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COLLECTION DES UNIVERSITÉS DE FRANCE

publiée sous le
patronage de l'ASSOCIATION GUILLAUME BUDÉ

PLATON
OEUVRES COMPLÈTES
TOME V — a* PARTIE
CRATYLE

TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT

Louis MÉRIDIER
Professeur à la Faculté des Lettres
de l'Université de Paris.

PARIS
SOCIÉTÉ D'ÉDITION « LES BELLES LETTRES »

95, BOULEVARD RASPAIL


ig3i
Tous droits réservés.
Conformément aux statuts de l'Association Guillaume

Budé, ce volume a été soumis à l'approbation de la


commission technique, qui a chargé M. Emile Chambry
d'en jaire la revision et d'en surveiller la correction en
collaboration avec M. Louis Méridier.
281

Ct&A***-C*>

a
v,5"

CRATYLE

772883
NOTICE

Il n'est pas un dialogue de Platon qui ait suscité chez les-

modernes plus de discussions que le Cratyle. Dans ses ana-


parues entre 1891 et 1901, H. Kirchner passait en
1
lyses
revue trente-deux études consacrées à cet ouvrage, et depuis
lors ce nombre a continué de s'accroître. Quel est le but du

Cratyle ? Quelle opinion l'auteur y exprime-t-il sur l'origine


du langage Contre quelles écoles ou quelles personnes est
?

dirigée sa polémique ? Dans quelle mesure la plaisanterie s'y


mêle-t-elle au sérieux ? Autant de questions sur lesquelles les
commentateurs n'ont cessé de se diviser. C'est assez dire
qu'en ajoutant à cette longue liste un nouvel essai d'inter-
prétation, on ne prétend point donner une solution défini-
tive des problèmes soulevés par le Cratyle. Du moins paraît-
il
possible d'atteindre sur un certain nombre de points, par
un examen attentif de la marche du dialogue, à des conclu-
2
sions vraisemblables .

ANALYSE DU DIALOGUE

Préambule. Le dialogue met en scène trois person-


Exposé nages, Hermogène, Cratyle et Socrate.
du problème. \\ s 'ouvre brusquement Hermogène, en:

(383 a-384 e).


discussion avec Cratyle, lui propose de
faire part de leur entretien à Socrate,
qui vient d'arriver. De
1. Die verschiedenen Auffassungen des platonischen Dialogs Kratylus.
Progr. Brieg, 1891/2, 1892/3, 1896/7, 1900/01.
1. Nous avons tiré un
profit tout particulier du travail pénétrant et
vigoureux, bien qu'un peu systématique, de F. Horn, Platonstudien,.
Neue Folge, Wien, 190^, p. 1 et suiv.
8 CRATYLE
quoi s'agit-il ? Suivant Cratyle. il existe naturellement (cpûaei)

pour chaque objet une juste dénomination (ôvouaro; ôpôoVrc,


383 a b) qui est la même pour tous, Grecs et Barbares. Mais
Hermogène ne peut obtenir de lui l'explication de ses propos
obscurs. Que Socrate veuille bien les interpréter, ou donner
son avis sur la
question ! Socrate répond que le problème est

qu'il en ignore la solution. D'ailleurs


difficile et il est prêt à
la rechercher de concert avec ses interlocuteurs.
Hermogène
expose sa thèse, opposée à celle de Cratyle: la justesse des
noms est affaire de convention et d'accord (ffuv<hjxi) xal
fc|u>AGV''a, 384 d). Le nom qu'on attribue à chaque objet est
juste on le change pour un autre, par exemple en nom-
;
si

mant un serviteur, le dernier n'est pas moins juste. Il n'y


a pas de nom donné par la nature l'usage et la coutume ;

(vo'jao) xal lOet)


font tout en cette matière.

Entretien ^a longue discussion qui s'engage alors


de Socrate entre Socrate et Hermogène occupe la
et d'Hermogène grande partie du dialogue. Elle
r us °
pi
(385a-421
v d). , EH-xi
r
comprend quatre étapes :

I(385 a-3o,i b). Au cours de


première, Socrate faitla
admettre à son interlocuteur les propositions suivantes :

i Les choses ont une essence fixe et stable (*i¥« (UCaifaiyrq


.

TYp cùsi'as, 386 a; oùcc'av Ttvà péêatov, 386 e) qui ne dépend


pas de nous;
2. Les actes (-zpâîjciç) qui se rapportent aux choses sont
une forme déterminée de réalité (sv ti elooç tcov èVrwv, 386
e). Ils se font en conformité avec leur propre nature, et non
selon notre façon de voir ;
3. Or parler est un acte, et nommer (to âvopoÇttv) en est
une partie. Il faut donc nommer les choses suivant le moyen
qu'elles ont naturellement de nommer et d être nommées
(i) 7téwuxe
xà tç,t.';ilx-x ovouâwSiv t£ xal ôvopaÇtafoc, 387 d) ;

4. C'est à l'aide du nom qu'on nomme. Le nom est un


instrument qui sert à instruire et à distinguer la réalité

(ovojia... ô*ioa<7xaXixd'v xl Istiv opyavov xal cta/.p'.Ttxov tt,ç


oùcia;, 388 b c);
5. C'est le législateur (vouioôfr^ç) qui établit les noms
(388 e);
6. Il doit avoir les yeux fixés sur ce qui est le nom en soi

(xcoç ttxnh èxEtvo l<mv ovojxa, 38g d), pour imposer aux sons
NOTICE 9

et aux syllabes le nom approprié naturellement à chaque


objet ;

7. Peu importe que les législateurs n'opèrent pas sur les


mêmes syllabes, pourvu qu'ils leur imposent la forme de nom
(to -ou ovoaaTo; 390
elBot;, a ;
cf. tSéav, 38o, e)
requise par l'objet ;
8. L'homme capable de juger l'ouvrage du législateur (le
nom) qui s'en servira, c'est-à-dire l'homme qui sait
est celui

interroger et répondre (tov èpwTâv xat ànoxpiveaOai ixiarci-


[xsvov), en d'autres termes le dialecticien (oiaXtxTixdv, 390
c). C'est lui qui devra diriger (siziaxàir^, 390 d) le
travail
du législateur.
Résumé et conclusion. Fixer les noms n'est pas l'œuvre
du premier venu, comme le croyait Hermogène et Cratyle ;

a raison : les noms appartiennent naturellement (cpùc£t) aux


choses, et il n'est donné d'être un artisan de noms (Sr atoup- i%

yoç ôvoy.àTtov) qu'à celui-là qui, le regard attaché sur le nom


naturel de l'objet, sait en la forme aux lettres et aux
imposer
syllabes (3go d e).
II (3g 1 b-396 c).
Il faut maintenant rechercher en quoi
consiste cette justesse naturelle du nom, c'est-à-dire comment
se réalise cette destination idéale. Pour le savoir, Socrate

propose de s'adresser aux sophistes. Mais Hermogène lui


ayant fait observer que la démarche serait illogique, puis-
qu'on a réfuté précédemment la thèse de Protagoras, il
décide de consulter Homère et les poètes. En se fondant sur
les noms d'Astyanax et d'Hector, Socrate tire d'Homère les
lois
que voici :

1 . Il est juste de donner au fils le nom du père, quand la

génération se fait suivant l'ordre naturel (3g3 c) ;


2. Peu
importe alors que le même sens s'exprime par
telles ou telles
syllabes: des lettres peuvent être ajoutées, ou
retranchées, ou déplacées elles peuvent ;
être entièrement
différentes; suffit que l'essence de l'objet
il se manifeste dans
le nom (3g3 d-3g4 c) ;
3.Les êtres dont la génération s'est faite contre nature
(toi; 7rapà cpùciv, 3g4 d) doivent être désignés non par le nom
de leur père, mais par celui du genre (yevoç) auquel ils appar-
tiennent. Explication des noms d'Oreste, Agamemnon, Atrée,

Pélops, Tantale, Zeus, Rronos, Ouranos (3g4 d-396 d).


III (3g6 d- 421 c). Mais les noms donnés aux héros et aux
hommes risquent d'induire en erreur. Beaucoup d'entre eux
io CRATYLE
sont établis d'après les appellations des ancêtres, et sans
aucune convenance d'autres expriment un souhait. Il faut
;

examiner plutôt les noms appliqués à ce qui a par nature


une existence éternelle Qzk àei ovra xai irecpuxdxa, 397 b).
une digression où Socrate explique l'étymologie de
Ici,
6sdç (397 c d), celles de Safjuftv, d'après Hésiode (397 e-
398 c), de vjpwç (3g8 c-e), d'àv6p(07roç (399 a), de ^/jr, (399 d-
4 00 b), de coma (4oo b c).
Ramené par Hermogène à la recherche annoncée, Socrate
commence son examen. Il passe successivement en revue
troisgroupes de noms, dont il indique l'étymologie :

Ceux des dieux


1, Rhéa, Kronos, Poséidon, Pluton,
:

Hadès, Déméter, Héra, Pherréphatta, Apollon, les Muses,


Léto, Artémis, Dionysos (ici, étymologie de olvoç, le vin),
Aphrodite, Pallas, Athéna, Héphaïstos, Ares, Hermès, Pan
(4oo e-4o8 d) ;

a. Ceux des astres et des phénomènes naturels : le soleil

(tjXioç), la lune (seÀTJvy), oeXavata), le mois (|Jt.etç),


l'éclair

(<x<7Tpa7CYj),
le feu (rciïp),
l'eau (uowp), l'air (àVjp), l'éther

(aîôrjp),
la terre (yti, Y a '°0> ^ es saisons (wpai), l'année et l'an

(IviaoTOç, exoç, 409 a-4ioe).


3. Ceux des notions morales: cppôVrçatç, vdrjatç, <rcocppo<juv7i,

£7ti<7x>i[ji.rJ , <7uv£(7tç, compta, àyaô^v, StxaioauvTj, oixouov (et


àStxta), àvBpeta, appyjv, àv/jp, yuviq, 6r,Xu (ici, étymologie de
ôàXXstv), tiyyriy
}

\li\/ vrt\ , xaxia, BetXi'a, xrcopia, àpsTTj, xaxdv,


acaypô'v, xaXô'v, (jujAcpÉpov, xspoaX^ov (et xepBoç), XuaireXouv,
wcpsXt|/.ov, pXaSepdv, Ci)|M<3&cç, o«ov(ici, parenthèse
sur l'étymo-
logie de 7]p.spa), 7]OOV7], Xu7CY], àvia, àXYTjSwv, 88uvtj, à^ôrjScav,
yapà,Tip<|/tç, T£p7tvd;, EÙcppoffuvTj, £7u6u[xta, 6u;xdç, tjXEpoç, 7ro8oç,
èpwç, Bolja, ot'y,<7'.ç, fouX*/], àêouX''a, àxoyta, èxououov, àvaYxatov.
Etymologies de ovojxa, àXVjGeta, ov, ouata (4n c-42i c).
IV. Les noms examinés jusqu'ici sont des dérivés et des
composés. Pour les interpréter, on remonte nécessairement
aux noms primitifs (xà ^pàixa ovdjxaxa) dont ils proviennent.
Mais ceux-ci, par définition, ne peuvent s'expliquer à la
lumière d'autres noms, et leur explication requiert un pro-
cédé différent. Quelle est la méthode à suivre ?

1
(4a 1 c- 4a5 b). Il faut partir du principe déjà posé pour :

être juste, le nom doit faire voir la nature de l'objet désigné

(olov Exacrô'v £<jTt xôôv ovxtov, 422 d). Il estune façon de


mimer à l'aide de la voix. Mais imiter le chant du coq, ce
NOTICE ii

n'est pasnommer le coq. L'imitation obtenue par le nom ne


portera ni sur le son (sans quoi elle se confondrait avec la

musique), ni sur la forme ou la couleur (ce qui est le propre


de la peinture) c'est Y essence de l'objet que le nom doit
:

imiter par des lettres et des syllabes (pupLcfatau.. sxâaxou r^v


oùstav YpàjxfxaCTt xe xat auXXaêalç, 423 e). Il importe donc de

distinguer d'abord les éléments (BisXssôac xà axoi/sTa, 424


b) :
voyelles (xà cpwvrj^vTa), muettes (xà àcpcova xai dfcp6oyY a )j
« demi-voyelles » (xà cptoviqsvxa jxev ou, où [xevxot y £ acpôoyYa),
et les classer par espèces (xaxà e"oyi) ; on distinguera et on
classera de même tous les êtres auxquels doivent s'appliquer
les noms. Dès lors, on saura attribuer chaque élément,
d'après sa ressemblance avec l'objet ;
à chaque être on attri-

buera, pour le désigner, soit un élément unique, soit une


réunion d'éléments (syllabe) ;
les syllabes seront assemblées
pour composer les noms et les verbes (xa xe ôvdtxaxa xat xà

pr^fxaxa) ;
avec les noms et les verbes on constituera le discours

(xbv Xovov) par l'art approprié onomastique : ou rhétorique.


Toute autre méthode serait défectueuse.
2 (4a5 b-427 Ces distinctions nécessaires, Socrate se
d).
déclare incapable de les établir. Il essaiera
pourtant de le
faire. Car si l'on ignore en quoi consiste la justesse des
noms primitifs, il est impossible de reconnaître celle des
dérivés, et l'on se condamne à ne dire alors que des sor-
nettes.
Là-dessus passe en revue
il un certain nombre de lettres.
Le p
est propre à l'expression du mouvement l'i exprime la ;

légèreté ;
le cp,
le <]/,
le 5, le Ç, comportant une aspiration,
expriment Y agitation ;
le S et le x, Y arrêt le X, le glisse-
;

ment le v, Yintérieur
; ;
l'a et I'yj la grandeur et la longueur,
l'o, la rondeur. Pour chaque être, le législateur semble avoir
créé un signe et un nom, et être parti de là pour compo-
en quoi consiste la justesse des noms.
ser le reste. Voilà

Socrate, en terminant, a sollicité l'avis de Gratyle. Hermo-


gène le demande à son tour (427 d- 428 b).

Ce second entretien comprend trois


Entretien .
%{&i
de Socrate [,, c b_ /2 r , n
avec Cratyle. [ 2b ^ ^ 6b c) :

a (428 b- 43o a). Cratyle approuve les


propos tenus par Socrate. Mais celui-ci fait des réserves
i2 GRATYLE
sur ses propres conclusions, et juge nécessaire de reprendre
l'examen. Cratyle admet que la justesse du nom consiste
à montrer la nature de la chose que les noms sont faits
;

pour instruire, et que les établir est un art, pratiqué


par les législateurs. Mais il se refuse à croire que certains
noms puissent être mal établis. Selon lui, tous les noms
qui sont vraiment des noms sont justes il est
impossible
:

de parler faux (^soSr, Xsyeiv to Ttapànav oùx laxtv, 429 d).


Socrate lui prouve par un exemple qu'on peut affirmer ou
énoncer des faussetés. Gratyle le nie en pareil cas, dit-il,
:

on ne parle point on n'émet que du bruit Qboz>dv, 43o a).


;

b (43o a-43i c). Mais Socrate démontre que le nom est,


comme la peinture, une imitation de l'objet. Comme dans
lapeinture, l'imitation peut être inexacte. Il est donc pos-
siblede parler faux, c'est-à-dire d'attribuer inexactement les
noms et les verbes. Et il en va de même pour les phrases.
c (43 1 c-433 c). Les mots eux-mêmes
peuvent avoir été
formés inexactement. Quand il s'agit d'un nombre, toute
suppression ou addition qu'on y opère en fait aussitôt un
autre nombre. Mais le nom est une image pour rester
;

image, il ne doit
pas être un double exact de l'objet; il suffit
qu'il en représente l'essentiel. Cette image existera, même
si elle ne renferme
pas tous les traits appropriés. Si elle les
contient tous, le nom sera bien établi il le sera mal,
;
si ces
traitsne s'y retrouvent qu'en petit nombre.
d (433 c-435 c). Gratyle n'accepte ces conclusions qu'à
contre-cœur. Il a peine à convenir qu'il existe des noms mal
faits. Socrate reprend alors l'étude des éléments il lui fait ;

voir, par un exemple, qu'un nom peut être compris de ceux


qui l'emploient, bien qu'il renferme des éléments incompa-
tibles avec la notion qu'il exprime. L'usage féOo?) se subs-
titue ici à la ressemblance (ôuoiott^) comme moyen de repré-
senter (oYjXeotxa). Il serait à souhaiter
que les noms fussent
autant que possible semblables aux objets; mais en fait on
doit y admettre une part de convention ((Juvô^xti).
II (435 c-439 b) :

a (435 d-437 d). Quelle est la vertu (ouvauic) des noms ?

C'est d'enseigner (oiSàay.Eiv), dit Cratyle quand on sait les


:

noms, on connaît aussi les choses. Socrate lui objecte qu'on


risque de se tromper dans la recherche des choses, si
l'on

prend les noms pour guides. Celui qui, le premier, a établi


NOTICE i3

les noms s'est réglé sur l'idée qu'il se faisait des choses. Mais
qui garantit qu'il en avait une idée juste? L'accord prétendu
des noms ne prouve rien; il est d'ailleurs contestable. Cer-
tains d'entre eux, précédemment expliqués comme mar-
quant le mouvement, semblent au contraire exprimer le
repos.
b (437 d-43q b). Supposons que l'auteur des noms primi-
tifs les ait établis en connaissance de cause. Sur quoi a-t-il
pu se fonder ? Ce n'est pas sur d'autres noms il n'y en avait :

pas encore. Est-ce sur les choses? Mais on a dit que ce sont
les noms qui les font connaître.

Cratyle, embarrassé, suggère que les noms primitifs ont


peut-être été établis par une puissance surhumaine ( as îÇw xivk
Sûvauuv r) àvOcwirs-'av), ce qui en garantirait la justesse. Mais
alors, dit Socrate, il faut admettre qu'elle s'est contredite.
Serait-ce qu'une des deux catégories distinguées ne repré-
sente pas vraiment des noms? Mais laquelle? On arrive ainsi
aux conclusions suivantes il est possible de connaître les
:

choses sans l'aide des noms; le moyen le plus naturel de les


connaître est de s'adresser à elles-mêmes, et non pas aux
noms qui n'en sont que les images.
III (439 b-fin). Reprenant un point précédemment indi-

qué, Socrate déclare que les noms marquant le mouvement


risquent d'induire en erreur. Leurs auteurs les ont établis
dans la croyance que tout se meut et s'écoule sans cesse (w;
ïdvTiov àuàvxwv àei xat
^sovtojv).
Mais peut-être est-ce une
illusion, que leur esprit, entraîné par une sorte de vertige,
a transportée dans les choses. Il existe un Beau et un Bien
en soi ;
il est toujours pareil à lui-même. S'il passait sans
cesse, il serait impossible de lui assigner une appellation
juste. On ne peut attribuer l'être à ce qui n'est jamais dans
le même état;
il ne
peut davantage être connu de personne.
Car aucune forme de connaissance ne saurait s'appliquer à
ce qui n'a point d'état déterminé. En tout cas, il n'est pas
très prudent de s'en remettre aux noms pour affirmer que
tout s'écoule. L'examen du problème doit être repris et poussé
à fond ;
Socrate engage Cratyle à s'y employer. Cratyle pro-
teste qu'il ne cesse de réfléchir à ces questions, et qu'il reste
fidèle à la théorie d'Heraclite. —
Là-dessus, l'entretien prend
fin ; à
Cratyle se dispose lapartir pour campagne, accompagné
d'Hermogène.
i4 CRATYLE
_ Dans ses le plan du Cra-
Sgrandes
lignes,
.
Le plan du
. .
° r
Cratyle. .. n ;
,
. ,
c .

(y/erappelleceluidu Protagoras .
socrate,
dans ce dernier dialogue, commence par contester la thèse
de Protagoras que la vertu peut s'enseigner. Mais la discus-
sion aboutit à renverser les positions prises au début et c'est ;

Socrate qui finit par prouver à Protagoras, et contre lui,


qu'il est possible d'enseigner la vertu. Il y a pourtant entre
les deux ouvrages une différence essentielle. Dans le Protagoras,
Je deuxième partie semble réfuter entièrement la première ;

il en est autrement dans le Cratyle, où le second entretien se

borne à corriger fortement, mais sans les annuler, les conclu-


sions tirées du premier.

L'analyse précédente permet de saisir la


marche et d'apercevoir le sens général
du* CfraLtvle
du dialogue. Deux thèses sont en pré-
sence :
l'une, celle de Cratyle, consiste à soutenir que les
noms sont justes par
nature; l'autre, celle d'Hermogène,
la nature n'est pour rien dans cette justesse,
prétend que qui
•est affaire de convention. Pris pour arbitre, Socrate montre

que, les choses ayant une réalité permanente qui ne dépend


pas de nous, la tâche de fixer les noms n'appartient pas au
premier venu, mais au législateur, qui, sous la direction du
imprimer la forme requise par chaque
dialecticien, doit leur

objet. Les noms semblent posséder, contrairement à l'opinion


d'Hermogène, une certaine justesse naturelle. En quoi
consiste cette justesse ? Après avoir expliqué l'étymologie
d'un grand nombre de noms dérivés, Socrate arrive aux
.noms primitifs. Il détermine exactement les principes et la
méthode à suivre, puis, passant à l'examen des lettres et de
leur valeur,il conclut
que le législateur paraît avoir créé
pour chaque objet un signe et un nom, et être parti de là
pour composer le reste c'est en quoi consiste la justesse des
:

.noms.
La question qui l'objet du débat semble donc
faisait
résolue. second entretien, Socrate en reprend
Mais dans le
l'examen avec Cratyle. C'est à Cratyle qu'il semblait jus-
qu'ici donner raison
contre Hermogène. Maintenant, il
combat la thèse de son interlocuteur que tous les noms sont

I. Voir F. Horn, o. I, p. t8.


NOTICE i5

nature. Et à ses conclusions précédentes il ajoute


justes par
des réserves :les noms peuvent être inexacts ; l'usage et, sans

doute, la convention ont une part dans leur formation et, ;

pour connaître les choses, mieux vaut s'adresser à elles-


mêmes qu'aux noms qui les désignent.
Prié de départager les deux thèses adverses, Socrate n'accorde
donc son adhésion complète ni à l'une ni à l'autre ; ou plu-
tôt, il leur en oppose une troisième. Après avoir paru
admettre des noms, il restreint expres-
la justesse naturelle
sément portée de cet acquiescement en faisant une place
ïa
à l'usage. Et il donne tort à ses deux interlocuteurs, en mon-
trant que les noms, soit qu'on les suppose établis par une
convention avec Hermogène, ou fixés par la nature avec
Cratyle, ne sont pas toujours justes.
Les intentions de l'auteur se dégageront plus nettement,
si l'on étudie de
près, une à une et dans leur succession, les
dilférentes parties du Cratyle.

II

LES PARTIES SUCCESSIVES DU DIALOGUE

Ayant déterminé les conditions idéales


^ ans l esc ue U es doivent être formés les
et Homère ï

noms (390 de), Socrate entreprend


d'examiner en quoi consiste leur justesse naturelle et, pour
s'en instruire, il propose de s'adresser aux poètes (3q[ c d).

Que vaudront les résultats de cette consultation? On sait


par ailleurs ce que pense Platon de la « sagesse » poétique
1
.

Protagoras, dans le dialogue qui porte son nom, estime que


« la
partie la plus importante de l'éducation consiste à être
un connaisseur en poésie » (338 e). Mais Socrate n'est pas
de cet avis les gens cultivés n'ont aucun besoin de ces
:

poètes qu'il est impossible d'interroger sur ce qu'ils veulent


dire ; ils s'entretiennent entre eux par leurs propres moyens ;
c'est avec des propos qui leur appartiennent qu'ils se mettent

1. Cf. A. Kiock, De Cratyli Platonici indole ac


fine, Diss. Breslau,
19 13, p. 36, note. Kiock signale çà et là des trimètres ou fragments
de trimètres dans le langage prêté à Socrate.
V. 2. — 2
î6 CRATYLE
les uns les autres et se laissent mettre à l'épreuve (347 e "
348 a). Nous voilà donc, dès le début, fixés sur la valeur de
cette déclaration : « C'est Homère et les autres poètes qu'il
faut prendre pour maîtres » (391 c d), et sur la valeur des
considérations qui vont suivre *.
La fantaisie de Socrate s'y révèle aussitôt. Chez Homère,
dit-il, le porte deux noms Scamandrios et
fils d'Hector :

2
Astyanax. Il est appelé Astyanax par les Troyens d'où ,

l'on peut conclure qu'il était appelé Scamandrios par les

Troyennes ; or, les hommes étant plus sages que les femmes,
il en résulte
que pour Homère Astyanax était le nom juste
(392 b-392 d). Le malheur est que Y Iliade dit très claire-
3

ment a Cet enfant, Hector l'appelait Scamandrios ; les


:

autres, Astyanax. » De ces vers que Platon n'ignorait évi-


demment pas, il serait naturel d'induire que le nom juste
était Scamandrios, donné parle père de l'enfant. Ils excluent
en tout cas l'hypothèse, toute gratuite d'ailleurs, que Sca-
mandrios était le nom employé par les femmes.
La prétendue loi que Socrate croit tirer d'Homère n'a pas
beaucoup plus de consistance. Astyanax et Hector, le nom du
fils et celui du
père, ont à peu près le même sens. C'est qu'il
est naturel de donner à l'enfant le nom de son père, et d'ap-

peler lion le petit d'un lion (3g3 a b). En quoi ce principe


peut-il rendre compte de la justesse du nom ? Il
n'explique
point l'appellation donnée au père. Un instant après, Platon
a soin d'avertir le lecteur que les propos qui vont suivre ne
doivent pas être pris au sérieux: « Surveille-moi bien, dit
Socrate à Hermogène, de peur que je ne t'induise en erreur » !

(3g3 c). Et en effet, que dit-il? En cas de filiation naturelle,


l'enfant doit porter lenom du père ; mais il doit être appelé
d'après le genre auquel il appartient, si la filiation se fait
contre nature (393c-394d). Mais ce nouveau principe ruine
le précédent, car il en résulte que la seule dénomination

juste dans tous les cas est celle qui se fonde sur le genre, non
sur le nom du
père.
A
l'appui de ses conclusions, Socrate passe en revue les
noms des Pélopides, et donne de chacun d'eux une expli-

1. F. Horn, 0. Z.,p. 3i ;
A. Kiock, o. /., id.

2. Iliade, XXII, 5o6.


3. VI, 402-3.
NOTICE 17

cation étymologique. Il considère apparemment les représen-


tants de cette famille comme les produits d'une génération
anormale, car il explique chaque nom par le caractère de
son possesseur, et, au lieu de commencer par le fondateur de
la race, il débute par reste pour remonter à Tantale, puis

Zeus, Kronos et Ouranos. Du premier principe posé il n'est


plus question (3g3 a b).
Arrivé au bout de cette première série d'explications éty-
mologiques, Socrate s'émerveille de sa propre sagesse. Her-
mogène renchérit sur cette admiration Socrate semble avoir
:

été brusquement saisi par l'inspiration, et il s'est mis à


« rendre des oracles »
(3g6 cd).
C'est avertir assez clairement le lecteur du peu de crédit

qu'il doit attribuer à ce qui précède. Platon indique ailleurs


ce qu'il pense de l'inspiration, capable tout au plus de ren-
contrer l'opinion droite, mais dépourvue de toute valeur scien-
tifique. Or, d'où vient l'inspiration de Socrate? Il l'attribue
lui-même à Euthyphron, avec qui il s'est longuement entre-
tenu le matin du même jour. Nous connaissons, par le dia-
logue auquel il a donné son nom, ce devin d'Athènes, esprit
étroit et dévot jusqu'au fanatisme, qui se donnait à la fois
pour un inspiré et pour un docteur en matière de religion.
Les gens le tenaient pour un fou et se moquaient de lui ' Et .

Socrate, en réfutant sa conception de la piété, lui démontre


dans cet ouvrage qu'il n'entend rien aux choses dont il dis-
court. On voit par là quelle est la qualité de l'inspiration
derrière laquelle s'abrite Socrate, et le cas qu'il peut en faire
lui-même 2 Il ajoute d'ailleurs un commentaire signifi-
.

catif : demain « il exorcisera cette sagesse divine et s'en


purifiera » (396 e). Enfin, pour achever d'éclairer le lecteur
sur ce qu'il doit penser des étymologies précédentes, il

remarque, au moment de reprendre son exposé, que les


noms donnés aux héros et aux dieux risquent de fourvoyer,
et il en donne les raisons (397 b).

1. Euthyphron, 3 6.

2. 0. Apelt, Plaions Dialog Kratylos, 1922, Einleitung, p. i3.


18 CRATYLE
Or, c'est encore à l'inspiration d'Eu-
Les autres
é S
thyphron qu'il rattache les considérations
dIsocratl étymologiques qui vont de 3o6 d à
42 1 c. Il y insiste à plusieurs reprises :

il félicite
ironiquement Hermogène d'avoir foi dans cette
inspiration (399 a) après avoir expliqué le mot 'W/r, il
;

propose une nouvelle étymologie, beaucoup plus recherchée,


et par suite plus plausible aux yeux des Euthyphron

(399 e); parodiant un vers d'Homère, il se vante de faire


voir à Hermogène ce que valent «les chevaux d'Euthyphron »

(407 d) embarrassé par l'origine du mot ttuç, il craint que


;

« la Muse »
d'Euthyphron ne l'ait abandonné (409 d); enfin,
il
justifie l'accumulation précipitée de ses étymologies en
alléguant que « l'inspiration du dieu touche à sa fin »
(420 d). Par ces allusions répétées, Platon nous invite évi-
demment à ne pas prendre au sérieux la contenu de ce long
développement il ne saurait y avoir de doute sur ses inten-
:

tions.

Qu'il ait eu lui-même le goût de l'étymologie on croit l


,

2
en trouver lapreuve en d'autres endroits de son œuvre »

1. F. Schâublin, Ueber den Platonischen Dialog Kratylos, Diss.


Bàle, 1891, p. 67 sq. I. v. Ijzeren, De Cratylo Heracliteo et de
;

Platonis Cratylo (Mnemosyne, N. S. XLIX, 1921, p. 192, note 1) ;


Wilamowitz, Plat on, Erster Band, Berlin, 1920, p. 289.
a. Dans le Protagoras (36 1 d) il rapproche Hçop.rfis-jq de
-pojrr,-
^ûjjjlevoçj 3i2 c il tire aooicTr^ de cosô; (savant) et de la racine igt-
(savoir) ; dans le Phèdre, 287 a, il fait venir Xfrftcu de Aiy-js; j 244
b c, [xavxixri de u.aviX7j ; il explique oîtovia-ix7J par o?rjatç-vou;
-îsTOp-a ; dans le Théétete, 194 c, il rattache xsap (cœur) à xr,po; (cire) ;
dans la République, II, 36g c, il rend compte de -dÀtç par -oaaoî dans ;

le Sophiste, 221 c, il fait venir oaxaXteâs (pêcheur à la ligne) de à(va)-


ujgSv (tirer en haut) dans les Lois, II, 654 a, il interprète /opoç par
;

yapa; VII, 816 a, Kupp:y>T\ par nup et XII, 967 c, vo'jjloc par voj;.
;

Quelques-uns des noms étudiés dans le Cratyle le sont dans d'autres


dialogues: aûua est expliqué par c^ua (cf. Crat.,
Gorgias, 4g3 a,
4oo b c) ; rapprochement n'est d'ailleurs pas de Platon, qui
le
l'attribue lui-même à un savant homme (cf. Philolaos, fragm. i5 d) ;

dans Phèdre, 238 c, epw; est expliqué par pwtxr, (cf. Crat., 420 b) ;

25 2 c, le nom d'Eros est chez les Immortels Ptéros (citation poétique) ;

25i c, Tfxepo; est interprété par uipr, borfrra xxl pedvTa, et, 255 c, par
peuaa (cf. Crat., 420 a) Phédon, 80-81 d, "A:St]ç est expliqué par
;

QLEiBrJç (étymologie mentionnée, mais rejetée dans le Cratyle, 4o4 b) T


-
NOTICE 19

n'y a point à en conclure, comme le fait Schâublin ,


1
Mais il

que dans ces endroits et dans Cratyle il ait utilisé avec


sérieux le procédé étymologique. Les rapprochements rap-

pelés ci-dessous sont parfois de simples jeux de mots ; en


plusieurs cas le ton du badinage est manifeste et même si ;

Platon n'est pas le premier à en sourire, il ne peut certaine-


ment y voir autre chose que des vraisemblances.
Dans le long développement qui prend fin à 421 c, il
y a
sans doute des idées intéressantes et justes. Platon a bien vu

que la forme des mots se modifie avec le temps, quoiqu'il


l'attribue en partie à une action consciente des sujets par-

lants, au parti pris d'enjoliver le langage, et non au jeu


naturel des lois phonétiques. Il n'a pas tort de dire que,
sous leur forme ancienne, les mots laissent voir plus claire-
ment leur étymologie que dans l'état actuel du langage. Son
2
ignorance des langues étrangères l'empêche de deviner le
parti que l'étymologie peut la
comparaison du grec
tirer de
avec les parlers de la même famille au lieu de dire, comme ;

Socrate, que certains mots ont une origine barbare, la science


moderne les expliquerait par la parenté du grec avec le sans-
krit ou telle autre langue « indo-européenne ». Mais elle lui
donnerait raison dans l'ensemble, puisqu'il est admis aujour-
d'hui qu'une grande partie du vocabulaire grec est faite
d'emprunts étrangers à l'indo-européen. Socrate est dans le
vrai en recourant parfois, pour expliquer des mots attiques,
à d'autres dialectes grecs qui peuvent avoir
gardé une forme
plus voisine de l'état primitif. Il fait une observation ingé-
nieuse et pénétrante en notant que les femmes restent plus
fidèles que leshommes à l'ancien parler. Toutefois la ques-
tion n'est pas de savoir si ces idées sont justes pour nous,
mais si elles semblent telles à Platon, et, en tout cas, si leur
application peut produire ici des résultats qui aient à ses
yeux une valeur scientifique. Or, la suite du dialogue conduit
à une conclusion négative.
Les étymologies du Cratyle, on l'a vu, sont présentées dans

Sophiste, 228 d, ffuvsat; est rattaché à crûvetjxt (cf. Crat., £12 a).
1. O.I., p. 67.
2. Il n'en cite qu'une, le
phrygien, à propos du mot rup (£io a),
et avec raison semble-t-il. Le fait est
qu'en arménien feu se dit hur
(Boisacq, Dict. étym., s. v., p. 828), et que les Arméniens passaient
pour descendre de colons phrygiens.
20 GRATYLE
l'ensemble avec une intention fort nette de dérision. Il est tout
à fait vain, avec Cucuel ' et surtout Schâublin, de dresser la
liste des
étymologies « sérieuses » à côté de celles qui sont
,

des moqueries évidentes Rien ne sert d'objecter que même


2
.

les plus
extravagantes pouvaient être prises au sérieux
par l'auteur, ou l'ont été après lui, dans un temps où la
science étymologique n'avait pas à sa disposition les moyens
dont elle use aujourd'hui l'attitude de Platon ne permet pas
:

d'hésiter. Peu importe qu'il se rencontre, sur le nombre, des

étymologies justes : elles se réduisent d'ailleurs à peu de


chose, un peu plus de vingt sur cent douze mots étudiés et
3

cent trente-neuf ou cent quarante étymologies. Et il fau-


drait prouver que l'auteur du Craiyle les tenait pour
exactes.
Non seulement « l'inspiration » d'Euthyphron, alléguée
avec tant d'insistance, est là pour nous mettre en garde,
mais Socrate se charge à plusieurs reprises de nous ouvrir
les yeux. Il déclare, 399 a, qu'il lui est venu des idées ingé-

nieuses, et qu'il risque d'être plus sage que de raison. Après


avoir improvisé une explication de 'bv^ > ^ se n ^ te d'en P r0 ~
poser un autre, moins banale, dont il signale ironiquement
le caractère recherché, comme s'il ne s'agissait dans cet
examen que de faire montre de bel esprit (£oo a et 4oo b,

1. Quid sibi in dialogo eut Cratylus inscribitur proposuerit Plato.

Thèse, 1886, Paris, p. i3.


2. Socrate déclare (4o6 b)
que les noms de Dionysos et d'Aphro-
dite ont un
sens à la fois sérieux et plaisant. Il ne retiendra pour sa
part que le second
—« les dieux aussi aiment le badinage » en —
expliquant A'.dvuaoç par : ô S'.Soù; tôv olvov.
3. "ExTcop, 393 a (ï/oi) ; 'Opia-r,;, 394 e (000;) ; 'Axpsuç, 3g5 c

(à, ; TavtaXoç, 3g5


-cps'to)
e (TaXavTeta) A-'sp'.Xoç, 399
;
b (Ati çt'Xo;) ;

^u/tJ, 399 e (àva-vetv, àva^uyouv) IIÀoutwv, 4o3 a (rXouxoç)


; ;

oeXr)V7), 409 b (<réXa;) ànfp, 4iO


;
b (àr[Tr,ç) atucppocjuvr), 4i2 a (atoTT,-
;

pta ttjç opovrjaetoç) ; à&xia, 4i3 d (à, 81'xaiov) 6f]Xu, 4i4 a (6t Xt;)
; ( ;

à-op:a, £i5 c (à, ropeucaôa:) ; xêpBaXso;, £17 a (xép8o;) ; ouuçipov,


4x7 a (crtiv, sps'pa)) ; XuariTeXouv, 417 c (Xuetv téXo;) ; àX^Saiv, £19 c
(àXyetvoç); à^ÔTiSaiv, £19 c (à'x.û°s) > **?ty l Si 4 J 9 d (T£p7cvdv) ; 0uadç,
À19 e (Ôjciç) ; (BI6a:oç, 477 a ((3àfo:ç) ; lizi<j-i\u.rh 437 a (è~i, t<jT7]tA'.),

Plusieurs de ces étymologies » ne sont d'ailleurs que des rappro-


chements avec des mots de la même famille d'autres ne sont qu'in-
;

complètement exactes ou se trouvent noyées parmi des étymologies


fantaisistes.
NOTICE 21

xojrJ/euofjLsvov Xeye'.v).
ne cache pas d'ailleurs que cette
Il

seconde étymologie lui paraît risible (4oo b, yskoîov). C'est


bien de bel esprit qu'il s'agit encore dans celle de Téthys
(402 d, xo{x<|/dv). Hermogène lui-même juge « étrange »
(«xtottov, 4o5 a)
la quadruple explication donnée par Socrate
du nom d'Apollon. La fantastique étymologie de deXrjVY), ou
plutôt «jgXavoua, tirée de asXaç-Évov-veov-dUi ((jeXaevovso^eta)
le frappe par son allure « dithyrambique » (409 c). Et il
ne peut s'empêcher de trouver « bien laborieuse » (u,aXa
yA''(T/ pw;, 4i4 c)
celle de tê/vt}, qui équivaut à sçiç vou, pour

peu qu'on retire le t et qu'on ajoute deuxo. Quand il entend

Socrate expliquer pXaëepov par ^ojXa7rT£pouv (PouXou.evov


Stcteiv ($ouv, 417 e),
il s'écrie que les noms sortis de ses mains
sont singulièrement compliqués (icoixiXa): Socrate lui fait en
ce moment l'effet de « jouer sur la flûte le prélude de l'air
d'Athéna ».

On aux mêmes conclusions si l'on examine les pro-


arrive
cédés mis en œuvre dans ces explications étymologiques.
Socrate pose les trois principes suivants i° la forme :
primi-
tive des noms a été profondément altérée par le temps et par
le désir qu'avaient les hommes de les enjoliver en leur don-
nant une allure pompeuse (4 i4côtto twv fJooXouivc>>v TpaycoBEcv
aura,... eù<rrou.''aç svsxa, xal utzÙ xaXX<t>7Uffu,oiï xai utco ^povou);
2° quand on est embarrassé sur l'étymologie d'un nom, on

peut supposer qu'il est d'origine barbare (4og d) ;


3° toutes
les difficultés disparaîtront (uoXXïj sùirop-'a 'éVrat), et n'importe

quel nom pourra s'ajuster à n'importe quel objet, si l'on peut


y ajouter et ce qu'on veut (4x4 d) l . Ici, le
en ôter persiflage
saute aux yeux. Aussi bien Socrate ne cache-t-il pas que le
recours à l'origine barbare n'est qu'un expédient (fx-yj^av^ ,
409 d, 4 16 a). Il est clair qu'avec ces « facilités » l'étymo-
logiste peut toujours se tirer d'affaire et ne jamais rester
court. Mais quelle garantie offriront les résultats? Le seul
fait
qu'en un très grand nombre de cas deux ou trois, par-
foisquatre étymologies sont proposées pour un même nom
semble prouver qu'aux yeux de Platon cet exercice n'est
qu'un jeu, où la recherche de la vérité n'a rien à voir.

1. Socrate, il est vrai, fait une réserve il faut veiller « à la


:

mesure et à la vraisemblance » Mais aussitôt après il invite Hermo-


.

gène à ne pas se montrer trop « pointilleux » .


22 GRATYLE
Lui-même, il a pris soin de lever tous les doutes. Arrivé
aux noms primitifs, Socrate expose la méthode à employer,
et se livre à une critique impitoyable des étymologies précé-
dentes. On pourrait, dit-il, se tirer d'affaire en recourant au
deus ex machina, c'est-à-dire en admettant que les noms pri-
mitifs sont l'œuvre des dieux, et justes pour cette raison. On

pourrait encore leur attribuer une origine barbare, ou allé-


guer que leur ancienneté en rend l'examen impossible. Mais
ce sont là de simples échappatoires, d'ailleurs fort ingé-
nieuses (sxoucs'.ç xat (xaÀa xoix^aQ pour se dispenser d'expli-
cations. Si l'on ignore en quoi consiste la justesse des noms

primitifs, il est impossible de reconnaître celle des dérivés ; Von


se condamnera, alors, à ne dire que des sornettes (cpXuapfaei,
426 ab). Or Socrate n'a pas fait autre chose, en discourant
sur l'étymologie des noms dérivés sans avoir examiné les
noms primitifs. Il en résulte que le développement qui pré-
cède, fondé sur les procédés que Socrate raille et condamne,
et manquant de la base indispensable, doit être considéré
comme un amas de fantaisies sans valeur.

Il en est tout autrement dans la partie


L
Z^!^^i
Méthode à suivre.
S'
suivante (£21
les
v
noms
c-/p5b).
.?. .
On aborde ici
{., , . . ,.

primitifs, qu il était indispen-


sable d'examiner avant de passer aux dérivés. Ce qui précède
ne peut rien apprendre sur l'épôôririç twv évoaaTwv, et ne
compte pas. La question est donc entièrement à reprendre.
Le changement de ton indique aussitôt que Platon quitte
la plaisanterie pour une recherche sérieuse : « Ici, dit Socrate,
les excuses ne sont plus recevables ;
il faut essayer d'examiner
le » (£2 1 d). On a vu par l'analyse du dia-
problème à fond
logue avec quelle précision et quelle rigueur la marche à
suivre est indiquée par Socrate (4 2 1\ c d). Mais la méthode
qu'il trace ne vise pas seulement la formation des mots elle ;

embrasse l'ensemble du langage. Cette formation n'est que


la première étape d'un même processus, qui va des lettres
aux syllabes, des syllabes aux noms et aux verbes, et s'étend
à tout le discours (4a 5 a). Avec une hauteur de vues, une
lucidité et une fermeté admirables, Platon a esquissé ici la

première philosophie du langage.


NOTICE 23

Ayant ainsi défini la méthode, Socrate


Etude essaie de faire les distinctions qui doi-
des éléments. -
^
, ,. j »
vent iormer la première étape de la
recherche. Il
passe en revue un certain nombre de lettres
(consonnes et voyelles), en marquant pour chacune ses pro-
priétés expressives, c'est-à-dire son rapport naturel avec telle
ou telle manière d'être.
Quelle est dans la pensée de Platon la valeur de ce nou-
veau développement ? Les avis des commentateurs sont par-
étend, sans hésiter, à cette étude des éléments
*
tagés. Leky
l'admiration légitime que lui inspirent les considérations pré-
cédentes sur la méthode à suivre. Il fait ressortir la richesse
et la clarté de la
conception platonicienne, la valeur scienti-
2
fique du point de départ qu'elle fournit.
par contre, Horn ,

sépare entièrement ces deux parties et les oppose l'une à


l'autre. Suivant lui, Socrate revient à la satire à partir de
4a5 b ;
il montre la
disproportion qui existe entre les condi-
tions idéales de la langue, telles qu'il vient de les définir, et
l'état réel du 3
ses considérations sur les éléments
langage ;

n'ont pas à ses yeux plus de poids que celles qu'il dévelop-
pait auparavant sur les noms.
On aurait évidemment tort, croyons-nous, de ne pas dis-
tinguer de l'exposé relatif à la méthode l'étude suivante sur
les éléments. Cette méthode
qu'il a tracée avec tant de sûreté,
Socrate avertit Hermogène qu'il se sent incapable de l'appli-
quer (^25 b). Il juge « téméraires et risibles au plus haut
» 426 b)
point (-rcàvu... Gêpi<mxà... xat yeXoîa,
les opinions

personnelles qu'il va exprimer sur les noms primitifs. Tout


à l'heure il était sérieux, et marchait d'un
pas délibéré sur
un terrain solide; ici, il hésite et recommence à sourire.
Comment procède-t-il, d'autre part, dans cette étude des élé-
ments ? Il avait annoncé comme
'*

indispensables la distinc-
cion et le classement des voyelles et des consonnes, puis des
objets à désigner. Et il faisait entrevoir, conduite
parla même

1. Max
Leky, Plato als Sprachphilosoph, Wûrdigung des platonis-
then Kratylus (Studien zur Geschichte und Kalturdes Altertums), Padcr-
born, 1919, p. 1-87.
2. O. I., p. 45 et suiv.

