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jsneu Barcelonès
BIBLIOTECA
X ■
ÉM. LEFRANC.

COURS COMPLET

DE

MYTHOLOGIE.
Paris— Typographie de Firmin Didot frères, rue Jacob, 56,
COURS COMPLET

DE

MYTHOLOGIE

POUR SERVIE A L'iNTELLICENCE

DES AUTEURS CLASSIQUES GRECS, LATINS ET FRANÇAIS,

PAR ÉM. LEFRANC,


PROFESSEUR AGRÉGÉ DE L'UNIVERSITÉ.

TROISIÈME ÉDITION.

LIBRAIRIE CLASSIQUE DE PERISSE FRÈRES,


PARIS, I LYON,
g, rue du Pot de Fer Saint-Sulpice. | 33, Grande rue Merrière.

1842.
PREFACE

Ce Cours de Mythologie fait suite anx ouvra


ges que j 'ai déjà publiés pour l'enseignement élé
mentaire. Il est destiné spécialement à la sixième ,
classe quî sert en quelque sorte d'entrée à l'ex
plication des auteurs. * .
Ces auteurs, même ceux qui ont écrit en prose,
sont en effet remplis de faits ou d'allusions my
thologiques, qui n'ent aucun sens pour les élèves,
s'ils n'y sont préparés d'avance, ou du moins s'ils
n'ont entre les mains un livre propre à leur en
fournir l'explication. Tel est le but du mien.
Il est pour ainsi dire le dépouillement mytho
logique des écrivains de la Grèce et de Rome ,
classé par ordre et avec la méthode qu'on a droit
d'attendre d'un ouvrage de ce genre. "
Après quelques observations sur la fable et
sur la science des mythes, je commence par don
ner une idée générale des divinités égyptiennes
qui reparaissent plus ou moins défigurées dans
la mythologie grecque ou romaine. 'J'ai pris la
théogonie d'Égypte, telle qu'on la trouve chez
les anciens, et non point telle que la présontent
les découvertes modernes. J'aurais pu, mettant
ij PKÉFACE.
à profit, les travaux des Allemands et des com
mentateurs français, surcharger mon ouvrage
de mots 1 que les élèves ne doivent point rencon
trer dans leurs études; mais c'eût été dépasser
le but que je me suis proposé. Ce que j'ai dit
d'ailleurs leur suffira pour lire avec fruit des
ouvrages plus savans, et . pour parcourir avec
intérêt le Musée Charles X, où M. Champollion
le jeune a montré tant d'érudition et de sagacité^
De l'Egypte et de quelques autres contrées,
dont la religion était peu connue des anciens, ou
n'est qu'indiquée vaguement dans leurs ouvrages,
je passe au véritable paganisme, c'est-à-dire à la
théogonie grecque et romaine, sans oublier les
rapports qu'elle peut avoir avec les, autres.my-
thologies. ...
Je ne me suis point créé d'avance un système,
comme d'autres ont cherché à le* faire récem
ment. J'ai raconté les faits tels qu'ils sont dans
les auteurs , les expliquant ou les éclaircissant au
besoin.
Je me suis surtout efforcé de conduire avec
clarté la généalogie des personnages mythologi
ques, jusqu'aux confins de l'histoire positive.
A chaque divinité, j'ai rattaché les fables qui
la concernent, les opinions des divers mytholo
gues , la série de ses enfans, de ses noms, de ses
■*
" De quoi m'eût servi en effet de citer des noms tels
que Gom , Djem , Phré , Mandou , Nofre , Atmpu ,
Imouth , Selk , etc. , qui ne se rencontrent que sur les
monuments hiéroglyphiques. *
PEJÉFACE. îij
surnoms , le détail de ses attributs et de son culte,
ainsi que la nomenclature des jeux , des fêtes, et
des sacrifices qu'on célébrait en son honneur,
de manière à présenter dans un cadre unique
tout ce que les païens savaient d'elle.
Il résulte de là, que ce Cours de Mythologie
se compose de deux parties distinctes ; l'une, qui
renferme la fable proprement dite, est propre
à servir de thèmes; l'autre, qui contient les di
verses listes, est destinée seulement à être con
sultée.
Pour faciliter les recherches, au lieu d'une
table méthodique des matières, j'ai dressé une
table alphabétique de tous les mots relatifs à la
fable, qui se trouvent au nqmbre'de plus de six
mille. C'est, à proprement parler, un index my
thologique de tous les auteurs classiques.
J'aurais voulu joindre à cet ouvrage une suite
■le gravures au trait qui servissent à la fois d'ex
plication et d'amusement. Diverses circonstances
m'en ont empêché pour cette édition ; mais, afin
d'y suppléer autant que possible, j'ai indiqué à
chaque article les principaux monuments my
thologiques , tant anciens que modernes, qui
existent dans nos Musées et dans les Musées
étrangers.
Je ne finirai point sans dire unmot del'Auguste
Élève dont une partie de l'instruction m'est con
fiée. Il a pris un vif intérêt aux récits mytho
logiques dont j'eBtremêle pour lui l'étude de la
langue latine; et comme il explique déjà les fables
de Phèdre , de courts extraits d'Ovide , de Vir
JV PRÉFACE. W
gile , d'Horace et des autres auteurs , il a trouvé
dans cette méthode l'utilité jointe au plaisir.
Puissé-je obtenir aussi le suffrage de la jeunesse
de nos écoles, à qui j'ai consacré jusqu'ici tous
les instans de ma vie !
COURS

DE MYTHOLOGIE.

§ i . — Coup cfœil général sur la Mythologie.

La vérité s'altère , mais ne périt point. Eternelle comme


celui dont elle émane , elle survit à toutes les révolutions
des empires , à toutes les erreurs des peuples ; la corruption
et l'ignorance ne peuvent rien contre elle , et tôt ou tard
le voile qui la couvre se déchire à la voix de Dieu.
Telle est en peu de mots l'histoire religieuse de l'huma
nité. Éclairée d'abord par le Créateur lui-même , à mesure
qu'elle s'est éloignée de son berceau , la vérité semble aussi
s être éloignée d elle , et l'idolâtrie , règne du mensonge ,
a commencé^sur la terre. Mais soit que la Fable ait pris,
comme en Egypte , un caractère symbolique ; matériel ,
comme chez les Phéniciens; astronomique, comme en Chal-
dée ; ou poétique , comme en Grèce ; politique, comme à
Rome , la vérité-, dérobée pour un temps par des forme»
trompeuses aux regards des hommes, se retrouve , par son
unité même, dans les allégories énigmatiques des Egyp
tiens , dans le culte grossier de la Phénicie , dans les
crovances savantes des Chaldéens , comme dans les fic
tions inépuisables des Grecs , dans les institutions des Ro
mains; et, chose remarquable , c'est aux lieux mêmes où
la Fable devait avoir le plus d'attraits ou de puissance , o;ue
la vérité a dissipe d'abord les illusions et placé le trône
du Christianisme.
La Mythologie peut donc être étudiée de deux manières ,
comme représentation plus ou moins infidèle de la vérité,
ou comme liée à l'existence des peuples , à l'histoire des
sciences et des arts qu'ils nous ont transmis. C'est sous ce
second rapport que nous l'envisagerons surtout , sans né
gliger toutefois les moyens d'instruction que nous offrira
le premier.
i
1 COURS
§ 2. — Origine et progrès de Cidolâtrie.
L'idée d'un seul Dieu se dénatura bientôt dans le cœur
des hommes. Privés de ce sentiment , ils adorèrent d'abord
le Soleil, roi des astres , image éclatante de la divinité. La
Lune, les Etoiles reçurent ensuite leurs hommages. On les
regarda comme des êtres animés , et ce culte fut appelé
Sabéisme.
Le culte des astres conduisit à l'idolâtrie des deux Prin
cipes : l'un, bon, représenté par les Planètes bienfaisantes ;
l'autre , mauvais , désigné par les Planètes nuisibles. Cette
superstition chaldéenne se répandit en Egypte et dans la
Perse (5) *, pénétra dans la Grèce, et passa jusqu'à Rome.
Le Ciel avait ses adorateurs; la Terre eut aussi les siens.
Les divers élémens , les mers , les fleuves , les fontaines
furent divinisés à leur tour, et, comme l'a ditBossuet, tout
devint Dieu , excepté Dieu lui-même ; tant il est vrai que
l'homme a besoin de reconnaître quelque chose de supé
rieur à son être !
Ainsi Dieu , méconnu dans sa nature , fut adoré dans ses
attributs, ou dans les œuvres de ses mains. L'homme obtint
aussi les honneurs célestes. Les exploits du courage , les
bienfaits de la puissance, les inventions utiles ; en vm mot,
les services signalés de tout genre devinrent des titres à
l'immortalité. On plaça dans les étoiles les âmes des mor
tels divinisés. Des autels , des fêtes , des temples furent
consacrés à leur mémoire , et ce culte , d'abord particulier
à certains pays, devint ensuite commun à toutes les na
tions.
De même qu'on avait adoré Dieu dans ses attributs ou
dans ses œuvres , la nature dans ses détails ou dans ses
effets , de même les qualités de l'homme , séparées de l'hom
me lui-même , ses sentimens et ses passions , ses vertus et
ses vices, donnèrent naissance à de nouvelles divinités. C'est
ainsi qu'on divinisa le courage , la bienfaisance , le g<:nie ,
la clémence , la colère , etc.
Enfin les dieux manquaient plutôt à l'homme que le
besoin d'en créer de nouveaux.
La Mythologie sera pour nous l'exposition générale du
paganisme , de ses mystères , de ses cérémonies , ainsi que
des fictions inventées par les poètes , les artistes et les phi
losophes.
* Les numéro: aont de» renvo's, non aux p'ge", ma * aux para
graphe»,
DE MYTHOLOGIE.
§3. — Origine des fables; leur division.
Ainsi la Mythologie touche à la fois aux traditions sa
crées, qu'elle dénature, et aux traditions historiques, qu'elle
embrouille ; et si toujours une erreur en amène d'autres ,
quel n'en dut pas être le nombre , lorsque tant de causes
se réunissaient pour les Accumuler : la vanité, cette première
maladie du cœur humain ; l'ignorance de l'écriture et de
la physique ; l'amour du merveilleux , si naturel aux hom
mes ; l'incertitude des récits , l'imperfection des monumens
«t de la chronologie ; la flatterie même, et tout ce qui peut
enfin accréditer les mensonges!
Alors la poésie s'empara de ces faits altérés, et les rendit,
par l'addition d'ornemens , de véritables fictions. La pein
ture marcha sur ses traces ; elle anima sur la toile les per
sonnages fictifs des poètes , et ces deux arts , réunis à la
sculpture, donnèrent une vie durable à des dieux dont l'exis
tence eût étépresque éphémère , sans le génie de l'homme.
Telle fut l'origine des fables, et, dans cette origine, il est
aisé d'en apercevoir la diversité. On en distingue en effet
quatre sortes principales :
Les fables historiques , où la fiction se mêle à la vérité;
Les fables allégoriques, où la fiction cache un sens mys
tique et détourné ;
Les fables morales , où la fiction donne des préceptes
<3e conduite;
Enfin les fables inventées à plaisir , où la fiction n'a
d'autre but que de plaire.
Presque toutes les fables doivent leur naissance aux peu
ples de l'Orient ; mais elles ne sont arrivées jusqu'à nous
qu'après avoir passé par l'imagination des Grecs , dont la
vanité nationale défigura tout, pour tout s'appropricr.Rome
n'eut point le même orgueil ; elle se contenta de vaincre
les peuples et d'adopter leur mythologie; mais cette adop
tion eut autant de puissance que le génie des Grecs , et ces
deux nations se partagèrent l'empire des idées religieuses
du paganisme.
§ 4- — Histoire des dieux d'Egypte. — Cneph. —
OEuf primitif. — Uranus et Gé. — Chronos.
C'est à l'Egypte surtout que la Grèce et Rome doivent
leurs dieux. On retrouve en effet dans leur mythologie
les divinités égyptiennes, défigurées par les fables, ou rêvé
4 COURS
rées sous leurs propres noms. Il est donc doublement utile
d'en connaître l'histoire.
La religion des Egyptiens était un -amas de fictions gros
sières ; mais leurs prêtres semblaient avoir une doctrine
plus pure et plus élevée , puisqu'ils admettaient , dit-on ,
un Dieu suprême , unique , éternel , l'immortalité de l'âme ,
enfin les peines et les récompenses futures. Les études as
tronomiques leur avaient dévoilé la plupart des lois qui
régissent les corps célestes ; mais ils cachaient soigneuse
ment leurs connaissances , ou les enveloppaient sous des
allégories que le peuple prenait à la lettre.
Le Créateur du monde étaitappelé Cneph ou Cnuphis. On le
représentait sous la figure d'un homme auteint azuré , por
tant un sceptre à la main, et sur la tête un plumage magni
fique. De sa bouche sortait l'œuf primitif, source de tous
les autres êtres. De cet œuflui-même sortait un autre dieu
que les Egyptiens nommèrent Opas , Aphthas ou Phthas,
la Grèce Hephœstos, et Rome Vulcain\^i). Cneph était
encore peint sous la forme d'un serpent à forme d'épervier,
symbole de la sagesse et de la pénétration.
Ici commence la généalogie des dieux égyptiens.
Hypsiste de Byblos , qu'on nomme encore Elion ou le
Très Haut , épousa Béruth , et de leur mariage naquirent
Uranuset Ge, dontles Grecsqnt fait le Ciel et la Terre (10).
Hypsiste mourut à la chasse et fut déifié ; les Phéniciens
même le regardèrent dans la suite comme le père des
dieux.
Uranus , premier roi des Atlantes, en Afrique, eut qua
tre fils, Chronos , Bétyle , Atlas et Dagon. Les Grecfont
conservé le nom du premier , et les Romains en ont fait
leur Saturne ( 21-24. )•
On figurait Chronos avec quatre yeux , dont deux pa
raissaient endormis, pour signifier qu'il unissait la vigilance
au sommeil. A ses épaules tenaient quatre ailes , dont deux
étaient reployées, pour marquer qu'il joignait le repos au
mouvement.— Musée Charles X, n° 444 à 445, n° 68.
g 5. — Osiris et Typhon. — Les deux Principes.
Chronos eut pour fils Osiris*, et pour fille Tsis. Nés d'une
même couche , ils régnèrent ensemble en Egypte. Parleurs
soins , les mœurs s'adoucirent , l'agriculture fleurit , et de

* Il y a eu plusieurs Osiris ; c'est l'Osiris troisième qui a le plu»


de rapport avec la mythologie grecque et romaine.
DE MYTHOLOGIE. 5
sages lois consolidèrent leur puissance en même temps que
le bonheur de leurs sujets.
Osiris avait formé le projet de porter sur toute la terre
les bienfajts de la civilisation. Il voulut que , pendant son
absence , Isis partageât l'administration de l'Egypte avec
Hermès ou Mercure , son ministre. Hercule devait com
mander les troupes. Osiris partit accompagné à' Apollon ,
son frère, d' Anubis et de Macédon, ses fils, et de Pan, à
la tête d'une armée composée d'hommes et de femmes. 11
pénétra d'abord chez les Ethiopiens, où les Satyres vinrent
se joindre à lui. L'Arabie le reçut ensuite ; il visita la plu
part des royaumes de l'Asie et de l'Europe , et, tout à la
fois conquérant et bienfaiteur de l'humanité, il répandit en
tous lieux les lumières , les lois et la religion.
De retour en Egvpte , il trouva les esprits disposés
à la révolte. L'ambitieux Typhon , son frère , époux de
Nephtys , était l'auteur de ces troubles. Osiris , naturelle
ment doux et pacifique , essaya de le ramener à son devoir
Sar les seules amies de la persuasion; mais il fut victime
e sa générosité; Typhon l'assassina secrètement , et , mu
tilant son corps , il en partagea les membres aux complices
de son crime. Selon d'autres , il l'enferma dans un coffre
et le jeta dans le Nil. Isis , après beaucoup de recherches,
trouva les restes de son époux sur les côtes phéniciennes ,
où les flots les avaient amenés. Mais Typhon lui déroba ce
précieux dépôt , que ses partisans se divisèrent.
L'inimitié de Typhon et d'Osiris s'était auparavant ma
nifestée dans une autre circonstance. Le second avait en
fermé dans un œuf douze figures pyramidales blanches ,
pour marquer les biens infinis dont il voulait combler les
hommes; mais le premier ouvrit cet œuf, et y introduisit
secrètement douze pyramides noires, de sorte que le mal se
trouvait toujours mêlé avec le bien ; symbole des deux
Principes du bien et du mal, qui portaient, l'un, le nom
d' Agalho-Dcemon , l'autre , celui de Caco-Dœmon. Les
Perses appelaient l'un Orosmase ou Oromaze, et l'autre,
Arimane ( 2 ).
Musée Charles X , Nephtys , n° 620 à 667.
§ 6. — Isis. — Attributs d'Osiris.
Isis , pour venger son époux , assembla promptement
des troupes. Elle en confia le commandement à son fils
Orus , qui vainquit l'assassin en deux batailles rangées , et
recouvra les membres épars de son père. Pour honorer ces
6 COURS
tristes restes, Isis fit faire autant de statues de cire, repré
sentant Osiris , qu'il se trouvait de morceaux , et en mit
un dans chacune d'elles. Puis , ayant convoqué les prêtres
de l'empire , elle leur distribua ces statues , en leur pres
crivant de rendre les honneurs divins à son époux , et de
le représenter sous des symboles vivans et multiples.
Isis , après sa mort , reçut , comme sou mari , les hon-
neursdivins, et comme ils avaient, durant leur vie, tourné
tous leurs soins vers l'agriculture, les prêtres représentè
rent l'époux sous l'emblème d'un bœuf, et la femme , sous-
celui d'une génisse. Le bœufse nommait Apis, la génisse, lo-
On figurait Osiris , le front orné d'une mitre , sous la
quelle sortaient deux cornes. Quelquefois il tenait de la
main gauche un bâton , et de la droite un fouet. On lui
donnait aussi la tête d'un épervier.
Osiris , en effet , dont le nom signifie plusieurs yeux ,
passait pour le soleil, qu'il était allé , dit-on , habiter après
sa mort , pour s'incorporer avec cet astre, comme Isis était
elle-même devenue la lune. Le fouet animait les chevaux
attelés au char du soleil j le bâton lui servait de soutien à
l'équiiioxe d'automne , et l'épervier lui convenait parfai
tement par sa vue perçante et son vol rapide.
On lit, dans uneinscription que l'on a trouvée sur d'an
ciens monumens : « Saturne, le plus jeune des dieux, est
mon père. Je suis Osiris. J'ai conduit une armée jusque dans
les déserts de l'Inde; j'ai parcouru la plus grande partie du
monde , visité l'Ister et les bords de l'Océan , et répandu
des bienfaits sur tous les habitans de la terre. » — C'est le
soleil qui parcourt , éclaire et vivifie tout le globe.
On célébrait en son honneur des fêtes appelées Pamyties ou Paa-
mylies, dans lesquelles on portait en procession la statue d'Osiris
Faamylès. Ces fêtes suivaient immédiatement la moisson.
Statue d'Osiris, de la villa Pinciana. — Tombe égyptienne dé
couverte par Belzoni; Osiiis est assis sur un trône soutenu par des
colonnes. — Muste Cliarles X, n" 46o à 55o.
§ 7. — Du bœuf Apis.
Le simulacre vivant d'Osiris était Apis. Ce bœuf devait
être noir par tout le corps, avoir une tache blanche et car
rée sur le front , porter la figure d'un aigle sur le dos ,
celle d'un escarbot sous la langue , et sur le côté droit ,
une marque blanchâtre pareille au croissant de la lune.
Quand ou avait découvert un taureau propre à représenter
Apis , on le laissait quarante jours dans la ville du Nil
avant de le conduire à Memphis. Là des femmes le ser-

DE MYTHOLOGIE. 7
vaient, et seules , av»ient le droit d'en approcher. Enfla
on l'exposait aux yeux du peuple.
Pendant sept jours , les prêtres le promenaient avec so
lennité. Chacun s'empressait de le recevoir dans sa maison,
et l'on croyait que son haleine communiquait aux enfans
le don de prophétie. Lorsqu'il avait vécu le temps prescrit
par les livres sacrés, les prêtres le conduisaient sur le bord
du Nil, le noyaient avec les cérémonies prescrites, l'em
baumaient ensuite, et lui faisaient de magnifiques funé
railles.
Apres la mort du bœuf Apis , les Egyptiens se livraient
aux lamentations, comme s'ils venaient de perdre Osiris,
et les prêtres se coupaient les cheveux en signe de deuil.
De toutes parts on cherchait un nouvel Apis, et lorsqu'il
paraissait enfin aux regards , la joie faisait place à la dou
leur comme si l'on revoyait Osiris lui-même. On l'adorait
ainsi jusqu'à sa mort , et l'on parcourait toujours le même
cercle de superstitions.
Apis avait à Memphis deux établcs, ou plutôt deux
temples , où cette étrange divinité rendait des oracles. S'il
mangeait la nourriture présentée, c'était un augure favo
rable; un signe funeste , s'il la refusait. Quand on venait
le consulter , on brûlait de l'encens sur l'autel , et l'on y
déposait une pièce d'argent ; puis on approchait l'oreille
de sa bouche , et l'on se retirait silencieusement du temple;
le premier son qu'on entendait alors était pris pour la ré
ponse du dieu ; facile oracle d'une interprétation plus facile
encore.
Musée Charles X, B., n° 166 à 181.
§ 8. — Attributs d'Isis. — Son culte et ses surnoms.
Isis ne reçut pas moins d'honneurs que son époux. On
croyait que les inondations périodiques du Nil étaient pro-
1 duites par les larmes qu'elle avait répandues depuis la
mort d'Osiris , et c'est pour cette raison sans doute que la
féte de cette déesse était célébrée dans le temps où. le fleuve
commence à grossir.
Isis passait aussi pour la Nature, ou la mère de toutes
choses , et ses différons attributs l'ont fait confondre avec
Cybèle , Crrès , Proserpine , Junon , Minerve, Vénus,
Diane, la Lune, Hécate, Bellone et Rhamnusie. On la re
gardait encore comme la déesse de la mer. Elle était ho
norée dans presque toutes les villes de l'Egypte; mais sur
tout à Bubaste, à Copte et dans Alexandrie. Son culte
8 COURS
pénétra dans la Grèce, à Rome, et jusque dans les Gaules.
On représente Isis , tantôt sous les traits d'une femme
avec les cornes d'une vache , symbole des phases de la lune ,
tenant de la main droite un sistre (9) , et de la gauche un
vase; tantôt elle laisse flotter un voile'; la terre est sous ses
pieds ; sa tète est couronnée de tours , pour désigner à la
rois la grandeur et la stabilité. Quelquefois elle porte un
carquois et des ailes sur l'épaule , une corne d'abondance
dans la main gauche, dans la droite un tronc surmonté du
bonnet et du sceptre d'Osiris, une torche ardente et des
terpens qui s'enlacent autour de son bras ; quelquefois elle
est peinte avec une tète d'ibis, oiseau d'Egypte qui res
semble à la cigogne. Les Romains la représentent encore
entortillée d'un serpent, qui, des jambes, se glisse sur son
sein , comme pour aller se nourrir du lait de ses mamelles.
Isis était surnommée Myrionyme, pareequ'on la représentait sous
toutes sortes de formes , et qu'on lui donnait un grand nombre de
noms ; Patricia chez les Romains; Petagia, parecque l'Egypte a la
forme d'un lac immense lorsqu'elle est inondée par les eaux du Nil ;
Satutaris diva, parcequ'elle inspirait, croyait-on, aux malades,
durant le sommeil, les remèdes qui leur convenaient ; lliesmophore,
parcequ'elle était regardée par les Egyptiens comme législatrice des
initiés et des prêtres; Thermutis, comme vengeresse des crimes, etc. -
Isis de granit vert, à Turin. — Musée Charles X , n° 55 1 à 622.
— Isis salutaire, au Vatican.
§ 9. — Fête du vaisseau d'Isis. — Du Sistre. —
Table Isiaque. — Prêtres d'Isis.
Comme déesse de la Nature, Isis avait au bas de ses sta
tues l'inscription suivante :
« Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui
?iîra ; nul mortel n'a pu soulever le voile qui me couvre ;
et si l'on veut connaître mes ouvragés, c'est moi qui ai fait
le Soleil. »
Les Egyptiens célébraient annuellement la fête du vais
seau d'Isis , considérée comme reine de la mer. Cette fête
avait lieu dans le mois de mars , à l'époque où la naviga
tion recommence. On implorait sa protection pour la rendre
heureuse. On portait sur un vaisseau richement équipé des
corbeilles remplies de diverses matières; on levait l'ancre
comme pour abandonner le navire à la merci des vents. Les
Grecs et les Romains adoptèrent cette fête et la célébrèrent
avec une magnificence inouie.
On se servait , dans les cérémonies religieuses d'Isis , d'un
instrument de musique appelé Sistre. C était une lame de
DE MYTHOLOGIE. 9
métal sonore , d'une forme ovale , ornée de la tête d'Isis à
droite, de celle de Ncphthys à gauche (5), et d'un sphinx
aumilieu; la circonférence en était de partet d'autre percée
de divers trous ; par ces trous passaient plusieurs verges
de même métal, terniinces en crochet à leur extrémité;
au bas de l'instrument se trouvait une poignée par laquelle
on le tenait à la main ; on agitait cet instrument avec ca
dence pour lui faire rendre un son. On l'emplovait dans les
sacrifices, pour marquer le mouvement perpétuel de l'u
nivers. C'était surtout dans les fêtes relatives à la crue du
Nil qu'on en faisait usage. Il servait aussi de trompette à
la guerre.
Il nous reste, sur les figures et les mystères d'Isis, un mo
nument remarquable , la Table hiaqite, découverte l'an 1527 dans
le sac de Rome par les Impériaux. On y voit presque tous les dieux
égyptiens jouant , pour ainsi dire, comme sur uu théâtre, plusieurs
actions distinctes, où les mêmes personnages reviennent souvent,
et se trouvent répétés dans une même action. II est probable qu'elle
renferme l'histoire d'Isis et des dieux d'Égypte , ou quelque système
caché de la religion du pays. Mais les savans n'ont pn nous en donner
qne des explications incertaines et confuses.
Les prêtres d'Isis s'appelaient Jsiaquts. Ils étaient revêtus de
longues robes de lin, et s'enveloppaient les pieds de l'écorce du
papyrus, dont ils avaient les premiers enseigné l'us3ge. Après avoir,
au lever du soleil, chanté les louanges de la déesse , ils partaient
avec une besace et une clochette, et parcouraient les rues en de
mandant l'aumône. Ils s'abstenaient de la chair du porc et du mou
ton , de tout mets salé , et ne buvaient pas de vin pur. Mais il paraît,
au rapport de Cicéron, que sous cet extérieur austère ils cachaient
des mœurs dépravées. — Prêtresse d'Isis, musée du Capitole.
On célébrait à Rome, en l'honneur d'Isis, des fêtes appelées
isées t dans lesquelles on portait des vases remplis de froment et de
seigle, parcequ'elle passait pour en avoir appris l'usage aux hu
mains; et des jeux nommés Isclastiques f où l'on accordait aux
athlètes vainqueurs le privilège d'entrer en triomphe, non parla
porte, mais par une brèche, dans leur ville natale , et d'être nourris
le reste de leurs jours aux dépens du public.
S 1 0. — Hermès Trismégiste. — Hercule ou Chon.
. — Attributs dû Typhon.
Hermès, surnommé Trismégiste , grand-prêtre ou con
cilier d'Isis , était un philosophe égyptien à qui l'on devait
l'invention des hiéroglyphes ou de l'écriture , les premières
lois civiles, les principes des mathématiques, et la division
du jour en dquze heures, Pendant son administration , il fit
fleurir le commerce et les arts dans toute l'Egypte; il
forma la langue, et régla jusqu'à l'harmonie des phrases;
.il apprit, aux peuples 1 arpentage, la lutte et ^ ^ il
10 CODKS
inventa la lyre , à laquelle il mit trois cordes ; et c'est lui
qui , scion les Egyptiens, a planté l'olivier. Par reconnais
sance , ils donnèrent d'abord son nom au premier mois de
l'année ; bientôt après , ils le rangèrent parmi les dieux, et
c'est de cette divinité, qui se nommait en égvpt'cn Tlioth,
Thaut ou Théir, que les Grecs ont fait en partie leur Her
mès , et les Romains leur Mercure (209).
Hercule ou Chon, intendant des provinces, signala son
courage et son génie par de grands exploits , et lorsqu'il
eut soumis une grande partie de la terre, il éleva vers
l'extrémité de l'Afrique cette fameuse colonne que les Grecs
n'ont pas manqué d'attribuer à leur Hercule.
Quant à Typhon, il était, pour les sages, l'emblème du
mauvais génie de la terre, dont Osiris était le bon ; pour le
vulgaire, il était le monstre aux cent tètes, à la bouche en
flammée, aux jambes de serpent, qui força tous les dieux
réfugiés en Egypte de se cacher sous diverses formes , et
c'est en mémoire de ces métamorphoses qu'on rendait un
culte solennel à certains animaux , et même à certains lé
gumes, qui passaient pour sacrés (35).
On a cru voir aussi dans ce Typhon le vent du midi , le
Khamsin si redouté des Egyptiens, à cause deschaleurs ex
cessives et des sécheresses funestes qu'il y cause.
On représentait Typhou tantôt sous la figure d'un loup
énorme, tantôt sous celle du crocodile ou de l'hippopo
tame, animaux aussi redoutables par leurs artifices que
par leur cruauté. Le plus souvent il était peint sous les
traits d'un homme laid et roux; on n'immolait que des
bœufs roux en son honneur, et l'âne , dont la couleur, en
Egypte, est ordinairement rousse , était son animal favori.
Musée Charles X; Chon, n"> 8 à £5; Typhon, n° 767 à 778;
Tholh, n° 390 à 34 1 -
§11. — Enfants d'Osiris et d'Isis. — Bulus ou Buto.
Osiris eut plusieurs enfans : Oriis , Bubastis , Macédon,
Anubis , Harpocrale.
Orus, Horusou Cœmius, mot qui signifie visible, monta
surle trône de son père qu'il avait vengé de Typhon; mais à
son tour il succomba sous les princes Titans, qui le mirent
à mort. Isis retrouva son corps dans le Nil, lui redonna la
vie, le rendit immortel . et l'instruisit dans la médecine et
la divination. Orus combla l'univers de ses bienfaits. On
le dépeint sous la figure d'un jeune enfant, tantôt vêtu
d'une ttiuique, tantôt dans les langes, couvert d'un habit
DE MYTHOLOGIE. Il
bigarré. D'une main il tient un fouet , et de l'autre un bâ
ton , dont le bout est termine par une tète d'épervier. C'est
un emblème du soleil, que représentait Orusj aussi les
Grecs en ont-ils fait leur Apollon (107).
Bubastis, sa sœur, mot qui veut dire chai , est devenue
leur Diane (1 33). On célébrait tous les ans, en son hon
neur , une fête magnifique. On s'y rendait de toutes les
parties de l'Egypte 5 et le nombre des adorateurs allait
quelquefois jusqu'à sept cent mille.
Buius ou Buto, nourrice d'Orus et de Bubastis, fut
transformée par les Grecs en Latone. Isis , obligée de fuir
les persécutions de Typhon, confia ses enfans à Buto, qui
se retira dans l'île de Chemmis , située près de la ville de
Butus. Dès ce moment, l'île hospitalière devint flottante
pour rendre vaines les recherches de l'implacable Typhon.
Macédon partagea les honneurs divins qu'on rendit à son
père. On le représentait couvert d'une peau de loup, et
de là vient la profonde vénération que l'Egypte avait pour
cet animal.
Anubis était adoré sous la forme d'un chien , ce qui le
fait appeler Cynocéphale par les Grecs , et Latrator par
Virgile. Les uns le font fils , les autres frère d'Osiris; enfin
plusieurs croient qu'il est le même que Mercure , parce-
qu'il porte quelquefois un caducée sous le nom dUHerma-
nuhis. De l'Egypte, son culte s'étendit en Grèce et dan»
l'Italie.
§ 12. — Harpocrate. — Ses attributs et son culte.
Isis mit au jour Harpocrate avant terme ; aussi uaquit-i!
si faible qu'il conserva l'attitude des enfans dans le sein ma
ternel , v-'est-à-dire , les mains sur la bouche ; c'est de là
qu'il fut adoré comme le dieu dusiler.ee, dont cette atti- ,
tude est le signe. Quelques uns l'ont pris pour un philo
sophe qui parlait peu. D'autres racontent qu'Isis l'ayant
perdu jeune encore , résolut de le chercher par terre et par
mer , et qu'en cette occasion elle ajouta les voiles aux rames.
Ce trait a fait croire qu'Harpocrate est le même qu'Orus.
La statue d'IIarpocrate se trouvait à l'entrée de la plu
part des temples , comme pour commander le silence ou la
discrétion.
On représentait Harpocrate sous la figure d'un jeune
homme , quelquefois nu , couvert quelquefois d'une robe
traînante , et couronné d'une mitre égyptienne. Sa tête
est tantôt rayonnante , tantôt surmontée d'un panier ;
13 CODRS
d'une main il tient une corne d'abondance, et de l'autre
une fleur de lotus. Un carquois flotte sur ses épaules.
Ces divers attributs l'ont fait prendre pour lé soleil , dont
le carquois exprime les rayons , et la corne , la vie qu'il
.donne a tous les êtres. Le lotus est dédié d'ailleurs au soleil ,
parceque cette fleur s'ouvre, dit-on, au lever de cet astre,
et se ferme à son coucher.
On offrait à cette divinité les lentilles et les prémices
des légumes ; mais c'est le pêcher qu'on lui consacrait par
ticulièrement , parce que les feuilles de cet arbre ont la fi
gure d'une langue , et son fruit celle du cœur , emblème
du parfait accord qui doit exister entre le cœur et la langue ,
entre les pensées et les paroles.
Musée Charles X: Horus, n» 668 à 746; Bubastis, n° 747 à
75o ; Anubis , n° 751 à 776 ; Bulo, n° 91.
§ i3. — Pan. — Ses attributs. — Ammon Neitk.
Isis passait pour la déesse universelle; Pan , dont le nom
signifie tout en grec , fut regardé comme l'univers entier.
Il avait suivi l'époux d'Isis dans son expédition des Indes.
C'est à lui qu'était dù l'ordre admis dans les batailles , et
le partage des troupes en deux ailes , disposition que les
Grecs et les Romains appellent les cornes d'une armée.
On représente Pan sous la figure d'un bouc , symbole
de la fécondité de la nature. Ses cornes expriment les
rayons du soleil ; son teint vif et rouge , l'éclat des cieux ;
l'étoile qu'il a sur l'estomac , le firmament ; enfin les poils
dont sont hérissés ses jambes et ses pieds , les parties infé
rieures du monde , la terre , les bois et les plantes (187).
On a donné plus tard une autre origine à cette représen
tation. Ce fut Pan qui conseilla , dit-on, aux dieux réfu
giés en Egypte de se transformer en animaux; il prit lui-
même la figure d'un bouc (35). t
Ce dieu jouissait d'un tel crédit en Egypte , qu'on voyait
ses statues dans tous les temples , et qu'on avait b3ti , dans
la Thébaïde , en son honneur , une ville nommée Chem-
mis ou.jWlle de Pan. Mendès , dont le nom signifie Pan
et bouc , entretenait un bouc sacré, dont la mort, comme
celle du bœuf Apis , était suivie d'un deuil universel.
On retrouve encore les attributs du soleil dans YAm
mon ou YHammon des Egyptiens, qu'on représentait avec
des cornes de bélier , image des rayons solaires. L'Egypte
l'honorait comme le père de toutes choses. Il suffisait d'in
voquer son nom pour obtenir l'abondance des biens. Cette
DE HYTHOLOGIE. l3
ition passachez les Romains, qui le regardèrent com
me le conservateur de la nature.
Neith ou Sais, était la Minerve égyptienne (79). On la
surnommait Nitocris. Dans la fête qu'on célébrait en son
honneur , on allumait des lampes dans toutes les maison»
de la place où. se faisait le sacrifice solennel. La brebis était
le symbole vivant de cette divinité. La table isiaque(g) la
[ représente assise , pour montrer la stabilité de la sagesse.
Musée Charles X: Ncith, n" 91 à 106; Ammon, n° 5o à 80;
Pan , n» 1 .
§ î/j. — Océanus ou le Nil. — Canope.
Les Egyptiens avaient divinisé le Nil, appelé d'abord Ocea-
mès, Océanus , ou père de tous les dieux (217); puis Aé-
tos, aigle, à cause delà rapidité de ses ea\\yi;Y>ms JEgyptus ,
enfin Nilus , du nom de deux rois du pays. On le nommait
encore Triton, Ypéus etSiris , abréviation d'Osiris.
1 LeNilétait trop utile aux Egyptiens pour n'avoir pas été
mis au premier rang parmi les dieux de ccpeuple. L'Egypte,
qui se vantait d'être fille du Nil et de la nymphe Memphis,
l'adora sous le nom d'Osiris. La fertilité produite par ses
debordemens périodiques lui fit donner le nom de Sau
veur , de Soleil , de Père et de Dieu.
On célébrait en son honneur les fêtes Niloennes. On y
portait encore en grande pompe les figures d'Osiris et d'Isis ,
dont les images réunies symbolisaient le mariage de l'E
gypte , prise pour Isis , avec le Nil , pris pour Ôsiris.
Ce fleuve , ou plutôt le dieu des eaux , était représenté
par un vase percé de toutes parts , qui s'appelait Hydria.
La prééminence lui fut un jour disputée parles Perses, qui
l'accordaient au Feu , leur grande divinité. Les prêtres
égyptiens placèrent Hydria sur un brasier ardent ; mais
te trous du vase , bouchés adroitement avec de la cire ,
laissèrent échapper l'eau qu'il contenait, le feu s'éteignit,
l«t le Nil fut vainqueur.
Slalue du Nil, à Paris; sphinx, corne d'abondance, faisceau
d'épis; seize enfans, image des seize coudées où le Nil s'élève quel
quefois. — Musée Charles X , n°»7, ia4 bit.
Outre Océanus , l'Egypte avait son dieu particulier des
siux • c'était Canope , qu'on croit avoir été le pilote ou
Mutôt l'amiral de la flotte d'Osiris pendant son expédition
les Indes ; et comme après sa mort il fut mis au rang des
livinités , on publia que son anie était passée dans l'étoile
[ni porte son nom.— Musée Charles X, B. n° 61 à 63,
Un Canope , au cabinet des Antiques.
COCBS
§ i5. — Sépulture des morts. — Charon. —
Animaux et légumes sacrés.
Les Egyptiens n'avaient que quatre génies particuliers
aux enfers: néanmoins la sépulture des morts avait été pour
eux l'objet d'une cérémonie fameuse. Avant d'arriver aux
belles campagnes destinées à l'inhumation , il fallait tra
verser le lac Acherusia , situé près de Mempliis et d'Hé-
liopole (25i). On exposait les morts sur le rivage; là , leur
vie était soumise à un examen sévère , et, selon la nature
du jugement, le batelier, en égyptien Charon (a5G), pou
vait les recevoir dans sa barque , appelée Baris , ou bien
ils étaient privés des- honneurs de la sépulture. Sur les
bords du lac , erraient les âmes de ceux qui n'avaient eu
ni vertus ni vices. Purifiées par ses eaux, elles étaient enfin
admises dans le séjour de la paix éternelle. Orphée , dans
son voyage , recueillit ces opinions, que les Grecs adoptè
rent avec enthousiasme.
Ces détails suffisent pour donner une idée de la Mytho
logie égyptienne. Deux choses la caractérisent : la pre
mière , c est que toutes les divinités de ce peuple se rap
portent, les unes au soleil, les autres à la lune ; la seconde,
c'est que la plupart d'entre elles étaient représentées avec
une tête d'animal. C'est ainsi que le bœufétait le symbole
vivant d'Osiris ; Y-ibis , d'Isis ; lefaucon ou Yépervier ,
d'Orus ; Ycelurus ou chat, de Bubastis ; Yichneumon , de
Latonc ; le loup ou le crocodile , de Typhon ; le cynocé
phale ou le chien , d'A.nubis ; le bouc , de Pan , etc.
Outre ces animaux sacrés , on comptait encore : le Phénix, sym
bole de l'éternité ; le Porc, inventeur du labourage; ['Escargot ou 1«
Scarabée, emblème du Soleil; le Serpent, forme de l'éternité; W
Vautour, figure ou métamorphose de Minerve.
EnGn , l'Egypte avait admis au nombre des légumes sacrés l'Ail
les Ognons, les Poireaux, les Fèves,etc. « Heureux peuple ! dit Juvénaî
dont les dieux croissaient dans les jardins. >
Musée Charles X, G,, section des Scarabées.
§ i5 bis. — De quelques traditions babylo
niennes , chaldéennes , pliéniciennes , syrien,
nés , etc. —, Baal. — Céleste. — Dagon. — Der
célo. — Èlagabale. — Moloch. — Nabo. -
Pataïques. — Taaut.
Nous ne choisirons, parmi ces traditions , que celles qui peuvei
avoir quoique rapport avec la mythologie grecque ou romaine.
Baal , qu'on nomme aussi Beel, Bel, Bèlus, divinité principa
des Phéniciens, était également adorée chez plusieurs peuples <
DE MYTHOLOGIE. 1$
l'Orient, tels que les Babyloniens, les Chaldéens, elc. On lui sacri
fiait des victimes humaines, et de la vient qu'on le confond quel
quefois avec SaturDe (21). D'autres y retrouvent l'Uercule tyrien,
ou Mars , ou Jupiter. Mais , selon toute apparenre , le nom de Baal ,
qui signifie seigneur, n'est autre chose que le Soleil , dieu suprême
de l'Orient (100).
Céleste, divinité phénicienne et carthaginoise , est la même chose
que Vénus-Uranie (1 47)- Héliogabale fit venir sa statue de Carthage
à Rome, afin de l'épouser publiquement, et força les sénateurs de
lui faire des présens de noces.
Dagon était l'une des principales divinités de la Phénicic, qui le
représentait sous la forme d'un Triton (226). Le» uns le prennent
pour Saturne, d'autres pour Neptune ou Vénus, d'autres encore le
regardent comme un des fils de Cœkis et comme l'inventeur du
labourage , d'où lui viennent les surnoms A'Agrotès et à.'Aratriut.
Dercèlo, Derciiis ou Dercè, grande divinité des Syriens, était
adorée dans Ascalon. On la représentait sous la figure d'une femme
depuis la ceinture jusqu'en haut ; la partie postérieure se terminait
en poisson. Elle donna le jour à la fameuse Sémiramis , qui dans la
suite divinisa sa mère et lui bâtit un temple. En mémoire de cette
prétendue métamorphose , les Syriens s'abstenaient de manger du.
poisson , animal pour lequel ils avaient beaucoup de respect. Quel
ques auteurs la confondent avec Atargatis, qu'on figurait sous les
traits d'une Sirène; et, d'après la ressemblance qu'on a découverte
entre Neptune et Dagon (221), on en a conclu que Dercéto pouvait
bien être la même qu'Amphitrite. Ovide la fait fille de Nisus.
Élagabalc est une divinité de l'Orient qu'on croit la même que
le Soleil (100). Émèse, ville de la Syrie, l'adorait principa
lement sous la forme d'une grande pierre conique. L'empereur Hé-
liogabale , qui dans sa jeunesse avait été prêtre de ce dieu .résolut
d'en établir le culte dans tout l'empire. 11 fit apporter d'Émèsc à
Rome la statue du dieu , lui bâtit un temple magnifique , y fit trans
porter tout ce que la religion romaine avait de plus vénérable , et
défendit de reconnaître d'autre divinité que son dieu. Son succes
seur, Alexandre Sévère , supprima ce culte.
Moloch, Molech ou Milchom , divinité des Ammonites , était le
même que Saturne (21). On lui sacrifiait des victimes humaines.
Son culte fut apporté par des Phéniciens, qui le portèrent à Car
tilage.
Nabo on Nébo , l'une des divinités assyriennes , était la même que
la Lune (i32), et tenait le premier rang après Baal. La plupart de»
rois de Babylone portaient le nom de ce dieu joint au leur propre :
fiabo-Nassar, Nabo-Polassar, Nabo-Chodonosor, etc.
Les Palaiques étaient des divinités dont les Phéniciens mettaient
les figures sur la poupe de leurs vaisseaux. Ces dieux ressemblaient
à des Pygmées (60).
Taaut , Taaulès ou Taaulus, dieu des Phéniciens, est ordinaire-
mentTegardé commcle même que le Saturne des Latins (21) , et le
Thoth , ou Mercure Trismégisle de la mythologie égyptienne (10);
de là vient qu'on lui fait honneur de l'invention des lettres. De»
•Weur» eu fout un descendant des Titans.
COURS

§ îG. — Histoire des dieux de la Grèce et de Rome.


— D'Achlys ou de Caligo. — Du Chaos, de Dé-
rnogorgon , de l'Erèbe, de la Nuit , etc.
L'univers était peuplé de dieux avant qu'on réduisît les
Mythes en système , et comme il arrive dans toutes les
sciences , la théorie n'est venue que d'un pas tardif. C'est
à cette théorie qu'il faut s'attacher , pour se faire une idée
nette de la religion païenne , et l'on reconnaîtra , dès le
début , combien les conceptions de l'homme sont faibles ,
lorsqu'elles n'ont pour appui que l'homme lui-même.
A la tête de toutes les divinités dont Varron , le plus sa
vant des Romains , élève le nombre à trente mille, les uns
placent la déesse des Ténèbres , Achlys chez les Grecs ,
Caligo chez les Romains ; les autres , le Chaos , son fils ;
masse informe et grossière , où tous les élémens étaient
confondus avant la formation du monde. Un être supérieur,
que lesGrecsappelaient Démogorgon ou génie de la Terre,
débrouilla cette matière confuse , et l'univers prit, sous sa
main , un aspect régulier.
Chaos de Raphaël; allégorisé par Diepen-Buke.
lie Chaos eut pour enfans YErèbe et la Nuit (255). Dé
rnogorgon passe pour le père du Soleil , de la Discorde ,
de Pan , des trois Parques et de Pitho , déesse de la Per
suasion. Il habitait au centre de la terre ( 99, 269, 186
aSg et 167).
La Nuit enfanta d'elle-même Némésis et la Fortune
mère de la Nécessité, les Parques , les Hespérides , le
Songes , la Discorde , le Destin , la Mort , Montas et h
Fraude ( 262 , 292, , 259 , 268 , 269 , 17 , 267 et 1 9 ) ; d(
l' Erèbe , elle cut le Jour ou la Lumière , YEther , Charon
Epaphus , Epiphron , XEmulation , la Complainte.
I/Ethcr et le Jour eurent pour fille T/ialassa, la raêrai
que Téthys , qui s'unit à Pontus , ancien dieu de la mer
le même que l'Océan , et d'où naquirent Phorcys, Thau
mas , Nérée , Eurybie , Céto et la Terre (217 , 219
028. )
Qu'on nous pardonne ici , comme en quelques autre
endroits, desèches généalogies en faveur delà clarté qu'elle
doivent jeter sur la science mythologique, .
DE MYTHOLOGIE. »7
§ 17. — Du Destin et d'Eviterne.
La Nuit eut du Chaos le Destin , YEimarmené, des
Grecs, et le Fatum des Romains. ('
On supposait le Destin aveugle , et tout obéissait à ses
lois. Sous ses pieds est le globe de la terre , et dans ses mains
l'urne qui renferme le sort des mortels. Un sceptre et une
couronne surmontée d'étoiles indiquent sa puissance sou
veraine. Les dieux mêmes lui sont soumis. Les décrets du
Destin , qu'ils doivent consulter , sont écrits dans un livre
fatal placé sur un autel de fer. Personne ne peut les chan
ger , personne ne peut en éviter l'effet , et c'est pour ex
primer cette double idée cju'on figure l'aveugle dieu par
une roue que fixe une chaîne : au sommet de la roue se
trouve une grosse pierre , et vers le bas , deux cornes d'a
bondance avec des pointes de javelots.
A travers ces images, on entrevoit l'aveu d'une divinité
suprême, unique, immuable; et la nécessité d'établir une
puissance supérieure à tous les autres dieux , pour les ac
corder entre eux , a conduit les Païens à la plus belle con
ception de leur Mythologie.
C'était dans le livre du Destin que les dieux pouvaient
puiser la connaissance de l'avenir. Les destinées des rois
étaient gravées sur le diamant.
Le Destin avait pour ministres les trois Parques (25g) ;
elles avaient soin de faire exécuter les ordres de leur aveugle
maître.
Il n'avait du reste aucun culte particulier. Inaccessible à
l'intelligence humaine , on n'osait point déterminer quelle
était sa figure, en sorte que jamais on n'adorait sa statue
comme celle des autres dieux.
A. côté du Destin , les anciens plaçaient Éviterne ou
l'Éternité.
Destin allégorisé sur une pierre gravée du cabinet de Stosch.
§ 18. — Classification des dieux.
Les dieux se partagent en cinq classes, tirées, ou de leur
nature , ou de leur demeure , ou de leur culte , ou de leurs
fonctions , ou de leur célébrité.
I. La première classe comprend cinq sortes de dieux ; lt grands
dieux , les dieux subalternes , les dieux naturels, les dieux animés ou
demi-dieux , et les.dieux allégoriques.
l8 • COTJBS
Les grands dieux, ou dieux olympiens, étaient au nombre de
douze: Jupiter, Neptune , Murs , Mercure, Vulcam, Apollon, Vesta,
Junon, Cirés, Diane, Vénus èt Minerve. On les appelait DU majores
gentium, pareequ'ils étaient adorés de toutes les nations, et Consentes
(abréviation de consentientes, délibérant), pareequ'ils formaient le
conseil .céleste. Ces douze divinités présidaient aux douze mois de
l'année. Leurs statues, eniichics d'or, étaient élevées dans la grande
Îilace de Rome. Les fêtes qu'où célébrait en leur honneur s'appe-
aient Consenties.
Huit nouveaux conseillers furent ajoutés à ce nombre, sous le
nom de dieux choisis, ou patrices : Cœlus, Saturne , Genius , Balclius,
Phiton, la Terre, le Soleil et la Lune. On y joint encore Jantts, Cy-
bèle , Proserpine et l'Amour.
Les d'aux subalternes ne siégeaient pas au conseil divin, et se nom
maient VU minores gentium. C'est ce qu'0\ide appelle le peupte-
dicu. 'l'eh sont Pan, Pomone, Flore, et les autres divinités cham
pêtres.
Les dieux naturels étaient le Soleil, la Lune, les hloiles, et les
autres êtres physiques.
On donnait le nom de demi-dieux, de semones , de divi , aux
hommes qui comptaient une divinité pour leur père ou leur mèref
ou qui, par leurs grandes actions, avaient mérité d'être déifiés, «
tels que Castor et Pollux, Hercule, Esculape , etc.
Les dieux allégoriques n'étaient autre chose que les vertus, les
vices divinisés, telles que la Pudeur, l'Envie, la Pauvreté, etc.
II. La seconde classe comprend quatre sortes de dieux : les dieux
du ciel ( dii supéri ), tels que Çœlos , Saturne , Jupiter, Junon. Mi
nerve, Mars , Vnlcain , Mercure , Apollon , Diane , etc.; les dieux de
ta terre , comme Cybèle , Vesta , Pan , les Faunes , les Nymphes , les
Muses, etc.; les dieux de la mer, l'Océan et Télhys, Neptune et
Amphitiitc, Nérée et Doiis, les Néréides et les Tiitons, les Naïades,
les Sirènes, Éole et les Vents, etc.; enfin les dieux de l'enfer (dii
inferî), Flnton , Proserpine , Eaque , Rhadamante , les Parques, les
Fuiies, les Mânes, Charon, etc.
III. La troisième classe comprend deux sortes de dieux : les
dieux publics, dont le culte était établi par les lois, et les dieux
particuliers ou indigèles , que chacun adorait à son gré, tels que les .
Lares , les Pénales, les Ames des ancêtres, etc.
IV. La quatrième classe comprend les dieux nuptiaux , domesli- ,
ques, tutélaircs , etc.
V. La cinquième classe comprend les dieux connus, ou ceux dont
on savait le nom , les fonctions , les aventures , et les dieux inconnus,
ou ceux dont l'histoire était ignorée , mais qu'on ne voulait pas
laisser sans autels ni sans sacrifices. -,
a
§ 19. — De l'Olympe, du Nimbe ou de CAuréole,
de CAmbroisie , du Nectar et de Momus.
L'Olympe, petite chaîne de montagnes entre la Macé
doine et la Thessalie, le long du golfe Thermaïque , allait
joindre au sud le montOssa, le mont Piérus au nord-ouest.
DE HYTIIOLOGIE. 19
Sa hauteur perpendiculaire est d'environ un mille et demi;
toute couverte de bois , elle avait des grottes et des antres
profonds. Les anciens, quila crovaientélevécjusqu'auciel,
imaginèrent de là que les dieux y faisaient leur résidence,
et que Jupiter y tenait sa cour. Aussi l'Olympe est-il pris
dans les poètes pour le ciel même.
Le Nimbe était une auréole ou cercle lumineux dont les
peintres entouraient latètedes dieux. Dans la suiteon donna
le nimbe aux empereurs ; aujourd'hui les artistes le donnent
aux saints.
^Ambroisie , nourriture d'un goût et d'un parfum dé-
licSfcix , était destinée aux dieux de l'Olvmpc , et donnait
l'immortalité à ceux qui en goûtaient. L'ambroisie préser
vait de la corruption et guérissait les blessures.
Le Nectar était un breuvage exquis, réservé aux divinités.
Sapho le leur donne pour aliment; mais Homère en fait
toujours la boisson des dieux, et donne l'épithètc de rouge
Â'celui qu'on servait au maître du tonnerre.
Pour égayer leurs festins , les dieux admirent dans le
ciel Momus (16), dieu des bons mots et de la raillerie,
qui , toujours chassé de l'Olympe pour ses satires méchantes ,
s'y voit rappelé sans cesse à cause de l'ennui que cause son
absence. Attentif à toutes les actions des dieux , il les re
prend avec liberté. De là vient qu'on le représente levant
le masque de dessus un visage , et tenant à la main une
marotte, ou tête à deux figures, placée au bout d'un petit
bâton et entourée de grelots-
La Fable nous a transmis quelques malices de Momus.
Un jour que Neptune avait fait un taureau, Vulcain un
homme, et Minerve une maison, Momus fut choisi pour
juger de l'excellence de leurs ouvrages. Les cornes du tau
reau lui parurent mal placées ; il aurait voulu qu'elles
fussent plus proches des yeux ou des épaules , afin de donner
des coups plus sûrs ou plus violens ; l'homme, disait -il,
devrait avoir une petite fenêtre au cœur, pour que l'on
pût y voir ses pensées les plus secrètes ; enfin la maison
lui sembla trop massive pour être transportée lorsqu'on
aurait un mauvais voisin.
On dit que Vénus même ( 147 ) n'échappa point à sa
critique ; mais que, comme elle était trop parfaite pour
donner prise à ses railleries , il ne put trouver à redire
qu'à sa chaussure.
to COURS

§ 20. — D'Uranuset de Tîtée. — Des Titans et


des Titanides.

Callirhoé, fille de l'Océan (i 6) , épousa Phanès ou Manès,


l'un, chef d'une colonie scythe qui s'empara de l'Arménie,
de la Cappadoce , de la Syrie , de la Phénicie ; l'autre ,
premier roi de Phrygie, qui la rendit mère d' Acmon, de
Cotys et de Car. Acmon fut père (Y Uranus et de Titée.
Cotys eut d'Àsia l'Océanide , Atys et Asiès , et Car eut de
Callirhoé , Criase, Alabande et Hydrée.
Uranus , Cœlus ou le Ciel, le plus ancien des d'eux ,
épousa Titée , Tellus ou la Terre , la plus ancienne des
déesses , et de ce mariage naquirent les Titans , appelés
ainsi du nom de leur mère. Les Egyptiens en comptent
quarante-cinq; Apollodore , treize ; Hygin , sixj Hésiode ',
vingt , en y comprenant les Titanides.
Uranus , ainsi que sa femme, porte le surnom A'Acmonide. Titée,
parmi ses noms, comptait encore Gé, Géa, Ghè , Gérys, Apia.
On célébrait en son honneur des fêtes appelées Hordisiales, Hordi-
cies ou Fordicales, dans lesquelles on immolait, le t5 avril, trente
Taches pleines , pour rendre hommage à sa fécondité.
Les Titans les plus célèbres, outre Saturne, sont : Anax,
Anytus , Astre'e , Ceus , Crëius , Evonyme , Hypérion ,
Japet, Ostase et Phaéton. D'autres y joignent Oce'anus ,
Cottus et Briare'e ; Horace ajoute Typhée , Mimas , Por-
phyrion, Encelade et Rhœtus, qu'on range d'ailleurs par
mi les Géans ( 32 ). Les Titans sont appelés Terrigenœ
Fratres. Une ancienne tradition les fait ancêtres des
hommes , des animaux et des poissons.
Parmi les autres fils de la Terre , on distingue Brilon ,
Diophore , et les trois monstres Alcida, Campe , Egide.
Les Titanides les plus connues, outre Rhe'a , sont : Cy-
bèle, Dione', Hora, Mne'mosyne , Phêbe', Théa, Thëmis
et Vesta. On y range aussi Te'thys , femme de l'Océan.
Céus épousa Phœbé , qui le rendit père de Latone et A'Astérie.
Creius eut d'Eurybie (16) Astrétis y Pallas et Perses , qu'Astérie
rendit père d'Hécate ( 1 44) -
Hypérion eut de Théa Hélios ou le Soleil, Sélèné ou la Lune, Éoi
ou l'Aurore, et les Astres. D'autres disent les Astres, fils d'Astrée
et d'Héribée ou de l'Aurore , qui, dans cette opinion , aurait aussi
donné naissance aux Vents.
DE MYTHOLOGIE. 21
Pelasgus passait aussi pour fils de la Terre. Premier roi
ies Arcadiens, il leur apprit à faire des cabanes qui les dé
fendissent de l'inclémence des saisons , à se vêtir de peaux
de bêtes. Il bâtit la ville deParrhasis, et mourut laissantla
liône à son fils Lycaon.
Lelex , premier roi de Laconie , qui s'appelait d'abord
Mégie, était cru par les Lacédémoniens fils de la Terre.
Ses enfans furent Amyclas , Eurydice , Bomoloque , AMIés , Poly-
mn, Thérapné et Eurotas , père de Sparta. 11 eut pour successeur!
M(ès , Eurotas , Laeidémon , Amyclas , Argate , Cynortas , OEbalus ,
Tftdare, Castor et Pollux, Ménélas , Oresle et Tisamine.

g 21. — Guerre des Titans.

Doués d'une taille et d'une force surprenantes ,


les Titans conspirèrent contre leur père , qui , déjouant
leur complot , les enferma dans les entrailles de la terre.
Mais leur mère leur rendit la liberté. Saturne , le plus
jeune , armé d'une faux, mutila Cœlus , s'empara du trône,
épousa Rhéa , sa sœur , et dévora tous ses enfans mâles ,
parce qu'il avait appris d'un oracle qu'un jour il serait dé
trôné par eux , en punition de son impiété filiale. Telle
est ce qu'on appelle la guerre des Titans.
Une autre tradition, plus suivie, maismoinsauthentique,
fait de Titan un personnage particulier , frère aîné de Sa
turne , et donne le nom de Titans à ses fils.
D'après cette tradition , Titan , à la prière de Titée ,
céda ses droits à Saturne , à condition qu'il n'élèverait au
cun enfantmâle, pourque l'empire du ciel revîn t à la branche
aiuée. Mais ayant suquePihéa, par son adresse, avaitsous-
trait plusieurs de sesenfans à la mort, il se mit à la tète des
Titans , ses fils , déclara la guerre à son frère , le vainquit,
le prit avec sa femme et ses enfans, et les tint captifs jus
qu'à ce que Jupiter , parvenu à l'âge viril , délivra son
fère , sa mère et ses frères , et força les Titans de s'enfuir
jusqu'au fond de l'Espagne ; d'où vient l'opinion que Ju
piter plongea les Titans dans le Tartare.
Quoi qu il faille penser de cette tradition , rapportée par
lactance, qui l'avait tirée d'Ennius , il faut se garder da
confondre la guerre des Titans avec celle des Géans. Les
Premiers combattirent Cœlus , ou selon d'autres , Saturne ;
les seconds , Jupiter (33).
COCRS

§22. — Naissance de Jupiter, de Neptune et de


Pluton. — Age d'or. — Janus.'— Age d'argent.^
Rhéa voyant que Saturne , par crainte de l'avenir ou
par respect de sa promesse , dévorait sans pitié tous ses
enfans mâles , usa d'une adresse maternelle. Pour sauver
Jupiter, Neptune et Pluton, elle leur substitua une pierre
emmaillottée que Saturne avala. Cette pierre reçut le nom
d' Abadir , Abdir ou Bœtyle (i).
Les trois jeunes dieux furent élevés secrètement dans
l'île de Crète , où les prêtres de Rhéa , pour dérober à,
Saturne les cris de-ces enfans , inventèrent une danse pen
dant laquelle ils frappaient sur des boucliers et des casques
d'airain. Cette précaution sauva les fils , mais non le pere,
Les frères de Saturne , jaloux de l'autorité qu'il ayail
conquise, ou Titan, irrité de la supercherie de Rhéa,
ravit le trône à son cadet, et le confina dans une étroite
prison. Jupiter , devenu grand , vengea sou père , et lui
rendit sa couronne.
Alors fleurit sur la terre VAge d'or, âge, hélas! trop court
de l'innocence et l'équité. Les champs produisaient sans
culture , et des fleuves de lait ou de miel coulaient de
toutes parts. Cet âge , souvenir confus du paradis terrestre,
nous est encore connu sous le nom de Règne d''Astrée. Fille
de l'Aurore et d'A.stréus, roi d'Arcadie (20), Astrée, déessé
de la Justice , descendit du ciel pour ajouter au bonheui
dont jouissaient les hommes dans l'âge d'or.
Cependant Saturne , redoutant dans son fils l'exemple
qu'il avait donné lui-même , oublia le bienfait de Jupiter,
Jupiter conspira contre lui, le vainquit, et le chassa du
ciel. Le dieu détrôné se réfugia dans l'Italie.
Alors régnait dans cette contrée Janus , fils du Ciel cl
d'Hécate , selon les uns , d'Apollon et de Créuse , selon le«
autres. Il reçut Saturne avec honneur et l'associa même
à l'empire.
Venu de Perrhèbes ou d'Athènes , Janus avait bâti sur
les bords du Tibre une petite ville qu'il nomma Janiculej
A sa voix , les mœurs s'étaient adoucies ; la religion et les

(') Les Bctyres étaient des pierres que les Orientaux croyaient
animées, qu'ils regardaient comme des divinités, et consultaient
comme des oracles. Les Romains tirent transporter aTec beaucoup
de cérémonie une de ces pierres de Phrygie à Home.
DE MYTHOLOGIE. 23
lois avaient ramené dans ces climats les vertus primitives.
Saturne unit ses efforts aux siens pour rendre heureux
leurs sujets communs , et leur règne fut appelé YAge
d'argent.

§ 25. — Du Latlum. — Surnoms de Janus. — Tem


ple de Janus. — Attributs de Janus, son exulte,
ses fêles et ses enfant.

Saturne voulut que la contrée qui lui servait d'asile se


nommât Latium , et que son hôte joignît à la rare prudence
dont il était doué le privilège de connaître l'avenir , sans
oublier le passé ; de là vient le double visage et 1rs quatre
têtes même qu'on donne à Janus ; de là les surnoms de
Biformis , Bifrons , Biceps, Geminus , Didymœus, Qua-
.{liriformis , Quadrifrons , Çuadriceps , sous lesquels il était
adoré. Peut-être les deux faces de Janus lui viennent-elles
de ce qu'il commandait à deux peuples , ou de ce qu'il
avait partagé son pouvoir avec l'illustre exilé; peut-être en
core pareeque, sous le nom de Soleil , il ouvrait, le matin,
les portes du jour, et les fermait le so'r, ou que, présidant
au premier jour de chaque année , il voyait à la fois la fin
de l'une et le commencement de l'autre. De là le surnom
d'Eanus.
Le règne de Janus fut si paisible , qu'après sa mort il
fut adoré comme dieu de la Paix. A Rome , le temple de
ce prince , élevé par Numa , restait ouvert en temps de
guerre , et ne se fermait qu'en temps de paix. Aussi ne fut-
il ferme que deux fois jusqu'à l'empire , la première sous
le règne du fondateur lui-même , la seconde , après la
deux.ème guerre punique; mais il le fut trois fois sous Au
guste. Delà les surnoms de Claitsus , Clausàis, Clusius ,
Clusivius et Patuleius.
Ou lui dressait douze autels, pareequ'il présidait à l'an
née composée de douze mois, dont le premier reçut de lui
le nom de Januarius et lui fut consacré. Sous cet attribut ,
il était représenté portant le nombre 3oo dans la main
L droite , et celui de 65 dans la gauche. De là , ses fêtes ,
appelée Januales , se célébraient le premier janvier. Alors
~ comme aujourd'hui, l'on se faisait dès présens et d'heureux
souhaits , et l'on offrait au dieu des dattes , des figues et
du miel, dont la douceur présageait une année favorable.
On l'annonçait aussi le premier dans les cérémonies rc-.|
* .1
24 coins
ligieuses , parcequ'il présidait aux portes , aux chemins ,
aux prières , et comme tel , on le figurait une clef d'une
main et de l'autre une baguette. De là , les surnoms deJ
Claviger , Ctistos , Janitor.
Janus portait encore d'autres surnoms; il s'appelait Agonius dans
les liles agonalcs, Augustus dans la maison d'Auguste, Junoniut,
parcequ'il introduisit en Italie le culte de cette déesse (66), etc.
Il eut pour fille Cémente ou Finitie, pour fils Cranus, qu'il eut de
Carné, déesse des Gonds, qu'on nomme encore Carna ou Camea ,
Carda ou Cardinea.
On faisait à Rome, sur le mont Cœlius, en l'honneur de Carné ,
des sacrifices appelés Fabarics, avec un gâteau de farine de fève.
Cette ifte avait lieu le premier jour de juin, et de là vient que les
calendes de ce mois sont appelées Fabariœ.
§ 24. — Attributs de Saturne. — Ses surnoms. —
Son culte. — Des Saturnales.
Janus était aussi regardé comme dieu du Temps , sous
le nom de Matutinus Pater , et confondu pour lors aveC
Saturne.
Saturne en effet s'appelait Chronos ou Temps (1) chez
les Grecs. On le représente comme un vieillard courbé ,
triste et pâle , tenant de la main droite une faux , de la
gauche un enfant qu'il s'apprête à dévorer , vives et jus
tes images du temps qui détruit tout. Un serpent qui se
mord la queue, symbole de l'éternité, qui n'a ni commen
cement ni fin , ou de l'année , qui revient sur elle-même ;
une clepsydre ou sablier au milieu d'un cercle, sont placés
. auprès du dieu.
Peintures d'ilerculanum , médaillon représentant Saturne avec
sa faux'. — Musée de Florence, Saturne enchaîné. — Trône de Sa-^
turne , aux Antiques.
Saturne s'appelle Acmonide, pour rappeler son aïeul Alcimos ,
pour exprimer la puissance du temps ; "Ancylometès , pour désigner
ses ruses ; Canus et Leucanthès marquent sa vieillesse , Falcifer et
Fatciger montrent l'un de ses attributs. On le nomme encore Vitisa-%,
tor, parcequ'il apprit à cultiver la vigne ; Archigencllilos , parcequ'il
donna naissance aux dieux.
Quoique père des tiois principaux dieux, Saturne n'est
point cléifié chez les poètes , peut-être à cause de sa cruauté.
Aussi son culte n'était-il que très peu répandu. On lui
sacrifia d'abord des victimes humaines , qui furent ensuite
remplacées par des mannequins. Carthage néanmoins con-
»erva long-temps ces horribles sacrifices.
(1) Les anciens divisaient le temps en plusieurs parties : le siècle
•u cent ans, la génération ou trente ans, le lustre ou cinq ans ,
riante , les saisons , les mois , le» jour» et les heures.
DE MYTHOLOGIE. s5
Mais si, comme Dieu du temps, Saturne n'abonde point
en honneurs , comme collègue de Janus il mérita des fêtes
appelées Saturnales. Elles se célébraient à Rome, tous les
ans , au mois de décembre , en mémoire de l'heureuse éga
lité qui florissait parmi les hommes sous le règne de Sa
turne. La liberté la plus entière distinguait ces solennités.
Pendant qu'elles^uraient , les esclaves étaient servis par
leurs maîtres , et rien ne mettait obstacle à la franchise de
leur langage. Les tribunaux étaient fermés , les écoles va
cantes. On n'entreprenait aucuneguerre, on n'exécutait au
cun coupable, on s'envoyait des présens comme aux Janua-
les (23), et l'on se donnait de somptueux repas. En un mot ,
la joie était universelle. On déliait les chaînes qui d'ordi
naire attachaient les statues de Saturne , en mémoire de sa
captivité, et les esclaves affranchis lui consacraient les leurs.
âLes prêtres ", appelés Basiles , sacrifiaient à Saturne , la
tête découverte , contre l'usage des autres cérémonies ,
comme pour dire que le temps découvre tout.
§ 25. — Enfans de Saturne. — Planète de Saturne.
Outre les dieux que nous avons déjà nomniéi, Saturne eut encore
un grand nombre d'enfans. Il eut Dotops et Cltiron de Philyre , fille
de l'Océan ; Janus, Hymnus , Félix et Faustus , d'Entorin , fdle d'ica ■
rius; Gtauca , qui vint au monde avec Pluton , et qui fut montrée
seule à l'impitoyable dieu ; Chlhonia , que Sypilus rendit mère d'O-
lympus et de Tmoius ; le Sort , que les Romains ont représenté sous
la figure d'une femme , pareeque sors est féminin dans la langue
latine : Oyide la fait fille aînée-de Saturne ; la P'érité, mère de la
Justice et de la Vertu; Allicnée , qui posséda l'Atlique ; enfin Pieus ,
roi des Aborigènes, prince accompli , qui , devenu l'objet des désirs
de toutes les Nymphes du pays, donna la préférence à la belle
Canente , fille de Janus (aa). Comme il périt encore jeune à la
chasse, on publia qu'il avait été changé en pivert, oiseau dont ie
nom latin est Je même que le sien ; et pour donner quelque croyance
à cette fable, on ajouta que celte métamorphose était l'ouvrage de
Circé (ioi)y, qui voulait ainsi e punir de son insensibilité. Quci
qu'il en soit , Picus fut honoré après sa mort, et mis au nombre des
dieux indigètes (18). Virgile caiactértse ce prince par l'epilhète
d'amateur de chevaux , et nomme Circé son épouse , ou du moins son
amante.
Les Grecs, qui désignaient le guide divin de chaque planète par
une lettre de l'alphabet, figurèrent hiéroglyphiquement Saturne
par l'omega , Jupiter par l'upsilon, Mars par l'omicron, le Soleil
par l'iota, la Lune par l'alpha, Vénus par i'éla, Mercure par l'ep
silon.
COURS
§ 36. — Rhée .ou Cybèle. — Ses autres noms. —
Atys et Sangarîde. — Enfans de Cybèle.
Rhée , femme de Saturne , avait partagé la fuite de son
époux ; elle se fit aimer comme lui par sa bonté ; d'où
vient que l'âge d'or ou plutôt l'âge d'argent est aussi nom
mé Age de Rhe'e.
Rhée nous est plus connue sous le nom de Cybèle , que
l'on appelait encore Cybe'be', la Grande Mère, la Mère des
dieux , Ops , Vesta l'ancienne , Bonne Déesse ou Gynécie,
Bérécynthie , Dindymène. On la confondait avec Tellus ,
parcequ'elle présidait à la terre comme Saturne présidait
au ciel , et même avec Théa , Cérès , Proserpine , Junon et
Minerve , parceque le culte qu'on rendait à ces différentes
divinités ne s'adressait réellement qu'à une seule, la Mère
des dieux.
Selon l'histoire, cette déesse était fille de Ménos ou Mâ
nes, et de Dindymène. Exposée dès son enfance sur le mont
Cybèle , dont elle prit le nom , elle y fut nourrie par les
bêtes des forêts. De retour chez son père , elle conçut une
passion violente pour le jeune et bel Atys (19), ber
ger de Phrygie , qui lui préféra la nymphe Sangaride ,
fille du fleuve Sangarius.
Irritée de cette préférence , la déesse tourna son ressen
timent contre Sangaride. La cognée , par ses ordres ,
abattit l'arbre auquel était attachée la vie de la nymphe
(240); elle périt. Atys, désespéré, voulut se tuer lui-même;
mais Cybèle , touchée du sort de celui qu'elle avait aimé fc
le changea subitement en pin, arbre qui fut consacré de
puis à la déesse.
D'autres prétendent que la déesse aimait Atys parcequ'il
avait introduit son culte dans la plus grande partie de
l'Asie mineure. Quoi qu'il en soit , il reçut après sa mort
les honneurs divins ; il eut des temples cjiez les Phrygiens
etprincipalement à Dymes.
Cybèle aima Jasion, dont elle eut Corybas, et Gorgias, qui la rendit
mère de Mulas (110).
Corybas épousa Démonice^), dont il eut Scamandre. Scamandre
tut père de Teucer, dont la fille Butea épousa Dardanus, fils de Ju
piter (36). De ce mariage naquit Erichthonius , père d'//u(etde
Trot. Tros eut de Gallirhoé, fille de Scamandre, Assaraeus, Gany.
mède et Cléopâlre. Assaraeus fut père de Capys , qui épousa Thèmù,
fille d'ilus et sœur dé Laomèdon.
Laomédon eut de Stry:no, Priant, Hèsionc, Gtauca, Cylla, Clylu»,
_^4tUochi, Lamput. Priam épousa Hécube , fille de Cissée , et en eut ♦
DE MYTHOLOGIE. tj
cinquante cnfaos, dont les plus célèbres sont : Hector, PArit ou
Alexano'i-e, Déiphobe, Hclcntts, Politis, Troitut , Créuie, Polyxine,
Cassandre, llioné, Polydore , Laoeoon, etc.
§27. — Attributs de Cybèle. — Son culte.
On représente Cybèle sous les traits d'une femme avancée
dans sa grossesse , pour désigner la fécondité de la terre.
Un tambour , appelé disque , qui se voit près d'elle , fi
gure le globe. Elle est quelquefois debout , mais plus sou
vent assise , pour en marquer la stabilité. Un sceptre in
dique sa puissance. A sa main est une clef , pour signifier
que la terre ouvre son sein aux mortels. Elle est couronnée
quelquefois de fleurs , de planjes et de fçuilles de chêne ,
quelquefois de créneaux et de tours , symboles des villes
dont elle est la protectrice. Ses vêtemens sont tantôt bi
garrés et tantôt verts , par allusion à la parure de la terre.
A. ses côtés est Atys, qui d'une main tient un globe, et s'ap
puie de l'autre sur un pin. Le char de la déesse est traîné
par deux lions 5 les animaux qui l'entourent et les nom
breuses mamelles qu'on lui donne indiquent qu'elle est
la mère et la nourricière de toutes les créatures. Enfin ses
temples étaient , comme la terre, de forme ronde.
On lui consacrait , parmi les animaux , la truie, le tau
reau , la chèvre , l'anguille et le serpent ; parmi les arbres,
le buis , le pin et le chêne ; parmi les objets , le cube ou
le dé.
Le culte de Cybèle et de la Terre est extrêmement an
cien ; il était connu , dit-on , i58o ans avant J.-C. , c'est-
à-dire avant Moïse. On la croit la même que l'Atergatis
des Syriens ( 1 5 bis).
C'est en Lydie , patrie de Cybèle , en Phrygie , patrie
d'Atys , que le culte de cette déesse obtenait le plus de
pompe. Ses prêtres , plus semblables à des insensés qu'à
des ministres sacrés , vêtus de longues robes comme les
femmes , célébraient leurs mystères par d'affreux hurle-
mens et des danses frénétiques , et fatiguaient les airs du
bruit des tambours , des cymbales , des boucliers, etc.
Musée , Cybèle de l'Albane, n™ 772, 776 ; — de Le Brun , n« 566.
§ 28.-— Prêtres de Cybèlè.
Les prêtres de Cybèle s'appelaient Corybantes , Curètes,
Galles et Dactyles Ide'ens.
Les Corybantes reçurent leur nom, ou du casque d'airain
qu'ils portaient , ou de Coryhas (26) , qui , le premier ,
apporta dans la Phrygie le culte de sa mère. Les Cory
?8 çoras
hautes passèrent ca Crète, et de là vient qu'à Gnosse
ou célébrait les Corybantiques en leur honneur.
Les Curetés se nommaient ainsi-de l'île de Crète, qu'ils
habitaient. Originaires de l'Eolide , ils furent amenés par
IJeucalion(57)danslaPhocideetdanslaThessalie, donnèrent
naissance aux Doriens , .et se répandirent ensuite en Eubén,
dans le Péloponèse et la Crète. Les Curètes furent chargés
de l'éducation de Jupiter , et c'est pour récompenser leurs
soins que Cvbèle les nomma ses prêtres et ses ministres.
Éducation de Jupiter, de Jordaens , n° 388.
Les Galles tiraient leur dénomination, oudu fleuve Gallus,
dont ies eaux les rendaienLfurieux , ou de Gallus , qui se
consacra le premier au se* ice de Cybèle. Les Galles par
couraient les villes, colportant des images de la déesse ,
pour séduire les gens simples et recueillir les aumônes, des
pauvres, qu'ils tournaient à leur profit.
Les Dactyles Idéens étaient appelés a'usi , pareequ'ils
étaient au nombre de dix , comme les doigts des mains ,
et qu'ils résidaient en Phrygie sur le mont Ida.
Lespoètes et les .mythologues varient beaucoup sur leur compte.
Selon les uns, ils sont 61s du Soleil et de Minerve, selon les autres,
île Saturne et d'Alciope. D'autres veulent qu'ils soient nés de Jupi
ter et do la nymphe Ida; d'autres enfin de l'imposition des mains
d'Ops sur le mont Ida, lors du passage de cette déesse en Crète.
Ceux-ci 4es confondent avec les Corybantes , ceux-là les oomment
pères de« Curètes. Strabon en reconnaît quatre : Hercule, Acmon,
Damnance , Satwntntts ; Diodoie, cinq: Hircirte, Péonèe, Jasius,
Epiméde, Ida; d'autres les appeJlent Tilyat , Cychrèc, Cyllênut et
Cernés.
Les prêtres de Cybèle étaient encore nommés Agidies ,
Agyrtes , Métragyrtes, ou joueurs de gobelets , de même
que JEruscalores matris magna? , pareequ'ils mendiaient
dans les rues et couraient une sonnette à la main pour as
sembler le peuple Ils disaient la bonne aventure et fai
saient des tours de passe-passe comme les charlatans de
nos jours.
§ an. — Des fêles de Cybèle.
Plusieurs i'èlos furent instituées en l'honneur do Cybèle : le*
Vendrafihories , ou fête des pins , qui rappelait l'aventure d*Atys;et
li s Méga'ésies , ou fêtes de i'a grande déesse , qui rappelaient l'attribut
principal de Cybèle. En voici l'origine:
Les oraclessibyllins promettaient à Rome la défaite et l'expulsion
des Carthaginois , si la Mère Idéemie était amenée de Pessinonte h
Rome. Le Sénat envoya des députés vers Attale, qui leur remit une
pJerJC que la gens.du pays appelaient la Mère des dieux. De là les
"M galéiie* tt IçVj-ux Mégabjsiens'. Les du,uius romaines dansaient
DE lIYTIIOtOGIE. 2f)
devant l'autel de Cybèle. Les magistrats s'y trouvaient en robe de
pourpre; la loi défendait aux esclaves d'y paraître. Des prètn•*
phrygiens portaient en triomphe dans les rues dé Rome l'image (!•■
la déesse , et l'on immolait une truie pleine pour marquer la fécon
dité de la terre.
Ce fut dans celte circonstance qu'on institua la fête des Lavations,
ponr rappeler que la grande déesse , â son arrivée de Phrygie, fut
lavée dans i'Almon , à l'endroit où le Tibre reçoit ses t-anx. Les
Galles accompagnaient lu char qui portait la statue de Cybèle , pré
cédés de baladins indécens, et suivis d'une foule nombreuse de
peuple.
Les Hilarics se célébraient annuellement à Rome , a l'entrée du
printemps. Elles duraient plusieurs jours , et toute espèce de céré
monie lugubre était inteidite alors. On promenait Cybèle par !»
ville , et , sou» son nool , on invoquait la Terre , pour qu'elle rt çût
du Soleil une chaleur convenable aux fruits*
Cybèle avait aussi ses cérémonies silencieuses. Dans YOncrium ou
lieu secret, on offrait à la déesse des sacrifices mystérieux , nommés
Opertanèes. Nul homme ne pouvait pénétrer dans l'enceinte du
temple.
§ oo. — De quelques noms et de quelques surnoms
de Cybèle.
Le mot A'Ops semble dériver d'Opus , parce que cette
déesse , la même que Cybèle et la Terre , n'accordait rien
sans travail. On la représentait sous la figure d'une femme
vénérable , qui tendait la main droite comme pour offrir
son secours , et donnait de la gauche du pain aux pauvrcsi
Au mois d'avril , époque où la terre ouvre son sein aux
plantes , ou célébrait , en l'honneur d'Ops , des fêtes nom
mées Opalies , dans lesquelles on immolait une vache
pleine.' "
Le nom dé Bonne Dresse s'appliquait à Cybèle , ainsi
qu'à plusieurs autres divinités. On célébrait en son hon
neur des fêtes nocturnes dont les hommes étaient sévère
ment exclus.
Cybèle était surnommée localement :
Andirine , Asporénc , d'Andéreet d'Aspoiène, villes auprès des
quelles elle avait un temple ; Bèrècynlhie , deBérécynlbe , montagne
de Phrygie , où elle était née ; Celenasa, de Célèoes , lieu de la même
contrée; Cimmiris, Mygdonia, de peuples qui l'honoraient particu
lièrement ; ldtca , du mont Ida ; Pluciana, de Placia , ville de Mysie;
Sipylène , deSipylus, en Méonie. ' ,
Elle était surnommée circonstanciellement et par ses attributs :
Jntœa, parcequ'elle exauce ses adorateurs ; Fauna , parqequ'ellc
favorise les humains; Consiva, parcequ'elle protège les biens de la
terre ; Archigvncthlos et Pasithée, parcequ'elle est la mère des dieux.
5o COURS
§ 01. — Histoire de Jupiter. — Nombredes Jupiter.
— Noms des Jupiter les plus connus.
Ici commence l'histoire des grands dieux (i 8).
A leur tête se trouve Jupiter , que les poètes regardaient
comme le roi des dieux et des hommes , et les philosophes ,
comme l'air le plus pur , ou l'Ether.
Toutes les nations adoraient ce dieu ; chaque peuple
même prétendait avoir son Jupiter indigène , et Varron
en compte jusqu'à trois cents.
Cicéron admet trois Jupiter : deux d'Arcadie , l'un fils
de l'Ether et père de Proserpine et de Bacchus ; l'autre ,
fils de Cœlus et père de Minerve ; le 'troisième , né de Sa
turne , dans l'île de Crète , où l'on voyait son tombeau ,
près de Gnosse. > •
Diodore de Sicile n'en reconnaît que deux : l'un ,
prince des Atlantes ; l'autre , neveu du premier , mais plus
célèbre que son oncle , et dont l'empire s'étendit jusqu aux
extrémités de l'Europe et de l'Asie.
Ou compte encore :
i° Le Jupiter-Ammon des Lybiens , le plus ancien de tous , et qui
n'est peut-être que Caam ou Ham lui-même , Gis de Soi; , que déifia
•on fils Mesraïm, dans la terre d'Ammon. Selon d'autres, Hercule,
ou Bacchus , près de mourir de soif avec son armé», dans les déserts
de l'Afrique, implora le secours de Jupiter, qui lui apparut sous la
forme d'un bélier, et lui indiqua une source. Bacchus, par recon
naissance, lui éleva un temple sous le nom de Jupiter-Ammon, à
cause des plaines de sable qui forment cette contrée ;
»• Le Jupiter-Bélus d'Assyrie. C'était la plus grande divinité des
Babyloniens. Son temple, le plus ancien et le plus magnifique qu'il
y eût au monde, était le même, dit-on, que la fameuse tour de Babel.
Ce Bélus , fils d'Osiris , ou selon d'autres , de Neptune et de Lybie ,
conduisit, dans le vingt-unième siècle avant Jésus-Christ , une co
lonie d'Égyptiens à Babylonc . oii il reçut, par honneur, le nom du
dieu Bélus, avec lequel 'on le confond ; d'autres donnent ce titre à
INinus son fils ;
3" Le Jupirer-Uranus des Perses ;
4° Le Jupiter de Thèbes, en Egypte;
€' Le Jupiter-Pappée des Scythes ;
6° Le Jnpiter-Assabinus des Ethiopiens ;
7" Le Jupiter-Chronos des Arabes.
8° Le Jupiter-Taran ou Taranis des Gaulois ;
9"> Le Jupiter-Apis , roi d'Argos , petit-fils d'Inachus ;
10° Le Jupiter- Astérius, roi de Crète, père de Minos, contem
porain de Cadrans, et ravisseur d'Europe;-
il* Le Jupiter époux d'une Atlantide, et père de Dardanus;
ta" Le Jupiter-Prœtus, oncle et séducteur de Danaé;
i3* Le Jupiter-Tantale, par qui fut enlevé Ganymède ;
14° Enfin le Jupiter père d'Hercule, de Castor et de Pollux , etc. ,
•ans compter tant d'autres rois qui prenaient le nom de J upiter , en
DE MYTHOLOGIE. 3l
verta d'un usage qui subsista jusqu'à la guerre de Troie, à peu près
comme les rois d'Egypte prenaient le titre générique de Pharaon ,
et les empereurs romains celui de César.
Un seul cependant s'est élevé sur les ruines des autres ; c'est le
Jupiter de Crète, sur lequel la fable a réuni tomme en un faisceau
les actions de ses homonymes.
§ 02. — Naissance de Jupiter. — Ses nourrices. —
// épouse Métis. — Premier exploit de Jupiter. —
Partage du monde.
Cybèle avait mis au monde, d'une seule couche , Jupiter
et Junon. Le jeune Dieu , sauvé par l'adresse de sa mère ,
fut élevé dans un antre de Crète , nomvtéuDicté. Des
abeilles furent ses premières nourrices , ou^Rutôt , deux
nymphes, Ida et Adrastée , qu'on appelle communément
Mélisses , prirent soin de son enfance. Amaltiée , fille de
Mélisséus , roi de Crète , le nourrit avec du lait de chèvre.
De là les poètes ont feint qu'une chèvre allaita Jupiter, et
Su'en reconnaissance de ce bon office , le dieu la plaça
ans le ciel avec ses deux chevreaux, et donna l'une de ses
cornes aux Mélisses , avec la vertu de produire tout ce
qu'elles désireraient. C'est la Corne d'abondance.
On compte encore , au nombre des nourrices de Jupiter, Cynosure,
qui fut mise parmi les astres en récompense de ses soins , sous le
nom de la petite Ourse; Ega, fille d'Olène , qui forme au ciel ia
constellation de la Chèvre; Hélice, sa soeur, ou la grande Ourse,
qui servait de guide aux Grecs dans la navigation.
Devenu grand , Jupiter épousa Métis , fille de l'Océan ,
regardée comme la plus prudente des divinités. Par son
conseil , il fit prendre à Saturne un breuvage au moyen
duquel le père inhumain vomit et la pierre Abdir et tous
les enfans qu'il avait avalés ; grossière allégorie des arti
fices qu'employa Jupiter pour délivrer sa famille captive,
avec laquelle il combattit Saturne et les Titans.
La Terre lui prédit une victoire complète , s'il pouvait re
tirer du Tartare les Hécatonchires (32 V Cottus , Gygès et
Briare'e, pour en faire ses auxiliaires. En vain Campe (19),
geôlière des sombres lieux , voulut s'opposer à son entre
prise; il lui donna la mort et délivra les trois frères. Ce
fut alors que les Cyclopes donnèrent à Jupiter la foudre ,
à Pluton un casque , un trident à Neptune. Saturne fut
défait, et précipité , comme les Titans , dans le fond des en
fers sous la garde des Hécatonchires. Les Astres (21) fu
rent foudroyés par Jupiter ou demeurèrent attachés au
ciel , et les Vents furent plongés sous les eaux.
32 COURS
Devenu, par cette victoire , le seul maître du monde , il
en partagea l'empire avec ses frères. Il se réserva les cieux ,
donna les mers à Neptune, et l'enfer à Pluton; souvenir
confus des trois fils de Noé , Cham , Japliet et Sem , dont
le premier obtint l'Afrique , le second l'Archipel de
l'Europe et de l'Asie , le troisième le reste de cette der
nière région , où le culte du feu , répandu partout , et l'in
cendie de plusieurs villes , ont pu lui faire donner le nom
de dieu des enfers. Ce fut après ce partage mémorable que
Jupiter épousa Junon.
§ 33.9— Age d'airain, — Guerre des Géans.
Alors coiflfciei ira l' Age d'airain. La corruption remplaça
l'innocence sur la terre ; les champs eurent besoin <de cul
ture , et le printemps éternel , partage des âges précédens ,
y fit place aux quatre saisons (5o).
Jupiter ne jouit pas long-temps d'un règne paisible. Les
Géans, pourN venger la mort ou la défaite des Titans,
leurs frères , formèrent une ligue redoutable contre le
maître des dieux.
Les Géans se faisaient remarquer par une grandeur ex
traordinaire et par une force prodigieuse. Leur regard
était farouche , leur chevelure immense , leur barbe hi
deuse. Leur demeure ordinaire était à Pallène et dans les
champs Phlégrcens.
LISTE DES CÉANS.
Abséc (Tartare). Gratîon.
Agrius. Hippotytc.
Alcyonée. Ménéphiras (Tartare).
Alémon. Mimas.
Almops ( Neptune). Mérops.
Aloéus (Soleil). Ophionée.
Anonyinus. Oromédon.
Ascus. Otus (Neptune).
Astérius (Anax). Pallas.
Athos. Phéomis (Tartare ).
Cèbrion. Polybotcs.
Clytius. Porphyrion.
Colophomc (Tartare). Purpuréus.
Corydon (Tartare). , Pyripnous.
Damastor. Rhœcus ou Rhoetus.
Damysa. Sycéa.
Echion. Thaon.
Encelado (Titan). Thurius.
Ephialte (Neptune). Titye.
Eurymédon. Typbée (Tartare).
Euryte. Typhon (Junon).
DE MYTHOLOGIE. 55
Il faut y joindre Briarée, Cottus et Gygèi ou Gya», surnom ni éi
Hicatonchires , Centlmanus ou Centumgcmini , raicequ'ils avaient
cent mains , cinquante tètes , et des jambes de serpent.
Ils s'assemblent , et pour attaquer Jupiter jusque dans
]e Ciel , ils entassent montagne sur montagne, Ossa sur
Pélion , et lancent vers l'Olympe , demeure de leur adver
saire (19), des rochers énormes, des chênes enflammés et des
forêts entières. A leur tête s'avancent Porphyrion ,' Al-
cyonée, le terrible Encelade., Polybotès, Eurv-te , Clv-
tius , Pallas , les Aloïdes Ephialte et Otus, qui crois
saient de neuf pouces chaque mois.
A la vue de ces redoutables' ennemis , Jupiter appelle
tous les dieux et toutes les déesses à son secours. Stvx ,
fille de l'Océan (218), accourut la première à sa voix , suivie
de ses enfans, la Valeur, l'Emulation, la Force et la Vic
toire X3q). Tout s'arme, et le Ciel et la Terre , pour ce
nouveau gerfi-c de combat.
Ce qui redoublait l'effroi de Jupiter, c'est que, d'après
un ancien oracle , les Géans devaient être invincibles , in-
- vulnérables même , si quelque mortel ue secourait les
dieux. Alors, Jupiter défend à la Lune , à l'Aurore , au
Soleil , de paraître pour découvrir ses desseins. Il devance
la Terre , qui voulait soutenir ses enfans , et , d'après le
conseil de Minerve , Hercule (36) monte au ciel pour
y combattre à côté des dieux. Fils de Jupiter, il est armé
de flèches et d'une massue; mortel, il va combattre et
vaincre des mortels.
§ 54- — Suite .de la guerre des Géans. — Naissance
de Typhée. — Il se rend maître de J upiler.
Le combat s'engage ; Porphyrion attaque à la fois
Hercule et Junon. Surpris de la beauté de la déesse, il
reste un instant interdit , et tombe à la fois frappé des
foudres de Jupiter et des flèches du héros.
Hercule renverse plusieurs fois de ses traits inévita
bles le vaste Alcyonée. Le géant , chaque fois qu'il touche
la terre , reprend une nouvelle fureur et de nouvelles
forces. Minerve l'emporte au-delà du cercle de la lune,
où il expire privé du secours maternel.
Les Aloïdes attaquent et blessent Mars; Apollon et'
Diane les percent à coups de flèches. Euryte tombe
écrasé sous la massue de chêne d'Hercule , tandis que Vul-
cain terrasse Clvtius avec une massue de fer rouge.
Encelade prend la fuite; Minerve l'arrête par l'Ile de
2*
34 'X cotus
Sicile, et le géant est enseveli vivant sous le mont Etna;
Polybotès, poursuivi par Neptune, est écrasé sous une
partie de l'île de Cos, clans laquelle il cherchait en vain un
asile. Mercure , armé du casque de Pluton , triomphe
d'Hippolyte; Agrius et Thaon succombent aux Parques ,
et Minerve se couvre de la peau de Pallas , dont elle prend
le nom , pour perpétuer le souvenir de sa victoire.
Les dieux se flattaient de la victoire , lorsque la Terre ,
irritée de la perte de ses fils, enfanta le géant Typhée,
plus redoutable que ne l'avaient été tous ses frères ensem
ble. Au-dessus de ses vastes épaules, s'élevaient cent tètes
de serpent dardant leurs langues horribles. Des tourbillons
de flamme et de fumée s'échappaient de sa bouche et de
ses yeux. Ses cris imitaient les hurlemens des animaux les
plus féroces. A la vue de ce monstre, les dieux effrayés
s'enfuirent du ciel.
Quoique affaibli par cette retraite , Jupiter, aidé de Bac-
chus , résistait encore. Typhée se saisit de sa faux de dia
mant , lui coupa les mains et les jambes , et l'enferma dans
un antre de la Cilicie, sous la garde d'un monstre moitié
fille, moitié serpent; tradition altérée du traitement bar
bare que Typhon fit subir à son frère Osiris (5)» et du
coffre où sa victime fut enfermée pour être précipitée dans
le Nil.
§ 35. — Fuite des dieux en Egypte. — Délivrance
de Jupiter. — Défaite entière des Géans. —. Di
verses épouses de Jupiter. — De la Nature.
Typhée, maître de Jupiter, poursuivit jusqu'en Egypte
les dieux tremblans , qui s'y cachèrent sous la forme d'a
nimaux ou de plantes; Apollon en corneille, Junon en
vache, Pan en bouc, Mercure en ibis, Diane en chatte ,
Vénus en poisson ; attributs vivans d'Osiris , d'Isis , ou de
leurs enfans (io-i3.)
Néanmoins, Mercure et Pan rendirent à Jupiter ses
mains et ses jambes, c'est-à-dire sa liberté. Le père des
dieux reprit en même temps courage , et, monté sur un
char à chevauxailés, ilpoursuività coups de foudre Typhée
jusqu'au fond de l'Arabie, de là jusqu'en Thrace, et bien-
• tôt jusqu'en Sicile, où Jupiter l'accabla sous les rochers
«i'Inarinie ou sous la masse de l'Etna, qu'agite encore ,
dit la fable, le redoutable géant pour soulever la montagne
qui l'écrase. Les Géans qui ne périrent point dans le com
bat furent précipités dans les enfers. Bas-relief, n° 6(Jg
DE MYTHOLOGIE. 35
Délivré de ses ennemis , Jupiter se livra sans réserve aux
plaisirs.
Ici finissent les emprunts que les Grecs ont faits pour
leur Jupiter à l'Osiris des Egyptiens; emprunts plus
glorieux a cette divinité que toutes les galanteries des au
tres Jupiter dont on a surchargé son histoire.
En effet, le plus puissant des dieux en était aussi le
plus dissolu. Pour séduire les déesses, il se montrait à leurs
yeux dans tout l'éclat de sa gloire ; pour tromper les mor
telles , il se métamorphosait de mille manières.
Outre Métis, dont il eut Minerve, et Jun'on, qui le rendit
père de Mars , A' Ange'lo , A'Ilithyie, A'Argé, A'Hébé,
Jupiter s'unit à cinq autres déesses. Thémis lui donna les
Heures et les Parques , la force et la Tempérance ;
Eurynome les Grâces; à Cérès il dut Proserpine , les
neuf Muses à Mnémosynej à Latone, Apollon et Diane.
La Nature ou Physit , difinité allégorique, passait, chez les uns.
pour mère, chez les autres , pour femme ou pour fille de Jupiter.
D'autres ne lui reconnaissent point de père, et la nomment Apater.
C'était, à ce qu'on croit, la Nature, que les Assyriens adoraient
sous le nom de Bêlus(i5 bit), les Phéniciens sous celui de Mo/och, les
Égyptiens sous celui d'Amman , les Arcadiens sous celui de Pan , qui
vent dire assemblage de tous les êtres. La Diane d'Éplièse et tous
«es symboles ne signifiaient que la Nature et toutes ses productions.
g 36. — Suite des enfans de Jupiter.
Jupiter eut :
Achille de Lamia.
Aeragas d'Astérope (5i).
Amphion, Zélhus et Calalhus d'Antiope, fille de Nyctée .(«s) ,
qu'il séduisit sous la forme d'un satyre (i8.|). On leur donne aussi
pour père Epaphus ou Epopée («>)• Amphion épousa ftiobi (108);
et Zéthus, /Edon, sœur de Mérops et de Cléothére, toutes filles de
Pandtre. De ce mariage naquit llyle.—Musée , Anliope, n" o5,<^o4.
Apit i Argus ou Pélasgus, de Niobé , fille de Phoronée (218). Argus
«ut d'Evadné, fille du Strymon (>i8) , Criants , Ebattu , Epidauru
et Piranthtts , selon les uns; Piratus et Phorbas , selon les autres.
Phorbas fut père d'Arestor, qui eut de Mycènc, fille d'Inachus (no),
Argus-Panoplès (60) et Triopas.
Argus eut lasus d'Ismènc , fille d'Asope (223).
Triopas fut père à'Agènor, d'Iasus et de Mettent.
Agénor fut père de Crolopus, qui donna naissance à Psamalltè.
Arcas de Calisto, fille de Lycaon (37), qu'il trompa sous les traits
de Diane (i35). Arcas fut père d'Aphidat, d'Azan et d'Elatus, dt
qui naquirent Stymphale, Egyptus, Péréus, Cyllen et Ischyt.
Aphidas fut père d'Aléut et de Slinebie. Aléus eut de Cléobule ,
Lycurgue , Amphidamat et Céphèe. Lycurgue fut père d'Areée,
d Epoehut , de Phéniae et d'Iasus, que Glymène Gl de Minya» (aa>),
lendit père d'Alatante et d'Apis.
a
36 cotjbs
Atymnius de Cassiopée. , •
Bithynus ou Bithys, de Thracé (217).
Britomarte de Cliarmis au Charmé.
Bura , d'Hélice. On la dit encore fille d'Ion.
Carius , Arcésilas , de Torrébie.
Carnm , Arccsius , Dodone, Doilonus , Hydarnis, Minos, Rhada-
manteet Sarpédon d'Europe, qu'il enleva, sous la forme d'un taureau ,
et transporta à travers les mers dans cette partie du monde à la
quelle cette princesse donna «on nom (sas). — Europe, n"' 85 , Sa4.
Arcésius eut pour fils La'irte, qu'A nticlée, fille de Diodes ou d'A^.^
tolycus (212), tendit père d'Ulysse, A'Alcimédon et AcCtiméne. Ulysse
épousa Pénélope, fille d'Icare ( v. Lacédémon), dont il eut Tilé-
moque (101).
Castor elPotluœ , de Léda , qu'il trompa sous les traits d'un cygne.
Colaxès, d'Ora.
Corie, de Coriphe (79, 318).
Cronius, Cytus et Sparlèe, d'Himalie.
Dardanus, Harmonie ou Hirmione, ctjasion ou Jasius, d'Electre (S 1).
— Dardanus eut de Butéa deux fils, Ideus cl Ericlhonius, qui fut père
de Tros (26).
Eaque, d'Egine, fille d'Asope (222).
Eole, de Ménalippe (23a).
Epaphus, d'Io (218). Epaphus épousa Cassiopée, dont il eut Lyhie.
Ethlius et Memphis , de Protogénie (5-). Ethlius épousa Calycé (57),
et en eut Endymion.
Hercule , d'Alcmènc, qu'il séduisit sons les traits d'Amphitryon..
Lacédémon et Taygètus de Taygète (70, 5i).
Lacédémon épousa Sparta , fille d'Eurotas (20), et de ce mariage
naquirent Amyctas, Eurydice ou Aganippe. Amyclas épousa Diomède
(5 1) , dont il eut Argalus , Hyacinthe , Cynortas ou BoJe et Cyparisse.
Hyacinthe fut père, selon les uns, A'Anthéis, A'Egléis, A'Euthénis
e t de Lyrie ; selon les autres , de Protogénie , de Pandore , de Procris,
de Creuse, d' Athénée et A'Orytliie (80) ; telles sont les Hyacinthides.
Cynortas fut père d'QEbalus, qui eut pour femme Gorgophone ; il
- la rendit mère d'Arène ou A'Arane, d'Icare, A'Hippocoon et de Tyn-
dare.
Gorgophone eut de Périérfes (S7) Apharèe etLettcippe. Leucippe fut
père A'Arsinoé , d'ilaîre et de Phœbé. Apharée épousa Arène , et en
eut Idas, que Marpesse, fille d'Evenus (92) rendit père de Cléopâtre.
Icare eut de l'éribéc, Pénélope, Alités et Damasipp*.
Locrus, de Mcera.
Macedonia , de Thyia (5y).
Mégare, d'une nymphe Sithnide.
Melitéus, d'Othréis.
Myrmidon , d'Eurjméduse.
Olcne, d'Anaxithée (274).
Orchominus d'Hésione (27^).
Les Policés ou Paliqucs d'Etna ou de Thalle. Leur culte était très *
répandu en Sicile; près de leur temple étaient deux petits bassins
d'eau bouillante et sulfureuse redoutable aux parjures. Leur temple
servait d'asile aux esclaves fugitifs.
Pcrsée, de Dacaé (216 ter). Danaé était fille d'Acrisius (374)',
frère de Prœtus.
DE MYTHOLOGIE. "h"]
Prœtus eut de Sténobée, fille d'Iobate, Migapenthe, Lysippt, Iphia-
nasse, Iphinoé.
Mégapenthe fot père A'Argii ; Argès, A'Anaxagore; Anaxagorc
i'Alector; Alector, d'Iphis et de Capanée.
Picumnus, PUumnus , Iarbas , de Garamantide (ao4).
Sarpédon et Argus, de Lardane.
Sarpédon, de Laodainie(23i).
Sofyme, de Chaldéna.
Tantale, de Plota.
Thebé et Deucalion, d'Iodamé.
Et plusieurs autres dont les mères ne nous sont point connues,
tels que Corinthus , Crée , Crinacus , Ellops , Gargarius , Genius ,
Gerestus , Opuns et Tenarus.
Tous ces enfans n'appartiennent pas historiquement au même
Jupiter; mais la fable en a fait hormeur à un seul, qu'elle avilit eu
croyant l'agrandir.
§ 5?. — Punition de Lycaon. — Pcriphas changé
en aigle. — Philémon et Baucis changés , l'un en
chêne , l'autre en tilleul.
Si Jupiter dut à ses métamorphoses plusieurs de ces
enfons , il en opéra d'autres, ou sur lui-même, ou sur les
mortels , pour les punir ou les récompenser.
C'est ainsi que , sous la forme humaine , il se rendit chez
Lycaon , fils de Pélasgus ( 20 ) , ou , selon quelques
auteurs , de Titan et de la Terre.
Successeur de son père , au royaume d'Arcadie vers
l'an i5$G avant J.-C. , ce prince , selon la fable , faisait
mourir tous les étrangers qui passaient dans ses Etats. 11
destinait ce sort à son hôte inconnu ; mais , par un certain
pressentiment , il voulut s'assurer auparavant si ce n'était
pas un .dieu qu'il recevait , et lui fit servir à souper le»
membres d'un esclave. Soudain un feu vengeur , allumé
par l'ordre de Jupiter , consuma le palais , et Lycaon de
vint loup ^métamorphose fondée sans doute et sur sou
nom et sur sa cruauté.
L'histoire , au contraire , considère Lycaon comme un
prince religieux et poli. Chéri d'abord de son peuple, dont
il devint le législateur et forma les mœurs , il sacrifia le
premier des victimes humaines à Jupiter Lycaeus ( 4o ,
44 ) , dans la ville de Lycosure , la plus ancienne de la
Grèce. Cette inhumanité, sans doute , est le fondement de
la métamorphose qui l'a rendu si célèbre. Lycaon eut cin
quante enfans mâles qui fondèrent chacun une ville en Àr-
cadie.Nyctime fut le seulqui lui succéda; les autres allèrent
chercher fortune chacun de son côté.
Pcriphas, roi d'Athènes , vers l'an 1 558 avant J.-C. ,
58 COCBS
dut son renom' à une cause différente. Il se fit tellement
aimer de ses sujets , qu'ils l'adorèrent de son vivant com
me un dieu, sous le nom de Jupiter Conservateur. Jupiter,
jaloux des honneurs que lui rendait la foule , voulait, d'un
seul coup de foudre, le précipiter au fond duTartare j
mais , cédant aux prières d'Apollon , il se contenta de le
changer en aigle ; il en fit même son oiseau favori , gar
dien et porteur de la foudre.
C'est cet oiseau qui ravit Ganymède au ciel. Fils ds
Tros (26) , ce jeune prince était d'une si grande beauté ,
que Jupiter voulut l'enlever pour en faire son échanson.
Un jour que Ganymède chassait sur le mont Ida, l'aigle de
Jupiter l'emporta dans le ciel , où il fut placé dans le zo
diaque sous le nom de Verseau. Les anciens le représen
taient assis sur un aigle au milieu des airs.
Philémon , époux de Baucis, étaitun paysan de Phrygie.
Pauvres et vertueux, ils avaient vieilli dans une union que
le temps n'avait fait que rendre plus étroite. Un jour que
Jupiter et Mercure , qui parcouraient la terre , déguisés
en voyageurs , s'étaient arrêtés dans le bourg qu'ils habi
taient , personne ne voulut les recevoir. Philémon et Baucis
les accueillirent, et s'empressèrent de leur offrir ce qu'ils
avaient de meilleur. Les dieux , charmés de leur piété ,
non moins qu'irrités contre les autres habitans , changè
rent le bourg en lac, et la cabane de Philémon en un, tem
ple magnifique. Sur la promesse que leur fit Jupiter de
remplir tous leurs souhaits , les deux époux demandèrent
de desservir le temple et de ne point mourir l'un sans
l'autre. Leurs désirs furent accomplis. Parvenus à la plus
grande vieillesse , Philémon s'aperçut que Baucis devenait
tilleul , et Baucis que Philémon devenait chérie. Ce futalors
qu'ils se dirent tendrement les derniers adieux.
§ 38. — Des attributs de Jupiter.
On représente ordinairement Jupiter assis sur un trône
d'or ou d'ivoire , tenant la foudre a la main droite , de la
gauche, un sceptre de cyprès, et quelquefois une victoire.
À ses pieds est un aigle , aux ailes déployées , enlevant
Ganymède. Son air est majestueux , sa barbe longue et né
gligée. Une couronne est sur sa tête , et , pour donner
une idée de sa puissance , les poètes ont dit que , d'un seul
clin-d'œil , il fait trembler l'univers entier.
Le trône marque la stabilité de son empire ; le sceptre
et la couronne annoncent son pouvoir suprême ; la vie
DE MYTHOLOGIE. 3o
toire en indique la force irrésistible ; et l'aigle fait en
tendre qu'il était maître des plaines du ciel , comme cet
oiseau l'est des champs de l'air.
Son bras est quelquefois armé d'un bouclier , qui s'ap
pelait Égide , parcequ'il était couvert de la peau de la
chèvre Amalthée. C'était aussi sur la peau de cette chèvre,
appelée Diphthera, qu'il avait, dit-on , écrit les arrêts du
Destin (17).
Quelquefois il tient des balances d'or , pour peser le
destin ou le mérite des mortels.
Il est nu depuis la tête jusqu'à la ceinture , et couvert
dans le reste du corps , pour montrer que , visible aux
dieux , il est invisible aux mortels.
La figure de la Justice accompagne ordinairement Ju
piter , et l'on y joint souvent les Grâces et les Heures, pour
nous apprendre que la Divinité rend justice à tout le mon
de , à toute heure , avec grâce.
Souvent il a devant lui deux coupes ou deux tonneaux ,
l'un du bien , et l'autre du mal , qu'il répand à son gré
sur la terre.
Du reste, la manière de représenter Jupiter n'était pas
uniforme. Les Crétois le peignaietit sans oreilles , pour
marquer ou sa science universelle ou sa constante impar
tialité. Les Lacédémoniens lui donnaient quatre têtes, pour
qu'il pût entendre de toutes parts les prières des mortels.
Les Etrusques le figuraient avec des ailes.
Le Jupiter Olympien l'emportait sur tous les autres.
Chef-d'œuvre de l'illustre Phidias , il était placé dans le
temple d'Olympie , Fune des merveilles du monde : tout
V respirait la grandeur. La statue de Jupiter était d'or et
d'ivoire , comme le trône sur lequel elle était assise ; sa
tête était couronnée de rameaux d'olivier , son manteau
paré de fleurs variées. Le dieu s'élevait jusqu'à la voûte,
et l'on pouvait se croire en présence du maître du monde.
Monumens principaux. — Jupiter assis , surmonté du pétase et
du caducée de Mercure (ai 1). — Jupilcr, avec deux sphinx au bas
de son trône.
§ 3g. — Des ministres de Jupiter. — De la Renom
mée. — De la Victoire. — Des Dires. —. Des JEtœ,
des Liies et d'Atè.
Jupiter avait pour messagère la Renommée , et les jDires
pour ministres de ses vengeances.
Virgile suppose que la Terre enfanta la Renommée ,
4o GOUBS
pour publier les crimes et les infamies des dieux , en ven
geance de la mort des Géans , ses fils , qu'ils avaient ex
terminés. C'était une déesse énorme , aux cent bouches ,
aux cent oreilles , avec de longues ailes garnies d'yeux en
dessous. Les Athéniens lui pendaient un culte , et Furius
Gamillus , chez les Romains , lui fit bâta- un temple.
Monumeas modernes. — Robe retroussée, ailes au dos, trom
pette à la main. — Rubens et le Brun, deux trompettes : l'une
pour le vrai, l'autre pour le faux.-— Groupe de Coysevox , aux
Tuileries : Renommée portée surfin cbeval ailé , et embouchant la
trompette.
L'a Victoire (33) , que les Grecs appelaient Nice , mar
chait toujours à la suite de Jupiter. Sylla lui bâtit un tem
ple à Rome. On la représentait avec des ailes , courouiiée
de laurier , et tenant à la main une branche de palmier.
On plaçait souvent une statue de la déesse Victoire à la
jnsfin de la déesse Rome. La Victoire avait surtout une
('statue célèbre dans le palais du sénat , au Capitole , et ce
fut la dernière que le Christianisme fit disparaître des mo-
numens publics , l'an 38a de notre ère.
La Victoire s'appelait Aptère , sans ailes, chez les Athé
niens , qui voulaient ainsi la fixer chez eux.
Les Dires , filles de l'Achéron et de la Nuit , étaient au
nombre de trois ; on les nommait Euménides ou Furies ,
sur la terre ; Chiennes duStyx , dans les enfers ; et Dires ,
. dans le ciel. Assises auprès du trône de Jupiter , elles rece
vaient ses ordres pour troubler le repos des médians , et
nourrir les remords dans leur âme.
Non loin du trône de Jupiter , on aperçoit les iEtae ,
déesses des supplians , et les Lites", déesses des prières •
les unes portent aux pieds de leur auguste père la douleur
des mortels ; les autres , boiteuses , timides , consternées ,
quittent sans cesse le céleste séjour , et marchent après
Até , pour réparer les maux qu'elle a faits.
Cette Até , divinité malfaisante des Grecs , est la même
que l'Injure ou la Discorde des Romains. Elle excita de si
grandi troubles parmi les divinités , que Jupiter la saisit
aux cheveux , la bannit pour jamais du ciel , et la relégua
sur la terre , où soii uuique occupation est de jeter parmi
les hommes des semences de dissension et de haine, que les
Prières effacent sur la terre, et font pardonner dans le ciel ;
touchantes allégories que les païens sembleraient avoir
dérobées au Christianisme, si le génie d'Homère n'en avait
orné la religion, trop souvent grossière, dont il fut le
chantre et l'interprète.
DE MYTHOLOGIE.
§ 4°- — Des noms et des surnoms de J upiter.
Les Grecs,qui regardaient Jupiter comme un dieu indi
gène , l'honoraient sous son nom historique ; c'était Zeus,
Zan , Zén , ou Dis , Dan , Dén (i). Chez les Romains ,
son nom était devenu circonstanciel , soit qu'on le dérivât
de Jou , jeune , ou de Juvans , sccourable , joint à Pater,
par allusion à l'éternité de sa jeunesse , ou a ses exploits ,
lorsqu'il secourut son père Saturne ('Ji).
I. Surnoms tirés des lieui f
Acrœus, d'on lieu haut de Smyrne.
Aldus, du bois Altis , près d'Olympie.
Âtyiius , d'une montagne de Crète. ■
Anchesmius , du mont Anchesme, en Attique.
Apesantius , d'Apesas on d'Aphesas, montagne de Kéméc.
Arbius , d'Arbia , montagne de Crète.
Alabyrius , d'une montagne de Rhodes. Jupiter était la plus an
cienne divinité de cette ville. Dans le temple il y a fait des brebis de
bronze qui bêlaient toutes les fois qu'elles étaient menacées de quel
que malheur.
Bagœus , d'un endroit de Phrygie.
Cœncus , de Cénée , ville de Laconic.
Capitotin , du temple construit au Capitole.
Carius , de la Carie.
Cassius, d'une montagne d'Egypte snrles frontières de la Palrstine;
do mont Casinus en Syrie, près d'Antioche ; de Ca.ssiopé , ville de
Corfou , située sur le cap occidental de l'île. C'est là que Suétone
représente Néron débarquant et chantant un hymne devant l'autel
de Jupiter Cassius. La figure ordinaire de ce Jupiter était un rocher
ou une montagne escarpée , sans aucune figure humaine, avec un
aigle à côté.
Chrysaoreus, de Chry?aoris, ancien nom de Slratonice.
Citheronius , du mont Cithéro i, en Béotie.
Coryphœus, du sommet du mont Lycée, sur lequel il avait été
élevé.
Diclœus, du mont Dictée, en Crète.
Dodonéen, de Dodone (45).
Eléen , d'Elis, où il avait une statue d'or massif.
Elymœus , d'EIymaï1' , ville de Perse.
Enesius, du mont Énusen Céphalonie.
Etna us , du mont Etna en Sicile.
Hécatcsien, Uècatien , d'Hécale, bourg de l'Attique.
Beliconius , du mont llélicon , en Béotie.
Héliopolite , d'Héliopolis, en Egypte.
Hymettius , du mont Hymette en Attique.
ldéen , du mont Ida.

