui ne ſont pas dans le même cas ,
peuvent être diſpenſés. Les Loix cérémonielles,
par exemple, dont il ſera fait mention dans
la ſuite, qui regardoient le culte public que Dieu
vouloit que la nation Juive lui rendit dans le
déſert, ou dans la terre de Canaan, & dont il
devoit la mettre en poſſeſſion, étoient telle
ment particulieres à cette nation & accommo
dées à ſon état, qu'il eſt manifeſte par là mè
me, qu'elles ne ſont pas obligatoires pour les
autres hommes. J'en dis de même d'un grand
nombre de Loix Civiles que Dieu donna à ce
peu
MIs E N C A T E c H I s M E. 355
|

peuple, conſiderées comme dépendantes de ſon


gouvernement particulier , & qui lui étoient
· tellement propres , qu'on ne pourroit les ap
pliquer à d'autres gouvernemens, ſans en chan
ger, pour ainſi dire, la nature. Mais toutes
les Loix de Dieu , qui regardent les mœurs,
ou la conduite morale des hommes , dans quel
que ſituation qu'ils ſoient placés, étants de leur
nature , bonnes , juſtes, ſaintes & utiles, ſont
par là même indiſpenſables , & obligent égale
ment tous les hommes. Tels ſont les dix com
mandemens que nous venons de rapporter ,
donnés d'abord aux Iſraelites par Dieu même,
comme contenants les premieres conditions de
l'alliance que Dieu vouloit traiter avec ſon peu
ple. Il n'y en a aucun qui conſideré en lui
même, ne puiſſe & ne doive faire la régle de
nôtre conduite ; juſques à l'obſèrvation mème
du ſabbat , conſideré, non en ce qu'il a de
cérémoniel , comme eſt l'abſtinence de toute oc
cupation civile qui pouvoit ſe faire un autre
jour ; mais en ce qu'il a de moral , comme
un jour conſacré à l'honneur de Dieu, en mé
moire de la création & du repos qui en fut la
ſuite ; repos que Dieu nous propoſe pour mo
delle de celui que nous devons accorder à
nos domeſtiques, & à nôtre bétail en ce jour-là.
D. Comment eſt-ce que le peuple d'Iſrael reçus
de Dieu ces dix commandemens *
R. Il eſt tout-à-fait probable, quoique Moï
ſe ne le diſe pas expreſſément, que tout le peu
ple écouta ces dix commandemens, avec un
profond ſilence & une ſincére intention d'y
conformer ſa conduite ; mais auſſi avec beau
coup de frayeur ; ſur tout quand au ſon de
Z 2 Cette
3 56 L'A N c I E N T E s T A M E N T
Exsd. cette voix formidable, il vit ſucceder " les ton
X X.
I8 - 2 I.
,, nerres, les éclairs, & un ſon de trompette,
,, avec la montagne toute couverte de fumée
,, qui jettoit des flammes de feu de tout côté ;
» car le peuple voyant cela, commença à trem
, bler & à s'éloigner de la montagne. Puis ils
» dirent à Moiſe ; Aireſſe - nous toi-mème la
» parole : Que ce ſoit d ſormais par ta bouche,
qu'il plaiſe à Dieu de nous donner ſes Loix , &
,, nous écouterons avec ſoumiJion ce qu'il nous
,, ordonnera ; mais que Dieu ne nous adreſſe
,, plus directement la parole, comme il vient de
,, faire , de peur que nous ne mourrions de
,, frayeur. Alors Moiſè dit au peuple : Ne crai
,, gnez point ; car ce n'eſt pas pour jetter l'é-
, pouvante dans vos cceurs, ni pour vous cau
» ſer la mort que Dieu vient de nous adreſſer
» la parole ; mais ſeulement pour vous éprou
» ver, ou pour voir comment vous recevriez ſes
,, loix , & pour vous remplir d'un plus grand
, reſpect pour lui, & d'une plus grande crain
,, te de l'offenſer ; afin que vous ne péchiez
, point Cependant le peuple continua à ſe te
,, nir éloigné de la montagne, mais Moïſe étanº
,, remonté ſur la montagne s'approcha de l'obſ
, curité, ou de la nuée épaiſſe, dans laquelle
, Dieu donnoit des marques plus particulieres
,, de ſa préſence.
· D. Qu'eſt ce que Dieu dit alors à Moïſe en
particulier pour être rapporté au peuple d'Iſraël ?
Fxod. R. » Dès que Moïſe fut remonté ſur la mon
43 • ac. , tagne , l'Eternel voulant bien s'accommoder à
la foibleſſe des Iſraëlites qui ne pouvoient enten
dre ſa voix ſans frémir , ſe ſervit de la media
tion de Moïſe, pour leur donner encore d'autres
Loix
M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 357
Loix politiques, cérémonielles 83 morales, conve
mables à leur état , " & il lui ordonna de leur
,, faire remarquer d'abord, que leur ayant par
,, lé des Cieux ſans ſe montrer à eux ſous ait
», cune reſſemblance , ils ne devoient pas non
2, plus dans le culte qu'ils lui rendroient, le re
», préſenter ſous aucune image d'argent, ou
» d'or ; mais que s'ils avoient à lui offrir , pen
,, dant leur ſéjour dans le déſert , quelques ho
» locauſtes & oblations , ou ſacrifices d'actions
,, de graces , de leur gros & menu bétail en
,, quelque lieu qu'il leur ind quât , propre à
» célébrer ſon nom & ſes bieufaits, ils devoient
,, ſe contenter d'élever un autel de terre, ou
» de gazon , & qu'il exauceroit leurs prieres,
» & répandroit ſur eux ſes bénédictions & ſes
» faveurs : mais que s'ils vouloient élever à ſon
» honneur un autel de pierre , il falloit que
» ce fut des pierres brutes & dans leur état
» naturel ; ſans que l'art les eut taillées ou po
» lies : car ſi l'on faiſoit paſſer le fer deſſus,
» on ſouilleroit l'autel : à quoi Dieu ajouta,
2, que l'on ne devoit point monter à cet autel
» par des dégrés , de peur que des marches
» trop hautes , ne donnaſſent lieu de découvrir
» la nudité de celui qui y monteroit : ( l'uſa
ge n'étant pas alors de porter des caleçons, ou
des culottes ; mais ſeulement de longues robes ; )
83 qu'il n'en reſultât quelque manque de reſpeci
pour le ſervice de Dieu, $ pour les perſonnes
qui ſervent à l'autel. ·
D. Quelle peut avoir été la raiſon de la deſſen
ſe que Dieu fait ici de bâtir à ſon honneur, des
autels de pierre taillée ? - - º -