3. De même Kiock, 0. /., p. 39.


4. Horn, o. /.,
p. 48 et suiv.
24 GRATYLE
méthode rigoureuse, une recherche qui s'élargirait jusqu'au
discours. Or dans
revue des éléments nous ne trouvons
la

que des traces de cette série d'opérations. Socrate se borne à


énumérer un certain nombre de lettres, quatorze sur vingt-
quatre, sans justifier le silence qu'il garde sur les autres.
Non seulement il ne les classe
point avec exactitude, mais il
ne distingue même pas entre voyelles et consonnes. Il cite
pêle-mêle celles dont il s'occupe d'abord une « demi- :

voyelle » une voyelle (t), ensuite une


(p, vibrante), puis
muette (s, labiale aspirée), une consonne double (*}), une
«
demi-voyelle » (s, spirante), et une autre consonne double
(Ç) après quoi il examine deux muettes (B,t, dentales), une
;

« demi-voyelle » (À, vibrante), une muette (y,


gutturale),
une « demi-voyelle » (v, nasale) enfin trois voyelles (a, tj, o).
;

Le nombre des notions auxquelles répondent les lettres énu-


mérées est fort réduit :
mouvement, légèreté, agitation,
arrêt, glissement, glissement ralenti, intérieur, grandeur,
longueur, rondeur. Sont-ce donc là toutes les notions essen-
tielles ? Socrate ne parle même pas de celles qui s'opposent aux

quatre dernières l'extérieur, le petit, le court, l'anguleux.


:

L'énumération, à peine commencée, est interrompue par


une parenthèse. Socrate vient de dire que le p est propre à
rendre le mouvement (y.tvrjat;). Là-dessus, il s'arrête, pour
expliquer que xifotyvtfc est formé d'un mot étranger,
xt'siv, et

de ttmç puis il ajoute une remarque sur l'origine et la forme


;

primitive du mot <rr:t<yiç, tiré par « enjolivement » de à,


t£(Tiç ; après quoi il revient au p (4a6 c-d). Cette parenthèse

est déconcertante à tous égards. Il est


singulier que Socrate
reprenne ici les procédés qu'il a expressément condamnés :

étymologie d'un nom dérivé, sans explication préalable du


nom primitif dont il procède affirmation que la forme d'un
;

mot a été altérée par le temps, prise à une langue étran-

gère, ou modifiée par désir d'enjolivement. Le fait est


d'au-
tant plus surprenant que la remarque sur xtv7)<7iç est intro-
duite à propos du p, dont le caractère propre est d'indiquer
le mouvement or, cette lettre est absente de xi'vijai;. La place
:

donnée à ces considérations n'est pas moins bizarre : s'il est


un endroit où on les attendrait, ce n'est certainement pas

ici, mais dans la partie «


étymologique ». Horn i
ne juge

i. O. L, p. 47.
NOTICE 25

possible qu'une explication : cette parenthèse annonce que


Platon reprend le ton de la
moquerie, et que l'étude des
éléments est à mettre sur le même pied
que les étymologies.
Cette conclusion nous semble prématurée et excessive la ;

1
pensée de Platon a plus de nuances Il n'est
pas tout à fait .

de la méthode décrite et annoncée comme


juste prétendre que
indispensable est entièrement abandonnée dans l'étude des
éléments. Socrate fait un certain effort pour les classer: il

groupe sous le même chef cp,


fc a, Ç, comme «
comportant
une aspiration » plus loin, il cite ensemble les deux dentales
;

3 et t, et il montre l'effet du groupe yÀ. Il essaie de même


de classer les notions auxquelles répondent les lettres étu-
diées :
mobilité, légèreté, agitation, glissement, se ramènent
à la notion de mouvement 2
. Il n'est pas démontré que les

remarques relatives à l'a, à l'r), à l'o, soient d'une absurdité


voulue. Est-il sûr que dans l'a et Fi) Socrate considère, non la
valeur des sons, mais la forme des signes qui les représentent,
comme si
L'emploi du
l'écriture avait précédé le langage
?
3

mot ypau.ua ne prouve pas qu'il confonde en fait le son avec


la lettre
qui le désigne dans ce qui précède, la confusion
:

n'est commise en aucun endroit partout Socrate y considère ;

les sons. S'il


s'agissait de la forme, on ne voit pas sur quoi
il se fonderait pour réserver la « grandeur » à A et H plutôt
qu'à telles autres lettres, I, Y, par exemple. On peut
aussi bien admettre qu'il parle des sons 4 , car la voyelle

longue 7) se retrouve dans u/f,xo;; il est vrai que l'a n'est pas
long de nature, mais long ou bref suivant les cas, et que
dans le mot ujyaç il n'est long qu'au nominatif singulier

i. En ce qui concerne le mouvement, m'écrit M. Diès, ce n'est pas


à xtvqoiç, mais à sopa que pense directement Platon quand il parle de
« toute
espèce possible de xfcqoiç ».
2. Il n'est pas exact de dire, comme le fait Walther Freymann
(Platons Suchen nach einer Grundlegung aller Philosophie, Leipzig, 1980,
p. 127), que Platon cherche ici à reproduire phonétiquement la doc-
trine d'Heraclite sur le mouvement. C'est le mouvement qu'expri-
ment, sans doute, la plupart des consonnes examinées par Socrate;
mais il mentionne aussi le 8 et le t, qui marquent V arrêt le v, qui ;

indique « l'intérieur » et il note l'effet du y, qui est de ralentir le


;

glissement du À dans le groupe yX.


3. Horn, 0. I., p. 5o.
4. Schàublin, 0. I., p. a5, note.
26 GRATYLE
masculin. Horn croit découvrir aussitôt après une « absur-
dité » du même genre, aggravée d'une pétition de principe :

«
Ayant besoin du o, dit Socrate, pour désigner la rondeur
(to ygyy^ov), c'est cette lettre qu'il a fait dominer dans le
mélange dont il voulait former le nom. » Mais il faut forcer
le sens de oso'ogvo; pour trouver la pétition de principe ; et,
ici encore, est-il certain que Socrate parle de la forme de la
lettre ? >* 'attribue- t-il
pas la rondeur à l'o parce que les lèvres
s'arrondissent pour le former * ? Tout au plus peut-on
accorder que Platon a relevé d'un grain de plaisanterie des
considérations auxquelles il n'attribuait lui-même qu'une
portée incertaine.
On reconnaît généralement que cette étude sur la valeur
des sons isolés contient quelques vues géniales, par où le
Cratyle annonce et devance de vingt siècles les recherches
de Leibnitz et de Jacques Grimm 2 Rien n'indique, d'autre
.

part, comme l'ont soutenu Horn


3 4
et Kiock que Platon ait ,

voulu montrer la disproportion qui existe entre les conditions


idéales et l'état réel du langage, en faisant ressortir le carac-
tère défectueux des moyens dont dispose la parole humaine.
Du moins cette idée n'apparaît-elle point en cet endroit du
dialogue. Socrate termine son exposé par ces simples mots :

c Voilà en quoi me semble consister la


justesse des noms.
»
Mais il reste incontestable que la partie relative à l'étude des
sons ne peut être mise sur le même plan que l'exposé de la
méthode. L'hésitation de Socrate, l'aveu de son impuissance,
le jugement sévère qu'il porte sur les considérations qui vont

suivre, le caractère incomplet, fragmentaire, de son étude en


sont la preuve manifeste. Platon a tracé le plan et fixé les
la recherche, mais il n'a
conditions de pas voulu se charger
de la poursuivre jusqu'au bout. Il s'est borné à une ébauche,
en indiquant par quelques exemples les résultats auxquels
pourrait conduire la première étape de l'enquête. Selon le

1. Molière, Le Bourgeois gentilhomme, II, 4 : « L'ouverture de la


bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O. »
Voir Schâublin, o. L, p. 0,5, note.
2. Th. Gomperz, Les penseurs de la Grèce (trad. Rey), II, p. 588 ;

cf. P. E. Rosenstock, Platos Kraiylos und die Sprachphilosophie der

Neuzeit, Progr. Ostern, i8q3, p. 6 et suiv.


3. 0. I., p. 46 et suiv.

h. O. /., p. 38, 3 9 .
NOTICE 27
mot de Wilamowitz 1
ces résultats sont tout au plus, aux
yeux de Platon, des «
,

opinions droites » 2 — et il faut ajou-


ter :
provisoires.
Socrate a ainsirésumé ses réflexions « Le législateur :

semble ctéer pour chacun des êtres un signe et un nom, au


moyen de lettres et de syllabes, et partir de là pour compo-
ser le reste, par imitation, avec ces mêmes éléments. » Loin
d'infirmer ces conclusions, qu'elle prépare, l'étude des élé-
ments a paru la justifier. L'entretien avec Cratyle va y appor-
ter de fortes réserves, mais en faisant valoir des considérations
toutes nouvelles.

Dès
début, Socrate s'empresse de dire
le

Si Convention. ¥ Û
ne g aranti t rien des propos qu'il a
.

tenus il a simplement examiné la ques-


:

tion de son point de vue (428 a). Depuis longtemps, il est


tout le premier surpris de sa propre sagesse, à laquelle il ne

peut croire. Un nouvel examen lui paraît nécessaire, car il


faut prendre garde de s'abuser soi-même (4^8 d). C'est annon-
cer au lecteur que les résultats acquis dans la première par-
tie sont sujets à caution, et appelleront des retouches.
Dans le premier entretien, Socrate a réfuté la thèse

d'Hermogène, en montrant qu'il existe pour les noms une


justesse naturelle qui n'est point affaire de convention.
Contre Cratyle, il critique maintenant la thèse de la justesse
naturelle des noms. Il avait déjà soutenu qu'il est possible
de dire faux (385), mais Hermogène l'avait admis sans diffi-
culté. La résistance de Cratyle l'oblige à reprendre cette affir-
mation, en l'appuyant d'une démonstration en règle. C'est
ici
qu'interviennent la comparaison du mot avec la peinture,
et la théorie de l'imitation. Socrate en conclut que les noms

peuvent être, comme les peintures, des copies inexactes, et il

fixe les conditions d'un nom bien fait, c'est-à-dire juste


3
.

1. 0. 1., p. ag5.
2. Au comme me le fait observer M. Diès, « toute explication
reste,

scientifique du monde expérimental est telle aux yeux de Platon et


restera telle (Timée). L'étude scientifique du langage, même conduite

rigoureusement selon la méthode indiquée plus haut, n'eût jamais


donné que des résultats vraisemblables ».
3. Suivant Horn, 0. I., p. 57 et suiv., Socrate découvre ici en

quoi il s'était trompé lui-même (cf. 428 d). Son tort avait été de
28 CRATYLE
Mais l'examen du mot cxXrjpoTr,; lui fait
voir que ce ne nom
peut s'expliquer par la théorie de la justesse naturelle. A
Érétrie on dit cxXrjpdTTjp, et non GxXr)pdnr]ç, en Atti- comme
que ;
et pourtant c'est la notion même
qu'on exprime. Le c
n'a cependant pas ici la valeur du ? Le nom signifie dureté ;
p
or, le X qu'il renferme indique, on l'a vu, le contraire de la
dureté. Néanmoins les gens se comprennent fort bien dans
l'emploi de ce mot. Il faut donc admettre que l'usage est
un moyen de représenter, à l'aide du semblable et du dis-

semblable, et faire dans le langage une part à la conven-


tion.
Voilà une réserve capitale apportée aux conclusions de la
première partie. Elle montre en quoi les conditions idéales
indiquées plus haut sont en désaccord avec la réalité. On s'est
même demandé si, aux yeux de Platon, ce n'est pas l'usage
i

et la convention qui déterminent, plutôt


que la convenance
naturelle, la justesse du langage 2 .

Au cours de sa discussion avec Hermo-


ène Socrale avait lui " même d éfini le
et laVoTna^sance. & '
.

nom comme un instrument qui sert à


instruire, et à discerner l'essence des choses (388 b c). Dans
l'hypothèse de la justesse naturelle des noms, ces deux fonc-
tions étaient admises sans peine si le nom exprime l'essence
:

des choses, on connaîtra l'une en connaissant l'autre. Il en va

croire, comme le vulgaire, que la copie (le nom) doit être entière-
ment semblable à maintenant que par définition
l'objet. Il constate
elle doit présenter, avec des éléments semblables à l'objet, des élé-
ments dissemblables. Par là, le débat sur la nature de l'ôpôoTTjç
prend une direction nouvelle on prévoit la part qui va être faite à la
:

convention. — Cette interprétation nous semble inexacte. Quand


Socrate déclare que la copie (le nom) ne doit pas viser à reproduire
en tous ses détails l'objet représenté, il ne veut pas dire qu'elle
comportera nécessairement des éléments sans ressemblance avec
l'objet, mais qu'elle ne retiendra que les traits essentiels.
Plus loin,
il
s'exprime fort clairement: « Le nom bien fait aura les lettres
appropriées (c.-à-d. semblables à l'objet) le nom mal fait sera formé
;

de lettres appropriées, mais il en contiendra quelque autre mal


appropriée » (433 c). Ceci n'a encore rien avoir avec la convention.
i. Horn, o. L, p. 59.
2. Voir Platon, lettre VU, 343 a.
NOTICE 29

autrement convention a eu son rôle dans la formation


si la
des noms, comme on vient de le montrer. Socrate demande
à Gratyle : « En quoi consiste la vertu des noms ? » Gratyle,

qui croit à leur justesse naturelle, est conséquent lorsqu'il


« C'est d'instruire ; qui connaît les noms connaît
répond :

aussi les choses. » Mais il va beaucoup plus loin que n'allait


Socrate, car il ajoute « Il n'est pas d'autre moyen pour
:

instruire c'est à la fois le seul et le meilleur. » Le nom ne


;

sert donc pas seulement à transmettre la connaissance des


choses pour acquérir cette connaissance, il suffit d'étudier
;

le nom.
On a vu les objections décisives que Socrate fait à cette
thèse ;
elles appellent quelques remarques. Si les restrictions
apportées à la justesse naturelle des noms pouvaient justifier
une reprise du principe admis sans discussion dans le premier
entretien, il est à noter que Socrate n'y fait pas appel pour
réfuter les affirmations de Cratyle. En réalité, il complète ici
sesconclusions précédentes. En faisant une part à la conven-
tion, Socrate modifiait profondément sa propre thèse. Il
introduit maintenant de nouvelles réserves, portant sur les
conditions mêmes dans lesquelles a travaillé l'auteur des
noms. Il avait montré précédemment que les noms peuvent
être inexacts, et le « législateur » bon ou mauvais. Revenant
à cette idée pour l'approfondir, il observe que l'auteur des
noms a pu se faire une idée fausse des choses à nommer. Du
coup, indique la portée de son étude sur les éléments ses
il :

remarques touchant la valeur expressive des sons perdent déci-


dément toute certitude. Nous savions déjà que la partie « éty-

mologique » n'était qu'un jeu Socrate le confirme, en expli-:

quant que plusieurs des noms rattachés d'abord à l'expression


du mouvement semblent plutôt exprimer le repos. Il avait
admis avec Hermogène, avant d'examiner les noms qui
désignentles choses éternelles,
qu'ils ont peut-être été établis
par une puissance supérieure à l'homme (397 b c). Plus
loin, cette explication était écartée comme un expédient sans
valeur (426 a b). Ici elle est définitivement réfutée, par des
raisons tirées des contradictions que révèlent les noms.
Enfin, Socrate arrive à cette conclusion puisque les noms :

sont des guides dangereux, et qu'il est possible sans eux de


connaître les choses, mieux vaut demander cette connaissance
aux choses elles-mêmes, et partir de la réalité plutôt que des
3o GRATYLE
noms qui en sont l'image i Et une autre conclusion se .

dégage, que Platon ne formule pas, mais qui se présente


d'elle-même à l'esprit : peu importe que la justesse des noms
soit l'effet d'une convenance naturelle ou le résultat d'une
convention, si c'est aux choses qu'il faut s'adresser pour les
connaître.
Nous voilà donc ramenés à la théorie de la connaissance
que Platon définissait dès le début du dialogue (386 d e) en
rejetant les thèses de Protagoras et d'Euthydème. Ainsi se
découvre le véritable sens du Cratyle. Le dialogue est avant
tout l'esquisse d'une théorie de la connaissance l'étude lin- :

guistique qu'il présente n'en est que l'enveloppe et le pré-


texte 2
. Au terme du débat, Platon constate que le problème
agité est d'intérêt médiocre pour la recherche de la connais-
sance, et il renvoie les deux adversaires dos à dos avec une
sorte d'ironie supérieure. A cet égard, le Cratyle apparaît
comme une œuvre de polémique, une « opération de déblaie-
ment » 3 à l'occasion des théories contemporaines du lan-
,

gage. Aux auteurs de ces théories Platon montre qu'il serait,


le cas échéant, capable de rivaliser avec eux. Mais à quoi
bon ? Ce n'est pas la linguistique, mais la dialectique qui peut
conduire à la vérité 4 .

Socrate a déjà fait voir que les noms


La.doctrine •
j»» .? • ti
d'HA rt risquent d induire en erreur. 11 y revient
pour ceux qui servent à marquer le
mouvement. Deux points sont à retenir dans ce développe-

i. Sur la signification et l'importance de cette fin du Cratyle,


consulter A. Diès, Autour de Platon, II, p. /j82-5.
2. Je dois beaucoup ici aux observations de M. Diès.

3. L'expression est de M. Diès.


4- Ainsi s'explique que le Cratyle soit isolé dans l'œuvre de Pla-
ton (Horn, o. I., p. 6a ; Wilamowitz, o. /., p. 290). Toutefois Platon
reparlera dans le Théélete de la valeur des éléments, et le Sophiste fera
la théorie de la proposition. Enfin il exposera dans la lettre VII des
vues qui rappellent de très près celles du Cratyle le \6yoc y est défini :

un composé de noms et de verbes (3^2 b) le nom n'a aucune fixité ; ;

rien n'empêche que ce que l'on appelle aujourd'hui circulaire se trouve

appelé droit en dire autant de la définition (ou du discours),


on
— Maispeut
;

343 ab. dans


le Politique, 261 e, Socrate dira à l'Étranger:
« Si tu te gardes avec soin de t'appliquer aux mots, tu apparaîtras

plus riche en raison dans ta vieillesse. »


.NOTICE 3i

ment final. Socrate admet l'existence d'une chose « belle et


bonne en soi » et pense qu'il en est de môme « pour cha-
cun des êtres en particulier » (43o b). Cette allusion fort
claire à la théorie platonicienne des Formes est introduite f

avec une apparente réserve c'est une rêverie, qui


:
occupe
souvent la pensée de Socrate (7roXXàxtç àveipioTTw). Or, cette
conception est incompatible avec la doctrine du mouvement
et de l'écoulement universels soutenue par Heraclite. Le Beau
en soi doit être toujours pareil à lui-même, ce
qui serait im-
possible s'il passait sans cesse. Il échapperait, dans la thèse
d'Heraclite, à toute connaissance et à toute dénomination.
De ce qui n'est jamais dans le même état on ne saurait
rien dire de déterminé ;
si la connaissance était elle-même
soumise à la loidu changement, elle perdrait sans cesse son
caractère, et n'y aurait plus de connaissance.
il

Dans son entretien avec Hermogène, Socrate s'était mo-


(4 i b) de ces sages » qui transportent aux choses le
«
qué »

vertige dont ils sont atteints, et croient les voir en proie à


un mouvement perpétuel, sans se rendre compte de l'affec-
tion dont ils souffrent. Il recommence, à la fin du
dialogue,
à railler la doctrine qui représente toutes choses dans un
écoulement continuel, comme a les gens affligés d'un ca-
tarrhe ».

Cette polémique contre la doctrine d'Heraclite se rattache


dans une certaine mesure aux discussions linguistiques du
les noms de Rhéa, Kronos et
Cratyle. Étudiant Téthys, So-
crate disait y retrouver déjà, bien avant Heraclite, la théorie
de l'écoulement (402 a). C'est par la croyance au mouve-
ment et au tlux universel qu'il prétendait expliquer d'abord
toutes les notions morales (4n c et suiv.). Cependant le

développement sur la théorie des Formes et le mobilisme

i. On
peut en trouver une autre dans la première partie du Cra-
tyle (cf.
O. Apelt, o, /., Einleitung, p. 17), où Socrate parle de la
navette en soi (38g b, aùxô loti xepxi;), sur laquelle le menuisier doit

se régler pour fabriquer la navette, et plus loin du nom en soi (38g d,


aùfo bcetvo è<rciv 6'vou.a), que doit avoir en vue le « législateur ». Il est

difficile de ne pas rapprocher cet endroit du livre X


delà République^
et du lit en soi (597 c, suti xX''vt)) d'après lequel travaille le xXivo-

roioç. Cependant, d'après Horn (0. /., p. 28) et Racder, Platons phi-
losopUische Entwickelung,p. 1 53, Socrate vise ici non la Forme (ou
Idée), mais seulement
la notion générale de navette et de nom.
V. a. - 3
3a GRATYLE
d'Héraciite — deux thèses inconciliables —
a souvent été
considéré comme un hors d'œuvre par les commentateurs
modernes depuis longtemps les étymologies « héracli-
:

téennes » ont été enveloppées par Socrate dans la condamna-


tion qui frappe toute la partie étymologique, et le débat

linguistique ouvert dans la Cratyle a déjà reçu sa conclu-


sion.
Mais les remarques présentées plus haut permettent de
mesurer la portée véritable de celte dernière partie, et d'aper-
cevoir le lien profond qui l'unit à l'objet essentiel de l'ou-

vrage. On voit ici reparaître au grand jour la doctrine que


Platon esquissait au début, en opposition avec les théories de
Protagoras et d'Euthydème. Les choses, disait-il alors, ont
leur nature propre, leur essence définie et stable, et leur
forme (eTooç); cette forme est but de connaissance et règle
d'action, et c'est le dialecticien qui juge de l'appropriation
des actes à cet eTooç. Cette doctrine fondamentale a pu être
perdue de vue à travers les longues discussions sur les éty-
mologies, les noms primitifs, les éléments, etc. à la fin du
:

dialogue elle surgit de nouveau, avec une netteté et une


force singulières, attestant que le problème du langage est

jusqu'au bout resté pour Platon un simple aspect du pro-


blème de la connaissance *.
Après avoir donné un grand nombre de mots pour des ex-
pressions du mouvement, Socrate, on l'a vu, a repris certains
d'entre eux (èicurnQp.i), jiéêaioç, taroptac, tt'.gto'ç, tr^u/r,) pour
montrer qu'ils marquent plutôt le repos. Il se fondait ici sur
ladoctrine des Éléates. Notons qu'à la fin du dialogue il
ne dit rien de la théorie éléatique, dont il ajournera encore
la discussion dans
le Théétète c'est seulement dans le So-
:

phiste qu'il seprononcera nettement contre la conception de


Parménide. Toutefois Socrate déclare dans le Cratyle que
l'enquête sur le mobilisme a besoin d'être reprise et poussée
à fond. C'est ce que fera le Théétète (17 9 c-i84b)en réfutant
la thèsede la mobilité. Le Sophiste fixera la position de Pla-
ton entre Heraclite et Parménide : contre le premier, l'au-
teur du
Cratyle établira que le repos ou l'immutabilité est
condition nécessaire de l'Intellect, mais en montrant,

1. me borne à résumer ici les


Je précieuses indications qu'a bien
voulu me communiquer M. Diès.
NOTICE 33

contre le second, que le mouvement doit être compté comme


une des formes nécessaires de l'être 1
Ainsi, sans nier le .

mouvement, Platon refuse d'en faire l'unique principe de la


réalité, et d'admettre que tout soit dans un écoulement per-
2
.
pétuel

III

LES PERSONNAGES DU DIALOGUE

On convient en général que la composition du Cratyle

n'offre pas la belle ordonnance ni l'équilibre si sensibles


dans d'autres dialogues platoniciens. On s'est montré surtout
cboqué du développement disproportionné donné à la partie
3
étymologique Platon croyait avoir ses raisons mais il est
.
;

certain que du point de vue artistique l'économie de l'œuvre


4
en a souffert .

Le Cratyle n'est d'ailleurs pas dépourvu de valeur drama-

tique. Cette valeur résulte du plan même


de l'ouvrage et des
revirements successifs qu'offre la marcbe du dialogue. Elle
est sensible dès le début, qui s'ouvre avec une brusquerie
pleine de vivacité. Après le premier entretien, on peut
croire la recherche terminée il a donné raison à Cratvle
:

contre Hermogène. Or voici que l'enquête est reprise, et


aboutit à justifier partiellement la thèse d' Hermogène contre
Cratyle. Sommes-nous
arrivés au terme ? Non, car Platon
fait voir deux thèses ont en fait peu d'intérêt, puis-
que les

que la vraie connaissance des choses ne doit pas être deman-


dée aux noms. A l'intérieur même des développements se

i. Édition du Sophiste par A. Diès, Notice, p. 289-290.


2. Horn, o. I., p. 63.
3. C'estune des raisons qu'invoquait Schaarschmidt (Ueber die
Unechtheit des Dialog's Kratylos (Rhein. Mus., XX, 1 865) pour nier
l'authenticité du Cratyle. Cucuel s'est efforcé de réfuter cette thèse

par des arguments qui-ne sont pas toujours très solides, notamment
(p. 25) en expliquantles imperfections de l'œuvre par sa date.
Aujour-
d'hui, surtout depuis la démonstration donnée par Th. Benfey et
Lehrs, personne ne met en doute l'authenticité du dialogue (Th.
Gomperz, 0. I.. IT, p. 587, note).
4. Wilamowitz, 0. /., p. 297; cf. Horn, 0. L, p. 36.
34 GRATYLE
produisent des retours inattendus où se joue l'ironie plato-
nicienne. Après avoir consacré de longues explications aux

étymologies, Socrate les déclare sans fondement; les procé-


dés employés ne sont que des expédients, et l'ensemble reste
en l'air, car il eût fallu étudier auparavant la formation des
noms primitifs. On croit être parvenu à une définition du
nom, quand Socrate constate soudain qu'elle n'est pas bonne
(423 b c) et qu'il en trouver une autre. Ayant défini la
faut
méthode pour étudier la formation des noms pri-
à suivre

mitifs, il parait se dérober tout à coup, se disant incapable


défaire les distinctions nécessaires (425b), etc.
La valeur dramatique du dialogue réside aussi dans l'atti-
tude des personnages mis en scène. Gomme d'habitude, c'est la
figure de Socrate qui domine l'entretien. On retrouve ici ses
traits ordinaires : son affectation d'ignorance, sa dialectique
patiente et rigoureuse, qui ne se satisfait point d'à-peu-près et
revient sans cesse sur les résultats acquis pour en contrôler la

justesse, sa bonhomie railleuse dont l'ironie, paraissant


s'exercer sur lui-même comme sur l'interlocuteur, déconcerte
l'adversaire et ménage à la marche du dialogue des revire-
ments imprévus. Cette souple dialectique se joue avec une
sûreté infaillible des contradictions apparentes et des diffi-
cultés.Sous des dehors capricieux elle sait où elle va, et sa
prudence s'arrête où il faut. Autant que les idées qu'il ex-
prime, les diverses attitudes de Socrate, ses changements de
ton, ses avertissements dessinent la courbe de l'entretien, et
nous renseignent au fur et à mesure sur la pensée de l'au-
teur. Mais le Socrate du Cratyle est un Socrate tout plato-
nicien, qui a médité sur la philosophie du langage et « rêvé »
à la théorie des Formes.

Hermogène, fils d'Hipponicos, est un des fidèles disciples


de Socrate Le Pliédon le nomme parmi ceux qui ont assisté
!
.

le philosophe à ses derniers moments


2
Quant à l'assertion
.

de Diogène de Laërte 3 qu'Hermogène fut un des maîtres de


Platon, elle est extrêmement suspecte *. Hermogène était de
noble famille, et frère cadet du riche Callias, mais le Cra-

i. Stoxporaxoç, dit Proclus, éd. Boissonade, p. 55.


2. 5g b.
3. III, 6.

4- Stallbaum, Platonis opéra omnia, vol. II, p. 18-19.


NOTICE 35

tyle fait plusieurs allusion à l'état précaire de sa for-


fois
2
tune Il ressort de notre dialogue qu'il connaît les théories
l
.

de Protagoras. D'autre part il est lié avec Gratyle, qu'il a


souvent l'occasion d'entretenir et qu'il accompagne, à la fin,
dans son départ pour la campagne.
Tel que le dépeint Platon, il n'a pourtant pas, malgré ces
fréquentations, de grandes aptitudes à la discussion philoso-
phique. Il ne fait l'effet ni d'un philosophe, ni même d'un
esprit personnel et vigoureux. En face
de Socrate il repré-
sente « l'adversaire commode », qui ne se départ guère d'un
rôle passif 3 Il soutient
.
que l'établissement des noms est
affaire de convention, mais à la démonstration de Socrate,

qui renverse sa thèse, il ne trouve rien à répondre. Il accepte


sans discussion l'explication du nom d'Astyanax, avec un
empressement qui devance l'interlocuteur mais comme So- ;

crate ne pas découvrir encore la raison de cette


déclare

appellation, Herrnogène avoue aussitôt qu'il ne la comprend


pas davantage (392 e). Il n'aperçoit pas les faiblesses des
raisonnements de Socrate dans la partie étymologique. Il
admire de confiance la « savante » étymologie de<jtt)yVj, dont
Socrate se moque incontinent. Il s'ébahit naïvement d'ap-
prendre que l'idée du mouvement a déterminé l'attribution
des noms aux notions morales « Je n'y avais point du tout
:

songé », confesse-t-il (4n c). Socrate vient de suggérer une


définition du nom Herrnogène se hâte de l'approuver, sans
:

en voir l'insuffisance, qui la fait immédiatement après reje-


ter par Socrate (^23 b c). Il s'émerveille de la vaillance que
met son interlocuteur à accumuler les étymologies, mais,
après en avoir admis sans observation les procédés et, la
plupart du temps, le détail, il
acquiesce pleinement à l'im-
pitoyable critique qu'en fait Socrate.
Néanmoins, il n'a pas l'esprit assez obtus pour ne pas
sentir çà et là l'extravagance des explications qu'on lui
propose. A plusieurs reprises
4
on le voit se récrier sur le
caractère étrange et recherché, la complication laborieuse et
l'audace des étymologies mises en avant. Il semble entrer à

1. Cf. Xénophon, Mém., II, 10; Banquet, III, i/j ; IV, £7, 5o.
2. 386 a.

3. Leky, 0, /., p. i4-i5.


4. Voir plus haut, p. 21
36 CRATYLE
demi dans la
plaisanterie, avec une admiration légère-
ment railleuse qui fait écho à l'ironie de Socrate. Il est

frappé du ton inspiré que prend son maître, comme s'il


débitait des oracles, et dans la confiance
que lui donne,
assure-t-il, l'inspiration d'Euthyphron on discerne une
pointe de badinage. De même dans son éloge de l'éty-
mologie de Téthys, qui est « jolie » (<oa*}ov, £02 d), et
dans les compliments qu'il fait à Socrate sur ses progrès
(4 10 e). Bref, présente comme une
Hermogène nous
moyenne des auditeursde Socrate, avec ce
habituels
mélange de curiosité naïve et de finesse naturelle que l'on
rencontre si souvent, chez Platon et Xénophon, dans les
jeunes disciples du maître, déconcertés par la subtilité
retorse de sa dialectique, mais sensibles à l'attrait de son
ironie.

n'y a aucune raison de ne pas identifier Cratyle avec


*
Il

le
philosophe du même nom dont parlent Aristote et Dio-
gène de Laërte. L'un et l'autre le donnent comme ayant été
2
le maître de Platon, avant Socrate selon le
premier après ,

la mort de Socrate suivant le second 3


Disciple d'Heraclite, .

il renchérissait encore sur la doctrine du maître, au


point
de dire qu'on ne peut entrer, même une fois, dans l'eau du
même fleuve, et de rendre sa pensée par un mouvement du
doigt, pour éviter la parole qui l'eût fixée. L'indication de
Diogène est en partie erronée, et il faut admettre que Platon
a suivi les leçons de
Cratyle avant d'entendre Socrate. Il est
permis d'attribuer à cet enseignement la profonde influence
*
que le système d'Heraclite a exercée sur sa pensée en le
persuadant que les choses sensibles, en proie au changement
3
perpétuel, ne sauraient être objet de connaissance .

Si c'est bien son ancien maître que Platon a introduit


dans le Cratyle, il est intéressant de se demander quels traits
prêtés. Cratyle est évidemment un adversaire d'une
il lui a

tout autre taille qu'Hermogène. Il n'est pas, comme lui,

simplement curieux de philosophie; c'est un philosophe, qui

1. Stallbaum, o. /.. p. 20.


2. Métnph., A 6 déb., et T 5, ion a 7~i5.
3. III, 6.

4- Wilamowitz, o. /., p. 90.


5. Aristote, Métaphysique, 987 a 3a — 987 b.
NOTICE 37

défend la doctrine d'Heraclite. Est-il vrai que Platon l'ait


ménagé et traité avec égard 1 ? Mais le rôle qu'il lui prête n'a
rien de flatteur. Ce qu'il montre en lui, c'est un attachement
2
têtu à ses idées qui va jusqu'à lui faire reprendre un assen-
,

timent déjà donné, une certaine mauvaise grâce à reconnaître


les raisons de l'adversaire, des illogismes manifestes, des argu-
ties assez misérables quand il se voit battu bref un ensemble —
de caractères qui font de Cratyle un esprit à courte vue et une
sorte de sophiste. Comme le premier entretien paraît confir-
mer la thèse qu'il défend lui-même, celle de la justesse
naturelle des noms, il
approuve en gros les explications de
Socrate, sans discerner les diverses parties de l'exposé —
pourtant si différentes de ton et de valeur ni distinguer le —
sérieux du plaisant. Soutenant que tous les noms sont justes,
il s'abrite derrière le sophisme d'Euthydème il est impos- :

sible de dire faux, car on ne peut exprimer ce qui n'est pas,


— sans voir que ces deux propositions sont inconciliables avec
3
sa thèse Quand il objecte plus loin que l'omission, l'addi-
.

tion, ou le déplacement d'une lettre suffisent à faire d'un


nom un autre nom, il oublie que les étymologies de Socrate,
approuvées par lui sans réserve, reposaient précisément sur
des modifications de ce genre. Délogé de toutes ses positions,
il finit
par se rabattre sur l'hypothèse que les noms primitifs
ont peut-être été établis par une puissance supérieure à
l'homme, sans s'aviser qu'elle est ruinée d'avance par les
constatations précédentes.
D'autre part, son attitude n'est pas exempte de morgue.
Invité par Hermogène à faire part de leur entretien à
Socrate, il
répond par un laconique: « Si tu veux », et
garde un silence complet dans la plus grande partie du dia-
logue. Hermogène se plaint de l'obscurité dédaigneuse et
ironique dont il enveloppe ses réponses, comme un oracle
4
.

i . C'est l'avis de G. Ritter, Platon, sein Leben, seine Schriften, seine


Lchrc, Mûnchen, 1910. I, p. 476, et de Wilamowitz, 0. I.,
p. 91 et

2. Wilamowitz reconnaît lui-même cet entêtement.


3. Horn, o. L, p. 58. S'il est impossible de dire ce qui n'est
pas, on sera dans le vrai en donnant, par exemple, le nom d'Hermo-
gène à Cratyle.

427 d.
38 CRATYLE
Et quand Socrate le prie de l'inscrire lui-même parmi ses
disciples, il répond avec une amusante condescendance qu'il
le prendra «
peut-être » pour élève (4a8 b) *.
Que le portrait soit ressemblant, c'est une autre question,
d'ailleurs insoluble, puisque nous ne savons
presque rien du
vrai Cratyle. Tout au plus peut-on dire cette obscurité
que
et cette affectation de silence se concilient assez bien avec les
brèves indications d'Aristote. Sans aller jusqu'à croire, avec
van Ijzeren, que Platon a voulu tracer une « caricature »
de son ancien maître 2 on a l'impression qu'il n'avait pas
,

gardé de lui un souvenir très favorable.

IV

CONTRE QUI EST DIRIGÉ LE CRATYLE?

du dialogue, on l'a vu, sont pour la plu-


Les conclusions
part négatives on
: ne peut admettre avec Hermogène que la
justesse des noms soit purement affaire de convention; mais
on ne saurait affirmer avec Cratyle que les noms soient justes
par nature. L'enquête étymologique ne conduit qu'à des
résultats contradictoires et incertains, parce qu'il n'est pas
sûr que l'auteur des noms se soit fait une idée juste des
choses à nommer. Bref, le problème agité en sens contraire
par Hermogène et Cratyle est au fond négligeable pour
la recherche de la connaissance. Contre quels individus
ou quelles écoles sont dirigées ces conclusions 3 ? Sur ce

Voir J. van Ijzeren, De Cratylo Heracliteo et de Platonis Cra-


i.

tylo(Mnemosyne, N. S. XLIX, 1921), p. 176 sq.


2. M. Diès rapproche la peinture que fait le Thêétete (179 e sq.)
de l'école d'Heraclite, et se demande si Platon n'a pas voulu, dans le
personnage de Cratyle. représenter un type plutôt qu'un individu.
3. D'après Wilamowitz, o. L, p. 287, Platon a voulu seulement
mettre en garde ses propres disciples contre des tendances que cer-
tains d'entre eux étaient portés à suivre, et se guérir avec eux
d'illusions longtemps caressées par lui. Suivant Steinlhal, Schâublin,

Kirchner, après avoir cru à la possibilité d'une science étymolo-


gique, Platon a renoncé à cette croyance: le Cratyle atteste sa
conversion, et l'ironie de Platon est surtout dirigée contre lui-même.
NOTICE 39

point encore, les avis sont très partagés. Bornons-nous à


les rappeler, en indiquant les solutions les plus vraisem-
blables.

Ilermogène n'est qu'un amateur de philosophie et un dis-


ciple, non
un chef d'école. Il serait donc fort improbable que
Platon eût pris la peine de critiquer si longuement sa thèse,
si elle lui était
personnelle. Bien que les idées qu'il lui prête
soient assez superficielles, et répondent à une façon de voir

qui devait être celle du vulgaire, il n'est pas impossible qu'il


ait voulu combattre ici les doctrines de Démocrite sur le lan-

gage. Pour Démocrite,


le langage était d'origine purement
conventionnelle premiers hommes s'étaient entendus
! : les

pour assigner des noms aux choses afin de pouvoir commu-


2
niquer entre eux .

La théorie contraire, celle de la justesse naturelle des


noms, est soutenue par Gratyle, disciple d'Heraclite. Comme
son maître, il croit au mouvement et à l'écoulement univer-

sels, et il
s'imagine en trouver l'expression dans le langage.
Dans la
première partie du dialogue, Socrate, abordant les
noms des Dieux, observe avec une ironie sensible qu'ils ont
dû être établis par de « sublimes spéculateurs » et des discou-
reurs subtils qui avaient conçu avant Heraclite la théorie du
mouvement, et ont formé d'après elle les noms des divinités :

peut-être Hestia, en tout cas Rhéa, Kronos et Téthys. Il

explique par la même croyance les dénominations données


aux notions morales. Or on sait la valeur qu'il attribue
ensuite à ce long développement ;
on se souvient de ses sar-

Mais ces hypothèses n'excluent point la possibilité d'une polémique


contre les représentants des théories rejetées. Ces théories, Platon les
avait évidemment rencontrées autour de lui ; la question est de savoir
où.
i. Proclus, in Cratylum, p. 7.
2.
Gomperz, o. I., p. 427 Cependant R. Philippson (Platons
sq.
Kratylos und Demokrit (Philol. Wochenschrift, 1929, p. 923 sq.) le
conteste. Suivant lui, le jugement de Proclus sur Démocrite est
sommaire etpeu exact si : Démocrite admettait que, dans la suite des
temps, les mots ont été altérés
et détournés de la réalité par l'effet
du hasard convention, i! les considérait probablement comme
et de la

étant, à l'origine, des images ou copies des choses; la façon de voir


de Platon s'accorde pour l'essentiel avec cette théorie, que l'auteur
du Cratyle a vraisemblablement connue,
4o CRATYLE
casmes contre la théorie du mobilisme universel. Les
conclusions du dialogue prouvent que l'ouvrage est sur-
tout dirigé contre la thèse défendue par Cratyle.
Cette thèse était-elle déjà celle d'Heraclite? Crovait-il à
la justesse naturelle des noms? On pourrait le supposer,
d'après certains fragments où il semble invoquer la forme et
la valeur de certains noms à
l'appui de sa doctrine. Il est
douteux, toutefois, qu'il ait expressément formulé cette
théorie ce sont plutôt ses disciples qui ont dû développer
;

des vues dont ils trouvaient le germe chez leur maître. Or


comment faire voir que les noms expriment l'idée du mouve-
ment universel? Pour le prouver, l'école d'Heraclite était
naturellement amenée à l'exégèse étymologique. Cette exé-
gèse, on la voit poindre déjà chez Heraclite (fragments
25, 32, 48, 1 14), bien que dans la plupart des cas il
s'agisse plutôt de jeux de mots que d etymologies propre-
ment dites 1 . Le premier, disait-on, il avait considéré le mot
comme une onomatopée 2
. Il est probable que le procédé éty-
mologique fut systématiquement employé et élargi après lui.
Le développement consacré à la partie « étymologique »
frappe par son ampleur autant que par l'impitoyable critique
dont Platon l'a fait suivre. L'insistance de l'auteur atteste
l'importance prise par cette méthode d'explication, et la
nécessité où il croyait être de la ruiner définitivement. Est-ce
3
Cratyle en personne qu'il attaque sur ce point ? Le titre
du dialogue semblerait l'indiquer. Mais rien ne permet
d'affirmerque Cratvle, si mal connu d'ailleurs, se soit
adonné à l'étymologie. Son attitude ici donne même l'im-
pression contraire. D'étvmologie, il n'en propose ni n'en
discute aucune ; il se borne à accepter docilement en bloc celles
de Socrate, et, s'il se hâte de les approuver, c'est parce qu'il
trouve dans certaines d'entre elles une confirmation du
mobilisme d'Heraclite. Et parmi les autres, il
y en a beau-
coup qui sont sans rapport avec cette doctrine et n'intéressent
même pas la philosophie *.

i. I. van Ijzeren, o. /.,


p. 188 et suiv.
a. o. /., I, p. cf. Kirchner, o.
Gomperz, £17; /., Progr. 1891/2,
p. ,6.
3. C'est l'avis d'Ijzeren, o. L, p. 199 et suiv.
4. Il est inutile de nous arrêter à la thèse étrange soutenue par
NOTICE 4 i

Récemment Max Warburg 1


prenant pour point de départ
,

lesvues de Wilamowitz, a soutenu que la partie « étymolo-


gique » du Cralyle était dirigée par Platon contre son propre
disciple Héraclide du Pont. C'était un sectateur d'Heraclite,
et plus tard des étymologies d'Héraclide sont souvent citées,
en particulier par Orion. Platon lui confia la direction de
l'Académie, en 36 1 suivant M. Warburg, lors de son troi-
sième voyage en Sicile. Le père d'Héraclide se nommait
Euthyphron, dont on s'expliquerait ainsi la mention répétée
dans le dialogue. Cette hypothèse originale repose malheu-
reusement sur une base des plus fragiles 2 , et ne résout les
difficultés existantes que pour en soulever d'autres, comme
l'a bien mis en lumière H. von Arnim
3
.

Les étymologies qu'il entasse avant d'en venir aux noms


primitifs, Socrate les attribue dans l'ensemble à 1' « inspi-
ration » d'Euthyphron. En sa qualité de théologien, Euthy-

phron peut s'être complu aux étymologies qui concernaient


les noms des dieux*, et il ne serait
pas impossible a priori
que Socrate eût visé sous son nom une certaine catégorie
d'exégètes. Mais tout le reste, et notamment ce qui s'y rat-
tache à la théorie héraclitéenne du mouvement, était à coup
sûr hors des préoccupations d'Euthyphron et de ses pareils.
En mettant sous son inspiration l'exposé étymologique, Pla-
ton, nous l'avons dit, semble avoir eu surtout pour but

Ch. Lenormant {Commentaire sur le Cratyle de Platon, Athènes,


1861). D'après lui, Platon n'attaque ici que Cratvle, représentant du
« parti religieux » et de « l'école sacrée »,
qui dans la préparation
aux mystères d'Eleusis donnait une place à l'étude de la langue et
àl'étymologie.
i. Zwei Fragen zurn « Kratylos » (iVeue philol. Untersuchungen,
fùnftes Heft), Berlin, 1929.
2. Il est, en particulier, fort hasardeux d'identifier avec l'auteur
des étymologies mentionnées par Orion le célèbre disciple de Platon :

des nombreux ouvrages que lui attribue Diogène de Laërte aucun, à


en juger par les titres, n'avait trait à l'étymologie.
3. Die sprachliche Forschung als Grundlage der Chronologie der
platonischen Dialoge and des « Kratylos » (Sitzungsber. d. Akad. der
Wissensch. in Wien, phil.-hist. Klasse, 210 Band, l\ Abh., 1929, p. 21
et suiv.).