(1) On voyait en effet ton tombeau , près de Gnossc en Crète , .


arec celte inscription : Ci gtt Zan , que l'on nommait Jupiter ( 3i).
42 CODBS
Ithomale, d'ithome, ville de Messénie.

Larissenus , de L a ris se , nom commua à plusieurs villes.


Latiaris et Latins , du Latium ( 44J-
Lycœus, du mont Lycée.
Maleœus , du cap Malée en Laconic.
Molossus , des Molosses , peuple d'Epire.
Neméen et Némétès, de Némée , Tille de l'Argolide.
Olympien , d'Olympie , ville d'Elide.
Parnethiut , du mont Pâmes , en Attique. Le dieu y était figuré en
airain.
Pliants, de Pise, ville d'Élide.
Sataminius, de Salamine, île de la mer Egée.
Sardessus, d'unie ville de Syrie. «
Scyllius , du mont Scyllius en Crète.
Tarenteus, de Tarentus eu Bithynie.
Tarpelus , du mont Tarpéien, appelé depuis Capitole.
Tarslus ou Tarsus , de Tarse en Cîlicie. Jupiter porta aussi ce sur
nom , lorsque, par son ordre, le Tibre creusa sur le forum un goufre
qui engloutit plusieurs maisons et causa une grande peste. Cette
peste cessa des que Curtius se fut précipité dans l'abîme.
Tmariut , du mont Tmarus , en Épire.
Vlcltlnus, du territoire deCompsa en Italie.
§ 4>- — Suite des surnoms de Jupiter*
II. Surnoms tirés des circonstances.
Jupiter était invoqué sous le nom de :
Adultus, dans les mariages.
SEd'ificiatis , dans l'intérieur des maisons.
Mgleus , pareequ'il avait été nourri par une chèvre (3»).
Agamemnon, chez les Lacédémoniens.
Agorœus , forensls, lorsqu'il avait un temple, un autel, une statue
dans le» places
. Anxur, sans publiques.
rasoir . c'est-a-dire enfant, à Terracine.
Apomylus , chez les Eléens , pareequ'à leur prière il avait chassé
les mouches dont Hercule était incommodé dans un sacrifice.
Calabales, pareeque, descendu sur la terre , il y faisait sentir sa
présence par le tonnerre , par les éclairs, ou par de véritables appa
ritions.
Cuculut, pareequ'il prit la forme d'urfroucou pour plaire à Junon.
Cyntlheus, chez les > rcadiens, comme présidant à la chasse, pre
mière et longue occupation de ce peuple.
DapallSj à cause des grands festins qui se faisaient en son honneur.
Drymnius , pareeque le chêne lui était consacré.
Eglochus, pareequ'il fut élevé par la chèvre Amalthée, ou que
dans ia guerre des Titans il couvrit son bouclier de la peau de cette
chèvre.
Egyptiui , lorsqu'on le confond avec Osiris.
.Eilaplnaste , Ilaplnaste , en Chypre, à cause des grands festins
dont ses fêtesouétaient accompagnées.
Eteuthère Libérateur , en souvenir de la victoire remportée par
les Grecs sur Mardonius (44) .
DE MYTHOLOGIE. 43
Elieius , pareeque les Domains croyaient pouvoir, au moyen de
certains vers , le faire descendre du ciel.
Enfant , chez les habitants d'Egium.
Epacrius , lorsqu'il était adoré sur les hauteurs.
Evanemus , chez les Spartiates , pour implorer de lui des vents
favorables.
Eèrétrien , pareeque dans une bataille il avait secouru les Romains
en combattant pour eux et en frappant leurs ennemis.
Gametitts , dans les noces.
Hècaiombèe, parce qu'on immolait à ce dieu les hécatombes.
Herceus , Hircins, pour la garde des murailles ou des maisoos.
Heterius , par les citoyens de la même décurie.
Hihesius , par les supplians.
Homagyrius , près d'Egiuru , pareeque Agamcmnon y rassembla
les troupes du -siège de Troie.
Jlorcius , lorsqu'il préside aux serments.
lnventor, lorsque Hercule eut retrouvé ses bœufs dérobés par
Cacus.
Lapis ou Lapidcus , lorsqu'on le confondait avec le dieu Terme.
Selon d'autres , ce num lui vient de la pierre dont on assommait la
victime dans les traités, ou de celle que rlhea mit à sa place et que
dévora Saturne (as).
Lecheatés , près d'Aliphères , en Arcadic , à l'endroit où il mit au
monde Minerve.
Mœmactés , V. Mémactéries. § 44-
Marinus, lorsqu'il est considéré comme roi des eaux.
Martius, pareeque les guerriers l'invoquaient au commencement
des combats.
Melisseus, à cau.e de ses nourrices (3a).
Miticliius , chez les Eléens, à la suite d'une guerre civile.
Morius , parecqu'un mûrier de l'Académie se trouvait sous Sa
protection.
Panarius, en mémoire du pain que les soldats du Capitole jetè
rent au camp des Gaulois, pour leur montrer qu'ils ne manquaient
pas de vivres. • '
Panhellenius , V. § 44-
Pelor'wn, à cause de Pelorius , qui lui consacra les Tète appelées
Pelories. ■• ■
Phyxius , lorsqu'on l'invoquait comme le dieu tutélaire de ceux
qui fuyaient pour échapper à quelque malheur.
Pistor , c'est-à-dir»- boulanger, V. Panarius.
Pluvius , ombrius, hyelius , lorsqu'on lui demandait de la pluie.
Polieus, comme protecteur d'Athènes.
Poudreux , pareequ'il Mégare , ville d'Attique , son temple était
sans couverture , et sa statue poudreuse.
Prœddlor , parceqn'on lui consacrait nne partie du butin fait sur
les ennemis.
Seoiius ou Ténébreux , à Sparte, pour signifier que l'homme ne
saurait pénétrer dans les profondeurs de la divinité ; selon d'autres,
à cause de la quantité d'arbres dont le pays était ombragé.
Sihinius, pareequ'il donna à Thésée la force de soulever la pierre
eous laquelle était cachés les objets qui devaient servir à le faire
reconnaître d'Égée , mari d'Éthra.
Stratias, pareequ'il était armé , chez les Gariens.
44 couns
Sponsor , parcequ'il servit de garant au consul Sp. Posthumius. .
Stator, parcequ'il arrêta les Romains fuyant devant les Sabins.
Tilanocrator , comme vainqueur des Titans.
Trophonius , V. § 46.
§ 42- — "Suite des surnoms de Jupiter.
III, Surnoms tires de ses qualités :
Agetor , conducteur des peuples. . •
Atastor , parcequ'il punit les méchants. -» k
Almus et Atumnust, nourricier de toutes choses.
Ambutius , parcequ'il a le pouvoir de prolonger la vie. »• # v
Apcmius, bienfaiteur des hommes. ,. ■ '*
Argietraunus, paiceqiie ses foudres sont rapide» ou brûlantes.
Auxetés , parcequ'il l'ait croître toutes choses. -#
Broniœus , ceraunius, parcequ'il lance le tonnerre.
liulœus , parcequ'il donne de bons conseils.
Carœus, parcequ'il est grand, élevé.
Carlharsius, expialor, parcequ'il expie les crimes.
. Charisius , charmon , pareeque , sou» son influence, les hommes se
concilient l'amitié les uns des autres; c'est à ce titre que les Grecs
faisaient, dans leurs repas, des libations à Jupiter Charisius.
Ctesius , parcequ'il favorise l'industrie.
Custos , parcequ'il veille sur les peuples.
Depultor , parcequ'il repousse les médians et protège l'innocence.
Diespiter , père du jour.
Dijovis , comme favorisant les mortels du don inestimable de la
lumière.
Epicœnius , parcequ'il est commun à tout.
• Epidote, pareeque c'est de lui que les hommes tiennent tous leurs
biens.
Epiphancs , parcequ'il est présent partout.
Epistaterius , parcequ'il préside au monde. >
Epistius , dieu des foyers.
Erigdupos ou tonnant. . .
Etherius , Ethrius , parcequ'il rend le ciel serein.
Euryope, qui s'entend au loin. V. Erigdupos. *
Exsuperantissimus , parcequ'il est au-dessus de tout.
Futgens , tonans, ftilgur , fnlguralor, fulminant . futminator , par
cequ'il préside à la foudre , aux éclairs , etc.
Hephœlius. V. Epistius.
Hospes , HospUatis , dieu protecteur de l'hospitalité.
I/ypatns , souverain ; Hyperdemos , triomphant ou redoutable;
Ilypermenês, Pancratès, tout-puissant, invincible.
Liberalis , parcequ'il délivre du danger.
Lmerius, Lucclius, père de la lumière.
Mœrgclès , conducteur des Parques. . .
Maîus, parcequ'il est supérieur à tous les autres dieux.
Mechaneus , parcequ'il bénit les entreprises des hommes.
^Moiragetès. V. Moergetès.
'
Nemétor, vengeur des méchants.
Nicéphore, parcequ'il porte la victoire.
Opiter , Opttutator , Opitulus , parcequ'il donne des secours.
DE MYTHOLOGIE. 45
Oplimus moximui , pareequ'il unit la bonté souveraine à la sou
daine pui.-sance. — Vatican, buste de Jupiter, n° 116.
Panomphé , parccquetout lu monde chante «es louanges, qu'il est
adoré de tous les peuples, et surtout qu'il est l'auteur de toutes le*
divinations.
Pànoplis , parce qu'il voit tout.
Pater 1 parceqn'il est le père des dieux et des hommes.
PhUalelUès , ami d*- la vérité.
Phifius , pareequ'il préside à l'amitié.
l'hysicus, parceqn'il est pris physiquement pour l'éther (3t).
Pistius , dieu de la bonne foi.
Pttsius , souveiain dispensateur des richesses.
Prodigialis, parceqn'il détourne les malheurs annoncés parles
prodiges.
Ruminas , V- Almui,
Sautés , V. Scrvator.
Saturnins, Satufnigena , fils de Saturne.
Sebasius , respectable.
Soi clus, pareequ'on l'honorait en particlicr, saos le confondre
avec les autres dieux.
Stmukus , pareequ'il envoie aux hommes des présages de l'avenir.
Sercnulor , V. Etherius.
Serai««,V. Physicuf.
Senator , sauveur des hotnmes. m
Sosipolis, pareequ'il défend les villes.
Slabi/itor , pareequ'il soutient, pareequ'il affermit les empires.
Slcropcgcrète, V. Tutgens,
Siiphiatis, parceqn'il a le pouvoir de tout renverser.
Terminalis , Homorltts , pareequ'il était le protecteur des bornes.
On le représentait alors sous la forme d'une pierre , par laquelle
te faisaient les sermensles plus solennels.
Tonnant , V. Fulgens.
Tropœophorus , parceqn'il donne les trophées.
Vtlor, Vindcx , V'. Ncmctnr.
Vrius . pareequ'il donnp les vents et les saisons favorablrs,, ou.
pareequ'il présidé aûx limites.
Xenius , V. Hospes. ^
Zenogonos , Zoogonos, auteur et conservateur de la vie.
§ 43. - Du culte de Jupiter.
Jupiter était adoré de toutes les nations. Son culte était
le plus solennel et le plus varié du paganisme. Jamais ses
autels ne furent, comme ceux de Saturne, souillés de sang
humain. Des chèvres , des brebis , des taureaux blancs dont
on dorait les cornes , telles étaient les victimes ordinaires.
Souvent les offrandes ne consistaient qu'en farine, en sel,
en encens. Parmi les arbres, on lui consacrait l'olivier,
emblème de la paix dont il était l'arbitre , et le chêne ,
parce que le premier il avait appris aux hommes à se
ucurrir de glands.
Pi'.rmi-les objets cor.sicrés, 0:1 nomme encore le coucou
46 COURS
dont Jupiter prit la forme pour être reçu de Junon (4 1 le
hêtre, dont la feuille ornait les autels de ce dieu dans les
grandes solennités; le saphir, dont 'la couleur reproduit
l'azur du 'ciel, et la tète, parceque Jupiter était le chef
des dieux et des hommes*
De tous les prêtres de Jupiter, aucun n'avait plus d'é
clat que le Fla/nine(\)Diale, institué parfuma. Il tenait
le premier rang parmi les ministres des autels ; il avait la
chaise d'ivoire, la robe royale, l'anneau d'or; il pouvait
se faire précéder d'un licteur, ôter en certaines occasions
les chaînes aux condamnés , et les garantir des verges , lors
qu'ils se trouvaient par hasard sur son passage. C'était
toujours de sa maison qu'on apportait le feu des sacrifices }
c'était lui qui bénissait les armées, qui faisait les conjura
tions et les dévouemens contre les ennemis. Son bonnet ,
jàlbogalérus , fait de la dépouille d'une victime blanche ,
■ était surmonté d'une petite branche d'olivier, pour mar
quer qu'il portait lapaixen quelque lieuqu'ilallât. Du reste,
il était soumis à des lois bizarres qui le distinguaient des
autres prêtres , et qu'il serait inutile de rapporter ici.
§ 44- — Des fêles, des sacrifices et des jeux célébrés
en l'honneur de Jupiter.
Les ÂqiiUices se Taisaient afin d'obtenir de la pluie dans un temps
de sécheresse.
Les Buphonies, fête annuelle des Athéniens , en l'honneur de Ju
piter Poliéus , n'offraient rien de remarquable que le sacrifice
d'un grand nombre de bœufs. Le sacrificateur s'appelait Buphone.
Les Daulies avaient lieu chez les Argiens, en mémoire de la mé
tamorphose de Jupiter en pluie d'or pour séduire Danaé.
Les Dt dalles rappelaient une réconciliation du maître des dieux
et de son épouse.
Les Dialies étaient des sacrifices que faisait à Borne le Flamine
Diale.
Les Diasles, cérémonies athéniennes, se célébraient pour Jupiter-
Milichius. v
Les Diipolics honoraient dans les villes grecqncs, le Jupiter-
Polius.
Les Dios-fioes , fétes mitésiennos , étaient ainsi nommées du bœnf
qu'on immolait à Jupiter pendant leur célébration.
Les Eleuthéries , ou fêtes de la liberté , se célébraient tous les cinq
ans à Platée , par les députés de la Grèce entière , en l'honneur de j
Jupiter Libérateur. Elles furent instituées en mémoire de la victoire

(î) Les Flamincs étaient ainsi nommés, ou d'une espèce de voile


couleur de feu qn'on appelait flammeum , ou d'un filamen de laine,
dont ils se servaient pour nouer leurs cheveux.
DE MYTHOLOGIE. 47
que Pausanias remporta pris de Platée sur l'armée des Perses, com
mandée par Mardonius.
Les Héealésiei et les Homoléies tiraient leur nom, les unes d'Hé-
cale en Attique , les autres du mont Homole , en Thessalie.
Les Jovialia des Latins répondaient aux Diasies des Grecs.
Les Larentales se faisaient le aa décembre , hors de Rome, sur les
bords du Tibre, en l'honneur de Jupiter et d'Acca Laurentia, nour
rice de Romulus. ».
Le Latiar, fut institué par Tarquin le Superbe en l'honneur de
Jnpiter-Latiaris. Tous les peuples du Lttium venaient , pour cimen
ter leur union , célébrer une fois par an de» fêtes en commun ; non-
seulement la fête , mais tout ce qui s'y faisait , offrandes , sacri
fices, s'appelaient Latiar (Ho).
Les Mémaclcries étaient un sacrifice que les Athéniens offraient à
Jupiter dans le mois de Mémactérion , pour obtenir de lui , comme
maître des saisons, un hiver doux. (4°)-
Les Lycée* furent institués par Lycaon(3j). Il paraît que, du temps
de Théophrastc, c'est-à-dire, trois siècles avant J.-C, on y sacrifiait
encore des victimes humaines. Ces fêtes furent ensuite transportées
à Rome.
Les Pandits, fêtes Athéniennes, furent ainsi nommées de Pan-
dion , qui les établit en l'honneur de Jupiter.
Les Panhellènies furent instituées par Eacus, et renouvelées par
l'empereur Adrien. Toute la Grèce devait s'y trouver. v
Les jeux Capitolint se célébraient tous les cinq ans, en l'honneur
de Jupiter, sauveur du Capitole. 11 en était de même des jeux Tar-
pèiens.
§ 45. — Des principaux oracles de Jupiter. —
Dodone , Ammon.
. Jupiter avait trois fameux oracles : celui de Dodoné ,
celui d'Ammon et celui de Trophonius. Les deux premiers
doivent leur établissement aux Egyptiens.
Deux , colombes , dit la fable , s'envolèrent de Thèbes ,
ville d'Egypte, et vinrent, l'une à Dodone , l'autre en Ly-
bie. Douées du don de la parole , elles apprirent aux ha-
bitans que Jupiter voulait établir un oracle dans leur pays.
On s'y refusa d'abord ; la crédulité curieuse l'emporta
bientôt , et l'oracle fut accepté.
Hérodote a dépouillé cette tradition du merveilleux qui
l'enveloppe. Des Phéniciens , dit-il , enlevèrent d'Egypte
deux prêtresses, dontl'une fut conduite en Ëpire , dans la
forêt de Dodone , où l'on allait recueillir le gland , pre
mière nourriture des Grecs. Or le mot Peleiai signifie
colombes , dans quelques endroits de la Grèce , et vieilles
femmes, chez les Épirotes. Une petite chapelle s'éleva
près d'un chêne en 1 honneur de. Jupiter. Personne d'a
bord ne comprenait le langage de l'Égyptienne; mais lors
48 COURS
que ses paroles devinrent intelligibles , on publia que la
colombe avait parlé. Telle fut l'origine du célèbre oracle
de Dodone.
Cet oracle avait des vierges sacrées, nommées Péléades,
dont Pausanias cite ces paroles : Jupiter a été et sera.
Cet oracle éprouva par la suite plusieurs changeraens.
On ne consulta , dans les premiers temps , qu'une fon
taine dont les ministres sacrés interprétaient le Murmure.
Bientôt on suspendit en l'air des vases d'airain , près d'une
statue de même métal , armée d'un fouet. Le vent l'agi-
tait-il , il frappait les vases qui , venant à s'entrechoquer ,
rendaient un son discordant , dont la force et la durée ser
vaient de base aux réponses des prêtres. De là le proverbe,
Airain de Dodone , pour exprimer un grand parleur. Quel
quefois ce bruit était occasioné par l'agitation des branches
et des feuilles d'un vieux chêne, que le peuple consultait
avec une terreur superstitieuse. D'autres fois , les prêtres
se cachaient dans le creux des arbres , et donnaient eux-
mêmes les oracles. De là cette croyance r'.dicule , que tous
les chênes de Dodone , et les colombes qui vivaient sous
leur ombrage , doués'du don de prophétie , répondaient à
voix intelligible aux questions des mortels.
L'oracle d'Ammon s'établit à peu près de- la même ma
nière , par l'autre prêtresse Egyptienne , environ dix-huit
siècles avant Auguste. Des hommes succédèrent à cette
femme , et s'occupèrent du soin de répondre aux consul-
tans. '• . '
Le temple de Jupiter était dans un site agréable , à neuf
journées d'Alexandrie. On y comptait plus de cent mi
nistres , dont les plus âgés avaient seuls le droit de trans
mettre les oracles du dieu.
L'oracle d'Ammon devint l'un des plus accrédités du
paganisme. Il fut consulté par Hercule , par Persée , par
d'autres grands hommes ; mais lorsque , pour flatter Ale
xandre , il le proclama fils de Jupiter , il perdit de sa ré
putation , et , du temps de Plutarque , il n'en conservait
aucune.
§ 4°- — Oracle de Trophonius.
L'oracle de Trophonius dut sa naissance et son nom au fils d'Er-
ginus (322) , roi des Orchoméniens » qui , comme son (Vère Agamède (
était un célèbre architecte. Ce furent eux qui bAtircnt le templa
d'Apollon à Delphes, et le trésor d'IIyriéus, riche Arcadien. Ils avaient
pratiqué dans ce dernier édifice un passage secret qui n'était connu
que d'eux. Une pierre qu'ils savaient ùter et remettre sans qu'il j
DE MYTHOLOGIE. 49
parût, leur donnait le moyen de voler chaque nuit l'argent d'Hy-
riéus. Celui-ci s'avisa de tendre un piège autour des vases qui le
contenaient : Agamèdeyfut pris. Trophonius ne pouvantl'en dégager,
loi coupa la téte , et peu de temps après il mourut, englouti vivant
dans le sein de la terre.
Son tombeau resta quelque temps dans l'oubli , lorsqu'une sé
cheresse extraordinaire affligea les Béotiens. Apollon consulté ,
répondit qu'il fallait avoir recours à Trophonius, qui rendait, à Lé-
badée , des oracles dans un antre. En effet, on trouva l'antre, dans
lequel on entendit une voix et le moyen de mettre fin au fléau.
Depuis ce temps , on honora Trophonius comme un dieu ; un temple
et des autels s'élevèrent en son honneur.
Lorsqu'on voulait le consulter, il fallait , avant de descendre dans
l'antre prophétique , passer quelques jours dans la chapelle dédiée
au Bon Génie et à la Fortune ; se purifier par l'abstinence, et se bai
gner dans les eaux du fleuve Hercine. On sacrifiait ensuite à Tro
phonius, a toute sa famille, à Jupiter, et l'on ne vivait que de chairs
sacrifiées.
Après tous ces préparatifs et d'autre» encore, on faisait boire aux
consultans deux sortes d'eaux, celle du Léthé, pour effacer de l'es
prit toutes les pensées profanes, et celle de Mnémosyne , pour y graver
tout ce qu'on devait voir dans l'antre sacré. On montrait ensuite la
statue de Trophonius , et le consultant, revêtu d'une tunique de
lin et de bandelettes, était conduit à l'oracle.
Cet oracle était sur une montagne , dans une enceinte de pierres
blanches , sur laquelle s'élevaient des obélisques d'airain. Dans cette
enceinte était une caverne en forme de four, taillée de main d'homme.
Là s'ouvrait un trou peu large, où l'on descendait, non par des degrés,
mais par de petites échelles. Alors se présentait une seconde ca
verne ; on se couchait à terre; on prenait dans chaque main une
composition de miel; on passait les pieds dans l'ouverture, et sou
dain l'on était entraîné par une force irrésistible.
C'est là que l'avenir se déclarait de diverses manières; les uns
voyaient, les autres entendaient. Le consultant , sorti de l'antre,
était placé dans la chaise de Mnémosyne; on lui demandait ce qui
dans la caverne avait frappé ses yeux ou ses oreilles. On le ramenait
ensuite dans la chapelle du Bon Génie , pour lui laisser reprendre ses
sens. Enfin il était obligé d'écrire sur un tableau se9 souvenirs , et
les prêtres servaient apparemment d'interprètes à ses paroles.
Il n'était guère possible de sortir de l'antre sans éprouver une
terreur extrême; aussi les anciens tiraient-ils de la caverne de Tro
phonius la comparaison d'une grande frayeur.
§ 47- — De Jupiter Sérapis. — De ses attributs
et de son culte.
Si les Grecs ont reçu d'Egypte leur Jupiter, les Égyptiens , à leur
tour, ont adopté de la Grèce un dieu nouveau pour remplacer Osiris :
c'est Sérapis.
Le culte de ce dieu fut sans aucun doute porté de Grèce en Égypte,
puisqu'on n'en voit aucune trace sur les monumens égyptiens , tels
que la table isiaque (9), où figure toute la théologie de ce peuple'. On
prend quelquefois Sérapis pour Jupiter et pour le Soleil ; quelqrn;
5o COVBS
fois, sur les monumens postérieurs à cette table, on le voit avec trois
noms , Jupiter , Soleil et Sérapis. On le prend encore pour Pluton.
Enfin, on en fait, comme d'Osiris, un dieu multiple qui comprend
toutes les autres divinités.
Il était aussi regardé comme le dieu de la santé; comme tel , on
lui rapporte plusieurs guérisons miraculeuses.
On recevait ses inspirations pendant la nuit, parceqae, pour le
consulter, on allait dormir dans son temple.
On le représente ordinairement la tête couverte à"une corbeille
ou d'un boisseau , pour figurer l'abondance, dont ce dieu, pris
pour le Soleil , est le père. A l'exception du panier, il a presque
partout la même forme que Jupiter. Lorsqu'il est Sérapis-Pluton ,
il tient à la main une pique ou bien un sceptre ; à ses pieds est un
Cerbère à trois têtes.
Le plus ancien de ses temples était àMempbis, et le plus fameux
à Canope. On s'y rendait de tous les cantons de l'Egypte pour célé
brer la fête de ce dieu, source de mille réjouissances. Il avait un
oracle célèbre à Babylone.
Les Grecs et Rome honorèrent aussi Sérapis , et lui consacrèrent
des temples. On en voyait dans Athènes et dans plusieurs villes
grecques. Les Romains en bâtirent un en son honneur dans le
Cirque de Flaminius.Un nombre presque infini de malades et d'in
firmes allaient lui demander leur guérison , ou plutôt se persuader
qu'ils l'avaient reçue.
A la porte des temples de Sérapis , se trouvait une figure d'homme
qui mettait le doigt sur la bouche , comme pour imposer le silence
sur la mortalité du dieu. Sérapis n'était en effet autre chose qu'Apis,
roi des Argiens (218), qui conduisit une colonie grecque en Egypte ,
et dont le sarcophage , en grec Soros, forma conjointement avec son
nom le mot Sorapis, changé par la suite en Sérapis.
Vatican , Sérapis avec les traits de Jupiter , les cheveux plats de
Pluton et les rayons du Soleil, n° 7; un serpent couvre son corps de
ses plis.
§ 48. — De Thémis. — Ses noms et ses surnoms.
— Ses attributs. — Ses enfans.
A la suite de l'histoire de Jupiter , nous placerons l'his
toire de Thémis , pour ne point séparer deux choses dont
l'union est si belle , la puissance et la justice.
Thémis , l'une des Titanides ( 20 ) , déesse de la Jus
tice , était sœur aînée de Saturne et tante de Jupiter. C'est
à elle que l'on doit la divination , les sacrifices , les lois re
ligieuses , en un mot tout ce qui sert à maintenir l'ordre
et la paix parmi les hommes. Reine des Thessaliens , elle
se distingua tellement par sa prudence et son équité , qu'on
la regarda toujours depuis comme la déesse de la Justice,
dont on lui fit porter le nom. L'astrologie même ne lui fut
point étrangère ; elle y trouva des moyens de prédire l'a
venir , et , lorsqu'elle disparut du monde , elle eut des
temples où se rendaient des oracles. Sur le mont Parnasse ,
DE MYTHOLOGIE. 5l
elle partageait avec la déesse Tellus un temple et un ora
cle, qu'elle céda par la suite à Apollon. Elle avait un autre
temple dans la citadelle d'Athènes.
Thémis s'appelait encore Fas, prima Deûm fat , et parmi ses sur
noms, on distingué celui d'/ttochus , parccqu'elle est épouse de Ju
piter ; celui d'Arogos , parcequelle aide l'innocence ; celui d'Ichnie,
parcequ'elle marche sur les traces des coupables , sans jamais les
abandonner, et celui de Parnassia,b cause du temple dont nous
venons de parler.
Assise à la droite de Jupiter , elle préside , dans l'Olympe,
aux festins des dieux. C'est elle qui commande aux hom
mes de n'adresser à ladivinité que des demandes justes et
raisonnables ; c'est elle qui préside aux conventions humai
nes, et qui veille à. leur observation. Aussi la représente-
t-on tenant une épée d'une main, etdel'autre, des balances.
La fable dit que Thémis ne voulut point contracter de
mariage , mais que Jupiter la força de l'épouser, et qu'il en
eut la Force, la Tempérance et les Parques, selon les unsj
et selon d'autres encore , trois filles , l'Équité, la Loi et la
Paix; admirable emblème de la Justice, qui produit les insti
tutions et la tranquillité par l'égale répartition des droits
et des devoirs. .
La Force était représentée sous l'emblème d'une Amazone qui
tient une colonne d'une main , et de l'autre un rameau de chêne. Le
lion est son attribut le plus ordinaire.— Vieillard grave, armé d'une
massue. — En Egypte , femme vigoureuse , deux cornes de taureau
sur la tête , éléphant à son côté. — Force de Steube, au Louvre. —
La Justice et la Force , bas-relief du Louvre.
La Tempérance était caractérisée par un frein ou par une coupe
renversée. L'éléphant, animal très sobre, est son symbole.— La Loi
a un diadème sur la tête, un sceptre en main, un livre ouvert où
l'on lit : In Legibus salut.
§ 4g. — Des Heures D'Aslrée De la Concorde.
L'Equité, la Loi et la Paix sont encore appelées la Jus
tice , le bon Ordre et le Calme , ou Dicé , Eunomie et
Irène. Sous cette dernière dénomination , elles portent
aussi le nom d' Heures, et le surnom de Celeres Deœ.
Telles furent d'abord les trois divinités chargées, selon
les poètes , d'ouvrir et de fermer les portes du jour. Mais
quand le jour eut été soumis par les Grecs à dix divisions,
à partir de l'aurore , on multiplia pareillement le nombre
des Heures. C'est ainsi qu'ils appelèrent :
Auge, l'aurore ou l'aube du jour.
Anatole , le lever du soleil.
tlusata, l'heure du Musée, c'est-à-dire , celle des études, celle
où s'ouvraient les écoles publiques.
COURS
Gymnasia , l'heure du Gymnase ou de» exercices ; elle suivait im
médiatement celle des Muses.
Kymphœ , l'heure des Naïades , c'est-à-dire , l'heure du bain , qui
toujours avait lieu après les exercices du Gymnase.
Mcsembria , le midi.
Sponde, l'heure des libations.
Lité , l'heure des prières.
Jeté, Cérès, c'esl-à-dire, l'heure de la table.
Dysis , ou le coucher du soleil.
On représentait ordinairement les Heures avec des ailes
de papillon , accompagnées de Thémis , et soutenant des
cadrans et des horloges. —Danse des Heures, de Cosway,
Thémis n'était autre chose qu' Astre'e (22). Descendue
du ciel sur la terre (22); les crimes des hommes la forcèrent
de quitter les villes, puis les campagnes, où Virgile place
son dernier asile. Elle regajgna la demeure des dieux, où
les poètes lui donnent le signe de la Vierge dans le zodia
que. On la représente en effet sous les traits d'une Vierge,
avec un regard formidable. La tristesse qui paraît dans ses
yeux n'a rien de farouche ; mais son air sévère est accom
pagné de dignité. Comme Thémis, elle a pour attributs la
balance et l'épée. Les Egyptiens la représentaient la main
gauche étendue et ouverte , mais sans tête.
Chez Le Brun, étoile sur la tête. —Péristyle de SaintSulpice, bas-
relief, balance , livre des lois , glaive soutenu par un ange.
D'un autre côté , Irène , ou la Paix , fille de Thémis ,
n'était autre chose que la Concorde , déesse allégorique
à laquelle Camille éleva le premier un temple au Capitole,
où les magistrats tenaient souvent leurs assemblées. Dans
la suite , elle eut plusieurs autres temples à Rome. On y
célébrait , le 19 février , des fêtes appelées Charisties.
On priait la déesse de rétablir la paix et de conserver l'u
nion entre les familles , et l'on s'envoyait des présens mu
tuels comme aux Saturnales ( 24 )•
Chez les Athéniens , la Paix tenait Plutus sur ses genoux
(2o3). Les Romains la représentaient tenant d'une main
une branche d'olivier , et de l'autre , la corne d'abon
dance; quelquefois c'est un caducée (211 ) , un flambeau
renversé , des épis de blé. C'est dans le temple de la Paix
que les savans avaient coutume de s'assembler , et même
de déposer leurs ouvrages.
§ 5o. — Des Saisons. — Leurs attributs et leur culte.
Les Heures étaient prises quelquefois pour les Saisons,
DE MYTHOLOGIE. 55
et , comme telles , elles ne furent d'abord qu'au nombre
de deux : YEté et YHiver. Mais bientôt on en reconnut
deux autres : Thalatta , la floraison ou le Printemps , et
Carpo, les fruits ou l'Automne.
Les Grecs représentaient les Saisons en femmes , parce-
que le mot grec hora , saison , est du féminin. Sur les an
ciens monumens, elles sont ordinairement symbolisées par
des enfans ailés , dont chacun a des attributs particuliers
propres à chaque saison.
Le Printemps est couronné de fleurs ; auprès de lui se
trouve un arbrisseau qui pousse des feuilles j il trait une
brebis ou tient à la main un chevreau.
L'Eté , couronné d'épis de blé , porte d'une main une
gerbe , et de l'autre , une faucille.
L'Automne a dans les mains des grappes de raisin ou
un panier de fruits.
L'Hiver est bien vêtu ; sa tête est couverte ; il est auprès
^"d'un arbre dépouillé de verdure ; il tient d'une main des
fruits secs et ridés , de l'autre, des oiseaux aquatiques.
Les anciens ont encore caractérisé le Printemps par
Mercure ; l'Eté , par Apollon j l'Automne , par Bacchus,
et l'Hiver , par Hercule.
Les Heures ou les Saisons étaient regardées comme des
divinités. Athènes les avait honorées d'un temple.
Au commencement du printemps , de l'été et de l'hiver,
on leur offrait des sacrifices solennels , nommés Hore'es ,
pour obtenir une année tempérée. Selon quelques uns, ces
sacrifices s'adressaient particulièrement aux Heures qui
ouvraient les portes du ciel et gouvernaient les saisons.
Saisons de Mignard aux Tuileries ; de Bouchardon, à la fontaine
de la rue de Grenelle ; de Girodet, pour le roi d'Espagne, en quatre
tableaux.
§ .5 1 . — Japet et ses fils. — Atlas et ses filles.
L'histoire de Japet (19) et de ses fils servira de. complé
ment naturel à l'histoire de Jupiter.
Japhet , l'aîné des fils de Noé , peupla l'Europe, et même
une partie de l'Asie ; c'est de lui que les poètes ont fait leur
Japet , fils du Ciel et de la Terre.
Les Grecs le regardaient comme l'auteur de leur race, et
ne reconnaissaient rien de plus ancien que lui; aussi don
naient-ils le nom de Japet au vieillard décrépit.
Il épousa, selon les uns, Asia; selon les autres, Clymènej
toutes deux filles de l'Océan , qui le rendirent père d' Atlas ,
54 COURS
de Ménéthis, de Prométhée et d'Epiméthée. Quelques
auteurs , au lieu de Ménétius , lui donnent pour troisième
fils Hespérus ou Vespérus. Il eut encore Buphagus, de la
nymphe Thomas. Japet régna dans la Thessalie , plus re-
commandabledu reste par ses fils que par son propremérite.
Atlas, que l'on fait encore fils d'Uranus (4), fut roi de
cette partie de l'Afrique appelée depuis la Mauritanie. Ses
peuples prirent de lui le nom d'Atlantes.
Il excella dans la science astronomique , et fut l'inven
teur dé" la sphère. De là, les poètes ont feint qu'il portait
le ciel sur ses épaules , et Juvénal le représente gémissant
sous le faix , à cause de la multitude des dieux que la su
perstition logeait dans l'Olympe. D'autres prétendent qu'il
fut condamné par Jupiter à soutenir le fardeau du monde ,
parce qu'il embrassa le parti des Titans ou des Géans contre
les dieux.
L'Atlas-Farnèse soutientlc ciel avec la tête , le cou et les épaules.
Il avait un nombre infini de troupeaux. Ses jardins
étaient remplis d'arbres dont les branches , les feuilles et
les fruits étaient d'or ; un dragon en avait la garde.
Atlas épousa Pléione ou Ethra, dont il eut Ifyas et douze
filles, dont sept nommées Màia , Electre, Taygète, As-
térope , Mérope , Alcyone et Céléno, forment la constella
tion des Pléiades, et les cinq autres, Phaole, Ambrosie,
Eudora, Coronis et Polyxo, forment celle des Hyades.
§ 52. — Des Pléiades , d'Hyas et des Hyades.
Les Pléiades, aimées des dieux et des héros les plus cé
lèbres , en eurent des enfans aussi fameux que leurs pères ,
et qui devinrent les chefs de plusieurs peuples. Elles furent
changées en étoiles , pareeque leur père avait voulu lire
dans le secret des cieux; leur constellation se trouve dans
la têtedu Taureau. Cette fable vient sans doute de ce qu'At
las découvrit le premier cette constellation , et le nom
dérive ou de Pléione sa femme , ou du temps auquel ces
étoiles paraissent ; c'est au mois de mai , saison favorable à
naviguer ( 7rXt'&> )• L'une d'elles , Mérope , épouse de Sisy
phe (27 1 ) , ou plutôt Electre , femme de Dardanus , dispa
rut vers le temps de la guerre de Troie. L'étoile d'Electre
ne se montre plus en effet que de temps en temps aux mor
tels avec l'appareil d'une comète.
Les Pléiades s'appellent encore Àtlaniides, du uom de leur père ,
et Vergilies , du mot latin qui signifie printemps.
DE MYTHOLOGIE. 55
Hyas , amant passionné de la chasse , fut tué par une
lionne dont il avait enlevé les petits ; selon d'autres , il mou
rut de la morsure d'un serpent. La mort d'Hyas affligea
tellement ses sœurs j qu'épuisées par les larmes , elles furent
changées en une constellation qui, dans le signe du Taureau,
préside à la pluie, double circonstance d'où peut venir la
dénomination d'Hyades. Aux cinq que nous avons nom
mées, on ajoute Pradice et 5F/yène ou Dionë, que l'on dit
filles d'Hyas et de l'Océanide Ethra.
On appelle encore les Hyades, Phœsile, Phœo , Cistéis , Nysa ,
Erato , Eriphia , Bromia , et Polyhymno.
Les anciens croyaient que le lever et le coucher des
Hyades étaient toujours accompagnés de pluie. Aussi les
trouve-t-on qualifiées de pluvieuses et de tristes.
§ 55 Des Hespérides , d'IJespérus et de Ménétius.
Atlas eut encore pour femme Hespéris , fille d'Hespérus
son frère. De ce mariage naquirent les trois Hespérides :
Egle', Erythie et Aréthuse , auxquelles on joint une qua
trième nommée Vesta. On les nomme encore Hypéréthuse,
Hespe'ra , Crète et Cléia.
Junon les avait préposées à la garde des pommes d'or
dont elle fit présent à Jupiter le jour de ses noces. Un dra
gon à cent têtes, dont les yeux ne se fermaient jamais,
veillait sans cesse aux portes de leur jardin , situé , selon les
uns, à l'entrée de l'Océan , et selon les autres, dans le voi
sinage du mont Atlas en Afrique. Peut-être que la retraite
enchantée des Hespérides n'était-elle que de belles prairies
ou de vastes jardins ; le dragon , quelque berger ou quelque
jardinier qui les gardait, et les pommes d'or, des troupeaux
magnifiques ou des fruits excellons, tels que les oranges. Le
mot grec Mêla veut dire en effet pommes ou troupeaux.
Quelques auteurs prétendent que deux autres personnages por
tèrent le nom d'Atlas , l'un père d'Electre et roi d'Italie; l'autre,
roi des Arcadiens«t père de Maïa.
Ménétius fut précipité par Jupiter d'un coup de foudre
dans l'Ërèbe, en punition de sou orgueil, ou du secours
qu'il fournit aux Titans.
Hespérus, suivant quelques auteurs, vint en Italie, qu'il
appela de son nom, Hespérie. Il fut changé, dit-on, après
sa mort, en une étoile qui paraît la nuit entière dans le ciel,
et qui se nomme Hespérus ou Vesper, après le coucher du
soleil , et Phospore ou Lucifer , avant le lever de cet astre.
56 COURS
Cette étoile se nomme encore étoile ou planète de Vénus ,
et les poètes ont fait de Lucifer un fils de Jupiter et de
l'Aurore (io3).
§ 54. — Prométhée. — II forme un homme d'argile
et dérobe le feu du ciel.
Prométhée , dont le nom signifie prévoyan ce de Vavenir ,
avait en effet reçu le don de prophétie. Les dieux et Jupi
ter même le consultaient comme un oracle infaillible ; les
hommes apprirent de lui les vertus des plantes , l'agricul
ture, l'équitation , et le révérèrent comme l'inventeur de
tous les arts. •
En effet, Prométhée, soit pour donner une éclatante
idée de son talent, soit pour rivaliser avec Jupiter, créa
teur de Thomme , venait d'en former un du limon de la
terre. Minerve , frappée de la beauté de cet ouvrage, of
frit à l'artiste de contribuer à sa perfection. Prométhée
lui répondit que, pour mieux y réussir, il devait voir par
lui-même les régions célestes. La déesse le ravit au ciel ,
où tous les corps lui parurent animés d'un feu vivifiant.
Pensant que ce feu produirait le même effet sur son ou
vrage , il conçut le projet de le dérober. Il alluma donc au
soleil une tige de férule (1) , plante longue et remplie d'une
moelle que le feu consume lentement jusqu'au bout, avant
de s'éteindre; et maître de ce trésor, il- descendit sur la
terre pour en animer sa figure d'argile; il lui donna la ti
midité du lièvre, la finesse du renard, l'orgueil du paon, la
férocité du tigre et la force du lion.
Non content d'avoir dérobé le feu du ciel , Prométhée
tenta de tromper Jupiter dans un sacrifice, pour éprouver
ainsi s'il était digue des honneurs divins. Il tua donc deux
bœufs , et de leurs deux peaux il remplit l'une de la chair,
l'autre des os des victimes. Jupiter se trompa, tout dieu
qu'il était, et choisit la dernière. Aussi, pour se venger,
ôta-t-il aux hommes l'usage du feu.
§55. — Création de Pandore. — Origine de l'âge
de fer.
Mais Prométhée , que le secours de Minerve ravit une
seconde fois au ciel , en rapporta de nouveau le feu divin.
( 1) La tige de ta férule a cinq ou six pieds d'élévation. Cette
plante est très connue des matelots et leur a souvent servi pour
transporter du feu d'une île dans une autre.
DB MYTHOLOGIE. 57
Jupiter , irrité de ce nouvel attentat , donna l'ordre à Vul-
cain (72) de former une femme du limon de la terre ,
pour l'envoyer au ravisseur , avec une boîte qui devait
être si fatale au genre humain.
Dès que cette femme fut sortie des mains du céleste
ouvrier, tous les dieux lui firent à l'envi des présens ,
d'où lui vient le nom de Pandore , mot qui signifie tout
don. Vénus lui donna la beauté ; les Grâces , l'art de
plaire; Apollon, la connaissance de la musique; Minerve,
des habits magnifiques ; et Mercure , le charme de l'élo
quence. Ce fut lui que Jupiter chargea de conduire Pan
dore à l'époux qu'il lui destinait.
Prométhée , soupçonnant quelque piége , ne voulut re
cevoir ni Pandore , ni sa boîte , qu'il renvoya l'une et
l'autre à son frère Épiméthée. Celui-ci , charmé delabeanté
de cette femme , s'empressa de l'épouser , et , non moins
épris que curieux , il ouvrit imprudemment la boîte
mystérieuse. Aussitôt s'en échappèrent à l'envi tous les
malheurs qui , depuis ce temps, n ont cessé de désoler la
terre. L'espérance resta seule au fond , unique et dernière
ressource des mortels.
Telle fut l'origine de l'Age defer , mille fois plus af
freux que l'âge d airain ( 33 ). Celui-ci avait donné nais
sance aux premiers crimes , aux premiers combats; celui-
là fut signalé par le débordement de tous les vices , de tous
les forfaits et de toutes les misères. Alors naquit l'Indus
trie , fille allégorique du Besoin et de la Nécessité.
Groupe de Iîoisot, homme formé du limon de la terre; Prométhée;
génie de Minerve.
Pandore conduite par Mercure , d'Allaux , n° 16 , Luxembourg.
§ 56. — Prométhée attaché sur le Caucase. — Sa
délivrance. — Explication des fables précédentes.
— Fêtes en l'honneur de Prométhc'e. — Epiméthée.
Jupiter, outré que Prométhée lui-même n'eût pas été
dupe de cet artifice , ordonna , selon les uns, à Mercure,
selon les autres, à Vulcain , de le conduire sur le mont
Caucase , et de l'attacher à la pointe d'un rocher , où le
vautour, né de Typhon et d'Echidna , devait lui dévorer
le foie pendant trente mille ans. Prométhée subissait déjà
ce supplice depuis trente ans , lorsque Hercule le délivra
parla mortdu vautour. D'autres prétendent que Jupiter le
délivra lui-même , en reconnaissance d'un oracle des Par
ques , révélé par la victime au maître des dieux , et d'a
3"
58 coctis
Srès lequel , le Ris de Thétis , si Jupiter épousait cette
éesse , devait être plus puissant que son père. Jupiter se
garda de compromettre son trône ; mais , s'il fit grâce à
Proniéthée , du moins l'obligea-t-il à porter au doigt une
petite pierre du mont Caucase, retenue par un anneau de
fer. De là l'origine des bagues. Quoi qu'il en soit , Promé-
thée devint père de Deucalion , Epiméthée de Pyrrha.
Ces fables ( 54-55 ) ont besoin d'être expliquées.
L'homme formé par Prométhée n'était sans doute qu'une
statue qu'il sut faire avec de l'argile , et lui-même paraîtrait
avoir enseigné le premier la statuaire aux mortels.
On ne peut voir dans la fable de Pandore que la tradi
tion altérée d'Adam et d'Eve , qui perdirent le bonheur
avec l'innocence.
Prométhée , de la famille des Titans , persécuté comme
eux par Jupiter , se retira dans la Scythie, région du Cau
case , de laquelle il n'osa sortir pendant le règne de leur
ennemi commun. Le vautour représente le chagrin d'un
homme ambitieux , forcé de mener une vie misérable dans
un pays sauvage. Les Scythes en effet étaient extrêmement
grossiers , et n'avaient ni lois ni coutumes. Prométhée ,
prince savant et poli , leur apprit à vivre d'une manière
plus humaine; ce qui donna lieu de dire qu'il avait formé
l'homme avec l'aide de Minerve , déesse des arts et de la
sagesse (79). Le feu qu'il dérobe au ciel , ce sont les
forges qu'il établit dans la Scythie. Enfin , s'il quitta ce
triste séjour , s'il revint dans la Grèce , c'est que la puis
sance de Jupiter se trouva désormais à l'abri des Titans.
Les Grecs rendirent à Prométhée les honneurs divins; les Athéniens
lui dédièrent un autel dans les bosquets de l' Académie , et célébrè
rent en son honneur les Cêramicies , les Lampadophories ou les
Promèthèes , jeux qui consistaient a courir depuis cet autel jusqu'à la
ville avec des torches allumées. Le vainqueur devait arrive/ au terme
sans éteindre son flambeau.
Prométhée déchiré par le Vautour, de Salvator Rosa, galerie de
Florence. — Prométhée délivré, bas-relief antique.
Quant au frère de Prométhée , les dieux le changèrent
en singe , et le placèrent dans l'île de Pithécuse. Cette mé
tamorphose s'explique , d'après Lucien , en ce que Epi
méthée , statuaire habile , imitait la nature humaine en
perfection.
§ 57 —Deucalion et Pyrrha.--Déluge de Deucalion.
— Ses enfans.
Deucalion, époux de Pyrrha , régnait sur la Thessalie ,
DE MYTHOLOGIE.
lorsque la fatale boîte de Pandore inonda de maux
l'univers. Jupiter , irrité de l'impiété des mortels, résolut
de détruire le genrehumain. Toute la terre fut submergée.
Les hommes, effrayés , se réfugièrent sur les plus hautes
montagnes j mais l'eau ne tarda pas à s'élever jusqu'à cet
asile , et leur enleva tout espoi" te salut.
Par le conseil de Prométhée , Deucalion construisit un
vaisseau qui le recueillit avec Pyrrba. Cette arche , nom
mée Larnasse , flotta pendant huit jours au gré des vents ,
et s'arrêta le neuvième sur le sommet du mont Parnasse ,
où Deucalion demeura jusqu'à ce que les eaux se fussent
retirées.
Ovide et Pindare ne parlent pas de ce navire ; mais ,
selon Justin, un grand nombre d'hommes échappèrent sur
des barques à la fureur des ondes.
Après la retraite des eaux, Deucalion et Pvrrha consul
tèrent l'oracle de Thémis sur le moyen de repeupler la
terre. L'oracle leur donna l'ordre de se voiler le visage,
et de jeter derrière eux les os de leur aïeule. Deucalion ,
après avoir cherché le sens de ces pai-oles mystérieuses ,
comprit enfin qu'il s'agissait des pierres de la Terre, dont
il descendait, et d'ailleurs, la mère commune de tous les
hommes. Les deux époux se mirent en devoir d'exécuter
les ordres des dieux. Les pierres jetées par Deucalion furent
changées en hommes, les pierres jetées par Pyrrha furent
changées en femmes. Us dressèrent ensuite à l'oracle
douze autels particuliers , bâtirent un temple à Jupiter
Phyxius (40 , et célébrèrent, en mémoire des victimes de
l'inondation , des fêtes nommées Hydrophories.
Ce déluge , tradition altérée du déluge universel de Noé,
repose d'ailleurs sur l'histoire. Sous le règne de Deuca
lion, le cours du fleuve Pénée, l'an i5o3 avant J.-C. , fut
arrêté par un tremblement de terre à l'endroit où ,
grossi des eaux de quatre autres , il se décharge dans la
mer. Il tomba cette même année tant de pluie , que toute
la Thessalie fut inondée. Deucalion et tous ceux qui pu
rent s'y soustraire se retirèrent sur le mont Parnasse , et
les eaux enfin écoulées, ils descendirent dans la plaine.
Les pierres mystérieuses qui repeuplèrent le pays ne peu
vent être que les enfans des' hommes échappés au péril ,
le même mot grec signifiant peuple et pierre. Lucien
ajoute que Deucalion se sauva dans une arche avec sa fa
mille , et même avec un couple d'animaux de chaque es
pèce, qui le suivirent volontairement.
6o COURS
Dencalion eut de Pyrrba pour fils Amphictyon , Helle» , Itone', et
pour filles Protogénie et 77>yia (16).
Ampbictyoo partagea les états deDeucalion avec Hellen son frère,
obtint l'orient , et régna près des Thermopyles vers la fin du 1 5" sicc le
avant J.-C. On croit qu'après la mort de Graoaiis, il s'empara de
l'Attique, vers l'an i497- H eut pour fils Itone, père de Chromia.
Hellen eut pour lot la partie de la Pbtbiotide la plus éloignée de
la mer, qui prit de lui le nom d'Hellade; ses sujets s'appelèrent
Hellènes. Il eut de sa femme Orséis trois fils, Eote, Dorus et Xa-
thus, dont les deux premièrs donnèrent leur nom aux Eoliens et aux
Doriens ; les Ioniens reçurent le leur d'Ion, dh de Xuthus.
Eole eutd'Énaiète six fils, Athamas, Créthée, Sisyphe, Macarée,
Cercaphus , Salmonie, Deion ou Deionée, Magnés et Perierés, et six
filles, Arnè, Canaee, Alcyone, Pisidice, Perimède et Calyci.
Dorus fut père de Xanthippe , qui épousa Pleuron (i33), et en eut
Agénor. Celui-ci eut d'Épicaste, fille d'Égée (80) , Parthaon, Motus,
Thespius ou Thesiitis, Pylus et Demonice. Parthaon fut père A'OEnée,
d'Alcathoiis , A'Agria, de Leodatus et de Mêlas on Mêlante , de
qui naquit Euryte. Xuthus eut de Creuse Aehéus , père de Phthius ,
de Pèlasgus et d'Achœus ; Ion et Diomède , que Deion rendit mère
de Céphale, d'Astérope, et de Dia.
Magnès fut père ô'Atector , de Piérus, de Polydecte *t de Diclys.
Créthée épousa Tyro, fille de Salmonée, et en eut Pherés , Eson
et Amythaon. Pherès fut père A'Admète, de Lycurgue , de Perimèle
et à' Idomine , qu'Amythaon son oncle rendit mère de Bias , de
Mèlampe et d'Eolie. Bias eut de Péro , fille de Nelée ( 108 et 222 ) ,
Talaûs , Laodocus , Aresus, Anaxibie et Antiphate. Talaiis s'unit à
Lysimaque, fille d'Abas ; et de ce mariage naquirent Astynomé ,
Adrastt , Parthénopée , Pronacte , Eriphile , Aristomaque et Micistèe.
Astynomé épousa Hipponoris ou Hjpponoiïs , qu'il rendit mère de
Capanèe et de Péribée. Capanée eut d'Evadné, sœur d'Éléocle et fille
d'I phù et de Thébé (2 .1 2) , Ilyamus . père de Céléno ( 1 1 3) , Sthinélus,
père de Cyllabare et de Déiphile.
Adraste fut père d'Egialée, de Cyanippe , d'Argie, de Deiphile.
CEnée épousa Péribée et en eut Tydée , mari de Déiphile , qui le
rendit père de Diomède. Il épousa aussi Altbée dont il eut Déjanire ,
Clyméne , Méléagre et Gorgée , père de Tlwas,
§ 58. — Junon. — Ses nourrices Son mariage.
— Aventure et punition de Chélonè.
Junon n'était point, comme Jupiter, honorée sous ua
nom historique ( 4o). Le nom de cette déesse , chez les
Grecs comme chez les Romains, venait d'une circon
stance. Les premiers l'appelaient Héra, la maîtresse,
pareeque, comme épouse de Jupiter, elle était devenue la
reine des dieux; et les seconds, Juno , de Juvans, secou-
rable, qualité qu'elle partageait avec son mari. Les philo-'
sophes la prenaient pour l'air grossier qui nous environne.
Plusieurs pays se disputaient l'honneur de sa naissance ,
DE MYTHOLOGIE. 6l
mais surtout l'île de Samos, qui l'appelait Reine, et la
ville d'Argos , qui ne la représenta d abord que par une
simple colonne. Selon les uns, elle fut élevée par l'Océan
et Téthys; selon d'autres, par les Heures ou par les Sai
sons (49, 5o); d'autres, enfin, lui donnent pour nour
rices ou pour gouvernantes;, Eubée , Porsymne , Acrée ,
fille du fleuve Astérion. Téménus , fils de Pélasgus , fut
aussi chargé de veiller sur son enfance , et la déesse lui dut
trois temples (64).
Jupiter , à l'exemple de son père et de son aïeul , qui
suivirent en cela la coutume des premiers patriarches,
avait épousé sa sœur Junon, après l'avoir séduite sous la
forme d'un coucou, qui, tout transi de froid, s'était réfugié
dans son sein(4i). Selon d'autres traditions, ce fut Achille,
fils de la Terre , chez qui la déesse avait fui les poursuites
du dieu , qui la persuada de ne plus s'y refuser. Les no
ces furent célébrées en Crète , près de Gnosse et du fleuve
Thérène , où , du temps d'Auguste , on voyait encore le
temple de Junon entretenu par les prêtres du pays.
Pour rendre ce mariage plus solennel , Jupiter chargea
Mercure d'inviter tous les dieux, tous les hommes et tous
les animaux. La nymphe CVt^Zone'dédaignaseuledes'y trou
ver, et même elle osa se moquer de l'auguste cérémonie.
Mercure s'étant aperçu de son absence, se rendit dans sa
maison, située près d'un fleuve, et, pour la punir de son im
piété , la précipita dans les eaux avec sa demeure , et lui
donna la forme d'une tortue, dont le nom grec est Chélone'.
Depuis ce temps , elle fut obligée de porter sa maison sur
son dos, et condamnée à un silence éternel. C'est aussi de
puis cette époque que cet animal est regardé comme le
symbole du silence.
§ 59. — Des enfans de Junon. — Naissance d'Hébê,
de Mars et de Typhon.
Junon fut mère de six enfans , He'bé, Vulcain , Ilithyie
oxxLucine , Mars , Ange'loet Arge. Cinq seulement eurent
Jupiter pour père; le sixième , Hébé, selon les uns, Mars
ou Vulcain, selon les autres, naquit de cette déesse seule.
Piquée de ce que son époux avait créé Minerve de son
cerveau ( 79 ) , Junon , par les conseils d'Apollon , de
stérile qu'elle avait été jusqu'alors, devint enceinte
d'Hébé. Jupiter, charmé des grâces de sa prétendue fille ,
la nomma Déesse de la jeunesse, et la chargea de servir le
69 COURS
nectar aux dieux. Mais un jour, s'étant laissé tomber dans
l'exercice de sa fonction, Jupiter, dont la gravité n'avait
pu tenir contre cette chute, remplaça la belle Hébé par le
jeune Ganymède. Junon la retint a son service, et lui con
fia le soin d'atteler son char. Elle avait un temple à Si-
cyone, sous le nom de Dia; à Rome ,, sous le nom de Ju-
ventas. On la représente ornée de fleurs, portant une
coupe d'or à la main. Ses fêtes s'appelaient Cissotomes , et
les jeunes gens y paraissaient couronnés de lierre.
Telles sont les'traditions des poètes grecs. Les poètes
latins racontent que Junon, pour les mêmes motifs, ré
solut d'aller en Orient chercher les moyens de devenir
mère sans le secours de son mari. Fatiguée de la route, elle
se reposa près du temple de la déesse Flore , qui lui de
manda le sujet de ses voyages. Quand elle l'eut appris ,
Flore lui désigna sur-le-champ une fleur qui croissait dans
les campagnes d'Olène , et dont le seul attouchement pro
duisait l'effet désiré. L'essai réussit, et Junon devint mère
de Mars , dieu de la guerre.
D'autres prétendent que Vulcain , dieu du feu , dut le
jour à cet artifice.
Il paraît que Junon se plaisait à ses sortes de produc
tions. Selon Homère, elle fit naître des vapeurs qu'elle
avait frappées de sa main , l'horrible Typhon , que l'on
confond quelquefois, mais à tort, avecTyphée (34).
Rien de plus ridicule que ces fables ; et lors même qu'on
verrait dans la naissance d'Hébé l'artifice d'une belle
femme qui veut montrer tout le pouvoir de la beauté j
dans la naissance de Mars , le caractère belliqueux et vin
dicatif de Junon j dans celle de "Vulcain , le courroux de la
déesse toujours prêt à s'allumer, et dans celle de Typhon ,
les étranges écarts de la vengeance , il n'en faudrait pas
moins convenir que les anciens ont été moins heureux dans
ces allégories que dans celle de Minerve (79).
§ 60. — Punition de Junon. — Ses vengeances. —
Io changée en vache. — Argus. — lo devient /sis,
— Pygas changée en grue , Antigone en cigogne.
La jalousie de Junon ne s'arrêta point à ces créations
bizarres; elle forma contre Jupiter un complot dans lequel
elle entraîna Minerve et Neptune. MaisBriarée ( 33) , à
la prière de Thétis (21g), et voulant effacer le souvenir
de sa révolte , accourut dans les cieux à son secours et s'as
sit à ses côtés, lançant autour de lui des regards si fiers
DE MYTHOLOGIE. 63
et si terribles, que les trois conjurés , saisis de terreur, aban
donnèrent leur entreprise. Junon fut suspendue, par l'or
dre de son époux, au milieu de l'air par deux pierres d'ai
mant , et deux pesantes enclumes furent attachées sous ses
pieds. Les dieux voulurent en vain la tirer de ses entraves ;
le seul Vulcain , auteur de cet ouvrage , en put venir à
bout (72).
Cette punition , loin de corriger Junon , ne fit que l'ir
riter contre les amantes de Jupiter. Ce fut contre Io (218)
que sa fureur se déploya d'abord. Aimée du maître des
dieux, Io se vit changer en vache pour être soustraite aux
recherches de sa rivale. Junon, feignant d'être frappée de
la beauté de cette génisse , la demanda sur-le-chainp à
Jupiter, qui n'osa la lui refuser, dans la crainte d'exciter ses
soupçons. Elle ne l'eut pas plutôt en son pouvoir, qu'elle
en confia la garde au vigilant Argus.
Cet Argus, fils d'Arestor, selon les uns, d'Agénor, selon
les autres (36), avait cent yeux, dont cinquante restaient
ouverts pendant le sommeil des cinquante autres. Io sem
blait ne pouvoir échapper à ce ministre de la jalousie;
mais Mercure , à la prière de Jupiter, tira de sa flûte des
sons si assoupissans , qu'il l'endormit, et lui coupa la tête.
Junon répandit les yeux d'Argus sur la queue du paon ,
qui lui fut depuis consacré.
Junon n'en fut du reste que plus animée contre Io ,
qu'elle fit tourmenter par les Furies (264) , ou , selon d'au
tres , par un taon implacable. Désespérée de ses tourmens ,
elle parcourut toute la terre , franchit la mer à la nage ,
et , s'arrêtant de lassitude" sur les bords du Nil , elle sup
plia Jupiter de lui rendre sa première forme. A peine
î'eut-elle reprise , qu'elle accoucha d'Epaphus (36). Dans
la suite, elle épousa Télégone, roi d'Egypte, ou selon
d'autres , Osiris, près duquel elle devint Isis (5). Tel est le
récit des Grecs , récit évidemment fondé sur le culte que
les Egyptiens rendaient à cette déesse sous la forme d'une
vache.
Junon n'était pas moins fière de sa beauté que de ses
droits d'épouse.
C'est ainsi que Pygas , reine des Pygmées (1), chan-
(1) Lei Pygmées. nation fabuleuse de Thrace, de l'Inde ou
d'Etbiopie, n'avaient qu'une coudée de baut. Leurs villes et leurs
maisons n'étaient bâties que de coquilles d'œufs ; à la campagne ,
ils se retiraient daus des trous qu'ils faisaient sous terre. Ils cou
paient les blés avec une cognée, comme s'il se fût agi d'une forOt.
64 COURS
gée, par la déesse, en grue , parcequ'elle avait osé se com
parer à l'épouse de Jupiter, devint, par cette métamor
phose, l'implacable ennemie de ses sujets , toujours armés
contre ces oiseaux qui tous les ans venaient de la Scythie
les attaquer.
C'est ainsi qu'en punition du même orgueil , Antigone,
fille de Laomédon , qui descendait de Tros (26), fut trans
formée en cigogne.
C'est encore ainsi que Lysippe, Iphinoé et Iphianasse,
filles de Prœtus, roi d'Argos (274), furent punies de la
même prétention par une affreuse folie. Dans leur dé
mence , elles se croyaient métamorphosées en génisses , et
parcouraient les campagnes, qu'elles effrayaient de leurs
mugissemens. Mélampe, fils d'Amythaon (57) , les guérit en
leur donnant de l'ellébore j plante qui fut depuis nommée
Melampodium ; et, pour prix de cette guérison, il reçut,
avec la main d'Iphianasse , les deux tiers du royaume de
Prœtus.
§ 61. — De. Lucine ou d'Iltthyie et de ses attributs.
— Son culte. — D'Iris et de ses attributs.
Junon présidait aux mariages , aux noces , aux couches ,
et sous ce dernier attribut elle prenait le nom de Lucine.
Les auteurs ne s'accordent pas sur cette divinité. Tan
tôt c'est Diane , et tantôt Junon. Quelques uns en font une
déesse particulière, fille de Jupiter et de Junon. On la
représentait quelquefois comme une matrone , portant
une coupe de la main droite, et de la gauche une lance ;
quelquefois assise sur une chaise , tenant d'une main une
fleur, et de l'autre un enfant emmaillotté. On lui donnait
encore une couronne de dictame, herbe qui favorise , dit-
on, l'accouchement. Le pavot lui était consacré.
Lucine s'appelait Ilithyie chez les Grecs. Homère en
nomme plusieurs, toutes filles de Junon , et les arme de
traits aigus , image des douleurs de l'enfantement.
Les uns prennent Ilithyie pour une Parque, les autres
la confondent avec la Lune.
Elle avait à Rome un temple où l'on avait coutume , à
la naissance comme à la mort de chaque particulier, de
porter une pièce de monnaie , moyen qui faisait connaître
avec exactitude le nombre des habitans.
Comme épouse de Jupiter, Junon s'arma quelquefois de
sa foudre ; comme reine des dieux et maîtresse de l'univers ,
DE MYTHOLOGIE. 65
elle employa souvent Minerve pour ses messages ; mais sa
messagère habituelle était Iris.
Iris, fille de Thaumas ( 16), et de l'océanide Electre
(218), était tendrement aimée de Junon parcequ'elle ne
lui rapportait que de bonnes nouvelles. Assise auprès du
trône de cette déesse , elle se tenait toujours prête à rem
plir ses ordres. C'est elle qui soignait le palais , l'apparte
ment et la personne de Junon ; c'est elle qui la purifiait
avec des parfums , lorsqu'elle revenait des enfers dans l'O
lympe. Pour la récompenser, Junon la plaça dans le ciel
sous la forme de Yarc-en-ciel.
Aussi les poètes la représentent-ils soutenue par des ailes
brillantes de mille couleurs , pour marquer son zèle et sa
promptitude. Selon eux, elle forme les nuages qui retom
bent en pluie sur la terre.
Elle a pour surnoms Jellopus, au pied rapide comme l'ouragan ;
Clara dea, la déesse brillante, et Thaumantias, du nom do son père.
§ 62. — Des attributs de Junon. 1
Reine du ciel et de la terre , Junon est la protectrice des
royaumes et des empires j aussi la représente-t-on sous la
figure d'une femme majestueuse, assise sur un trône, te-lj
liant d'une main un sceptre , un fuseau de l'autre , et por-f
tant sur la tète une couronne radiale. On voit un paon kf ,
ses côtés , et derrière elle , Iris , qui déploie les couleurs de! '
l'arc-en-ciel. Quelquefois elle traverse les airs sur un
char traîné par des paons.
Chez les Argiens , elle était ornée d'une couronne , au-
dessus de laquelle étaient les Grâces et les Heures. D'une
main, elle tenait une grenade, et de l'autre un sceptre au
bout duquel était un coucou.
Les Romains la représentaient, comme les Samiens,
voilée de la tête aux pieds, à l'exemple des dames romaines
qui paraissaient ainsi en public, quand elles étaient mariées,
et pour qui c'eût été violer les règles de la décence , que de
laisser voir autre chose que leur figure. Junon accordait
une protection particulière aux femmes vertueuses, et
punissait sévèrement en elles l'oubli de leurs devoirs.
Mais, toute sévère qu'elle était , Junon prenait un soin
particulier des parures féminines; d'où ce proverbe , que
les coiffeuses présentent le miroir à Junon. Les cheveux de
ses statues étaient élégamment ajustés..
Junon avait à sa suite quatorze nymphes, appelées
Hérésides, dont la fonction était de préparer les orne
66 COURS
mens et le bain de la déesse. Virgile nomme Déiopée
comme la plus belle d'entre ces nymphes.
Monumens principaux. — Junon du Capitole, n° 147 ; du Musée,
n" 167 ; de l'Albane , n° 773.
§ 63. ■— Des surnoms de Junon.
I. Surnoms tirés des lieux :
Acrœa , de la citadelle de Corinthe. On ne lui immolait que des
chèvres.
Albana, d'Albc.
Ardea , d'Ardée , où elle avait deux temples.
Argienne, d'Argos (66).
Candarena , de Gandara, ville de Paphlagonie.
Dirphya, du mont Dirphys, dans l'île d'Èiibée.
Gabia ou Gablna, de Gabie, ville des Volsques.
Imbrasie, d'Iinbrasus, fleuve de l'île de Samos. Les babitans pré
tendaient que Junon était née sur ses bords. Les prêtres allaient y
laver sa statue , et ses eaux étaient tenues pour sacrées.
Lacedcemonia , de Lacédémonc.
Lacinienne , de Lacinium , ville d'Italie , célèbre par la magnifi
cence de son temple, et surtout par les miracles qui s'y faisaient
journellement. Dans les bois voisins était un troupeau sans berger ,
que ni les hommes ni les bêtes farouches n'osaient cependant atta
quer, et dont le rapport était si grand , qu'on put en élever dans le
temple une colonne d'or massif. Jamais le vent ne dispersait les
cendres de l'autel, quoique cet autel se trouvât en plein air dans
la cour du temple. Les dalles de marbre dont il était formé, gar
daient les noms inscrits par les visitans, mais seulement jusqu'à
l'heure de leur mort , et quiconque osait en "enlever, perdait la
raison et souvent la vie.
Pharygée, de Pharygas, bourg de Phocide.
filteio7ie, de Rheion, promontoire ou détroit.
Bomana , de Rome- . '
Veientana , de Veies.
§ 64- — Suite des surnoms de Junon.
II. Surnoms tirés des circonstances :
Adulla, dans les mariages.
Alea, chez les Sicyoniens, parceque Adraste, obligé par son frère
de s'exiler, avait choisi pour asile Sicyone , dont il devint roi.
Ammonia, chez les Elé«ns , par allusion à Jupiter-Ammon (5i).
Calendaris, parcequ'on lui consacrait par des sacrifices les calendes
de chaque mois.
Caprotine, a cause de la peau de chèvre qu'elle portait.
Cilheronia, parceque Cithéron téroncilia la déesse avec son époux.
Jupiter en reçut aussi le surnom de Ciiheronius.
Chera , veuve, à cause des fréquentes infidélités de Jupiter ; voyez
Enfant.
Curis, lorsqu'elle est armée d'une lance.
Egophage, Egophore^k cause des chèvres qu'immolaient en son
honneur les Lacédémoniens.
Enfant. La déesse avait, sous ce nom, trois temples, bâtis par
DE HTTHOLOGIE. 67
Téménus (58) à Stymphale, l'un à Junon enfant, l'antre a Junon
femme , et le troisième à Junon veuve.
Femme. Voyez Enfant.
Maluta , à Rome, dans le marché aux herbes.
Mephitis, dans la vallée d'Amsancte, ainsi qu'a Crémone. C'était
alors la déesse de l'air corrompu.
Mematis, pareeque chaque curie faisait des sacrifices à Junon.
Monda , pareeque , dans un tremblement de terre , elle avertit les
Romains d'immoler une truie à Cyhèle. TJn temple fut construit à
Junon-Moneta sur l'emplacement de la maison de Manlius Capi-
tolinus.
Novetta, pareeque les pontifes l'invoquaient à l'époque des Ca
lendes.
Popu/onia , parcequ'elle favorise la population. (V. Lucine, 61.)
Puetta. V. Enfant.
Quiris, lorsque les femmes se mettaient sous sa protection. Selon
quelques auteurs, ce nom lui fut donné pareequ'une des cérémo
nies du mariage consistait à piquer une nouvelle mariée avec une
pique nommée Quiris. D'autres prétendent que ce nom lui venait
de ce que tous les ans chaque curie préparait des repas publics en
l'honneur de Junon. V. Mensalis.
Sororia, nom sous lequel Horace lui bâtit un autel, pour expier
le meurtre de sa sœur.
Unxia , pareequ'on frottait d'huile ou de graisse les poteaux de la
porte de la maison où s'établissaient les nouveaux mariés, afin d'é
carter , par cette cérémonie , les maux et l'effet des enchantemens.
C'est de là que vient Vxor, nom qu'on donne à la femme mariée.
Veuve. V. Enfant.
Zeuxidie, pareeque Apis, roi d'Argos , lui fit élever un temple en
mémoire de ce qu'il avait attelé ses bœufs à la charrue pour labourer.
§ "65. — Suite des surnoms de Junon.
III. Surnoms tirés des qualités :
Aérienne, pareequ'on la prenait pour l'air (58).
Anthea , parcequ'elle était belle et fleurie.
BoopU , aux grands yeux; épithète qui caractérise ou leur beauté
ou leur expression. D'autres y voient une allusion à l'Isis égyptienne.
Cypra , bonne , nom étrusque, sous lequel Junon avait, dans Le
Picenum , un temple bâti par les Tusciens.
Domiduca , pareequ'on l'invoquait au moment où l'on conduisait
la nouvelle mariée dans la maison de son mari.
Februa, comme déesse des purifications. On l'honorait d'un culte
particulier au mois de février, qui tire de la son nom (67).
Ftorida. V. Anthea.
Gamelia , comme présidant aux mariages;
Henlocha , qui tient les rênes. Ceux qui voulaient consulter l'oracle
de Trophonius étaient obligés de sacrifier, entre autres, à Junon,
sous cette dénomination (4^).
Juga , Jugalis,Jugatina. V. Gamtlit, On mettait ,en effet, un joug
sur les deux époux dans la cérémonie des noces.
Leucoltnoi , aux bras blancs.
Lucetia, comme déesse de la lumière.
Lucifera. Y. Lucine (61).
68 COURS
Martia , comme mère de Mars.
Matrone, comme protectrice des femmes mariées.
Alegalc, la grande , par rapport aux autres déesses.
Natalis, comme présidant à la naissance.
Nuptiaiis V. Gamelia.
Opis, Op'igena, parcequ'elle donnait des secours aux femmes
enceintes.
Pronuba. V. Gametia. Sous ce nom , on lui consacrait une victime
sans fiel , symbole de la douceur qui doit régner entre les époux.
Saturnin, comme fille de Saturne.
Socigena, comme présidant à l'union conjugale.
Sospes , comme veillant à la salubrité de l'air. Sous ce titre , elle
avait irois temples à Rome , et les consuls , avant d'entrer en charge ,
allaient lui offrir des sacrifices.
Tœdifera. Dans le temple d'Egium , Lucine avait sous ce surnom
une statue qni tenait une main étendue , et portait de l'autre un
flambeau.
Tropœa, comme présidant aux triomphes, dans lesquels on lui
offrait toujours des sacrifices.
Zygie, comme déesse du lien conjugal.
g 66. — Du culte de Junon.
De toutes les divinités du paganisme, aucune n'obtint
un culte plus solennel ni plus répandu que celui de Junon.
L'histoire des prétendus prodiges qu'elle avait opérés , et
des vengeances qu'elle avait exercées contre ses ennemis ou
contre ses rivales , avait inspiré tant de crainte et de res
pect , qu'on n'oubliait rien pour la fléchir , lorsqu'on croyait
l'avoir offensée. Originaire d'Egypte , son culte était re
tourné dans cette contrée, plus magnifique que jamais;
l'Asie , mais la Syrie surtout ; l'Afrique , mais principale
ment l'empire de Carthage , l'avaient avidement accueilli.
Partout, dans la Grèce et dans l'Italie, s'élevaient des tem
ples, des chapelles ou des autels dédiés à Junon. En un
mot, l'univers était plein de cette déesse.
Argos , Samos , Carthage et Rome se distinguaient de
toutes les villes, par les honneurs qu'elles rendaient à
Junon.
Dans le temple d'Argos , on voyait sur un trône la statue
colossale de cette déesse toute d'or et d'ivoire. Rien n'était
plus respecté dans la Grèce que les prêtresses de la Junon
argienne , et leur sacerdoce servait à marquer les princi
pales époques de l'histoire grecque. L!herbe dont elles
composaient son diadème ou couvraient son autel était
cueillie dans le fleuve Astérion , qui coulait près du temple
et l'on ne puisait que dans la fontaine voisine d'Ëleuthérie
l'eau des sacrifices et des mystères.
DE MYTHOLOGIE. Cg
C'est dans cette ville qu'eut lieu l'aventure de Cléobis et
Biton. Ces fils de Cydippe, prêtresse de Junou, n'ayant
point trouvé de bœufs pour les atteler au. char de leur
mère, s'attachèrent eux-mêmes au joug, et traînèrent le
char l'espace de quarante-cinq stades , jusqu'au temple ,
aux acclamations de la multitude. Cydippe demanda pour
eux à la déesse le don le plus précieux qu'elle pût leur ac
corder. Après cette prière, ils s endormirent dans le temple,
et ne se réveillèrent plus ; fable par laquelle les anciens
ont voulu faire entendre que la mort est le plus grand
bonheur ou la plus grande récompense de la piété.
La Junon saniienne paraissait avec une couronne; aussi
l'appelait-on la Reine dans cette ville.
Selon Virgile , c'était à Carthage qu'étaient les armes et
le char de la déesse; c'est à cette ville qu'elle destinait
l'empire du monde. -
A Rome, on lui donnait le nom de Reine ou de Matrone.
Les consuls devaient sacrifier à Junon lorsqu'ils entraient
en charge. Elle avait dans cette ville un temple dont Nu-
ma défendit l'entrés aux femmes corrompues.
Enfin, telle était la vénération des peuples pour cette
déesse, que, comme chaque homme avait son génie, les
femmes , pour honorer davantage le leur , lui donnèrent
le nom de Junon.
Le premier jour de chaque mois, on immolait ordinai
rement à Junon , tantôt uue truie pleine, tantôt un agneau
femelle. On ne lui sacrifiait jamais de génisse , pareeque,
dans la guerre des Géans , elle s'était cachée sous la forme
d'une vache en Egypte (35).
Parmi les oiseaux, l'épervier, l'oison et le paon étaient
particulièrement consacrés à Junon ; en Egypte, c'était le
vautour. .
Parmi les plantes , c'étaient le dictame , le pavot, la gre
nade qu'on offrait ordinairement à cette déesse , et dont
ou ornait ses autels et ses images. Le lys était aussi l'une
des fleurs dédiées à Junon ; cette fleur , dans l'origine ,
avait la couleur du safran ; mais quelques gouttes de lait
qui tombèrent du sein de Junon sur la terre lui commu
niquèrent cette éclatante blancheur qui distingue le lys, et
qui lui donne une origine presque céleste.
7° COURS
§ 67. — Des fêtes et des sacrifices en C honneur
de Junon.
; les Callistées étaient célébrées à Lesbos par les femmes, qui se
i disputaient au temple de Junon le prix de la beauté. Les Farrhasiens
avaient une fête semblable; chez les Eléens , c'étaient les hommes
j entre qui s'établissait cette lutte. Le vainqueur recevait une armure
complète, qu'il consacrait dans le temple de Minerve.
Les Epidémies avaient lien chez les Milésiens , pour Tendre Junon
propice aux peuples.
Les Fébruales furent instituées par Nu ma en l'honneur de Junon
Februa (65) , et célébrées au mois de février, pour purifier la ville
et les citoyens.
Les Gamclies étaient particulières à la ville d'Athènes. Trois cir
constances y donnaient lieu, le mariage, l'anniversaire de la nais
sance et celui de la mort. Les mariages passaient pour être plus
heureux , lorsqu'on les célébrait au mois de janvier, qui fut appelé
Gamèlion pour ce motif.
Les Hératélées étaient des sacrifices que l'on faisait le jour des
noces. On offrait à la déesse des cheveux delà mariée.
Les Hérées, fêtes annuelles d'Argos, d'Égine et de Samos, en
l'honneur de Junon, se pratiquaient ainsi: des hommes armés mar
chaient devant la prêtresse, portée sur un char que traînaient des
bœufs blancs. Dès qu'on arrivait au temple, on offrait une héca
tombe. Les jeux de cette fête consistaient à renverser un bouclier
d'airain , fortement fixé sur le théâtre. Un bouclier semblable orné
d'une couronne de myrte était le prix du vainqueur. Élis célé
brait tous les cinq ans une fête du même nom où seize dames quali
fiées étaient chargées de faire un habit pour la déesse.
Les Junonies des Romains répondaient aux Hérées des Grecs.
Les Lysandries étaient primitivement des fêtes de Junon, aux
quelles les Samiens donnèrent, par un décret , le nom de fêtes de
Lysandre, après la victoire d'Jigos-Potauios. Le même décret fit
appeler Lysandria les temples de cette déesse.
§ 68. — Vesta. — Culte du feu chez les différentes
nations.
Vesta , fille de Saturne et de Cybèle , était la déesse du
Feu , le Feu même , et la patrone de la Virginité. Les
mythologues la confondent souvent avec Rhée , Cérès, Pror
serpine, Hécate, et quelquefois, mais à tort, avec Tejlus ou
la Terre.
Vesta passait pour l'une des plus anciennes divinités du
paganisme. En effet, le culte du feu, dans l'Orient, suivit
de près le sabéisme (2) ; on l'adora comme le plus noble de6
élémens , et comme une vive image du soleil. Les Chal-
déens le regardaient comme la déité suprême. Aucun pays
ne fut plus superstitieux, à cet égard, que la Perse , ou les
mages l'appelaient Avesta. On y voyait partout des enclos
DE MYTHOLOCIE. 71
sans toit où l'on faisait assidûment du feu. Ces temples dé
couverts ont été connus des Grecs sous le nom de Pyrées.
La Grèce , avide de superstitions , ne manqua pas d'a
dopter aussi le culte du feu. Un feu sacré brûlait dans le
temple d'Apollon à Delphes, de Cérès, de Minerve, de Ju
piter, et dans les prytanées de toutes les villes grecques où se
trouvaient des lampes qu'on ne laissait jamais éteindre. On
regardait comme impies tous ceux qui ne sacrifiaient pas
à cette déesse. C'est elle qu'ils invoquaient la première dans
les cérémonies religieuses.
Ce n'est pas aux Grecs que les Romains doivent le culte
de Vesta, Ce fut Enée qui l'apporta le premier en Italie.
Numa lui bâtit un temple de forme ronde , emblème de
l'univers , aAnilieu duquel se trouve le feu céleste. L'en
trée en était interdite aux hommes. C'est là que , dans le
sanctuaire appelé Penus , des prêtresses entretenaient le
feu sacré, regardé comme un gage de l'empire du monde.
S'il venait à s'éteindre , les Romains se croyaient menacés
de quelque grand malheur. Ou le rallumait aux rayons du
soleil, selon les uns, au moyen d'un vase concave; selon
d'autres , par le frottement d'un bois inflammable. Sans
même que le feu s'éteignît, on le renouvelait tous les ans ,
le premier jour de mars.
Ce n'était pas seulement dans le temple de Vesta que
l'on conservait le feu sacré, mais encore à la porte de
chaquemaison particulière; d'où vient le nom derestibule.
On invoquait Vesta dans les incendies , sous le nom de
Stata. Les Romains l'honoraient dans le marché public ,
en allumant de grands feux devant ses statues.
§ 69. — Attributs de Vesta. — Du Palladium.
Les Grecs et les Romains n'avaient d'autre image ni
d'autre symbole de Vesta que le feu sacré lui-même.
On la représenta dans la suite en habit de matrone ,
vêtue d'une robe longue et traînante, le front voilé, tenant
de la main droite tantôt une lampe , tantôt un vase à deux
anses ; de la main gauche tantôt un Palladium , tantôt une
petite Victoire; quelquefois elle porte un javelot d'une
main , et de l'autre un tambour.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur le Palladium. C'était
une statue célèbre de Minerve ou Pallas qui représentait
cette déesse assise , ou dans l'attitude d'une personne qui
marche , tenant une pique de la main droite , de la gauche
une quenouille et son fuseau. Cette statue tomba du ciel ,
7ï cotins
selon les uns , près de la tente d'Ilus , fils de Tros (26) , dans
le temps que ce prince jetait les fondemens de la citadelle
de Troie ; selon d'autres, à Pessinonte , en Phrygie. Quel
ques uns disent que cette statue fut faite des ossemens de
Pélops (273) , et que l'Atlantide Electre en fit présent à
son filsDardanus (36). Selon Àpollodore, ce n'était qu'une
sonnerie mue par des ressorts. On en verra plus tard , à
l'histoire de Minerve , une autre origine (82).
Quoi qu'il en soit, on croyait généralement que l'exis
tence de Troie dépendait de la possession du Palladium
aussi les Grecs chargèrent-ils Ulysse et Diomède de l'enleverj
ils y réussirent par la trahison d'Hélénus, fils dePriam (26),
qui se vengea par là de n'avoir pas obtenu la main d'Hé
lène après la mort de Pâris. Cette violence eftita la colère
de Minerve ; le Palladium parut s'animer, et des flammes-
s'échappèrent de sesyeux. Quelques auteurs prétendent que
les Grecs n'enlevèrent point le véritable Palladium , mais
une statue de même grandeur et de même forme que l'on
avait placée tout auprès , afin de tromper les sacrilèges qui
seraient tentés de la dérober ; ils ajoutent qu'Enée porta
le vrai Palladium en Italie, et que, par la suite, les Romains
le conservèrent avec le plus grand soin dans un lieu secret
du temple de Vestaquin était connu que de ses prêtresses.
Ainsi, Troie d'abord, et Rome ensuite, attachèrent leur
existence à la conservation du Palladium, allégorie qui leur
promettait d'être invincibles tant qu'elles conserveraient
chez elles la sagesse , dont Pallas est l'emblème (79).
g 70. — Des Vestâtes. — Leur nombre. — Leur sa
cerdoce et leur principal emploi.
Les prêtresses préposées à l'entretien du feu sacré
se nommaient Vestales.
On regarde Numa comme le créateur des Vestalesj mais
il est indubitable, d'après l'histoire de Rhéa-Sylvla, mère
de Romulus (92) , que cette institution était antérieure à
son règne. Seulement il régla leur ministère d'une manière
spéciale et fixe. Il leur confia le soin du feu sacré et du
Palladium, et de quelques sacrifices ou cérémonies secrètes
relatives au culte de Vesta.
Numa, du reste, ne créa que quatre Vestales. Tarquin
l'ancien, ou Servius Tullius , en ajouta deux autres , et ce
nombre depuis ne changea plus. Après l'expulsion des rois ,
le droit de choisir ces prêtresses appartint aux souverains
pontifes.
DE MYTHOLOGIE. 73
Les Vestales faisaient vœu de rester vierges pendant les
trente années qu'elles consacraient au culte de Vesta. On
les c hoisissait depuis l'âge de six ans jusqu'à dix. Leur nais
sance devait être pure, et leur corps sans défauts. On leur
coupait les cheveux, et dès ce moment elles ne devaient
plus être occupées que de l'étude de leurs devoirs.
Les dix premières années étaient pour elles une espèce
de noviciat , pendant lequel on leur apprenait les mystères
sacrés; les dix suivantes, elles remplissaient les fonctions
de leur ministère , et les dix dernières , elles instruisaient les
novices. Ce n'est qu'après ce terme qu'elles avaient la li
berté de renoncer au sacerdoce, d'en dépouiller toutes les
marques, et même de se marier; mais elles restaient ordi
nairement dans leur temple, soit qu'un si long exil les eût
rendues indifférentes à la société, soit qu'elles aspirassent
' au titre de Grande Vestale, titre que donnait l'âge seul , et
que suivaient les plus grandes distinctions.
Le principal emploi des Vestales consistait dans l'entre
tien du feu sacré. L'une d'elles passait la nuit entière pour
l'empêcher de s'éteindre , et si cet accident arrivait par sa
négligence , elle était punie du supplice des esclaves, c'est-
à-dire du fouet. C'était des mains du grand-prêtre qu'elle
recevait ce châtiment. Aucun accident n'était regardé
comme un plus grand malheur : on suspendait toutes les
occupations, toutes les affaires; le deuil était général et
l'inquiétude extrême , jusqu'à ce que le crime fut châtié , le
temple expié, le feu rallumé.
Vestale du Musée, n" 97. — Buste de ïestale , de Iloudon ,
Luxembourg , n° 124.
§ 71. — Punition des Vestâtes infidèles à leur vœu.
— Emilie et Claudia. — Fêtes et sacrifices en
l'honneur de Vesta et de ses prêtresses.
Mais le plus grand crime des Vestales , c'était de manquer
à leur vœu de chasteté. Lorsqu'elles en étaienteonvaincues,
on les enterrait toutes vives , près de la porte Colline , dans
l'endroit qu'on appela depuis Campus sceleratus , à cause
. de cette funeste cérémonie.
Ces exécutions terribles ne furent pas aussi fréquentes
qu'on pourrait se l'imaginer. L'ordre des Vestales ne fut
aboli que l'an 389 de Jésus-Christ , sous le règne de Théo
dose , c'est-à-dire , après onze cent dix années d'existence.
Pendant un si long espace de temps , on ne compte que
vingt Vestales condamnées; treize seulement furent enter
y4 cocus
rées vives; les sept autres périrent par divers genres de
supplices à leur choix.
On vit souvent des prêtresses injustement accusées; té
moin Emilie , qui laissa s'éteindre le feu de Vesta. Sa vertu
faussement soupçonnée se manifesta par un prodige : ne
pouvant fléchir ses juges , elle eut recours à la déesse, jeta
son voile au milieu de la cendre éteinte , et le feu se ral
luma sur-le-champ. Témoin encore Claudia, qui, pour
prouver son innocence, offrit de faire remonter le vaisseau
chargé de l'image de Cvbèle (29) , et qu'arrêtait un banc
de sable dans le Tibre. Un grand nombre d'hommes avaient
déjà fait d'inutiles efforts pour le remettre à flot. La jeune
et belle Claudia prie la déesse , attache sa ceinture au na
vire , et ce faible lien lui suffit pour le faire avancer. Cette
action miraculeuse imposa silence à la calomnie.
On appelait Estiécs les sacrifices offerts a Vesla , dont il était dé
fendu de rien emporter, et de rien communiquer, si ce n'est aux
assistans ; de là l'expression proverbiale sacrifiera Vesta, pour dé
toner l'égoïsme ries avares.
Le 9 juin, les boulangers de Rome célébraient en son honneur
une fête appelée festalies. On faisait ce jour-là des festins dans les
rues , et l'on choisissait des irrets que l'on portait aux Vestales pour
les offrir à la déesse. On ornait les moulins de guirlandes , et l'on
promenait des ânes couronnés de fleurs. Les dames romaines se
rendaient à pied au temple de la déesse, et de ce temple au Capitole,
où s'élevait un autel à Jupitcr-Pistor , c'est-à-dire boulanger,
ou plutôt protecteur des biens de la terre.
Les Vestales célébraient elles-mêmes tous les ans, aux ides de
Mai , des fêtes appelées Ârgies , où l'on jetait dans le Tibre dus
figures d'bommes faites de jonc; cérémonie par laquelle on voulait
espier la coutume barbare des anciens peuples de cette contrée, qui
précipitaient tous les étrangers dans le fleuve.
g y8t — Vulcain. — Nombre des Vulcain. — Sa
naissance. — Son mariage.
Vulcain était le dieu du feu.
Cicéron en compte quatre : l'un fils de Ccelus et père
d'Apollon, qu'il eut de Minerve; le second, fils du Nil,
était appelé Phthas par les Egyptiens (4); le troisième, fils
de Jupiter et de Junon, fixa sa résidence dans l'île de Lem-
nos;le quatrième, fils de Méualius, établit ses forges dans
les îles de Lipari.
Cette nomenclature oublie le pluf ancien de tous , Tu-
balcaïn, que Moïse place dans la dixième génération de Caïn.
Premier inventeur de l'art de forger les métaux , il a servi
4c modèle au Vulcain d'Egypte, et le Vulcain d'Egypte à
DE HTTItOLOGIE. j5
celui des Grecs et des Romains. C'est de ce dernier dont
nous allons parler.
Comme il était laid et difforme, Junon fut sihonteusede
loi avoir donné le jour, qu'au moment de sa naissance elle
le précipita dans lamer,ou il resta caché pendant neufans.
Mais, selon l'opinion la plus accréditée, Vulcain fut
élevé dans le ciel , d'où Jupiter le précipita d'un coup de
pied pour avoir tenté de délivrer sa mère (60). Après avoir
roulé pendant neuf jours à travers la vaste étendue des
airs, image des neuf ans de séjour dans la mer, il tomba
dans l'île de Lemnos, près des îles nommées Lipari, Eolien-
nes,Ephestiadesou Vulcanienncs. Leshabitans le secouru
rent. Il se cassa la jambe dans cette chu te , et resta toujours
boiteux. Il y fixa sa résidence, s'y bâtit un palais, y fonda
des forges , et fit connaître aux habitans l'art de travail
ler les métaux.
C'est Vulcain qui fabriqua les foudres dont se servit Ju
piter dans la guerre des Géans (33). Il fit ensuite un trône
d'or dans lequel il avait pratiqué des ressorts secrets , dans
lé dessein de se venger de sa mère, qui ne lui témoignait
que de la haine. Il l'envoya dans le ciel , et Junon n'v fut
pas plus tôt assise , qu'elle y fut prise comme dans un tré-
buchet. Les dieux voulurent -en vain la délivrer; il fallut
que Bacchus enivrât le divin artiste gpur l'engager à venir
dans l'Olympe rompre les chaînes qui la tenaient liée. En
conséquence de ces deux services, Jupiter consentit au
mariage du plus laid des dieux avec Vénus, la plus belle
des déesses.
§ 73. — Ouvrages de Vulcain. — Des Cyclopes.
Les poètes ont célébré les ingénieux ouvrages de Vulcain ,
et l'histoire ne les a point laissés dans l'oubli. C'était, scion
elle, un des princes Titans, habile à forger le fer ; le feu qu'il
avait si bien employé, l'utilité des forges qu'il avait éta
blies, engagèrent la reconnaissance des peuples à lui dresser
des autels.
A la tête de ses ouvrages , on cite deux esclaves toutes
d'or, faites avec un art si divin, qu'elles paraissaient ani
mées; elles marchaient à côté de leur maître et l'aidaient
dans ses travaux. Et qui pourrait taire le palais du Soleil ,
les armes d'Achille, celles d'Enée, le bouclier d'Hercule ,
la couronne d'Ariane , le sceptre d'Agamemnon , le col -
lier d'Hermione si fatal à celles qui le portèrent; don de
Vulcain qui, dit-on, pour se venger de l'infidélité de
76 COURS
Vénus , voulait que tous les enfans d'Hermione sa fille ,
fussent condamnés au malheur ou poussés au crime. En
effet, tous périrent malheureusement; Hermione elle-
même fut chassée de Thèbes , avec son époux , en Illyrie,
où elle fut, ainsi que lui , changée en serpent.
Vulcain avait établi ses forges au centre des volcans ,
et particulièrement au mont Etna. C'est là que les Cy^/_-
pes forgeaient avec lui les foudres de Jupiter.
Les Cyclopes , race de géans monstrueux , étaient fils
du Ciel et de la Terre , c'est-à-dire , premiers habitans de
la Sicile. Ils n'avaient qu'un œil circulaire au milieu du
front, parce que, pour se garantir de la flamme, ils por
taient un casque au milieu duquel était un trou qui servait
de visière , et , comme ils avaient des mœurs grossières ,
les poètes en ont fait des anthropophages.
Hésiode n'en compte que trois, Argès , Brontès et Sté-
ropès. Selon d'autres , ils étaient plus de cent , parmi les
quels on distingue Acamas , Briarée , Cédalion, Céraste
ou Géreste, Pyracmon. Du temps d'Ulysse, Polyphème
régnait sur eux dans les contrées occidentales de la Sicile.
Le bouclier de Pluton , le trident de Neptune et les foudres
de Jupiter étaient leur ouvrage. C'est aux Cyclopes qu'on
attribue la construction des plus fortes citadelles de 1 anti-
tiquité. On les met au rang des dieux. A Çorinthe ils
avaient un temple et des sacrifices : on les représente nus ;
leur corps est couvert de sueur,
Et leurs bras vigoureux lèvent de lourds marteaux,
Qui tombent en cadence et domptent les métaux.
Vénus demandant des armes à Vulcain pour Énée, de Van-Dyck,
il* 286.
§ 74« — Polyphème et Galatée. — Aventure
d'Ulysse.
Polyphème, le plus célèbre de tous les Cyclopes, fils de
Neptune, habitait les côtes de la Sicile. La férocité de son caractère
répondait a son horrible extérieur. Éloigné des autres Cyclopes , ir
vivait dans un antre au milieu des bois, et paissait de grands trou
peaux de chèvres et de brebis, dont le lait composait sa nourriture.
Jeune encore, il aima tendrement la néréide Galatée, qui, peu
touchée du temple élevé par le cyclope en son honneur, lui préféra
constamment Acis, aimable berger, fils de Faune et de Simé-
this(i85). Polyphème, irrité de cette préférence, écrasa sous un
quartier de rocher son rival, que les dieux changèrent en fleuve sous
le même nom d'Acis.
Un jour.en revenant dans sa grotte,Polyphème y trouva UIysse(36)
que la tempête avait jeté sur cette côte, et qui y était entré avec
doute de ses compagnons. 11 les y enferma, et sur-le-champ il en
DE MYTHOLOGIE. • • 77
saisit deux, les brisa contre les rochers, et les mangea. Le lende
main matin, il en dévora deux autres, et deux autres encore péri
rent le soir. Ulysse alors lui proposa de boire d'un excellent vin.
Folyphèuie le trouva délicieux, et demanda à Ulysse comment
il sappelait, afin de lui faire un présent digne d'un cyclope. Je
me nomme oudeii , dit Ulysse. Ce mot grec signifie personne. Poly-
phème lui promit alors de le manger le dernier. Cependant il vida
l'outre, et s'endormit. Alors Ulysse , aidé par ses compagnons , lui
creva son œil unique, avec une grosse pièce de bois aiguisée par le
bout et durcie au feu. Polyphème, réveillé par la douleur, jeta un
cri épouvantable qui altira auprès de lui les autres Cyclopes. Ils lui
demandèrent l'auteur du mal , et comme Polyphème répondait tou
jours oudeis ou personne, ils crurent qu'il avait perdu le bon sens, et
l'abandonnèrent.
Le lendemain Polyphème, obligé de faire paître ses troupeaux,
ouvrit la porte de sa caverne ; mais il étendit les bras pour arrêter les
Grecs s'ils voulaient sortir avec le troupeau. Ceux-ci s'attachèrent
sous le ventre des béliers , fort grands, d'une laine épaisse, et sor
tirent ainsi tous heureusement de leur prison.
§ 70. — Des enfans de Vulcain.
Vulcain eut :
Aeus, Arda lus, Brothée, Elhiops et Morgion , d'Aglaé, l'une des
Grâces ( 164).
Cacaiis ou Caeus , et Caea ( V. Hercule).
Cœculus, de Préneste. Il naquit, dit-on, d'une étincelle qui vola
de la forge du dieu dans le sein de sa mire. 11 fut nommé Caeenlus ,
à cause de la petitesse de ses yeux endommagés par les flammes.
Il vécut long temps de brigandage , et finit par bâtir une ville du
nom de Préneste , sa mère.
Camilus, Eurymédon , Alton, trois frères Cabires , et les Cabiridet ,
de la nymphe Cabira.
On ne sait rien de positif sur les Cal ires. Ils ne sont, d'après les
uns , que les dieux pénates d'Enée ; d'après les autres , que 1rs di
vinités de la mort. Ceui-ci les croient identiques aux Curètes ,
aux Corybantes , aux Dactyles; ceux-là les prennent pour des
dieux véritables. Même diversité pour leur nombre et leurs noms;
ici, ce sont Pluton , Proserpine et Mercure; la , Jupiter et Bacchus,
Les babitaosde Samothrace en comptaient quatre : Axieros ou Plu-
ton , Axiocersa ou Proserpine , Axiocersus ou Cérès , et Casmilus ou
Hécate.
Ce qui du moins est sur, c'est que le culte mystérieux des Cabires
prit naissance en Egypte ; qu'il fut poité de là dans le Péloponèse,
et qu'il passa successivement chez les Athéniens , les Thébaina et
les Samothiaces; plus tard , Enée le fit connaître à l'Italie .dont les
habitans invoquaient surtout les Cabires dans leurs infortunes do
mestiques; ainsi les matelots leur adressaient des vœux au milieu des
tempêtes, et les veuves, les orphelins, pendant les cérémonies fu
néraires.
Les Cabinelêr. célébraient la nuit. Après des épreuves effrayantes,
l'initié était placé juir un trône éclatant de lumière, ceint d'un*
écharpe de pourpre , conionné d'oliviers, tandis qu'autour de lui les
78 COURS
piètres et les autres initiés formaient des danses symboliques-.
Cette cérémonie s'appelait Thronismos , c'est-à-dire , intronisation. .,
Ccrcyon et Corynète (279). ,
Cupidon , de Vénus ( 1 57 ) . f
Erichthonius , de Minerve (83).
Palèmon. On lui donne aussi pour père Etolus.
Palémonius. Selon d'autres, il dut le jour à Lernus.
Periphétes , d'Anliclée (ajç)).
Philoctus.
Phtègyas,
Servius Tulliiis , d'Orrisiav
Tlicatie. V. Jupiter (36).
On" donnait aussi pour fils à Vulcain tous ceux qui se distin
guaient dans l'art de forger les métaux, comme Albion , Olenus et
quelques autres.
§ 76. — Des attributs de Vulcain.
On représentait Vulcain inondé de sueur, la poitrine
chevelue , le front couvert de poussière et faisant mouvoir
d'un bras nerveux les énormes soufflets de ses forges. On le
dépeint aussi boiteux , difforme , et forgeant la foudre ,
tandis qu'un aigle est à ses côtés.
Dans les anciens monumens , il paraît barbu , les cheveux
négligés , à demi-nu , portant un bonnet rond et pointu ,
tenant un marteau de la main droite et de la gauche des
tenailles.
Les Egyptieus le représentaient sous la forme d'un
singe , et c'est de là que les Grecs ont donné tant de lai
deur à leur Vulcain.
§ 77. — Des noms et des surnoms de yulcain.
Le Vulcain d'Égypte se nommait Opas, Jphlhas, ou Phthas (4) ;
celui des Grecs, Hepluestos, et celui des Romains Vulcanus. Ces der
niers l'appelaient encore Mu'ciber , pareequ'il amollit le fer par le
moyen du feu.
Le nom de Vulcain se prenait pour le feu lui-même.
I. Surnoms tirés des lieux :
Etnceus, du mont Etna. Sur ce mont, s'élevait en l'honneur de
Vulc ain un temple entouré de murs et d'arbres sacrés, et où l'on
gardait un feu perpétuel.
Lemnicola et Lemnius , de l'île de Lemnos (72).
Liparœus , de Lipari (72) .
II. Surnoms tirés des qualités :
Amphigyceis , pareequ'il boitait des deux jambes*
Chalcipus , aux pieds d'airain.
Clylotechnès , habile artiste.
Cyllopode, au pied boiteux.
Fiatnmtpotens , maître des tlammes.
Içnixena, né du feu.
IgnipoUns , maître du feu.
DE MYTHOLOGIE. V§
Junonigcna , Gis de Junon.
Oplfeoo Irisulci fulminis dtui (7a).
Pamphanès , tout resplendissant.
Pandamator , pareeque le feu domple tout.
Tardipes, pareequ'il était boiteux.
§ 78. _ Du culte et des fêles de Vuleain.
Vulcain était, comme nous l'avons vu, particulière
ment honoré chez les Egyptiens. 11 avait à Memphis un
temple magnifique, devant lequel s'élevait une statue
colossale, haute de soixante-quinze pieds; celle du temple,
au contraire , était petite et mesquine.
Athènes et Rome se distinguaient encore par le culU;
qu'elles rendaient à Vulcain. Chez les Romains, le plus
ancien temple fut bâti par Romulus , hors de la ville , parce
que, d'après les augures, le dieu du feu ne devait pas
être dans l'enceinte des murs. Un autre fut élevé dans
Rome mêmej c'est là que dans les traités les plus solennels,
on prenait le feu vengeur pour témoin, et que se traitaient
les affaires les plus graves de l'état.
On immolait ordinairement à Vulcain des veaux et de
jeunes cochons. On avait coutume, dans ces sacrifices, de
laisser consumer par le feu toute la victime sans en rien
réserver pour le festin sacré.
Les chiens étaient destinés à la garde de ses temples, et
le lion lui était consacré , parce que dans ses rugissemens
il semble jeter du feu par la gueule.
Les Ceramlcies de Vulcain étaient les mêmes que celles de Mi
nerve. V. § 89.
Dans les Ephesties , trois jeunes garçons portant des torches allu
mées couraient de toute leur force, et la palme appartenait à ce-
loi qui parvenait an but le premier sans éteindre son flambeau (5 ">)
Les Lustria se célébraient à Rome en l'Iionneur de Vulcain
pareeque le feu servait à la cérémonie des lustrations.
Les jeux Piscatoriens se célébraient tous les ans sur les bords du
Tibre. Pendant ces fiâtes, on sacrifiait à Vulcain les poissons que
l'on péchait dans le fleuve.
Les Vulcanahs avaient lieu chez les Romains au mois d'août. Elles
duraient huit jours. On y disputait le prix comme aux Géramicies.
Les rues de Rome étaient illuminées; on allumait partout des feux ,
dans lesquels on jetait des animaux , pour se rendre Vulcain pro
pice.
§ 79. — Minerve. — Nombre des Minerve.
— Sa naissance.
Minerve était la déesse de la guerre , de la sagesse , des
sciences et des arts.
80 COCRS
Les anciens en ont reconnu plusieurs. Cicéron en compte
cinq : une , mère d'Apollon ; une autre , issue du Nil ,
adorée principalement à Sais , ville d'Egypte (i 3); une
troisième, fille de Jupiter; une quatrième, née du maître
des dieux et de l'Océanide Coryphe (36) ; les Arcadiens ,
qui l'appelaient Corie , la d.saient inventrice des chars à
quatre chevaux de front ; une cinquième enfin , que l'on
peint avec des talonnières , eut pour père le géant Pallas ,
à qui , dit-on , elle ôta la vie , pareequ'il voulait attenter
à son honneur.
Saint Clément d'Alexandrie nomme aussi cinq Mmerve ;
la première , Athénienne et fille de Vulcain ; la seconde ,
Egyptienne et fille du Nil; la troisième , Siga , fille de
Saturne , avait inventé l'art de la guerre ; la quatrième
était fille de Jupiter; la cinquième , fille de Pallas et de
l'Océanide Titanis , tua son père et se couvrit de sa peau.
Enfin Pausauras parle d'une Minerve fille de Neptune
et de Tritonia , nymphe du lac Triton , à laquelle on don
nait des veux bleus comme à son père , et qui se rendit fa
meuse par des ouvrages de laine dont elle fut l'inven
trice.
Ces différentes divinités se sont toutes fondues en une
seule dans la mythologie grecque, et c'est ainsi qu'Athé
née , Minerve de la Grèce , est sortie victorieuse de ses ri
vales et parée de leurs dépouilles.
Jupiter , après avoir épousé la prudente Métis (35), lut
au livre du Destin qu'elle devait mettre au jour une fille
égale à sa mère en sagesse , mais un fils plus puissant que
son père lui-même. Pour prévenir ce malheur, il dévora
Métis pendant sa grossesse , et , quelque temps après , se
sentant une douleur violente, il eut recours à Vulcain ,
qui , d'un coup de hache , lui fendit la tête. Minerve en
sortit armée de pied en cap. Aussitôt admise dans l'as
semblée des dieux , elle devint l'un des plus fidèles et des
plus utiles conseillers de son père.
§ 8o. — Explication de la naissance de Minerve. —
Rapports de la Minerve grecque avec la Minerve
égyptienne.
On a donné plusieurs explications de cette allégorie.
Selon les uns , elle signifie que l'on ne parvient à la sa
gesse que par la peine et le travail , dont la douleur de
Jupiter et la hache de Vulcain sont l'emblème. Selon les
DE MYTHOLOGIE. 8,
autres , elle montre que les hommes n'arrivent que par
degrés à lâ perfection , tandis que la divinité la conçoit
tout d'un coup. On a dit encore que Minerve , sortie tout
armée du cerveau paternel , représente le sage , toujours
prêt à combattre ou le malheur ou le vice.
Une dernière explication est plus naturelle : c'est que la
sagesse ne viq^t point des hommes, mais du ciel.
Cette explication est à la fois plus historique. En effet
le culte de Minerve fut apporté vers l'an 1 556 ou i 58q avant
J.-C. , dans l'Attique , par Cécrops , originaire de Sais ,
où cette déesse jouissait du plus grand crédit. Un temple
magnifique s'élevait en son honneur. C'est dans ce temple
qu'on lisait cette inscription déjà citée (6) : « Je suis tout
ce qui a été , ce qui est , ce qui sera ; personne n'a percé
jusqu'ici le voile qui me couvre , et , si l'on veut connaître
mes ouvrages , c'est à moi que le soleil doit son existence. »
Paroles célèbres , tirées des livres de Moïse , où la Sagesse
Éternelle dit, en parlant d'elle-même : « Je suis sortie de
la tète du Très Haut , avant tous les êtres. » L'Egypte ,
plus policée , conserva cette tradition dans toute sa pureté ;
la Grèce , plus grossière , la symbolisa dans la Fable de
Minerve.
Elle lui donne pour nourrices les trois filles d'Ogygès , Aulis ,
Atalcomenia, Thelsinie, que l'on surnomme Praxidices ( aaa ), et pour
gouverneurs , Alakomède , Alalcomène ou Triton. Ce fut de Dédale
que, jeune encore, elle apprit les travaux de son sexe.
t Il est facile de retrouver la Neith ou la Neilhé des
Egyptiens ( 1 3) dans Y Athénée des Grecs , par l'addition ou
le changement de quelques lettres. Si l'on croit d'ailleurs
les historiens , une fille de Cécrops fut consacrée par son
père à Minerve , sous le nom d' Athénée ; et pomme le
pays qu'il peupla d'Egyptiens , et qui fut appelé Cécropie,
lui devait sa religion , ses lois , ses mœurs , eu un mot
toute sa civilisation , la reconnaissance déifia la fille du
bienfaiteur , et la confondit avec la déesse dont elle portait
le nom.
L'Attique porta quelque temps lenom de Cécropie. Cécrops polit
les mœurs sauvages des habitons, les tira des forêts, les distribua en
douze bourgs, leur donna des lois, les soumit aux règles du mariage,
et bâtit ou du moins embellit Athènes. 11 mourut laissant trois filles,
Aglaitre, Hersé et Pandrose, qu'il avait eues d'Aglaure, fille d'Actée. 11
fut surnommé Diphyès , et représenté comme un monstre moitié
boni me, moitié serpent, soit parcequ'il commandait à deux peuples,
soit parcequ'il parlait deux langues.
Le royaume d'Athènes dura plus de 4oo ans, sous 17 rois; Cé
crops, Cranaus, Amphictyon , Èrecbthée 1". , Pandion 1", Ercch
Sa cocus
thée 2 , Cécrops 2. Pandion 2, Egée, Thésée, Ménesthée , Démo-
phoon, Oxynlhés, Apbidas, Thymoélés, Mélanthe , et Godrus, qui
se dévoua pour son pays.
Eiecthée 1" eut de Pasithée Pandion 1", Orithye vXÂlcon.
Pandion 1" fut père d'Érecthce 2 , de Bute», de Phihméle et de
Prfglic.
Ereclhée 2 eut de Praxithée Cécropt 1, Métion% Pandarus , Cro-
lu,se , Orithye , Procris , Cythonie ou Cotophonie qui épousa Butés.
• Cécrops 2 eut de Métiaduse, Pandion 2, père i'0%ée, de Paltas, de
fSi'isus et deLycus. ,
§ 81. — Culture de l'olivier dans l'Attique. — Dif
férend de Neptune et de Minerve. — Explications
de cette fable.
On voit par là que les Grecs honoraient dans Athénée
la Minerve d'Egypte. Le nom d'Athènes nous en fournit
une nouvelle preuve.
Eu effet , Cécrops fit abandonner aux peuples de l'Atti
que leur vie sauvage, leur apprit à cultiver la terre, et
surtout l'olivier, arbre favori de Neith. La ville nouvelle
devint alors fameuse par l'excellence de ses huiles. Pour
les exporter plus facilement , les habitans cessèrent d'in
fester les mers par leurs pirateries , et leur commerce prit
un tel accroissement , qu ils donnèrent à leur ville le nom
de la divinité tutélaire de cet arbre.
La fable s'est emparée de ce fait liistorique. Minerve et
Neptune, dit-elle , se disputèrent l'honneur de donner un
nom à la ville de Cécrops. Les douze grands dieux (18) ,
choisis pour arbitres de ce différend , décidèrent que ce
privilège appartiendrait à celui des deux qui produirait
la chose la plus utile au pays. Neptune, d'un coup de
trident , fit sortir un cheval , symbole de la guerre , et
Myiarve , un olivier, symbole de la paix. La déesse fut
proclamée victorieuse, et la ville reçut le nom d'Athénée.
• Cette fable, selon quelques auteurs, n'est autre chose
qu'un différend survenu, sous le règne de Crauaiis , suc
cesseur de Cécrops (80) , entre les matelots, qui reconnais
saient Neptune pour leur chef, et le peuple ou le sénat,
que présidait Minerve. L'aréopage consulté , prononça
que l'agriculture était préférable à la navigation , et la vie
champêtre au métier de pirate. Des lois sages et sévères
assurèrent la liberté du commerce , emblème de la vic
toire remportée par Minerve sur Neptune.
Peut-être est-il plus naturel* d'expliquer cette fable, que
nous retrouverons ailleurs sous d'autres formes , par 1 in
troduction d'un nouveau culte, au détriment d'un autre
DÊ MYTHOLOGIE. 85
plus ancien , s'il est vrai que la capitale des états de Cra-
naùs s'appelait Posidonie, de Poséidon, nom grec de
Neptune (223).
Minerve faisant naître l'olivier, de Carte lier, Luxembourg, n° i ir.
§ 82. — Pouvoir de Minerve. — Distinction de Mi
nerve et de Pallas. — De l'Egide.
Minerve passait chez les anciens pour la plus noble pro
duction de Jupiter. Elle seule participait aux prérogatives
^de la divinité suprême. EU^ lançait la foudre, donnait
■tesprit de prophétie , prolongeait à son gré la vie des
nommes , procurait le bonheur après la mort ; enfin tout
ce qu'elle promettait, tout ee qu'elle autorisait d'un signe
de tête , était irrévocable.
W Dès le début de sa carrière , à l'époque de l'invasion des
Géans , elle se distingua par son courage , et mérita le
titre de déesse de la guerre. Comme telle, elle portait le
nom de Pallas.
Les uns distinguent Pallas de Minerve j les autres la
confondent avec elle. C'est Pallas la Guerrière qu'Hé
siode fait sortir du cerveau de Jupiter , et qu'il appelle la
Tritonienne aux veux pers. Il la peint comme vive , vio
lente , indomptable , aimant le tumulte , le bruit et les
combats , toutes choses qui ne s'accordent guère avec la
sagesse, les sciences et les arts.
Selon Apollodore , Minerve et Pallas ne peuvent ni ne
doivent être confondues. La seconde était fille de Triton ,
à qui fut confiée l'éducation de la première. Toutes deux
aimaient également l'exercice des armes. Un jour qu'elles
voulaient éprouver leur courage dans un combat singulier,
Pallas allait porter à Minerve un coup dangereux , si Ju
piter n'eût mis l'Egide (1) devant sa fille. Pallas , épou
vantée, s'arrête ; bientôt elle recule, les yeux fixés sur cette
Fj'de . et Minerve la blesse à mort. Regrettant sa rivale ,
(1) Les anciens ne s'accordent point sur l'origine de l'Égide. Se
lon les uns. Egide, monstre horrible dont la gueule vomissait des
torrens de flamme , était né de la Terre , dan» les champs Phrygiens ;
il avait déjà promené ses ravages dans la Phénicie, l'Egypte et l'A
frique, lorsque Minerve, par l'ordre de ton père , le combattit près
des monts Cérauniens. Le monstre succomba sous les coups de la
déesse qui depuis porta la peau de l'Égide sur sa poitrine. Selon les
antres le bouclier de Jupiter s'appelait ainsi parcequ'îl était cou
vert de la pean d'une chèvre; Jupiter en fit présent à Pallas; et cette
déesse y plaça la téle de Méduse, ( 228) qui changeait eu pierre»
ceux qui osaient y porter les yeux.
84 COCKS
et pour se consoler de sa mort , elle fit une image toute
semblable à Pallas , et plaça sur sa poitrine l'Egide , cause
de sa frayeur. Pour l'honorer davantage , elle voulut que
cette image demeurât toujours auprès de Jupiter. Telle
est l'origine du célèbre Palladium (6g).
§ 83. — Naissance d'Erickthonius. — Explication
de cette fable. — Inventions de Minerve. — Aven
ture d'Arachné. ■s
Jeune encore , Minerve await obtenu de son père la pi'é^f
rogative de rester vierge. Un jour , cependant , VulcaBp
ayant fabriqué pour Jupiter une armure magnifique^
ce dieu , pour le récompenser, jura d'accomplir toutes ses
demandes. Vulcain demanda Minerve pour épouse ; le^'
père des dieux y consentit; mais , se souvenant de la pro
messe qu'il avait faite à sa fille , il l'avertit secrètement de
résister à Vulcain. En effet , l'époux désigné mit vaine
ment en usage la prière et la violence ; ses importunités
n'aboutirent qu'à donner le jour au monstre Erichthonius.
L'histoire explique ce personnage. Elle lui donne pour
mère Pandrose , fille de Cécrops , qui portait le surnom
d'Athénée (8o). Il était difforme, et, selon les poètes , ses
jambes avaient la forme de serpens. Ce fut dans le temple
de Minerve qu'il fut élevé : circonstances qui suffirent aux
Grecs pour le dire fils de la déesse de la guerre. Admis au
ciel après sa mort, il y forma la constellation de V Aurige
ou du Conducteur.
Minerve quitta les occupations guerrières pour les art*
dont on la dit l'inventrice. Elle inventa la flûte ; mais un
jour qu'elle s'amusait à jouer de cet instrument en pré
sence de Junon et de Vénus , ces deux déesses se mirent à
se moquer de ses contorsions. Minerve s'étant convaincue
de la justesse de leur critique , dans le miroir d'une fon
taine du mont Ida , jeta la flûte de dépit , et promit la
mort à quiconque la trouverait. Marsyas fut la victime de
cette malédiction (m).
C'est ii Minerve que l'on attribue le talent de filer et l'art
d'orner la tapisserie. Cette dernière découverte fut fatale
à l'habile Arachné.
Arachné , fille d'Idmon , travaillait avec tant de perfec
tion à la broderie , qu'elle osa défier Minerve. Quoique
simple mortelle, elle vainquit la déesse dans la représen
tation des amours de Jupiter. Minerve , indignée, déchira
les toile* de sa rivale , et la frappa de sa navette. L'orgueil

