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Apologeme pour le grand

Homère, contre la
reprehension du divin Platon
sur aucuns passages d'iceluy,
per ["sic"] [...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Paquelin, Guillaume. Apologeme pour le grand Homère, contre la
reprehension du divin Platon sur aucuns passages d'iceluy, per
["sic"] Guillaume Paquelin,.... 1577.

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AP O LOG E M E
POVR LE GRAND HOMERE»

zA LTO vA(^
PAR CHARLES PESNOT.
M. D. LXXV11.
NV TRES-ILLVSTRE
parlement de Diion.

AT cogneu per lafequentetellure des


liauans liures (Sénat très amplu) lC-J
grand Poëte Isomere de telleréputation
vers lespins dosses, que quand on veut
eleuer lagloire de quelquunjùr tous aul-
0 en quelque profonditédesçience3on l'appelle
très
lHo-
des aJÏÏCe-
mere desbien verses en icelleicommel'Homere
3
decins, des Orateurs, desPhilosophes êejfà dire, lu
plusgrandperfonnage en J'Jtedecine, EloquenceyPhilo-
sophie.Etvoiton,parletesmoingnagede texellnt Plu-
tarqueJe Prince Lycurgue auoir drefiéfa Républiques
Lace[!cJ?J:JJlienne tant renommée,fïùuant lesfarpns,,

:
qii>ejccrettementil entircitdesœuures dûdiéfHomere,
a
qu'il auoittousiours enfesmains & que tant estéde-

/S?~j' /?~
puis Homere effimé, que le vaillantAlcibiadesfoufjlcta
~S//?~7/-
le recieur des efcholes pour ne l'auoir trouuéfaifidesjl-
liades dudiétHomere reputant estre trop grandefaulte
,
à tout homme de letres, de ne les auoir, f5 lirefluuent.
rVlufi chacunfçait quefeptgroffesvilles de la grecefu-

-
ret engranddébat de l'origine diceUuj,chacune le main-
tenantfien. Voire legrandEmpereuroAlexandresplo-
ralargementsurlefepulchre d'j4chilles,de ce quilriauoit
euteltrompette desesvaillances,quauoiteu lediéfPrin-
6C 2 ce
-' -
ee,cmmeracoleQfom^-e des Orateurs MarcTuli
enfin oraifionpourle Poète earëhias. Laiïacedittaufs
que l'aduenemeht dttdiftHomere^oofiadmirable,su
prophetifiper la Syhille, long temps
l auantla naiffanct.-
dicelluyycommejïJDieu auoitenuoyeduciel
enterre J
pourinstruire les hommes Barbares, &persa douce élo-
quence les reduire à la mansuetudehumainne.Lesquel-
les chofis montenfantenompareil ardeur de lirereli-
replujleursfoisses ceuuresy ou tay trouuéfa do/Urineen-
corplus profonde, quesa renomméeness grande.Etne
e
mefuisplus tonne de ce qucft dictdeluyperle Prince
Hyeron de Sicile, qu'il nourrit chacun iourinfinitédhom
mes definerudition:car elle efifigrade, quilpeutperelle
facilementfournir ladiéle nourriture. Repeu doncmon
esprit defireus detelle diuineAmbrofle, ie deliberay liru
non moinsfiudieuifmentleplt4S grand des Philofiphes,
affinquemonfondementanssçiencesfusifolidey dautat
quede ces deux copieufisfiurcesderiuenttouslestul-

.l..
tres aufheurs,comme de la Mer tous lesfleuues.Etper ce
que ïentendois les efiholesanciennes de la Greceiakis
tantcélébrés auoirappellePlaton, diuin e5fluUementdi
re lAriJlatu qu'il auoit vn démon, lay cogneuquelles
vouloietfignifier, dautantque les 7)ieUJJOntJûperieurs
ansdémons, e5 les démonsinférieursaus DieUs, d'au-
tant Platon efirefuperieur à l'çArifiote^lArifiotein-
ferieur a Platon. Araisin dequoy 1ay prins aûecmee
cupiditélesœuures du diuin Platon jcj reputuntfacile-
mentper teltesmoingnage luPrincu des PhylrifOphcs.
Memement elles nefontfeulles quitontappellédiu
Car MarcTuUe Prince des Latins luy donne le même
s - 5
honneurenJe lois, dijantautroifiemehure Sequar igi-
quadam admiratione co-
tur diuinum illum virum, quem
fçpius fortasse laudo,qu'am necesse fit. LhofieAtt-
motus
dicis:ll
aque
,
ipsum
luy
ô
reJfond,
Attict.Puù
Platonem videlicet
l'Attique.Tu vero
diCf,Istum
eUffi nec nimis

valde vnquam,nec nimis sepe laudaueris. Chacunfiait le


(.Onlf-J que fit fin
de luy le bon Socrates maijlre:quu les
abeillesfurettrouuées luy faire du miel en la boucheJors
qu'il efioit encorau berceaul: que les grecs difiientad-
miransfa nompareille eloquence, quesiJupiternjoùloit
parler en terre langage humain, ilinuiteroitPlaton, te
tantdaultresgrandesremarques qu'ona diffes du luy,
quête riayquefaire de racontereflant-sagloire ajïez, ma
rtifefteperfis œuuressanscela.Seullementiediraypour
l'honneurquon luy doibt, quonpourvoitausi dignement
appellerHomere le Platon des Toéies, que Platon efiap
petill'Homere des Philofiphes. Ayant donc prins les li-
ures de ce diuinperfinnage les difiourantplufieurs
foisjeles ay cogneuZsejireplainsdune doctrineincroya-
bleiparlans quelquesfoisdeschojes quifintpar dessUs
lesfins3 Qj5lessensibles,&perdejjhs L'entendement, f5
les intelligibles. cToutesfoisilles temperefibienauec les
faciles, quecomme
f5 tnaccefibles,
il netire lelecteurperles trop haultes9
il
ainfinepermetil,qu feiourne trop am
basses, pins la contemplationdes hauttes, tellement quon
ne le peut mieus appellerP quetotalement diuin.Oren-
a 3 tre
treautres chofis iay remarqué,quilfaittfigrandcorn
ptedugrandHomere,qu'ilarrejteprefquetousfisprin-
cipauxpreceptesjùrl'autoritéd'icelluy, tappeÛanttnn-
tofi leplusfagelajleurdesPoètes,commeenfinli-
ure,
,y
Phædon, tuntofiluy baillelesfuperlatifk*
t^tressage commeenfin,oAlcibiadesficundus,tan-
tre/diub

tofi disquesil ouperfinnagcjfimblablevenoitensi


il
republique, lujfemtlemeilleuraccueil quilpourroit
auectoutesreuerence. Toutesfoistlneleflattepas tant
qu'ilnedifiautroifiemeliuredeJarepublù quille pri-
roit defiretirernefaire residence enicelle,ne tous aul-
trèsfabricateurs defables, de peur quelle fustpereul
corrompue.Etdiffaudixieme,que desfinenfance ii luj
porte quelquefingulieruamitif, mais quilfaultpréfé-
rer la a
vérité l'amitié. il
Cefaiffi alléguépluifeurspajfa-
ges dicelluj lesquels il redargue f5 dia estre trèsmau-
a
uais raconteren la repub.bien-ordonnée,pourfairepa-
il
roifire qu'a iufle occasion tempefchcroitfairefiiour en
lafienne. Teus lesquelspjfltges difierfizjperfis œuuret
layrecueiUire5 affimblésdiligemment, tantpourmiem
sculperenmamemoire lafiuucnance diceuls, quefairt
plaisirausddBes,deLeurs ramenteuoirlesgraues e5 ar-
duz, preceptes de ces deusfigrands personnagesouurai
les moienspreciem de biengouuernerrunpeupleJcy dont
ferontouyesd'vncossélesfortes raifbns de Platon contre
Homerepourlexpugner d'aultrecossé, la deffenfi di-fo-
mere cotre Platonpourrefifter.TaycouchéLetouten lan-
gage Frapis, tantpourmiemlefaireentedre aus Fran-
f014
'.,
cois, defquetz., lapinspart les langues ejfrange-
n'entend
res,quecraignantquelquegraue Caton dire de moy,com-
de LabiennsTLomain qui ayant T~;
me , perdon sdneparloitbien9
mainnu en grec,
dautantque ce
demandoit
:&
riefioitfion naturel parlerCaton
(àntcetàfitref}onfl, VramentLahienus meriteroit
li-
lu
perdon qUItdemande,s'ilauoitcfté contraintperarrefi
du Senat écrire en Cjrec, f5 contemnerfàpropre langue.
oAufiïaydéduitcespajfiages,nonfilon quilzjsintre-
ans Hures dHomère a
prinsper Platon,
commanceransJIliade s
mais trouués
,e5pui! alOdyJJee, affin que le
leSteur les lijantperordre,lespuissiemiens retenir. Etper
(très excellent Sénat) per. vosfiiencesprofondes
ce que
esses la lumiere dupeuple, vous donneZ-J les loisbon
vous
nes,corrigeXlesmauuatfis maniez*entièrement le gou-
uernalde larepubL^trefiheureufimetlefatffie jevous
?
s
IlddrejJu cete haultecontrouerfi,pouriugerde ces deux
brauescontendens,quidiEtlemieUJ¡J/f1grder l'honneur'
a qui il appartient.Cequefererop mieus,quetout re- lé
file dupeuple, tantacausse devofitrefiuuerainneautori-
té,que de vos diuinesJàgeJfies,DonsJuppUantlarece-
ie
uotr,dault bon cœur,que la vousprejeritc^.

«4
<tA«#f.- PaA QV EL IJAA
I, Brethe Beaunois.

Q SON E T.
VIvoudra donc ouyrla dispute ancienne,
Leçon digne des Rois,du grand Meonien.
Est du diuin Platon Prince Academien,
'jllife,Paquelin,cc'te inuention tienne:
Qu'illifecequ'estoit en l'vnde letheenne,
Dont le temps inuenteur ne disoit encor rien,
Il verra ce debat excellent,& combien
Profite au bien public la mufe Homerienne.
Va donc,mon Paquelin,car ie veu que tu fois,
Raison le veut auf!i,coçncu iusques aus Rois.
Va,car peuton donner leéture plus feconde,
Que d'vn lçauant Homereinterpreter les sens,
Et d'vn diuin Platon les preceptes decens,
Aus soigneus magistrats,pourgouuernerle monde?

- - -.
ESTI6NNEGVTsARD
marchant a Beaune a M.Paquelin.
0 NET.
-

p lA 1
S
QV EL N, plus ie voy les beaux traitès de ton liure.
Plus l'enuie me point touiours,de les reuoir:
Et fuis comme celuy quin'apas le pouuoir
De temperer sa roiqu'il ne foitdu toutyure.
Heureux qui,comme toy,du SaînâNcâars'enyure
Dans la couppe des Dieux! Et toy heureux d'auoir
Les aisles de Vertu,& ce qui faiét fçauoir ,
Vng sentier que les vieux agrand peine ont peut fuiuret,
Pren donc le said; en main, braue Paladien,
(Ainfifit de Zoille vn Prince Egyptien)
Et reigle le plaidé du profond Meonide:
Les Mufes,pourloyer le rameaul cueilleront
Doulcettement trampé dans ronde Pegaiide,
Affin qu'il foit l'honneur éternel de ton front.
APOLOGEMË 1

POVR HOMERE
CONTRE LE 1%

Diuin Platon.

LIVRE I.

,
L est e'crit au premier de l'Illiade
que le
Prince Achiltes trafporté de cholere dia
plusieurs grandes iniures au Roj Aga-
memnon chef detoutel'arméeGrecque

tant,

-
deuant Troye, se rebellant contre luy,di-

Turongneayantdvn chielesjeus^dvncerf
Qîù nos iamaisausédvn courageevainqueur
la
Aueclesejquadrons marcheren bataille,
lecœur.

Ne te trouueroufaidt quvn Prince vaillantailles,


Cela fejlvne mortibien tu trouuesplus dom
a
D'allerparmy le camp large,Ce doïler tow.
-

Qui nefontton vouloirJeursbiens:car ilste craigrie t,


0 tiran mange-peuple^teijiereJ mainspreignent,
Platon au troisieme de sa Republ. reprend fore telle
con-
tumelie Se rebellion d'vn prince contre son Roy, comme
aussila recitation de tel mauuaisade, disant
que laplus
:
grande temperance des fubiettz est d'obtemperer aus fu-
perieurs magistrats & ne fault point estimer bon,diaiJ,
quon leurs raconte telle rebellion pernicieuCe, de peur
quelle ne les detourne d'obeir à ceux,à qui n'est beau
ne
profitable defo beir.Puis conclud qu'Homere a grid tort
d'ànoirecrit cela méritant destre chatTé d'vne repub. bié
reg*ée, comme ille priroit de se retirer de la Tienne, s'il
y
alloit. Car (did il)lcs rebelles font de la race des geans,&
Titanes, qui s'eleuentcontre les nlagifirats, comme ceus
là se font elcués contre les Dieus. Qui bien obeit,iI se réd
digne,did il,de quelques fois commander.Et Marc Tul-

,
le fedateur de dodrine tant excellente did: au troisieme
liure des lois Iufta tmpertafuntoiCittcsmodesîè ftJfine recu-
pttione parento. Puis Platon louantmerueilleufement l'e-
stat Roial,parlant en son Iiure,Ciuilis,des six fortes de do-
minations,qu'il ditt estre la Monarchie,Tirannie,Arifto-
cràtie,Policratie,Democratie,&celle quad lepeuple gou
uerne sans lois, prefere la Monarchie a toutes les aultres,
disant,la domination d'vn seul, conioinde à bonnes con-
ftitutions, que nous appelions lois, est la plus excellente
des six. Au neufieme de la repub. Il est manifeste, did il).
nulle republ. estre plus miserable, que l'oppressée de Ti-
rannie,ne plus heureuiè,que la gouuernée par vn Roj.La
Monarchie, dia il au quatrième liure des lois,est vne do-
mination diuine,& la fault ainsiappellent prouue qu'elle
est constituée,& establie de Dieu, affin qu'elle foit hono-
rée, per dessus toutes aultres, comme vray ouurage de
Dieu.Ce qu'est conforme au tesmoingnage de lefcriptu-
re fainde disant, que les Rois dominent par la feulle vo-
lonté de Dieu. C'ell dÕcl'vne des occasions pourquoy il
reprend Homere d'auoir e'crit, & chanté telle damnable
rebellion d'vn Prince contre son Roj, d'autant que laMo
narchie est per là contemnée, qui neantmoins est à rcue-
rer
rer per dessus toutes dignités,& per consequent que telle
chanson d'Homere estdigne de chaftimét. Mais tant s'en
fault qu'Homere veulle rien instituer de mauuais contre
ce diuin magistrat, qu'au contraire deuant luy ne fut on-
ques personne qui l'ait plus glorifié,ne mieux senti de l'ex
cellence d'icelluy,qu'il saiâ. Car au beaul commencemét
de ses œuures, premier liure de l'Illiade, il chante à tous
d'vne bouche sacrée, qu'il ne fault point desobeir au Roj,
ne contemner sa rnaiefié,ou se rebeller contre, Car il est
certain( dia il)que c'est Dieu qui establit les Rois,& leurs
donne le feeptre en main voici son parler,

Il nefaultpas nier au Roytobeijfance,


du
Jl
Roi contemner lafiipremepuijfanct
nefaultpaston Roipuissantonque irriter,
Car lefeeptre,Qfl'ejîrat il tient de Jupiter,
Puis encor au fécond liure se delettant à rechanter si pré-
cieufe chose dia que tout l'honneurdes Rois est donné
de Dieu,& que Dieu les aime lingulierement,

De Vieudejèend l'honneur qu'en terre les Rois ont,


Et de Dieu bien heureus les Rois très aimésfont.

Encor au dixfeptieme il rechante tfudieufement la me'-


me chose comme tres profitable a ouyr,
DeVieu maiHre de toutprocede aux ¥
humains
L'honneurieffatRoial qu'il ont entre leurs mains.

De rechef au premier liure il vfe deces mots, J'LloTfECP(Ú>V


dire des 7{ois nourris de Vieu, pour môstrer
(ècco-iXycov, c'est à
qu'ilz, font les mignons de Dieu.Dauantage est il pofsi-
ble de tenir propos de l'excellence de la Monarchie plus
precieus que ceus cy, qu'il said magnifiquement pronon
cer à tous les Grecs per la bouche dorée du prince Vlif-
ses,au fecond liure?

Nous ne pouuons pas bien tous commÛderensèmble,


0 Grecs,&Jeplu/leursnessbonne ce mejèmbtu
La domination,parquoyJoitentre nom

,
Vn Roi tantseullement, qui novis commande à tous.
Il ne veut donc point, comme cuide Platon qu'on vili-
pende l'estat Roial,ou luy foit preferé quelque aultre for-
te de gouuernement , attendu que tant arfedionnement
il le crie eltre côftitué deDieu,aimé & conferué cleDieu,
& ne baille à aultre dignité, & domination quelconque,
tel honneur. Mais(diÓt il Platon)parquoy faiét il donc ré-
cit de la rebellion de ce prince cotre ion Roj? n'est: ce pas
infererqueles rebellions desfubiedz contre lesmagi-
ftratz,tant periIleuiès,(oient bonnes?Il semblecertainne-
ment qu'il a bien preueu que long temps après sa mort
naiftroit Platon qui le reprendroit de tels propos, & luy
me'me pour y obuier a faiét sa response & deffenfeauant
meme
lance fan parler per la
:
le'me que raconter tel débat Car en preuenant il com-
reprobatiô de telle rebellioncha-
quelle foit bonne,ou imitable per les princes de
lnr,non
terre,mais mechante,& du tout à fuir,disant,

Deesse chante moi la cholere mechante


fit
D'AchillePeleen,qui tant de
tormentu
Aus miserables Grecstantdama en enfer
Forte*,degens ruaillansyenuojaper leser,
Qjùfit les corps diceuls eïtrepaif%lamentnbles
Auschiensausoifeaulsdutoutimpitoiables*
AlorsfeparfaifoitdeDieulavolontéy
Désquepremièrementdiuifésont esié
Perdébats malheureusoAtride Roides hommesy
Etlediuin Achille.

er lequel langage diuin non feulement il deteste les re-


ellions,& les appelle mechantes,mais aussi chate à tous,
ue des rebellions ne viennent qu'infinis malheurs irre-
arables per la perte deplorable des plus braues homes,
ui secourent fus,& tuent rvnPaultre.Ceque plusieurs
ations experimentent bien chacun iour estre très verita-
le, & toutesfoisfonttant aueugléesen leurs passions,
u'elles n'ontTelprit d'escoutertelles prophéties,&de-
iner si grand malheur. Voire non seullement ilreprend
iy meme telle indignité, maisencor,affin quelarepre-
enfionfoit plus memorable) dia que laDeesse Pallas
vintderrierce prince pendant qu'il commettait telcr
mecontre fonRoj, &luy tira sescheueus blonds mor
fixant vn regard rnalcontent,di[ant

Je menspour te reprendre,ceton irefider


De la part dejunonjaisquepersuader
t
Jepuijfe^nous aimons à tongrand aduantnge,
te
Laisse moi ce debat-, donte ton courage:
Remetslejpée aupoing,maisgarde donne toi
Dojjenjerplus auantimprudemment tonRoi.
«,v * ;

Puis perfeuerant à donnertouiours lameme bonne do


drine il chante la grande punition faite per le Prince VI
ses du Mutin Therfites, pour auoiraudacieusement tem
ce langagefeditieus icy contre le Roj, au fécond de111
liade,

Que demandes tuplus IZoi?qit'ece que tuplains?


Tespamllonsdargent^debutinefntplains,
PLains du choisprecieus du excellentesfilles,
Qjte tous nous te donnons quadnousprenons les vi
Veus tu point les ranoçns encor toutes auoir, (le
Si quelqueprijànniervienten noHrepouuoir?
Veus tupointquon te baille vn camp de louencellùs
Peurprendretesplaisirs débordésauecelles?
Elit deceutqu'un Roipertels villains obieffs.
Moi
ojfytonjïre defaire mal exemple àjèJjùbieffZl
0 grecque-f, e non Cjrecs,otropféminins
lailonsnoushebetés
hommes,
nomfemmes !
Que ne le que
*Que ne le laissons nom digererleguerdon
DeTroye?il cognoiïtroitfinom aidônsounon.

oici quedid:,.& fit le prince Vliffes pour chastier t¡


utin,

OTherfiteschetifinélégant,difforme,
J\Qeparlepointau Roi tonchefdetelleforme:*
IVeparlepointainfi.Chacunfraitque ton Roi
J\Çapas<vnplm mechant,neplus mutin,que toi;
il
Tefault impudentpropoferchofetelles
Contre ton Roifibon,pouremouuoir querellet
Voilacommeilparla,puisdufçeptrecKoial,.
Quiltenoitenfamainfrappacedeloial
Surtefpaule,^ le
coldeforceviolenter,
Tellement quelaplace enfuttoutefanglante^j.»

es choies tant elegamment,& sagement per luy deduit-


s,Platol1,à mon aduis, nele peut iustement arguer d'a-
)ir ainsi chanté, veu que de la bouche diuine d'icelluy
Iulevnlangage plus dous quemiel,perlequel non seul -
ment il reuere vniquement l'estatRoial mais infigne-
5
ent abhorre les rebellions, & seditions au tres grand
osis du public.Et pource que le récit des mauuais aétes
non moins profitable en la repub. que des bons, d'au-
tant que comme perles bons lescitoiens font excités
bien,ainsi per les mauuais, ilz. font detournés du maI.II
conteladiéte feditiondece Prince contre son Roi,nc
pour enflammer les aultres Princes de la terre à faire
semblable contre les Rois, ou les Rois à irriter indign

,
ment les Princes, mais pour les en detourner tous per
narration qu'il said des grandes calamités & mauls ini
nis qui cheurent sur l'armée Grecque pour cause de tel
dissention monstrant estre veritable ce quedepuis Plate
a diét en son Eutiphro, La dissension engendre inimitié,
l'inimitié calamité.Aume'nle effect Platon luy me'me r
conte en son sympose la rebellion des hommes contre L
Dieus, auec la punition que les hommes en ont receus
affin que tous les hommes mortels ouyans cela se doi
nent bien garde d'en faire autat, de peur d'en estre autai
punis. Il vaudroit donc mieus retenir Homere en la R<
publique pour chanterd'vne bouche diuineauxRois
Princes de la terre5que les seditions font tres mechante
& en vient mile mauls, que l'en bannir pour le celer. C
affin qu'on fâche que ces deus Princes auoient tous det
grand tort,& que le pauure peuple cA chastié pour 1<

faultes des Princes,il recite au long toute lafource du d<


bat,disantqueleRoj detenoit en ses tantes la belle Cr
feisfille de Crifas grand prebstred'Apollon,abusantd'e
le, impudiquement ne la voulant redre à Crifas, qui pot
la rauoirauoit presenté toute la rançon, qu'ilauoit pei
dont fut Apollon tant irrité,que pour vengeance il mit1
peste si contagieuse en l'armée, que c'estoit horreur d
voir le grand nombre des gens-darmes,qul en mouroie
Pour auquel deplorable malheur obuier,le Prince Achij
les consulta Calchas prophète d'oùprocedoit cemal,qi
lu
luy fit re spon se.qu'A ppollon estoit courrouce cotre culs,
de ce que Crifeis n'estoit rendue à sonpere,& que la pe-
fte ne cesseroit, tant que ce fust fait. Parquoj Achilles fup
le
pliainftamment Roj de larendre, pourrappaiier Fin-
dignation d'Apollon, mais le Roj faschë de telles prieres,
pource qu'il aimoit perdument Crifeis, se courrouça,fort
au prince Achilles,disant qu'illuy ofteroit sa Briseis pu-
à
celîede-semblablebeaulté luy donnée per l'armée, s'il
eRoit contraint rendre sa Crifeis. Dont Achilles entrant
grande cholere de voir ce Roj preferer sa sordide pail-
en
lardifeau salut du peuple,luy reprocha qu'il n'efioit digne
d'efire Roj auec. plusieurs grosses iniures, &le contrai-
,
gnitrendre açiét Iouuencelle à son pere:voire mist l'ef-
pe au poingtcontre luy, pour le frapper. Mais la deesse
iPallas vint par derriere luy tirer les cheueusc1)est a dire la
: prudence luy reuintsubitement,qui le retint,& empefcha
depasser oultre,efiant fôuuenant
- - qu'ilnefailloitainsi mal
! trjéter son Roj. Toutesfois remettant son espéeaufour-
ilirafolennelement que leRoj s'en repentiroit,&
de said separa soudainement ses mirmidons & aultres
gens-darmes de l'armée, & se retira auec culs en ses vaif-
feauls auec délibération de iamais ne combatre les Tro-
.iens, pour les Grecs. Le bon Roj Nestor là present
cognoissant qu'ilz auoient tous deux grand tort leRoj,:
d'auoir menacé ce prince de luy oster sa Briseis:ce prince
d'auoir voulu oultrager son Roj leurs fit à tous deux sur
,
le champ ceste precieuseremonstrance,

EjèoùteZ!f;oi tomdeux,a maintsaultresgrads


Tay donnémon aduis,& mont creumainte fois. s
Tuneluydoibsoster,ocI{oi,Jalouuencelle, <
r
Puis qu'ill'a de lyarmée,&n'a reçeu don,quelle,
Oien que tufoi* le "JR^LEtpareillementtoi
Ne doibspas querellerainflcontre ton 'Re!.:

eapa y
0-4chille,emecroi.,Car cest Dieujèul quidonner
la
testas Roial,lefceptre,& coronnu
ParquoiT^Qifagementtupuissancerappaijè:
1

Et toi rappaifè ausi ta cholere mauuaifu

?
i ITouiours le
iPuis itmonfire
ït>yÇ »*-
",8
propugnacle
f. aulong,
,., ¡" ,.(.,,,.
0 prince,qui du camp de mauls tanttormenté.
inuincible
j,
as essé.
III

que comme ilz.auoienttous


d'eux grand torr,ainú deux grandes pertes tomberentsur
rexercite refpeaiueenttant perlafaultedel'vn,que de
Faultre. Car pour le péché du Rafne voulantper defho
la
nefte conçupisçence rendre Crifeis, pésteperdit gran-
departiede l'armée,per l'indignationd'Apollon:& pour
la deffedion d'AchiHes ayantseparé Tes troupes, le vail-
lantHeâor aduertide ce débat, fit faillies si furieuses sur
les miserables Grecs, qu'il les rechafladans leurs vaif-
feauls,y miftle feu, &leseust tous perdus, si
Achilles ne
se fustreiointauec euls pour venger la mort de son inti-
me amy Patroclus occis per Hector. Et pour ce que la
pauure armée

Qjiicquid
porta la
punition

f¿l!icluid:4et{regs'fê:élr
." o, 1 $:.
t!', 1
de

,, nr
telles
« lut.
faultes
discordans,le dode Horace en a saiâce vers excellent,
délirantreges,pleElwturarchiui.
, l'
des chefs

,. f

'l
,.

Les pauures^icheensendurentlefupplice^>
Desfaultesde leurs Rois,quicommettent levjcu.
( Cesaid
Ce said: Homère ayant monitré les vices reprehensibles
aus Rois,& princes^fuggçre quat. & quant les heroiques
vertusdont ik doibuent estre ennoblis, & leurs ayant cy
deuant chanté tant de fois, les fouueraines maieftés ve-
nir de Dieu seul , & que lesRois règnent seullement per
il
le vouloir de Dieu) lesfiimule à perpetuelement reco-
gnoillre Dieu pour grand architecte) & fabricateur des
Rois,& Roiautnes,les aduertiflant que les forces,magna-

seul,disant auquinzième de rilliadev


J -r
,-.,'
nimités vi&oires,& triomphesglorieus viennent de luy
,

s
T)e'Dieu accomplîssoittinuinciblevouloir,..
Quileursfyiroit le cœiïrj&genereus pouuoir.
à irorGSoiySl>}-Tcdyyyp-dyyjil&ljJ-ySèce
,>% 1

0 certes on voit bien maintenanten ce lieu


1
Que Dieutientcontremusiquel'essortvietde Dieu.
Plusau seizieme liure,

Maisplusforte ejttouioursdeDieu volontéy la


Per qui thomme vaillant est depeurfurmonte,
Quifacilementoste e5 donne la victoire,
Quajfant envn momentdes orguilleus lagloircj.
Au dixfeptieme liure,
il
Etlaviéfoireaufli.Il
Facilement
-
Dieufaiét tout pourle mieus eïlant beaucoup plus
donne au vaillantle courage, (fige:
,

VoilleplUf hebetéverroitbien
que èest'Dieu,
Qui donne lavictoireaux hommes en lieu.

I1
ce

Au dixneufieme liure, i

IrleBor atoutmeurtri cegrand nombre vainqueur,


Ter,ce que Dieu luy ytire£$lagloirele cœur.

Et pour leursosteroccasion de penser qu'ilz soient inca-


ftigables, il leur crie haultement cecy au deuzieme de
rpdilf.
1

CraigneXlire de DieuycRoifJJabontéprofondes
JA(Vpermetpointregnerlogteps touurage immÕdu.

L'abominable Calligula Empereur de Romme tint peu lî


de conte de penseràcela,& vint en si grand debordemet
de raison, quede se qualifier Dieu, faire adorer comme

; ;
,
Dieu,monter surles autels prez l'image de Dieu,l'embraf
fer,parlementer comme egal & compagnon fins enten-
dre,ne
dre, ne considerer efire vrai ce que chante nostre diuin
Poëte, au dixfeptieme de l'Illiade,ú sagement.

Rien riejtplusmisèrable en la terrefertile


De tout ce qu'eviuantque Phommeneplus vile.
façoit que le grand Empereur Alexandre ait ellefort

:
sutrecuidé contre Dieu,Toutesfois il n'a de beaucoup
tpproché l'impieté de cestuy Car il se disoit seullement
dz delupiter, le recognoissant pour superieur,& pere:

nais cestuy disoit impudemment egal à Jupiter, & fai-
oit auec luy du pair, à pair compagnon. Toutesfois fort
nfirmitéluy teftifia toftaprez,qu'il estokbieninférieur:
Dar comme il auoit régné peude temps de trèsmauuaife
,ie,ainsi mourut il soudain de malemort. Homere puis a-
.rez châte aus Rois,per la bouche diuine de ladeesse Pal-
is au cinquième de l'odiss.que ces trois vertus,laPruden-
e,la Clemence,& la Iustice fontles plus excellentes per-
"S de la coronne,difenr,

Opere lupitervous o dieuscelefies,


Quitouioursbienheureus,Çjfsempiternelseftes0
flnefaultplusquefoitvnKoifçeptretenant
Tmdent>clementjûeriin>Iufticefoubftenant,
œ%Cauiniuste exerçantchose cruellemainte:
Puis que du bonVItjfeejt la memoire cfteintu.
(Termy lepeuple ingrat,sur qui luj tantloial,
Tantprudent,&tnntiuHeafatëtïejlatRoial.
Et disantperironie5qu'ilne faultplus qu'vn Rojfoitpr
dent,clement,Iufte,c'est à dire, que ces trois vertus for
les cardinales des Rois, pour raison des erfeds meruei]
leus quellesproduifent à tout le public,felon que fei
di&cyaprez.Etpremièrement quant à la prudence,illu
donne dignementlepremier hôneur per ce que, comm
diâ: le facôd marc Tulle,elleest mere, des auttresvertu<
.& la plus necessaire au grand pilote sur la haulte mer d
tant de negoces mondains.Platon l'appelleau premier d
ses lois,lacolomnelle des biens diuins,& du troisieme, ]

duchessedesaîultresvertus, disant, le fouuerain magiftn


doibt prieramettre ordre, que toutes choses fuiuent J

volonté& sa volonté la prudence: Car (diâil), comm


il n'est dignitéplusexcellente, & perdurable,que quan
le prudentguide,ainsinest la plusdangereusè,que la co
traire. D'autat que, qui bieconduit,said: que bien onfui
mais qui mal guide)encor est il pirement fuiui. Puise
ses epifires ilecrità fonamy Dion, queleplus neceffaii
au Roj
(dia
contre
il)
son a duerfaire,et
preuoir, & se
f d'estre
garder,
muni de
puissance
pruder
pour ref
ce pour
ster. Mais il met, comme Homere,la prudeuce la premie
subsister. ;

,
re, perce que sans elle la puissance ne peut Le
uant Horace en a didce mot fort dodement,
s
Viiconjtlîjexper molemitfua, -

Vim temperatatp dij quoc^prouehunt


inmains, ','>
Defonpoispropre lapuiffancu
SeversèabasJans laprudence.
eWaùquandelle efliointeJesdieHf

i
Toujourslafontaccroistreen miens,

rchidamus Roj de Sparte respondant a ceuls qui l'exal-i


oient à merueille d'auoir vaincu les Archades en batail-
.,il vauldroitmieus(didil) quenous les eussions vain-
us per prudence,que per force. Platon dia: en fonliure,
imatores, qu'au temple ancien d'A pollôDelphique'estoit
critenlettresd'or,A I ME PRVDENC E, ET IV-
I
T cE. Puis enion liure,Menon, affin.que fommaire-
ment ieparle(didil)t:outeslesimpetuosités de lame,tou-
sslesinclinationsconduittesper laprudencetendent à
»eatitude,per l'imprudëceaucontraire.Agamemnon de-
antTroyefouhaittoitplus tostdixNestors,que dix A- -

hilles,combienqueNetforestoitfortviel,& presquein

le
lus fage,voici souhaitd'Agamemnon
:
Labileàpluscombatre.EtAchillesaucôtraireIeune,in-
incible, le plus vaillantdes Heroës mais Nestor estoit
au fecond de
Illiade,,

O,Perelu,Piter.,Mjnerue,&<zApollon
Quenay-iemaintenantcontre Priamfélon
à
Vixpareils Nessor:CertulaforteToye
Seroit bien tost du toutmiJè enproje.
r-~
)e làsignifie Homere quelà prudence estbien plus t
ex-
ellente,que là force, & les viaoires bien plus facilement
per force,quest la cause qu'il
btenuës per prudence,que
attribue bien plus d'honneur à Nestor, & à Vliffes, poui
leur singuliere prudëce,quau prince Achilles, ou aus aul.
tres Heroës pour la force: Car il les appelle -rrroXi^ôff^
c'est a dirpreneurs de ViOes, & ne baille point tels epithe-
tes aus aultres. Etdonnant la raison de son parlerai chan-
teauvingt troisieme de l'Illiade,

^PerartleCharpentiervjantdelàprudence
Traicte bien mieus le boù3queper la 'Violéncu.
TerartmimslepilotéenmerJanefaufîL
Et taurigevainqueur obtient viëtoire ainsi

Finalement voici qu'il chante d'vne bouche draineat


fouuerainmagistrat,au fecond liure,

Jlnefaultquecellujquiaupeuplecommande9
Ettientlegouuernal detoutJlanuitdependc-j
a
'Toute entiere dormir,&prendreJonplaijlr,
Leprudent Roi neveuttelindigne loisir.