4- Steiner, Die Etymologien in Platons Kratylos (Archiv f. Geschichte


der Piiiiosophie, N. F., XXIf. 1916, p. 125 et
suiv.), estime que dans
cette partie c'est lui
que Platon a en vue.
*2 CRATYLE
peu de valeur qu'il faut y accor-
d'éclairer le lecteur sur le
der. ce médiocre devin et les gens de son milieu ne
Que
soient pas le véritable objet de ses attaques, il le laisse
d'ailleurs entendre quand il fait dire à Gratyle (4^8 c) :

i Tes oracles, Socrate, sont tout à fait à mon goût, que tu


tiennes ton inspiration d'Euthvphron ou de quelque autre
Muse ».
Faut-il songer aux sophistes? Tout au début du Cratyle
Socrate, consulté sur l'opâoTT,;, déclare qu'il saurait répondre,
si ses
moyens lui avaient permis de suivre les leçons à cin-
quante drachmes que Prodicos donnait sur la question
(384 b Mais il n'a pu les entendre, et c'est par ses propres
c).

moyens qu'il va chercher, de concert avec Hermogène, la


solution du problème. Il semble donc que Prodicos soit hors
de cause. Sans doute, ce pourrait être là un simple détour;
Socrate devait avoir eu un écho des enseignements de Pro-
dicos, et Horn considère comme probable que
1
c'est lui qui
est visé dans la
partie étymologique. Mais rien ne prouve
que ce sophiste, particulièrement soucieux, comme on sait,
dela propriété du langage et attentif à distinguer les syno-
2
occupé d'étymologies, ni ait étudié la justesse
nymes , se soit
des noms au
sens où elle est examinée dans le Cralyle z La .

remarque de Socrate a plutôt l'air d'une boutade malicieuse,


amenée et rendue presque inévitable par la mention de
l'osOoTY.Ç.
Si le nom
de Prodicos ne figure qu'incidemment dans le
dialogue, celui de Protagoras y revient à plusieurs reprises.
Socrate s'arrête assez longuement, pour la réfuter (385 e-
386a), sur sa thèse de « l'homme-mesure ». Il montre qu'elle
est inconciliable avec sa propre thèse : le nom a un être

propre qui ne dépend pas de nous. Protagoras avait-il une


doctrine sur le problème de la justesse des noms * ? On sait

i. O. Z.,p. 3 9 .

a. Stallbaum, o. l. y p. 16. Voir le Protagoras, 877 a sq., et

YEuthydeme, 277 e.
3. O. Apelt, o. /., 1922, Einleitung. p. 3.

4- Socrate veut démontrer contre Hermogène que les noms ont


une justesse naturelle; or, pour y parvenir, il fait voir que la thèse
de l'homme-mesure est inacceptable. Doit-on en induire que les vues
d'Hermogène sur la justesse des noms étaient celles de Protagoras ?
NOTICE 43

les conditions de ïopboi-zv.'x, et que ses


qu'il recherchait
études sur les genres des noms et les temps des verhes le font
apparaître comme un fondateur
de la science grammaticale.
D'autre part il professait avec Heraclite « Jamais rien n'est,
:

toujours il Peut-être partageait-il les idées de


devient » *;

l'école d'Heraclite sur la justesse des noms. Ce qui le ferait

croire, c'est qu'après avoir réfuté les vues d'Hermogène,


Socrate propose (391 h c) de s'adresser à lui, ou à son élève
Gallias, pour savoir en quoi consiste cette justesse naturelle.
La proposition étant repoussée par Hermogène, Socrate se
tourne d'un autre côté. On serait tenté d'en conclure que les
considérations suivantes ne doivent rien à Protagoras s'il :

en était autrement, seraient-elles admises sans protestation


par Hermogène, qui connaît évidemment T'AXi^eia du
sophiste et en rejette avec mépris l'enseignement?
Prenons garde cependant qu'il n'y ait là un jeu de l'iro-
nie socratique —
ou platonicienne. On a rappelé plus haut
que Protagoras, dans le dialogue qui porte son nom, préco-
nisait l'étude des poètes comme une part importante de
l'éducation. Or, nous voyons Socrate consulter les poètes et

préluder à ses fantaisies étymologiques en étudiant les noms


d'Astyanax et d'Hector dans Ylliade, pour en tirer les pré-
tendues lois de la dénomination homérique. Plus loin il in-
voque et il cite Hésiode et Orphée. L'étymologie, qui plus
2
tard, d'après Gicéron sera pratiquée à la fois par l'Aca-
,

démie Lycée, et dont l'origine doit être cherchée dans


et le
certaines croyances religieuses —
la foi à la valeur
magique du
nom — apparaît dans les plus anciens monuments de la

k la thèse de l'horame-mesure paraîtrait plutôt en


première vue,
s'accorder avec la théorie de « l'arbitraire », soutenue par Her-
effet

mogène (Kirchner, 0. /., p. 16). Mais en ce cas, comment expliquer


qu'Hermogène lui-même condamne expressément cette thèse, comme
il
rejettera plus loin l"AX7)'6cta de Protagoras, sans indiquer que sur
d'autres points il s'accorde avec le sophiste ? On pourrait, il est vrai,

soupçonner Hermogène d'illogisme; mais il est plus probable qu'aux


yeux de Socrate la contradiction est dans les idées de Protagoras qui,
partisan de la justesse naturelle des noms, ne voit pas l'incompatibi-
lité de cette théorie avec celle de l'homme-mesure.

1. Théétete, i5a e.
2. Academica posteriora, 1,8, 32.
txlx GRATYLE
poésie grecque. On la note déjà chezHomère on la retrouve ;

chez Hésiode et chez les tragiques 1 .

Il est difficile, crovons-nous, de ne


pas être frappé du rap-
prochement qui semble s'imposer entre le procédé mis en
œuvre par Socrate dans cette partie du Cratyle et la méthode
de Protagoras. Si l'on admet, d'autre part, que Protagoras
tirait de la doctrine d'Heraclite les mêmes conclusions que

Cratyle sur la justesse naturelle des noms, on inclinera


à penser que l'école de ce sophiste a particulièrement été
visée par Platon 2 Mais, pas plus que pour Prodicos, on
.

n'a la preuve que Protagoras lui-même ait pratiqué l'étymo-


logie; et il est vraisemblable que la partie étymologique
tourne en ridicule les abus où tombaient, sinon les grands
sophistes du passé, du moins certains de leurs disciples, en
prétendant justifier par ces procédés fantaisistes la théorie
d'Heraclite.

L'opinion de Schleiermacher que le Cralyîe livre bataille à


Antisthène a souvent été reprise et discutée. Dûmmler, qui
s'en est fait le principal champion, a tenté de l'étayer par
des vues nouvelles. Leur goût pour les étymologies et leur
doctrine étymologique, les stoïciens les auraient reçus d'An-
tisthène, qui les tenait d'Heraclite, et c'est Antisthène que
Platon tournerait ici en dérision. Steiner 3 pense qu'Antis-
thène est directement visé au moins dans les étymologies
des noms relatifs aux notions morales, et ce qui nous pa- —
rait extrêmement douteux — dans les considérations sur la
valeur des sons isolés. Suivant Raeder*, Antisthène est at-
taqué dans le Cratyle comme dans VEuthydème, et toutes les
discussions intéressant la langue sont vraisemblablement
« Le principe de l'éducation
dirigées contre lui. Il disait :
est l'étude des noms », et il avait écrit un ouvrage en cinq
livres Sur l'éducation ou les noms 3 Gomme Cratyle, il soute-
.

nait qu'il est impossible de parler faux. Socrate ne fait-il pas


clairement allusion à lui quand, au moment d'examiner les
notions morales, il déclare qu'ayant « revêtu la peau du lion »,

i. M. Warburg, o. /.. p. 70 et suiv.


2. Stallbaum, o. L, p. l\.

3. O. I., p. 127 sq.

4. O. L, p. i48.
5. Diogènede Laërte, VI, 17.
NOTICE 45

plus en droit de reculer ? L'image fait naturel-


f
il ne se croit

lement songer à Héraclès, qu'Antisthène avait pris pour


modèle avant les Stoïciens, et dont il avait donné le nom à
2
plusieurs de ses écrits
.

Il est peu probable, cependant, que l'ensemble du Cratyle


ait été inspiré à Platon par son hostilité contre Antisthène.
On n'a pas le droit de rattacher Antisthène à l'école d'Hera-

clite,en croyant l'apercevoir derrière Cratyle, ni de lui at-


tribuer les théories de celui-ci sur la justesse naturelle du
il se fondait au contraire sur les principes des
langage ;

Éléates On a fait justement ressortir qu'adversaire déclaré


3
.

de la théorie platonicienne des Formes, il n'aurait pu y don-


ner son assentiment, comme le fait sans hésiter Cratyle 4 .

La thèse qu'il est impossible de dire faux, d'origine éléa-


tique, n'appartenait pas en propre
à Antisthène; c'était
devenu un lieu commun de la sophistique : a Elle a été
souvent soutenue, Socrate, autrefois comme de nos
dit

jours » (429 a). Quant à la plaisanterie sur la peau du


lion, il
qu'elle s'adresse à Antisthène, car
est possible
c'estbien aux travaux d'Héraclès que Socrate paraît faire
allusion mais elle peut être aussi un souvenir de l'apologue
;

(Uâne qui passait pour être un lion) qui figure dans les fables
d'Ésope.
En somme, sans nier que certaines attaques du Cratyle
aient pu atteindre Antisthène, ou même être orientées contre
lui, on ne voit pas le moyen de leur prêter cette significa-
tion avec certitude 5
. Ici comme dans d'autres dialogues, le
TJtééiètepar exemple, Platon semble avoir en vue plusieurs
sortes d'adversaires, et il serait imprudent de vouloir mettre
des noms sur des théories qui n'étaient sans doute pas le
fait de tel ou tel, mais se retrouvaient dans divers milieux
sous l'influence d'une sophistique plus ou moins rattachée
au système d'Heraclite.

1. 4n a.

1. 0. L, p. 44 et suiv., estime que Platon,


Kiock, attaquant le
type du sophiste grammairien, a eu surtout en vue Antisthène, bien
qu'il ait réuni des traits pris çà et là, dont quelques-uns n'appar-
tiennent pas à Antisthène.
3. Gomperz, 0. L, II, p. 191 Wilamoïvitz, o. L, ; p. 297.
4- Horn, 0. L, p. 61, note; Kiock, 0. L, p. 44.
5. I. van
Ijzeren, 0. L, p. 193-194.
46 GRATYLE

LA DATE DU CRATYLE
SA PLAGE DANS L'OEUVRE DE PLATON

Le Cratyle ne contient aucune indication extérieure ni sur


le moment où dialogue est censé avoir lieu, ni sur l'épo-
le

que de sa composition. On est mieux renseigné sur ce der-


nier point par les caractères du style et par le contenu de

l'ouvrage. Personne ne songe plus à y voir une des pre-


mières œuvres de Platon, comme le faisait Slallbaum ' en
le
plaçant vers 402, avant la mort de Socrate, ou comme
2
Gucuel Le Cratyle doit avoir suivi YEuthydème 2 dont il
. ,

est inséparable, et probablement à peu d'intervalle. Il se


rattache d'autre part au groupe formé par le Parmênide et
le Théétète*, mais il est sûrement antérieur à ces dialogues,

qui reprennent avec plus d'ampleur, pour les soumettre à


une critique décisive, quelques-uns des problèmes soulevés
par le Cratyle. Or le Thèétète* semble avoir été écrit après

36g, et n'a peut-être été publié qu'après second voyage le

de Sicile (367). Le Cratyle doit l'avoir précédé de plusieurs


années. On y trouve esquissée, mais avec réserve, la théo-
rie des Formes, et pour la première fois l'auteur montre que
le caractère immuable de ces Formes est une condition né-
cessaire de leur connaissance. Mais elles ne sont pas encore,
comme dans le Phédon, un monde à part, séparé du do-
maine des choses sensibles, et le Cratyle ne laisse rien soup-
çonner de cette gradation qui, d'après le Banquet, doit par
une série d'étapes conduire de l'objet sensible à la Forme
intelligible et parfaite. On peut en conclure que
le
Cratyle
6
est antérieur au Banquet, composé vers 385 environ et au
Phèdon. Si, d'autre part, il se place à la suite de YEutky-

1. 0. t., p. 26.
a. 0. L, p. 25.
3. Wilainowitz, 0. /., p. 286. Le Cratyle, 386 cl, cite commeconnu
un sophisme d'Euthydème.
4. Horn, 0. t., p. 272 sq.
5. Voir la notice du Théétete, par A. Diès, p. 121.
6. L. Robin, Notice du Banquet, p. xi.
NOTICE 47

dème, doute vers 386, on voit que sa date doit tom-


écrit sans
ber à peu près entre 386 et 385.
Horn a fort bien montré la place occupée par le Cratyle
dans le développement de la pensée platonicienne É Le Cra- .

tyle clôt
une phase de cette pensée et en ouvre une nouvelle.
D'une part, il ferme la série des écrits dirigés contre la
sophistique. Le Gorgias et le Protagoras
en combattaient la
doctrine morale : le Cratyle réfute la thèse de Protagoras

que « l'homme est la mesure de toutes choses ». Cette


pro-
position sophistique qu'il est également impossible
de parler
et de penser faux avait été effleurée dans YEuthydème elle :

est examinée et réfutée parle Cratyle. Mais le Cratyle, d'autre

part, s'en prend


à l'école d'Heraclite il
attaque avec viva- ;

cité la théorie du mouvement universel. Recherchant ce

qu'il
faut penser de la justesse des noms, il conclut que
lelangage n'est pas un moyen sûr de connaître les choses, et
que c'est aux choses elles-mêmes qu'il faut demander cette
connaissance. Il
pose enfin le problème des Formes im-
muables.
Ces diverses questions seront reprises et approfondies dans
Le Théétète reconnaîtra que la thèse de Protagoras
la suite.
sur l'homme-mesure a été insuffisamment réfutée dans le
Cratyle. Il la soumettra à un nouvel examen et y opposera
des objections plus décisives. De même il reviendra, pour la
ruiner définitivement, sur cette affirmation qu'il est impos-
sible déparier et de penser faux. La réfutation de la doctrine

d'Heraclite, amorcée par le Cratyle, sera poussée à fond


dans le Théétète. Le Cratyle a posé le problème de la connais-
sance, mais sans indiquer ni les moyens de le discuter, ni les
limites de la connaissance. Cette recherche fera l'objet du
Théétète, tandis que Parménide examinera la permanence des
Formes. Le Théétète touchera encore au langage, mais seule-
ment pour l'étudier dans son rapport avec la connaissance,
et en apportant des changements à certaines conceptions du

Cratyle. Socrate y énoncera, d'ailleurs sans l'adopter, une


définition du Xdyoç assez différente, en le représentant comme
«un entrelacement de noms » (202 b), tandis que le Cratyle
distinguait, à côté du nom (ovofjia), le verbe ou prédicat
(pr,{jt.a) ;
aux syllabes, connaissables et exprimables, il
oppo-

1. O. L, p. 62 et suiv. ; p. 272 et suiv.

V. 2. - 4
48 CRATYLE
sera les éléments, irrationnels et inexprimables l D'une façon.

générale, le Cratyle a déblayé le terrain pour les recherches


ultérieures, et préparé la voie au Parménide, au Théétète et
au Sophiste 2 .

i. A. Diès, Notice du Théétète, p.


44 suiv.
1

2. Pour l'établissement du entièrement collationné les


texte, j'ai
manuscrits B (sur la reproduction en phototypie donnée par de Vries)
T et W
(sur les photographies de l'Association Guillaume Budé). Je
suis heureux de dire tout ce que mon travail doit à l'obligeance de
M. A. Diès, qui, pour certaines parties de la Notice et pour l'interpré-
tation du texte, m'a fait bénéficier de sa connaissance approfondie de
la pensée platonicienne, et j'ai à cœur de remercier If. E. Chambry,
qui, en revisant la traduction avec le soin le plus éclairé, m'a suggéré
des améliorations nombreuses.
CONSPECTUS SIGLORUM

B = God. Bodleianus uel Glarkianus 39 (anno 8g5


post I.G. nat.).
T = God. Venetus append. cod
class. 4, i
(sub. fin.
xi uel init. xn saec).
W z= God. Vindobonensis 54, suppl. phil. gr. 7 (for-
tasse saec. xn). In hoc codice desunt 4i4 d 8 Serrai —
422 c 3 txpaXr p'fynù sed post 423 b 10 y.al ovo|j.a^£i
l

interpositi sunt uersus


;

4*5 d 3 wç loiy.e —
4 18 e 1
âyar/v-v ; sequunlur u.426 a 5 à&iycrccYv tccu —426 e 6
IwTa wpôç, deinde 419 d 1 tc ce Tgptfvbv usque ad finem.
CRATYLE
[ou sur la
justesse des noms.]

HERMOGENE, CRATYLE, SOCRATE

383 a Hermogene *. — Yoici Socrate. Y eux-tu


Préambule. i
• •
1 • . j
Les deu ^ ue nous * ul
communiquions le
sujet de
2
thèses en présence. notre entretien ?

Grattle. — A ta guise.
Hermogene. —
Suivant Gratyle que voici, Socrate, une
juste dénomination existe naturellement pour chacun des
êtres un nom n'est pas l'appellation que certains donnent à
;

l'objet après accord, en le désignant par une parcelle de leur


b langage, mais il existe naturellement, et pour les Grecs et
pour les Barbares, une juste façon de dénommer qui est la
même pour tous. Je lui demande donc, moi, si Cratyle est ou
non son nom véritable il en convient. « Et celui de Socrate ?
:

lui dis-je. — C'est Socrate, répond-il. — De même aussi

pour tous les autres hommes, le nom


dont nous appelons
chacun d'eux, c'est là le nom de chacun ? Et lui « Pas — :

i. Sur Hermogene, voir p. 34- Son père, Hipponicos


la Notice,

(nommé plus bas, 384 a), de Callias Thucydide le men-


était fils ;

tionne (III, 91) comme exerçant dans l'été de 426 les fonctions de
stratège. Hipponicos appartenait à une des familles d'Athènes les
plus riches et les plus en vue. Sa fille Hipparété épousa Alcibiade
(Plutarque, Aie., VIII).
2. Ce début (noter ojv et -ôv Xôyov) montre que l'entretien d'IIer-

mogène avec Gratyle dure déjà depuis un moment. Hermogene va le


résumer un peu plus bas. Il
l'interrompt sans doute en voyant
arriver Socrate. Pour cette vive entrée en matière, comparer le

début du Phiïebe.
RPATYAOE
[r\ Tzspl ôvo[xaTtov ôpôo'rjxoç.]

EPMOTENHZ KPATYAOZ ZQKPATHZ


EPM. BouXei oSv kocI ZcùKpdtTEi tÇ8e àvaKoivoùa&HESa 383 a
tôv X6yov ;

KP. EïaoïSoKEÎ.
EPM. KpaxùXoç cprjalv 88e, S>
Z&KpaxEÇ, ôvd^axoç
ôp86TT)Ta sîvai EKaaTCù tûv ovtcov <f>ùa£i TTE<J>UKiuav, Kal ou
toCto £Îvaiovou.ao av tiveç ouvBé^evoi KaXEÎv KaXcoai, xf]ç
aÔToàv cfxavfjç uopiov ETtupSEyyéuEvoi, àXXà ôp86Tr)Tà Tiva
tcov ôvou.<xtcùv TTEc|>uK£vai Kai "EXXtïch Kal |Jap6apoic; Tfjv b

aÙTfjv anaaiv. 'Epcoxô ouv auxov lyw aÔTco noTEpov Kpa-


tuXoç tt] àXrjSEia 6vo^a eqtlv f) où"* ô 8è ou.oXoyEÎ. « Tt 8è
ZcoKpàxEL » Ic{>r|v lyo. « ZcoKpdtTrjc; », ?\ 8' 8ç. « OukoOv
;

<ai toÎç aXXoiç àvSpcimoiç Tt&ouv, S-nsp koXoO^ev Svo^a

Teslim. 383 a 5 xat où


:

b 2 ôacaaiv Euseb., Praep. euang., n ?

6 ; Greg. Corinth., Walz, Rhet. graeci, uol. 7, p. 109,4.

KporcuXo; y] repl ovop.àxa>v opOoTr^o; (Xoytxôç post op6dxT)To; BTW


add. b) H ~k xou SiaXdyou -po'stora 'EpjAoyévY]; KpotTuXoç Utoxpatr^ç
Wt Kpa-uXoç Swxpàxr); man. recentiss. b
'EpjxoYévrjç 383 a 1 àvct- ||

xotvtoawasOa BW
-vo>acofi.£v :T 6 T7j; auxwv çtovf)? tidptov T T7JÇ
||
:

aùtàiv çtov^; uo'ptov B Euseb. ttjç aùtôjv [Aoptov ©cdvtjç xrjç aurôiv W
«paivTî; jxepLÔa Greg. Cor. b 2 aùtw Trdxspov Stallbaum si aui(p
||
:

îîo'-cspov
BW et oturâS T ||
3 ïa-iv r\
ou om. T ôuoXoyst xl 8è BT (sed
W
|j

in B ti oè euanidum) ôfioXoyEÏ aùxtot ys toûto) ovoixa sîvai Tt 8s


:

aùiw ye toâtcd ô'votxa stvott tt ôat b || 4 èyoi om. T.


383 b CRATYLE 5o

pour toi, en tout ton nom n'est pas Hermogène,


cas, dit-il;
même si tout le monde
donne. » Là-dessus, je le ques-
te le

tionne, désireux de savoir ce qu'il veut dire mais, sans rien ;

384 a expliquer, il me traite avec ironie, affectant de nourrir


quelque idée en son for intérieur, et d'avoir sur ce sujet
une connaissance qui me déterminerait, s'il voulait la dire
clairement, à lui donner mon
approbation et à soutenir sa
propre thèse. Si donc tu as
quelque moyen d'interpréter
l'oracle de Gratyle, je l'écouterai avec plaisir. Et surtout,

j'apprendrai encore plus volontiers ce que tu penses de la


justesse des noms, s'il te plaît de le dire.
Socrate. — Fils d'Hipponicos, Hermogène, un vieux pro-
b verbe dit que « les belles choses sont difficiles » quand il

s'agit d'en apprendre la nature. En particulier, l'étude des


noms n'est pas une pour ma part, j'avais
petite affaire. Si,
déjà entendu de la bouche de Prodicos la leçon de
cinquante
drachmes qui, à l'en croire, donne à l'auditeur une connais-
1

sance complète de la question, rien ne t'empêcherait desavoir


à l'instant la vérité sur la justesse des noms. Mais en fait je
c n'ai entendu que la leçon d'une drachme j'ignore donc ;

quelle peut être la vérité en ces sortes de matières. D'ailleurs


suis prêt à la rechercher de concert avec toi et Gratyle.
je
qu'Hermogène soit ton vrai nom
2
Quant à nier c'est, à ,

ce que je soupçonne, une plaisanterie de sa part peut-être :

pense-t-il que tu échoues dans tous tes efforts pour acquérir la


fortune. Mais, je le répète, ce sont là des matières difficiles à
connaître. Il faut mettre la recherche en commun, pour exa-
miner si c'est toi qui ou Gratyle.as raison
Hermogène. Ma —
Socrate, je me suis souvent, pour
foi,
ma part, entretenu avec lui et avec beaucoup d'autres, sans
d pouvoir me persuader que la justesse du nom soit autre
chose qu'un accord et une convention. A mon avis, le nom
qu'on assigne à un objet est le nom juste ;
le change-t-on
Sur ces leçons, voir Aristote, Rhêt., III, i/i, i/ji5 b. Prodicos
i.

vint plusieurs fois à Athènes, envoyé en ambassade par ses conci-

toyens de Géos. L'Hippia* majeur, 282 a, atteste la grande réputation


que lui valut son éloquence, et les sommes prodigieuses que lui firent
gagner ses leçons. Dans le Ménon, 96 d, Socrate dit avoir suivi son
enseignement. Le souci que manifestait Prodicos de la justesse du
langage est parodié dans le Protagoras, 337 a-c -

2. Le nom signifie : de la race d'Hermès, dieu du gain. Il con-


5o KPATTAOS 383 b

EKaoTop SvoLia; » O Se, « Ofticouv aoi


e
EKaorov, to0t6 ecttiv
s e
yE », r\
S 8ç, « ovo(ia Epu.oy£vr)ç, ouSè av TtàvTEç koÀcocrv
avSponoi. » Kalêu.oO IpcùTCùVToc; KalnpoSuLiouLiEVOUEtSÉvai
8 tl tcotè XÉyEi, oôx£ à*noaacj>EÎ ouSèv ELpcovEÙETal te Trp6ç 384 a

lie, npooTTOLOÛLiEvoç tl <xut6ç èv âauTo 8iavo£Îa8at g>ç

eISgùÇ TTEpl aUTOU, O El ftoûXoiTO CTacJïCOC; ELTTELV, TIOUr)aELEV av


Kal elie ÔLioXoyEÎv Kal XÉyELV &Tt£p aÔTÔç XÉyEL. El o8v Tir)

£X £L Ç auLiôaXEiv Tf)v KpaTuXou LiavTElav, fjSÉQÇ av àKoù-


aaiLu* ll&XXov Se auTcp aot oTtrj Sokel £X elv TiEpi ôvoluxtcdv

ôp86Tr|Toc; etl av î^Slov TTu8olu.r)v, eï aot fiouXo(iÉvG> èaTiv.


e
ZO. *C1 Ttaî'lTmoviKou Ep^6yEVEç, TiaXaLa TtapoLu/La 8tl
XaXETià Ta «xXa ecftlv ottt] exel ^a8£Îv Kal Sf] Kal to TtEpl b
tcûv ôvolloctcùv ou au.iKpov TuyxavEL ov Lia8r)u.a. El llev oSv
syà) fjSï] ^kt]k6ti napà npoSUou t^v TtEVTr)KovTaSpaxLiov
ettlSel^lv, f]v aKouaavTt u*nàpx£L TtEpl toOto TtETtatSEGaSaL,
&ç <pr\oiv ekelvoç, ouSèv âv ekcoXuév aE auTLKa LidXa EtSÉvai
Trjv àXr)8ELav TiEpl ôvolkxtcùv bpQ6Tr\ioq' vOv 5è ouk aKrjKoa,
àXXà tt]v Spaxu-Lalav. Oôkouv oTSa Ttfj tiote t6 àXr)8Èç C

E)(El TTEpl TCOV TOLOUTOV Ca)C^r|TELV U.EVTOL ETOLLLOÇ ELLLL Kal


c
aol Kal KpaTÛXcp Koivfj. "Otl 8è ol»
q>r\ai aot Epu.oyÉVT]
ovoLia eIWi tt] àXrjSEla, waiTEp ûtiottteùco aÔTSv aKamTELV
otETat yàp Xacùç <je xptjimxtqv £<Jhélievov KTr|aEcoç àno-

TuyxavELV EKàaTOTE. 'AXX', S vOv 5f| IXsyov, ElSÉvat u.Èv


Ta ToiaOTa x a XETi6v, elç t6 kolvSv Se KaTa8ÉvTaç XP^I
aKOTTELV EÏTE <3Ç 0"Ù
XÉyELÇ ttyei ELTE G>Ç KpaTuXoÇ.
EPM. Kal u.f|v lycoyE, S ZcùKpaTEÇ, ttoXXocklç Sf]
Kal
touto SloXexSeIç Kal aXXoiç ttoXXolç, où 86vau.aL Tt£ia8î]vaL
obç ocXXrj tlç 6p86Tr|ç ôv6u.aToç f\ £,uv8r)Kr| Kal oLLoXoyla. d
3
Eu.ol yàp Sokel o ti av t'lç tcû SfJTaL ovoLia, toOto EÎvai t6

b 6 Tou-ro B -cojt' T toj-o) :


7 ovotxa BT W
ovotxa iatw ||
: W
384 a 6 k'/éiv om. T
Il 7 ôpOdTrj; Schanz pro opG6x7)Toç
||
eaxtv om.
T d b 3 iptï)X<fo) T ^xipcoctv ày.Tjxo'stv B
: 5 sxoiXusW -luaév B ||
TW
j|

(-Xuae b) D c 3 08 pijatt BtW || 4 «dwiv in marg. add. T ||


6
É/.asTOT£ om. T H d 2 elvat BW : eivat xal T r
384 d CRATYLE 5i

ensuite en un autre, en abandonnant celui-là, le second


n'est pasmoins juste que le premier c'est ainsi que nous ;

changeons le nom de nos serviteurs, sans que le nom subs-


titué soit moins exact que le précédent. Car la nature n'as-

signe aucun nom en propre à aucun objet c'est affaire d'usage :

et de coutume chez ceux qui ont pris l'habitude de donner


e les noms. Mais s'il en va autrement, je suis prêt, quant à
moi, à m'en instruire, et à l'entendre non seulement de la
bouche de Cratyle, mais de n'importe quel autre.

385 a Entretien Socrate. — Peut-être as-tu raison 1


,

de Socrate Hermogène; mais examinons la chose.


et d'Hermoffène. L'appellation qu'on attribue à chaque
Le nom peut être
bJ t
-

t le nom de chacun?
vrai ou faux. TT
Hermogène. — L est mon
~,
avis.
Socrate. — Que ce soit un particulier ou la cité qui la
donne ?
Hermogène. — Oui.
Socrate. — Gomment? si moi, un être quel-
j'appelle,
conque,
— par exemple, ce que nous appelons aujourd'hui
un homme, si, moi, je le nomme cheval, et ce que nous
appelons cheval, si je l'appelle homme, le même être por-
tera-t-il pour tout le monde le nom d'homme, mais pour moi
en particulier celui de cheval ? Et inversement, le nom
d'homme pour moi, mais celui de cheval pour tout le

monde ? Est-ce là ce que tu veux dire ?


b Hermogène. — C'est mon avis.
Socrate. —
Voyons, dis-moi encore. Y a-t-il une chose
que tu appelles dire vrai et dire faux ?
Hermogène. — Oui.
Socrate. — y aurait donc un discours vrai un faux
Il et
2
?

Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Celui qui dit choses qui sont comme les elles

sont est vrai, et celui qui les dit comme elles ne sont pas est
faux ?
Hermogène. — Oui.
vient mal à Hermogène qui a des embarras d'argent (cf. 4o8 b).
i. Ti àsyê'.v : dire quelque chose qui compte, est un emploi fré-

quent. Comp. xtç elvat : être quelqu'un d'importance.


2. Ceci est une allusion à la thèse célèbre soutenue par les
5i KPATTAOS 384 d

ôp66v Kal av aQSiç y£ iTEpov LiETaSfJTai, IkeÎvo 8e latjkéti


ELV T0 ^ TipoTÉpou,
KaXfj, oùSèv fJTTov t6 SaTEpov ôpScoç £X

CùOTTEp TOÎÇ otKETaiÇ f\ ^EÎÇ U.£TaTl8£U.£8a, OuSèv ?)TTOV ToGt'


eIWl Ôp88v to u.ETaT£8èv toO TrpéxEpov keiljlévou' oô yàp
<f>ùasi
ÉKaaTCû TtEcpUKÉvai ï>vou.a oôSèv ouSev'i, àXXà v<5u.a>
Kal e8el t&v ISiaàvTCùV te Kal KaXoûvTcov. Et Se tït] aXXrj

e)(ei, etoilioc; lycoyE


Ka ^ u.av8àvEiv Kal àKouEiv ou u.6vov e

Ttapà KpaTuXou, àXXà Kal Ttap' aXXou ôtouoGv.


Zft. "lacoç lievtoi ti XéyEiç, o 'Epu.éyEVEç* <jK£ip&u.£8a 385 a
n
Se. O av Qr\
KaXEÎv tiç EKaaxov, toOt' IgtIv EKàaTep
ovou.a ;

EPM. "Eu-otyE SokeÎ.


ZO. Kal làv 18i£ttiç KaXfj Kal làv tt6Xiç ;

EPM. <t>r|jJLt.

ZO. Tl o3v ;
làv lyà> KaXô ôtioOv tôv ovtcdv, oîov
o vOv KaXoO^iEv avBpcûTiov, làv lyô toOto ïtitiov npoa-

ayopEuco, S Se vOv 'itittov, av8pGmov, l'axai 8n,u.oala u.èv


8vou.a ctvSpcoTioc; iQ> auTcp, t8la 8è ÏTïTtoç Kal tS'icc u.èv au ;

avBpamoç, 8r|u.oala 8è ïtïtïoc; ;


oOtco XÉyEiç ;

EPM. "'E^otyE SokeÎ. 1)

Zft. <(>ÉpE Si*) fcioi


t68e eltté- KaXsiç tl àXr)8f} XÉyEiv Kal
tyevSf) ;

EPM. "EycoyE.
ZO. OukoOv Etr) àv X6yoç àXi^ç, Ô Se ip£u8r)ç ;

EPM. nàvuyE.
s
ZO. *Ap ouv outoç oç av Ta ovTa Xéyrj â>ç egtiv, aX^S^ç*

oç 8' av coçouk eotiv, ipEuSrjç ;

EPM. Nat.

d 3 xal èàv W y 6 oùosv —7 -/.sitjivou om. T 8 èOtaàvxtov BT yp.


W W
||

: asOtcxàvxwv ||
385 a 2 av T : 6 èàv BW y 6îj xaXeîv BW :

97;; (Ofj in marg. t) xaXst T ||


ïottv om. T ||
5 xat èàv BtW : /.al àv
T H èàv 7:0X1; BtW : àv *d).iç T || 7 èàv B : àv TW ||
b 1 xi yàp àv
à'XXo ttç çat7) ad oV/.eï add. W ||
a xi Bt et W(?) : xà T ||
5 àXrjO:^
BT ô aèv àXrjO^
: W.
385 b CRATYLE 02

Socrate. —
Il est donc
possible de dire par le discours ce
qui est et ce
qui n'est pas?
Hermogène. —
Parfaitement,
c Socrate. —
Et le discours vrai, est-ce dans l'ensemble
qu'il est vrai, sans que ses parties le soient ?
Hermogène. — Non, ses parties le sont aussi.
Socrate. — Est-ce les parties principales qui sont vraies,
et non les petites ? Ou le sont-elles toutes ?
Hermogène. — Toutes, à mon avis.

Socrate. — Peux-tu donc énoncer une partie du discours


plus petite qu'un nom ?
Hermogène. — Non, c'est la plus petite.
Socrate. — Alors, le nom qui fait
partie du discours vrai,
on l'énonce ?
Hermogène. — Oui.
— Et
Socrate. suivant
il est vrai, toi.

Hermogène. — Oui.
Socrate. — Et partie du discours faux, n'est-ce pas une
la
fausseté ?

Hermogène. — Sans doute.


Socrate. — On peut donc dire un nom vrai ou faux, si

c'est possible du discours ?


d Hermogène.— Évidemment.
— Le nom que chacun attribue à un objet
Socrate. est
donc nom de chacun?
le
Hermogène. — Oui.
Socrate. — Chaque objet autant de noms qu'on
aura-t-il
luien attribuera, au moment qu'on
et attribuera les lui ?

Hermogène. — En Socrate, ne conçois, pour ma


effet, je
qu'une juste façon de dénommer je puis appeler
1
:
part,
2
chaque objet de tel nom, établi par moi toi, de tel autre, ;

établi par toi. Il en est de même pour les cités. Je les vois
e parfois assigner chacune un nom différent aux mêmes objets,

sophistes que l'on ne peut dire ce qui n'est pas, et par suite qu'il est
impossible de parler faux (voir l'Euthydeme). Elis sera reprise plus
loin par Cratyle (£29 c d), et réfutée par Socrate. Platon y reviendra
dans le Sophiste (a36 e-2^6 a), jugeant alors que cette proposition

paradoxale mérite un examen approfondi.


1. Elva équivaut à
r
.
èÇeïvat.
2. La construction habituelle est xaXetv ovoudt x:va, mais on trouve
souvent chez Platon l'objet nommé au datif (cf. 419 ce).
52 KPATTAOS 385 b

ZH. "EaTtv apa toOto, X<5yo XâyEiv Ta ovtcc te Kal ^r) ;

EPM. nàvu ye.


ZQ. O Xoyoq S'
c
eœtIv 6 àXi^ç nàiepov oXoç u.èv àXrj- c
3

8f)ç, Ta u.<5pia S auxoO ouk àXrjSî] ;

EPM. Ouk, àXXà kccI Ta \x6pi*.


ZO.FldTspov 8è Ta u-èv u.£yàXa u.6pia àXrjBfj, Ta 8è

au.LKpà ou- f\ TràvTa ;

EPM. riàvTa, oî^ai êycoye.


ZO. "EaTtv ouv o tl XéyELç Xoyou au.iKp6TEpov ^épiov
ocXXo f\ Bvo^ia ;

EPM. Ouk, àXXà toOto au.iKpéTaTov.


ZO. Kal to ovo^a apa to toO àXr)8o0ç Xéyou XéyeTat ;

EPM. Nat.
ZO. 'AXt}8éç ys, ôç <f>f|c;.

EPM. Nat.
ZO. Tô Se toO ipEuSoOç u.6piov où iJjeOSoc; ;

EPM. 4^ pi.
ZO. "Egtlv apa 2>vou.a ij^euSèç Kal àXr)8èç XéyEtv, EÏTiEp
Kal Xoyov ;

EPM. ricoç yàp oO ;


d
ZO. n O av apa EKaaToq q>r\
tg> Bvou.a EÎvai, to0t6 eqtiv

EKaaTcp ovou.a ;

EPM. Nat.
ZO. *H Kal ÔTi6aa âv <J>fj tiç IxaaTcp ôv6paTa Eivai,
ToaaOTa laTai Kal t6te ÔTioTav <{>fj ;

EPM. Où yàp e)(cû lycoys, où


ZcoKpaTEç, ôvôu.aToç aXXrjv
op86Tr|Ta f\ TaÙTrjv, èu.ol u.èv ETEpov EÎvai KaXEÎv EKaaTCd
ovou.a, S lyà) eSeutjv, aol 8è ETEpov, o a3 au. OOtco 8è Kal
Taîç tt6Xecjiv ôpco 18 ta EKaoraiç evIot' ItiI toîç aÙToîç e

C i oXoç jxlv
BW : txèv okoç T || 9 touto T : -à BW i£ ^euBoiïç
W
||

Ven. i85 :
$efôou< ||
16 <J/eu8è;
:
^euSoç BT d 5 tiç 97; T 9 aoî
W
|| ||

8s btdtspov H
au Hirschig : av ||
e 1 éxàaTa-.ç ora. T Mot'
||

Buttmann :
Iv'oi; BW om. T.
385 e GRATYLE 53

1
des Grecs se séparer ainsi des autres Grecs, et les Grecs des
Barbares.

Les choses
Socrate. - Or çà, voyons un peu,
Hermogène. Crois-tu qu'il en soit ainsi
ont une
essence stable, des êtres eux-mêmes, et que leur
qui ne dépend pas essence varie avec chaque individu ? —
c'était la thèse de Protagoras, quand il
386 a déclarait que l'homme « est la mesure de toutes choses» 2 ,

voulant dire sans doute que telles les choses me paraissent,


telles elles mesont, et que telles elles te paraissent, telles
elles te sont — ou bien te semblent-ils par eux-mêmes avoir
dans leur essence une certaine permanence ?

Hermogène. - Il m'est déjà arrivé, Socrate, de me lais-

ser entraîner 3
dans mon embarras à la thèse de Protagoras.
Et pourtant, ce n'est pas précisément* mon opinion.
Socrate. — Eh bien, t'es-tu déjà laissé entraîner à croire
b qu'il n'existe absolument pas d'homme méchant ?
Hermogène. —
Non, par Zeus J'en ai fait assez souvent !

l'épreuve pour croire qu'il y a des hommes tout à fait

méchants, et en très grand nombre.


Socrate. —
Et des hommes tout à fait bons, n'as-tu pas
encore cru qu'il en existe ?
Hermogène. Fort peu. —
Socrate. —Mais enfin tu l'as cru ?

Hermogène. — Oui.
Socrate. — Quelle est donc ton opinion là-dessus? Ne
penses-tu pas que les hommes tout à fait bons sont tout à
fait raisonnables, et les hommes tout à fait méchants tout à
fait déraisonnables ?
c Hermogène. — C'est mon avis.
Socrate. — Se peut-il donc, si Protagoras disait vrai et
si la vérité est que les choses sont ce qu'elles paraissent à

i.
ïlapx à côté de, par suite en dehors de, à la différence de.
: :

2. Cette formule fameuse de Protagoras est de nouveau examinée


dans le qui reproduit presque littéralement (i52 a) ces
Théélete,

lignes du
Cratyle. Mais Platon l'y soumet à une réfutation plus
détaillée et décisive (178 b sq.). Voir la Notice, p. 47-
3. 'EvcaCGa est expliqué
par dç a~ep Xéyet.

4. Où souvent une litote exprimant une négation éner-
7:àvj est

gique ;
voir plus loin (3 19 c) oXo>ç où*.
53 KPATT AOS 385 e

kel^evoc ov6u.aTa, Kal "EXXrjaL napà toùç aXXouç "EXXrjvaç,


Kal "EXX^ai napà ftap6àpouç.
e
Zfl. cpépeS^ IScùliev, co
Epu.<$yEV£Ç, ndTEpov Kai Ta ovxa
oôtcûç £X ELV aoL 4>oclvETai, tô Ict auToov f\
ouata EÎvat EKàaTcp,

ûSansp npooTayépaç IXeyev, XÉycov « nàvTCOv )(pr)^dcTCùv

u.ÉTpov » EÎvat ocvBpcoTiov, a>ç apa ota llev av IljloI cf>alvr|TaL 386 a
xà npàyu.aTa EÎvai, xotaOTa u.èv eotlv èu-ol, oîa S' av aot,
ToiaOxa Se aot' f\ e^elv Sokel aot aÛTa aÛT&v TLva fÎEÔaid-
TT^xa xfjç oualaç ;

EPM. "HSrj ttotè lycoyE, o ZoDKpaTEÇ, ànopcov Kal ev-


Ta08a £H,r|VÉ)(8r]v elç an£p npOTayépaç XÉyEt" ou tiocvu tl
U.EVTOL LIOL SoKEL OUTCOÇ £X £LV -

Z.C1. Tl Se ; lç t<58e fjSn â£jrjvÉ)(8ï]ç &œte u.f|


nàvu aot
Sokelv EÎvat Ttva avSpcùTiov novrjp6v ; b
EPM. Ou u.à t8v ALa, àXXà noXXàKLç 8f]
aûxè nénovSa,
ôaiE u-ol Sokelv nàvu novr|poùç EÎvat TLvaç àv8pa>nouç,
Kal u.àXa au^voùç.
Zft. Tt 8é nàvu xp^axol où'nco ;
ctol ISo^av EÎvat av8po>
tiol ;

EPM. Kal u.àXa èXlyoï.


ZO. "ESoÉ.av S' oCv ;

EPM. "Eu-oiys.
s
ZO. ricoc; o3v touto TlSsaaL ; Sp oSe, toùç lièv nàvu
XpriaToùç -nàvu cf>povlu.ouç, toùç Se nàvu novrjpoùç nàvu
a<f>povaç ;

EPM. v Eu.0LyE Sokel outcûç. C

ZO. OÎ6v te ouv eotlv, eI RpcoTayopaç àXî]8^ eXeyev


Kal eotlv aÛTrj r\ àXrj8£La, t6 oîa &v SoKrj EKàaTO TOLaOTa

3 rcapà om. B add. b 4 loto lu v Wbt ||


: e-.8(o- BT ||
5 aot om.
W II
éxaaTw f^cov W
386 a 2 elvou om. T
|| ||
3 xoiauxa 5é aot T :

xoiâos B xotauxa ô' au aot W ||


Zo/.ii aot axxa T ||
aOxûv B : au- TW
H 8 Se B z 8al TWb ||
b 2 aGxô TW : tau- B ||
5 8è B : 8aî Tb fat W
Il àv6pio7;cu om. T ||
c 2 èaxiv om. T.
386 c GRATYLE 54

chacun, que parmi nous les uns soient raisonnables et les


autres déraisonnables ?
Hermogène. — Non certes.
Socrate. — Et ainsi, j'imagine, tu es tout à fait d'avis,

puisqu'il y a une raison et une déraison, qu'il est tout à fait

impossible que Protagoras ait dit vrai. Car l'un ne saurait


point sans doute être plus raisonnable que l'autre, si les
d opinions de chacun sont pour chacun la vérité.
Hermogène. — C'est cela.
Socrate. — Mais tu n'admets pas non plus, je pense, avec
2
Euthydème que toutes choses soient pareillement à tous à
,

la fois et toujours. Car les uns ne sauraient non plus être


bons, ni les autres méchants, si à tous pareillement et tou-
jours appartenaient vertu et vice.
Hermogène. — Tu dis vrai.
Socrate. — Par conséquent,
s'il n'est
pas vrai que toutes
choses soient pareillement à tous à la fois et toujours, ni que
e chacune soit propre à chacun, il est clair que les choses ont
par elles-mêmes un certain être permanent, qui n'est ni
relatif à nous ni dépendant de nous. Elles ne se laissent

pas entraîner çà et là au gré de notre imagination mais ;

ellesexistent par elles-mêmes, selon leur être propre et


conformément à leur nature.
Hermogène. — C'est mon avis, Socrate.