D£ HTTHOLOGIE. 85
leuse Arachné , ne pouvant se consoler de cet affront ,
voulut se pendre ; mais la déesse la suspendit en l'air et la
métamorphosa en araignée.
§ 84- — Des attributs de Minerve.
On donnait à Minerve , dans les statues et les peintures,
une beauté simple , négligée , modeste , un air grave ,
noble , plein de force et de majesté. Elle porte ordinai
rement un casque qu'ombrage un panache flottant , une
pique d'une main , un bouclier de l'autre , et l'égide sur
la poitrine.
L'égide de Minerve était sa cuirasse ; quelquefois c'est
son bouclier , et ce qui les fait confondre , c'est qu'au mi
lieu de l'un et de l'autre , paraissait la tête de Méduse.
La plupart de ses statues la représentent assise. Quel
quefois elle tient à la main une quenouille au lieu d'une
épée. Comme déesse des beaux arts , on lui donne le Pé
plum , ou robe extérieure , blanche et légère , sans man
ches , brodée d'or , agrafée sur l'épaule ou le bras. Sur le
Peplum étaient représentées les grandes actions de la
déesse , de Jupiter et des héros.
La chouette et le dragon , consacrés à Minerve , accom
pagnent souvent ses images; c'est ce qui faisait dire à Dé-
mosthène , exilé par les Athéniens , qu'Athénée se plaisait
dans la compagnie de trois vilaines bêtes , la chouette , le
dragon et le peuple. -
Au Parthénon , la déesse était d'or et d'ivoire , dans
l'attitude d'une personne debout et comme droite. Une pi
que est dans sa main ; à ses pieds , son bouclier ; sur sou
estomac , une tête de Méduse , et , près d'elle , une Vic
toire haute de quatre coudées. Un hibou surmonte son
casque , pour marquer les méditations silencieuses de la
nuit. Au bas de la lance est un dragon , pour signifier que
la sagesse elle-même a besoin d'un gardien.
Minerve était vierge chez les Grecs ; épouse de Vul-
caiu , en Egypte.
Minerve était aussi l'emblème de la providence divine.
Selon saint Augustin , les anciens voyaient en elle l'air
le plus subtil , ou la Lune. C'est que Neith n'était qu'un
des attributs d'Isis , dont cet astre est le symbole (8, i3).
Quelquefois on trouve Mercure embrassant Minerve ,
ingénieuse allégorie qui montre que la science , pour plaire,
doit être accompagnée de l'éloquence et de la persuasion
(209). -
86 COURS
Buste de Minerve , armée de 1 égide et du casque, n°' 8 et 78 ; —■
Minerve colossale, dite la Pallas de Vellétri, avec lePeplum, n° toi-
— Minerve d'ancien style grec , à Modène , n" 170.
§ 85. — Des noms et des surnoms de Minerve.
On a déjà vu plusieurs noms de Minerve. Les Phéniciens et les
Syriecs l'appelaient Onca , Onga , Ogga , Unca, jeune fille ; et cette
dénomination fut, en Grèce , adoptée surtout par les habitans
de Thèbes et d'Amyclée. Les Gaulois avaient aussi leur Minerve,
qu'ils nommaient Belisama.
I. Surnoms tirés des lieux .:
Agraule, d'une partie de la tiibu Érechthéide , chez les Athéniens.
Aliphcrœa , d'Aliphères , ville d'Arcadie, dont les habitans n'attri-
buai. nt la naissance de Minerve.
As'ia , du mont Asia , dans la Laconie.
Assesia, d'Assos, ville d'Ionie.
Astyris, d'Astyra , ville de Phénicie.
Budée, de Budéa , ville de Magnésie.
Chalcidice, de Chalcis, ville de l'Eubée.
Chalciœos , du temple qu'elle avait à Chalcis'.
Cyparissia, de Cyparissie, ville de Messénie.
Hippotetis , d'Hippola , ville de Laconie.
Ma , d'Ilium, ville de la Troade.
Isménie 9 d'Isménus, fleuve de Béotie.
Larissèe, de Larissns, fleuve du Péloponèse.
Lemnia, deLemnos, île dont les habitans avaient consacré lai
statue de Minerve, dms la citadelle d'Athènes.
Lindienne, de Lindos, ville de l'île de HUodes.
Mugarsis, de Magarsus, ville de Cilicie.
Magnesia de la ville de Magnésie.
Nedusia , de Néda, fleuve du Péloponèse.
Oleria, d'Oleros , ville de Crète.
Pallenis , de Pallène, village de l'Attique.
Snïs , Saïlès , de Sais , ville d'Égypte.
Sicyonia, de Sicyone , ville du Péloponèse.
Suniadc, du promontoire de Sunion , où la déesse avait un tem
ple. Il en reste encore dix-neuf colonnes, d'où vient le nom de cap
Colonne qu'il porte aujourd'hui.
Tithrone, de Tithroné, ville de Phocide. Minerve était adorée
sous le même nom chez les Mirrhinusiens.
§ 86. — Suite des surnoms de Minerve.
II. Surnoms tirés des circonstances :
Ackœa, parcequele temple Daunien de la déesse était gardé par
des chiens qui caressaient les Grecs et repoussaient les étrangers.
JEllieria.àc l'origine fabuleuse du Palladium (82).
Agelea, qui fait du butin.
Alalcomeneis , du sculpteur Alalcomène, on du seconr» qu'elle
donnait à ses favoris. Aussi plusieurs statues la re.ptésentaicnt dans
l'attitude d'une personne prête à se défendre.
Alatcomenia (80).
Alea, d'Aléus.roi des Arcadiens, qui lui bâtit un templo a Tégée,
sa capitale.
Anemotis , qui calme les vents.
DE MYTHOLOGIE. 87
Arèa, chez les Platéens, où la déesse avait un temple construit
des dépouilles des Perses au combat de Marathon.
Aulis, parccqu'clle inventa la Hûie (85).
Axiopœnas , à Sparte , où Hercule lui bâtit un temple, après la
terrible vengeance qu'il prit d'Hippccoon et de ses Gis.
Boarmia , parcequ'clle apprit aux hommes l'art d'atteler les bœufs
et de labourer.
Copia, sur le mont Cœlius.à Rome, parcequ'elle était sortie de
la tête de Jupiter.
Catuliana, pareequ'un étendard lui Tut consacré par L. Catulus.
Chalcuecot , a Laccdémone, où sa statue, son temple même,
étaient tout d'airain.
Chalinule , à Corinthe , en mémoire de la biidc qu'elle avait mise
à Pégase en faveur de Belléropbon.
Colocasia, chez les Sicyuniens, à cause du manteau rond que por
tait sa statue.
Corésie (78).
Cranéa, près d'ÉIatée, ville de Phocide , où la déesse avait un
temple sur un rocher escarpé.
Endaïhtyia, chez les Mégariens, parcequ'elle avait pris la forme
d'un plongeon pour porter sur ses ailes Cécrops à Mégare.
Frœnalis , Frœnatrijû. V. Chatlniste.
Gorgone , Gorçonie, Gorgonienne, chez les Cyréuiens (jj8).
Gorgophore (228).
Balea. V. Aléa.
HeltotU, Hetlotide, à Corinthe. Les Doriens ayant livré cette ville
aux flammes, Hellotis, prêtresse de Minerve, se réfugia dans le
temple de la déesse, et y périt. Quelque temps après, une peste dé
sola tout le pays; on recourut à l'oracle , qui déclara que pour faire
cesser le fléau il fallait apaiser les mânes delà prêtresse, et relever
le temple. On obéit à l'oracle, et Minerve fut adorée sous le nom
d'Hellotis.
Hippia, Equestre , chez les Eléens et le* habitant de Manlyrée ,
pareeque dans la guerre desGéans (33) elle pous«a son cheval contre
Encelade.
Itonia , Itonide, chez les Coronéen9 , en Béotie. Itonus, fils de
Deucalion (57), y bâtit à Minerve un temple qui lui l'ut commun
avec Plutus, dieu des richesses (2o5) , peut-être pour montrer
que la sagesse est la source de tous les biens.
Laphyra , parcequ'clle donne les dépouilles des ennemis.
Matera, pareequ'on lui consacrait les piques appelées Materas. Ces
piques étaient en usage chez les Gaulois.
Mechanica, lorsqu'elle présidait à la construction des villes.
Mère, chez les Eléens.
Nemanoum. Quelquefois les Crées donnaient à Minerve ce nom ,
dans lequel on a cm reconnaître Noéma , fille de Lamech , à la
quelle on attribue l'invention de la filature et de la toile.
Ophthalmeth , Opiiletis , pareeque Lycurgne lui bâtit un' temple
en mémoire de ce que , dans une émeute .il eut un œil crevé- par
Léandre , et fut en ce lieu-là même sauvé par le peuple.
Panachéit , parcequ'elle protégeait tous les Achéens.
Peonia , près d'Orope , comme conservatrice de la santé.
Pronaiis , à Thèbes , pareeque sa statue se trouvait a la porte di»
temple.
88 coins
Poliade , à Tégée , dont elle était la patrone.
Pylotis, parccqu'on plaçait son image au-dessus des portes des
villes.
Salpinx , chez les Argiens, où s'élevait en son honneur un temple
bâti par Hegelaus , inventeur de la trompette.
Tetchinia. V. Soleil (lot).
§ 87. — Suite des surnoms de Minerve.
III. Surnoms tirés des qualités :
Action , rossignol , chez les Pamphyliens (83).
Ageleis , qui conduit le peuple.
Aleis , Atcidc , force, chez les Macédoniens.
Alceessa. Sthcnîa, la forte.
Alcimaque , forte au combat.
Armifera , Armipolens , comme déesse de la guerre.
li ultra, conseillère , comme déesse de la sagesse.
Cœsia, aux yeux bleus (82).
Ceeropia, (80).
Chrysegis , qui porte une égide d'or (82).
Coryphagène, sortie du cerveau de Jupiter (79).
Epipyrgide , qui préside aux tours, chez les Abdcritains.
Ergane, chez les Athéniens, parcequ'elle inventa presque tous
les arts, entre autres l'architecture , l'usage des trompettes , la cul
ture des oliviers , etc.
Gigantophontès , parcequ'elle aida Jupiter à tuer les Géans (33).
Glaueopis. V. Cœsia.
Hoplosmia, armée de pied en cap , chez les Eléens.
Hygiœa , parcequ'elle présidait à l'art de guérir.
Hyperdexia , parcequ'elle fuvorise les mortels (4s).
Laosas, qui sauve le peuple.
Macliinalrix , chez les Arcadiens. V. Ergane.
Mcchanitis , parcequ'elle aide les projets utiles.
Medica. V. Hygiœa.
Musicale, parcequ'elle inventa la flûte. On en donne une autre
raison : lorsqu'elle jouait de deux flûtes , les serpent de son Egide
jouaient au bruit de la musique.
Operaria. V. Ergane.
Oxyderce, aux yeux perçans.
Parthènie ou Parthenos , vierge (83).
Pœnia. V. Peonia , § 66.
Poliuchos, comme protectrice des villes, entre autres de Sparte.
Prœsles , comme conduisant les mortels dans le chemin de la
sagesse.
Pronoœa, prévoyante, à delphes.
Soupes , conservatrice.
Trilogenia. On donne plusieurs étvmologies de ce nom : la pre
mière, c'est que Mintrve était née de la tète de Jupiter ; la deuxième .
parcequ'elle vint au monde le troisième mois, regardé depuis comme
sacré parles Athéniens; la troisième, parcequ'elle naquît la troi
sième , après Apollon et Diane, etc.
Tritonia, Tritonis , comme fille de Triton , ou comme élevée sur
les bords du marais Triton , en Béotie. Selon Démoerite , ce surnom
venait des irois grands bienfaits de cette déesse à l'égard des hommes :
délibérer avec sagesse , juger avec droiture , agir avec justice.
DE MYTHOLOGIE. 8o
Unigena, née d'un seul. V. Triiogcfiie.
Virago, qui a le courage d'un homme.
Fïrgo. V. Parthénie.
Xenia, comme protectrice de l'hospitalité , chez les Spartiate!,
qui , sous ce titre, l'honoraient en commun avec Jupiter.
§83. — Du culte de Minerve. — Des fêtes, des jeux
et des sacrifices institués en son honneur.
Le culte de Minerve était universel. Certaines villes sur
tout se distinguèrent par les hommages qu'elles lui ren
dirent , entre autres Sais qui le disputait à toutes les
autres pour la magnificence de son temple. Les Rhodiens
s'étaient mis sous sa protection , et l'on dit qu'à l'anniver
saire de sa naissance , on vit tomber dans leur île une pluie
d'or ; mais qu'ensuite , piquée de ce qu'on avait oublié de
porter du feu dans l'un de ses sacrifices, elle abandonna
le séjour de Rhodes; c'est-à-dire que les Rhodiens la né
gligèrent pour adopter le Soleil comme leur première di
vinité (99).
Minerve se donna tout entière aux Athéniens. En
effet , ce peuple, pour lier en quelque sorte son existence
à celle de la déesse , la déclara, par l'identité du nom,
protectrice de sa ville , lui bâtit un temple magni
fique , sous le nom de Parthenos , vierge , titre qui plai
sait le plus à Minerve , et célébra eu son honneur des
êtes appelées comme elle Athénées.
Ces fêtes furent instituées par Erichthonius, ce prétendu
fils de Minerve (83). Plus tard , lorsque Thésée , roi de
l'Attique , eut réuni toutes les villes subalternes en une
seule ville principale , il rétablit l'institution oubliée de
son prédécesseur , sous le nom de Panathénées , mot qui
signifie Jeté de tous les Athéniens ou de tous les adora
teurs d'Athénée ou de Minerve.
On établit des grandes et, des petites Panathénées ; les
premières se célébraient tous les cinq ans ; les secondes ,
tous les ans. Celles-là l'emportaient sur celles-ci par leur
magnificence, par l'immense concours du peuple , etpar-
ceque , dans cette fête seule , on conduisait eu grande
pompe un navire orné du Peplum(84).
On proposait à ces fêtes des prix pour trois sortes de
combats ; dans le premier , les athlètes portaient des flam
beaux ; le second était gymniqua ; dans le troisième , les
poètes et les musiciens s y disputaient la palme. Le prix de
ce dernier combat , outre une couronne d'olivier , était
go - COURS
un baril d'huile ; et , pour rappeler de toutes manières le
nom oii' les attributs de la déesse , les personnes des deux
sexes ne pouvaient assister aux Panathénées , qu'en tenant
à la main une branche de l'arbre favori de Minerve.
Panathénées., bas-relief du Parthénon , aux Antiques , n° 4z.
§ 89. — Suite des fêtes de Minerve.
Les Aléennes ou Alécs , se célébraient chez les Arcadiens, en l'hon
neur de Minerve-Aléa (86).
Les Aloties avaient lieu chez le même peuple, en mémoire d'une
bataille qu'ils gagnèrent sur les Laeédémoniens, et dans laquelle ils
firent beaucoup de prisonniers (Alâtos).
Les Arréphorics furent instituées chez les Athéniens en l'honneur
de Minerve et d'Hersé, fille de Cécrops (80). On les appelait quel
quefois Herséphories , tt souvent Arrèlophories , pareequ'ou y portait
dos objets mystérieux.
Les Cèramicics se faisaient dans le Céramique , quartier d'Athènes.
11 fallait, comme dans les Panathénées, arriver au bout de la car
rière sans éteindre son .lambeau.
Les Chalcécs rappelaient que Minerve avait enseigné l'art de tra
vailler la terre avec le cuivre ou le fer.
Les Chaleiascits étaient une fête de Lacédémone pendant laquelle
les jeunes gens venaient tout armés sacrifier à Mincrve-Chalcisccos.
Les Helloties de Çorinthe, en l'honneur de Miuerve - Hellotis ,
répondaient aux Céramiries.
Les Mincrvabs de Rome étaient célébrées deux fois, par an : la
première au mois de janvier, la seconde au mois de mars.
Pendant ces fêtes, les écoliers imploraient par des sacrifices la
faveur particulière de la déesse , obtenaient des congés , et faisaient
à leurs maîtres des présens appelés Mincrvales. C'était aussi dans ces
jours que les instituteurs de la jeunesse recevaient lejjrs honoraires.
On y représentait aussi des tragédies, et les savans y lisaient divers
ouvrages. On donnait encore des combats de gladiateurs. Le der
nier jour, on purifiait les trompettes qui servaient dans les cérémo
nies sacrées , en mémoire de leur inventrice.
Les Niréléries d'Athènes rappelaient la victoire que Minerve
remporta sur Neptune (8t).
Les Olàries étaient fondées en l'honneur de Minerve-Oléria (85).
Les Pambcolics réunissaient tous les Béotiens a Coronce , comme
l'indique leur nom.
Les Procharistéries honoraient Minerve au printemps, quand les
fruits commencent à pousser.
Les Quinquntrics , chez les Romains, avaient beaucoup de rapport
avec les Panathénées des Grecs. On les célébrait le 19 du mois de
mars, époque où l'on plaçait la naissance de Minerve. Elles ne du
raient d'abord qu'un jour; par la suite on les prolongea jusqu'au s3
du même mois; d'où leurvient le nom de Quinqualries.
Les Slhcnies avaient lieu chez les Argiens en l'honneur deMinerv< -
Sthéniadc (87). Les Athéniennes célébraient une fête du même nom,
dans laquelle elles s'attaquaient mutuellement par des railleries
amures.
Les S'mœcies rappelaient la réunion des diverses bourgades qui
firent d'Athènes une seule ville (88).
DE MYTHOLOGIE. f) I
§ 90. — Mars. — Nombre des Mars. — Education
de Mars. — Établissement de l' Aréopage.
La naissance allégorique de Mars , dieu de la guerre
(5g) , ne se trouve que dans les poètes latins. Selon les
Grecs, il était fils de Jupiter et de Junon , et portait le
nom dUArès.
Les mythologues et les historiens ont distingué plu
sieurs Mars. Le premier est le même que Bélus , ancien
roi de Babylone, a qui l'on attribue l'invention des armes,
ainsi que l'art de ranger les troupes en bataille. Selon
Hygin , on lui donna ce nom , parceque , le premier ,
il poursuivit les animaux à coups de traits , mot
qui se rend en grec par Belos. Le second Mars était un
roi d'Egypte , appelé Nemrod. Le troisième , roi des
Thraces , s'appelait Odin ; il se distingua tellement par
sa valeur et ses conquêtes , qu'il mérita , parmi ce peuple
belliqueux, le titre du dieu de la guerre , et c'est lui
qu'on nomme Mars Ifyperbore'en. Le quatrième est le
Mars grec. Le cinqu ème et dernier est le Mars des Latins,
qui rendit Rhéa-Silvia mère de Rémus et de Romulus ,
et que l'on croit le même qu'Àmulius , roi d'Albe et frère
de Numitor. Enfin , chaque pays se faisant un honneur
d'avoir un Mars particulier, on appela de ce nom la plu
part des princes belliqueux. On le trouve en effet chez les
Gaulois , sous le nom d'Hésus ; chez les Perses , sous l'em
blème d'Orion ; chez les Scythes , sous la figure d'une
épée ; chez les habitans d'Edesse, sous le surnom d'Azizus.
Ici , comme ailleurs , l'imagination des Grecs a triomphé
des traditions étrangères , et leur Mars est sorti de la lutte,
chargé de tous les exploits de ses rivaux.
Junon , mère d'Arès , confia l'éducation de son fils à
Priape, l'un des Titans ou des Dactyles Idéens, dont il ap
prit la danse et les autres exercices , préludes de la guerre.
C'est pour cette raison qu'en Bithynie , l'on offrait à l'ha
bile instituteur la dime des dépouilles consacrées à Mars.
L'Aréopage lui doit son établissement. Halirrothius
(222) , fils de Neptune , afin de venger son père , vaincu
ar Minerve , lorsqu'il disputa à cette déesse le droit de
onner son nom à Athènes (81) , résolut , selon les uns ,
de couper , dans les environs de cette ville , tous les oli
viers , pareequ'ils étaient consacrés à cette déesse ; mais
la cognée lui échappa et le blessa mortellement. Selon
d'autres , il osa déshonorer Alcippe, fille de Mars. Le dieu
92 COURS
s'en vengea par la mort du coupable. Neptune , affligé de
la perte de son fils , cita le meurtrier en jugement. Mars
s'y défendit avec tant d'éloquence , ou déploya l'appareil
d'une si grande force , que les juges le renvoyèrent ab
sous , et le lieu , témoin de .ce jugement , prit , (comme le
tribunal qui l'avait porté, le nom d' Aréopage , ou Colline
de Mars.
Cet événement , si fameux dans l'histoire grecque , ar
riva, selon les marbres de Paros , sous le règne de Cranaiis,
i53a ans avant J.-C. (80)
§ 91. — Aventures de Mars. — Différence de Vopi
nion qu avaient de ce dieu les Grecs et les Ro
mains. — liomulus.
Mars fut moins heureux dans la guerre des Géans (33).
Surpris par les Aloïdes, il fut jeté dans une prison d'airain,
et n'en sortit qu'à l'aide de Mercure , après quinze mois
de captivité.
Le reste de sa carrière ne lui fait guère plus d'honneur.
Ici c'est Minerve qui l'empêche de venger son fils Asca-
laphe , tué par Déiphobe au siège de Troie. Là c'est Dio-
mède dont la lance , conduite par la même déesse , lui
cause une blessure profonde , que guérit le médecin de
l'Olympe. Plus loin , c'est Vulcaiu qui révèle aux regards
des dieux les intrigues coupables de Mars et de Vénus ,
dont l'un s'enfuit en Thrace , et l'autre à Paphos. A cette
occasion , le premier change en coq Alectryon , son fa
vori , pour le punir de ne l'avoir pas averti de l'approche
du Soleil ; la seconde se venge sur les enfans d'Apollon.
Mars et Vénus, Musée, n°» n6et 296.
Aussi le culte de Mars ne paraît-il pas avoir été fort ré
pandu chez les Grecs. Pausauias ne parle d'aucun temple
d'Ares , et ne nomme que deux ou trois de ses statues ,
entre autres celle de Sparte , qu'attachaient de forts liens,
soit pour rappeler la captivité du dieu, soit pour s'assurer
son secours dans les combats.
En revanche , le culte de Mars dominait chez les Ro
mains , qui regardaient ce dieu comme le protecteur de
leur empire. Dans la guerre des Lucaniens , ils crurent le
voir , marchant à leur tête , armé d'un casque ailé. C'était
la coutume , lorsque les consuls étaient près d'ouvrir la
campagne , qu'après avoir offert des vœux et des prières
dans le temple de Mars, ils touchassent solennellement sa
DE MYTHOLOGIE. g5
lance , en s'écriant : Mars , veille au salut de FEmpire !
C'est que Mars , père de Romulus , à qui Rome devait
sa fondation , semblait s'être identifié , par cette nais
sance, avec l'empire romain. C'est aussi la raison pour la
quelle ils donnèrent à Romulus , après son apothéose , le
surnom de Quiris ou Quirinus , mot qui signifie pique on
lance , forme sous laquelle les Latins représentaient pri
mitivement le dieu de la guerre. Ou appelait Equirine
le serment fait par Romulus.
§ 92. — Des enfans de Mars.
Mars eut :
Alciope , d'Aglaure (80).
Alcippe , d'Agraule (90).
Alcon.
Atmènns.
Bitton , de Callirhoé.
Cnlydon.
Chalybs , qui donna son nom aux Chalybes. Leur pays abondait
tellement en mines de fer, qu'on donna le nom de Chalybs à ce métal
ainsi qu'à l'acier.
Cyenus, de Pirêne ou de Pélopée. L'une était fille d'OEbalus (ao),
on d'Achèloiis (218), l'autre de Thyeste (273).
Diomède , roi de Thrace , de la nymphe Cyrène. Sa soeur se nom
mait Abdera.
Dryas , père de Lycnrgue (176).
Eropus , d'Erope , fille de Céphée (ig3).
Evadné , de Tbébé , fille d' Asope (232). On lui donne encore Iphii
pour père (n5).
Evdnnés.
Evènus,àe Stérope. Evénus épousa Alcippe, fille d'OEnomaos (91).
Hermione , Harmonie ou Irminsul, de Vénus.
Hippolyte, d'Otbréra. Les Amazone» Marthésie et Lampéto s'appe
laient aussi filles de Mars.
Hyperbius , qui tua, dit-on , le premier des animaux.
*-r Jatmène et Ascalaphe, d'Astyoché.
Ismarus , de Thracé , qui donna son nom au mont Ismare.
Ixion , de Pisidice.
Lycaste et Parrhasius , de Philonomé, fille de Nyctime (37).
Lycut.
Médius ou Modius , de Fabidius ou Fidius.
Menalippus s de la nymphe Tritia , fille de Triton (236) et prêtresse
de Minerve.
Les Moles , déesses des meuniers. On les disait filles de Mars ,
pareequ'il écrase les hommes comme on écrase le blé.
Molus, de Démonice , fille d'Agénor (n3).
OEnomaiis , d'Harpine ou de Stérope (273); on lui donne en
core Alxion pour père. Œnomaus fut père d'Hippodamie (173) et
d'Alcippe.
Oxylus , de Protogénie (n3).
Pangœut, de Critobulé.
(j4 COURS
Phlè-gyas , de Chrysa on de Chrjsi1 (i i3).
Kémus et Romulut, de fihéa-Silvia , ou d'ilie (>i5).
Sinopc, de l'amassa.
Slrymen.
Térée, de Bistonis.
Thespius ou Thcsliut , d'Androdice ou Démonice (hjJ. On lui
donne aussi pour père Ereclithée.
Thracie.
Tlirax , de Nériène. Nériène ou Nérion était une déesse des Sa-
bins. Son nom signifie douceur, et son union avec Mars nous montre
ingénieusement que la guerre doit être soumise aux règles de l'hu
manité.
§ 93. — Des attributs de Mars.
On représente Mars sous la figure d'un vieillard très
fort , armé d'un casque , d'une lance et d'un bouclier ,
tantôt nu , tantôt vêtu d'un habit militaire et d'un man
teau ; quelquefois barbu , mais le plus souvent sans barbe.
Il porte sur la poitriue une égide avec la tête de Méduse.
La Fureur et la Colère surmontent son casque , et la Re
nommée précède presque toujours ses pas.
Mars est ordinairement assis sur un char attelé de deux
coursiers , appelés la Fuite et la Terreur , fils de Mars et
de Vénus , ou d'Erinys et de Borée , qu'il conduit ou
laisse diriger par Bellone , sa sœur.
L'Hésus des Gaulois était adoré sous la forme d'une
épée nue , déposée sur un autel dans un de leurs bocages.
Ils vouaient à ce dieu les dépouilles de leurs ennemis , les
rassemblaient en monceaux , et les laissaient exposés dans
la campagne.
Le Mars des Scythes était un vieux sabre à demi-rongé
par la rouille. Ils immolaient en son honneur un prisonnier
dont le sang arrosait ce dieu meurtrier.
Le Mars Hypcrboréen régnait dans cette partie de ta "
Germanie qu'on appelle aujourd'hui Danemarck. Tout
à la fois prêtre , soldat , poète , législateur , monar
que et conquérant , il annonça qu'il avait le pouvoir de
ressusciter les morts et le don de prédire l'avenir. Lorsqu'il
eut solidement établi sa puissance par la force et la
persuasion , il résolut de mourir d'une manière extraor
dinaire. Il assembla ses amis , se fit en leur présence sept
blessures en forme de cercle , et ( sur le point d'expirer ,
il déclara qu'il allait dans la Scythie , d'autres disent dans
la Thrace , où le ciel s'ouvrirait pour lui. Il promit un
bonheur éternel aux hommes vertueux , à ceux qui com
battraient en héros et mourraient les armes à main. Les
DE MYTHOLOGIE. g5
barbares le crurent aveuglément. Chaque foisqu'ils allaient
au combat , ils l'invoquaient comme le dieu de la guerre,
et le suppliaientderecevoirdans l'Elysée les âmes des guer
riers qui périraient victimes de leur courage.Tel futOdin.
Mars du Musée , n° 88; — Mars barbu, a" i5j; — Salle de Mars,
à Versailles.
g g4- — Des noms et des surnoms de Mars.
Les Latins donnaient à Mars le nom de Maiors, pour signifier que
la guerre produit de grands changement ; de Marspiter pour rap
peler l'attribut du vieillard; de Gradivus, pareequ'on le représentait
comme un homme marchant à grands pas. Les Osques l'appelaient
Alamers ou Mamertus , et les Sabins Cumul».
I. Surnoms tirés des circonstances :
Agonius , comme présidant aux spectacles.
Comminus , pareequ'il combat de. près.
Corythaïx, pareequ'il agite son casque.
Enyatius, du nom grec de Bellone (98).
Equestre, Hippius, pareequ'il dompte les chevaux.
Pylotis, pareeque ses images étaient au-dessus des portes des
faubourgs, comme celles de Minerve étaient au-dessus des portes
des villes (8G), pour nous faite entendre qu'il faut unir la valeur
à la sagesse.
Quirinus. V. § gi.
Sulisubsulut , à cause des danses guerrières des Saliens (V. $ y5).
Silvanus, SUvestrif, lorsqu'on l'invoquait pour la conservation des
biens de la campagne.
Thériias, dans la Colchide, pareeque Castor et Pollux y ravirent
sa statue pour la porter en Grèce.
Vilticus, pareeque Jupiter, dont il était beau-fils, n'avait point
eu de part à sa naissance (5q).
II. Surnoms tirés des qualités :
Adamanus , invincible.
Aimocharès , pareequ'il aime le sang'.
Alloprosallos , Communii, pareequ'il favorise tantôt un parti , tantùt
un autre.
Areus, Areius, à qui l'on adresse des prières.
Bet'ator, Bellipolens.
Bisultor, qui venge , ou plutôt qui s'élance deux fois.
Cœcua.
Hoplophore, qui porte des armes. I
Peetorosus.
Propugnalor. Sous ce titre, il tient le bouclier d'une main, la
lance de l'autre, et porte l'égide avec la tête de Méduse.
Rhinotore , qui perce les boucliers.
Tliurias, Thurius, impétueux dans les combats.
Ultor.
Vengeur.
Victor. 11 est alors couvert d'une cuirasse ; il tient une pique d'une
main , de l'autre un trophée d'armes , qu'accompagneune petite Vic
toire. — Mars vainqueur , au Musée , n°* i5i , |3J.
g6 cours
§ 95. — Du culte de Mars. — Des Saliens. —
Des Anciles.
On immolait ordinairement à Mars , le taureau , le ver
rat et le bélier. Quelques peuples lui sacrifiaient d'autres
animaux ; les Lusitaniens, des boucs , des chevaux et même
des prisonniers de guerre ; les habitans de la Carie , des
chiens j les Scythes et les Saracores , des ânes. Le vautour
et le coq, parmi les animaux ; le chiendent, parmi les
plantes , étaient consacrés à ce dieu.
/Quelquefo s on l'invoquait parmi les dieux infernaux-,
et quel titre convenait mieux à cette divinité meur
trière !
Les temples de Mars étaient ordinairement placés hors
des villes , comme pour garantir les murs des périls de la
guerre. Celui qu'Auguste lui dédia , sous le nom de Mars
Vengeur (g4) , après la bataille de Philippes, passait pour
le plus magnifique.
Les Saliens, prêtres de Mars, formaient à Rome un collège
sacerdotal très célèbre. Ils furent institués par NumarPom-
pilius , au nombre de douze , à l'occasion d'une peste qui ra
vageait la ville. Un bouclier ovale , légèrement échancré ,
large environ de deux pieds et demi , tomba du ciel et fit
cesser le fléau. La nymphe Egérie , conseillère de Numa ,
prédit que l'empire du monde appartiendrait à la cité qu
conserverait ce bouclier. ]Numa , pour mieux en assurer la
possession , en fit faire onze semblables , qui furent nom
més incites , de leur forme , et dont il confia la garde à
douze jeunes patriciens.
Ces boucliers sacrés furent déposés .dans le temple de
Mars. Tous les ans , les prêtres faisaient autour de Rome
une procession dans laquelle ils les portaient en sautant ;
d'où leur est venu le nom de Saliens. Leur chef, qu'on
appelait Prœsul , marchant à leur tête, commentait la
danse ; ils en imitaient les pas et les mouvemens^ Les prin
cipaux citoyens tenaient à grand honneur d'être agrégés
au collège de ces prêtres.
L'habillement des Saliens , dans leurs fonctions , était
une tunique de pourpre , brodée d'or , une longue
robe , nommée trabée , que serrait une ceinture de cuivre ;
un baudrier garni d'airain , une épée, une pique à la main
droite , à la gauche , les boucliers , et sur la tête , un bon
net appelé galerus.lh chantaient des hymnes en l'honneur
des dieux , des déesses et des grands hommes de la répu
DE MYTHOLOGIE. 97
blkjue , sans oublier "Veturinus Mamurrius , auteur des
boucliers. La procession se terminait au temple de Mars ,
par un festin •dont la délicatesse somptueuse était devenue
proverbiale , Saliares dopes. «
g gG. — Suite des prêtres Saiiens. — Des fêtes de
Mars. ..
Les Saiiens étaient assistés dans leur ministère par de« vierges
nommées Saliennes. Elles étaient vêtues de l'habit de guerre Palu-
damentum, et coiffées du Galerus.
Depuis l'institution des premiers Saiiens, on en multiplia le nombre;
Tullus Hostilius le doubla , sous le nom d'Agonales et de Collini. Les
Albani, institués par Tarquin , étaient ainsi nommés parcequ'ils
avaient une chapelle sur le mont Albani. Les Antoniani turent éta
blis en l'honneur d'Antoninus Garacalla. Les Eani tiraient leur dé
nomination d'Eanus (aô). Les Palalini étaient le collège même fondé
par Numa; et , comme le mot l'indique, ils faisaient leurs sacrifices
sut- le mont Palatin ; enfin les Quirinalet avaient un temple sur le
mont Quirinal. *
Mars avait encore'pour ministres le Flamme Quirinal, thé , comme
celui de Jupiter, de l'ordre patricien, et les Martiales Larini.
Les Ancùies,fm fêtes des Anciles, commençaient aux Calendes
de Mars, et duraient trois jours. On les réputait malheureux, et l'un
ne pouvait, pendant ce temps , ni se marier, ni rien entreprendre
d'important. ■* -#■ ,»
Les jeux Arèiens se célébraient chez les Scythes.
Les Equiries furent instituées parRomulus. On yfaUaitdes courses
de chevaux, au Champ-de-Mars , le 26 février.
Les Géronlhres avaient lieu tous lés ans à Géronthres, ville de La-
conie. Mars avait près de celte ville un temple et un bois sacré , dont
l'entrée était interdite aux femmes.
Les Jeux Martiaux étaient célébrés le 1" aofit. On y faisait des
courses à cheval et des combats d'hommes centre les bêtes. Ger-
nianicus, dit-on, y tua deux cents lions.
Les Trictiries ou Trictyes étaient consacrées à Mars-finyalins ( g.|);
on y sacrifiait trois animaux , comme dans les Sitovetauri'ia des Ro
mains (iSrw, Ovis , TauPtti ). *
§ 97. — Cortège de Mars.
Mars avait un cortège composé de la Pâleur , de la Ter
reur , de la Peur , du Tumulte, de la Crainte, de la Fuite,
de l'Effroi et de Bellone.
Les Romains avaient fait un dieu de la Pâleur- 1 Pallor.
Tullus Hostilius , roi de Rome , voyant ses troupes sur le
point de fuir, promit à la Pâleur un temple, qu'il bâtit
hors de la ville. Ce temple était desservi par des prêtres
Saiiens , appelés Palloriens , qui sacrifiaient un chien et
une brebis. '
La Terreur s'appelait Terror chez les Latins , Deimos ,
chez les Grecs.
98 cours .
La Peur , Pavor, était supposée fille de Mars et de "Vé
nus. Elle avait un temple à Sparte , près du palais des
Ephores. Thésée lui sacrifia , pour qu'elle ne saisît pas ses
troupes. Alexaud* suivit cet exemple avant la bataille
d'Arbèles. Rome l'honorait conjointement avec la Pâleur,
depuis le vœu deTullus Hostilius. Les médailles anciennes
représentent la Peur avec des cheveux hérissés , un visage
,etonné , la bouche ouverte, et un regard qui marque Yé»
! pouvante , effet d'un péril imprévu. Homère la met sur
l'égide de Minerve et sur le bouclier d'Agamemnon. La
Peur avait , comme la Pâleur, des prêtres, appelés Pavo-
riens. ' '
Le Tumulte , Tumidtus, ouplutôt la Consternation , était
nussi regardée comme enfant de Mars.
La Crainte , Timor , était , selon Hésiode , fille de Mars
et de Vénus ; fille de la Nuit , selon Cicéron.
L'Effroi , Formido , passait aussi pour fils de Mars."
La Fuite, Fuga, paraissait sur le bouclier d'Agamem
non , à côté de la Gorgone.
Galerie de Versailles, la Terreur en femme ailée, coiffée d'un
mufle de lion, et sonnant de la trompette.
§ .98. — Bellone. — De son culte. — Des Bellonaires.
Bellone, sœur ou plutôt femme de Mars, était la déesse
de la guerre. Les Romains l'appelaient d'abord Duellona,
les Grecs Enyo. Les poètes la confondent souvent avec
Minerve ou Pallas.
C'est Bellone qui préparait le char de Mars , lorsqu'il
allait à la guerre. Elle se montrait dans les combats,
comme dans ses images , les cheveux épars , tenant une tor
che d'une main, et de l'autre un fouet, dont elle animait
les combattans.
Quelquefois, comme Pallas, elle est armée de pied en cap,
portant une lance d'une main , et de l'autre un bouclier.
Bellone avait à Rome , près de la porte Carmen taie, un
temple dans lequel le sénat donnait audience aux ambas
sadeurs ainsi qu'aux généraux. A la porte du temple,
était une petite colonne appelée Guerrière, contre la-
uelle le héraut lançait une pique toutes les fois que l'on
éclarait la guerre. York avait un temple de Bellone.
C'est sm'tout à Comane, en Cappadoce, que Bellone
recevait le plus d'hommages. Son temple était magnifique,
et ses rites exécutés par une multitude de prêtres, sous
l'autorité d'un pontife à vie, choisi dans la famille royale,
DE MTTHOLOGIK. Q()
et qui ne cédait la préséance qu'au roi. Plus de six mille
personnes étaient employées au service de ce temple.
Les prêtres de Bellone s'appelaient Bellonaires. Ils re
cevaient leur sacerdoce, et célébraient les fêtes de cette
déesse, en se faisant , tantôt à la cuisse , tantôt au bras, des
incisions dont ils offraient le sang en sacrifice. Par la suite ,
ces blessures ne furent plus que simulées. Les Bellonaires ,
dans leur féroce enthousiasme , prédisaient la prise des
villes ou la fuite des ennemis; et de là vient qu'ils étaient
plus considérés que les rois eux-mêmes.
Ce fut, dit-on, Oreste et sa soeur Iphigénie qui, de
la Scythie, portèrent en Grèce ce culte , dont les cérémo
nies sont empruntées à celui de Diane Taurique (i/fo).
Salon de la Guerre , à Versailles : Bellone en fureur, accompagnée
de la Discorde.
§ 99.— Distinction du Soleilet d'Apollon. — Nombre
des Soleil. — Culte du Soleil. — Colosse de Rhodes.
Quoique les Grecs et les Romains confondent ordinaire
ment le Soleil avec Apollon , les anciens poètes , les mar
bres , les médailles et tous les monumens , distinguent ces
deux divinités l'une de l'autve. Tout nous fait une loi de
suivre cet exemple. *
En effet, le Soleil, premier objet de l'idolâtrie, n'est
autre chose que le Bal ou Baal des Chaldéens, le Moloch
des Chananéens , le Belphégor des Moabites , YAdonis
des Phéniciens ou des Arabes , le Baal-Semen ou Semcl
des Phéniciens , le Mithras des Perses , le Dionysius des
Indiens, le Saturne des Carthaginois, l' Abellion des Gau
les, Y Abélios de Crète, et YOsiris des Egyptiens. Ce der
nier est le Soleil des Grecs et des Romains; Horus, son
fils, en est l'Apollon (6, 11).
Tons les dieux d'Egypte n'étaient que des symboles
d'Osiris ou du Soleil, toutes les déesses d'Isis ou de la
Lune (6, 8); mais les peuples où le culte de ces divinités
multiples fut importé, finirent par assembler sur une seule
les attributs de toutes les autres. C'est ainsi qu'Apollon
et Diane portèrent trois noms différens(i t5, i 33).
Les philosophes et les physiciens ont encore augmenté
cette confusion. S'ils prenaient Jupiter pour l'Ether, Ju-
non pour l'Air, ils ont pris Apollonpour le Soleil , et Diane
pour la Lune , opposant une chose réelle à chaque déité.
Quoi qu'il en soit , il est constant que le Soleil fut adoré
100 -COURS
sous son propre nom. Lucien et "Virgile l'appellent Titan. Ci-
céron en compte cinq: l'un , filsdeJupiter; l'autre, d'Hypé-
rion ; le troisième , deVulcain-Opas ; le quatrième avait pour
mère Àcantho; le cinquième était père d'iEétès et de Circé.
Les Grecs adoraietit le Soleil, et juraient au nom de cet
astre une fidélité constante à leurs engagemens. Les Rho-
dieus , surtout , lui rendaient un culte pompeux et solennel.
Ils élevèrent cette énorme statue connue sous le nom de
Colosse de Rhodes , et l'une des sept merveilles du monde.
Haute de 17 toises, elle était toute d'airain; ses pieds
étaient posés sur les deux môles qui formaient l'entrée du
port , et leur distance était telle , que les navires passaient
à pleines voiles entre ses jambes. Il fut renversé par un
tremblement de terre. Les Sarrasins s'étant rendus maîtres
de cette île, vers le milieu du vne siècle, vendirent le
colosse renversé à un juif, qui le fit mettre en pièces, et
chargea 900 chameaux de l'airain dont il était fabriqué.
Peu de gens pouvaient embrasser sou pouce ; ses au
tres doigts étaient de la grosseur des statues ordinaires.
L'artiste avait pratiqué dans l'intérieur des escaliers qui
conduisaient au sommet du monument, d'où l'on décou
vrait les côtes Syriennes et les vaisseaux qui naviguaient
dans les mers de Syrie.
§ 1 00. — Suite du culte du Soleil. — Ses attributs.
— Ses chevaux. — J)u Zodiaque.
Les Syriens rendaient également au Soleil les plus
grands honneurs. L'empereur Héliogabale, autrefois pon
tife de ce dieu dans la Syrie , lui fit bâtir à Rome un tem
ple magnifique (i5 bis). Les Massagètes , selon Hérodote, et
les anciens Germains , selon Jules César , adoraient nom
mément le Soleil, et lui sacrifiaient des chevaux, dont la
légèreté marque la rapidité de cet astre.
Chez les Égyptiens, le Soleil était l'image de la divinité.
Ils y joignaient plusieurs attributs pour désigner différen
tes perfections de la providence. Ainsi, pour faire enten
dre qu'elle fournit aux hommes, ainsi qu'aux animaux, 1
une nourriture abondante , on accompagnait le cercle
svmbolique du Soleil des plantes les plus. fécondes.
* Les habitans d'Héliopolis, ou ville du Soleil, avaient
défendu de le représenter, pareequ'il est assez visible, et
c'est peut-être pour la même raison que les Lmésicns lui
donnaient la figure d'une montagne.
DE MYTHOLOGIE. 101
Chez d'autres peuples, le Soleil avait ses images, ses
représentations. On le désignait quelquefois par un œil ,
quelquefois par un jeune homme aux cheveux blonds,
armé d'un sceptre ou d'un fouet.
En effet , ou donne au Soleil un char traîné par quatre
chevaux , Eoiis , Pyroïs , JEthon et Phlégon , noms qui signi-
fientY Oriental , le Lumineux- , le Brûlant et XEmbrasé. On
les nomme encore Erythrée, Acléon, Lampos et Philosée.
Le Soleil préside aux douze signes du Zodiaque, dont
chacun répond à un mois de l'année , de sorte qu'il les
parcourt tous dans cet espace de temps : ce qui les a fait
appeler les douze maisons du Soleil.
A ces douze signes sont placées douze constellations, le
Bélier, le Taureau , les Gémeaux ,c^û répondent aux mois
du printemps, mars, avril, mai; le Cancer, le Lion, Fa
7 ierge, aux mois d'été, juin, juillet, aoùtj la Balance, le
Scorpion , le Sagittaire , aux mois d'automne , septembre ,
octobre, novembre; et le Capricorne , le Verseau, les
Poissons aux mois d'hiver, décembre, janvier, février.
Au milieu du Zodiaque, on plaçait ordinairement le
dieu-Pan, mot qui signifie le tout; ce qui semble annoncer
qu'il était originairement considéré comme le symbole de
l'univers entier (i3).
Musée du Capitule , buste du Soleil, dit l'Alexandre du Capitule.
— Soleil accompagné par des Heures, précédé par Lucifer et con
duisant son char attelé de quatre chevaux , de Guido Reni. — Salle
d'Apollon , à Versailles. — Chevaux du Soleil abreuvés par des Tri
tons , à Versailles.
§ 100 bis. — Des signes du Zodiaque, ou des
Constellations.
Le premier signe est , selon les uns, le Uélier à toison d'or, sur
lequel Phryxus et Hellé s'échappèrent de la eour d'Athamas ( V.
histoire des Argonautes): selon les autres, c'est le (îélier qui décou
vrit a Bacchus une source dans les déserts de la Libye (3i). Du re
connaissance de ce bienfait, le dieu le plaça parmi les astres.
Le deuxième signe est, selon les uns, le Taureau, dont Jupiter
prit la forme pour enlever Europe (36); selon d'autres, c'est la Cé-
nisse en laquelle Io l'ut changée par Junon (60,232).
Le troisième signe représente Castor et Pollux (36).
Le quatrième signe est le Cancer, que Junon envoya contre Her
cule lorsqu'il combattit l'Hydre de Lerne (36).
Le cinquième signe est le Lion de Némée.
Le sixième signe est, selon les uns Thémis (48); selon les autres,
A8tréc(4<)); selon d'autres encore, Érigone (i/i)- '
Le septième signe est la Balance d'Astrée, qui retourna dans les
cieux au siècle de fer. Virgile, pour louer l'équité d'Auguste, lui
promet pour sa résidence céleste le signe de la Balance. 1
102 COURS
Le huitième signe est le scorpion qui, par ordre de Diane, piqua le
talon d'Orion (i 34) . Les poètes l'appellent Formidolosus, pareequ'il
était, dit-on , funeste de naître sous son influence. On le représente
avec des bras immenses (lirachia ou Chelœ) , qu'il étend en forme
d'arc dans la plus grande partie du ciel. Ce signe occupait d'abord
la place de deux signes du Zodiaque ; ce qui le fit appeler Major ;
mais plus tard , il céda la moitié de cet espace à la Balance.
Le neuvième signe est, selon les uns, Chiron le Centaure (25, n3);
selon les autres, Crocus, fils d'Eupliémé (ia5). Ce dernier demeu
rait sur le Parnasse ; la chasse était son unique occupation , et ce fut
à la prière des Muses qu'après sa mort il fui placé parmi les astres.
Quoi qu'il en soit, le Sagittaire était représenté moitié homme et
moitié cheval , tenant un arc et tirant une flèche ; emblème de la
chasse ou du froid et des vents qui régnent au mois de novembre.
Le dixièmesigne est la chèvre Amalthée (3a), nourrice de Jupiter;
selon d'autres , c'est Pan qui se changea en chèvre dans la guerre
des Géans (35),
Le onzième signe est , dit-on, Ganymède (3j). On le nomme en
core Aqaarhts, parecqu'a cette époque il tombe beaucoup d'eau.
Le douzième signe représente les Poissons qui portèrent au-delà
del'Euphrate,sur leur dos, Vénus et l'Amour, fuyant la persécution
du géant Typhée. Ovide leur donne pour père un poisson qui avait
procuré de l'eau à Isis un jour qu'elle était extrêmement altérée.
D'autres y trouvent les dauphins qui menèrent Amphitrite à Nep
tune (218).
Cette constellation était principalement adorée par les Lyciens et
les Syriens. Ceux-ri même s'abstenaient de manger du poisson ,
pareequ'ils croyaient que Vénus en avait pris autrefois la forme (35).
On peut rapprocher de celte superstition les jeux Piscatoriens (78)
et le culte de Dercéto (i5 bis).
Zodiaque égyptien , de Dendera (Tentyra) , à Paris. — Zodiaque
de Jordaens , en douze tableaux, au plafond du Luxembourg.
§ 101. — Des enfans du Soleil.
Le Soleil eut :
Circé, Ectès, Perses et Pasiphaè, de Pcrsa, Prrséis 01 Perse, fille
de l'Océan (2 18). Circé, fameuse magicienne, eut d'Ulysse , outre
Cassiphone, un fils nommé Tclégone, selon les uns, Agrlus ou Latinus
selon les autres; Eelès fut père de Mèdèc, à'Absyrlc et de Chalciope,
qu'il eut de l'Occanide ldyia.
Aélis , qui p: ssa de Grèce en Egypte , et y fonda Héliopolis.
Aloius , ou Âloiis, de la Terre ou de Canacé.
Augias, de Naupidame. On lui donne aussi Phorbas pour père
(V.Cereaphut
Hercule)., Elcctryone, et Ochimus, de la nymphe Rhodès , fille
de Neptune ( 222 ).
Dircc, de Clvtie(ai8).
Les Héliades, Lampétie, Phaétuse et Phébé, delà déesse Nééra. On
les nomme encore Myrope , Hélie , Églè , Phasbc , Elérie , Dioxippe ,
Egialèt.
Phaèton, de Clymènc (218).(68). D'antres les disent fils delà Mer. IU
Les Te/chines, de Minerve
habitèrent quelque temps l'île de Rhodes , séjour du Soleil , qui prit
-«4
■« »
i