Venantmaintenant à la clemence elle est réputée fort n<

:
ceflaire àla coronne,comme mere de bienueillance, con
feruatrix, &propagatrix des Rois > & Roiaulmes Car i
did: notablement au treizième de lllliade,
Laforceeflinmncible,où les vertusenjemblc_j -
Sontiointes deplusieurs,que la concordeajfèmblu

Platon mande perses epistres a songrâd amy Dion prin-


ce de Sicile, J'oilUene",otM, quepourexpedier lesgrandes
affairesJa bienueullance des hommesesttrès-necejjaire. Le grâd
Empereur Auguste fouhaittoità Tibere fonneueu, qui
luydebuoit succeder au triomphant em pire de Rome,la
bienueullancede Pompée, pour le plus grand bienqu'il
luy pouuoit fouhaitter.Agésilaus Rojde Spartedisoit

:
qu'vn Roj debuoitauoir deux choses fingulieretnent)
l'audace contre ses ennemis & la bienueullance de ses
fubieds. Les Poetes Tragiques chantent (diét Platon)
quelesRois ne perissent queperdeffault de bienueullan
ce.Carquand ilz induisent vn Roi perissant, ilz luy attri-
buentceparler, Omisèrable, ie peris per faulte de bons
amys, '&iamaisne lechantent périrperdeffault de riches
à
ses. Dion lemandepervneepistredePlaton, Denis ti-
ran deSicile^difant,La [plendeurdelor tant rare en la mifè-
s s
rable rvie deshomme Je grosdiamansprecieus, les tables d'ar-
gentfiforteftimeesper tes hommes, lesgrandesfeigneunesy ffrjri-
ches foffiflions,'ne reluisent tant atuyeulsetàtnefont à lanjie
bumaine,que [intelligence (tJ amttié des bons accordansenfèm-
ble.Ce que cogneut bien Denisestreveritable: car tost
apres il fut expulsé defonregne, & périt miserablement,
,
nonperdeffault de richesses mais de bienueullance. Le
grand Roj Xerfes,&l'Empereur Âuguste serendirent si
benins & faciles àtous,que non seullementilz prestoient
amiablement l'aureille chacunrmaiscommandoientaus
Impératrices leursfemmesaller les coches decouuertes
à
perla ville,pourestrel'accezverselleslibre tous. Me'-
,
C me
me Augufteeftant malade faisoit porterson lid (cortoi
fie admirable) au palais des causes, ou au lieu plus eminé
'de fou palais, pour y prester audience au peuple,nonob
stanssa maladie, & ne permitiamais, allant
ou venant ai
Sénat, les Sénateurs per luy salués se leuer au deuant d
luy pour luyfaire honneur. Aussi le vrai debuoird'vn b<
Roj est de facilement presteraudience,à son peuple,affii
que Iufticefoit faiâe,& que les ns nendurét les
oppref
fions des aultres. Vne pauure vielle ayant long temp
fuiui Philippe Roj de Macedone,& ne pouuant auoir au
dience luy di&, Ergo ne J\.!xfiS, Ce que considerant il lu
presta audience à l'heure même, & depuis se rendit si sa
cite à tous qu'il en acquift merueilleufe bienueullance di
peuple. Quel honneur mérité ce grand Iloi,qui enuelopi
en tant de guerres,neantmoins voit, & appointe fouuan
luy me'me les requestes qu'on luy pre[enter 0 digne d'e.
fire perpetuelement Rojdumonde, si nature n'y repu
gnoit. Marc Tulle ayanteslé ConfulàRome, Empereu

jt
en Cilicie, & nonmoins grand Seigneur, que grandora
teurdia en son oraison pro lege Manilia, Quanta inno
centia debent ejje imperatores ? quanta deinde omnibus m rebu
o
debent ejje temperantiafquant ingemoïquanta humanitate? lt
njero itafaciles ad eos a ditwspriuatorum, ita libéras querimo
niasde aliorum iniurijseffi oportet, ut
is qui dignitate cœten

::L
^Midtu
;
principibusexcellitjacilitatej?arinjimkejjènsideatur.
l Puis encore j'-jnsi
{
-
enimpartis rviBorijs, multis rébus bellieis egregiegeftu
cum aliquid clementer,manfoetè,moderatefa£lum3in iracundu
e
¡ræjèrtimJqUtf- inimica est consilia, in ui£toria}qttœ natura in
solens ftjsuperba est,aut auditpopulm3autlegit3quoJludio mcei
diturfeo fÀn' ut
ditur?eofane, vteoslep
eosfepe,
~, q uosnun
quos q uam~vi d*
nunquamuiderit,
erite iligat.
diligat Pr
Pr&
teret,
,
terea nihil efl operè,aut manufàEtumJquod aliquando non con-
ficiat ftjconfumat<-vetuftct$,fedïufliciajenitas, humanitasprin
in
cipùflorefcit sternum magu, ac magis, ita ut quantum eim>
votentu diutlimitasdetrahit, tantum ajferat laudibus LeRoj
Cemblablement ne doibt nourrir perpetuele indignation
contre lèrepentant, Car Vliffes diaaudixneufieme de
l'Illiade, 1

Soit dans vojîre ejtomacunpreciem courage


Plain de mansuetude,&fansfiertéfauuag^.

Jl riejtmauuais au Koi derappaifèr celluyy


çsîuquelauparauant il auoitfaiffî ennuy.

Vici la memorable dodrine que le bbnRoi Peleus dô-


noit au fort Achilles son filz au neufieme de l'Illiade,
,

à
>

Monfilz,,quant laforce affez^ t'en donneront


6tPallasyÇff Iunon quandpropicesferont.
e5Mails dans ton efiomactoifortementreprime
TavolontéJuperbe^toncœurmagnanime^.
(^Veilleure est l'amitiéfuis la contention N

Mere demile maulsjtf cherche lunion.

Agaficles Roj de Sparte, enquiscomme le Roi pouuoit


viureafeurté auec Ces [ubieds finsgardes neiàtellites
alentour de la perlonnc,fïtcetedigneresponse, s'illeur
commande, dia: il, comme vn bon pere à ses enfans. ]
faulraufsi quaus grandes affaires du Roiaume ilprcign

:
conseil des grands seigneurs fages,& fideles,affin
choses soient miensauifées Car ie bon RojNestor dit
au Roj Agamemnon au neufieme deTllliade,
que le

Atridesplaindegloire, des hommes


Jedirajcommençantfinijfantpertoi:
Tuù que tu es le 'deJigrand multitudes
le
Depeuple^atejfeffquayesjdllicitudts
Deconjùlterpourtousd<vn conflilfluuerain
ta le
Dieu donné fçeptrelapuissanceenmain,
tu
JlJaultperdessus tom,que parle&acoute
et le conjèilmeilleur daultruj tu ne deboute\
MaitpeFftce icelluj,quahd.quelqucvnvolontier
Te donne quelqueaduismeilleur^plus entier.
Quant à laIustice, que ledo&eAristote appelle mere d<
a
toutes les Vertus,il cft certain queDieu principalemen
crée les Rois en terre pour la faire ob[eruer,affin que pe:

t
elle foit à chacu le droit gardé. PlatÕ 'dia au premier de h
republique(don il estudie fortextirper l'iniufiice)que le

j
plus grand malheur, & laplufgrande punition d'vn peu-
ple est,d'auoirvn Roj iniuste;Puis expliquant au troifie-
me deles lois l'adage d'Hesiode,

c
dicr, vouloir tout auoir est choie iort dangereuse, Car la
-
(
moitic
moitiéest moderemét,& le moderé vault mieus que l'im-
nloderé)tellemét que la moitié vault plus que le tout, car
en voulant auoir tout on pert fouuent tout.Et pour don-
ner occasion de croire à Ion interpretation,il dia au fixie-
me liure, que l'homme est tres difficile possession, affin
que les Rois remarquent bien à qui ilz. ont affaire. Thaïes
Milefien enquis quelle chose ell: plus difficile, respondit,
c'eflvoir vn tiran viure long temps. Philippe Roi de Ma
cedone ayant rendu les Grecs tributaires estoit exhorté
per aucuns d'vser de feuerité contre euls, l'aime mieus
(diéè il) IÕg temps estre iufte,qlie peu de temps Roi.Quel
ques flatteurs disoientauRoiAntigonus toutes choies
,
estrehonestes,& Iustes à faireausRois,illeurs dia:,vrai-
ment c'est donc au Roi des barbares non ànous, qui à
lesfeulles choses honneitcs,(ont honnestes, & les fêulles,
chosesiustes, fontiustes. Platon didenrAlcibiades fé-
cond, quelaluftice& la prudence font principalement
honorée de Dieu,& deshommes. Homere auseizieme
de rilliade, que Dieu surtout hait l'iniuftice, & les Rois
iniuftes.voici son langageprophete,
*
(omme au tempspreciem d'Automne le tonnerres
Tormentefierement lafruBueuje terre,,
Alors que Jupiterverse dejfm le chef
D'icelle latempeste,f5 l'horriblemechef,
Epanchantfon courrom terriblefurie viCu
Des Rois inittrieus>quinefont la iuflice,
Mais tout obliquement,ieffent de son lieu
Ledroitencontemnantlaolontéde Dieu.
Pour cause de cemallesfleuuesjedebordent,
Les torrensfurieus rompent tout£$ emportent
Dedans la noire merjrans aucune merci,

x {,
Platon
,
Lesjruicis^ des mortels les ounrages au/i.
Í «

en son Hypparcus raconte qu'Hypparcus Roj


d'Athenes cognoissant la Iustice estre levrai foliueaul
f

fit
des Rois & Roiaumes, eriger vne belle & magnifi-
que colomne enla grandeplace au milieu d'Athenes où
il fite'crireen grosses letres d'or,FAIS IVSTICE.
,
Agesilaus mesurant la grandeur des Rois à la Iustice di-

n'est plus IufteAPuis interrogé quelle vailloit mieus 1a,


foit,de quoy eil: plus grand que moj le Roj des Pérfesas'il

Iustice, ou la force, la Iustice, diail,Car si toutle monde


estoit iufiè,il ne feroit besoin deforceJLes Rois antiques
d'Egypte creanslesmagistrats leurs faisoient folennele-
ment iurer,quilz ne feroient ne iugeroient rien iniufte-
le
ment,encorquilz commandaffent. Aussi quand vn
Roiiufte est autroncroial,iamais malencontre ne luy
aduient. Nostreadmirable Homere mieus que pasvn
chante les cele steseffeâz de Iustice, Car au dixneufieme
deJ'OdyiTée il prophetise d'vne boucheveritablemét di-
uine,que toutes félicités regnentabondammenten terre,
quand le Roj est Iufte, voicy son tantsignalé parler,

Certt-J ia ton honneuriujques au ciel s'estend,


Come ilfaiftd'ungrandcR^t,qmdfortement iltend,
Aplan
Aplanter,Gfgarderétroitementiuftice^
Pertoutepiprouince abolijfiant levicc^.
Quandaimantlesvertus,& cheriffantles Dieus,
Jlfaiâtgarderiusticeaus hommesentous lieus2
Alors la terre noire enfantesanscontrainte
Du bléPeraflfuence,ed'aultregrainne maintu
Les arbreiptufleursfruitsf;bien que maintelfoit
Ilzj chancellentcourbés,&rompentfoublfepois.
oAlorstoutlebétailaulaboureurrapporte,
FécondantaL\enuj,profitenmaintefortes,
ofiïtéme lanoiremerenfonflancnourrifier
Veutquonpefchefonfruit,fanspointl'apprecien
eAlors,qu'eftle meilleur,deffoub%telleIuftice^
TriomphentlesVertus,£5*chacunfuitleviez.

Puis did: que le plus grand figne3dVn Roitrès iufte,eff5


quand on ne peut dire, qu'il aime cefluy cy,& hait celluy
là. Car l'amitié &Ia hainne font passionsquitroublent
grandement larailon,tellement que pour exadement fui-
ure Iustice , il les fault du tout deposer alendroit des
fubieds:comme il l'enseigne dodement parlant de la fin-
gulierç Iustice d'Vlyffes^au quatrième de rOdylfee).
l

auetvoU:f entendu quel estoitvofire VlyJJLs


Leboniftnyersfonpeuple dequellejufiiccl
Jl fit
ne iamaistortaperfionne^cecyx
silaplusgrand lufiiceplusperfaitte aussi,
iDefiflit
Que
ans Rois diuinsperfonne riouyt onqui/
bouchefortir en matiere quelconque,
J'aimepluscelluylà,cettuy cyplus ie baù:

'-"
sternecontreun méchanton ne le mtiamais.
f
dl eferuirper courrousjneluyfaire aultre chojè,
Que ce quela luïiice£$commandepropofe.
";
i' , .; 0"; #

Pour resolution fault que les Rois soient ornés de tou-


tes ces excellentes vertus,& C yrus en suggere la raison
en Xenophon , que ceulsnefontdignes de commander,
qui nefontmeilleurs que ceulsà qui ilz
commandent
)
l'aimeroismicus didPtatonentbnEutiphro,rtorir er
vertuspermanétes, queperdessusles sçiencesde Deda-
le, possederlesrichesses de Tantale. Homere veutaufs
à
que lesRoisvfent de munificence l'endroitdeceulî
qui meritentbiendu public:Car auneufiéme de rilliad*
il fai&refporidrececyperleprinceAc&lles aus ambaffi

,1..1.,
deurs d'Agamemnon,
J- f:
-

d"
leJ
les
Grecs ne le Rdi,ne mefleichirontpoint,
Que armes iamaispoureulsiemette aupoingt,
Carilz*fonttropingratsriont eufluuenancu,
De ce que ïaypour eulsemploiemapuiffancu.
a
Celluy quife reposè autant de ICer, J
Que celluy quipoureuls necesses'employer. A^VÀ •
Voire il&fontme'me honneurau couardimbecilie,
u
Quau
Quau vaillant capitaine,gendarmevirile^.
(tAufi bien eftafiis celluj qui nefdict rien,
aA la table du Roi,quecetluj quifaiCf bien.

Ce grand Roj Cyrus aprez plufleurs belles remonftran-


ces per luy faides à ses deux enfans eftantau lia malade
prochain de sa mort leurs tint ce derrier langage,comme
rapporte Xenophon, Mes chers enfans retenez cecy de
moj pour vne derriere dodrine, que si vous esteslibe-
rauls & gratieus à vos amys, facilemét vous vaincrez vos
cnnemys. Et pour plus detourner les princes de se rebel-
ler contre le Roj Homere n'a point oublié de leurs pre-
,
dire, que finalement i!z en feront quoj qu'il tarde,feuere-
ment punis,diCant au premier de lilliade,

Leprince quelqui'lfoit,doibtfagementpenjer,
Quil efltrès dangerem
.-'
de Ll{{û offtnfèr.
~,~/ j
que quelquetemps le '.R.r!i tmfe, & rappaifè
'~- bien
Car S
<- .7

Dedansfon eftornacfacholere mauuaifl,


Toutesfois la memoireenson il
coeur retient,
Iusquesa lheure opportune e5 commoditévient,
Qjfjlverje horriblementtouteson ire durt_j
Sur ceuls luy ayan-çfaiéïdelaifir,ou iniure.

Toutes ces tant excellentes vertus Roiales chantées tat


dottement per luy deburoientetfreensèignées
aus ieu-
nes princes en leurenfance, d'autant que (comme diaJe
il
Roj Agesilaus) fault apprendre
aus enfans,ce qu'on
veut jf^iit;^çfcîRmçsf LaCyropediedugrandCy-
rus dressée perXenophon, quevousMonifeurdeVin-
ternile conseiller du Roj audiét Senat,auez excellemment
faitte n'a guere françoise du Grec,feroit tres propre àtelle
érudition. Platon reprend feullementce grand Roj d'a-
uoir dÔné ses deux enfans ausEimuches & femmes pour
lèsinstruire,disant autroisieme de seslois, qu'il oublia
trop, que ceuls ausquels il vouloitlaisser le grand Empire
des Perfes& Medes, n'eftqient instruits aus vertus des
Per[es',& Medes.Puisraconte qu'il en printmat aufdids
enfans:car l'vn ne pouuaut endurer laultre pour compa-
gnon,le tua de sa main,puis se rédit tant dissolu en yuron-
gnerie,que Darius fut eleu Roj en laphce d'icelluy. Au-
quel Darius il reproche cecy au me'me lieu,disant, Te te
nomme iustement pour exemple, ô Darius qui n'estant
admonnefté perlemalheur de Cyrus, as nourriton Xer-
ses en me'mes meurs, que Cyrus son Cambifes.Finale-
ment ildid:au cinquième liure, ilfault mettre peine de
laisser aus enfàns,non grand amas dormais de vertus. Si
donc Homere a si magnifiquement deduit les vices&
Vertus des Rois & Princes, soubz les personnes d'Aga-
memnon,& Achilles), si bienracontéles maulsqui vien-
nent des rebellions & guerres ciuiles) si seurement re-
p.rins-commc, vous voiez, ceuls. qui en excitent,& donne
si bons aduertiffemens aus Rois.& Princes de laterre,
Vous itigerez,s'il vous plaist (amplissime Senat)s'il doibt
efire redargué per Platon,& chassé dela republ.per hon-
teus exoftracifrne, pour auoir si dodement chanté,ou s'il
ydoibt estre retenu coronné de louanges immortelles)
pour continuer de sa bouche diuine,tant inefiimables
chansons.
LE S ECO ND LIE Y
,,;Tlaton.
ÇR^tJ^DHOM
reprinsperleDiuin
8RE
,
LEST écritau premier deriJHade que
:

le grand Dieu Iupiterfrappa d'vn coup


de pie le Dieu Vulcain fonfilz )si
D V

rude-
ment qu'il le fit cheoir du Ciel en terre,
per ce que Vulcain le vouloitempescher
sa
de battre la De effe Iunon femme mere dudit Vulcain,
& se mettoit entre deux.voicy comme Vulcain leracon-
te luy me'me conseillant à sa mered'endurer patiemment
lavolonté de son pere,de peur quelle foitencor battue,

0 ma mere ejcoutez., le vouloir démonpere,


Et iendurez,,combien que vowfiît chojèameru,
Carlecrains que ievoie a regret deuantmoi,
Quilvous battetrèschere, & mette engrand
emou
J'enferois bien comhléd'vneextrcme trifîeffe,
e./WaÙ quoifie ne pourrois oster vostre defirejjè.
Car il ejt difficile empejcher le vouloir
CZJecelluy quisur
tous afouuerainpouuoir.
<lAultresfoisievouloisenfèmblablequerellej
Voussecourir doulenttâ
vous estretutele,
il
*5%Caisdefonpiepuiffant mefrappafifort,
Qj^ilmejitcheoir du Cielenterreprefquemort
l'arreftay toutle iouracheoir puisfurtheurta
DuJoirje tombe en Lemne aprejèntmademeure.

Platon dia au fecond de sa republic. telle fable estre tres


,
pernicieuse a raconter, car il semble, did il qu'Homere
veutenseigner estre inique aus enfans, & contre le deb-
uoir de pieté, de secourir leurs geniteurs aus affliâions.
Certes,diâ il"en l'vnzieme de ses lois,Ne dieu,ne les ho-
mes conseilleront iamais à l'enfant de négliger ses pere &
mere. Oedipus, Amyntor, Thc(eus,& pluficurs aultres
ontfaid imprécations contre leursenfans, quiontcité
ouyes per les Dieus,& accomplies,doù se voit les pricres
des peres, & meres estre receues contreleurs enfans & )
que rien n'est plus perilleus à l'enfant, que cela, ne plus
propice, que quand ilz prient pour luy. Pensons, dia il,

, :
que nous n'auons simulacres entiers Dieu, à reuerer plus
cherement) que nos geniteurs Car quand ilz font per
nous honorés Dieu se contente, aultrementil ne les
:
ouyroit pas. Telssimulacres nous doibuent estre bien
plus chers, que les simulacres inanimés Car le simulacre
animé, quand il est reucré per nous,prie pour nous, puis
saia le contraire,quant il est contemné: mais le simulacre
inanimé ne saia ne l'vnnel'aultre.Parquoyquireuere ses
geniteurs) il reuere les simulacres les plus excellens qu'il
:
puisse auoirpour se concilier en la grace de Dieu Telle-
ment que les enfans fages tiennent à grande félicité d'a-
uoirla ,
presence de leurs geniteurs & quand ilz lesont
perdus, ilzles défirent & regrettentmerueilleufement.
Puis il did au cinquieme. de lefdides lois, chacun doibt
pen
pensertout ce qu'il a,& pofledc estre de ses geniceurs, les
biens,le corps,& les sens,& que nous leurs debuons tout
communiquer, en recognoissance des cures, & douleurs
pereuls souffertes pour nous, les souffrir benignement,
accomplir leurs delirs contre nous, les reuerer de parol-
)es,& d.e'faitl:, toitqu'ilz nous arguentauec parolles ai-
)
gres foit qu'ilz. nous nuisent de faiét: car illeurs est deu
de droit naturel qu'ilz puissent cela faire en nostre en-
droit. Si nous faisonsaultrement, vne Nemesis destinée
à nostre iugement en procede à la vengeance cotre nous.
t Voilaqu'il did:très sagement conforme au raina commâ
dement de Dieu disant qu'il fault honorer ses pere & mè-
re pour long temps viure sur terre. Laquelle pieté plaist
tant au bon Dieu,que non feullementil la recorapenfeau
Ciel, mais aufsipromet heureuse vie en terre àceuls qui

,
l'exercent. Saintt Paul crie fouuent obeHTez. à vos peres.
& meres en toutes choses & donne la raison en son epi-
piftre à Timothée, perce que,di&ilrla pieté sur tout est
vtile ayant promette de longue vie enterre & au CieLLa
Idiuine loj di&, quiconque dira mal à son
pere,ou à là me-
re, qu'il meure de male mort. Platon au fécond de la re-
publ.reprend aussi tres aigrement Hesiode disant,Hefio--
de estle plus grand menteur que ie sçache,& qui a le plus,
menti des choses les plus grandes, quand il controuue 8c
chante les gestes deCelius, & la punition deteftabledôt
vfa Saturne son filz contre luy,puis
ce que Saturne fit co-
tre les cntàns& les mauls que peraprès son enfant Iupi-
terluy fit:car dia il, ces choses ouyesperles ieunes gens
rles infe&entmerueilleufement d'impiété3d'autant qu'el-
les leurs perluadent, que celluy,qui
commet tels vices
xccrables,ne said: rien de nouueaul,ou que l'enfant, qui
traïaemalIon pere,ne preuarique point;puisqu'il ne said:
que ce que les premiers & plus grads des Dieus ont aul-
tresfois faiut. Mais il n'a pas semblable raison de reprédre
HOlnerc,quc'He,fiode:car Homerepcr ce'tefable de Vul
cain veut figaifierchose touteaultrequil nepëfeidautâr
qu'Hofnere en il
c'et endroit,corne estoit aussi grâd philo
fophequegrâd Poète,couchoit pere'critleftatdescho-
ses naturelles, félon qu'elles font en ordres, & funttions,
soubz lés noms,& termes des fables qu'il inuentoitinge-
nieufement propicesàcela. Tellementqu'enc'ete part,'
per lupiter,il entéd le ciel appellé leplus grad dçsDieus",
perce qu'ilcmb raffe,& côtient tout:per Iunon,l'air,diâe
femme de lupiter à cause de la supposition de l'air au ciel:
per Vulcain, le feu,did filzde Jupiter, & Iunon,petce
que le feu resideen larégion etherée entre le -ciel, lair.

Et quand Iupiter,c'et àdireJe ciel,per la vehemente cha
f
leur du foleilfaidguerre lunon,c'et à dire,ausvapeurs
humides qui font en l'air,alorsVulcainqui est entre deux,
à
reçoit lescoups du ciel,c'est dire,defdiâ:esvehemences
chaudes,& de la percussion sortent leseluides,&corufca
tionsqui'tombent quelquesfois: iusques en terre,per le
moien dudébat de Iupiter, & lunon)que sembleestre la
vraie mitholofie de c'ete fable.T outesfois encorqu'ilen-
tendroit per Iupiter,Iunon,Vulcain, le pere,la m'ere,l'en-
fant,il n'auroitpourtant riendérogé de la charitérecom-"
mendable aus enfansenuersleurs geniteurs: Car ce n'est.
point charité à l'enfant de nuire à son pere, pour en mau-
uaife cause deffendre sa mere, ne de faire le bien, qui ne
peut estre said,sansfaire plus grand mal. Oreftes tua sa
mere, pour sur elle venger la mort de son pere, qu'elle,&
[pn paillard Fgiflvs auoient said: mourir. Mais combien
4. qu'il
,
qu'il sufl: iufte douleur de la mort de sonpere,!!estce
qu'il fit plus de mal de tuer sa mere,que de bien, vengeat
sur elle la mort de son pere.Aussi deuintil subitement in-
sensétourmenté horriblement des furies infernales, & de
rage3pour la punition & expiation de son desistd'auoir
rougi ses mains au fang de samere.. Vefgile,

eAut çy4gamemnoriwfeenisagitatusOrejles,
f
Armatamfacibusmatrem3 £/jerpentibmatru
Cumfuait^ltricefyfèdentinliminedirœ.

OucommeDre fie efioitagitéper lesfienes


Voiantfa merearméey& de torches obceneJ,

-
Etd'horriblesdragons le voulant oultrager,
Etla noire Eumenide au prèspour levenger.

Marc Tulle excellemment en racote l'hifioirc en son orai-


fan,pro ewarco ojèio) & beaucoup plus blame Oreftes
d'auoirtué samere,qu'il ne le loue d'auoir ainsisurelle
vengé la mort de son pere. Aussi dia: le fage vers de
Caton, *

Wcc matrem offendas dum ^visbonusejjeparenti.


Mais en ce'te part la deesse lunon tenoit plusiéurs propos
rioteus à Iupiterson mari procédasd'iniuste ialouzie,co-
à
me est voir, per le texte, à raison dequoj- Iupiter estant
en cholere la voulut battre, & Vulcain leur enfant se mit
entre deux pour la deffendre,ce qu'il ne debuoit faire co-
tre (on pere, lequel il debuoit tant refpeder, que de ne
point prendre la deifenfe de làmereypour resister,&fç
bader contre son pere,qui fut l'occasion,que son pereluy
donna ledid grand coup de pie. Per là monstre Homere,
que les femmes doibuent efire patientes & fages àl'en-
droit de leurs maris, de peur que si elles les incitent per
contumelies à courrous depiteus,mal enaduiennc à la
famile,commeaduint à Vulcain perl'outrecuidance de
sa mere, contre son pere:& exhorte per ce moien les
gens
mariés à nourrir entre euls perpétuellement la paix chere,
&fuirle veneneus discord, affin d'euiter les malheurs,
qui procèdent des querelles, voicy qu'illeurs chante fa-
gementau sixieme de rOdyif.

Quand en vne maison regne la cherepaix


entre les deux ejpous^ diforde iamais
JSlejepare leurs 'VtU:f:quand amour les aJlèmblu
Sifortementquil%n'ontiamais dcbatenflmblu
Cefile bien le meilleur &leplusprecieus,
Que leurspeutaduenir de la bontédesDieus:
Car oultre le profittennemyplain de ragu
Seiche depalions de voirfi bon menagu,
L'amy s'en baigne en aifèf$Jonplusgranddesir,
Ejf, qujlzj viuenttomours enfemblcy en telplaifir.

Puis il monstre au long racontant tout le debat de Iupi-


ter & Iunon,qu'elle auoit grand tort d'estre ialouze con-
re luy,de ce qu'il auoit Nullement parlé à la Deesse The--
tis,
:is,& ne vouloit dire les propos qu'ilz auoiét tenus, pour
Faire entendre que Vulcain auoit grand tort de la deffen-
ire en si mauuaife cause, & que les femmes ne doibuent
? flre siCottes de secoiffer si subitementdeialouzie^Ôc
vouloir fçauoir les secrets de leurs maris) & les maris ne
debuoir decouurir les secrets d'importance à leurs fem-
mes,à raison de la naturele imbecilité du sexe.voicy com-
me
Iupiterle dia à Iunon.
r

lunonrieïpere pointtousmessecretsfiauoir,
Tu n'a!,bien quetussismafemme,cepottuoir.
si d
Ce querie mdecent efirefaiffmanifefie,
Tu lefauras de moi plus tofi que toutle resse
alterne amcDieusje ne
:
<J)eJ hommesy& des cDieus mais ce quilfault celer,
njeuxpoint le reueler.

Et quand Vliffes fut defeendu aus enfers, didt Hotnere,


[ame du grand Roj Agamemnon son intime amy luy dô-
nace conseil perpetuelementmemorableen l'vnzieme de
l'Odyss. -

Vlijfes cheramj.que iamais tu nefois


A IIIfemmepertrop débonnaire f5 courtoù,
Ne luy dy tonfècretjnais touiours du contraire
7)e ce quen ton efiritasarrefiédefaire:
E Car
Carenfemmesbienpeugifi defidelité,
U\(onplus que de confianceougrandeprobiti.

>Homere donne donc per c'ete fable aus citoiens de la re-


publ.trois precieus enseignemens, que l'enfant ne doibi
estre contraire à son pere pour en mauuaife cause deffen-
dre sa mere, contre luy, que la discorde entre gens marié
est très pernicieuse, la concorde don de Dieu, & que le
maris ne doibuent declarer à leurs femmes les intimes fe-
cretsjne les femmes s'en enquerir,Et là dessus,vousiuge.
rez, s'il vous plaist (Sénat tres-vertueus) s'il profite ot
5
nuit au public per telles chansons & si Platon iuftemen
l'enreprend ou non.
LETROISIEME LIEV DV
CjRA:J\CD HOMBRE
reprins perle Diuin
Platon.

Lestccrit au premier de Tllliade qu'a-


prez la remonstrance faide à Tunon per
Vulcain son filzpourlaconsoler, luy il
1
porta la coupe qu'il tenoit plainne de ne-
étar) & modeftemenc versa boire à tous
les uieus alsiitans, qui turent tous excites dvn rire inex-
tinguible de le voir ainsiminiftrer perla fale,
-

Ce dtttjunon deesse blanchesmainsreçeut


aus
Vfln-enfantiacoupeen rianï£$puis beut.
Ilpropinoit aussi le breuageceleftu
Atousles aultres Diem d'unefaçonmodefit-j:
Mais les Dieus bienheureus de ces honnejietés
D'inextinguible risfurenttousexcités9
2)e lervoircheminerperlepalaispropicu
Miniftrant à latableleursfaireJeruice^.
Platon au fécond de sa Republique nestime bon) de-
ne
cent aus Rois ) Princes 5ôcmagiftrats de rire inextingui-
blement, & dissolument & ber excefsiue passion
tom en
de liesse, d'autant qu'ilfault
5
tenir contenence quadrante à
la grandeur,& quela grauité naceroifle
moins l'efiat,que
leitat la grauite. Et puis que per tel rire inextinguible des
Dieus immortels, per lesquels font figurés les magistratz.
du monde, peutestre induit mauuais exemple au public,
pour le faire tomber en contenence dissoluë,iI fault, pour
bien faire, enchasser ce'te fable,& son auteur.Puis
à
medier tel enseignement corrompu il said:
pourre
vne loj con-
traire au dire d'Homere,au cinquième liurede seslois,di-
fant,Il se fault abstenir de trop grand ris,& larmes,& ad-
monnefter chacun,que la trop grande ioye,& tristesse co-
hibées,iJ se maintienne en estat honneste, foit que nofire
demon nous eleue à quelque grande felicité, foit que les
fors& demons nous soient contraires comme tendans
per le cas variables de fortune,à quelques choses arduës,
& difficiles.Les gens de bien touiours esperês)didiLque
les dons de Dieu, qu'il distribue aus b-os,ne leurs deffau-
dront point, & constitués en grands trauauls, que Dieu
&
mitigueraleurspeines, les choses presenteschangées
en mieus,que les biens leurs viendront auec la bône for-
tune. Il fault,did il,que chacun viue en telle esperance,&
tant en icu, qu'aultrenlent, exhorte, & foy me'me,& tous
aultres,à studieusementgarder la modeftiç:Car alencon-
tre des trompereffes lubricités,& subites mutations de la
variable fortune n'est remede plus present& singulier,
que la canftance. Il fault que chacun pense,foit lors qu'il
est en extreme ioye,foit auat qu'y entrer, que la prompte
a
mutation fuitpas, pas,le rire exceiSi£;& ne vient iour,ne

ment
ce
,
heure, qui n'apporte sa propre perturbation àl'entende-

qu'on
d'autant
pense,&
que fouuent
cfpcre.
aduient
Nostre doéèe
tout le
Homere
contraire
le
de
chante
la
tres prudemment au dixhuittieme de rilliade,per bou-
che du fort Achilles disant.,
aÀA5
Iupiterhaultementayanttoutepuijfancu'
-
Ne donnepoint a tous ce qu'on lere,eYpenfc---,-
Ce petit mot d'Hesiode répété perPlaton en Tesepistres
est tres excellenr,lepensercfttrompeur,& l'entendre dif- 1

sicile :comme aussi le diuin precepte d'Apollon augrand


temple de Delphes,jw5«A,£v--ayetvîCarquiconque confidere
profondement l'office de la confiance en toutesaaions)
il
& passions,facilement entend que ce n'est. aucunement

,
le propre d'vn fage,& temperé personnage, de se reiouir.
profusement aus felicités ou se trop lamenter aus aduer-
le
Gtés,mais fortement se comporter en tout,ainsi que far-
uant Horace très doâement chante,.
cAec^uam memento refaits in arduis
in
Seruarementent,nonfecus bonu.
Abinfolcntitemperatam
tætitia;rnoriture TDcli.