Socrate. —
Les choses elles-mêmes
Ilen est des actes »* lui »i
comme des choses, auront-elles donc cette nature sans qu il
en soit ainsi des actes qui s'y rappor-
Ceux-ci, je veux dire les actes, ne sont-ils pas, eux
3
tent ?

une forme déterminée de réalité?


aussi,
Hermogène. —
Parfaitement, eux aussi.
387 a Socrate. —
C'est donc en conformité avec leur propre
nature que se font les actes, et non pas selon notre façon
de voir. Par exemple, si nous entreprenons, nous, de cou-
per quelque objet, devons-nous couper
chacun comme il
nous plait et avec
ce qu'il nous plaît ? N'est-ce pas en voulant

i. La distinction entre sages et non sages reparaît dans le Théétete,

I
7 IC -

2. C'est le sophiste mis en scène dans le dialogue du même nom.


Pour la thèse qui lui est attribuée ici, cf. Euthyd., 2q4 a sq. ; 296 c.
3. L'expression a un sens à la fois actif et passif : c'est la façon
54 KPATTAOS 386 c

Kal eÎvou, toùç u.èv f|u.oùv cf>poviu.ouç eÎvou, toùç Se ôu|>po-

vaç ;

EPM. Ou Sf)T<x.

T.CI. Kal TaOTa yc, cbç Ey£u.ai, aol navu Sokeî, cppovr)-

ascoç otfarjç Kal à<J>poauvr)c; ^if)


nàvu Suvaxôv eîvaL ripco-

xaydpav àXrjSfj XÉyeiv ouSèv yàp av ttou Tfl àXT}8Eia ô

ETEpOÇ TOO ETÉpOU (fjpOVL^lOTEpOÇ ELT) , EÏTtEp S &V EKOCOTCO

SoKfl EKaaTQ àXr|8fj iaTai.


d
EPM. "Eaxi TaOxa.
3
ZO. 'AXXà ouSè KaT Eu8uSrj^6v yE oî^ai aol Sokeî
^lt)v

Tiocai TiàvTa ôu.oioùç EÎvat ay.a Kal ocel* ouSè yàp âv oôtcoç
eÎev ol u.èv xpr)axol, ol oè Tiovrjpol, el o^iolcoç cmaai Kal asl
àpETrj te Kal KaKia EÏrj.
s
EPM. AXn8f} XéyELc;.
Zfï. OukoOv el LjifjTE
Ttaai TtàvTa eotIv ôliolcùç au.a Kal

àci, lii^te EKaaTcp IS'ia EKaaxov tôv Svtcûv eot'lv, SfjXov Bï]
otl auxà auTcov oûalav I)(ovTà Tiva f}É6aiov kaii Ta irpà- e

yu.aTa, ou Tipèç fju.aç ouSè iôcf>" rju.cùv, IXK6u.£va avco Kal Kàxco
xû rju.£TÉpcp <f>avxàau.aTt, àXXà Ka8' auxà npoç xf)v aûxwv
oualav I^ovTa f^TTEp TtÉ<f>UKEV.
EPM. AOKEÎ LIOL, O ZoKpaTEÇ, OUTCÙÇ EX ELV -

ZO.
riÔTEpov o3v auxà laèv av EÏr) outco TTEcpUKéTa, al
8è Tipà^Eiç auTcov ou Kaxà tôv auxèv Tpdirov fj
ou Kal ;

auxat ev tl eÎSoç tôv Svtcov EÎalv, at Tipà^Eiç ;

EPM. nàvu yE Kal auxai.


ZO. Kaxà TTjv aÛTcov apa <J>uatv Kal at npà£,ELç Tipàx- 387 a

TOVTau, ou KaTà xf)v fj^ETÉpav 86£av. OTov iàv ti ETTi)(Eipf)-

aCù^lEV fjfciSU; TCÙV OVTCOV TÉU.VELV, TtÔTEpOV f\ U. LV TU.TJTEOV


âaTlv EKaaTov cbçocv rçu-Eiç ftouXobu.E8a Kal S âv 3ouXrj865u.EV,

C io ÉTÉpou fjp.tov
W o èàv T II
d 9 tu>v ovzojv èati'v om. T
W
|| ||

6 I auxtov B au- : TW ||
2 xpoç r,{xa; Ôvra ||
3 àXXà xai T ||
aÙToiv
codd. 4 *i*x«p
||
B ||
5 outwç I/eiv BW : outco T ||
6 av tïr\ BW in

marg. T : iit fj
T
8-9 aurai (bis) Heindorf
j|
: au- ||
387 a I autiov
T : au- H 4 èa-àv om. T.
387 a GRATYLE 55

couper chacun suivant la façon naturelle de couper et d'être


coupé, et avec ce qui y est naturellement propre, que nous
couperons et réussirons et ferons correctement la chose,
tandis qu'en allant contre la nature, nous
manquerons le
but et n'aboutirons à rien ?
b Hermogène. — C'est mon avis.
Socrate. — Et nous entreprenons
si de brûler quelque
chose, ce n'est pas en nous réglant sur n'importe quelle opi-
nion qu'il faut le faire, mais sur l'opinion juste? Et c'est
celle qui indique comment et avec quoi
chaque chose est
naturellement propre à être brûlée et à brûler ?

Hermogène. — C'est cela.


Socrate. — De même pour aussi le reste?
Hermogène. — Parfaitement.

Nommer Socrate. — Et parler, n'est-ce pas


est une partie aussi un acte ?
de l'acte de parler. Hermogène. — Oui.
Socrate. — Est-ce donc en suivant son opinion particulière
c sur la façon dont on doit parler qu'on parlera correctement?
N'est-ce pas en se réglant sur la manière et les moyens

qu'ont naturellement les choses d'exprimer et d'être expri-


mées par la parole, qu'on réussira à parler, sans quoi l'on
manquera le but et l'on n'aboutira à rien ?
Hermogène. — Je suis de ton avis.
Socrate. — Or nommer, n'est-ce pas une partie de
l'action de parler? Car en nommant, n'est-ce pas ? on parle.
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Nommer est donc un acte, si parler était bien
un acte
qui rapporte aux choses
se
*
?

Hermogène. — Oui.
d Socrate. — Et nous l'avons vu, ne sont pas
les actes, rela-
tifs à nous, mais ont une certaine nature qui leur est propre ?

qu'ont les choses d'agir et d'être « agies » (Voir plus loin). Sur la

notion de npSÇiç, cf. Théétete,i55 e, et Sophiste, 262 b sq. Les


rpacj-etç sont définies ici une forme déterminée de réalité » le
« ;

Théétete parle de ces gens qui refusent au contraire de les admettre


au partage de l'être.

1. Horn
(Platonsiudien, Neue Folge, iqo4, p. 25)
note le caractère

remarquable de cette définition. Pour Socrate, le langage est moins


un moyen qu'ont les hommes de se comprendre qu'une forme d'acti-
55 KPATYAOS 387 a

f)
làv u.èv Kaxà Tf)v <J>ùaiv (iouXr|8co^Ev ekocctov té^veiv toO
TEfclVElV TE KCcl TEfclVEaSai Kal CD
TtÉ<|>UKE, TE^oOfclÉV TE Kal
tiXéov tl f^îv ferrai <al ôpBcoç Ttpà£ou.Ev toOto, làv 8è

•napà cf>ûaiv, E^a^apTr)ao^E8à te Kal ouSèv Ttpà£opEV ;

EPM. "Eu.oiyE Sokel outo. b


ZO. OukoOv Kal làv kocelv Tt ETTt^Eipi'jacù^EV ,
ou Kaxà
Tt&aav SéÉjav 8ei kocelv, àXXà KaTà ttjv ôp8f)V ; aÔTT^ S'
ECTTiv f[ TT£C|>UK£V EKaCJTOV KOCEcOal TE Kal KOCELV Kal S
TTE(|>UK£V ;

EPM. "Egti TaOTa.


Zfï. OukoOv Kal TaXXa outo ;

EPM. nàvu yE.


ZO. *Ap' ouv où Kal t6 XÉyEtv u/ia tiç tSv npa^Eûv
ecjtiv ;

EPM. Nat.
ZO. ri6TEpOV OUV fl
Sv TO SoKfj XeKTEOV EtVai, TaUTT]

Xéycov ôpBcoç Xe^ei, tié^uke xà TTpàyu.aTa XÉyEtv c


fj
èàv u.èv î\

te Kal XÉyEaSat Kal S, TauTrj Kal toutcù XÉyfl, TtXéov té ti

Ttoir)aEL Kal èpEÎ- âv Se lit), l£au.apTf)a£Tal te Kal ouSèv

TtoufjaEi ;

EPM. OuTCO U.OI Sokeî coç XÉyElÇ.


Zft. OukoOv TOO XÉyELV L^épiOV t8 ÔVOLAOCC^ELV ;
ÔVOLià-

£ovteç yàp ttou XÉyouai toùç Xôyouç.


EPM. ndcvu yE.
ZO. OukoOv Kal t6 ôvou.ࣣiv Trpa£,ic; tiç Icjtiv, EÏTCEp
Kal t8 XéyEiv TtpccE,lç tiç rjv TtEpl xà Ttpàyu.aTa ;

EPM. Nal.
ZO. At 8è Ttpà^ELÇ £<f>àvr|aav t^lilv ou Ttpèç r|fciaç oîîaai, d
3
àXX auTcov Tiva ISlav c|>ucnv I^ouaat ;

a 5 -etxeTv W b 3 Boxeï W pro oct 4-5 xéçu/cv Hermann :

W W
|| ||

bcEfûxct BT
^ccpuxct et : mox i-.iz-jy.v. || 9 |xta xt'ç êaxi
12 Tzdxspov ouv au èàv W (in marg. yp. r av) |j C 3 av BT :
||

èàv
W
{

j|
6 èvoixaÇovTcç BW : xat StovojiaÇovxeç T || 9 xt'ç om. B eirep
BT : tXr.to ye W ||
10 ?jv BT : Ion ||
Wd 3 auxtov B au- : TW.
||

V. 2. — 5
387 d CRATYLE 56

Hermogène. — C'est cela.


Socrate. — Il faut donc nommer les choses suivant la
manière et le qu'elles ont naturellement de nommer
moyen
et d'être nommées, et non comme il nous plaît, si nous vou-
lons être d'accord avec les conclusions précédentes ? C'est
ainsi que nous pourrons réussir à nommer ;
autrement nous
ne le pourrons
pas?
Hermogène. Il — me le semble.

Le nom un
Socrate.
Voyons
J

donc. Ce gu'il
est ,
de
,
.
.,
. „ ..
.
A. •
instrument qui sert agissait s
couper, il fallait, disons-
à instruire, nous, le couper avec quelque chose ?
et à distinguer Hermogène. Oui. —
e
la réahté -
Socrate. —
Et ce qu'il s'agissait de
tisser, le tisser avec quelque chose? Ce qu'il s'agissait de per-
cer, le percer avec quelque chose ?
Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —Et ce qu'il s'agissait de nommer, il fallait le
nommer avec quelque chose ?

388 a Hermogène. — C'est cela.


Socrate. — Et de quoi fallait-il se servir
pour percer ?

Hermogène. — De la tarière.

Socrate. — Et pour tisser ?


Hermogène. — De la navette.
Socrate. — Et pour nommer ?

Hermogène. — Du nom.
Socrate. — Tu Ainsi
as raison. le nom aussi est un ins-
trument.
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Si donc
je demandais quel instrument est :

la navette? N'est-ce pas celui qui sert à tisser?


Hermogène. —
Oui.
b Socrate. —
Et en tissant que faisons-nous? Ne distin-
guons-nous pas la trame et la chaîne confondues ensemble ?
Hermogène. Oui. —
Socrate. —
Et de la tarière et du reste, pourras-tu en
dire autant ?

Hermogène. — Parfaitement.

vite par laquelle ils se mettent en rapport avec les choses. Du moins
est-ce là son point de départ. ,
56 KPATTAOS 387 d

EPM. *EaxLxaOxa.
ZO. OôkoOv Kal ovopaaxÉov èaxlv f[ tié<|>uk£ xà Ttpa-

y^axa ôvolloc£elv xe Kal ôvoLià£Ea8aL Kal S, àXX' oû)( f\


Sv

fjfcieu; 3ouXn8ôu.£v, Einep xl xoîç I LmpoaScv laéXXel ÔLioXoyo^-


lievov Eivai Kal ouxco u.èv âv ttXéov xl ttololljiev Kal ôvoLià-
;

£olli£v, aXXcoc; Se o$ ;

EPM. 4>aiVET0tl u.ol.


ZO. <t>ÉpE S^, 8 ISel xéllvelv, ISel tû, <j>au.Év, xéllvelv ;

EPM. Nal.
IQ, Kal S 15 si kepkl^elv. ISel xco KEpKic^ELv ;
<al 8 ISel e

xpuTiâv, ISel xa> xpunSv ;

EPM. nàvu yE.


Zd. Kal o ISel 8f) ôvoll<x£elv, ISel xcp ôvolkx^elv ;

EPM. "EcmxaOxa. 388a


Zft. Tl 8è t]v ekelvo S ISel xpunav ;

EPM. Tpùiravov.
Zfï. Tl Se o kepkl£elv ;

EPM. Kepk'lç.
ZO. Tl Se cû Svou.a£sLV ;

v
EPM. OvoLia.
ZO. Eu Xeyelç. "OpYavov apa xl eoxl Kal xo ovoLia.

EPM. riavu y£-


ZO. El ouv ey&5 EpoLLLr|v « Tl fjv SpYavov f\ KEpKiç ;
»

OU)( Ç KEp Kl£o U.EV ;

EPM. Nal.
Zft. Kepk'l£ovxeç 8è xl SpÔLiEv ou xfjv KpéKrjv Kal xoùç b ;

axfju.ovaç o~UY KE X u biEVOUCî SuxKplvoiiEV ;

EPM. Nal.
ZO. Oukouv Kal TtEpl xpunàvou e^elç oôxqç eItteîv Kal

TtEpl xcov aXXcov ;

EPM. nàvu ye.

d 'a Iotîv om. T Ij


5 cvofiaÇecv Te xaî om. B add. b in marg. ||

10 o om. B add. b ||
toj T : :wBW e ||
i tôj et statim codd. |J

388 a 2 o\ BW : Sa? Tb j|
4 8s BW Sa» Tb
:
||
iô lyuy' W.
388 b CRATYLE 57

Socrate. —
Peux-tu donc en dire autant du nom? Si le
nom est un instrument, en nous en servant pour nommer,
que faisons-nous ?

Hermogène. — Je ne puis le dire.


Socrate. — N'est-ce pa3 que nous nous instruisons les
uns les autres, et que nous distinguons les choses suivant
leur nature ?

Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Ainsi le nom est un instrument qui sert à
c instruire *
,
et à distinguer la réalité comme la navette fait le
tissu.
Hermogène. — Oui.
Socrate. — Or navette un instrument de tissage?
la est
Hermogène. — Évidemment.
Socrate. — Un bon tisserand servira donc comme se il

faut de la navette, et « comme il faut » veut dire : de façon


propre au tissage ;
un bon instructeur, comme il faut du
nom, et c comme il faut » signifie de façon propre à ins-
:

truire.
Hermogène. — Oui.

Établir les Socrate.


noms De qui donc est l'ouvrage —
est l'œuvredont le tisserand se servira comme il
du législateur. faut en se servant de la nave tte ?
Hermogène. Du menuisier.—
Socrate. —
Et tout homme est-il menuisier? ou seule-
ment celui qui possède cet art ?

Hermogène. — Celui qui possède cet art.


d Socrate. — Et de qui est l'ouvrage dont le perceur se
servira comme ilfaut en se servant de la tarière ?
Hermogène. — Du forgeron.
Socrate. — Tout homme est-il donc forgeron, ou seule-
ment celui qui possède cet art ?

Hermogène. —
Celui qui possède cet art.
Socrate. —
Bien. Et de qui est l'ouvrage dont se servira
le bon instructeur en se servant du nom ?
Hermogène. — Je ne le sais pas davantage.
Socrate. — Ne peux- tu dire non plus qui met à notre

disposition les noms dont nous nous servons ?


i . La proposition est admise ici sans discussion, ce qui s'explique
57 KPATTAOS 388 b

ZO. "Exelç Br\


<al TïEpl ôvÔLiaToc; oïjtcoç elttelv ; ôpyàvcp
Svtl tô ôv6^axu 6vo\xàC,ovzEq t'l ttoloGliev ;

EPM. Ouk Ixco Xéyeiv.


s
ZO. *Ap oSv SiSdcaKO^Év tl àXXf]Xouç <al Ta npàyLLaTa

StaKpivoLiEv f\ e^eu ;

EPM. riàvu y 2 -

ZQ. "OvoLia apa StSaaKotXtK^v tl eotlv opyavov Kal Sia-

KpLTLKOV Tf]Ç OUaiaÇ, COOTTEp KEpKLÇ VJ^àCLLaTOÇ. C

EPM. Nai.
e
ZQ. Ycf>avTLKov 8é yE t} KEpKiç ;

EPM. ricoçS' ofl ;

e
ZO. Y<j>avTLK6ç ljlev
apa kepklSl koXcoç ^prjaETaL, koXûûç
S' ecttIv û<|)avTLKÔc;• $LSaaKaÀLicèç Se ôve>LiaTL (icaXcûc;)*

koXSç S* ecftl SLÔaaKaXLKÔc;.


EPM. Nat.
ZO. Tc£ t'lvoç oSv Ipycp ô ûcfxxvTrjc; koXcûç ^pfjaETai,
8Tav tt] kepk'lSl )(pf]TaL ;

EPM. TQ toO tektovoç.


ZO. riaÇ 8è TÉKTCÙV Ô f\ Tf]V TE^VT^V E)(CÛV ;

EPM. O tt*)v TÉxvrjv.


e

Z£L TG> t£voç 8è Epycp ô TpxmrjTfjç KaXcoç xP^ aETaL >


d
cWav tcû Tpimàvco XPn Toa >

EPM. T&toO xaXKÉQç.


s
ZO. *Ap oSv tiSc; xoXksùc; o tt]v té^vt^v e^ov f\ ;

EPM. 'O TT)V TÉ^VT^V.


Zft. EÎev. Tô 8è t'lvoç Ipycp ô SiSacncoXiicôc, wqoziOLi,
cWav tcù èv^LiaTL xp^Ta»- ;

s
EPM. OôSè toOt i X cû.
ZO. OuSè to0t6 y' £X ei-Ç eltteÎv, tlç TtapaSiScoaLV f)LiLv

Ta ôv^LiaTa oîç xp&LLESa ;

b 8 tïoioTllsv B ||
10 ouv codd. sed litera v punctis notata in B où

Stephanus ||
C 5 xb/ p^azza.: T ||
6 xaXwç* x.aXw; man. rec. Goislin.
i55 xaXw;
:
||
12 TexTtov laxtv Wb d 2 otsv tw Tpu7:àvw ypf zai
|| t

om. T d 4 ô ttjv TeyvYjv om. B ô ttjv Ti/vrjv I/gjv add. b in marg.


W
||

5 6 tt)v
xéy vtt;v om. j| 9 touto y' BW : tout' T.
388 d GRATYLE 58

Hermogène. — Certes non.


Socrate. — N'est-ce pas la loi (l'usage) à ton avis qui les
met à notre disposition ?

Hermogène. — Apparemment,
e Socrate. — C'est donc l'ouvrage du législateur *
que le
bon instructeur utilisera en se servant du nom?
Hermogène. — C'est mon avis.
Socrate. —
Et législateur, tout homme l'est-il à ton
avis, ou seulement celui qui possède cet art ?
Hermogène. —
Celui qui possède cet art.
Socrate. —
Ainsi, Hermogène, ce n'est pas au premier
389 a venu qu'il appartient d'établir le nom, mais à un faiseur de
noms ; et celui-là, semble-t-il, est le législateur, c'est-à-dire
l'artisan qui se rencontre le plus rarement chez les humains.
Hermogène. — Il le semble.

Socrate. — Or ça, examine donc sur


j iA~*Ji~*— quoi le législateur
o fixe les yeux quand
du législateur. ?
il
J
établit les noms, nemonte, pour 1 exa-
\
miner, aux exemples précédents. Sur quoi le menuisier a-t-il

les yeux quand il fait la navette ? N'est-ce pas sur un objet


naturellement propre au tissage ?
Hermogène. —
Parfaitement.
b Socrate. —
Et si la navette se brise pendant la fabrica-
tion, en refera-t-il une autre en tenant les yeux sur la na-
vette brisée, ou sur cette forme dont il s'inspirait en faisant
la navette qu'il a brisée ?

Hermogène. — Sur cette forme-là, ce me semble.


Socrate. — Nous serions donc tout à fait en droit de
l'appeler la navette en soi ?
Hermogène. —
C'est mon avis.
Socrate. — Quand il
s'agit de faire une navette pour un

si les noms ont « une certaine justesse naturelle ». Plus loin elle sera
reprise par Gratyle, qui lui donnera d'ailleurs une forme plus précise
et absolue. Socrate alors la combattra, en montrant qu'elle n'est

plus soutenable si la convention a une part dans la formation du


langage.
le vague cette notion du législateur, dont
i. Socrate laisse dans

les commentateurs ont beaucoup discuté, les uns y voyant le peuple,


d'autres un personnage mythique ou un homme doué d'un instinct
divin, d'autres enfin les premiers hommes.
58 KPATYA02 388 d

EPM. Ou SfJToc.
s
ZO. *Ap ou)(l ô v6uoç Sokel ooi eÎvocl ô napaSiSoùç
aÛToc j

EPM. "Eolkev.
ZO. NouoBétou apa £py<*> XP l aETai
1 ° SiSaoKaAticèç oTav e

ôvéLiaTL xpf^Tai ;

EPM. Aokel LHH.

ZO. NouoBÉTrjç 8é aot Sokel Trac eÎvoci àvfjp f\


h tf]v

xÉ)(vr|v e)(cùv ;

EPM. C

TT]V TÉXVT^V.
ZO. Ouk apa Troc vtoç àvhpéq, o 'EpLiàyEVEÇ, SvoLia 8éa6at
èaTiv, àXXà tlvoç ôvoLLaToupyoG oCtoç 8° egt'lv, â>q eolkev, 389 a
*

o vouoBÉxrjc;, Sç bt\ tôv Sr) Luoupyôv cmavicûTaToc; lv àvBpob-

ttolç ytyvETai.
EPM. "Eolkev.
ZO. *I8i 8rj, ETilCTKEt|iaL ttoî (iXÉnov ô
voljloBettjc;

ôvéuaxa ek tûv ELiTTpoaBEv 8è àvàaKELpaL. l"loî
tIBetou,*

[iXÉTTQV Ô TEKTCÛV TT)V KEpKlSa 7TOLEÎ Sp' OU Ttpèç TOLOUT<5v ;

Tl 8 TT£(j>UKE KEpKL^ELV ;

EPM. riàvu yE.


ZO. Tt 8é Slv KotTayfl autcp ^ KEpKlç ttoloOvul, ndTEpov
; b
ttocXlv TTOLf)aEL aXXrçv Tipôç xf]v KaTEayuîav (îXéttcov, Ttpoç
f)

ekelvo to eÎSoç npôç BîtEp Kal f\v KaTÉafJEv etcoéel ;

EPM. ripèç EKEÎVO, ELlOLyE SoKEÎ.


Zft. OuKoOv EKELVO SlKaLÔTaT* OCV aUTO 8 EOTLV KEpKLÇ
KaXÉactLLLEV ;

EPM. "EuOLyE Sokel.


ZO. OUKOOV ETT£L$àv SÉT] XeTCTQ iLlOtTlCO f) TTa^EL f)
XlVÔ

d 12 6 vouo; BW in marg. t :
ovdjxaToç T elvai om. T i3 aùxà
BT xaîha
: W e A *aç av êTva: W [j

389 a i èoriv om. T 2 lv


|j

W
j| || ||

om. T || 7 toiouto' 8 -s<puxe ||


cum duobus codd. Stallbaum :

-ecpuxs: BW £7:ecpy/Et T b i 8s TW 8<xi B uel b


: r supra uers.
add. t
||
5 oùxouv — 7 Soxst
(|

om. B in marg. add. b


||

||
t

8 Xivû BW et
man. recentiss. T : Xi'vw Tb.
389 b CRATYLE 59

vêtement léger ou épais, de lin, de laine ou de toute autre


sorte, toutes doivent avoir la forme de la navette, et, d'autre
faut appliquer à '
type qui est natu-
il le
part, chaque ouvrage
c Tellement 2
plus approprié à chaque objet
le ?

Hermogène. Oui. —
Socrate. —
Et de même pour les autres instruments :

une trouvé l'instrument qui, par nature, est


fois
approprié à
3
chaque objet , on doit en appliquer la forme à la matière dont
*

on fait en la choisissant non pas comme on veut,


l'ouvrage
5
,

mais d'après sa propriété naturelle. Par exemple, c'est la


forme de tarière naturellement appropriée à chaque objet
qu'il faut, semble-t-il, savoir imposer au fer.
Hermogène. Parfaitement.—
Socrate. —
Et au bois la forme de navette naturelle-
ment appropriée à chacun.
Hermogène. C'est cela. —
d Socrate. —
INous avons vu en effet qu'à chaque genre de
tissu était naturellement propre, semble-t-il, chaque sorte
de navette, et de même pour le reste.
Hermogène. Oui. —
Socrate. —
Eh bien, mon excellent ami, le nom qui est
naturellement approprié à chaque objet, notre législateur ne
doit-il pas savoir l'imposer aux sons et aux syllabes, et
avoir les yeux fixés sur ce qui est le nom en soi, pour créer
et établir tous les noms, s'il veut faire autorité en cette ma-
e tière ? Si chaque législateur n'opère pas sur les mêmes syl-
6
labes, voici ce qu'il ne faut point oublier : tous les forgerons
n'opèrent pas non plus sur le même en fabriquant pour
fer
le même but lemême instrument ; néanmoins, tant qu'ils
390 a lui donnent la même forme, même si ce n'est pas le même

fer, l'instrument est bon, qu'on le fabrique chez nous ou


chez les Barbares 7 N'est-ce pas ? .

i. C'est-à-dire à chaque instrument (opyavov).


2 Ici : à
chaque espèce de vêtement.
3. A la confection de chaque travail (comme p. ex. un vêtement).
l\. Par ex. le bois, pour la navette.
5. L'instrument.
6. 'Ayvoeîv a paru impropre ; diverses corrections ont été propo-
sées, dont la meilleure semble être àaoïyvosiv. Mais on peut garder
le texte, en admettant avec Stallbaum que touto annonce la suite.
7. Argument contestable. Deux forgerons façonnant le même
5g KPATYA02 389 b

f\ epEco f\
ôttolooOv tlvl KEpKlSa ttolelv, Ttàaaç liev Sel t6

TfjÇ K£pKl$OÇ E)(ELV EÎSoÇ, OÏa S' EKOKJTCÛ KaXXiOTT] TtÉ<f>UKE,

Tauxrjv ànoSiSovai xf]v (|>uctlv elç t6 Ipyov EKaaxov ;


C

EPM. Nat.
ZQ. Kal TiEpl tôv &XXcov 6t) Spyàvoûv ô auTÔç Tpénoç*
to <J>\3aEL EKdaxcp tie(J>uk6c; Spyavov EÉJEupévxa Sel ànoSouvaL
elç IkeÎvo !£ oC av Tïotfj to Ipyov, ou)( oîov av atVuèç

ftouXr]8fl,
àXX' oîov ttécJ)Uke. T6 <j>ua£L yàp EKdarcp, âç eoike,
TpÙTtavov tte<J)ukô<; elç t&v atSrjpov Sel ETTiaraaSou tlSévol.

EPM. riàvu y£.


Zft. Kal Tfjv cpuaEi KEptclSa EKocaTcp TiEcpUKULav elç £ùXov.
EPM. "EaxL TaOxa.
Zn. <Pûoei yàp r\v EKadTO elSel ûcjjàauaToç, ôbç eolkev, d
EKaCJTn KEpKLÇ, <al T&XXa outcûç.
EPM. Nat.
ZQ. *Ap' oCv, O &ÉXTLQTE, Kal t6 EKOCCTTCp (JjUCTEL TT£<|>UKOÇ
SvoLia t6v vouoSéti-jv ekelvov eIç toùç cf>86yyouç Kal t<xç

auXXa6àç Sel lTtlaTaa8aL tlSévol, Kal (îXÉrrovTa *np6ç aôxo

Ikelvo 8 laTLV 5voLia, navra Ta SvéuaTa ttolelv te Kal

TlSEaSaL, eI lleXXel KupLoç stvaL ôvoll<xtcùv BÉTrjç ;


eI Se Lif]

EiçxàçaÔTàç auXXaôàç EKaoroç ô vouoSétiiç TlBrjaLV, ouSèv

Sel toOto àyvoEÎv ouSè yàp elç tov aiVrSv atSrjpov &Ttaç e

)(aXKEÙç TlSrjaLv, toO auToO IvEKa ttolûùv to auTÔ opyavov


àXX' Suûjç, ecùç âv t^jv auT^v tSÉav ôlttoSlSô, èàv Kalèv aXXo

aLS^pcp, 8uqç op8ôç Iv^el t6 opyavov, làvTE evSocSe eocvte 390 a


lv 3ap6àpoiç tlç TtoLfj. *H yàp ;

b g IpsaS Bt (man. recentiss.) etprimitus ut uidetur W :


èpito TWb
W
||

Set BW et man. recentiss. t 8f, T io oia : ola BT : 8' BT : Ô'

av W || rcéçuxe Stallbaum 8è :
bcfféxsi
ôt] 4 "ô punc-
j|

||
C 3 W pro ||

||

tis notatum in T 5 ~6 epyov om. T


6 reçu/e Stallbaum È*JCs?6xS( :

W
|| ||

|| 7 8eT BWt (man. recentiss.) 8rj T 9 iîç ÇuXov 8ei TiÔéW. :


|| ||

d 7 ovocia TWb
ôv6;a.a"a B 9 ëxaaTOç ôvoaaxoôitrj;
: e 1 àjiçc-
||
W ||

yvoeiv Peipers pro àyvoeîv ouoè où T aùtôv om. T


||
3 av BW :
|| |j

om. B èàv xai èv à'XXto arôr-pco ô|xa>; Stallbaum


y èàv Te èv àXXto :

c.or|poj 0{xw; codd. eàv te èv (tû aùrto èâv Te èv)aXXio oato; Ast secl.
Schanz.
390 a CRATYLE 60

Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —
Ne jugeras-tu pas ainsi du législateur, aussi
bien du nôtre que de celui des Barbares ? Tant qu'il impri-
mera la forme de nom requise par chaque objet à des syllabes
de n'importe quelle nature, ne sera-t-il pas aussi bon légis-
nous ou partout ailleurs
lateur, chez ?

Hermogène. —
Parfaitement.

b a
Socrate. —
donc celui qui
Quel est
saura reconnaître
forme convena-si la
du dialecticien.
ble de navette a été donnée à n'importe

quel bois ? celui


qui l'a faite, le menuisier, ou celui qui s'en
servira, le tisserand?
Hermogène. — Apparemment, Socrate, ce sera plutôt
celui qui s'en servira.
Socrate. — Qui donc utilisera l'ouvrage du fabricant de

lyres ? N'est-ce pas l'homme


plus capable de diriger le tra-
le

vail, et déjuger, l'ouvrage fini, s'il est bien fait ou non ?


Hermogène.— Parfaitement.
Socrate. — Qui est-ce?
Hermogène. — Le joueur de lyre.
Socrate. — Et l'ouvrage du constructeur de navires ?

c Hermogène. — Le pilote.
Socrate. — Et l'ouvrage du législateur? Qui donc saura
par excellence le diriger et juger du travail exécuté, chez
nous comme chez les Barbares? N'est-ce pas celui qui s'en
servira ?

Hermogène. — Oui.
Socrate. — Celui-là donc pas l'homme qui connaît
n'est-il
l'art
d'interroger?
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Et en même temps de répondre ?

Hermogène. — Oui.
Socrate. — Mais qui connaît
celui d'interroger de l'art et

répondre, autrement
l'appelles-tu que dialecticien ?

Hermogène. — Non, nom que


c'est le donne. je lui

instrument n'emploient pas une matière différente, mais différents


morceaux de la même matière. Il en va autrement du langage. Si les
lettres et les syllabes sont les matériaux dont se forment les mots, il
est clair que avôpw^o; et homo sont faits de matériaux différents

(Horn, 0. L, p. 29-80).
60 KPATYAOS 390 a

EPM. ridcvu ys.

ZO. OukoOv ourcoç à^i<*>aELÇ Kal t6v vou.o8étt|v tôv te


Iv8<x8e Kal xov âv toÎç 3ap6àpoiç, ecûç âv t6 toO ôvé^atoç
EÎSoq octtoSiSô t6 Ttpoaî^KOv EKaaico ev ÔTtoioiCToOv auXXa-
6aîç, ouSèv X^P 00 vou.o8ÉTr)v EÎvat t6v evScxSe f) tov ôttouoCv
aXXo8i ;

EPM. ridcvu yE.

ZO. Ttçouv ô yvcoa6^EVoç el xè Ttpocrqicov eÎSoç KEpKiSoç b


ev cVttoicûoOv £,uXco KEÎTai ;
ô TtoLl£|aaç, ô téktcov, f\
b XP 7)'

aé^Evoç, ô ûcf>àvTT)Ç ;

EPM. Eticdç uèv co


ZcbKpatEÇ, t6v )(pr|a6ji£vov.
laSIXXov,

ZO. Tlç t§ toO ouv ô


XupoTTotoO Ipycû \pr\o6\iEvoc; Sp' ;

ou)( oCtoç oç ETrtoTaLTo av Epya£oLA£vcû KàXXiora ETiicrraTEtv


Kal EÎpyaauÉvov yvoir| eït' eu"
EÏpyacrrai eite jx/j ;

EPM. llavu yE.


ZO. Ttç ;

e
EPM. O KieapiaT/jç.
ZO. Tic; 8è ô tco toO vauTTrjyoO ;

EPM. KuÔEpv^T^ç. c

ZO. Tlç 8è tco toO vou.o8étou Epyci> ETiiaTaT^aEiÉ t" av


<àXXiaxa Kal EipyaaiiEvov KptvEiE Kal ev0<x8e Kal ev toiç
s

|}ap6àpoiç ; Sp oôx ScrnEp \pi)OziaLi ;

EPM. Nat.
3
ZO. *Ap oQv oô^ ô Ipcoxav ETuaTa^Evoc; o$t6ç ectiv ;

EPM. ridcvu yE.


ZO. O 8è ocut8ç icai àTTOKplv£a8ai
e
;

EPM. Nat.
ZO. T6v Se èpcoTav Kal àTtoKplv£a8ai èmcrràiAEVov aXXo
xi ab koXeÎç ¥\
SioXektikcjv ;

EPM. Oôk, àXXà toOto.

Testim. : 390 a k oùxouv — 8 aXXoôt Euseb., Praep. euang., n, 6.

390 a 5 tÔ BTW : xat «cô Euseb. ||b 3 ô om. B 5 ap' om. W


W
il || ||

6 2-i'aTaxat tôj àvepya^otxévto B || 7 yvo^T) av W || 9 tic 8r) ||


11 8at
b pro SI y O a 8aî B. R TW :
CRATYLE 61

Socrate. —
Ainsi, le travail du charpentier consiste à fa-
briquer gouvernail sous la direction du pilote, si le gou-
le
vernail doit être bien fait.
Hermogène. — Apparemment.
Socrate. — Et celui du législateur, semble-t-il, à établir
le nom sous la direction du dialecticien 1
,
s'il veut établir les
noms comme il faut.
Hermogène. — C'est cela.

Socrate.
Il —
ya donc des chances,
et conclusion. Hermogène, pour que l'établissement du
nom ne soit pas, comme tu le crois 2 une ,

petite affaire, œuvre de gens médiocres et des premiers ve-


que les noms appartiennent
3
nus. Cratyle a raison de dire
e naturellement aux choses, et qu'il n'est pas donné à tout le
monde d'être un artisan de noms, mais à celui-là seulement
qui, les yeux fixés sur le nom naturel de chaque objet, est
capable d'en imposer la forme aux lettres et aux syllabes.
Hermogène. —
Je ne vois pas, Socrate, ce que l'on peut
a opposer à ta thèse. Peut-être toutefois n'est-il pas facile
d'y acquiescer ainsi sur l'heure, et il me semble que je te
croirais davantage si tu me montrais quelle est cette justesse
naturelle du nom dont tu parles.

En quoi consiste
Socrate. —
Moi, bienheureux Hermo-
la justesse naturelle gène, je ne parle d'aucune. Tu as
des noms. oublié ce que je disais un peu plus haut 4 ,

que je n'en savais rien et que j'allais l'examiner avec toi.

Pour l'instant, tout ce que nous révèle l'examen, à toi et à

moi, c'est que, contrairement à la première opinion, le nom

i Socrate ne veut pas dire que les deux fonctions doivent être
.

nécessairement distribuées entre deux personnes différentes. Elles


peuvent être unies dans la même mais c'est à la dialectique que
;

revient la direction (Horn, o. L, p. 29).


2. Gela résulte de ce que disait Hermogène 384 c d.

3. De ce qu'on doit établir les noms en imposant aux lettres et


aux svllabes la forme de nom
appropriée à l'objet, Socrate
la plus
conclut que Cratyle a raison de considérer les noms comme justes
par nature et non par l'effet d'une convention (voir 383 a b).
4. 384 c
61 KPATYAOS 390 d

ZO. Téktovoç uèv apa Ipyov êcrrlv Ttoifjaai Tir|SàXiov d

EmaraToOvToç <u6Epvf^Tou, eî jiéXXei icaXov eîvat Tè

TtrjSdXiov.
EPM. <t>atvET<xi.

EH. No^oSéxou Se yc, coç eoikev, Svoua, EmaTàTT)v


I^ovxoç SiaXEKTiK6v âvSpa, ei ^iéXXel koXcûç ôv6^iaxa
6rjoEa8ai.
EPM. ''EaTi TaOxa.
e
ZO. KivSuveûel apa, q Ep^6yEVEÇ, EÎvai ou cpaOXov, coç
où olel, f|
toO ôvo^aToç 8ÉCTLÇ, ouSè <|>auXcov àvSpov ouSè
tqv etutu)(6vtcov. Kai KpaTÙXoç àXr]8fj XéyEi Xéycùv c(>ùcei
t« ÔvouaTa sîvai toîç Tipày^aat, Kal ou TtavTa 8r)u.ioupyôv e

cvou.gctcov EÎvat, àXXà ^6vov ekelvov t&v omo6XÉTTOVTa eiç


xè ir\ c|>ua£i ovop.a Sv ekocotco ical 8uvàu.£vov auToO t6 eÎSoç
TiSÉvai eïç te Ta ypap.u.aTa Kal Tac; auXXaBàç.
EPM. Ouk ex", S ZcoKpaTEç, cmcoç XP^) Tipôc; a Xéyeiç
EvavTioOaScu. "lacoç u.évtoi ou £<&8i6v ecjtiv oÛTcoçl^atc^vrjc; 391 a

Ti£io8f)vai, àXXà Sokco ^ol qSe âv u.&XXov TtEi8Ea8at aoi, eï

^loi SeIEJemxç fjvTiva cpflç EÎvai ttjv cpuaEi ôp86TT]Ta ové-

u.aToç.
s e
ZO. Eycb ^Év, co
^aKapiE Epu.6y£V£c;, ouSEu/iav Xéycù,
àXX' ETtEXà8ou y£ gùv êXtyov npéTEpov IXEyov, 8ti ouk
elSeitiv, àXXà OKEi|;olu.r|v u.£Ta aoO. NOv 8è o-kottouu.évoiç

fjfcuv,
eu.oI te <al aot, toqoOtov (ièv fjôrj c|)atvETaL Trapà xà

Testim. d i xsxxovoç txev


:
— e 3 éxaaxio Greg. Gorinth., Walz,
Rhet. graeci, vol. 7, p. 1094 ||
d I tÉxtovo; —
e 4 auXXaSa; Euseb.,
Praep. euang., 11,6.
d 1 xô 7:otT]aat Euseb. ||
5 ôvouaxoôéxou Greg. Cor. pro vouoOe'xou
j|
6 xô ovoua Greg. Cor. pro ovouaxa 7 xeÔTJceaôa: Euseb. et Greg. ||

Cor. H 9 où çauXov tiç elvai, ai 'Ecuoyéveç Greg. Cor. 10 oXaùpwv


W W
||

1 1 twv e 3 ov ovoaa
pro çaùXcov xuy dvxcov Greg. Cor.
j| |[ ||

xd te T y 4 xa xe Euseb. pro xe xà 391 a 2 àXXà ooxto aot a>8e av ||

aàXXov re-'ôeaGat ao: el' ixo Hirschig: àXXà 1


. raiOeaôaL om. B àXXà —
ooxw uoi u>8e av uaXXov zeiôrJaeaOa: ae el' uoi b àXXà ÔoxaS (j.o: a>ô'e av
aaXXov xi'6ea6ai (î:£i6eaQaî ex emend.) oe el' ixot T àXXà Boxto ptot oJ8e
xv aaXXov 7ïeia0TÎaec6ai el' aot 6 ye wv ôXt'yov W ôXi'yov yàp T.
||
BW :
391 a CRATYLE 62

semble posséder une certaine justesse naturelle, et qu'il


b n'appartient pas à tout le monde de savoir l'appliquer
comme il faut à n'importe quel objet. N'est-ce pas ?
Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —
Il nous faut donc chercher ensuite, si tu

tiens à le savoir, en quoi peut à son tour consister cette


jus-
tesse.
Hermogène. — Mais je tiens à le savoir.
Socrate.— Eh bien,certainement,
examine-le.
Hermogène. — Comment l'examiner faut-il ?

Socrate. — La méthode plus mon camarade,


la
juste,
de suivre les savants, en leur payant de l'argent et en
est
leur rendant grâces. Ceux-là, ce sont les sophistes, à qui ton
c frère Callias a versé beaucoup d'argent, d'où sa réputation
1

de sagesse. Mais puisque tu n'as pas la disposition de ton


patrimoine, il te faut implorer ton frère, et le prier de t'en-
seigner en quoi consiste la justesse en ces matières, telle
qu'il l'a apprise de Protagoras.
Hermogène. —
11 serait absurde à moi, Socrate, d'en
faire la prière, si, tout en rejetant absolument la Vérité 2 de

Protagoras, j'accueillais comme ayant quelque valeur les

propos tenus par une vérité de cette sorte.

Socrate. —
Eh bien, s'ils ne te satis-
m ™. font pas non plus, c'est Homère et les
j

d autres poètes qu'il faut prendre pour


maîtres.
Hermogène. — Et que dit Homère, Socrate, au sujet des
noms ? En quel endroit ?

Socrate. —
En maint endroit. Les plus importants et
les plus beaux sont ceux où il distingue pour les mêmes

objets les noms


donnés par les hommes et par les dieux. Ne
trouves-tu pas important et admirable ce qu'il y dit de la
justesse des noms que les dieux donnent
? Car il est clair

e avec justesse ces noms qui sont les noms naturels ne crois-tu ;

?
pas

1. Voir Y Apologie, 20 a sq. C'est dans la maison de Callias qu'a

lieu l'entretien du Protagoras. Sa richesse et ses libéralités faisaient


de lui la proie des sophistes et des parasites.
a. Hermogène veut parler de l'écrit intitulé 'AXt-Osioc, où Prota-
62 KPATYAOS 391

Tip6TEpa, cpùaci té xiva 6p86TT|xa ex ov E^ vaL T0 ovotia Kal


ou Travroç àvSpàç ETiLaTaaSaL KaXcSç aôiô TrpayLiaTL ôt&oOv b
BÉaBai- f)
otf ;

EPM. nàvu yc.


ZO. OukoOv to lletà toOto xpf) £r|T£Îv, EÏTTEp ettlSulieÎç

EtSévai, fJTLÇ ttot' aS Icjtlv auxoO f| ôpSoTîjç.


EPM. 'AXXà Lifjv
ettl8uligo y£ etSévat.
ZQ. Zk6ttel toIvuv.
EPM. nôç oSv XP^I cjkottelv ;

s
Zft. Op8oTaTr| lièv tt^ç
aKÉLpEcoç, S âxaîpE, lletà toùv
EmaT<xu.Évcov,
J

)(pi |t
Jia
'
ra ekelvolç TEÀoOvTa Kal )>âpi.Taç Kaxa-
tlSéllevov. Etal SèoSxoL ol aocjHOTal, oîcrnEp Kal ô à8EÀ<|><5ç

crou KaXXlaç TroXXà TEXÉaaç xprjLiaTa aoc|>6ç Sokel EÎvat. C


'EttelSi*) Se ouk EyKpaTfjç
eT tov *naTp<*>G>v, XtnapEiv )(pf]

tov à8EX(|)6v Kal 6£Îa8ai auToG SiSà^ai ge xf)v o*p8<STr|Ta

TTEpl tcov toioùtqv fjv ELiaSEv napà npcoxayopou.