- - iZ 3 -- R. L'on
358 L'A N c 1 E N T E s T A M E N T
R. L'on peut dire d'abord que Dieu en or
donnant aux Iſraelites de lui élever des autels
de ſimple gazon , ou de pierres brutes , telles
qu'elles ſe rencontrent dans un déſert, vouloit
s'accommoder à leur état de voyageurs , &
leur faire comprendre en mème tems, qu'on
pouvoit le ſervir ſans aucun appareil , ni au
cune pompe extérieure ; mais de plus il n'y a
pas de doute, que Dieu ne leur ait deffendu
de bâtir des autels de pierre taillée pour pré
venir toute eſpéce d'idolâtrie , dans laquelle ils
auroient pû tomber , ſoit en repréſentant la
divinité par des figures & des images ; com
me cela ſe pratiquoit ſur les autels des faux
JDieux, ſoit en attribuant à ces autels travail
1és, une certaine ſuinteté, qui les portât à leur
rendre plus de reſpect : au lieu que ce danger
n'étoit pas à craindre pour des autels dreſſés
ſur le champ , ſans art & expoſés à être dé
truits auſſi tôt : ſoit enfin de peur qu'on ne
gardât quelques morceaux de ces pierres tail
lées, pour en faire un uſage ſuperſtitieux.
D. Mais comment concilier ces autels de ga
zon , ou de pierres brutes ordonnés de Dieu,
* Exod.
XXVII.
avec l'ordre qu'il donna dans la ſuite * de conſ
Y - 8.
truire un autel de bois, couvert d'airain , ſur
lequel ſeul, l'on devoit lui offrir tous les ſacri
jices ? . · ·· ·