DE MTTHOLOGIE. ÎOÔ
de là le nom de Telchine*. C'étaient des magiciens qui charmaient
J>ar leurs simples regards, qui pouvaient prendre à leur gré toutes
es formes', et faire pleuvoir, grêler , neiger, etc. Aussi les Grecs les
nommaient-ils destructeurs. Vénus , outragée par eu* , leur inspira
une telle frénésie, que, lassé de leurs crimes, Jupiter les ensevelit
sous les Mots et les changea en rochers.
On vantait l'habileté des Telchînes dans la métallurgie ; c'étaient
eux, disait-on , qui fabriquèrent la faux de Saturne et le trident de
Neptune. On leur attribuait l'art de travailler le fer et l'airain , in
ventions industrieuses qui les ont fait regarder comme fils de Mi
nerve (83).
Thersanon, de Leucothoé (218).
§ 102. — Des noms et des surnoms du Soleil.
Le Soleil s'appelait chez les Grecs Hélios, et de là vient qu'on l'a
confondu souvent avec des personnages nommés Etios ou Elius.
Surnoms tirés des qualités :
Argyroloxos , pareeque les rayons du soleil semblent décrire une
espèce d'arc d'argent au-dessus de sa tête.
Chryseocyctos , au cercle d'or. _ «
Damnaméneus , pareequ'il dompte tout. ^
Eleetor, pareeque l'ambre brille comme le Soleil.
Etilcen , pareeque le Soleil était cru tourner autour de II Terre.
Hecaios , qui lance ses rayons au loin.
Hypérion , pareeque la clarté du Soleil surpasse celle de tous les
autres astres ( 20).
Phones ou Phanètas , à cause de son éclat.
Thargetios , pareequ'il échauffe la terre.
Titan, soit pareequ'on l'a cru fils d'Hypérion , l'un des Titans ,
soit pareequ'on l'a pris pour Hypérion lui-même (20).
§ io3. — De l'Aurore. — Ses enfans. — Aventure
de Tithon et de Céphale.
L'Aurore (20) que quelques uns disent fille de Titan,
ou du Soleil et de la Terre , ouvrait les portes du jour , et
lorsqu'elle avait attelé Jes chevaux au char du Soleil , elle
le précédait sur le sien. Ou lui donne, aussi pour père
Pallas.
Elle épousa, dit-on , Astraeus, qui la rendit mère des
Vents , des Astres, de Lucifer (ao) , etc. Zéphyre passe
aussi pour l'un de ses enfans. Amoureuse du jeune Tithon,
fils de Laomédoii (26) , elle l'enleva dans son char , et le
rendit père de Memnon , roi des Ethiopiens , et à!Enta-
ihion , roi de Macédoine.
A la prière de l'Aurore , Tithon obtint de Jupiter l'im
mortalité ; mais il oublia de demander à la fois l'éternelle
jeunesse des dieux , et devint bientôt si caduc , qu'il fallut
ï'emmaillotter comme un enfant. Ne pouvant plus sup
I«4 ... COURS ' ,,, ■
orter le fardeau d'une vie misérable , il pria l'Aurore de
en délivrer. La déesse ne put que le métamorphoser ea
cigale. Cette Fable est fondée sur l'amour de Tithon pour
la chasse ; tous les matins , il devançait le soleil pour aller
tendre ses toiîes , et comme il quitta la Phrygie pour se
rendre dans la Susiane , pays oriental par rapport au
premier, on publia que l'Aurore l'avait enlevé. Cette fable
nous avertit encore que , comme l'a dit un poète , . 4
De même que le temps le bonheur a des ailes.
L'Aurore brûla du même amour pour Céphale qu'elle
rendit père de Phaéton , selon quelques auteurs.
Céphale , fils de Dionée (5^), avait épousé Procris, fille
d'Erechthée (80). Loin d'écouter l'amour de la déesse , il
ne respirait que pour sa femme. La jalouse Aurore , ou
Diane, fit présent à Procris d'un chien toujours sûr de sa
proie , et d'un dard qui non seulement ne manquait jamais
son but , mais encore revenait se placer de lui-même
• dflns la main d'où il était parti. Céphale , passionné pour
la chasse, parcourait les bois avec le dard et le chien, qu'il
avait à son tour reçus de son épouse , et , quand il était
las , il venait se reposer à l'ombre , en appelant l'haleine
rafraîchissante du Zéphyre. Ces paroles furent rapportées-à
Procris , qui , les prenant pour le nom d'une rivale, suivit
secrètement ce prince pour l'y surprendre. Céphale pro
nonça les paroles accoutumées. A ces mots , Procris , pour
mieux voir son époux , fit quelque mouvement dans le
feuillage. Céphale, croyant entendre quelque bête fauve
cachée derrière les buissons, lança le trait fatal et lui perça
le cœur. < , .*
L'Aurore et Céphale, çroppe, à Versailles. — Céphale enlevé par
l'Aurore, de Delorme, Luxembourg, n°37.— L'Aurore, de Grériu ,
cabinet particulier.
§ 104. — Attributs de l'Aurore. — De ses surnoms.
Les poètes représentent l'Aurore vêtue d'une robe de
safran, sortant d'un palais de vermeil et portée surun char
de même métal ; elle est couverte d'un voile qui retombe
en arrière , pour marquer que l'obscurité commence à
se dissiper. Son char est traîné par quatre chevaux blancs.
Elle ouvre les portes de l'Orient avec ses doigts de rose, ré-
pand la rosée sur la terre, et fait croître les fleurs. Le Som
meil et la Nuit-fuient devant elle, et les étoiles disparaissent *
à son approche. Elle estTavant-courrière du Soleil.
Quelquefois elle a Pégase (a3i) pour monture, parce-
DE MYTHOLOGIJÏ. 1 o5
qu'elle
uu est aiixiu
Clic C9L amie uca
des pn;icat
poètes. v/n
On lin
lui voit aussi uia
*un uu»i des uailes , et
de ses yeux tombentrbe des ' larmes en perle» liquides.
L'Aurore, qui s'appelait Eos "chez les Grecs, était surnrjhimée :
Angètèia , parccqu'clle annonce i arrivés du Soleil.
Croceopcplos , pareeque son voile avait la couleur du safian.
Lampos , à cause de son éclat.
Monopolos , pareeque les poètes ne loi donnaient qu'un cheval.
Bosea dea. V. Rhododactylos.
Paltanlias, pareequ'en lui donne Pallas pour pire (io3).
Iihododaciylos , aux doigts dérobe. — Tithonia conjuoe ( io3).
Aurore , de Guido Reni , au palais de Rospigliosi; — de Lebrun , a
Sceaux. — Aurore qui chasse la Nuit , de Gutrchin . à la viM.i Lu- '
Jovisi.— Le«erde l'Aurore, de Callet , au plafond du Luxembourg.
^ io5. — Phaéton. — Son aventure.
Phaéton , auquel Hésiode donne l'Aurore pour mërc ,
passe généralement pour fils du Soleil e| de l'océanide
Clymène (101). Il était si beau que Vénus eu fut éprise, et
lui confia le soin de ses temples. Dès lors Phaéton , orgueil
leux de cette distinction flatteuse , se vanta partout d'être
fils Ju Soleil. Epaphus (36) lui soutint le contraire; Phaé
ton alla s'en plaindre à sa mère , qui l'envoya vers le Soleil
pour en apprendre la vérité de sa naissance. Phaéton fit à
son père une demande qui devait prouver incontestable
ment son origine céleste , c'était de conduire le char du So
leil pendant un jour seulement. Le Soleil avait juré par le
Styx de ne rien lui refuser; ce serment était irrévocable.
Phaéton prit donc les rênes du char. Les chevaux, ne re
connaissant plus la main de leur maître , se détournèrent de
leur route ordinaire; tantôt s'élevant trop haut, ils fail
lirent embraser le ciel; tantôt descendant trop bas, ils des
séchèrent les rivières et brûlèrent les montagnes. Ce fut
alors que les Ethiopiens prirent ce teint noir qu'ils con
servent encore, et que l'Afrique perdit sa verdure. La

plies du fleuve trouvèrent son corps, et lui rendirent les


honneurs funèbres. Ses sœurs (101) le pleurèrent si vi
vement, que les dieux les changèrent en peupliers , et leurs
larmes en ambre. Cycnus, son ami, non moins sensible que
les Héliades à cette perte, devint cygne. . .
Les auteurs expliquent différemment cette catastrophe
célèbre. Il exista réellement un Phaéton qui régna sur les
Molosses, après le déluge, et qui se noya dans l'Ëridan-
5*
1 oT) COURS
Habile astronome , il avait prédit la grande chaleur <fui
désola son royaume. Selon Lucien , Phaéton s'appliquait
surtout à connaître le cours du soleil; mais, étant mort
fort jeune, il avait laissé ses observations imparfaites, ce
qui.fit dire aux poètes qu'il n'avait pu conduire le char du
Soleil jusqu'à la fin de sa carrière. Aristote croit, sur la
foi de quelques anciens , que , du temps de Phaéton , il
tomba du ciel des flammes qui consumèrent plusieurs
pays. Peut-être faut-il y voir le miracle de Josué , le pro
dige d'Ezéchias, ou l'embrasement des villes criminelles
de Ja Pentapole. On y trouve également une fable égvp-
tienne, et l'on a confondu le deuil du Soleil pftur la perte
de son fils, avec celui des Egyptiens pour la mort d'Osiris.
Ceux qui regardent les fables comme la morale des an
ciens , n'ont vu dans celle-ci que l'emblème d'un témér
raire qui présume trop de ses Forces.
§ ioG. — De Mithras. — Ses attributs. — Des
Mithriaques. — Prêtres de Mithras.
Les Grecs adoptaient les dieux des vainqueurs, les Romains ceux
des vaincus. Ainsi Mithras, divinité des Perses, fut connu de
l'Italie l'an de Rome 687, du temps dé la guerre des pirates,. et son
culte y devint très célèbre. On le confondit avec le SoleU>
Mithras était né, suivant les Perses, d'une pierre; ce qui marque
que le fen jaillit de la pierre, quand on la frappe.
Aucune -image persane de te dieu n'est parvenue jusqu'à nous.
Les monumens romains le représentent comme un jeune homme
orné d'un bonnet phrygien, d'une tunique, et d'un manteau qui
descend en voltigeant de llépaule gauche. Il tient le genou sur un
taureau atlerré, et pendant qu'il lui prend le mufle de la main
gauche , il lui plonge de la droite un poignard dnns le cou : symbole
de la force du Soleil lorsqu'il entre dans le signe du Taureau. 11 est
ordinairement accompagné de différens animaux, qui paraissent
a.voir rapport aux autres t-ignes du Zodiaque^. Il n'est donc point
douteux que Mithras ne lût un emblème du Soleil; ce qui, d'ail
leurs, est confirmé par celle inscription : Au dieu Soleil, a l'invin
cible Milliras. . '
Les Romains, aprè& avoir adopté le culte de Mithras, en célé
brèrent avec solennité le- fêté», appelées Mithriaquto. La principale
était nu a5 décembre, jour de la naissance de Mithras, et daus le
quel , outre les mystères, on donnait aussi les jeux du cirqne , coo
pères à ce dieu. A l'exemple des Perses , qui n'avaient point de
temple , et qui célébraient les fêles de Mithras dans des antres, les
Romain j pratiquaient ce culte dans des grottes arrosées de fontaines
et tapissées de verdure.
On n'était admis à ces mystères qu'après beaucoup d'épreuves;
on immolait ensuite des victimes humaines, contume barbare^ut,
fut abolie par Adrien et rétablie par Commode. Après ces affreux
sacrifices, on montrait aux initiés Mithras sous la figure d'un jeune
■ * DE MYTHOLOGIE. • I07
homme, et les hiérophantes leur expliquaient les symboles du culte
de ce dieu. Ces symboles avaient, dit-on, rauporf au passage de
l'homme dans les différentes planètes avant d arriver au Soleil, sa
dernière demeure.
Le souverain prêtre de Mithras jouissait d'une grande considéra
tion. Il avait sous lui des ministres des deux sexes, dont les premiers
s'appelaient Paires , él les autres Maires sacrorum. Ce culte fit de
grands progrès et , dé Rome , s'étendit dans l'Italie, dans l'Egypte,
en Crète, et jusqu'en Norique, en Dacie. *
Musée du Vatican, buste d'un Mithriaque.
g 107. — Nombre des Apollon. — Naissance d'A
pollon. — Naissance et mort du serpent Python.
Cicéron compte quatre* Apollon : le premier, fils de
Vulcain, le dieu' tutélaire d'Athènes; le second , fils de
Corybas, naquit en Crète, et disputa cette île à Jupiter ;
le troisième, originaire d'Arcadie, se nommait Nomion,
pareequ'il donna, des lois à cette contrée ; le quatrième
enfin, fils de Japiteret de Latone (20), vint, des régions
hyperborées , s'établir à Delphes. L '
Le premier, qui n'est autre chose qu'Horus, fils d'Q-
siris (i 1), est le plus ancien de tous; il paraît même qu'il
est le seul, et que son culte, apporté dans la Grèce par
Orphée, ne s'étant répandu qu'à différentes époques dans
diverses contrées , l'imagination ou l'ignorance a distingué
plusieurs dieux du môme nom, qu'on a confondu dans la
suite avec le fils de Latone.
Apollon, dieu du jour, de la poésie, de la musique, de
l'éloquence, dé la médecine, des augures , des lettres et des
arts, habile à conduire lès chars, à manier l'arc, à lancer
les flèches , enfin , le plus beau des dieux , comme le Soleil
est le plus beau des astres, naquit de Jupiter et de Latone.
Junon, jalouse de Latone, que Jupiter lui préférait, fit
naître contre elle le serpent Pvthon du limon laissé sur la
terre par les eaux du déluge. Ce monstre, dont le corps
couvrait plusieurs arpens de terre, avait cent têtes; ses
cent bouches vomissaient des flammes et poussaient des
hurlemens horribles qui effrayaient les hommes et les dieux.
Junon, peu contente de l'avoir suscité contre sa rivale,
obtint de la Terre qu'elle ne lui donnerait aucun asile.
Latone, poursuivie sans repos, se réfugia dans l'île flot
tante de Délos , que Neptune rendit stable en sa faveur. Ce
fut là qu'elle mit aumonde Apollon et Diane , qui valurent
à leur mère le nom de Gemellipara.
Apollon , peu de temps après sa naissance , perça Python
COUBS
de ses traits , et pour perpétuer le souvenir de sa victoire ,
il institua des jeux appelés Pythiens.
Groupe de Lapone, d'Apollon et de Diane, à Versailles. —Apollon-
Pythù'ii , dit l'Apollon du Belvédère. — Apollon" se reposant après
sa victoire, aux Tuileries.
§ 108. — Explications de la fable de Python. —
Mort d'Esculape. — Apollon chassé du ciel.
On explique cette fable de différentes manière».
Les uns disent que Python gardait l'antre où se ren
daient les oracles de Thémis et qu'Apollon le perça de ses
flèches.
Les autres prétendent que Python était un scélérat
nommé Draco, mot qui veut dire serpent, dont Apollon
délivra le monde.
D'autres enfin y trouvent une image des obstacles qu'é
prouva l'introduction de son culte à Delphes, qui s'appe
lait primitivement Pytho.
La mythologie d'Egypte nous fournit la seule explication
raisonnable. Python n'est autre chose que Typhon , em
blème des exhalaisons pestilentielles causées par le Nil ; il
avait aussi cent tètes; sa bouche lançait aussi des flammes.
Il avait des jambes de serpent , et , comme Python , il fut
vaincu par Orus , l'Apollon des Egyptiens.
Quelques années après , la glorieuse carrière d'Apollon
fut interrompue par un funeste accident. Esculape , son
fils, venait de ressusciter, par les meryeilles de sou art,
Hippolyte, fils de Thésée. Jupiter, indigné qu'un mortel
usurpât ses droits , foudrova le médecin trop habile.
Apollon ne pouvant se venger sur Jupiter lui-même , tua
les Cyclopes , qui forgeaient la foudre.
Le maître des dieux, irrjté de cette audace, le bannit
du ciel. Apollon , réduit à la condition de simple mortel , se
réfugia chez Admète , roi de Thessalie, qui lui confia la
partie de son royaume située sur les bords du fleuve Am-
phryse ; et , comme dans ces temps reculés les rois s'appe
laient les pasteurs des peuples, la fable le peignit comme
le gardien des troupeaux d'Admète ; ce qui le fit depuis
adorer comme le dieu des bergers. Apollon, reconnaissant
des bienfaits de ce prince , lui fit obtenir la main d'Alceste ,
fille de Pélias, et les Parques mêmes, à sa prière, prolon
gèrent les jours du monarque hospitalier. Ce fut pendant
ce séjour qu'il invënta:1a lyre, pour charmer l'ennui de
sou exil.
DE MYTHOLOGIE. 1 Og
Apollon chassé de l'Olympe, de l'Albane, n° 771; — gardant les
troupeaux d'Admète , de Valiu; — enseignant la musique aux ber
gers, d8 Turpin de Crissé.
Ici se place dans la vie d'Apollon une suite d'aventures
célèbres dans la fable, qu'il est utile de connaître. Mais,
avant d'aller plus loin , il est nécessaire de dire quelque
chose des flèches de ce dieu.
§ ] 08 bis. — Des flèches d'Apollon et de Diane. —
Aventure des enfans de Niobê. — Explication de
cette fable.
Rien n'était plus redoutable que ces flèches j elles re
présentaient les rayons du Soleil. Selon l'opinion commune,
elles avaient, tant de pouvoir, qu'on leur attribuait toutes
les morts violentes. Tel était aussi le sentiment d'Homère,
à l'exception"-que le trépas dès femmes lui paraissait une
vengeance de Diane ou de la Lune, et celui des hommes
une vengeance d'Apollon ou du Soleil. Tant il est vrai que
ces deux astres, paraissent partout faire le fond de la my
thologie.
Ainsi , Pythpn tué par les traits d'Apollon , figure le des
sèchement de la Terre , dont la chaleur solaire dissipa les
exhalaisons pestilentielles.
Ainsi, le dieu , pour se venger des Grecs qui retenaient
captive la fille de son prêtre, lança ses flèches contre eux,
c'est-à-dire que la peste survint dans leur camp.
Ainsi périrent les enfans de Niobé, sous les coups d'A-
pollôn et de Diane.
Niobé, fille deTantâle (2^3), avait eu d'Amphion , fils de
Jasius, quatorze enfans. Fiere de cette nombreuse famille,
elle osa se préférer à Latone , qui n'avait que deux enfans ,
tourna son culte en ridicule , et se vanta d'être plus digne
de l'adoration des mortels que la mère d'Apollon et de
Diane. Latone, irritée, supplia ses enfans de punir Niobé.
Aussitôt Apollon perça de ses flèches les fils de cette prin
cesse , et Diane fit périr ses filles , à l'exception de Chloris ,
épouse de Pélée, roi de Pylos (111).
Sous le règne d'Amphion , uue peste cruelle ravagea
les environs de Thèbes , à la suite d une chaleur extrême
que la nuit même ne pouvait tempérer. Tous les enfans
de Niobé périrent, restèrent , selon les poètes, neuf jours
sans sépulture , pareeque Jupiter changeait en pierres
tous ceux qui voulaient les enterrer , et furent ensevelis,
après ce ternie, par les dieux eux-mêmes. Selon l'histoire,
110 ». , COtBS
les Thébains, éffrayés pour eux-mêmes , furent insensibles
aux malheurs de la reine; ce qui fit dire qu'ils avaient été
changés en pierres. Cependant, quelques hommes plus
courageux donnèrent la sépulture a ses enfans , et , pour
flatterie désespoir de l'infortunée mère, on publia que les
dieux leur avaient rendu les derniers devoirs. Amphion
mourut presque aussitôt de chagrin ou de la peste. îïiobé,
ne pouvant plus supporter le séjour de Thèbes , retourna
dans la Lydie, pays de son père, et finit ses jours sur le
mont Sipyle. Sa douleur muette, immobile, ineffaçable,
fit dire qu'elle avait été changée en rocher.
Ainsi , pour peindre Apollon irrité, les poètes le repré
sentent armé de ses flèches; son courroux était-il apaisé,
c'est une lyre qu'ils mettaient dans sa main.
Bas-relief du Musée , a" 670 , Apollon et Diane tuant les enfans de
Niobe. — Galerie de Florence, Groupe de Niobé etde sa famille. *
§ 109. — Fable sur l'exil d'Apollon. — Aventures
de Daphné et d'Hyacinthe.
Pendant qu'Apollon gardait encore les troupeaux d'Ad-
mète, Mercure l'ayant aperçu dans cette nouvelle condi
tion, lui déroba furtivement une vache. Apollon, pour
punir ce larcin, eut recours à ses armes; Mercure avait de
même enlevé son arc et ses flèches; image de l'hiver et
de l'exil , où le soleil semble sans force et sans agrément.
La première mortelle aimée par Apollon exilé, ce fut
Daphné, fille du fleuve Pénée. La nymphe prit la fuite
pour se soustraire aux importunités du dieu; mais, trahie
par sa course trop faible , elle allait tomber au pouvoir
d'Apollon , lorsqu'elle implora le secours des dieux , qui la
métamorphosèrent en laurier; fable fondée sur une équi
voque de la langue grecque, dans laquelle laurier s ex
prime par Daphné. Apollon voulut que cet arbre lui fût
consacré désormais , et devînt la récompense des vainqueurs
aux jeux Pythiens. C'est depuis ce temps que, pendant les
maladies contagieuses, on plaçait des branches de laurier
devant sa maison, dans l'espoir qu'Apollon serait arrêté
par la vue d'une plante chérie.
Apollon et Daphné, am Tuileries. — Même groupe, de Bernin.
Hyacinthe , fils d' Amyclas et de Diomède (20) , était aimé
d'Apollon et de Zéphyre. Le jeune homme choisit le pre
mier pour ami ; le second résolut de punir la préférence
DE MYTHOLOGIE.. 111
qa'il accordait à son rival. Un jour qu'Apollon jouait au
disque avec son favori , Zéphyre poussa le palet du dieu
sur la tète d'Hyacinthe^ qui fut tué. Apollon, affligé de sa
mort, changea son sang en une fleur de son nom, et
plaça son corps parmi les astres. Cette fleur porte, dit-on ,
les deux lettres a et i, lettres qui commencent aussi le nom
d'Ajax , et de là vient qu'on les appelle :
Flores inscripti Domina reguni. . ,
Lacédémone célébrait, auprès du tombeau d'Hyacinthe,
des fêtes annuelles qui duraient trois jours. Les deux pre
miers étaient consacres à pleurer la mort du favori d'A
pollon ; on mangeait sans couronne sur la tète, et l'on ne
chantait aucun hymne après le repas; mais le troisième,
on s'abandonnait à la joie des festins et des jeux; on offrait
des sacrifices au dieu , et chacun s'empressait de bien trai
ter sa famille et ses domestiques.
Hyacinthe, de Bosio, Luxembourg , n° 118.
§ lié. — Apollon à Troie. — Laomédon. —
• x - , Aventure de Midas.
Lesparens d'Hyacinthe poursuivirent le meurtrier invo
lontaire de leur fils. Apollon s'enfuit à Troie; c'est là
qu'il rencontra Neptune, chassé comme lui du ciel, en pu
nition de la part qu'il avait prise au complot des dieux(6o).
A l'aide dè ces deux divinités, Laomédon entoura sa ville
de fortes murailles, mais il leur refusa le salaire convenu.
Apollon et Neptune se vengèrent de l'ingrate perfidie
de ce prince, l'un par une bêle féroce, emblème de la
peste, l'autre par un monstre marin, image de l'inonda
tion. L'oracle, consulté sur les moyens d'apaiser le cour
roux des dieux, répondit que, tous les ans, uue jeune
fille troyenne devait être exposée sur les rochers pour
servir de pâture aux habitans de la mer. Le premier sort
tomba sur Hésione, fille du parjure Laomédon ( V. Her
cule).
C'est à ces mêmes temps qu'il faut rapporter l'aventure
de Midas et de Marsyas.
■ Midas (a6) régna dans cette partie delà grande Phrygie
qu'arrose le Pactole. Sous son règne, Pan, habile joueur
de flûte, préféra cet instrument à la lyre d'Apollon, et
poussa la vanité jusqu'à lui faire un défi. Le Tmolus, pris
pour arbitre, donna la palme au lyriste; Midas, ami de
Pan, taxa ce jugement d'injustice. Apollon, pour le punir
112 COBBS
de sa stupidité , lui donna des oreilles d'âne. Midas em-
Eloya tous ses soins à cacher cette difformité ; mais son
arbier la vit en lui coupant les cheveux; et, comme il
n'osait le découvrir, il fit un trou dans la terre , y dit tout
bas l'aventure de Midas, et n'eut pas sitôt parlé, qu'il
le boucha , comme pour y enfermer ses paroles ; mais il
. poussa dans ce même endroit une forêt de roseaux qui ,
dès que le moindre vent les agita, vendirent les mots du
barbier, et l'on apprit par ce moveu , que
Midas, le- roi Midas a des oreilles d'âne.
Cette aventure fabuleuse a paru designer l'attention dé^
ce prince à répandre partout des espions.
§ in. — Aventure de Marsyas. — Sa statue au
Forum. — Apollon est rappelé au ciel.
Marsyas (83) naquit à Celènes , en Phrygie , d'Olympus ,
d'Hyaguès ou d'OEagrus. Les poètes eu ont fait un Sa
tyre. Il jouait de la flûte avec tant de perfection, qu'il
passa pour l'inventeur de cet instrument. Epris des char
mes de Cybèle, il suivit à Nysa la déesse; heureux s'il
n'eût pas eu l'imprudence de défier Apollon. Le vaincu
devait être écorché tout vif sur un arbre par le vainqueur.
Les Muses , ou , selon d'autres , les habitans de Nysa , furent
pris pour arbitres. Ce ne fut pas sans peine qu'Apollon
remporta la victoire, et sur-le-champ il remplit la con
dition du défi. La mort de Marsyas produisit un deuil uni
versel. Les Faunes, les Satyres et les Dryades le pleurè
rent , et de leurs larmes naquit un fleuve de Phrygie
nommé Marsyas.
On conservait à Célènes la peau de ce musicien. Toutès
les fois qu'on jouait de la flûte, elle s'agitait et répondait,
dit-on , au lieu qu'elle ne produisait ni mouvement ni son
quand on jouait de la lyre.
Les villes libres avaient dans la place publique une
statue de Marsyas , symbole de leur liberté , pareeque ce
musicien eut pour intime ami Bacchus , surnommé Liber.
A Rome , on voyait dans le Forum une de ses statues
près d'un tribunal où l'on rendait la justice. Les avocats
qui gagnaient leurs causes avaient soin de couronner cette
statue de Marsyas , comme pour le remercièr du succès de
leur éloquence, et pour se le rendre favorable en qualité
d'excellent joueur de flûte; car, dans ces temps, on sait
combien le son de cet instrument influait dans la décla
DE 1IYTHO10GIB. ' ll5
matiou , et combien il était capable d'animer les orateurs.
, Apollon erra quelque temps encore sur la terre ; mais
Jupiter, se laissant enfin fléchir, le rappela dans le ciel ,
et le chargea de conduire le char du soleil ; exil et retour
où. l'on a trouvé le temps pendant lequel il ne put sur
monter les obstacles qui s'opposaient a l'introduction de
son culte à Delphes.
§ 112. — Aventures de Clytie , de Cyparisse , de
Coronis et de Cassandre.
Rentré dans ses droits , Apollon conserva son esprit
•aventureux. Il aima Clytie, fille de l'Océan et de Téthys
(228), ou d'Eurynome et d'Orchame; roi de Babvlone; mais
il la quitta bientôt pour Leucothoé , sa soeur. Clytie , pi-
3uée de cette préférence, découvrit à son père l'intrigue
e sa rivale. Des lors, Apollon n'eut plus pour elle que du
mépris. Dans son désespoir, elle se laissa -mourir de faim,
et resta couchée sur la terre, les cheveux épars, tournant
sans cesse les yeux vers le Soleil, jusqu'à ce qu'elle fut
changée par Apollon en une fleur appelée Héliotrope ou
Tournesol , parce qu'elle regarde toujours l'astre de la lu
mière, edmme pour lui reprocher son inconstance.
Apollon et Clytie, de Sambat.
Le cyprès doit' son origine au même dieu. Cyparisse ,
fils d'Amyclas (ao) selon les uns, de ïélèphe selon les
autres, devint le favori d'Apollon. Il tua par mégarde un
cerf qu'il aimait tendrement; il en eut tant de regret,
qu'il pria les dieux de le délivrer de la vie. Apollon ne
pouvant le consoler, le changea en cvprès, arbre qui de
vint le symbole de la douleur, et qu'on planta autour des
tombeaux.
Apollon et Cyparisse, Luxembourg, n° 44-
Coronis, qu'on appelle encore Arsinoé, fille de Phlé-
gyas (92), de Léonte ou d'Antion (1 13), fut aimée d'Apol
lon, qui la rendit mère d'Esculape (ii3). Mais, informé
par un corbeau que sa maîtresse était infidèle , le dieu la
tua par jalousie , et Mercure tira de ses flancs l'enfant dont
elle était enceinte pour le porter dans l'antre du Centaure
Chiron. Apollon se repentit bientôt de sa vengeance, et
punit le corbeau délateur en le changeant de blanc en noir.
La nymphe fut à son tour métamorphosée en corneille,
dont le plumage lugubre , comme celui du corbeau , devait
être à la fois un monument de sa colère, et de ses regrets.
Il4 COURS
Cassahdre, fille de Priam et d'Hécube (i48), fut aussi
punie par Apollon. Aimée de ce dieu, la princesse lui de
manda le don de prophétie*; mais elle ne l'eut pas plus tôt
obtenu, qu'elle se moqua du donateur. Apollon, indigné
de son ingratitude , et ne pouVànt néanmoins lui ravir son
présent , le rendit inutile en ordonnant que ses prophéties
tussent toujours regardées comme fausses. Les Troyens,
en effet , loin de croire à ses paroles , lorsqu'elle prédit
la ruine de Troie , la crurent folle , et l'enfermèrent;.' La
ville fut prise, en dépit de ses prédictipns, nouvelle ven
geance qu'Apollon exerçait contre Troie..
§ 1 1 3. — Des enfans d'Apollon. .
Apollon eut :
Acrœphœus , qui donna son nom à la ville d'Acrxphia , dans la
Béotie.
Agétès , Argée , Aristée , Agréus , Autochut et Nomius , de Cyrène ,
fille d'Hypsée ou d\i fleuve Pénee et de la Terre (109). Aristée eut
Action d'Autonoé, fille de Cad m us (222).
Ambracia, dont Ambracia , ville d'Epire, reçut le nom.
, Amphiara&s, d'Hypermnestre , fille de Thcstius (57). Amphiaraus
passait aussi pour fils d'Oiclée , qui avait pour père Antiphate (Voy.
Delphus); ses autres enfans étaient Ephianire et Po/ybée. Amphiaraus
épousa Eryphile (57). et en eut Alcmèon, Âmphiloque et Dùmonaste.
Alcméon épousa Callirhoé, fille de l'Achélous (a 18), qui le rendit
père d'Amphotérus et A'Acarnas ; il eut aussi de Manto (V. Mopsus)
Pamphiloque et Tisiplwne.
Amphissus , de Dryope, fille d'Euryte (57).
Amphithemis ou Garamas , Naxits , Phylacis et Phylandre , d'Aca-
callis , Acaliis ou Acasis, fille de Minus I" (249). Garamas eut
Cèphaliolt de Trilémis.
Anius , de Rhoéo ou Rhoio, fille de Stapfcyle (171). Anius fut père
à'Andros, et de trois filles, OEno ou le vin, Sperma ou le grain,
JElals ou l'huile.
Arabus, de Babyione. Il donna son nom aux Arabes.
Itranchus et Delphus (5.7) ,* d'Achalide, de Céiéno ou de Thyia.
Ccntaurus et Lapiihus , 3e Stilbia , sœur d'Jpbéus et fille du fleuve
Pénée. Ccntaurus fut le père des Centaures. C'étaient des monstres
fabuleux , demi-hommes et demi-chevaux, ou demi-taureaux; el de
là vient qu'on les nomme Hippocenlaurcs ou fluçentaures. Ils habi
taient la Thcssalic ,-non loin du mont Pélion et du mont Ossa. lia-
biles cavaliers, ils fuyaient avec une extrême vitesse après avoir lancé
leurs traits, déporte que de loin on les jugea demi-hommes et demi-
chevaux.
Le plus illustre des Centaures était Chiron (25). Il acquit dans les
forêts ou sur les montagnes la connaissance des simples et des étoiles.
Avec les seuls accords de fa [lyre il guérissait les maladies les plus
invétérées, et détournait les influences célestes. C'est lui qui fut le
précepteur
héros. d'Esculape (î 23), d'Achille (217) et de beaucoup
• d'autres
Lapithus, époux d'Arsinomé, devint l'auteur de la race des La
DE MYTHOLOGIE. 115
pithes par ses fila Périphas et Phorbas. En effet, Péripbas eut d'As-
tyagoe , fille d'Iphéus , Antien , qni s'unit à Périmèle ; mariage d'où
naquirent Agelaiis , Amycus , Coronis et lxion (2/3). Or Ixion fut père
dePhorbas
PirUhoiiseut, roi desfilsLapithis.
pour Àugias , père dJ Agamède , et Aclor, qui rendit
Molione mère de Ctcalus el d'Euryte, nommés pour cette raison
Molionides.
Chariclo , qui devint femme du Centaure Chirou.
Chmron, de Théro (V. Hercule) . Ce fut lui qui donna son nom à
Chéronée , ville de Béotie , qui [.'appelait d'abord Arnée.
Chius , d'Anathrippc. L'île de Gbio en piit le nom.
Chrysês de Chryséïs.
Cdronns , de Chrysorte.
Vryops , qui fut le père et le chef des Doriens. Sa mère Cia était
fille de Lycaon (37).
Eleuther, d'Ethnse (22?.).
Erymanthus. que Vénus priva de la vue.
Eurypide , de Cléobule. - ■* ,
Eurynome\ mère d'Adraste, roi d Argos.
Galeotés, de ThémUte. C'était la grande divinité des Hyblééns,
penple.de Sicile , qui le représentaient dans un char, avec son père.
lamas ,"devin , d'où sont descendus les laniides,
Icariuset Patarus, de Lycié , fille du fleuve Xanthns.
Idmon , d'Astérie, d'Antianire ou de Gyrène. Idmon épousa Lao-
tboé, dont il eut Theslor, père de Calchas, de Thème et de Leucippe.
Jsmène et Tcnère , de Méjie (21 S).
Linus, de Psamathé.
Linus , de Calliope ou d'Uranie (i3o).
Lampèiie ou Lampctuse et Phacturc, de Clymène (toi).
Laodoeus , de Phthia , fille de Kiobé (108).
Léo et Lycorus , de Corycie.
Lyecmède, de Partbénope , fille de Slymphale (36).
Mègarèe, fondateur de Mégare , dans le Péloponèse.
Milet, d'Acacallis ou d'Arcé. Y. Amphithemis.
Mileius , de Déione ou d'Aréa.
MOpStté , de Manto, qu'on nomme encore Artémis ou Dapbné.
Manto était fille du devin Tirésùis. Elle épousa Tibérinus dont elle
eut Ocnux ou Bianor. Tibérinus était fils de Çalpclus, roi d'Albe ; ce
lui-ci de Copys ; Oapys avait pour père t^/\J ; celui-ci Alba Silvius.
Alba était fils de Laltnvs , et celui ci {V/r.nens SUviuss lequel naquit
A'Enée (148) < t de Lavinle , fille de Latinus (t85).
Tibérinus eut pour successeurs Agrippa, iïomutits, Aoentinits, Pro-
cas , Amulitis et Nttmttor. père de Lausus et de Rhea Silvia (92).
Oaxc , d'Anchialé. D'autres lui donnent pour mère Aeacallis.
V. Amphilhèmis.
Oncus , d'où TOncium , canton des Arradiens, a pris son nom.
Pamphcla , qui, dit-on , inventa l'art de broder en soie.
Parthenos, de Cbrysotbéniis.
Phase , de l'deéanide Ocyihoé (218).
Phitammnn, de Cliioné, fils de Dédalion , issu de Lucifer (io3).
Philammon eut d'Argiope le célèbre musicien Thamyris.
Ptoiis , d'Evippe , fille de Cbiron (aâ).
1 1G N COURS
Telmessut, fondateur de Tclmesse, en Lycie.
Zeuacippe , de la nymphe Syllis.
§ 1 1 4. — Des attributs d'Apollon. *
On représente Apollon jeune et sans barbe , parceque"
le soleil ne vieillit point. L'arc et les flèches désignent lés
rayons ; la lyre , l'harmonie des cieux. Il est le dieu de la
médecine, parceque l'astre du jour fait croître les plantes.
Quand il est pris pour le soleil , il est couronné de rayons ;
un coq est sur sa main j il parcourt le zodiaque ; son char,
tiré par quatre chevaux blancs , paraît gravir avec peine
une côte escarpée, ou descendre aisément une côte ra
pide.
Les Égyptiens le symbolisaient tantôt par un cercle ra
dieux, tantôt par un sceptre surmonte d'un œil> et la clar
té solaire, distinguéedu disque lui-même, était représentée
par un serpent d'or, ailé. Les Hiéropolitains lui donnaient
une barbe pointue , emblème des rayons émis sur la terre;
une corbeille d'or , qu'il portait sur sa tête , exprimait la
lumière éthérée , et l'image de la Victoire annonçait sa
force irrésistible. " . .
Considéré comme répandant sur la terre les maladies
et la peste , il est dépeint entouré de nuages. L'Apollon
Medicus a le serpent aux pieds de ses statues.
Comme dieu des arts , on lui donnait les traits d'un
jeuue homme, tenant un arc et quelquefois une lyre d'or,
dont les accords savans enchantaient les dieux et les hom
mes. Sa tête , ravonnante de lumière , est ornée d'une che
velure longue et flottante , que ceint une couronne de
laurier. C'est à son imitation que les jeunes Romains lais
saient croître leurs cheveux , qu'ils lui consacraient dans
ses temples , à l'âge de fa puberté.
A Lesbos , sa statue tenait une branche de myrte , arbre
que l'on croyait favorable à la divination. A Thessalo-
nique , il se couronnait lui-même, comme vainqueur de
Marsyas (1 1 1). A Délos , il avait un arc à la main droite et
sur la gauche les trois Grâces, portant chacune un instru
ment de musique , tel que la flûte , la syrinx et la lyre.
Quelquefois on le trouve avec une pomme à la main ,
prix des jeux pythiques (122) ; d'autres fois , il est sur le
Parnasse au milieu des neuf Muses.
Considéré seulement sous le caractère poétique, Apollon
se nomme indifféremment Lyristes ou Plates , la musique
et la poésie n'ayant été dans les premiers âges qu'une seule
DE MYTHOLOGIE. 117
et même profession. Comme tel , il est représenté quelque
fois nu; ses cheveux sont rassemblés sur son front; d'une
main il tient une lyre , et de l'autre , un archet. Quelque
fois il est appuyé sur un rocher; sa chevelure éparse flotte
au gré des Zéphyrs ; sa tête est couronnée de laurier ; une
robe longue tombe sur ses pieds. C'est sous ces attributs
que le dieu paraissait aux festins de Jupiter.
Apolline ou jeune Apollon, Musée, t>° i58. — Apollon au car
quois , n° 2^1 — Apollon jouant de la lyre en présence de» Muses,
de Lorrain, n° 586.
§ 1 1 5. — Des noms et des surnoms d'Apollon.
Ce dieu portait trois noms principaux : Phébus, c'est-à-dire brillant,
lorsqu'il conduisait le cliar du Soleil ; Liber, parceq n'étant le même
que l'Osiria on l'Horus des Egyptiens, il se confondait , comme eux ,
avec Bacchus , surnommé Liber pater; er.Gn Apollon, lorsqu'il
réunissait en lui tous les attributs de cette divinité. Quelques au
teurs prétendent qu'il avait le premier de ces noms au ciel, le se
cond sur la terre, et le troisième aux enfers.
I. Siirnoais tirés des lieux:
Abattis , d'Aba, ville de. Phocide.
Actiacus, Actius , Aclaws, du promontoire d'Actium, «ur lequel
il avait une statue colossale qui dominait sur la mer, et qui servait
de guide aux navigateurs.
Awphrysius , du fleuve Amphryse (108).
AmyctiÈus , d'Àmyelée , ville de Laconie.
Astypaleus , d'Astypalée, l'une des Cyciades.
fiassés , de Bassa , bourg d'Arcadie.
Cataon , de la Cataonie , province de Cappadoce.
CiHœus , de Cilla , ville de Béotie.
Cirrhœus, de Cirrha , ville de Phocide. Près de cette ville était
une caverne d'où sortaient des exhalaisons inspiratrices.
Clarien ou Ctarins , de Claros. Le temple avait élé bâti par Manto,
l'une de ses femmes (lia). Le prêtre chargé de rendre les oracles
du dieu buvait de l'eau d'une certaine source. Cette eau, selon
Pline et Tacite , abrégeait les jours de ceux qui en faisaient usage.
f'umous, de dîmes, ville d'Italie, fameuse par sa sibylle (1 19 bit).
Détins t de Délos , lieu de sa naissance. Ce surnom vient encore
de ce que le soleil éclaire tout.
Dttpliinius, de Delphes (108). Ce surnom vient encore de ce que
scus la forme d'un dauphin il avait guidé Castalius de Crète, qui
conduirait diverses colonies.—Apollon Delphiquc, Musée, n°. 161.
Dèlphusiut , de Delphuse; fontaine d'Arcadie.
Epactius. Y. Actiacus.
Bulresitès, d'EuIrésis , ville de Béotie.
Gergithius, de Gergis, en Troade. patrie de la huitième sibylle.
Cryneus , de'Grynée, ville d'Eolide , où il avait un temple et un
bois 9acrë.
Hylutes , d'Hylé , ville de Chypre,
llyperboréen, di s peuples ainsi nommé*'. Les Hyperboréens étaient
dis peuples du nord de l'Europe et de l'Asie, dont 01: ignorait la
position précise , et dont on contait une foule de fables. Ils avaient ,
1 18 COUBS
dit-on, une- île où Latone avait pris naissance ; aussi les insulaires
honoraient-ils particulièrement Apollon son fils. Ces peuples en
voyaient annuellement des offrandes à Délos (119). *
Hysius , d'Hysie , ville de Béolie\ Les prêtres y rendaient des
oracles de la même manière qu'à Claros.
Iléus , d'Ilium ou Troie.
Isménien , du fleuve Ismène, près de Thèbes. ,
Ixius , d'Ixius, contrée de l'île de Rhodes.
Lycius. V. Patareus. — Apollon Lycien , au Musée, n°. i4a. **
Marmarinus , de Marmarium , ville d'Eubée.
Mitesius , de Milet , ville de Crète ou d'Ionie.
Myrinus , de Myrine , ville de l'Eolide. -,
Oncealés , d'Oncus, ville d'Arcadie. ,
Pagasœus, Pagasitis , de Pagascs , ville de Thessalie.
Palatinus , du mont Palatin , à Rome. C'est dans le temple élevé
sur ce mont par Auguste, qu'étaient déposés les livres sibyllins
(119 bis). L'empereur y forma de plus une très belle bibliothèque,
célèbre sous le nom dé Bibliothèque d'Apollon-Palatin.
Parrhasius , de Parrhasie, ville d'Arcadie , près du mont Lycée.
Patareus , de Patare, ville de Lyeie.
Phytleus, de Phyllos , ville de Thessalie.
Priapeus , de Priape, ville de Mysie.
Ptoûs , de Ptoils , montagne de Béolie.
Salganeus , de Salganeum , ville de Béotie.'
Sélinunlius , de Sélinonte, en Cilicie.
Slyracitis , de Styracium , montagne de Crète.
Tegyreus, de Tégyra , ville de Béotie. Selon des auteurs c'était
le lieu de sa naissance.
Tclmessicn , de Tolmcsae , ville de Lyeie , ou de Telmessus , fils
d'Apollon.
Tcmbrius , de Teinbrus , en Chypre. * ,
Temenitès , de Temeno» , lieu voisin de Syracuse.
Teneatès , de Tenesc , bourg du territoire de Corinthc.
Tliymbreus , de Thymbia , ville de la Troade.
Triopius , de Triupie, ville des Cariens ; on y célébrait des jeux
solennels; les vainqueurs y recevaient des trépieds.
Tragius , de Tragse , ville de l'île de Naxos.* .
Zoslerius , de Zoster, endroit de l'Attique où les pécheurs lui of
fraient, ainsi qu'à Lalone et àpiaue.tous les poissons qu'ils prenaient.
§ 1 1 6. — Suite des surnoms d'Apollon.
II. Surnoms tirés des circonstances : .'
Acersccomes , qui répond à Vlntonsus des Latins , avec une longue
chevelure et sans barbe.
Acritas , pareeque Son autel était bâti sur une hauteur, à Sparte.
Agyeus , Agyietis , à cause des sacrifices que les Athéniens lui of
fraient dans les rues. 4 r
Amazonius , pareequ'il avait mis fin à la guerre entre les Grecs et
les Amazones.
Apertus, pareequ'il donnait ses réponses sur un trépied découvert.
Aohetor , des oracles qu'il rendait à Delphes , et du prêtre qui les
publiait.
DE MYTHOLOGIE^ 11Q
Ârgpûi, du temple qu'il avait sur la côte à quatre-vingts stades
de Coronée, célèbre par la foule des malades qui s'y rendaient et
qui s'en retournaient guéris.
Boedromius, chez les Athéniens, qui lui consacraient le moi» de
Boedromion.
Branchide, de Branchus , son fils (n3).
Carnéen,dn devin Carnus son favori; peut-être aussi des troupeaux
qu'il garda (107).
Cerdotis , à cause de la vénalité de ses oracles.
Chrysobelemnot , aux (lèches d'or.
Cielispex, d'une statue qui regardait le ciel, ou du mont Cœlius, à
Borne. *
Comœus, à cause de sa belle chevelure. Nàucrate et Séleucie l'a
doraient sons ce nom , et ce fut l'Apollon-Palatin qui reçut de celte
dernière ville la statue de l'Apollon-Comaens.
Corlinipotcns, parcequ'il rendait ses oracles du trépied (118, 119).
Cuslos Athenarum. C'est le nom du premier Apollon, au rapport
deTullius (107).
Daphneus et Daphnilês (109, n4)-
Daphnogethds , dont le laurier fait la joie.
Decatéplwre , parcequ'il avait, à Mégare, une statue faite de la
dixième partie des dépouilles ennemies.
Dracontoltés , meurtrier du serpent Python (107).
Dionysiodole , chez les Phlyens, tribu de l'Attique (i)5).
Drymnius , parcequ'il avait erré dans les bois.
Ecbasius; c'était sous ce nom qu'après une navigation heureuse
les Grecs lui faisaient des sacrifices.
Enholmos , d'Enholmis, prétresse d'Apollon è Delphes.
Epibatcrius, à Trézène, pareequ'après avoir préservé Diomède
du naufrage, il le fit aborder heureusement.
Galaxius. {V. § m, Galaxies).
Gigantolctès , meurtrier des Céans (35).
Hebdomagène , pareeque, selon les Delphiens, il était né le 7 du
mois Busion.
Hécatombée, pareequ'on lui immolait des hécatombes.
Hymnagore , qu'on célèbre dans les places publiques.
Leschcnore. Apollon, comme dieu des sciences, recevait difle-
rens surnoms, selon les progrès qu'on y avait faits. Pour les com-
mençans, il se nommait Pylhien ; pour ceux qui entrevoyaient la
vérité, Dèlien et Phanèe; pour les sa vans, Isménien ; enfin pour
ceux qui faisaient usage de leurs connaissances, qui se trouvaient
dans les assemblées, qui y parlaient, qui y philosophaient, Lescliénore.
Libyss'mui , sur le promontoire Pachinum, eu Sicile, parcequ'il
avait forcé les Libyens à se retirer de cette île, en jetant la peste
parmi leur armée.
Lycoctone, parcequ'il avait défendu des loups les troupeaux
d'Admète (lia).
Lyeogène, pareeque Latone, près d'accoucher, se changea, dit-On,
en louve.
Metagitnios , pareequ'on lui consacrait le sixième jour du mois
Métagitnion.
Navalis ; sous ce nom , Auguste lui bâtit un temple eur le pro
montoire d'Actium, après la défaite d'Antoine (m5).
120 0 COURS
fleomenius. (V. tièoriènies , § îaa ). ►*
Opsopliag», friand c)c bonne chère, chez les Eléens.
Patrius , Patroiis ; les Grecs, et surtout les Athéniens , donnaient
ce sLrnom à Jupiter et à Apollon, sous la protection desquels ils se
croquent plus spécialement que tous les autres peuples.
Pqlius, chez les Thébains, qui, contraires aux autres Grecs, re
présentaient Apollon avec des cheveux blancs.
Pyflé*, pareequ'il vainquit à |a lutte le brigand Phorbas.
Pythius, Pylhoctohe (107).
Sallalor, Ôrchcstès-/danseur.
Smintheus, pareequ'il délivra les Phrygiens d'une foule de rats
qui l'infestaient. /
Sosianus , pareeque sa statue, faite en bois de cèdre , fut apportée
de Sélcucie à Rome par C. Sosius.
Spodius, pareequ'il avait à Thèbes un autel fait des cendres des
victimes. ■ •
Tetclilniut. (V. § 101, Telchines).
Thyrœut, comme présidant aux portes. De là , sans doute , l'idée
de quelques mythologues qui confondent Apollon et Diane avec Janus.
Torlor, à cause d'un temple qu'il avait dans une rue de Rome,
où l'on vendait des fouets destinés à punir les criminel*. Il était re
présenté dans ce temple, éeorchanf Marsya's (1 11).
Toxophore, parce qu'on le figure presque toujours l'arc à la .main.
§ 117. — Suite des surnoms d?Apollon.
III. Surnoms tirés des qualités :
Acesins, Alexicacus , c'est-à-dire , qui délivre des maladies.
/Egenclès, Acigenétés, qui renaît sans cesse , chez les Camariniens.
Aleuromantis , comme présidant à la divination , et surtout à celle
qui se faisait par la farine. ■ "■«•"
Archegenelês , Archegelès , c'est-à-dire chef et principe de tout.
Arcitenens , pareequ'il tient l'arc avec lequel il tua le serpent
Python.
Bellalor. — Benevolus.
Chusseur. C'est un jeune homme dont le flanc nu paratt sous une
rhlamyde, armé d'un arc, et le pied levé dans l'attitude de la course.
Chryiocomos, à la chevelure blonde et dorée.
DidymcDus, c'est à-dire, frère jumeau de Diane, ou dispensateur
de la lumière des jours, et source de la clarté des nuits. '
Faiidictis Deus , dieu de la divination. . "*
Hecatebote, Heeaiobole, Ilecatos , soit pareequ'il lance ses rayons
au loin, soit pareequ'il avait tué le serpent Python de cent coups
de flèches.
[eus, qui guérit, considéré comme dieu de la médecine.
Lalogcnes, Latoîdes, Latoius , fils de Latone. .t
Lexias, qui parle bien, considéré comme dieu de l'éloquence.
Loïmius, qui chasse les maladies ( V. Icus ). C'est principalement
à Lindos, daps l'île de Rhodes , qu'il était adoré sous ce nom.
Loxias , paiccque, pendant la plus grande partie du jour, il darde
obliquement ses rayon." sur la terre. Ce surnom lui vient peut-être
aussi de l'ambiguïté de ses oracles.
Musagcle, guide des Muses
Panderkis, qui voit tout. C'est lé dieu du jour.
DE MYTHOLOGIE. 121
Pœan, de l'hymne que l'on chantait en souvenir de la victoire qu'A
pollon avait remportée sur le serpent Python. Cet hymne , qui por
tait aussi le nom de Pœan , finissait par cette exclamatiou : Io Pœan '.
\ espèce de refrain qui, dit-on , signifie : Lance tes flèches, Apollon!
I Peoniut , qui guérit. (V. Jéus.)
Phone», brillant, chez les hahitans de Chio, qui ont donné ce nom
à l'un de leurs promontoires et de leurs ports.
Phanès , brillant. C'est le surnom d'un certain Apollon, ancien
prince scythe , père d'Acmon. On le confond avec Manès (20).
Phitesius, aimable.
Proopsius , de sa l'acuité de prophétiser.
Prostalerius , prêt à secourir, chea les Mégariens.
Spondius , protecteur des alliances.
Tlièorius , -chez les Tréiéniens. C'est le Soleil , qui voit le monde
entier.
Theoxenius , protecteur de l'hospitalité , chez les Pelréniens , habi-
tans de 1'Achaïe.
Thermius , qui donne la chaleur, chez les Olympiens.
Vlius , salubre. (V. Ièus.)
Zatheus, très divin.
Zoteatés, Zolclistès , regardé comme principe de la vie, à Argus
et à Corinthe.
§ 118. — Du culte d'Apollon. — Oracle de
Delphes De la Pythie.
Le culte d'Apollon était répandu par toute la terre ,
mais plus particulièrement en Egypte , en Grèce , en
Italie.
On lui consacrait, parmi les animaux , la cigale , le cor
beau , la corneille , le coq , le cygne , l'épervier , le flam-
mant , le griffon , le lion , le loup , le phénix; parmi les
arbres , le laurier et l'olivier j parmi les fleurs , la jacinthe,
le lotos , le myrte , le palmier , le tournesol , etc.
Apollon avait des oracles dans un grand nombre de
villes , telles que Aba , Aphytis , Apollonie , Délos , Del
phes , Patare , etc. Le plus célèbre était celui de Delphes ,
dont le temple passait pour l'une des sept merveilles du
monde.
Apollon était la divinité tutélaire de Délos. Le territoire
de cette île était regardé comme sacré. Le temple était
desservi par des Crétois.
Patare partageait avec Delphes la résidence d'Apollon.
On y voyait un casque célèbre , ouvrage de Vulcain et don
de Télèphe.
Les anciens croyaient généralement que Delphes était
au milieu de la terre. Us prétendaient que cette décou
verte avait été faite par deux colombes que Jupiter envoya
des deux ex trénjJBs de la terre , et qui se rencontrèrent
122 COUBS
dans cette ville. On appelait Pythie, Pythonisse ou Phce-
bas , la prêtresse qui rendait à Delphes les oracles d'A
pollon.
Sur le penchant du mont Parnasse , où s'élève la ville ,
existait un antre d'où s'échappaient d'affreuses exhalaisons
dont l'effet prochain é;ait la fureur. C'est là qu'on plaça
l'oracle.
Dès le commencement de sa découverte , plusieurs in
sensés s'étant précipités dans l'abîrne d'où sortaient les va
peurs prophétiques , on chercha les moyens de prévenir
un pareil accident. On dressa sur l'ouverture une
machine qui fut appelée Trépied, parcequ'elle avait trois
pieds ou trois barres sur lesquelles elle était posée. Une
femme monta sur ce trépied , d'où , sans aucun risque ,
elle pouvait recevoir l'exhalaison prophétique.
On éleva d'abord à ce ministère de jeunes vierges qu'on
jugeait plus propres , par leur innocence et leur âge ten
dre , à garder les secrets des oracles , comme à rendre fi
dèlement ce qu'elles entendraient.
L'oracle n avait d'abord qu'une seule Pythie. Dans la
suite, lorsque l'oracle fut tout-à-fait accrédité, on en élut
une seconde pourmonter surle trépied alternativement avec
la première , et même une troisième pour la remplacer en
cas de mort ou de maladie. Enfin , dans la décadence de
l'oracle , il n'y en eut plus qu'une , comme à sa naissance.
§ 119. — Manière dont ta Pythie rendait ses ora
cles. — Des autres ministres d'Apollon.
La Pythie ne rendait ses oracles que vers le commen
cement du printemps. Elle se préparait à ses fonctions
par plusieurs cérémonies. Elle jeûnait trois jours et se bai
gnait dans la fontaine de Castalie. Elle buvait même une
certaine quantité d'eau de cette fontaine , que l'on regar
dait comme prophétique. Elle mâchait ensuite des feuilles
de laurier cueillies sur ses bords.
Ces préambules achevés , Apollon avertissait lui-même
de son arrivée. Le temple , à son approche , tremblait jus
que dans ses fondemens. Alors les prêtres allaient placer
la Pythie sur le trépied, au-dessus de la cavité d'où s'exha
lait une vapeur sulfureuse. Dès que l'exhalaison divine
commençait à l'agiter , on voyait ses cheveux se dresser ;
son regard devenait farouche , sa bouche écumante ; un
tremblement subit et violent s'emparait de tous ses mem
bres.
DE MYTHOLOGIE. 120
Dans cet état , elle poussait des cris et deshurlemens qui
remplissaient tous les assistans d'une sainte frayeur. Enfin,
ne pouvant plus résister au dieu qui la possédait , elle s'a
bandonnait a son influence , et proférait , par intervalles ,
quelques paroles presque inarticulées , que les prêtres re
cueillaient avec soin ; ils les arrangeaient ensuite et leur
donnaient une liaison qu'elles n'avaient pas dans la bouche
de la prêtresse.
Elle était alors reconduite dans sa cellule , d'où elle ne
sortait pas pendant plusieurs jours , pour se remettre de
ses fatigues. Souvent une mort prompte était le prix ou
la peine de son enthousiasme.
Les oracles de Delphes se rendirent d'abord en vers.
Mais quelqu'un ayant dit plaisamment qu'il était bien sin^
gulier que le dieu de la poésie s'exprimât en mauvais vers^
les prêtres ne le firent plus parler qu'en prose.
Pour obtenir une réponse de l'oracle , il fallait faire au
dieu de riches présens ; aussi rien n'égalait la magnificence
du temple de Delphes. Il recevait des dons de toute la
terre ; Crésus fut celui de tous les rois qui fit les plus ma
gnifiques offrandes. Aussi le temple d'Apollon fut-il sou
vent pillé.
Parmi les prêtres d'Apollon , on distingue encore les
Branchides , les Engastrimanthes et les Phœbades 5 parmi
les prêtresses , les Déliades et les Engastrimythes.
Les Branchides tirent leur nom de Branchus , qu'A
pollon Didyméen doua du don de prophétie. Le temple
qu'ils desservaient fut pillé par Xercès.
Quant à Branchus , il rendait ses oracles à Didyme.
Les Engastrimanthes faisaient leurs réponses en parlant
du ventre.
Les prêtres d'Apollon s'appelaient Phœbades chez les
Romains.
Les Déliades étaient les prêtresses du temple d'Apollon
à Délos.
On leur donnait encore le nom A'Engastrimythes ,
parcequ'elles rendaient leurs oracles sans remuer les
lèvres.
§ 119 bis. — Des Sibylles. — Leur nombre. — His -
toire de la plus célèbre d'entre elles. — Origine des
livres Sibyllins.
Les Sibylles étaient des femmes inspirées qui rendaient
les oracles.
124 COURS
Les savans ne sont pas d'accord sur leur nombre. Varron en re
connaît dix , qu'il nomme en cet ordre :
La Persique , appellée Sambèlhe, qui, dans les vers Sibyllins sup
posés , se dit bra de Noé.
La Lybienne, qu'on disait issue de Jupiter et de Lamia (56), et
qui parut en plusieurs endroits , à Samoa, à Delphes , à Claros.
La Delphique, fille du devin Tirésias. Après la prise de Thèbes,
les Épigones ( »"7) la consacrèrent au temple de Delphes, et ce fut
la première qui, selon Diodore, reçut le nom de Sibylle.
La Cuméenne , qui faisait sa résidence ordinaire a C urnes en
Italie.
L'Erythréenne , qui prédit le succès de la guerre de Troie , dans le
tipmps que les Grecs s'embarquaient pour cette expédition.
La Samienne, dont on avait trouvé les prophéties dans les anciennes
annales de Samos.
La Cumane , native de Cumes en Éolide.
^L'flellesponline , native de Marpesse, dans la Troade , qui pro
phétisa du temps de Solon et de Cyrus.
La Phrygienne , dont Ancyre était le séjour.
Enfin la Tiburline, qu'on nomme encore Albanie.
La plus célèbre de toutes les sibylles était celle de Cu
mes , en Italie ; les anciens l'appellent Amalihée , Démo-
phile , Hérophile , Daphné , Manto , Déiphobe et Phé-
rnonoé. On dit qu'Apollon , dont elle était prêtresse , en
devint amoureux , et que , pour la rendre sensible ,. il lui
promit d'exaucer tous ses souhaits. La sibylle lui demanda
de vivre autant d'années qu'elle avait de grains de sable dans
la main; mais elle oublia de demander en même temps la
grâce et la vigueur de la jeunesse. Lorsqu'elle eut obtenu
sa demande , elle refusa la main d'Apollon , quoique cette
condescendancedùtêtresuiviedes dons qui lui manquaient.
Elle devint vieille et décrépite ; la pâleur , la maigreur et
les infirmités prirent la place de la fraîcheur et de la santé.
Elle était âgée de 700 ans, lorsque Enée vint en Ital e ,
et 3oo années de vie lui restaient encore avant d'arriver
au terme de sa carrière. C'est d'elle qu'il apprit le chemin
des enfers. Elle écrivait ses prophéties sur des feuilles vo
lantes qu'elle plaçait à. l'entrée de sa grotte. Ceux qui ve
naient la consulter s'emparaient de ces feuilles , avant
qu'elles fussent dispersées par le vent. <
S'il faut en croire les historiens , l'une des sibylles , la
Cuméenne, vint proposer àTarquin l'ancien de lui vendre
neuf livres de prophéties. Le roi ne voulant pas lui en don
ner le prix quelle demandait , elle brûla trois deces livres,
et demanda le même prix des six autres. Sur un nouveau
relus de Tarquin, elle en brûla trois encore, et n'exigea
pas moins des trois derniers. Frappé de cette singularité ,
DE MYTHOLOGIE. 1 20
Tarquin acheta les livres. La sibylle disparut aussitôt , et
dès lors on ne la revit plus. Ces livres furent appelés livres
sibyllins , et confiés à des prêtres nommés Duumvirs.
On les consultait dans les grandes calamités ; maison no
pouvait le faire sans un décret du sénat, et les Duumvirs
ne pouvaient , sous peine de mort , les laisser voir à per
sonne.
Les livres sibyllins furent brûlés dans l'incendie du Ca
pitale , sous Sylla. Pour réparer cette perte , le sénat en-
vova des députés à Troie , a Samos , à Erythrée , comme
dans plusieurs contrées de la Grèce , avec l'ordre de re
cueillir tous les livres de ce genre qu'ils pourraient trou -
ver.
On fait venir le nom de Sibylle de deux mots grecs qui signifiaient
Conseillée par les dieux.
§ 120. — Des jeux , des sacrifices et des fêtes d'A
pollon.
Les jeux Actiaques se célébraient d'abord tous les trois ans au
promontoire d'Actiuin. Auguste les rétablit en mémoire de la dé
faite d'Antoine, près de ce promontoire, et les transporta même à
Rome , où ils n'eurent lieu que de cinq ans en cinq ans.
Les Adraslies furent instituées à Sicyone, par Adraste, roi d'Argos.
C'était une espèce de jeux Fytbiens. V. ce mot.
Les Alies. V. Halies.
Les jeux Apol(inaircs , établis à Rome sur la foi d'un oracle pour
obtenir des succès à la guerre, étaient célébrées tous les cinq ans ,
aux nones de juillet. On offrait à Latone une génisse aux cornes do
rées, à son fils un bœuf également aux cornes dorées, et des che
vreaux blancs.
Les Apollonies furent instituées chez les Égialiens en l'honneur
d'Apollon et de sa sœur. Après la mort du serpent Python , les deux
divinités étant venues dan» leur ville , en furent chassées par les
habitans. Four se, venger de ce traitement, Apollon répandit une
peste cruelle surEgialée. L'oracle, consulté sur les moyens de faire
cesser le fléau , répondit qu'il fallait envoyer sept jeunes garçons et
sept jeunes filles aux déités oiTensées , pour les supplier de revenir
dans Égialée. Elles revinrent en effet, et leur présence fit cesser la con
tagion. En mémoire de cet événement, les Egialiens faisaient tous
les ans sortir en procession sept jeunes garçons et sept jeunes filles,
comme pour ramener Apollon et Diane.
Les Carnées se célébraient , surtout à Lacédémone , en l'honneur
de Jupiter Carnéen. Ces fêtes commençaient le i3 du mois Mela-
gitnion , et duraient neuf jours, pendant lesquels neuf hommes de
trois tribus différentes vivaient sous neuf tentes , aux dépens du tré
sor public, afin d'imiter la vie militaire et la discipline observée
dans les camps. Cette fête était suivie d'un combat de musiciens ,
dont les vers étaient appelés Carnéens.
Les Carrousels étaient une course de chars en l'honneur du Soleil.
On étalait avec profusion dans cette fête des chars, des machines.
ia6 ! coubs
des images/, des statues , des dépouilles , des victimes. Des voix
harmonieuses chantaient les louanges du prince ou du peuple. Les
conclurons étaient d'ordinaire divisés en quatre parties , qui furent
par la suite nommées quadrilles , et que les anciens désignaient seu
lement par le mot faction. Ces quatre factions, la blanche, la
rouge , la verte et la bleue , qui s'augmentèrent de la pourpre et de
la dorée , causèrent souveDt des séditions, surtout depuis la transla
tion de l'empire à Constantinople.
§121. — Suite des fêtes d'Apollon.
Les Dapknéphories se célébraient en Béotie tous les neuf ans en
l'honneur du Soleil. On ornait un rameau d'olivier de guirlandes de
laurier entrelacées de (leurs de toute espèce. Au sommet était un
globe d'airain , duquel pendaient d'autres petits globes. Au milieu
paraissaient 365 couronnes, avec un globe plus petit que le premier,
^e bas était garni d'une frange couleur de feu. Le globe supérieur
était l'emblème du Soleil; les autres, delà Lune et des Etoiles. Les
365 couronnes, égales en nombre aux jours de l'année , désignaient
le temps de la révolution annuelle du soleil. La branche de lau
rier était portée dans une procession solennelle jusqu'au temple
d'Apollon Isménien, ou Galaxius, par un jeune homme appelé
Daphnéphore. Derrière lui venait uo chœur de jeunes vierges qui
tenaient des rameaux à la main, et chantaient en l'honneur d'A
pollon ou du Soleil un hymne appelé Daphnépliorique.
Les Délies. V. Thésée (282).
Les Delphinies avaient lieu chez les Éginètes en l'honneur d'A
pollon Delphien.
Les Didymées étaient des jeux de Milet, en l'honneur d'Apollon,
Les Epidémies étaient célébrées à Milet comme à Delphes, pour
rendre Apollon propice au peuple.
Les Galaxies tiraient leur nom d'un gâteau d'orge cuit avec du
lait, qu'on oifrait à ce dieu.
Les Halies étaient faites à Rhodes, en l'honneur du Soleil , qui,
dit-on, avait pris oaissance dans cette île.
Les Hècalombces se célébraient chez les Athéniens le premier mois
de l'année civile.
Les Hcliaques. V. Mitiiras (106).
Les Uyacinlhies. V. § 109.
Les Lycées rappelaient, chez les Argiens, Apollon Lyeoctone (116).
Les Métagitnies étaient célébrées en l'honneur d'Apollon par les
habitans de Mélite , bourg del'Attique. Elles furent ainsi nommées
à l'occasion d'un changement de domicile , de voisinage , lorsque
lis Mélitéens se transportèient dans le bourg de Diomée.
Les Milylènies avaient lieu chez les Mityléniens en l'honneur d'A
pollon.
§ 122. — Suite des fêtes d'Apollon.
Les Néomènies, ou fêtes de la nouvelle lune, passèrent d'Egypte en
Grèce. En Egypte, la cérémonie principale consistait à conduire en
pompe les animaux qui répondaient au signe céleste dans lequel
allaient entier la Lune et le Soleil. Chez les Grecs, on offrait des
sacrifices à tous les dieux, mais surtout à Apollon, considéré coinn>e
DE MYTHOLOGIE. 127
le père de la Lumière , des Mois, des Saisons, du Jour et de la Nuit.
On célébrait les Néoménies par des jeux et des repas publics, aux
quels les riches et les pauvres prenaient également part. Les assis-
tans s'appelaient fiéoméniastes.
' Celte fête passa des Grecs aux Romains, qui donnèrent aux Néo-
ménies le nom de Calendes.
Les Poliées se célébraient chez les Thébains en l'honneur d'A
pollon Polius.
Les Pyaricpsies. V. Thésée.
Les jeux Pylhiquts ou Pylhiens furent institués eu l'honneur d'A
pollon Pythien , par Apollon lui-même , selon les uns; selon les an
tres, parDiomède, Amphictyon ou le conseil des Amphictyons, vers
l'an ia63 avant Jésus-Christ. Célébrés d'abord tous les neufans , ils
le lurent dans la suite après quatre ans révolus , au commencement
de la cinquième année. La première célébration de ces jeux fut, dit-
on , honorée par les dieux eux-mêmes. Pc41ux y remporta le prix du
pugilat , Castor celui de la course de chevaux, Hercule celui du
pancrace , Calais (a34) celui de la course, Zètbès celui du combat
armé, Télamon celui de la lutte, et Pelée celui du disque. Apollon
lui-même orna ces illustres atblèies d'une palme de laurier.
lies auteurs pensent qnc dans les jeux pytbiens on disputait uni
quement le prix de la musique.
Les Septéries , a Delphes, renouvelées de sept en sept ans, avaient
le même objet que les jeux Pythiens.
Dans les Thargélies , fêtes des Athéniens , en l'honneur du Soleil
et des Heures, ou d'Apollon et de Diane, on offrait à ces divinités
les prémices de tous les biens de la terre , cuits dans un vase nommé
Thargèlos.
LesTliéophanUs rappelaient à Delphes la première apparition d'A
pollon aux hahitans de cette contrée.
Les Tlieoxcnies , en l'honneur d'Apollon Theoxénius (117), étaient
des jeux où les habitans de Pallène étaient seuls admis. Le pvx. était
une somme d'argent. Cette fêle fut instituée par les Dioscures.
Le 7lro était une fêle grecque, dont le nom vknt des Thries,
nourrices d'Apollon. C'est du nom de ces nymphes qu'on appelait
Thries les sorts que l'on jetait dans une urne.
§ 1 23. — D'Esculape. — De ses attributs. — De ses
enfans.
Coronis ( 1 1 3) , qui devint mère d'Esculape , voulant,
d'après une autre tradition , cacher sa grossesse , l'ex
posa près de la ville d'Epidaure ; mais une chèvre du
berger Àresthana le nourrit de son lait , et son chien vint
de lui-même se coucher auprès de lui pour le défendre.
Quoi qu'il en soit, Esculape, élève de Chiron (1 12) , fit à
l'école de ce maître illustre des progrès rapides dans la
connaissance des simples; et comme il joignit avec le plus
grand succès la science chirurgicale à la médecine, il en
passa pour l'inventeur. Il accompagna les Argonautes dans
leur expédition et les guérit de toutes leurs maladies. Il
ressuseta même des morts (108).
128 C0UB9
Esculape expiré fat placé dans le ciel ; il y forme la
constellation du Sagittaire.
On le représente ordinairement avec une longue barbe;
un coq est à ses côtés. Il tient de la main droite un bâton
entouré d'un serpent.
Esculape allaité par une chèvre , de Guillon-Lethière , n° 658. —
Musée, Esculape barbu, rj° i4- — Esculape avec son serpent, à la
villa Albani. — Offrande à Esculape, dé Guérin, Luxembourg.
Esculape avait pour femme Epione , qui le rendit père
de Machaon , de Podalyre , à'Hygie , à Eglé, à'Aceso ,
de Jaso et de Panacée , qui tous reçurent après leur mort
les honneurs divins.
Machaon et Podalyre allèrent à la guerre de Troie ,
l'un comme médecin , l'autre comme guerrier.
Hygie fut honorée par les Grecs comme déesse de la
Santé. On la représentait tantôt voilée , tantôt comme une
jeune femme qui tient d'une main un serpent , et de l'au
tre , une coupe dans laquelle boit le reptile. Les dames
lui consacraient leurs cheveux. Suivant quelques auteurs ,
cette déesse est la même que Minerve , à qui Périclès donna
le surnom d''Hygiea , parcequ'il avait appris d'elle en
songe le moyen de guérir un architect tombé d'un toit.
— Hygie , au Musée , n° 56.
Les Romains luibâtirent plusieurs temples à Rome, sous
le nom de Salus. Elle eut même un collège particulier de
prêtits , uniquement destinés à son culte, et nui, seuls,
pouvaient voir la statue de la déesse. Il falfait , pour
prendre les augures de la Santé , que , durant l'année, au
cune armée ne fût sortie de Rome, et qu'on jouît d'une
profonde paix. Dans les sacrifices qu'on faisait à la déesse ,
on jetait clans la mer un morceau de pâte que les prêtres
envoyaient , disaient-ils , àl'Aréthuse de Sicile (i35). Oiv
représentait Salus sous la figure d'une jeune fille , assise'
sur un trône et couronnée d'herbes médicinales.
Acéso , Jaso et Panacée , furent regardées comme
déesses de la guérison , ainsi que leurs noms l'indiquent.
§ 1 24. — Des noms et des surnoms d'Esculape. — De
son culte et de ses fêtes.
Cicéron compte trois Esculape; le premier fils d'Apollon et dieu
de l'Arcadie ; le second, fils de Mars et frère de Mercure, et le
troisième, qui fut l'inventeur de la médecine.
Esculape, qui s'appelle en grec Asctèplos, est encore désigné par
les mots : Apoltinea proies, Pœonius Draco, Phœbeius anguis, Salu-
tifer puer.
DE MYTHOLOGIE'.- I 29
Esculape avait -pour surnoms : Auton'un; d'Âulon, ville de Mes
seoie ; Epidaurius , d'Épidaure, Tille de l'Argolide ; Phtlolaiit, ami
des peuples ; Triccceus, de Tricca, ville de Thessalie.
La plupart des villes de la Grèce lui rendirent les hon
neurs divins ; mais ce fut surtout Epidaure , Athènes .
Pergame et Smyrne , où son culte fut en vigueur. De la
Grèce, son culte passa dans l'Italie. Rome , après avoir été
délivrée d'une peste , l'an 463 de sa fondation , lui bâtit
un temple , pareeque ce dieu vînt , dit-on , dans la ville ,
sous la forme d'un serpent , et se cacha dans les roseaux
du Tibre. !
Le coq et le serpent lui furent consacrés , pareeque ces
deux animaux sont le symbole de la vigilance et de la sa
gesse qu'il faut apporter dans l'exercice de la médecine.
Les Epidauries étaient célébrées par les Athénien» en l'honneur
d'Esculape; à Rome, c'étaient les Escutapies.
Les Asclèpies ou les Asclèpiades , dans la Grèce , se faisaient re
marquer par une distribution de prix de musique et de poésie. Ces
fêtes se nommaient , chez les Epidauiiens , Megatasclépies ou Mega-
lascléputdes.
§ 123. — Des Muses. — Nombre des Muses. —
Origine de la fable des Muses.
Les Muses étaient les déesses de la poésie , de la musique,
de la danse, enfin de tous les beaux-arts. L'opinion la plus
généraldÈient répandue les faisait filles de Jupiter et de
Mnémosyne (35), au nombre de neuf: Clio^ Euterpe ,
Thalie , Melpomène , Terpsichore , Erato , Polymnie ,
Calliope et TJranie. Tel est le nombre donné par Hésiode
et maintenant consacré. Euphémé fut leur nourrice.
Cicéron compte d'abord quatre Muscs : Thelxiope ,
Mne'mé , Me'lète , Aédé , filles du second Jupiter; puis
neuf auxquelles il donne pour père Jupiter troisième , et
pour mère , Mnémosyne ; et neuf autres enfin , appelées
comme les précédentes , mais issues de Piérus et d'Àn-
tiope (127).
Paiisanias en compte trois, Mnémé, Me'lète, Aédé , c'est-
à-dire , la Mémoire, la Méditation et le Chant , personni
fication des trois choses qui constituent le poème.
Varron n'en admet aussi que trois. Les Sicyoniens, dit-
il , ordonnèrent à trois sculpteurs de faire chacun trois sta
tues des Muses , pour placer dans le temple d'Apollon les
trois ouvrages les plus parfaits. Comme elles se trouvèrent
également belles , la ville les acheta toutes les neuf.
100 CODRS
Selon Diodore , Osiris était toujours suivi d'une troupe
de,musiciens , parmi lesquels étaient neuf filles instruites
dans tous les arts , frères de la Musique, d'où leur vient le
nom de Muses. Elles étaient conduites par Apollon , un de
ses généraux ; de là peut-être le surnom de Musagète, qu'il
partage avec Hercule, général , comme lui, d'Osiris.
On dit encore que la fable des Muses vient des concerts
établis en Crète par Jupiter. Ce dieu n'a passé pour le
père des Muses que parcequ'il eut, le premier des Grecs,
un concert réglé ; de même , Mnéniosyne est leur mère ,
parceque c'est la mémoire qui fournit la matière des poè
mes.
Quoi qu'il en soit , les Muses présidaient chacune à des
arts, à des genres différens , souvent indiqués par leur
nom.
§ 1 26. — Attributs particuliers des Muses.
Clio , dont le nom signifie gloire , honneur , réputation ,
présidait à l'histoire. Ou la représente couronnée de lau
rier , tenant d'une main une trompette, et de l'autre, un
livre. Elle tient quelquefois le plectre et le luth. Elle a
pour emploi de conserver le souvenir des actions des héros
et des grands hommes.
Callope, dont le nom veut dire belle voix , préside à
la poésie épique et à l'éloquence. Les poètes la peignent
le front ceint de lauriers. D une main , elle tien^ne trom
pette , et.de l'autre, un poème. A ses pieds^pn voit l'I
liade , l'Odvssée et l'Enéide.
Melpomène, c'est-à-dire , quichante des vers héroïques ,.
préside à la tragédie. On la figure ordinairement sous le*
traits d'une jeune femme, avec un air sérieux . superbe
ment vêtue , chaussée du cothurne , tenant des sceptres et
des couronnes d'une main , de l'autre, des poignards. "
Thalie , c'est-à-dire , Yamie desfestins , préside à la co
médie , à l'épigramme , à la joie. C'est une jeune fille à
à l'air folâtre , couronnée de lierre , tenant à la main un
casque et chaussée de brodequins ; quelquefois on placer
un singe à ses côtés , symbole de l'imitation satirique.
Polymnie , c'est-à-dire, déesse aux hymnes nombreux,
présidait à la poésie lyrique , au dithyrambe , aux chan
sons, et passait pour avoir inventé l'harmonie. On la repré
sente couronnée de pierreries , vêtue de blanc , la main
droite levée , comme pour iiHjJOser silence , et la gauche
armée d'un sceptre.
DE MYTHOLOGIE.
Erato , c'est-à-dire , déesse de Vamour , préside aux poé
sies légères , aux chansons amoureuses , à l'élégie. On la
représente couronnée de myrtes et de roses, tenant d'une
main une lyre , et de l'autre un archet, instrument dont
on la dit l'inventrice. Près d'elle se tient l'Amour avec une
torche allumée. Quelquefois son air est pensif, mais ordi
nairement son visage est vif et animé.
Therpsichore , c'est-à-dire, amie des chœurs , préside à
la danse. On la représente sous la figure d'une jeune fille,
vive, enjouée, couronnée de guirlandes, et tenant en main
une harpe; d'autres fois , un tambour de basque , au son
duquel elle dirige ses pas en cadence.
Euterpe , c'est-à-dire , qui charme , préside à la musi
que. Elle passe pour l'inventrice de la flûte et de tous les
instrumens à vent. On la représente couronnée de fleurs ,
et tenant une flûte à la main. À ses pieds, on voit des pa
piers de musique , des hautbois et plusieurs autres objets
de son art.
Uranie, c'est-à-dire , la Céleste, préside à l'astronomie.
On la représente comme une jeune fille , vêtue d'une robe
d'azur , couronnée d'étoiles , soutenant un globe avec les
deux mains; autour d'elle sont plusieurs instrumens de
musique.
Musée du Capitole, sarcophage représentant les neuf Muses. —
Trois Muses de Lesueur, au Musée. — Statues d'Apollon et des
neuf Muses, Musée Pio-Clemenlin. — Galliope et Polymnie, bas-
relief, dans la cour du Louvre. — Uranie de Girardon , au Musée.
— Meipomène colossale , au Vatican.
§ 127. — Des noms des Muses. — Aventures
de PUrus. — Des surnoms des Muses.
Les Muses se nomment encore Filles de Mémoire et
Camènes. Ce dernier mot signifie chant agréable. On ap
pelait ainsi les Muses , à cause de la douceur et de la mé
lodie des accens par lesquels elles célébraient les louanges
des dieux et les exploits des héros.
Les Muses sont encore connues sous le nom de Piérides,
soit pareeque alors on les confond avec les filles de Pié-
rus , soit pour rappeler leur victoire sur ces rivales.
Piérus, roi de Macédoine , avait en effet neuf filles, qui
toutes excellaient dans la musique et la poésie. Fières de
leur nombre et de leurs talens , elles allèrent défier les,
Muses jusque sur le Parnasse. Le défi fut accepté par les"
déesses , et les nymphes de la contrée ? choisies pour ar-
l52 COURS
bitres , prononcèrent en faveur des Muses. Les Piérides ,
piquées de ce jugement, s'emportèrent en invectives; elles
voulaient même frapper leurs rivales , lorsque Apollon les
changea , pour les punir , en pies , oiseau dont elles con
servèrent le bavardage et la vanité.
Défi des Piérides accepté par les Muses, de Bonaccorsi.
I. Surnoms tirés des lieux :
Aganippides, d'Aganippe, célèbre fontaine de la Béotie , qui
prenait sa source an pied de l'Hélicon, et se jetait dans le Permcsae.
Aonides , des monts Aoniens , en Béotie.
Castaiides, de Gastalie , fontaine de la Phocide qui leur était con
sacrée; ses eaux avaient, dit-on, la vertu d'inspirer le génie poétique
àcèjx qui en buvaient.
\ CUhèriadcs ou Cilhèrides , de Cithéron , montagne de Béotie,
l'une de leurs résidences.
Cprycîdçs , de Coryce , antre du mont Parnasse ou de la Gilicie.
Heliconiades , de l'Hélicon, en Béotie. G'était la montagne la plus
fertile et la plus fameuse de la Grèce.
Hippocrin.es , d'Hippociène , fontaine voisine de l'Hélicon , que
Pégase fit naître en frappant la terre du pied (a3i).
Ilissiades , de l'Ilissus, petite rivière de l'Attique , près de la
quelle les Muses avaient un temple.
Libèthrides , de la fontaine Libélhra , qui leur était consacrée, sur
les confins de la Macédoine et de la Magnésie.
Olympiades , du mont Olympe , leur séjour le plus aocien.
Parnassides , du mont Parnasse.
Permcssides , du mont Perinesse et de ses sources.
Pemplèennes ou Pimpléides, de Pimplée, montagne de Macédoine.
Tkespiades , de Thespies , ville de Béotie.
H. Surnoms tirés des circonstances :
Ardalides, d'Ardalus, fils de Vulcaiu (75). 11 inventa la flûte,
dont il fit présent aux Muses. Selon d'autres , ce surnom leur vient
de ce qu'il leur bâtit une grotte près de Trézène.
Bœolia Numina, parcequ'clles étaient surtout honorées en Béotie.
Hyantides, parcequ'elles habitaient la Béotie, nommée d'abord
Hyanlis, d'Hyas un de ses rois.
Pègasides, du cheval Pégase , ou de la fontaine qu'il avait fait
jaillir sur l'Hélicon.
Sicetides , surnom donné par Virgile aux Muses ; il suppose qu'elles
ont inspiré Théocrite , poète de Sicile , qu'il veut imiter dans ses
éclogues.
111. Surnoms tirés des qualités :
Archésimotpès , parcequ'elles entonnent les chants, ou qu'on les in
voque au commencement des poèmes.
Mnémonides , ou Mnémosynides , c'est-à-dire , filles de la Mémoire
ou de Mnémosyne.
§ 128. — Attributs généraux des Muses. — Aven
tures de Pyrénée , d'Adonis et de Thamyris.
Les Muses se plaisaient dans la solitude et sur les lieux
rlevés. Le Parnasse , l'Hélicon , le Pinde , étaient leur de
DE MYTHOLOGIE. 135
meure favorite. Le cheval Pégase paissait ordinairement
sur ces montagnes.
Parmi les fontaines et les fleuves , l'Hippocrène, qu'il fit
jaillir d'un coup de pied , le Permesse et Castalie leur
étaient consacrés ; parmi les arbres, le palmier et le laurier.
On les peint jeunes , belles , modestes , vêtues simple
ment. Apollon est à leur tête, la lyre à la main et cou
ronné de lauriers.
Quelquefois on les représentait dansant ensemble, pour
montrer la liaison nécessaire des arts et des sciences. Quel
quefois on leur donnait des ailes, en mémoire d'une .
aventure célèbre dans la fable.
Danse des Muse», de Jules Romain, à Florence. — hc Parnasse,
composition allégorique de Mantègne, n° io3o.
Pyrénée , roi de Phocide , ayant un jour rencontre les
Muses pendant un temps d'orage , leur fit beaucoup d'ac
cueil et leur offrit l'hospitalité dans son palais. Mais à
peine y furent-elles entrées, qu'il en fit fermer les portes
pour les maltraiter. Alors elles prirent des ailes , avec le
secours d'Apollon , et s'enfuirent à travers les airs. Pyré
née monta sur le haut d'une tour, et crut pouvoir voler
comme elles; mais il tomba sur-le-champ et se brisa la
tête; ingénieuse allégorie pour rappeler que ce roi chassa
de son royaume tous les savans, tous les sages, tous les in
stituteurs, et que, méprisé de tout le monde, sa mémoire
tomba dans l'oubli.
Adonis eut à peu près le même sort. Il voulut plaire
aux déesses, qui punirent par la mort sa prétention auda
cieuse ; image de l'inutilité des efforts que l'on fait pour
s'élever jusqu'à la poésie lorsqu'on n'a pas reçu les dons
nécessaires à cet art.
Thamyris, fils de Philammon (i i3), osa défier les Muses
au combat du chant; défi qu'elles acceptèrent, à condition
que le vaincu serait à la discrétion du vainqueur. Tha
myris n'eut point la gloire de vaincre; les Muses le privè
rent de la voix et de la vue et brisèrent sa Ivre.
Les anciens ont souvent pris les Muses pour des déesses
guerrières , et les ont confondues avec les Bacchantes , sans
doute pareeque le vin dispose à l'enthousiasme poétique ,
et que des chants sublimes peuvent enflammer le courage
des combattans.
§ 1 29. — Du culte des Muses.
On offrait des sacrifices aux Muses en plusieurs villes
1 54 COURS
de la Grèce et fie la Macédoine. Athènes , séjour des beaux-
arts, leur avait dressé le plus magnifique autel. Rome
aussi leur avait consacré trois temples, dont l'un sous le
nom de Camènes (127).
Les Muses et les Grâces (i64) n'avaient ordinairement
qu'un temple. On rie faisait guère de repas sans les y saluer
le verre à la main. Les festins les mieux entendus n'admet
taient pas moins de trois ni plus de neuf convives ; de là
vient qu'à Rome les lits des repas ne contenaient ordinai
rement que trois places , et la salle que trois lits.
Les poètes ne manquent jamais de les invoquer au début
de leurs poèmes , comme les seules capables de leur inspi
rer cet enthousiasme si nécessaire à leur art.
On célébrait en leur honneur, dans plusieurs lieux de
la Grèce, des fêtes appelées Musées , et particulièrement
chez les Thespiens, qui les solennisaient tous les cinq
ans par des jeux publics.
§ 1 3o. — Des enfans des Muses. — Linus. — Orphée.
Parmi les enfans des Muses, on distingue Linus et son
disciple Orphée.
Linus, l'un des poètes grecs les plus anciens, était fils
d'Apollon ou d'Amphimare (121) et d'Urauie, selon les
uns; de Calliope, selon les autres.
Quoi qu'il en soit, c'est à lui qu'on attribue l'invention
du rhythme et de la mélodie ; il instruisit Orphée, Thaniy-
ris (1 13 et 128), et même Hercule.
Les Thébains nommaient cependant un Linus plus an
cien, issu d'Amphimare (222) et d' tirante.. Selon eux, il
fut tué par Apollon , pour s'être vanté de le surpasser au
chant.
Quant au Linus, maître d'Hercule, qu'on dit fils d'un
certain Isménius, un jour qu'il avait châtié son élève
peu attentif ou peu docile, le jeune héros le frappa de sa
lyre à la tête, et le tua. Hercule fut cité pour ce meurtre
en justice; mais Rhadamanthe (25o) décida qu'un homicide
commis pour se défendre n'était pas dans le cas d'être puni.
L'histoire d'Orphée paraît plus certaine que celle de
son maître.
Fils d'OEagre , roi de Thrace et de Calliope , selon les
uns, d'Apollon et de Clio selon les autres; Orphée, père
de Musée, tout à la fois théologien, poète et musicien,
flonssait du temps de l'expédition des Argonautes, c'est-à-
dire environ cent ans avant la guerre de Troie.
DE MYTHOLOGIE. I 35
Musicien habile, il avait surtout cultivé la cithare,
présent d'Apollon ou de Mercure, qui n'avait que sept
cordes , auxquelles il en ajouta deux. Il en jouait avec tant
de perfection , que toute la nature semblait se plaire à ses
accens. Les fleuves, dit la fable, suspendaient leur cours,
les bêtes sauvages quittaient leurs repaires , et les monta
gnes , les forêts s'ébranlaient pour l'entendre ; exagérations
poétiques qui peignent, ou la beauté de son talent , ou sou
art merveilleux pour adoucir les moeurs féroces des
Thraces , et les faire passer de la vie sauvage aux doucenrs
de la vie civilisée.
§ 1 3 1 . — Suite de l'histoire d'Orphée. — Musée.
— Eumolpe.
Philosophe et théologien , Orphée joignit la qualité de
pontife à celle de roi; d'où vient qu'Horace l'appelle le mi
nistre et l'interprète des d'.eux.
Il avait déjà reçu d'OEagre les premières leçons de théo
logie; ses voyages , dans les pays alors connus, surtout en
Egypte, le perfectionnèrent dans cette science, au point
f qu'il est regardé comme le père de la théologie païenne.
i C'est en effet lui qui d'Egypte porta dans la Grèce l'ex
piation des crimes, le culte de Bacchus , d'Hécate Ghtlio-
nia , de Cérès et les mystères Orphiques. Pour lui , s'ab
stenant de manger de la chair, il avait aussi l'usage des
œufs en horreur, persuadé que l'œuf était le principe de
tous r les êtres; idée de cosmogonie qu'il avait puisée chez
les Egyptiens (4).
De toutes les Nymphes, la seule Eurydice toucha le
cœur du musicien, et consentit à l'épouser. Leur bonheur
ne fut pas de longue durée. Eurydice, fuyant Aristée
( 1 1 3 , 2a^ ) qui l'aimait, fut piquée par un serpent ca
ché sous 1 herbe , et mourut de sa blessure. Orphée, dans
son inconsolable douleur, résolut de la recouvrer. Il des
cendit aux enfers , et par les sons de sa lyre charma telle
ment le dieu des enfers, qu'il consentit à lui rendre Eu
rydice, à condition qu'il ne regarderait derrière lui qu'a
près avoir franchi les limites infernales. L'époux impatient
oublia la défense, tourna la tête, et revit un instant Eury
dice , mais pour la dernière fois. Dans l'excès de son dés
espoir, il se donna la mort;; selon d'autres , il périt d'un
coup de foudre, parcequ'il avait révélé les mystères à
des profanes; d'après une tradition plus suivie , les femmes
de ïhrace, pour le punir de ses dédains, le mirent en
]36 COURS
pièces, dispersèrent ses membres dans les campagnes, et
jetèrent sa téte dans l'Hèbre. Un pêcheur la trouva vers
l'embouchure du Mélès, dans la Sicile ; on y bâtit un
temple , où la victime de la vengeance fut honorée comme
un dieu; mais l'entrée de ce temple fut toujours interdite
aux femmes.
Comme poète , on met sur le compte d'Orphée l'inven
tion des vers hexamètres , des poèmes sur la guerre des
Géans, l'enlèvement de Proserpine, le deuil d'Osiris cé
lébré par les Egyptiens, les travaux d'Hercule, et plusieurs
autres ouvrages sur les Corybantes, sur les auspices et la
divination. Ses hymnes étaient peu nombreux et fort
courts. Les Lycomèdes, famille sacerdotale d'Athènes, les
savaient par cœur et les chantaient dans la célébration des
mystères. Orphée fut l'un des Argonautes.
On représente ordinairement Orphée la lyre à la main,
entouré d'animaux féroces qu'ont attirés ses acccords mé
lodieux.
Eurydice piquée par un serpent, de Legcndre-Heral ; — de
Poussin, n" 66. — Descente d'Orphée aux enfers, de Ghein, Mu
sée, n°449- — Orphée perdant Eurydice, Luxembourg, n°4».
Les Grecs nommaient Orphique une vie pure, reli
gieuse, éclairée par la science, et dont une des pratiques
consistait à ne point manger de la chair des animaux.
Orphée passe pour en avoir donné l'exemple.
Musée, son fils, florissait vers l'an 1180 avant J.-C.
Virgile le place dans les Champs-Elysées , environné d'une
multitude nombreuse qu'il surpasse de toute la tête.
Eumolpe, fils de Musée, fut poète, comme son père et
son aïeul. Les mystères d'Eleusis lui doivent, dit -on,
leur institution (199).
§ i3a. — Distinction de la Lune et de Diane. —
Noms de la Lune. —Ses enfans. —Du dieu Lunus.
Diane , sœur d'Apollon , était la déesse de la chasse.
On a confondu Diane avec la Lune, comme Apollon avec
le Soleil. L'erreur est semblable et doit être semblablemeut
rectifiée.
Hésiode donne à la Lune Hypérion pour père , et pour
mère , Théa ( 26 ). La plupart des Orientaux l'hono-
r*%it sous le nom d'Uranie. C'est l'Isis des Egyptiens , la
BaM- Tis ou YAstarté de Phénicie , la Méni des Hébreux
idolâtres , la Militta des Perses , Y Alilat des Arabes , la
Belisama des Gaulois, la Sélénè, Y Artemis oui' Hécate
DE MYTHOLOGIE. i37
des Grecs , et la Diane , la Vénus ou la Junon des Ro
mains.
Hélios avait été noyé dans l'Eridan par les Titans , ses
oncles ; à cette nouvelle , Sélénè , sa sœur, se précipita du
haut de son palais , et tous deux furent changés en astres ,'
l'un sous le nom de Soleil , l'autre sous le nom de Lune.
Le char du Soleil était d'or, celui de la Lune était d'ar
gent ; ses rayons s'appelaient flèches ou traits, comme ceux,
de l'astre du jour , et l'on a vu ( 1 08 bis ) combien les uns
et les autres étaient redoutables.
" La Lune se nommait encore Mèn ou Mené, c'est-à-dire,
l'astre qui mesure les mois , la Reine des astres et la Reine
du ciel.
Elle eut de Jupiter , Némée ; Pandée , de Saturne ; et
de l'Air , Ros ou là Rosée , qui , selon les poètes , n'était
que les larmes versées par l'Aurore sur Tithon , son époux,
ou sur Memnon , son fils ( io3).
Les bergers de la Thessalie se vantaient de faire descen
dre la Lune sur la terre par la force de leurs enchante-
niens ; et , lorsqu'elle s'éclipsait , ils assuraient qu'elle y
venait pour se rendre à leurs ordres.
L'astre de la ■i le nom de Lunus , mot
masculin par lequel plusieurs langues de l'Orient désignent
la Lune. La Carie , la Phrygie, la Pisidie , niais surtout la
ville de Carrhes ,en Mésopotamie , l'honoraient d'un culte
particulier. Les hommes lui sacrifiaient en habits de fem
me , et les femmes , en habits d'homme. On représentait
le dieu Lunus sous les traits d'un jeune homme , un bon
net arménien sur la tète , un croissant sur le front, tenant
de la main droite une bride , un flambeau de la gauche, et
sous ses pieds , un coq.
Le croissant de la Lune et de Lunus se retrouve dans
l'Artemis des Grecs , et dans la Diane des Romains , com
me les rayons du Soleil figurent dans les attributs d'A
pollon.
§ t33. — Nombre des Diane. — Naissance de Diane.
— Aventure d1Endymion. — Enfans de Diane.
Diane fut , comme Apollon , adorée sous trois noms ,
honorée par trois cultes. C'était Phcebé , la Lune ou Sélénè
dans le ciel ; Artemis ou Diane , sur la terre • Hécate ou
Proserpine , aux enfers. De là vient qu'or' ^^pelle la
déesse aux trois formes.
Cicéron , du reste , compte trois Diane ; la première ,
i38 COURS
fille de Jupiter et de Proserpine, qui fut mère de Cupidon;
la deuxième , fille de Jupiter et de Latone ; la troisième,
d'Apis ou d'Upis et de Glaucé. C'est la seconde, comme
sœur d'Apollon , dont l'éclat a fait disparaître celui des
autres.
Diane naquit en même temps qu'Apollon , et sur-le-
champ , dit la fable, elle servit de sage-femme à Latone.
Témoin des douleurs de sa mère, elle conçut tant d'aver
sion pour le mariage , et tant de pitié pour les femmes ,
qu'elle sollicita de Jupiter le don d'une virginité perpé
tuelle , et la fonction de présider aux accouchemens : dou
ble demande qui lui fut accordée par le maître des dieux.
Pour éviter la société des hommes , elle se livra tout
entière à la chasse , et Jupiter lui donna pour compagnes
soixante Océanides et vingt autres nymphes qui renoncè
rent comme elle au mariage. Endymion et Amphithémis
surent néanmoins lui plaire.
Endymion , fils de Jupiter (36) , régnait dans l'Elide.
Sur la permission de son père , il lui demanda , dit-on ,
une jeunesse éternelle et le pouvoir de prolonger le som
meil à son gré. Selon d'autres , Jupiter le chérit tellement
à cause de sa justice et de sa probité , qu'il l'accueillit dans
le ciel ; mais , comme il y devint épris de Junou , l'époux
de la déesse le plongea dans un sommeil éternel. Sa beauté
rendit sensible Diane ou Phébé , qui -, toutes les nuits ,
descendait de son char pour le visiter dans une grotte du
mont Latmos, en Carie. L'histoire explique ces fabuleuses
amours de Diane et d'Endymion , qui la rendit mère d'E-
tolus et de cinquante filles. C'était , dit-elle , un prince si
passionné pour l'astronomie, qu'il passait souvent les nuits
sur le sommet des montagnes pour observer le cours des
astres.
Endymion épousa la fille d'Arcas (30), Hypéripna, qu'il
rendit mère d'Etolus , à'Epéus , de Péon et d'Eurydice.
Etolus fut père de Pleuron (57).
D'autres le marient à Chromia , fille d'Itone (57).
Amphithémis , fils d'Apollon (i i3) , rendit Diane mère
de Caphaurus et de Nasamon.
Sommeil d'Endymion , de Girodet , Luxembourg, n" 5y. — Diane
et Endymion, de Langlois, iôld., n" 76.
§ i34-— Orion. — Sa naissance. — est aimé
de Diane. — Sa mort.
La naissance d'Oriou , quoique ridicule , a besoin d'être
DE MYTHOLOGIE. l3a
connue. Jupiter , Neptune et Mercure , dit la fable, voya
geant un jour dans la Bcotie , se présentèrent chez Hy-
riée , simple paysan , selon les uns ; selon les autres , fils
du dieu des eaux (aaa) et Prince de Tanagi-a. Quoiqu'il ne
connût pas ses hôtes , il leur offrit ce qu il avait de meil
leur ; il aurait même ignoré leur dignité, si Neptune n'eût
nommé Jupiter par mégarde. Le bon vieillard leur offrit
aussitôt en sacrifice un taureau , le seul qu'il possédât. Les
dieux , touchés de sa piété , lui promirent d'accomplir tous
ses vœux. Hyriée les pria de lui donner un fils. Lescélestes
voyageurs lui commandèrent d'enfouir pendant neufmois
dans la terre la peau de la victime. Au temps prescrit ,
Hyriée creusa le sol , et trouva , chose étonnante , un bel
enfant enveloppé dans cette peau. Il l'appela Orion.
Orion s'acquit bientôt un grand nom , et sa beauté fit
concevoir à Diane de l'amour pour lui. L'Aurore , égale
ment éprise de ses charmes , l'enleva pour le porter dans
l'île de Délos. Mais Diane, jalouse , le perça de ses flèches.
D'autres disent qu'il périt en puuition d'une insulte faite
à l'une de ses nymphes , ou bien à la déesse elle-même.
Dépouillons ces récits du merveilleux , et nous y verrons
qu'amant passionné de la chasse , Orion se levait de grand
matin , et qu'il mourut dans l'île de Délos , soit d'un excès
de fatigue, soit d'une maladie contagieuse; mort qu'on
attribuait quelquefois à Diane. Selon Ovide, Orion mou
rut de la morsure d'un scorpion que la Terre produisit,
parcequ'il s'était vanté de n'avoir trouvé nulle part aucun
animal capable de lui rés'ster, allégorie qui donne pour
époque à sa mort le temps où le soleil parcourt le signe
du Scorpion.
Diane, affligée d'avoir ôté l'existence au bel Orion, ob
tint de Jupiter qu'il fût placé dans le ciel, où il forme la
plus brillante des constellations, et comme elle y tient
beaucoup de place, ce phénomène astronomique aura
fourni l'idée de cette taille monstrueuse qu'on lui donne.
9 Selon Diodore , Orion fut un chasseur célèbre, supé
rieur à tous les hommes par sa taille et par sa force ex
traordinaire. Il bâtit le port de Zancle et garantit la côte
de Sicile de toute inondation, en élevant le promontoire
de Pélore, sur le sommet duquel il consacra un temple au
dieu de la mer.
On le représente une moitié du corps dans la mer , et
l'autre sur la terre, pareequ'en effet sa constefflmon est
moitié sous l'équateur, moitié au-dessus. C'est de laque
1^0 COURS
les uns l'ont fait fils de la Terre , les autres de Neptune ,
duquel il reçut le pouvoir de se promener sur les flots sans
se mouiller les pieds.
La constellation à laquelle Orion donne son nom se
compose de dix-sept étoiles, et se trouve au-dessus du
Taureau. Elle a la figure d'un homme armé d'un glaive;
d'où les poètes ont pris souvent occasion de parler de l'épée
d'Orion. Comme le lever d'Orion,qui arrive vers le com
mencement de mars, est ordinairement accompagné de
pluies et d'orages , Virgile lui donne l'épithète A'Aqueux.
§ 1 35. — Punition de la nymphe Calisto. — De la
grandeet de lapetite Ourse. — Chioné et Action.
Diane était plus sévère pour les fautes d'autx-ui que pour
les siennes.
Calisto, nymphe de sa suite, éprouva sa vengeance im
placable. Jupiter, pour la séduire, avait pris la forme de
la déesse elle-même. Diane la chassa de sa cour, pour la li
vrer à la jalousie de Junon, qui la changea en ourse.
Elle erra long-temps dans les bois. Son fils Arcas, ce
fils qui lui avait coûté si cher, se trouvant à la chasse , •
rencontra sa mère. Il ne la reconnut point; mais Calisto,
retrouvant en lui les traits de Jupiter, ne songea plus à
fuir. Arcas allait la percer de ses traits , lorsque Jupiter,
pour prévenir ce parricide, le changea lui-même en ours ,
et le transporta dans le ciel avec sa mère , où ils forment
la constellation de la grande et de la petite Ourse.
La grande Ourse ou le Chariot se composede septétoiles.
La constellation nommée Bootès ou le Bouvier qui
suit la grande Ourse représente, dit-on , le fils de Calisto.
Il semble la surveiller, et c'est pour cela qu'on lui donne
le nom d'Arctophylax. Près de la queue de la grande
Ourse estArcture, étoile dont le lever et le coucher étaient
pour les anciens un signe d'orage et de pluie.
La petite Ourse, appelée Cynosure, et placée près du
pôle Arctique, sert de guide aux nautonniers. Les étoile*
qui la composent sont les nymphes qui prirent soin de l'en
fance de Jupiter.
Diane punit aussi l'orgueil de Chioné , fille de Dédalion.
Cette nymphe , aimée de Mercure et d'Apollon , eut du
premier Autolycus, et du second Philammon. Celui-ci,
comme fils d'Apollon , excella dans la musique ; celui-là ,
comme fils de Mercure, devint un insigne voleur (209).
Chioné, fière de l'amour qu'elle avait su inspirer à ces
DE MYTHOLOGIE. 1 '4 1
deux divinités, osa se vanter d'être plus belle que Diane;
cette déesse , pour se venger de son orgueil, la perça, se
lon les uns , de ses flèches ; elle la changea , selon les autres ,
en faucon. Son père , désespéré de cette perte , se préci
pita du haut du Parnasse. Apollon , touché de sa tendresse
et de son malheur, le changea , comme sa fille , en épervier.
Actéon , célèbre chasseur, fils d'Aristée(i i3), n'eut pas
un sort moins funeste. Conduit par la vengeance de Ju-
non, il avait jeté les yeux sur Diane, qui se baignait; il
fut changé sur-le-champ en cerf, etdévoré par ses chiens.
Actéon changé en ccif , de l'Albane.
Alphée , chasseur de profession , poursuivait Aréthuse ,
nymphe de sa suite. La déesse les changea , l'un en fleuve,
dans le Péloponèse , l'autre en fontaine, dans l'île d'Ortvgie ,
près de Syracuse. La fable a feint que l'Alphée, toujours
épris d'Aréthuse, traversait le fond des mers, sans y con
fondre ses eaux, pour les mêlera celles de son amante.
Cette fiction vient de la croyance où l'on était que les objets
jetés en Grèce dans le lit de PAlphée se retrouvaient en
Sicile dans la fontaine Aréthuse.
§ 1 36. — Des attributs de Diane.
On donne ordinairement à Diane, trois têtes : la pre
mière de cheval, la seconde de femme ou de laie, la. troi
sième de chien; quelquefois celles d'un taureau, d'un
chien et d'un lion.
On la représente armée d'un arc et d'un carquois,
suivie d'une meute de chiens , et quelquefois assise sur un
char attelé de deux cerfs blancs; ce char est souvent traî
né par deux génisses ou par deux coursiers de couleur dif
férente.
Quelquefois Diane porte des ailes ; elle tient un lion
d'une main, et de l'autre une panthère.
Soixante Océanides et vingt Asies (218) forment sa
suite et sa cour; elle les surpasse de toute la tête, porte
un croissant au-dessus du front , et des chiens l'accompa
gnent toujours. Son air est mâle, ses jambes fortes et
proportionnées, et ses pieds couverts de brodequins,
chaussure des chasseurs chez les anciens. Telle est aussi la
Diane chasseresse.
Cette Diane est la Bendis des Thraces, et l'Arduenne
des Gaulois et des Sabins.
Comme déesse des accouchemcns (61), Diane parta
geait avec Junon le nom et l'emploi de Luciue ou d'Ili
1 4S COURS
thyie. Les jeunes filles près de se marier lui consacraient
leur ceinture, et les femmes sur le point d'accoucher
l'invoquaient pour en obtenir une heureuse délivrance.
_ On confondait quelquefois avec Diane ou Lucine ,
Ége'rie, nymphe d'Aricie, que Numa a rendue si célèbre.
Ce prince la visitait souvent dans un bois. voisin de Rome;
et, pour imprimer à ses lois un caractère divin, qui de;-
vait y rendre les Romains plus soumis, il leur disait qu'E-
gérie les avait approuvées. On lui rendait à Rome un
culte solennel.
DianeSuccincta , ou Chasseresse (1 38), au Musée, aux Tuileries,
au Luxembourg et à Versailles. — Diane de Poitiers , de Jean Gou
jon , Musée. — Diane en repos, du même , cabinet particulier. —
Salle de Diane , à Versailles.
§ 137. — Des noms et des surnoms de Diane.
On a vu déjà la plupart des noms de Diane. Les Romains l'appe
lèrent d'abord Iana, mot qui, joint à Dea, forma par abréviation
Diana.
I. Surnoms tirés des lieux :
Amarynthia , Amarysia, d'Amarynlhe , bourg de l'Ile d'Eubéc,
près d'Eiétrie. C'était pareillement un bourg de Thessalie.
Angitas, d'Angilas, rivière de Thrace, qui se jette dans le Strymon.
Argia , d'Argos.
Aricina , d'Aricie , dans le Latium. Ressuscité par Esculape , le
reconnaissant Hippolyte bâtit un temple à la déesse, dans un bois
voisin de cette ville.
Astyrène, Astyrit, d'Astyra, village de Mysic.
Avcntine, du mont Aventin.
Brauronie , de Brauron , ville maritime de l'Attique.
Caryatide , de Carye , ville de Laconie.
Chesiade, de Chesias, montagne de Samos, ou de Chesia, ville
d'Ionie. — Chia, de Chio.
Chitonia, de Chitoné, ville de l'Atlique. Ce surnom peut encore
venir de ce qu'on lui consacrait les premiers vétemens des eufans.
Condyleatis , de Condylée , ville d'Arcadie.
Coryphée, d'une montagne, près d'Epidaure.
Cynthia , de Cynthie , montagne de l'île de Délos.
Delphinia. (V. Apollon, § 119).
lcaria, d'icarium, île du Golfe Persique.
Leucophryne, de Leucophrys, premier nom du Méandre, en Ma
gnésie. Son temple avait le droit d'asile.
Lycoatis , de Lycoa , ville d'Arcadie.
Munychia , de Munychie , faubourg d'Athènes.
OEnoatis , d'CEnoé , bourg de l'Argollde.
Ortygia, de Délos, île fertile en cailles.
Petléne , Pellenis , de Pellènc , ville d'Achaïe. Lorsque la prêtresse
portait la statue de Diane en procession, tout le monde détournait
les yeux, et n'osait la regarder en face, dans la crainte d'ëprourer
de grands maux.
Sarpedonia, de Sarpédon , en Cilicie.
DE MYTHOLOGIE. ] 43
Scialis, de Scias, petit village voisin de Lacédémone.
Stymphalic , de Stymphale , en Arcadie.
Taurique, de la Cliersonèse Taurique (98 , i4o).
§ 1 38. — Suite des surnoms de Diane.
II. Surnoms tirés des circonstances :
Agorœa , d'un temple qu'elle avait sur une place publique d'O-
lympic.
Agrolére, considérée comme parcourant lescampagnes, àla chaise.
Amphipyros , parcequ'on la représente quelquefois avec une torche
dans chaque main.
Cedrealis , chez les Orcboméniens, qui suspendaient les images de
Diane aux cèdres les plus élevés.
CorytItalienne , à Sparte, parcequ'on lui sacrifiait de jeunes pour
ceaux.
Dictynna , de Dictjnne , nymphe de la Sicile, par qui furent in
ventés les filets de chasse.
Didyma , comme sœur jumelle d'Apollon.
Discincla, lorsqu'elle porte l'habit long et flottant, sans ceinture.
Fascelis, Fascellina (i4o).
Ueurippe, chez les Phénéates , en mémoire de ce qu'Ulysse , après
avoir cherebé ses cavales dans toute la Grèce, les avait retrouvées
à Phénée, ville d'Arcadie.
Iphigénie, chez les Hermioniens (i4o ).
Laphria , à Patras et chez les Galydonicns. Ce mot fait sans doute
allusion aux dépouilles sanglantes que remporte sans cesse la déesse
de la chasse.
Leucippe , de son char attelé de chevaux blancs.
Lyccea, chez les Trézéniens , de ce qu'Hippolyte a, parson secours,
purgé le pays des loups qui l'infestaient.
Lygodesma , même circonstance que Faseelit.
Montana, du culte qu'on lui rendait sur les montagnes, ou de la
chasse, sa principale occupation.
Nelées {V. Nétèidies § i43).— Orettea [ifa).
Orlhia, chez les Spartiates, pareeque la statue de Diane était
tellement liée, qu'elle ne pouvait pencher ni d'un côté ni de l'autre,
et se tenait parfaitement droite.
Pyronia, sur le mont Gratins, où les Argieus allaient chercher du
feu pour les fêtes de Lerna. —Sieva Dca. (i85).
Saronia, chez les Trézéniens, dans un temple bâti par Saron,
un de leurs rois. .
Suceincla , quand s m vêtement est retroussé par une ceinture.
Taurione , soit parcequ'on l'honorait en Tauride (i4o), «oit parce-
qu'elle protégeait les troupeaux , ou qu'elle était traînée dans un char
attelé de bœufs.
Thoantea , de Thuas , roi de Tauride.
Triolaria, d'un temple qu'elle avait dans an canton possédé par
trois villes , Aroé , Anthée , Me.-satis.
§ 139. — Suite des surnoms de Diane.
III. Surnoms tirés des qualités :
Aristobula, qui donne d'exccllens conseils. Ce fut Thémistocle
\ qui lui bâtit dans Athènes un temple sous ce nom.
1 44 COURS
CallUle , très belle , dans un temple près de Tricolo&s.
Elaphébolie , qui tue les cerfs.
Euctea, glorieuse, ou de bonne réputation , en Béotie.
Hecatebolia, Héeatobelia (117).
Hégémaque , qui mène au combat , ou conductrice ,à Sparte. Sous
ce titre , elle était représentée portant des flambeaux.
Hierea , sacrée , ebaste , chez les Oresthasicns.
Iochaira , qui se plaît à lancer des traits.
Liyncnatis , comme présidant aux ports. Sous c ette dénomination ,
elle portait une espèce d'ancre marine.
Limnatis et Llmnée, comme déesse des marais.
Lucifera, comme déesse des accouchemens ( i36). On la représen
tait alors couverte d'un voile parsemé d'étoiles, et tenant à la main
un flambeau. *
Nemorensis, comme déesse des bois.
Omnivaga , non seulement parcequ'elle était la déesse des chas
seurs, mais aussi parcequ'elle était mise au rang des étoiles errantes.
Orthiom, c'est-à-dire, inflexible pour les fautes de ses nymphes.
(.35).
Partagée, qui dirige tout. Ce surnom lui vient des différentes fonc
tions qu'on lui donnait , au ciel, sur la terre et dans les enfers.
Pharetrata Dea. —Podagra , à cause de son ardeur pour la chasse.
Sotira, conservatrice, a Mégare, en souvenir d'une victoire que
cette déesse, selon UDe ancienne tradition, lui avait fait remporter
sur l'armée des Perses, commandés par Mardonius, l'an 479 avant
Jésus-Christ.
Sospes. — Tilania (i33). — Vpis (20).
5 i4°- — Du culte de Diane. — Aventure d'Oresle.
— Aricie. — Lacèdémone.
Les habitans de la Tauride rendaient à Diane un culte
solennel, etsacrifiaient sur ses autels tous les étrangers que
la tempête ou le hasard jetait sur leurs côtes (273 bis)'
Oreste , tourmenté par les Furies , consulta l'oracle
d'Apollon, duquel il apprit que, pour en être délivré
tout-à-fait, il devait aller, dans la ChersonèseTaurique, en
lever la statue de Diane, dont Iphigénie sa sœur était prê
tresse : il s'y rendit avec Pylade. Pris en abordant , il fut
sur le point d'être immolé. Pylade voulait mourir pour
Oreste , Oreste pour Pylade , et l'un des deux allait périr ,
quand Oreste se fit reconnaître à sa sœur. Iphigénie fit
suspendre adroitement le sacrifice , en disant à Thoas ,
à la fois monarque et pontife , que ces étrangers étaient
coupables d'un meurtre ; qu'on ne pouvait les immoler
sans l'avoir expié ; que la cérémonie devait se' faire sur la
mer , et que la statue de Diane , profanée par les impies ,
devait être aussi purifiée. Tous trois montèrent sur le
vaisseau d'Oreste, et s'enfuirent, maîtres de la statue de la
déesse, qui fut placée dans un faisceau de bâtons.
SE MYTHOLOGIE. 1 45
Aricie n'était pas moins célèbre par le culte ensanglanté
qu'on rendait à Diane. Le prêtre portait le titre de roi des
bois, et devait être un esclave fugitif, assassin de son pré
décesseur. Une épée pendait sans cesse à ses côtés, pour le
garantir des attaques de celui qui voudrait lui succéder à
la même condition.
A Lacédémone , des victimes humaines furent égorgées
sur ses autels jusqu'au siècle de Lycurgue , qui renversa
cette coutume pour y substituer la flagellation. Les Athé
niens lui sacrifiaient un bouc, d'autres un chevreau blanc,
une laie ou un taureau. Le chien , le sanglier et le pavot
lui étaient consacrés. 1 ,
Elle avait, ainsi qu'Apollon son frère, plusieurs oracles,
dont les plus connus sont ceux d'Egypte, de Cilicie, d'É-
phèse. Elle avait surtout un grand nombre de temples ,
parmi lesquels le plus beau , lé plus riche et le plus célèbre
était le temple d'Ephèse ; que Pline appelle le miracle de
la magnificence grecque , et que la voix publique rangea
parmi les merveilles du monde (i).