EPM. ^Atottoç llevtocv EÏrj liou, o ZobKpaTEç, t^ SÉrjaLÇ,
3
el Tf)v u.èv AXr]8ELav t^jv npcoTaydpou SXooç ouk à*rro8É-

)(ou.aL, xà 8è xf] ToiauTr| àXrjSELa pT}8ÉVTa àyaTrc&rjv &q tou


a£,ta.
S
ZO. 'AXX el Lif]
a3 a£ xauTa àpéaKEL, nap' 'OjJi^pou \pi)
Liav8àvELV Kalnapà tqv aXXcov tuoli"|tôv. d
EPM. Kal tI XéyEL, S ZoKpaTEÇ, "O^poç TtEpl ôvoLia-

tcûv, Kal-noO ;

ZO. noXXaxoO* LLÉyLaxa 8è Kal KaXXLaxa ev oîç Slop'll^el


ettI tolç auTOÎç a te ot avSpoTTOL ôvoLLaxa KaXoOaL Kal ot
8eoI. *H ouk olel auTÔv Liéya tl Kal 8au(iàaLov XéyELV lv
toùtolc; TTEpl ôvoLtàxcûv ôp86Tr|To<; ; 8f]Xov yàp 8f]
otl ot yE
8eoI auTà KaXoOaLv irpôç ôp86xr|Ta cmEp ecttl ^aELÔv^LiaTa*
f\
au oôk olel ;
6

a n

a 9 Tzpdispov W b i /.aXwç om. T rpày|iaTt TWb :


^pay^a Xl

W àv
]| ||

B ||
5 au èa'tv aùxou B : au aùxou èaxiv T
fotty aùxou C 9 au
ce -auTa BT : xauxa aoc W ||
d 6 6auuaacov BT -LiaaTdv W.
:
Jj
391 e CRATYLE 63

Hermogène. —
Je suis persuadé au contraire que, s'ils
donnent des noms, ils les donnent justes. Mais de quel genre
sont ceux dont tu parles ?
Socrate. — Ne sais-tu pas que, parlant du fleuve de
Troie qui livrait un combat singulier à Héphaistos, il
1
dit :

Les dieux le nomment Xanthe et les hommes Scamandre ?


Hermogène. — Si.
392a Socrate. —
Et alors? IS'est-il pas, à ton avis, précieux
de connaître en quoi l'appellation de Xanthe donnée à ce
fleuve peut être plus juste que celle de Scamandre ? Prenons,
2
si tu
préfères, l'oiseau dont le poète dit :

Les dieux rappellent yaXx:ç ;


les humains xûix-voiç.

Trouves-tu négligeable d'apprendre combien l'appellation


de yaÀxtc est plus juste que celle de xûpivStç donnée au
même oiseau ? Et de même pour les noms de Batiée 3 et de
b Myriné, et pour tant d'autres, cbez ce poète et d'autres en-
core ? Mais ceux-là, il est peut-être au-dessus de mes forces
et des tiennes d'en découvrir l'explication ; Scamandrios et
à la portée de l'intelligence
Astyanax sont plus humaine, ce
me semble, et il est plus facile de discerner dans les noms
qu'Homère donne au d'Hector quelle justesse il leur at-
fils

tribue. Tu connais sans doute les vers où se trouvent ceux


dont je parle.
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Quel est à ton avis, des noms donnés à

l'enfant, celui qu'Homère regarde comme le plus juste :

Astyanax, ou Scamandrios ?
c Hermogène. Je ne puis — le dire.
Socrate. — Examine ainsi le
problème. Si l'on te de-
mandait : les noms
plus justes sont-ils, à ton avis, donnés
les

par les plus sensés ou les plus insensés ?

goras exposait sa thèse de l'homme-mesure. Cf. Théétète, 162 a,


170 e, 171 c. Plus haut (386 c) àXr^6eia semble déjà y faire allusion.
1. Iliade, XX, 74.
2. Iliade, XXIV, 291. Il s'agit d'une sorte de hibou.
3. Tertre escarpé qui, suivant l'Iliade, s'élevait devant Troie, à
l'écart dans la plaine « Les hommes l'appellent Batiée ; les immor-
:

tels, le tombeau de la bondissante Myriné » (Iliade, II, 8i3-8i4).


63 KPATYAOS 391 e

EPM. ES oîSa fcièv


oSv eyoûye, EÏnep KaXoOaiv, 8Ti8p86ùc;
KaXoOaiv. 'AXXà ttoî<x xaOxa XÉyEiç ;

Z£l. Ouk oîa8a Sti nspl toO ttotcc^oO toO Iv Tfl Tpoia,
e
8ç ly.ovou.axEi tS H<|>aiaTCù, a 8v HàvSov », <t>r|al, « koXé-
ouat 8eot, avSpEÇ Se ZK<xu.av8pov » ;

EPM. 'EyoùyE.
ZO. Tl ouv 8f|ouk oïei toOto ae^vdv tl EÎvai yvcovai,
; 392 a

8ttt] ttotè ôp8ôç ttys.i ekeÎvov tôv Tioxa^àv ZdvSov koXeîv


u.&XXov f\ Zicà^avSpov ;
eI Se (SouXel, TtEpl t?\ç opviScç fjv

XÉyEt 8ti

XocXiclSa KLKXrjaKoucru 8eoi, avSpsç Se kûuavSiv,

<|>aOXov fjyEÎ t6 u.a8T]u.a oacp Sp9oT£p6v Icrn KaXEÎa8ai ^ocXkIc;

kuu.Iv8l8oç tû aÙTQ opvÉ© f) tt^v


BaTiEiàv te kocI Mupl- ;

vr)V,
Kal aXXa noXXà Kal toutou toO TroirjToO Kal aXXov ;
b
'AXXà tocOtoi u.iv Xaaq u.ei£cd eqtIv f)
Kax' eu.e Kal aè e£eu-

pEÎv ZKau.av8pi6ç te Kal S 'AaxuàvaE, avSpcomvoTEpov


S Se

SiaaKÉi^aaSai., ôbç è\xoï SokeÎ, Kal £&ov, & (pr|aiv ôv6u.axa


EÎvat TCÛ TOO "EKTOpOÇ uei, xlva TTOTÈ XÉyEL TT^V Ôp86lT|Ta
auxcov. Ota8a yàp 8r|Trou TaOTa Ta etit] ev oîç eveœtiv a

èy<a Xéyco.
EPM. nàvu yE.
ZO. nàTEpov o3v oïei °Ou.r)pov SpSàxEpov rjy£Îa8ai xéov
ovou.octcdv KEÎaSai tcù TiaiSl, t6v « 'AaxuàvaKTa » f) x8v

« ZKau.av8pi.ov » ;

EPM. Ouk ex» XéyEiv. C

ZO. *08E Sf) aK6TT£l.. Eï TIÇ EpOt/u6 <7E TlétEpOV OtEl


Sp86xEpov KaXEtv Ta 8v6u.axa toùç <f>poviu.QTÉpouç fj toùç
àcppovEaTÉpouç ;

Testim. : 391 e 5 ov Sav0ov — 6 Sxajxavôfov II., 20, 74 a 5 yaÀ-


x:8a — xâfUV&V IL, i4, 291.
[|

392 a 5 xixXVjoxouat B 7 xujxivSioç W || yj ttjv BT : xal xr;v W j|

W
||

b 1 itol à'ÀXa BT:


r]
xai aXXa ||
2 èui xal TW :
Ijii
te xal B j|

3 axaaavôpto; Wb :
axâfxavôpdî BT ||
4 paov BW: potôtov T || çtJjcv W.
V. 2. — 6
392 c CRATYLE 64

Hermogène. — Évidemment je répondrais :


par les
plus
sensés.
Socrate. — Sont-ce donc dans les cités les femmes ou
les hommes qui te paraissent les plus sensés, pour parler du
sexe en général ?

Hermogène. — Les hommes.


Socrate. — Or tu sais que, suivant Homère, jeune en- le
tl fant d'Hector était appelé Astyanax par les Troyens, et que
le nom de Scamandrios lui était évidemment donné par les
femmes, puisque ce sont les hommes qui l'appelaient
*
Astyanax ?

Hermogène. — semble. Il le
— Et Homère,
Socrate. lui aussi, considérait les
Troyens
comme plus sages que femmes leurs ?

Hermogène. — mon C'est avis.


Socrate. —
Par suite, le nom d' Astyanax donné à l'en-
fant lui semblait plus juste que celui de Scamandrios ?
Hermogène. — Apparemment.
Socrate. — Examine donc pour quelle raison. Mais lui-
même ne nous en indique-t-il pas le pourquoi à merveille ?
2
Il dit :

e Car, seul, il
défendait leur ville et leurs grands mars.
Voilà pourquoi, ce semble, il est juste d'appeler le fils du
sauveur Y Astyanax de ce que son père sauvait, suivant
Homère.
Hermogène. — Il me le semble.
Socrate. — Mais enfin, pour quelle raison ? Car moi-
même je ne le
comprends pas encore, Hermogène et toi, le ;

comprends-tu ?
Hermogène. — Non, par Zeus !

393 a Socrate. — Mais, mon bon, Hector lui aussi n'a-t-il

pas reçu ce nom d'Homère lui-même ?


Baiièe veut dire : la colline des ronces (ou des mûres). Myriné, épo-
n\me de la ville éolienne du même nom, était une Amazone tombée
devant Troie, suivant la légende.
i. Sur la fantaisie de ce raisonnement, où Platon néglige l'indi-

cation donnée par l'Iliade, VI, 4oa-4o3, voir la Notice, p. 16.


a. Iliade, XXII, 507. Le vers se lit dans les plaintes d'Andro-

maque. Mais le texte homérique donne ïp'jso et non ïp-j~o (Andro-


maque s'adresse à Hector), et 7:uXaç au lieu de -dXiv.
64 KPATTAOS 392 c

EPM. Af^Xov Sf)


8ti toùç (ppovincùTÉpouç cpotlrjv &v.

ZQ. néTepov oSv al yuvaÎKEÇ èv Taîç Tt6Xcaiv c|>povi-

u.coT£pal aot SokoOoiv eÎvoci f)


ol avSpEÇ, coç tS 8X0 v eItteÎv
yÉvoç ;

EPM. Ot SvSpEÇ.
ZQ. OukoOv oîaGa oti "Ofcirjpoç tô tiouSIov x6 toO

"Etcxopoç ûttS tcov Tpcocov cprjalv KaX£Îa8ai 'AaxuàvaKxa, d

ZKajjiàvSpLov Se Sf^Xov 8ti ôtt6 tcov yuvauccov, ETiEiSf) oî yE

oîvSpEÇ ocôtov 'AoTuàvctKTa ekcxXouv ;

EPM. "Eolké yE.


e,
Zft. OukoOv Kal 0^r|poçToùçTpcùaç oocfxoTÉpouç fjyEÎTo

f) xàç yuvaÎKocc; ocutûv ;

EPM. Oî^ca lycoyE.


ZQ. T6v « 'AaTuàvaKTa » apa SpBÔTEpov &eto keîoBoci

tco tiouSI f)
tôv « ZKau.ctvSpiov » ;

EPM. «ÊCUVETOCl.
IQ. Zkottcou.£v Sf) Sià tI tiote. "H ocutoç fj^îv k<xXXicttoc

ûcprjyEÎTai to Si6ti; cf>r)alv ycxp*

oîoç ydcp acpiv Iputo tt6Xlv koù teI^ec* jiaKpdc. e

Aià tcxOtoc Sf), ccç eoikev, opBcoc; I)(el kocXeÎv t6v toO ccùTfjpoc;
ûèv 'AaTuàvaKTa toutou 8 ectcù£ev ô TtaTfjp ccôtoO, <£çcf>r)cnv

°0^poç.
EPM. <J>cuvetcxI u.oi.
s
Zft. Tt Sf)
tiote ;
ou ydcp tico ouS ocutoç lycoyE iiavBàvcù,
co
'Ep^éyEVEÇ* où Se u.av8àvEtç ;

EPM. Ma Al' ouk lycoyE.


S S
IQ. AXX oipa, coyaBÉ, Kal tô "EKTopt auTOÇ IBeto t6 393 a

ovo^cc "Ou-rjpoc; ;

Testim. : 392 e i cuo; — uaxpà Ji\, 22, 507.

C 6 sv xaï; ^dÀsaiv aï yuvaïxeç W d 2 ye Ven. i85 (man. rec): Tg


W
||

H 3 IxàXouv TWb :
èxaXo%7îv B ||
5 xai BT : au xaî || TjysÏTO
an d
elvat W 11
8 oiexat W 11 t]
Wb :
vj
BT 12 8ta tï W e i ipvtzo
W
|| || ||

II 7 au hï T et in marg. b : où5ï B où 5' au W.


393 a CRATYLE 65

Hermogène. — Et alors ?

Socrate. — Eh bien, à mon avis, celui-là est voisin d'As/va-


nax, et ces noms ont l'air
grec
1
. Anax et Hector ont à peu
près le même
indiquant que l'un et l'autre sont des
sens,
noms de roi. Car ce dont on est le chef (anax), on en est
sans doute aussi le détenteur (hectôr) 2 il est clair en effet ;

b qu'on en est maître, qu'on le possède et le détient (èkhèi). Ou


bien trouves-tu que j'ai tort, et me fais-je illusion à moi-
même, en croyant saisir comme une trace de la pensée
d'Homère sur la justesse des noms ?
Hermogène. —
Non, par Zeus ce ! n'est pas ton cas, il me
semble, et peut-être en saisis- tu
quelqu'une.

Le nom Socrate. — On est assurément en


et la génération droit, à mon avis, d'appeler lion le pe-
naturelle. tit d'un lion, et cheval le petit d'un
cheval Je ne parle pas du cas où, par une sorte de mons-
3
.

truosité, un cheval donne naissance à autre chose qu'un


C cheval j'entends ce qui est le fruit naturel de la race si
;
:

un cheval donne le jour, contre nature, à ce qui est le pro-


duit naturel d'un taureau, ce n'est pas un poulain qu'il faut
l'appeler, mais un veau et si d'une créature humaine, je
;

suppose, naît autre chose que le rejeton d'un homme, le


nom d'homme ne doit pas davantage être donné à ce reje-
ton de même pour les arbres et pour
;
tout le reste. Ne par-
tages-tu pas mon avis ?
Hermogène. — Je le partage.
Socrate. — Tu as raison surveille-moi de peur que je
:

ne t'induise en erreur. C'est en effet d'après le même prin-


,d cipe que le rejeton né d'un roi doit porter le nom de roi.
Que le même sens s'exprime par telles ou telles syllabes, peu
importe; qu'une lettre soit ajoutée ou retranchée, cela non
plus n'a aucune importance, tant que domine l'essence de
l'objet manifestée dans le nom.

Quoique portés par des Barbares.


i.

L'étymologie est exacte. "Extwp est donné comme épithète à


2.
Zeus chez Sappho (Bergk, Poetae lyrici graeci, i£g [107], Hésychius) ;

chez Lycophron (v. 100) et Lucien (Lexiphane, i5), le mot est pris
au sens d'ancre.
3. Sur la valeur des considérations qui suivent, voir la Notice,

p. 16.
65 KPATTAOS 393 a

EPM. Tt ttj ;

ZO. "Otl u.01 SokeÎ Kal toOto TrapaTiX/jauév ti eÎvcci tco

'AcruuavaKTi, Kal eoikev 'EXXtjvlkolç xaOTa Ta ôv<5u.aTa.


c
O yàp « avo^ » Kal o « EKTcop » oy^Bôv ti TaÛTOv aT}u.a'iv£t,
ftaaiXiKa àu.c|>0TEpa EÎvaiTa êv6u.aTa oS yàp av tiç « ava£» #

f|,
Kal « Eicxcop » Srjirou laTiv toutou SfjXov yàp Sti KpaTEÎ '

te auToO <at KÉKTrjTai Kal £X EL auT6. *H ouSév aoi 8okô b

XÉysiv, àXXà XavSàvco Kal êu.auTèv oî6u.£v6ç tlvoç ôScmEp


ï)(vouç EcpàTtTEaSai t^ç 'Ou.ï'jpou BôE^q TtEpl ôvou.aTcov

op86TT]Toç ;

EPM. Ma Al' ou cû yE, wç iu.ol SokeÎç, àXXà ïcjcùç tou

ECfXXTTTEl.
ZO. AixauSv yé toi ecjtiv, œç elioI <|>alvETai, t6v Xeovtoç

EKyovov XéovTa kocXeiv Kal


EKyovov OO ti t6v ittttou Thrrnov.

XÉyco èàv ôoTtEp TÉpaç yévrjTai ê£ ïttttou aXXo ti f) ïtttcoç,

àXX' o âv fj toO ysvouç EKyovov Tf]v <|>ùaiv, toOto XÉycù* C

làv fioèç EKyovov cpuaEi ïttttoç Trapà <|>uaiv TÉKrj [u.6a)(ov],


ou ttqXov KXrjTÉov, àXXà u-oaxov oû8' av èE, avBp&nou oîu.ai

u.^)
to avBp&nou EKyovov yÉvrjTai, [àXX' 8 av] to EKyovov

av8pcùTioç KXrjTÉoç* Kal xà SévSpa waauTcoc; Kal TaXXa


aTtavTa' fj
ou ÉJuvSokeî ;

EPM. ZuvSokel.
ZO.KaXcoç Aéveiç* <|>uXaTT£ yàp d.e u.r| Ttr| TrapaKpoùaco-
u.al oe. KaTà yàp tôv auTov X6yov k&v ek (SaaiXÉcdç ylyvT)-
Tal tl EKyovov, fraaiXEÙç kX^téoç' eu 5è ev ÉTÉpaiç auXXa- d
s
6aîç fj
ev ETÉpaiç t6 auTÔ ar)u.atvEi, ouSèv TTp6cyu.a- ouS eI

TrpoaKEiTal Tt YpàLiu.a fj à<f>rjpr|Tai, ouSèv ouSètoOto, Icoçav

èyKpaTi^c; ?\ fj
ouala toO Ttpàyu.aToc; 8r|Xouu.ÉvT] ev tg>

OVÔLiaTl.

393 a 5 xauxa xà BWt xaiïxa T 7 (3acr.Xixà :


ovoptaTa secl.

W
||

Stallbaum b I xe aùxou BT xe XOUXOU


|| 7 aiç [j.ot : C I av W || ||

Vind. 3i o5 av: 2 jaôV/ov secl. Ast.


|| 4 SÂX* èàv BWt à'XXo ||
:

èàv T secl. Peipers 5 xàXXa a7:avxa T 7:oXXà à^av~a B xà àXXa :

W W
||

r.dvza 9 x&v BT za\ èàv


||
d 3 y] : et in marg. b où8*||
TW :

B oùô*' d b.
393 d GRATYLE 66

Hermogène. — là ?
Socrate. — RienQu'entends-tu par
de compliqué. Les éléments, par exemple,
tu sais que nous les désignons par des noms, et non par les
éléments eux-mêmes, à l'exception de quatre l'e, l'u, l'oetl'ô. :

e Les autres, voyelles et consonnes 1 tu sais que nous y ajou- ,

2
tons,pour les nommer, d'autres lettres Mais, tant que nous .

y exprimons clairement la valeur de l'élément, il est juste de


donner à celui-ci le nom qui le désignera clairement pour
nous. Soit, par exemple, le bêta. Tu vois que l'addition de
l'ê, du t et de l'a, n'a rien gâté et n'empêche point de mani-
fester la nature de cet élément à l'aide du nom tout entier,
comme le voulait le législateur ;
tant il a su donner aux
lettres les noms convenables !

Hermogène. — Tu me parais avoir raison.


394a Socrate. — Et du
dira-t-on pas autant?
roi, n'en
D'un roi naîtra d'un homme bon un bon, d'un bel
un roi,
homme un beau, et ainsi de tout le reste chaque race don- ;

nera naissance à un rejeton semblable, sauf en cas de mons-


truosité il faut donc employer les mêmes noms. Mais on
;

peut en varier la forme au moyen des syllabes, de sorte que


le profane pourrait s'imaginer qu'ils diffèrent, bien qu'ils
soient les mêmes. Les drogues des médecins, extérieurement
variées par la couleur ou l'odeur, nous paraissent diffé-
b rentes, tout en étant les mêmes; mais le médecin, qui en
considère la vertu, y voit les mêmes remèdes, sans s'en
laisser
imposer par les accessoires. Il en est sans doute ainsi
de celui qui a la science des noms : il en examine la valeur,

et ne s'en laisse pas imposer si une lettre a été ajoutée, dépla-


cée ou retranchée, ou même si c'est par des lettres en-
tièrement différentes que s'exprime la valeur du nom.
Gomme nous le disions à l'instant, Astyanax et Hector n'ont
c d'autre lettre commune que le t, et pourtant leur sens est
le même. Et le nom d' Archépolis quelle lettre a-t-il en ,

Socrate ne distingue ici que deux catégories d'éléments. Plus


i.

loin, ^24 c, il en indiquera une troisième a ceux qui, sans être :

des voyelles, ne sont pourtant pas des muettes ».


2. Les quatre voyelles mentionnées sont les seules lettres de
le son qu'elles représentent.
l'alphabet grec qui soient désignées par
Les autres portent un nom dont la lettre elle-même ne forme que
l'initiale. Les dénominations d'epsilon, upsilon, oméga, omicron,
datent de l'époque byzantine.
66 KPATYAOS 393 d

EPM. nôç toOto XÉyeLÇ ;

ZO. OuSèv ttolkiXov, àXX' dScrnep tSv axoL^cicùv oîo8a


3
8tl ôvcSfciaTa XÉyo^sv, ouk aÔTa Ta axoi^Eia, TrXf|v
àXX

TETTttpCOV, ToO E Kal ToO U KOtl ToO O Kal ToO ©' TOIÇ S'

âXXoiç cpcov/jEaiTE <al àcf>Qvoic; ota8a 8tl ttepitlSevtec; aXXa 6


ypà^aTa XÉyou-Ev, ôv6u.aTa '^oloOvT£c;• àXX' eqç av aôxoO
SrjXoujiÉvrjv xfjv 8uvau.iv evti8cou.ev, ôp8éùç e)(el ekeîvo t6
5vou.a koXeîv S auxè f)u.îv 8r)Xcoa£i.
OTov t8 ce
(SfJToc
»*
ope^ç
8tl toO r\
Kal toO t Kal toO a ttpoctteSévtcùv ouSèv eXu-

TiT]a£v, coctte u.f) oô)(l xf]v ekeIvou toO otol)(eIou cfïûaiv

SrjXôaat 8Xco t& Ôvôu.aTi oS e6ouXeto Ô vou.o8ÉTr)Ç' oôtcoç

f)TttaTf)8r| KaXoç 8Éa8ai toîç ypàu.u.aai Ta ôvou.aTa.


EPM. 'AXr|8fï u.oi SokeÎç XÉyEiv.
T.C1. OôkoOv Kal TiEpl lîaCTiXÉcoc; ô aÔToç X6yo<; ;
"Eaxai 394 a
yàp ttote ek (iaaiXicûç liaaiXEUç, Kal l£ àyaSoO àyaSéç, Kal
ek KaXoO KaX6ç, KalT&XXa TTàvxa oOtcûç, e£ ekocotou yévouc;

ETEpov toioOtov EKyovov, èàv pi) xépac; y^Lyv^Tau* kXtjtéov


Sf]
Tauxà ôv6u.aTa. rioïKlXXEiv 8s ec^ecjti Taîç auXXaôaîç,
©ctte BàBfOLi av Tcp ISuûtikoûc; e)(ovtl ETEpa EÎvai àXX^Xov Ta
aÔTa ovTa" coaTtEp f\\ilv Ta tqv taTpûàv c|>dpu.aKa xpou.aaiv

f[ ocru.aîc; TtETiOLKiX^Éva aXXa cpalvsTai Ta aÔTa ovTa, tcS Se

yE taTpû, Suvauiv tSv cJ>apu.dKQV aKOTrouu.Évcp, Ta b


cxte ttjv

aÔTa cjjalvETai, Kal ouk EKTiX^TTETai unô tôv TtpoaévTCov.


OOtco 8è lacùç Kal ô Emcnrà^EVoc; Ttspl ovou.aTCûv Tfjv Suva-
U.IV aÛTQV CTKOTIEÎ, Kal OÛK EKTtXrjTTETai El TL TTpOCJKElTai
ypàu.u.a r) ^ETaKEiTaL J\ àc|>/|pr|Tai, f\
Kal ev aXXoiç navTd-
aaatv ypàu.u.aalv eotiv f\ toO ôv<Su.aTo<; 8uvau.iç. "OanEp S
vOv 8f) âXÉyo^EV, c< 'Ac7Tudva£ » te Kal "EKTeop » ouSèv ce

tôv auTcov ypau.u.àTcov I)(el tiX^v toO t, àXX' 8u.cùç TauTOv C

OT](ialvEL. Kal a
'Ap^ÉTtoXlç » y£ tSv u.èv ypau.u.dTcov tI

e i
^poaTtôe'vteç Naber pro T^sptxtôévTeç ||
4 xaXeïv o T : xaxsîvo BW
prj-ca TW :
fB 5 tou f BW: xou xaCf T 394 a 5 Taùxà Ven.
W
|| || ||

i85 : -auxa rotxiXXstv xs 8 r]


B : xaî TW xà aùxà BT : xauxa
W |j
b
|j

2 Tîooadvxcov TW : -idvxwv
||

B ||
c i xBW
j|

: xau T.
394 c CRATYLE 67

commun avec eux ? Cependant il signifie la même chose, et il y


en a bien d'autres qui n'ont d'autre sens que celui de « roi ».
D'autres, à leur tour, signifient « chef d'armée », comme
Agis, Polémarchos et Eupolémos d'autres sont des noms de
;

médecin, Iatroclès et Acésimbrotos l et sans doute en trou-


;

verions-nous une foule qui, tout en rendant un son différent


par leurs syllabes et leurs lettres, disent, pour ce qui est de
la valeur, la même
chose. Est-ce ton avis, oui ou non ?
d Hermogène. —
Absolument.
Socrate. —
Les êtres dont la génération est conforme à
la nature doivent donc recevoir les mêmes noms.
Hermogène. —
Parfaitement.

Le nom Socrate. —
Et les êtres contre nature,
et la
génération qui naissent sous la forme de monstres?
contre nature. p ar exemple, quand un homme bon et
pieux donne naissance à un impie, n'en est-il pas comme du
cas précédent, où le produit d'un taureau, même né d'un
cheval, devait évidemment porter, non pas le nom de son père,
mais celui de la race dont il était 2 ?
Hermogène. —
Parfaitement,
e Socrate. —
L'impie né de l'homme pieux, il faut aussi,
par conséquent, l'appeler par le nom de son genre.
Hermogène. — C'est cela.
Socrate. — Non pas Théophile, semble-t-il, ni Mnésithéos 3
,

ni d'aucun nom de cette sorte, mais d'un qui signifie le

contraire, si l'on veut que les noms tombent juste.


Hermogène. — Rien de plus vrai, Socrate.
Socrate. — C'est ainsi qu' Oreste, Hermogène, risque
justement nommé,
d'être nom au hasard ou à
qu'il ait dû ce
quelque poète, car sa nature farouche, son caractère sauvage
et montagnard (oréinos) se manifestent par son nom.
395 a Hermogène. —
C'est vraisemblable, Socrate.

1. Archépolis veut dire chej de la cité;


Agis, conducteur, chej ;

Polémarchos, chef de guerre Eupolémos, bon (ou heureux) à la guerre.


;

Iatroclès signifie glorieux comme médecin, et Acésimbrotos, qui guérit


les mortels.

2. On attendrait quelque chose comme xat Tourev toj ysvou; Set

e/etv ttjv btawupiav. La phrase reste en l'air. Mais plus loin Socrate
la complète en disant : xcû :û ex tou euasSouç, etc.
3. Théophile signifie ami de Dieu ; Mnésithéos, qui pense à Dieu.
67 KPATTAOS 394 c

etukoivcûveî ; SrjXoî 5e ou.cùç to (xôt6' Kal &XXa TtoXXà èariv


3
S ouSêv àXX fj
[5aai.XÉa arju-alvEi* Kal aXXa ye a3 aTpaxrjyév,
oTov « *Ayiç » Kal a r"loXéu.ap)(oç » Kal « Eutn5Xe^oç ». Kal
taxpiKà y£ ETEpa, a 'laxpoKXf^c; » Kal « 'AKEalu-BpoToç »*

Kal ETEpa av ïaoç au)(và Eupoi^iEV Talc u.èv CTuXXa6aîç Kal


toîç ypa^aai SiacfxovoOvTa, Trj
Se 8uvau.£i xaÔTov (pSEyyo-

jiEva. <t>alvETai otSxoç î^


0$ ;

EPM. nàvu u.èv o8v. d


EH. Toîç u.èv Sf]
Kaxà <|>ùaiv yLyvo^ÉvoLÇ là aûxà
àTioSoTÉov ôv6u.axa.
EPM. nàvu y£.
Zft. Tt 8è xoîç napà (f>uaiv,
oî av lv xépaxoç eïSei
yévcùvxai ;
oTov Bxav eE, àvSpbç àyaôoO Kal GeocjeBoOç

àaEÔf)ç yÉvrjxai, Sp' ou)( gSottep lv xoîç I^TrpoaSEV, kôîv

"tttioç fioèç iKyovov tekt], ou xoO xek6vxoç S^ttou ISei xf]v


£Tï<avuu.lav e^elv, àXXà toC yÉvouç ou eït] ;

EPM. nàvu y£.


Zft. Kal x£> ek toO euoeBoOç apa yEvou.Évcp occeBeÎ to e

toO yÉvouç ovofcia oittoSoxéov.


EPM. *Eaxi xaOxa.
ZO. Où «
Oe6<JhXov », obç eoikev, ouSè « MvrjalBEOv »
oûSè xéov xoioùxcûv oùSÉv, àXX' 8 xi xàvavxla xoùxoiç ar]^al-

vel, èàv-nEp xfjç opBdxrjxoç xuy)(àvr] xà ôv<5u.axa.


EPM. riavx6ç y£ u.SXXov, co
ZoKpaxEÇ.
ZO. "OoriEp y£ Kal ô a 'OpÉaxrjç », S 'Epu-àyEVEÇ, klv-
*
Suveuel ôpBoàç ^X ELV >
E T£ TL<» ^XT ^0 £TO auxS t6 ovou.a
eïte KalTtoir)xf]çxiç, x6 Bt^plcoSeç xfjç cj>uaECùc;
Kal xô aypiov
aÛToO Kal tô ôpELvèv evSeikvù^levoç xcp Ôv6u.axi.
EPM. <J>alvExai ouxcoç, o ZcoKpaxEÇ. 395a

C 7 cupotsv W d 5 8è B : Soti Tb ft W e i àae6et où tô W ||

W
|J ||

2-3 àroBoT&v . eoxt ToSta BT : àxoiïoxiov èstev 9 ~u/*) T :

r-Syr, B tj/yj (sic) W II


395 a 1 ojtioç — 4 saivsTai
|j

om. W in
marg. add.
395 a GRATYLE 68

Socrate. —
Son père aussi a, semble-t-il, un nom
conforme à sa nature.
Hermogène. —
Apparemment.
Socrate. —
Agamemnon, en effet, a chance de désigner
un homme capable d'aller jusqu'au bout de ses décisions
avec ténacité, en accomplissant ses projets à force de vail-
lance. La preuve en est dans le long séjour et la ténacité de
son armée devant Troie. Que cet homme soit admirable
b (agastos) par sa persévérance (épimonê), c'est ce qu'indique le
A
nom à'Agamemnon. Peut-être trée, lui aussi, est-il justement
nommé. Car le meurtre de Chrysippe commis par lui, sa
conduite cruelle envers Thyeste 2 , tous ces actes sont nui-
si

sibles et funestes (atêra) pour la vertu. Le nom qui le dési-

gne légèrement détourné et obscurci, de sorte qu'il ne


est
révèle pas à tout le monde la nature du personnage mais ;

pour les connnaisseurs en onomastique, Atrèe a un sens


assez clair aussi bien au sens à' inflexible (atéïrès) que d'm-
:

c trépide (atrestos) et de funeste (atêros), de toute manière son


nom est juste. Pélops lui-même me paraît avoir reçu un
nom approprié, car ce nom signifie [que] celui qui ne voit
que V immédiat (pelas, opsis) [mérite cette appellation].
Hermogène. — Comment cela ?

Socrate. — La légende, par exemple, montre cet homme,


dans meurtre de Myrtilos, incapable de rien pressentir et
le

prévoir du sort futur de toute sa race, de l'étendue des mal-


ci heurs dont il était en train de l'accabler il ne voyait que
l'immédiat et l'instant présent — ;

c'est-à-dire auprès de lui

(pelas)
— quand
il recherchait à tout
prix l'union d'Hippo-
Tantale, tout le monde estimera que son nom
Pour
3
damie .

est juste et naturel, si ce qu'on dit de lui est vrai.

i.
Chrysippe, fils de Pélops, passait pour avoir été tué par Atrée
et Thyeste, ses frères, jaloux de l'affection que lui portait son père.
2. Thyeste, ayant séduit sa belle-sœur Aéropé, et s'étant emparé
de l'agneau « d'or » donné par Hermès à son frère Atrée, voulut
prendre le pouvoir. Atrée le chassa, puis feignit de se réconcilier avec
lui, et lui fit servir les membres de ses deux fils coupés en morceaux-
3. Pour s'assurer la victoire et épouser Hippodamie, Pélops avait

corrompu le cocher d'GEnomaos, Myrtilos. Celui-ci ôta la clavette à


une des roues du char de son maître et causa ainsi sa mort. Mais
comme il essayait de séduire l'épouse de Pélops, il fut précipité par
lui dans la mer.
68 KPATTAOS 395 a

Zft. "Eoikev 8é ye Kal tco TtaTpl auToO Kaxà cfuiaiv to

ovojaa EÎvai.
EPM. <t>aiv£Tat.
ZO. Kiv8uve\3el yàp toio0t6ç tiç EÎvai « ^yauÉjjLvcûv »,

oîoç S 86£,eiev aÔTcp SuxTtovEÎaSai Kal KapTEpEÎv téXoç


etutiSeIç toiç S6£aai Si' àpsTrjv. ZrjUEÎov 8è auToO f]
ev

Tpola uovf) toO TtXrjSouc; te Kal KapTEpia. "Oti oSv àyaa-


t&ç Kaxà ti*)v ETti^iovf]v ouroç ô àvfjp £var|ualv£i t6 b
8voua ô « 'Aya^iÉuvcov ». "lacoc; 8è Kal ô « 'AxpEÙç » ôpScoç

I^el. "O te yàp toO XpualTTTtou auT& <j>6voç Kal Sirpèç t8v
OuÉcjTrjv oc; couà SiETipaTTETO, TtàvTa xaOxa ^T^iLcoSrj Kal

àxr|pà Ttpoç àpETrjv.


e
H ouv toO ôvduaToçETtcûvujjLiaauAKpôv

•napaKÀlvEi Kal ImKEKoXuTTTai, (Scjte \l1)


Ttâai St]XoOv TTJV
3

cptiaiv toO àySpôç* toîç 8 Ôvo^àxcov ÎKavcoc; ETta'Couai TiEpl

8t]XoÎ 8 fioûXETat ô « 'ATpEÙç ». Kal yàp Kaxà t6 àTEipèç


Kal Kaxà tô aTpEaTov Kal Kaxà to àxr)p8v TtavTa^f] C

5p8coç auTcç tô ovoua KEÎxai. Aokeî Bè u.oi Kal tc3 riÉXom


to Svoua èu^ÉTpcoc; KEtaGaL* arj^alvEi yàp toOto Toôvo^ia
t6v là Eyyùç ôpcovTa [a£iov EÎvai TatiTr|<; tî^ç ettcû-

vuulaç].
EPM. US>q Si) ;

5
Zn. OÎ6v KaT
ekelvou XÉyETai toO àvSpèç lv
ttou Kal

tcotoO MupTtXou cjiévcû ouSèv otou TEyEvéaSat TtpOVOT]8fjVai


ouSè Trpo'iSsîv tcov Tidppco tcov elç to TtSv yâvoç, Sarjc; auTÔ

SuaTU^laç EVETtt^TtXr| ,
to Eyyùç |i<5vov ôpcov Kal t6 Ttapa- d

Xp^jia
— toOto 8' eœtI
fjviKa TtpoESuuEÎTo a TTÉXaç » —
e
XaÔEtv TtavTl TpoTtcp t8v tÎ]ç lTtTto8a^ELaç yà^iov. Tco 8è
TavTàXco Kal Ttaç av ^yrjaatTo Totfvoua ôpScoç Kal «xià

cfrôdiv T£0fjvaL, st àXrjSf) Ta TtEpl auT6v XEyéusva.

a 6 a Hermann : av BT oc av W || 7 kiziMç T |j 8 xaprepia Ven. i84 :

-:a; Il
b 5 àrsipà B |j
8 àxetpès B :
à^p- TW ||
c 2 aÙTto B -xô T :

d
-Ttot W Soxt? BW : -xto T sed si
supra ô5 add. t 4 à'Çtov BT : xal

à^tov W
j|

y a^'.ov
— bcwvuplac secl. Hermann ||
j]

8 chou b oïot : BTW ||

9 auTO b : --rto BTW ||


d 5 aÛTÔv BW : -twv T.
395 d GRATYLE 69

Hermogène. — De
quoi veux-tu
parler ?

Socrate. — Des in fortunes, nombreuseset terribles, essuyées


par lui de son vivant, qui finirent par la ruine totale de sa pa-
trie et,;après sa mort, de cette pierre suspendue (talantéïa) dans
par une merveilleuse conformité avec
e l'Hadès sur sa tète,
son nom 1
. On a tout à fait l'impression que, voulant l'appe-
ler le plus éprouvé (talantatos) des hommes, on a, sous une
forme voilée, substitué à cette appellation celle de Tantale :

voilà le genre de nom


que semble lui avoir donné le hasard
de la légende. Le père qu'on lui attribue, Zeus, parait avoir
été, lui aussi, très nommé. Mais il n'est pas facile de le
bien
396 a concevoir clairement. En effet le nom de Zeus est à propre-
ment parler comme une définition. En la coupant en deux,
nous employons tantôt l'une des parties, tantôt l'autre les :

uns l'appellent Zêna, les autres Dia. Réunies en un seul,


elles font bien voir la nature du dieu, ce qui est précisément,
disons-nous, l'effet qu'un nom doit produire. Car il n'est

personne qui, pour nous et pour tous les autres êtres, soit
cause de la vie (zêri) plus que le chef et le roi de l'univers.
b Ce dieu se trouve donc justement nommé, celui par qui
(di 'hori) tous les êtres vivants obtiennent la vie (zêri) tour à
tour. Mais son nom, qui était un, a été, je le répète, par-

tagé en deux, DU et Zêni. Le dire fils de Kronos semblerait


2
outrageant au premier abord pourtant il est logique que Zeus
;

(Dia) soit issu de quelque haute intelligence (dianoïa). C'est en


effet netteté (koros) que signifieKronos; le nom désigne, non
pas un enfant (koros), mais lapureté sans mélange de son esprit
(nou).Ce dieu est fils d'Ouranos, suivant la tradition. Or, la
contemplation du monde supérieur est elle-même bien nom-
c mée en haut (horosa
ourania (céleste), puisqu'e//e voit ce qui est

taanô) ; contemplation, Hermogène, qui, suivant


c'est cette
ceux qui discourent des choses célestes, produit la pureté de

1. Tantale, riche et puissant roi de Lydie, invité par les dieux à

leur table, avait dérobé du nectar et de l'ambroisie et révélé aux


hommes les secrets divins. Puis, ayant reçu les dieux à son tour, il
osa leur servir le corps de son propre fils. Dans YOdyssèe (XI, 582 sq.),
on le voit aux enfers dévoré par la faim et la soif sans pouvoir
saisir les fruits ni l'eau qui sont à sa portée. Pindare (01., 1, 57) le
montre, comme Platon, avec un énorme rocher suspendu sur sa
tête.
2. Dans le langage courant, Kronos était devenu synonyme de
69 KPATYAOS 395 d

EPM. Ta nota xaOxa ;

Zfl. °A té tiou etl £Svtl Suaxu)(r) u.axa lyâvEto noXXà


<al Selvoc, 5v Kal teXoç f\ TiaTplç auxoO 8Xr) àvExpànETo,
Kal TEÀEUTriaavTL Iv "AlSou t\ unèp xf]Ç KEcpaXf^ç toO X'l8ou
TaXavTsta 8auu.aaTtj êbç auLtcpcovoc; tcû ôv6u.aTL* Kal e

àxE^vcùç eolkev, ûSortEp âv El tlç fiouXoLiEVoç TaXàvxaTov


ôvoLiàaat àTtoKpuTTT(5LiEvoç ôvou.aaEi£ Kal eÏttol àvr' eke'lvou
« TàvTocXov », tolo0t6v tl Kal toutcû to ovou.a eolkev ektto-

plaai f\ x\j)(r| t^ç (J>f)u.rjc;.


«PalvExaL Se Kal tco naTpl auToO

XEyoLjiÉvcp tô Ad TrayKàXcùç t6 ovoljloc KEtaSau* ecttl Se. oô

pàSiov Kaxavof]aai. 'Ate^voç y<fcp ectiv oîov X6yoç to toO 396 a

Alèç OVOLia' 8leX<5vT£Ç SE aUTO St^fj ol U.EV T& ETÉpCÛ LlÉpEL,


ot Se tô ETÉpcp ^poLisSa. Ol LiÈv yàp « Zf)va », olSè « A ta »

KaXoOaiv auvxLSÉLiEva S' elç ev 8r|Xoî Tf)v <f>uatv toO 8eo0,


o Sf) *npoar]KELv cpau-Èv ôv6u.aTL oXcù te eIWl àTtEpyà^EaSai.
Ou yàp ecjtlv f\\ilv Kal xoîç aXXoLÇ tt&ctlv baTLÇ èaxlv aÏTioç
ljlSXXov toO £f^v f)
ô ap^cov te Kal (iaauXEÙc; tcùv nàvTcov.
ZuLi6alv£L ouv ôpScùç ôvoLiàc^EaSat oCxoç b Bsbc; EÎvat, Si b
ov £f]v &eI nfiat tolç £ôaiv unàp^EL* SiEtXrjTTTaL Se Sl^a,

oùCJTTEp Xéyco, iv 8v tô SvoLia, tcû a AlI » Kal tcû « Zrjvl ».

ToOxov Se Kp6vou u6v sîvaL ûfrpiaTiKèv llèv av tl S6£,elev


EÎvaLaKouaavTL Et^alcpvric;, EuXoyov Se u.EyàXr)ÇTLvèc;SLavoLac;

EKyovov EÎvaL tôv Ala Képov yàp arjU-alvEL, ou TraîSa, àXXà


#

to KaSapèv auxoO Kal aKrjpaTOv xoO voO. "'Ecjtl Se outoç

OùpavoO Û6ç, qç Xéyoç- f\


Se au èç to aveo 8l};lc; KaXcûç I)(el
toOto t6 3vou.a KaXEÎaSaL, oupavla « ôpcoaaxà aveû, c »,
e
<58ev 8f) Kal cj>aaLV, cû
Epu.6ysvEç, t6v KaSapôv voOv napa-

Testim. : 396 a 3 ol txàv


yàp
— 7 tôv xravxwv Stob., Eclog., I, 2, 27,

e 1 TaXavceia Spalding : xavcocXeia OaujxaaTr, T :


-tioç BW
ç'jtxçtuvoç
W :
auLtcpaivto; BT jj
jj

3 ovo{j.aaat à^oxpu^To'[xevoç om. W


[

4 -coutw BW T : touxo 396 a 2 cusXov-s? 8È BW :


cueXdvTe; T
W
j] j

4 K eîç (uel 8è sic) BT


'
: Se xau-a et; b i ôV 6v TWb : Sto B
W W
|| |

4 Otov slvac tôv BT :


(]
aàv av BT :
jjlÈv
ouv ||
tt bt :
-ci; BTW j

C i xouto 6'vou.a W.
396 c GRATYLE 70

l'esprit, et justifie le nom donné au ciel (ourano). Si je me


rappelais la généalogie hésiodique, et les ancêtres encore

plus reculés qu'elle donne à ces dieux, je ne me lasserais pas


d'expliquer la justesse de leurs noms, avant d'avoir mis à
l'épreuve, pour voir comment elle se comporterait je veux

dire: si elle resterait court ou non —
cette sagesse qui ,

d vient de me tomber si soudainement, je ne sais d'où.

_ Hermogène. — Le fait est, Socrate,9 que


\
.