, R. Pour concilier ces Loix divines touchant


les différentes ſortes d'autels, ſur leſquels l'on
devoit offrir à Dieu des ſacrifices ; il n'y a qu'à
remarquer que l'autel d'airain étoit deſtiné aux
ſacrifices publics offerts à Dieu, par les ſeuls
Sacrificateurs de la Tribu de Lévi, établis pour
cela par Dieu - même ; au lieu que pour #
I1lf
M1s E N C A T E c H 1 s M E. 359
frir à Dieu des ſimples ſacrifices dans le déſert
ou ailleurs par des hommes pieux , & dans
des cas extraordinaires, ou ſur des ordres par
ticuliers de Dieu , il ſuffiſoit d'élever un au
tel de gazon, ou de pierres brutes , comme
l'avoit fait Abraham , Geneſ. XXII. 9. & com
me le firent dans la ſuite , Moïſe lui-même
Exod. XXI V. 4. Joſué VlIl, 3o, 3 I. Gédéon
Jug. VI. 24, 26. Manoah Jug. XIII. 19. Sa
muel I. Sam. VIl. 17. Saül I. Sam. XIV. 35.
David 2. Sam. XXIV. 25. & Elie I. Rois XVIII.
3 I , 32.

C H A P I T R E X X I V.

Contenant diverſes Loix politiques, mora


les & cérémonielles que Dieu donna à
Moïſe pour en inſtruire le peuple, com
me une addition aux dix commande
mens , & pour en faire auſſi la régle
de leur conduite.

D. ( Y Uelles furent les Loix que Dieu domma


enſuite à Moiſe , pour être preſcrites
aux enfuns d' Iſraël à la ſuite des dix commande
7/1e/15 Z |

R. Ces Loix ſont de divers ordres ; il y en


a de pure police ; il y en a de mêlées de po
lice & de morale , & il y en a qui regardent
l'extérieur de la religion. Les premieres qui ſont
de pure police, réglent les droits des Maitres
ſur leurs eſclaves , la punition des meurtriers,
Z 4 de9
36o L'A N c I E N T E s T A M E N T
des parricides , des larrons d'hommes ; de ceux
qui maudiſſent pere & mere ; de ceux qui ſe
querellent, qui ſe bleſſent, ou dont les beſtiaux
mal gardés , peuvent cauſer quelque dommage
à autrui ; & de ceux qui dérobent , ou qui
cauſent du dégât à leur prochain. Les unes
& les autres ſont appelées ici les JU G E M E N s
que Moiſe devoit propoſer au peuple ; parce
qu'elles devoient ſervir de régles aux Magiſ
trats & aux Juges, dans la déciſion des diffe
• rens qui pouvoient ſurvenir entre les Enfans
d'Iſrael à ce ſujet. - . -

D. Quelle raiſon petit-on alleguer du rang que


Dieu domina à ces Loix , en les preſcrivant à ſon
peuple d'abord après le Décalogue , préferable
ment à tant d'autres qui ne paroiſſent pas moins
importajttes ? -*

.. R. Dieu paroit en avoir agi ainſi, parce qu'a-


· près l'amour & le culte qui lui ſont dûs , &
l'obſervation des principaux devoirs envers le
| prochain , contenus dans le Décalogue, rien
º ne lui eſt plus agréable , que de voir une bon
ne police obſervée dans la ſocieté par les ſenti
mens de bonté , d'humanité, & de clémence,
qui doivent régner entre tous les hommes,
dont ces préceptes bien obſervés ſeroient une
· preuve. Et il commence par les devoirs des
Maitres envers leurs eſclaves, homme, femme,
ou fille ; parce que c'eſt dans la conduite que
l'on tient envers les eſclaves , que l'on a ſur
tout lieu de manifeſter ces vertus , quand elles
cſont ſincéres. -

- D. Qu'étoient alors les eſclaves parmi les Juifs ?