Deliguardeenaduerfité
Meme ejjiritqu'enen e eritê,
projjierité,
garde contenenceconfiante^,
,
, ',

E
£tquelaliesseinfllentu
Jamaisnetechanged>evn
ge d points
'vn~po
Immortelaujïi n'ett,point.
in t,,,,
T{ebm in aduerfîs&nimofus,atc^
Fortu.apparefapientet:idem

mS
Çontrahesuentonimiumfecundoj
Turgida rvela.
j Sois
Sois animeus en la tormentu,
Et quand ta voile efl trop tumcntu
De lafélicitéduvent,
cBsejferrelafageaudeuant.
Aussi est autant effemine celluy qui tombe en ris dissolu
per liesse,que qui iede abôdâce de larmes per tristesse, &
n'estfortitude enl'vn,plus qu'enTaultre*Heraelite,&De-
mocrite ontefté deux personnages merueilleufèment dif
semblables en passions:Car Heraclite perpetuelemétde-
ploroit la misere des hommes,Democrite continuelemét
rioit lafolie dlceul^ Mais bien qu'ils ièmblent auoir tous
deux quelque raison de suîure telles contraires passions,
si ne font ils pourtant fort estimes,ne l'vn,ne l'aultre, d'a-
uoir ainsi tant esté grands ennemys de fortitude. Telles
gés,& femblablesau variableTigellius d'Horace,ne font
aucunement à imiter. Mais doibt touiours estre deuant
nos yeuls,pour vn perpetuel patronde perfe&evertu, la
nompareille confiance de ce grand & admirable perfon-
nage Socrates tant accompli des diuines vertus de tempe
rancc,& fortitude,que iamais on ne le vit aller en sa mai-
son d'aultre visage,qu'il en estoit forti,ne sortir d'aultre vi
fage, qu'il estoitentré, plus trille) ou plus ioieus envn
temps,quen aultre,quelque grande occasion de trilleffe,
ou ioye, que la fortune luy eust apportée. Mais quand il
à
fut tres iniquementcondemné mort per les Areopagi-
tes,d'Athene,& durement es prisons enferré, pourauoir
recogneuvn seul Dieu,lors quelanauire futarriuée de
C rete qu'on luy vint denoncer la mort pour ce iour là,
plusieurs notables personnes se trouuerent vers luy, en-
le
tre lesquels estoit le diuin Platon son disciple,pour cô-
foler,
,,
folcr plorans abondamment autour de luy de son mal-
heur & de l'execrable iniuftice de tels iuges,aprez qu'il
les eutgrandementreprins de telle contenence,illeurs re
procha qu'ilz auoient plus grand besoin deconsolation
luy,qui douloient sa douleur, dont il n'estoit doulét,
que
les arguant fort de ce qu'ilz nestoient fouuenans de gar-
der constance en toutes ebofes, felô qu'il leurs auoit aul-
tresfois dia eltre conuenant à gés de perfette vertu.Puis
aprez plusieurs propos per luy tenuz excedens presque
l'entendement humain, touchant l'immortalité de l'ame,
& maintes belles exhortations aus Vertus, comme à la
chose qui plus nous rend approchans de Dieu, il print har
diment le goubeletplaindepoison de la main du bour-
reaul qui le presentoit,& de me'me visage, qu'il auoit tou
jours ellé toute sa vie,le beut, sans monstrer aucun figne
il
de perturbation. Cesaid: reprint son propos de la vie
eternele,& beatitude des gensde bien aprez leurmort,&
perfeuera la dilpute constamment iusques à ce que la poi
son l'eut vaincu,qu'il se ieéla sur le lid: ne se pouuant plus
soubstenir, priant Dieu que sa migration fust heureuse,di
fant ce dernier mot à son familier Criton l'vn des assistâs,
O Criton,nous debuons vn coq à EfcuIapiuS, rendez le,
& n'y faillez, & rendit l'esprit, signifiant per le coq, qu'il
entroit en nouuelte lumiere, & le vouloit estre presenté à
Efculapius filz d'A pollon,c'est a dire, à la diuine bene fi-
cence merc de la lumiere,& curatrix de tous mauls, félon
que les anciens pour telle raison sacrifioient le coq à Ef-
culapius. Laquelle admirable fortitude Platon raconte
trèsstudieusement,tant en son banquet, qu'au Phædon,
pour la faire seruir àiamais d'exemple immortel à tout
homme genereus délirant estre deperfede vertu. Plu-
tarqueraconteque Phocion Prince d'Athene,& le grâç
Crassus Rommain ne furent onques veuz rire,ne plorer
pendant qu'ilz ont administré la chosepublique, tant il;
estoient vertueus&fages àbienreigler les humainne
perturbatias. Aussi les Rommains iadisreluifans en tou.
tes singulieres vertus, cognoiflanslaconfiance estre for
requise aus magistrats,firent en leur republique floriflai
te ce'te bonne loy semblable à celle de Platon, qu'ilz ob
feruercritexadement pendant la grandeur de leurempi-
à
re, Ilfault que le magistrat se rende facile daccez tous,
& neantmoins ne se permettecontemner, ne reçoiue er
trop grandefamiliaritéfes prouinciauls: car de la trop fa-
milière conuerfation vient le mespris de la dignité. Voire
quandil il
iuge lescauses, nese doibtcholerer, contrc
ceuls,qu'il estime mechans, ne lamenter pour les priere
des personnescalamiteuses, d'autant quece nest lcpro.
pre d'vn iugeconstant, de decouurir son intention pei
son visage,maisaccroifbeladignité,perconfiance &gn
uité. Cela estaudigefte del'estat d'vn president. Si donc
Homere per le rire inextinguible des Dieusfigurantles
magistratsvouloirinduire le lis dissolu conuenir aus ma-
giflrats,il feroit iuftementreprins per Platoii,d'auta-t qu<
c'est plus le propred'vn bateleur,ou flatteur parasite, gé
ridicules, de rire àtous propos,«Se capter le ris daultruv,
per le leur, que d'vn fage, & notable personnage. Mais
telle n'est son intention: car rire inextinguiblemët est vnc
phrase ancienne de son temps signifiant,non rire diffolu-
ment, ains fuauement & sans excez,tout ainsi que mouri
de rire, ne signifie pas,mourir en riant, mais rire de bon
cœur abondemment, pour cause lcgitime, felon qu'cft à
voir per son texte audixhuittieme del'adysi:ou did il
que
quelesamoureus de Penelope moururenttous de rire,
de voir Vlyfles incogneu habillé en mendiant, le comba.
tre-à laportecontre vn aultre patrarenomméIrus,pour
vneaulmofne,
1

De voir ce beaul combatles amoureus haultains


toururent tous derire en eleuantleurs mains.
auquel Heumourir de rire ne signifie aukre chose,que rire
abondamment de bon coeur, auec fuauité, comme gens
sans tristesse,felon qu'il est per luy me'me expliqué au
me'me lieu disant.

Vtyjfa rua reprendre à la portepiplacer,


ll%entrerentdedans rians de bonnegrâces,
Tellement qu'on ne doibt prendre ladite façon de par-
ler en mauuaifepart,veue la signification Puis fault con-
sidererqu'il estudie seullement en cet endroit d'eferire
au plusprez la contenence des hommes, quand à culs se
presente à Timproueu quelque cause qui les peut grande-
ment exciter à rire, & que les Dieus, lors qu'ilz rirent si
fort, estoient à table assemblés en vngrand banquet,per
ceque cest le lieu propre à rire, & se recréer per les ma-
gifirats, aprez les durs trauauls,& perturbations per culs
fouftertes au gouuernement de la republique, lesquelles
il conuient temperer per recreations aus repas, aultremét
le magistrat ne pourroit durer, car pendant qu'il exerce
ton Qffice, ou traite des affaires grandes, il n'oseroit rire
ne se récréer, & ne le peut bonnement faire qu'aus ban-
quets. Platon luy me'me raconte pluGeurs choses auoir
esté dictes, & faidesau banquet d'Agaton, qui n'eussent
esté belles ne decentes à faire, ou dire, aultre part qu'en
vn banquet. Il ne veut doc point instruire les magistrats
à se précipiter en trop grand e liesse,ou perturbarion,mais
au contraire leurs chante tant prudemmentaudixhuitie-
mederodyn.

La terre ne nourrit chojeplus imbecillç_j


Que l'homme de tout tant qu'elleportefèrtilu.
Carpendant que bonheuren liessè le tient,
Que Dieu luyfauorijetomours le maintient,
Il ne pense iamais à lafortunedurc^y
N'es maulsquipeuuentriaijtre e5 quapre%jlendu-
aMais quandDieu bienbeureuslepermetagiter,(re
Lorsdfouit quilendure,& nepeutrefefter,
Car de l'homme mortel efi tell'efiatterrejtrç_j>
Que le bon Dieupuijfantchacuniour le veut ejfru.

Puis il enseignequaus grades aduerfités, il nefaultauoii


cœur failli, ne ieder làfalance, comme on dia d'vn gen-
darme pufillanimc,mais fortement endurer,& per patien
ce vaincre toute lamalueullance de fortune, à l'exemple
del'inuincible Prince Vliffes, qui tormenté d'infinistra-
uauls
uaulsinsupportables tient frappant son estomac ce pre-
cieus langage au vingtième de l'Odyss. dont ilefttant
louéperPlaton,

Endurecœur^endure^tuasbienejté
çJXVaïntesfois daultres maulsplusgraues tor¡nenté.

*1 *

Plus au douzième exhortant ses compagnons au milieu


de Scylla & Caribdis,de trancher fortement les dangers,
ildid,

0 me* chers compagnons quicy deuant neftmmu


v

&Amile&mdemaulsfbujjrirjgnares hommes,
Ce malheurriejtplusgmnd,que quandtztntperterre's ,

1
Dans lantre nous ejitons du Cjclopsenjèrrés.
Nous fthappameJ bienpernostre addressesàlu,
QsdyeZoenjouuenance £$prene%boncourage.
A l'imitatio de quoj Virgilesaid aussi dire àson fort Ae-
néeayant perdu la plus part desesvaisseauls perla rage
de lamer,
Ofecijtneemmignarifumwante_ malarum,
O pajs:pgrauwra,do,bit deus his quoj^jînem.
Vos ftj- Scytleamrabiem^mitufc^Jmarrtes
ftjCydopeaJàxa
Aceejïtsfcopul-os:%Jos
Expertis reuocœteanimas, mœfiumtimorem
e
À4ittiPe,jvrfMi becolimmemiiriflèt-aluabit.
Tjurate,1posa/metrébusferrntefecundis.
Tatia"VocereftrtJcurifi mgentibusœger
Spemvultafimulatpremit altum cordedolorem.

0 mes cherscompagnonsquicy deuantnefommes


Amile te mile maulsfîujfrir ignares hommes.
Oquibienplmauonsenduré quececy>y
Le bon \Dieumettraboutacemalheuraussi.
VousaueZjbienpaffé la Scjlleenne ragu,
Les rochers creu-flnans,du Cyclopslenuages,
TreneXcourage encor,Ce lacrainte domte.
Vniourdufbuuenirnousferonsdeleëlés.
e
Durez,, vousgardez,pour les chosesflcondu.,
il
releftoitflnparler, decuresprofondes
Maladie,perfbnfrontmonftroitejjtoirvaincueur
Cachantfapaf?ion,fortementdansfbncœur.
Tellangage tienttout homme fort constitué en quelque
granddefastre,& feprepare si bien d'endurer qu'il estime
le plus grandmal, que luy'aduient, estre petit, aure/ped:
de ceuls qu'il pourroit endurer. Toutesfois per ce que
Fangoilfe est quelque fois si grande, qu'il est impossible
au cœur humain dela soubstenirsans ploier dessoubz,Ho
mere monstre qu'il lafaultamolir per medicamenspropi-
çes,affin que le mal foit guariper art, qui ne le peut estre
:
per vertu Car au quatrième de l'O,dyff.il did que la bel-
le Helelne fit boired'vn medicament au Roj Menelaus,
& aus Princes Pififtratusfilz,deNeftor,& Thelejmachus
filz d'Vlyffes pour les faire reiouir, & oublier les grandes
pertes per euls souffertes en la guerre de Troye,
fJ.).)1r}
fIle run medicamentdedans le
vin méfia
Quonfiruoita la table,Ce dont onbeuuoitla.
Cedtcamentchassant,ïire^latrifiejje>
Portantobhuion de tout mal ÇJ3 detrejfu.
^mconque ainji méfiéau verre en auoit beuy
Tont ce tour epanchervne tarme il neujtpeu.
£
Non^quadbïefurentmortZj^finpere,( famerey
Quant bienenfaprejenceoneuflmeurtrifinfierté,
Oufin vnique enfantquedeuantfisyeus.,
Enpiece on les euftmis. Tel vnguentpreciens
cVlla diuine Heleinevnefemme anciennu
Polidamne donna,de ThomeEgyptienne.

Le medicament de Teucer contre latrifteffç efioitlevin


disantHorace,

Nunc uino peliite cura*.


Crus ingens iterabimus œquor..

Si donc Homere enseigne si bien la fortitude qu'on dôibt


auoir, tant en bonne, que mauuaifeforrune, & que d'vn
me'mc virage le doibuent tolererlesdouceurSi&amertu-
mes de ce monde 5ion intention nest d'inferer gestesin-
decens,& corrompus aus magistrats, mais à tous conte-
nence plaine de vertu. Et surce vous iugerez. (trèscon-
si
stans Senat)s'il doibteftre,pourauoir bienparlé,deie&é
de larepublique,ounon.
L E dVATRIEMELIEVD\
qRsi.J\(]J HOMeRE
reprinsperleDiuin
Platon. *
1

LEST encor ç'crit au premier de l'Illia.


3
de, que Pirithous Drias, Ceneus, Exa-
dius,Poliphemus,& Thefeuseftoient foi
tifsimes&combatoient lesGeas monti-
coles,lesquelz ilz meurtriffoient,& en oh
tcnoientvictoireglorieuie,Le Roj Ncitorparle,

Je ne visiamais hommee ne verray,fèmblablu


QAuhrme^mth'®è£$^DrimmdomtMc.J,
oA Cenéé,Exadieà Polipheme ou tels,
QueThejeuspareilansgrands Dieusimmortels.
ll%ejloientlespinsfors quifufftntfurla ferru,
Voire beaucoupplusfors:Carilzjfaisoientlaguerru
Art* Geansde montagnedvncœurgloriem
Les meurtrijfanse&oientbrau&s<vi£torieus.
Platon diéè au feeond de& République quHomerenc
debuoit pointeerire,que les vaillans homes facent guer-
re à leurs parens, & voiuïYS)neftant rien plus pernicieu-S)
quele 5
citien' faire la guerre au citoien, & le perdre veu
les fedirions en la citéfont causes de tous mauls, &
que
ruines. Quiconque (didil)auneufiemede lèslois, veut
fubiuguer laprincipaultéàfa volonté>abroger leslois,
plon
longer en fadions infinieslacité,la remplirde seditions
uec
force contre les lois,il en à estimer le plus grand en-
temy,& la plus dangereuse peste du pays. En fecod lieu
ont ennemys les magistrats,qui ne preuoyent telles con-
u
urations,o les preuoyans n'y remediêt de crainte qu'ilz
>nt. Que les iuges punissent (did il) tels
sacrileges de ma
e mort-En ses epistres il diusse le fruid de sa naissance en
rois parties,dont l'vne,& la plus grande il destine à la def
ense du paîs,l'au!tre de Tes parés, la tierce pour ses amys,
ignifiant le propre des bons estre de faire ainsi,& des me

,
:hans au contraire ne craindre d'efire detestables parrici-

,
les de leurs pays parens & amys,à l'exemple damnable
,
tes Geans lesquelz imiter nest aultre chose que repu-
ner à nature5& luy faireguerre. Puis quand ces mechas
uripes excitent les flotsde seditions en la cité,percé
lu'j]z dient, pour dônercouuerture à leur iniquite,qu'i]l,
e font pour le bié public, & mettre la repubten meilleur
aat)il diefc en ces epistres pour leur rabatre telle faulse rai
on,OsteLmoj tels chercheurs du bien public:carl'barn-
nc Cage,& de bonne volonté enuers le public,ne reprend
amais les erreurs de la cité,s'ilcognoist qu'il le fera en
rain, ou ne le peut faire sans perdre grand nombre de ci-
:oiens,mais se tiendra coj sans rien remuer, priant à Dieu
meilleur estat pour son pays, & pour foj me'me. Finale
il
nent lotie haultement au premier de ses lois le Poëte
fheognis^dauoirdiâ:,
rArgento fueritfuluoaquiparendus,ftj
auro,
Fidus in injana[éditions manens.
Celluy doibt autant qu"or,eY argentestre cher
Qui neveutpointprudent en larage marcher
Uvnefeditionjiefuturele rehcUu,
Mairdemeure touioursinnocent,fidek^.

Lefacond Ciceron DateurSingulierde telle dodrine


exeîlente di&yproQuintio,Jugulareciuem, ne iure quidem
qui/quant bonus rvult, mmultemmcommemorareJè cum 3
perdere potuijjet,peperciffe,quàm cumparcerepotuisset, per-
didiffl E-læc m hominesalieniftimos
ruiri boni facmnt, fgj hominum
,demque inimiciflimos
cxiflimationis fçjcommu-
,
ne rzrtiktatiscaufa. Simone Homere auoit chanté les fe-
ditionscrueles des Geans contre leurs prochains,&voi-
fins, pour les-faire imiter en la republ.il feroit grandemét
à reprendre. Mais tant s'en fault qu'ilveulle induire tel
mal, qu'au contraire il raconte les mutineries & seditions
d'iceuls,puis adioufte la grade ruine qu'ilzen ont receue,
pour deterrer lesmartels de lesenfuiure.PlatonJuy me'-
me ainsi recite en son banquetper la bouche d'Ariftopha
nés, les hommes aucommencements'estre rebellés con-
tre les DieuSjpour faire entendre auscitoiens de là repu-
blique leur racontant la feuerepunition faide per les
Dieus, combien il est dangereusd'emouuoir (edition) &
se bander contre les m.a-giHrats.Tant s'en fault qu'Home
re foit amateurdes seditions,& mèurrres,que luy mime
expressement-chate au neufieme de rilliade,que les meur
triers,& feditieus doibuenteflre dechaffésdetous,[ans
parens alliés3amys,sans cognoissance,ne lois,sans habita
tion, ne iouiffance des commodités humainnes,

Quiconque aime laguerreintestineperuerfu,


et
etperftdition la cherepaixrenuerJLj,
Jl doibt efirefans loir,pais,cognation,
Maltraiéfédechunjàm habitation.

Plus au dixhuittieme,perla bouche duvaillant Achilles)

Terijfe debon cœurtout diuorce-odieusy


Toute contention des hommes eS des Dieus.
Teriflè le courronsfdonnant lecouragu,
Ghufmctmême chopperleplus rafiis^fage~j.
Il ne peut donc donner meilleurs enieignemens pour ex-
horter le peuple à detester les seditions, que de chanter,
que les fèditieus ont touiours esté finalemëtchaftiés> pu-
nis & ruinez per le mal propre,qu'ilz ont voulu fuiure3{ur
quoj vous iugerez (Sénat tres pacifique) s'il doibt estre,
pour cause de tant rares,& dattes chansons,empesché de
ièiourner en la republique ou non.
LEC1NdV EME ï
qRAD HO IL EV DV
MêRE
reprinsperle Diuin
Tlaton,
-

Lestecrit au fecond de l'Illiade, que


Iupiterméditantcomme il feroit restituer
en honneur le Prince Achilles per les
Grecs,enuoya le fonge au Roj luy man-
,
dant qu'il fist mettre en armes Testrou-

:
pes, & baillaft l'assault à la Ville de Troye qu'ilz tenoient
assiegée car ilz la prendroient incÕtinent,& neantmoins

,
vouloit donner la yiétoire aus Troiens pour du tout af-
,
foiblirlesGrecs &leurs donner occasion derappeller
le
Achilles à leur aide,voicj texte, ,

Lesgen-darmes creifés,^les celefies Dieus


Prenoienttoute y nuitle reposgratiew,

'j
s
çSÏÏCaisJupiter'veilloit,ne inclinant auefmmes,
Venfantaufort Achille,àl'honorer,Çf commcj
llfailloitajfoiblirles qrecs à tel ejftéf,
Leurrabbaiffer l'orgueilleur camp efire dejfaiéf.
Etpourcelaperfaireincontinent flnzuil
Denuoier
T a
leur
/~r T~~ le mendacieU:!flngu.
2
Lefonge doncil crie,&puis luy dillainji,
Qéteparolleaillée, f5 commande cecy.
Songe
Songepernicieusvafubitenlarmee
-

Des Grecs, aupauillon de leur Roijilz., datréé,


en
Dytuydepoint- pointmonvouloirconfiammenty
Sansforlignervnmot de mon commandement.
Quilfacearmerles Cjrecsperruquesfinsdemeuras,
Il
EtprenneTrojlagrande. lepeutàceteheures,
Carles Dieus habituns lesbeaulspalais des ciem
Pourellenefintplm en discord odieus,
aïftCaisfleichisperjunonriirontalencontrcs,
Dontinclinesurelle acecoupmalencontrcs.
Ce diftlefongepromptincontinent sen va
Dans l'armée,ou le T\oi danssi tante iltrouua
'Dorrnant:}ilfè deguifeprendformefemblablts
dNestor,quele tenoittresvénérables,
Approche du ffleuet,& prononce cecy.
Dors tu Roifilzj dAtrée?Ilnefaultpointainji
Dormirtoute la nuit,rvn 'l<.j(i,jùr qui repofls
la
TtJutlejàlut dupeuple,& pi-Mique chofu.
Jesiss de Jupiter meJ(age,efèoutemoi,
Jupitervoit tes mauls,&prendpitiéde toi.
FaisarmertouslesGrecsperruquéssansdemeures,
Etprrns laforte Twj, tu lepem à cete heuru,
Car les Dieus habituns les beaulspalais des ciem,
Tourellenefontplusendifcordodieus,
*5%Vaisfleichisper lunonnirontalencontrts,
Dontinclinejùr elle à ce coup malencontru.
Retiensbienmonparler,&rienfoisobliem,
G' 2 Quand
^/uandjvirât dehuredu reposgratieus.
Ce diëtjlfè dérobélaijjè ceteaffaire^
J1pejèrper le Roi qui lapouuoitfairu.
ne
Helas ce ^Roitrompécuidoitfmuant cela,
Qutlprendront de Priam la Ville iour là:
MaisJol ti ce
nepiuoitde lupiter-l'ouuragu,
il
J^Çej^u luypreparoitjïterrible dommag0
Quilfentiroiten briefmile & mile douleurs,
aAuroit mileregretsjefferoitmilepleurs.

Platon voiant que telle fable peut donner argument aus


hommes d'estre menteurs, à l'exemple des Dieus n'ap-
,
prouue point qu'elle foit chatée,en la republique bien in-
,
firuid:e,affin que les citoiens ne soient infedés de mente-
ries & deloiaultés per tels contes, & reprenant Homere
per grande vehemence au fécond de sa republique did,
quoj? Dieu veut il mentir, ou de parolles, ou de said, &
nous obieder faulses visions pour nous tromper? Nefait
on pas que Dieu, & les hommes hayflent le mensonge cÕ
me l'vne des plus grades macules de ]'ame?' Quelle occa-
fion auroit Dieu de menrirÆH: il ignorat des choses qu'il
ne fâche la verité, ou s'il craint quelqu'-Vn qu'illuy faille
mentir pour eschapper?said il cela pour càuse de l'infolen
cede ses familiers,ou en la faueur d'iceuls, ou pour acque
rirrichesses? Certes la nature de Dieu & des anges est du
tout sans menLOnge,& si est quant à luydu tout simple,&
véritable endids,en faids, ne se change iamais,ne deçoit
iamais., ne per parolles,ne per signes,ne les dormans, ne
les veillans. Parquoj nous ne donnerons point d'honeur
à Homere, did il, d'auoir chanté) que per Iupiter grand
Dieu
)ieu le fonge ait esté enuoyé au Roj Agamemnon pour
lentir, & le tromper. Ne pareillement à Aefchylus da-
oir e'crit Thetis se plaindre qu'Apollon luy meurtri a
luy auoit prediét,
)n enfant,veu qu'Apollon à ses nopces
chanté quelle auroit race de fort longue vie, & ne fe-
i
)1t atteinte de maladie: Car,diét elle,Apollon me chan-
Dit maintes belles choses,& que mes fortunes feroient sa
orifées de Dieu, merédant tres ioieufe per cela, estimât
bouche diuine d'icelluy estre veritable, & fatidique:
t
lais celluy me'me qui me collaudoit tant à ma table, &
predisoit ces biens là3 luy me'me a meurtri mon en-
le
mt. Quand on nous chantera telles fables, did: il, nous
ebuons promptement dire contre,& tous enfembleex-
[biler,sans permettre qu'elles soient ouyes per la ieunef-
*,si nous voulons estre gens diuins, & officieus enuers
ss Dieus & les hommes, comme il appartient. Puis co-
noiffant quHomere figure les magistrats du monde per
2S Dieus celeiles,il dite qu'il n'y a chose plus villainne,&
lefhonnefte en la bouche dumagistrat, quedementir:
:ar le mensonge est hay de Dieu,& des hommes.Quico-
[ue ment inopinement,dict il au cinquième de ses lois, il
st fol,d'affirmer la chose dot il n'est certain. Et qui ment
pontanement, il est deloial,de tromper ceuls qui se fient
n sa parolle. Puis il prononce ce'te loj tant notable au
ixieme de sa republique,les gardes & magistrats de la ci-
ésoient naturellement exempts de men fonge, ne mèn-
ent iamais spontanement, ayent en horreur toute faulfe-
,
é,aiment vérité. Carcertes,di& il au cinq uieme liure, La
rcrité est & aus hômes & aus Dieus,la duchesse de tous
)iens. Et au troisieme hure il dia, toutle reste du peuple
e doibt pareillementabstenir de mentir,me'mement en-
uers les magistrats. Car mentir au magistrat est plus gra
de, & dangereuse faulte, que le malade mentir au mede
cin,oulenautonnierau pilote. Et partant si vous trouue

,
quelquvn des artisans mentir en la cité,vn diuinateur, v
le
medecin, ou aultre punissez. comme inférant vn ma]
d'où peut enfuiure la submersion d'icelle, ainsi que d'vn
nauire per la tempefie. Telles lois vraiment font excelle
tes,attendu que,comme disoit Epenetus Lacedemonier
les menteurs font ordinairement causes de tous mauls, ê
des iniures que leshomes s'entrefont les vns aus aultres
C'eii: parquoj la loj lainde dia tat de fois,^mentEZ^pOÏL
entreuowi. Quand Acapperdit la batailleen Ramot d
galaad,que l'ange auoit did à ses Prophetes qu'il obtien
droit,c'estoitvn angemalin,qui trompacesprophetes,t
leRoj leur maillre, percequ'ilznevailloienttous rien
comme Dieu permet fouuent que le peuple preuarican
foit fubuerti per les esprits de mensonge & punition d
la preuarication,pour monstrer qu'ilz ont mal said de fui
ure le mensonge pere de tous mauls, pour delaisser lave
rité mere de tous biens.Aristote interrogé que gangnoié
les menteurs fit response, ilz gangnent cecy, quenco
qu'ilz. dient vray, on ne les croit pas. Marc Tulle en foi
orai son pro 7(oJcio(jomœdodid,Quœpœna ab dys immort
libzuperiuro, hœc eadem mendaci efl conjiituta, non enim ex pa
Etione njerborum quibtM iufiHrandumcomprehenditur}fed e.
e
perfldia, malitia,pe-rquam infidiœ tenduntur alicui,ij immo
taies hominibtM irajcÍ,ft}fucccnfereconfueuerunt. Quoj donc
doibt on chasser Homere de la republique pour auoi
chanté ce'te fable de ce fonge menteur enuoyé per Iupi
ter au Roj des Grecs pour le tromperai fault, auat quei
iuger, eclarcir son intention. Premièrement il est certaii
qu
[ue louuenc per Iupiter,& les Dieus, il entend les iouue-
le
ains magistrats,comme Platon luy me'me confesse,Et
[uand per Iupiter il entend le grand Dieu, lors il chante
i diuine parolle d'icelluy estre du tout ferme,& irreuoca
Jé, ne deffaillant iamais d'estre accomplie, comme ille
sint parleràlaDeesse Thetis au premier de Mliade,

J'accorde de mon cheftu demandera leffia


Que tu croies mon direquilfemperféf,
Per lafurtous les VieUs on mevoitredoubtublc^,
Quemon direeftcertainJmnchant£$ verimblu,.!
& ce que ieprononce annuant de mon chef
Jamaisrieftimperfe^maisvientdutout chef a -,

Ce dia defisfournis la requeïte il annuë


etjà come diuine annuant-futemeue
Defon chefimmortelduquelfêulmouuement
Trembla legrand Olympetoutlefirmament,
s

le
'ilentendoit en ce'te fable,perIupiter,
:
grand Dieu
uiffant, il ne l'induiroitpourtantestre menteur car les
[lofesaduindrent comme Iupiter l'auoit mandé per le
)nge, &futprinselaforte Troyeperles Grecs. Etpuis
est certain,que Dieu est si bon,qu'il ne faidl iamais, que
lofe bonne enuersfes créatures, & s'ilfaultainlî parler,
epeutfairemal, à raison qu'il eH: de perfette bonté sans
teration de mal.Mais pour rai-son de la grade inconftan-
- des hommes mortelsilluy conuient fouuent changer
iufiice,en misericorde, & sa misericorde en Initiee, fe-
Ion que les hommes de mechans deuiennent bonsoú -
bons deuiennent mechans. Car sa perfede bonté ne1
permet estre rigoreus aus bons, ne fauorable aus n
chans. Neantmoins quand il punit lesmechans de Ici

,
malefices, ce n'efi luyqui leurs enuoye les douleurs,ai
elles viennent des propres iniquitésd'iceuls & n'cil n
qu'il leurs said, mais grand bien de les punir, & purg
Quiconque parl e ainsi deDieu,did Platon luy me'me
fecond de sa republique,il ne parle pas mal. Et si quelq
Poète, did il,raconte les passions, & malheurs de Niot
de la maison de Pelops, des Troiens, ou aultres fèmbi
bles, il ne luy fault permettre dire, que ce soient les oc
ures de Dieu,ou s'il ditl: que ce font les ceuures de Die
ildoibt adiousterlaraifon que maintenant nous dedl
fons,& dire que Dieu a said choses fort bonnes,& grai
bié aeuls de les punir. Car dire que miserables font cet
qui [ouffrent ainsipunition,& que c'est Dieu quilesaff
ge,il ne fault ainsi parler. Mais si nous disons que les m
chans font miserables,& ont besoin de punition,ou qui
ilz.font punis, quilz font aidés de Dieu,nous dirons bi
:
no pas que Dieu foit cause d'aucun mal car il est du to
bon,& nest faind à dire,ne profitable à ouyr le contraii
Or en telle forte le dode Homere chante cete fable po
monstrer que Dieu chastie les mechans,& neantmoins i

leurs cause mal aucun, mais per la punition les purge,


rend capables d'expedier les choses,quilz, ne font dign
dattoucherjfans eltreexpiés. Car lupitervouloirquel
Troiens fufIentprins,& chaftiés, perles Grecs, mais p
ce que les Grecs estoient mechans, il conuenoitpremll
rement les punir & purger de leur mechantevie,aua,
qu'ilz fussent dignes de punir les aultres. Semblable h
ftoi
stoire est ecrite en la Bible, & cinquième liure des anti-
quités Iudaïques per IoCephe, disant, que les enfans d'If-
le
raël prindrent tous les armes , per commandement de
Dieu,contre la Tribusde Beniamin, pour punir l'execra-
ble adultere & rapt commis en la personne de la femme
d'vn Leuite en la Ville de Gabaa, per les iennes gens d'i-
celle qui forcèrent ladite femme, dont elle mourut. Et
le
comme lesaultres Tribus eurent mis siege deuant la-
si
ment,
dite Ville, les citadins firent faillies fureuls furieufe-
qu'ilz les mirent enrouptevnefois, & puis en-
cor vne aultrefois, non sans grand carnage d'iceuls,
si iufte querelle per le commandement de Dieu ,
dont ilz. furent fort etonnés de ce qu'ilz pourfuiuoient

antmoins estoient vaincus. Mais Dieu les permettoit


& ne-

eftreainfi deffaicta,affin quilz.fussentchaftiés de leurs


faultes, auant qu'ilz peussent chaftieraultruy,Toutes-
fois à la fin la race de Beniamin fut pereuls vaincuê,
& presquetouteefteinte, la Villeprinse, tout ainsi que
finalement Troye fut prinse per les Grecs, & reduit-
te en si grand'ruine, qu'il n'en refteplus que lenom.
Il ne fault pourtant penser que Dieu foit menteur, ou
trompeuricariamaisenDieune fut
) tromperie, ne men-
fonge mais per ce que les enfans d'Israel, & les Grecs
estoient mechans,sa bonté les permiss premieremet eftrc
punis per leurs aduerfaircs & puis leurs donna puissance
de vaincre & punir leurs aduerCaires, quiestoient encor
plus mechans. Plusieurs tefmoingnagesfont aus efcriptu
res faindes , que Dieu change la sentence, félon que les
hommes se changent de bons en mauuais, ou de mauuais
en bonscomme au liure des Rois ilauoit did,per le Pro-
phète Helias au Roi Acap,qu'il le perdroit miferablemët,
did:au Prophete, tu
cetoute la mailon, puis le votant conuerti a repentence il
pointrveucAcaphumiliédcuant
moypuü qu'ilsest humilié (^repenti,ieneferaypoint tomber du..
rant [on regne les mauls que lay diElzJurfa maifOnJmaú au re-
gnédefonfîlzs Pareillement il manda per Esaie au Roj Eze-
chias, qu'il difpofaft de sa maison, car il mourroit, & tost
aprez ayant ouy les oraisons, & larmes d'icelluy, il did à
son Prophete,retourne à Ezechias duc de mon peuple,le

,
Dieu de Dauid ton pere ditt,i'ay ouy ton oraison, & veu
tes larmes & t'ay guari,le tiers iour tu monteras au tem-
ple,& viuras encor quinze ans. Il disoit que Saul estoit le
plus aggreable à son cœur pour estre Roj, & neantmoins
ille reprouua puis aprez, & mist Dauid au tronc Roial.
il
Toutesfois n'est menteur ne trompeur, comme estia
diét,mais si grande & perfede estsa bonté,qu'il change sa
iustice en misericorde,& sa miièricorde en iustice,felon le
changement des hommes de bÕs en mauuais,ou de mau-
uais en bons. Ainsi donc quand Homere auroit en ce'te
fable entendu per Iupiter,le grand Dieu immortel,il n'au
roit pourtant voulu enseigner,qu'il foit menteur,ou trom
peur, mais iufte luge chaftiantper sa bonté les mechans,
pour leur tres grand profit. Neatmoins il est certain quil
entend icy,perlupiter,vn fouuerain magjfl:rat,& veutme
firer per ce'te fable,que les magistrats doibuent auoir fou
uent vne chose en la langue,& aultre au ccèur,& dire aul-
tremét qu ilz n'ont délibéré faire,ou faire aultremét qu'ilz
n'ont dicl,pour le bien public,à l'exemple de Jupiter, qui
mandant au Roj Agamemnon aultrement faire) qu'il ne
vouloit eftrefaici, le chaftia si bien peraffoibiiffement de
son armée,que de Tyran cruel & mauuais, il en fit vn bô3
& iune Roj,au grand auentage de l'armée,& reuoquer le
Prince
Prince Achilles,sans lequel ne pouuoitestreTroye fubiu
guce. Qu'il faille les fouuerainsmagiftrats quelques fois
mentir pour le bien public, & faire aultremét qu'ilz n'ont
ditt,ou dire aultrement, qu'ilz n'ont saia, assez en appert
la
perleshistoires tantanciennes,quaultres, & necessité
des choses.Car quelle vérité profita iamais tataus Grecs,
que la menterie de leur Prince Themistocles enuers le
?
Roj des Perres Xerfes La Grece ne fut elle pas per telle
menterie deliurée du plus grand danger,ouelle pourroit
iamais tomber, & la plus glorieuse victoire obtenue con-
tre Xerfes,qu'il en fut iamais? Et comme fut la puiffantc
Babilone perZopirus reduide en la puissance de Cyrus?
maisles histoiresfont assez chargéesdetelz exemples.
On trouue en l'ecripture fainétc tesmoingnage,quil con-
uient quelques fois aus magistrats mentir necetTairemét,
pour le bien public, Car au liure des Rois, le Roj Iehu,
la
pour extirper d'ifra^l faulse religion de Baal,fit enten-
dre per tout,qu'illavouloit suiure entièrement, nonaul-
tre,& commanda que tous les prebtres, sacrificateurs, &
Prophetes de ceDieu s'affemblaflfentausolennelfacrifi-
ce qu'il luy vouloit faire,oùquand ilz furent assemblés, il
les fit tous mettre à mort, purgeant per ce moien le peu-
plede telle damnable religion.Nedi& on pas,
Dolus,anrvirtus>quis in holle reamrat?