L'inspiration
d'Euthyphron.
tu m as,
tout
. ,
bonnement
.
\,
1
. , ,

air, a la fa-
çon des inspirés, de te mettre soudain à
chanter des oracles.
Socrate. — Oui, Hermogène, et c'est surtout à Euthy-
phron, du dème de Prospalte, que j'attribue mon accès de

sagesse. Dès l'aurore, je suis longtemps resté avec lui, et je

prêtais l'oreille à ses propos. Peut-être l'inspiration qui l'agi-


tait n'a-t-elle pas seulement empli mes oreilles de cette di-
vine sagesse, mais s'est-elle encore emparée de mon âme.
e Voici donc, à mon avis, comment il nous faut faire: pour

aujourd'hui, l'utiliser, en achevant ce qui reste à examiner


sur les noms demain,
;
si vous en êtes d'accord avec moi, nous

nous nous en purifierons, après avoir dé-


l'exorciserons et
couvert un homme habile à ce genre de purification, soit un
397 a prêtre, soit un sophiste.
Hermogène. — Moi, je veux bien car j'aurais le plus
;

grand plaisir à entendre ce qui reste encore à dire des


noms.
Socrate. —
Eh bien, c'est ainsi qu'il faut faire. Par où
veux-tu donc que nous commencions l'examen mainte —
nant que nous sommes engagés dans un exposé d'ensemble ,

pour savoir si vraiment les noms nous attesteront par eux-
mêmes que chacun d'eux, bien loin d'avoir été ainsi établi au
b hasard, possède quelque justesse ? Les noms donnés aux
héros et aux hommes risqueraient peut-être de nous trom-
per beaucoup d'entre eux ont été établis d'après les appel-
:

lations des ancêtres, parfois sans aucune convenance, comme


nous le disions au début beaucoup sont comme l'expression
;

radoteur (cf. Euthyd., 287 b). —


De /.o'po;, jeune garçon, Platon
distingue xoco; (apparenté à y.opifo, nettoyer), dont le
sens habituel
est immondice, mais auquel il prête celui de netteté.
7o KPATYAOS 396 c

ylyvEaSai oî ^EXEQpoXéyoi, Kal xcp oôpavcç ôpGûc; x6 Svo^ia


c
KEÎaBaf eI 8' E^E^vr)^r|v xfjv Hoi6Sou yEVEaXoylav, Tlvaç
EXl XOÙÇ àvCOTÉpCÛ 7TpOy6vOUC; XÉyEtTOlJTOÙV, OÔK &V ETTaU<S^LT]V
Sie^uwv obç ôpScoç aôxoîç xà ôv6^axa keÎtou, Icoç àTTETiEi-
pà6r|v xfjç aocjuaç xauxrjal xi TtoiijaEi, eI apa àîTEpEl f) oO,

f) e^loI E^atcpvrjç vOv oôxoal ttpoottétttcokev apxi ouk oÎS' d


ôtt68ev.

EPM. Kal ^ièv Sr),


S ZoKpaxEç, olte^voùc; yé fcioi SokeÎç
ôSaTTEp ol evSouoicùvxeç EÉjat^vric; xprja^aSEtv.
e
Zft. Kai alTico^at yE, S Ep^6y£V£Ç, jiàXiaxaauxfjv ànb

Eu8u<f>povo<; toO npoaTraXxlou TTpooTTETtxoùKÉvai poi* ecdSev

yàp TtoXXà aôxû cruvfj Kal napEL^ov xà OTa. KlvSuveùei oSv


èvSouaiûv oô ji6vov Ta Sxà ^iou è(iTTÀfjaai xf]ç Sai^iovlaç

aocjuaç, àXXà Kal xfjç ipu)(f]ç £TUEiXf}<f>8ai. Aokei oSv ^01


Xpf^vai ouxcoal f)fci&ç Troi^aai* xè (jlèv xfj^Epov EÎvai xpi]- 6

aaaSai auxfl Kal xàXomàTTEplxoàv ovo^àxcov ImaKÉi^aaSat,


atfpiov Se, âv Kal à\\.lv ^uvSokt], àTToSioTio^Tir)<j6^£8à te

aôxf)v Kal Ka8apo\j^iE8a è^EupdvTEÇ Saxiç xà xotaOxaSEivèç


Ka8alp£LV, ELTE XCÛV tEpECÙV XIÇ ELTE XQV OOtylOltùV . 397 a
EPM. 'AXA' !y<h jièv E.uyxopcD' tkxvu yàp av r|8Écûç xà
ETtlXoLTta TiEpl xcov ôvo^iàxcav aKoûaaitii.

Zft. 'AXXà XPT °8t<3 ttoleÎv. F168EV oSv 3oùXei àp£db-


£

^ESaSiaOKOTtoOvTEC;, £Tr£l8f)Tt£pElÇX\3TTOVXI.và E^6£8l )Ka^£V,


tva Em^apxupï )(7£i auxà xà ôvéjiaxa
£

eIScû^jlev
el apa f)fcûv
s
pf| Ttàvu àîiè xoO auxo^àxou oôxcûç EKaoxa KEÎaSai, àXX

I)(£iv xtvà ôpSôxrjxa ;


xà ^èv ouv xcov f^pobeûv Kal àv8pQTtcùv b

XEyé^tEva Ôv6^iaxa ïacoç av f\\^oLç E^aTrax^aEiEV TtoXXà jjlèv

yàp auxôv KEÎxai Kaxà Trpoy6vcov ETicovu^lac;, oàSèv Ttpoor]-


KOV EVLOIÇ, OOTIEp Kax' àp)(àç IXÉyO^EV, TToXXà 8è OOTtEp

C 3 jjLeTewpoXdyo'. TWb :
-yu> B oucav*(f) T 5 è^audtxrjv BT :

W
||

~ca}U)V t in marg. -aat;j.r,v (sic) [|


6 i'wç av W j|

|| 7 xautTjat Tt T :

Ta^ç t! xi BWt H 8 ï)
TWB :
f)
B d B
7 cnnHj :
-^v TWb e 3 Zl
W
|| ||

av B : 8' èàv T Sa èàv 397 a 2 av om. T 7 kr.o Tau-:o;jLaTOU


W II b 3 hwovuulc^ T :
||

ôtxwv- BW.
||
397 b CRATYLE 71

d'un souhait: ainsi Euthychidès l Sosias 2 , Théophile 3 et ,

maint autre. Ceuxde ce genre, il faut, à mon avis, les laisser de


côté mais il y a apparence que nous découvrirons surtout les
;

dénominations justes dans ce qui a, par nature, une exis-


tence éternelle. Car c'est là surtout que l'attribution des
c noms doit avoir été faite avec soin peut-être même certains ;

d'entre eux sont-ils l'œuvre d'une puissance plus divine que


celle des hommes
4
.

Hermogène. — Tu me parais avoir raison, Socrate.

_
Les noms
Socrate. — Dans

,
ces conditions, n'est-il
».
,

des dieux commencer par les dieux,


P as j
uste °- e

en examinant comment peut bien se


justifier ce nom même de dieux qu'on leur a donné ?
Hermogène. — C'est naturel.
Socrate. —
Voici donc ce que je soupçonne, pour ma

part. A mon avis, les premiers habitants de la Grèce croyaient


d seulement aux dieux qui sont aujourd'hui ceux de beaucoup
de Barbares : le soleil, la lune, la terre, les astres et le ciel ;

les voyant tous agités d'un mouvement et d'une course per-


pétuels, c'est d'après cette faculté naturelle de courir (thèin)
qu'ils les nommèrent dieux (théoi) 5 plus tard, quand ils
;

reconnurent tous les autres, c'est désormais ce nom qu'ils

leur appliquaient. Mon explication a-t-elle ou non quelque


apparence de vérité ?

Hermogène. — Oui, bien certainement.


Socrate. — Qu'examiner après N'est-ce pas évidem- cela ?

e ment les génies, les héros et les hommes ?

1. Euthychidès vient de sûrugijç, heureux.


2. Sosias est rattaché à aw^w, sauver.
3.Voir plus haut, 394 e, et la note.
4-Plus loin (4a5 d) Socrate lui-même rejettera cette explication,
comme un expédient trop commode. Mais l'on verra Gratyle y recou-
rir (438 c) à son tour quand l'argumentation de Socrate l'aura réduit
aux abois.
5. Hérodote propose pour Qso; une autre étymologie, qui n'est pas
moins fantaisiste. D'après lui (II, 5a), les Pélasges donnaient ce nom
aux dieux comme ayant mis en ordre (xoau.to Ôs'vtsç) toutes choses.
— L'étvmologie indiquée par Socrate est de nature à plaire aux
disciples d'Heraclite, comme Cratyle, partisans du mouvement per-
pétuel.
7i KPATYAOS 397 b

otov a Euxu^tS^v » Kal » Ecùcrlav » Kal


eu)(<5uevoi xlBEVxai,
« Oe6<|uXov » <al otXXa TioXXà. Ta uèv ouv xoiaOxa SokeÎ
uoi xpfjvai èav
uàXiaxa rjuaç EupEÎv Ta ôpBôç
eIk8ç Se
KElusva TtEplxà &eI Svxa Kal TTEc|>UK6Ta. 'E<mou8àa8ai yàp
èvxaOBa jiàXiaxa TipÉTTEi xr^v Béauv x&v Ôvo^àxcùv* ïaoç S' C
Ivia aÛTcov Kal ûtto BEioxÉpaç SuvàuECùç ¥\ xf)ç xov àvBpcb-
TtOV EXÉSrj.
EPM. Aokelç uoi KaXcoç XÉyEtv, & ZcoKpaxEÇ.
ZO. ""Ap' ouv où SlKatov ànè xcov Becùv ap^EaBai, ctkottou-

uévouç Tirj
tioxe aùxô xoOxo x6 ovo^ia ol « BeoI » ôpBSç

EKXr)8r|aav ;

EPM. EIk<5ç Y e.
ZQ. Tol6v8e xolvuv lycoyE û•^0TtxEucD• <J>alvovxal \ioi
c
ot Tipoûxoi xôv àvBpoùTïcov tûv
EXXaSa xoùxouç TiEpl xfjv

jjl6vouç xoùç Beoùç ^ystaBai ouortEp vOv TtoXXol xSv frap6à- d


pov, fjXiov Kal aEXr|vr|v Kal yfi,v
Kal aaxpa Kal oupav6v &xe
ouv auxà ôpovxEÇ *navxa àsl lévxa Spé^icp Kal BÉovxa, àno
xauxr|Ç xf^ç (J>ùcte<3Ç xf]Ç xoO Beîv a Beoùç » auxoùç ettovo-

uàaai' ûaxEpov Se KaxavooOvxEÇ xoùç otXXouç Ttavxaç fjSrç

xoùxcp x£> ôvôuaxiTipoaayopEÙEiv. *Eoiké xi o Xéyco xfj àXn,-

8eI(x f\
ouSév ;

EPM. riaVU UEV oSv EOLKEV.


ZQ. Tl o\3v av usxà xoOxo okotioluev ; $ SfjXov Sn, 8x1

Saluovàç xe Kal fjpcoaç Kal àvBpamouç ;

Testim. 397 b 8 èa-ou5aa8at


:

c 3 £TÉ07j Euseb., Praep. euang.,
11, 6 C 9 cpa-'vovTai —
d 2 oùpavôv Euseb., Praep. euang., 3, 2
II

8 «paivovxai —
d 4 inovotxàaat Theodoret., Therapeut., p. 69 et
||

p. 107 Euseb., Praep. euang., 1,9


;
10 xotStouç d 2 oùpavdv ||

Euseb., Praep. euang., 3, 10.
b 5 eÙTuy;t'8rjv T (sed 8 in ras., ut uidetur) W :
-y iàô*T]v B 7 ypîjvai
W W
||

BT et yp. in marg. :
yaipeiv ||
c 3 èyevTJ0T] Euseb. pro kzébr\ ||

10 Theodoret. pro twv 7:epl


izs.pl d 1 txdvouç Yjyeïaôou ôeoùç Theodo-
||

ret. y xo'jç om. Euseb. ot r.oXXol Theodoret. l\ èrcovouaaai yp. xa\ :

W W
|| ||

è^txaXéaat 5 aXXouç Tcàvxaç BT


|| aXXouç àrcavxaç 6 Tfj :

W
||

àXY]8eia B :w àXrjôsî :
9 *) BfjXov TW
probauit Heindorf qui per-
||

sonas recte primus distinxit :


SfjXov BT.
V. 2. — 7
397 e GRATYLE 72

Hermogène. — Les génies.


Socrate. — A vrai dire, Hermogène, que peut bien signi-
fier le nom de génies ? Vois si tu trouves
que j'ai raison.
Hermogène.— Tu n'as
Socrate.— Sais-tu qui qu'à
sont génies d'après Hésiode
parler.
les ?

Hermogène. — Je ne vois pas.


Socrate. — Ne tu pas non plus sais- qu'elle fut d'or,
suivant première race d'hommes
J
lui la ?

Hermogène. — Oui,
,

cela je le sais.
Socrate. — Eh bien, il dit d'elle :

le sort a recouvert cette race,


Depuis que
398 a On appelle les saints génies de la terre ;
les
2
Bons, secourables, ils sont les gardiens des mortels .

Hermogène. — Et après ?

Socrate. — Mon
opinion est que, par « race d'or », il
entend non pas « née de l'or » mais bonne et belle » Et la ,
oc .

preuve, pour moi, c'est qu'il nous appelle nous-mêmes


« race de fer » 3 .

Hermogène. Tu dis vrai. —


Socrate. —
Et parmi les hommes d'aujourd'hui, crois-tu,
b s'il en est un bon, qu'il le rattacherait à cette race d'or ?
Hermogène. —
C'est probable.
Socrate. —
Mais les bons ne sont-ils pas sensés?
Hermogène. Oui. —
Socrate. —
Voici donc essentiellement ce qu'il entend,
à mon avis, par les génies (daimones) c'est parce qu'ils étaient :

sensés et savants (daêmones) qu'il les a nommés daïmones.


Et anciennement dans notre langue, ce nom lui-même se

1. Dans le mythe des cinq races, Hésiode nomme d'abord la race


d'or, celle des hommes
qui vivaient au temps de Kronos, « sans
souci, à l'abri des peines et des misères », et qui, sans travail,
recueillaient tous les fruits de la terre (Travaux, V, 109-126).
2. Les trois vers cités par Socrate se lisent dans les Travaux (121-
123). Le texte d'Hésiode donne yat' au lieu de u.otp', et au vers
suivant toi uiv 8atu.ovéç efoi Aiô; [xsyàXou ôià (tauXaç.
:

3. La cinquième et dernière race, dont les misères arrachent à


Hésiode le souhait désespéré d'être mort plus tôt ou né plus tard.
Les hommes de cette race ne sont pas seulement consumés par les
fatigues et les soucis, mais un temps viendra où ne régneront
parmi eux que la dureté, la perfidie et le crime (Trav., v. 174-201).
7* KPATYAOS 397 e

EPM. Aotl^ovotç. e

ZQ. Kal ebç àXrjScàç, co


'Ep^dyEVEÇ, tI av tiote uool to
ovoua ol ce
SocI^ovec; » ; aKÉipai av xt aoi 56£,co eIttelv.

EPM. AÉyE u6vov.


Zft. Oîa8a ouv nclvaç cj^alv 'HaloSoç EÎvai toùç Sal-

fciovaç ;

EPM. Ouk EVVOCÛ.

ZQ. OùSè 8ti xpuaoOv yÉvoç t6 npcoT6v cJ>r|CTtv yevéaBcu


tSv àvSpamcùv ;

EPM. OÎSa to0t6 yE.


ZO. AÉyEL TolvUV TTEpl autoO,
9
Auxàp ETTEtSf) toOto yévoc; Kaxà fcioîp EKaXl>l|j£V,
ol uèv Sat^ovEÇ àyvoi 398 a
etil)(86vlol KaXéovTai,

âaSXol, aAsc^tKaKOL, cpuXaKEç 8vr|T»v àvBpcoTTov.

EPM. Tiouv 8^ ;

T.C1. "Oti oîuai èyco XéyEiv auT6v to yj>uaoOv yÉvoç oôk


ek xpuaoO tte<|>uko<;, àXX' àya86v te Kal koXôv. TEK^piov
8é uol ecjtiv 8ti Kal f\\ioic; cprçaiv aiSrçpoOv EÎvai yévoç.
s
EPM. AX n 8^ XéyEiç.
Zn. OûkoOv <al tôv vOv olel av cjxxvat auxèv eï tcç
àya86<; laxiv ekeivou toO yjnjaoO yÉvouç EÎvai ;
b
EPM. EIk6c; Y e.
Zft. Ol 8'àya8ol aXXo tl f) cj>p6viuoi ;

EPM. <Pp6vi\xoi.
ZO. ToOto
xolvuv TtavToç jiaXXov XéyEi, èbç êuol SokeÎ,

toùç Saiuovaç' 8ti <|>p6viuoi Kal Sa/juovEÇ fjaav, a Saiuo-


vaç 3>
auToùç a>v6uaaEV Kal Iv yE Tfj appâta Tfj f)UETEpoc

Testim. 397 e n — 398 a 2 àv0ptox:a>v Hesiod., Op., I2J


—aùxàp
:

sq. ||
398 a i oï txsv 2 àvÔpairoov Plat., Resp., V, 469 a.

6 2 àXTjôtoç ye W
398 a 1 eTCiyGovioc
|| (idem Plato in Rep., A69 W
a, ubi xeXéOouaiv pro xaXéovccci et u-epdrtov pro 6v7]Ttov scrips.) ùtzo- :

BT (sed u in ras. T) 5 ysyovévat pro îcecpuxoç xai om. W W


W
|| || ||

6 ai5r,pouç sed v supra ç scrips. b 1 ylvouç TWb -voç B elvac :

W
|| ||

aùtôv U 7 covdixacrev Bt -aav W. :


398 b GRATYLE 73

rencontre Notre poète et bien d'autres qui tiennent ce lan-


1
.

gage ont raison de dire qu'un homme de bien, après sa


mort, obtient une haute destinée et de grands honneurs, et
c qu'il devient génie, suivant le nom que lui vaut sa
sagesse.
En ce sens, j'admets à mon tour que tout homme de bien a
le caractère d'un génie, vivant et mort, et
que le nom de génie
lui est justement donné.
Hermogène. — Moi aussi, Socrate, je crois être sur ce
point pleinement d'accord avec toi. Et le héros, que peut-il
être ?

Socrate. — Voilà qui n'est pas bien difficile à conce-


voir. Ce nom, dont
forme a été légèrement détournée,
la

indique la naissance due à l'amour.


Hermogène. —
Que veux-tu dire ?
Socrate. —
Ne sais-tu pas que les héros sont des demi-
dieux 2 ?

Hermogène. — Eh bien?
d Socrate. — Tous, évidemment, sont nés de l'amour d'un
dieu pour une mortelle, ou d'un mortel pour une déesse.
Considère encore ce nom à la lumière de l'ancienne langue
attique, et tu t'en rendras mieux compte tu verras qu'il a :

été dérivé du nom de Yamour (éros), auquel les héros ont dû


la naissance, avec un léger changement pour la forme. Voilà
comment il définit les héros, ou bien il veut dire qu'ils
étaient savants, orateurs éloquents et bon dialecticiens, étant
habiles à questionner (érôtân) et à parler (èïrèïri), car èlrèîn
est légèïn {dire). Gomme nous venons de le
synonyme de
e en langue attique, se trouvent être des ora-
dire, les héros,
teurs et des questionneurs habiles, si bien que la race

héroïque devient une espèce de rhéteurs et de sophistes.


i. Le mot 8<27Ju<ov appartient surtout à la langue poétique. On
le trouve chez Homère, mais il est rare en prose.
2. Chez Homère f.pco; est une épithète honorifique, généralement

appliquée aux personnages de l'épopée, non seulement aux rois et


aux chefs, mais aux gens de leur entourage. L'aède Démodocos est un
héros. La conception reprise ici par Platon est celle d'Hésiode, qui
fait du héros un être intermédiaire entre le dieu et l'homme. Dans les
Travaux, les hommes de la quatrième race, sont la race divine des
héros que l'on appelle demi-dieux (v. i5()-i6o). Tombés dans la
guerre, devant Thèbes ou à Troie, ils habitent après leur mort les Iles
des Bienheureux, au bord de l'Océan. —
Le mot r ç>t»ç signifie protec-
t
73 KPATYAOS 398 b

cpcovfl
aÔTfc cn>^6ai.v£i t6 ovo^a. AéyEi oSv KaXSç Kat oCxoç
Kal &XX01 TToirjTal TioXXol 8aoi XÉyouaiv ôç, ETrsiSàv tiç

àya8o<; wv TEXEUTrjarj, iiEyàXrçv jioîpav Kal Tipfjv e\ei Kal


ylyvETai Sal^ov Kaxà xfjv Tf)ç c|>povf|a£Cù(; ETtovu^ilav.
C

Tatixr| ouv xlSE^ai. Kal lycb [tov Sarj^ova] TràvT* av8pa 8ç


av àya86ç fj, Saifciéviov EÎvai Kal £SvTa Kal TEXEUT/jaavTa,
Kal ôpScoç «
Sal^ova » KaXsîaSat.
EPM. Kal èycô fcioi Sokcd, o ZcoKpaTEç, toutou Ttavu aoi
aù^i|jr|(|)oc; EÎvai.
e
O 8è 8f)
«
fjpcoç » tI av eïtj ;

ZQ. ToOto Se oô nàvu ^aXE-nèv êvvofjaai. Z^iKp8v


yàp TiapfJKTai aôxôv t8 Svo^ia, SrjXoOv Tf)v Ik toO IpcoToç

yâvEaiv.
EPM. ricoç XÉyEiç ;

ZQ. Oôk oîa8a oti ^18eoi oî fjpa>Eç ;

EPM. TioSv ;

ZO. riàvTEÇ SrjTrou yEyovaaiv Epaa8ÉvToçfj 8eoG 8vr|Tfijç


d

fj 8vrjToO BeSç. 'Eàv o8v qkottt]ç Kal toOto Kaxà xf]v

'AvciKn.v Trjv TuaXaiàv ^aXXov EiaEf SrjX&asi yàp aoi


cf>ovf|v,
8ti Tiapà t6 toO IpcoToç ovo^ia, o8ev yEyovaaiv ol fjpcûEÇ,

cr^LKpèv TTaprjy^Evov IotIv ôvdjiaToç x<xpiv. Kal fJToi toOto

XéyEL toùç fjpcoaç, î}


8xi ootyoi fjaav Kal prjTopEÇ SelvoI Kal

SioXektikoI, èpcoTÔv (Kal EÏpEtv) tKavol Svteç'- to yàp


CC
EÏpELV »
XÉyELV EOTLV. "OîTEp OUV CCpTl XÉyO^lEV, EV Trj
e
'AtTiKfj cpcovfj XEyd^iEvoi ol fjpcûEÇ pf)Tops<; tiveç KallpcoTT)-
tlkoI au^ôaivouaiv, &cte prjTopcav Kal aocjuaTcov yévoç

Testim. : 398 b 9 w; S7:ei3àv —c 2 àvBpa Theodoret., Therapeut.,


p. 323.

b 10 èxeï e/et Theodoret. C 2 tov 8ar[aova |J


secl. Hermann xôv

Sou^ova àvêpa Theodoret. 5 eywy^ T 1 1


7jpioes || ||
etatv W ||
d 1 èpa-
aOévTOç t]
6sou 8vrjT7Jç rj 0vt)xou ôeâ; anonymus in 06s. MisceîL, VII,
p. 273 èpaaOivxos f, ôsou 6v7]T7js r| 6eaç Ovtjxou
:
IpaaôévTe; r] ôsot W
6vy]t^ç f, QvyjTot ôeaç BT 5 [xcxpôv W
axopaxoç Peipers pro ôvdpia-
W
|| ||

toç y 6 Sétvot T (sed ras. ante 8) : -/.où 8stvo\ B


7 (xaù el'peiv) add.
W
||

H. Schmidt 8 Xéyouev B XEyousv (sic) IXéyoïxsv T e 1 o( om.


: :

W
|| ||

y èptu-rj-ixo: BW :
èptoTtxot T.
398 e CRATYLE 74

Mais ce n'est pas cela qui est difficile à concevoir; c'est plu-
tôt le nom des hommes (anthrôpoi). Pourquoi sont-ils appelés

anthrôpoi? Toi, peux-tu le dire?


Hermogène. — Comment le pourrais-je, mon bon ?
Même capable de le trouver, je ne m'en donnerais
si
j'étais
pas la peine, car je pense que tu sauras le découvrir mieux
que moi.
399 a Socrate. — L'inspiration d'Euthyphron te donne
confiance, paraît-il !

Hermogène. — Evidemment.
Socrate. — Et tu raison d'avoir confiance.
as Car, en ce
moment, je crois qu'il m'est
idées ingénieuses, et venu des
je risquerai, si je n'y prends garde, d'être encore aujourd'hui
plus habile que de raison. Fais attention à ce que je vais
dire. En premier
lieu, voici ce qu'on doit se mettre dans

l'espritau sujet des noms souvent nous ajoutons des lettres,


:

nous en ôtons d'autres, en dérivant les noms d'où il nous


plaît, et nous déplaçons les accents. Voilà, par exemple,
DU philos (ami de Zens) pour faire un nom de cette locu-
;

b tion nous enlevons le second i, et à la syllabe du milieu,


1
,

2
qui est aiguë, nous substituons une grave Dans d'autres cas, .

inversement, nous ajoutons des lettres, et faisons passer dans


la prononciation le à l'aigu.
Hermogène. — Tugrave dis vrai.
Socrate. — Eh bien, c'est un de ces changements qu'a
éprouvé le nom des hommes, il me semble. De locution il
estdevenu nom, par la suppression d'une lettre, l'a, et la
transformation de la finale en grave.
Hermogène. — Que veux-tu dire?
c Socrate. — Ceci. Ce nom d'anthropos signifie qu'au
contraire des animaux, incapables d'observer rien de ce
qu'ils voient, d'en raisonner et de l'examiner, l'homme,
dès qu'il a vu, et opôpé a ce sens —
applique son examen

et son raisonnement à ce qu'il a vu. Et voilà pourquoi,


teur cf. latin servo (Boisacq, Dictionnaire étymologique, p. 32g, s. ».).
i. C'est-à-dire de ce prédicat. Plus loin, Platon distinguera,
comme éléments de la définition (ou de la phrase), \6yoq, le nom
(ovoua) et le verbe ou prédicat (orjua). Le second indique ce qui est
dit du sujet, et peut prendre diverses formes.
2. Au 91X0; est remplacé par AtçtXoç. La syllabe oi-, frappée dans
le premier cas de l'accent aigu (o£sta), devient, dans le second, grave
74 KPATYAOS 398 e

ytyvETai t6 fjpa>iK8v <|>0Xov.


'AXXà oô toOto xaX£Tt6v èariv

âvvofjaai, àXXà ^aXXov to tcùv àvBpcoTicûv, 8ià xl ttote


a avBpcoTioL » kccXoOvtou- au £X e,-Ç eIttelv ;

EPM. ri68EV, <àya8É, exo ;


oôS' eï tl oÎ6ç t' av eït^v

EÛpEÎv, ou auvTEtvco Sià to f)y£Îa8ai aè fciâXXov EÔpr|CTEiv f)

ljiauT6v.
ZQ. Tfl toO Eu8u<|)povoc; ETUTivola TticruEUEuq, oç loucaç. 399 a
EPM. Af]Xa W|.
Zfl. 'Op8cûÇ yE où -niaTEucov oç Kal vOv yé u.oi
(jjatvo^aL

ko^cùç IvvEvorjKÉvaL, Kal KtvSuvEuaco, èàv pf| EuXa6ô^iai,


etl xf)u.Epov crocpcoTEpoç xoO Séovtoç y£VÉa8ai. Zkôttel Sf)
S XÉyco. npÔTov ^èv yàp to toi6v8e Sel âvvof]aai TTEpt ôvo-
LidTCûv, 8tl noXXaKu; £Tt£u.6àXXoLiEv ypàji^aTa, Ta S' l£ai-
3

pouu.Ev, nap S |5ouXou.E8a ôvou.oc^ovte(;, Kal t<xç 5E,\JTT]Tac;

LiETa6àXXou.Ev. Otov « Ail cpiXoç »


— toOto ïva àvxl
jS^aToç 8vou.a rj^îv yévrjTai, to te Ixepov <xôt68ev tûxa b

eEJeiXo^jlev <al àvxl ô^euxç Tfjç ^Éarjç <juXXa6f]ç (iapEÎav

E<f>8Ey£,au.£8a. "AXXov 8è TouvavTiov eu.6oXXo^ev ypà^u.aTa,


*rà 8è fiapuxEpa (ô^ÙTEpa) <J>8Eyyô^£8a.
EPM. 'AX^Sfj XÉyEiç.
ZO. Toutcov toivuv Iv Kal t8 Tcàv àvSpamcov OVOjJia
s
ttéttovSev, mç è^iol SokeÎ. Ek yàp ^ï^aToç ovo^ia yéyovEv,
evôç ypà^^axoç toO aXcjja E^aipESÉvToç Kal fiapuxépaç Trjç
teXeutt^ç yEvo^Évrjç.
EPM. ricoc; XÉyEtç ;

Zft. *Ti8E. Zr^xalvEL toOto to ovopa ô a avSpcmoç » C


8ti Ta fcièv aXXa 8r|pla Sv ôpS ouSèv etuctkotteî oôSè àvaXo-

yl^Exat ouSè àva8pEÎ, ô8è av8pcû*noc; a^iaicopaKEv toOto —


8' êarl « Sttcùtte » —
Kal àva8pEÎ Kal Xoyt^ETai toOto o

Teslim. : 399 C 3 ô 8s avôpw^o;


— 6 07îa>^ev Euseb., Praep.
euang., n, 6.

6 5 t]
tj Heindorf ||
399 a 5 8s 0*7)
W b 4 ôÇurspa add. Butt-
W
||

mann ||
6 toutwv BW : touto T ||
8 aXça B : â TW ||
c 4 onuiTts
Eusebius : ~o otîw^s BT.
399 c GRATYLE 75

à la différence des animaux, l'homme a été justement nommé


anthrâpos : car il examine ce qiïil a va (anathrôn ha opôpë) l *
Hermogène. — Et la suite ? Dois-je te la demander? J'au-
rais plaisir à l'apprendre.
Socrate. — Parfaitement.
d Hermogène. — Eh bien, à ces questions me semble pour
ainsi dire s'en rattacher une autre. Nous attribuons, n'est-
ce pas ? une âme
corps et un à l'homme.
Socrate.— Naturellement.
Hermogène. — Essayons donc d'analyser ces mots encore,
comme les
précédents.
Socrate. — Veux-tu dire : d'examiner à propos de l'âme
en quoi ce nom lui convient, et de même ensuite pour le

corps?
Hermogène. — Oui.
Socrate. — Eh bien, pour improviser une explication,
voici à je crois, la pensée de ceux qui ont
peu près, nommé
Y âme (psukhêy. c'est ce qui, par sa présence, est pour le corps
cause de la vie, en lui procurant la faculté de respirer et en le
-
e rafraîchissant (anapsukhon) ;
dès que ce principe rafraîchis-
sant vient à manquer, le corps périt et meurt de là, selon
;

moi, le nom de psukhê qu'ils lui ont donné. Mais, si tu pré-

prends patience je crois apercevoir une explication


fères, :

400 a plus plausible aux yeux des Euthyphrons 3 Car la première, .

j'imagine, leur semblerait méprisable et vulgaire. Examine


donc si toi-même tu trouveras celle-ci à ton goût.
Hermogène. — Tu n'as qu'à parler.
Socrate. — La nature du corps tout
entier, qu'est-ce qui,
selon toi, la maintient et la véhicule, pour la faire vivre et
circuler ? N'est-ce pas l'âme ?

(,3ap£ta), c'est-à-dire atone. Car l'accent grave ((3<xpu;) est en réalité


l'absence d'accent (J. Vendryès, Traité d'accentuation grecque, p. 35 et

suiv.).
i. On faisait encore venir âv6pto7to; de âvw à6pe!v (regarder
en haut), ou de IvapOpov s/.etv ïr.oç, (avoir une parole articulée).
2. Aristote, De anim., I, a (fin) cite l'étymologie qui rattache }j/t)
à d»uypd;, à cause de l'idée de respiration (àva7îvor[) et de rafraîchisse-
ment (xaxdtyuÇtc).
3. L'expression dont se sert Platon (toi; àacpi 'E.) désigne propre-
ment le maître et ses disciples. Ici elle vise ironiquement Euthyphron
et ses ou les gens de son milieu.
pareils,
75 KPATYAOS 399 c

ott cotte v. 'EvteOGev 8f) fci6vov Tcov Grjplcov opGcoç ô avGpo-


ttoç « avBpcûTToç » ôvou.àa8r), àvaGpcov a ottcûtte.

EPM. Ti ouv ;
t6 \xztol toOto Epatai as, S f^Sécoç av

TTuBot^rjv ;

ZQ. riàvu y£.


EPM. "Clanzp Totvuv jioi 8okeî toutoiç ec^ç EÎval ti d

Xpfj^a. « S'u^y » yap tiou Kal « aco^icx » ti KaXoO u.ev toO


àvGpcoTrou.
ZQ. ricoç yàp ou* ;

EPM. riEipCOJIESa Sf) Kal TOCOXOC SleXeÎV CùOTÏEp Ta


E^mpoaBEv.
ZQ. H'u^fjv XéyEiç ETuaKÉipao-Gai coç eIk6tcùç toutou toO
3
ôv6u.aToç Tuy)(àvEL, ettelt aQ to aéou.a ;

EPM. Nat.
e
ZO. Clç u.èv Totvuv ek toO Ttapa^p^a XÉyEiv, oîu.al ti
toioOtov voelv toùç tt*]V ^u^v ôvo^àaavTaç, coçtoOto B.pa y
oTav Trapfj tco acbu.aTi, aÏTiév ecxti toO £fjv aÔTÔ, ttjv toO
ocvomvE'LVSûvapiv Tïapé)(ov Kal àvai|»0)(ov, au.a Se IkXeI- e

ttovtoç toC àvai|jû)(ovToç t6 acûjia àTioXXuTai te Kal teXeutS*


SGev Sr) (jlol
SokoOcjiv aÛTè «
ipu^v » KaXÉaai. Et oè |Jo\jXei,

ttyjE r|pÉ^a- Sokco yàp ^ol ti KaQopâv mGavcùTEpov toutou


toîç apcpl Eu6ùcf>pova. Toutou ^ièv yàp, coç êu.ol Sokeî, 400 a

KaTac|>povr)aaL£v Kal f^yrjaaivTo cf>opTiK8v EÎvar toSe 8è


ocv

aKÔTiEi làv apa Kal aol àpÉarj.

EPM. Aéys fciôvov.


Zn. Tf]v c|>uaiv TtavTèc; toO aco^aToç, coctte Kal £fjv Kal
TïEpuÉvai, tI aot Sokeî e^elv te Kal ô^eiv ocXXo f\ ; ^v^f)

Tes^'m. : 399 C 5 ôp6aiç — 6 or.ur.e Stob Eclog., 1, 3g, 3


d 10 cujxat
— e 3 xaXsaai Stob., Eclog., 1, 4i> 10.
, j|

C 5 8rj TW : 8è 8t] B || av0pa>7:oç semel Stob. || 7 -et ouv — î:u8o([j.tjv

Hermogeni primus attribuit Heindorf ïpcouai b èpwjxa». : BW


IpOftat T y d 2 cw{jia te a&aa tf T a65;j.a B W
xou om. : 11
||

W
toioutov ti Stob. e 1 8è xoù H èxXt7rdvToç 2 rs om. Stob. W W
|| |{

W
Il II |j

3 evGev pro oOev «J^xV a " T ° Stob. 400 a 3 àp£rx7] W.


|| ||
400 a GRATYLE 76

Hermogène. — C'est bien elle.


Socrate. — Et la nature de tous les autres êtres ? Ne
crois-tu pas avec Anaxagore que c'est un esprit et une âme
quiles ordonne et les maintient *
?

Hermogène. — C'est mon avis,


b Socrate. — On aurait donc raison de donner le nom de
phusékhê à cette force qui véhicule (okhèi) et maintient (ékhéï)
(jphusis). Mais on peut aussi, par enjolivement, dire
la nature

psukhê.
Hermogène. — Parfaitement, et même, à mon avis,
cette explication est plus savante que l'autre.
Socrate. —
Elle l'est en effet; néanmoins le nom paraît
vraiment risible, sous la forme qu'il a reçue.
Hermogène. —Et la suite, que devons-nous en penser ?
Socrate. —
Le corps (sôma), veux-tu dire?
Hermogène. —Oui.
Socrate. —
Le nom m'en paraît complexe pour peu ;

c qu'on en modifie la forme, il l'est au plus haut point. Cer-


tains le définissent le tombeau (sema) de l'âme, où elle se
trouverait présentement ensevelie 2
; et, d'autre part, comme
c'est par que l'âme exprime ses manifestations, à ce titre
lui
encore il est justement appelé signe (sema) d'après eux.
Toutefois ce sont surtout les Orphiques qui me semblent avoir
établi ce nom, dans la pensée que l'âme expie les fautes pour

lesquelles elle est punie, et que, pour la garder (sôzètai) elle a ,

comme enceinte ce corps qui figure une prison ; qu'il est


donc, suivant son nom
même, le sôma (la geôle) de l'âme,
jusqu'à ce qu'elle ait payé sa dette, et qu'il n'y a point à

changer une seule lettre.


d Hermogène. — Ces explications, Socrate, me semblent

i. Aristote, De anim., I, 2, kol\ a : « Anaxagore identifie l'âme

(^uyr)) et l'esprit (vouç) », mais il fait du vou; le principe de


toutes
choses. Suivant Anaxagore, les éléments, primitivement confondus,
ont été séparés et mis en ordre par l'Esprit. Platon lui emprunte le

mot 8taxoa|j.eiv dont il se sert ici.


2. Dans le Gorgias, 4q3 a, Socrate déclare avoir entendu dire aux

sages que notre vie présente est une mort, et que le corps (awua) est
un tombeau (arjtxa). Il s'agit probablement de Philolaos. Sur —
l'étymologie de awjxa attribuée aux Orphiques (le corps considéré
comme la prison de l'âme), cf. Phédon, 62 b Socrate rappelle une
:

formule que l'on prononçait dans les Mystères : « Nous sommes,


76 KPATYAOS 400;

EPM. OôSèv aXXo.


ZO. Tt Se ;
Kal Tf)v tûv aXXov àTiàvTCûv <J>ùaiv

TTiaxeiieLc; 'Ava£ay6pa voOv Kal 4»uxV etvaiTf|v SLaKoaLioO-


aav kocI Ixouaav ;

EPM. "EycoyE.
ZQ. KaXûç apa av xè BvoLia toOto I)(ot tfl
8uv<xliel b

Tauxr| fj tyûoiv &X*Î Kal £X EL « <t>ua ^X r v l


J> ettovolkx^eiv.

"E£,EaTt Se iccd «
Lpuxf)v * kolll[;£V)6lievov XÉyciv.
EPM. nàvu llèv oSv, Kal Sokel yé fcioL
toOto IkeIvou

TEXVIKOTEpOV slvai.
ZO. Kal yàp ecjtiv yEÀoîov llevtol <J>aivETaL ôç oÀt]8oùç
ôvoLia£éLLEVov àç .eteBt].
s
EPM. AXXà Bf\ to LiETa toOto ttôç $Sliev ex^lv ;

ZO. T6 c6ûfcioc XÉyEiç ;

EPM. Nal.
ZQ. rioXXaxfj liol Sokel toOto yE* av Lièv Kal o\iiKp6v

tlç TrapaKXtvT], <al nàvu. Kal yàp afJLià tlvéç <J>ac7LV auTÔ C

Etvai xf]ç ^x^ç, &ç TE8a^i^ÉVT]ç ev tû vOv TïapévTf Kal


Slotl aC toutcù ar) ^atv el S âv arjLialvr| f\ v^ux^l'
Ka ^ TaUT TI
« aï] Lia » opScoç KaXEÎo-SaL. AokoOgl llévtol liol LiàXiaTa
8éa8aL oî àLi<f>l 'Op<J>Éa toOto xè ovoLia, oç Slktjv 8L8oûar|ç

t^ç Lpux^ç Sv Si*)


êvEKa SlScoaLv, toOtov SÈTïsplôoXov exelv,
tva a&£r)TaL, SEaLLCûxrjpiou ELKÔva EÎvaL oSv tt^ç ipux^ç -

TOOTO, &OTZZp aUTO ÔvOLlà^ETaL, EOÙÇ &V EKTELOTJ là Ô(f>£L-


XÔLiEva, t6 « acùLia », Kal ouSèv Selv napàyELV oôSè

ypàLiLia.
EPM. TaOxa llev liol Sokel LKavcoç, o ZoKpaTEÇ, ELpf)- d

Testim, : 400 b 9 xo aûtxa — c 10 ypàjjijxa Stob., Eclog., 1,35,


9 II
C 1 xat yàp ar)tj.a
— 6 8tô*toaiv Glemens Alex., Strom., 3, 3, 16.

a 8 Tt oat b y b 2 i)
BW :
J T || C '1 *âvo tt W ||
2 x$ Ttapô'vTt
xal vuv Stob. D 3 au om. Clem. Alex. touto Stob. pro toutio
W || ||

aY][xa''v7)
Stob. :
-txrjvr) BT -[J.^V7) ||
(\ [xot om. Stob.
Clem. Alex. ||

6 ttjç ^uyîjç om. Clem. Alex. j|


8 touto, (Sanccp
aùxo BTW : touto
auTÔ cfaictp Stob. jl 9 xà aroixaTa Stob. pro xo aâjxa ||
oùôè T : -Skv
BW Stob.
400 d CRATYLE 77

suffisantes. Mais, pour les noms des dieux, pourrions-


nous, comme tu le faisais tout à l'heure en parlant de Zeus,
examiner de la même manière en vertu de quelle justesse
leurs noms ont été établis ?

Socrate. —
Par Zeus Hermogène, si nous étions raison-
!

nables, il y aurait pour nous une manière, la meilleure de


toutes ce serait de dire que nous ne savons rien des dieux,
:

ni de leurs personnes, ni des noms qu'ils peuvent bien se


donner à eux-mêmes, —
car il est clair qu'ils emploient, eux,
e les vrais noms. Une seconde manière de justesse serait de faire
comme dans les prières, où nous avons pour loi de les invo-
quer « sous les noms, n'importe lesquels ni de quelle ori-
gine, qui leur plaisent »*, comme n'en sachant pas davantage.
401 a C'est en effet une loi sage, à mon avis. Faisons donc, si tu
veux, notre enquête, après avoir pour ainsi dire prévenu
les dieux qu'elle ne portera
point sur eux car nous nous —
en reconnaissons incapables — mais sur les hommes et sur ,

l'opinion qu'ils pouvaient avoir quand ils leur ont donné


leurs noms ce procédé ne saurait éveiller leur colère.
:

Hermogène. —
Ta proposition, Socrate, me paraît sage 2 .

Faisons comme tu dis.


b Socrate. — N'est-ce point par Hestia qu'il nous faut
3
commencer, suivant le rite ?

Hermogène. —
Ce serait justice.
Socrate. —
Quelle intention pourrait-on attribuer à
celui qui a nommé Hestia ?
Hermogène. —
Par Zeus, voilà encore qui ne me semble
pas facile!
Socrate. Il—y a des chances, en tout cas, mon bon
Hermogène, pour que les premiers auteurs de ces noms
aient été non des esprits médiocres, mais de sublimes spécu-
lateurs et des discoureurs subtils.
Hermogène. — Comment cela ?

nous autres hommes, dans une sorte de geôle («ppoupo), d'où l'on ne
doit pas se libérer ni s'évader » .

1. Sur cette formule prudente usitée dans les prières, cf. Euthy-

deme, 288 a, etc.


2. Littéralement : dans la juste mesure. Pour ce sens de lurpuo;,
cf. Criton, 46 c, etc.
3. C'est par Hestia que l'on commençait les sacrifices.
77 KPATYA02 400 d

oBoli" TiEpl 8è toùv 8ecûv tûv ôvou.<xtcdv, OÎOV KCll TtEpl toO
« Aibç » v0\> 8f| IXeyec;, e)(oiu.ev av ttou <aTà tov ocût6v

Tp6Tiov ETuaKÉi|;aa8ai KaTa Tiva ttotè ôpSdxrjTa auTcov Ta


5v6u.aTa keÎtou ;

Zfï. Nai Aux r|u.£Îç y£, o "Ep^yeveç, EÏTTEp y£ voCv


u.à

E^OlU-Ey, EVa U.EV TÔV KaXXiaTOV TpOTTOV, STLTTEpl 8ecov oûSèv

ÏCJU.EV, OÔTE TIEpl aÔTCùV OÔTE TTEpl TÛV ÔVOU.OCTOV, &TTO


ttotè éauToùç KaXoOaiv Sf^Xov yàp ôtl ekeîvoI ys TaXrjSfj
3
«xXoOai. AEÙTEpoç 8 au Tpénoc; ôpSoTTiToç, ûSanEp êv Taîç e

EÙ^aîç v6(jloç Eaxiv f}u.tv Eu^EaSai, oitiveç te Kal ôtï<S8ev

Xaipouaiv ôvou.a£6u.EVoi, xaOxa Kal Tju.aç auTOÙç koXeîv,


a>ç &XXo u.r)8èv ElSéTaç* KaXoç yàp Sf) Eu.oiyE Sokeî vevou/i- 401 a
a8ai. Et ouv (5ouXei, gkottco^ev cSoTTEp npo£iTi6vTEc; TOÎÇ
Beolç 8ti TtEpl auTcov ouSèv t)u.eÎç <JKE^;<5u.£8a
— oô yàp

à£ioGu.£V oîol x av sîvai okotielv


s
— àXXà TTEpl tcùv àv8pob-

TTCÛV, fjv TLVÛC TTOTE 86^aV £)(OVTEÇ EtISeVTO aÛTOÎÇ Ttt Ôv6-

jiaTa' toOto yàp àvEU.Éar|Tov.


EPM. 'AXXà u.oi SokeÎç, & ZooKpaTEç, u.ETplcoç XéyEiv,
Kal 0\5tû5 TTOlSu.EV.
9 e
Zft. "AXXo tl o8v à<J> EaTtaç àp^oau-ESa KaTa t6v b
véy.ov ;

EPM. A'iKaiov yoOv.

