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Le rapport Landau reçoit

un accueil mitigé de la
part de la cryptosphère
Pauline Armandet 12/07/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les professionnels des cryptoactifs jugent positif l'effort


d'analyse qui a été fourni sur le sujet. Mais ils
recommandent de passer à l'action.
Ce rapport permet de rendre l'univers des cryptomonnaies beaucoup plus clair pour les néophytes.

Agréablement surpris ou déçus, les acteurs des crypto-monnaies


ont tous un avis sur le rapport ​Landau​, du nom de l'ancien
sous-gouverneur de la Banque de France, qui a été publié jeudi
dernier. ​«C’est un des premiers rapports qui va interroger des
fondamentaux monétaires et qui pose de vraies bonnes questions.
Avoir atteint ce niveau de compréhension du sujet en six mois est
remarquable», confie à ​L’Agefi Alexandre Stachtchenko, directeur
général de Blockchain Partner.

Olivier Bureau, fondateur de ​Cryptolia.fr​, une organisation qui suit le


cours des cryptomonnaies en direct, admet avoir été étonné en
voyant ​«des sujets très techniques être abordés : fork, stable coins,
lightning network, tokens…». ​Il estime ainsi que ​«ce rapport qui est
allé dans les détails et l'univers des cryptomonnaies devient tout de
suite beaucoup plus clair pour les néophytes».

​ quilibré​»
Un texte ​«é
Le texte, qui préconise de ne pas réglementer directement les
cryptomonnaies, semble ​«équilibré» s​ elon les acteurs de ce jeune
secteur. Mais si la cryptosphère salue certaines mesures du
rapport, comme la création d’une «Bitlicence» ou la défense d’une
règlementation des ICO, elle émet également des réserves.

D’une part, le rapport veut dissuader l’acquisition de


cryptomonnaies via les banques et la gestion d’actifs. Pour
Alexandre Stachtchenko, «​c’est comme prohiber l'accès à internet
parce qu'on y trouverait les recettes de bombes. Cela ne fera que
retarder encore plus la France». Un avis partagé par Jacques
Favier, secrétaire de l’association Le Cercle du Coin, pour qui
«ajouter des contraintes supplémentaires c'est renoncer totalement
à ce que des plates-formes se développent en France ou en
Europe».

D’autre part, certains reprochent à ce rapport de ne pas prendre en


compte les évolutions de la blockchain : ​«ça me rappelle à l'époque
ceux qui limitaient les usages de l'internet à une plaquette
numérique. On voit déjà émerger des usages beaucoup plus
intéressants et disruptifs que la vente des billets des JO de 2024 à
Paris via la blockchain, comme le suggère ce rapport» regrette Paul
Allard, cofondateur et CEO d'Impak Finance, qui devrait être l'​une
des premières ICO ​à obtenir le label de l’AMF.

Autre point négatif soulevé par Olivier Bureau : l’incitation au


protectionnisme ​«en se cachant régulièrement derrière "la volatilité
des cours des cryptomonnaies". Alors que les connaisseurs et les
investisseurs parlent du bitcoin comme de l'or numérique, ce
rapport s'obstine à déconseiller tout investissement dans cette
technologie».
A l’heure où plus de 1.600 cryptomonnaies circulent dans le monde,
la publication de ce rapport intervient à un moment charnière. ​«On
aime beaucoup les rapports en France, mais il faudrait accélérer et
passer à l'action. Nos voisins ne nous attendent pas, et les
chasseurs de tête viennent déjà démarcher les entrepreneurs
français pour leur vanter les bienfaits des écosystèmes proches»,
argumente Alexandre Stachtchenko, qui attend beaucoup des
prochaines échéances législatives et règlementaires.

Après le G20 Finances qui se tiendra à Buenos Aires les 21 et 22


juillet, d’autres sujets doivent encore être mis sur la table : la sortie
du label AMF qui ​encadre les ICO​, la sortie des normes comptables
des cryptomonnaies par l'Autorité des normes comptables,
l’exonération des échanges inter-cryptomonnaies ou encore la
clarification de la définition des blockchain et cryptoactifs.