Quelle faceffefuton-ues plus propre aus Grecs, que les


menteries d'VIyftes,& Sinon? Quand vn magistrat per sa
menterie profite beaucoup au public, telle méteriedoibt
estre réputéepour tres grande sagesse. Si Platô ne le veut
croire, nous l'appellons luy me'me àtesmoin, pourlvn
des plus fages,& notables que puifsiôs auoir. Ne resoult
il pas, aprez longues dilputes, au troisieme de sa republi-
que,cecy/'Ceulsquiadministrent la cité aurôt donc(diâ
iI)licence de mentir,tat enuers les ennemys,que citoiens,
pour le bien public. Puis ne did il encor au cinquième li-
Il
urer est tres necessaire que les Princes vfent de frequés
mensonges & deceptions,pour l'vtilite des su-bicâs.Si

,
donclupiter grand magiftratavfé de mensonge enuers
les Grecs, pour le grand profit d'iceuls quel mal a saiâ
Homere-de le raconter?N'est ce pas bienfait d'enseigner
aus magiflrats en quelles choses ilz doibuent mentir sans
crainte,& en quelles aultres ilz doibuentestre perpetue-
r
lement veritables Touchant les aultres negoces particu
liers, non seullement il ne leurs permet de mentir, mais
déclaré que la menterie est le plus grand des vices, d'vn
il
magistrat:Car diél: au neufieme derllliadc,,

Jaime autantvn menteurqui ditfenjànlangagu


., ne chose,& penje aultre enfin courage
en rune
Que ïajmerois entrer aus enfers ejfuam.
'De terrible! tourmens enjouphrés e! pUtlns.

Puis au quatorzième de FOdyfC

eAutllnt mejlennemjcelluj
.y quifolement,
quifolementè,
Pour quelque occasion de mijere ou tourment,
Sauan
S'auance de mentir,que laporte cffroiablu
De l'enferPlatoniquehorribles,&deteftablcj.

:I deteste donc bien les menteurs, puis qu'il les hait plus
mêles enfers, qui font plus horribles que chose qu'on
)Uiffe nommer. Au surplus perce qu'il parle en ce'te fa-
)le d'vn fonge, l'en toucheray ce mot en passant. Il diéè
bouche de Nestor, fécond de l'Illiade que les
?er la au ,
longes des Rois & Princes font bien fouuent véritables,
voicy son texte,;

Si quelque aultre des Grecs nous racontoit ceifngu,,


Nousne le croirionspasj$le dirionsmenfongts.
<*JïfCaispuis que cesile Roi qui lujmême la veu,
Et luy même le conteJldoibt doncefire creu..

Neantmoins pourosterlasuperstition de trop s'y arre-


ster,ildidaudixneufiemedel'Odyss.

Lesfangesmaintessoissons indijerets0menteurs,
Irnpuijfamjmperfeétsjrompans les inuenteurs.

C'estla cause qu'il les deusse en deux efpeees , vrais, &


faulsjdifantau me'me licu5que lesvrais sortentd'vne por
te de corne:les sauls,d'vne diuoire,dont parlent les Poè-
tes,& Platô en son Charmides disant, efeoutez,mon fon-
il
ge,[oit qu vienne de la corne, foit qu'il parte de l'iuoire
Xenophon did que les apparitions nous font faites bi<
plus tost en dorniant,que veillant, per ce que loubliano
nous tient alors de toutes choses, & nostre esprit est deli
uré des soucis mondains,qu est loccafion que les grand
personnages voulans traider des choses diuines, & plu
incogneuës à l'homme ont feint les auoirveuës en ion
ges,comme le Pimander de Trimegifte, l'Eris Armeniei
de Platon,le fonge de Scipion. Voicj que dia: Platon at
neufieme de sa republique. Quand de l'esprit la partie mi
suete,raisonnable, &dominant repose, la ferine & agrefi
partie plainne de boire & viandes immodérées exulte5
tête chasser le sommeil, pour indulger aus accouftumée
voluptés, tellement qu'il semble quelquesfois qu'on a c<
pulation charnele auec sa mere,vn homme, vn Dieu,vn
besse,qu'ontuequelquvn, qu'on gaste tout,& pour par
1er fommairernent, qu'onne se abstient d'aucune impudé
ce& rage. Mais quandquelqu'vn bien& moderemen
disposé se met àdormir,la partie raisonnable estant droi
&e,excitée,plainriedebonnesconsiderations,tournée
foj même per contemplation, l'aultre partie voluptueut
n'efiant aussi trop presseede dffaiIJance, ne trop plainn
dafHuence,te!!ementqu'il repose pàisible,sans perturba
tions ne passions a la bonne partie laquelle illaisse feulle
pure,defoj me'me considerer,penetrer,apprendre la cho
se au parauant incogneue, presente,passee, future:aussi 1
tierce partie ou l'ardeur de la cholere est eftuante estan
roitiguée & reftrainte,quand did il, l'homme ainsi dispo
fé se met à dormiralors l'e[prit pur & subtil atteint & pe
la
netre pure verité, sans aucuns obieds de mauuais ton
ges. Mais pour resolution touchant ce passage d'Home-
re
5
plaist (très prudent
,
,puis que per sa doéte parolle il initruit si bien les ma-
iftrats en quelz endroits ilz doibuent mentir,ou non, le
ien le mal qu'apporte le mensonge Vous iugerel.) s'il
Senat,) si Platon le condemne
ous
à
Ifternent, sortir de sarepublique, pour auoir chanté
e'te fable,ounon.
LESIXIEME LIEV D1
qRAD tiOMSRE
reprinsper lejâgu
Tlaton.

Lest écrit au quatrième de l'Illiad


que le Prince Pandarus filz de Licaon v
nu de Zelée au secours des Troiens blei
sa d'vn coup de flesche, per le conseil d
la Deesse Pallas, le Roj Menelaûs pour
fuiuant sa viaoire sur Paris dans larmée Troienne t
,
&violales paches&sèrmensprestés entre les deuxar
méesîvoicil'exhortation de la Deesse,& ce qu'il fit,

Elle eflanïpreZj de lujpouràson veu l'induirez


Ceteparolle aillee aftute luy va dire,
0 belliqueux enfantde Licaon veu* tu
Commettre maintenantaise degrand vertu?
Nauferoistufrapper dvneflefche mortelles
Cefier <s5%tenelaùs qui vousfaittguerretelles?
0 combienfèrois tuper le*Troiens loué!
Etde quelgrandhonneurinfinimentdoué!
aJftCémement quel honneurteseroitoAlexandres?
J^on,non/il le voioitdejfus lapjre efiendres
te
sMort detafortemainj)quil donneroit
il
Le donplusprecieus que donner pourrait!
Stk
il
Sus donc,couchetontraiB,Ç$ qu'aceteheure tobe,
Voue au Dieu Apollon lycigene hécatombe
Glorieufi d'agneaulspremier-nés afoifon,
QuandJeras de retourvainqueuren tamaifin.
Voilaquelleluydi£ty&cauteperfiade^
Acefol d'accomplirtantiniujle brauadu.
JI tire doncfion arcpolitfaits aultresfois
D'vne cheurefauuageocajeperle* bois.
Cetecheurefirtoitd'unefiabreufi roche,
Illa voit debofiquer/uittementil décochée
Sontraicipuisfidroit luy tire dans lessanc --

Quilenfitfirtirl'ameauec lepourprefang.
De cetecheureefioitlaplantureuje corne
'Destie palmes longue/un artifiantla torne,
Lafabrique$appointe^fibienpersin art
L'accoutre,qu'ilenfaill-rvn très excellent arc.
Il prenddonques cet arc desaforcegrandes
Lepreffantcontreterre habilement le bander.
Sescompagnons mettoientleurs boucliers audeuant
Depeur que lecamp Grecce mal apperceuant

fEujtfat
t
zAccoumfi empefiher,auant que lajàgettu
clce coup mauuaisla chofefufifaiffe,
Jltiredu carcoisfintraifffubitement,
Traiff de mile douleurs la cause,&fondement-,
L'aptehabileàfinnerfitfpuisdepefiheafairLs
Vœus au bel ^Apollon le brauejàgittllir,
Luypromettantd'agneauls[acrifice àfoi(on
Ajon vainqueurretour de Troieensamaison.
Courhél'arc,eS le nerf,eYletraiéï ajîeil
Jujques àsa mammelle,f5puir les tache enfembk-
-LarcfibleJenerfbruit,le traiftprompt&léger
Fendiair., te vole au lieu qu'on levouloitloger.
çJXCais o sJiïCenelaiis alors
ne foublièrent
Les bons rDieus immortels, ainspropices faideren

zfiïCemelapredatrixinfante iefiant
Au deuant de ce traici le reprime,& d'autant
L'empesche que ton corpsmortelement il tou-chu,
Quede fk main la mere empejche quelque moujèh"
Depicquerfôn enfantjùrprins dufommeildoux.
Elleguide ce traittdextrement audejfom,
Ou la boucle conioint aptement la ceinturer,
Et du propointconuientlagemelle iointuru.
Ilfrappe la cet*nture,telepropointainfi,
Et lesperce tons deuxperce la lame ausi,
Quilportoitper dessouspourplusfeure deffenfè9
Queluyfutbonne alors contrefirude ojfenfu.
Penetmntdonc ilvintde lapointe toucher.
De ce Prince vaillant &lapeaul f5' la chair.
Lefangnoir quant f5 quant de laplayes'epanch
Coulantabondammentperdessus la chair hlanchO.

Platon Vitupérant tel conte, & le violement de ferment

,
me'mement qu'on die ce mal auoir esté commis per l'ex
hortation & conseil diuin did au fécond de sa republi
que, siquelquvn did les treues,&iuremens auoirest
- violé
iolés & confondus per Pandarus, à l'exhortation de Iu-
iter & M ynerue,affin de l'en punir & perdre puis aprez,
louerons point cela> ne permettrons estre did: à
DUS ne
icuneffe,que Dieu excite les mortels à mal faire,& leur
Il
donne occasion, quand il les veut punir & perdre du
)ut: Car Dieu n'est iamais cause du mal, & fault cher-
iier aultre source & cause des mauls,queDieu.Mais pour
iieus entendre la cause de sa reprehcnfion,conuient de-
uire la fable vn petit plus au long. Quand uan d les deux ar-
iées enla campagne Troienne furent prestes feliurer ba
la
iilIe, Paris causede guerre pour le rauifiement d'He-
îne faillit deuantles premiers rancs, & prouoqua le Roj
lenelaus mari d'elle au combat singulier entre les deux
lomées, & luy di<ft,0 Menelaus,puis que toj,& moj fom-
les causes de ce'te guerre, c'est raison qu'elle prenne fin
er nous deux,voici(lue ie te propose, si ie demeure vain
lueur de toj)Helene me demeurerai ton armée fera te-
uë se retireraiaincT les Troiens en paix, si ie fuis vain-
,
u per toj ton Htlcne te fera rcnduë auec toutes tes ri-
hesses, & feront paiés per les Troiensles frais de ton ar*
nce, qui fera tenué ie retirer, aduife si tu veus accepter
es conditions. Menelaus accepta defdiétes conditions,
[ui furent iurées folennelement perles deux armées aucc
bJations desacrifices,qu'elles feroient entretenues. Les
teuxchampions venus au combat entre les deux armées,
[nalemét Paris fut porté per terre per Menelaus, & pour
uiter la mortsefiant releué print la suitte permy rar;
née Troienne,Menelaus le poursuit à toute reste delibe-
ant le mettre à mort. Pandarus lors fut exhorté per My-
lerue de tuer Menelaüs nonobstant le ferment prellé. Il
trent donques son arc)tire contre, & le biffantfort1em:
che d'obtenir cntiçre vidoire surParis.Ce'te grande tn
hifon çommise, l'armée Grecque se rue sur la Troienm
& finalement eut du meilleur. Platon did: qu'il ne faillo
point raconter telle mechanceté de Pandarus,per ce qu
n'est bon,nebeaul(did: il)de violer son ferment,& moir
de dire, que Dieu conseille de faire mal, affin qu'il perc
les operateurs du mal de fond en racine, & que tels COI
tes ne peuuent inférer les citoiens d'infidelité, & les re
dre deloiauls enuers les Dieus, & les hommes. Aussi à
vérité la conferuation du ferment est tant necessaire à
societé des hommes,qu'elle ne pourroit subsister sans a
la,qui est lacause,que les Poëtes detestent sifort les pe
iuremens) & racontent la feure punition de Laomedc
periure infligée perlesDieusaffin quechacun y preni
exemple, & se donne garde de commettre telle mechai
<;eté,de peur destre de me'me puni.La pauure Roine D
don la reueille tres piteusementenVirgile,difant>

WejèÙhæuperdita,necdum
agentu.
Laomedontœœfentuperwriagentu?

Las nefais tuperdue^ riastitpointejté


Encorinftruitteajfez*deladeloiaulté
Dufauls Laomedon,Qjf deptgenteperiure?

Attilius Regulus aima mieus mourir,que de rompre

ment son honneur per les periuremens ,


foy aus Carthaginois. Lifander Spartain macula grand
&
trompé ceuls de Milete, quelqu'vn luydiâ: estre cho
fit
quand il e

response, C
trop sordide à vn Prince de se periurer,il
trompe les petis enfans auecques dez., & les hommes p
lef
lefcrmët.Cleomenes ayant said: treues aucc1armfecdAr
gos l'assaillit de nuid pendant les treues, & la deffit. Puis
interrogé parquoj il aùoit rompu fan sermetenuers euls).
il diéè,Les nuids n'estoient point comprinfes en nos tre-
rues,& adioufta,ce qu'on said contre les ennemysesten-
uers Dieu,& les hommes per dessus toute iustice,mais fi-
nalement il deuint enragé per iufte punition de Dieu, &
setualuy me'me. len'aufèrois dire combien contamina -

son honneur celluy qui ayant iuré toute asseurance au cô-


te de Saind Paul,le rendit aus mains deson ennemy mor
tel, mais ie diray que Dieutoutpuissant punit iustement
les faultes,& que les periures neperuiennëtiamais à heu-
reuse fin. Quoj donc?fault il bannir Homere de la repu-
blique, pourauoir chanté ce periurement de Pandarus?
Vraiment il feroit digne d'enestre chassé, quelque grand
qu'il foit,s'il vouloit approuuer les periuremens:mais tant
s'en fault qu'il le face, qu'au contraire il raconte expreÍfe-
ment cete fable pour lesdetester, & faire paroistre quelz
grands malheurs ilz. trainnentaprezeuls. Car première-
ment il appelle Pandarus insensé d'auoir esté persuadé à
commettre telle lâcheté, disant,Ta>c^sveœ*ppov* TrCîôfVj
:
c'efi a dire,celafut persuadé à ce't enragé, signifiant que
tous ceuls qui se periurent font enragés puis deduit au
long que le me'meiourPandarus futoccis,&villainne-

:;i
ment conculqué perceuls qu'il auoittropés per ion per-
iure: & finalement did, que tel periurementfutcausse de
laruinedes Troiens,Cardidil,
'.,

Pandarus tira sa flesche neuue)empennée,:FondtpeJ d$


grans douleurs,per là rejere toutes les douleurs des
Troiens à la faulte d'icelluy. Puis il chante expressement
cecy au me'me endroit d'vne bouche diuine,

Non non, Jupiterpere aus menteurs riaidera,


6tfauteur d'vn tel vice infame nefera.
Mais lesfrayeurs depacbe,Ç$ deloiaulsperiures
Donneront de leurs corps aus bettes nourriture-J.
Aussi peu veutilenfcigner queDieuvous pouffeàfai-
re mal,pour puis aprez. nous perdre,Car il crie luy me'me
tant faindement au quatorzième de l'Odyss.

n non, l'homme mechatrieji agreable ansTrieur,


Qui riaiment immortels les dru rvicieur.
PerMyneruc il entend le iugement de Pandarus, & di-
fant qu'elle consèilla de tuer MeneJaús, ceit à dire que sa
propre fantaisie le pouffa a cela, citimant qu'il feroit infi-
gne vaillance, de tuer celluy qui faifoitaus Troiens si ru-
de guerre, comme au premier liure de l'llliade,quand elle
tira les cheueus blonds au Prince Achilles l'admonnefiat
de n'offenser le Roj, cest à dire,que fubitemét leprint vn
t
remorts auec prudence, qu'ilne failloj attenter àla per-
sonne de son Roj. Vous iugerez donc,Iuges confians, &
fouuerains,Si pour auoir recité ce periurement de Panda
rus,iI estiuftemcnt exité per Platon,ou non.
LE
SEPTIEME LIEV DV
LE
(jR AjhÇJD HOM eRE
reprins per lejàgu
-
Tlaton.

Lest e'crit au neufiemede l'Illiade


plus
que le Roj Agamemnon ne pouuant
resisteraus Troiensenuoya les Princes
Vliffes,Aiax, & Phœnix, auec les plus ri-
ches dons qu'il peut penser, vers le Prin-
ce Achilles,pour 1attirer per prieres & preiens V
a /*
le • <
reioin
dre,& les fecourirjôc qu'Achilles fut instamment sollicité
per Phcenix de prendre lefdiétz. dos, & ne leur refuser fe-
cours.Ainsi parla Phcenix,

0 Achilles domtetvojfresùperbe cœur


JI neconvientnourrirtantextremerigueur.
On voit me'me les View non ejlre inconvertibles.
BienqmlT^foiettout-puiJfanSyimmortelsjnuincibleé*
Carifquelqu'uncontre euls ojfenfègrauement,
TuisJe retourne aeulsj&lesprie humblementy
Leursdonnelibameris
linatantoffènsé,quil ne les conuertiffUe
Peuaprez,
cRçceueZj cet honneur quon vousfaiéîj'honneurdous
Doibt rompre desplus fors le feuere
courrotY.
Peuaprez.

t
Reprehensible riefi quevous aye esié
Pcrcy deuantainfidecourronsarrefié.
Nous auons bienouj lesHeroesantiques,
'Triom,phans,,gloi-ieus,efire tombés piques,
en

Quonlespouuoity?<?(cbirperprieres&'dons.
1

Etgrand débat entre eulsjnais ilz, ejloientfihOiis,

Platon mal content d'entendre tel parler dia au troisieme


de fàrepublique, que Phœnix ne parle pointsagement,
ne méritant louanges d'auoir conseillé à ce ieune Prince
Achillés, derecepuoir les dons àluy presentés pourfe-
courir les Grecs, ou s'il ne les reçoit, de touiourS conti-
nuer sa malueillance contre le RÓj:Car il n'est decent aùs
Princes de se laisservaincre per argent. Nous n'eftime-
rons point Achillesdigne d'honneur (diél: il) ou ne con-
fentirons5qu'il,ait esté tant cupided'argent,que de recep-
uoir les presensd'Agamemnon,& n'auoirvoulu rendre à
:
Priam le corps d'Hedorfans grand rançon car telle for-
dide auarice n'cft belle ne bonne.le crains fort à dire(did
il) pour l'amour d'Homere,que c'cft grande mechanceté
d'affirmer celà,ou de croire aus affirmans, d'autant qu'il
ne fault permettre aus Princes &citoiens dela republi-
queestreauares & corruptibles per argent. Ilett plus
Roial de donerque de prendre:car en donnant on imi-
te les Dieus immortels qui ne cessent de donner,& ne
prennentrien.L'ecripture faindedid,"Beatmest dare,
lfuàmaccipere, ftjquipetit a te da ei.Nostre dode Hottiere
denotant la vraie noblesse monstrer son efficace per libe-
ralitédidauquatrièmedeTOdyffi >
hflos
L'hommefortvertueus f5denobleffigrandu
Refusè mal enuy le don qu'onluy demandu.

iris il chanteencor au dixhuittieme deladiâcOdyss.

Entrelesgenereusonnetromepoint bon
Defuirlalargejfe^refufèr<vn don.

cgrand Alexandre cognoissant salibéralité estre l'vne


es perles de npbleffe commanda qu'on f
donnat
gentilhomme de sa cour cinquante talenspour marier
à Péril-
15
's filles,Perillus dque c'e floit atrez de d!x,U fit refpô-
r,ouyPerille,cest assez a toj d'en prendre dix,mais non
mojn'en donner plus.Tout ainsique la libéralité deco-
e
fort la nobletTe) airifila fedifsimeauarice de Midas, ou
antale lafouille. E paminondas Prince de Thebes au-
luelle Ro; des Pertes faisoit presenterbeaucoup d'arget
our le tirer à savolonté >fit response à ceuls qui le pre-
întoient les menaçant,comme auez. vous tout nauigé de
?
tierspourcorrompre Epaminondas & les renuoya sans
ultre rcfponCe,auec leur argent. PhocionPrince dAthc
lesauquellegrand Alexandre faisoitaussi presenter gra,
le Comme, pourléln,nener,diâ aus embaffadeurs, par-
luoj m'apportez, vous cecy plus tostqu'à vn aultrerquâd
lz. eurent respondu,leRoj nôstre maistre vous estime
meilleurque tous les aultres,il leurs did,Retournez,doc
L vostre maistre auec vostreargent,& luy dites)s)iJ m'efti-
me bon,qu il
me permette touiours reftre. Fabricius r<
fusa pareillement l'or de Pyrrhus,& dia,ic ne veuspoil
dor,mais commander à ceuls qui ont de l'or. Alcament
Roj de S parte fitrefpôfe ausMesseniens quilevouloii
induire per argent à leurs donner secours contre ses coi
federez,Mes amys,si ic reccpuoisvostre argét,ic ne pou
rois auoir paix auec les faindes lois, qui me desfendent
prendre,& les renuoya sans rien faire. Toutesfois l'or fc
uent said la guerre,& prent mieus les Villes que la fore
comme Philippe de Macedone Je, dénota,quand il did
ceuls qui luy rapportoientvnchasteaus qu'il afsiegeo
estreimprenable,n'y pourroiton, didil,menervnafr
charge d'orîfignifiant nestre batterie plusfurieufeque
dorée. L'infante Gorgo didàCleomenes son pere R<
de Sparte auquel Ariftagoras presentoit grandsdenie
pour l'induire à mener la guerre auec les Ioniens, cont:
les Perfes) mon pere renuoyez. tost ce'te'tranger de pei
qu'il nous corrompe.Nostre grand Homere appellel
bons R6is,qui font liberauls,& qui ne trauaillét leur pc
pIe de tailles & gabelles,TcoiiSpas[JMÔV,c'est a dire,p;
fleurs des peuples:mais les auaresqui mangent leursïul
ied-s d'exaêèions, il les appelle tres proprement SvjjLofiop
c'est a dire,deuorateurs des peuples,per ce que c'est dei
rer le peuple,que luy rauir ses biés.Somme,rjen n'est pli
villain que l'auarice aus grandsmagistrats,& si Home
vouloitaultrementenseigner per ce'te fable il fcroit gn
dement reprehensible, voire plus encor,s'il vouloit di
que les Dieus foien,t conuertibles & fuperables per pr
sens: Car Dieu nest point de telle nature, diét Platô,qu
foitconduid perdons,commevnauarefenerateur. Qii
conque croit, did il, que Dieu perdonne aus mechan
,;
quai
uand ilz luy offrent part de leur larrecin > il le diét: estre
mblable aus chiens, comme siles loups bailloientaus
liens partie de leur rapine,& que les chiens rappaifés de
dàlaissassentderober & perdre letroupeaul. Pourresu-
er telle impieté,& monstrer le dire de Phœnix estre mau
ais, il en a said: expressement le dixieme liure de ses lois
:
plus excellent des ifens. Mais si Phœnix a mal parlé,
oibt on punir Homere pour auoir raconté le dire d'icel-
ly?$'iI approuuoit tel conseil, il feroit véritablement re-
rehênflble. Mais quelleresponse luy said ilfte dici il pas
la
nfeignant
f
grande intégrité qui doibtestre ausmagi-
:rats,Achilles auoir faiét' response,que,i le Roj luy don-
oit tous ses biens,il ne le corromproit pas?Car)did il,les
icheffes &dignités se peuuent acquerir & perdre, mais

nais il reparer.
[uand l'honneur cftvnefoismaculé de corruption,ia-
ne se peulr

Ces dons de 'vostremefontdeplaijamfort, ;

Jelesaimeausipeuqueiimpiteufemort.
S'ilme donnoit dixfois,&puisdixfois encoru
eautant qu'il mepresente, autant qu'ilpoffedeorcj,
Ou qu'ilpojfederafiperquelquemoien
LeJOrtduantureUJ luy donneplUi de bien,
S'ilme donnoitautant derichesses qu'onmenu
lournelementdedans l'opulente Orclaomenc
Van:! Thebes de l'pte,ou chacune maison
Des citadins abonde en richesse afoifin,
(entportesalaVille,&fichacuneporter
Dedeuxcens chemuiers met hors vite cohorte,
Nonfilenombre encor desprejènsjùrmontoit
la
Lefablede merifplusampleejtoit
la
Que poudredeterrejlnepourvoittantfaircj*
Quejlefcbiiêvolujjeàjonvœufattsjairc^.

Voila comme ilchasle lescorrupteles de la république,*


exhorte les magistrats,per l'exemple dece Prince,àfort*
mentrefifterauscorrupteurs, & neflefchirpouror,aj
gent,ou prieres quelconques, de leur debuoir. Quant
ce que Platon did estre deftionnefte,que ce Prince n'a
voulurendre a Priam le corps d'Hedor sans rançon, i;
mais Achilles ne luy demanda rançon,mais se cornpor
si vertueusement, que quand il vint demander Htto
ille receut courtoisement, &le rendit volontiers) acci
ptant seullement portion des presensdudia Priam, d
laissant le reste pour orner le corps d'He&orle faisant Ô
me participant de la conquesie,tellement qu'ildoibt bic
plus tost estre loué d'auoir vfé de si grande modestie

,
<

sa vidoire glorieusè, enuers le vaincu, queredargué d'


uarice, d'auoirprins portion defdids presens lefqueh
pouuoit tous prendre,& en exiger d'aultres,s'ileust vo
lujfans reprehension, attendu que per droit de guerre
vainqueur donne telles lois qu'il veut au vaincu. Au r
fte quand Homere veut denoter vn fedifsime auariciei
illuy diaau dixfeptieme de l'Odyffpour le remarque!

Tune donneroispatsiquelque homme àfoifin


-
-/
- T
T'enrequeroitfVnpeudufil detamaifort.

yousiugerez donc(Senat incorruptible )si les portesluy


ioibucnt estre fermées de lacité de Platon, pour auoir si
bien diut,ounon.
LEHVIGTIEMELIEV DV
qRA:A(P HOM6RE
, i1 reprinsperleJagcs
Platon."
l~

LEST écrit au quatorzième del'Illia-


de que la Deesse lunon fauoriCant
aus
Grecs, cognoififant que lupiter son mari
veilloit tant pour les Troiens,quilz.eftoi-
ent viaorieus en toutes rencontres, se pa
ra le plus excellemment qu'elle peut, & s'en alla vers luy
sur la montagne Ida,pour l'embrasser d'amour, affin
que
l'abusant en tes flatteries, il oubliait les Troiens: Et quâd
il
Iupiter la vit si belle, fut incontinent transporté de si fu-
rieusepassion d'amour, qu'il mit en oubli toutes choses,
pour prendre Tes plaisirs auec elle,n'ayant patience de la
mener sur ieli&, ainsla couchant sur l'herbe au dessus de
Ida s'endormit aupres d'elle, & furent ce pendant toutes
les affaires renuerfées,comme elle desiroit.