ZO. Tt ouv av tiç <|>airj


8iavoouu.svov tov Ôvou.àaavTa
'EaTiav ovo^iàaai ;

EPM. Ou u.à tov Ala ouSè toOto otu.ai jSdtSiov EÎvai.


e
ZO. KivSuvEÙouaiyoOv, àya8è Epu.6y£VEÇ, ot Tipcoxoi Ta
ov6u.aTa tl8éu.evol ou cpaOXoi EÎvai, àXXà u.ETECûpoX6yoi Kal

àSoXéa^ai tlvéç.
EPM. T18/| ;

d 7 e/.otxev éd. Basileensis altéra j| 9 aùxot iauxoùç W (fortasse


recte) 401 a 2 et
pouXei ouv TW 5 tjv 7iOTe Tiva BT 7 pcrpicos
W W
||

W
|| ||

BT et in marg. :
xaXwç b 1 ouv BT : ouv rj àp/o'[i&8a
W 3 oïxaiov youv BT
H :
||

ôtxaiov yi xot âoxî W ||


j|

8-9 [AeTeiopoXoyoi
Tiveç xal àooXéa^ai W.
401 b GRATYLE 78

Socrate. — L'établissement
de ces noms dénote claire-
c ment, pour moi, des hommes de ce caractère. Et si l'on
examine les noms étrangers à l'attique, on découvre tout
aussi bien ce que veut dire chacun d'eux. Par exemple, ce

que nous appelons, nous autres, ousia certains l'appellent


essia, d'autres encore ôsia
1
Eh bien, en premier lieu, que
.

Y essence (ousia) des choses soit appelée Hestia, d'après le


second de ces noms'2 voilà qui est logique et quand, d'autre
, ;

part, nous désignons, nous, par Hestia ce qui participe à l'exis-


tence (ousia) 3 , en ce sens encore Hestia est le nom juste: car

nous-mêmes, semble-t-il, nous appelions anciennement essia


Y existence (ousia). En outre, si l'on y réfléchit à la lumière
d des sacrifices, on interprétera ainsi la pensée de ceux qui ont
établi ces noms : avant tous les dieux, c'est à Hestia
la première que doivent naturellement sacrifier les hommes
qui nommèrent Hestia l'essence de toutes choses. Quant aux
auteurs à'ôsia, ceux-là doivent croire à peu près, comme
Heraclite, que les choses qui sont se meuvent toutes et que
rien ne demeure ; qu'elles ont donc pour cause et pour prin-

cipe directeur Y impulsion (to ôthoun),


bien nommée par suite
6 ôsia. Mais c'est assez parlé sur ce sujet pour des gens qui ne
savent rien. Après Hestia, il est
juste d'examiner Rhéa et
Kronos. Le nom de Kronos, à vrai dire, nous l'avons déjà
passé en revue
4
mais peut-être mes propos sont-ils sans
:

valeur.
Hermogène. —
Comment cela, Socrate ?
Socrate. —
Mon bon, il m'est venu à l'esprit tout un
essaim de savantes pensées.
Hermogène. —
De quelle nature ?
402 a Socrate. — La chose est tout à fait risible à dire, et pour-
tant, à mon avis, ne manque pas de vraisemblance.
Hermogène. — Quelle vraisemblance ?

Socrate. — Je crois voir Heraclite énoncer d'antiques et

i. se rencontre chez Stobée, Ed., i, ^24


La forme dorienne ûo£a
Ocellos) et 712 (Archytas).
I,

Quant à luoia, c'est aussi une forme
dorienne qu'on retrouve ailleurs Stobée, Ed. phys., I, p. 8 (Philo-
:

laos). Voir Bergk, Zeitschr. f. Alterthumswissenschaft, i843, p. a4-


1. C'est-à-dire èaaia.
3. Une chose est parce qu'elle participe à Yexistence, Cf. Soph.,
a46 a, et la note de M. Diès.
4. 3 9 6 b.
78 KPATTAOS 401 b

ZO. KotToccfxxlvETai uoi fj Qkoiq tcûv àvo^iàxcûv toioûtcûv


TIVGÙV àvSpOTTCùV EÎvai, Kal èécV TlÇ Ta ^EVlKa ôvéuaTa C

àvaaKOTtfj, ou)( ?)ttov àvEuplaKETai. 8 EKaaTov (iouXeTai.


OTov Kal Iv toutcû S fluEiç « ouaiav » koXoOuev, elalv ot

« êaalav » KocXoOaiv, ot 8' au « oalav ». ripcoTov uèv ouv


KaTà t6 ETEpov 3 voua toùtqv fj tcùv irpayuaTov ouata
e
a Earia » «xAEÎaBai e^el X6yov, Kai 8ti yE aS fjuEÎç t6
e
xfjç ouataç uetÉ)(ov a EaTiav » <j>auÉv, Kal KaTà toOto
Ôp8coç av KotXotTo « 'Ea-cla ». 'Eo'iKauEv yàp Kal tj^eÎc; t6
•naXaiov a èaatav » kccAeÎv
Tfjv ouaiav. "Etl 8è Kal KaTaTccç

Bualaç av tlç Ivvo^aaç /jy^aaiTo outcù voeiv xaOTa toùç d


e
tiSeu-evouç' to yàp Tip6 TtàvTcùv 8eoûv rr\ EaTia Ttp&Trj

TtpoSuEuv eIk6ç Ikeivouç oTtiveç Tf)v nàvTov ouaiav


« 'EaTlav » ETtcovduaaav. 0aoi 5' a8 « oalav », cj\eB6v ti
9
aQ oStol Ka8 'HpàKÀELTOv av fjyoîvTo Ta Svxa levai te
Ttàvxa Kal uéveiv ouSév t6 oOv aiTiov Kai ib àpxrjyov auTÛv
EÎvai t6 â>8o0v, 88ev §fj KaXcoç £X ELV aUT0 àaiov » <*>vo- <(

uàa8ai. Kal xaOxa uèv 8f) TaÙTfl a>ç Ttapà ur)8èv eISotoov e
e e
ElprjaScù' uet& PÉav Kai Kp6vov èma-
8' EaTiav SlKauov
KÉipaaSat. Kalxot t6 ys tou Kpévou Svoua fjSrj 8if|X8ou£v.
"lacoç uévtoi ouSèv Xéyo.
EPM. Tt 1
Si ), S ZÔKpaTEç ;

ZO. 'ftya8É, èvvEv6r)K<x ti auf]voç ao<J>laç.


EPM. rioîov Sf)
toOto ;

ZQ. TeXoIov uèv ttocvu eIttelv, oîuai uévtoi Ttvà m8a- 402 a
v6xr|Ta ex°v.
EPM. Ttva TaÙTr)v ;

ZQ. Tov 'HpoikXeitov uoi Sokcù KaSopav TtaXal' axTa

C i elvai om. T 4 Sootev W : éaaiav T èat'av B oî 8' au BT :

oi ôè W ||
6 écria W (ut
||

uidet.) b : èa- B éa- (sic) T


||

ots W pro
W
||

fat || 7 *™™ Tb : èa- B ea- (sic) ||


8 éaxîa TWb : èa- B j|

d 2 sema TW : èa-B ||
e 2 kaziav TW : èa- B ||
402 a i (asv om.
T 4 *aXa{' cod. Gud. 44
||
: KdiXai BW racXat T ||
5-cta BW :

âxia Tb.
402 a GRATYLE 79

sages propos, aussi vieux, sans mentir, que Kronos et Rhéa,


ceux que tenait aussi Homère.
Hermogène. —
Qu'entends-tu par là ?
Socrate. — Heraclite dit, n'est-ce
pas ?
que « tout passe et
rien ne demeure »; et, comparant les choses au courant d'un
fleuve, il
ajoute qu' « on ne saurait entrer deux fois dans le
même fleuve ».

Hermogène. — C'est exact.


b Socrate. — Eh bien, à ton avis, avait-il une autre concep-
tion qu'Heraclite, celui qui donnait aux ancêtres des autres
dieux les noms de Rhéa et de Kronos 1 ? Crois-tu que ce soit
par hasard qu'il leur ait donné, à l'un et à l'autre, des noms
exprimant l'écoulement? De même Homère dit à son tour :

2
Océan, père des dieux, et leur mère, Tèthys
3
et, je crois aussi, Hésiode . Et Orphée déclare lui-même:

Océan au beau cours se maria le


premier
e avec Tèthys, sa sœur née de la même mère.

Considère que ces indications s'accordent ensemble, et se ra-


mènent toutes à l'idée d'Heraclite.
Hermogène. —
Tu me parais avoir raison, Socrate mais ;

le nom
de Tèthys, je ne conçois pas ce qu'il veut dire.
Socrate. —
Cependant il l'indique presque de lui-même :

c'est un nom de source déguisé. Car ce qui est criblé (diat-


d tôménon) et filtré (êthouménori) figure une source de ces ;

deux noms a été formé celui de Tèthys.


Hermogène. —
Voilà, Socrate, qui est joli.
Socrate. —
Je le crois bien. Mais qu'est-ce qui vient en-
suite ? De Zeus nous avons déjà parlé.
Hermogène. Oui. —
Socrate. —
Passons donc à ses frères, à Poséidon, à Plu-
ton et à l'autre nom qu'on lui donne.

1. Socrate a plus haut rattaché Kpovoç à xopoç (netteté). Ici, bien

qu'il ne le dise pas expressément, il explique ce nom par xpouvoç

(source).
2. Iliade, XIV, 201.
3. fait ce rapprochement qu'avec réserve (olixat). En fait,
Socrate ne
suivant la Théogonie, la plupart des dieux sont issus de la Terre et du

Ciel(Gaia et Ouranos), notamment Océan et Tèthys, qui se sont unis


à leur tour pour donner naissance aux Fleuves et aux Océanines.
79 KPATYAOS 402 a
e
ao<f>à XéyovTa, àxE^voùÇ xà eni Kp6vou Kal Péaç, fi Kal

"Ojirjpoç IXeyEv.
EPM. IIôçtoOto XÉyEu; ;

ZO. AÉyElTTOU 'HpaKXElTOÇOTl « TiàvTa xopEÎ Kal OÛÔÈV

jiéve^ », KalîTOTa^oO po?\ aTXELKà^cûv Ta 8vxa XéyELcSc; « 8lç


eç aov auTÔv •noTajxèv ouk av £u.6alr)ç ».

EPM. "Ecru xaOxa.


ZO. Tt SOKEL COL àXXoiÔTEpOV 'HpaKXE'lTOU voeÎv ô b
OUV ;

tiSe^evoçtolç tôv oXXcùv 8eSv Tipoyévoïc; « Péav » te Kal


« Kpdvov » ; Spa olel octt& toO auTou.axou aux&v à(i(|>oTÉpoi<;

pEUjiàTcav ôvé^axa 8Éa8aL ; ôcmEp au "O^ripoç « 'OKEavév


te 8eôv yévEatv » <|>r)aLV «Kal u.T]tépa TrjSuv »• oîu.ai Se
Kal 'HaioSoç. AÉyEi SE ttou Kal 'Opc|)EÙç 8tl

'OKEavôç TtpcoToç KaXXlppooç fjp^E yàu-oio,


8ç pa Kaaiyv^TT^v ô^ou.r|Topa Tt]8ùv Sttulev. C
s
TaOT oSv ctk6tï£i 8tl Kal àXXfjXoiç auy.<f><A>v£Î Kal Tip6ç Ta
c
toO HpaKXEiTou TtàvTa te'lvei.

EPM. <t>alv£i Tt ^01 XÉyELV, OÙ


ZeûKpaTEÇ' xè u.évtoi t^ç
TrjSùoç ouk evvoco 8vou.a tC (ùoùXETai.
ZQ. 'AXXà u.fjv to0t6 y£ ôXtyou autd XéyEt oti tttjy^ç
OVOU.a ETUK£Kp\;U.U.£VOV ECTTIV. T6 yàp StaTTCO^lEVOV Kal
t6 f]8ouu,Evov TTrjyfjc; ànEiKaajJià ecttiv ek 8è toûtqv d

à^oTÉpoùv tôv ôvou-octcùv f\


«
Tr)8ùc; » x6 Svo^a £uyK£iTai.
EPM. ToOto ^iév,

ZcbKpaxEc;, Ko^ivpév.
ZO. Tt 5' ou u.eXXei ;
'AXXà tt t6 ^Exà toOto ;
tôv \ikv
A la ELTTOU.EV.
EPM. Nal.
ZO. Toùç àSEXqjoùc; Sf|
aÔToO XÉycùu.£v, t6v te rioaEuSoà

Testim. : 402 b 4 'Ûxeavdv — 5 Tr|6uv //., i£, 201.


b 1-2 ô TtGéexevoç Bt : oti ôéjxevoç TW ||
5 çrjaiv B :
ÇTjat Wb om.
T 7 xaXXi'ppooç Ven. i85 man. rec. :
xaXXtpdouç B
xaXXippdou;
W
||

T xaXXtpoou b xaXXt'ppouç t
xaXXlpou; c i
ôjJtOfXTJTspa
sed o W
supra s
scrips. j|
to7:u£V BW ||
a fcgiaxdsctt
pro àXXrJXotç W||

|| aXXot; B
D l\ «paivet
~i T :
^aivexat B cpaivï] t( 7 8iaTTO[xgvov b Wb
d 3 fxèv ouv
W D 4 fiéXXet W -to BT d 7 xoùç 8è àSeXçoù; M)
:
Xéyojuv W.
||

W ||
|j

V. 2. — 8
402 d GR ATYLE 80

Hermogèke. — Parfaitement.
Socrate. — Le nom de Poséidon me semble avoir été
e donné par son premier auteur parce qu'il fut arrêté dans sa
marche par la nature de la mer, qui l'empêcha d'aller plus
loin et fut comme une entrave à ses pieds. Le dieu qui
commande à cette force reçut donc de lui le nom de Po-
séidon, comme entravant les pieds (j)osidesmon) l'e a été :

'
ajouté sans doute pour l'élégance Peut-être toutefois n'est-ce
.

là le sens, et à la place du s prononçait-on deux 1 à l'ori-


pas
403 a gine, pour indiquer que ce dieu sait bien des choses (polC

èidôs) ; peut-être aussi a-t-il été nommé ¥èbranleur(ho séïon),


de sèièïn (ébranler), avec addition du p et du d. Quant à
Pluton, il a dû son nom à ce qu'il donne la richesse
2
car ,

c'estdes profondeurs de la terre que la richesse (ploutos)

monte au jour. Pour Hadès, la plupart me semblent ad-


mettre que ce nom exprime Y invisible (aèidès) 3 et c'est par ,

crainte de ce nom qu'ils l'appellent Pluton.


b Hermogène. —
Et toi, Socrate, que t'en semble?
Socrate. —
Les hommes, à mon avis, ont commis bien
des erreurs sur la fonction de ce dieu, et le redoutent sans
raison. Que chacun de nous, une fois mort, habite là-bas

pour toujours, ils le redoutent et que l'âme s'en aille le ;

trouver dépouillée du corps, voilà encore qui les emplit de


crainte mais, selon moi, tout converge vers
;
le même sens,
le pouvoir du dieu comme son nom.
Hermogène. — Gomment cela ?

c Socrate. — Je vais t'expliquer ma pensée. Dis-moi : des


liens qui obligent n'importe quel être vivant à demeurer

n'importe où, quel est le plus fort, la nécessité ou le désir?

i. A
plusieurs reprises Socrate fait entrer en compte, dans ses
explications étymologiques, le désir qu'ont eu les hommes d' « enjo-
liver » les noms, quittes à les défigurer. Voir notamment 4i4 c.
2. L'explication est exacte. Pluton est le distributeur de la richesse,

plus exactement le dieu de l'abondance agricole, car la terre dont il


habite les profondeurs produit les fruits qui sont la nourriture de
l'homme. C'est à ce titre que le laboureur, suivant les Travaux
(v. 465 sq.), doit invoquer, en même temps que la « pure » Déméter,
celui qu'Hésiode appelle le « Zeus chthonien ».
3. Dans le Phédon, le nom d'Hadès est expliqué par le caractère
invisible (àstSrjc) du lieu qui est le séjour de ce dieu — interprétation
écartée ici
par Socrate.
80 KPATYAOS 402 d

Kal tôv nXotiTcova Kai tô eTcpov Svo^ia S êvou.a£ouaiv


auTov.
EPM. nàvu ye.
ZQ. Tô uèv xolvuv toO l~loaEL8cov6c; u,oi cpalvETai àvé-
^àaôai, toO TipcaTou 8vou,àaavToç, 8ti aÔTÔv fta8l£ovTa e

ETTÉCTXEV Tj Tfjç8aX<XTTT)<; <J>à<7lÇ


Kal OÔKÉTLELaaEVTTpOEXSEÎV,
àXX' ô5cm£p auTÛ EyévETo. Tôv oSv
SEafciôç tcûv tïoScov

ap^ovTa Tfjç Suvà^EOûç TaÙTrjç 8eôv àvôuaaEV « rioCTEt-


SSva », ôbç a TtoatSEa^ov » ovTa* tô 8è e lyKEiTai ïacoç
EUTipETiEiaç EVEKa. Tà)ra Se oûk av toOto Xéyoi, àXX' àvxi

toO aîyy.a 8ûo Xà68a tô npcùTov èXÉyETO, QÇTioXXà ei86toç 403 a


v
toO 8eo0. I<jcûç Sa ànô toO oeIelv « ô cxeUdv » â>v6^aaTou'

npdaKELTai 8è tô tteÎ Kal tô SéXTa. Tô Se nXoÛTcovoç,


toOto uèv KaTà t^]V toO ttXoûtou Bàaiv, bii ek Tfjç yf]<;
k<xt<û6ev àviETat ô ttXoOtoç, ETtcûvo^àaST]* ô 8è « "AiSrjç »,

ol TtoXXol uév uoi SoKoOatv ÛTtoXauBàvEiv tô aEiSèç TtpoaEi-

pfjaSaiTÔ ôvôuaTi toùto, Kai (|>o6o\juevoi tô Svoua « nXou-


Tova » KaXoGaiv auTÔv.
EPM. Zol Se néoç (jjalvETai, S ZcoKpaTEÇ ; b
ZO. rioXXaxîl luoiyE SoKoOaiv avSpamoi SirjuapTTjKÉvat
TiEpl toutou toO BeoO Tfjç Suvocueqç Kai (|>o6EÎa8at auTÔv
ouk a£,iov. "Otl te yap, ETtEiSàv anaÉ, tlç fjuâv aTto8àvr|,
à£l ekel egtiv, <{>o6o0vTai, Kal 8tl f) ^X 1
^) Y uu V ^)
- T0U%

acouaTOÇ nap' ekeîvov à*nÉp)(£Tai, Kal toOto TtEc|><$6r]VTai'


to 8' êuol Sokeî TtàvTa iç TauTÔv tiouvteCveiv, Kal f\ àp^f)
toO 8eo0 Kal tô Svoua.
EPM. nôç 8/| ;

Zft. 'Eycb aot èpco a yÉ uoi cpalvETai. Etnè yàp uoi, c

Seguôç ^4>9 otcùoOv ôote uéveiv ôtïouoOv, Tt^TEpoç iayypà-


TEp6ç laTiv, àvàyKT] f)
ETuBuuia ;

e i tou BT : Otzô too W ||


403 a i
aiyu.a (sic) B : â TW ||
8uo
Xa68a B (XX et p. supra scrips. b) : 8uo XX TW" ||
3 xi xou tô 8eXxa
B : 7c xai to 8 TW ||
5 wvojxaaGr) W ||
b 4 à'Çtov (ôv) Baiter ||
5 y o6ei-
Tat T ||
6 7teod67]Tou T.
403 c GRA.TYLE 81

Hermogène. — Sans comparaison, Socrate, c'est le désir.


Socrate. — Ne crois- tu donc pas que bien des gens échap-
s'il ne liait
peraient à Hadès, par le lien le plus fort ceux qui
s'en vont dans l'autre monde ?
Hermogène. —
Évidemment.
Socrate. —
C'est donc, semble-t-il, par quelque désir

qu'il les enchaîne



s'il est vrai
qu'il les enchaîne par le
— non
lien le plus puissant et la nécessité.

Hermogène. — Apparemment.par ,

Socrate. — D'autre bien des


part, il existe désirs ?

Hermogène. — Oui.
d Socrate. — donc par
C'estplus puissant le des désirs
qu'il les enchaîne, si c'est
par le lien le plus puissant qu'il
doit les maintenir.
Hermogène. — Oui.
Socrate. — Or est-il de plus grand désir que celui de
vivre dans la société d'un être par lequel on espère devenir
meilleur ?
Hermogène. —
Non, par Zeus Socrate, en aucune façon. !

Socrate. —
Pour ces raisons, Hermogène, affirmons
donc que nul ne veut quitter l'autre monde pour revenir
ici-bas, pas même les Sirènes en personne, mais qu'un charme
e les retient enchaînées, elles et tous les autres ;
tant sont beaux,
semble-t-il, les discours que sait tenir Hadès D'après notre !

thèse, ce dieu est un sophiste accompli, et grand bienfaiteur de


ceux qui sont à ses côtés, lui qui, même aux habitants d'ici-
bas envoie des biens si nombreux, tant il a là-bas de riches-
ses en réserveC'est ce qui lui a valu le nom de Pluton. Que,
!

d'autre part, il refuse de vivre dans la société des hommes,


tant qu'ils ont leur corps, et qu'il ne se mêle à eux que quand
404 a leur âme est purifiée de tous les maux et désirs corporels,
n'est-ce pas à ton avis le fait d'un philosophe, et qui a bien
su comprendre que le moyen de retenir les hommes est de
les enchaîner par le désir de la vertu, tandis que, quand ils
sont en proie aux transports et à la folie du corps, Kronos

i. Proclus, in Cratylum, 167 : Platon distingue trois sortes


de Sirènes : les Sirènes célestes, celles qui aident à la génération,
celles qui purifient, placées sous le pouvoir d'Hadès. Elles
sont souvent mises en rapport avec le monde infernal ;
elles figurent
dans certaines versions de la légende de Perséphone ; Hélène, dans
81 KPATYAOS 403 c

EPM. l~loXù Sia<f>ÉpEi, S Z<*>Kpaxeç, f\ EmBujila.

ZO. Oïet ouv t6v "AiStjv ouk av ttoXXoùç EK<f>£ÛyEiv, cl

\jlÎ)
tô ta)(upoTaTa> Sect^icû ISei toùç ekeioe Î6vxaç ;

EPM. AfjXaSf).
ZO. 'EmBu^la apa Tivl auToùç, &ç eoike, Sel, EÏTTEp Tcp

LiEylcrap Sec^co Seî, Kal oùk àvàyKr|.


EPM. <l>atvETai.

Zft. OùkoOv ETitSuLitat aS TtoXXai eictiv ;

EPM. Nai.
ZO. Trj LiEylcTri apa ETitSuLita tôv etilBulxlwv Seî auTouç, d

EÏTTEp L^ÉXXeU T$ ^EytCTTtt SeCJLIÔ KaTE)(ElV.


EPM. Nal.
ZO. "Eaxiv oî5v tlç lieI^cùv ETu8uu.la f\
bxav tic; tcj>
3
auvcbv oïrjTau Si ekeîvov laEaBai à^Eivcov àvfjp ;

EPM. Ma Ai' ou8


s

ÔTtcùaTioOv, co ZcîxpaTEç.
Zfl. Aux xaOxa apa cJjco^ev, S 'Ep^oyEVEc;, ouSÉva SEOpo

IGEXf^aai ànEXBEÎv tôv IkeîBev, ouSè auTaç Taç ZEipfjvaç,


àXXà KaTaKEKrjX^aGat EKEivaç te Kal toùç aXXouç TtavTaç* e

oôtcû KaXouç Ttvaç, <5>ç eoikev, ETtioraTai Xôyouç XÉyEiv


S "AiSiic;, Kal ecxtiv, &ç Beoç y' ek toO Xoyou toutou, ô

oCtoç téXeoç ooq>ioir\q te Kal LiÉyaç EUEpyÉTrjç tôv naja


aÙTCû, 8ç yE Kal toîç evBocSeToaaOTa àyaBà àviiicxiv oôtco
TtoXXà auTcpTa TiEpiovTa ekeî eotlv, Kal t6v « nXouTcova»
àn6 toutou eo^e t6 Svo^a. Kal to au (if) eBéXeiv auvEÎvai
toîç àvBpcoTioiç I)(ouaL Ta aa>u.aTa, àXXaTéTE auyylyvEaBai,
ETtEtSàv f| ^u^f] KaSapà ?\ TrdvTov tcov TtEpl t6 acou.a KaKÔv 404 a
Kal etuBu jjlicov ,
ou cf>iXoa<5cf>ou
Sokel aot EÎvai Kal eS evteBu-

^t)^évou Sti oôtq ^èv av KaTÉ)(oi auToùç Srjaaç i?\ TtEpl

àp£Tf]v £Tu8uu/ia, E^ovTaç Se Tf)v toO acb^aTOç TTTOLrjaLV Kal

d 2 xû §£auu£ iw (xeytaToj W
5 eaECJ0ai BWt : serai T 8 èXÔeïv
W
||

W e i xaxsivaç xè W
(\ outoç om. T
||

téXoç pro xiltoi


||

8 auyYtveaOai B
||

404 a 2 cptXoaoçou
— ||

,
j Heusde
||

^piXosocpov
— ||

!vTeGup.7jfi£vov BTW ||
aot Ôoxst
âv:e0yp.7){j.évo
T ||
4 7tT07)aiv W
(^xotrjaiv primit.).
404 a CRATYLE 82

lui-même, son père, ne pourrait l'aider à les retenir en les


assujettissant dans ses liens légendaires ?
l

Hermogè.ne. — Tu as probablement raison, Socrate.


b Socrate. Et — le nom d'Hadès, Hermogène, bien loin d'être
dérivé d'invisible (aéïdês), indique beaucoup plutôt la connais-
sance (éïdènaî) de toutes 2 les belles choses ; c'est de là que le
législateur a tiré l'appellation d'Hadès.
Hermogène. —
Bon. Et Déméter, Héra, Apollon, Athéna,
Héphaïstos, Ares et les autres dieux, qu'en disons-nous ?
Socrate. —
Déméter semble avoir dû au don de la nour-
riture, qu'elle nous fait comme une mère (didousa ...
mêtêr),
le nom de Déméter ;
Héra est aimable (érate) t et c'est ainsi,
c dit-on, que Zeus, s'étant épris d'elle, l'a pour épouse. Peut-
être aussi le législateur, occupé des phénomènes célestes,
a-t-il, sous une forme déguisée, donné le nom d'Héra à
l'air (aêr), en mettant le début du mot à la fin tu t'en ren- ;

drais compte si d'Héra 2


tu répétais plusieurs fois le nom .

Pherréphatta est encore un nom que beaucoup redoutent


3

comme celui d'Apollon, par ignorance, semble-t-il, de la


juste valeur des noms. Car ils le modifient pour le considé-
rer sous la forme de Pherséphone, et il leur paraît terrible ; .

d En réalité il
indique la sagesse de cette divinité les choses ;

en effet étant en mouvement, y atteindre, les toucher et


pouvoir les suivre sera marque de sagesse. C'est donc le nom de
Phérépapha que cette sagesse et ce contact avec le mouvement
(épaphê tou phéromènou) vaudraient justement à la déesse,
ou un nom analogue. C'est aussi
pourquoi Hadès, sage lui-
même, vit avec elle, parce qu'elle a ce caractère. Seulement

Y Hélène d'Euripide, les invoque comme des divinités chthoniennes (v.

167 et sq ). Leur image était fréquemment mise sur


les tombeaux.

1. Père d'Hadès, comme


de Zeus et de Poséidon, Kronos, détrôné
par Zeus, fut précipité et enchaîné dans les profondeurs du Tartare,
d'après l' Iliade (XIV, 2o3-ao4).
2. "A:5t,ç est ici tiré de a
(collectif ou intensif)
efttéva:. —
3. Si l'on répète plusieurs fois de suite le mot "Hca sans observer
r
de pause, l'oreille entend a.T c aussi bien que Hpa.
t

A- Au lieu de <I>£paeçôv7j ou nepaeçov^, qui sont des formes


poétiques, les inscriptions attiques en prose emploient la forme 4>ê?p i-
çarca. Les décrets disent Kopr, (cf. Meisterhans, Grammat. der att.
Inschr., p. 100, 3).
5 . Parce qu'ils font venir ce nom de <p
s
p 1 1 v et çôv ç :
qui apporté
8a KPATYAOS 404 a

jiavtav ou8' av b Kpdvoç SùvaiTo b Traxf]p auyKaTÉ^eLV


aÛTÔ èv toîç Sea^oîç Srjaac; toîç auToO XEyo^Évoiç ;

EPM. KlvSuVEUElÇ TL XÉyElV, S Z&KpOCTEÇ.


EH. Kal t6 \e Svo^ia b « "AuSr|c; », S 'Ep^dyEVEc;, b
ttoXXoO SEtaTià toO àEiSoOç ETTcovo^àaBai, àXXà tïoXù yaXXov
à-nb toO TtdvTa Ta KaXà EiSévai, an 6 toutou ott6 toO
«
vo^oSétou "AiSrjç » ekXt)8t].
s
EPM. EÎev tL 8e Arj^nTpà te Kal "Hpav Kal Att6XXcd
Kal'A8r)v&v Kal°Hc|>aicrTov Kal "Aprj KaWoùç aXXouç 8eoù<;,

ttSç XÉyofciEv ;

ZQ. Ar)^f)Tr)p ^èv <|>aiv£Tai KaTà Tfjv Socnv i?\q eScoS^ç


SiSoOaa a>ç (if]Trjp « Arj^Trçp » KEKXfjaSai, °Hpa 8è

IpaTrj tiç, «crnEp oSv Kal XéyETai 6 Zeùç auTfjç IpaaGElç C

e^elv. "laoç 5e ^ETEcopoXoycov b vo^oSÉTrjç tov àépa


« "Hpav » a>v6^ao£v etukputtt6^evoç, 8eIç Tf)v ap)(f)v lui

teXeuti^v yvolrjc; 8' av, eI TtoXXaKtç XÉyotç tô Tfjç "Hpaç;

Svo^a. « <t>£ppÉ<£aTTa » 8é, TtoXXol ^îèv Kal toOto (|>o6o0vTai


t6 ovo^a Kal tôv « 'Att6XXcû », ûttô àTTEiplaç, cùç eolkev,

àvo^ioiTCùv op8ÔTr|Toç. Kal yàp u.ETa6àXXovT£Ç aKonoOvTai


Tf]v « <t>Epa£c^6vr|v », Kal 8eiv6v auToîç <J>alv£Tai' tô 8è

u.t)vijei aocpn.v
EÎvat ttjv 8e6v. "Ate yàp (pEpo^Évcov tôv d
Ttpay^àTcov to l<|>aTiT6u.Evov Kal ETtacpâv Kal Suvà^iEVov
ETTaKoXouSELV aotyia. âv etr| . «
^EpÉTtacpa » oSv 8ià ii\v

aocf/iav Kal ttjv £Tia<|>f)v toO <f>£pou.£vou f\ 8e8ç Sv ôpGôç


KaXoÎTo, f)
toloOtov tl — Si' 8-riEp Kal ouvecttiv auTrj b "AiSrçç

aocpôç ov, 8l6tl ToiaÛTr] eqtIv


— vOv 8è auTn,ç EKKXlvouai t6

à 6 sfrcfi W : au- BT et primit. W ||


b a àei&ouç W : it- BT ||

3 (àel)
etSévat Hermann j|
5 8a l b pro ?À || A7,|nr|Tpa Gobet :
Bï^Tpàv
BW ôrjarîrpav T ||
àrcdXXco BWt : -XXto T ||
6 <JA| BW :
-prjv T ||

9 [XTJxrjp 8t);j.7;tt;p
TW :
|J.7Ï"CT)p
B C I
èpaaOstç ïyeiv Ven. i8£ : ô
W
||

èpaaOetç eyet jj 4 "ceXêUT^v BT ttjv teXcUTz^v :


||
5 çeppiçarra BW
ç£pg- T 6 à^o'XXto à^dXXà) Bt: cctîoXXo) W : T ||
8 çepae^dvrjv BW
W
jj

ppso*- T H d i Ôêo'v BW : 0eav T ||


3 «peppÉTraça B (?) et corr. .

ftpcxàfa T çsppc-âsa b çêpeçaTxa in marg. t


çsppIçaTxa W ||
5 f)

Wb :
f,
B r,
T ||
6 toSvopux W.
404 d CRATYLE 83

on modifie son nom, en préférant l'euphonie à la vérité,


pour en faire Pherrêphatia. De même aussi pour Apollon je ;

e le répète, beaucoup redoutent le nom de ce dieu, comme s'il


avait une signification terrible l Ne t'en es-tu pas aperçu?
.

Hermogène. —
Parfaitement, et tu dis vrai.
Socrate. —
En fait, il est, à mon avis, très heureusement
approprié à la fonction du dieu.
Hermogène. —
Gomment cela ?
Socrate. — Je vais essayer de dire ce que j'en pense. Il
405 a n'est pas de nom qui, à lui seul, aurait pu mieux s'ajuster aux
quatre attributions qui sont celles du dieu ;
il touche à toutes,
et les fait voir, pour ainsi dire :
musique, divination, méde-
2
cine et science de l'arc.
Hermogène. — Explique-toi : voilà un nom bien étrange,
à t'en croire !

Socrate. —
Dis plutôt plein d'harmonie, comme il sied
:

à un
dieu musicien. Tout d'abord, la purification et les pro-
cédés purificatoires, soit de la médecine soit delà divination,
h les fumigations de soufre au moyen des drogues médicinales
et divinatoires, les bains employés dans les opérations de ce

genre, et les aspersions d'eau lustrale, toutes ces pratiques —


semblent avoir un seul et même pouvoir, celui de purifier
l'homme dans son corps et dans son âme n'est-il pas vrai ?
Hermogène. — Parfaitement. ;

Socrate. —
Ainsi ce dieu sera celui qui purifie, et celui
qui lave et délivre des maux de ce genre ?
Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —
D'après les délivrances et les purifications
c qu'il opère, considéré comme guérisseur des maux de ce
genre, il serait donc
justement nommé
Apolouôn (qui lave).
D'après son art divinatoire, sa vérité et sa sincérité (haplouri)

la mort violente. Dans Y Iliade, notamment, la déesse


participe au
caractère redoutable d'Hadès son époux.
i. En le rattachant à à^oXXuvat
(détruire). Ainsi fait Gassandre
dans Eschyle, Agamemnon, 1080-1082 «
Apollon Apollon dieu des
:
, ,

routes Apollon qui me perds (kr.okXoyv zpôç)


! Tu m'as perdu (£7:06- !

Xeaa;) sans peine une seconde fois. »


2. Si Apollon est le dieu redoutable qui extermine par ses traits,
il est aussi le dieu 'AXeÇixaxo;. 11 a pour fils
Asclépios ;
lui-même il

est le Guérisseur (Païôri), que l'on invoque dans le péan.


83 KPATYAOS 404 d

ovolioc, EucxTOLLlav TUEpl ttXe'lovoç ttoloullevol Tf)ç àXrjQelac;.


ôSaxE « <t>Eppé(|)aTTav » aÔTfjv kccXelv. TaÔT&v Se Kal TTEpi
tov 'AnéXXco, OTtEp XÉyco, ttoXXoI TtEcf>66r|VTaL TTEpl t6 cîvoLia e

toO 8eo0, coç tl Selvov jitjvuovtoc;' fj oôk fja8r|aat ;

EPM. ndvu jièv oSv, Kal àXrj8f) XÉyELÇ.


ZO. T6 Se y' ecjtlv, 6c; IlioI Sokeî, KaXXiaTa ke'llievov
Ttpèç tt)v SùvaLuv toO 8eo0.
EPM. r\8>ç 8f| ;

ZQ. ci
yé liol cjjalvETau' ou yàp
'Eycb TTEipctao^aL cf>pàaaL
Iotlv 8tl av LiaXXov ovoLia fjp^oasv ev 8v TÉTxapai Suvcxu-eol 405 a

Taîç toO 8eo0, £ctt£ Tcaacov Ecf>d*nTea8at Kal SrjXoOv TpcVnov


Tivà ^LouaLKrjv te Kal LiavTLKfjv Kal taTpiKfjv Kal Toc^iKrjv.
EPM. AéyE Sf)-
axoTtov ydp tl liol XÉyEiç tS ovoLia
EÎvai.
ZO. EuàpLioarov lièv oî5v, Ste llouctlkoO ovtoç toO 8eo0.
ripcoTov liev yàp fj Kà8apatc; Kal ot Ka8apLiol Kal KaTà tf]v
taTpi.Kf)v Kal KaTà xf]v LiavTLKfjv Kal ai tolç laTpLKoîç

cpapLiaKOLÇ Kal al tolç LiavTLKoîc; tieplBelcocjelc; te Kal Ta b


XouTpà Ta EV TOLÇ toloûtoiç Kal at TtEpippàvaELÇ, TtOCVTa
Iv tl TaCTa SuvaLT* av, KaSapèv TtapÉ^Eiv tov avSpcoTtov
Kal KaTà t6 aÔLia Kal KaTà Tf]v ipu)(r)V f)
ofl ;

EPM. nàvu lièv oSv.


Zn. OùkoOv S KaBalpcov 8eôç Kal o ànoXoticov te Kal
aTtoXucov tcov toloutcov KaKcov outoç otv
EÏT] ;

EPM. nàvu u.Èv oQv.


Zn. KaTà ljièv to'lvuv Tàç aTToXùcJELc; te Kal ànoXouaELÇ,
é>q taTpèç côv tcov toloutcov, c 'AttoXoucov » av op8coç c
KaXoÎTo* KaTà Se tt^v LiavTLKTjv Kal t6 àXr)8éç te Kal tô

d 8 yepptf&rav B :
çepe- ÏW e i àzdXXco Bt: à-oXXw T <x7:oXXco
W 5 eî; T7]v 5ûvap.tv W 405 a
||

i f pu.oaev ev 6v TW : f p;jLoaaévov
W
|| || (

W W
(

B et yp. in marg. || 7 xai xatà BT : xatà 8 ai om.


W
|| ||

b 1 ai om. D 7:ept6ett6a£tç TWb :


îtepiôeï wç eîç B 2 xau-ra ev
ti T II 70 ante àroÀutov T j|
c 1 à^oXoutDv BT : cnzolvuiv
|j

W (sed ou
supra u scrips.) kizoXûoiv r]
à^oXoucov Heindorf.
405 c CRATYLE 84
— c'est la même chose — le nom qu'on lui donne effective-
ment en Thessalie serait tout à fait
justifié : c'est Aploun en
effet que tous les Thessaliens appellent ce dieu 1
. De plus,
comme toujours maître de ses coups par sa science de
il est

l'arc, il est celai qui atteint toujours (aéï ballon). Enfin, en ce

qui concerne l'art musical, voici ce qu'on doit supposer.


Comme dans les mots akolouthos et akoïlis, l'a signifie
souvent ensemble (homou). De même ici, il faut entendre
cette rotation simultanée (homou polêsis) qui se fait dans
d le ciel, ce qu'on
appelle comme dans
révolutions (poloi),
l'harmonie du chant, ce qui se nomme consonance car tous ;

ces mouvements, affirment les beaux esprits versés dans la

musique et l'astronomie, se règlent tous en même temps


sur une harmonie. Ce dieu préside à l'harmonie, en les dé-
terminant tous simultanément et chez les dieux et chez les
humains. En conséquence, de même que le compagnon de
route et la compagne de lit ont été appelés par nous akolou-
thos et akoîtis, par substitution de l'a à homo, ainsi nous
e avons appelé Apollon Vauleur du mouvement simultané (homo-
polôn), en insérant un second 1, parce que le nom était
identique à celui dont le sens est fâcheux. C'est pour soup-
çonner ce rapport que de nos jours certaines gens, faute de
considérer justement la valeur du nom, le redoutent comme
406 a annonçant quelque destruction. En fait, comme nous le di-
sions tout à l'heure, il touche à toutes les fonctions du dieu :

simple, toujours atteignant le but, purifiant, auteur du mouvement


simultané. Quant aux Muses et à la musique en général, c'est
du fait de désirer (mô&thaïf sernble-t-il, de la recherche et
,

de l'amour de la science que ce nom a été tiré. Celui de Lêto


vient de la bienveillance de cette déesse, en tant qu'elle
consent 3 aux demandes qu'on lui adresse. Peut-être aussi s'ex-

plique-t-il comme le prononcent les étrangers, car beaucoup


disent Lêtho. C'est donc, semble-t-il, pour l'absence de rudesse,

i.Les formes "àtcàouv, *Aj:àouvoç, "A^àouv. (pour 'ArcoXXcov, etc.)


se lisenten effet sur des inscriptions thessaliennes d'Erétrie (IG, IX,
a, 199), de Larissa (IG, IX, 5i2, 517), de Pharsale (IG, 1234), etc.
2. Ce mot dorien {désirer, rechercher), apparenté à l'épique
tA£jj.<xak, se rencontre chez Epicharme, Théognis, et aussi chez le*

tragiques. La forme dorienne Mwaa (pour MoSaa) a dû faciliter le

rapprochement dans l'esprit de Platon.


3. Ar xoi
4
est expliqué ici par Xaw, vouloir, synonyme dorien de
84 KPATTAOS 405 c

aTtXoOv —
tciut&v yàp êaTiv &anep ouv ol OettoXoI —
KaXoOaiv auxév, èpBéxaT' av koXoîto" « "AtiXouv » yap <J>aai

TtàvTEç OettoXoI toOtov tov 8e6v. Aià Se t6 &eI (ioXSv


EyKpaTf]ç EÎvou To^iKrj « oleI ftàXXcov » ecttiv. KaTa Se

Tf]v ^ouaLKf]v Sel ÛTioXaBEÎv QcrnEp t6v &k6Xou86v te Kal

t^)v &KOLTLV 8tl to aXcf>a arj^alvEi TtoXXa)(oO to ô^ioO, Kal


IvxaOBa ttjv ô^oO TréXrjaiv Kai TtEpl tôv oupav6v, oOç Sfj

« TtéXouç » KaXoOatv, Kal TTEpl ttjv ev xfj àSfj àp^ovlav, d

f) Si*] <ru^<|)covta KaXEÎTat, oti tocOtoc navTa, &q <|>a(7iv


ot

Ko^ol TiEpl ^iouatKf]v Kal àaTpovofcuav, àp^ovla xtvl

•noXEiTat Sjia •nàvTa âmaTaTEÎ Se oOtoç o Beoç Tfl #

âp^iovla Ô y ottoXSv auxà TràvTa Kal KaTa Beoùç Kal KaT*


àv8pamouc;' ôanEp oCv tov ô^iokéXeuBov Kal Ô(i6koltlv
« aKoXouBov » Kal « &koitiv » EKaXÉaayiEV, ^ETa6aX6vT£Ç
&vtI toO «
0^10- » « à- », oôtco Kal « 'AnàXXcova » EKaXÉaa-
e

^ev oç îjv
« 0^o7ToXcûv », ETEpov Xd68a £^6aX6vT£(;, 8ti e
ô^iobvu^ov EylyvETO tg> )(aXETTcp ovo^iaxt. ''OîiEp Kal vOv

ûttotiteijovtéç tlveç Sià t6 \xt\ ôp8oç aKOTtELoBai Tfjv Sùva-

juv toO ôv6(iaToç <£o6o0vTai auxè oçarniaîvov (|>8opav Tiva*


t6 Se, Qansp apTt âXéyETo, Ttaacov E(paTiT6^Evov KEÎTai 406 a
tov toO BeoO Suvà^iECùv, à-nXoO, aEl (JàXXovToç, àno-
Xoùovtoç, S^ottoXoOvtoç. Tàç Se a Moùaaç » te Kal
oXcoç Tf)v ^ouaiKT^v ano toO fcicoaSai, a>ç eoikev, Kal Tfjç
te Kal cpiXoaocpiaç to ovo^ia toOto ETTcov6jiaaEv.
^rjTi'jaECùc;

Ar)TcoSÈ ànô Tfjç TtpaoTrjToç ir\q BeoO, KaTa tô èBEXrj pva


EÎvai 5v av tiç SÉrjTau. "\ooc; Se cbç ot £évoi KaXoOaiv
TtoXXol yàp « Arj8à> » KaXoOaiv eolkev oSv npàç t6 \ii\

C l\ "AtcXouv Boeckh : aTiXwy BW à;:Xôv T 5 lui po'Xtov BW :

W
||

àei6<$Xcov T d 6 ToÇ'.x.TJç y d 1 nal -ept t xat xr v 7:0,01


:
|| rapt (
BTW
ttjv w8r)v WA -oXei-ai Ast : -Xsî 5 oiaotïoXûv yp. xai baoxojcflw
||
:

W
II

D 8 àvT? tou ôao aXoa


Hermann : àvtl xou à'X<pa B <xvt! tou ô â T
àvTi toO âXça W D e 1 Xà6oa B :
Xà[x68a Wb X T èfxCaXdvxeç Ven.
W
||

8 :
-6<£XXovteç H 406 a 1 ôè : hï tcoXÙ BT ||
3 ô}A07:oXoùyToç om.
B (add. b) y 5 è7:tovo}JLaaav AV ||
6 OeXTj'aova T (corr. t).
406 a GRATYLE 85

pour la douceur et la facilité de son caractère (to léïon tou


b êthous) qu'elle a été appelée Lêtho par ceux qui lui donnent
ce nom. Pour Artémis, c'est ïintégrité (to artèmès) et la
décence que son nom parait signifier, à cause de son amour
de la virginité. Peut-être aussi est-ce experte en vertu (are tés
histôr) la déesse a été appelée par l'auteur du nom ; ou
que
bien voulait dire quelle a pris en horreur la fécondation
il

(aroton misêsasês) de la femme par l'homme. C'est pour une


de ces raisons ou pour toutes ensemble que ce nom a été
donné à la déesse par celui qui Ta établi.
Hermogène. —
Et Dionysos et Aphrodite?
Socrate. — Graves questions,
fils
d'Hipponicos En fait, !

dans un sens à la fois sérieux et plaisant que leurs noms


c'est

C ont été donnés à ces dieux. L'intention sérieuse, demande-la


à d'autres quant à la plaisante, rien n'empêche de l'expo-
;

ser les dieux aussi aiment le badinage. Dionysos serait celui


:

qui donne le vin (ho didous ton oïnori), appelé Didoînusos par
manière de plaisanterie. Et le vin (oïnos), parce qu'il donne
à la plupart des buveurs l'illusion d'avoir la raison dont ils
manquent, bon droit appelé oïonous (qui fait
serait à fort
croire quon a de Quant à Aphrodite, il ne vaut
la raison).
pas la peine de contredire Hésiode, et il faut lui accorder que
d c'est pour être née de Y écume (aphros) qu'elle a été nommée
*.
Aphrodite
Hermogène. — Mais en ta qualité d'Athénien, Socrate, tu
n'oublieras pas non plus Athéna, ni Héphaïstos et Ares 2 .