§ i4i. — Du. temple d'Ephèse.


- Pour garantir ce temple des tremblemens de terre , on
le bâtit dans un endroit marécageux. Mais pour en conso
lider les fondemens, et pour raffermir le terrain détrempé
par les eaux , on se servit de charbon pilé , sur lequel on
étendit des peaux .de mouton garnies de leur laine.
Ce temple avaitquatre cent vingt-cinq pieds de long sur
deux cents de large. La nef était soutenue par cent vingt-
sept colonnes,donnécs par autant de rois, hautes de soixante
pieds j elles étaient toutes ornées de bas-reliefs.
Ce fut l'architecte Ctésiphon qui donna le plan de ce
prodigieux édifice. On voyait parmi les architraves une
pierre immense que les ouvriers avaient essayé , dit-on ,
en vain d'y placer à différentes reprises , et qui fut posée
pendant la nuit par Diane elle-même. D'autres artistes suc
cédèrent à Ctésiphon, qui ne put, avec son fils, achever ce
glorieux ouvrage. On suivit leurs dessins , et ce ne Tut
qu'après deux cent vingt ans de travail qu'il parvint à sa

(i) Les sept merveilles du monde étaient le JupiterOlympien (38),


le Colosse de Rhodes (99) , le Temple d'Ephèse , le Tombeau de
Mausole, le Phare d'Alexandrie, les Pyramides d'Égypte et les
Jardins suspendus de Babylone.
7
l46 COURS
perfection ; encore fallut-il deux autres siècles pour l'orner
et l'embellir.
Ce temple renfermait des .richesses immenses ; chaque
jour tous les princes et tous les peuples y faisaient porter
de nouvelles offrandes. Les prêtres de Diane étaient ma
gnifiquement dotés, et le culte s'y célébrait avec une
pompe extraordinaire.
Erostrate , Ephésien d'une naissance obscure , voulant
rendre son nom célèbre , le brûla la nuit même de la nais
sance d'Alexandre le Grand, et les flatteurs du roi publiè
rent que la déesse , qui présidait aux accouchemens , avait
été trop occupée aux couches d'Olympias pour veillera la
sûreté de son temple.
On le releva de ses ruines peu de temps après , et la
magnificence du nouveau temple surpassa celle du, pre
mier. Alexandre "offrit de le reconstruire à ses frais , à
condition qu'il éterniserait la mémoire de ce bienfait par
une inscription 5 maisles Ephésiens refusèrent les offres de
ce prince, par ces paroles spirituelles : Il ne convient pas
à un dieu d'élever un temple à un dieu.
Le temple de Diane fut détruit par un édit de Constan
tin , qui voulait fair.e disparaître tous les monumens du
paganisme. _ . *
§ 142- — Des fêtes de Diane.
Lis Amarynthies ou les Amarysies , fêtes et jeux, se célébraient
dans la ville d'Amarynthe ( 137).
Les Artèmisies avaient lieu dans plusieurs endroits de la Grèce, et
surtout à Delphes. On offrait à la déesse un mulot , pareeque ce
poisson donne la chasse aux autres. A Syracuse , cette fête était ac
compagnée de jeux et d( banquets.
Les llendidies (i S6) pas ;èrent des Thraces chez les Athéniens, qui
les célébraient le 19 ou lr o du mois Thargelion. Ces fêtes tenaient
un peu de la licence des acchanales ( 179).
Les Brauronies étaient élèbrées a Brauron (137) , de cinq ans en
cinq ans. On faisait le sacrifice d'un bouc ou d'une chèvre , tandis
qu'un chœur d'hommes chantait un livre des poèmes d'Homère. Ce
que la fête offrait de plus remarquable, était une réunion de jeunes
filles . qui , vêtues de robes jaunes , venaient se consacrer à Diane.
Les plus jeunes avaient cinq aus , et les plus âgées dix; les unes et
les autres se nommaient Arctoi. Suivant les uns , ce nom vient de ce
fine les Pharides, habitans d'un bourg d'Athènes, avaient apprivoisé
tellement un ours (en grec arctos ) , que les enfans jouaient et
mangeaient familièrement avec lui. Une jeune fille cependant l'ut
victime des caprices ou de la voracité de l'animal, qui la mit en pièces.
8es frères vengèrent sa mort par celle de l'ours. Aussitôt le pays fut
désolé par la peste. L'oracle consulté répondit qu'il fallait consacrer
i!e jeunes vierges au service de Diane , et de là , la loi d'Athènes
Kjii déjenda't à toute jeune fille de se marier sans s'être consacrée
DE MYTHOLOGIE. It,?
d'abordà Diane, il la fête de» Brauronies. Soivant les antres, cette, fêle
ne rappelait que la délivrance miraculeuse d'Oreste et d'Ipliigénie.
L'une des cérémonies essentielles était d'appliquer légèrement une
épée sur la tête d'une victime humaine , et d'en l'aire couler quelques
gouttes de sang, par allusion au danger qu'Oreste courut d'être sa
crifié par sa sœur (i4o).
Les Canéphories se célébraient en Sicile en l'honneur de Diane.
Les Caryes étaient des fêtes et des danses solennelles chez les ha-
hitans de tlarye (l'Sf).
Les Calaoidies ou Calaoedies étaient célébrées par des chants en
Laeonie.
Les ChHontes se faisaient en l'honneur de Diane Chitonia (1S7) ,
les Dictynniét, en l'honneur de Diane Dietynoa# i
§ i45. — Suite des fêles de Diane.
La Diamastigosc se célébrait à Sparte , en l'honneur de Diane Or-
thia ; on y fouettait cruellement les enfans sur l'autel de cette déesse.
Les mères se tenaient auprès des jeunes patiens, qu'elles exhprlaieut
a ne pousser aucun gémissement , à ne montrer aucune faiblesse.
■Geux qui souffraient le plus héroïquement étaient appelés Bomoni-
ques , et s'ils mouraient dans l'épreuve , on le» couronnait de fleurs ,
on les enterrait avec distinction. C'est Lycurguè. qui, dil-on, insti
tua cette fête pour accoutumer la jeunesse a 1» fatigue et la rendre
insensible à la douleur. D'autres pensent que c'est pour éluijer l'ora
cle qui demandait du sang humain pour les autels de Diane. D'au
tres encore font remonter cet usage barbare à Oreste (t4o). '
Les Elaphéboties, fêtes athéniennes , étaient ainsi nommées parce-
qu'on y sacrifiait un cerf à Diane; le mois de mars, lequel on les
célébrait , en prit le nom d'Elaphébolion. Les Platéens instituèrent
une fête semblable. Vaincus par les Thessaliens , ils avaient résolu
de se livrer aux flammes avec leurs villes, s'ils succombaient de
nouveau dans le combat; niais Diane leur lit obtenir la victoire; c'est
en mémoire de cet événement qu'ils établirent la fête des Elaphé-
bolies , dans laquelle ils offraient à Dianc,un cerf de pâte.
Les Ephèsies étaient célébrées par les Ephésiens, qui regardaient,
comme une chose agréable à la déesse c'.e s'enivrer et d'exciter du
tumulte dans la ville.
Les Hégémonies, fêtes Arcadicnnts, honoraient Diane Hégé-
mone ( i3gj._ .•
Les Laphries (i38), à Patras, duraient deux jours. Le premier se pas
sait en processions solennelles ; au second, on embrasait un immense
bûcher, sur lequel on avait rassemblé pêle-mêle des fruits, des
oiseaux] et des animaux, tels que des lions, des ours, etc. Comme
ces animaux devaient être brûlés vivans, ils n'étaient qu'a! tachés ,
et quelquefois, lorsque le l'eu brûlait leurs liens, ils s'élançaient du
bûcher, au grand danger des assistans, qui pourtant ne fuyaient pas,
persuadés par des traditions superstitieuses qu'il ne pouvait en ré
sulter aucun accident.
Les Limnatidies étaient fêtées par les pêcheurs en l'honneur de
Diane Limnatis (1 3g).
Les Munychies avaient lieu dans le port de Munyrhie (i5r\. Pen
dant la fête, 00 offrait à Diane Munychie de petits gâteaux appelés
Jmphiphantes ou resplendissons de lumière, pareequ'oo les portait au
i48 COURS
temple à la lueur des torches, ou parceque cette cérémonie se fai
sait le 36 du mois Munjchioo , dans la pleine lune.
Les Nèteidies lurent instituées par Nélée, fils de Godrus et frère de
Médon(8o).
Les Nimorales se célébraient dans le bois d'Aricie (i3y) , dont le
territoire prit pour cette cause le nom de Nemoralis agcr. ,
Les Saronies se fêtaient à Trézène , en l'honneur de Diane Saro-
nia (i38).
Les Thargélics se partageaient entre Diane et son frère ( 1 32 ).
§ i44- — D'Hécate. — Ses attributs.
Hécate, la même que Diane , est fille de Jupiter et de
Latone ; mais les uns la disent issue du Soleil , les autres ,
du "Tartare et de Cérès ; ceux-ci de la Nuit , ceux-là d'À-
ristée ; d'autres encore du titan Perses ( 20 ) et d'Astérie.
Chacun lui donne un caractère conforme à sa généalogie.
Ici c'est une divinité bienfaisante qui distribue les
biens à ceux qui l'honorent ; qui donne la victoire , guide
les navigateurs , préside aux conseils des rois , aux accou-
chemens , à la conservation comme à la croissance des en-
fans". ". s
Là, c'est une chasseresse habile, qui frappe de ses
flèches et lé% hommes et les animaux ; savante empoison
neuse , elle fait mourir les voyageurs et son père , élève
un temple à Diane , et lui fait sacrifier les naufragés que
les flots ont poussés sur les côtes de la Cherspnèse Taurique.
Elle épouse ensuite Eétès(ioi), dont elle a deux filles,
Médée et Circé, qu'elle forme dans son art funeste.
Déesse des enchantemens , des songes , des spectres , on
l'invoquait avant de commencer les opérations magiques.
Enfin déesse des expiations , on lui sacrifiait de petits
chiens , et les carrefours étaient peuplés de ses statues.
Les poètes donnent à Hécate trois têtes, ou même trois
corps : tantôt ces têtes sont agréables et ceintes d'une guir
lande de roses à cinq feuilles ; tantôt ce sont celles d'un
chien , d'un cheval et d'un sanglier. Elle paraît aussi coif
fée de serpens , armée d'une torche ardente , d'un fouet
ou d'un glaive , entourée de lumière et faisant retentir au
tour d'elle les aboiemens de sa meute infernale. Quelque
fois elle porte une clef d'une main , de l'autre un poignard
ou des cordes, dont elle frappe ou lie les criminels. Enfin,
on lui voit une patère , symbole des libations funéraires.
§ i45. — Des noms et des surnoms d'Hécate.
Hécate s'appelait d'abord Angélus : on lui donnait aussi le nom de
Brimo, parceque les terreurs nocturnes étaient , dit-on, inspirées par
cette divinité. C'était encore l'A thyr ou l'Héoate ténébreuse des Egyp
# DE MYTHOLOGIE. l4°,
tiens. Une vache partageait.son culte à Chuses, peut-être parceque la
réunion des cornes de cet animal semblait représenter la lune dans
sa première phase.
Hécate avait pour surnoms :
Canicida, dans l'île de Samothrace, pareequ'on lui sacrifiait un
grand nombre de chiens.
Enlwdia , pareequ'on plaçait son buste sur des pierres carrées,
avec l'indication des roules.
Fera lis , comme divinité des enfers.
Phylax, comme gardienne des enfers; aussi l'une de ses statue.;
tient-elle une clef et des cordes.
Scolia , c'est-à-dire, ténébreuse. Sousce titre, elle avait un temple
superbe sur les bords du lac Achéruse en Egypte. Ce surnom expri
mait l'empire qu'elle avait sur les ombres.
Tricéphale. { 1 44)-
Triformis (t44)* Quelques auteurs veulent que sous ce surnom on
la considèrecomme présidant aux trois grandes époques de l'homme :
la naissance , la vie et la mort.
Trigemina. — Tristocéphale. f1 44)
Trioditis, parcequ'elle veillait sur les carrefours, ou qu'elle pro
tégeait les voyageurs.
Trivia. V. Trioditis.
Zea , chez les Athéniens, parcequ'elle présidait à la we.
§ i4G. — Bu culte el des fêles d'Hécate.
Le culte d'Hécate , originaire d'Egvpte, fut apporté
dans la Grèce par Orphée. On le mêla presque partout à
celui de Diane , et c'est ainsi qu'elle reçut les hommages
des mortels à Brauron , à Délos , à Magnésie, à Ëphèse.
Les Spartiates teignaient ses autels du sang des hommes.
A Rome , on l'appelait Dcaferalis , et l'on croyait qu'elle
présidait à la mort. A Spolettc , elle avait un temple
qu'elle partageait avec Neptune.
Ou lui consacrait particulièrement le chêne , le chien et
le nombre trois. L'autel qu'on élevait en son honneur diffé
rait de celui des autres divinités, eu ce qu'il avait trois
côtés, comme sa statue. Les Athéniens en plaçaient une
devant leurs maisons.
Hécate était regardée par ce peuple comme la protectrice des
familles et des enians. On célébrait en .«on honneur des fétes et des
sacrifices appelés HccaUsks. Ils avaient lieu tous les mois , le soir d«
la nouvelle lune ; les gens riches donnaient alors dans les carrefours
un repas public, où la déesse était crue présider, et qui se nommait
le repas d'Hécate. On pensait qu'elle consommait sa part des provi
sions, ou qu'elle les faisait consommer par ses serpens. Les repas pu
blics étaient surtout destinés aux pauvres.
§ 147. — Vénus. — Nombre des Vénus. —
Origine de son culte.
Vénus était la déesse de l'amour et de la beauté.
r5o cou»» 0
Platon distingue deux Vénus , l'une, fille d'Uranus (20),
qu'il appelle Vénus-Uranie ou Céleste; l'autre, fille detlu-
pîter et de Dioné; qu'il nomme Vénus Vulgaire ou Ter
restre. ■ -
Pausanias en compte trois: la première était la Vénus
Céleste , qui préside a l'amour pur ; la seconde , la Vénus
Populaire, qui préside à l'amour déréglé; la troisième,
la Vénus Préservatrice , qui détourne les cœurs de toute
espèce d'impureté:
Cicéron eu nomme quatre : l'une fille d'Uranus ou du
Ciel , et de Dies ou du Jour; l'Elide possédait un temple de
cette déesse; l'autre, née de l'écume de la mer; c'est d'elle
et de Mercure qu'on fait naître Cupidon; la' troisième , '
fille de Jupiter et de Dioué, fut l'épouse de Vulcain; c'es g
d'elle et de Mars, que naquit Antéros ; la quatrième,
issue de Tyrus et de Syria, n'est autre chose qu'Astarté
ou Astoarché, femme d'Adonis. Cette dernière,, la plus
célèbre de toutes, est la même que Y Anaïtis des Mèdes,
X Alittat des Arabes, la Nephtys des Egyptiens , la Sa-
lambo des Babyloniens, la Milytta , VAtergatis et la Der-
céto des Assyriens. C'est aussi la Bélisama des Gaulois.
Le culte de cette Vénus fut mêlé dès l'origine avec ce
lui de la planète de ce nom. Il fut porté de Phéniçie dans
les îles de la Grèce , d'abord à Cypre , puis à Gythère , dont
les habitans l'adoptèrent avec enthousiasme. Ils lui bâtirent
un temple , le plus ancien de tous ceux qu'elle obtint dans
la Grèce; ils publièrent que Vénus avait paru chez eux
pour la première fois. On lui donna le nom d'Aphrodite ,
écume, pour exprimer qu'elle était arrivée par la mer,
ou plutôt née dans les flots, comme pour effacer le souve
nir de sa naissance et de sa patrie.
L'imagination l'emporta sur les traditions historiques ,
et c'est la Vénus marine qui s'est attirée presque tout le
culte des Grecs et des Romains.
§ i48. — Naissance de la Vénus marine. —
De la Vénus Callicopis.
Vénus fut formée , selon Hésiode , de l'écume de la mer
et du sang que perdit Cœlus forsque Saturne le blessa (ai);
c'est de ce mélange affreux que naquit, aux environs de Cy-
thère ou de Cypre, la plus belle des déesses.
Une conque marine , voguant légèrement sur la surface
des eaux, est poiïssée par le souffle des Zéphyrs jusqu'aux
pieds du mont Cythérée. Les pieds délicats de la déesse
DE MYTHOLOGIE. 151
touchent la terre, et les fleurs naissent sous ses pas. Ac
compagnée des Jeux, des Ris et des Grâces, elle s avance;
les Heures , chargées de son éducation , la reçoivent et la
conduisent dans le ciel. Sa beauté fait l'admiration des
dieux, qui tous la demandent en mariage, etPallas ne l'a
pas plus tôt aperçue, qu'elle dit à Junon : Cédons, cédons,
ô Junon, à cette déesse naissante, le prix de la beauté.
Telle est la tradition qu'ont suivie presque tous les
poètes, et dont on verra bientôt une explication naturelle
et plausible.
D'autres n'ont voulu reconnaître pour Vénus que la
mère d'Enée et de Lyrus. Son nom était Callicopis. Elle
avait pour père Otrée , roi de Phrygie. Elle épousa Thoas ,
roi de Lemnos , selon les uns , d'Assyrie , selon les autres. Il
apprit de Bacchus l'art de cultiver la vigne, et reçut de
lui les'royaumes de Byblos et de Cypre. Après la mort de
sa femme , il lui fit élever des temples à Paphos et dans
Amathonte , et fonda , pour l'honorer, des fêtes qui furent
appelées Orgies, comme celles de Bacchus (178); et pour
veiller à son culte, il établit un collège de prêtres.
C'est d'Anchise, fils de Capys ('26), que Vénus eut Enèe.
Celui-ci épousa Créuse, fille de Priam, et en eut Ascagne
ou Iule (1 13).
Telles sont les diverses opinions des mythologues. Nous
allons poursuivre l'histoire de Vénus; mais, avant d'aller
plus loin, nous ferons remarquer que la fable de cette
déesse est un mélange continuel d'histoire, de physique
et de morale. *'
Anchise et Vénus, de Guérin , Luxembourg, n° 66 bit.
§ 1 49- — Astarté. — Adonis. — Aventure du san
glier. — Explication de ces fables.
La fable a confondu perpétuellement l'histoire de Vé
nus avec celle d'Astarté , femme d'Adonis.
Astarté , connue sous le nom de déesse Syrienne, avait
un temple magnifique dans la ville'd'Hiéropolis, en Sy
rie, dont elle était la divinité principale. On contait
qu'elle était tombée du ciel dans un œuf, et que pet œuf
avait été couvé par des colombes. On la représentait
comme Cybèle, la tête ceinte de rayons et couronnée de
tours, sur lesquelles on voyait un voile semblable à celui
de Vénus-Uranie; d'une main elle tenait un sceptre , et
de l'autre une quenouille.
Adonis était fils de Cynire , roi de Cypre , et de Myrrba.
•52 COURS
Cette nymphe fut métamorphosée par les dieux en l'arbre"
qui porte la myrrhe, avant la naissance d'Adonis. Le terme
arrivé, l'arbre s'ouvrit four faire jour à l'enfant;- les
Naïades le reçurent et le nourrirent dans les grottes de
l'Arabie. Devenu grand, il se rendit à Byblos, en Phé-
nicie. Vénus, c'est-à-dire Astarté , le vit, et, préférant la
conquête d'Adonis à celle des dieux mêmes , elle abandonna
le séjour de Cythère, d'Amathonte et de Paphos, pour le
suivre dans les forêts du Liban, théâtre de ses exploits,
tremblant toujours qu'il ne pérît sous la dent des bêtes
féroces.
Mars, jaloux de la préférence que Vénus accordait à ce
jeune prince, suscita contre ses jours un sanglier énorme.
Adonis le frappa de son javelot; l'animal furieux s'élança
sur son adversaire, et le mit en pièces. Vénus accourut,
mais trop tard, à son secours ; il n'était plus. La déesse le
changea en anémone.
Adonis descendit aux enfers , où Proserpine l'aima telle
ment, qu'elle ne voulut point Je rendre à sa femme , lorsque
Vénus eut obtenu de Jupiter son retour à la vie. Le père
des dieux, ne voulant mécontenter ni l'une ni l'autre , les
renvoya toutes deux au jugement de Calliope, qui parta
gea le différend, en donnant Adonis six mois à Vénus, et
six mois à Proserpine.
Or, comme Adonis a été pris pour le Soleil, et Astarté
pour la Lune, il est évident que le partage fait par la
Muse désigne celui des jours et dés nuits , ou le retour pé
riodique de l'été et de l'hiver. Durant l'été, il est avec
Vénus , c'est-à-dire avec la terre , que nous habitons ; mais
durant l'hiver il est éloigné de nous, ce que figure la vic
toire du sanglier. .
L'histoire diffère un peu du récit mythologique. Selon
la première , la reine , croyant la blessure mortelle , fit
paraître une douleur si vive qneses sujets le crurent mort.
Le deuil fut général; le prince guérit, et la joie compara
sa guérison au retour des enfers.
Adonis, au Vatican. — Adonis blessé , de Fessaid. — Vénus pleu
rant Adonis changé en anémone , de Netscher. — Amours de Vénus
et d'Adonis , en quatre tableaux , de l'Albane, n°* 777-780. — Vénus
et Adonis, à Versailles. — Vénus et Adonis, de Rubans, à Flo
rence. ^
§ i5o. — Culte et fêtes d'Adonis.
Y" éleva des temples et l'on institua des fêtes en l'honneur
d Adonis.
Les AdonXtt passèrent des Phéniciens en Égypte, chez les Assy
DE MYTHOLOGIE. 1 55
riens, en Perse, en Cypre et dans la Grèce. Ces fêtes doraient huit
jours dans la Tille di^jjandrie.
A Byblos , toute la ville1, au jour marqué pour la solennité, pre
nait le deuil, et commençait à donner dc3 marques publiques de
douleur. On D'entendait de tous côtés que des gémissemens. Xie
second et dernier jour de la féte , le deuil se changeait en allégresse ,
€t chacun célébrait la résurrection d'Adonis.
Selon Meursius , la fête du deuil et celle de la résurrection se cé
lébraient à six mois de distance l'une de l'autre, par allusion aux
six mois qu'Adonis devait passer tantôt avec Vénus , et tantôt avec
Proserpine.
Il y avait en Phénicie une rivière du même nom qu'Adonis, et
qui paraissait représenler son infortune par la variation de ses eaux.
C'est dans ce fleuve qu'on lava ses plaies, et comme en certaines
saisons de l'année les eaux prenaient une teinte rougeâtre à cause
des sables du Liban que les vents y poussaient , on publia que ce
changement venait du sang d'Adonis, et c'était le signal pour re
commencer les fêtes.
Chez les Athéniens, on plaçait, dans plusieurugaartiers delaville,
des représentations d'un jeune homme mort à la flTur de l'âge. Les
femmes, vêtues de deuil, venaient les enlever pour en célébrer les
funérailles par des pleurs et des chansons funèbres. Ces jours de deuil
étaient réputés malheureux. On prit , par exemple, pour un mauvais
augure le départ de la flotte de Nrcias, qui mit à la voile dans ces
fêtes pour aller attaquer la Sicile. On sait combien cette expédition
eut de tristes résultats.
§ 1 5 1 . — Explication du mariage de Vénus avec
Vulcain. — Enfans de Vénus. — Aventures de
Paris, d'Hippomène , deGlaucus , des Propétides,
des Cérastes. •
L'allégorie est le langage familier aux peuples à imagi
nation. L'histoire de Vénus en présente beaucoup.
Si la plus belle des déesses devient le partage du plus
laid des dieux , c'est pour montrer que l'empire des char
mes s'étend sur tous les hommes, ou pour représenter ces
unions inégales dans lesquelles on croit compenser les dons
de la nature par ceux de la fortune, ou plutôt pour signi
fier qu'il n'est point de récompense à laquelle ne puissent
aspirer le travail et le mérite.
Sans compter les amours de Vénus et d'Adonis , dont elle
eut Golgus, fondateur de Golgos, et Béroe', l'une des
femmes de Bacchus; elle viola plus d'une fois la fidélité
qu'elle devait à son époux. Elle eut de Mars, Hermione ,
Cupidon et Ante'ros ; Mercure la rendit mère A'Herma
phrodite , Bacchus de Priape et d'Hymen, et Neptune
(YEryx. On lui donne encore pour fille Méligunis , nom
que porta d'abord Lipari, l'une des îles Eoliennes.
Mais, de toutes les aventures de Vénus, aucune n'est
r
)54 COURS
plus fameuse que sa contestation avec Junon et Pallas au
sujet de la beauté.
Pâris, fils de Priam et d'Hécube (.26), confié par sa mère
aux bergers du mont Ida, se distingua tellement au milieu
de ses compagnons, par sa beauté, son esprit et son
adresse, que Jupiter le choisit pour juger le différend des
trois déesses , au sujet de la pomme d'or jetée par la Dis
corde (52) aux noces de Thétis et de Pélée (222), et sur
laquelle était cette inscription : A la plus belle. Ces déesses-
comparurent devant Pâris , auquel elles firent les promes
ses les plus flatteuses. Junon, dont le pouvoir s'étendait
sur tout, lui promit des biens sans nombre , une puissance
sans bornes; Minerve lui promit la vertu, et Vénus l'as
sura que s'il prononçait en sa faveur, elle lui donnerait la
plus belle femme de la terre ; il adjugea la pomme à Vé
nus : aussi cett» déesse prit-elle parti pour les Troyens
dans le siège de leur ville, où Diomède la blessa.
Véous devant Pâris , de Dupaty, Luxembourg .-n" 122.
Ce fut encore à la protection de Vénus qu'Hippomène ,
fils de Macarée (57), dut la belle Atalante, fille de Schénée
(222). Cette jeune princesse avait déclaré qu'elle ne don
nerait sa nlain qu'à celui qui la vaincrait a la course, et
qu'elle percerait le vaincu de ses flèches. Déjà plusieurs
jeunes princes avaient été punis de leur témérité, lors
que Hippomène se mit sur les rangs. Se défiant de ses for
ces, il implora Je secours de Vénus, qui lui donna trois
pommes d'or (53). Il les jeta l'une après l'autre devant
Atalante ; tandis qu'elle s'amusait à les ramasser, il par
vint au but de la course et de ses désirs. Mais dans la suite
les deux époux ayant profané le temple de Cybèle , furent
changés l'un en lion , 1 autre en lionne.
Vénus est aussi célèbre par sa vengeance que par ses
faveurs. 'V ^
C'est ainsi que Glaucus , fils de Sisyphe (271) et père
de Bellérophon , fut mis en pièces par ses propres cavales ,
parcequ'il avait méprisé le culte de la déesse.
C'est ainsi que les Propétides , femmes de l'île de Cypre,
qui niaient la divinité de Vénus , furent privées de toute
honte, de toute pudeur, et changées insensiblement en
* rochers. -, ;
C'est encore ainsi qu'elle métamorphosa en taureaux ,
les Cérastes , habitons de Cypre , parcequ'ils immolaient à
Jupiter Hospitalier (4a) tous les étrangers qui venaient
dans leur île.
" > '"■ ' ' ...
DE MYTHOEOCTB'. r55
§ x5a. — Attributs de Vénus.
Les anciens avaient différentes manières de représenter
la déesse de la beanté. Chez les Eléens , elle était sur une
chèvreet posaitun piedsur une tortue ; à Sparte, à Cythère,
elle était armée comme Minerve. Olympie l'avait repré
sentée sortant de l'onde , accueillie par l'Amour et cou
ronnée par la Persuasion. A Cnide, Praxitèle l'avait faite
nue , cachant avec la main une partie de ses charmes.
Ëléphantis la montrait un Cupidon à ses côtés. ASicyone ,
elle avait une fleur de pavot dans une main, une pomme
dans l'autre , et sur la tète une couronne pointue. On la
représentait souvent assise, avec Cupidon , dans un char
traîné par des colombes, des evgnes ou des moineaux.
Entre les statues de Vénus qui nous restent est la Vénus
de Médicis , qu'on a vue long-temps à Paris. On prétend
que l'art n'a jamais rien produit de plus beau.
Une autre la représente couronnée d'épis , tenant un
thyrse environné de pampres et de grappes; à la main
droite elle a trois flèches. Deux Cupidons l'accompagnent;
c'est l'idée de Térence :
Sine Cerere et Baccho l'riget Venus.
Homère donne à Vénus une ceinture merveilleuse, en
grec zone, cestus en latin, qui captivait tous les cœurs et
qui donnait aux femmes les grâces et la beauté. Elle
excitait l'amour dans les cœurs les plus indifférais. Vénus
s'en servit pour faire oublier à Vulcain les infidélités dont
elle était coupable , et la prêta même à Junon pour qu'elle
regagnât les bonnes grâces de Jupiter. Armée de ce ceste,
Vénus préside aux mariages.
Lorsqu'elle tient un globe dans la main , c'est la Vénus
Céleste ou la planète de ce nom.
C'est la Vénus Aphrodite, lorsqu'elle est sur un char
tiré par une chèvre marine; les Néréides et les Dauphins,
portant des Amours, nagent autour d'elle.
Très souvent encore on la peint portée sur une conque
marine; sa tête est surmontée d'un voile qu'enfle le souffle
des Zéphyrs ; l'Amour nage à côté d'elle ; des Tritons l'en
vironnent ; une rame est à ses pieds, pour rappeler son
origine, ainsi qu'une corne d'abondance, pour désigner
les richesses de la mer.
Vénus .sortant du bain , au Vatican. — Id., dite la Vénus du Capi-
tole. — M. , aux Tuileiies. — Vénus Génitrix (i54) , au Musée . n"
57. — Vénus au bain , n" 99.—■ Vénus de Médicis. — Vénus d'Arles,
au Musée, n» i38. — Vénus Marine, à la villa Borghèse. — Vénus
IJU COURS
accroupie , au Vatican. — Id. à la villa Borghèse. — Id. , aux
Tuileries. — Vénus au bain, du Poussin, Musée. — Statue antique,
ibid. — Vénus sortant des eaux, de Gois. — Vénus tenant une
colombe , aux Tuileries. — Salle de Vénus , à Versailles , plafond et
quatre tableaux. — Vénus accroupie ou pudique, à Versailles , par
terre du Nord. — Vénus et un Faune , de Corrége , au Musée. —
Vénus de Milo, achetée par feu M. le duc de Rivière, et offerte au
lioi, qui en a orné le Musée.
§ 1 55. — Des noms et des surnoms de Vénus.
Vénus s'appelait' èncore Aphrodite, Cythèrée, Cyprit et Dloné.
t. Surnoms tirés des lieux :
Acidalia, d'Acidalie, fontaine de Béutie.
Amathonlie , Amathuse, Amathusie, d'Amalhoote, ville de l'île de
Cypre.
Aphacilis, d'Aphaque , ville de Syrie.
Byblia, Biblia, de Byblos. (149).
Coliadef de Colias, promontoire de l'Attique. Ce surnom peut lui
venir encore de sa légèreté dans les danses. •
Corintlùe, d'un temple qu'elle avait à Corinthe.
Cyprigcna, parcequ'elle naquit sur Ici bords de la mer qui baigne
Cypre, et parcequ'elle était particulièrement honorée dans cetteîle.
Le fameux sculpteur Fygmalion était de Cypre. Il avait fait eu
ivoire une statue si parfaite, qu'à sa prière Vénus l'anima. Fyg
malion eut d'elle un fils nommé Paphus, fondateur de Fapbos.
Egea , des îles de la mer Egée. .
Erycine , du mont Eryx , sur lequel Knée lui bâtit un temple.
Golgia, de Golgos, ancienne ville de Cypre.
Idalia, d'idalie, ville de Cypre.
iligunitide , de Migoniunr, petite contrée maritime de la Laconie
méridionale.
Paphia, Paphiame , do. l'ilc de Papbos.
Tanals, Tauaide , d'une contrée de même nom. Artaxerce, roi de
Perse , fils de Darius , fut le premier qui plaça la statue de Vénus Ta-
rraïdedans les trois villes de lia h y lune, de Suze et d'Ecbalanc; il en Ut
adopter le culte aux Perses, aux Baclriens, aux peuples de Damas
et de Sardes. Les Arméniens l'honoraient d'un culte particulier.
C'était la divinité tulélaire des esclaves de l'un et de l'autre sexe, et
les personnes même de condition libre lui consacraient leurs filles.
Zephyrilis , de l'un des promontoires Zéphyrium. On en comptait
trois: le premier, dans le Brutium ; le second , dans la Cilicie; le
troisième, dans la Eaphlagonie.
g 154. _ Suite des surnoms de Vènus.
II. Surnoms tirés des circonstances : .
Acrœa , lorsqu'elle était honorée sur des lieux élevés.
Area, par allusion à Mars (90), chez les Spartiates.
Argynnis, d'Argynnis, favori d'Agamemnon, qui se noya dans
le Céphise.
Armalit. Les Lacédémoniens la représentaient armée, en souvenir
de la victoire que les femmes avaient remportée sur les Messéniens.
Barbala, chez les Romains. Leurs femmes, attaquées d'une mala
die qui leur faisait perdre les cheveux , eurent recours à la déesse,
qui les leur rendit.
DE MYTHOLOGIE. 157
Brychia, à cause du frémissement des vagues ( 1 48) .
Bulis , de Butés, qu'elle aima (80).
Calva, chez les Romains, dont les femmes avaient donné leurs
cheveux pour faire des cordes nécessaires au jeu des machines, lorsque
les Gaulois vinrent s'emparer de Rome.
Chorias , chez les Troyens, qui lui sacrifiaient un porc.
Çluacine, c'est-à-dire, favorable aux vœux. Sous ce nom, les Ro
mains lui dressèrent une statue dans le lieu même où la paix fut faite
avec les Sabins , apiès l'enlèvement de leurs femmes et de leurs filles.
Dcxicrionlique. Dexicréontc , négociant samien , étant abordé
dans l'île de Cypre, reçut de l'oracle de Vénus, qu'il avait consulté
sur le moyen de s'enrichir, pour tout conseil , de n'emporter que de
l'eau. Les autres marchands, pendant la navigation, plaisantèrent
Dexicréonte sur sa cargaison; bientôt le calme survint, et l'eau man-
q uant, il échangea sa marchandise contre les objets les plus précieux.
En reconnaissance, il fit élerer un temple a Vénus , sous le nom de
Dexicrêontique.
Genilrix, comme mère des Romains.
Eneas, Eneit , d'Enée, son fils. (148).
Euplœa', parcequ'elle était favorable à la navigation.
Exopolis, parcequ'elle avait un temple hors d'Athènes.
Hecaerge,& Céos, pareeque ses effets se (ont sentir au loin.
Lubenlina, pareeque les filles devenues femmes lui consacraient
les jouets de leur enfance. •
Sïorpho , chez les Lacédémoniens. La déesse , couverte d'un voile ,
avait des chaînes aux pieds. Elles lui furent mises , dit-on, par Tyn-
dare ( 36 ) , qui voulait ainsi marquer la subordination et la fidé
lité des femmes.
Myrtie, du myrte, consacré à Vénus. D'autres prétendent que
Myrtie, nommée aussi Murcie, n'est autre chose que la déesse de
la nonchalance et de la paresse.
Psityros, parcequ'elle parle beaucoup.
Symmachie, parcequ'elle avait combattu pour les Romains à la
journée d'Actium.
Tritpnia, c'est-à-dire, portée par les Tritons (i48, >5a).
§ 1 55. — Suite des surnoms de Vénus.
III. Surnoms tirés des qualités :
Aligénès, née du sein des mers.
Aima, chez les Romains.
Ambotogera, parcequ'elle semble préserver de la vieillesse, en
charmant les peines de la vie.
Anadyomène , c'est la Vénus Marine. Ceux qui avaient échappé
au naufrage ou à l'inondation offraient un sacrifice à Vénus-Ana-
dyomène.
Anthea , fleurie , chez les Gnossiens, en Crète.
Apaturia, trompeuse.
Apostrophia ou Préservatrice (147).
Basilis ou Basilissa , reine , chez les Tarcntins.
Coxjugalis , comme présidant aux mariages d'inclination.
Despoina , souveraine. ■
Epipontia. (V. Aligénès.)
Epistrophia. (V. Apostrophia.)
l58 couns
Epilhytdbie, parcequ'elle présidait au commencement comme au
terme de lii vie.
Hortensis , parcequ'elle présidait à la naissance des plantes.
Hospila, chez les babilans de Mempbis.
Limnetla. (V. AUgènès.)
Marine. (V. Anadyomène.)
Mcchaniiis , à cause des ruses qu'elle emploie ou qu'elle inspire.
Meminia , parcequ'elle se souvient de tout.
Pandemos ou Populaire (i47)«
Pelagia. (V. AUgènès.)
Phila, considérée comme mère de l'Amour.
Phitomneis , comme reine du rire.
Placida , chez les Romains. Les époux brouillés la chargeaient du
soin de leur raccommodement.
Pontia. (V. Epipontia.)
Pontogenia. (V. AUgènès.)
Prœpotens , chez les Thébains.
Ridens , parcequ'elle naquit, dit-on , en riant.
Recticordia. (V. Verïtcordia.)
Saiigena. (V. AUgènès.)
Spumigena. (V. AUgènès).
Telessigama , parcequ'elle accomplit les mariages.
Thalassia. (V. AUgènès).
Verticordia , chez les Romains ,^our que cette déesse inspirât aux
femmes des sentimens honnêtes. Une statue lui l'ut consacrée sous-
ce nom par la femme la plus vertueuse de Rome, Sulpitia; fille de
Sulpitius Paterculus. Le mot Verlicordia répond a VAposirophia Aer
Grecs.
§ 1 56. — Du culte de Vénus. — Aventure de Péris-
tère. -A Bérénice. — Fêles de Vénus.
Quelque méprisable que fut cette déesse, on Ehonora
partout , parcequ'elle présidait aux passions , qui sont de
tous les lieux. Partout elle avait des statues et des temples ,
mais surtout à Cnide , à Cypre , à Paphos , à Cythère , etc.
Partout on institua des fêtes brillantes en son honneur,
surtout chez les Romains, qui croyaient descendre d'elle
par Énée (i48). Mais la licence et la débauche régnaient
dans ces solennités.
Les autels de Vénus étaient rarement souillés de sang ;
dans quelques lieux , néanmoins , on y immolait une chèvre
blanche; le plus souvent on se bornait à y brûler de
l'encens.
On lui consacrait, parmi les fleurs, la rose; parmi les>
fruits, la pomme; parmi les arbres, le myrte; parmi
les oiseaux, les cygnes, les moineaux , et surtout la colombe ;
parmi les poissons, l'éperlan et quelques autres; parmi
les mois , avril, et parmi les jours, le vendredi.
La rose, la plus belle des fleurs, appartenait à la plus
DE MYTHOLOGIE. 130,
belle des déesses. La couleur en était d'abord blanche y
mais elle fui teinte du sang d'Adonis ou de Vénus même ,
qu'une de ses épines avait fait couler.
La pomme rappelait la victoire de Vénus sur ses rivales.
Le myrte, outre qu'il aime à croître sur le bord des
eaux , servit encore de retraite à Vénus sous son ombrage ,
pour échapper à des Satyres. En mémoire de cet événe
ment , elle aima cet arbre , et voulut que dans le bain les
dames romaines fussent couronnées de mvrte.
La colombe lui fut consacrée à l'occasion suivante. L'A
mour, jouant un jour avec sa mère , gagea qu'il cueille
rait plus de fleurs qu'elle. Vénus accepta le défi. L'Amour
volant de fleurs en fleurs à l'aide de ses ailes, allait gagner
la victoire, lorsque Vénus se fit aider par Péristère, nym
phe de sa suite , et gagna la gageure. L'Amour, piqué de
sa défaite, changea la nymphe officieuse en colombe; fa
ble assez jolie qui tient au sens de Péristéra, colombe.
Les femmes avaient coutume de lui consacrer leur
chevelure. Bérénice, femme de Ptolémée Evergète, roi
d'Egypte, fit vœu, si son mari levenait d'une expédition
dangereuse, de consacrer sa chevelure à Vénus. Evergète
revint triomphant, et la reine accomplit sou voeu. Quel
que temps après, la chevelure ayant disparu du temple,
1 astronome Conon , courtisan adroit , publia que Jupiter
l'avait enlevée pour la placer parmi les astres. On fit sem
blant de le croire, et le nom de chevelure de Be'rénice
qu'il donna à sept étoiles près de la queue du Lion reste
encore aujourd'hui à cette constellation.
Les Anagogies , chez les habitans d'Eryx , en Sicile , célébraient
le départ annuel de V émis pour la Lybie. Les pigeons, fort nombreux
dans ce pays, disparaissaient alors pour escorter la déesse , à laquelle
ils sont consacrés.
Les Aphrodisies avaient lieu dans la Grèce et principalement en
Cypre. Elles furent instituées par Cinyre, roi de cette île, et dans
la famille duquel les prêtres était toujours choisis. Les initiés of
fraient à Vénus une pièce de monnaie.
Les Caltistées de Vénus étaient les mêmes que celles de .Union.
Les Catagogies célébraient le retour annuel de Vénus chez les
babitans d'Eryx. Après quelques jours d'absence, une colombe ,plus
belle quelesautrcs, parait la première sur les flots, venant d'Afrique ;
différente des autres, elle est de couleur de pourpre et d'or, telle
qu'Anacréon décrit Vénus, telle aussi que la chante Homère; une
nuée de pigeons la suit , et c'est le signal des Catagogies.
Les Hystéries se fêtaient cbez les Grecs par le sacrifice d'un porc.
(V. Chorêas, i54.)
Les Pervigilia étaient des fêtes nocturnes chez les Romains.
i6o COURS
g i5y. — Distinction de l'Amour et de Cupidon. —
Généalogie de tun et de l'autre. — Naissance
d'Antèros.
On confond généralement Cupidon avec YAmour,
quoiqu'il faille sans aucun doute les distinguer.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur la généalogie de
ces dieux.
Selon Hésiode, l'Amour, le plus beau des immortels,
était au commencement avec le Chaos , auquel il s'unit
pour former les hommes et les animaux. C'est l'Amour en
core qui, dit-il , donna naissance aux dieux, avant la créa->
tion du monde.
Selon d'autres, il était fils de la Nuit et de l'Ëther ;
Orphée le croit issu de Saturne oïl du Temps. Platon le fait
naître du dieu des richesses, qu'il nomme Porus , et de la
Pauvreté. Sapho le range parmi les enfans de la Terre4
Selon d'autres encore, la Nuit pondit un œuf, le couva
sous ses ailes noires, et fit éclore l'Amour, qui déploya
soudain ses ailes dorées , et prit son essor à travers le
monde naissant.
Les Romains en distinguaient deux: l'un qui présidait
aux Amours mutuels ; l'autre qui vengeait les Amours mé
prisés.
Quant à Cupidon , il était, selon les uns, fils du Chaos et
de la Terre; selon les autres, de Mars et de Vénus ; selon
ceux-ci, de Zéphyreet d'Eris, ou la Discorde ; selon ceux-
là , de Vénus et de Cœlus ; selon d'autres encore, de Vé
nus et de Vulcain.
Cicéron écrit que l'Amour était;fils de Jupiter et de Vé
nus , Cupidon de la Nuit et de l'Erèbe. Ils étaient l'un et
l'autre de la cour de Vénus, qu'ils suivirent dès sa nais
sance , et lorsqu'elle se joignit à l'assemblée des dieux.
Les Grecs mettaient aussi de la différence entre Cupi
don et l'Amour; ils appelaient le premier Imeros , Cupi-
do , le second Eros , Amor. L'un doux et modéré , inspi
rait les sages; l'autre, impétueux et violent, possédait les
fous.
A ces deux divinités, il fait joindre Anteros, ou le
dieu de l'Amour réciproque , fils de Mars et de Vénus.
La déesse , voyant que Cupidon ne grandissait pas , en
demanda la raison à Thérnis ; celle-ci lui répondit que
c'était faute de compagnon qui pût l'aimer. Alors la mere
lui donna pour frère Anteros, avec lequel Cupidon se lia
DE MYTHOLOGIE. l6l
d'amitié , et alors il coirimença à grandir ; mais dès qu'An-
téros s'éloignait de lui, Cupidon redevenait enfantj fic
tion ingénieuse qui signifie que l'amour s'éteint , s'il n'est
payé de retour. Les Athéniens élevèrent un temple à An-
teros. On le regardait aussi comme le dieu vengeur d'un
amour méprisé.
§ i58. — Enfance de l'Amour. — Aventure de
Psyché. — Explication de cette fable.
Quoi qu'il en soit de ces opinions diverses , à peine le fils
de Mars et de Vénus eut-il vu le jour , que Jupiter , lisant
dans sa physionomie tous les troubles qu'il causerait ,
voulut obliger Vénus à s'en défaire. Pour le dérober à la
colère du maître des dieux , elle le cacha dans les bois ,
où l'enfant proscrit suça le lait des bêtes féroces. Aussitôt
qu'il put manier l'arc , il s'en fit un de frêne, employa le
cyprès à faire des flèches, et sur-le-champ il essaya sur les
animaux les traits qu'il destinait aux hommes. Depuis, il
changea ses premières armes en un arc et un carquois d'or.
Les poètes racontent qu'il se blessa lui-même, et qu'il
sentit la passion la plus vive pour Psyché .
Psyché , dont le nom exprime âme ou papillon, était
une princesse d'une si grande beauté qu'on la comparait à
Vénus , et qu'elle se fit aimer de l'Amour même. L'oracle
avait prédit qu'elle aurait pour époux un monstre, redou
table aux dieux mêmes , avec 1 ordre d'exposer la jeune
beauté sur un rocher désert , pour y devenir la proie du
monstre. Ce fut là que Zéphyre, par l'ordre de l'Amour ,
enleva son amante, et la transporta dans un palais déli
cieux où tout prévenait ses désirs. Son époux s'échappait
aux premiers rayons de l'aurore, sans se laisser ni voir ai
connaître. Psyché, qui n'avait rien à désirer, ne tarda
pas à ressentir l'ennui. D'après le conseil de ses deux
sœurs , devenues depuis quelque temps ses compagnes ,
elle résolut de tout tenter pour reconnaître son mystérieux
époux.
Le soir , dès qu'elle croit Cupidon endormi , elle se
lève , prend sa lampe , s'arme d'un rasoir pour trancher la
vie du monstre; mais que vit-elle? l'Amour dans toute sa
beauté. Psyché s'oubliait dans cette douce extase , lors
qu'une goutte d'huile vint à tomber sur l'épaule du dieu ,
qui se réveilla. L'Amour reconnu s'envola en lui repro
chant sa défiance. Psyché au désespoir voulut s'arracher
COÏES
la vie : elle en fut empêchée par son invisible époux; mais
Vénus ne cessa de la persécuter.
Cependant Cupidon, retourné dans le ciel, pria Jupiter
d'assembler le conseil des dieux pour délibérer sur le sort
de son amante. Jupiter décida que l'Amour garderait Psy
ché, sans que Vénus s'oppose a leur mariage. En même
temps Mercure reçut l'ordre de transporter la jeune fille
au ciel ; admise à la table des dieux , elle en partagea l'im
mortalité. Les noces furent célébrées le même jour, et hv
Volupté naquit de cette union. On représenté Psyché avec
des ailes dé papillon aux épaules , emblème ordinaire de
l'âme chez les -anciens : fable ingénieuse , qui marque que
la beauté de l'âme , rivale de celle du corps , inspire l'a
mour le plus vif et le plus tendre. Quant à la Volupté,
qu'on nomme encore Volupie , on la représentait sous la
figure d'une jeune et belle femme élégamment vêtue ,
assise sur un trône , et ayant la Vertu à ses pieds.
Psyché enlevée par Zéphyre, de Prud'hon , galerie Sommariva.—
L'Amour et Psyché, de Gérard, Luxembourg, n" 63. — L'Amour
et Psyché, au dpitole. — Histoire de Psyché , de Jules Romain,
au Musée. — L'Amour quittant Psyché aux premiers rayons du jour,
d'Arsmne.— Psyché s'arrnant d'un poignard, de Delaistre* Luxem
bourg, n" 121. — L'Amour reconnu par Psyché, de Delorme. —
Psyché abandonnée, de Pajou, Luxembourg, n° 126. — L'Amour,
implorant Vénus pour Psyché, de Rouget.
§ 159. — Attributs de l'Amour et de Cupidon.
• Cupidon est ordinairement représepté nu , sous la figure
d'un enfant, l'air désœuvré, mais malin, armé d'un arc
et d'un carquois rempli de flèches ardentes , symbole du
pouvoir qu'il exerce sur l'âme ; quelquefois d'une torche
allumée, d'un casque ou d'une lance; couronné de roses,
emblème des plaisirs délicieux, mais rapides qu'il procure.
On lui donne deux espèces de flèches : les unes , d'or pur,
produisent l'amour; les autres, de plomb, inspirent la
haine.
On le représente souvent aveugle , ou les yeux ceints
d'un bandeau , pour signifier que 1 amour ne voit point de
défauts dans l'objet aimé. Quelquefois il'tient d'une main
une rose , et de l'autre un dauphin. On le figure encore
avec un doigt sur la bouche comme pour commander la
discrétion. II est toujours peint avec des ailes, car rien n'est
Slus fugitif que la passion qu'il inspire , et ces ailes sont
e couleur d azur, de pourpre et d'or. On lui donne sou
vent aussi celles d'un vautour.