, c. R. C'étoient des perſonnes obligées à ſervir
· leurs Maitres en tout ce qui leur étoit ordon
116 ,
· M 1 s E N C A T E c H 1 s M E. 26r
né, ſans en recevoir d'autre ſalaire que leur
ſeul entretien, & qui tomboient dans cet eſcla
vage en trois manieres principales. 1°. Lorſ
qu'ils ſe vendoient eux mêmes dans le cas d'u-
ne extrème pauvreté, ou lorſqu'ils ne pouvoient
payer ce qu'ils devoient à leurs Créanciers :
Levit. XX V. 39. 2°. Ils pouvoient être ven
dus , par les Juges en cas de vol , au profit de
ceux qu'ils avoient volé , s'ils ne pouvoient
les ſatisfaire d'une autre maniere. Deut. XV.
12. Enfin ils pouvoient être vendus par leurs
propres parens, pour ſubvenir par - là à leur
entretien ; ſuppoſé qu'ils fuſſent hors d'état d'y
fournir eux-mèmes. Voyez ci deſſous #r. 7.
D. Quels ſont donc les préceptes ou les juge
mens de Dieu pour régler les droits des hommes
fur de tels eſclaves ? - -

R. ,, Ce ſont ici , dit Dieu à Moïſe , les Loix, Exed.


» ou les jugemens que tu leurs propoſeras ſur IX- XI I.I.
,, ce ſijet. Si tu achetes un eſclave Hébreu ,
, il pourra être obligé à te ſervir ſix ans tout
» au plus , & dans la ſeptieme année de ſa
ſervitude, ou ſi c'eſt une année ſabbatique dans
laquelle toute dette doit être remiſe, 83 tout eſ
,, clavage ceſſer , il ſortira de chez toi, pour
, être libre ſans rien payer. S'il eſt venu , ou
,, s'il a été vendu avec ſon corps ſeulement , il
» ſortira de mème avec ſon corps ſeul : S'il
» avoit une femme, quand il eſt entré dans l'eſ
•, clavage, ſa femme en ſortira auſſi libre avec
» lui : Si ſon maitre lui a donné une femme
*

s, qui lui ait enfanté des fils & des filles, pam
,, dant le tems de ſon eſclavage ; ſa femme &
» ſes enfans reſteront à ſon maitre, ſi c'eſt une
femme payemne; mais ſi c'eſt une femme
$
Jº#6He
362 L'A N c I E N T E s T A M E N.T
elle ſera auſſi miſe en liberté dans l'année Sak
batique , ou l'année du"grand Jubilé. * Que ſi
» l'eſclave dit poſitivement, 83 d'une maniere
, expreſſe, j'aime mon maitre, ma femme &
» mes enfans, & je ne veux point me ſéparer
» d'eux pour être libre ; alors ſon maitre le
» fera venir devant les Magiſtrats, & le fera
» approcher de la porte , ou du pôteau de ſa
,, maiſon , & ſous leur autorité , ſon maitre
, lui percera l'oreille avcc une alêne, & la fi
»cera à la porte même de ſa maiſon , pour mar
que qu'il y étoit attaché, 85 qu'il m'en vouloit
plus ſortir pour jouir de la liberté * Si quelcun
» vend ſa fille pour être eſclave, avant l'āge
de puberté dans la préſomption, ou l'intention que
l'acheteur, ou ſon fils en fera quelque jour ſa
,, femme ; elle ne ſortira point comme les eſ
» claves ſortent ; c. à d. que ſi on la congédie,
ce ſera ſous des conditions plus avantageuſes que
les autres eſclaves, ( qui ſont exprimées dans la
», ſuite ) , ſi elle déplait à ſon maitre, ſoit
,, qu'il l'ait fiancée ou non ( a ), il la fera
, racheter , ou permettra qu'on la rachete $ fa
cilitera même, ſoit à ſes parens, ſoit à d'autres
avec leur conſentement, les moyens de la racheter :
» mais