Lors lunon venerable ansyCM beaulsproposa


De tromperJupiterporte-targue^penja
Pourconjèii lemeilleur,quelleferoitdefeentt^
En Idapourtenterfeperfon excellentes
Forme,elle lepourroit quelque temps attirer,
PcrdoUl aUeichemens,àl'amour desirer,
Ellespourroitfèsjeulsau dousfommeil conduire,
Etson cJfritprudent a reposerinduira.
Apres
elle
N, pres cildécrit au longue
,
mme se para des plus cx-
:ellens ornemens qu'elle peut n'oubliant rien qui peust
eruir à la beaulté diuine, empruntant la ceinture de Ve-
lus plainne detelle efficace admirable, qu'elle brule d'vn
nextinguible feu d'amour ceuls qu'on en touche. Puis
lefcendant en Lemne flatta tant le fomne,soubz la pro-
neffe de luy donner sa nymphe Pafitheaen mariage,qu'il
s'achemina auec elle sur Ida pour endormir Iupiter,se
:ransformantaudift etfeét en oiseaus nommé Calchis. Ce
:aiét elle se monstra le plus magnifiquement, auec la&
neilleure grace qu'elle peut, à Iupiter, qui fut incontinét;
urprins de plus grand feu d'amour, comme il disoit)qu'il
l'auait onques esté au commancement de leurs amours,

inalement cecy aduintja in•?


k aprez. plusieurs propos gratieus tenus entre euls deux,
:

,.
t : f"

Ce diëtmignardement illaprintperles bras,


Labaije,Çf>puis lametdoucettementabas. ri
La terre deloubz eul
ter,,e deffiubz., eu~
fit
lz f+ croijbre mileherbettes,
Du lotos,dufaffran^couuersd'humeursfraîchettes,
Deshyacinthesmois/pais,aggrandijjans,
Leuans la tesse en tairjbrauementflorijfans.
jlXJecouchentdejfus^fureulsvne nue
73 ellefraiche à merueille alentour eftvcnt-të:
Dessus (jargareilprentainjïjavolupté,
Dufommeil d'amourperjafemme domté.
Platon dia au troizieme de sa republique,quoj rpenfez
vousefire profitable à laieuneffe
pour la rendre chaste,
Iz temperante, qu'elle entende
raconter, Iupiter les plus
grand des Dieus,auoir esté tant aueugléd'amour, que de
négliger toutes les grandes affaires,pour accôplir sa paît-
il
lardife?qu n'ait eu patience demonter sur son lid Roial,
mais auoir couché sa femme surterre, & dire,qu'il n'auait
ônques senti si grande flamme damour,depuissespremie
tes amours,quand ilz eurent premièrement cognoiffauce
ehfemble à secret de leurs parens, qu'à ladide heure,le
n'estime point(did il) que cela ferue pour la bôneinftru-
dion des citoiens en la repubI.efiant certain, que chacun
se pourroit persuader estre hôneste,d'en faire autant,puis
que le plus grand , & plus fage des Dieus la said. Et tou-
s
tesfois c'est chose tres perillcufe, que lesmagistrats en-
dorment aus voluptés,oubliansles grandes affaires dû
public,prce qu'euls & le public s'en trouuent bien fou-
uent fort mal. Tel dire est confirmé pes les exemples de
Semiramis, Sardanapale, Theseus Alcibiades, les Tar-
quins,Claude decemuir,Anthoine triumuir,& tant d'aul
tres Rois & Prince.s.,aufquelz la sordidepaillardifc,à cau-
fé la mort,ou la ruïne de leurs cfiats, & maisons. Si celà
nest tant dommageable, pour le moins il note de grande
infamie: Car quel honneur en ont acquis Xer/ès, Ptolo-
méc,Salomon, Catilina,GemellusCalligula)Antonius
Commodus, & tantjdaultres defquek ie reciteroisles a-
des villdins^ilz. n'estoient plus honnestes à faire & celer,
que profitables à narrer,& pubJierrel honneur eut Ce
far d'entendre à son triomphe entrant à Rome, a son re-
tour des Gaulles,les capitainnes crier à haulte vois, Mx-
j
chum caluum a-dducimusjhic cjlomnïu<-virnjxorum, f£ ^uxor
omnium ryirorum?Quelrenomconquist ce grand Roj, de
tant se fubiuguer au plaisir dVne Dame,qu elle aufa met-
sa diui[e,Const'luitu, quodeun^petitfÉt duParis Gaul
tre en
lois,
>is, qui present Menelaus abufoic d'Helene, qu'en di&
'nr Improbe amor,quid non mortalia peRoracogút Les Grecs
uiderenttous miferablementperirdeuant Troye, per la
âillardife de leur Roj:Puis ce Roj retournant viétorieus),
feullemcnttrouua sa femme corrompue pervnaul-1
on
:e,comme il auoitcorrompu les femmes & filles d'aul-
mais aussi fut per elle mis à mort, lors de son plus
ruy ,
rand triomphe. Il fault donc resoudre auec Platon, que
i paillardise est tres mauuaifeenla republique,meme-
lent quand les magistrats sy laissent tant couler, qu'ilz,
noublientles affaires d'importance. Quojdoncnoftrc
ode Homere est il bannissable, pour chanter ce'te fable
u débordement de Iupiteraus voluptés? Certes ilne
oibt pour cela souffrir iniure,& son propre langage l'ex-
useassez.:Caren disant que pendant, que lupiter s'amu-
Dit à prendre ses plaisirs desordonnés auec Iunon, les af-
aires des Troyens per luy oubliés allèrent tout à recuIÕ,
f
e n'et que pour monfirer,que quand les magistrats s'en
[ormet à la paillardise,le public va mal,& en reçoit grads
lommages,& qu'ilfaultchasser de la republique tel vice
;erniieus)d'où procèdent si grads malheurs. Aussi veut
ifaire entédre à tous, que quand les femmes blandiffent
s plus,c'est alors qu'on s'y doibt moins fier, d'autant que
ier leur feinte,& dissimulée amitié) elles ne tendent fou-
lent à aultre but,qu'à decepuoir les hommes.A ce'te eau
e il disque la ceinture de Venus est tissue, & composée
-

le l'amour,du desir, & du doux parler feminin, dous par--


r,diail,qui rauit l'entendement des plus fages.Et attri-
bue proprement telle ceinture à VenusDeesse d'arnpur,
iarce qu'il n'y a chose au monde plus captiuant les hom-
n'es, que l'Amour ne ceinture plus à craindre, que celle
là,qui est(didil)faictedel'amour,du desir, des ilIecebre
& dous parler des femmes,d'autant que les illecebres en-
gendrent l'amour, l'amour le desir, le desir le dous parler
& tout ce la ioint la ceinture de Venus, qu'ilne chante a-
uoiraultrevertu,sinonque

Cest à dire, elle déçoitl'entendement des plus fages. !

pour donner à cognoistre à tous, qu'elle est plainne dc


tromperie,& n'apporte aultre profit, que daffortirceulsj
qui s'en laissent ceindre. Et pour detournerles magistrats
de se couler en tels filletSjilleurs chante ce did memora-
ble au fecond de rilliade*

t
Jlnefaultpointdormirtoutela mitcelluj,
Qui lepeuplegouuernejf dupeuple esttappuy.
Ilnefaultqu'unpilote àsesplaifirsfommeille,
Mais augouuernementde nuit & de tour veille.
Et touiours accroissant sa precieuse dodrine, il monstre
per l'exemple de la deesse Circé,& des compagnons d'V-
JiÍfes, le grand mal qui prouient de se laisser bander les
veux des douces embûches des femmes, disànt au dixie-
me de l'odifleé,que les compagnons d'Vliffes allans vers
la Deesse Circé furent incôtinent changés en belles bru-
tes per les charmes d'icelle:Mais Vliffes pour les deliurei
de ce malheur,prenant l'herbe mob,per le conseil de Mei
cure,s'en alla vers efl-,.,,&les retira des mains dicelle,cefl
àdire
t dire,qu'elle estoitsi perfe&emét belle & gracieuCe, que
xuls qui la voioient estoient incotinent surprins si etroi-
ornent de son amour.,qu"ilz demeuroient rauis auprez.
i elle,comme gens enchantés.Mais Vliffes vfant del'her
be Moly, c'est à dire de prudence, contre tels enfourcele-
:nens,se garda bien de telle captiuité, & ramena per for-
ce ses compagnons dans ses vaitreauls,les allant defdi&z
enchantemens, cest à dire de la presence, & conuerfatiô
d'icelle,duquel recit vient ce profit,que quand on se trou
ue deuant quelque Circé,on se doibt fortifier de pruden
ce, (ans se laisser enchater & ceindre de la ceintute de Ve-
nus tant pernicieuse,quelle rend les hommes imbecilles,
comme bestes brutes. Voila l'enseignementduvertueus
Homere, & cequ'il veut instruire per lefdides fables.
Vous iugerez donc, s'il vous plait (très continent Senat)
si pour auoir chanté telles dodes chansons, Platô luy dé-
nie iustement habitation en sa republique, ou non.
LE NEVFIEME LIEV D1
(jRA^CJ> HOMBRE
reprins per lefàgu
Tlaton.

Lestecrit au seizieme de l'Illiade


que le grand Dieu Iupiter preuoiantqu-
son braue fils Sarpedon Roj de Iycie,ve
nant au combat contre Patrocle,debuoi
estre mis à mort, fit fort tristes plaintes
louttnt grand douleur) du deiaitre que luy debuoi
ad uenir,

Lasquedolentiefuis^quemaintenant failleil
e5}ton cherfils Sarpedon mouriren la bataille
Ter la main de Patrocle,if'elas de deux costés
cJÏÏConcœurtrifie partit mes doublesvolontés,
Si ie le doy tirer du conflit lamenmblu,
etle remettre viure en Licie honorables
ie
Au milieudefonpeuple,oufi dojfoujfrir
Que Tatrocle cvaiUantleface ores mourir.
La Deesse Thetis said femblablemet grands regrets, de
ce que son fils Achilles debuoit fatalement estre occis de.
uant Troye,disant au dixhuittieme de l'Illiade, Las mife-
rable que ie fuis,Helas que malheureufementi'ay engen-
dre
le
dréss excellent enfant.Ielay said meilleur, plus fort,
plus redoubtable des Heroës, & nourri comme vn ieunc
arbrifleaul en la terre fertile,puis enuoyé auec nauires de-
uantTroye,mais helas! ie ne le verray iamais de retour au
palaisdu Roj Peleus son pere. Au meme liure-Achilles
said lamétations infinies de la mort de son très cher amy
Patrocle occis per He£l:or.Er au vingt & deuxieme le mi-
ferable Roj Priam deplore encor plus tristement celle de
son genereusHeéfor occis per Achiîles.
passages) :,

Platon reprend feuerement tous ces au troifie-


de sa republique,disant, que pour apprendre les cito-
me
iens à fortement endurer toutes choses, il ne leurs fault
chanter, que les plus grands & notables Heroés, memë
les Dieus,voire les plus gràds,& plus puissans des Dieus,
ayentefté tant deftituésde fortitude,que de lamenter,
comme femmes imbecilles, quand quelque chose est ad-
uenuë cotre leurs desirs,Car ce n'efl: atte moins abadôné
deconfiance,de se contrister impatiëment aus aduerfités
que se deborder à rire excefsiuement aus prosperités.
Nous chasserons donc( did il)de nostre peuple les lamen
tations& commiserations des grands personnages. Car
ne disons nous pas,quel'homme moderé voiant son cher
amy personnage modéré surprins de mort,nestime point
la mort estre mal que luy foit aduenu, & ne lamentera sur
tellemort,comme si son amy auoit enduré quelque grad
mal:3certes nous le disons, & affirmons,qu'il efc content
de foy me'me pourviure,& moins que tous a beloin d'aul
truy,tellement qu'il porte patiemment la perte de ses en-
sans,freres,richesses,&choses les plus cheres,& ne gemit
-point, endurant fortement tout ce que le sinistre fortluy
peut apporter. Ostons donc à bon droit de nofire cité
(diâ il)lcs plurs des hommes preclares,ôdeslaissons au:
femmes>& non encor aus femmes fages, mais aus plu
moles,& aus homes effemines,& ignaues,affin que ceuls
quenous gardons pour estre magistrats,dedaignetitfair,
chose semblable. Prions pareillement Homere,& les aul
tres Poëtes> qu'ilz ne chantent point Achilles filz.d'vn<
Peeffe tantost de dueil secoucher perterre sur son cofté
maintenant sur son dos:ores sur sa face, ou se leuer entre
fault,& vaguer de tristesse au bord de la mer,ou des deu
mains prendre cendres brulantes) & en couurir sa telle
ne lamenter si fort,& rat de fois qu'ilz. le dient auoir said
ne pareillement le Roj Priam, qui aeHé semblable au
Dieus,se ieder per terre de douleur, & appeller nom pe
no chacun des Cens. Prions le encor qu'il n'induise poin
Thetis se plaindreen ce'te façon. Helasmiserable,helai
quemalheureufementi'ay engendré si excellent enfant
Ets'ilveut induirelesDieusseplaindreainsi, dumoin!
qu'il ait honte d'imiter le plus grand des Dieus de tat dif
semblable figure>qu'illuy face dire. Helas que ie voj pro.
fliger deuant la Ville vn homme a moj cher3dontiay le
cœur fort doulent,oucecy,ê moj miserable, que le deftir
contraingnemon tres cher enfant Sarpedonestreoccii
per PatrocleMœnetien. Car lila ieuneffe ftudieufemen
acoute celà, & ne t'efiime estre ridicule côme chose dittc
contre verité >iamaisquand ilz ferontdeuenuz hommes
ikne l'estimerontindigne degés graues,& ne se contier
drontfortement quand illeurs viendra en memoire d<
dire, ou faire chose semblable, ains sans aucune honte f<
mettront à plorer,& faire grands crisjcomme femmes le.
geres,pour les moindres pertes qui leurs aduiendrôt.Da-
ijantagc touchant les Dieus il fault estimer(did il, qu'ih
n<
le font iamaisexcités de perturbations, memementle
;rand Dieu des Dieus,per ce qu'il n'efi indigent decho-.

ouffre perte quelconque,dont doibue douloir iniure,::


è quelconque, laquelle appetant il foit said: mauuais, ne
il
lont il foit irrité, puissance, dont foit contemmé for-
f
e, dont issoit expugné , ?
sagesse dont il foit ialous, tell-
ement que n'estantcatifequelconque, qui le puisse ren
Ire ioieusoudouletit,c'est impieté de penserlecon-*

,
raire. Car Dieu est perfaiétement bon, ôempuuant feu-
ement de foi, & s'il estoitemeu de passions ferait emeu
railleurs, que de foy., ne feroitperfeâemçnt bon,
er ce que la perfette bote n'est iamais auec passion.C'est
( )
lonc diéfcil en son Philehm, pure folie de dire, queles
Dieus se reiouitfent"ou conftriftet,car tous les deux font
tndecensa Puis parlant de la mort,pour monstrer que Iu-
piter n'auoit occasion de douloir celle de Sarpedô, il en-
(èigne quelle n'est point constituéeperlesDieus immor
tels, pour punir les,hommes, ains que cest vne necessité
denatureapportant repos aus labeurs mondains. Et en
ron liure Axiochus il raconte>que, quand Agamedes&
Trophonius eurét bastilemagnifique temple d'Apollon
Pythien) & demandérecompéfèdignede tant excellent ;

Duurage à ce Dieu,ilz s'endormirent audici téple,. & mou


rurenten dormant,commeestant la plus grande recom-
pense, queDieu leurs pouuoitdÕner, que deles tirer des
miseres de ce mode en perpetuel repos,Autant, did il,en
aduintausiàcrificateurs dutemplesuperbe deIunon, en
Argos,douresultequ'onnedoibtdouloir la mort des a-
mys,puis qu'ilz font bien heureus de mourir.C est la cau-
sequildidper Simonides en sonliure Pbadoque mou-
rir estlecommancemëtdeviure,&ce'teyie n'estre quv-
ne mort,disanten (onflypparchtM)Nous sommes ani-
mauls immortels enclos en mortelle prison-Rié ne meurt
(did il)de tout ce qu est au monde:car toutes choses font
operantes,comme croissantes, ou decroissantes,& toutes
opérations fontmotions, comme aussi toutes choses qui
se meuuent font viuantes,& per côfequent rié
ne meurt:
carle monde est iournelèmét perfaid per motion & téps
& ne feroit perfaid si quelque chose luydeffailloit, & si
les choses viuantesperiflbient permort, elles luydeffau-
droient,& n'auroit petfeétion) maisdecroiftroit tellemét
peu à peu, que finalement il periroit du tout. Trimegifte
à
s'accordant celà did, Que les passions du monde font
la reuolution,&l'occultation, & que la reuolution engen
drela conuerfion,& l'occultation la renouation:quest la
cause que les parties du monde vont en secret, mais elles
ne perissent iamais. Aussididlecripture fàinde queles
cheucus de teste font comptés, & ne s'en perdra pas vn.
Etla dissolution se said: de ÎVnion,nonaffin que les cho-
ses exiftentes perissent, mais que les vieilles reieuninent.
Ciceron didnullemort estredeshônefte à l'homme fort,
nulle trop prompte au consulaire,nulle miserable au Cage.
C'est pourquoj Platondid:,que ne debuons douloir la
mort de nos parens & amis, & reprend Homere d'auoir
dia que Iupiter,Thetis,Priam,ont ploréla mort deleurs
enfans,d'autant que les morts ne perissent, & vont seule-
ment en sègret, pour estre renouuellés. Queliugement
doibt donc estre said d'Homere pour auoir chanté cela,
le doibt on dire estre indigne de la cité de Platon?ll faulc
noter pour la deftenfe d'icelluy, que, comme Platon did
luy m'eme,il entend perles Dieus, & Heroës, les fouue-
rainsmagistratsdelacité,Iefquels estans hommes font
fubieds
ubietsà passions, per ce qu'il n'y a homme quelconque,
lui ait nature per laquelle il se puisse exépter de passions.
it pour ce les philosophes diét,que les premiers mouue-
nens ne font en la puissance de l'homme, comme estant
rompofé
auec culs perle destin,qui la fubiugué soubs le
fommancement & la fin, causes feulles de toutes pafsiôs.
J'iladoncdi&les hommes estre fubieéts à tristesse, quel
il
nal ya il, puis qu'ilz ne font aultres ?Les said douloir
ourcaufes indignes,& legeres?Ilz perdoiér, did il, leurs
snfans genereus. Et quelle cause peut plus exciter le pe-
e pitoiable à douleur, que la mort de son enfant, qui e-
?
oit le plus vaillant des Heroës Quel pere auroit tant le
œur adamantin,que nestre triste de la mort de son en-
ant, quand il est tant signalé Solon tant patient & fage,
r5

juand il entendit la mort de son enfant, ne se peut abste


ilir de douloir,combien que pour se consoler il fit respon
è, le fauois bien que ie ne l'auois pas engendré immor-
tl.11 fauldroit l'homme estreplus rude,que les belles bru
:es, de nestre point marry de la perte de (es enfans excel-
ës:car les brutes ont quelque pieté naturelle,qui les exci-
e à douloir leurs petis. Fault il quelles ayét naturel plus
lumain, que l'hommetle Poëte did,
r
Turpe est ingenium mitius esêferù.

Mon seullement l'homme est naturelemét fubied à ioye,


5c trifitffe,mais aussi Dieu tout puissant est quelques fois
llimuIé de douleur,[elÕ l'ecripture fainde: carelle did de
luy, Pœnitetmefecijje hominem, puis ueniet ira deifuperjilios
j
\ncredulitatissf£ peruenit ira deifuper i/los ufi infinem, encor,
bic bibetdenjmo ir<& dei, &maints aultres lieus semblables
qui le teftifient. Ne liftonpas que Iesus Chriftlevra)
a
Prince des Heroës plorésurH yerufalem )sur le lazare:
& diét) mon ame est trisse wfques a la mortïW n'aiamais rier
faiét,qui n'ait esté decent à l'homme. Il ne fault donc
f
trouuer e'trange,i Iupiter, Thetis, Priam ont lamenté h
la
mort de leurs enfans,car paternelle pieté le veut,&
puis ils estoient bien dignes d'estre regrettés, pour estre
les plus insignes des Heroës. Quant à ce qu'Achillesfil
tant de plaintes de la mort de son tres cher amy Patroclej
& qu'il aima mieus mourir, que ne le venger, Platon luy
me'me le loue merueilleufement en son sympose, dauoir
esté si confiant en amitié, &le dicr estredigne de la table
des Dieus, pour estretant rare exemple de perfedamy3
tellement qu'il ne doibt donc vituperer Homere) dauoir
chanté tant recommandable vertu. Ce qu'on di&, que la
mort n'est mal qui vienne à l'homme,est vrai qu'elle est la
fin des trauaus de ce monde mais pourtant on ne se peut
abstenir de douloir la mort des persônes vertueuses,pour
raison de la vertu,parenté, ou amitié. Homere est bien de
me'meaduis, qu'elle n'est point establie deDieu surles
hOlllmCS,pour les punir,ains pourles soulager,& tirer de
r
trauaiI, en repos, car il dia: au quinzième de Odyssée,
que les habitans de lisleOrtigia ne sentent iamais mala-
die,& ne mourent point de mort naturelle,ains .la DeefTc
Diane leur dcfendereffe les tue,comme gens quelle aime
sur tousaultres,leursfaisant ce bien de les tuer,aua't qu'ils
soient en viellefIe, pour le plus grand bien qu'elle estime
leurs pouuoir faire,voici son texte,

Vne IJle ejf quç Strieàprejent on appelle,


Situ
-
Si tu las entendu,Ortigie ejfpres aelles.
Ou du legerfoleilfont les mutations,
Grande rieft amplementymaisen mttnitions.

-Fertile de bons <vwsfromen s


Ttonnefertile en bœufzjfertile en montonnailles,
viëtuailles.
Lepeuple là iamais riejt defaim tourmenté,
Ne malfacheus quelconqueence lieu essé.a
a^sVais quand les homesfontapprochans la vieillesse,
Phœbul à tare dorévient^auplaDeeffe_j
Dianeauec fis trai£ts,qui lesrenuerfe à bas,
Les tueaultrement ilz!;c vont au tresPas.

1 baille ce't epithete à lamort au huittiemederilliade,


jtvvAfytosjccvcfloio, c'efi à dire,la mortlong repos apportât
3
our monstrer qu'elle est mere du perpetuel repos,mais
id: Ciceron,elle est facheuse, per ce qu'ellenousoste de
estat auquel nous sommes nais, & nous priue de ceuls,
lui nous font les plus chers, àraifon dequoj sommes con
rains d'être doulens. Vous iugerez donc (Sénat d'im-
lortele vertu) s'ilfault reputer Homere corrupteur de
i ieuneffe, d'auoir chanté) que d'aucuns peres tres
rages
ni esté doulens de la mort de leurs excellens enfans, ou
on.
LEDIXIEMELIEV DV
ÇRAWJ)HQMSRÇ
reprinsperlediuin
Platon.
Lest ecritau vingt & vnieme deTI1-
liade,quelesDieus,deuantTroye,se ban
derentlesvns, contre les aultres, & en-
trèrent au combat si fùrieusement que le
ciel & la terre en tremblerent, Voici le
texte,

Permilesaultres Viemvintlacontention
T*yesgraueydiiffcilemitdiuiflon
De vouloirs entre iceulsfifortqu'ilzfèbanderent
s
Tour ojfenferl'<vnJkaultrey&aucombatentrerent.
Terriblefutlebruit,tremblementen donna
Laterreample,e lecielprofondenrefonna*
Platon di& au fécond de sa republique, qu'on ne doibt
publier en la cité,si mauuais conte des Dieus, per ce que
rien n'est pluspernicieus au peuple,que quand les magi
strass entendus perlesDieus fè bandent les vos., contre
les aultres, & précipitent les citoiens en miserables fedi.,
tions, Cornélius nepos disque les Atheniensperarrest
declarerent Homere du tout insensé,& le bannirentper-
pétuellement de la cité, pour auoir chanté telle saulse ba-
taille desDieus. Les dangers qui menaçent les republi-
ques per dehors de tous costés per l'ambition des étran-
gers
;ers font allez grand pour apporter vexations) sans qu il
aille per dedans mouuoir guerres intefiincs,& faire offi-
e de bourreauls les vns,contre les aultres.Les Romains,
Jus noble & triomphante nation qui fut iamais, fçachâs
augmentation & conferuation de leur republique pro-
:eder de la cocorde, luy edifierét à Rome vn magnifique
épie auquel ilz la firét eleuer & adorer en forme de De-
>
jflejuy attribuât tant d'hôneur que de luy faire tenir en
nain vne corne d'abondance, & la sçulper dans les me-
[ailles plus precieuses, pour signifier qu'ilz n'estoient en-
tretenus & aggrandis,que per elle. Ce pendat aussi qu'ils
'ont ainsi deuotieufementrefpe&éeilz. ont triomphé de
Jus en plus, iusques à les appeller, Ttymanos rerum domi-
ios, Mais depuis qu'ilz ont contemnéde la garder entre
nuls, & commancé d'exercer seditions obflinées les vns
:ontre les aultres,ilz ont tellement décliné,que finalemét
:pute leur antique réputation tant grande s'est abolie &3
eurnompareille lumierepresquedu toutefteinte. Le bÔ
Prince Anchises,duquelilz
aoitbienpredid,
se iaétent dc[cendus,leursa.
zxepuerinetantaanimù-a te /;eOa;'
e
T^eupatrie rvaltdM inuijcera avertit uires,
ruiprior, tu parcesgenm qui ducis olympoy
Proîjcetelarnanufanguïs meus.

Mais ils n'ont tenu compte de tant diuin precepte dé leur


ayeul, &perce,commeenfans defobeiifans,fontfruftrés
ert
de son hoirie,qu l'honneur ancien que leurs estoit de-
laissé iusques au ciel,perleurs inuincibles maieurs. Tou-
tes*lesnations quiontaultres fois dominé les aultresne
font tombées de leur grandeur, sinon
per guerresciuiles,
que les magistratsenragés se fontfaides lesvnsausaul-

,
tres:Tefrnoins,sans aller plus loin, nos maieurs Gaullois,
qui sestans obstinés à guerroier Gaullois contre Gaul-
lois appelèrent de telle heure les Rommains e'trangers à
leur secours,quilz. ne les peurent plus renuoyer, & tom-
berent soubs les armes d'iceuls de si terrible cheute, que
plusieurs grosses Villes per euls dedruides ne se font en-
à
cor peu releuer, & grand peine le feront iamais. Et que
à
produisent les sanglantes fcditions graffantesencor pre
fent perles Gaules5fmonmanifeste ruine à ce Roiaume
tant puissant? Il ne fut onquesdid: plus vray^Concordtares
parudt crefcuntjdifcordia magn&dilabuntur.hufei ditrla bou-
che diuine,omneregmmin se diuifum dcfolabitur, domrn
Jupra iom,,imcadet. Pour resolution doncfaultdireauec
Platon,que plus grand malheur ne peut tom ber survn
peuple que quid les Princes remplirent la cité de tumul-
tes& seditions intestines àla ruine d'icelle.Homere est il
donc iustement redargué d'auoir chanté ce'te bataille des
Dieus Homere n'a point voulu per là donner mauuais

:
exemple au public,ains,comme il cft à voir per son texte,
tend à toute aultre fin, quonne pensè car il ne did: pas,
que les guerres ciuiles soient bonnes,ou lesDieus, c'eit a
dire les chefz, d'vne armée, auoir meu feditiôs entre euls,
mais il ditt seullement que les Dieus d'vnearmée se font
com batus contre les Dieus de l'armée aduerfe, pour de-
monstrer,que les conduéteurs d'armées se doibuent trou
uer culs me'mes au conflid,& combatrc genereusèment,
pour -enflammer leurs gens-darmes à fairele semblable
eftantla presence d'vngrand capitainecaule bienfouuét
dugain devidoire. Anthoniustriumuir ne perdit la ba-
taille nauale contre Auguste,sinon per ce qu'il se retira
derrie
le
erriere son armée, quand la bataille donnoir, & ne sy
rouua luy me'me.Le Prince Epaminondas disoit l'armée
le cerfs côduitte per vn Liô estre bié plus à craindre,que
armée de Lions conduitte per vn cerf. Aussi quand le
hef d'armée est vaillant, on le craint beaucoup plus aucc
etit nombre,qu'vn couard auec grande multitude. Ho-
icre eust donc sally s'ileust di&, que les Dieus des deux
rmées se reposerent durant la bataille: car ileust monstré
ernicieus exemple aux Princes qu'il fault per tous moiés
xciter à magnanimité pour le bien public,ausquels il chi
z excellemmét la vaillance & hardiesse des antiques He-
oës,& grands capitainnes,pourenflammertoutchefd'ar
lée à semblables prouësses. Car n'estimant vice plus vil-
Lin au Prince, que pusillanimité) il said reprocher cecy
cile Prince Achilles au Roj A gamemnon au premier de
Illiade,pourlaplus grande iniure qu'on peutimprope-
ZÏ à vnchef d'armée.

Turongne^ayatd*vnchien lesyeulsydcvncerf le
ria* iamaiJassé d'rvn courage vainqueur
cœury

(tAuec lej esquadrons marcher en


la bataille,
trouuer oufault qlirun PrincervaiUantaille.

2est donc mal prendre son proposée dire qu'il enseigne


ss seditions estre bonnes entre les Princes d'vn peuple,
ar,oultre ce que dessus,il appelle quelques fois les Prin-
ces Agamemnon & Achilles tousdeux insensés de s'estre
mandés 1vn contre l'aultre,ce qui le denote auoir sur
tout
abhorré les feditiôs. Daùantage il ne baille aultre epithe-
te à la contention, que celluy ,
E-V* «f10™ nipaïfet) c'est a
dire insatiablement enragée,per ce qu'illuy semble, que
les feditieus ne font aultres qu'insatiables enragés,& poui
le mieus decouurir estre mere de toutes defolationsjdid;
qu'elle est fœur de l'homicide Mars, petite du comman-
s
çement, puis aggrandiflant iusques aus nues. Et le fruii
la
mes guerre pernicieuse,les pertes, gemissemens ,
quelleapportequel est iltelle feme(did il)permi les hom-

trêmesdouleurs:& voila tout le bien quelle enfante) for


& ex-

texte est telau quatrième de l'llliade, y ;

oJfyTars infiiguoitceulscy,Pallasglauqueceuls là,


La crainte£5la terreuraujïivoguoientperlà,
Et la contentionfurente en la campagnes
De l'homicidesJtâars lafœur lacompagne.
Petite efiaupremier,maiselle touche en brief
(Croijjantfacilement)l'oymlpedefin chef.
eUeflmoitentre euls laguerrmatheureufu,
Lespertes,la douleursdvne mainentneufu.

Virgile declarant vn peu plus amplement les qualités, S


artifices de cete mechante Deesse ditr,

ti
Tufotes ^unanimes armare in prtliafratres,
odijsuerfaredomos:tu> uerbera teaú,
Funerafyinferrefaces:tibinomina mile,
a^MilenocendiartesfœcundumconcutepeSm,
-', '-, Difije
Ofiijce compofïtampacemfîre crimina bcUi. i
TupCHI àguerre armerfreres de bon accord,
etversèrtel maifins perveneneus distord,
ta
crupeUl batre les tetts£$ mettre en famittu
Feufunebre,ÇJ* de nuire as moienspltis de mi/u,
EtplUfdemile noms.Secoustonredondant
EJiomacdetousmaulsamplement abondant.
cB^mps lapaix compofle) &promptement dejprrcj
Les crimes la caufi odieuje deguerru.

Sidonc le doéte Homere recite seullement cete guerre


des Dieus per lesquels (ontentendus les Princes du mon
de,pour les enflammer à la magnanimité requise aus fou-
uerains magiftratSjVousiugerezjs'il vous plait(magnani-
Senat)si l'arrest des Atheniens doibtestre executé sur
me
luy,[elon laduis de Platon,ou non.
I/ V N Z IE M E LI E V D1
~R J\jD<~/0M6~RJ?
.',
t;-reprinsperPlaton.
l'
11%

L E
lejagç^j

tEssT'ecrit
L*
5
T% T «
e'critau'vingt
t
au ving & & • I

4
à.
deuxieme
deuxieme
rilliade que le Prince Achilles iniurian
Apollon deuant Troyelappellale plu
d
d,

pernicieus des Dieus,le menaçant qu'il f

K v
vengeroit de luy,s'il en auoit moien,
-
1

Tu trias trop ojjïnjeodes celejtes 'DieU!


>rdpoUon' leplus cault &pl»fpernicieus.
Tu trias loindétournéde la murailie,te certé
Plu/leurseussentmordu la terre auec leurpertes
Deuant quentrer dedanssitu ne m'euffi oste l'

L'honneur de les domter que ten euffi emporté.