v
DE MYTHOLOGIE.
Tantôt on le voit entre Hercule et Mercure , emblème
du pouvoir de l'éloquence et d u courage ; tantôt il est placé
près de la Fortune , à laquelle l'Amour même est soumis.
Dans les antiques, on le voit sauter, danser, jouer ou
grimper aux arbres. -On le peint dans l'air, dans le feu ,
sur la terre et sur la mer , où le dauphin lui sert de mon
ture. Il conduit des chars, touche de la lyre, ou monte
des lions, des panthères, des tigres, dont la crinière lui
tient lieu de rênes , pour montrer que toutes les créatures ,
même les plus sauvages , sont apprivoisées par l'amour.
Souvent il joue avec sa mère ; Vénus tient en l'air son
carquois; Cupidon tâche de l'attraper, et déjà sa main a
saisi une flèche.
L'Amour n'est pas toujours un enfant qui se joue dans
les bras de sa mère ; quelquefois il paraît avec toute la fraî
cheur de la jeunesse : c'est ainsi qu'on représente l'amant
de Psyché.
L'Amour n'est pas toujours un dieu simplement malin ;
c'est quelquefois un dieu cruel , aiguisant , comme le dit
Horace, ses flèches ardentes sur uue pierre qu'il a teinte
de son sang.
Venu* jouant avec l'Amour et des colombes , de Zustris ou Sus-
ter. — Vénus et l'Amour, aux Tuileries. — Vénus et l'Amour, de
Corrége-, trois tableaux , cabinets particuliers. — Cupidon du Va
tican. — Cupidon tendant son arc , au Musée. — Triomphe de l'A
mour, de Dominiquin , Musée. — Vulcain fournissant des traits a
l'Amour, ibid., de Jules Romain. — La Force asservie par l'Amour,
de Tiolier. — L'Amour aiguisant ses traits sur ua roc , de Robert-
Lefèvre , Luxemboug, n° ioj.
§ 1 60. — Le saut de Leucade. — Sapho. — Sélernne.
A la suite de cette histoire se place naturellement l'his
toire du saut de Leucade , et du fleuve Sélernne ou Sélimne.
Leucade ou Leucate, île de la mer Ionienne, était sur
tout fameuse par un promontoire formé de rochers es
carpés qui dominaient sur la mer. C'est là qu'on venait
chercher un remède à l'amour malheureux, en se préci
pitant du haut de ce roc dans les flots. Vénus, disait une
ancienne tradition, inconsolable de la mort d'Adonis,
avait, la première, fait le saut de Leucade, par les con
seils d'A.pollon , et s'était trouvée tout étonnée, non pas
d'être encore en vie (car en qualité de déesse elle ne s at
tendait pas sans doute à se noyer) ,'mais de se trouver
sans amour. Elle en demanda la cause au conseiller , qui ,
sans la connaître mieux qu'elle, lui répondit seulement
1 64 COURS
que le remède était infaillible , et que Jupiter en usait
quelquefois à l'égard de Junon.
Les hommes suivirent en foule l'exemple des dieux , et
des amans désespérés vinrent de tous côtés cherclier à
Leucade la fin de leurs peines. Malgré les filets artistement
tendus, et dont on payait fort cher le secours, un pett
nombre d'hommes vigoureux résistèrent au spécifique;
mais il fut fatal à toutes les femmes. Eclairés enfin par
l'expérience , les amans n'osèrent plus tenter cette cure
aventureuse , et l'on se contenta de jeter en sa place une
certaine somme d'argent.
On cite parmi ceux qui tentèrent ce remède , Deuca-
lion , le poète Nicostrate, Àrtémise , reine de Carie, et
surtout la fameuse Sapho.
Sapho, à qui sou génie poétique a fait donner le surnom de
dixièmeMuse,aimait sans bornes le jcun^MitylénienPhaon,
qui bientôt la quitta pour une autre. Elle le suivit pour le
ramener à elle, et ne pouvant en venir à bout , elle courut
au promontoire fatal tenter la périlleuse expérience, et
périt dans les flots.
Sapho sur le rocher de Leucade , de Gros, Société des Amis des
arts.
On cite encore comme un remède à l'amour, les eaux
du fleuve Sélemne, en Achaïe. Sélem ne était d'abord un
berger qui , désespérj de l'infidélité de la nymphe Argyre ,
fut changé par Vénus en un fleuve de ce nom , qui , comme
Alphée à l'égard d'Aréthuse(i3.5) , allait chercher la fou
tante où présidait cettenymphe inconstante-, Sélemne vint ;t
bout d'oublier l'ingrate, et depuis, le fleuve eut la vertu,
de faire perdre tout souvenir de leur amour à ceux qui
buvaient de ses eaux ou qui s'y baignaient.
§ 161. — Des noms et des surnoms de C Amour
ou de Cupidon.
Cupidon ou l'Amour avait pour surnoms :
Aies. Les dieux lui coupèrent, dit-on, les ailes, en punition des
désordres qu'il avait causés dans le ciel.
Aliger deus.
Clavier, lorsqu'il tient un paquet de clefs à la main , pour indi
quer qu'il est le gardien de la chambre à coucher de Vénus.
Cylhereus ( tS3 ).
Letheus, pareequ'il fait oublier les peines ou les passions. Sa statue
se trouvait dans le temple de Vénus - Erycine. Il était représenté
plongeant un lia ru beau dans l'onde.
Oogcn.lt , né d'un œuf( 1S7):
Pandcmus (i54), c'était l'Amour vulgaire en Grice etchez les Égyp-
DE MYTHOLOGIE. l65
tiens qui reconnaissaient deux Cupidont, l'un pot et céleste, réservé
an petit nombre ; l'antre charnel et grossier destiné à la foule.
Phanèt, parecqu'il parut le premier à la lumière.—Protogonot, id.
(«57).
Prœpes deus. — Pstlyros , V. i54- — Telifer puer.
§ 162. — Du culte et des fêtes de Cupidon.
Les anciens rendaient à Cupidon un culte solennel , et
comme il exerçait sa puissance sur le ciel , sur la terre , dans
les ondes , et même aux enfers, on reconnaissait partout
sa divinité ; partout on l'honorait par des vœux, des prières
et des sacrifices , qu'il obtenait tantât seul, qu'il partageait
tantôt avec sa mère.
Les Eleulhèries se fêtaient chez les Samiens en l'honneur de Cu
pidon, et les esclaves consacraient aussi sous le nom d'Eleuthériele
jour qui les rendait à la liberté.
Les Erosanihies avaient lieu dans le Péloponèse en l'honneur
d'Eros. Fendant ces fêtes, les femmes se réunissaient pour cueillir
des fleurs.
Les Erotidies ou les Erolies étaient instituées par les Grecs en
l'honneur de l'Amour. On les célébrait principalement en Arcadic
par des jeux , dans lesquels on se disputait le prix de la musique.
Une querelle s'élevaif-elle dans ces fêtes entre les assistans , on
offrait aussitôt des sacrifices a l'Amour pour rétablir le calme.
§ i63. — D'Hyménée, de Talasius , et de quelques
autres dieux du mariage.
Hymen ou Hyménée, que l'on dit fils d'Apollon et
d'une Muse, était le dieu du mariage.
Selon une tradition ancienne, Hyménée était un jeune
Athénien d'une grande beauté, mais pauvre et d'une fa
mille obscure. Epris d'une jeune Athénienne de haute
naissance , il la suivait partout , sans oser lui déclarer sa
passion. Un jour que les damés d'Athènes célébraient sur
le bord de la mer la fête de Cérès , il se travestit en femme
et se mêla parmi le cortège. Des corsaires qui firent une
descente les enlevèrent ; mais ces brigands s'étant endor
mis enivrés sur le rivage , Hyménée , sans trahir son sexe,
exhorta ses compagnes à les tuer ; les pirates périrent tous
de leur main. Alors Hyménée , sous la promesse d'un
prompt retour, quitta les Athéniennes pour se rendre à la
ville , fit assembler le peuple , déclara ce qu'il était , et
dit que si on voulait lui donner en mariage celle des
filles enlevées qu'il aimait , il rendrait libres toutes les
autres. Sa proposition fut acceptée sur-le-champ par des
acclamations unanimes. Hyménée fut si heureux dans les
liens du mariage , que les Athéniens instituèrent une fête
1 66 coins
en son honneur, •et l'invoquèrent solennellement dans les
noces. •
On représentait Hyménée sous la figure d'un jeune
homme couronné de fleurs , surtout de marjolaine et de
roses, tenant un flambeau de la main droite , et de la
gauche un voile couleur de feu»
Les Romains- durent leur dieu du mariage à une cir»
constance à peu près semblable. Talasius , Talassius ou
Talasus, jeune Romain non moins recommandable par sa
beauté que par sa valeur et ses autres vertus, était telle
ment estimé de ses amis , que , lors de l'enlèvement des Sa»
bines , quelques uns d'entre eux lui réservèrent la plus
belle , en criant à ceux qui voulaient la leur enlever : Cest
pour Talasius. Son mariage fut fort heureux ; il fut père
d'une charmante et nombreuse famille , en sorte qu'après
sa mort on souhaitait aux gens mariés le bonheur de Ta
lasius , et qu'on le mentionnait dans les chansons. Dans la
suite , on en fit le dieu de l'innocence , des mœurs et du
mariage , et les Romains l'invoquèrent comme les Grecs
invoquaient Hyménée. Le mot Talasius dérive , selon Plu»
tarqùe, d'un mot grec qui veut dire apprêt des laines ,
parceque, en entrant dans la maison de son mari, la nou
velle épouse portait une quenouille avec un fuseau et
bordait de laine la porte de la demeure conjugalé.
Les Romains invoquaient encore comme dieux du ma
riage v Domiducus et Jugatinus, dont les noms indiquent
assez les fonctions. Domicius était prié dans la célébration
des noces pour que la femme demeurât assidûment dans
la maison de son époux , et qu'elle y vécût en paix avec lui .
§ 164. — Du cortège de Vénus. — Des Grâces. —
Leur nombre. — Etéocle.
Le cortège de Vénus se composait des Grâces , des. Heu
res (49 ) > des Amours , des Jeux , des Ris , des Nym
phes Acmènes, de la Persuasion et de la Sollicitude.
Les auteurs varient sur l'origine de Grâces. Selon les
uns , elles étaient filles de Jupiter et d'Eurynome ou
de Junon; selon les autres, du Soleil et d'Eglé; mais selon
la plus commune opinion, de Vénus etde Bacchus.
La plupart des poètes en, ont fixé le nombre à trois , et
les nomment Aglaé ou Eglé, Thalie et Euphrosine.
Homère et Stace donnent a l'une des trois le nom de
Pasithee. Les Lacédémoniens et les Athéniens n'en recon
naissaient que deux, les premiers, sous les noms Cléta et de
DE MYfHOLOCIE. 167
Phaenna; les seconds , sous ceux d" Auxo et A'Hégémone.
Én plusieurs endroits de la Grèce, 011 en comptait quatre,
et dans ce cas , on les confondait avec les Heures et les
Saisons (49 , 5o ) . Enfin, Pausanias met au nombre des
Grâces la Persuasion , comme pour indiquer que le plus
grand moyen de persuader est de plaire.
3 C'est en effet à ces divinités que Yénus devait ce charme
irrésistible ,
Et la grâce plus belle encor que la beauté ,
comme le dit La Fontaine. C'est d'elles que les hommes
attendaient les plus précieux de tous les biens , la gaîté ,
l'égalité d'humeur, la facilité des manières , la libéralité ,
l'éloquence , la sagesse^ Leur pouvoir s'étendait à tous les
agrémens de la vie. Toutes les sciences, tous les arts re
connaissaient leur empire. La jeunesse én recevait plus
d'attraits, la vieillesse plusse charmes; elles embellis
saient même la perfection. Mais la plus belle de leurs pré
rogatives , c'est qu'elles présidaient aux bienfaits ainsi
qu'à la reconnaissance.
Ces aimables divinités ne pouvaient manquer de tem
ples ni d'autels. Etéocle, roi d'Orchomène, fut, dit-on,
le premier qui leur en éleva ; ce fut lui qui régla leur
culte, et dans la suite il passa pour leur père; aussi faisait-
on, des bords riants du Céphise , le séjour préféré des-
Grâces , qui de là s'appelaient Etéoclées et déesses du Ce'-
phise ou d'Orchomène.' Les Lacédémoniens lui dispu
taient cette gloire, et l'attribuaient à Lacédémon , leur
quatrième roi (ao).
§ i65. — Suite de l'histoire des Grâces. — Leur
culte. — Leurs attributs.
Élis , Delphes, Pergé, Périnthe, Byzance et beaucoup
d'autres villes de la Grèce ou de Thrace avaient "Elevé des
temples à ces divinités. Outre ces temples particuliers,
elles étaient toujours admises dans ceux de Cupidon , de
Mercure et des Muses , pour signifier que l'amour, l'élo
quence ou la poésie doivent surtout leurs succès aux
Grâces.
On les invoquait dans les poèmes et dans les festins , de
même qu'on invoquait les Muses, pour montrer qu'elles
étaient inséparables dans les vers, et les convives les révé
raient par le nombre de coups qu'on buvait en leur
honneur. ' -
Les Spartiates sacrifiaient aux Grâces avant que da
i68 cours
combattre, pour faire voir qu'on doit tenter tous les
moyens de douceur avant que d'en venir aux mains.
On célébrait plusieurs fêtes en leur honneur, entre au
tres les Charisies, danses nocturnes , pendant lesquelles on
distribuait des gâteaux de maïs et de miel à ceux qui ré
sistaient au sommeil. Le printemps leur était particuliè
rement consacré comme la saison de l'Amour , des Fleurs
et des Grâces. Toute la Grèce était remplie de leurs images.
Pythagore de Paros les avaient peintes àPergame, Apelle
à Smyrne. Socrate avait fait leurs statues en marbre , et
Bupale en or.
On ne représenta d'abord les Grâces que par des pierres
brutes , et bientôt sous des formes humaines , habillées de
gaze, et toutes nues dans la suite. Peut-être voulait-on
exprimer que rien n'est plus aimable que la simple nature ,
et que, si quelquefois elle appelle l'art a son secours,
elle ne doit employer les ornemens étrangers qu'avec re
tenue. On les représentait jeunes, filles et vierges, par-
cequ'on a toujours regardé les agrémens. comme le lot de
la jeunesse. Cependant , Homère marie deux.des Grâces et
les partage assez mal ; à l'une , il donne pour époux le
plus laid des dieux, Vulcain; à l'autre le Sommeil.
§ 166. — Suite de l'histoire des Grâces et de leurs
attributs.
Les noms ou les attributs des Grâces sont allégoriques
comme ces déesses elles-mêmes.
On les appelait Charités , mot grec qni veut dire joie ,
pour montrer qu'un bienfait donné doit causer autant de
plaisir qu'un bienfait reçu. Les Grâces étaient toujours
jeunes, pour nous apprendre que la mémoire d'un bon
office ne doit jamais vieillir ; vives et légères , pour faire
connaître qu'un service ne doit pas se faire attendre : aussi
les Grecs et les Romains , à leur exemple, «vaient-ils cou
tume de dire qu'une grâce qui vient lentement "cesse d'être
gracieuse. Elles étaient vierges, pour avertir que l'inten
tion du bienfaiteur doit être pure , et qu'un présent doit
toujours être accompagné de prudence et de retenue.
C'est pour cette raison que Socrate disait d'un homme
prodigue de ses dons à tout venant : Les Grâces sont vierges,
et tu en fais des courtisanes. Elles se tenaient par la main ,
pour signifier que nous devons, par des bienfaits récipro
ques, resserrer les nœuds de la nature. Enfin, dans leurs
• DE MYTHOLOGIE. 1 69
danses, elles formaient toujours un cercle pour dire qu'il
doit exister en quelque sorte , entre les hommes , une cir
culation de bienfaits , et que , par la reconnaissance , les
bienfaits doivent naturellement retourner à la source qui
les a produits.
De leurs statues à Elis , l'une tenait une rose , l'autre un
dé à jouer, etla troisième une branche de myrte. Le myrte
et la rose sont particulièrement consacrés à "Vénus , et le dé
marque le penchant que la jeunesse, l'âge des Grâces , a
pour les jeux et les ris.
Enfin, les anciens représentaient les Grâces au milieu
des plus laids Satyres. Souvent même^n statues étaient
creuses, et venait-on à les ouvrir, on y^rouvait de petites
figures de Grâces. N'a-t-on pas voulu par-là nous appren
dre qu'il ne faut pas juger des hommes sur l'apparence;
que les défauts du visage peuvent se réparer par les agré-
mens de l'esprit , et que quelquefois un extérieur dis
gracié cache des qualités éminentes ? C'est à ces figures
emblématiques que se comparait Socrate, et que l'on
pourrait comparer Esope.
§ 167. — Suite du eertège de Fénus Les Jeux.
— Les Ris. — La Persuasion.
Les Jeux étaient des divinités allégoriques présidant aux
agrémens du corps et de l'esprit qu'ils possèdent eux-mêmes
au plus haut degré. On les représente sous les traitsdejeunes
enfans portés sur des ailes de papillons , nus , riant, badi
nant toujours, mais avec grâce. Ils voltigent en folâtrant
autour de Vénus, leur souveraine, qu'ils nequittent jamais.
Risus , nommé Gelasius chez les Grecs, était le dieu
des Bis et de la Gaieté. Les Lacédémoniens l'honoraient
comme le plus aimable de tous les dieux, comme celui
qui savait le mieux adoucir les peines de la vie. L'austère
Lycurgue lui-même lui avait consacré une statue, qu'on
plaçait toujours auprès de celle de Vénus, avec les Grâces
/ et les Amours. Les Thessaliens célébraient sa fête avec
une joie qui convenait parfaitement à ce dieu. Les Ro
mains lui consacrèrent un temple sous le titre d'AUdicnia
Ridiculi , lorsqu'ils virent Annibal s'élo:gner de Rome
après la bataille de Cannes.
La Persuasion, nommée Pitho par les Grecs (16), et
Suada ou Suadela par les Romains, était regardée comme
fille de Vénus, dont elle orne le cortège. Thésée (î>83),
ayant persuadé à tous les habitans de l'Attique de se réu
8
170 COBBS
air dans une seule ville, introduisit à cette occasion le
culte de cette déesse. Elle avait aussi dans le temple de
Bacchus , à Mégare , une statue de la main de Praxitèle.
Égialée lui bâtit un temple, parceque, dans un temps de
peste, Apollon et Diane (108 bis), irrités contre cette ville,
s'étaient laissé fléchir aux prières de sept jeunes garçons
et de sept jeunes filles. Phidias l'avait représentée sur la
base du trône de J upiter Olympien au momeut où sa
main couronne Vénus.
§ 168. — Bacchus. — Nombre des Bacchus. —
Comparaison de Bacchus avec Osiris.
Bacchus étaiflfcdieu du vin.
Diodore compte trois Bacchus ; le premier est le vain
queur des Indes, surnommé le Barbu; le second, fils de
Jupiter et de Proserpine , était peint avec des cornes; le
troisième , fils de Jupiter et de Sémélé , s'appelait le
Bacchus Thébain.
Cicéron en nomme cinq: le premier, fils de Jupiter-Am-
nion et de Proserpine; le second , de Nilus; le troisième,
de Caprius, roi d'Asie; le quatrième , de Jupiter et de
Luna ; le cinquième enfin , de Nisus et de Théone.
C'est sur le Bacchus Thébain que les Grecs, pour hono
rer Cadmus , père de Sémélé , réunirent les aventures de
tous les autres , sans se mettre en peine des contradictions
qui choquent dans leurs récits.
Ils disent en effet que Bacchus secourut Jupiter dans la
guerre des Géans , sans prendre garde que Cadmus est
postérieur de plusieurs siècles à ce mémorable événement.
Il est donc vraisemblable de penser avec Diodore que le
premier Bacchus, Egyptien de naissance, envoyé par son
père a Nysa, ville de l'Arabie, le même d'ailleurs qu'Osi-
ris , est le modèle sur lequel ils ont formé leur Bacchus
Thébain ; qu'Orphée rapporta son culte de l'Egypte en
Grèce, et que, pour faire honneur à la famille Cadméenne ,
il accommoda la fable et les cérémonies de cette divinité à
un prince de cette race.
Tout nous confirme dans cette opinion. Bacchus par
court les Indes comme Osiris ; le dieu grec , auxiliaire
de Jupiter , est mis en pièces par les Géans , comme
le dieu d'Egypte par son frère Typhon. Enfin on repré
sente souvent le fils de Sémélé, comme le Soleil des Egyp
tiens, assis sur un globe parsemé d'étoiles. Tant il est vrai
que les Grecs, maladroits accapareurs de toutes les fables,
ont souvent trahi leur faiblesse et leur naissance.
DE MYTHOLOGIE. 171
§ 169. — Naissance de Bacchus. — Mort de Sémélé.
— Explication de celte fable. — Nourrices de
Bacchus.
Sémélé, fille de Cadmus et d'Hermione (222), fut ten
drement aimée de Jupiter. Mais la jalouse Junon, impla
cable ennemie de la famille Cadmécnne, qu'elle avait déjà
punie dans Ino, résolut encore de perdre son heureuse ri
vale. Elle s'introduisit auprès de Sémélé, sous la figure de
Béroé , sa nourrice ; et lui conseilla, pendant sa grossesse ,
d'exiger de son amant qu'il se montrât à ses yeux dans
tout l'éclat de sa gloire et de sa pui^nce. La crédule
Sémélé suivit ce perfide conseil, et firjHrerà Jupiter par
le Styx qu'il céderait à sa demande.
Jupiter, enchaîné par son serment , la satisfit à regret;
il parut devant elle .armé des éclairs et de la foudre.
Sémélé fut aussitôt consumée par le feu ; mais l'enfant
qu'elle portait ne périt pas; il fut sauvé des flammes par
Mercure, ou, selon d'autres, par Dircé, nymphe du fleuve
Achéloiïs , et Jupiter le plaça dans sa cuisse , pour qu'il y
restât tout le temps que la mère aurait dû le nourrir dans
son sein ; fable ridicule , qui valut à Bacchus le surnom de
Bimater, comme s»il eût eu deux mères différentes.
Cette fable a sans doute pris sa source dans quelque in
trigue amoureuse dont Sémélé fut victime , avant d'avoir
mis au monde l'enfant miraculeux. Aussitôt après sa nais
sance , Jupiter, c'est-à-dire, l'amant de la princesse,
l'aura fait transporter , par son messager , à Nysa , ville
d'Arabie située près d'une montagne appelée Meros , mot
qui signifie Cuisse ; et l'imagination des Grecs, quelquefois
heureuse, a complètement échoué dans cette fiction absurde
et grossière.
Du reste, discordance complète entre les poètes et les mytho
logues. Selon les uns, Bacchus, confié d'abord à sa tante Ino, le
fut ensuite aux nymphes Nyséïdes ou INysiades , Brisa, Bromè ou
Bremie, Cisséis, Ëripe et Nysa. Selon d'autres , il eut pour nourrice
une nymphe de l'île d'Eubée; selon d'autres encore , il fut élevé
dans l'île de Naxos par Philia, Coron is, et Cléis ou Glyta ; selon ceux-
ci, par flippa , nymphe du Tmolus; selon ceux-là, par les Dodonides,
prêtresses de Jupiter à Dodonc (45) ;%nfin Pâusanias rapporte une
tradition de Brasias, Tille du Péloponèse. Cadmus, dit-il, ne fut
pas plus tôt informé des amours de sa fille, qu'il la fit enfermer dans
un coffre et jeter à la mer avec son enfant. Le coffre ayant été
poussé par les flots sur les côtes de Brasias, les habitans trouvèrent
la mère morte, mais l'enfant respirait encore; ils le sauvèrent et
prirent soin de son enfance.
COURS
§ i 70. — Premiers exploits de Bacchus. — Con
quête des Indes. — Ariane. — Bacchus dans la
guerre des Géans.
Selon la tradition la plus commune, dès que le temps
de sa naissance fut accompli , BaGchus fut mis entre les
mains d'Ino, qui l'éleva de concert avec les Hyades , les
Heures et les Nymphes , jusqu'à ce qu'il fut en âge d'être
instruit par les Muses et par Silène (i83).
Pendant son enfance , Bacchus fut poursuivi par la
haine de Junon. Elle envoya contre lui pendant son som
meil un amphisbène , serpent à deux têtes , que le dieu
tua de ses mainffEnsuite elle le frappa d'une folie qui le
fit errer dans une partie du monde , et dont il ne fut déli
vré qu'en Phrygie , par Cybèle. Au milieu de ses courses,
s'étant endormi dans l'île de Naxos , il fut enlevé par des
pirates Tyrrhéniens , qui furent changés, à son réveil , en
dauphins, à l'exception du pilote Acétes, qui s'était opposé
seul à cette violence, et dont Bacchus fit son grand-prêtre.
Devenu grand , Bacchus entreprit la conquête des Indes,
accompagné du fidèle gardien de son enfance , le vieux Si
lène , et d'une multitude immense d'hommes et de femmes
armés de thyrses au lieu de lances , et de cymbales ou de
tambours , au lieu de boucliers. La conquête ne coûta
point de sang ; les peuples se soumettaient avec d'autant
plus de joie, qu'il leur enseignait l'art de cultiver la terre,
de faire le vin, et d'extraire le miel. Dans l'excès de leur
reconnaissance , ils le déifièrent et lui dressèrent des au
tels.
Ce fut à son retour des Indes que Bacchus épousa la
malheureuse Ariane , fille de Minos II , roi de Crète , que
l'infidèle Thésée avait abandonnée dans l'île de Naxps. Il
lui fit présent d'une couronne ornée de sept étoiles , qui
fut placée dans le ciel après sa mort, pour y former la
constellation d'Ariane.
Ariane abandonnée, au» Tuileries.— Ariane du Valican; copie à
Versailles. —■ Ariane, amante de Bacchus , au Capitole. — Ariane
ti'Aubett. g
Bacchus n'acquit pas n(oins de gloire dans la guerre des
<réans(33). Il se transforma , dit-on, en lion, tua Rhcecus ;
et, vivement excité par Jupiter, qui lui criait: Evhyie, cou
rage , mon fils , il fit le premier pencher la victoire du côté
ijes dieux.
Une autre tradition, moins honorable à Bacchus , nous
DÉ MYTHOLOGIE. I?0
ie représente mis en pièces par les Géans. Mais Minerve
prit sa tète , lorsqu'elle respirait encore , et s'empressa de;
la porter à Jupiter , qui , recueillant ses membres épars ,
les anima de nouveau, comme Isis rassembla les restes de son
époux, pour les faire adorer sous des symboles vivans (G).
§ 171. — Des enfans de Bacckus.
On trouvera dans la liste des enfans de Bacehos une nouvelle
preuve que ce dieu n'est autre chose qu'Osiris.
Anubit (11). — Bacchia. — Carmon d'Alexiréa.
Cérame, Énoplon, Eumedon, Lairamis , Pleins, Tauropotis et
Thyonœus , d'Ariane (Append. au § a49). Enopion eut d'IIélic«
Hèro ou Mèrope , Alhamas et Candiopc.
Macidon (11).
Narcée, de Phyucoa , nymphe de l'Élide. Ce fils, devenu puissant,
établit le premier des sacrifices à son père ; il institua même, en
l'honneur de sa mère, un chœur de musique, appelé long-temps
Physcoa.
Pldias , de Chthonophile on d'Arethyrée. On le dit aussi fils de
Cisus. Il donna son nom à la Fhliasie. ,
Staphyle, d'Érigonc, qu'il séduisit sous la forme d'une grappe de
raisin. On le dit aussi fils d'Ariane. 11 épousa Chrysothémis , dont
il eut trois filles Rhoco, Parthénore et Molpadie. Selon quelques au
teurs, Staphyle, berger d'OËnée , roi de Calydon, ayant remarqué
qu'une de ses chèvres revenait toujours plus laid et plus gaie que les
autres, la suivit et la trouva dans un endroit écarté, mangeant du
raisin , fruit dont l'usage n'était pas encore connu. Staphyle s'em
pressa d'en porter au monarque ; QEnée en fit du vin, et ce fut pat-
reconnaissance que les Grecs donnèrent à cette liqueur précieuse le
nom de son inventeur ( Oinos, vin).
Selon d'autres traditions , ce fut a l'Athénien Icarius , père d'Eri-
gone, que Bacchus apprit l'art de planter la vigne et de faire du
vin, pour le récompenser de son hospitalité ; récompense qui de
vint funeste à celui qui l'avait reçue. Icarius, en effet, donna du vin
aux bergers de l'Attique , qui s'enivrèrent, et qui, se croyant empoi
sonnés , le jetèrent dans un puits. Érigonc se pendit de désespoir ;
et témoin du meuitre de son maître , une chienne en mourut de
douleur. Tous furent mis au rang des astres, Icarius sous le nom
de Bootès , Erigone , sous celui de la Vierge, et la chienne sous celui
de la Canicule. On établit en l'honneur d'Icarius des jeux appelés
Icariens , qui consistaient à se balancer sur une escarpolette.
§ 172. — Des attributs de Bacchus.
On représente ordinairement Bacchus comme un jeune
homme d'une physionomie riante, assis quelquefois sur
un tonneau, quelquefois sur un char traîné par des tigres,
des lions ou des panthères. Tantôt il est barbu, tan
tôt sans barbe, d'où vient que Diodore parle d'un Bacchus,
à deux formes.
Bacchus est aussi beau qu'Apollon ; il jouit comme lui
d'une jeunesse éternelle. Ses yeux sont noirs comme ceux
174 COURS
des Grâces , et sa chevelure dorée descend en tresses on
doyantes sur ses épaules. Sa tête est ceinte d'une couronne
de pampre et de lierre ; pour toute parure , il porte la dé
pouille d'un tigre ou d'un léopard, et des cothurnes faits
des mêmes peaux.
D'autres fois, on le dépeint comme un vieillard, parce-
ue le vin rend conteur ; tantôt on lui donne la figure
'un adolescent efféminé, tantôt celle d'un enfant, soit
pareeque l'ivresse jette en quelque sorte dans l'enfance,
soit p^reeque le vin conserve à l'homme et rend aux vieil
lards la vivacité de la jeunesse. D'une main , il tient une
grappe de raisin, avec une corne, espèce de vase à boire,
de l'autre un thyrse, dont il fait jaillir des sources de vin ,
et dont les bandelettes figurent des outres étroits et longs.
Le plus souvent, on le représente avec des cornes au
front, svmbole de force et de puissance qu'il partage avec
Osiris. Il est , comme lui, quelquefois assis sur un globe
parsemé d'étoiles.
Outre la culture de la vigne, on attribuait encore à
Bacchus l'invention de la charrue; c'est pour cette raison
qu'il est appelé par quelques auteurs le génie de Cérès
(190); nouveau rapprochement de ces deux divinités entre
Osiris et Isis.
Le nom de Bacchus se prend chez les poètes pour le
vin lui-même.
Bacchus, sansbarbe.au Musée, n°4.—Bacchus indien ou barbu,
n° 43- — Buste de Bacchus, n° 101. — Autre Bacchus, a' 114. —
Bacchus indien , dit Sardanapale , au Vatican. — Bacchus en repos,
Musée , n° 1 44 • — Bacchus indien , ibid. , n° 188. — Autre Bacchus,
n° 192. — Bacchus Pogon, ou barbu ou Bassarce (174), n" 396,
397. — Triomphe de Bacchus sur Hercule , vase d'or trouvé à Ren
nes. — L'ivresse de Bacchus, de Valin. — Tableau de Bacchus , de
Girodet , à Compiégne.
§ 1 y5. — Des noms et des surnoms de Bacchus.
Bacchus s'appelait , chez les Grecs, Dionysius , par allu
sion à Jupiter, sou père, ainsi qu'à la ville de Nysa, où il
avait été élevé.
On le nommait encore Eleiiihérius ou Liber, soit par-
cequ'il avait rendu libres les villes de Béotie , soit, ce qui
semble plus probable, pareeque, étant le dieu du vin , il
délivre l'esprit de toute peine , et fait parler librement.
On ajoute ordinairement au nom Liber le mot Pater,
pareequ'on le regardait comme le père de la joie et de la
liberté.
DE MYTHOLOGIE.
Les Grecs lui donnaient encore le nom Barchipéan , lorsqu'ils l'a
doraient sons les traits d'un vieillard ; de Theœnus ou dieu du vio ,
et d'Iacchns, mot qui désigne les cris que l'on poussait dans
ces fêtes. Quelques auteurs cependant distinguent Bacchus d'Iac-
chus , qu'ils disant fils de Cérès , parcequ'on le nommait dans les
mystères d'Eleusis. «
1. Surnoms tirés des lieux :
tanins deus , d'Aonie, premier nom de la Béotie. Les Aones
(V. Neptune, § 222) habitaient cette contrée, quand Cadmus vint
s'y fixer, et partagèrent leurs terres avec la colonie Phénicienne.
Axiiès , chez les Héréens , peuple d'Arcadic.
Beotius , V. Aonius.
Calydonius ,;deCalydon, ville d'Étolie.
Edonius, d'Édon , montagne de Thrace.
Gorgyeus , de Gorgya , dans l'ile de Samos.
Laphystius , de Laphystium , montagne de Béotie.
Leucyanile , de Leucyanias , petite rivière d'Elido.
Limnœus , de Limnes , quartier d'Athènes.
Maronèus , de Marunée , ville de Thrace, ou de Maréotis , célèbre
vignoble près d'Alexandrie.
Meonius, de Méouie, ville ou contrée d'Asie mineure ; Mésoléc ,
d'une ville de ce nom en Achaïe.
Odrysius, des Odryses, ancienne et puissante nation de la Thrace.
Ogygius , d'Ogy»ie, nom de la Béotie , pris d'Ogygès ( 225 ).
Sabasien , de Sabes , peuple de Thrace.
Threix, de la Thrace, qui l'adorait particulièrement.
§ 17/1. — Suite des surnoms de Bacchus.
II. Surnoms tirés des circonstances :
Amphiétès.à cause des fètesannuelles qu'on célébrait en son honneur.
Antliius , chez les Athéniens , ainsi qu'à l'atras, ville d'Achaïe ,
parceque ses statuesétaient couvertes d'une robeornée de fleurs ou
parcequ'on lui taisait hommage des premières fleurs du printemps.
Barbalus (172).
Ëassareus , d'une sorte d'habit ou de chaussure appelé liassaris.
Ce vêtement était de couleur blanche , d'après ce que dit Horace:
Candide Bassareu.
Brisœus, soit à cause de Brisa , sa nourrice , ou du promontoire
Brisa , dans l'île de Lemnos, ou de l'usage de (bulerle vin.
Bromius, parcequ'il naquit au bruit du tonnerre, ou parce-
qu'il eut Brome pour nourrice, ou parceque ses mystères étaient
célébrés au milieu du tumulte et des.l'rémissemens.
Brumus, V. Brumales,§ ijq.
CUsus , de Cissus, son favori, que tuèrent des Satyres, et qui:
Bacchus changea en lierre , plante qui lui fut depuis consacrée sous
ce nom.
Ebon, chez les anciens habitans deNaples; peut-être est-ce le
même mot qu'Evao.
Eleteus, d'Eleleti, cri des Bacchantes (iSt).
' Enorchns , à cause des danses par lesquelles on célébrait les fêtes.
Euliitts, Euius, <ic ce que, dans la guerre des Géans contre les
dieux, Jupiter lui criait pour l'encourager : £11, aie, bien , mon fils.
Evan, d'Evoé, crique prononçaient les Bacchantes 'dans les fêtes
de Bacchus , en mémoire des paroles de Jupiter,
176 cours
Hyei , d'Hya , nom de Sémélé , selon les uns ; selon d'autres , de
ce que sa fêle arrivait dan s une saison pluvieuse.
Lampter, V. Lamptéries, § 180.
Lcnœus , d'un mot grec qui signifie cuve ou pressoir.
L'tcnitèt , du van qu'on portait dans ses fêtes ( 177).
Mctancgis , à Herniione et à Athènes, en mémoire de ce qu'il
avait paru couvert d'une peau de chèvre noire, au combat de Mé-
lanthe et de Xantbus.
Mclanthidc, chez les Athéniens, pour rappeler le secours qu'il
donna a Mélanthe.
Miticliius , propice ou doux comme le miel , pareequ'il avait ap
pris aux hommes a cultiver la vigne.
Nyetèliut, à cause de quelques unes de ses fêtes qui se célébraient
la nuit.
Nysmux , Nyiitis (169).
Ompharite, d'un mot grec qui signifie raisin vert.
Oreus, à cause du culte qu'on lui rendait sur les montagnes.
Orl'not , droit, dans le temple des Heures, chez les Athéniens;
par allusion au mélange de l'eau avec le viu.
Putitcs , citoyen , en Arcadie.
l'sila, pareeque le vin rend agiles ceux qui en boivent avec mo
dération.
Pyrigéne, né du feu, pareeque sa mère Sémélé fut consumée de
la foudre {'69).
Scythilès , à Lacédémone , à cause de ses voyages en Scythie.
Slaphylite, de Staphylus son fils (171).
Taurophagc , à cause des nombreux taureaux qu'on lui sacrifiait,
soit aussi pareequ'un de ces animaux était le prix du meilleur di
thyrambe fait en son honneur.
Thioneus ou Thyoneus , de ïhyoné , son aïeule , ou sa mère, appelée
de ce nom après sa mort ; ce surnom de Bacchus lui vient peut-être
aussi de la fureur qu'il inspirait aux Bacchantes.
Tragcphorc, pareeque dans ses fêtes il portail une peau de bouc»
Triumbus , soit à cause de ses conquêtes dans les Indes, soit à
cause de la pompe solennelle et presque triomphale de ses fêtes.
Tyrrlicnolelés , qui fit périr les matelots tyrrhéniens (170).
§ j 75. — Suite des surnoms de Bacckus.
111.. Surnoms tirés de ses qualités :
Acratopliore , Acralopote, qui porte ou boit du vin pur, chez les
rhigaléens, en Arcadie.
Atysius, qui délivre des soucis.
fiabacléî, qui bégaie , qui pousse des cris inarticulés.
Bicomis, Bicornigcr , pareequ'on le représente avec deux cornes,
en signe de forc e (172).
Biformis, pareequ'on le dépeint tantôt comme un jeune homme,
tantôt comme un vieillard, ou bien pareeque le vin rend triste ou
gai , selon le caractèie des buveurs.
Bimalcr (160).
Bucornis , pareequ'on le figure tantôt avec deux rayons de lu
mière en forme/de. cornes sur le frofit , et tantôt tenant à la main une
corne de taureau remplie de vin.
Bugenès, né d'un bœuf, comme premier inventeur du labourage,
DE MYTHOLOGIE. I 77
et portant des cornes, ou comme fils de Jupiter- Amnion , à tête
dé bélier (3i, 168).
Corniger (V. Bicornis et Bucornis).
Corymbifer, qui porte la corymbe, couronne faite avee de petite*
baies de lierre.
Dcemon bonus , en l'honneur duquel t dans toutes les fêtes, se bu
vaient les dernières coupes de vin.
Digonos , Dimaier (V. Bimaler).
Dimorphos (V. Biformis).
Diphyès (V. Bimaler).
Dilhyrambus, Ditliyrambogcnès , soit pareequ'il sortit successive
ment du sein de sa mère et de la cuisse de Jupiter, soit de deux
mots : Déliez la ceinture, que l'on répétait à grands cris dans ses fêtes ,
et qui faisaient allusion à son séjour dans la cuisse de son père. Far
la suite , on donna le nom de Dithyrambe aux hymnes chantés en
l'honneur de ce dieu.
Giganloklés , vainqueur des Géans (34, 35).
Homestès, dieu cruel, qu'on n'apaise que par dès victimes hu
maines.
Inverecundns deus.
Io Bacche. C'était aussi le nom d'un hymne en son honneur, pris
de la répétition fréquente de ces deux mots.
Lœbasius , dieu des libations.
Lyœusdcus, qui dissipe les inquiétudes et la mélancolie. Lyaeus
se prenait aussi pour le vin.
Omadius (V. Homestès).
Tauricéphalc , Taurocéphale , Tauriceros, Tauroeeros , Tauricornis ,
Tauriformis , Tituromorphe , Taitrophane , etc. (V . Bucornis).
Vitisator, planteur de la vigne.
Zagrèe, grand chasseur. Peut-être Bacchus-Zagrée n'est-il que le
Zagrée fils de Jupiter et de Proserpine.
§ 176. — Culte de Bacchus. — Son origine. —
— Aventure de Penthée , de Lycurgue et des
néides,
Le culte de Bacchus se répandit assez tard en Grèce. Il
éprouva les plus grandes difficultés à s'établir , et causa
des sa naissance d'éclatantes catastrophes.
Originaire d'Egypte , où Bacchus portait le nom d'Osi-
ris , ce culte fut d'abord propagé dans la Thrace par Or
phée, qui bientôt fut victime de l'ivresse furieuse de Bac
chantes (i3i).
Vers le même temps , les filles de Cadmus, natives de
Thrace, apportèrent en Béotie le culte de Bacchus, et
montrèrent le plus vif enthousiasme pour le propager.
Penthée , roi de Thèbes, et leur neveu {ii'i) , voulut s op
poser à son introduction. Selon les uns , il se rendit sur le
mont Cvthéron, avec le projet de punir les Bacchantes au
milieu de leurs fêtes licencieuses. Instruites de son dessein,
8*
178 COUBS
ces furies, parmi lesquelles se trouvaient sa mère et se»
tantes, le mirent en pièces. Selon les autres , voyant que
le peuple , malgré sa défense , s'empressait de participer à
la fête de Bacchus, il fit saisir le dieu lui-même , charger
de fers et conduire en prison. Leschaînes tombèrentd'elles-
mèmes et les portes s'ouvrirent. Bacchus sortit et reparut
bientôt à la tète des Bacchantes, qui accablèrent le roi à
coups de thvrse et de pierres. Sa mère et ses tantes égarées
par Bacchus, le prenant pour un jeune lion , aidèrent leurs
compagnes à le déchirer.
Jaloux de ses honneurs , Bacchus punissait lui-même
ceuxquis'opposaient à son culte. Témoin Lycurgue, fils de
Dryas (92) , roi de Thrace , à qui Bacchus inspira tant dé
fureur, que, crovant couper les vignes, il coupa les jambes
à son fils Dryas, et semutila lui-même. L'orade prescrivit
à ses sujets de l'emprisonner , et dans la suite il fut mis eu
pièces par des chevaux sauvages. Selon d'autres, il avait
attaqué sur la montagne de Nysa Bacchus lui-même , qui ,
saisi d'effroi, se précipita dans la mer. Jupiter, en puni
tion de son impiété , le frappa d'un aveuglement que la
mort suivit de près.
Témoin encore les Minéides ou filles de Minée, roi
d'Orchomène (22a) , Leuconoé, Leucippe , Alcithoé ,
dont les deux premières sont appelées par d'autres
Clymcne et Iris. S'étant moquées des fêtes de Bac
chus, et n'ayant pas voulu pour elles interrompre leurs
travaux de tapisserie , le dieu leur inspira le désir de man
ger de la chair humaine. Elles tirèrent au sort pour savoir
qui d'entre elles dévouerait son fils à la voracité des autres.
Le sort ayant désigné Leucippe, ellelivrason filsHippasus,
qui fut aussitôt dévoré par les trois sœurs. Elles furent
cliangées en chauves-souris, et leur ouvrage en feuilles de
ferre.
Ce fut encore pendant les fêtes de Bacchus que Progné
vengea sa sœur Philomèle de la manière la plus barbare.
Progné, fille de Pandion (80), avait épousé Térée, roi de
Thrace. Celui-ci déshonora secrètement Philomèle ; et,
craignant les révélations de la princesse, il arracha la lan
gue à sa victime et l'enferma dans un château sûr. La
captive trouva moven d'instruire sa sœur de sa situation ,
en brodant son infortune sur la toile. Progné, furieuse,
massacre son fils Itys , et, d'accord avec Philomèle, le sert
sur la table de Térée. Ivre de fureur, Térée poursuit les
deux complices, qui s'échappent sur un vaisseau. Mais
DE MÏTHOLOGfE. ljf|
pendant la fuite des unes et la poursuite de l'autre , Phi-
lomèle fut changée , selon les uns , en rossignol ; selon les
autres, en hirondelle; Progné subit aussi l'une de ces mé
tamorphoses; ïérée devint hibou, huppé, ou épervier ;
Itys , faisan ou chardonneret.
§ 177. — Suite du culte de Bacchus. — Des
Dionysiaques.
De Thèbes , le culte et le nom de Bacchus envahit Ar-
gos. Enfin on tâcha de l'introduire dans l'Attique ;
loin d'être accueillis , les ministres du dieu ne furent pas
môme soufferts ; on les chassa ; mais , plus heureux dans
une nouvelle tentative , ils parvinrent à s'v maintenir ;
chaque jour accrut leur puissance , et la foule se porta
pleine d'enthousiasme à leurs fêtes.
Les Dionysiaques ou Dionysies furent portées en
Grèce par Cadmus ou par Mélampe, et si Cérès n'est autre
chose qu'Isis , Bacchus qu'Osiris , les Dionysiaques grec
ques seraient les mêmes que les Pamylies égyptiennes (6).
Les Athéniens , qui s'étaient montrés les plus difficiles à
les adopter, les célébraient avec plus de pompe que tout le
reste de la Grèce , et comptaient par elles leurs années ,
pareeque le premier archonte était chargé d'en régler la
forme et les rits.
Outre d'autres cérémonies, on portait en procession des
vases remplis de vin et couronnés de pampre. Suivaient
des vierges choisies , appelées Cane'phores , parcequ'elles
portaient des corbeilles d'or, pleines de toutes sortes de
fruits , et d'où s'échappaient des serpens apprivoisés qui
jetaient l'effroi dans l'anie des spectateurs. On y portait
aussi des vans , instrument mystique , regardé comme es
sentiel aux fêtes de Bacchus , pareeque les initiés devaient
être purifiés de leurs vices par les épreuves de l'initiation ,
comme la paille est séparée du blé par le moyen du van.
Ces fêtes étaient célébrées de préférence au milieu d'un
bois , sur les montagnes ou parmi les rochers , afin d'ac
croître le bruit des cris et des hurlemens.
Dans ces fêtes, le prix du vainqueur était un trépied ,
qui n'était autre chose que le cratère. Le premier coup se
buvait à Bacchus , le deuxième à Vénus, et le troisième à
l'Injure.
Les mystères qui précédaient ou suivaient ces proces
sions consistaient dans les mômes scènes que celles d'Eleu
sis (199), et surtout dans le massacre de Bacchus par les
COURS
Géans (170), allégorie des révolutions du-monde physique r
et souvenir des persécutions qu'avalent souffertes les pre
miers adorateurs de Bacchus.
§ 178. — Suite des fêles de Bacclius.
Les Dionysiaques, terme général pour exprimer les fêtes de Bac
chus , se subdivisaient en plusieurs autres qu'il est bon de connaître.
Les Anciennes se célébraient au mois de janvier, à Limna, dans
l'Attique , où Bacchus avait un temple. C'était à quatorze femmes,
appelées vénérables , qu'était confié le soin de tous les préparatifs.
Les Arcadiques s'observaient, comme le mot le fait voir, en Ai"-
cadie. C'est alors que les enfans , après avoir reçu des leçons de
musique, étaient produits tous les aus sur le théâtre, pour y cé
lébrer la fête de Bacclius par des chansons, des danses et des jeux.
Les Nouvelles avaient lieu dans le mois de février, comme les
Grandes; les Petites, en automne, et servaient de préparation aux
premières. Les Bratironies étaient les plus licencieuses de toutes.
Les Nyciélies , ou fêtes nocturnes, étaient composées de mystères
qu'il n'était pas permis de révéler. L'apparente cérémonie consis
tait dans une course tumultueuse que les célébrans faisaient par
les rues, portant des flambeaux, des bouteilles, des verres, et fai
sant à Bacchus d'amples libations. Ces cérémonies se renouvelaient
tons les trois ans dans la ville d'Athènes, au commencement du
printemps. Les Romains, qui les adoptèrent , ne tardèrent pas à les
supprimer comme une source d'affreux désordres.
Les Triètèrides , TrièUrifjues ou Triennales, instituées par Bacchus
lui-même , avaient aussi lieu tous les trois ans en Thrace et chez les
Béotiens, en mémoire de l'expédition des Indes, qui dura le même
nombic d'années. A cette solennité se voyaient des matrones divi
sées en bandes, et des vierges portant des thyrses ; les unes et les
autres, saisies d'enthousiasme ou fureur bachique, chantaient l'ar
rivée de Bacchus, qu'elles croyaient présent à leur compagnie du
rant cette fête , même vivant et conversant avec les hommes.
Les Omophagics étaient signalées par le sacrifice des victimes
humaines , ou par des repas de chair crue , la seule , dit-on , dont se
nourrît Bacchus. Chios et TénéJos se faisaient remarquer dans la
célébration de ces fêtes.
Les Orgies ne diffèrent point des Dionysiaques. Leur nom signifie
fureur, parcequ'elles étaient célébrées par les Bacchantes. Les Orgies
étaient surnommées Orphiques , en mémoire de ce qu'Orphée y
picrdit la vie(t3i), et selon les autres , pareequ'il en avait intro- ,
duit en Grèce la célébration (176).
Les Phagésies ou Phagésipnsies , pendant lesquelles avaient lieu
des festins somptueux, faisaient partie des grandes Dionysiaques.
La Rhapsodon Eorlé , l'été des Rhapsodies , faisait aussi partie des
Dionysiaques. On y técitait des vers en l'honneur de Bacchus.
S l70' — Suite des fêles , des jeux et des sacrifices
de Bacchus.
Le» Agrionies étaient des fêtes nocturnes célébrées tous les am
par les femmes, qui se proposaient des énigmes après le festin.
Les Airèennes ou les Aloennes. V. Cèrès.
Les Ambroisies des Grecs se célébraient a Rome sous le nom du
DE MYTHOLOGIE. 181
Brumales, deux fois par an, l'une au mois de mars, et l'autre au moi»
de septembre. Ces fêtes devaient leur institution à liomulus, qui,
pendant leur durée, traitait le sénat. On prétend aussi qu'elles
avaient lieu le jour du solslice d'hiver, par lequel on jugeait de la
prospérité du reste de la saison. Les Brumales s'appelaient encore
Hièmales.
Les Anlhcstèrics d'Athènes duraient trois jours , le 1 1 , le 1 2 et le
i3 du mois Anlhestérion. Au premier jour, qui s'appelait Pitlurgia,
l'on se contentait d'ouvrir les tonneaux et de perçu- le vin ; au se
cond , nommé Choes , on se défiait à boire, et le vainqueur recevait
en récompense une couronne de lierre avec une cnupe de vin : on
parcourait la campagne sur des chariots, et l'on s'attaquait par des
railleries mutuelles; la troisième, nommée Chytri, marmites* on
portait des vases remplis de toutes sortes de grains , auxquels il était
défendu de toucher, pareequ'ils étaient consacrés à Mercure. Pen
dant ces trois jours, les maîtres servaient leurs esclaves.
Les Ascoties étaient célébrées par les Athéniens, qui fautaient à
cloche-pied sur une peau de bouc enflée et graissée d'huile. Celui
qui se laissait tomber était la risée des autres. Chez les Romains,
on donnait une récompense aux vainqueurs ; la foule ensuite invo
quait Bacchus dans dis vers grossiers, portait sa statue dans les
vignobles, se masquait et se barbouillait de lie.
Les Bacchanales, qui ne sont autre chose que les Dionysia
ques (177), passèrent de la Grèce en Itajie. Dans l'origine , les
femmes seules composaient les assemblées de ces fêtes; les hommes
y furent admis par la suite. L'an 568 de Romë*,le sénat se vit obligé
d'en défendre la célébration , à canse de la licence qui les profanait.
Mais cette loi n'eut qu'un effet passager, et sous l'empire les Baccha
nales reparurent avec plus de désordres qu'elles n'en avaient offrit
en Grèce.
Les Dendroplwries (v. Cybèle, § 29) avaient aussi lieu en l'honneur
de Bacchus.
§ 180. — Suite des fêtes, des jeux et des sacrifices
de Bacchus.
Les Épilènies, d'un mot grec qui signifie pressoir, avaient lieu
chez les Grecs.
Les Lamptcries étaient célébrées la nuit à Pallène, en Achaie ,
immédiatement après les vendanges , en l'honneur de Bacchus-
Lampter. Le nom du dieu , comme celui de la fête, venait de ce que
tons les assistans portaient chacun une torche à la main. Au milieu
de cette immense illumination, on distribuait amplement du vin
aux pas ans. II n'y avait guère que la dernière classe du peuple qui
prk une part active à cette fête.
Les Larysics , en l'honneur de Bacehus-Larysius, se fêtaient au
retour du printemps. Entre autres merveilles , on y voyait toujours
une grappe de raisin mur.
Les Lcnècs, en l'honneur de Bacchus-Lena3us , outre les cérémo
nies usitées dans les autres fêtes de ce dieu, étaient remarquable*
en ce que les poètes disputaient des prix de poésie.
Les Lcrnèes avaient lieu près d'Argos , à Lerne. On honorait
Bacchus par des sacrifices nocturnes, dont il était défendu de ré
véler les cérémonies.
1 82 COURS
.Les Libérales, qui s'observaient chez les Romains le 17 de
mars, avaient, comme 1rs Bacchanales, beaucoup de rapport avec
les Dionysiaques. A Lavinium elles duraient trente jours, pendant
lesquels on se livrait à l'allégresse ; on mangeait en public , et les
esclaves jouissaient de la liberté de tout dire et de tout faire.
Les Nimiei se Tétaient lorsqu'on faisait pour la première fois
l'essai du vin nouveau de l'année.
Les Protrygées précédaient les vendanges.
Les Ramales, fêtes romaines en l'honneur de Bacchus et d' Ariadne,
consistaient en une procession où l'on portait des ceps de vigne
chargés de leurs fruits.
Les Sabasies se célébraient en l'honneur de Bacchus-Sabasius
(173) par des danses et des courses, accompagnées de transports
de fureur.
Les Theœnies honoraient , chez les Athéniens , Bacchus-TheœnOs.
Les Thyies avaient lieu surtout chez les Éléens, et, selon la
croyance des peuples , elles étaient signalées par un miracle. Bac
chus y paraissait régulièrement chaque année lorsqu'on les célébrait,
et remplissait de vin trois bouteilles vides, scellées dans sa cha
pelle.
La Tyrbé, fête d'Achaïe , se distinguait par le tumulte et le dés
ordre.
Les Vindèmialts , instituées par César, se célébraient après les
vendanges.
§ 181. — ffuile du culte de Bacchus. — Des
Bacchantes et des Bacchans.
On immolait à Bacchus la pie , symbole de l'indiscré
tion des buveurs , et le bouc, destructeur des bourgeons de
la vigne. En Egypte , le serpent et le taureau lui servaient
de victimes.
On lui consacrait, parmi les animaux fabuleux, le phé
nix et le dragon; parmi les quadrupèdes, L'éléphant , la
panthère , le tigre , le porc , le lièvre et le coq ; parmi les
arbres et les plantes , l'if, le sapin , le lierre , le pampre ,
la férule , le figuier et le chêne.
Les prêtresses de Bacchus s'appelaient Bacchantes , et
ses prêtres Bacchans. Mais , chez les Grecs , c'était aux
femmes qu'il appartenait de présider aux mystères de
Bacchus.
Les premières Bacchantes furent les nymphes nourrices
de Bacchus-, et les femmes qui le suivirent à la conquête
des Indes.
Selon les poètes , elles couraient la tête entourée de
serpens vivans . déchirant de jeunes taureaux , mangeant
les chairs crues , et de leurs bonds irréguliers, convulsifs,
furieux, faisant jaillir des flots de lait , de miel et de vin.
On représente ordinairement les Bacchantes demi-nues
DB MYTHOLOGIE. l85
ou couvertes de peaux de tigre passées en écharpe , la téte
couronnée de lierre , les yeux égarés et le thyrse à la main ,
poussant des cris et des hurlemens affreux , et répétant
sans cesse des acclamations que l'on supposait adressées
à Bacchus triomphateur des Géans et des Indiens, Evhyie ,
io Bacche (170, 174» 175).
Les Bacchantes sont quelquefois dépeintes avec des vê-
temens, ou blancs, ou bigarrés, ou de la couleur du raisin
qui commence à mûrir, couleur qu'aimait Alexandre-le-
Grand , cet imitateur de Bacchus.
Quelquefois elles portaient le cothurne et se couron
naient de guirlandes de lierre, de smilax , de chêne , de
sapin , ou même de laurier, pareeque Bacchus l'avait fait
au retour des Indes.
Les Bacchantes s'exerçaient à la chasse des animaux féro
ces, à la danse , à la course. À Sparte, on choisissait onze
filles appelées Dionysiades , qui , dans les fêtes de Bacchus ,
se disputaient le prix de la vitesse.
Les Bacchantes étaient encore désignées par les surnoms suivans :
Bassarides . à cause de Bacchus-Bassareus (174).
Bislonides, des Bistones, peuples de Thrace (176).
Ctodones ou Criardes, chez les Macédoniens.
Edonides , du mont Edon , en Thrace.
Eléléides , à cause des cris qu'elles poussaient dans les l'êtes de
Bacchus.
Evantes , des mois Evan, Evœ (i"4).
Laphysties , de Laphystius , surnom de Bacchus (173).
Monades ou Furieuses, pareeque dans la célébration des mystères
elles paraissaient agitées de transports furieux.
Mimallones, de Mimas, montagne de Thrace.
Orglasles , quand elles présidaient aux Orgies (17S).
Potniades (V. Monades).
Thyiades. C'est le nom commun à toutes les Bacchantes : il dérive ,
ou de Thyias , première prêtresse de Bacchus , dont toutes les aulrts
voulurent ensuite prendre le nom, ou du mot grec thuein, être en
fureur (V. Ménades).
Les Bacchans étaient encore connus sous les surnoms à'Orgéanes
nu A'Orgiophantes , comme sacrificateurs dans les Orgies : du reste ,
ils étaient soumis aux Orgiaste*.
Bacchante , au Musée , n° 5i. — Grand vase ou Cratère, repré
sentant une Bacchanale ; on y voit Bacchus , Silène, des Bacchan
tes, des Faunes (182), à la Villa-Borghèse. — Bacchanale, de Bou-
chardon , au Musée , n° 55o. — Bacchanale , bas-relief, n» 53.
§ 182. — Suite et cortège de Bacchus.— De Priape.
— Son culte. — Ses attributs. — Ses noms et ses
surnoms.
On place généralement , dans la suite et le cortège de
i84 COURS
Bacchus , Priape , Silène , les Satyres et les Faune*,
Pan et Sih'ain.
Priape était le dieu des jardins et des vergers. Il naquit ,
selon les uns , d'une nymphe- nommée jNaïade ou Chioné ,
selon les autres , de Vénus. On lui donne encore pour
père Adonis ou Mercure.
Junon , jalouse de Vénus , le rendit affreusement dif
forme. La mère , honteuse d'avoir mis au monde un en
fant monstrueux , le fit exposer sur les montagnes. Il fut
sauvé par des bergers , qui l'élevèrent à Lampsaque , et le
nommèrent Priape. Dieu favori de cette ville , il s'en ren
dit la terreur ; il en fut chassé ; mais les habitans , châtiés
par une maladie de ce mauvais traitement , le l'appelèrent,
lui bâtirent des temples , et, l'honorèrent par des fêtes li
cencieuses , nommées Ornées ou Priape'es.
Le culte de ce dieu passa de Lampsaque à Rome. Au
printemps, on offrait à Priape une couronne peinte de
différentes couleurs ; en été , c'était une guirlande d'épis.
On lui sacrifiait un âne , parceque cet animal réveilla par
ses cris la nymphe Lotos qu'allait surprendre le dieu.
On représente Priape avec une tète humaine , des cor
nes de bouc , des oreilles de chèvre , et portant une cou
ronne de feuilles de vigne ou de laurier. Il tient à la main
une baguette pour faire peur aux oiseaux , une massue
pour écarter les voleurs , une faucille pour moissonner.
Une clochette lui pend au cou.
Priape est désigné par ces mots : Cusios avium alque ferarum , et
par les surnoms suivans :
Avistupor, comme dieu lutélairc des vignobles etdes jardins , qu'il
défend contre les oiseaux et les voleurs.
Lampsacànc , de Lampsaque.
Hetlcspontique, parceque Lampsaque était située sur les bords de
l'Hcllespont.
Ornealc, Orneus , d'Ornée, ville d'Argolide.
Les Romains appelaient encore Priape Mulune, Mutine ou Hfato.
L'effigie de ce dieu avait quelquefois la forme d'une lampe ou d'une
terrine. On le représentait quelquefois avec des ailes.
§ 1 83. — 'De Silène. — Ses attributs. — Ses enfans.
Silène , demi-dieu , fut le père nourricier, le maître
et le compagnon de Bacchus. Il passe généralement pour
fils de Mercure et de la Terre. Il naquit à Malée , dans
l'île de Lesbos. Son caractère jovial et railleur le rendait
agréable aux dieux , qui l'admettaient souvent à leurs as
semblées. Il fut chargé de l'enfance de Bacchus , qu'il ac
compagna dans ses voyages. A son retour des Indes, il
DE MYTHOLOGIE. i85
s'établit dans les campagnes d'Arcadie , qu'il rendit heu
reuse , et dont il fut aimé. Après sa mort , on lui rendit les
honneurs héroïques , et les Eléens lui bâtirent un temple.
On représente Silène sous la forme d'un vieillard gros ,
petit, chauve et camus ; quelquefois il a le front orné
de cornes ; digne compagnon de Bacchus , il est toujours
ivre. Tantôt ou le voit assis sur un âne , sur lequel il se
soutient à peine; tantôt il marche appuyé sur un bâton ou
sur un thvrse. On lui donne encore une couronne de lierre,
ainsi qu'une lasse pleine; une clochette lui pend au cou,
comme à Priape.
Selon certains philosophes , Silène était un philosophe
qui suivait Bacchus dans ses expéditions et l'aidait de
ses conseils; tradition plus noble, d'après laquelle yir-
gile l'a représenté dissertant sur l'origine du monde et sur
la morale.
Silène portant le petit Bacchus , aux Tuileries et à la Villa-Bor-
ghèse. — Silène porté par des Faune» et des Satyres , de Mondella.
— Marche de Siiène , de Rnbens, cabinet particulier. — Jd. , de
Hondhorst , au Mu>éc. — Silène , à Versailles , terrasse du château.
Silène eut plusieurs fils :
Aslrius. — Cléogène. — Pholus, Centaure , de Mélia.
Staphyte , qui le premier apprit aux hommes le mélange du vin et
de l'eau.
Les Silènes , qui avaient des queues comme les Satyres.
§ 184. — Des Satyres. — Leurs attributs. —
Opinion de Pline sur les Satyres.
Les Satyres étaient des divinités champêtres.
On les représentait comme de petits hommes fort velus ,
avec les cornes , les oreilles , la queue , les cuisses et les
jambes de chèvre ; quelquefois ils n'ont que le pied de cet
animal. Ils marchaient a la suite de Bacchus, Silène à
leur tête , et se livraient , dans les Orgies , aux plus grands
désordres. L'outre était encore un attribut ordinaire des
Satyres et de Silène. On les appelait même Silènes lors
qu'ils étaient vieux.
Lesunsfont naître les Satyres de Mercure et d'Iphthime,
les autres de Bacchus et de la nymphe Nicée , qu'il avait
enivrée ; d'autres prétendent qu'originairement les Satyres
avaient la forme tout humaine.
Ils étaient les gardiens de Bacchus ; mais comme ce dieu f
malgré toutes les précautions , se changeait tantôt en,
bouc , tantôt en fille , Junon , irritée de ces métamorpho^
ses , finit par donner à ces surveillans iuattentifs des cox~
i86 COURS
nés et des pieds de chèvre. De là leur surnom de Capri-
pèdes.
Pline le naturaliste prend les Satyres des poètes pour
une espèce de singes; il assure que dans une montagne des
Indes, il se trouve des Satvres à quatre pieds , qu'on pren
drait de loin pour des hommes. Ces sortes de singes ont
souvent épouvanté les bergers et les bergères. De là , l'o
pinion se répandit que les bois étaient remplis de ces divi
nités malfaisantes; on chercha donc à les apaiser par des
sacrifices, par l'offrande des premiers fruits , et les prémi
ces des troupeaux. Voilà peut-être la véritable origine de
tous les contes qu'on a débités sur les Satyres. L'humeur
bouffonne et gaie qu'on leur attribuait, a fait, dit-on,
donner le nom de satires à des poèmes mordans.
Les Romains donnaient indistinctement aux Satvres, le
nom de Faunes, de Pans, d'Egipans, et de Silvains,
quoiqu'ils doivent être distingués par leurs attributions.
§ 1 85. — Des Faunes. — Faunus et Fauna. ■—
Leurs enfans. — Leurs fêles.
Les Faunes, divinités champêtres, descendaient de
Faunus.
Faunus , fils de Picus(a5), régnait, dit-on , en Italie vers
l'an i3oo avant J. -G. Il avait apporté d'Arcadie le culte
des dieux et les travaux de l'agriculture. Le soin avec le
quel il se dérobait à la vue de ses sujets ne fit qu'ajoute:'
au respect dont ils étaient pénétrés pour lui. Il mit
Picus , son père , au rang des dieux , et fit élever sur le
mont Palatin un temple à Pan. Ses sujets, charmés de la
douceur de son gouvernement, le rangèrent, après sa
mort , au nombre des divinités champêtres , comme pro
tecteur des forêts. On le représente sous la forme d'un Sa
tyre. Faunus avait , dit-on, le don des oracles, et se nom
mait, delà, Fatidique , Fatuelis , Fatuus et Fatuelius.
Selon Horace, il était le protecteur des lettres.
Fauna , qui s'appelait d'abord Marica , sœur et femme
de Faunus, fut mise au rang des immortelles à cause de
sa fidélité conjugale. Pendant sa vie , ses fonctions consis
taient à prédire aux femmes leur destinée , comme Fau
nus l'annonçait aux hommes, et c'est de là qu'elle a pris
le nom de Fatidique , de Fatuela et de Fatua. On l'ap
pelait aussi la Bonne Déesse, et sous ce titre, les dames
faisaient des sacrifices dont leurs époux étaient exclus. On
n'y buvait que du lai t , et l'on en proscrivait le myrte, parce
DE MYTHOLOGIE. 187
que Faunus avait châtié sa femme avec cet arbrisseau , pour
la punir d'un excès de vin. Les Romains avaient coutume
d'adopter Faunus et Fauna pour leurs divinités tutélai-
res. Aussi se donnaient-ils le surnom de Faunigenles ,
c'est-à-dire, issus de Faunus.
Dans l'Italie, les habitans des campagnes célébraient en son hon
neur des fêtes appelées Faunalies. Elles avaient lien le 11, le. i3 et le
* 5 de février, pour célébrer le voyage que Faumis a va i l fait d'Arcadie
pour venir dans leur pays , et le 9 novembre ou le 5 décembre , pour
célébrer son départ , et mériter la continuation de sa bienveillance.
Faunus eut de Fauna :
Dryas , qui détestait les hommes au point qu'elle ne se montrait
jamais en public; aussi la révérait-on comme dé( ssc dc;1a pudeur,
et les hommes étaient exclus des sacrifices ofTVrts en son honneur.
Ettrymédon.
Maîa, qui fut femme de Vulcain.
Lalinus , époux d'Amate, qui régnait sur les Aborigènes, dans le
Latium , lorsqu'Enée , tige des Romains, vint en Italie et épousa sa
fille Lavinie (1
Faunus eut encore de la nymphe Dryopc, Tarquilui, qu'Enée mit
à mort, et de Siméthis, nymphe de Sicile, le berger Acis , qui l'ut
aimé de Galatée (74)-
Quant aux Faunes , ils se rapprochent davantage de
l'agriculture. Les poètes les représentent aver^la figure et
le corps d'un homme , avec les cornes de chèvre , et sous
la forme d'un bouc depuis la ceinture jusqu'à l'extrémité
du corps , mais avec des traits moins hideux que ceux des
Satvres. Quoiqu'on les regardât commedes demi-dieux, ou
croyait qu'ils mouraient après une vie de plusieurs siècles.
Bacchus et Faune, aux Tuileries. - Faune assis et jouant de la
flûte, connu sous le nom de Flûleur, de Coysevox, Ibid. — Faune
avec la panthère, au Musée , not 48 , 49. — Faune en repos , au Ca-
pitole. — Faune, dit le Faune à la lâche, à la villa Album. — Faune
chasseur, ibid. — Un Faune et Vénus, de Coriége, au Musée. —
Cn Faune et une Bacchante, groupe de Lemoyne Saint-Paul.
§ 186. —■ Pan. — Ses attributs. — Aventure de Sy-
rinec, d'Echo et de Pilys. — Terreur panique.
Pan , dieu des bergers , des chasseurs et de tous les ha
bitans de la campagne , était fils de Jupiter et de Calisto ,
selon les uns ; de Mercure et de Pénélope , selon les au
tres. On le dit encore issu du Ciel et de la Terre (16).
Pan naquit avec des cornes sur la tète, un nez plat,
des cuisses , des jambes et des pieds de chèvre. On voulut
le confier aux soins deSinoé , nvmpbe d'Arcadie; maiselle
ne l'eut pas plus tôt vu, qu'elle fut saisie de frayeur et prit
la fuite. Alors son père l'enveloppa dans une peau de béte
/
i85 COURS
et le porta dans le ciel , où sa figure devint pour les dieux
un sujet de plaisanterie.
Pau est le chef des Satyres ; il est regardé comme le
même que Faune , dieu des bergers. Il faisait sa principale
résidence dans les bois et sur les montagnes d'Arcadie,
armé d'une houlette appelée Pedum. C'est à lui qu'on doit
l'invention de la flûte à sept tuyaux, qu'il appela Syrinx,
en l'honneur d'une nymphe Arcadienne de ce nom.
Syrinx était fille du fleuve Ladon , et compagne de
Diane. Pan, l'avant un jour rencontrée comme elle des
cendait du mont Lycée, tâcha de la rendre sensible à son
amour; mais à la vue de sa laideur, Syrinx se mit à fuir.
Pan la poursuivit. Arrivée sur les bords du Ladon , qui
l'arrêtait dans sa course , elle pria les nymphes ses sœurs
de la secourir. Le dieu voulut alors la saisir ; mais , au lieu
d'une nymphe , il n'embrassa que des roseaux. Il se mit à
soupirer auprès d'eux ; l'air poussé par les Zéphyrs ré
péta ses plaintes ; ce qui lui donna l'idée d'en arracher
quelques uns , dont il fit la flûte à sept tuyaux.
Syrinx , poursuivie par le dieu Pan , de Bril. — Syrinx couronnée
de roseaux , par Mazères, à Versailles.
Pan ne fut pas plus heureux auprès d'Echo , fille de l'Air
et de la Terre. Cette nvmphe, éprise de Narcisse , n'en
éprouva à son tour que des mépris. Alors, elle se laissa
consumer de douleur, et les dieux la changèrent en un
rocher, auquel il ne resta plus que la voix.
La nymphe Écho, de Lemoyne Saint-Paul.
Pitys , jeune nymphe , fut aimée de Pan et de Borée.
Pan , irrité de ce que Pitys lui préférait sou rival , la jeta
de rage contre un rocher, avec tant de violence , qu'elle
en mourut. Borée, touché de son malheur, dont il étaii la
cause involontaire , pria la Terre de faire revivre Pitys sous
une autre forme ; elle fut changée sur-le-champ en un ar
bre que les Grecs appelaient de son nom , Pitys. C'est le
pin , qui semble pleurer encore, par la liqueur qu'il jette,
lorsqu'il est agité par le vent Borée (a34).
Les Grecs appelaient terreur panique l'espèce de crainte
qui n'est produite par aucun danger véritable. On la nom
mait panique, pareequ'on croyait que Pan l'inspirait aux
hommes. Mais l'origine de cette superstition n'est pas
bien connue. La plus célèbre de ce genre fut celle qui fit
prendre la fuite à Brennus, chef des Gaulois , marchant
au pillage du temple de Delphes.
DE MYTHOLOGIE. 1 89
§ 187. — Culte de Pan. — Des Lupercales. —
Prêtres de Pan. — Des Egipans.
Pan était honoré particulièrement en Arcadie, et rendait des oracles
sur le mont Lycée. Ses fêles, appelées Lycées, en Grèce, furent trans
portées, par Evandre, en Italie, où elles prirent le nom de Lu*
percales.
Ces fêtes se célébraient tous les ans à Rome, le i5 de février. On
sacrifiait deux chèvres avec un chien ; on piquait légèrement au front
deux jennes garçons , qui devaient rire aux celais pendant cette opé
ration. On essuyait le sang qui sortait de la blessure avec de la laine
imbibée de lait, et l'on découpait ensuite les peaux des victimes,
dont on faisait des fouets avec lesquels des enlans parcouraient les
rues de Home et frappaient tous ceux qu'ils rencontraient. On im
molait une chèvre , pareeque Fan avait le pied de cet animal , et un
chien , pareequ'il est legardieu des troupeaux. Le lait de chèvre et
le miel lui étaient consacrés.
Leur nom paraît avoir été pris du sut nom grec de Pan , Lycœitê ,
dérivé lui-même de Lycos, loup; non seulement pareeque les Lu
percales ressemblaient aux fêtes lyciennes, niais encore pareeque
Pan protégeait les bergeries contre les atlaques des loups.
Si l'on en croit Plutarque , les Lupercales furent instituées parles
Romains en l'honneur de la louve qui allaita Romulùs et Hennis.
En effet , près du Tibre , était au pied du mont Aventin , on lieu
nommé Lupercal , pareeque c'était là, croyait-on , que Romulus et
Rénuis avaient été nourris par une louve. Ce lieu était consacré
au dieu Pan.
Les prêtres préposés au culte de Pan , ainsi qu'à la célébration des
Lupercales, s'appelaient Luperces ou Lupcrques. On en attribuait l'in
stitution à Romulus. Ces prêtresétaient primitivement divisés en deux
collèges : celui des Quintiliens et celui des Fabicns , pour perpétuer,
dit-"n, la mémoire d'un Qnintilien et d'un Fabien qui avaient été
les rb.efs, l'un du parti de Romulus, l'autre de celui rie Itémus. Malgré
le mépris qu'inspirait généralement cette classe d'hommes, César,
afin de se faire des créatures , établit un troisième collège , dont les
membres s'appi lèrent Juliens, du nom de sa famille. Antoine s'y fit
agréger pour flatter César , et ce fut pendant la célébration des Lu
percales qu'il ofTrit la couronne au dictateur.
Les Egipans étaient des divinités champêtres qui demeuraient
dans les bois et sur les montagnes. On les nommait ainsi pareequ'ils
avaient , comme, les Faunes et Pan, de pieds des chèvre.
Les Panisques on petits Pans, étaient aussi des dieux champêtres
qu'on croyait tout au plus de la taille des Pygmécs (60).
§ 1 88. — Des enfans de Pan. — De ses noms et
de ses surnoms.
Pan eut d'Eumène, nourrice des Muse.", Crolus, grand chasseur,
qu'après sa mort Jupiter mit au rang des astres , sous le nom de
Sagittaire. La nymphe Echo le rendit père d'Iryngeou Syringe, qui
fournit à Médée du philtre, dont elle fit usage pour gagner le coeur
de Jason. ( V. le Voyage des Argonautes.)
Pan était encore connu sons les noms à'Arcadius dtus et i» Lu
percal. On lui donnait les surnoms suivans 1
igo couns
Actius , comme présidant aux rivages.
Agreslis , Agrius, comme dieu de la campagne.
Auchmeets , ou sauvage, malpropre.
Auxètès 9 ou qui fait croître.
Capricorne , aux cornes de bouc.
CapripiAt , aux pieds de chèvre.
Egocotos , v. Capricorne.
Hirluosus deus.
Lampeus. de Lampéa, montagne d'Arcadie.
Lycœus , du mont Lycée.
Lytèriut ou libérateur. Pan avait a Trézène, sous ce surnom, une
chapelle en mémoire du bienfait que les Trézéniens reçurent de
lui , lorsque , par des songes favorables , il leur indiqua le moyen de
remédier à la famine qui désolait le pays , et surtout l'Altique.
Semicapcr ( 1 86) .
Tégécn , de Tégée , ville d'Arcadie. .
Tragéphore, qui a une peau de bouc.
Tragoicèlèt, aux pieds, aux jambes de chèvre.
§ 189. — Des Silvains. — Silvain et ses attributs.
— Son culte- — Ses surnoms.
Le mot Silvains était un terme générique qui compre
nait "les Satyres , les Faunes , les Pans , les Egipans , et
d'autres divinités des campagnes.
Quant à Silvain , c'était le protecteur de l'agriculture
et le dieu des forêts. Les uns le font fils d'un berger de
Sybaris , les autres de Faune ; d'autres enfin le confondent
avec Faune lui-même, et lui donnent Saturne pour père.
Il paraît que le Pan des Grecs était le Silvain des Latins,
comme on retrouve leurs Satvres dans les Faunes. Leurs
attributs étaient les mêmes ; ils portaient les mêmes sur
noms ; ils étaient représentés sous les mêmes formes.
Silvain , dont la partie supérieure était celle d'un
homme , et le reste , celle d'un bouc , avait , comme Pan ,
la syrinx , le pedum et la couronne de pin. On lui don
nait tantôt une serpette, comme au dieu des jardins,
tantôt une branche de cyprès , en mémoire du jeune
Cypris qu'd avait aimé tendrement. On le représentait en
core comme un Terme , pareequ'on le regardait comme
l'inventeur des limites qui séparèrent les premières pro
priétés.
Eu effet, Silvain, dont le culte prit naissance en Sicile,
était la première divinité des habitans de l'Italie, quand
ils commencèrent d'ensemencer les terres et de marquer
les bornes des possessions.
Silvain avait à Rome deux temples , l'un sur le mont
Viminal , l'autre sur le bord de la mer ; ce qui le faisait
DE MYTHOLOGUî. îgi
appeler littoral. Ses prêtres formaient un des principaux
collèges de Rome. Les hommes seuls avaient le droit de lui
faire des sacrifices. On ue lui donna d'abord pour offrande
que du lait , ensuite une mule , puis un cochon. On parait
ses autels de branches de pin ou de cyprès. Ses fêtes s'ap
pelaient Dendrophories (20).
Silvain était l'ennemi des enfans , à cause , sans doute ,
du penchant qu'a cet âge à casser les branches d'arbres.
Il était aussi redouté des femmes en couche, qui récla
maient contre lui le secours d'Intercide , de Pilumnus et
de Deverra (ao4).
On donne à Silvain les surnoms de Dendropliore , parcequ'on le
représentait portant un arbre ; Hircipes, à cause de ses pieds de
bouc; et Pecudifer, comme favorisant la multiplication des trou
peaux.
Les détails que nous venons de donner sur quelques divinités
champêtres nous conduisent naturellement à Cérès.
§ 1 90. — Cérès. — Origine de son culte. — Enlè
vement de Proserpine. — Recherches de Cérès.
Cérès , déesse des blés et des moissons , n'est rien autre
chose que l'Isis des Egyptiens , dont Erechthée second ,
sixième roi d'Athènes (80) , introduisit le culte en Grèce.
En effet , pendant le règne de ce prince, une famine vio
lente désola î'Attique. Il eut recours à la fertile Egypte, et
ses émissaires rapportèrent de ce pays une grande quantité
de blé , la manière de cultiver les champs , et le culte de la
divinité qui présidait à l'agriculture. Les mystères de la
bienfaisante déesse furent reçus avec enthousiasme , et les
Grecs, pour rappeler sa protection, lui donnèrent le nom
de Déméter, mot qui signifie que la terre est la mère com
mune de tous les hommes. Triptolème, roi d'Eleusis (198),
voulut même être prêtre de l'Isis adoptive, et cet exemple
décida pour toujours du sort de la déesse.
La fable a totalement défiguré ces traditions histo
riques.
Selon elle , Cérès , issue de Saturne et d'Ops , eut de Ju-
piter,,son frère, une fille nommée d'abord Péréphata, puis
Proserpine (246). Cette déesse parcourut avec Bacchus une
grande partie du monde, enseignant aux hommes l'art d'en
semencer la terre et de faire du pain. Tandis qu'elle répan
dait partout ses bienfaits, Pluton lui ravit sa fille, au mo
ment où la jeune déité cueillait des fleurs en Sicile, dans
les plaines riantes d'Enna.
Cérès, armée de deux flambeaux, la chercha dans tout


' COUBS
l'univers. Fatiguée de ses recherches , elle s'arrêta che*
Celée, roi de l'Attique , qui, de même que Métauire, sa
femme, la reçut avec bonté. lambé, suivante de Métanire ,
sut seule la faire rire par ses bons mots et ses plaisanteries;
mais Abas , fils de Celée , ou , scion d'autres , Stellio , fut
changé en lézard, pour s'être moqué d'elle, pendant qu'elle
avalait avidement de la bouillie qu'elle avait acceptée de
la vieille Baubo, pour apaiser sa soif; elle en jeta le reste
sur le corps de l'enfant , et c'est pour cela que le lézard est
parsemé de taches blanchâtres. La déesse reconnaissante,
enseigna l'agriculture, à ïriptolème, son fils. Hippothoon,
fils de Neptune, et sa femme Méganiré", lui donnèrent en
suite l'hospitalité. De là Cérès passa chez les Lyciens , et
changea, dit-on, en grenouilles des paysans qui n'avaient
pas craint de troubler l'eau d'une fontaine où la déesse vou
lait étancher sa soif. Enfin, après avoir parcouru le monde
sans succès, elle revint en Sicile, où le voile de Proserpine
frappa ses regards près de la fontaine de Cyaue , nymphe
qui fut ainsi métamorphosée parcequ'elle avait voulu s op
poser à son enlèvement. Là , Cérès apprit de la nymphe
Aréthuse ( 1 35 ) que sa fille était devenue l'épouse de
Pluton et reine des Enfers.
Cérès donnant des leçons d'agriculture à Triptolème , de Valin.
§ 191. — Suite des recherches de Cérès. —
Naissance du cheval Arion.
Cérès, indignée, monte aux cieux sur son char, traîné
par deux dragons ailés. Elle supplie Jupiter de lui rendre
sa fille. Le maître des dieux, ne pouvant la résoudre à re
connaître Pluton pour gendre , consent à la restitution de
Proserpine, si toutefois elle n'a pris aucune nourriture de
puis son entrée dans le sombre empire. Cérès descend aux
Enfers, le Cœur plein d'espérance et de joie; mias, sur le
rapport d'Ascalaphe , son gardien , qui l'avait vue manger
six pépins de grenade, cueillie dans les jardins de Pluton,
son retour fut déclaré pour jamais impossible. Cérès, ou
trée de dépit, jette de l'eau du Phlégéton au visage de l'in
discret narrateur; et le change eu hibou, oiseau messager
des infortunes. Minerve le prit depuis sous sa protection ,
parcequ'il veille et distingue les objets pendant la nuit ,
allégorie parfaitement convenable à la sagesse, qui se tient
toujours en garde contre la surprise. Jupiter, enfin touché
de sa douleur, permit à Proserpine de passer six mois de
Tannée sur la terre et six mois dans les enfers.
DE MYTHOLOGIE. ] q3
Cérès, durant ses courses, fut elle-même l'objet des pour
suites de Neptune. Pour s'y soustraire, elle se transforma,
dit-on, en cavale. Le dieu prit la forme d'un coursier, et
de cette violence naquit le fameux cheval Arion (277). La
déesse, honteuse de cette aventure, se cacha dans une grotte
d'Ârcadie. L'univers, alors dénué de son secours , était en
danger de périr par la stérilité de la terre, si Pan n'eût dé
couvert dans une chasse sa retraite , qu'il révéla sur-le-
champ à Jupiter. Jupiter, par l'intercession des Parques,
consola Cérès , et la rendit au monde privé de ses bienfaits.
D'abord elle établit son séjour à Corcy re, alors nommé Dre-
panum, de la faucille, présent de Vulcain, dont elle se
servait pour moissonner. Enfin elle revint en Sicile, et ce
fut alors qu'elle apprit le destin de Proserpine.
Les Néréides nourrirent Arion , et quelquefois il servait a traîner
le char de Neptune, qui le donna à Coprée, roi d'Haliarte. Celui-
ci en fit présent à Hercule, qui s'en servit contre Cycnus , fils de
Mars (92), et ensuite le remit à Adra.ste. Adraste remporta le prix
aux jeux néméens au moyen d'Arion (216 quater, 111). Ce cheval
avait , dit-on , les pieds du côté droit comme ceux d'un homme , et
l'usage de la parole.
Arion , de Coûtant.
Outre Proserpine, Cérès eut de Jasion, Plutus, dieu des
richesses (ao3).
§ 192. — Explication des fables contenues dans
l'histoire de Cérès. — Progrès du culte de Cérès.
s, Toute l'histoire de Cérès n'est, dit-on, qu'une suite d'al
légories relatives à l'agriculture.
Si la fille de Cérès est enlevée, c'est pour désigner la ré
colte des moissons, ou pour exprimer que l'abondance avait
pour quelque temps fait place à la famine. Pluton la con
duit aux enfers, pour représenter la saison où les semences
restent cachées dans le sein de la terre.
Jupiter arrange le différend de Cérès et de Pluton , pour
désigner la sortie des semences ou les nouvelles moissons.
Proserpine passe six mois aux enfers et les six autres mois
dans le ciel. Cette fable , où Proserpine est prise pour la
Lune , exprime le temps où cet astre paraît à la vue des
hommes et celui qui la cache à nos regards ; ou , si l'on pré
fère une explication plus naturelle, le roi Jupiter lui per
mit de séjourner une partie de l'année dans le royaume de
Pluton, et l'autre partie dans le séjour ordinaire de Cérès.
On croit que la Sicile, dont elle était reine, fut son séjour
favori, comme pour marquer la fertilité de cette contrée ,
J <j4 COCES
qui s'appelait Je grenier des Romains. C'est là, dit-on, qu'elle
se montra pour la première fois aux mortels. Elle leur ap
prit l'agriculture, et leur donna des lois sages, ce qui la fit
nommer Cérès Tesmophore ou Législatrice.
Les Siciliens en effet offrirent les premiers à Cérès des
sacrifices solennels. Ils honorèrent par les cérémonies les
plus augustes la mémoire de la déesse, qui avait accordé à
leur île une protectio.» si particulière. On célébrait l'en
lèvement de Proserpine dans le temps de la moisson, et les
recherches de Cérès à l'époque des semailles. Cette dernière
fête durait six jours, pendant lesquels on affectait de parler
avec gaieté, en souvenir d'un langage bouffon auquel avait
souri la déesse (190).
L' Attique, que Cérès avait aussi comblée de ses faveurs,
lui témoigna sa reconnaissance par des mystères.
Rome imita l'Attique et la Sicile ; et si le culte de Cérès
y fut plus tardif, il n'y fut pas moins solennel.
§ 1 0,3. — Des attributs de Cérès.
Les Siciliens représentaient Cérès couverte d'un voile
noir, sur lequel on voyait la tête d'un cheval. D'une main
elle portait une colombe , et tenait de l'autre un dauphin.
On la dépeint aussi comme une belle femme, à la taille
majestueuse , aux cheveux blonds , au teint coloré. Sa tête
est couronnée d'épis; elle a d'une main une torche , et de
l'autre une tige de pavot. Sa robe tombe jusqu'à ses pieds,
comme une expression de dignité.
Quelquefois c'est une villageoise montée sur un tau
reau; elle porte une corbeille sous le bras gauche, et 'sa
main droite est armée d'une houe.
Souvent elle est assise sur un char traîné par des dra
gons ailés.
D'autres fois on lui donne une faucille avec un faisceau
d'épis , et deux petits eufans attachés à son sein , dont cha
cun tient une corne d'abondance , annoncent en Cérès la
nourrice du genre humain.
Aussi le nom de Cérès se prenait-il, chez les poètes, poul
ie pain lui-même, comme celui de Vulcain pour le feu ,
de Bacchus pour le vin (77, 172).
Cérès, statue colossale, au Vatican. — Julie Mamméc, en Cérès,
Musée , n° 58, — Gérés suivie de l'Abondance , grande galerie de
Versailles. — Cérès, allégorie de l'été, aux Tuileries.
§ 1 94- — Des noms et des surnoms de Cérès.
Tous les noms de Cérès étaient circonstanciels. Si les Grecs l'ap
DE MYTHOLOGIE. 10,5
pellcnt Dec- ou Dio, c'est par allusion à la recherche qu'elle fit de sa
fille ; s'ils l'appellent Démêler ou Polybée, c'est parcequ'elle est la
mère nourricière de tous les hommes. Le mot Cérès lui-même n'est
qu'une altération de Gèrys, qui signifie blé moulu dans la langue
hébraïque. >
Du reste, les anciens confondaient Cérès avec Bhéa, Cybèle ,
Béréjuithe, la Bonne déesse, etc. ( 26. )
OHp était encore prise pour la paix (4N, 4°0-
I. llùmoms tires des lieux :
Actœa j c'est à-dire, Athénienne.
Africana, de l'Afrique , où les femmes se vouaient au veuvage en
son honneur.
Catinensis, de Catane, en Sicile. Cette ville possédait une statue
de Cérès , qu'il était défendu , sous peine de mort , à tuut homme de
toucher et môme de regarder.
Eleusine, d'Eléusis (198,19g).
Ennea, d'Enna, où la déesse avait un temple magnifique. Cette
ville était située sur une hauteur, au milieu de la Sicile. Dans les
environs se trouvait une belle plaine, où l'on montrait une ouver
ture souterraine tournée vers le nord, par laquelle, disait-on, In
ravisseur deProserpine était rentré dans les enfers avec sa proie(igo).
Hélos, d'une ville de même nom, où Cérès avait un temple in
terdit aux hommes.
Milesia, de Milet. Lorsque les soldats d'Alexandre voulurent y
piller son temple, il en sortit une flamme éclatante.
Mycalcssie , de Mycalesse , ville de Héotie.
Palrensis, de Piitrae , ville ancienne dcl'Achaïe. Cérès y avait u:i
temple et un oracle. L'oracle était une fontaine que l'on consultait
sur l'issue des maladies , en y suspendant un miroir avec une ficelle.
Le derrière du miroir touchait 1 eau , la glace surnageait. Ou y re
gardait alors, et l'on y voyait différentes images, selon que le ma
lade devait ou non guérir.
Panacltéenne , d'Egium en Achaïe.
Pltaria , c'est-à-dire Egyptienne. On ne lui consacrait sous, ce
surnom que des blocs informes ou de pierre ou de bois , semblables
aux anciennes statues d'Egypte.
Sliritis, de Stiris en Phocide. Sa statue y tenait un flambeau de
chaque main.
g 1 95. — Suite des surnoms de Cérès.
II. Surnoms tirés des circonstances:
Achœa , à cause des gémissemens que lui fit pousser l'enlèvement
de Proserpine.
Aehtheia, par allusion à la douleur qu'elle ressentit de cet événe
ment.
Atitéria, pareeque, dans un temps de disette, elle avait empêché
les meuniers de voler la farine.
Amphietyonis , du temple élevé près de l'endroit où s'assemblaient
les Amphictyons.
C'aberta, Cabiria , chez les Béotiens, dans un bois sacré d'où nul
profane n'osait approcher (75).
Chamyne , de Chamynns, dont Pantaléon , tyran de Pise, em
ploya les biens à bâtir un temple à la déesse.
196 COURS
Cidaria , chez les Phénéates , périple d'Arcadie qui conservait sou
image sous une espèce de dôme ou cidaris.
Corythèe , parcequ'elle avait près d'Argos un temple où elle était
armée d'un casque
Erinnyt, pour rappeler la fureur que lui causa l'insulte de Nep
tune (191).
Lanigera , pareequ'on la représente quelquefois assise mr un
bélier (i93). W
Libyssa, chez les Argiens, pareeque le premier grain qu'on^ema
dans leur territoire était venu de Libye.
Lutta, parcequ'elle se baignait dans le Ladon , près duquel Nep
tune l'avait surprise.
Meltrna. à cause de l'habit de deuil qu'elle porta pour rappeler
son aventure avec Neptune, ou la perte de sa fille.'
S/lysia, de Mysius, Argien qui lui bâtit un temple dans le voisi
nage de Pallène.
Nigra, v. Melana. Ce fut sous ce costume noir qu'elle se retira
dans la grotte du mont Elaïus, près de Phigalie (191).
Petasgis, du temple que lui consacra Pélasgus, fils de Triopas.
Prosymm, dans un bois de platanes, près de Cotinthe.
Pylœa, parcequ'elle était honorée près des Thermopyles.
Pylagore, pareeque les Amphyclions , avant de se rassembler, lui
faisaient un sacrifice aux portes de la ville.
Rharia, de Rharos ou Rharium , plaine de l'Attique, où Tripto-
lème , d'après les leçons de Gérés, sema le premier blé qu'on re
cueillit en Grèce. Le père de Triptolème s'appelait aussi Rharos.
§ 196. — Suite des surnoms de Cèrès.
111. Surnoms tirés des qualités :
Aima , mère nourricière.
Aloas , Alois , Aloia , déesse des aires, c'est-à-dire, de l'agricul
ture.
Aiumna, v. Aima.
Auxilkalès, parcequ'elle augmente la végétation.
Biodore , v. Zeidora.
Carpophore , qui cueille les fruits.
Chtoè , verte , parcequ'elle est la déesse de la verdure.
Chthonie, considérée comme mère de la reine des enfers. Ce
surnom lui vient , selon quelques auteurs , du temple que Chthonie ,
fille d'Erechthée , lui fit élever (80).
Cyra, comme arbitre et maîtresse de la vie.
Despoina , souveraine.
Florifera, qui donne naissance aux fleurs.
Frugifera, qui fait croître les moissons.
Herbifera , qui produit les herbes.
Légiféra , législatrice. V. Thesmophore.
Mèlophore , qui procure des troupeaux. Sous ce titre , elle avait à
Mégare un temple sans toit.
Mammosa, nourrice du genre humain, et représentée, comme
telle, avec une infinité de mamelles.
Megalarlos, qui donne de grands pains.
Ompnia, nourricière , d'un mot grec qui signifie , gâteaux de blé
pétris avec du miel.
Pédophile, amie des enfans.
DE MYTHOLOGIE. 1 97
Prostasls , prête à secourir. Cérès avait , sous ce nom , un temple
entre Sicyone et Phljonte.
Sifo , d'un mot grec qui veut dire vivres.
Spieifera , qui porte des épis.
Taedifera. Cérès était représentée portant des torches de pin
qu'elle avait allumées aux feux de l'Etna.
Thermesia , parcequ'elle échauffe et mûrit les productions de la
terre.
Thesmia , Thesmophorc, parcequ'elle avait civilisé les hommes et
leur avait donné des lois (19a).
Verdoyante. Cérès avait, sous ce nom, un temple chez les Athé
niens.
Zeidora , Zidora , pareeque la vie des hommes est un présent de
cette déesse.
§ 197. — Du culte, des sacrifices, des fêtes et des
jeux de Cérès.
On immolait à Cérès une truie pleine, pareeque cet
animal est le destructeur des moissons, ou pareequ'il
semble avoir appris aux hommes l'art de labourer.
Lorsque les blés étaient encore en herbe, on lui sacri
fiait un bélier , après l'avoir promené trois fois dans les
champs.
Les guirlandes dont on faisait usage dans ces cérémo
nies, étaient de myrte ou de narcisse ; mais on en bannissait
les fleurs que cueillait Proserpi ne lorsqu'elle lui fut ravie.
On lui consacrait le buis, plante funèbre , et le pavot ,
pareequ'il croît au milieu des blés , et qu'elle lui dut le
sommeil au milieu de ses douleurs.
Le mois d'août était dédié pareillement à Cérès.
_ Cette déesse , jalouse de ses honneurs , punit cruellement
Erisichthon , fils de Triopas (222), de ce qu'il avait osé
couper une forêt destinée à son culte. Tourmenté d'une
faim dévorante , il dissipa toute sa fortune pour satisfaire
sa voracité. Sa fille Métra, que Neptune avait douée du
pouvoir de se transformer en toutes sortes d'animaux, le
soutint long-temps encore en se faisant vendre par son
père, et prenant une forme nouvelle dès qu'il l'avait
vendue. Mais cet artifice fut découvert , et le père infor
tuné finit par dévorer ses propres membres.
Erisichthon , de Coûtant.
Les Airèennes, les Aioéennes , ou lesAtoées, se célébraient chez les
Athéniens, va l'honneur de Cérès, pour obtenir d'abondantes
moissons. On lui portait les prémices des fruits.
Les Calamées avaient lieu, dans le même but, avec les mêmes
cérémonies , chez les habitans de Cyzique.
Les Chloienncs se faisaient, chez les Athéniens, en l'honneur de
i g8 coins
Cérès-Chloé ( 196). Cette fête était accompagnée de musiqne , de
danses et de jeux.
Les Chlhonics étaient instituées , chez les Hermionicns , en l'hon
neur de Cérès-Chthonie ( 196). Dans ces solennités, les prêtres fai
saient une procession , suivis de magistrats, de femmes et d'eufans ,
vêtus de blanc et couronnes de fleurs. Derrière eux marchait une
génisse qui n'avait point encore porté le joug. Au temple on déliait
la victime, et quatre vieillards l'immolaient. On amenait ensuite
trois autres génisses, que de vieilles femmes sacrifiaient à leur tour.
Peut-être faut-il voir dans ces sacrifices l'emblème des quatre
•aisons.
Les Démétrles étaient consacrées à Ccrès-Déméter ( 194 ). Les
célébrans se frappaient avec des fouets composés d'écorce d'arbres.
Les Épachlhcs furent établies en l'honneur de Gérès-Achthéia
( 195 ), dont elles rappelaient la douleur.
Xi'Épicrenè rappelait a Sparte l'aventure de la fontaine (190),
dans l'histoire de Cérès.
Les Episcires se célébraient à Scira, dans PAttique, en l'honneur
de Cérès et de sa fille. Peut-être n'étaienl-elles qu'une addition aux
Srircs des Athéniens, qu'ils faisaient dans le mois Scirophorion.
On y portait en pompe par la ville des tentes ou pavillons suspen
dus au-dessus des statues des dieux , surtout de Cérès, de Proser-
pinc, de Minerve, du Soleil et de Neptune. On y construisait de
petites cabanes de feuillage, et dans les jeux attachés à ces fêtes,
les jeunes gens couraient, tenant à la main des ceps de vigne char
gés de raisins. Cette course se nommait Oschophorics.
Les Mégalarlics avaient lieu chez les Béotiens et dans l'île de
Dèlos; on les nommait ainsi pareequ'on portait un grand pain en
procession (196).
Les Mysies fuient instituées par Mysius, près de Pallène (ig5).
Ces fêtes duraient trois jours; au troisième , le» femme* jhassaient
du temple 1rs hommes et les chiens , poor s'y renfermer avec les
chiennes seules.
Les Proncturics ou les Proarosics étaient des sacrifices que "les
Grecs offraient à Cérès avant les semailles. On en attribue l'origine
au devin Anthias.
Les Pylées étaient célébrées aux Thermopyles en l'honneur de
Cérès-Pyléa ( 195 ).
§ 198. — Suite des fêtes de Cérès. — Trtplolème.
— Des Thesmophories.
Les autres fëtes dont les Grecs honoraient Cérès se Lent
à l'histoire de Triptolèrae.
Triptolème était fils , selon les uns, de l'Océan et de la
Terre, selon d'autres de Trochilus, prêtre d'Argos; et
selon l'opinion la plus accréditée, de Celée et de Nééra,
qu'on nomme encore Métanire ou Méganire, Hyone, Co-
thonée, Mêlante, Polymnie. Eleusis, ville de l'Attique,
le vit naître. Son père , qui de là s'appelle Eleusius , avait
reçu Cérès errante. La déesse , par reconnaissance , prit un
soin particulier de son fils. Elle le nourrit de son proprelait.
DE MYTHOLOGIE. 1C);)
Devenu grand, il apprit d'elle l'art d'ensemencer la terre et
de faire du pain. La déesse lui fit aussi présent d'un char,
traîné par deux dragons , avec lequel il parcourut toute la
terre , pour enseigner l'agriculture aux hommes. Delà l'o-
piuion qu'il accompagna Bacchusdans les Indes (170). De
retour dans sa patrie , Triptolème rendit à Cérès son cha
riot, et sa gratitude institua des mystères et des fêtes en
l'honneur de. Cérès.
Les Tliesmophories se célébraient dans l'Attique , au
mois d'octobre , en reconnaissance des lois sages que Cérès
avait données aux mortels (192).
Cette déesse passait pour avoir institué ces fêtes elle-
même. Selon les uns, elles furent établies par Triptolème
ou par Orphée; selon d'autres , par les filles de Danaiis ;
opinion d'autant plus probable que les Egyptiens surnom
maient leur Isis Thesmophore, et la regardaient comme
la législatrice des initiés et des prêtres (8).
Les Thesmophories consistaient, en trois choses principales : les
préparations , les processions et l'autopsie.
Les préparations avaient pour but la frugalité, la chasteté, l'in
nocence. Plusieurs jours avant U fête , on se purifiait de toutes ses
souillures, on s'abstenait de tous les plaisirs légitimes, et l'on vivait
dans la plus parfaite sobriété. Les hommes étaient exclus de ces
fêtes, qui n'étaient réservées, d'ailleurs, qu'aux femmes dislinguées
par leur naissance;
Dans les processions, des vierges choisies, vélues de robes blan
ches, portaient sur leurs tètes, d'Athènes à la ville d'Eleusis, des
corbeilles sacrées, qui renfermaient un enfant, un serpent d'or, un
van, des gâteaux, et plusieurs autres symboles. D'autres portaient
des livres qui contenaient les cérémonies du culte secret de la
déesse. En Sicile , devant la marche , les femmes couraient ça et là
avec des (lambeaux allumés , appelant Proserpine à haute voix.
L'autopsie , c'est-à-dire, vision directe , consistait à voir les dieux
par soi-même , ou plutôt à connaître les mystères de la fête.
La solennité durait cinq jours. Pendant cet espace de temps , les
personnes détenues pour des fautes légères iccevaient leur liberté.

§ 199. — Suite des fêles de Cérès. — Des Éteusinies.