( a ) Soit qu'il l'ait fiancie ou mon. Le Texte origi


nal préſente ici une varieté dans la maniere de lire.
Quelques uns liſent , qui ne l'aura point fiancée , &
d'autres croyent qu'on doit lire , qut 'attra fiancée.
Chacun appuye ſa maniere de lire de diverſes raiſons ,
& l'on a cru pouvoir les concilier par la traduction
que l'on vient de lire , qui renferme les deux ſens ,

déciſe.
plus que la ſuite ſemble laiſſer la choſe in
- --
MIs E N C A T E c H I s M E. 363
# mais s'il lui a été infidéle, ſoit qu'il me l'ait
pas fiancée , comme il lui avoit promis, ſoit qu'il
ait manqué à l'amitié, 85 à la foi conjugale, il
» n'aura pas le pouvoir de la vendre à un peu
» ple étranger, c. à d. à quelcun d'une autre
,, tribu , ou d'une autre famille. Que s'il l'a
» fiancée à ſon fils, ils feront pour elle ſelon
» le droit des filles, le pere, en lui conſtituant
» une dot , comme à ſa propre fille, & le fils,
» en ſe conduiſant avec elle, comme avec une
» épouſe légitime : mais ſi le fils marié avec
» l'eſclave de ſon pere , prend une autre fem
» me pour lui $ à ſon choix , il ne retran
» chera rien de la nourriture , des habits, &
» de la ſociété conjugale qui ſont dûs à la pre
» miere, & s'il ne fait pas pour elle ces trois
» choſes-là, il ſera libre à la femme eſclave de
» ſortir de cette maiſon , ſans payer aucun
» argent.
D. Vous avez dit que Dieu ordonnoit auſſi
dans ces loix, ou ces jugemens, la punition des
meurtriers, des parricides , des larrons d'hommes,
de ceux qui maudiſſent pere 85 mere, qui ſe
quérellent 85 qui ſe bleſſent. Quelle étoit donc
la peine denoncée pour tous ces diffèrens delits ?
R. Voici ce que portoient les Loix de Dieu.
, Si quelcun frappe un homme de propos déli Exod.
» beré, & qu'il en meure, on le fera mourir I2 # *- 27.
!
» de mort violente. Que s'il ne lui a point dreſ
» ſé d'embuches, & qu'il n'ait eu aucun deſ
» ſein de le tuer ; mais que Dieu par une di
», reciion particuliere de la providence, ait permis
22 qu'il ſoit mort de ſes mains ; je t'établirai un
» lieu d'azile, ou de refuge, où il pourra s'en
• fuir, & y être en ſureté. Mais ſi q#
»» S C
364 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» s'eſt élevé de propos déliberé contre ſon pro
» chain pour le tuer en trahiſon, & qu'il ſe
» refugie à mon autel, tu le tireras de là pour
» le faire mourir. Celui qui aura frappé ſon
» pere , ou ſa mere, ſera puni de mort. Si quel
, cun dérobe un homme & le vend, ou s'il
, eſt trouvé entre ſes mains, avant de l'avoir
,, vendu , on le fera mourrir de mort violente,
» ſans remiUion. Celui qui aura maudit ſon pe
» re, ou ſa mere, ſera de même puni de mort.
» Si quelques perſonnes ayant eu querelle en
» ſemble, & que l'une ait frappé l'autre d'une
» pierre, ou du poing , dont elle ne ſoit pas
» morte, mais qu'elle ſoit reduite à gardcr le
» lit ; ſi dans la ſuite elle quitte le lit, & qu'el
» le ſoit en état de ſortir de la maiſon , quoi
» que foible & appuyée ſur ſon bâton ; celui
,, ou celle qui l'aura frappé ſera abſous ; mais
» il la dédommagera de ce qu'elle aura perdu à
» cauſe de ſa maladie , pour n'avoir pit tra
», vailler 83 vaquer à ſes affaires & en payera
» tous les fraix. Si quelcun a frappé d'un bâ
,, ton ſon eſclave, homme, ou femme, & qu'il
» meure ſous ſa main, ou ſur le champ, des coups
,, qu'il aura reçus, on ne manquera point de
» le punir comme meurtrier ; mais s'il ſurvit
» un jour ou deux, le maitre qui l'a frappé
» n'en ſera pas puni ; parce qu'il l'a acquis de
» ſon argent, 83 qu'il n'eſt pas à préſumer qu'il
ait voulu le tuer, 83 ſe priver de ſon ſervice.
» Si des hommes ſe querellent & que l'un d'eux
» frappe une femme enceinte, qui ſeroit inter
•, venuë dans leur querelle , & qu'elle accouche
,, avant le terme ; s'il n'y a pas cas de mort ,
» il ſera condamné à l'amende, telle que le #
»» ClC
MIs E N C A T E C H I s M E. 36 ;
» de la femme la demandera , & il la donnera
» ſelon que les Juges en auront décidé. Mais
» s'il y a cas de mort de la mere ou de l'en
» fant, tu donneras vie pour vie, c. à d. tu
ôteras la vie à celui qui l'aura ôtée à un autre.
Il en ſera de meme de toute autre bleſſitre qu'au
za reçue quelcun de la part de ſon prochain :
La peine ſera toujours proportionnée à la bleſſure
faite : Ainſi l'on donnera " œil pour œil, dent
» pour dent , main pour main , pied pour pied,
» brulûre pour brulûre , playe pour playe,
» meurtriſſùre pour meurtriſſure ; c. à d. que ce
liti qui aura bleſſe un œil, caſſe une dent, eſiro
pié une main ou un pied, cauſé quelque brulure
85 meurtriſſure ou fait quelque playe, devra
être condamné par les Juges , à une peine qui
ait quelque proportion , ou quelque raport à la
playe qu'il aura faite, 85 au mal qu'il aura
,, cauſe. Si quelcun , par exemple, frappe l'œil
» de ſon ſerviteur ou de ſa ſervante, juſques
» à lui en ôter l'uſage ; il en ſera quitte pour
» ſon œil, & il en ſera de même de cclui qui
,, aura fait tomber une dent. '
D. Mais ſi le dommage fait au prochain , étois
cauſe par une bête qui appartint à autrui ; qu'en
de voit-il arriver * -