Tu lesasconferuéssanscrainte que vengeances -
J'enpuijjèauoir de tournaisfiiauoispuijfances
dAjjeZjpour tepunir,o très hardiment
que
f.
Je enftroÿsèntirhorrible chastiment?
Platon dia:au troisiemede sarépublique n'estre beaul n<
bon dmiurier ainsi les Dieus ) auec menace de végeance
& si peu de religiô&arlesdeftitués de la crainte des Dieu:
font abandonnés à tous vices5&prests de commettre toi
mechancetés, le bien public. Vraiment il raul
tes contre
honorer Dieu sur toutes choCes,ctl:ant raison que la créa-
honore son createur3 & moindre n'efil'impietéd
ture
ceuls qui ne croient point de Dieusyque de ceuls qui er
- croient
.oient,& ne les honorent.Quad Brennus chef de l'armée
;alloife,Rome bruléc,fut paffé en Grece,entendat les ri
leffes des Grecs estre retiréesautéple Delphique d'A-
DlIÕ,cÕme au lieu plus sacré auquel iamais armée n'auoit
te toucherjl dôna l'escalade à ce téple pour le piller,sans
:fpederreligio,ne crainte de Dieu quelcôque, mais subi
:mëttôba tâtde foudres sur luy & ses gés,qu'il futoccis,
)n armée fort offensée,& contrainte lacher habilemét la
rinfe,ainsi qne racote Marc Tulle en son oraison pro Fô-
îio, & S.Augustin en la cité de Dieu,disant sur cela)Que
)ieu aime tat la religiô aus homes, que quâd ilz la côtem
cnt,illa deffend,encor qu'elle foit faulse.lufiin r'apporte
rcfque semblable cas de Cabifes Roj des Perfes qui vou
it aussi piller le téple de Iupiter Ammô,& les richesses y
étirées,maiscorne il dônoit l'assault plusieurs gros taillôs
e fable se leuerét de terre,& roulerét sur les soldats de tel
ï forte,qu'ilzen fuffoquerét grâdnôbre & furét côtrains
iabilemét se retirer.Virgile did tres fagemér,lnprimù rvc.
erare dcosyQomç, estat la premiere sagesse de l'home de re-
terer son Dieu.Parquoj doc chante Homere quAchilles
niuriat Apollon le menaça de vengeacefIl fault côfiderer
lue quad ce Prince said celà,il est fort eschauffé de côba-
re,chassantvidorieus les Troiés deuâtfoj,esperât entrer
las Troye auec euls pesle,rnefle,& la prédre:mais le soleil
uy frappe les yeuls de tes rayons si fort,qu'il le rend tout
bIouy)luy ossat per l'eblouissement les moiens d'en tuer
brt grand nombre,& prendre la ville,comme il eust saia
ans celà,raison de quoj dépité contre le soleil, qui luy o-
fcoit si triôphante vidoire, il se
courrouce au soleil disant
lu'il luy said grand tort de luy
porter si grand dommage
:n telle rencontre, & s'en vengerait s'il pouuoit, duquel
langage ilne fefault grandement efbair, per ce qu'il efl
tenu pervn gendarme furieux bouillant de massacresai
temps & lieu, ou le gendarme pense peu à ce qu'il di&
Aussi chacun sçaît que le soleil nuit fort, quand il frappe
les yeulsdes combatans, & qu'Annibal gangna la batail-
le tant notable sur les Romains, prez du Lac Trasimene
per ce qu'ilz. auoient le Coleil, & le vent contraires. C'ef
pourquoj quand Homere did:quApollon estoit contrai
re aus Grecz, & favorable aus Troiens, il entend que Ie
Grecz estoient campés tant à l'opposité du soleil,queve-
nans au combat ilz estoient obfufqués des rayons d'icel
luy,& en recepuoient grand dômage,nestant aultre cho
se entendue per Apollon, que le soleil. Platon luy me'm
le loue grandement en fo-n,Cratylm,d'auoir donné nom f
propre au soleil,que de l'appellerApollon,perce que(dit
il)cemotApollÔ signifie les quatre vertus cardinales dt
soleil, Lesquelles font l'armonie qu'il garde en sa reuolu
tion,dont on l'appelle Dieu des mufes, les presages qu'i
donne de sa face, dont il est did Dieu fatidique desvati

,
cinations,Les influences & opérations qu'il donne à toi
tes choses qui le font appeller Dieu de medicine, & h
perpetuele iaculation de ses rayons luisans au môde,pou:
raison de laquelle il est appelle Dieu des archers. Et tou.
tes ces quatre vertuz ditt Platon, font comprinfes en a
mot Apollon,Car "1.4ro'\ÚúHJ signifie purgeât du mal,quef
f
le propre de medicine farAov mot Theffalique signifie fin
pIe & veritable,qu'et pour la vaticination, &&/3<*ÀÀO>VFI
gnifie touiours iaculant,qu'est pour le regard du darde
ment de ses rayons,k7ro\ï)<Ti$ signifie accordante verlÍon
qu'est touchant la musique,& ces quatremots font com
prins en ce nom d'Apollon, tellement que son nom con-
tien
ent ses quatre vertus,& de grad honneur est digne Ho-
iere(dia il)d'auoir donné les noms aus choses si propre-
lent. Puis donc qu'Homere a tant excellemment said,
auoir appellé le soleil Apollon,facilement se voit, qu'il
l'entend per Apollon, que le soleil,& per consequent ne
ontemne les Dieus per ce'te fable. Mais tant s'en fault
¡u'il veille les Dieus estre contemnés, qu'au contraire
variant de Diomedes qui auoit blessé la Deesse Venus en
i main, il l'appelle fol,d'auoir cela faiét,& en dia: cecy,au
jinquieme deniliade)

0 lefol Tydecn^uinapasiugement
DejagementpenjerenJon entendement,
Quecelluj n'ejf longtempsnjiuantdejjkslaterres,
t
Quisansreltgion contre cDieufai£ laguerre^.

Et au me'me liure il chante ce'tesèntence tant notable.

Ntprens contre les Dieus immortels débat onqueI,


et contre euls ne te bande en maniere quelconquu.
Encor au me'me liure reprenant Diomedes des effors
qu'il faisoit contre Apollon,illuyfai&ce'te diuine
rae, remon
ConftderéâruaiUantfilsde Tjdée,^ cesse
De cuidertant auoir,que les Dieus, eae.,
Car les hommespiétons de terre nefonttels

r,
De race£$ de verturque les Dieus immortels.
Finalement au meme liure pour du tout deterrer les hom
mes d'irriter Dieu,illeur crie ce didon memorable.vaAî-
y S7ri
7rr) àLe Je

Jlnefaultpointde Dieu lesaintsvouloirenfreindre,


Terribleefifin couvrons, eSgrandementà craindre.

Si donc perce'te fable non seullement il


ne veutcontem..
ner les Dieus, mais plus exhorte les hommes à les reue-
rer,qu'aultre Poète quelconque,Vous iugerez (très reli-
gieus Senat)s'il est bon de le faire retirer de la republique,
pour auoir ainsi did, comme Platon le veut faire retirer
de la lienne,ou non.
LEDOVZIEME LIEV
HOMEUE
DV
GRJWip
reprins per le diuin
Tlaton.

Lest e'crit au vingt & deuxieme de l'Illi.


Hcaorluy
que le fort
, Achilles ayant
des
occis
perles

-.
perça les piés & mit courroyes
pertuis) qu'il attacha à Ton char) & le trainna
t-tir
iusques vers le corps de Patrocle au tour auquel 11 le nt
1

trois tours,puis mit a mort de sa main douze ieu


trainner
Troyens captifs sur la pyre funèbre dudid Patrocle,
nés

'Dés laplante aux tuionsJlperfora lu nerfs


De's deuspiés$pajfa
7)é~s deus pies, des cingles aus trauers,
Les attache àfln char,permettrainner tejfula
Contre terre, eSfludain monte au char,puis arrests
Et tire dansfin char lesarmuresencar,
11lharnois excellentdu mifirableMeélor.
Jlfrappefis cheuaulsqui courent agrand!erre
T'rainnaslepauure Hettorjes blods cheueus de terre
EnfOnttous deturpés^leblancchefmfi,
Chefiadisgratieus que Jupiter ainsi
f
Pour lors abandonnoit à torgueilleue iniuru
De cefier ennemypour lefouiller d'ordure.
au23.1iure
jlz>firentlescheuaulspoil-blondstout alentour
Ducorpsmortytrijlementtournotertripletour.

DouZjeieuntsenfans desTrôiensgenerens
Iltua desamain,ca-s trisse & malheureus,
Les ieéfe dam lefeu,ajfin quilles conflmmu,
Florefoncheramjpiteusement nomme, il
Bien teJoit^ô Patrocle^encores que tufois
çAtts rumhru de Pluton,tout ce que ie t'auois
Promisjeïajperfeclùe t'ayfaiïï Hécatombe
De douZjeenfansTmensquiferontfouh%tatomb<
Et brujlentauectoy, te-neveupasencor
Consommerdanslefeu lepriamtde Heéfor,
Maisielegardeencorvengeur de
ton iniuru,
pourlefairerongeranschiensentouteordures.
Platon did au 3. de sa republique, le trainemét d'Hed:o
à l'étour du sepulchre de Patrocle, les iugulatiôs des Tr
yens captifs sur la' pyre funebre d'icelluy,& plusieurs ch
sestelles chantées perHomere ne feront point per nou
estimées vraies, & nepermettrons qu'on persuade à no
citoiés,que le Prince Achilles filsdvneDfeefle & du Rc
Peleus homme tres fage defeendu en troisieme degré d
Iupiter,ayant esté infbuit per le tres fage Chiron,ait est
agité de si grandeperturbation, qu'il ait trauaillé de deu
maladies contraires delelprit^illiberalitéauec auarice, t
contemnement des Dieus &des homes. Il ne nous con
uien
iiient celacroire non plus que Theseus fils de Neptune,
Pirithoüs fils de Iupiter, & tant daultres enfans des
Dieus,ou Heroës/ayent tant faidde brigandages & mé-
chancetés quechacuniour mendacieufement ont publie
d'eus.Mais nous prirôs les Poëtes, ou de nier ces villains
ades estre les œuures d'iceuls, ou ne les point affirmer
estre enfans des Dieus, ou bien fault dire que les Heroës
ne font en rien meilleurs, que les hommcs:car)diâ il,cela
nuit fort àceuls qui l'entédent, quand on voit,que ceuls
qui fontdefeendusdes Dieus ont said choses si mechan-
tes. C'estgrande inhumanité auecmespris des Dieus &
des hommesd'estre si cruel contre vn mort, que le faire
trainner aus cheuauls,& le voulloir donner à deuorer aus
a
hiés. La vidoire de coustume destre in-folétemais elle
':a certains termes ou elle doibt estre contenue neftant
beauld'excederen cruaulté le naturel humain. Le Prince
vidorieus se doibt contenter de la vidoire gl,orieufe,sans
rse monstrer brutalcontre les morts, ou captifsequiparés
aus morts. L'excellét Marc Tulle did,Hommesaddeosnul
|larepropiwsaccedunt,quamfalutemkominibusdando. Puisil
j-donne ce tant gétl aauertifTemét ausvidorieus,Wullaejl
fvu
Jofli(. Sedanimumuincere, iracundiam cohibere ,
tantajata copia, quæ niferro,aut UIYlbUtdebtLrtartfangtq,
evitioriam
temperareyaduerfartumnobditare ingemo,njirtutepriftantem,
-non modo extollere iacentemirverum etiamamphjïcare emspri-
Jlinamdignitatem, bœe qui faciat,non modo illecum maximis
rimperatoribu-icomparandus eflyfed dcofimilimus est iudicandus.
1
Puis donc qu'Achilles estoit fils d'vne Déesse,il a fort de
généré de labonté de sa race dauoir exercé telle ferine
l hostilité contre Hedor, & ces douze icunes Troyens ca-
ptifs,car le vidorieus de cœur noble veut adioufier ce'te
:

»
0 rare
rare perle à sonhôneur,quon
-"-die^u'il a perdoné,quan<
"ilpouuoit perdre nn il
perdu; quand pouuoit perdoh
ner. Perq uoj donc chante Homere cela de ce Prince, 01
quel profit vient au publicd'âuoirtellescruaultés? Ho.
mere tes raconte, nonpour les approuuer & faire imite
aus citoiens,mais instruire les Princes,qu'ils ne dôibuen
iamais faire si grandes faultes yque celles là, s'ils veullen
eftrc reputés Heroës & dignes de renom. Car (diail) ai
ip.deTOdiC tout home cruel cependant qu'il vitfecre-
tement haï des hommes,& quand il est mort chacun said
:
publiquement imprecations contre luly mais d'vn bor
Prince on conte ( dia il) la bonté aus estrangers per tes
histoires, & le peuple leloue per tout de bon coeur pu.
bliquement le couronnant de perpetuel honneur,voiej
son parler
,.
,

Leshommes durentpeuquiconque
entre euls ejtjîer9
Seuere, é1praéftquantcruaultévolontier,,
Les hommes enJecretenduranstelle angoijJLj
,
Jedctcftent ruiuant puir quand lamortl'oppreJJhj
Publiquement ils vont chacun le detestant.
le
^KCaisquiconqueejtbonhome biencognoissant,
On narre aus eJlrangers. desabontél'hifïoirc^y
la
Etchacundeboncœurdeluychante 'gloires.
Tants'enfàult donc qu'il approuuetelle immanitéd'A-
chilles, que luy memeparlant dudid trainnement d'He-
"ltor)ne 1appelle aultrement,que mechat ade,à fin d'oster
-
àtous
tous le vouloir de l'cnfuiure,car il diâ parlant dudiét
}rince, -

1 1 ,1 1

Ct: diéf,encontre HeEtor diuin lors ilmachinu


Cruèlement defaire vn a&e tres indignu,

?us parlant du

,- - ri ?'<d.
massacresaià

JIÈEcril
'(g-x.a. 0
ce per
Prince
cunes Troyens sur la pyre de Patrocle, di&,

\, A J'fyct,cessa;.;' i
Il. dire,
des

;
douze

l;
il
(f
<

*
-A
Ce Prince entreprintenson entendaient decommettre
- r

ie,le tres mechat de voulloir mettre àmort sans occasion


douze ieunes hommes Troyens, per lesquelles parol-
:es
les on voit clairement, que toute son intention nestque
de crier,& faire fauoir aus Princes, qu'ils se doibuét bien
donner gardedepropenfertelles cruaultes, s'ils ne veul-
lent estre réputés très mechans.Sidonc cesaduertiffe-
mens
font tant excellens > &profitables aupublic, pour
l'inftruaion des Princes, vous ïugereSjS'il vous plàit(Se-
nat tres humain)s'il luy fault clorre la bouche, & l'entreé
en la cité,
propos,ounon. -
felon l'aduis
>
de Platon, pour
,
auoir ten u
;
tels
>
IlIl
LE

1
TREIZIEME LIEV
qJ\CV 1

s
HOMEK^E
reprin perlediuin
Platon.
DV

.) » 1

Lestecrit
! i ( *

au vingt & quatrième de


a
rilliade, qu'il y deux vaisseauls à l'huis
dé Iupiter plains des biens & mauls, qui
verse aus humains: Et
quand méfiant des
deux ilen épanché sur quelquvn, tantofl
celluy la reçoit du bien>tantofl:du mal mais celluy, lui
qui seullement il verse des mauls)est exposé à toutes iniu
:
res,la maléfaim le tormente, il vit en langueur, sans hon-
les
neurentiersDieu,ne
-i«>liin-îM\ •- hommes.
--
1
-
1 «

Jly" deux vatjjeauls à thuis de Iupiter


VuJOrj-q'il veuten terre aus hommesJufiiter.
Uvn contientle*malheursfiaultre laforte bonnes.
il
Quand mejle des deux£$ a quelque home en dones
(eUuytantoifreçoitdes biensdetoutcossé,
Tantojidemilemauls efi à coup tourmentée
tMaisfidessus quelqu'vn dumalfeulletilverjis,
CepauurelàreçoittouteiniureyperuerJL^y
La maiefaim lepresse en tewe,fo.e au milieu .,
il
Vu monde efihaï des hommes~& de Dieu.
Platon dia: au deuxieme de sa republi. grande cftre fim-
pie
icté de dire,qut Dieu foit le gardien & distributeur des
iiens,& mauls,qui tombentaus hommes sur terrc,perce
oie mal aucun n'est en Dieu, qui est tout bon,& la bonté
le'me,tellement que comme cest erreur profane de pen
:r qu'il y ait aultre bonté que celle de Dieu, ainsi est cç
:
;rade mechaceté de dire qu'il y ait.aultre chose en Dieu,
lue bonté car aus choses crées n'est bonté quelconque
pprochant celle de Dieu,d'autat que tout ce qu'est créé
Duffre passion,&làoùestpassion. n'cft aucune bonté,
le bonté oùest passion,pourcause (diét Trimegifie)de
'altération qui change les choses creées de point en aul-
::re,Ja bonté ne pouuant abandonner foj me'me. Heftanr
îoncaus choses creées aucune perfette bonté,s'enfuit
quelle est en Dieu seul,qui feuleft increé.Aussi diêtla pa
rolle sainéte, Quidmenjocas hormïmmo bonus nififolm Deus.
Mais queIqu.'vn dira toutes choses, auoiresté creées de,
Dieu,s'ilen y a des mauuaifes, que Dieu en.est cause, per
Eonfequeatil n'cftperfeélement bon.Faultentendre que
comme le monde est participant de matiere (did Trime-
giste)ain(lparticipantdebonté il est bon, mais bon feul-
lementen tant qu'il enfante & produit toutraultrement il
ilest pas bon,comme non seullement souffrant pa[sion.
i.
maiscause de toutes passions tellement que ce qu'on le
s
di&eftresansbonté, entend de perfede bonté. Quant
aus hommes ilz. le
nefont point bons, sinon pour regard
:
du mal car nous appelions bonté ce que n'est grandmal>
eu quieft petit mal,&nostre bÕté aeftaultre chose qu'v-
me petite portiÕ du mal: car estant inquinée per l'admissio
,
dumal elle ne peut demeurer bonté,mais estalterée eix
mal:raison de quoj Platon ditten son Ffippias maior, Adu-
la plurayquàrn bona, omnes homjnesflatim ab ineunte œtateper
omnem uitamagunt>nec jponte Jelinqunt. Le fçauant Ho
race,
"Namnjitijs nemofinenaftiturloptiiUe est
Qjuminimurvrgetur.

Hommemnaiftfans vice,& bon hommeeftcelluyy


Qui des vices nourritlespluspetis enluj.
Saind Paul,Scio quia non habitat in meyhvc efl,incarne ntea
,
,
bonum nam oselle adiacet mihi perficere autem,
non inuenk
Non enimquod volo,bonum, hocfaciojcd quod nolo, mahrn
PJaton cognoissant bié estre beaucoup plus de mauls qu
de biens, & que des biens n'auons parrici patio,ne bonn
cognoissance,mais estimons fouuent cela bon,quest ma
uais,&mauuaïs,qu'est bon,nous exhorte en son csilabw
deslêcundus,quand nous voudrons quelque chose demai
der à Dieu, d'vser des fages prieres des Lacedemonien5
de peur que les nostres soient inutiles, comme celles de
Atheniens:Car les Athéniens per prieres longues dema
doient cecy,& celà à Dieu, felon leurs affedions,& quel
quesfois choses toutes côtraires à ce que leurs cftoit ne
cC-ffaire,n'e sçachans que leurs estoit bon,& leurs affaire
ne profperoient point. Mais les Lacedemoniens difbien
seùllement,0 seigneur & pere Iupiter, dône nous ce qu
nous est bon, & iamais on ne les ouit (did il) faire aultre
prieres,ne plus longues. Aussi puis que nous n'auons cc
gnoiflance des choses bonnes,cest bien assezde les de
mander à Dieu,&
nous en remettre à son bon plaisir, ql
feulcognoift ce que nous est bon. Deiafcitquidoput f
ruobifydntequampetatmtum. Puis donc que Dieu estla bô
t
1
;

ler Dieu nous

:
la bonté,Dieu,Platon di&, qu'il ne fault eiti-
me'lne,&
distribuer aucun mal, voulons,

uim,(£jmifcebo in mediorvej}mm,pestem,famem,gladium
Atoremfœderumet?ouy mais pourtant il n'est auteur des
,
ou non,
lais chercher aultre source des mauls,que Dieu, ne dire
lomere auoir bien parade ces deux vaisseauls ainli con
'aires, & qu'ils font à la porte de Dieu, qui les distribue,
il
omme veut. Mais quoj ,
Dieu ne did: il pas à
le preuariquant, Dabo uobis cœlumficutferrum, terramœ-
son

lauls,& ne les nous enuoye, per ce qu'il est tout bon, &
,'est bonté que la tienne>qui donne vie à toute genera-
ion de foj me'me impuissante & inualide. Maisquand il
tous veut punir de nos faultes, il nous ferme seullement
bôté, & la retire de nous,au lieu de laquelle mile mauls
ccourent,& nous viennent saisir,neceffans de nous cru-
ier,iusques nos faultes soient expiées, qu'il nous réuoye
1 bonté
pour nous estre targue>contreles mauls.Home-
e semble enseigner cela au 4-de rOàyH:quand il chante,
lue le fort Aiax Oyleus fut [ubmergé,pour n'auoir creu,
lue c'estoit la bonté des Dieus >quirauoitpretcrué des
périls de
f
lamer, -

Aiax damjèJ vaisseauls. ayansles rames longues


Etmort defjkslamerans^ortiqueujisVndes,
Vers le rocGyreen^ulevoulutranger,
Neptune le tirant de teminentdanger.
Certeil
nefutpas mort,encorque maleuolc-,,
v%Cynerue luy estoit,s'ilrieufteete parolier
peu-

:
Diele,ruperbement,que malgrétous les Dietu,
JI efloit ejchappédesflotsimpetueus.
^Qeptuneayant oujtelleaudaceimpudentes
.] J

Trenddefisfortesmainsvittementfontridentes
EtfrappefurlerocGjreen d'n telcoup,
QuilUbrifitô le met en despieces beaucoup.
oAiaxpremièrementfutbieféd'unebriques,
Puisenprofondemerletirevnflotlubriques
eAu milieu du daiigerauquelapres qu'il eut
:Ecup/IU qu'ilne uouloitd'eaufalée/lmourut.
*

Quand à ces deusvaisseauls,il ented per celluy dela de:


tre,la bontédeDieu, perlefiniftre, les mauls qui non
assaîllent, tjuandfommesabandonnés de Dieu. Mais o
dira, Dieu donc estcausède nos mauls, puis que, s'iln
retirait de nous saborné,mal ne nous aduiendroit. Ce't
dispute est fort ardue,& neantmoins nous dirons,ce qu
à s
en semble nostredo&eHomere estantessaïé deleck
cir per sonadmirable dodrine.
Il conftkuequatrecauses detousbies & mauls quinou

:
aduiennent:h volonté de Dieu perdessustout: le dessi
distingué de lavolontéde Dieu la prudence,& l'impru
dence. Il attribuetoutauvouloir de Dieu,quand il di6
que ces deuxvaisseaulsdes biens & mauls font à la port
:
de Dieu,¿ont il verle surchacun ce qu'il veut puis au
& 14.de fllliadedifanttantdemauls tomber furies Trc
]

yens,per la volonté de Dieu,JW$3V!E\6iflo$v\y:&.au 15


Qeos <&iz7rcafl&Te\djloi:2LU la bouche d'Aiax Thela
13per
monien,
iflot
lfJ ritôxyiJLoveç
1 ,
-'. 6*7/V>&C.
cJ ,.Q'{ &
OGrt
1
O Çrec,pointignoransnefommes de laguerres,
mais atnji Dieupuijfant nous culebute à terres.

0 pere Iupiter on diffque tu deuance


Les hommes f5 les Dieus porta(are(Te immenfu,
,t toutesfois de toj ce grand malheur nous vient.au rp.

OpereJupitercertainement tes mains


Verfentmiletourmens far les pauures humains.
au 4.del'Odyss.

Certes ce siIupiter,carilpeuttout,quidonnes
Athomme ores des mauls, oresfortune bonne.
au 6.

Jupiter donne aus bonsans mauuais au!i,


il
Ve¡ biens tant qu'illuj plaifiicar lepeutainsi.
Il attribue semblablement toute puissance au destin quad
au 6.dcrilliade, il faidt remonstrerperHedor àlabelle
Andromache,
qenereufè,pourmoy que le dueilneconfommcs
Tantrvoftre noble erprit:car au monde rieflhommt.
Quipuijfe^silne platsau dejlin,perlefer
ojiïTevaincre^ menuoierautenebreus enfer.
Le dessin toutmaifbrife£$ rieftperfonnage onque'
Qui lepuissè euiter en affaire quelconque
Dés l'heue quilejlnaïfoit il mauuais,ou bon.

Les Turcs se fondans auiourd'huy sur ce paflfage là tien


nent pourrefolu, qu'estans en guerre ilz n'y feront poin
occis,si leur destin ne le porte,& font ainsi rédus fort har
dis à com batre,croians que si le destin porte qu'ilz y mo
rent,ilz ne lepeuuenteuiter, dontilzontceditronfre
quent entre euls, IaziUamgeUur^ft^l'escripture vient
la teste,fignifians que les destinées ecriptes en la teste d
chacun des l'heure de sa naissance font ineuitables.
Il monstre le destin estre quelque puissance distinguée d
la volonté de Dieu,quand il did au i <5.1iu.de l'Illiade, lu
piter grandement se plaindre du sinistre destin de Sarpe
don son enfant,disant,

Las que trisse tefuis,que per le deftinfailles


JifConhraue Sarpedon mourir en la batailles
Fer le JCœnelien Patrocle(tirmonté.
Puis quand il did au 8. que lupiter pesa les destinées de:
Grecs, & Troiens, pour cognoistrelesquelz,,felon le de-
stin,debuoient estre vainqueurs,
-1
np.o
Jupitereïlendoitfabalance dorée,
ttpqfOitd'vncossédelaTroiennearmée
Le dessindelamortlongreposapportant,
-

Etpuis celluj des qrecs daultre cossemettant.


n.quand Iupiter pese [emblablemét le destin d'A-
,t au
billes,& d'Hcdor^pourvoir qui des deux felon le destin,
emeureroitvidorieus,

Jupiterejtendoitsabalancedorée
Etmettoitd'vn cossélafortedessinée
De l'indontablejichiUe^put* rlJettoitencr
De ïayltre des costés celle dubraue Helfor.
Quelques fois il associe la volonté de Dieu au destin,& la

tu19,
net premiers comme plus puilfantejdifant
1..:, - - Agamemnon
;

De ce malpowtnefuis auteurpriais Jupiter


t
Êt lepuijjàntdejlw ontruoutuJújèiter
Puis quand au memeliure il said prophetizer au fort A-
chilles,
-

P 2 Ton
Ton
9'on tourfatal s
approche, pointcause
iourfatal s4p jr,riejommeâ
n,
çJïfCais'Dieu, ledejïinpuijjantdejfitsleshommes

Venant maintenant à la prudence & imprudence il les si


gnifie estre causes des biens & mauls qui nous aduien
nent,quand il dia: au i.de l'Odyss.parlat des compagnô
d'Vlyffes qui furent tous perilles en
mer,

Pcrleurproprefltt/il ont eiféperdus,


Cesfols,quitantfefontdimprudence eflendus.
Que d'offènsèr les beufs duflleilbraue racu
Vugrand Hyperion.

Puis quand il did au meme liure induisant le grand Dieu


Iupitertenir ce propos des hommes,

0 comme les mortels accufentmalles Dieus


Disans,silsont dumal,quecela vient des cieus,
Ter le vouloir de nom entièrement,mais certé
LaftuUe improbitécause toute leurpertes.

Voila les sources dont il did:, que deriuent les biens, &
mauls,ne restant quaconfiderer,saily a raison en son par-
ler,ou non. Quant au premier chefi'eslime nul estre tant
impie, qu'il veulle nier Dieu seul estre cause de tous biés
generalement, attendu que la feulle bonté de Dieu dône
effen
flence à toutes choses estant lame dot tout subsiste que
Vimegifte appelle métem,Platon intelleElum,disanten Ton
.hilebus, IntetteBut efl cxliterreinobisrex, à raison dequoj
peut estre considerée aultre source generale des biés,
1e
lueDieu. Quant à ce qu'Homere ledia aussicau se des
nauls,c'est per ce que retirant sa bonté des mechans,ad-
vientque les maulssuccedent plainsde tourmens, qui
es crucient merueilleufement,&n'aduiendroient s'il n'o-
loit sa bonté, qu'est l'occasion qu'il l'appelle cause des
nauls, mais improprement. Car il fault (comme did très
)
àgement Platon chercher aultre source des mauls, que
5ieu. Pour le regard de la prudence humaine,elle est eau
e des biens aprez Dieu cause premiere qui nous a donné
a prudéce,pour distinguer les biens des mauls, & reigler
fainas
Hos

e des
adions fuiuant

biens,aprez
ses

Dieu. Car
preceptes: ce que nous fai-
bns quad elle nous guide,& partant elle est appellée eau
côme aus ieus Olympiques
,
tant célébrés deux choses ont touiours esté necessaires
Dour la conqueste du triom,phe, AÍfauoir l'ereaion d'icel
lUy,& la vaillance du vainqueur,d'autant que sans triom-
phe la vaillance n'eust profité à le conquester, & sans vail
lance il ne pouuoit efue conquesté, ainsi si Dieu n'auoit
créé les biens,nous ne pourrions per prudence quelcon-
que les atteindre,& encor qu'il les ait creés & posés au mi
lieu,comme quelque triomphe, toutesfois nous ne pou-
uons les auoir sinon per la volonté de Dieu,& la pruden-
ce qui feulleles nous faitt distinguerdes mauls:ceque
veut enseigner nostre datte Homere quand il dia tatoft
que Dieu est cause de tous biens,tantost que l'homme en
est cause per sa prudence. Mais nousauons did: quela
bonté de Dieu seullement nous abandonne quand mal
est en nous,& puis au cotraire, que mal ne nous aduient,
que quand sommes abandonnés de Dieu, sur cela fault
considerer deux especes de mauls à nostre regard:les vns
que nous faisons, les autres que nous souffrons. La pre-
miere espece precede neceffairemét en nous lapriuation
de la bontéde Dieu:car iamais Dieu ne nous laisse, que
ne l'ayons laissé:Ia feconde neceffairemët fuit, per ce que
iamais mal ne nous aduient,que quand sommes abandon
nés de Dieu.Pour maintenant venir à ce que did Home-
re,le destin, & nostre imprudence estre cause des mauls,
il semble estre vray,que le destin foit causè des mauls ge-

,
ncralement, per ce qu'ilest pere de toutes passions, qui
feules font causes génitrices des mauls & nostre impru-
dence estre cause fécondé de nos mauls, per ce quelle
nous faiét suiure le mal pour le bien,& quitter le bien
pour le mal.Or le destin(didTrimegifte^)n est aultre cho
la
se que disposition des sept spheres& planetes errati-
ques contenant & embrassant le monde sensibleperlès

, la
circles,appelléedes Grecs ?¿rr,CJfX"),quiefi mère de
tous mauls per ce qu'elle varie & agite toutes choses per
afsiduellesmotions>&leurs said souffrir châgement per
loy de nature establie ferme à iamais,que les Philosophes
appellent necessité, ayant naturel d'engédrer & changer,
affuiediffant tout corps à generation & dissolution, cau-
ses de tous maulx, à raison duquel chagement did: nostre
grand Homere au 6.de l'Illiade,
LesfueiUcstoutesfontperleJoufjiemuable,
Des vens mises a bas, iufquaugaillardprintemps,
Quaitsarbresgerminas daultrespreignetleurteps,
De tout hommepareille estla caduqueracu,
L'age de ceuls cy vient,& de ceuls làsipajfu.
destin nous saia endurer telz changernens,.per ce que
Le
on commencement, & sa fin font generatiô, & mutation
esquelles il eftimpofsible euitcr,car comme nous n'auôs
aature per laquelle puissions empescher,que ne prenions
:ommencemét,ainsi quand nous sommes,n'auons moien
fempefcher que ne prenions fin, est comme nous fom-
:Des ignorans de rheure de nostre naissance, ainfine fça-
lions nous l'heure de nostre mort,
2Vefciamenshominumfati.fortié^fîmftrœ.

,
Ledestin donc pere de generation& corruption diftil-

,
le
en nous les complexions tant bonnes que mau-
uaifes, per temperature & equalité des parties dont il
nous compose intemperature & inequalitéd'icelles,
& influantaus vns plus de fang & chaleur, il les rend
plus enclins à Iuxure:aus aultres plus de cholere & melan
cholie7il les rend plus cruel s & outrageus, ainsi de toutes
aultresinfluxions pour cause desquelles on le peut iufte-
ment appeiler cause premiere & generale de tous mauls:
ce que le vertueux Pythagoras tient pour veritable,.
disant,
ï

P 4 c'est
ceil a dire, Tel destin frappe tentendement des hommes,qui
font changés de quelques reuolutions à aultresayans infinité d'et.
nuu3car la peruerfe discorde naturellefècrettement nuit, laquellt
ilnefault exciter'maufuire la sentant.Quoj donc,dira quel
qi,vn,puisque le destin nous compose à sonplaisir,&pei
ses influxions ineuitables nous said mechans, est ce no-
firecoulpe, puisque c'est per force, sans pouuoirrefiftei
à tel luperieur? Eiu; nuUaculpa efl, cui parerenecejfl est. Le
responce est prompte & veritable,que Dieu tout puissans
nest point [ubiett au dessin,mais commande à toutes di
fpofitions,& que nosames qui procèdent de luy,n foni y
fubiedes, per ce que les choses immortelles, & incorru-
ptibles, ne font (ubieétes à corruption, & dissolution, ef-
fed:s du destin, nôplusque les choses simples font indif-
solubles,Etfinosameseftoyétcompofées &dissolubles:
encor efroyent elles immortelles, & deliurées de diflolu-
tion per la volonté de Dieu,qui les veut estre telles,com.
me Iupiter parlant ausanges& demons le remonstre m;
gnifiquement au Timée,di[ant, 7Jij deorum quorum opifèJ.
ego
pater fum^hac,attendue.,Q à
uœ mefaBafùnt>meitanjt
lente3indiffolubdiafunt. Omnefïquidemquod njmElum est,filu.
poteftyftdmali est quodpulchrècompofttum efl,jèque habet bene
<~uellediffoluere..Qjiapropterquiagenemtieftu3immortaies qui-
dem e indiffolubdesomnino non eftts* 'Non tamen runqua dift
Joluemim>autmortusatufubibïtis. TSfamrvolunta*me a maiu
prœftantiuscjjnjobu est uinculnm ad <uit<&culiodiam, quàm ni
xvis ill^quibiuejlisycum
gignebammijcolligati. D'auantage noî
ames font, per le benefice de Dieu) munies de prudence
mere de raison, qui nous guide à difcernerles biens, de
mauls, suiure le bien,,qu'il nous commande, fuir le ma
qu'il nous deffend.Cest parquoy nous sommes hors d(
laferu
la
BuxionSjCar ,
feruitude du destin, & facilemét commandons aux in-
Fatoprudentia maior,sapiens dominabitur
afiris. Chacun sçait que Socrates fut le plus iufte perfon-
nage de toute l'antiquité,&neantmoins vn astronome
l'ayant contemplé en face, dia:, 0 que ce't homme là est
méchante de malheureusecomplexion,ceuls là presens
le vouloientoffenser comme singuliermenteur,coc-,noif-
sans Socrates estre le meilleur, & plus iufte des hommes,
mais Socrates les rappaifant di&, véritablement l'aftrono
,me iuge bien de moy,felon ma phifionomie:car mon na-
turelest tres mauuais & les astres m'ont donné peruerfes
complexions, lesquelles,si ie voulois suiure, le ferois le
plus méchant du monde, mais ie les reprime per la pru-
dence qui m'enseigne, qu'il ne fault leurs obtemperer.
[Sain&Paul déclaré quasi le me'me,disant,Video aha legem
mmembrismeis repugnantem legimentu rneæ }fèdcajiigocorpus'
,'wieum.,e in fèruïtupemredigo.Vuis donc que per la pruden-
cenous maitrifonsle destin, &[es influxions) qu'elle
&
[nous induit à faire lebien,& fuirle mal,s'enfuitquelle est
causede nos biens, apres la premiere cause qui est Dieu.
Mais aucontraire.l'imprudence nous fait suiure lemal
1
pour le blen)obeir aus flatteries des fcns,chatouillement
des membres, perpetrermalefices, pour lesquels expier
nous conuient souffrir diuerstourmens,tellement que
r
nous la pouuons iustementappellercause de nostre mal,
après la premiere caufc. des maulsquiest le defliill.Nofli-c
doéte Homere enseigne cela per plusieurs histoires,com-
me d'Egyftus aui.de l'Odiss.disant qu'Egiftus tuale Roj
j
|

la
Agamemnon, pour adultererauec RoineClitem-ne-
stra, puis fut aussimiserablement tué,& que de son mal le
-

le
destin, & l'imprudence furent cause, destin, pour luy
-
auoir influé complexions si malignes l'imprudence
,
pour l'auoir said: obtemperer à telles influxions qu'il de-
buoit vaincre per prudence, tellement que lupiter pro-
nonce de sa bouche parlant des compagnons d'Vliffes.