Rien n'égalaitlcSjF/eu^iVt/ej, fêtes célébréespar les Athé
niens, tous les cinq ans, dans la ville d'Eleusis même; tous
les quatre ans par les Céléens et les Phliasiens; tous les
ans, par les Lacédémoniens , les Parrhasiens, lesPhénéens
et les Crétois.
On n'est pas d'accord sur le fondateur des Eleusinies.
Les «fans les rapportent à Cérès elle-même , les autres les
disenVçtablies par Eumolpe ou par Orphée ( 1 3 1 ) ; d'autres
20O COUBS
enfin , et c'est l'opinion la plus probable, par Erechthée,
qui les importa d'Egypte.
De toutes les solennités grecques , aucune n'était plus
célèbre ni plus mystérieuse; aussi les appelle-t-on par ex
cellence Mystères ou Initiations. Tout en effet était mys
térieux dans ces cérémonies. Cérès y recevait les homma
ges, non pas sous son propre nom , mais sous celui d' Ach-
theia, c'est-à-dire affligée, pour rappeler la douleur que lui
causa la perte de sa fille (ig5). On enjoignait le plus grand
secret aux initiés , et ceux dont la discrétion trahissait les
mystères, étaient bannis de la société. L'entrée du temple
était interdite aux profanes, et deux Acarnaniens furent pu
nis de mort pour avoir enfreint furtivement cette défense.
Les récompenses promises aux initiés après leur mort,
attiraient le peuple en foule à ces cérémonies. Les per
sonnes de toute condition , de tout sexe et de tout âge
étaient admises à l'initiation; il fallait s'v soumettre au
moins avant la mort; on accusait d'impiété ceux qui né
gligeaient ce devoir; et ce fut un des plus grands crimes
reprochés à Socrate par ses accusateurs. On croyait que
les initiés étaient l'objet des soins particuliers des dieux.
Plus heureux ici-bas que les autres hommes, ils devaient
occuper les premières places dans les Champs-Elysées.
Pour ne point accorder témérairement d'aussi grands
avantages, on était très difficile sur le choix des candidats.
On examinait scrupuleusement leurs mœurs et leur vie.
On excluait des mystères les scélérats, les impies et les
étrangers. Hercule, Castor et Pollux n'y furent admis
qu'après avoir été reçus citoyens d'Athènes. Dans la suite
on se relâcha de cette rigueur, et tous les peuples de la
Grèce y purentpartieiper; mais jamais les Barbares, à l'ex
ception du scythe Anacharsis.
§ 200. — Suite des fêtes de Cérès. — Des petits
mystères d'Eleusis.
Les Éleusinies comprenaient les grands eî li s petits mystères. Ces
derniers furent institués à l'occasion suivante.
Hcicule traversant Eleusis pendant les solennités, demanda l'ini
tiation; mais sa qualité d'étranger élait un obstacle insurmontable.
Cependant, comme il avait rendu de grands services aux Athéniens ,
Eumolpe, pour ne pas le désobliger par un refus, institua de nou
velles cérémonies, qu'il appela petits mystères, auxquels le héros
assista croyant assister aux grands. On les célébrait au mois de jan
vier, près d'Agréé , sur les bords de l'Ilyssus. Plus tard , ils ne lurent
qu'une espèce de purification préparatoire à la grande initiation,
dont lileusis était le théâtre.
DE MYTHOLOGIE. tOl
Getle purification consistait è mener une vie chaste ef pure pen
dant neuf jours, après lesquels les candidats offraient des prières et
des sacrifices. Ils portaient alors le nom de Mystes ou Novices. Un
an après, ils immolaient un porc à Cérès pour être admis aux grands
mystères, qu'on leur révélait d'une manière solennelle. Ils s appe
laient alors Epoples , Ephores ou Contemplateurs.
Au jour prescrit , les candidats couronnés de myrte étaient con
duits dans un vaste édifice nommé le Temple mystique; ils s'y puri
fiaient avec de l'eau lustrale , purification corporelle qui devait être
l'image de la pureté de leurs Ames. Alors on leur lisait les mystères
sacrés contenus d'ans un livre fait de deux pierres jointes ensemble.
Le grand -prêtre leur proposait des questions auxquelles ils ré
pondaient sur-le-champ. On les faisait ensuite passi r rapidement par
des alternatives continuelles de lumières et de ténèbres ; la terre sem
blait trembler sous leurs pieds; ils entendaient des voix confuses,
voyaient des spectres et des fantômes. Après ces diverses épreuves ou
visions, on exposait à leurs yeux l'objet de leur attente, pour lescon-
gédier avec ces mots : Tout est consommé. La robe qu'ils portaient ie
jour de leur initiation devenait sacrée pour eux. Ils ne la quittaient
pas avant qu'elle ne tombât de vétusté , la faisaient porter à leurs en-
fans, ou la consacraient à la déesse.
Le ministre qui présidait à l'initiation s'appelait Hiérophante, ou
révélateur des choses sacrées ; le second ministre s'appelait Dadouche ,
ou porte-torche ; le troisième, nommé Keryx , était le chef des hé
rauts sacrés. Le quatrième administrait à l'autel sous le nom d'Epi-
borne. L'Hiérophante représentait le créateur de toirtes choses; le
H Dadouche, le soleil; le Keryx, Mercure; et l'Epihome, la lune. On
y reconnaît aisément les traditions égyptiennes.
Parmi les officiers subalternes, on distinguait l'archonte-roi, chargé
des prières et de l'ordre ; quatre Epimelètcs, c'est-à-dire administra
teurs , et dix Hieropoioi , préposés aux sacrifices.
§ 201. — Manière dont se célébraient les Eleusinies.
On célébrait les Éleusinies en septembre. Les cérémonies com
mençaient le r5 de ce mois, et duraient neuf jours.
Le premier s'appelaitjour d'assemblée, pareeque les initiés devaient
alors être tous réunis ; le srcond , à la mer, candidats , pareequ'ils se
purifiaient par des bains de mer ; le troisième jour, on offrait des
sacrifices; c'était ordinairement un mulet et des gâteaux de millet
et d'orge cueillis dans un champ d'Eleusis, nommé hhiarium. Ces
offrandes étaient en si grande vénération , que les prêtres mêmes ne
pouvaient en manger. Le quatrième , un faisait une procession solen
nelle dans laquelle on portait sur un char la corbeille sacrée de la
déesse , que le peuple suivait en criant : Salut , ô Cérès! A près le char
venait un groupe de femmes appelées Cistophnres , parcequ'ellcs
portaient des corbeilles remplies de maïs , de laine , de grains de sel ,
de grenades, de branches de lierre, de gâteaux, et même de ser-
frens. Le cinquième se nommaitjour des torches , pareeque sur le soir
es habitans couraient les rues avec des flambeaux pour rappeler les
courses de Cérès. Le sixième s'appelait lacchus, en mémoire d'Iac-
chus, fils de Jupiter et de Cérès, et compagnon de ses recherches.
Le septième, on célébrait des jeux, dans lesquels les vainqueurs
recevaient pour récompense une mesure d'orge, premier grain semé
dans les champs d'Élcusis. Le huitième s'appelait Epidaunum , en
9*
S02 COURS
l'honneur d'Esculapc (rsô, iî4)> qui» ce jour-là même, était venu
d'Epidaurc pour êtreadmisaux petits mystères. Depuis cette époque,
ce jour fut consacré désormais à l'initiation des candidats tardifs.
Le neuvième et dernier jour était nommé vaisseaux de (erre, à cause
des deux vaisseaux remplis de vin qu'on plaçait , l'un à l'orient,
l'autre à l'occident , et qu'on brisait ensuite contre terre, avec des
paroles magiques.
Tant que duraient 1rs fêtes d'Eleusis, on ne pouvait arrêter per
sonne, ni citer un coupable en jugement t sous peine d'une amende
ou même de la mort. Il était alors défendu de s'asseoir sur un puits,
parecque la déesse l'avait choisi pour se reposer, et de manger des
levés ou du millet, plantes consacrées à Géiès. Les femmes, sous
peine de mille drachmes , devaient se rendre, à pied, au lieu des
mystères , pour rappeler toutes les courses de Cérès.
Les savans les plus profonds pensent qu'on enseignait aux initiés
des vérités sublimes : un Dieu qui, par l'intervention de génies,
gouverne le moude ; une autre vie ; des peines et des récompenses.
§ 202. — Suite des fêtes de Cérès. — Des Céréales
et des Ambarvalies.
Les Éleusinies ne furent transportées d'Eleusis a Borne que sous
le règne d'Adrien. On y pratiquait les mêmes cérémonies qu'en
Grèce, mai< avec plus de licence. Elles subsistèrent dans cette ville
jusqu'au règne de ihéodose-le-Grand , qui les abolit après qu'elles
eurent duré plus de dix-huit siècles.
Cependant les Romains eurent leurs Céréales, depuis l'édilité de
Q. Mernmius , comme il paraît par une médaille où Cér ès est repré
sentée tenant d'une main trois épis , de l'autre une torche , et foulant
aux pieds un serpent.
Cette fête commençait le r3 des Ides d'avril, durait huit jours, ci
se célébrait dans le Cirque. On y faisait des courses et des combats
équestres; on s'abstenait de vin et de tout plaisir; ou ne mangeait
que le soir, après le coucher du soleil , pareeque Cérès , en cherchant
sa fille, n'avait pris de nourriture qu'à cette époque du jour. On
croyait que la fête, pour être agréable à la déesse, devait être
exempte de toute marque de deuil ; raison pour laquelle les Céréales
furent omises à la nouvelle de la bataille de Cannes.
C'étaient les dames romaines qui célébraient la fête ; elles étaient
Têtues de blanc, ain^i que les hommes, qui n'étaient que simples
spectateurs. Elles portaient de petites torches, en commémoration
des recherches de la déesse. Ces mystères étaient si révérés, qu'on
punissait de mort quiconque s'y présentait sans être initié.
Dans le même mois , les jardiniers offraient des sacrifices à Cérès
pour en obtenir une récolte abondante.
Les Y^«îrWfa/zM,quisenommaientencore Ambarbalies,
Amburbalies , consistaient en une procession solennelle que
l'on exécutait tous les ans au mois d'avril et de juillet. On
faisait trois fois le tour des champs, la tête couronnée de
feuilles de chêne, chantant des hymnes à Cérès, et la priant
de protéger les moissons. On immolait à la déesse une
truie, une brebis et un taureau; c'est ce qu'on appelait
DE MYTHOLOGIE. 2o5
hosties ambarvales. Ce sacrifice tirait son nom de ces trois
animaux et s'appelait suovetaurilia. Les champs se nom
maient ambarvales , et les prêtres Frères ambarvales ou
arvales, qui au nombre de douze étaient chargés d'officier
aux Ambarvalies.
§ 2o3. — De Plutus. — Ses attributs. — De
Philomèle.
Plutus, fils de Cérès et de Jasion(iQi), était le dieu des
richesses.
Hésiode le fait naître , dans l'île de Crète, de ces deux
personnages, peut-être parcequ'ils s'étaient appliqués con
stamment à l'agriculture, source des plus solides trésors.
Platon lui donne Porus ( i5"] ) pour père , et pour mère
la Pauvreté.
On représente Plutus sous la forme d'un vieillard
aveugle , boiteux et ailé , venant à pas lents , mais s'en re
tournant d'un vol rapide, et portant une bourse à la main.
Aristophane dit que ce dieu, dans sa jeunesse, avait une
très bonne vue; mais que sur la déclaration qu'il ne voulait
aller qu'avec la science et la vertu, Jupiter -, jaloux des
gens de bien , l'avait aveuglé pour qu'il ne les discernât
plus. Lucien ajoute que depuis ce temps, il va presque
toujours avec les médians.
Dans le temple de la Fortune à Thèbes, on voyait cette
déesse tenant Plutus entre ses bras sous la forme d'un en
fant, comme si elle était sa nourrice ou sa mère. Chez les
Athéniens, la statue de la Paix avait sur son sein Plutus
encore enfant, symbole des richesses que donne la pa;x(4f)).
On range quelquefois Plutus au nombre des dieux in
fernaux, parceque les richesses se tirent du sein de la
terre , séjour de ces divinités. On le confond même avec
Pluton , parceque ce personnage avait exploité des mines
abondantes en Espagne. C'est de là qu'on l'appelle Tel-
iumo.
Plutus avait un frère , nommé Philomèle. Ce jeune
homme ne s'accordant point avec son aîné , qui le laissait
réduit au plus étroit nécessaire, acheta des bo;ufs avec le
peuquJil avait, inventa la charrue, et à force de travail ,
se procura les moyens de vivre avec aisance. Cérès, tou
chée de ses efforts et ravie de sa découverte , l'enleva poul
ie placer au ciel parmi les constellations , sous le nom de
Bouvier.
204 COURS
Triomphe 4e la Richesse, ouPlutm traîné sur un char , de Hol-
bein , à Londres.
§ io4- — Des divinités champêtres.
Les divinités dont nous allons parler n'étaient connues que des
Latins.
Telluru» était le dieu de la terre.
Vcrvuclar présidait au premier labour du printemps. 0.i l'invo
quait avant les antres dans le sacrifice que le Flamine de Gérés of
frait à cette dé'-sse.
Obarator, présidait au premier labourage, avant les semailles;
Redarator présidait au second. • * '■
Occalor, présidait au hersage des terres
Sterculitius , Slcrculius , Slercutus , Sterquitinus , présidait aux en
grais. Selon les uns, c'était la Terre même qu'on adorait sous ce nom ;
selon les autres , rc dieu n'était que Picumnus , inventeur de
l'art de fumer les terres. Les Étrusques le révéraient particulière
ment. Selon Virgile c'était un ancien roi des Rutules, fondateur
d'Ardée.
Salor, Scmina, Sera, Sessies , présidaient aux semailles.
Imporcitor présidait au troisième labour qui se faisait après les
semailles.
Scia veillait à la conservation des blés encore enfermés dans le sein
de la terre.
Iltalto, présidait au germe ainsi qu'à l'accroissement des blés.
Runcina, Subruncinator , Subruncator, Sarrilor, présidaient au
sarclage.
Spinensis deus était invoqué par les laboureurs pour qu'il empê
chât les épines de croître dans le» rhamps cultivés.
Nodotis, Nodotus, Nodulus ou Nodinui , présidaient aux nœuds qui
se forment aux chaumes.
Pale/la, Palcllana, Paletena, présidaient aux épis lorsqu'ils étaient
près de s'ouvrir.
Robigo , ou Rubigo, était invoquée pour préserver les blés d'une
sorte de rouille qu'on appelle nielle, en latin rubigo, d'où vient son
nom. Elle était en grande vénération chez le» laboureurs, qui célé
braient en son honneur des fêtes appelées Robigaties. On lui offrait
en sacrifice une brebis et un chien , avec de l'encens et du feu.
D'autres en font un dieu nommé Robigus.
Lactens, Lactucine , Lactucia , Laclunus , veillaient à la conserva
tion des blés en lait.
Malurne était invoquée quand les blés étaient mûrs.
Volutine ou Folulrine, avait soin des grains de blé dans leurs épi».
Popiilonie était implorée dans les dégâts que produisent la grêle,
les inondations, les insectes ou la guerre.
Mcsfor et Segetia, présidaient aux moissons.
Tulelina, TutiUna, Tulutina, veillait à la conservation des mois
sons. On invoquait aussi pour la même cause Fruclesa ou Fructesia.
G'éiait elle qui donnait d'abondantes moissons.
Rnana était invoquée par les moissonneurs pour qu'elle ne laissât
point échapper les grains des épis. On la représentait tenant à la
main un tuyau de blé dont les épis étaient intacts.
Convector et Deverrona présidaient au transport des gerbes.
Noduterensis ou Terensis présidait au battage des grains. Ce dieu
DE MYTHOLOGIE. 20.S
n'était , selon des auteurs, que Pilnuimis, frère de Picumnus , inven
teur de l'art de moudre le blé; aussi le premier était-il honoré plus
spécialement par les meuniers et les boulangers. Du reste, les deux
frères étaient mis au nombre des divinités protectrices du mariage.
Picumnus était le Génie du mari, Pilumnus celui de la femme. A
la naissance d'un enfant, lorsqu'on le posait à terre , on le recom
mandait à ces deux divinités, de peur que le dieu Silvain ne lui fût
nuisible (189).
Condilor veillait à la récolte après la moisson.
D'everra présidait au balayage des grains.
Vacuna présidait au repos, comme l'indique son nom. On faisait
des sacrifices , on célébrait en son honneur des fêtes appelées Vacu-
nales, vers le mois de décembre, lorsque les travaux delà campagne
étaient finis.
H urine , Husine ou Rutine , présidait au ménage des champs. D'au
tres en ont fait un dieu sous le nom de Butor ou Rusor.
Promitor présidait à la dépense', chez les laboureurs.
Bubone était invoquée par les bergers pour la conservation des
bœufs et des varhes ; Faustitas présidait à la fécondité d"s troupeaux.
Hippone présidait aux chevaux. On plaçait sa statue dans les
écuries.
Mellone prenait soug sa protection les abeilles et leurs ouvrages.
Le Bon succès était adoré chez les Romains sous le nom de Bonus
Event11s, protecteur spécial des travaux de la campagne; on le re
présentait nu, proche d'un autel, tenant une coupe d'une main , et
des épis de l'autre. — Statue.au Musée, n° î6o.
EuRn il n'est presque aucune partie de l'agriculture pour laquelle
les Romains n'aient fabriqué quelque divinité.
§ 2o5. — Suite des divinités champêtres. — Ver-
tumne. — Ses attributs. — Pomone et ses attributs.
Vertumne, dieu des jardins , qui présidait à l'automne,
avait le privilège de pouvoir changer de forme à son gré.
Il prit successivement la forme d'un pêcheur, d'un soldat,
d'un laboureur et d'une vieille femme pour se faire aimer
de Pomone.
C'était une nymphe, déesse des fruits, remarquable par
ses charmes et pour son adresse à cultiver les arbres. Tous
les dieux champêtres se disputèrent sa conquête, mais elle
y resta toujours insensible. Vertumne chercha tous les
moyens deluiplaire,et,soussadernièremétamorphose,ayant
trouvé l'occasion délier conversation avec elle, il la flatta
d'abord sur ses attraits, sur ses talens ët son goût pour la
vie des champs; puis il lui raconta tant d'aventures de
nymphescruellement punies de leur indifférence, qu'enfin
il vint à bout de l'attendrir, et devint son époux. Lors
qu'ils furent avancés en âge , il se rajeunit avec elle.
On représentait Vertumne sous la figure d'un jeune
homme couronné de fleurs , avec un habit qui ne le cou
so6 COURS
vrait que jusqu'à la ceinture , tenant des fruits de la main
gauche, et de la droite une corne d'abondance. A. Rome ,
on célébrai ten son honneur des fêtes appelées Vertumnales.
Pomone eut aussi, chez les Romains, un temple et desau
tels , desservis par un prêtre nommé Flamine Pomonal.
On la représentait comme la déesse des fruits et desjardins,
tenant de la main gauche quelques pommes, et de la droite
un rameau. On la trouve aussi debout, vêtue d'une robe
qui lui descend jusqu'aux pieds , et qu'elle replie par-de
vant pour soutenir des pommes et des branches de pom
mier. Lespoètes la peignent couronnée de feuilles de vigne
et de grappes de raisin , et tenant dans ses mains tantôt une
corne d'abondance, tantôt une corbeille remplie de fruits.
Cette divinité, inconnue aux Grecs, était particulièrement
révérée chez les Etrusques.
Le Flamine Pomonal offrait à la déesse des sacrifices pour la con
servation des fruits de la terre.
Buste de Pomone, de Dupaty, Luxembourg, n° ia3. — Vertumne
et Pomone, à Versailles, près de l'orangerie. — Vertumne, dans le
jardin de Sceaux.
§ 206. — De Flore et des jeux floraux.
Flore était la déesse des fleurs et des jardins.
Epouse de Zéphyre (a33) , elle en reçut l'empire des
fleurs. Les Grec», qui l'appelaient Chloris , transportèrent
en Italie son culte , qui de là se répandit avec les armes
romaines chez toutes les nations. Tatius , roi des Sabins et
collègue de Romulus, fut le premier qui L'iutroduisit à
Rome.
On représentait Flore sous la figure d'unejeune nymphe
couronnée de fleurs, et tenant dans la main gauche une
corne d'abondance.
On pense que les Romains adoraient sous ce nom la fa
meuse courtisane Flore ou Acca-Luurentia , qui , sous
le règne d'Ancus Martius, légua son immense fortune au
peuple romain , et que dans la suite son culte se confondit
avec celui de l'ancienne Flore. Le temple bâti dans Rome
en son honneur était placé vis-à-vis du Capitole.
Flore, statue, Musée du Capitole.— Flore et Zéphyre , à Versail
les, près de l'orangerie.— Flore et Zéphyre, aux Tuileries. — Flore
Farnè.se , ibid. — Flore, galerie de Florence.
Le Fiamine de la déesse Flore s'appelait Floralis.
Les Jeuxflorauoc furent institués l'an de Rome 5 a3, soit en l'honneur
de la déesse Flore , soit en mémoire de la courtisane de même nom.
Ils n'avaient d'abord lieu que lorsqu'ils étaient prescrits par les livres
DE MYTHOLOGIE. SO7
sibyllins (1 19-bis), ou quand on craignait une stérilité; ils ne détinrent
annuels que l'an de Rome 58o. On les célébrait dans les dernier» jours
d'avril, la nuit, à la lueur des flambeaux, dans la rue patricienne ,
où se trouvait un vaste cirque nommé Cirque de Flore. La dépense
de ces jeux avait d'abord été prise sur les biens légués par la cour-
tisaue Acca. Dans la suite, un y consacra les amendes et le produit
des confiscations auxquelles on condamnait les magistrats convaincus
de péculat.
§ 207. — De Nemesiinus , des Interoîdons et de
Feronia. — De Paies et d'Anna Pérenna.
Nemestinus ou Nemestririus était le dieu des forêts chez
les Romains , qui le regardaient comme le souverain des
Dryades , des Faunes et des autres divinités des bois. Il
était fils de Faunus (1 85).
Les Intercidons présidaient à la coupe des bois. On leur
donnait aussi l'emploi de défendre les femmes grosses
contre les insultes des Silvains (189).
Feronia était la déesse des bois et des vergers. On la
nommait ainsi de Fero, je produis, ou deFe'ronie, ville d'I ■
talie , près de laquelle on lui bâtit un temple célèbre. Sui
vant quelques auteurs , les personnes animées de l'esprit
de cette déesse pouvaient marcher les pieds nus sur du fer
rouge ou sur des charbons ardens. Les affranchis regardaient
la déesse Féronie comme leur patrone , pareeque le pre
mier jour où" la liberté leur était rendue , c'était dans son
temple qu'ils prenaient ordinairement le bonnet, marque
de leur nouvelle condition.
Palès, ou Parés, était la déesse des bergeries.
Les Romains célébraient tous les ans eu son honneur
des fêtes appelées Palilies , le vingt - un avril , anniver
saire du jour où Romulus avait jeté les fondemens de la
ville. * 1
Ce jour-là les bergers se purifiaient avec des parfum»,
auxquels on mêlait du sang de cheval , les cendres d'u1^
veau tué nouvellement , et des tiges de fèves. Ils purifiaient
aussi les bergeries et les troupeauxavecdel'eau,du soufre,
de l'olivier , du pin et du romarin. Us offraient à la déesse
du lait, du vin cuit et des gâteaux de millet Quelques
auteurs nomment ces fêtes Parilies.
Anna Pérenna présidait aux années, parmi les divi
nités des laboureurs. Sa fête , comme celle de Palès, était
animée par la joie la plus naturelle et par les plaisirs le»
plus simples.
208 COURS
§ 208. — Du dieu Terme.
Tenue était un dieu romain qui présidait aux bornes
des champs et punissait les usurpations. Ce fut Numa , dit-
on, qui ronda son culte à Rome, pour persuader que les
limites des possessions champêtres étaient placées sous la
protection du ciel.
Le dieu Terme avait un temple sur la roche Tarpéienne.
On le représentait avec une tête humaine, mais sans pieds
et sans mains , pour montrer qu'il ne changeait jamais de
place.
Les habitans des campagnes s'assemblaient chaque an
née pour orner de guirlandes les pierres qui séparaient
leurs champs, et pour offrir des sacrifices au dieu qui
présidait aux bornes.
Lorsque Tarquin-le-Superbe voulut bâtir à Jupiter un
temple sur le Capitale, tous les dieux lui cédèrent la
Ï)lace qu'ils occupaient ; mais le dieu Terme résista à tous
es efforts qu'on fit pour l'enlever , de sorte qu'il se trouva
dans le temple même qu'on bâtit en cet endroit.
C'est qu'avant la création du dieu Terme , on honorait
Jupiter comme protecteur des bornes; on le représentait
alors sous la forme d'une pierre , par laquelle se faisaient
même les sermens les plus solennels.
Les Romains célébraient dans le mois de février , en l'honneur du
dieu Terme, des fêtes appelées Terminales. Les paysans offraient à
ce dieu des libations de Jait et lui sacrifiaient un agneau dont le sang
arrosait les bornes de leur champ. Ces fêtes furent instituées par
Numa.
Le dieu Terme était surnommé Placidus, à cause de son immobi
lité, et Quadratus , à cause de la forme d'une pierre carrée sous la
quelle il était le plus souvent révéré.
/§ 209. — Mercftre. — Nombre des Mercure. —
* Fable de Mercure expliquée par l'histoire.
Mercure, dieu de l'éloquence, de la paix , du commerce
et du vol, était le messager de Jupiter et des dieux ; et
c'est pour cette raison que nous le plaçons à la suite des
divinités du ciel et de la terre.
Lactance distingue quatre Mercure : le premier , fils de
Jupiter et de l'Atlantide Maïa ; le second , du Ciel et du
Jour; le troisième, de Bacchusou Liber et deProserpine ;
le quatrième, de Jupiter et de Cyllène. Ce dernier, meur
trier d'Argus, s'enfuit, disent les Grecs, en Egypte, où
il porta la connaissance des lettres.
DE MYTHOLOGIE. 200,
Cicéron en compte cinq : l'un fils du Ciel et du Jour ;
l'autre de la Valeur et de Phoronis; c'est celui qui se tenait
sur la terre et qui s'appelait Trophonius. Le troisième
était issu de Jupiter et de Maïa ; le quatrième , du Nil ;
les Egyptiens croyaient qu'il n'était pas permis de le nom
mer; le cinquième, que les Phénéates honoraient , était
le meurtrier d'Argus. On en ajoute même un sixième ,
fils dé Bacchus et de Pfoserpine.
De tous ces Mercure , deux seuls ont quelque impor
tance ; l'ancien Mercure, le Thoth des Egyptiens, dont,
nous avons déjà parlé (10), et le fils de Jupiter et de Maïa,
dont nous allons donner l'histoire avant que d'en raconter
la fable.
Ce Mercure devint célèbre parmi les princes Titans.
Après la mort de son père , il obtint en partage l'Italie ,
les Gaules et l'Espagne , dont la mort de Pluton , son oncle,
le rendit maître suprême, et qu'il augmenta des Mauri-
tanies , après celle de son grand-père Atlas. C'était un prince
fin, artificieux, dissimulé, qui civilisa les peuples et polit
leurs mœurs par les arts , le commerce et les lois. Il voyagea
plus d'une fois en Egypte pour s'instruire dans les cou
tumes de cet ancien peuple; les mystères de la théologie
égyptienne ne lui suffirent pas; il en apprit encore la ma
gie, science alors fort en vogue, et dans laquelle il excella
bientôt lui-même. Aussi les Titans le consultèrent-ils
comme un augure infaillible, et les poètes le peignirent
comme l'interprète des dieux.
Il passa pour leur tnessager, parceque Jupiter tira le
plus grand parti de son éloquence et de son adresse dans
les négociations; qualités qui lui firent donner le nom de
dieu de la paix. Mais ses vices , non moins grands que ses
bonnes qualités , sa conduite artificieuse, son humeur tur
bulente, obligèrent les autres fils de Jupiter à lui déclarer
une guerre dans laquelle il fut vaincu plusieurs fois, et
forcé de se retirer en Egypte , où sa carrière se termina
dans l'obscurité. D'autres disent qu'il se retira dans le
fond de l'Espagne , où l'on montrait en effet son tombeau.
§ 210. — Naissance de Mercure. — Premiers essais
de Mercure. — Anecdote de Battus. — Suite des
vols de Mercure. — 11 est chassé du ciel.
Revenons aux traditions mythologiques de ce person
nage. Les Grecs le nommaient Hermès, interprète ou
S 10 COURS
messager. Son nom latin venait, si l'on en croit Festus, du
mot qui signifie marchandise ou commerce.
D'après l'opinion la plus commune, Mercure naquit en
Arcadie, sur le mont Cyllène. Les Saisons prirent soin de
son enfance; Acacus , fils de Lycaon, fut son père nour
ricier.
Le lendemain même de sa naissance, il donna, dit la
fable, une preuve d'adresse et de méchanceté tout à la fois,
en dérobant les bœufs d" Admète , q ue gardai t Apollon ( 1 09) .
Il les fit marcher à reculons , afin d'en faire perdre la trace.
Le dieu berger vint redemander ses bœufs à l'enfant au
berceau , s'épuisa vainement en menaces , et s'aperçut eu
finissant qu'on venait de lui ravir aussi son carquois et ses
flèches; allégorie par où l'on a voulu montrer, dit-on, que
l'éloquence et la poésie doivent s'emprunter réciproque
ment des traits.
On raconte à ce sujet que Battus , berger de Pylos ,
ayant été témoin du vol de Mercure , le dieu lui demanda
le secret , et lui donna pour récompense la plus belle des
vaches qu'il venait de voler. Peu de temps après, Mercure,
pour éprouver sa discrétion , reparut à ses yeux sous la
forme d'un paysan , et lui promit un couple de bœufs s'il
voulait lui découvrir le voleur. Battus, tenté par une plus
forte récompense , révéla le secret; mais Mercure, indigné,
le changea en pierre de touche , pierre, dont on se sert pour
éprouver la nature et la pureté des métaux. Peut-être
cette fable n'est-elle fondée que sur ce que Battus fit la pre
mière découverte de la pierre de touche.
Mercure ne se borna pas à ce début. A Neptune, il vola
son trident, à Vénus sa ceinture , à Mars son épée , à Vul-
cain les instrumens de son métier; ce qui montre en lui
un habile navigateur, un guerrier valeureux, un artiste
habile; et il joignait à toutes ces qualités les grâces du dis
cours. Jupiter, d'abord charmé de sou adresse, lui confia
la fonction de verser aux dieux le nectar et l'ambroisie ;
fonction qu'il garda jusqu'à ce qu'elle fut remise à Gany-
mède. Mais lorsqu'il eût dérobé le sceptre de Jupiter , le
maître des dieux , fatigué de ses vols , le chassa de l'O
lympe, et l'envoya garder les troupeaux avec Apollon ( 1 08).
Mercure vidant le carquois d'Apollon, de Poussin, n°6oa.
DE MYTHOLOGIE. 21 1
§ 211. — Invention de la lyre. — Du Caducée. —
Mercure dans la guerre des Céans. — Fonctions
de Mercure.
Ce fut pendant son exil que Mercure, pour charmer ses
ennuis, inventa la lyre, nommée par les Latins testudo, par-
cequ'elle fut formée d'abord de l'écaillé d'une tortue. Il
avait, dit-on, trouvé une tortue morte ; il la vida, y fit
plusieurs trous, et la monta de neuf cordes en l'honneur
des Muses. Il donna cet instrument à son compagnon d'in
fortune, et reçut en échange le Caducée, dont ce dieu s'é
tait servi pour garder les troupeaux d'Admète.
C'était d'abord une simple baguette. Mercure, après cet
^chauge , rencontra deux serpens qui se battaient , et les
sépara de sa baguette, autour de laquelle ils s'entrelacèrent
en formant un arc à l'extrémité j deux ailes la surmontaient :
c'est ce qui forma le caducée, symbole de la paix. Les deux
serpens désignent la prudence, et les ailes, la rapidité, qua
lités nécessaires au protecteur du commerce, au messager
des dieux. Le caducée avait la vertu d'amener le sommeil
et les songes sur les paupières des mortels, et même de rap
peler la vie dans un sein inanimé.
Ce fut pour honorer Mercure que les négociateurs de la
paix portèrent depuis le caducée, sous le nom de caducea-
tores.
Dans la guerre des Géans contre les dieux, Mercure dé
ploya du courage, de la prudence et de l'activité. C'est lui
qui délivra Mars de la prison des Aloïdes, Jupiter des mains
de Typhon. C'est lui qui porta le jeune Bacchus aux nym
phes de Nysa , purifia les Danaïdes du meurtre de leurs
époux, attacha le perfide Ixion sur la roue, tua le vigilant
Argus aux cent veux , accompagna le char de Pluton lors
de l'enlèvement de Proserpine, transporta Castor et Pollux
à Pallène, vendit Hercule à la reine Omphale, et conduisit
Priam dans la tente d'Achille , lorsque ce père infortune
alla demander les dépouilles de son fils Hector.
Il n'estaucune divinité du paganisme à qui la fable donne
plus de fonctions. Interprète et ministre fidèle des autres
dieux, et surtout de Jupiter son père, il les servait avec un
zèle infatigable , même dans les emplois les moins hono
rables. Tantôt on le vo't accompagner Junon, pour la gar
der ou pour veiller sur sa conduite ; tantôt il est envoyé
par Jupiter pour entamer quelques intrigues avec une
nouvelle maîtresse. Enfin il avait soin de toutes les affaires
912 COURS
célestes, tant de celles qui regardaient la paix et la guerre,
que de celles qui regardaient l'intérieur de l'Olympe ,
comme de présider aux repas , aux jeux , aux assemblées ,
d'écouter les harangues publiques , et d'y répondre.
Ambassadeur et plénipotentiaire des dieux , il se trouvait
à tous les traités de paix et d'alliance. De plus, il inspira
les orateurs, comme Apollon les poètes ; les voyageurs, les
marchands, et même les filous étaient sous sa protection
spéciale. C'était lui qui conduisait aux Enfers les âmes des
morts, ou qui les ramenait, et l'on ne pouvait mourir que
lorsqu'il avait entièrement rompu les liens de l'âme et du
corps. On le regardait aussi comme présidant aux révolu
tions de la planète qui porte son nom.
§ 212. — Des enfans de Mercure. •
Mercure eut:
Angèlie, dont la fonction était de rapporter aux morts ce que font
les vivans.
Aptale et Autolycus , de Chioné (n3).
Bunus, d'Alcidamée.
Caicus, qui donna son nom à une rivière de Mysie.
Céphale,àe Creuse ou d'Hersé, fille de Cécrops. Mercure avait pria
pour conGdente de son amourAglaure,sœur d'Hersé, qui le trahit par
jalousie.[Mercurelafrappadeson caducée et la cliangeaen pierre (80).
Céryx , de Pandrose (80) ; ce fut le chef de la famille sacerdotale
desCydon,
Céryces.
d'Acacallis(a49)- On lui donne encore pour père Apollon ou
Tégéate.
Damascus, d'Halimède (2 19).Venu d'Arcadie , ce fut lui qui fondu
Damas en Syrie.
Daplmis , d'une nymphe de Sicile.
Dotops , qui périt à Magnésie.
Echion et Euryle, d'Antianire.
Eleusis, de l'Ocèanide Daïre. Il donna son nom à la ville d'Eleusis.
Ethalides, d'Eupolème; il obtint de son père la permission de pas
ser la moitié de l'année parmi les vivans. et l'autre moitié parmi
les morts. Pythagore , propagateur de la mélempsychose ( 258 )
croyait avoir été d'abord Ethalidc.
Eudon/Sy de Polymèle.
Evandre, de CarmeRle, prophétesse d'Arcadie. Carmente , nom
mée d'abord Nicostrale, rendait les oracles en vers. Elle passa en
Italie avec son Gis. Après sa mort , elle fut placée parmi les dieux.
A Rome , elle avait un autel à la porte Carmentaie. Déesse tutélaire
des enfans , elle présidait à leur naissance, et chantait leur desti
née; aussi les mères lui rendaieut un culte particulier. Les Grecs
l'honoraient sous le nom de Thémis.
Les Lares, de la Naïade Lara (289). Lara, qu'on nomme encore
Laranda, Lataria , Muta , était fille du fleuve Alcmon. Ce fut par
elle que J unon fut avertie que la nymphe Juturne , sœur de Turnus ,
roi des Rutules , était sa rivale. Jupiter, irrité de son rapport , lui
fit couper la langue , et chargea Mercure de la conduire aux Enfers.
Cette circonstance la rendit mère des Lares.

m
DE MYTHOLOGIE. 2l5
Libys, de Libye, filie de Palamède (222).
Myrtile , de Pbaétus ou de Cléobule , ou de Clymène,ou de
Myrto ( a3a).
Plorax, d'fiurythée , fille de Géryoo ( 23 1 ).
Palestre , à qui l'on doit l'iovcntion de la lutte. D'autres 11 disent
Elle d'ilercule.
Pan, de Dryope ou de Pénélope (186).
Pharis, de Phitodamée, fille de Danaiis (274)'
Polybe , de Ghthonophile ou d'Eubée.
Priape , de Ciiioné ('82).
Prylis , d'Issa. Devin d'ilium , il se laissa séduire par l'argent de
Palamède, et découvrit aux Grecs les moyens de s'emparer de sa
patrie.
Satyres, d'Ipbthimé (184).
Saiit, de Rhéné ; il donna son nom à l'île de Samos.
Mercure apercevant Hersé à une fête de Minerve, de Breemberg.
— Hersé voyant Mercure qui se dirige vers son palais, de Utile. —
Mercure changeant Aglaure en pierre, tableau des Gobelins.
§ 21 3. — Des attributs de Mercure.
On le peint sous les traits d'un jeune homme , beau de
visage, d'une taille dégagée, tantôt nu, tantôt avec uu man
teau sur les épaules qui ne le couvre qu'à demi.
Comme divinité tutélaire des commerçans , on le repré
sente ordinairement la bourse à la main. Dans les monu-
mens , on le voit tenant une bourse de la main gauche , et
de l'autre un rameau d'olivier et une massue ; symboles ,
l'un, de la paix, utile au commerce; l'autre, de la force et
de la vertu, nécessaires au trafic. En qualité de négociateur
des dieux, il porte le caducée.
Mercure avait sur la tête une espèce de bonnet appelé
Pétase , à ses pieds des ailes appelées talonnières; on en
voyai t également à ses épaules , à son pétase , à son caducée,
pour marquer la légèreté de sa course dans l'exécution des
ordres des dieux. De ces ailes , les unes sont noires , et les
autres sont blanches. Les premières annoncent le Mercure
céleste; les autres lui servent à pénétrer dans les Enfers.
On le peint quelquefois avec un manteau moitié noir,
moitié blanc; parceque, comme emblème du soleil , il n'é-
.claire jamais que la moitié du globe, et fait succéder, par
son absence, les ténèbres à la lumière. C'est par la même
raison qu'on lui donne une figure moitié claire, moitié noife.
Sur quelques monumens , c est Cupidon qui met des ailes
aux pieds de Mercure , allégorie qui fait allusion à ce mes
sager galant.
Souvent on lui voit une chaîne d'or qui sort de sa bouche
et va s'attacher aux oreilles de ceux qui l'entourent , sym
bole ingénieux du pouvoir de l'éloquence.

1
Sl4 COURS
La vigilance que demandent tant de fonctions est un de
ses attributs, et c'est pour cela qu'on lui donne un coq pour
symbole.
Comme les bergers le prennent pour leur patron , on le
voit quelquefois avec un bélier. C'est ainsi qu'on l'adorait
à Tanagra, ville de Béotie; ou l'y représentait portant le
bélier sur ses épaules , parcequ'il avait délivré de la peste
les habitans de cette ville, en leur disant de promener un
de ces animaux autour de leurs murs.
La tortue qu'il a près de lui rappelle qu'il est l'inven
teur de la lyre (an).
Quelquefois il porte une lance , une perche armée de
crocs, ou bien un trident, attributs avec lesquels il proté
geait le commerce maritime. On lui accordait le trident ,
parceque , suivant Macrobe , dans la distribution que Ju
piter fit des élémens à plusieurs divinités, Apollon fut
chargé de prendre soin du feu , Phébus de la terre , Vénus
de l'air, et Mercure de l'eau. Aussi regardait-on ce d.eu ,
dans la suite, comme l'inventeur de la clepsydre.
Quelquefois on distingue près de Mercure la tête d'Ar
gus , comme monument de sa victoire (60).
Les Egyptiens le représentaient avec une tête de chien ,
pour marquer sa vigilance et sa sagacité.
Mercure se trouve souvent joint à d'autres divinités.
Ullermammon représente Mercure et Jupitcr-Ammon (3i).
h'Iïermanubis, composé de Mercure et d'Anubis, montre un corps
d'homme avec une tête de chien ou d'épervier ; il tient à la main
un caducée (1 1).
ti'Hermapelbn représente un jeune homme avec les symboles des
deux divinités , c'est-à-dire , le pétase et le caducée, avec l'aie et
la lyre (1 14).
ÛHermathène a l'habit , le casque et l'égide de Minerve , d'une
part; de l'autre, le coq sans l'aigrette, les ailerons sur le casque et
la bourse (84).
L'Hermèracle est un Hercule avec un Mercure. Hercule tient la
massue d'une main, et de l'autre, la dépouille du lion. 11 a la forme
humaine jusqu'à la ceinture, et le reste se termine en colonne car
rée. On mettait communémeut les Héméracles dans les académies ou
lieux d'exercieps, parceque l'adresse et la force doivent y présider.
UHermêros se composa de Mercure et de l'Amour. C'est un jeune
pardon , tel qu'on nous dépeint le fils de Vénus. Il tient de la main
droite une bourse, et de la gauche un caducée (i5y).
L'Hermarpocrate eit la statue de Mercure avec la têt*4 d'Harpo-
crate. Elle a des ailes aux talons et met le doigt sur la bouche (n).
L'Hermithra se compose de Mercure et de Mitliras (106).
L'Hermosiris , statue d'Osiris et de Mercure , a les atttribtits de
ces deux divinités , une tête d'épervier, symbole du premier, un
caducée, attribut du second (6).
DE MYTHOLOGIE. >i5
Mercure, dit i'Antinoïn du Belvédère, au Vatican. — Mercure ,
ailes et caducée , Musée , n* i4*>. — Mercure , id. , et de plus la tor
tue sous le pied gauche, n° i53. — Salle de Mercure, à Versailhs.
— Mercure , Hermès , ibid. — Mercure Farnèse , copie , aux Tuile
ries. — Mercure sur Pégase, aux Tuileries, en lace de la Renommée
(09). — Mercure, dieu de la Palestre , itiid. — Mercure , protecteur
du commerce , de Legrand.
S 2 14- — Des noms et des surnoms de Mercure.
Mercure, dont le nom grec est Hermès , s'appelait d'abord Me-
dicurius , parceqne l'éloquence est le plus sûr moyen de réunir les
hommes et de réunir leurs intérêts.
I. Surnoms tirés des lieux :
Alehymius , d'Alchyme. — Alyc'mius , d'Alycme.
Cylténius , du mont Cyllène, lieu de sa naissance.
Cynosurius, de la citadelle de Cynosure , en Arcadie.
fionàcriatês , de Nonacries, ville d' Arcadie , près du mont Cyllène.
II. Surnoms tirés des circonstances :
Aeacesius, d'Acacus (210).
Agorœut , lorsqu'il avait un temple sur les places publiques.
Criopltore, par allusion à la délivrance des Thébains (210).
Enhodius , pareequ'on plaçait son buste sur des pierre» carrées,
avec l'indication des routes. Ces pierres n'appelaient des Hermès.
Eiodius, pareeque se» statues étaient placées sur les grands che
mins.
Harpédophore , qui porte la Harpé, espèce de coutelas dont il te
servit pour tuer Argus (60). On l'appelait Cyttenis harpe
Nomius, soit pareequ'il garda les troupeaux de Jupiter, soit parec-
qu'il était invoqué dans les lois du négoce et dans les conventions
des commerçons.
Occupo (216).
Parammon, près des san'e* , nom qu'on lui donnait dans la Libye,
et sous lequel il était aussi révéré dans l'Élide.
Promachus , pareequ'il avait combattu pour les Tanagréens.
Pronaiis , à Tbèbes , en Béotie , pareeque sa statue , ouvrage de
Phidias, se trouvait à l'entrée du temple d'Apollon.
Propylcus, chez les Athéniens, où sa statue se voyait à l'enlisée de
la citadelle.
Mercure endormmt Argus, de Steube. — Mercure prenant la
Harpé pour tuer Argus , de de Bay père, au Musée.
§ 21 5. — Suite des surnoms de Mercure.
III. Surnoms tirés des qualités :
Acacétus , Acacus , qui ne fait point de mal , par opposition peut-
être à son naturel voleur.
Aies Deus, oies Tegeaticus , aliger Arcas (209, ai 3).
Angélus, messager des dieux (209).
Argiphonte, meurtrier d'Argus (60).
Allantiades, petit-fils d'Atlas (209).
Btanditoquus , comme dieu de l'éloquence.
Cadmiltus , Camittiis et Casmillus , comme divinité d'un ordre
Intérieur, et remplissant auprès des dieux les fonctions de la domes
ticité.
2l6 COURS
Caduciftr (a i3).
Ccrdcmporus, Cerdoùs , comme dieu du trafic.
Charidoléi, qui donne des grâces. A Sauios, le jour de sa fête, pen
dant l'oblatiou des sacrifices, un volait impunément tout ce qui tom
bait sous la main, à l'exemple du dieu même, patron des voleurs.
Ctésius , qui favorise l'industrie.
Viactorus, comme messager ordinaire de Jupiter.
DoliuM, comme dieu du commerce , de la fraude et du dol.
Empotée , comme dieu des marchands et des cabaretiers.
Enagonius , à Olympie, comme dieu des athlètes.
Epaclius , comme conducteur des morts aux Enfers (ai3j.
Epimelius , cumme protecteur des troupeaux.
Hodios , protecteur des roules, à Samos.
LogioM, comme présidant à l'éloquence.
Pctasatus deus (ai3).
Prœsesjuventutis.
Psychagogue , Psychopompe. V, Epactius.
Quadriceps , comme dieu de la ruse et de la duplicité.
Stilbo, comme réglant le cours de la planète de son nom.
Tricéphalc , Triceps , deyson triple pouvoir au ciel , sur la terre et
dans les enfers.
Trivius , comme messager des dieux et présidant aux chemins.
Trophonius, qui demeure sous la terre , selon Cicéron (209).
Mercure Enagonius, Hermès , au Musée , n° 80.
§ 2 1 G. — Du culte de Mercure et de ses fêtes.
Le culte de Mercure , universellement répandu dans
l'Egypte , dans la Grèce et dans l'Italie , n'offrait aucune
particularité remarquable , sinon qu'on lui consacrait les
langues des victimes , comme emblème de l'éloquence.
Pour la même raison on lui présentait le miel et le lait ,
qui désignent la douceur des paroles insinuantes. On lui
immolait aussi des veaux et des coqs.
Les Egyptiens lui offraient la cigogne, qui, après le
bœuf, était l'animal le plus révéré chez eux. Dans les Gau
les , 011 l'honorait par le sang de victimes humaines.
Les Romains le placèrent au rang des huit grands dieux ,
appelés choisis , parmi lesquels il eut la sixième place ,
comme présidant à la sixième planète (18, a5).
La première figue que l'on cueillait était placée devant
l'image de Mercure, et la prenait ensuite qui voulait;
d'où le proverbe , ficus ad Mercurium , pour exprimer
la proie du premier occupant ; ce qu'on exprime encore
par le surnom à'Occupo.
Les voyageurs , au retour d'un long et pénible voyage ,<
offraient à Mercure , ex voto , des pieds ailés. Les négo-
cians romains célébraient une fête en son honneur , le •
i5 mai, jour auquel avait été dédié son temple dans le
grand Cirque, l'an de Rome 675. Ils lui sacrifiaient un.e_
DE MYTHOLOGIE. 217
truie pleine , et prenant en main une branche de laurier,
après s être arrosés de l'eau d'une fontaine dite de Mercure ,
à laquelle On attribuait une vertu divine , ils priaient le
dieu de leur être favorable dans leur trafic , et de leur
pardonner, dit Ovide, leurs petites supercheries et les
Faux sermens auxquels les entraînait l'amour du gain.
Mercure avait un assez grand nombre d'oracles , dont le
principal était en Achaïe. Après beaucoup de cérémonies
préliminaires , on s'approchait de la statue du dieu et on
lui adressait une demande. Ensuite on sortait du temple
en se bouchant les oreilles avec les mains , et les premières
paroles qu'on entendait étaient la réponse du dieu.
On plaçait Sa statue devant la porte des maisons , dans
l'espoir qu'il en écarterait les voleurs , dont il était le dieu.
Comme présidant aux grands chemins , ses statues n'a
vaient ni pieds ni tête. Elles indiquaient la route aux
passans , sous le nom d'Hermès.
Les Chytres étaient célébrées chez le* Athéniens, le troisième jour
des Anthestéries (179). On y faisait cuire dans des marmites , en
l'honneur de Mercure, toute sorte de légumes, qu'on lui présen
tait pour les morts. Personne, pas mémo la prêtresse , ne pouvait
toucher à cette offrande.- On dit que cette fête fui instituée par Deu-
calion, lequel, api èsledéluge qui porte son nom (5;), offrit à Mercure
des graines pour le rendre propice aux naufragés.
Les Hermées avaient lieu dans presque toute la Grèce en l'honneur
de Mercure. En Crèle , les maîtres y servaient leurs esclaves £ table ;
usage qui s'observait aussi chez les Athéniens, à Babylone et chez
les Romains, durant les Saturnales (a4).
Les Hermées s'appelaient Mercuriales chez les Romains. Elles s'y
célébraient la veille des Ides de juillet, et duraient six jours : sans
doute pareeque Mercure préside à la sixième planète.
§ 216 bis. — De quelques enfans de Jupiter. —
Histoire de Castor et de Pollux.
I.
A la suite des divinités du ciel et de la terre , avant de
parler des divin:tés des eaux et des enfers, nous parlerons
de quelques enfans de Jupiter, tels que Castor et Pollux ,
Persée et Hercule.
Castor et Pollux , jumeaux connus par leur amitié fra
ternelle , qui est passée en proverbe , eurent pour mère
Léda , femme de Tyndare , roi de Sparte , et pour père ,
l'un Tyndare, et l'autre Jupiter (36).
Selon les poètes , Jupiter, épris des charmes de Léda ,
emprunta la forme d'un cygne pour réussir auprès d'elle.
Cette princesse en eut deux œufs , dont l'un , de Tyndare
10
a18 cours
»on mari , produisit deux mortels , Castor et Clytemnestre,
et l'autre, de Jupiter, produisit Hélène et Pollux, im
mortels comme leur père (173).
Après leur naissance, ils furent transportés par Mercure
à Pallène (21 1), où se fit leur éducation. Les deux frères
se lièrent étroitement; et pour premier exploit, ils pur-
\ gèrent la mer Egée des pirates qui l'infestaient : ce qui les
fit mettre au rang des dieux marins , et par la suite invo
quer dans la tempête. Ils suivirent Jason à la conquête de
la Toison d'or, expédition pendant laquelle Pollux vainquit
Anwcus au combat du ceste (222 bis) ; d'où vient qu'on le
regarda dans la suite comme la divinité tutélaire des lut
teurs. Castor, de son côté , se signala dans l'art de dompter
les chevaux , et ce talent lui valut le même honneur qu'à
son frère.
De retour dans leur patrie , Castor et Pollux reprirent
sur Thésée (284), leur sœur Hélène, dans la ville d'A-
phidna, dont ils épargnèrent les habitans , à l'exception
d'Ethra, sa mère, qu'il emmenèrent captive.
Cependant ils tombèrent dansla mêmefaute qu'ils avaient
voulu punir dans la personne de Thésée. Invités aux
noces de Lyncée et d'Idas , ils enlevèrent Phébé et llaïre
(36), femmes de ces deux princes , qui les attaquèrent, les
poursuivirent vivement , et les atteignirent près du mont
Taygète. 11 s'ensuivit un combat opiniâtre , où Castor,
après avoir tué Lyncée , fut tué lui-même par Idas , qui
périt à son tour sous les coups de Pollux. Désespéré de la
mort de son frère, Pollux supplia Jupiter de lui rendre
l'existence ou de le faire mourir lui-même. Cette prière
ne pouvant être exaucée pleinement, l'immortalité fut
partagée entre eux de manière qu'ils vivaient et mouraient
alternativement , et que l'un était sur la terre , tandis que
l'autre était dans les enfers.
Castor eut Anaris de PUébé ; Anaxis et Androlhoé d'ilàïre. Pollux
«ut de Phébé , Mènasine et Mnèsiltis.
Jupiter et Léda , de Corrige et de Véronèse.— 14. , (le Véronèse ,
n' 1 2 iS. — Pollux antiqne , au Musée fiançais. — Castor et Pollux ,
f^joupe, de Coysevox , à Versailles et au Capitule. — Enlèvement
d'ilaïre et de Phébé, de Rubens, galerie de Munich.
II-
Cette fiction est fondée sur ce que les deux princes,
après leur mort , furent placés dans la constellation des
Gémeaux, composée de deux étoiles, dont l'une se cache
sous l'horizon lorsque l'autre paraît.
DE MYTHOLOGIE. 2 10
Leur apothéose suivit de près leur trépas. On leur ren
dit les honneurs divins sous le nom de Dioscures ou fils
de Jupiter. On les compta même au nombre des grands
dieux de la Grèce , particulièrement dans file de Céphal-
lénie. Sparte, leur pays natal, Athènes, qu'ils avaient
sauvée du pillage lors de la guerre contre Thésée , leur
élevèrent un temple magnifique.
On les regardait comme des divinités favorables à la
navigation. Lorsque les Argonautes levèrent l'ancre du
promontoire de Sigée , il s'éleva une violente tempête ,
durant laquelle on vit deux feux voltiger autour de la tète
des Tyndarides , et l'orage cessa tout-à-coup. On regarda
depuis les lueurs qui brillent en pareil cas comme celles de
Castor et de Pollux. En voyait-on deux , c'était une mar
que de beau temps; n'en paraissait-il qu'un, on l'appelait
Hélène , et c'était le présage infaillible d'une tempête
prochaine.
Les Romains avaient ces déités en grande vénération ,
et juraient par leur temple. L'histoire ancienne est rem
plie d'apparitions merveilleuses des deux frères. Mais ,
comme le dit Pausanias , c'étaient des jeunes gens revê
tus du costume des Tyndarides, apostés pour frapper les
esprits crédules.
On leur immolait des agneaux blancs et l'on jurait par
eux et par leur temple, au moyen de ces mots : Ecastor, Me
castor, jEdepol, etc.
On les représente ordinairement montés sur des cbe-
vaux blancs , armés d'épées , courant à côté l'un de l'au
tre , et portant sur la tête un bonnet surmonté d'une étoile.
Sur les monumens , une flamme s'élève du casque de
chacun d'eux; ils tiennent une pique d'une main, et de
l'autre la bride d'un cheval en repos, pour montrer par
là que des deux frères il n'en paraissait jamais qu'un à
la fois. s •
Les Dioscures avaient pour surnoms Ambulii (42), Anaeex ou Rois;
Apltésiens, pareequ'ils présidaient aux barrières des jeux publics,
ou pareequ'ils avaienl un temple dans l'arène; OEbalides, ou descen
dants d'OEbatus (36); Soteres , comme protecteurs des vaisseaux bat
tus par la tempête.
On célébrait en leur lionneur les Anacccs , les Annotes , les Dio.tru-
rUt, dans lesquelles le vin et la joie n'étaient pas épargnés.
220 COURS
§ 2 16 ter. — Naissance de Persée. — Péril de Danaé.
Festin de Polydecte. — Promesse de Persée. —
Son armure.
I.
Acrisius , fils d'Abas , qui fut aussi père de Prœtus (274),
instruit par l'oracle qu'il périrait de la main de son petit-
fils , enferma sa fille Danaé dans une tour d'airain, pour
l'empêcher de devenir mère. Malgré cette précaution,
Danaé fut séduite par Jupiter sous la forme d'une pluie
d'or ( allégorie qui s'explique d'elle-même ) , et donna le
jour à Persée ( 36 ).
À cette nouvelle , Acrisius mit la mère et l'enfant dans
un frêle esquif, et les exposa sans indulgence à la merci
des flots. La nacelle fut poussée par les vents sur les côtes
de l'île de Sériphe, une des Cyclades; un pêcheur,
nommé Dictys , sauva les deux infortunés et les présenta
sur-le-champ à Polydecte , roi de l'île , qui les accueillit
avec humanité , donna le nom d'Eurymédon au jeune en
fant , et le "fit élever par les prêtres de Minerve.
Polydecte devint dans la suite amoureux de Danaé ; mais
comme il craignait que son fils, déjà grand, ne fût un ob
stacle à ses projets , il résolut de 1 éloigner. Il invita tous
ses courtisans à sa table , ordonnant à chacun d'eux de lui
faire présent d'un beau cheval. Il espérait que Persée , se
voyant dans l'impuissance de suivre l'exemple des autres ,
s'éloignerait de lui-même de la cour. Mais le fils de Danaé,
qui voulait se signaler par quelque action d'éclat , dit au
roi que , ne pouvant lui présenter un cheval , il lui rap
porterait la tête de Méduse , la seule des Gorgones qui mt
mortelle (228).
Polydecte applaudit à son courage , dans l'espoir qu'il
deviendrait victime de son audace; mais les dieux, touchés
de l'innocence de Persée , l'aidèrent de leur protection.
Pluton lui prêta son casque, qui rendait invisible; Minerve,
son bouclier; Mercure, ses ailes et ses talonnières; et Vul-
cain, son glaive de diamant , qui s'appelait Herpé.
Le casque de Pluton désigne le secret nécessaire à cette
entreprise ; le bouclier de Minerve , la prudence dont il
fallait user ; les ailes de Mercure , un navire armé de ses
voiles; et le glaive de Vulcain, le succès infaillible de cette
expédition.
Danaé, de Cartacbe, du Titien et de Girodet, cabinets particuliers.
— Jupiter et Danaé , d'Abale , n» a. — Danaé exposée Mir les flots
avec Persée , de madame Guimet.
DE MYTHOLOGIE. 221
II. — Persée va chez les Grées, puis chez les Gorgo
nes. — tue Méduse. — Il change Atlas en mon
tagne.
Muni de ces armes, le jeune héros prit son essor à travers
les airs. Il descendit d'abord chez les Grées (228). Par
le secours du casque de Pluton , qui le dérobait à tous les
regards, Persée leur enleva leur œil et leur dent , et ne les
leur rendit qu'après avoir appris d'elles en quel lieu les
Gorgones faisaient leur résidence.
Aussitôt il dirigea sa course vers' le pays des Gorgones ;
elles étaient endormies à son arrivée. Sachant que s'il por
tait ses regards sur elles, il serait changé sur-le-champ en
pierre, il tint continuellement les yeux fixés sur son bou
clier, dans lequel les objets venaient se peindre comme
dans un miroir. Encouragé par Minerve , il s'approcha de
Méduse, et lui coupa la tête d'un seul coup.
Les autres Gorgone5 , réveillées par le bruit , voulurent
venger la mort de leur sœur ; mais Persée se déroba par
son casque à leurs regards, et reprit son essor dans les airs.
Du sang qui coula de la tète de Méduse, naquirent les in
nombrables serpens de la Libye. De ce sang provinrent
aussi Chrysaor et le cheval Pégase (23i ).
Après cet exploit , Persée , traversant la vaste étendue
des airs, arrivasous la nuit dans la Mauritanie, royaume
d'Atlas(5i). Il lui demanda l'hospitalité, s'annonçantcomme
fils de Jupiter; mais Atlas, averti par l'oracle de se tenir
en garde contre un fils du maître des dieux, refusa de le
recevoir. Il en fut à l'instant puni : la tête de Méduse, que
Persée lui montra, le pétrifia, et le changea en ces énormes
montagnes qui portent encore aujourd'hui son nom. Le
lendemain, Persée continua son voyage.
Persée rapportant la tête de Méduse, de Mantegna.
III. — Persée délivre Andromède. — Il pétrifie
Pkinée et Polydecte.
Arrivé sur les côtes de l'Ethiopie, Persée délivra la mal
heureuse Andromède.
Cassiope ou Cassiopée , sa mère , épouse de Céphée, s'é
tait vantée de surpasser en beauté Junon et les Néréides.
Neptune , peu content d'inonder le pays , envoya , pour le
ravager, un monstre marin. L'oracle de Jupiter Animon ,
consulté sur les moyens d'apaiser le dieu des mers , répon
dit qu'il fallait exposer Andromède à la voracité du mons
Si! 2 COURS
tre. La princesse fut donc exposée toute nue sur un rocher,
Persée , touché de son déplorable sort , offrit à Céphée de
la délivrer, à condition que ce prince la lui donnerait en
mariage. Le père d'Andromède y consentit; Persée s'éleva
dans les airs, fondit sur le monstie et le tua. Cette déli
vrance inespérée ramena l'allégresse à la cour de Céphée,
dont le vainqueur épousa la fille.
Persée délivrant Andromède, de Cagliari , Musée français. —
Mèiue sujet, de Maurer, n° /[6i.
Il en eut Alcée, Mestor , Electryon , Stlidr.élits , et Agrionome.
Mcstor épousa Lysidicc , fille de Pélops (27Ï;, dont il eut Hippothoi.
Celui-ci fut père de Taphius, Taphius de Plirèlas; Ptérélas tl'Antio-
chttt , de Meslor et de Cométo. „
Alcee, époux de Laonorne ou d'Hipponome , fut père A'Anaxo
ou de Lysidice, de Pèrimcdc, de Ca/lUireet d'Amphitryon (m 6 ouater).
Electryon eut pour femme Médée , dont il eut Antimaque , Arche-
laùs et Lycimnius que Périmède rendit père d'Argée ; et Anaxo , dont
il eut Alcmcne, Co/œnoiïs et Chèrimachtts.
Slhénélus épousa Nicippe , fille de Pélops (273), dont il eut Aleinoé
et Eurysthce. Kurysthéeeutd'Amphimaque, fille d'Amphidamas (36),
Adméle et Alexandre.
Agrianome ou Laonome rendit Laodocuu ou Odoedocus père
A'Oïlèe, lequel eut d'Eriope ou d'Egriope, Ajax\e Locrien.
Mais son bonheur ne fut pas exempt de trouble. Phinée,
frère de Céphée, qui depuis Ion g-temps aimait Andromède,
entra dans le palais avec des hommes armés, et voulut en
lever sa nièce. Cassiope et Céphée s'opposèrent en vain à
cette violence ; Persée lui-même eût succombé à la fureur
de ses armes , s'il n'eût eu recours à la tête de Méduse. A
peine fut-elle montrée à Phinée et à ses compagnons, qu'ils
furent changés en pierre.
Enfin, Persée descend à l'île de Sériphe, charmé d'of
frir à Polydecte, son bienfaiteur, le présent promis; mais
à peine est-il arrivé , qu'il voit Danaé , sa mère , qui se ré
fugiait dans le temple de Minerve pour se soustraire aux
poursuites du roi. Dictvs . qui l'avait sauvée des flots, la
défendait contre les attaques de Polydecte. En reconnais
sance de ce service , Persée le plaça sur le trône de Sériphe,
après qu'il eut p:'trifié Polydecte et ses partisans par la
présentation de la tête de Méduse.
Persée rendit ensuite à Mercure ses ailes et ses talon-
nières, à Pluton son casque, à Vulcain son épée, à Minerve
enfin son bouclier, sur lequel il attacha la tète de Méduse ,
en reconnaissance de la protection dont cette déesse^'avait
constamment entouré (84).
DE MYTHOLOGIE.
IV. — Persée tt(e Acrisius. — Résultat de ce meur
tre. — Durée de son règne. — Honneurs divins
rendus à Persée en Grèce et en Egypte. — Set
surnoms.
Persée s'embarqua bientôt après pour le Péloponèse, sui
vi d'Andromède et de Danaé. Teuthamias, roi de Larissc ,
était sur le point d'y célébrer des jeux funèbres en l'hon
neur de sou père. Persée s'y rendit, afin d'y signaler son
adresse à lancer le disque; mais il eut le malheur de tuer
un homme que son disque vint frapper par hasard , et cet
homme était Acrisius lui-même, qui, dès la première
nouvelle du retour de son petit-fils dans le Péloponèse, s'é
tait réfugié d'Argos à la cour de Teuthamias , afin de pré
venir l'accomplissement de l'oracle.
Persée fut profondément affligé de ce meurtre involon
taire. Quoique la mort d'Acrisius le mît en possession du
trône d'Argos, ne voulant point régner dans une contrée
qui rappelait sans cesse à son esprit le souvenir d'un parri
cide, il céda l'Argolide à Mégapenthe, fils de Prcetus (36) ;
il reçut Tirynthe en échange, y fixa sa résidence, et bâtit
la ville de Mycènes.
Ce fut sous son règne, qui dura de l'an 1 3 1 3 à l'an 1281
avant J.-C. , que l'on voulut introduire dans cette ville le
culte de Bacchus. H s'y refusa d'abord vivement, mais en
suite il consentit à l'admettre (177).
On ignore en quel temps et de quelle manière il mourut.
Selon quelques auteurs , ce fut de la main de Mégapenthe ,
qui le tua sous prétexte de venger Acrisius.
On rendit à Persée les honneurs divins. Mycènes et Sé-
riphe lui dressèrent des statues. Les Athéniens lui bâtirent
un temple , dans lequel ils consacrèrent un autel à Dictys.
On le plaça dans le ciel , parmi les constellations sep
tentrionales , avec Andromède son épouse, Cassiope et
Céphée.,
Les Egyptiens lui rendaient un culte solennel, princi
palement à Chemnis , où son temple était environné de
palmiers. Sous le vestibule, bâti de grosses pierres, étaient
deux grandes statues; dans le temple était celle de Persée.
Les Chemnites disaient que ce héros leur apparaissait sou
vent , surtout dans le temple , et qu'il se trouvait chez eux
un de ses souliers , long de deux coudées.
Le» surnoms de Persée étaient: Abantiades , Aerisionides , Da-
neius héros, Aurigène et Chrysogont.
COURS
§ 2 16 quater. — Hercule. — Nombre des Hercule.
-— Circonstance particulière de sa naissance.
I
Tout le monde connaît Hercule , le plus célèbre des
héros et des demi-dieux.
Selon Diodore , le nom d'Hevcale fut d'abord porté par
deux hommes, dont l'un , le plus ancien des deux , Egyp
tien de naissance , bdtit une colonne en Afrique ; le second
étaitCrétois. Il futl' un des Dactyles idéens(28), commandales
armées et fonda les jeux olympiques. tJn troisième, fjls de
Jupiter et d'Alcmène, exista peu de temps avant la guerre
de Troie , parcourut presque toute la terre pour obéir aux
ordres d'Eurysthée. Toujours heureux dans ses entreprises,
il éleva sur les confins de l'Europe une colonne aussi fa
meuse que la colonne d'Afrique.
Cicéron compte six Hercule : le premier est le fils de
Lysite et du plus ancien de tous les Jupiter ; il se battit
contre Apollon , parceque la prêtresse de ce dieu refusa
de lui répondre; dans sa colère, il mit en pièces le trépied
sacré. Le second est l'Egyptien , cru fils du Nil ; le troisième
est un des Dactyles d^Ida; le quatrième, issu de Jupiter et
d'Astérie, sœur de Latone, est honoré sous le nom de Mel-
cartus par les Tyriens , qui prétendent que Carthage est sa
fille ; le cinquième, nommé Bel , est adoré dans les Indes ;
le sixième, dit-il, est le nôtre^ fils d'Alcmène et de Jupiter
troisième. , "
Varron en compte quarante-trois, ou parceque plusieurs
personnages se sont fait honneur de porter un si beau nom,
ou parceque Hercule était moins un nom propre qu'un
nom appellatif par lequel- on désignait les négocians
célèbres, quand ils découvraient de nouvelles contrées et
qu'ils y conduisaient des colonies. La vanité grecque a
chargé l'histoire de l'Hercule thébain des exploits de tous
les autres , et de ces voyages, de ces expéditions sans nom
bre auxquels la vip ni les forces d'un seul homme ne suffi
raient pas.
Cet Hercule fut , dit-on , conçu dans une triple nuit, et,
le jour de sa naissance, le tonnerre se fit entendre dans
Thèbes à coups redoublés. Alcmène accoucha de deux
jumeaux, d'Hercule, fils de Jupiter, et d'Iphiclus , fils
d'Amphitryon (21 G ter, III).
En effet , Amphitryon , voulant savoir lequel des deux
était son fils , envoya , dit-on, deux serpens auprès de leur
DÉ MYTHOLOGIÉ. Sâ5
berceau. Iphiclus parut saisi de frayeur et voulut s'enfuir;
mais Hercule étrangla les deux reptiles, et fit voir qu'il
était digne d'avoir pour père le maître des dieux.
Hercule étouffant les deux serpens, d'Annibal Carrache , au pa
lais Farnèse et au Musée, n° 921.
Il, — Courroux de Junon. — Elle s'apaise. —- Ori
gine de ta voie lactée. — Maîtres d'Hercule. — Ce
qui arriva à Linus. — Premiers exploits d'Her
cule. — Choisi qu'il fait d'un genre de vie.
Mais , selon la plupart des mythologues , ce fut Junon
3ui , jalouse d'Alcmène, envoya contre son fils au berceau
eux horribles dragons pour l'en faire dévorer ; l'enfant
les prit à belles mains et les mit en pièces. La déesse
se radoucit alors, à la prière de Pallas, et consentit même
à lui donner de son lait pour le rendre immortel. Le jeune
héros l'attira si fortement qu'il en fit rejaillir une grande
quantité , dont se forma la voie lactée.
C'est cette tache blanche et lumineuse qu'on aperçoit le
soir dans un ciel sans nuage , et qui de sa blancheur a "pris
le nom de voie lactée. C'est par là qu'on se rend au palais
de Jupiter, et que les héros entrent dans le ciel.
Hercule eut plusieurs maîtres ; il apprit de Rhadamanthe
et d'Euryte à tirer de l'arc ; de Castor, à combattre tout
armé; de Chiron, la médecine et l'astronomie; de Linus,
k jouer d'un instrument qui se touchait avec l'archet. Un
jour celui-ci le reprit un peu durement; Hercule, disciple
indocile , ne put souffrir la réprimande , lui jeta son instru
ment à la tête et le tua du coup (i3o).
Hercule devint d'une taille et d'une force extraordinaires,
et se signala de bonne heure par des exploits prodigieux.
Il sortait à peine de l'enfance qu'il affranchit les Thébains
du tribut qu'ils payaient au roi d'Orchomène Erginus, et le
força de le payer lui-même. Peu de temps après il épousa
Mégare, fille de Créon, dont il eut plusieurs enfans, et s'é
tablit avec sa famille à Tifynthe, ville de l'Argolide.
Hercule, devenu grand , se retira dans un endroit écarté
pour penser au genre de vie qu'il adopterait. Alors paru
rent à ses yeux deux femmes de grande stature, dont l'une,
fort belle, était laVertu; son visage était majestueux et plein
de dignité; la pudeur était dans ses yeux, la modestie dans
tous ses gestes ; elle portait une robe blanche : l'autre , la
Mollesse ou la Volupté, chargée d'embonpoint , avait des
couleurs plus vives , des regards libres et des habits magni
10*
COUBS
fiques. Chacune des deux tâcha de le gagner par ses pro
messes; il se détermina pour la Vertu , qui se prend ici
pour la Valeur.
Ce fut après ce choix courageux qu'il se présenta devant
Eurysthée, fils de Sthénélus, sous les ordres duquel l'avait
placé sa naissance.
Hercule entre la Vert» et la Volupté, d'Annibal Carrache , au pa
lais Farnèse. — Même-sujet, au Musée, de Laircsee, n° 54 < •
III. — Hercule soumis à Eurysthée. — Les dfouze
travaux. — Lion de Némée. — Jeux Néméens.
En effet Jupiter avait déclare qu'à celui qui naîtrait le
premier du fils d'Alcmène ou de celui de Sthénélus, ap
partiendrait la supériorité sur l'autre. Junon avança la
naissance d'Eurysthée , auquel Hercule devait être tou
jours soumis.
Quelques auteurs prétendent qu'il refusa d'abord d'o
béir aux lois d'Eurvsthée. Junon , pour le punir de sa
désobéissance, le frappa d'un tel délire qu'il tua les enfans
qu'il avait eus de Mégare. Lorsqu'il eut recouvré la raison,
if consulta l'oracle , qui lui prescrivit , en expiation de ce
crime, d'exécuter pendant douze ans les ordres d'Eurys
thée, lui présageant qu'il serait mis au rang des dieux
lorsqu'il aurait rempli ses glorieuses destinées.
Eurysthée, guidé par Junon, usa de ses droits avec ri
gueur, et lui commanda des entreprises connues sous le
nom des douze travaux d'Hercule ; ce sont : le lion de Né
mée, l'hydre de Lerne, le sanglier d'Erymanthe , les
oiseaux du lac Stymphale, la biche aux pieds d'airain , le
taureau de Marathon, les étables d'Augias , les chevaux de
Diomède , les pommes d'or des Hespérides , la défaite des
Amazones , la mort de Géryon et l'enlèvement de Cer
bère.
Dans une forêt voisine de Némée, ville de l'Argolide ,
était un lion d'une taille énorme , qui dévastait le pays.
Hercule l'attaqua, quoiqu'il n'eût que seize ans, épuisa
ses traits contre l'impénétrable peau du monstre, et brisa
sur lui sa massue de fer. Enfin , après beaucoup d'efforts
inutiles, il saisit le lion, le déchira de ses mains, et le dé
pouilla de sa peau, qui lui servit depuis déboucher et d'or
nement.
En mémoire de ce premier exploit , Hercule institua,
dit-on, les jeux Néméens, qu'on célébrait tous les cinq
ans, et que l'on comptait entre les quatre plus fameux de
DE MYTHOLOGIE. 2»7
la Grèce. Dans ces jeux on courait à pied, à cheval et sur
des chars; enfin on faisait tous les exercices usités dans les
fêtes de cette espèce. C'étaient les Argiens qui les faisaient
faire dans la forêt de Némée.Les vainqueurs recevaient une
couronne, d'abord d'olivier, ensuite d ache, herbe funèbre,
lorsque les Argiens eurent été vaincus dans la guerre Mé-
dique. Les juges y siégèrent dès lors en habitdedeuil. Les
jeux Néméens formaient une ère pour les Argiens et pour
les peuples du voisinage.
IV. — Suite des douze travaux. — Hydre de Lente.
— Sanglier d'Erymantke. — Oiseaux du lac
Stjmphale.
L'Hydre , née de Typhon et d'Échidna , ravageait les
environs du lac de Lerne , dans l'Argolide. Les uns lui
donnent sept têtes, d'autres neuf; ceux-ci cinquante,
ceux-là cent. Quand on en coupait une , on en voyait
aussitôt naître de nouvelles , à moins qu'on ne brûlât la
plaie. Hercule monta sur un char pour la combattre;
Iolas, son ami, fils d'Iphiclus, lui servit de cocher. Le ne
veu d'Hercule appliquait le feu dès que le héros abattait
l'une des têtes. TJn cancre ou cancer , envoyé par Junon,
vint au secours de l'hydre. Hercule tua ses deux adversaires.
La déesse plaça le cancer au rang des constellations. Le
vainqueur trempa ses flèches dans le sang empoisonné de
l'hydre, pour en rendre les blessures incurables et mortelles.
Cette hydre à plusieurs têtes était , dit-on , une multi
tude de serpens qui ravageaient les marais de Lorne, et
qui semblaient se multiplier à mesure qu'on les détruisait.
Hercule , avec ses compagnons , en purgea le pays en in
cendiant les roseaux , retraite ordinaire de ces reptiles.
D'autres ont avancé qu'il sortait plusieurs torrents de ces
marais ; qu'ils furent desséchés par Hercule , par qui fu
rent construites des digues et pratiqués des canaux pour fa
ciliter l'écoulement des eaux. Quelques auteurs ont ditque
les têtes de l'hydre étaient d'or, ainsi que la faux d'Hercule,
symbole de la fertilité qu'il sut procurer à ce lieu jadis
inhabitable.
Hercule tuant l'Hydre, de Guido Iieni , Musée français , n° io4&
Un sanglier terrible ravageait les environs d'Erymanthe
en Arcadie. Hercule prit ce monstre, et le chargeant sur ses
épaules , le porta vivant au timide Eurysthée , qui fut
tellement effrayé, qu'il alla se cacher sousunecuve d'airain.
228 COtJBS *.
Les oiseaux Stymphalides habitaient auprès du lac Stym-
phale en Arcadie. Ces oiseaux , que Mars lui-même avait
instruits aux combats, avaient la tête , les ailes et le bec
de fer ; leurs ongles étaient crochus. Ils pouvaient lancer
contre les aggresseurs des plumes d'airain semblables à des
dards. Ils étaient en si grand nombre et d'une grosseur
si prodigieuse que , lorsqu'ils volaient, ils obscurcissaient
la clarté du soleil. Hercule , chargé de les chasser
de leur repaire , y réussit au moyen d'un instru
ment bruyant qu'il avaît reçu de la sage Minerve. Il les
extermina tous a coups de flèche. Cette fable signifie, dit-
on, que les bords du lac Stymphale étaient infestés d'une
troupe de brigands , qu'Hercule parvint à les attirer hors
de leur retraite , et qu'il les fit périr avec le secours de se*
compagnons.
V. — Suite des douze travaux. — La biche aux pieds
d'airain. — Taureau de Marathon. — Étables
d'Augias. — Cavales de Diomède.
La biche aux pieds d'airain habitait le Ménale, mon
tagne d' Aïcadie. Elle était si légère, que personne , avant
Hercule, n'avait pu l'atteindre. Elle lui donna beaucoup
d'exercice , pareequ'il ne voulut pas la percer de ses traits,
en honneur de Diane, qui l'avait prise sous sa protection.
Mais enfin Hercule la saisit lorsquelle voulait traverser le
Ladon , et l'apporta sur ses épaules à Mycènes.
Neptune, irrité contre les Grecs, suscita près de Mara
thon, en Àttique, un taureau furieux dont les narines lan
çaient des flammes. Il promenait au loin ses ravages et
tuait beaucoup de monde. Hercule , envoyé par Eurysthée
pour le prendre , le dompta, l'amena devant le prince,
et le lâcha , pareequ'il était consacré aux dieux.
Augias, roi de l'Elide, fils d'Hélius, selon les uns , de
Phorbas, selon les autres, avait des étables qui contenaient
trois mille bœufs , et qui depuis trente ans n'avaient pas
été nettoyées, de sorte qu'il semblait impossible d'y par
venir. Aussitôt qu'il apprit l'arrivée d'Hercule dans ses
états , il lui proposa de se charger de ce travail, sous la pro
messe du dixième de son troupeau. Hercule détourna le
fleuve Alphée , qu'il fit passer à travers les étables , et dont
les eaux emportèrent le fumier. Alors le héros se présenta
pour recevoir le salaire convenu. Augias hésita; mais n'o
sant le refuser ouvertement, il prit le parti de le renvoyer
nu jugement de Philée , son fils , qui se décida pour Her
DE MYTHOLOGIE. S2(Ji
cule. Son père irrité le chassa de sa présence, et l'obligea
de se retirer dans l'île de Dulichium. Hercule, indigné de
ce procédé, pilla la ville d'Elis, fit périr Augias , et rappela
Philée , qu'il plaça sur le trône de son père.
Hercule netloyant-les étables d'Augias , de Poussin , n° 6o4.
Diomède, roi de Thrace, fils de Mars et de Cyrène ,
avait des chevaux furieux qui -vomissaient du feu par la
bouche, et qu'il nourrissait de chair humaine ; ce qui veut
dire sans doute que pour leur procurer leur subsistance
il vendait Jusqu'à ses esclaves. Hercule , par l'ordre d'Eu-
rysthée , fattaqua, le vainquit, et le fit dévorer par ses
propres chevaux.
VI. — Suite des douze travaux. — Pommes d'or des
Hespérides. — Défaite des Amazones. — Mort de
Géryon. 1
Hercule reçut d'Eurysthée l'ordre d'aller chercher les
pommes d'or des Hespérides. Le héros, ignorant en quel
lieu se trouvait le jardin qui les produisait, s adressa d'abord
aux nymphes du Pô , qui lui dirent que Nérée, dieu de la
mer, pourrait selil l'en instruire. Il saisit Herée pendant
son sommeil, et le força de répondre à ses questions (219).
Hercule se transporta donc en Mauritanie, tua le dra
gon , et revint apporter les fruits précieux aux pieds d'Eu
rysthée.
Selon d'autres , il pria seulement Atlas de lui procurer
trois de ces pommes. Atlas se débarrassa sur lui du fardeau
du monde (5i), pour aller les chercher. Lorsqu'il revint ,
Hercule lui demanda de l'aider à changer de position , et
profita du moment où le roi lui rendait ce service, pour lui
laisser le poids du ciel sur les bras et s'emparer des pommes.
Mais dans la suite Minerve les replaça dans le jardin des
Hespérides, seul endroit où il fût possible de les conserver.
Eurysthée voulut qu'Hercule ravît la ceinture d'Hippo-
lyte, reine des Amazones. Le héros alla chercher ces femmes
guerrières, tua les deux frères de la princesse, Amycus et
Mvgdon qui lui disputaient le passage , défit les Amazones,
enleva leur reine et la fit épouser à Thésée son ami.
Géryon , roi de Gadès ou de l'île d'Érythie, fils de Chry-
saor et de Callirhoé , passait pour le plus fort des hommes.
Les poètes lui donnent trois corps. Il nourrissait de nom
breux troupeaux, commis à la garde d'Eurytion,d'Orthos,
chien à deux tètes, et d'un dragon à sepl. Hercule étant
tÔO COURS
venu à Gadès par l'ordre d'Eurysthée , tua Géryon: et ses
défenseurs, et conduisit ses bceufs-àTirynthe.
Les trois corps de Géryon étaient sans doute trois armées,
ou trois provinces, ou trois frères que leur union ne put
garantir de leur perte.
Selon d'autres , Géryon était un roi d'Epire j il avait un
oracle en Italie.
VII. — Suite des douze travaux. — Enlèvement de
Cerbère. — Explication de la toute-puissance d'Eu- •
rystkée sur Hercule.
Enfin, pour dernier travail, Hercule enchaîna Cer
bère (269), qu'il arracha du trône de Pluton , sous lequel
il s'était réfugié. Le héros l'emmena dans laThessalie. Cer
bère, écumant de rage, répandit le poison de sa bouche
sur les herbes de cette contrée, dont les sucs furent tou
jours mortels.
Telles sont lesdouze entreprises, qui, pluscélèbres que les
autres, ont reçu des poètes d'Alexandrie le nom des Douze
Travaux.
L'idée de cette toute-puissance d'Eurysthée sur Hercule,
paraît fondéesur ce que celui-ci réclama vainement, comme
descendant d'Alcée, fils aîné de Persée (ai6ier,HI) la pré
éminence sur Eurysthée , fils de Sthénélus : les princes
voisins décidèrentqu'Eurysthée la garderait. Le lion de Né-
mée , le sanglier d'Erymanthe , etc., désignent sans doute
quelques princes de l'Argolide ou de l'Arcadie, remarqua
bles par des qualités analogues à celles de ces animaux. En
effet, on peut supposerpour but constant d'Hercule, de faire
renaître la supériorité de la maison de Persée sur toutes
les maisons régnantes du Péloponèse. En effet, il parcourut
successivement toutes les parties de cette contrée , l'Argo
lide, l'Arcadie, la Messénie , la Laconie , l'Elide. Il laissa
le trône au fils d'Augias; il le donna à Nestor (VIII), en
spécifiant qu'ils le tenaient, non pas de leur droit, mais
de la générosité de la famille de Persée. Il institua les
jeux olympiques comme moyen de centralisation ; enfin,
il laissa toutes ses prétentions à ses fils, qui les réalisèrent,
en effet, 120 ans après sa mort, lorsque sous le nom
d'Héraclides , ils s'emparèrent du Péloponèse presque
entier (XV),.
DE MYTHOLOGIE.
VIII. — Suite des exploits d'Hercule. — Mort de
Nélée et de ses enfans. — Aventure d'Hésione. —
Extermination des Centaures.
Il ne faut pas imaginer qu'Hercule ait borné ses ex
ploits annuels à l'un des douze travaux; il en entreprit
pour son compte d'aussi périlleux , quoiqu'il en ait acquis
moins de gloire.
C'est ainsi que, rentrant dans le Péloponèse, il se signala
cbntraNélée, roi de Pylos. Ce prince était, ainsi que Pélias,
fils de Neptune etdeTyro (222), qu'avait épousée Créthée,
roi d'Iolchos. Après la mort de ce prince, Pélias et Nélée
s'emparèrent de son royaume, au mépris des droits d'Eson,
fils légitime de Créthée. Mais Nélée, chassé d'Iolchos par
Pélias, se réfugia chez Apharée, roi de Messène, qui lui
permit de bâtir Pylos sur la côte maritime de son royaume.
Nélée devint bientôt un des plus riches princes du Pélo-
ponèse. Il épousa Chloris , fille d'Amphion , dont il eut
une fille et douze fils. Fier de cette nombreuse famille , il
ne craignit point d'attaquer Hercule, qui le tua, de même
que ses douze fils , à l'exception de Nestor. Mais ce fut vai
nement qu'il assiégea Lacédémone.
C'est ainsi qu'il délivra lamalheureuseHésionedumonstre
prêt à la dévorer ( 1 10). Hercule promit son secours, à con
dition que le roi lui donnerait ses chevaux, qui passaient
pour invincibles. Sur le consentement de Laomédon , le
héros attaqua le monstre, et le tua d'un coup de massue.
Mais l'infidèle monarque, voyant sa fille à l'abri de tout
danger, refusa la récompense promise à son libérateur.
Hercule, indigné, met le siège devant Troie, et, maître de
la ville , immole à sa vengeance Laomédon et toute sa
famille, à l'exception de Priam, qu'il met sur le trône.
Alors il donne Hésione en mariage à Talamon son ami ,
qui l'avait aidé dans cette guerre. Le départ d'Hésione
pour la Grèce fut fatal aux Troyens. Priam , mécontent ,
ait-on, de ce que sa sœur était devenue la proie d'un
étranger, envoya Paris eu Grèce pour la réclamer, ou
plutôt pour enlever Hélène, par forme de représailles,
événement qui causa la guerre de Troie.
C'est ainsi qu'il exterminales Centaures. Hercule, allant
à la chasse du sanglier d'Erymanthe, logea chez ie Cen
taure Pholus, qui le reçut très bien et le traita de même.
Au milieu du festin, Hercule vouluteutamer un muid de
vin appartenant aux autres Centaures , mais que Bacchus.
CODBS
ne leur avait donné qu'à condition d'en régaler le héros
quand il passerait chez eux; ceux-ci le refusèrent et l'at
taquèrent même vivement. Les uns étaient armés de gros
arbres avec leurs racines; les autres de grosses pierres , plu
sieurs de haches; ils fondirent tous ensemble sur Hercule.
Le héros , sans s'étonner , les écarta à coups de flèches , et
plusieurs périrent sous sa massue. Son hôte ne prit aucune
part à ce combat , sinon qu'il rendit aux morts la sé
pulture comme à ses parens; mais, par malheur, une
flèche qu'il arracha du cadavre d'un des Centaures lui fit
à la mam une blessure dont il mourut. Hercule lui fit de
magnifiques funérailles et l'enleva sur une montagne,
appelée depuis Pholoé , de Pholus.
Combat d'Hercule contre les Centaures, Musée, n° 6.
IX. — Suite des exploits d'Hercule. — Anlée. —
Les Pygmées. — Busiris. — Cacus.
Hercule se transporta rapidement dans toutes les parties
du monde. L'Asie , l'Afrique, l'Espagne, l'Italie , furent
tour à tour le théâtre de ses exploits. v
Antée, fils de Neptune et de la Terre, régnait en Libye,
dans la ville d'Irasa. Il avait, dit la fable, soixante-quatre
coudées de hauteur. Habile à la lutte , il défiait tous ceux
qui passaient par ses états, afin de les faire mourir; aussi
se vantait-il d'élever un jour à son père un temple avec
les crimes des adversaires qu'il aurait vaincus. Hercule,
provoqué par le redoutable géant, le terrassa trois fois;
trois fois Antée se releva, parceque la Terre, sa mère,
lui donnait des forces nouvelles , chaque fois qu'il la tou
chait. Le héros s'en aperçut , l'éleva en l'air, et l'étoufîa
dans ses bras. Ce fut après cet exploit qu'une armée de
Pygmées ( 60 ) attaqua Hercule endormi et prit les
mêmes précautions que pour former un siège. Les deux
ailes fondirent sur la main droite du héros ; et pendant que
le corps de bataille s'attachait à sa gauche, pendant que
les archers tenaient ses pieds assiégés , la reiue , suivie des
plus braves soldats , livra assaut à la tête. Hercule se ré
veilla , et riant du projet de cette fourmilière, les enferma
tous dans la peau du lion de Némée , et les porta à Eu-
rysthée.
Busiris , roi d'Espagne , immolait tous les étrangère qui
venaient dans ses états. Instruit par la Renommée de la
beauté des Atlantides , il osa les faire enlever au milieu de
leursjardins(5a). Hercule, qui se trouvaitalorssurle rivage,
SE MYTHOLOGIE. 233
courut a leur secours , poursuivit les ravisseurs , les tua
tous, et sacrifia Busiris lui-même, ainsi que son fils Iphi-
damas , au pied des^utels de Jupiter. Atlas, par recon
naissance , instruisit Hercule dans l'astronomie , de sorte
que le héros s'acquit la plus grande gloire en apportant
le premier dans la Grèce la science de la sphère.
Selon d'autres, Busiris était un roi d'Egypte, et la coutume
d'immoler les étrangers provenait de ce que ses sujets sacrifiaient ha
bituellement un homme roux aux mânes d'Osiris, tué par Typhon, au-
quelon donnai! des cheveux de cette couleur (10). Les Égyptiens ayant
presque tous le poil noir, cet usage ne s'entretenait qu'aux dépens
des étrangers.
Hercule , après la défaite de Géryon , avait conduit ses
troupeaux sur les bords du Tibre. Non loin de là , dans
un antre du mont Aventin , habitait Cacus, fils de Vul-
cain, géant monstrueux, demi-homme et demi-satyre. Sa
bouche vomissait des torrens de flamme et de fumée; des
têtes sanglantes étaient sans cesse suspendues à l'entrée de
sa caverne. Il choisit l'instant du sommeil d'Hercule pour
lui voler quelques génisses ; et , pour ne pas faire soup
çonner son larcin, il les traîna dans son antre à reculons.
Quand Hercule partit , les taureaux qui restaient s'étant
mis à mugir, les mugissemens soudains par lesquels leur
répondirent les génisses renfermées décelèrent le vol. Le
héros furieux court à l'autre, que défendait un roc énorme,
s'ouvre un passage en déracinant les rochers d'alentour,
saisit Cacus , le soulève et l'étouffé. En mémoire de ce
triomphe, Hercule éleva un autel à Jupiter Sauveur, et les
peuples voisins instituèrent une fête annuelle en l'honneur
du héros invincible (XVIII).
Victoire d'Hercule sur Cacus , de Dominiquin , n° 96a. — ld., de
Lemoyne, n° i3i.
X. — Suite des exploits d'Hercule. — Eryx. — Co
lonnes d'Hercule. — Achêlous. — Dejanîre. —
Explication de la fable d'Achélotis.
Hercule revint en Sicile, où régnait Eryx, fils de Butes
ou de Neptune (i5i) et de Vénus, dans un canton voisin
d'une montagne appelée comme lui. Ce prince avait tant
de confiance clans ses forces au pugilat , qu'il défiait tous les
étrangers qui passaient dans ses états. Hercule lui-même
fut provoqué. Le fils de Vénus succomba dans la lutte , et
fut enterré par son vainqueur sur le mont Eryx.
Hercule avai t poussé ses voyages jusqu'à Gadès, aujour
d'hui Cadix ; c'est là qu'il sépara deux montagnes qui se
«34 COURS
touchaient, pour ouvrir un passage à ki Méditerranée ; fable
fondée sur la situation des deux montagnes Calpé et Abila,
dont l'une est en Afrique, et l'autre^n Europe, sur le dé
troit de Gibraltar. Hercule, croyant que ces deux monta
gnes étaient à l'extrémité du monde, y fit élever deux co
lonnes pour apprendre à la postérité qu'il avait étendu
jusque là ses conquêtes : c'est ici qu'on aperçoit évidem
ment la confusion de l'Hercule égyptien avec l'Hercule
grec (10).
De retour en Grèce, Hercule vainquit Achélous , fils de
l'Océan et de Téthys. Epris des charmes de Déjanire, fille
d'OEnce, qui la promit a celui de ses amans qui surpasse
rait tous les autres en force , il osa la disputer au héros.
Vaincu dans une première lutte, il prit la forme d'un ser
pent , sous laquelle il fut encore défait , et celle d'un tau
reau, sous laquelle il ne fut pas plus heureux. Hercule le
saisit par les cornes, lui en arracha une, et le força d'aller
cacher sa honte dans le fleuve Thoas, appelé depuis Aché-
Ioûs. Les nymphes remplirent de fleurs et de fruits la corne
d'Achétoiis, et l'offrirent à la déesse de l'Abondance.
Des auteurs ont vu dans ^et Achélous un fleuve de la
Grèce qui coulait entre l'Etolie et l'Acarnanie , dont les
inondations fréquentes désolaient les campagnes de Caly-
don, et confondant les limites, faisaient naître des guerres
entre les peuples de ces contrées. Hercule opposa des digues
au fleuve capricieux , et rendit son cours uniforme. .La
métamorphose d'Achélous en serpent exprime les sinuosi
tés de son cours , et celle du taureau , les ravages que les
débordemens causaient dans les plaines. Dans la corne ar
rachée par Hercule , on a vu qu'il réunit dans un seul.lit
les deux bras du fleuve ; et cette corne devint une corne
d'abondance , pareeque le cours réglé de l'Achélous fut
une source de richesses pour le pays qu'il arrosait.
Hercule et Achélous, de Guido Reni, Musée français, n° 1047.
— Achélous changé en taureau, de Dominiquin, n° 961. — Sallo
de l'Abondance , à Versailles.
XI. — Suite des exploits d'Hercule. — Nessus. — Les
Dryopes, les Tkesprotes, les Lapithes. — Les Ama
zones africaines.
Hercule retourna dans son pays avec le prix de sa vic
toire. Il épousa la princesse, dont il eut plusieurs eufans,
entre autres Hyllus, tige des Héraclides, qui régnèrent dans,
le Péloponèse et dans la Macédoine (XV).
DE MYTHOLOGIE. 20&
Un jour que les deux époux voyageaient ensemble , ils
furent tout-à-coup arrêtés par le fleuve Ëvénus, dont les
eaux étaient extrêmement grossies. Comme ils délibéraient
s'ils devaient retourner sur leurs pas, le centaure Nessus vint
s'offrir de lui-même pour passer Déjanire sur son dos.
Hercule y consent et passe le premier; arrivé sur l'autre
rive , il aperçoit le centaure qui , loin de transporter Dé
janire, veut lui faire violence. Alors le héros, indigné de
son audace , lui décoche une flèche teinte du sang de
l'hydre de Lerne , et le blesse mortellement. Nessus , près
de mourir, donne à Déjanire sa tunique ensanglantée ,
comme un talisman propre à lui rendre le cœur de son
mari , si jamais il devenait infidèle. La jeune épouse, trop
crédule, reçut ce présent avec joie pour s'en servir au
besoin, et l'occasion ne tarda pas à se présenter.
Enlèvement de Déjanire , de Guido Reni , Musée français ,
a" io48 et io4g.
Hercule et Déjanire furent attaqués, dans leur voyage ,
par les Dryopes , peuple brigand de la Thessalie. Le héros
tua Phylas, leur prince; et pour mettre les voyageurs à
l'abri de leurs attaques, il les transporta sur le mout OEta,
où Céyx, roi de Trachine , pouvait les surveiller aisément.
Bientôt les Dryopes recommencèrent leurs brigandages ,'
et tentèrent même de piller le temple de Delphes. Hercule
les vainquit une seconde fois , immola leur roi Laogoras, et
les chassa totalement de la Thessalie.
Les Thesprotes et les Lapithes, nations Thessaliennes ,
sentirent aussi les coups de 1 invincible Hercule.
Hercule anéantit encore , long-temps avant la guerre de
Troie, les Amazones africaines. A en croire les mytholo
gues, ces Amazones, les plus anciennes de toutes, subju
guèrent successivement les Atlantes, les Numides, les
Ethiopiens, ainsi que tous les peuples d'Afrique,- et par
coururent plusieurs parties du monde. Un seul peuple les
arrêta dans leur course victorieuse , et c'était un peuple de
femmes guerrières, les Gorgones. Cependant, après de
longues alternatives de victoires et de revers , les Amazones
triomphèrent de leurs rivales, qu'elles massacrèrent toutes.
Quoique ambitieuses et vindicatives , les Amazones afri
caines connurent la paix , élevèrent de grandes villes , en
tre autres Chersonèse, sur le lac Tritonis, et permirent le
mariage. Après avoir servi plusieurs années , elles pou
vaient choisir un époux. Les hommes étaient chargés de
l'éducation des enfans et des autres détails domestiques.
2 56 COURS
XII. — Suite des exploits d1Hercule. — // pénètre
aux Enfers. — Admète. — Hercule combat les
les dieux mêmes. -
Hercule pénétra deux fois dans lesEnfers (VII). Admète,
fils de Phéresctde Périclymène (aaa) , avait d'abord épousé
Théoné, puis Alceste, fille de Pélias, lorsque cette prin
cesse, accusée d'avoir trempe dans le meurtre de son père,
se fut réfugiée près de lui pour éviter la colère de son frère
Acaste. Apollon, qui gardait ses troupeaux (i 08), avait ob
tenu des Parques que ce prince ne mourrait point si quel
qu'un mourait pour lui. Déjà l'impitoyable Acaste allait
punir sur lui le crime des filles de Péliaa, lorsque la géné
reuse Alceste s'offrit volontairement au vainqueur pour
sauver son époux. Acaste emmena la princesse pour l'im
moler aux mânes de son père ; mais Hercule, à la prière
d' Admète, lui ravit sa captive pour la rendre à son mari.
On raconte autrement le dévouement d'Alceste. Admète
étant tombé dangereusement malade , Alceste seule eut le
courage de ce dévouer à la mort pour lui conserver la vie.
Mais Admète en fut tellement affligé, que Proscrpine,
touchée de ses larmes , voulut lui rendre son épouse. Plu-
ton n'y consentit pas. Alors Hercule descendit aux Enfers,
combattit la Mort, et rendit Alceste à la lumière.
Hercule alla jusqu'à combattre les dieux mêmes. Pour
se venger des' persécutions que Junon avait suscitées con
tre ses jours, il tira sur elle une flèche à trois pointes qui
la blessa vivement au sein. Pluton fut atteint à l'épaule, et
forcé de monter au ciel pour se faire guérir par le méde
cin des dieux. Un jour qu'il se trouvait incommodé des
ardeurs du Soleil , il se mit en colère contre cet astre , et
tendit son arc pour tirer contre lui ; le Soleil, admirant son
courage, lui fit présent d'un gobelet d'or sur lequel il s'em
barqua. Enfin Hercule, s'étant présenté comme jouteur
aux jeux olvmpiques , et personne n'osant lui disputer le
prix, Jupiter lui-même voulut lutter contre son fils, sous
la forme d'un athlète , et comme, après un long combat ,
l'avantage fut égal des deux côtés , le dieu se fit connaître
et félicita son fils sur ses forces et sur sa valeur.
Hercule, dit Xénophon , vainqueur aux jeux olympiques , Her
mès de la Villa- Albani.
DE MYTHOLOGIE.
XIII. — Suite des exploits d'Hercule. — Euryte. —
Meurtre d'ipkitus. — Hercule est vendu. — Om-
phale.
Peu de temps après Hercule signala sa colère par un
exploit qui lui devint fatal. Euryte , roi d'OÉchalie, fils
de Mêlas (57), était extrêmement habile à tirer de l'arc.
11 promit Iole , sa fille , à celui qui le surpasserait dans cet
art. Hercule le vainquit; Euryte voulut éluder sa pro
messe , malgré les conseils de son fils Iphitus ; mais le hé
ros irrité fit le siège d'OEchalie , tua de sa massue quatre-
vingt-treize hommes, et ravit la princesse.
Iphitus avait gagné l'amitié d'Hercule ; mais sa défiance
la lui fit bientôt perdre. Il le soupçonna d'avoir emmené
les chevaux de son père, qu'Àutolycus (212 ) avait volés j
Hercule le fit monter à Tirynthe sur une tour élevée, lui
permettant de porter ses regards de tous côtés. Iphitus ne
Jes^apercevant pas , le héros le précipita du haut de la
tour, pour le punir de l'avoir faussement accusé. Hercule
tomba malade après ce meurtre , et l'oracle consulté ré
pondit que , pour le guérir, il fallait le vendre publique
ment, et donner le prix de la vente aux enfans de la victime.
Ce fut Mercure qui fut chargé de cette commission (211).
Omphale , reine de Lydie , fille de Jardanus et femme de
Tmolus, l'acheta; mais bientôt, ayant conçu de la pas
sion pour son captif, elle lui rendit la liberté. Le héros
n'eu fit usage que pour rester auprès de la princesse. Il
fut même tellement épris de ses charmes , qu'on nous le
représente filant à ses pieds avec les suivantes. Près de lui
paraît Omphale, qui se couvre de la peau du lion,
s'arme de la massue redoutable , et frappe légèrement le
héros de ses sandales pour le punir de la maladresse avec
laquelle il tient la quenouille et le fuseau. Ce n'est là
sans doute qu'une histoire allégorique inventée par les
poètes pour montrer que le courage s'amollit par les plai
sirs , et que l'héroïsme s'avilit par le repos.
Omphale coiffée d'une peau de lion, à la Villa-Albaci.
XIV. — Mort d'Hercule. — Déifié , il épouse Hébè.
Hercule resta trois ans auprès d'Omphale; selon d'autres,
ce séjour ne fut que d'une année.
Quoi qu'il en soit , Hercule emmena la jeune Iole à Tra-
chine. \. cette nouvelle , Déjanire , jalouse d'Iole , envoya
COURS
à son époux , par son esclave Lychas , la tunique qu'elle
avait reçue du centaure Nessus , persuadée que ce présent
le ramènerait à sou devoir ; mais à peine s'est-il revêtu de
cette robe, que le venin dont elle était infectée pénètre en
un moment jusqu'à la moelle des os. Vainement il tâche
d'arracher de son dos la fatale tunique ; elle s'était collée
sur sa peau , tellement qu'elle paraissait incorporée à ses
membres; à mesure qu'il la déchire, il se déchire la chair.
Enfin , voyant tous ses membres desséchés , il élève un bû
cher sur le mont OEta, étend dessus la peau du lion de
déniée, qu'il portait toujours, rJlace sa massue sous sa tête,
et donne l'ordre à Philoctète, fils dePceau , roi de Thessa-
lie, d'v mettre le feu, et de prendre soin de ses cendres.
À peine le bûcher fut-il allumé, que la foudre, dit-on,
tomba dessus, et réduisit le tout en cendres pour purifier
ce qu'il y avait de mortel dans Hercule. Jupiter le ravit
au ciel , et voulut l'agréger au nombre des douze grands
dieux ; mais il refusa cet honneur, et se contenta du rang
de demi-dieu.
Hercule déifié épousa Hébé (5q), dont il eut une
fille, Alexiare, et un fils, Anicétus. Le sens de cette
union est que la force se trouve ordinairement avec la
jeunesse.
Apothéose d'Hercule , au salon de ce nom , à Versailles; tableau
loug de 64. pieds, large de 5\, deLemome.
XV. — Des enfans d'Hercule. — Des Iléraclides.
Hercule eut :
AcéUm et Alcée , rie Malie , suivante d'Omphale (XIII).
Agtithyrsuê., qui donna son nom aux Agathyrses., peuples elK-
minés de la Sarmatie européenne.
Jgllaûs, Aiys et Lamut ou Laomédon, ou Laomcdc, d'Omphale(a5).
Atopi'tK, d'Antiope, fille de Thespius (57) ou Thespiade.
Amathus, d'nii la ville d'Amalhonre a tiré son nom.
Amestrius , dTîone , Thespiade.
Anliade et Onésippus, d'Aglaïa , Thespiade.
Anlidus et Citeastanor, de la Thespiade Laothoé.
Anliléon, de Procris, Thespiade.
Antiinaqttc,Crèonliadcs, Déicoon , Déiloqucet Thirimaqut , de Mé-
gare (II, III).
Anliochus, de Midée. Une tiibu d'Athènes prit son nom , et cette
circonstance l'a fa t Surnommer E/ionymc.
Archelaiis. — Archèmayttc, de la Thespiade Patro. — Asopidct ,
Je la Thespiade Erato. — Atromas, d'une Thespiade. — Aientin,de
ia prêtresse Rhéa. Le mont Aventin lui doit sa dénomination.
lSargat«si de Barga. — Bdella. — Boéus.
tfrcnlus, gui donna son nom à Brentesium , depuis Brnndusiuin.
D£ MYTHOLOGIE. î3g
lirettus , de Balétïe. Il fonda Brettus, en Etnirie.
Bucolus , delà Thespiade Marné.
Celtus , de Celline, fille de Britannus. C'est de lui que les Celte»
ont pris leur nom.
Chromis , qui nourrissait ses chevaux de chair humaine ; Jupiter le
foudroya.
Ctéolas , d'une suivante d'Oinphale, ou de la Tliespiade Argéla.
Ctèsippe ou Etésippe, Gynce, Hidilês ou Onités et Ilyllu: , de Dé-
janire (X).
Ctèsippe ou Etésippe, d'Astydamie. — Deucation, d'une Thespiade.
— Dynasiès , d'Archédice, Tliespiade.. — Echiphron et Promaclttis ,
de Psophis. — Echmagoras , de Phyllone. — Entnlidés , d'une Tlies
piade. — Erasippe , de la Tliespiade Lysippe. — Erato , d'une Tlies
piade. — Eralut, de Dynaslc, Thespiade. — Erythras. — Eubotés et
Eurypyle, de la Thespiade Euboté. — Eumidis , d'une Thespiade.
— Eurycmpès , d'une Thespiade. — Enrycrate , de la Thespiade Cly-
thippe. — Euryops , de la Thespiade Terp-icralie. — Èvèrès, de
Parthénope.
Fabius ou Favius, d'une fille d'Évandrc.
Galalés , de Galalée, fille d'uo roi Celtique.
Gélon, de Gélanie. — Haloerate , de la Thespiade Olympuse.
Helvétique, Iiannus, Noricus et Boîus , quatre fils d'une mSme
mère. — Hippèus, d'une Thespiade.
Hippodromus, d'Hippodamie , Thespiade.
Hippoiygus , d'une Thespiade.
Homolippe , de Xanlhis. :— lobés, d'une Thespiade.
Lamius .fondateur de Lamia, ville de Thessalie.
Laomèdon , de la Thespiade Méline.
Léonliade, Leucippe et Telèphe , d'Augée.
Leucippe, de la Thespiade Eurylèle, ou Marsé.
Laïcité et Tlépoléme , d'Astioché.
Lycurgue et Bitcolion* de la Thespiade Praxithée.
Lydus et Camire , d'Iole (XII 1).
Lyncée , de la Thespiade Tclphissa.
Lysidice , Ménippide, Télés et Steulédice, de la Thespiade Lao-
nomène.
Mysceltus, fondateur de Crotone en Italie: on lui donne ans. i pour
père Alcmon. — Néphus. — Nicodrome, de Nicé.
OEstrcbtés, de la Thespiade Hé*ychia.
Olynthe et Brangas , de Bolée. Strymon passe aussi pour leur père.
Onésippe. — Palèmon , dTphioné. — Pallas, de Dyna, fille d'E-
vandre.
Panope, d'une Thespiade du même nom.
Patrocle, de Pynhippe, Thespiade.
Phettut, roi de Sicyone, qui fit adopter dans ses états le culte de
son père.
Polyalus, d'Euryhie. — Polylaûs , de la Thespiade Crathé.
Scytha ou Scythês. Selon d'autres , il naquit de Jupiter «t d"E-
cliidna. *
Sophax , de Tinga , veuve d'Antée (IX) ; fondateur de Tingis en
Mauritanie.
Tltessala, d'Epicaste. — Thessalus , de Chalciopé.
Ttburnus ou Tiburtus. Selon d'autre*, il eut pour père AmphiaraDf
et fonda la ville de Tibur , qui s'appela de la Tibuilia.
i/fO COURS
Tlgatis. — Tasculus, qui donna «on nom aux Etruriens, désignés
par le nom de Tusci.
On appelle7/erae/ùie* les héros et les princes issus d'Hercule. Mais
on le restreint ordinairement a ceux qui descendaient de lui par
Hyllus , parcequ'ils furent les conquérans du Péloponèse.
Chassés d'abord de ce pays, où leur père avait résidé , par les
persécutions d'Eurysthée, les Iléraclides se retirèrent à Trachine,
chez Céyx , de là à Athènes , où Thésée (378) les accueillit avec hon
neur. 11 se ligua même avec eux contre Eurysthee, qu'il regardait
comme son ennemi. Ce prince périt avec ses eni'ans sous les coups
d'Hyllus, et les Iléraclides entrèrent en triomphe dans le Pélopo
nèse. La peste en moissonna le plus grand nombre; et, sur la ré
ponse de l'oracle, qu'ils étaient rentres dans le Péloponèse avant
le temps fixé par les dieux, ils retournèrent dans l'Attique, 011 Hyllus,
fidèle aux ordres de son père, épousa lole(XUI). Quelque temps
après, voulant une deuxième fois rentrer dans son héritage, il appela en
combat singulier Atrée, successeur d'Eurysthée au trône de Mycènes,
et convint que le Péloponèse appartiendrait au vainqueur. Hyllus
fut tué , ce qui força les Héraclides à se retirer de nouveau. Cléodée,
fils d'Hyllus, fit sans succès une troisième tentative; Aristomaque ,
fils de Cléodée.ne fut pas plus heureux, et périt dans la bataille. Enfin
Arisiodème , Tèmène. et Cretphonte , fils d'Aristomaque , envahirent,
•ous les auspices d'Oxyle , le Péloponèse par mer. Aidés des Nau-
pactiens , ils triomphèrent de tous leurs ennemis , quatre-vingts ans
après la guerre de Troie, 1104 avant Jésus-Christ. Deux ans après
ils se partagèrent la péninsule ; Témène obtint Argos ; Cresphonte,
la Hessénie, et les fils d'Aristodème, mort pendant l'expédition,
Lacédémone. La première branche perdit le trône dans la personne
de Meltas ; mais un des rameaux resta célèbre 1 1 produisit Caranus,
fondateur du royaume de Macédoine; la deuxième s'éteignit vers le
milieu du huitième siècle avant Jésus-Christ , et la troisième se
divisa dès l'origine en Euryslhénides et en Proclides:
Une autre famille rj'Hérarlides, celle d'Antiochus, Phylai, Hip-
potès , Alétès , se distingua aussi. Alétès s'empara du trône de
Corinthe ; la royauté fut ensuite abolie; mais les Héraclides, sous
le nom de Bacchides , occupèrent encore les premières places de
l'état.
Enfin une troisième famille d'Héraclides , fils d'Hercule par
Omphale , régna en Lydie pendant vingt-deux générations. Can-
daule en fut le dernier rejeton.
XVI. — Des attributs d'Hercule.
On représente Hercule sous les traits d'un homme fort
et robuste, avec des épaules carrées, un teint noir, un nez
aquilin , de gros yeux , la barbe épaisse , les cheveux crépus
et négligés. Sa main tient une massue ; il est couvert de la
dépcfuille du lion de TVémée, qu'il porte tantôt sur un bras,
tantôt sur la tête. D'autres fois il a l'arc et le carquois j
souvent il est sans barbe. Photius lui donne une corne d'a
bondance, en mémoire de son combat avec Achéloùs (X).
On le trouve aussi couronné de feuilles de peuplier blanc,
DE MYTHOLOGIE. 24 1
arbre qui lui était consacré parcequ'il s'en était ceint la
tête lorsqu'il descendit aux enfers (VII, XII).
Sa massue était d'olivier ; fichée en terre après sa mort ,
elle avait pris racine , au rapport des Trézéniens , et elle
était devenue un arbre.
Hercule et Ajax , fils de Télamon , Musée Pio-Clémentin. — Her
cule en repos, et deux autres peintures d'Annibal Carrache , au
palais Farnèse. — Hercule se reposant, dit Hercule Farnèse, de
Glycon: copie aux Tuileries. — Fragment d'une statue d'Hercule ,
dite le Torse du Belvédère, au Vatican. — Histoire d'Hercule , des
sin de Lebrun , Musée, n° 56a.
XVII. — Des noms et des surnoms d'Hercule.
Hercule , que les Grecs nommaient Héraclès , s'appe
lait encore Alcide, d'Àlcée son aïeul; Amphithryoniades,
d'Amphitryon, son prétendu père : enfin, Aonius deus ,
ou dieu des Thébains (216 quater , I ).
I. Surnoms tirés des lieux :
Baulus, de Baulès, lieu de la Campanie.
Buraïcus , de Bina , ville d'Achaïe.
Cynosargés,de Cynosarges, bourg de l'Attique.
Libys , de la Libye, premier nom de l'Afrique. Hercule y fonda
Capsa.
Lindius, de Linde, ville de l'île de Rhodes.
OEteus, du mont OEta (XIV).
Tliasius, de l'île de Thasns, qu'il délivra de quelques tyrans.
Tirmthius, de Tirynthe (II).
II. Surnoms tirés des circonstances:
Adepliagus , c'est-à-dire , mangeur insatiable. Un jour, dans un
défi , le héros dévora un bœuf entier.
Alexicacus , parcequ'il purgea la terre des monstres qui l'infes
taient.
Amicus, regardé comme le dieu du gain.
Buphagus, c'est-à-diie mangeur de bœufs. V. Adephagus.
Fossor, parcequ'il creusa un canal pour l'Olbius, fleuve d'Arcadie,
qui s'était débordé.
Hippodète , chez les Thébains , en mémoire de ce que , dans un
combat , les chevaux ennemis se trouvèrent liés à la queue les uns
des autres; événement que les Thébains vainqueurs attribuèrent à
Hercule.
Index. Une coupe d'or avait été dérobée dans le temple d'Hercule.
Le héros apparut en songe â Sophocle, et lui nomma le voleur. So
phocle se tut. La vision s'étsnt renouvelée deux fois encore , le poète
en rendit compte à l'Aréopage. Le voleur fut arrêté ; mis à la ques
tion , il confessa le vol , rendit la coupe ; et le temple fut depuis ap
pelé le temple d'Hercule Index.
Manticlus, deManticlus, chef d'une colonie de Messéniens , qui
lui bâtit un temple sous son nom , dans la Sicile septentrionale.
Mèlius, d'un mot grec qui signifie brebis et pomme. Un jour
qu'on devait lui sacrifier une brebis, faute de victime, on offrit
II
COURS
une pomme à laquelle on donna une espèce de ressemblance avec
cet animal.
Monmcus, de ce qu'il était seul dans son temple, ou plutôt de
Honœctts , ville et portdes Liguriens, où le héros s'arrêta lorsqu'il
allait combattre Céryon (VI).
OtU'aritts , à cause de sa massue d'olivier
Potyphagits. V. Adephagus.
lilùnocotustcs , ou coupeur de nez, pareequ'il fit couper le nez ani
députés d'Orchoinùne , qui osèrent en sa présence demander un
tribut aux Thébains.
Saxanus, soit pareequ'il aplanit des montagnes et qu'il y perça
des routes, soit pareequ'on lui dédiait des monceaux de pierres
sur les grands chemins, soit enfin pareeque Ju pi 1er avait fait tomber
une pluie de pierres1 sur les Liguriens, ennemis d'Hercule.
Taiirophonus. \. Buphagut. —Trinoctius. (aGqualer, 1).
Triumphalis. «je fut sons ce surnom qu'Evandic érigea une statue
à Hercule, vainqueur de Cacus (XI).
III. Surnoms tirés di s qualités :
Adamanus. ou l'invincible. — Acœus, Aleimut , ou le puissant.
Clavigcr , pareequ'il est armé d'une massue.
fiefensor, dans un temple de Borne où les gladiateurs, après avoir
obtenu leur congé , suspendaient leurs armes.
Jnvius , comme fils de Jupiter.
Opsigonos , pareequ'il naquit après Eurysthée (lit).
Promaqtte. V. Di-fensor. — Sotcr , ou sauveur.
ficlor, vainqueur des monstres et des brigands.
XVIII. — Du culte d'Hercule. — Des Pinarlens
et des Polit iens.
Hercule étant mort , Philoctète construisit un tombeau
sur les cendres de son ami. Bientôt on y vint offrir des
sacrifices au nouveau dieu. Les Thébains et les autres
peuples de la Grèce , témoins de ses belles actions , érige •
rent en sou honneur des temples et des autels. Son culte
fut porté chez les Romains , dans les Gaules , en Espagne
et jusque dans la Trapobane.
Hercule eut plusieurs temples à Rome , entre autres
celui qui fut bâti près du Cirque Flaminius, qu'on appe
lait le temple du grand Hercule , gardien du Cirque.
Le temple de Cadix était plus remarquable encore. On
v voyait deux colonnes magnifiques chargées de carac
tères phéniciens , et que l'on prenait pour les colonnes
d'Hercule. La statue d' Alexandre s'y trouvait aussi. C'est
<levant cette statue que César, à trente ans, s'indignait
de n'avoir rien fait encore à l'âge où le héros macédonien
avait déjà conquis l'Asie.
Parmi ies prêtres d'Hercule on distingue les Pinariens
et les Potitiens.
DE MYTHOLOGIE.
Deux vieillards thessaliens , Pinarius et Potitius, étaient
venus avec Évandre en Italie. Lorsque Hercule eut tué Ca-
cus , Évandre le reconnut pour dieu , choisit ses deux
compagnons pour prêtres , et cette fonction passa à leurs
descendais. Hercule enseigna lui-même comment il vou
lait être honoré ; on devait lui offrir un sacrifice le matin
avant le' lever, et le soir après le coucher du soleil. Ces sa
crifices devaient être suivis d'un festin. Par hasard , les Po-
titiens arrivèrent les premiers , et les meilleures parties de
la victime leur furent servies. Les Pinariens , venus trop
tard , furent obligés de se contenter des restes. Ce fut une
règle pour toute la suite des temps ; et tant que les Pina-
rienssubsistèrent,ilsiie goûtèrent jamais des morceauxchoi
sis. On dit même qu'Hercule , offense de leur négligence ,
ordonna qu'ils n'assisteraient aux cérémonies de son culu
qu'en qualité de simples desservans.
Les Potitiens furent durant plusieurs siècles les prêtre*
de son temple, jusqu'à ce qu'ayant abandonné ce ministère
aux esclaves publics , ils périrent avec toute leur race.