R. La loi de Dieu ordonnoit ſur cela ce qui


ſuit. " Si un bœuf, ou quelque autre bête de Exo4.
,, cette eſpéce, heurte de ſa corne un homme XX I. ,
» ou une femme, & que la perſonne en meu 28 - 36.
,, re ; le bœuf ſera lapidé ſans remiſſion, &
» l'on ne mangera point de ſa chair ; mais le
» maitre du bœuf ſera abſous ; il en ſera quitte
,, poitr la perte de ſa bête. Que ſi le bœuf avoit
» auParavant accoutumé de heurter de ſa cor
s» Ilº
g66 L'A N c I E N T E s T A M E N T
» ne, & que ſon maitre en eut été averti en
» préſence de témoins, & qu'il ne l'eut point
» renfermé ; s'il tué un homme ou une femme,
» le bœuf ſera lapidé, & on fera auſſi mourir
, ſon maitre. Que ſi le Juge , ou l'héritier du
» mort, lui impoſe une amende pécuniaire pour
» ſe racheter de la vie ; il payera la rançon
· ,, qui lui aura été impoſée. Si le bœuf heurte
» de ſa corne un fils ou une fille, libres, l'on
» en jugera auſſi ſuivant cette loi : mais ſi le
» bœuf heurte de ſa corne un eſclave, ſoit
» homme, ſoit femme, celui à qui eſt le bœuf
» donnera trente ſicles d'argent ( qui font 45.