De leurpropre imprudence ilz,fentent- ces trauauls

1
Outre la deïlinée^ainfique tous les maw
d'Egiftmjont'venm defàpropreimprudencu
Oultre dufortdefttn la cœlejie influencu.

Il raconte aussiquElpenor compaignond'Vlifles estant


yure au palais de Circé tombant se rompit le col & mou-
rut, duquel mal il déclara puis après la cause à VlifleS de-
fcendu aus enfers) & luy diétenl'vnzieme liure de r0-
dytfée.
1

cRsace de lupiterprudentfils de Laertu,


Le âeftin, Çtfle vinJontcauJes de mapertes*

Duquel dire faut tirer consequence, qu'il est trèsnecef-


faire vferde grande prudence, touchant l'vsagedu Vin
& viandes) car, comme did le tres fage Marc Tulle,
aJèitur exctbuluxuries, ex luxurtaanantiaexijiit, ex auà-
ritia
I
itia audacia erumpitjndeomniafceleraftymalcfîciagignutur.
ku surplusles mauls qui nous aduiennét extérieurement
:omme per les fouldres,vens, chaud,froir, & [emblables
cas fortuis ne procèdent deDieu,ne de nottre impruden
cc,mais du seul destin, disant le did: vertueus Marc Tulle
en son oraisonpro J(ostio, Iupiteroptimijt maximus cuim nu-
tu st) arbitrio cælum,terra,mariaÍ regunturjœpé uentis <T>ehe-
rnentioribHi, aut immoderatu tempejiatibm, aut mmio calore,
autintolerabili figore }<-urbes deleuit, fuges
homimbmnocutt

ftj
perdidit, quorum nihilpernicij
magmtudme caujà dtuinoconfiliosa BUJn,ftd
njiipsa, rerum faclum putamtu. Et quant à
ce que aucuns tiennent, que depuis le commencement

,
du monde nous sommes predestinés à receuoir mauls,ou
biens, il eftvray pour le regard du corps que nous ne
pouuons cuiter commancement &fin, mais que foions
jugés à (ouffrir tourmens oultre les naturels,ic ne le croy
pas. le croy bien la prefciéce de Dieu,mais elle n'impor-
te contrainte à faire mal, aultrement si Dieu nous con-
traignoit à perpetrer mal pour puis après nous punir &
,
perdre, il faudroit referer la cause de tous les mauls à luy
deuI, que ferait erreur abominable, attendu qu'il est seul
bon,sans aucune macule de mal, mais il nous a donné l'a-
ime raisonnable pour nous conduire à bien, & monstrer
¡Je mal, pour le decliner, proposant l'arbre de vic au mi-

'r , ,
lieu auec Edia: irreuocable que si nous mangeons
,
de ce fruit c'essà dire sinous faisons mal atten-
dions asseurément du mal, si n'y touchons, & faisons
,
bien, n'attendions, que bien. Car le bien ne produit que
!Ie bien, & le mal,
que le mal, nous donnant per cela l'ele-
dion du bien,& du mal, sans contrainte de plus tost mail
ger de ce fruid, ques'enabstenir. Nostre admirable Ho-
mere comme quasi touché de Dieu nous enseigne telle
doétrineenplusieurs endroits,memement au 12.del'O-
dyflf.disant que la Deesse Circé predift au fage Vlyffes &
à les compagnons à leur depart de vers elle,que si passans
perrIfle Trinacriailz touchoientaus beufz d'Apollon,
ilz auroient mile tourmes per mer,mais s'ilzn'y touchoiét
ilzarriueroient heureusement en leur païs,&queftans
defeendus en Jadiéte Isse,& contemnans ce bon aduertif-
sement lefdiâs compagnons d'Vlylfes contre la volonté
d'icelluy tuerent plusieurs beufz.dApollon pour les man
ger,à raison de quoj quand ilz. furent remontés surmer,
,
la tempeste forcena si terriblement sur euls qu'ilz cuide-
)
rent tous abysmer aus ondes , & lors Iupiterparlant d'i-
ceuls en plainne assemblée des Dieus, profera de sa bou-
che(comme il est diét)au i.liure de l'Odyss.

Ill. font perdus per leur propre imprudence, les fols, qui
ont mangé les beufs du ioleil H yperionien,contre la def-
sense faide:Ce queleurs a cftéle moien de retourner heu
reusement en leur pays. Aussi quand ilz furent arriues en
Eolie,vers Eolus Roj des vens,Eolus leurdonna vn Vtre
auquel estoient clos & enferrés tous les vens,fors le dous
Zephire,& leurs diét,ne leurs declarant que c'cftait, Don
nés vous garde d'ouurir c'et vtre & y regarder:car si vous
ne l'ouurez, vous paruiendrez heureusement en vos ter-
res,si vous l'ouurez vous perirez tous en mer.Estans doc
montés en leurs vaisseauls auec l'vtre ilznauigerentheu-

,
reusement iusques au bort de leur pays, mais y estansar-
riuez, ilz ouurirent l'vtre à l'insceu d"Vlyffes auant que
dei
efcendre des vaiflfeauls,estimâs qu'il estoit plain de quel
ues riches presens qu'Eolus eust donnés à Vlyffes,&
)ubdain les vens furieus sortirent de l'vtre auec bruit e-
puuantable excitans si grande tépefte que les vaitfeauIs,
jrentrechaffésperhaultemeriufques au prez d'Eolie,
11 retournant
Vlyffes vers Eolus luy remonstra la faulte
ie ses compagnons qui auoiét ouucrt rvtre à Ton defeeu,
t suppliant reclorre les vens, affin que sans tempeste ilz
y
leuffent reprendre la route de leurs pays & retourner..
fais Eolus les chassa de son Isle feuerement disant,qu'ilz.
Aoicnc nlechans,& hays des Dieus,d'auoir ouuert l'\rtre,.
k contemné le bon precepte, qui leurs auoit esté donné.
\duint donc qu'estans contrains nauiger à lamercides
rens, ilz furent tellemét agités des flots, & furies d'iceuls
ùr mer, que finalement ilz, furent tous submergés, fors le
)on Vlyffe n'ayant offensé les beufzd'Apollon
ènti à louuerture de rvtre,quinéanmoins
-,
fut ne con-
contraint,

:
:stans sa nef enfoncée,recourir à la force de (es bras pour
lager, & se fauuer ce qu'il fit auecextreme peine, & pe-
il. Per lesquelzdifcoursle grand Homere monstre qu'ils

,
-

périrent, non point comme predestinés à ces mauls per


a volonté neçessitante des Dieus mais per leur propre
folie & imprudence, les induisant euls me'mes confesser
leurs faultes au 1 o.liu.disâns,ai/TûJvycif kTrtàXojjiêyà<pfo£ly-
, souffrons
ITIV 'Nom fommesperdus per nojireproprefolie. Quand donc
nous mauls,j1 n'en fault accuser Dicu;ne penser
qu'il en foit auteur, mais le destin & nostre imprudence,.
qui nous ont saia cômettre faultes, pour lesquelles nous
sommes punis.Telle est aussi l'opinion du rage Pythago-
ras disant,
Tu cognoijirM les miserables hommes auoir deulsmemes Je
mauls. Ainsi quand nous recepuons desbiens, saul il
prudence;qui nous ontguidés
à
enreferer lacaufe premiere Dieu, la à
fécondé
àsi bienfaire,que
noftr
biénou
en eftaduenu. Tel est l'aduis de nostre miraculeus Homi
re touchant les destins, & les sources des biens & mauls
sur quoj feraiugé per vous,s'il
vous plait (Sénat de tre
profonde érudition) s'il a tant aberré,
que crie Platon,
commis attechafiiable d'auoirainfi chanté decesdeu
vaisseauls des biés,& mauls,à l'huis de lupiter, & de l'on
nipotence & bonté d'icelluy,ou non.
LE
IE QVATORZIEME LIEV DV
(jRAKJ) HOMERE
reprins perlejàgu
Ptaton.
Lestecrit au 8.de lOdyf.que le Dieu
Vulcain estant aduerti per Apollon, que
la Deesse Venussafemme commettoit a-
dultere auec le Dieu Mars, fit, pour les y
surprendre des rets, de si grand artifice,
,
jLnizescient inuifibles,& indissolubles,lefqueIzvn iour
î eftedit sur son lia,& puis feignit s'en aller en Lemne,&
out incontinent Mars aduerti de l'absence s'en alla vers
/enus au palais de Vulcain,&aprez plusieurs propos d'a
inour tenus entre culs deux,finalemét illa print,& la ieda
itr le lid de Vulcain,puis monte & commance lembraf-
er,& bai[er:mais sur ce point les rets tendus per Vulcain
tombèrent sur euls & les ferrerent si fort,qu'ilz ne se peu-
vent oster,ne eschapper.Alors Vulcain les efpiant accou-
rut auec grandes exclamations,& fut entendu des Dieus,
gui pareillement
y accoururent & voians stratageme si
gentil, ilz dirent entre euls ces propos icy,aprez auoir ry
abondamment de lacaptiuité de Mars,

Vertu n'aide le malle mrdifprendl'habtlu:


Comme Vulcain boitem asùrprins aJiïtars agilu
Tardejjits tous les^Diet-ts.cejiaugmenter la hontu
Que dafiuce vn boiteusjeplus habile domtu:
Platon au 3.de sa repub.rabrouant grandement la récit;
tiondetelle fabledidquelle nest vraie ne profitablez
public, & queceuls qui l'entendent font facilement pe
fuadés n'estremal said de paillarder, puis que les Diei
immortels plain de iustice le font. La republique où tel
ordure est tolerée, & dissimulée sans aspre castigation)1
peut subsister sans ressentir grandes defolati-osper ce qi
de là naissent les meurtres dé bats, seditions entre les c
la ,
toiens caufans fouuant ruine d'icculs. Car l'amour e
laplus ardente & furieuse de toutes les palSions, agitai
plus l'homme de vehemeteaffedion,& l'induit à cruauli
cotre ceulsqui fouillent l'hôneur de sa femme,fille,ou d
meftique. Toutes les lois diuines & humainnes font c(
pieuses pour la punition de ce crime, mais fouuant la fai
te vient des magistrats qui ne les font obferuer. Le pe]
de famille est magiftraten famaifon tenu veiller, que rie
5
ne foit said contre les lois per ses domestiques s'il ne
said, il est deloial à foy & aus fiens.Quand chacum fai
reluire en samaison laprecieufèchafteté,&lesmagiftra
punissent les paillardises,la republique va bien.Les hoir
mes doibuent monstrer le chemin, les femmes fuiur
Ceuls qui portent les dignitésdoibuent cftre lumie]
aus aultres. Le mondefut premièrement ruiné per le d(
luge, pour la feulle paillardîse. Pluficurs belles villes 01
cité englouties au ventre tenebreusde la terre. Troye
grande en fut renuerfée iuCques aux fondemes,Les Roi:
& le decemuiratenfurentchassésde RÔme.Ceftl'vn d(
grands forfaids, qui plus excite le courrous de Dieu si
les hommes, que cettuy. Surce point ie veux tournerv
pe
jeu >
mon propos à vous, mes cheres Dames pourvous
lire entédre quel fruit apporte l'impudiqueamour à fin
rue iugiezen vous me'mes per Tes effeds, s'il doibt gan-
ser vos nobles pé[ées,ou non. le fay bien que dans vos
sœurs font campés fouuent deux champions combatans
Ifsiduellement l'vn l'aultre, pourgangner lavidoire sur
ous, fçauoir est l'amour qui vous assault de ses douceurs
iompareilles, & l'honneur qui se mettant deuant vos
jeuls, vous fert de targue parant les coups du violent a-
fiour,&en tels conflids fouuent estes detenues en si
grande perplexité, que ne Íauez de quel coftébalancer.
Adais à fin que ne chancelies deuérs le pire, ie vous fup-
1ieconsidererce que prouient.de l'insolent amour. Pre-
mièrement les amans ne vous portent affedion finog
5
(pourauoir la iouiffancedefhonefte de vous & ressasier
>eur furieuse concupifcëce à la ruine de vostre honneur.
Et ces gentils galanspour vous deceuoir dient qu'ils
uhaittentvostre félicité plus que chose du monde, &
yous aiment sur touteschoses, mais quand,ilsvous ont
aincuë,&faiét leur plaisir de vou-s,toutea,l'heure rne)
me ils se repentët de vous côgnoistre, &qiiafi voudroiët
retenir le plaisir, qu'ils estiment vous auoir sajd.Car de
I!eur part ils n'estimentpoint que leursayez said aucun
plaHir, pensans fouuent en leurs espritsvque vous e-
lles cause qu'ils ont mal conduit leurs affaires, pendant
qu'ils sabufoient aptes vous,& vous ont saidplaisirà
leur dommage. Voireper ce qu'ils ont enduré mile. pei-
nes pourvous,pour si petite chose, ils croient que si leur
-
fiuez saidplaisir, ils vous en ontsaid aussi, & que le leur

,
sest suffisante recompense du vostre,& n'en, ya pasvn,
fIuine pense cela dans [onc;ur durant leur.affedion
sordide autant seullement que les plaisirs mondains du
renr,qui font,commevous faue£,tout incontinentpafle<
Ne vous arrestezdonc point à ceuls qui dient qu'il saul
faire bien grand compte d'vn amant, per ce qu'il est de j
grande charité enuers sa dame,que touiours il est prest d
parolle& desaia de luy obéir,voireiusques à offense
tous aultres & mettre sa personne en danger pour elle
car telle opinion n'est bonne ne vraie, à correction, & f
peut cognoistre faulse en ce que,si l'amat change de m;
tfeffe, & transporte ses affeétions en vneaultre Dame, i

quittera la premiere, pour la (econde, & la fécondé pou


la tierce, & ne craindra d'offenser toutes lesprecedentes
pour la derniere. Ainsi n'est pas grande charité ne fianc
en luy,puisqu'il est plain de sigrandeincoftance. Il con
feflfe luy me'me que, pendant qu'il est vaincu d'amour,
est plus fol, que fage, & qu'ilcognoit sa follie, mais il n
s'en peut garantir,eflimant qu'il est enchanté de vous pe
quelques charmes,d'ouvous pouuez bien colliger) j
deuez. faire compte de luy,ou non, & suiure le cofeil d'v]
fol.Dauantage s'estimantdigne d'estreaimé il veut qu'oi
ait opinion, qu'il a credit vers sa Dame, & pour acqueri
tel honneur se glorifie de la familiarité qu'elle luysaid
de peur qu'on ne luy reproche, qu'il perd son temp
aimant sans estre aimé, cella va soubdain per les aureil
les du peuple, vers lequel fault bien peu pour macule
l'honneur d'vne Dame : le peuple oyant tels propo
croit de légèrevoila tout incontinent l'honneur d'v
ne Dame perdu. D'abondant l'amant est touiours plaii
de soupçon craignant qu'vn aultre le desàrçonne de];
- grace de sa Dame, & faultbien peu pour l'en détour
ner per ialouzie. Puis quand il en est détourné, il chan
gele
le les louanges qu'il a aultresfois publiées de sa Da-

,
ne , en pernicieus vituperes, per ce qu'il aimoit le
orps Ceullement, non la vertu tellement quilest
tant à craindre per la Dame rage, qu'vne Scylle,
fciCharibde au nocher en mer. Ceuls qui dient l'a-
nitié ne pouuoir enre ferme & perpetuelle sans le

ens , amys
,
,
nyftere d'amour se trompent fort, à mon aduis,

,
ar on voit l'amitié des peres aux enfans freres pa-
les vns enuers les aultres estre ferme
te perpetuelle sanstoutesfois procéder de l'ardeur &
ffea d'amour. Mais au contraire celle qui procede
l'amour est à grand peine iamais confiante & per-
Rurable. Car apres qu'on est laffé des plaisirs char-
nels ou que la Dame perd sa beaulté l'amant ne
,
,
>
aia plus compte d'elle, & ne l'a veut plus voir, tel-
lement que l'amour deffault tout aussi tost que le
atTe-tcmps deffault.
ie vous supplie mes Dames, bien considerer la vo-
,

,
lonté de ramant enuers sa Dame vous trouueres
,
?our certain, qu'il la desireestre fotte, legcre incon-
liante, imprudente affin qu'elle luy laisse faire son
3
:
plaisir & en puisse facilement iouir. Iamais il ne luy
louhaitte les vertus car elles font contraires à ses

facheus que d'honneur ,


tfeus j & per elle ne luy peut estre tenu propos plus
de vertu, de chasteté per

propos,
re que ce n'eil: ce qu'il demande, mais il demande
,

aétes, gestes lascifs, voluptueus,impuàiques,


pour contenter sa furieuseaffettion. Si d'auenture el-
le a ses pere, & mere, quelques fages parens ou bons
pmys qui la contiennent & exhortent à vertus, il
ddircra -promptementquîlzmeurent, & quelle enfc
destitué'e,affinqu'il ne foit empesché per euls de lafedu
re,& pratiquer aueç elle la tres douce cÕuerfation. Qu
le plusmechate volonté pourroit il auoirenuerselle,qi
de la desirer priues de ses pere,mere,parens,âmys,verti
qu'est la plus richepoffefsion*qu'elle puisse auoirfla del
&
rerfotte@impudente,jegere,miserable; plainnede df(
lation ? S'il cognoistaussi qu'elle (bittrop riche ,il eftin
qu'il nela pourravaincre, ou la
il
1ayant vaincuene gard
ra guerespourcause de faricheffe, &partant
<

la défi
eilre pauure& neçessiteuse,comme cnuyeus de la profj
rité,&ioieusderaduerfitéd'icelle.Tellepéruerfeaffed:
doibtelle meriter quon reçoiue vn amant, pour vn am;
Et quest aultrechoie vn amant sinon vnassiduel impo
tun, quivientàtoutes heures tendre embufehesàfaD;
me pour la Curprendre,la flattant per immodérées louai
ges2Jl ne sa-id,que la pourfuiure,la prierl'occuper à OIT
fès delicieus propos, la louer excefsiuement sans hont
per parolles intolérables àlaxhafteté, & non feullemei
intolerables,mais tres-defliôneftes à cause de la trop gr
licence qu'il prend de parler. Quand ce gentil trompei
a tourné son amour vers aultre Dame, il est à
deloial cel
qu'à grand' peine per plusïeurs iuremens,promessès,pril
res,il auoit peu induir,eàreçeuoir sonamitié,& pour toi
te recompense la met en oubli. Puis quandelleluyvei
faire commémoration des plaisirs qu'elleluy afaivts,eu
dant qu'il en foittouiours fouueriant,l'ingrat plain.d'in
pudenceva d'vncofté,<]uand illàvoitdaultre, n'estai
pluscelluy du parauant, tellement qu'il fault: defeendj
ausiniures,imprécations,reproches, querelles,&cellu
qui aura precipité la pauure Dame en si grand deplaifi
li
Liymeme fera le premier qui contamineral'honneur d'el
e,& la defprifera. Voilacomme vueDame obtemperan-

-
e à vn amant se commet à vn deloial,impàrtun,enuyeus,
àcheus,dangereus pour les biens,dangereuspourl'hon-

:
neur,dangereus pour la vertu,quifont lesplusprecieus

Comme
'-.
oiauls de ce monde pour raifande quoj didtexcellem-
rentvn fagePoëte, ,:',.>" >';
leloupaimeperniciem
-

L'agneaul doucetj^pointmalicieuSy
-.

oAinJll'amantfurieusdedetreJJLJ , '.,

oAirne trompeurptpeucaute mairejfu.


r
Mais laDame fage&vertueufe se garde bien detelsin-
:onueniens:çar elle se propose la craintede Dieu,l'obfer-,
jation des fainds commandemens,son honneur, celluy
Je toute sa gent,,la bonne renommée)la pure,& nette vie
pour aller entouslieus, la teste leuée, sans craintene re-
proche triomphant de plus en plus estantaimée de Dieu,
& des hommes.Jamais elle ne tombe en desolation, ou si
slle y tombe tout le peuple sestudie de la secourir & con
Loier.Aucotraire celle quiquitterhôneurpour l'amour:
la vertu pour le vice, est haye & mocquée de Dieu& des
hommes, & à laparfintermine miserablement ses iours.
Voila (mesDames) ce quei'auois à vous dire sur ce pro-
pos d'amouraffin que ne faciez comme l'impudenre Ve-
la
lus,qui pour ûlubricitéfut mocquerie & riséede tous
les Dieus,ainsi quelifez.;per ce'te fable d'Homere.Pour
retourner à nostre fubied,la republique ne va bien, quad
les pailîardifes font frequentes,& si Homere auoit chanté
pecy de Venus, pour les persuader bonnes; il le faudroit
certes bannir, non leullement de la cité de Platon, mai
de toute aultre bien policée.Mais tant s'en fault qu'il ten
de à ce butlà, qu'au contraire il ne chante c'etefable qu<
pour les execrer & detester.Car audid texte ne les appel
le il pas expressement,^^l'p-ycc, c'est à dire, œuures me-
chans,comme les peut il mieus abhorrer,que de leurs dô
ner tel epithete?Et puis faiét il pas pronôcer per les Dieu;
ces parolles icy, comme [cntence digne de la bouche di-
uine,

Ceit à dire, la vertu n'aide point à comettre adcs me4


chans,en celatetardifatteinte domte îeplus habilevou
lant dire per cela,,que quiconque fuit la paillardise,eftpcl
elle assoti,vaincu,& tiré en riCée de tous, quelque grad &
puiffantfeigneur qu'il foitrcar sa puissance&vertulabari
donnent lorsqu'il vient à perpetrer mal, de forte qu'il eN
facilemét urprins,.vlincu,& chastié per vn moindre, que
luy. Peut il trompeter plusexcellente chanson quecelle
là, pour faire entendre aus grands Seigneurs, qu'il n'y a
vertu ne grandeur,qui doibue licencier les hommes à co-
mettre mal ? Pouuoit il alleguer exemple plus beaul pour
confirmation de sa doulrine, que de chanter Mars estre le
plus fort &habile des Dieus,appell'é, mafcuJin, pour
raison de sa force,Vulcain le plus foible & tardif des
Dieus,& neantmoins Marsauoiresiévaincu &chassié
perVulcainr'qu'elle meilleureraison de tellevi&oire,finô,
x.It.¡Efi.{j.YnrJl & puis la consequence,kr£ccv6*ro</Spa-
/UVwWv ? Platon donc a besoin en sa republique d'vn tel
chantre, pour ramenteuoiraus citoiens en premier lieu,
que la paillardise est grand mal,puis dene se fier en gran-
deur quelconque,pour commettre malveu que le foible
vainq
rainq le fort perpetrant malefices, qui eit toute la nutho-
Dgie de la fable d'Homere. Davantage on peut entendre
eer Mars &Venus, les deux planctes
ainsi nommés,
vfars vaincu per Venus,signifier, combien que Mars foit
e plus fort des planetes,per ce qu'il rend les homes forts,
outesfois quand il est angles du ciel, la [econdc,
aus en
iu huittieme maison de la natiuité influant mauls aus naïf
ans, Venusfouuent per sa correttion, opposition, rece-
ytion, ou afpedtrine rappaife la malignité d'icelluy. Et
îjuandil domine à lanaissance de l'homme influant ma-

,
gnanimité d'efpritauecgrand cholere, siVenus en ap- s
proche elle n'oste point la magnanimité, mais rappaife
ardeur de la cholere, tellement qu'il semble per ce moié,

:
qu'elle domte Mars. Etau côtraire iamais ellen'etfdom-
tée perluy Car lorsqu'elle domine, distillant l'affeétion
d'amour,s'il est proche, il rend per la chaleur l'impetuofi-
té d'amour plus ardente.Uelques fois illa fuit, mais elle
) :
ne le fuit iamais per ce que- l'audace est la pedifeque d'a-
mour, non l'amour de l'audace car l'amour ne vient de
l'audace,comme l'audace vient d'amour.En quelque for-
te donc que foitentendu le langage d'Homere, il ne peut
apporter,que tres profitable dodrine au public.Vous iu-
tgerez donc,s'il vous plaid (très oculé Senar)si pour la re-
il
citation dec'etefable doibt efirereléguée mis hors
des limites de la cité, felon la deliberation de Platon,
ou
,non. -
LE dVINZIEME LIEVD'
GRA^CJ) HOMEKE
reprins per le(aoz_j
Tlaton.

Lës
ure de
trodyNëeJc
ecritau commancement dup.li
fage PrinceVlyflfe
auoirdid: à la tabled'AlcinousRoj de
PheaceSjrië nestremeilleurne plus dou:
en la republique, quequand tout le peu
pie elt aIon aile enIieiie 3&
- les
- banquets le
- font,où son
-

assisper ordrç les conuiues, lamufiqu*ralétour,Ies table:


chargéesde pain & viandes plantureufementj& le
mai'.
tred'hostel versant à boire du vin à chacun dansbelle!
coupes tant qu'on en veut)voicy le texte,

je ne ueujttteguer que rienJoitgratiew


Plusquequandtoutlepeupleejtamplementioïem,
Etlescomme*fontperordreassisatnblcj
EJcoutansalentourvnchantredeleéîablc^:
Lestablafontdepaincouuertefdechair
6t le maifire dhofiel verse'du <vinplus cher
i très bon.
QuecelaJoit
il
2)ans lacoupe a chacuntant quonveut, mefembu
«

,
Platon reiede auec grande feuerité tel langageau3.de si
republic.disant le n'estime point profitable à la ieunefle
pour
ur la conformer a temperance dentendre tels propos
Prince si fage en Homere, car chacun, pertel dire,
vn
ut estre incité à suiure la gourmandise&yurongnerie
eres de mile mauls au public. Ce n'est le corps bien
raidé qui per sa vertu said le-bon esprit,mais c'est l'esprit
lien affeété qui retient le
corps en bon estat. Chacun
it)dit1: il, que qui veut auoir le corps robufie, fault qu'il
a bftienne de toute gourmandise. Onneloue pointles
bles de Siracufe ; nerla varieté des viandes de Sicile, &
nt vitupérés les luxes bobances des filles de Corinthe
per ceuls qui veullent auoir le corps debonne
Autsi font deprisées les dessertes des Attiques ,
habitude.
bien
qu'elles soient très douces à plusieurs car la variété des
,
viandes engendre intemperance, & l'intemperance mile
(nauls. L'intemperance est cause,didil,que plusieurs iu-
ges & medecins font necessaires enla cité, & ne peust e-
streconiedure plus grande que les citoiens font intëpe-
rans , que quand plusieurs iuges & medecins font necef-
faires. Surtout, did:il, que les magistrats s'abstiennent
d'yurongnerie,car il est beaucoup plus tost concédé à vn
àultre,qu)au magistrat, d'çftre tantyure,qu'il nefâche ou
il foit. C'est chose tres ridicule qu'vne garde de ville ait
jjbefoin degarde. Il fault que les athletes,c'est à dire les
gouuerneurs ayent quelque plus elegante exercitation,
que les aultres, & veillent quasi perpetuellement,comme
chiens, à la garde du troupeaul, entendent, voient, &
fâchent endurer plusieurs rputations,
tant des eauls,vian-
,des,chaud,froit, que autres, affin qu'ils se desfendent des
maladies aus expéditions. Cefaidil donne grand los à
Homere de ce qu'on peut apprendre de luy la frugalité,
disant,Ne voiez vous qu'Homere aus expéditions de
guerre n'accoutre point des poissons pour les tables de
Heroës, encor qu'ils soient en la mer Hellefpontiquer8
ne said: point boullir chair quelconque,mais toute rostir
C'estper ce qu'il est bien plus facile aus gens-darme
d'vser du feu sans meubles,que de trainner plusieurs mei
bles pour faire cuire les viandes surle feu. Homere, dié
il,ne s'eil iamais [ouuenu, corne ie croi de tant de diuer
lîté de viandes & condimens. Puisildid estre grandi
intemperance de faire deux repas le iour,& se sàoule
deux fois. Et quant au vin, dia il au 3. de ses loix, il ef
donné per vengeance aus hommes pour les rendre in
il
sensés.Surceilfaidvneloy per laquelle deffend au
cnfans d'en boireiusques à dixhuitans,perce qu'iln
fault adiouster, didil, le feu,au feu en me'me corps, nt
Il
donner habitude furieuseàlaieunefle. leursordonn
d'en vser sobrement depuis dixhuit iusques à trente an
auec modération d'eau, & leurs prohibe en boire pur iu
fques à quarante ans, qu'il leurs permet se trouuerau
banquets & boire plus librement, comme eslans le vil
propre & quasidonné pour remede contre la durté d
viellcffe. Car comme le feu addoucit la rigueur du fer
ainsi le vin rend flexiblela durté de l'esprit laborieus, d
du corps debile.11 estime bien meilleure la loy de Carth
ge deffendant aus-gendarmes levin pendantxju'ilsson
aus expeditio-ns, aus feruans & feruates de la cité en tou
temps, aus magistrats quand ils deliberent des affaires
que celle de Lacedemone ou de Crete permettant ej
boire à chacum. le n'accorderois à personne djen boire
dia il,nestoit pour rhabitude&firmité du corps,ou pou
raison de quelque maladie. L'homme & la femme princi
paiement, did: il,quand ils veullent coucher en{emble,
estudie
Audierà generation,n'en
choses
doibuentboire:carilfaultdon
moderées [oitfaidelage-
1er peine que des tres
teration,Quiconque est plain de vin, il est concité de ra-
re tant du corps,que de l'ame,& facilement tire,& est ti-
éoù l'on veut. Parquoy l'homme yure est insense, inca-
)able, & inutile à femer, car il est vraisemblable qu'il en-

,
tendre chose inegale, instable, & oblique, tant des
nembres que des meurs, tel qu'il est, quand il est yure.
Parquoy il conclud n'estre beaul, ne profitable de chan-
ger en la republique, per vn tel Poëte qu'Homere, qu'il
n'y a Rien meilleur, que touiours faire bonne chere en.
Iffluence de viandes,& boire du vin tant qu'on veult,
d'autant que cela ne peult [eruir,que d'exciter les citoiens
à gourmadife & yurongnerye. Voila sa doétrine tres pre-
cieufe demonftrantaffez de quelle grande deuotion cha-
cun doibt embrasser la chere vertu de temperance.Ceuls
qui l'ont familierementcogneu& frequenté ont écrit,
qu'il auoit si peur d'offenser la temperance que quand il
,
fcntoit son corps trop bien disposé, & appetant cho-
se intemperée il se faisoit tomber en quelque longue
,
tfieure, pour per elle retrancher la trop luxuriante &fu-
perflue disposition de sa personne, comme levigneron
irecoupe & taille la luxurie & superfluité de la vigne, &
:ne faisànt qu'vn repas le iour ne se leuoit iamais de
,
table,quauec la faim.La gourmandise ne fut iamais bon-
ne,& ne fais doubte,que la breueté de la vie des hommes
ne procede d'elle,veu que ( côme ils ont cesse d'enfuiure
)
lasobrieté dés anciens ainsi la longueur de la vie des
anciens les a delaissés. La gorge tue plus de gens, que

fctresfois abborré l'vsage du vin ,


le couteaul. Plusieurs republiques grandes ont aul-
comme Carthage
& Sparte,& s'en fontbientrouues. Quand on demadoii
la cause defabstinence,ilzre(pondoient, affin que ne foi-
ons contrains aller emprunterleconseil d'aultruy, figni-
fians qu'il n'y a rien plus contraire au bon conseil, que 1(
vin,& ceuls qui en boyuent auoir besoin du conseil d'au
truy L'infante Gorgorecepuant cômandement duRo
Cleomenes son pere de donner grande somme d'argen
àvn qui auoitenseigné faire le vin meilleur, fit fagemen
response, Mon pere comme luy donnez vous recompen
se,veu qu'onboira tant plus de vin,& ceuls qui en boiro
feront faids plus delicats,& pires? Les Turcs s'en abftiei
nent encor pour le iourd'huy, félon l'aduis de Platon, &
neantmoins ont acquis tant d'amplitude& renom,qu'ils
font redoubtés per toutes les nations du monde. Si le;
Troiens ne se fussent enfeuelis au vin, les Grecs ne leur
cuffçntrienfaift.LeRojCyrus ayant fubiuguétant di
peuples finalement fut vaincu per Thomiris Roine de:
Scithes,pour auoir permis à sonarmée trop boire de vin
Quoj donc, Homere said il mal de chanter ce que dessu
?
de la table du Roj Alcinous que diét il per là, pour ma
edifier au citoien? Premièrement c'cfi la table d'vn gram
Roj, à laquelle grand nombre de Princes & Seigneurs e
ftoientappelles ce iourlà pour banquetter, comme t
voit per le discours du texte. Dauantage il n'allégué su
perfluité, ou excez quelconque finÕ que les tables estoié
bien garnies de pain, vin, viandes, &conuiues,qui n.ej
chose indecentene reprehensible.Ne did il pas qu'Vlyf
fescoupa d'vne eschine de porceaul gras,& en presenta
Demodoque,poursignifier que c'estoit la viâdeplus pre
cieufc de ce banquetfCelà nuiroit il aus citoiens d'enten
dre qu'vn grand Roj se contentoitiadis d'auoir à sa table
d'vn
jyne eschine de porceaul, pour laplus precieule viande
ont il [efroioit plusieurs Princes?Certes ïlz auroient hô-
; non vn peu3que
le plus petit d'entre euls tient mainte-
ant meilleure table,que les Rois Cages dutemps paffé,&
îlle honte les feroit retrancher de superfluité à Frugalite,
lui causeroit & la temperance en euls3 & le bon marché
Il chantent d'abondat
es iniures au public. que ces Prin
es s'estoient longuement exercés à plusieurs difficiles
jxercices,comme àla lude 3 à la coursè,à l'arc, à darder la
lierre plusloin,ieus antiquement Roiauls,auant ques'e-
tre mis à table, pour monstrer qu'il se fault habituer ainsi
3
,us trauauls & exercices qui rendent l'homme tolerant,
enereus & fort, auant que prendre le repas. Il ne did
)oint estre beaul,ou profitable,destregourmat,& yuron
ne,ne' que pas vn de ces conuiues l'ait faiddôt il ait esté
oué,mais quand il concilieboire vin c'est touiours aprez
3
plusieurs grands trauauls comme au 6.de l'Illiad. quand
la Roine Hucuba en presente à son Hedor las .&efchauf
fé du combatjle priantd'enboire5& did
-

eA l'hommefortlafféde Ubeurs&tmrmentcj
Le1m rem'etia
vinremet laforcr
force&lecourugeaugmenter*
eecôurage
Et pour deterrer chacu de s'enyurer, ilpropose Elpenor,
&Poliphemus pour exemples mémorables defquelzl'vn
se rompit le col au palaisde Circcjaultre
eut l'œil creué,
pour auoir trop beu de vin,monstrant l'yurongnerie n'ap
porter sinon la ruïne de l'yurongne. Sur tout il haït les ma
giftrats yurongnes: car au 1. de l'Illiad. il saidappellerle
Roj Agamemnon per le PrinceAchillesA°l^%>yuron-
gne,pour la plus grande iniure qu'illuy pouuoit dire.line
veut donc point inftituerles citadins à gourmandise &
yurongnerie,mais à grande parsimonie & frugalité, quad
il chante ce festin Roial auoir esté tant frugal & modeste,
que la meilleure viande estoit vne eschine de porceaul, &
le fçauant Horace,àmô aduis,met à tort le bon Alcinous
au ranc des E picuriens,quand il dia,
ONosnumerttsfumie, C;p'ugesconfirmere nJJti,
SponjiPenelopeJ,nebulonescAlcinoii.
-

Car on ne lit rien de ce Roj dans Homere,que tres gran-


des humanités,& modestiespourl'iliuitrer, non blaliner.
Au reste le prudent Vlyffes loue ainsi les tables & ioieu-
fetés de la cour d'Alcinous,per ce qu'ayant esté humain-
nement reçeu & traidé estant incogneu, il luy semble e-
stre le debuoir de copieusement louër le bon traicternét,
monstrant exemple fort notable, que quand on est reçeu
à la table d'aultruy, on doibt louër la bonne chere, encor
qu'il n'y ait viande meilleure, que d'vne eschine de por-
ceaul. Puis donc qu'il instruit si bien la cité perfès doaes
chansons,& ne dia rien qui ne profite au public,Vous iu

i-
gerez,s'il vous plaist(Senat temperatifsime) si luy debuez
prohiber la demeurante auecvos citoiens, & la fréquen-
tation des banquets, fuiuant la resolution de Platon ou
Mon. ;
LE
TESEIZIEME LiEV DV
HOMEE
GRAJ\(JJ
reprin*perlefagcj

-
Tlaton.