XIX. — Des fêtes d'Hercule.


L'Antimachie se fêtait dans l'île deCos, au lien mfme où, jeté sur
la côte par une tempête , Hercule lutta contre les hahilans de l'Ile,
et fut oblige de fuir, sous le déguisement d'une femme, pour échap
per à ses ennemis. En mémoire de cette aventure , le prêtre offrait
un sacrifice en habits de femme.
Les Ergasties, ou les Ergalics, se célébraient à Sparte en l'honneur
des travaux d'Hercule.
Le* liéraclcct avaient lit u dans plusieurs endroits'; elles étaient
quinquennales chez les hahitans d'Athènes et de Sicvone.
Trois autres fêtes portent le nom d'Hcraclées; dans l'une, le prêtre
paraissait en habits de femme ( v. Antimacltie) ; dans l'autre , qui
se passait 6 Linde (XVII), on n'entendait que de« imprécations en
mémoire de ce qu'Hercule ayant enlevé les breufs d'un laboureur,
celui-ci l'avait accablé d'injures dont il n'avait fait que rire ; un
mot heureux était cen-é profaner la fête; la troisième s'observait
sur le mont Œta , lieu du tombeau d'Hercule (XI V).
Les Jolées furent instituées en l'honneur d'Hercule et d'iolas
( IV ). Elles duraient plusieurs jours. Le premier . on offrait de»
sacriGces; le second était destiné aux courses de chevaux; le troi
sième, à l'exercice de la lutte. Les vainqueurs recevaient en récom
pense une guirlande de myrte et quelquefois un trépied d'airain.
On célébrait cesfêtrs dans un lieu nommé lolaïon , où se trouvaient
le tombeau d'Amphiaraûs et le cénotaphe d'iolas, mort dans l'île de
Sardaigne. Ces monumens étaient alors ornés de fleurs.
L'Vnomale n'était peut-être que Vllcraclce de Sicyone. Elle fut
établie dans cette ville, lorsqu'au lieu des honneurs dus au héros ,
il fut ordonné parFhestus, fils d'Hercule (XV), qu'on' hjd sa
»44 COURS
eriGerait comme à un dieu et qu'on lui en donnerait le nom. (Nom,
•e dit en grec Onoma.)
% 21 7. — Divinités des eaux. — De l'Océan et de
Télkys.
L'Océan , dont on a lu la fable égyptienne (1 4), était
le dieu des eaux.
Fils du Ciel et de la Terre (16), il épousa Téthys, sa sœur,
dont il eut les principaux fleuves, tels que l'Àlphée , le
Pénée , leStrymon, l'Achélous, l'Ardescus, le-Coanthe, le
Méandre, l'Ev\»nus, l'Indus, l'Inachus , etc., et trois mille
nymphes, appelées Océanides. On lui donne encore pour
enfans là plupart des personnages qui avaient régné ou
habité sur les côtes.
Outre Téthys, on lui donne deux autres épouses, Pam-
pholyge et Parthénope. De l'une il eut Asie et Libye; de
l'autre , Europe et Thrace.
Selon Homère , Océan était le père de tous les dieux ,
sans doute parceque ce nom fut porté par l'un des Titans ;
et selon Thalès, de tous les êtres, parceque l'eau, dans
son système, a formé tous les corps, ou qu'elle a contribué
plus que tous les autres élémens a leur formation.
Homère nous dit en effet que les dieux allaient souvent
en Ethiopie visiter l'Océan, et prendre part aux fêtes qui
»'y faisaient ; que Junon fut élevée chez Téthys ; et , selon
Eschyle , l'époux de cette déesse était l'intime ami de
Prométhée, frère d'Atlas (5i).
D'un autre côté l'Océan , et surtout Téthys, n'étaient
regardés que comme des divinités purement physiques.
L'Océan n'est autre chose que le Nil , et Téthys se nom
mait ainsi d'un mot grec qui signifie nourrice, parcequ'elle
était la déesse de l'humidité , qui nourrit tout.
L'Océan régnait sur la mer, et sa puissance s'étendait
sur les fleuves et les rivières. Les anciens lui rendaient un
culte solennel , et lui confiaient le soin de leur vie , lors
qu'ils entreprenaient quelque voyage maritime. On le re
présentait sous la figure d'un vieillard assis sur les ondes
marines , le Iront armé de deux pinces d'écrevisses , por
tant une pique à la main ; il a près de lui quelque monstre
marin à forme inconnue.
Lorsque Jupiter fut lié par les autres dieux , ce fut Té
thys qui, secourue par le géant Egéon , le remit en liberté,
c'est-a-dire, en prenant Téthys pour la mer, que Jupiter
trouva le moyen d'échapper sur les flots aux embûches de
SE MYTHOLOGIE. !<45
ses ennemis, ou bien en prenant cette guerre du côté de
l'histoire , quelque prince de la famille des Titans fit ve
nir par mer des secours étrangers pour délivrer Jupiter
de quelque péril.
On prend poétiquement Téthys pour la mer même.
Dieu marin , dit l'Océan, Hermès colossal, au Vatican. — Palaia
de Tétbys, aux bains d'Apollon, à Versailles. -— L'Océan appuyé
sur un narval, à Versailles.
§ 218. — Des Océanides. — D'Inachus et
de ses enfans.
Nous donnerons ici la liste de*, principales Océanides , parc«-
«ju'elles figurent souvent dans les récits mythologiques :
Acamarchis. Electre. Ôcyrrhoé.
Acaste. Erase. Pasithée.
Admète. Eudore. Perséis.
Amphirrhoé. Europe. Petrsea.
Ampbilrite. Eurynome. Pitho.
Beroé. Galaxaure. Plexanor.
Callirrhoé. Hippo. Pluto.
Calypso. Ianita. Polydora.
Cbio. Ianthé. Prymno.
Circéis. Idyia. Iihodia.
Clymène. Liriopc. Styx.
Clytie. Mélibée. Telestho.
Coryphe. Mélic. Thoé.
Crisie. Mélisse ou Archia. Tyché.
Cymaduse. Melobosis. Uranie.
Dioné. Menestho. Xanthe.
Dorîs. Métis. Xeuxo.
On offrait aux Océanides des libations et des sacrifices.
On leur adressait aussi des prières pour la conservation des
nautonniers.
- Lorsque le sacrifice avait lieu sur le bord de la mer, on
recevait le sang de la victime dans un vase ; mais si c'était
en pleine mer, on laissait tomber le sang dans les ondes.
'Dans les temps calmes les marins immolaient des agneaux
ou des porcs, et dans la tempête, un taureau noir.
Calypso eut d'Ulysse trois fils, Auson, Nau&inoiis et Nausllhoiis.
Inavbus , venu de Phénicie, fonda le royaume d'Argos , vers l'an *
1 586 , y régna soixante ans , et donna son nom a un fleuve de l'Ar-
golide, dont il devint la divinité ; ce qui le fit passer pour le fil*
de l'Océan (217).
11 fut père d'Io, de Mycène, de Phoronée et d'Eglalée.
Phoronéc lui succéda. Il fut père d'Apis et deNiobé, la première
femme qu'aima Jupiter (36).
Egialée fonda le royaume de Sicyone.
lo fut aimée , comme Niobé , du maître des dieux.
COURS
Le royaume d'Argos fut gouverné par une longue suite de roi»,
•!ont les neuf premiers s'appellent Inachides; ce sont, outre Inachus,
i'Uoronée et Api», Argus , Criasu» , Phorbas, Triopas , Slhénétui et
Gilanor.
§ 219. — De Doris et de Nèrée. — Des Néréides.
Doris , la plus célèbre des Océanides , épousa Nérée son
frère dont elle eut cinquante filles appelées Néréides.
On représente Nérée sous les traits d'un vieillard avec
une longue barbe azurée. La mer Egée lui servait ordi
nairement de résidence , environné de ses filles qui dan
saient en chœur autour de lui , de dauphins, de chevaux
marins et des autres habitans des flots.
Doué de l'esprit prophétique , il annonçait à ceux qui
venaient le consulter le sort qui les attendait. Ce fut lui
qui prédit à Paris les suites funestes de l'enlèvement d'Hé
lène. Mais il changeait souvent de forme pour se dérober
aux importunités des mortels curieux de l'avenir.
On l'appelle quelquefois le plus ancien des dieux, et
«on nom est souvent pris pour celui de la mer elle-même.
Ses filles s'appelaient Néréides ou Dorides. Eu voici la liste, d'après
Hésiode :
Acte. Eurato ou Erato. Pîéso.
Agave. Evagore. Panope.
Ampbitrite. Evamé. Pasithée.
Autonoé Galatée. Phcruse.
Cymatoleghé Galéné. . Polynôme.
Cymo. Glaucé. - Pontnporée.
Cymodocée. Glauconome. Prônée.
Cymothoé. Haliméde. Proto.
Doris. Ilipponoé. Protomélie.
Doto. Hippotlioé, Psamalha.
Dynamène. Laomédie. Sao.
Eione. Liagorc. Spio.
Eucraté. Lisvanasse. Thalie.
Eudora. Méiitc. Thémiste.
Kulimène. Ménippe. Tliélis.
Eunice. Némertés. Thoé.
Eupompe. Nésia.
Homère ne reconnaît que trente Néréides dont quinze porlent
des noms différons
Amathée. Gallianasse. Ianira.
Amphiuome. Clymène. Limmorie.
Ampbitros. Dexamcne. Méra.
Apscude. Ilalia. Nossa.
Callianire. Iéra. Oritbye.
Apollon en compte quarante-cinq, dont seiie diffèrent pai U
DE MYTHOLOGIE. »47
Calypso. Eumolpe. Néoméris.
Célo. Glaocolhoé. Pione.
Cranta, lone. Plésaure.
Dèjanire. Isée. Polynoc.
Déro. Mélie. Protoméduse.
Dioné.
Hygin Domme les seize suivantes :
Arélhuse. Deiopée. Ligée.
Asia. Drymo. Lycorias.
Béroé. Ephyre. Opis.
Cléis. Eurydice. Pliillodocée.
Crénis. Leucotboé. Xantho.
Cydippe.
Tethis épousa Pélés fils d'lïaque(25o) , qui la rendit mère d'Achille,
nommé d'abord Ligyron ou Pyritoûs, élevé du centaure Chiron (i i3),
Achille eut de Déidamie, IScoptotème ou Pyrrhus , qu'Andromaque
rendit père A'Amphiale ou de Molostus , de Pictus et de Pergame.
Pélée avait épousé Antigonc , fille d' Enrylion ; celui-ci avait pour
père Alope , frère d'Irus et de Mènèce, que Stbénélé rendit père de
Patroele. *
Alope était fils d'Actor, fils d'Eole (57). et d'Egine, filUWEaqii':
(aâo).
On invoquait les Néréides comme les autres dWiiités des
eaux. C'est principalement sur les côtes de la mer qu'où
leur élevait des autelsjon leur offrait du lait, de l'huile ou
du miel ; quelquefois on leur immolait des chèvres. On
décorait de coquillages et de pampres verts les grottes où
elles étaient censées faire leur demeure. Comme elles
avaient le pouvoir d'agiter et de calmer les ondes , les ma
rins leurs adressaient des voeux et des prières dans le cours
de leurs voyages.
Elles allaient à la suite des grandes divinités de la mer,
et elles étaient soumises aux volontés de Neptune.
On 18s représente sous les traits de jeunes et belles
vierges, assises sur des dauphins, tenant à la main le trident
de Neptune et quelquefois des guirlandes de fleurs.
Les Néréides , sarcophage , Musée du Gapitole. — Education d'A
chille , de Reguault, au Luxembourg.
§ 220. — Neptune. — Nombre des Neptune. — Ex
plication du lot de Neptune dans le partage du
monde.
Neptune était le dieu de la mer.
Selon Hérodote, Neptune était Libyen, et de tout
temps il avait reçu les hommages de ce pays. Mais il pa
raît que ce dieu ne présidait point à la mer et qu'il instrui
sit seulement ses peuples à dompter les chevaux; circon
a48 COURS
stance qui le fit nommer Equestre et qui donna naissance
à la fable du coursier produit par le dieu Neptune (81).
Vossius en reconnaît six : le premier est Egyptien, père
d'Agénor,deBélus, etc. ; le deuxième est le père de Nauplius;
le troisième de Cercyon; le quatrième de Pélias et de Tïé-
lée ; le cinquième est Egée, père de Thésée ; le sixième
est l'époux d'Amphitrite , fille de l'Océan et de Téthys ,
ou de Nérée et de Doris.
Suivant l'opinion la plus généralement reçue, Neptune,
issu de la "race des Titans , était fils de Saturne et frère de
Jupiter et de Pluton. Rhéa le cacha dans une bergerie
d'Arcadie , faisant accroire à son époux qu'elle était ac
couchée d'un poulain qu'il dévora sur le champ.
Dans le partage que les trois fils de Saturne firent entre
eux des états de leur père, Neptune obtint l'empire de la
mer, c'est-à-dire des côtes et des îles. Selon Diodore , il fut
le premier qui s'embarqua sur la mer avec l'appareil d'une
armée navale. Il commanda la flotte de Saturne et de Ju
piter daM la guerre des Titans , dont sou habileté déjoua
toutes lePentreprises , et lorsque Jupiter, maître de l'em
pire, eut repoussé ses ennemis dans les pays occidentaux ,
Neptune les v serra de si près qu'ils ne purent jamais en
sortir; expédition que la fable a peinte en disant qu'il les
avait enfermés dans les enfers.
Selon d'autres , Neptune, peu content de son apanage,
s'unit avec les autres dieux pour détrôner Jupiter, qui s'é
tait réservé la terre et le ciel. Le complot fut découvert ,
et Neptune, chassé de l'Olympe, se vit réduit, comme
Apollon , à bâtir les murs de Troie (i 10). Dans la suite
les deux frères s'étant reconciliés, Neptune fut rétabli dans
tous ses honneurs.
A ces Neptune il faut en joindre beaucoup d'autres.
C'est que les premiers Grecs donnaient le nom de Neptune
à tous les princes étrangers qui venaient par mer s'établir
dans quelqu'un de leurs pays, ou qui régnaient sur des îles,
ou qui s'étaient rendus célèbres par leurs victoires ou par
leur commerce.
§ 22 i . — Différends de Neflune avec Minerve , Ju-
non et Apollon. — D'Amphitrite, de Vènilie et
de Salade.
Neptune, vaincu par Minerve au sujet d'Athènes (8i), eut
une semblable dispute avec la même déesse au sujet de
DE MYTHOLOGIE. 1*49
Trézène. Jupiter partagea cet honneur entre l'un et l'autre,
en donnant au premier le titre de roi de Trézène , à la
seconde , celui de polias ou protectrice de la ville.
Neptune et Junon se disputèrent aussi le royaume d'Ar-
gos fondé par Inachus (218). Pris pour arbitre entre les
deux divinités , il adjugea la palme à Junon. Neptune s'en
vengea en mettant tous les fleuves à sec, de sorte que ni
l'Inachus, ni le Céphise, ni l'Astérion , ni le Phoronée ne
purent donner d'eau qu'au temps des pluies.
Enfin le dieu des mers eut un quatrième différend
de cette nature avec Apollon ou le Soleil, au sujet de
Corinthe. Le cyclope Briarée, qui fut choisi pour arbitre,
adjugea l'isthme à Neptune et le promontoire de Corinthe
au second.
Neptune eut pour épouse Amphitrite, que les uns re
gardent comme un personnage purement poétique, les
autres comme une princesse de la famille des Titans. Elle
refusa d'abord de s'unir à Neptune , qui pour réussir à ce
mariage , eut besoin d'employer un négociateur adroit.
Amphitrite en effet se cacha pour se dérober aux pour
suites de son amant ; mais un dauphin , envoyé par Nep
tune, la trouvaj dit-on, au pied du mont Atlas, et lui per
suada de répondre aux désirs du dieu. Neptune, pour le
récompenser , plaça le Dauphin parmi les constellations ,
auprès du Capricorne , et doua les poissons de cette espèce
d'une vitesse supérieure à felle de tous les autrés. C'est de
là que les poètes leur supposent un penchant affectueux
pour les hommes qui les porte à les secourir dans les nau
frages.
Neptune épousa, dit-on, encore Vènilieci Salarie; mais l'on
pense que ces deux mots sont des noms d'Amphitrite : le premier
dérive de ventre , et fait allusion an mouvement perpétuel de la
mer ; le second de salum , la mer, qui n'est autre chose qu'Amphi-
trite , mot dont le sens est , qui environne la terre de ses bras.

§ 222. — Des enfans de Neptune.


Neptune eut :
Abas, d'Aréthuse.
Actor et Diclys , d'Agamède , Elle d'Augiàs (1 13).
Agènor, Bèlus , Busiris et Lelex, de Libye (317).
Agénor eut de Théléphassa, qu'on nomme encore Agriope on
Damno, trois fils : Cadmus, Phénix et Cilix, ainsi qu'une fille nom
mée Europe.
Cadmus, ayant reçu de son père l'ordre d'aller à la recherche
d'Europe, enlevée par Jupiter (56), et de ne point reparaître «ans
s5o COURS
elle; Cadmus, dis-je, après de longues et vaines perquisitions,
consulta l'oracle , qui lui dit de bàlir une ville a l'endroit où paraî
trait à ses yeux une génisse encore vierge , et de donner au pays le
nom de Bcotie. Cadmus, à peine soi ti de l'antre prophétique, en
aperçut une , et , voulant la sacrifier a l'auteur de l'oracle , il envoya
ses compagnons puisera quelque source voisine l'eau nécessaire au
sacrifice. Ils y furent dévorés par un dragon, et Cadmus eût sans
doute subi le même sort , s'il n'eût , à l'aide de Minerve , osé l'atta
quer le premier. 11 fut vainqueur, et sema sur la terre les dents du
monstre. Des hommes armés (Spartes) en sortirent, et se jetèrent sur
lui; mais il n'eut qu'à lancer une pierre au milieu d'eux, et bientôt,
tournant leurs armes contre eux-mêmes, ils s'enlrrtuèrent , à l'ei;
ception de cinq , qui l'aidèrent à bâtir sa ville nouvelle. Long-temps
auparavant il avait épousé Harmonie ou -Hermione , qu'il rendit
mère de Polydore, et de quatre filles, Inoy Auionoc , Sémclé et Agate,
dont Echion.l'un des Spartes , eut Penlltéc.
Polydore épousa Nycteis , dont il eut Labdaeus.
La postétilé féminine de Cadmus fut extrêmement malheureuse.
Bélus fut père de Babylon ; Busiris, d'A mplùdamas , et Lelex , de
Cléson et de Bias. De Cléson naquirent Clùso, Tanropotis et Py/as ,
qui fut père de Scyron. Scyron épousa Cynchrèe , fille du roi de Sa-
lamine (v. Cynchrcus), ou, selon d'autres, la fille de Pandioa.
Quelques auteurs lui donnent Egée pour fils, et pour fille Endeis ,
épouse d'Eaque (s5o).
Agénor, d'Kurynome , fille de Nisus (80).
Albion et Bcrgion ou Brigion, d'Amphitrite.
Alcbius et Dsrcync, qui furent tués par liercule , dont ils avaient
enlevé les taureaux.
Alirrltolius ou HaUrrhotius (90). — Almops et Pèon , d'Hellé.
Hellé, sœur de Pliryxtts, était fille d'Alhamas (5j) et de Néphélé.
Athamas épousa encore Ino, do^t il eut Léarque, Aîcliccrtc, Or-
chomène et Ptinlliitis ; Thémisto, Démonice ou 44iéiéeyde-le rendit
père d'Erythrctis, de Lcncon, de Pioïis et de Schœnée (a/).
Phryxus épousa Chalciope , fille d'Eétès (101), et en eut Phrontis ,
Mélias , Argus, Antolycus, Hcllen , Clyndus , Cylindrut ou Cylorm,
Calis , Lorus, Prcsbon. Ctymcne et Perîclymcnc. Presbon fut père de
Clymenus et d'Arec ; Clyméuus , d'Erginus , qui eut d'Épicaste Aga-
mide et frophànins (46)-
AUhipe , de Lèis. — Amphimare (i5o).
Amycus, de Mélie ou de Bithynis.
Analhamiis, Anlhe , Ephoéus et llypèrélcs , d'Alcvone (5i).
Angélus, d'une nymphe de Ghio.
Ancée et Ergine, d'Aslypalée, fille de Piiènix et sœur d' Astydamie.
Phénix avait pour père Amynlor; celui-ci, Ormenus, fils de C'erca-
phits (57).
Antée, de la Terre (216 quater). Il eut de Samia, fille du Méandre
(»|6) : Pcrilas, Enudus, Samus, Alithersus et Parlhénope.
Anihès , d'Alcé.
Aon, qui réunit le premier dans les villes les hahitans Je l'île
d'Eubée et de la Béotie, qui de lui s'appelèrent Aoniens
Arpiatrcs.
Asope, de Cégluse ou Cléodice. Asope épousa Methone ; il en eut
douie enfans, dont les plus connus sont : Egine, Ismène, Satamin» ,
Chalcit,
t Cléone, Cercyre.
DE MYTHOLOGIE.
Asplédon , de la nymphe Midée. — Attaque, d'Olbic.
Aihos, de Rhodopc. Il donna son nom au mont Athos. Khodopc ,
sœur de Rhésus, était fille d'Euteipe et du fleuve Strymon (2 18).
Benthèsicymc, nourrice d'Eumoipe ( 1 3 1 ) .
Bèolus ou Bootus, d'Aîné (57). Quelques uns le font naître d'itooe
«t de Ménalippe (57).
Bèolus et llcllcn, d'Antiopc (57).
Bootus et Eulus, de Ménalippe (37).
Byzas ou Byzènc , de Croessa.
Calinus, de la Danaïdc Cœléno (274)'
Cètcno', d'Ergée.
Ccnchréc, de Salamine. \'. Asopc*
Cenchritts et Lèches , de Pyiène.
Cèlo, de la Terre (sa8).
Clùut, d'une, nymphe que Neptune trouva dans l'île de Chio,
alors déserte.
Chrysès, de Chrysogénie, fille d'flalmus. Chrysès lut père de Mi-
nyas„que l'on l'ait encore descendre de Neptune et de Catlirhai
(218) ou de Tritoginic (57). Il épousa Clitodora , dont il eut les Iroi»
Min éi des (1 76).
Chthonius , de Syma.
Cromus , d'où le village de Crommyon , dans la Corinthicj a pris
son nom.
Cycnus, de Calycé.
Cymopolie , Diceeu» , Minyas ou Minée, et Sytic , de Callirhoé.
Dorus et Hippothoiis ou Hippolhoon, d'AInpc, fille de Cercyon (75).
Hippothoûs épousa Mégauùe (>go), dont il eut Alias.
Elis, d'Euiypyle ou Eurydice , fille d'Endymion (56).
Epopée ou Epapkux, Iphimcdie et Trinpas ou Triops , de Canace ou
Canacé (5j}. Epopée l'ut père de Marathon; Marathon île Sicyon et
,de Oorinlhus. De Tiiop.is naquirent Erésichihon et Iphimcdie.-
Eumolpe , de Chioné, fille de Roréc (204).
Euphéme, d'Europe , fille de Tilye (272).
Etirypyle , roi de l'ile de Cos , qui l'ut tué par Hercule.
Easirus, père de Térambu*.
Glaucus, de Jiaïr.(2i8) ou d'Alcyone ( 229).
Rira ou Dira , de Cérès.
Rippodamas , de Périmèle.
iphiallc ou Éphiatte et Oins, d'Iphimédie ( 53 ).
Lamie, mère d'HéropIiile ( 119 bis ).
Lamus, roi des Lestrigons, qui bâtit Formies en Italie. C'est de
lui que prétendaient de-<endre les Lamia de itome.
Lycus et Nyctèc, de l'Atlantide Céléno ( 5'i ). Lycus épousa
Dircé, dont il eut Dascylus ; et Nyclée , Polyxo ou Amalthée, qui le
rendit père d'Antiopc (56) , de Rfyctimène et de Nyclis.
Megurius , d'CKnope , fille d'Epopée (36 ).
Mclané, de laquelle le fleuve Mêlas, en Béotie, prit son nom.
Massapc, habile écuyer qui, de Béotie, vint s'établir en Italie.
Myto , de Mitylène.
Kauplius, de la Danaïdc Amymone ( 274). Nauplius épousa Cly-
mène, dont il eut Patamcde.
Nausithoiis rde Péribée. H eut pour fils Alcinoiis, qu'Arétée rendit
père de cinq fils , et de Nausicaa. On donne aussi Pheax pour père à
Alciuoiis.
couns
OEoclui, d'Ascra, qui donna son nom à la patrie d'Hésiode.
Ogygés , premier roi connu de l'Attique. On le dit encore issu de
la Terre , et originaire d'Egypte ou de Phénicie. Mais son origine ,
la durée de son règne , sont tellement enveloppées d'obscurités ,
que les Grecs appelaient Ogygies tout ce qui était d'une antiquité
reculée. Il eut pour femme ïhébé, fille de Jupiter et d'Iodamé ,
dont il eut deux fils , Cadmus et Eleusinus , ainsi que trois filles,
Alalcomène , fyutis et Thelsinie. Ogygès régna sur la Béotie, qui prit
de lui le nom. d'Ogygie. L'Attique obéit à ses lois. Sous le rèjne de
ce prince arriva dans l'Attique une grande inondation , connue sous
le nom'de l^iluge d'Ogygés , et que l'on place vers l'an 1764 avant
J.-C. , 25o ans avant Deucation (57). Cette inondation fut, dit-on,
causée par le débordement de l'un des fleuvee du pays. Le règne
«l'Ogygès sert d'époque à un phénomène arrivé dans le ciel. On vit,
dit-on , la planète de Vénus changer de couleur, de diamètre , de.
ligure et de cours.
Oncheste , fondateur d'Onchesteen Béotie.
Parnasse, de Gléodore ou Cléopompe.
Pèlias et Nélée,de ïyro fille de Salmonée (57), qui épousa Crétée
dont elle eut Eson. Pélias épousa Anaxibie, fille de Bias ( 1 1 3), qui lé
rendit père d'Amphînome , d'Hippothoè, d'Aniinoè , d'Astèropie, de
Pélopie , de Pisidie, d'Acaste, à'Alceste et d'Ampycus. Acaste eut
Aclor, d'Astydanlie (v. Ancée), de Créthéis ou d'Hippolyte. Ain-
pycus fut père d'^rua», et celui-ci d'Agenor.
Nélée épousa Ghloris. Il en eut une fille, Pero, et douze fils, Age'
rochus , Atastor, Pylaon ou Pyton , Chromius , Deimaque , Egyptus ,
Crolicus, Atreus , Epidaiis , Evagore, Rhadiut , Nestor.
Pylaon fut père d'Arnè ou d'Antiope, qui rendit Euryte (n 3) père
de Ûeion, de Clylius, d'fplùtus , de Toxéut et d'/o/e.
Nestorépousa Eurydice ou Anaxibie, dont ileutdeux filles, Pisidice
et Polycasle, et sept fils : Perse, Slratieus, Arétus, Echéphron, Pisistrate,
Aniiloqtte et Thrasymède.
Quant à Eson, il épousa Alcimède, qu'on nomme encore Amphi
nome , Polymède, Polyphèmeou Théognète , et de ce mariage na
quit Jason, dont le premier nom était Dioméde. Jason eut de Mé-
dée (lut)* Efiop'15 » Alcimène, Thessalus et Tisandre.
Pèriclymène ou Erictymène , d'Astyphile.
Pheax, de Cercyra. V. Asope.
Phocus, qui fut père de Panopée et de Crisus. Crisus eut pour fils
Strophius, qui donna le jour à Pylade.
Phlhiiit. 7 --, .?
Polyphème, de Thoosa (228).
Hliodos , de Vénus.
Sarpédon, tué par Hercule à cause de sa cruauté.
Sélinus, père d'Hélice.
Sieulus , qui régna dans la Sicile, a laquelle il donna son nom.
Taphius ou Taphus, d'ilippothoé , ou de Pisidice, fille de Nestor.
( Appcndix , au § 27J.) Taphius eut pour fils Ptérélas , père de Go-
métho.
Taras , fondateur de Tarente.
Tiphys. On lui donne encore pour pére Hagnius ou Phorbas.
Enfin Neptune, sous la forme d'un bélier, eut de Théophanc ,
déguisée en brebis, le fameux Chrysomallon , ou bélier à toison
d'or, qui donna lieu à l'expédition des Argonautes.
DE MYTHOLOGIE. »53

§ 222 bis. — Expédition des Argonautes. — Causes


de cette expédition. — Part qu'y prit Hercu le.

L'expédition des Argonautes est l'un des évènemens les


plus fameux de la mythologie.
On a donné ce nom aux héros grecs qui s'embarquèrent
sur le navire Argo, vers l'an i5Ô3 ou 1^19 avant J.-C,
environ 79 ou 35 ans avant la guerre de Troie , pour aller
en Colchide, sous la conduite de Jason, conquérir la Toi
son d'or.
Eétès , roi de Colchide , ayant fait périr Phryxus , fils
d'Athamas et de Néphélé , qui s'était réfugié près de lui sur
un bélier à toison d'or, s'empara de ce riche trésor. Vers
ce temps, lorsque Jason, fils d'Eson (222) , [que l'usurpa
teur Pélias avait chassé du trône d'Iolchos , eut redemandé
sa couronne , Pélias promit de la lui rendre , à condition
qu'il vengerait la mort de Phryxus, leur proche parent,
et qu'il enlèverait la toison d'or; ce qu'il regardait comme
impossible. Jason, aussi vaillant qu'avide de gloire, se
jeta dans cette entreprise avec joie. L'élite des princes
grecs voulut partager ses périls. Hercule, Thésée, Castor
et Pollux, Orphée, Nestor, jeune alors, et tous les autres
héros de ce temps , s'embarquèrent avec lui sur le navire
Argo. Ce fut Hercule à qui l'on confia d'abord le com
mandement. Mais l'ambitieux Jason, jaloux de cet hon
neur, abandonna le héros sur une plage déserte de la Mysie,
pour se faire déférer le premier rang.
On donne à cette circonstance une autre origine. Her
cule avait transporté sur le navire Hylas , fils de Thioda-
mus, qui régnait en Mysie. Un jour que les Argonaute*
débarquèrent sur la côte d'Asie pour y faire provision
d'eau , le jeune Hylas suivit ses compagnons à la fontaine ,
et s'y noya. Les poètes ont embelli cette histoire, en di
sant que les Nymphes des eaux, éprises de sa beauté, le
ravirent au fond de leur retraite , et qu'Hercule, déses
péré de sa perte, abandonna les Argonautes pour aller à
sa recherche.
Hylas et les nymphes, de Frank, au Musée.
On prétend encore que la voracité d'Hercule était si
grande, que les Argonautes l'obligèrent de sortir de leur
navire, dans la crainte qu'il ne dévorât à lui seul toutes
leurs provisions (216 quater , XVII).
354 COURS
II. — Départ des Argonautes. — Description
de leur voyage.
Avant de commencer leur voyage , les Argonautes of
frirent, sur le rivage , de la farine , de l'huile et du miel à
toutes les divinités de la mer, et leur immolèrent des
taureaux (218).
Ils partirent d'Iolchos, ville Thessalienne, et débarquè
rent d'abord à Lemnos, île habitée par les Amazones. Ils
v séjournèrent deux ans, et rendirent mères toutes les
Lemniennes , qui venaient de massacrer leurs maris. Ils
prirent terre de là dans la Troade , puis à Cyzique,
où Cyzicus, roi du pays, leur fit un accueil honorable.
La nuit qui suivit leur départ , une tempête les rejeta sur
les côtes de Cvzique ; ils y furent attaqués par les habitans,
qui les prirent pour les Pélasges, leurs ennemis. Dans ce
combat nocturne, Cyzicus fut tué par Jason , qui, pour
expier ce meurtre involontaire, peu content de faire à ce
prince de magnifiques obsèques, offrit encore un sacrifice
lolennel à la mère des dieux.
De Cyzique , les Argonautes allèrent en Bébrycie , de
puis Bithynic, contrée dans laquelle Pollux eut la gloire
de tuer Amycus , qui l'avait osé défier au combat du ceste
(a 16 Jetéspar la tempête à Salmydesse, surles côtes delà
Thrace, ils y délivrèrent Phinée de la persécution des
Harpies. Ce prince, pour reconnaître ce service, dirigea
leur course au milieu du détroit des Symplégades , par
où les illustres voyageurs débouchèrent heureusement
dans le Pont-Euxin. Ils visitèrent ensuite le pays des
Maryandyniens, où régnait Lycus, qui fut tué par Her
cule , et perdirent dans ce pays Idinon, un de leurs com-
Fagnons, et leur pilote Tipliys. Ils passèrent de là dans
île d'Aricie , où se trouvaient les enfans de Phryxus
qu'Eétès , leur aïeul , envoyait en Grèce prendre posses
sion de l'héritage de leur père. De cette île , enfin , ils
arrivèrent sous les murs d'jEa, capitale de la Colchide.
Lorsque Jason eut appris au roi l'objet de son voyage ,
ce prince mit des conditions si dures à la restitution de la
toison d'or, que les Argonautes paraissaient devoir tous
périr dans l'entreprise avant de les avoir remplies.
DE HÏTHOLOGIE. 955
III. — Suite de l'expédition des Argonautes. — Con
ditions mises à la restitution de la toison d'or. —
Comment Jason triomphe des difficultés. —
dée. — Fuite de Jason et de Médée.
Jason devait dompter deux taureaux dont les pieds
étaient d'airain ainsi que les cornes , et qui vomissaient des
tourbillons de flamme ; il devait les attacher à une char
rue de diamant, s'en servir pour labourer un champ da
quatre arpens, semer les dents d'un dragon d'où devaient
naître un grand nombre d'hommes armés qu'il fallait ex
terminer jusqu'au dernier, tuer le dragon qui veillait
jour et nuit à la garde de la toison d'or, et, ce qui sem
blait enfin le plus difficile, exécuter tous ces travaux en
un seul jour.
Heureusement Médée , fille du roi , conçut pour Jason
un violent amour. Dans un entretien secret qu'ils eurent
au temple d'Hécate, Jason fit serment de l'épouser et
de la conduire en Grèce; de son côté la princesse lui
promit de seconder ses efforts et de le faire sortir vain
queur de toutes ses épreuves. En effet , cette habile magi
cienne déploya, pour la réussite de son projet, toute la
puissance de son art, et Jason triompha de tous les ob-
stacles,.au grand étonnement de ses compagnons , d'Eétès,
et de tout le peuple de la Golchide. En effet, il dompte
les taureaux, laboure le champ , y sème les dents du dra
gon, lance une pierre au milieu des combattans, qui sorti
rent de terre et s'entre-tuèreut aussitôt, assoupit le mons
tre avec une boisson préparée par son amante, enlève la
toison d'or, et s'enfuit précipitamment avec la princesse et
ses compagnons.
Poursuivis par Absyrte , fils du roi , les deux fugitifs lui
'donnentla mortetdispersent ses membres sur lespasd'Eé-
tès, afin de retarder sa marche. Pénétrant ensuite dans le
Palus - Méotide, ils abordent dans l'île de Peucestes
et dans celle de Circé. Là , cette enchanteresse déclaro
à Jason que le meurtre d'Absyrte, dont elle ne voulut pas
lui donner- l'expiation, sera la cause des malheurs qui si
gnaleront son retour.
Malgré cette prédiction, ils continuent leur voyage.
Entraînés jusqu'aux colonnes d'Hercule, ils rentrent dans
la mer Méditerranée, et traversant le détroit de Charybdeet
de Scylla, manquent d'y périr, si Thétjs, amante de l'Ar
gonaute Pélée, ne les eût aidés de sa puissance {i 19).
a56 COURS
IV. — Suite de l'expédition des Argonautes. —
Retour des Argonautes.
Les Argonautes vinrent également à bout de se sous
traire aux enchantemens des Sirènes, par la vertu des
sons qu'Orphée tira de sa lyre. Arrivés à l'île des Pliéa-
ciens, ils y trouvèrent la flotte ennemie , qui n'avait cessé
de les poursuivre. Elle demandait que Jason livrât Médée.
L'épouse d'Alcinpiïs, roi du pays, fut prise pour arbitre
entre les Colchidiens et les Argonautes. Mais cette prin
cesse , après avoir fait marier Jason et Médée dans la nuit
même, déclara que, le mariage étant consommé, la de
mande d'Eétès n était plus recevable.
De Phéacie, les Argonautes gagnèrent le golfe d'Am-
bracie, d'où la tempête les jeta sur les côtes d'Afrique.
Après un grand nombre de traverses, ils abordèrent au
cap Malée , dans le Péloponèse , où Jason fut purifié du
meurtre d'Absyrte, et c'est de là qu'ils revinrent enfin en
Thessalie.
Selon quelques auteurs , les Argonautes prirent une au
tre route. Ils remontèrent Une des bouches du Danube,
tandis qu'Absyrte les poursuivait sur une autre. Quand
ils eurent navigué quelque temps, l'eau du fleuve leur
manqua , de sorte qu'ils transportèrent leur vaisseau jus
qu'à la mer Adriatique , et qu'ils arrivèrent dans la Médi
terranée par l'Eridan et le Rhône. C'est alors qu'ils tuèrent
Absyrte, qui suivit le même chemin qu'eux , et transporta
son vaisseau de la même manière. Alors , le chêne pro
phétique de Dodone, qui servait de mât (1), déclara que
Jason n'arriverait dans sa patrie qu'après avoir été purifié
de ce meurtre. Ce prince fit aussitôt voile pour l'île d'jEa ,
où Circé le purifia sans le connaître.
Selon une autre tradition, les Argonautes firent un
second voyage en Colchide, et visitèrent plusieurs îles de
l'Asie.
Jason, statue antique , dite Cincinnatus, Musée français. —Jason
Tenant d'enlever la toison d'or, de Parmentier.

(1) Le navire Argo, qu'on avait construit dans la forêt de Dodone.


rendait des oracles et prédisait aux Argonautes les malheurs dont ils
étaient menacés ( 45 ).
DE MYTHOLOGIE. >57

V. — Suite de l'expédition des Argonautes. — Noms


des Argonautes. — Conjectures sur cette expé
dition.
L'expédition des Argonautes a été célébrée par les plus beaux gé
nies de l'antiquité ; Orphée en fut à la fois un acteur important et
le chantre.
Le nombre des Argonautes n'est pas parfaitement connu; les
uns le portent à cinquante-quatre , les autres à cinquante, et l'opi
nion la plus commune, à cinquante-deux. La liste suivante renferme
tous ceux qui sont nommés dans les diiférens auteurs.
Acaste , fils de Pélias. ( Pi
Actor, Hippase. lote ) , — Neptune.
Actorion , Iras. Eubotcs ( mé
Adméte , Phérès. decin ) , — Téliou.
JLthalidès Mercure. Esculape (mé
Almèneou lal- decin ) , <«— Apollon.
mène , Mars. Eumédon , — Bacchus.
Amphiaraùs , Oïclée. Euphème , — Neptune.
Amphidame,, Alée. Euryale , — Cistée.
Ampliion, As- Eurydainas ,
térius . — Hippérasius Eurytion, — Iras.
Ancée ou Ana Euryle , — Mercure .
cée , — Lycurguc. Glaucus, — Sisyphe.
Ancée , — Neptune. Hercule , — Jupiter.
Anchistce. Hippalime , — Pélops.
Aréus, Bias Idas , — Apharée.
Argus ( con ldnion , — Abas.
structeur d'Argo). Iolas , Clymène, — Iphiclus.
Argus , lils de Phryxus. Iphiclus , — Thestius.
Armènc. Iphiclus , — Phylax.
Ascalaphe , Mars. lphitus , — Euryte.
Astérion , Cométès. I phi lus, — Ornytion.
Astériii8 , Nélée. Irhis , — Alcctor.
Augias , Soleil. II itus , — Naubolc.
Atalantc, Schœnée. Jason, — Eson.
Autolyeus , Mercure. Laërte , — Arcesius.
Azore (pilote) Laocoon , — Parthaon.
Butés , Téléon. Laodocus, — Bias.
Calais , Borée. Leitus , — Alcctor.
Ganttius , Abas. Lyncée, — Apharée.
Castor , Jupiter. Méléagre, —- OEnée.
Cénée Elatuf. Menœtius, — Actor.
Céphée , Alée. Mopsus, — Ampycus.
Cius et Eury- Nauplius , — Neptune.
tus , Euryte. Nélée , — Eaque.
Coronus , Cénée. Oïlée (père d'Ajax)
Deucalion Minos. Orphée , lils de OEagre.
Echion ( hé- Etolus.
raut ) — Mercure. Eaque.
«58 cours
Pénélée, — Hippalcus. Polyphèmc , — Elate.
Périclymène , — Nélée. Priassus, — OEnée.
Phalèie, — Alcon. Slaj<hyle. — Bacchoa.
Phanus , — Bacclius Tah.tis.
Fhilammon, — Apollon. Trlamoa , — Eaque.
Philoctète, — Poean. Thésée, _ „r- — Egée.
Phlias , — Bacchus. Tiphys ( pi-
l'hocus, — Cénée. lotc), . — Hagnias.
Pirithous, — Ixion. Tydée , — Diomède.
Pœas, — Thaumaquc.Zclbès , — Borée.
Poilux , — Jupiter.
Nous avons exposé la fable telle qu'elle est racontée par les
poètes. L'historien, après avoir rapproché les diverses circonstances
de ce récit , 1 1 l'avoir dépouille du merveilleux dont la poésie s'est
pluàl'entnurer, conjecturera que l'expédition des Argonautes nefut
qu'une expédition commerciale ; et que les Grecs , qui depuis l'ar
rivée des colonies phéniciennes étaient presque entièrement adon
nés au négoce, équipèrent, a frais commun, une flotte ( et non un
seul vaisseau ) peur affranchir le commerce du Pont-Euxin des en
traves qu'y mettaient différentes nations barbares qui en habitaient
les bords. En effet nous voyons que les Argonautes étaient presque
tous de villes commerçantes; Hercule , Talaûs et Landocus d'Argos;
Périclymène et Nestor , de Fylos ; Thésée , Castor et Poilux
( si toutefois ils purent être de l'expédition), d'Athènes ; Erginc ,
de Milet , etc. On se réunit dans le port d'iolchos , pareequa
c'était le plus septentrional, et par conséquent le plus voisin du Pont-
Euxin. Il paraît qu'après être arrivés avec de grands dangers en
Colcliide , les Grecs furent mal accueillis par Eétès ; qu'ils furent
forcés de fuir ; que, dans leur fuite , ils coururent encore les plus,
grands péiils, et revinrent en Grèce avec un seul vaisseau.
§ 222 ter. — Chasse du sanglier de Caljdon.
I.
La chasse du sanglier de Calydon se rattache, par le»
personnages, a l'expédition des Argonautes.
Méléagre était fils d'OEnée, roi de Calydon, et d'Althée,
fille de Thestius. Les Parques , qui présidèrent à sa nais
sance , annoncèrent sa grandeur future. Clotho prédit qu'il
serait doué de vaillance ; Lachésis , d'une force extraordi
naire; Atropos, qu'il vivrait aussi long-temps que durerait
Un tison qui brûlait alors dans le foyer.
Naissance de Méléagre, de Luini, Musée, n° »o5.
Althée, pour prolonger la vie de son fils, éteignit aussi
tôt le tison , et le garda soigneusement. Méléagre se fit
bientôt une grande réputation. Dans sa première jeunesse,
il prit part à l'expédition des Argonautes, sous les auspice»
de Léodatus, frère naturel d'OEnée; mais lui-même fut
dans le fait le chef de la chasse du sanglier calydonien ,
DE MÏTHOLOGIE. î5g
l'un des évènemens les plus importans de l'antiquité fa
buleuse.
OEnée venait d'offrir un sacrifice solennel à tous les
dieux, pour leur rendre grâces de la fertilité dont ses états
avaient joui. Diane seule fut oubliée. Pour s'en venger,
elle envoya près de Calydon un sanglier furieux qui rava
gea toutes les terres du roi , déracina les arbres chargés de
fruits, et désola les campagnes. Il était , dit-on , de la gran
deur d'un taureau; ses soies étaient comme des lances, et ses
défenses comme celles d'un éléphant; il vomissait une va
peur tellement pestilentielle, que son haleine seule frap
pait de mort. Méléagre assembla de toutes les villes voisines
un grand nombre de chasseurs et de chiens, pour délivrer
son pays de ce fléau. Les princes, au nombre de quarante-
cinq , étaient, outre Méléagre :
Admète , fils de Phérès. Jason , — Eson.
Adraste. Laërte ( père d'Ulysse ).
Amphiaraiis , — Oïclée. ' Lelcx.
Amphicyde. Leueippe.
Ancée , — Lycnrgue. Lyncée , fils d'Apharée.
Alalante , fille de Schoenée. Ménélius (père de Patrocle ).
Castor , fils de Jupiter. Nestor.
Cénée. Panopée.
Céphée , — Lycurguc. Pelée, fils d'Eaque.
Coûtés. Phrcnix, — Amyntor.
EcbioD. Phytéa.
Eurytion , — Aclor. Pirilhoiïs, — Ixîon.
Hippase. Plrxippe (frère d'AItliée).
Hippothoiis , — Cercyon. Pollux , fils de Jupiter.
Hyfce. Prothée.
Idas , — Apharée. Trlamon, — Eaque.
Iolas. Thésée, — Egée.
— Amphitryon.Toxée ( frère d'Althée ),
Les fils de Thestius et les quatre fils d'Hippocoon.
Echion fut le premier qui lança son javelot contre le
sanglier, mais il le manqua. Jason ne fut pas plus heureux.
Mopsus l'atteignit , mais sans le blesser. Cependant le san
glier , devenu plus furieux encore , renversait tout sur
son passage. Déjà plusieurs des chasseurs étaient griève
ment maltraités, lorsque Atalante , chasseresse intré
pide , atteignit le monstre d'un coup de flèche derrière
l'oreille. Au même instant les autres, fâchés qu'une femme
eût porté le premier coup, accoururent tous pour l'assom
mer. Méléagre le blessa de son javelot et lui plongea son
épée dans le flanc. Amphiaraùs lui fit à son tour une large
blessure et l'acheva.
COURS
II. — Atalante. — Ce que fait Althée. — Mort de
Méléagre. — Diverses manières dont on la ra
conte.
Méléagre, qui s'était , pendant la chasse , épris d'amour
pour Atalante, lui donna pour sa part du butin la hure de
cet animal. Plexippe et Toxée, frères d'Althée, voulurent
disputer à l'héroïne cet honorable présent; mais Méléagre
les perça de son épée.
Il en consacra la peau dans le temple de Minerve Aléa.
Les Arcadiens placèrent ses défenses à Tégée, d'où Auguste
les transporta a Rome, pour punir les Tégéates d'avoir em
brassé le parti de Pompée. L'une était brisée , et l'autre ,
encore entière, avait près de deux pieds de longueur.
A la nouvelle de la victoire de son fils, Althée courut au
temple pour en rendre grâces aux dieux; mais apprenant
bientôt après que ses frères avaient été tués par Méléagre,
elle oublie qu elle est mère, et, dans son ressentiment,
elle jette au feu le tison fatal auquel était attachée la vie
de son fils. Méléagre mourut en effet dès qu'il fut con
sumé.
On raconte autrement la mort de Méléagre. Selon Ho
mère , après la mort du sanglier, Diane , toujours irrjjée ,
excita entre les Etoliens et les Curètes un violent démêlé
pour la; hure et la peau du monstre. La guerre s'allume ,
et les Etoliens, quoique inférieurs en nombre, sont vain
queurs tant que Méléagre est à leur tête ; mais Méléagre
les abandonne, outré de ce qu'Althée, sa mère, désespérée
de la mort de ses frères, qu'il avait tués dans le combat , le
dévouait aux Furies. La fortune change alors ; les Curètes
reprennent l'avantage. Méléagre résiste aux supplications,
aux présens de ses concitoyens , aux larmes même d'un
père. Cléopâtre, son épouse, le détermine seule à repousser
l'ennemi , déjà maître des avenues du palais et sur le point
d'embraser la ville. Méléagre reprend les armes, chasse les
Curètes ; mais il n'obtient pas la récompense promise , et
les Furies, appelées par les imprécations d'une mère, abrè
gent ses jours.
Cléopâtre ne put survivre à la mort de son mari. Al
thée , cause de sa mort , se pendit de desespoir.
Atalante, aux Tuileries. —► Méléagre, aux Tuileries et au Musée
Pie-Clementin. — Sanglier de Galydon , aux Tuileries. — La mort
de Méléagre, sarcophage , ,à la villa Borghèse. — Méléagre et Ata
lante, paysage de Blanchard.
DE MYTHOLOGIE.
§ 220. — Des attributs de Neptune. — du trident.
Neptune , comme dieu de la mer, ne le cédait qu'à Ju
piter en puissance. Non seulement il étendait son empire
sur l'Océan , les fleuves et les fontaines , mais il pouvait en
core exciter des tremblemens de terre et faire sortir des
îles du fond des eaux. Ou le croyait encore la divinité tu-
télaire des murailles, qu'il affermissait ou renversait à son
gré-
• Q§ le représente debout, sur un char en forme de
conque, et traîné par des chevaux marins ou des coursiers
ailés. D'une main il s'appuie sur un dauphin , et de l'autre
il tient un trident.
Le trident était un sceptre à trois pointes, ou fourche à
trois dents, symbole qui marque le triple pouvoir de Nep
tune sur la mer, les fleuves et les fontaines. Peut-être
signifiait-il encore qu'il peut à son gré la diriger, la soule
ver ou la calmer. Le trident entrouvrait la terre chaque
fois que Neptune l'en frappait.
Homère le dépeint sortant du sein des eaux et franchis
sant l'horizon en trois pas. Le bruit de sa marche , dit le
poète, fait trembler les montagnes et les forêts. Les mons
tres marins l'environnent , et la mer elle-même paraît sentir
sa présence.
Bassin de Neptune , à Versailles. — Neptune et Amphitrite , de
Jules Romain , cabinet particulier. — L'Eau personnifiée dans Am
phitrite , de l'Albane. — Réveil des eaux , Neptune et Amphitrite,
de Le Brun , à Versailles , cabinet d'Apollon.
§ 224. — Des noms et des surnoms deNeptune.
Le mot Neptune dérive, selon Varron, de Nubes, parce-
qu'il couvre toute la terre ; il vient plutôt du grec Neptô,
laver, parcequ'il baigne les côtes.
Neptune s appelait en grec Poséidon; ce mot veut dire
époux de la terre, ou qui l'ébranlé en la frappant du
pied.
Le Neptune Equestre ou Hippius n'est autre chose que Consul,
divinité révérée par les anciens Romains comme le dieu du conseil.
Son temple était dans le grand cirque , à l'extrémité de la lice ; il
était enfoncé de moitié dans la terre , pour montrer que les desseins
doivent être tenus secrets.
I. Surnoms tirés des lieux :
Egeus, ville d'Eubée.
Gereslius, de Géreste , port de l'île d'Eubée.
Belicenius, d'Hélice , ville d'Achaïe.
l6* COURS
htlwù'is , de l'isthme de-Corinthe , où il avait un autel.
Nisyretts, de Ni?yre, l'une des Sporades, que Neptune, pour en
gloutir le géant l'olybotés, sépara de 111e de RUodes dont elle dépen
dait (54).
Onchcstins , d'Onchcsle , ancienne ville de Béotle.
Samius , de l'île de Samos , dont les habitans lui bâtirent on
temple sur le bord de la mer.
Suniaratc. du promontoire Sunium.
II. Surnoms tirés des circonstances :
Epaetœus , qui préside au rivage chez les Samiens. V. Samiut.
Ericlilliionius ou Ercchthùe ( chez les Athéniens).
flippocuriux , ou tondeur de chevaux. ~ •
Mycctas , du mot grec qui signifie mugir , pareequ'on lui sacri
fiait des taureaux tout noirs.
Phytalmius , a Trézène. Ce surnom lui fut donné pareeque, irrité
contre les Trézéniens, il inonda tout le pays des eaux salées de la
mer, et ne cessa de les affliger jusqu'à ce qu'ils l'eussent apaisé par
des vœux et des sacrifices.
Prosclytius , pareeque, ayant inondé l'ArgoIide , il en retira lei
eaux à la prière de Junon.
III. Surnoms tirés des qualités : ,
Alexicacus ou libérateur. Les pécheurs donnaient ce surnom à
Neptune.
Asphalion, qui affermit la terre.
Tiasileus , ou roi, chez les Trézéniens.
Cerulcus fraicr.
Damœus ; répond au surnom Equestre.
Domatilcs, à Sparte, comme domptant les tempêtes.
Ennosigœuif Enosichthon , qui ébranle la terre.
Equestre.
Geaoclius. V. Asphalion. Neptune avait affermi la terre flottante
43e Délos.
Gènisius , GenclMius . auteur de la génération , en sa qualité de
dieu des eaux (217).
Hippius. V. Equestre.
Hippodrome , qui court traîné par des chevaux ( 225 ).
Mesopnnlius , qui se tient au milieu des mers.
Petrœus , qui commande aux rochers.
Pontomedon , Salsipolcns , souverain des mers.
.Saturnins ( 22 }.
Sisichlhon V. Ennosifiœus.
Taureus, Tanriceps. C'est le snrnom ordinaire de l'Océan , surnom
qui s'étend à Neptune ainsi qu'aux dieux des fleuves, qui tous
étaient représentés la tète armée de cornes , soit à cause du mugis
sement des vagues, qui ressemble ,à celui du taureau, soit à cause
des branches diverses ( en latin , cornua ) que ferment les fleuves.
Tridcntifer , Tridentiger. ( aa3).
§ 225 — Du culte, des fêtes et des jeux de Neptune.
Neptune était adoré presque partout. Outre les Libyens,
qni le regardaient comme leur première divinité , la Grèca
DE MYTHOLOGIE. *65
et l'Italie , surtout dans les lieux maritimes , avaient un
grand nombre de temples élevés en son honneur. .
En général on immolait à Neptune le bœuf et le che
val , et les devins lui présentaient particulièrement le fiel
des victimes, dont l'amertume est analogue à celle des eaux
de la mer.
Les Athéniens avaient consacré à Neptune un de leurs
mois, sous le nom de Poséidon (224)»qui répondait or
dinairement à décembre.
Chez les Romains c'était le mois de février , soit à cause
des purifications qui se faisaient à cette époque avec de
l'eau de mer, soit à cause des navigations, qui commencent
au printemps.
Les (?oi!î«ate,instituées par Evandrc,et renouvelées par Rornutu»,
M célébraient à Rome , dans le mois de juillet, en l'honneur da
Consus ( 324)- On lui sacrifiait un bélier et l'on faisait de magni
fiques cavalcades. Tant que duraient ces fêtes , les chevaux , les
mulets et les ânes, exempts de travaux, jouissaient d'un repos que
personne n'eût osé troubler. On les promenait dans les rues, coji-
ronoés de fleurs. Ce l'ut pendant la célébration de ces fêtes que les
Romains enlevèrent les Sabines.
Les Gcrestics se fêlaient à Gére^te (aa4).
Les Hippocraties étaient des fêtes arcadiennes en l'honneur d»
Neptune ilippius.
Les jeuxlsthmis/nes, ainsi nommés de l'isthme de Corin-
the, furent établis par Thésée pour honorer Neptune, dont
il se vantait d'être fils (220^278).
Ces jeux, que l'on regardait comme sacrés, avaient lieu
tous les cinq ans, ou , selon quelques auteurs, de trois ans
en trois ans. La ruine même de Corinthe, par Mummius,
ne put en empêcher la célébration ; seulement les Romains
ôtèrent aux Corinthiens le droit d'y présider comme juges,
pour le donner aux Sicyoniens, et ne le leur rendirent
qu'après le rétablissement de leur ville. Ou y disputait,
Ciimme aux jeux olympiques, le prix de la lutte , de la
course, du saut, du disque et da javelot. Il paraît même
que les poètes et les musiciens étaient admis au combat.
On décernait aux vainqueurs des guirlandes de feuilles
de pin.
Le concours'de peuple était si grand à ces jeux, que les
principaux membres des villes grecques y pouvaient seuls
être placés.
Les jeux isthmiques furent célébrés avec une magnifi
cence nouvelle lorsque les Romains y furent admis après
leur victoire. Alors, outre les exercices ordinaires du pen
264 JP3™
tathle, de la musique et la poésie, on y donna le spec
tacle de la chasse, d&ns laquelle on faisait paraître les ani
maux les plus rarais , amenés à grands frais de toutes les
parties du monde^innu. Enfin, ce qui augmentait le lustre
de ces jeux, c'es&yju'ils tenaient lieu d'ère aux Corinthiens.
Les Monophagies avaient lieu chez les habitant d'Egine. Il y man
geaient ensemble et sans domestiques; d'où vinrent les noms de
Monopliages, pour désigner les convives; et de Monophagie , pour la
fête. Les citoyens d'Epine seuls avaient le droit d'y paraître.
Les Neptunales des Romains étaient les mêmes que les f'onsuales.
Les Onchesties étaient observées par les habitans d'Oncheste («4).
Les Panionies furent instituées par les colonies Ioniennes , qui les
célébraient sur le mont Mycalc et le Panionium. Leur nom vient ou
de ce dernier mot ou de la réunion de tous les Ioniens.
Les Posidonies se fêtaient chea les Athéniens , le 8 de Poséi
don. Dans l"île deTénédos, l'une des Clyclades, il y avait hors
de la ville un bois et un temple remarquable par les vastes salles à
manger qui servaient à la foule de ceux qui venaient célébrer cette
fête.
Les Protrygces de Bacchus honoraient aussi Neptune ( iRo ).
Les Samiques se célébraient, dansl'Elide, avant les trêves qui
précédaient l'ouverture des jeux Olympiques.
Les Taurocholics de Gyiique , consistaient principalement dans
des combats de taureavx , que l'on immolait aux dieux après les
avoir long-temps irrités et provoqués à la fureur.
Les Thynnies étaient des fêtes oùles pêcheurs sacrifiaient des thons
à Neptune, pour le prier d'écarter de leurs filets le poisson nommé
xiphias, qui les coupait.
§ 226. — Suite et cortège de Neptune. — De Triton*
— Ses attributs.
Triton , fils de Neptune et d'Àmphitrite , était une an
cienne divinité marine qui semble être le symbole du mu
gissement de la mer.
Triton avait été , selon l'histoire et la fable, le trompette
de Neptune dans la guerre des Géans. Ce bruit extraordi
naire les épouvanta , disent-elles , au point qu'ils prirent la
fuite et cédèrent la victoire aux dieux. C'est au sou de la
conque , ajoutent les poètes , que les eaux se retirent sur
elles-mêmes après la tempête.
On représente Triton sous la figure d'un' monstre moitié
homme , moitié poisson ; tantôt porté sur la surface des
eaux , tantôt traîné dans un char par des chevaux bleus. Il
a toujours à la bouche une conque marine avec laquelle
il annonce l'arrivée de Neptune. On plaçait ordinairement
sa figure au haut des temples de Saturne.
Les mythologues modernes admettent plusieurs Tritons,
qu'ils font hérauts du dieu des mers. 1
DE HÏTHOLOGIF..' 265

g 227. — Protée. — Ses métamorphoses. -^Explica


tion des fables relatives à Protée. — Ses ênfans.
Protée, dieu marin, fils de Neptune et de Phéiiice, et
selon d'autres, de l'Océan et de Téthys, était le gardien des
Phoques ou veaux marins , troupeaux de son père , qui ,
pour le récompenser de ses soins , lui donna la connais
sance de l'avenir. Il faisait sa demeure dans la mer Car-
pathienne, ou, selon quelques auteurs, à Pallène , en Ma
cédoine.
A l'exemple des autres dieux marins, il se reposait sur
le rivage de la mer, où les mortels venaient le consulter
en foule. Mais il était d'un accès difficile. Pour le déter
miner à découvrir ses secrets, il fallait le surprendre pen
dant qu'il dormait , et le lier de manière qu'il ne pût s'é
chapper, sans s'effrayer de ses métamorphoses.
Il prenait en effet toutes sortes de formes pour épouvan
ter les consultants ; celle d'un lion , d'un dragon , d'un léo
pard , d'un sanglier; quelquefois il se changeait en
arbre, en eau, même en feu; mais le serrait-on d'autant
plus étroitement qu'il faisait plus d'efforts pour s'échapper,
vaincu par cette persévérance, il reprenait enfin sa pre
mière figure, et répondait à toutes les questions qu'on
voulait lui faire.
C'est lui que consulta le berger Aristée ( 1 1 3 ) , pour
connaître le moyen de réparer la perte de ses abeilles que
les nymphes avaient fait périr pour venger Eurydice (i3i).
Il apprit de lui qu'il trouverait de nouveaux essaims dans
la peau d'un bœuf immolé aux mânes d'Eurydice.
La fable de Protée est fondée sur l'histoire. Selon Hé
rodote , c'était un roi d'Egypte , connu de ses sujets sons
le nom de Cétès , et renommé pour sa profonde sagesse. Il
régnait du temps de la guerre de Troie. C'est lui qui reçut
à sa cour Hélène et Paris queJa tempête avait jetés sur les
côtes d'Egypte. Instruit de l'enlèvement , il retint la prin
cesse pour la rendre à Ménélas , et chassa Paris de son
rovauine.
Protée était un prince adroit et sage; sa prudence lui
faisait prévoir tous les dangers ;jze qui fit croire qu'il con
naissait l'avenir. Impénétrable dans ses secrets , . il se mon
trait rarement en public, et se promenaità certaines heures
au milieu de ses courtisans. Il avait beaucoup de souplesse
dans l'esprit , et pouvait prendre toutes sortes de formes
i2
a66 . /cotiBS
pour ne jfcnt se laisser pénétrer. D'ailleurs, les rois d'E
gypte avIBit coutume, pour marquer leur courage et leur
puissance^Ble porter sur leur tête la dépouille d'un lion ,
d'un taureTru, d'un dragon, quelquefois des branches
d'arbre.
On en fit un dieu marin parcequ'il était puissant sur
mer; ses sujets, peuple maritime et fort adonné à la navi
gation, furent appelés les troupeaux de Neptune.
On lui donne deux fils , Télégone et Polygone , qui par
leurs brigandages obligèrent leur père à quitter ses états ,
et qui furent tués par Hercule. Il eut aussi plusieurs filles,
dont Cabire, Idothée, Rhëtie, etc., sont les plus connues.
§ 228. — De Phorcus. — Des Grées. — Des Gorgones.
— Méduse.
Phorcus ou Phorcys, dieu marin, était fils de Pontus ou
de Neptune. Il épousa Céto sa sœur; et de ce mariage na
quirent les Grées , les Gorgones , le Dragon des Hespe'-
rides , Scylla, Thoose , Ento, Bathyllus , Chrysaor, etc.
Il occupait , dit-on, les bords du lac Tritonide, dans la
Byzacène. On pense encore que c'était Xin roi de Corse qui
fut défait par Hercule, et qu'on mit au nombre des dieux
de là mer. ' *
Les Grées, c'est-à-dire vieilles, furent ainsi nommées
pareequ'elles vinrent au monde avec des cheveux blancs.
On en compte trois , Enyo , sœur de Mars, Dinon ou Cher-
sis, et Péphrédo. Les Grées se prennent quelquefois pour
la Gorgones.
Les Gorgones s'appelaient Sthéno , Euryale et Méduse.
On les surnommait Phorcydes ou Phorcynides. Leurs
mains étaient formées d'airain , leurs cheveux entrelacés de
serpens , et leur bouche était armée de dents aussi longues
que les défenses d'un sanglier. Selon Eschyle^ elles n'avaient
pour elles trois qu'un œil et qu'une dent dont elles se ser
vaient tour à tour. Selon Ovide, Méduse seule avait une
chevelure de serpens; elle n'était point immortelle comme
ses sœurs ; mais toutes trois changeaient en pierre qui
conque les regardait.
Dans sa jeunesse, Méduse était belle, et de tous ses at
traits, rien n'égalait sa ch^elure. Une foule d'amans s'em
pressèrent de la rechercher en mariage. Neptune obtint la
préférence. Mais Méduse ayant osé se préférer à Minerve,
fa déesse en fut tellement irritée, qu'elle changea les beaux
DE MYTHOLOGIE. 267
cheveux de Méduse en serpens, et donna à ses yeux la
vertu de pétrifier tous ceux qu'elle regarda^ U% grand
nombre d'habitans des bords du lac Tritonide sentirent
le fatal effet de ses regards. Persée, vainqueur de Méduse,
en consacra la tête à Minerve , et c'est depuis ce temps
qu'elle fut gravée sur l'égide ou sur la cuirasse de la
déesse (216 1er, 11 , m). Les héros et les princes anciens de
la Grèce portèrent aussi l'image de la Gorgone sur leurs
boucliers. On la représente sous la forme d'une tête
énorme , hideuse , et hérissée de serpens.
Les uns placent la demeure des' Gorgones au-delà de
l'océan Occidental , les autres dans la Scythie asia^que ,
d'autres enfin en Libye , dans le voisinage du lac Tritoni»
ou du jardin des Hespérides.
§ 229. — Glaucus; ce quil était. — Aventure
de Scylla.
Glaucus, pêcheur d'Anthédon en Béotie, fils de Nep
tune et de Nais, fut rangé parmi les dieux de la mer à
l'occasion suivante. Voyant un jour que les poissons qu'il
étendait sur le gazon prenaient une vigueur nouvelle et
se jetaient dans la mer, il lui prit envie d'en manger, et
sur-le-champ il sentit naître en lui le désir de vivre dans
les ondes. A peine s'y fut-il précipité, que l'Océan et Té-
thys le changèrent en dieu malin*, qualité sous laquelle il
est dépeint avec une longue barbe , les cheveux flottans sur
les épaules, les sourcils épais et réunis.
Glaucus secourut les Argonautes dans leur expédition, et
leur prédit qu'Hercule, ainsi que Castor et Pollux, serait
mis au rang des dieux. Il avait reçu le don de prophétie
d'Apollon, et, selon quelques auteurs, il était l'interprète
de Nérée (219).
Glaucus était sans doute un habile nageur qui restait
long-temps sous les eaux, et qui finit par se noyer.
Après sa métamorphose il aima Scylla, fille dePhorcus.
N'ayant pu la rendre sensible, il eut recours à Circé,
fameuse magicienne, qui, devenue elle-même amoureuse
de Glaucus , résolut de le détourner de cette passion ,
loin de la favoriser. Elle composa pour y réussir un poison
qu'elle jeta dans la fontaine où la nymphe avait coutume
de se baigner. A peine Scylla fut-elle entrée dans les eaux
de cette fontaine , qu'elle se vit changée en un monstre qui*
avait douze griffes , six gueules et six têtes ; une foule de
i G8 couns
t hiens lui sortaient du corps autour de la ceinture; et, par
des hualeinens continuels, frappaient d'effroi tous les
passans. Scylla, effrayée elle-même de sa figure, se jeta
dans la mer près du fameux détroit qui depuis porta son
nom. Mais elle se vengea de Circé en faisant périr les vais
seaux d'Ulysse, amant de la magicienne.
g k3o. — Description de Scylla et de Charybde.
Les poètes ne s'accordent pas sur la description de Scylla.
Selon Homère, elle x\uie voix terrible, et ses cris affreux
ressemblent an rugissement du lion. C'est un monstre
liorriHe dont l'aspect fait frémir un dieu même : il a six
longs cous et six tètes énorhjes , et dans chaque tète trois
rangs de dents qui recèlent la^mort. Selon Virgile, c'est,
depuis la tète jusqu'àyla ceinture., une fille d'une beauté
séduisante; dans le rc'ste du corps, èlleta une queue de
dauphin et un ventre dé loup. Lorsqu'elle voit passer des
\ aisseaux dans le déVoit , elle avance la tète hors de son
antre , et les attire pffhr les faire périr.
On croit que Scyllà'n^était rien autre chose qu'un navire
Tvrrhénien qui ravageait Jes côtes de Sicile, et qui por
tait sur la proue la figure"monstrueuse d'une femme dont
le corps était environné d^.chiens ; et cr qui a aidé à la
fable, c'est le bruit des^agïles qui se brisent contre les
rochers du détroit de Siç^l^ bruit qui imite l'aboiement
des chiens, et l'eau qui se jjfcipite avec impétuosité dans
les gouffres. }
La fable a tellement uni Scylla à Charybde, qu'il estim-
possible de les séparer dans notre ivcit. C'était un gouffre
dans le détroit de Sicile, vis-à-vis de Scylla. Cet écueil, fu
neste aux navigateurs, engloutissait les flots trois fois le
jour, et trois fois les vomissait avec d'horribles mugisse-
mens. Ulysse perdit dans ce gouffre presque toute sa flotte.
La proximité de Charybde et de Scvlla donna lieu au pro
pos que l'on appliquait à ceux qui , pour éviter un mal,
tombaient dans un pire :
Incidit in Scyllam qui vult Wlaf^Cliarybdiai. (Ilor.)
§ 23 i. — De Pégase. — De Chrysaor. — D'Echidna
et de ses en fans. — De la Chimère. — Bellérophon.
Du sang qui sortit de la pla:c, de Méduse ( 228) naqui
rent Pégase et Chrysaor.
DE MYTHOLOGIE. 269
Pégase , qu'Hésiode appelle fils de Neptune et de Mé
duse, était un cheval ailé. Son nom lui vient de ce qu'il
naquit près des sources (pegè) de l'Océan. A. peine Vit-il
la lumière, qu'il s'envola vers le ciel. Selon Ovide, il s'ar
rêta sur le mont Hélicon , son séjour habituel tant qu'il
fut sur la terre ; c'est là que d'un coup de pied , il fit jaillir
la fontaine Hippocrène (128). Neptune et Minerve l'ayant
dompté, le donnèrent à Bellérophon , qui le monta pour
combattre la Chimère. Quant à Pégase, placé parmi les
astres, il y forma une constellation. On croit que ce cheval
ailé n'était autre chose qu'un navire orné d'une figure de
cheval à sa poupe.
A.U moment de sa naissance , Chrysaor tenait une épée
d'or à la main , et c'est de là qu'il a pris son nom. Il épousa
l'Océanide Callirhoé, de laquelle il eut Échidna, Gérfon
et la Chimère.
Echidna offrait, dans la moitié supérieure de son corps,
les formes d'une belle femme, et dans l'autre celle d'un
affreux serpent. Elle eut de Typhon (.59), Y Aigle ou le
Vautour de Proiuéthée (5G)-7 Cerbère»(269), le 4)ra-
gon de la Golchide (2226/5, m), Gorgon, Y Hydre de
Lerne (216 quater, iv) , le Lion de Némée (m), Orthos
et le Sphinx ('270). Quelques auteurs y joignent Gcryon
et la Chimère.
Géryon figure dans l'histoire d'Hercule (2 1 6 quater, x).
Quant à la Chimère , elle avait trois têtes qui vomis
saient continuellement des flammes , celle d'un bouc , celle
d'un taureau et celle d'un lion. Son corps ressemblait au
lion par le haut, au dragon par le bas, au bouc par le
milieu. Ce monstre,qui vivait dans la Lycie, n'était, selon
les uns , autre chose qu'une montagne volcanique de ce
pays, dont le sommet était habité par des lions, le pen
chant couvert de chèvres, et le pied, rempli de serpens.
Selon d'autres, la Chimère n'était que le vais eau d'un- pi
rate dont la proue portait la tête d'un lion , le corps ce
lui d'une chèvre , et la poupe , la queue d'un serpent j ce
qui s'accorde assez avec l'explication donnée sur Pégase.
On dit que la £himère eut d Orthos, le Sphinx et le Lion
deNe'me'e.
La Chimère illustra Bellérophon.
Bellérophon était fils de Glaucus et d'Eunniède, en-
fans de Sisyphe (57, 271). Dans sa jeunesse, il tua son
frère Bellérus à la chasse ; ce qui fit changer son premier
nom, Hipponoiis, en celui de Bellérophon. Ce meurtre le
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força de se retirer à la cour "de Prœtus ou Proclus, roi
d'Argos. Antée ou Sthénobée, femme de ce prince, con
çut pour son hôte une passion criminelle à laquelle il ne
voulut pas répondre , et l'accusa perfidement du crime
qu'il avait en horreur. Prœtus, pour ne point violer les
droits sacres de l'hospitalité, pivoya Bellérophon à la cour
d'Iobate , roi de Lycie, son père, avec une lettre dans la-