L EST écrit en Fvnzieme del'Odyss.les


enfers estre tat horribles & plains de tour
que le Prince Achilles y estant di-
mens
foit àVlyffes,qu'il aimeroit mieus estre

-
'F,- v
d'vn pauure- -
pauure
rustic
lesmortsausenfers,
rustic en ce
5
mode, voire feruiteur
mendiant que de commander à tous N

J'aiïneroy miens au monde indigent rustic ejlru,


Voire vnpauureindigentrusticauoirpour maistre,
Quatous les mortspriués de vie cOJnander.

Platon dia:au 2.de sarepubl.estre fort pernicieusau pu-


blic de chanter si cruels & formidables tourmés estre aus -
enfers)per ce que dia il,les vaillans hommes font intimi-
dés & deterrés per telles fables de fortement encourir la
mortpour la deffense du pays,de peur de tomber aprez. la
terribles enfers.11 faut(did il) les
mort en si
à
tourmens aus
exciter per tous moiens magnanimité,& charer que les
vaillans mourâs brauemet«Seliberalemét pour le salutpu
blic [ot heureus en ce mo-de,& aprezla mort,nô pas leurs
la
châter qu'aprez mort les ames vont aus enfers plains de
miserables supplices. Il est d'aduis que la bonté & valleui
des hommes consiste principalement en magnanimité
pour la deffense dupaïs,&luy me'me,pour moftrerexem
pIe aus dattes, qui ne doibuent estre effeminés per les
sciences, est allé per trois fois en guerre fort courageufe-
la
ment,& la troifiefmejen batailledeuâtTanagre iouj a
il
du doux fruit de l'heureuse viétoire. A me'me effed ra-
conte en son fympofelebon Socrates y auoireftéplu-
sieurs fois, me'me auec si grande magnanimité, que l'ar-
mée des Atheniens où il eitoit, estant rompue & mise en
suitte,il ne se voulut onques hatter d'vn pas pour fuir,ains
apres auoir genereusement combatu, & fàuuélavie ai
Prince Alcibiades atterré per lesennemys,isse retira a

,
son pas accoustumé auec ses armes de si grande audace3
&asseurance que les ennemys ne l'oserent oncquesaf-
faillir. Au fiegede Potidée ettant,comme rapporte Tu-
y
cidides,posé en fentinele lespiés nuds sur la glace,il ar-
resta toute là nuiet sans se bouger, qui fut chosequasi ad-
mirable à toute l'armée, pour l'inuincible patience d'icel-
luy. Platon donc considerant le salut public consister en
la force des armes loue merueilleufement ce langage ex-
cellent du cloaePoëteTyrteus au premier de ses lois.

c]\£onsiopibusJuperetcun£los,ftJplurimaJoins
Pofideat bona/vir mihinomine dignus abibit,
TraSlandts quisquisnon efl accommodas armu.
uifquu non aufit cœdemjpeElare cruentam,
Et dirumcoràm manibuslaceffereMartemy
TJefpicio.

Encorquvn hommeseulmaintesterrespoffedcs,
et
Ettousaultresen biens,& cheuanche ilexcede,
S'ilnefiaptea traicterles armes brauement,
Et d'enfer émoulu chamaillerrudement,
S'il rioje ejfiminévoir vnfânglantmaffacru,
6t deJespropresmainstrancher vaillant f5 acru.
Quon ne nienparle PM,car ie nejiimepoint,
Telhomme,quelqu'ilfoit,de nom dijmeevnfeulpoint.

Puis addreffant son parler à Tyrtcus,il did,ô diuin Poëte


Tyrtée, certes iet'eftimetres fage d'auoir eleué de si ex-
cellenteslouangesceuls qui font vaillans en guerre. Non
seullement les hommes prudens, maisraufsi les femmes
fages haissent pusillanimité, & aiment magnanimité.De-
matriaLacedemonienne entendant son fils auoir prins
lasuitte de la bataille^ le tua de ses propres mains, disant,

Que
-
Orfusqueper tout on rdpportcj
te fay trlléde lafortes,
Otropindignedejtremen.
,Etdestre a Sparte citoien.

Agelonis ayant nouuelles que le Prince Brafidassonfils


tant renommé auoit esté tuéen bataille combatant tres
vailIemmcnt, fut fort aise de tel rapport, au lieu que plu-
sieurs femmes sottes se fussent desesperées de perdre si
braueenfant. VneSpartainne dift au fienluy donnant le
bouclier de son pere pour aller en guerre, Mon fils ton
pere t'a gardé cecy, gardes le semblablement, ou ne fois
point.Vne aultrediftde mc'tneau fien, Mon filsrappor-
te moy ce bouclierou te pers auec. Et toutes les femme
de Sparte ne firent elles ade plus que viril, de sortirai
dcuant de leurs gens, qu'elles voioient fuir de la bataille:
&leurs dire,Où courez vous couarsfvoulez vous vou:
chasser dans nos ventres? cela fit il pas si grande honte
aus hommes, que reprenans cœur ils gangnerent la ba-
taille? Sur tout il elt perilleux que le condutteur d'armée
foit couard,car sile chef est courageux l'arméelenfuit,&
comme dia Chabrias Prince Athenien,l'armée de cerfi
conduide pervn lion, est bien plus à craindre, que l'ar.
mée de lions conduitte per vn cerf. Le Prince AchiIle
secourrouflant auRoy Agamemnon au
i.de l'IUiad.l'ap,
pelle yeus de Chien, & cœur de cerf,c'est à dire, pufilla-
Dime& timide, pour laplus grande indignité qu'il lu)
puissefaire,disant,

Turongneayantd'un chien lesyemdvncerfle cœur


Qui ria* iamaisoséd'vncouragevainqueur

te
rYlueclu ejquadrons marcher en la bataille^,
trouuer ou faultqu'un Prince vaillantaille

Qriel profit ont les cotiars,sinon qu'ils font contemné


de tous, & aussi tost font tués,que les.aultres Ce qui
did Horace n'est il très veritable. :
e/I1ors {g)fugacemperfèquiturruirum»,
Nec parcit imbeUu iuuentd
Pophtibuty timidoi fergo?

On ne peut conquestercorône ptus preeu{è que l'hon- 1 1

A
neuJ
,
neur, & l'hôneur larecompense des vaillans. Quand
est
Themistocles sevitmôstreraudoibtausieusOlympiqs,.
pour auoir repoussé le puissant Xerfes, & deliuré la Gre-
ce,il did,voici tout le gain que i'ay touiours desiré de mes
5
trauauls, & profera ce didon grec lx.% de la
5
peine l'honneur. Qu'on ne me parle point didciceron
d'egaler quelque vertu a la militaire car c'cft rai son que
5
celle qui acquiert plus d'amplitude en la cité , foit la pre-
miere en la cité. Platon donc did très bien, qu'ilfault
le plus qu'on peut exciter les hommes à magnanimité)
puis qu'elle est la garde du païs, & mere des amplitudes
de la cité. Mais Homere est il donc caftigable pour auoir
chanté ce que dessus des enfers? veut il per cela deterrer
les hommes dela precieusefortitude vaillance pouren
| bien iuger
ne fault que ftudieufemt examincér ces e'crits.
Prenliercment quel Poëte couronelesvaillant de plus
;
grand honneur, & plusvilipédeles pusillanimes,queluy?
Ne did: il pas tant de louanges d'Achilles,Diomedes,
Aiax, Meriones, Idomeneus, Vliffes & aultres Heroës à
,
cause de la vaillance d'iceux, qu'il est impossible de plus?
Illesexalte si bien que le grand Alexandre plora large-
ment de n'auoir tel trompette des fiennes. Pourquoy les
feint il enre enfans des Dieus sinon pour mostrer nestre
vertu qui rende les hommes plus fembiables aus Dieus,
que la magnaninliter Tout le but de ses Illiades ne tend
ailleurs5qu'a enflammer per ses louanges d'eternel feu les
hommes à telle vertu,per les exemples de ces inuincibles
Heroës dot il decrit le gestes admirables.Et le but deson
Odiffée ne tend,que per la prudéce&patience dvnPrin
ce attirer les homes à tant finçulieres vertus filles de ma-
gnanimité,Certes il ne parte homme vaillat quelconque,
auquel il nattribue très grand honneur.Et pour mieus les
allumer a s'emploier pour la deffense du pays,illeur chan
teexpressement, per la bouche du fort Heaor, au 15.de
fIlliade, -

La mort est trèshonnejle£$glorieuje^belles


jicelluj qui l'endure hardipourla tutelty
Dupaischeràtous..
Puis il leurs persuade au 4.de 1'Odyss.queleschampsEli-
fées plains de toutes delices & [uauirés font appreftés
pour euls aprez la mort,,,où iIl: feront perpetuelement en
toute beatitudeauec les bien heureus, affînquilz enten-
Il
dent, qu'il ne fault.craindrelamort. ne propose point
que les tourmens soient preparés pour les bôs,mais pour
les mechans, affin de les deterrer de commettre mal, per
la crainte de tels supplices des enfers aprez la mort. Son
dire est veritable qu'il y a des enfers plains d'horribles
tourmens pour les mechans :car l'ecripture fainâcletefli
fie per tout. Les philosophes appeliét mechâs tous ceuls
quilemecongnoiffent.car de lamecongnoiffance proce
de toute mechanceté, qui eH: la cause pourquoj Apollon
fit e'crire en son temple Delphique" comme raconte no-
stre rage Platon en son, //ipparchm^cedi&onmemorablej
ce
yvciùjt(TîctvîovjCo^noistoj meme,per que, di<5tMercure3
quiconque bien Ce cognoist il se change en Dieu, qui est

"vie& lumiere )il


l
la vie & la lumiere de homme:car se cognoissant plain de
est de rechef changé envie& lumiere,
d'autant qu'il concede facilement le corps à sa mort, cha-
stie
chastie les flatteries des fensjcontemne les choses mortel
les per la contemplation des immortelles,s'abstient du
mal,& per là retourne en la purité de vie & lumiere. Mais
quiconque se mecognoift,il est raui de l'amour du corps,
allechemens des sens, & facilement oublie la vie & lumie
re se precipitant en toutes mechancetés,& ne se fouuenac
de la vie & lumiere, il est said participant des tenebres &
;de la mort.Celà nous est magnifiquement demonstré per
nostre excellent Homere au 9. de l'Odyss.difint, que les
compagnons d'Vlyffes arriuansen rIfledes Lothopha-
ges mangerét du Jothos,que leurs fit oublier per sa dou-
ceur la fouuenance & desir de retourner en leurs pays)tel
lement qu"Vlyffes fut contraint se retirer per force de la-
dide Isle. Platon luy me'me interprétant au 8.de sa repu-
blique ce passage d'Homere dia, Lothosestre vn fruit
y
tres dous,mais tresmal fain,signifiant les voluptés plain-
j nés de fuauités,maiscauses de nos mauls induifantes obli
I
uiondenostre pays ancien, quest leciel, pourad uertir
1 chacun de ne tant mager de ce fruit trompeur, qu'on foit
f réduit à mecognoiflance de fojmeme.Car
après que per
mecognoiffance de a
fojme'meon commis mile mauls,
quand lame fort des liens humains,l'impiété la vexe ter-
riblementjdidMercure,& n'y a flamme de feu plus arde-
te,que l'impiété,de façon que l'impiecrie,,Ie brule, ie fuis
,
consumé ienesçayqueieface, les mauls accourent de
toutes pars,& me deuorent milerable,ie ne voy rien che-
tif,ie n'entens rien.Et son elprit per le commandement de
Dieu prent corps de feu, qui leflagelle & tourmente fé- -

lon la grandeur de l'impieté. 'PeccatorumjùaquemifaU1


ftjfuiu *
ag at, Juum quemifèelusafJicit,
futts terror agitat, amentiai tor-
it, ameîît
quet ,fu/£ muU cogitdtionesconjcuntiœâ terrent. Ilne fefault
donc point arrester a l'opinion des Epicuriens, que les a-
mes soient mortelles,& n'y ait des enfers: carelleeft faul-
)
,
se & voudrois ne point lire en Ciceron
ce qu'il did:,pro
Cluentio,parlant d'Opianîcus Q.uid,inquit,mors illi maliat-
tulit?nisiforteineptijsacfabult4exiflimemusillumapudinferos
impiorumfuppliciaperferre, quœfifalfa funt, rut
omnes inteUi-
gunt, quid ei tandem mors eripmtprêtersensum doloris rNc: ce
qu'il diét en sa quatrième harangue contre Catilina, Vta-
hquajnquit,formidoimprobueffetpofïta,apudinferoseiufmodi
quddam lUi antiquïjùppliciaimprobuconfiituta effi ruoluerunt,
quod videlicet inteiligebant his remotu non esse ipsàm mortem
pertimefeendam. Mais qu'elle raifonauoit Pythagoras &
les anciens Druides Gaullois de tenir que les ames tar-
tans d'vn corps entrent en aultre quadrant à la vie passée?
Celle d'vn menteur en poiiïon Celle d'vn inconstant en
,
oifeaul5celle de Therfites en linge, & ainsi de toutes aul-
, ?
tres félon les mérités Et ce Dares Phrigien n'est il pas
bien menteur de dire,quil fut tué en labataille deuant
Troye,où il perdit son bouclier,& que son ame estant en-
trée en nouueaul corps il recognoifloit bien fondidbou-
clier,qu'il auoit lors qu'il fut tué?Les Turcs aussi fonc ilz
Cages de croire encor pour le iourd'huy,que les ames des
femmes ne vont iamais en paradis, mais les bonnes vont
aus limbes,les mauuaifes aus enfers?Ne font ce pas là tou
?
tesmenteries Certainnemét les ames fontimmortelles
tefmoingrinuincible Phsedô,& font les enfers horribles
plains d'epouuâtablestourméspour les mechas,ou les Ta
tales, Ixions,Belides, Sifiphes, Tities, c'est àdire,les ty-
rans,voleurs,rebelles,meurtriers,infideles,& toute forte
de mechans gens font precipités, & les crimes expiés. Si
donc Homere l'a chanté, quel mal said: il au public, puis
qu'il
u'ilefivrajrPlaton luy me'me lessaid quasi plus hort
bibles ausPhœdrus,&cAxiochus. Si c'estinuentionmau*
tiaife à raconter en la cité, pourquoj la faidiltuy me'nlc,
?
:
pour en reprendre les aultres Il donne luy me'me con-
seil de le croire àceuls qui en doubtent Car au i. de sa
il
Tepublique saiâainsiparler le bon vieillard Cephalus
0 il,
à Socrates. Socrates, dia: Sçachez pourcertain,que
quand l'homme est reduit là, qu'il voit sa mort prochain-
ne, crainte le saisit,& quelque grand souci des choses,
dont il n'auoitau parauant tenu compte. Car les fables
qui [ontditèes des enfers, comme ceuls qui ont mal faidr
y font punis, dont il s'efloit touiours mocqué , meuuent
alors l'esprit doubteus craignant qu'elles foientvraies.
Tellement que, ou pourcaufe de la débilitéde vieilles-
,
se il
ou pource qu'estant prochain de l'aultre vie voit
plus aigument ces choies, il est rendu plain de follicitu-
de,&vient à examiner s'il a point said quelque tort à
personne. S'il fetrouue auoir commis plusieurs iniqui-
tés, il se reueille en furfault comme vn petit enfant, trem-
ble de peur, & vit en tres-malheureuseesperance pour-
,
ce qu'il craint tels supplices des enfers.. Mais celluy qui
ne se fent coulpable d'aucun mal, est touiours ac<-
compagné d'vne douce esperance tres excellente me-
0
re de la vieillesse comme dia: Pindare. Socrates (did:
il)Pindarea magnifiquement chanté" quiconque pat:
Cesa vieiuftement & faindement, vne douce eiperan-
ce l'accompagne nourrissant le cœur 3 entretenant la
vieillesse & plus que toutes choses gouuerne l'e-
,
ipritmuable des hommes. Voila comme il conseille de
penserausenfers, & se donner garde des maIcfices) de
peurde tomber aus gehennes d'iceuls. Si donc Homère
pour ce regard n'achanté que verité, pour exciter les
bons aus vertus, & deterrer les mauuais desvices, vous
jugeres, s'ilvousplait (ttes prudent Senat) file suffrage
de Platon est bien donnécontre lny, pour luy faire fouf-
frir l'oftraque>&propulfiqnde la republique bien or-
donnée,ounon.
LE DIXSEPTIEME LIEV DV
GRAXD HOMElkE
reprinsper le figes
Platon.

Lest e'crit au 17.deTOdyATéequele


prudét Vlyffesarriuéen pauuremendiât
à sa porte fut frappé d'vn efcabeaul per

pe
h
Antinous l'vn des amoureuls de Penelo-
femme,&
sa l'vn
il
remonltra audict AntInoÜs) qu railoit
pauure mendiàt,car,did il,c'efi peut
des
¡1 r
aultres
mal«1
efire,
amoureus
clé1battre ce
quelque Dieu,
quis'estainsi transformé en pauure e'tranger,pour voir ce
que nous faisons,d'autant que les Dieus lechagent quel-
;

ques fois en pauures pelerins, ou en aultre figure,côme


il leurs plaifi, & vont ainsi deguisé per le mode visiter les
peuples, pourcognoistrelabôté& malice des hommes.
-

ff
aAntmoé,ha vraimentcesi maifat doultrager
Cepauuremendiantmiserable t'tranger.
EtJicesiquelqueDieu ayantprins teUeflrmu?
Car iés Dieusquelquesfoisprennent l'efiatcoforme
eA quelquepelerin,mendiantvagabond,
Ou telle qu'il leursplaifi^ifnement enevonts
Perle monde aus cités,pour cognoifire des hommes
i
La bonté, lamalice, & quellesgensnousJommes.
Platon dia au 2.de sa republique, Debuons nous estimer
Dieu priftigiateur,oubateleur,& tantost apparoir en vne
forme,tantost en aultre,&nous monstrer vainnes figures
de foy? S'ilse change,n'est ce pas en meilleur, ou en pire?
Se peut il changer en meilleur,neftantrien meilleur,què
luy,ou en pire estant sa bonté perfede sans alteration, ou
il
inquination du mal?Etpouquoj voudroit mentirou de
parolle,ou de saia, & nous monstrer faulse image de foy?
Certes il est du tout simple & veritable en ditts & faids)

,
ne se change point, ne deçoit point,ne per visions, ne per
parolles, ne per signes ne les dormans, ne les veillan.
Nous estimerons donc de grand pris plusieurs choses
chantées per Homere, mais non ce'te fable du change-
ment des Dieus, & Poëte quelconque ne nous viendra
çhanteren nostrecité, les Dieusvifiterves villes soubz
figures d'estrangers, ne lesmenteries qu'on raconte de
Protbeus,& Thetis. Voila ses fortes raisons cotre la chan
à
son d'Homere,cequ'estconforme l'aduis du Roj Nu-

,
ma,& de Pythagoras son maistre,que le commancement
de toutes choses n'est point exposé aus sens ne à la dou-
leur,mais inuifible,incorruptible,& du seul entendement
apprehensible, tellement que ce Rojdeffendit aus Ro-
mains de n'attribuer à Dieu forme d'homme,ou de bette:
ne feindre,ou peindre aucune image d'icelIuy,tournant i
grande impieté d'exprimer la chose plus digne, per Ie
plus viles ,& penser qu'il faille aultrement aspirer à Dieu,
que perefprit. Lafemblable deffense estsaiéte per la boi
che de Dieu,qu'on ne face simulacre quelcôque des cho.
ses qui font au ciel,en terre, ou aus eauls soubz. la terre
Les Iuifs ont esté tant affediÓnés à la conferuation de cc
fainétprecepte, que fouuent ils se font mis en danger,dc
leurs viesjôc ruines, pour.ne le point violer, &-vouluren
tue
tuer leur Roy Herodes
ge de Cesar
,
furvnteatre
pour ieullement auoir mis 1ima-
en Hierusalem. Mais quand le
mechat Empereur Calligula enuoya Petronius auec gros
se armée pour dresser fan image au téple de Hierusalem,
ils allèrent plusieurs miles au deuat de luy iusques à Pto-
lomaïde, & le supplierent treshumblement ne les point
contraindre à transgresser la loy de Dieu, qui leurs estoit
tant recommandée per leurs peres,& luy oserent bien di-
re, que s'il auoit deliberé de porter telle image au temple
de Hierusalem, ils le fupplioiétfortles faire tous mourir,
auant que paffer oultre, car, dirent ils, nous ne pouuons,
tant que nous ferons en vie endurer telleimpieté, contre
la deffense de Dieu prononcée per la bouche d'vn legifla-
teur si (âge,duquelles faindes lois ont esté inuiolablemét
obferuées per nos maieurs,iusques à present. Et quand le
gouuerneur leur eut said: response, que s'il estoit Empe*
reur,il vferoit de son conseil,mais qu'il auoit le comman-
dement de Cefar,auquel necessité le contraignoit obeïr,
depeur de tomber en l'indignation d'icelluy,ils luy dirét,
Monsieur le gouuerneur,puis que ne voulez violer le cô-
mandement de Cesar,nous ne voulons aussi violer celluy
de Dieu,ne nous précipiter en si grande lnechanceré,que
de faire ce qu'il nous deffend,car il est,comme nous vous
en faisons iuge, bien plus puissant, que Cesar, & si nous
endurons pour l'obferuance de sa fainde loy, nous auons
esperance fortifsime,qu'il nous recompensera,& ne nous
abandonnera point. Le gouuerneur faisant marcher son
armée iusques en Tyberiade leurs did:,Voulez vous corn
batre contre Ce(ar? Monsieur direntilz,nous: n'auons
point délibéré de combatre mais nous sommes tout
,
prests de mourir,auant que nostre [ainae loi scit enfrein-
te, & se iederent tous per terre deuantluyeftendens Il

col, le supplians instamment leurs faire couper la gorge


auant que paffer oultre. Le gouuerneur admirant la con
fiance decepeuple, & considerant l'eredion del'imagi
nestrequVne oultrecuidance de Cesar,auquel il ne pou
uoit obeir', sansfaire horrible carnage de ce pèuple,prin
pitié d'euls,& delibera d'en e'crire à Cesar,auant que paf
fer oultre, se disposant d'endurer luy meïne plus tostI;
mort, que pour la furie & oultrecuidance d'vn homme
tant faire mourir de gens,Er ce iour là tôbagrande quan
tité de pluies en Iudée qui estoit en grande famine,à eau
se de la trop logue seicheresse,qu'estoit le fignedeDieu,
que la conftâce de ce peuple luyestoit merueilleufcmeni
agreable. Aussi mourut incontinent le méchant Calli-
gula, & neust moien, ne de punir son gouuerneur, ne d<
fairedresser son image en Hierusàlem. Le bon Roj Age-
filaus fut du tout contraire à c'efi Empereur enragé, cai
ainsi qu'on luyvouloit dresser vne superbestatuë er
commemoration de ses fai&s heroiques, il deffendit cch
di&nt.Si ie fais chose rnemorable,cela me feruirafuffifarr
ment de flatuë)Íi iene fais rien, toutes les statues du mor
denemepourroientillustrer. Qiioy donc nostre doét
Homere doibt il estre tançé, pourauoirchanté que les
Dieus se changët quelquesfois en diuerfes figures, poui
se presenteraushommesf Certainementl'ecripture fain-
deest toute pJainne, que Dieu s'cft mostré à plusieurs er
diuerfesfigures, tantost en feu, maintenant en nuës,
d'aultres fois en homme voiageur, voire à prinscorps
fubied: à passion, & souffert plusieurs tourmens POUI
lauer les faultes du protoplaste ; s'cft aprez fàglorieufe
à à
refurredion' mostré fesapoftres, [ainél: Paul & aultres
& feroit
i& feroit grande impiétédecroire, qu1! ne print onques
;figures pourapparoir aus mortels, attendu ce que dessus,
!&qu'il est expedient) l'homme loit fouuent aidé per
que
tapparitions diuines, pour estre attiré à la contemplation
f& creance de la diuinité, à cause de l'imbecillehumanité.
Holnerc ne did point, que Dieu foit menteur, ou trom-
f
peur per changemens,
Tes mais touiours veritable & pro-
à
rfirable ceulsaufquelz il monstreobie&zdesadiuinité.
N'est ce pas combatre l'omnipotence de Dieu, & le me-
surer à l'aultre des hommes,de dire qu'il ne peut prendre
aucune figure, ne estre en plusieurs lieus ensemblement?
N'cft il pas tout en toutes choses, sans lequel rien ne fub-
Il
sister peut donc,tout ce qu'il veut, sans alterer sa quali-
té, n'ayant iuperieur à foj me'me. Les démons inférieurs
i'

à Dieu apparét bien en diuerfesfigures,& Dieu tout puis


fant ne le pourra fairer<zt:¡eI mai'tre a froissé les idoles d'E
gypte en me'me instant & imposé perpetuel silence aus
demons,ou de qui parloit Apollon, quand il respondit à
Auguste pour son dernier propos, Ne venez plus vers
moj , deffensenousestfaiôte de plus parlerDieu peut il
e'branlertout l'vniuers dvnclind'oeil,& donner,ou oster
les formes àtoutes choses & ne puisse prendre telle for-
,
me qu'illuy pIaiftC'efi,à mon aduis,ouurir source gran-
de d'jnlpieté,dc poser le contraire.Aussi d'aucuns on did,
s
que les documens de Platon estoientcause d'vne mer
dherfies,& peruerfes opinions de la deité. Hornere doc
chantant chosesteftifiées per les faines volumes,& con-
sonantes à la verité, ne doibt estrebaffoué, comme abu-
feur,nIais haultement loué, pour le bien, qu'il said au pu-
blic per ses veritables chanCons,que Dieu se chage en di-
uerfesfigures,pour visiter les peuples,& voir la bonté,ou
:
malice des hommes car cela tient merueilleulèment le
mechans en grande crainte) & les deterre fort de perpe
trer mal, de peur que Dieu ne foit present à leurs malefi.
ces.Vousiugerez donc, s'il vous dIaifi(Senat tres fidele
& veritable)Si le debuez effacer du nombre des homme
fages de la cité, & donner place à l'accusation feuere d<

,
Platon, pour les changemens cy deffusperluy chanté:
des Dieus ou non. Quant aus changemens de Proteus
dont il parle, la nymphe Idothea les declare assez au 4. d<
ÏOdfC & n'est besoin d'en parler,Gnon que je diray
ce mot en passant, que les gens variables font
appellés Protéçs,Polipes,Cameleons,
Euripes, pour raison de l'incon-
ltance quefçauezestre
efdidescho-
ses.

F J K,
p. GENTOT V
7). PAQJJ EL
S
BELNENSIS
J O.
Xon Plato diuinæ,non dijsparmagnm Homems
inuidiacaruitiplendervrerq,, tllmen.
Viue ergo teterpref tuntorunu clare viroru'fl'l.J.
Jnmde,qwdgannM?excutemalunu.
g. TaAQVELJN :B£eAV:J(gIS
o IS <U
(-èA
LA BONNE VILLE DE
BEA V N E.
S0NET.
B efl de toy que T^eaune le nomportejy
EUone^c
1
Ville digne du nom, mais ôSemelien,
Elle deburoitaufiportermarques du tien,
Veu le nefîarfacréqu*au tyrjèellerapportu.
jiquelquet'trangerarriue en quelqueflrtu
eA Beaune,ilne veut¡/rH en delogerpour rien
Disentque le paisejtmeilleurque lefien,
lJ)c quelquepart qu'à nom lafortune L'apportu.
*d.ufiBeaune est afiz^eautantque lesGargaru
Augranier de Ceres/airbon, les
lymphes rares,
il
Lepeuplefortgentil,qu nefautirriter.
Les chosès de Vmusyfontleur demeurancu,
J
EtlapuceUe Astrée traiciefa 'Balance,
Oufaiét il doncmeilleur
que dansBeaune habiter?
ODe. vE
la
L'.d'VTeVR SVR
misere des troubles.

LAsDe
queficequedes hommes
ce manoiricy?
en ce temps ou nomfemmes,
elmalheur regne ainji?
La matheureufe guerre
UJ veuttousconjommer,
Etleferdela terres
Sert de nousassommer.

"Bienquepourtelvfage^
Laterrenel'afaiét,

o
Ainspour le labourage
'Dontelle nous repaijl.
les benefices
<*5%Cais quoy?
QueDieu nous adonnés> .-
Parnosgrandes malices
Contre nousfonttomes.

j\Qousfouillons miserables
Nos mains de noftrefang,
Ettornonsdetestables
Leglaiueennoftreflanc:
Nous appelionsenproje
(jenspournousoutrager,
ttquasicomme Troyu
Tvnbonsfoubzj/'étranger.
elpeuplejÕuIJ:l:.;l'auroru
NeJeritdenosmaus?
Quellfeuue ne colores
De noffrejàngjès eaus?
Quelle terre riejtgrajfes
Des corps de nossoldars,
Ouquellieuquonnefaces
Sepulcred'ejtandars?

Cependantquefanshontes
Nous decoupons la lay,
Et que netenonscontes
à
D'obeir noIreRoy)
VnfierJOldardeVacu
Quicraignoitnojtrefery
aintenantptaind'audacu
veut de noustriompher.

Nous deburions lapaix cheres


Entre notts doncruouloir,
et la guerre meurtrieres
Tousmettre à nonchaloir:
UJ enamitié\
viurionssansdommages
Snfemble
Etneferoit nostre age---.-,
A

Tmt courte la moitié,


Nousgarderions lagloires
DenosperesGaullois,
Etcomblésdeviftoircj
^Mettrionstoutfoub%noslois,
Nousirionsdecourage
Nofirebienrepeter,
Quvn ennemyfauuagu
Nous ejivenu oïler;

Nous neverrions la plainnu


VeuerslesAquilons
Sfire tantdefois plainnu
Demachurésfilons.
tÏÏVais le bléqu'onfaccagcj
Seroitorescaché -
Ausgreniers aus villages
Tourlevendre au marche.