Socrate. — Non, cène serait pas naturel.


Hermogène. — En effet.
Socrate. — L'autre nom de déesse, la pas il n'est diffi-

cile d'en dire raison. la


Hermogène. — Lequel ?

Socrate. — C'est Pallas, n'est-ce pas? que nous l'appelons.


Hermogène. — Évidemment.
Socrate. — En faisant venir ce nom de danse en la
e armes, nous serions, je crois, dans le vrai. Car s'élever soi-
même en l'air ou élever autre chose, soit en partant de terre,

èOÉXto. Osthoff (Boisacq, Dict. êtym., p. 555, 5. r.) le rattache à


Xavôdtvco. Cf. plus loin Ar,6oi.
i. Cf. Théogonie, v. 195-197.

2. Athéna, on le sait, était la protectrice particulière d'Athènes.


85 KPATYA02 406 a
1

xpa)(ù toO fjSouç, àXX fj u.£p6v xe Kal Xeîov «


Arj8à> »

KEKXf]a8ai ûtto xôv xoOxo KaXouvxcov. «


"ApxELuç » 8è xo b

àpTE^ièç cpalvExai Kal xà kôcjluov, Sià xf|V xfjç TtapSEvlac;


ETu8uu.lav ïacoç Se àp£xr]ç taxopa xf)v 8eov ek&Xecjev ô

KaXÉaaç, xoc)(a S' av Kal â>ç xov apoxov Liiarjaàar|ç x6v


àvSpôç èv yuvaiKt' f) Sià xouxov xi fj 8ià Ttavxa xaOxa xè
Svo^ia xoOxo ô xiSéljlevoç I8exo xfj 8eô.
EPM. Tt 8è ô « Aiévuaéç » xe Kal f\
« 'AcppoSixrj » ;

Zft. MEyàXa, S naî 'ItittovIkou, êpcùxfiç. 'AXXà laxt

yàp Kal anouSaCcoç EÎpr)u.Évoc; ô xpônoç xcov ôvou.axa>v xou-


xoiç xoîç Ssoîç Kal TTaiSiKcoç. Tov l^èv o8v arrouSaîov c

aXXouç xivàç âp<*>xa, xov 8è TtaiSiKov ouSèv kcoXuei 8leX8elv

<J>iXoTTaiau.ov£c; yàp Kal "O xe yàp Aiovuaoç eXt\ av


ol 8eoI.

ôSiSoùçxov otvov a AiSolvuaoç »Evnai8i& koXou^evoç,


oîvoç 8', oxl oÏEaSat voOv e^eiv ttoleî xqv tuv6vxcov xoùç
9
ttoXXoùç ouk Ixovxaç, ot6vouç» StKatéxax av koXoul^evoç.
«

riEpl 8è 'AcppoStxrjç ouk a£,iov 'HaiéSco àvxiXÉyEiv, àXXà


s
£juy)(Cùp£Îv oxl 8ià xi*)v (ek) xoO à<J>poO yÉVEaiv « A<J>po-
d
»
8lxrj EKXr)8rj.
s 3
EPM. AXXà ujqv oûS' A8r)vaç 'A8r|vaî6c; y' qv, S Zo-
3

KpaxEç, ETtiXr|aEL, ouS 'Hcpaloxou xe Kal "ApECoç.


Z£l. OuSè eIk<5ç y E .

EPM. Ou yàp.
ZO. OukoOv x6 u.èv IxEpov ovou.a auxfjç ou xoXettôv
9
eIttelv Si o KEÎxai.

EPM. Tô Tioîov ;

Zn. « llaXXàSa » itou


auxf]v KaXo0u.£v.
EPM. n&ç yàp où ;

ZO. ToOxo lièv xolvuv octi8


xr]ç iv xoîç otiXoiç Ôp^GECÛÇ
f)youu.EVOL x£8fjvai ôp8coç av, â>ç lycûu.ai, n yolu.£8a- x8 i yàp e

a 9 Xtj6w BT : W Utrflà Heindorf b


Izrfiù 1 U (ô-.a) Stephanus
Il
5-6 xà ôvd aaTa (
W pro xo BW
ovoixa || 7 8s
||

: 8aiTb 9 arcouBaio;
||

prim. T d c 3 çiXo7raiyp.ovsç bt ||
6 xaXoïxo Hermann pro xaXou-
[asvo; Il
d 1 sx add. Hermann.
406 e GRATYLE 86

soit en se servant des mains, c'est ce que nous nommonspa//ém


407 a (agiter) etpallesthai (s'agiter), mettre en danse et danser.
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Pallas s'explique donc ainsi.
Hermogène. — Et avec raison. Mais l'autre nom, qu'en
dis-tu ?

Socrate. — Celui A thénaà' ?

Hermogène. — Oui.
Socrate. — Voici qui plus mon ami. Déjà
est malaisé,
les anciens,
semble-t-il, jugeaient d'Athéna comme aujour-
b d'hui les connaisseurs en poésie homérique. La plupart de
ceux-ci, commentant le poète, prétendent qu'il a fait
d'Athéna l'esprit et la pensée même l'auteur des noms avait ;

d'elle, apparemment, une idée analogue allant plus loin ;

encore, et voulant désigner l'intelligence de la divinité (théou


1
noêsis) ,
il déclare, pour ainsi dire, qu'elle est la raison divine

(ha théonoa), en substituante l'è l'a d'un dialecte étranger, et


en ôtant l'i et le s. Mais peut-être n'est-ce pas non plus la
raison, et estimait-il qu'elle conçoit mieux que les autres les
choses divines (ta thêïa noousa), en l'appelant Théonoê. Rien

n'empêche, d'ailleurs, que ce soit l'intelligence naturelle (hè


en tô êthéî noêsis), identifiée par lui avec cette déesse, qu'il ait
c voulu nommer Êthonoê mais on a modifié soit l'auteur —
lui-même, soit d'autres
;

après lui
— le nom qu'on croyait em-
bellir, et l'on en a fait Athênaa.
Hermogène. — Et Héphaïstos ? Gomment l'expliques-tu ?
Socrate. — Veux-tu parler de ce grand maître dans la
2
connaissance de la lumière (phaeos histôr) ?

Hermogène. — Apparemment.
Socrate. — Le premier venu ne reconnait-il pas en lui
Phaïstos (brillant), avec adjonction de l'ê ?
Hermogène. —
Probablement, à moins que tu n'aies
encore quelque autre idée, comme il est vraisemblable.

Les Athéniens honoraient Héphaïstos avec Athéna dans la fête des


Apaturies ils lui avaient élevé un temple dans la ville. Quant à
;

Ares, c'est à lui que la colline de l'Aréopage devait son nom il y :

avait été jugé, suivant la légende, pour avoir tué Halirrhotios.


i. Suivant l'hymne homérique (XXVIII, 4-5), Athéna était sortie
de la tète de Zeus. Cf. Pindare, 01., VII, 35 sq.
a. Héphaïstos est présenté comme dieu de la lumière, parce qu'il
est celui du feu.
86 KPATTAOS 406 e

Ttou f]
aûx6v fj
ti aXXo uETEOpl^Eiv f)
ànà t^ç yfjç fl
ev

Taîç ^epalv « tkxXXelv » te Kal a TiàXXEaSai » Kal Ôp^Eiv 407 a


Kal ôp)(EÎa8ai koXoÛuev.
EPM. nàvu uev oCv.
Zft. « riaXXàSa » uèv tolvuv Taoxfl.
EPM. Kal èpBcoc; ys. 'AXXà Srj to ETEpov ttôç XÉyEiç ;

ZO. T6 t^ç 'Ae^vSç ;

EPM. Nat.
ZO. ToOto E^6pi8ÉaTEpov, S <J>IXe. 'Eo'iKaai 8rj
Kal ot
naXaiol xf^v 'ASrjvav vou'i£eiv oonEp ol vOv TTEpl "O^rjpov

SelvoI. Kal yàp toùtcdv ot TtoXXol è^rjyoû^Evoi t6v TtoirjTrjv b

<J>aat Tfjv 'AGrjvâv auTÔv voOv te Kal Siàvoiav Ti£Tioir)K£vai,


Kal ô là ôvôuaTa ttoiûùv eoike toioGt6v tl TTEpl avTfjç 8ia-

voEÎaGai, etl 8è uei£6vcoc; XÉyov 8eo0 vôrjaiv gùottepeI XéyEi


8xi « a 8£ovéa » ecjtIv auTr), t& aX<j>a E,evlkcùç àvxl toO fjxa

Xprjaà^Evoç Kal tô tÔTa Kal t8 aîyua ou|>£Xcûv. "lacoç Se


s
oùSè TaÛTrj, àXX a>ç Ta 8eux voouar|ç aÙTfjç 8ia(f>EpovTeù(;
tcov aXXcov « 0£ov6rjv » ekoXegev. OuSev 8è à*n£)(£i Kal if\v
ev t& ttjv 8e8v TaÙTrjv a 'H8ov<5r|v »
tj8el vérjaiv a>ç ouaav

^.èv fiouXEaSat TTpoaELTiELV napayayàv Bk f) auTÔç fj tiveç C


CcxTEpov etïI t6 koXXiov, oç $ovto, « 'ASrjvàav » EKaXEaav.
EPM. Tl 8è
t6v "H^aicruov, ixf\ XéyEiç ;
8f)

ZO. *H tôv yEvvatov t6v « cjnxeoç ïaropa » èpoTSç ;

EPM. "Eouca.
ZQ. OûkoOv oStoç uèv TTavxl SfjXoç « <l>aîaToç » ©v, tô
f)Ta TtpoaEXKuaàuEvoc; ;

EPM. KivSuveuei, làv urj Tir) aoi, &ç eoikev, eti aXXrj

86£r,.

e a au-rôv B (?) : aùxàv TW (ut uidet.) b (?) kxo W pro r] àrcô


W
||

!|
407 a 9 ojjLTjpov B :
orfpo» TW ||
b 4 Xfyn pro Xéyet ||
5 à
Oeovo'a Buttmann r :
6eovdrj BWt tjÔovo't) T xà T pro tw àX?a : â
W
t || ||

|| r,Ta BW :
y)
T ||
6 tô uotcc xat to atyixa BW : to t xai to â T ||

7 où T pro où&è ||
C 2 àôrjvaav T : -vav BWt 3 tî 6*at b 4 ?, B
W
|| ||

(ut uid.) :
^ Tb || 7 ?JTa B :
t)
TW.
407 c CRATYLE 87
Socrate. — Eh bien, pour la prévenir, interroge-moi sur
Ares.
Hermogène. —
Je t'interroge,
d Socrate. —
Si tu veux, c'est à sa nature mâle (arrhèn) et
virile qu'Ares devra son nom ; ou, si tu préfères, à son ca-
ractère dur et inflexible —
ce qui se dit arrhatos (infran-

gible^

en ce sens, le nom d'Ares conviendrait de toute
;

façon au dieu de la guerre.


Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —
Laissons donc là les dieux, par les dieux !

Car je crains, pour ma part, de discourir sur eux '. Mais pro-
pose-moi d'autres problèmes à ta convenance, et a tu verras
2
que valent les chevaux » d'Euthyphron
ce .

e Hermogène. —
Je n'y manquerai pas. Mais encore une
question sur Hermès, puisqu'aussi bien Gratyle nie que je
sois Hermogène 3 Essayons d'examiner ce que signifie le nom
.

d'Hermès, pour savoir si cet homme a raison.


Socrate. —
Eh bien, mais il paraît se rapporter au dis-

cours, ce nom d'Hermès; les caractères d'interprète (hermê-


408 a neus), de messager, d'adroit voleur, de trompeur en paroles
et d'habile marchand, c'est au pouvoir du discours que se
rattache toute cette activité. Comme nous le disions plus
haut *, parler (èirèïn), c'est faire usage du discours, et le mot
qu'Homère emploie en maint endroit

mêsato (il imagina),
dit-il — ce mot équivaut à machiner. C'est d'après ces
deux éléments que celui langage et le
qui imagina le

discours —
[or, légéïn, c'est eïréïn]

ce dieu dont nous ,

parlons, le législateur nous prescrit pour ainsi dire de


b l'appeler: « hommes, nous dit-il, celui qui imagina la
parole (to éïréïn èmêsato), c'est à bon droit que vous l'appelle-
riez Eirémês. » Mais nous autres, nous croyons enjoliver son
nom en l'appelant Hermès. [Et Iris, elle aussi, c'est de

1 .On a vu plus haut (4oo d sq.) que Socrate n'a entrepris cette
enquête sur les noms des dieux qu'avec les plus expresses réserves.
2. Parodie des v. 221-2 du chant V de Ylliade. Énée dit à Pan-

daros « Allons, monte sur mon char, si tu veux voir ce que valent les
:

chevaux troyens (otot Tptotxoi tacot), habiles à bondir çà et là dans la


plaine pour la poursuite comme pour la fuite » .

3. Cf. 383 b.

4. Cf. 398 b.
87 KPATTA02 407 c

EH. 'AU' ïvoc n^| &6£,r\, xàv "Apr) êpàxa.


EPM. 'EpcoxS.
Zft. OôkoOv, eI lièv ftotiXEi, KaTà x8 Sppcv te Kal Kaxà d
x8 àvSpEÎov « "Aprjç » av EÏr)'
eI S' a8 Kaxà t6 aKXr|p6v te
<al aLiExàaxpocpov, 8 8f)
« appaxov » KaXEÎxai, Kal xatixfl
Siv
navra^fj ttoXelukô 6e$ TipÉnot «
"Aprj » KaXEÎoGai.
EPM. nàvu lièv o5v.
Zfl. 'EkoSv xov Gecûv Ttp8ç Geqv àTtaXXaycDLiEv, êbç
Lièv

lycû 8é8oiKa TiEpl aûxov SiaXÉyEaGai' TiEpl Se aXXcov zï


xivcov (So\jXel TtpôBaXXé liol, a 3<f>pa tSrjaL otoi » Eu8ù<J>povoç

« ÏTTTIOL ».

EPM. 'AXXà iroLr)acD xaOxa, exl y E EV EpoLiEvôç <je TtEpl e


e

EpLioO, ETtEiSr) lie Kal off


q>r\oiv KpaxtiXoç 'EpLioyÉvT] EÎvai.

riELpo^EBa ouv xèv « 'EpLif^v » aKÉipaaQai xl Kal voeÎ t8


Bvc-Lia, ïva Kal eîSSllev el xl S8e XéyEi.

ZO. xoOxé yE eolke TtEpl Xdyov xi EÎvai ô


'AXXà Lif)v
e
« EpLii^vÉa EÎvat Kal to ayyEXov Kal x6
Eptif]ç », Kal xà
kXotuk6v xe Kal to ànaxr|X6v ev X6yoLÇ Kal xè àyopaaxtKév, 408 a

TtEpl X6you SùvaLitv laxtv Tt&aa aSxr] f\ TipayLiaxEla* oTtEp


o3v Kal ev ToîçTtp6a8£v IXÉyoLiEv, xè « EÏpEiv » Xdyou XP £La

èaxt, to 8é, otov Kal °OLir|poç TtoXXa^oO XéyEi, « ELi^aaTÔ »

(prjaiv,
xoOxo 8è Lnrjxavi^aaaGal écjtiv. 'E£ àLicpoTÉpcov o3v
xoiixcov tov x6 XéyEiv xe Kal tov Xôyov LirjaaLiEvov [to 8è

XÉyElV 8r)
laXLV EÏpELv] XOOXOV TOV 6e8v ûboTÏEpEl ETTLXOtXXEL

f|Liîv
8 volioBéttjç' a *0 avGpcûTtoi, Sç x8 EÏpEiv ELifjaaxo, b
SiKalcoç av koXoîto ûtt8 Sllqv EtpÉLirçç »' vOv 8è tJlielç,
&ç otéLiEGa, KaXXcùTil^ovxEÇ x8 5voLia a 'EpLif^v » koXoOliev.

Testim. :
||
407 d 8 IL, 5, 221 o<ppa t'Srjai 0X01 Tpco-.oi ïnr.oi \\

408 a 4 l[xr[aaTo, cf. Il, 2, 6, 167 al.

d 4 *avxaxou W r.pér.&i
TW 6 oSv om. T 7-8 el' Ttvcuv T :

W
|| || ||

Ttvwv B (bvTtvwv xtvtov et b e 3 voeï Tb : vdsi BW 4 K*J om. T


W W
[J II

el' ti xaî 6 xxl xà : ~o yàp 408 a 2 ?:paY[xaT£:a Wb :


||

-ça B -Teia (sic)


||

T ||
6 8î om. T |J
to —
||

7 et'petv secl. Cornarius


H 7 coa^sp el BW corr. b ||
b 2 etpejxriç BW :
etp- T (prim. £p(xr)ç).

V. 2. - 9
408 b CRATYLE 88

êïréîn qu'elle semble avoir tiré son nom, car elle était mes-
sagère.]
Hermogë.ne. — Par Zeus !
Cratyle avait bien raison, à ce
compte, de me refuser le nom d'Hermogène je n'ai certes :

pas grandes ressources de parole !

Socrate. —
Et même que Pan, fils d'Hermès, présente
une double nature, voilà qui est vraisemblable, mon cama-
rade,
c Hermogène. — Gomment cela ?

Socrate. — Tu que sais le discours exprime tout, roule et


met sans cesse tout en circulation. Et il est de deux sortes :

1
vrai et faux .

Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Ce a de vrai
qu'il est poli et divin, et habite
là-haut avec les dieux, tandis que le faux reste en bas avec
le commun des hommes, rude et rappelant le bouc (tragikon).
2
Car c'est ici, dans la vie tragique , que se trouvent pour la
plupart fables et mensonges.
Hermogène. Parfaitement.—
Socrate. —
C'est donc à bon droit que celui qui fait tout

(pan) connaître, et sans cesse met tout en circulation (aéî po-


d Ion) sera nommé Pan aïpolos (Pan chevrier). Fils d'Hermès 3 ,

il a double nature
poli par en haut, mais, par en bas, rude
:

et semblable à un bouc. Et Pan est ou bien le langage lui-

même, ou le frère du langage, s'il est vraiment fils d'Her-


mès or qu'un frère ressemble à son frère, rien d'étonnant.
;

Mais, comme je le disais, bienheureux Hermogène, lais-


sons-là les dieux.

Les astres Hermogène. — Du moins ceux de cette


et les phénomènes sorte, Socrate, y tiens. Mais qui
si tu
naturels.
t'empêche de parler des dieux tels que
le soleil, la lune, les astres, la terre, l'éther, l'air, le feu,
e l'eau, les saisons et l'année ?
Socrate. —
C'est bien de l'ouvrage que tu me donnes I

Pourtant, tu dois y prendre plaisir, je consens.


si

Hermogène. —
Assurément tu me feras plaisir.
i. Cf. 385 b.
Platon joue sur le sens de xpa^ixôç, et songe aux légendes mises
2.
à la scène par les tragiques, qu'il condamne dans la République.
3. Il était né d'Hermès et de la fille de Dryops. Suivant l'hymne
88 KPAÏVAOS 408 b

[Kal fj yc "Ipu; àno toO EÏpEiv eoikev KEKXr)fciÉvr|,


^ L

ayyEXoç fjv.]
EPM. Ni] tov Ala, eC Spa ^01 Sokel KpaTÙXoç XéyEiv t6
e

e^è jif]
EÎvai Ep^oY£vr|' otteouv Eu^xavéç yé eI^l Xôyou.
e
ZG. Kal tô y£ tôv riâva toO Ep^oO eÎvcu ûèv 8u|>uf}

i\Ei t6 eIk<5ç, S ETaîpE.


EPM. riSçSl*) ;
C
Zfï. Oîa8a oti ô Xoyoç t8 Tt&v arj^alvEi Kal kukXeî Kal
ttoXei àsl, Kal ecjti SlttXoOç, àXrjSi'iç te Kal i^EuSfjç.
EPM. nàvu yE.
ZO. OùkoOv t6 ^ièv àXr|8èc; auToO Xelov Kal BeÎov *al
&vcû oIkoOv ev toÎç8eoÎç, to 8e ^eOSoç KaTco èv to lç ttoXXoÎc;
tôv âvBpcûTïcov Kal Tpa)(ù Kal TpayiKOV IvTaOGa yàp ttXel-

qtoi ol ^i08ol te Kal Ta ipEuSrj eotIv, TTEpl t6v TpayiKèv


fclov.

EPM. nàvu yE.


ZO. 'OpBûùc; ap' (av) ôïïSv ^vùov Kal «SceI tioXSv
e
« riàv aiTt6Xoç » EÏrj, 8i<|n>f]<; Ep^oO Ta ^èv ocvcùGev d û<5ç,

XeÎoç, Ta Se k<xtcû8ev Tpa^ùç Kal TpayoEi8i |ç. Kal ecjtiv


s

fJToi Xdyoç fj X6you oiSeXcjj&c;


o riàv, EÏTtEp Ep^oO àdç
S
ECTiv &8eXc|)ô 8è loLKÉvat ol8eX(|>6v ouSèv Sau^acruév. AXX'

8nEp êyo IXEyov, S ^aKapiE, àTtaXXayoà^EV ek tgùv Geoûv.

EPM. Tqv yE toioutcov, o ZoKpaTEÇ, eI &oûXei. ïlEpl

8è tôv tolôvSe tI oe kcûXùei SieXSeîv, oîov t^XIou te Kal

QEXl^vriç KalâaTpcov Kalyf|ç Kal aîSépoç Kal àÉpoç Kalnupèç


Kal CSaToç Kal obpôv Kal êviauToO ;
e

ZO. Zu)(và \lé.V fclOl TUpOOTàTTElÇ, O^iCÙÇ 8É, ELTTEp GOt

KE^apta^Évov laTai, eSeXco.


EPM. Kal fcif]v X a P LEÎ -

b 4 xai — 5 rjv secl. Heindorf ||


8 ov (pro uiôv) T corr. man.
recentiss. ||
C 8 ^sûSir)
B :
<]/£uoy]
TW j|
il av add. Stallbaum d ||
i 7;àv

afodXoç B (ut uid.): 7:avat7i:dXoç TWb 3 rcàv BW : xxv ï et prim.


W
|j

||
6 rapi os twv xotwvoe Wb :
7cspt tôv TOtwvôe B Tcepi t65v toiou-
to)v 8e T || 7 ae xwXusi BW : xwXuet ae T.
408 e CRATYLE 8g

Socrate. — Par où donc commencer Veux-tu que nous ?

suivions ton ordre, en parlant du soleil (hêlios) ?


Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — On y verrait plus semble-t-il, clair,
pre- si l'on
409 a nait nom dorien —
le en l'appellation do-
halios est effet
rienne — peut
; il en tant
être halios rassemble qu'il (halizèîri)
les humains au même endroit, quand peut l'êtreil se lève ;
il

aussi parce qu'il roule sans cesse (aéï héïlèïn) autour de la


terre dans sa course, ou encore, semble-t-il, parce que dans
sa marche il nuance (poïkilléi) de couleurs variées les produc-
tions de la terre or poïkilléïn et aîoléîn reviennent au même.
Hermogène. —
;

Et la lune (sélênê) ?
Socrate. —
Voilà un nom qui paraît accablant pour
Anaxagore.
Hermogène. — Pourquoi?
Socrate. —
Il a bien l'air de montrer une
conception
b plus ancienne dans cette thèse récente du philosophe que la
lune reçoit sa lumière du soleil *
.

Hermogène. — Gomment cela ?

— Clarté
Socrate. lumière sont,
(sélas) et n'est-ce pas?
une même chose.
Hermogène. — Oui.
Socrate. — Cette lumière de lune toujours la est « nou-
velle et ancienne », si l'école d' Anaxagore dit vrai 2 Car le .

soleil, tournant sans cesse autour d'elle, projette sans cesse


sur elle une lumière « nouvelle », et celle du mois précé-
dent est « ancienne ».
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Or sêlanaia 3
est le nom que beaucoup don-
nent à la lune.
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Puisque son éclat (sêlas) est toujours (aéi) nou-

homérique à Pan, les immortels lui donnèrent son nom parce que sa
vue les avait tous (rcaaiv) égayés quand son père l'avait apporté, nou-
veau-né, dans l'Olympe (v. ^7).
1.
Plutarque, De placitis philosophorum , II, 27, attribue cette
théorie à Thaïes et à son école.
2. Anaxagore passait pour avoir
expliqué le premier les phases de
lalune. Mais d'après Plutarque, Nicias, 23, ses théories étaient encore
tenues secrètes au v e siècle, et acceptées seulement d'un petit nombre.
3. La forme aeXr]vou7) se trouve chez Aristophane, Nuées (6i4);
89 KPATTAOS 408 e

ZO. Tt 8f|
ouv TipÔTov [îouXei ; f) ûcrnsp eTtïeç tov
fjAiov 8iéX8co^Ev ;

EPM. nàvu ys.


ZO. "Eolke toIvuv KaxàSrjXov yEvé^iEVov âv ^aXXov eI
xép Aopiicô tlç ôvo^axi XP^ T0
— <(°& L0V » Y*P KaXoOaiv 409 a
ot Acopif]ç « &Àioç » o8v — EÏr) fcièv
av Kaxà t6 aXi^Eiv eIç
xauTOv toùç àvSpcîmouç, ETTEtSàv àvaTEtXrj, EÏT) S' &v Kal
s
tô TtEpl xf]v yf]v &eI eIXeÎv tc*>v, IoIkoi 8 av Kal 8ti ttol-
kIXXei tebv xà Y>-Y
v <5^ E va ek i?\q y?\c;'
tb 8è ttoikIXXeiv Kal
atoXEÎv TaÔTév.
EPM. Ti 8è f) « aEX^vr) à ;

s
ZO. ToOto 8è _t6 Svo^ia <J>alvETai tov AvaE,aY6pav
TUÉ^EIV.
EPM.
T18/| ;

ZO.
"Eolke 8t]Xo0vtl TtaXaidTEpov 8 ekeîvoç veghttI

IXeyev, oti f\ aEX^vrj amb xoO /jXlou îiyzi t8 <f>éùç. b


EPM. nûçS^ ;

ZO. T6 uév mou « aÉXaç » Kal t6 « <|>coç » Taux6v.


EPM. Nat.
ZO. Néov 8é ttou Kal evov &eI eœtl TiEpl xf]v aEXfjvrjv
toOto tô <J>cûç, EÏTtEp àXr)8r] ol 'Ava^aY^pEiot Xéyouctlv kùkXcû
Y&p TtOU àEl aUTf)V TT£pil<A>V VÉOV (&eI ETTlBdXXEL, EVOV 8È

ÔTràp)(£L t6 toO npoTÉpou yr|v6ç.


EPM. n&vu ye.
ZO. « ZEXavatav » 8é \e KaXoOaiv auTijv ttoXXoI.
EPM. nàvu ye-
ZO. "Oti 8è aéXa ç véov Kal evov e)(ei &sl, « aEXaEvo-

e 5 xt o
'
ouv W r,
Wb ^ B
:
rj
T 409 a 2 fjisv
om. B 4 e(Xeiv
W
|| || ||

B : et- TW et primit. B ut uid. ||


êofxot BT : tout* || 7 « BW :

8<xt Tb sed supra uers. add. T


e 8 touto 8à tÔ ovotxa tpalvixat BT
W W
||

Yp. : touto ol Eotxs t6 ovo|j.a 11 ÔtjXouvt: Heusde :


SrjXouv ti
W
||

(uel tî) Il
b 5 evov : e'vov B Ivov T et prim. W evvov b || 7 7C£puwv
TW ^eptwv
: B ||
êvov B : evov TW evvov b }j
12 xat B : Te xaî TW ||

evov codd. ||
aeXaevoveoâeta Heindorf : aeXaevveoàeta BW aeXXaev-
vsoàeta T.
409 c GRATYLE 90

c veau et ancien (néon te kaï hénon) à la fois, sélaénonéoaeîa est


le nom qu'il serait le plus légitime de lui donner ; mais, par
contraction, on l'a
appelée sélanaïa.
Hermogène. Il a une allure— dithyrambique, ce nom-là *,
Socrate Mais ceux du mois et des astres, qu'en dis-tu ?
!

Socrate. —
Le mois (meis) 2 serait justement appelé méïês,
de mêïousthaï (diminuer) quant aux astres, c'est de Y éclair
;

(astrape) qu'ils semblent tirer leur dénomination. L'éclair,


qui fa it détourner
les
yeux (anastréphéî ta ôpà), devrait s'appe-
ler anastrôpê,mais on en a fait astrapêen l'enjolivant.
Hermogène. —
Et le feu et l'eau ?
d Socrate. —
Le feu (par) m'embarrasse. Il faut sans doute ou
que la Muse d'Euthyphron m'ait abandonné, ou que ce mot
soit des plus difficiles. Examine donc l'expédient que j'applique
à tous les cas de ce genre qui me mettent dans l'embarras.
Hermogène. — Quel expédient ?
— Je vais
Socrate. dire. Réponds-moi
te lepourrais-tu :

m'expliquer formation du mot pur?


la
Hermogène. — Non, par Zeus pas moi. !

Socrate. — Eh bien, examine ce que soupçonne là-dessus, je


e pour ma part. J'imagine que les Grecs, etnotamment ceux
des pays soumis aux Barbares, ont emprunté aux Barbares
un grand nombre de noms 3 .

Hermogène. — Et alors?
Socrate. — Si l'on en cherchait
l'étymologie probable
d'après langue grecque, et non d'après celle dont le nom
la
se trouve provenir, tu sais qu'on serait embarrassé.
Hermogène. —
Vraisemblablement.
410 a Socrate .

Prends donc garde que ce nom de pur ne soit, lui
aussi, d'origine barbare. Il n'est pas facile de le rattacher à la

langue grecque, et en outre on voit les Phrygiens désigner

asXrjva-'a(forme « dorienne »), chez Euripide, Phén., 176, et


Théocrite, II, i65.
1. Par son ampleur et sa complexité, il rappelle les composés

hardis dont la lyrique chorale fait si grand usage.


2. Le nom qui désigne le mois a deux formes urjv et u.ei'ç. :

Celle-ci se trouve non seulement en éolien, dans une partie du


dorien et en ionien, mais même en attique. La première est néan-
moins la plus usitée chez les prosateurs attiques.
3. Cette hypothèse, que Socrate traite d'expédient, et qu'il rejettera
à la réalité. Voir la Notice, p. 18.
plus loin, se trouve répondre
go KPATYAOS 409 c
s
vEodEia 8iKai6TaT av tôv Ôvo^iaTcov koXoîto, auyKE- c
» \iàv

Kpoxrj^Évov Se a acXavota »
KéKXrjTai.
EPM. Ai8upau6co8Éc; y E t°ûto ToCvo^a, S Z&KpaTEç.
'AXXà t6v ufjva Kal ta Sarpa ttqç XÉyEiç ;

7LC1. O uèv « ^eIç » ôltiô toO fciEioOaSaiEÏT] av


e
« ^Elrjc; »

ôpBcoç KEKXrjjjiÉvoc;, Ta S' « aaTpa » eoike t^ç àaTpa*nf^ç


ETTcovu^itav e)(£lv. 'H Se « àaTpaTtf) », 8ti Ta Sira àva-
QTpÉc|>EL, « àvaaTpoTtf) » av EÏrj,
vOv Se « àaTpomf) » KaX-
XcùTiLaSEÎaa KÉKXr|Tai.

EPM. Tt 8è t6 nOp Kal to uScop ;

ZO. T6 « TtOp » ànopô* <al kivSuveùel fJToi fJToO Eu8ù- d


c|>pov6ç ^e ^oOaa ETtiXEXoiTïÉvai, fj to0t<5 ti TTay^àXEnov
EÎvai. ZKÉipat oSv fjv Eiaaycû ^tr|)(avf)V ettI TtàvTa TaToiaOTa
fi av ànopô.
EPM. Ttva S/| ;

ZO. 'Eyo aot Ipû. 'AnéKpivai ydp ^01/ ix 01 ^ ^ v iflW*


TiOp KaTà Tlva Tporcov KaXEÎTat ;

EPM. Ma Al' oôk lycoyE.


ZO. ZKÉi|;ai Bi]
o êyo ûttotcteucù TtEpl aÔToO. 'Evvoâ yàp
ôv6^aTa aXXcùç te Kal ol utt& toîç
8ti TtoXXà ol "EXXr]V£Ç e

3ap6àpoiç oIkouvteç napà tôv ftapBàpov EtX^ôaaiv.


EPM. TloQv 8f) ;

e
ZO. El tiç £r)Toî TauTa KaTà Tfjv EXXr)viKf]v <f>covf)v cbç

eikotcdç KEÎTat, àXXà uf] Kax' ekeIvit|v eE, fjç t6 ovou.a Tuy-

X<xvei 8v, oîaSa 8tl ànopot av.


EPM. Eikotcdç y£.
ZO. "Opa toIvuv Kal toOto to Svo^ia t6 « TtOp »
\jJ\
tl 410 a

(iap6apLK6v fj.
ToOto yàp oute jSASiov Ttpoaai|;ai ecttIv

'EXXrçviKfl cf>covfj, (j>av£pol t' Etalv outcoç auTo KaXoOvTEç

Testim. : 409 d 9 svvoâî — 67 stxoTwç Euseb., Praep. euang., 1 f


,
6.

C 1 xaXoixo xôv ovoaaTwv T (sed supra xocXoito transpositionis

signum add.) ||
3 8s ys T pro ye j|
5 (jlscç B :
p.eïç
T [xei'rjç
W ||
10 80»
b pro 8è y xs xai T d 7 loyov ||
W pro Tpd^ov ||
e 5 scuxotwç B Euseb.
D
6 à^opotVj Euseb,
410a CRATYLE 91

ainsi le feu, avec un léger changement. De même pour


hudôr (eau), kunas (chiennes), et bien d'autres.
Hermogène. — C'est exact.
Socrate. —
Il ne faut donc
pas faire violence à ces noms,
— sans quoi l'on aurait à dire sur leur compte. Le feu et
b l'eau, je les écarte de la sorte. Quant à l'air (aêr), Hermogène,
est-ce parce qu'iï enlève (aïrêi) ce
qui est sur la terre qu'il
est nommé aêr? ou parce qu'il est dans un flux perpé-
tuel (aéï
rhêl) ? ou parce que le souffle du vent naît de son
cours? Car les
poètes, n'est-ce pas ? appellent aêtaï les souffles
du vent. Peut-être veut-il donc dire aêlorrhous (qui s'écoule
en haleines), comme qui dirait pneumatorrhous (qui s"écoule

près mon opinion


en souffles). Quant à Yéther, Yoici à peu :

comme court sans cesse en circulant (aéï thèï rhéôn) autour


il

de l'air, il mériterait le nom de aéïthèêr (qui court toujours).


La terre (gê) manifeste plus clairement sa signification si on
c la nomme gaïa. Car gaïa seraitjustement appelée procréa-
trice, suivant Homère : il dit en
effet gégâasi pour gégennês-
thaî (avoir été enfante). Eh bien, que nous restait-il après
cela?
Hermogène. — Les Socrate, l'année et l'an.
Socrate. — Le nomsaisons,
des saisons (hôraï), c'est à l'ancienne
mode attique qu'il faut le prononcer, si tu veux en connaî-
1

tre le sens probable. Elles sont horaï


parce qu'elles déter-
minent (horizéïn) les hivers et les étés, les vents et les fruits
de la terre ; or, en tant qu'elles déterminent, elles méritent le
d nom de horai. Éniautos (année) et ètos (an) ont chance
d'être une seule et même chose. Ce qui amène tour à
tour à la lumière les productions et les êtres, et les contrôle
soi-même en soi-même rappelle, en effet, ce que nous di-
sions plus haut de Zeus, dont le nom, coupé en deux, était
Zêna pour les uns et Dia pour les autres. De même ici les
uns disent éniautos, de en héautô (en soi-même), les autres ètos,
de élazeî (contrôle). L'ensemble de l'explication est que cette
expression, en héautô étazon (contrôlant en soi-même), se pro-
nonce en deux parties, bien que faisant un tout, de manière
e à former deux noms, éniautos et ètos, issus d'une seule locu-
tion.

1 . L'ancien alphabet attique n'avait pas de signe particulier pour


l'io. L'o notait aussi ou et to.
9 r KPATTAOS 410;

<Pp\jyEÇ a\iiKp6v ti TtapaKXlvovTEÇ* Kal t<5


yc « 68op » Kal
Tàç « KÙvaç » Kal aXXa TtoXXà.
EPM. "Ecjti xaOxa.

ZO. Ou tolvuv Sel TaOTa Ttpoa6iࣣa8ai, ItteI e^oi y* &v

TlÇ ELTTEÎV TTEpi aUTCOV. To LJLEV o8v TlOp Kal TÔ OScùp TaÛTT]
e

àTtoùBoO^af ô Se otfjp Spà y£, & EpLjt6yEVEc;, 8ti aïpEi b


Ta àno Tf]ç yfjç, «
àf)p » KÉKXrjxat ; f)
8ti cceI £eÎ ; f\
8ti

TtvEO^a è£ aÔToO ytyvExai £éovtoç oî yàp TtoirjTal nou to ;

TuvEÙ^axa « àfjTaç » KaXoOaiv ïacoç ouv XéyEi, &on£p av eI


eïttolTivEu^iaTéppouv « àr)TÔppouv « [S8ev Sf) (ioûXETai ,

aôxôv outoç eItieÎv, 8ti ecjtIv à^p]. Tèv Se atSépa xf]8É Ttrj

ÛTioXa(i6àvco, 8ti àsl 8eî TtEpl t6v àépa £écov « àEi8Ef)p »


SiKalcoç &v koXoîto. Tf] Se n&XXov ar^ialvEi 8 (io\jXExat, èàv

tiç «
yaîav yaîa yàp yEvvfjTEipa av eix]
»
ôvo^àarj* c

opBôç KEKXrj^Évrj, ôç <|>r)aiv "O^rjpoç" t6 yàp « yEyàaaiv »


yEyEvvfjaSai XÉyEi. EÎev tI oSv f\\xlv fjv to jiExà toOto ;

EPM.
*Opai, S ZoKpaxEç, <al evuxutSç Kal etoç.
ZO. Al jièv Sf) opai 'AttikiotI â>ç t6 TraXaifcv £r|TÉov,
EÎTTEp (SoûXei t6 eIk&ç EÎSévai' 8pai yàp Etat Sià t6 ôpl^Eiv

XEitiQvàç te Kal Géprj Kal TtVEtijiaTa Kal toùç Kapnoùç


toùç ek Tfjç y^ç* ôpi£ouaai Se SiKaicoc; av « Spai » kocXoÎvto.
'EviauTèç Se Kal etoç ku/Suveùei ev tl EÎvai. Tô yàp là d
(|)u6^Eva Kal Ta yLyv6jiEva Iv fciÉpEi EKaaTov Ttpoàyov eIç
<|>cûç
Kal aÛTè Iv aÛTÉp e£,et<x^ov, toOto, ôSonEp ev toiç

TtpéaÔEV t6 toO Ai6ç ovo^ia SL^a Sirjprj^iÉvov ot ^èv Zf^va,


ot Se A ta EKaXouv, outcû Kal EVTaOBa ol ^tèv
« Ivicxutov »,

8ti ev êauTÔ, ol 8è « et^ei- etoç», 8ti


8Xoç XcSyoç ô Se

eotIv t6 « ev aÔTÔ £Ta£ov


toOto TrpoaayopEiÛEaSai ev Sv
»

Stya, ûSctte Sûo ôvé^iaTa yEyovévat, a IviauTov » te Kal


« Itoç », e£, ev6ç X6you. e

410 a k y.ixpov W ||
i BT
b N 8^ Wt :
tdpm U 5 8fcv ||
W ||

6 àï)p secl. Heindorf C a yeysvv^aQat B -yevT)a8at 6 wpat : TW
W W
|| ||

TW ||
8 Ôpat TW ||
d 3 auxw B auTû T iauTÔi
:
4 I{Mcpo<j6«v ||

W
||

7 au-cà) B : éau- TW ||
sv 8v Tb : ht 6v (uel ivôv) B evov
410 e GRATYLE 92

Hermogène. — Mais vraiment, Socrate, tu fais de grands


progrès !

Socrate. — J'ai l'air, ce me semble, d'être déjà fort


avancé en savoir.
Hermogène. — Tout à fait.
Socrate. — Bientôt tu le diras encore davantage.

411 a .
Hermogène.
Après cette catégorie,

ro JODS
^ .
j'aurais personnellement plaisir à voir
comment peuvent se justifier ces beaux
noms qui se rapportent à la vertu, comme pensée, compré-
hension, justice et tous les autres de même sorte.
Socrate. —
Tu réveilles là, mon camarade, une espèce de
mots peu ordinaire! Cependant, puisque j'ai revêtu la peau
du lion 1 il ne s'agit pas de reculer, mais il faut, ce semble,
,

soumettre à l'examen pensée, compréhension, connaissance,


b science et tous ces autres beaux noms dont tu parles.
Hermogène. Parfaitement —nous ne devons pas lâcher
;

pied avant de l'avoir fait.


Socrate. —
En vérité, par le chien je ne crois pas avoir I

été mauvais devin en imaginant tout à l'heure 2 que les


hommes du passé le plus lointain, ceux qui établissaient les
noms, ont fait essentiellement comme la plupart des sages
de nos jours à force de tourner en rond en cherchant la
;

nature des êtres, ceux-ci sont pris de vertige et par suite, les ;

choses leur semblent tourner, emportées dans un mouvement


c universel. Ce n'est pas à l'affection dont ils sont atteints qu'ils
attribuent cette façon de voir, mais à la nature même des
choses suivant eux, il n'y a en elles rien de permanent ni
:

de fixe elles s'écoulent et se meuvent, et sont entièrement


;

pleines de mouvement et de devenir. En parlant ainsi, je


songe à tous les noms qui nous occupent en ce moment.
Hermogène. — Comment cela, Socrate ?
Socrate. — Peut-être n'as-tu pas compris ce que nous di-

1. Voir la Notice, p. 45. La fable d'Ésope conte qu'un âne, revêtu

d'une peau de lion, mettait en fuite hommes et animaux. Mais le


vent ayant fait tomber son déguisement, l'âne, reconnu pour tel se
vit rossé par tout le monde. —
D'ailleurs Platon fait aussi allusion
,

aux luttes d'Héraclès, couvert de la dépouille du lion de Némée.


2. Voir 4oi d, 402 a, etc.
92 KPATTAOS 410 e
D
EPM. AXXà 8f)T<x, & Z6KpaTEç, ttoXù ItiiSIScùç.

ZQ. riéppco fjSrj, oîu.ai, <|>alvou.ai crocf>la<; èXaùvEiv.


EPM. nàvu u.èv oSv.

Zfl. Tà^a u.aXXov cf>r)a£ic;.

EPM. 'AXXà u.ETà toOto t6 eÎSoç lycoyE ^Seqç av 411 a

8£aaalu.rjv xaOxa ta KaXà ôv6y.aTa tIvi noTè op8ÔTî)Tt


KEÎTat, xà TTEpl Tf)v àpET^jv, otov «
c{>p6vr|alç
» te Kal
« aûvEaiç » Kal « SiKaioaùvr) » Kal TaXXa Ta ToiaOTa
TïàvTa.
ZO. 'EyElpEiç u.év, S ETaîpE, ou <|>aOXov yÉvoç ôvou.àT©v
Su.CûçSÈETTEl8l }TI£pTf|V X£OVTf]V IvSÉSuKa, OUK àTToSElXiaTÉOV,
£

àXX' êmaKETTTÉov, eùç eolke, <f>p6vr)CTiv


Kal ouveciv Kal yvcb-

u.rjv
Kal ETuaTf)u.rjv Kal T&XXa 8f)
fi
<pflç
nàvTa TaOTa Ta
KaXà ôv6u.aTa. b
EPM. nàvu u.èv o8v ou SeÎ f)u.aç TTpoaTTOOTfjvai.
ZO. Kal u.f)v, vf)
tôv KÛva, Sokq yé u.oi oô KaKcoç
u.avTEÛ£a8ai 8 Kal vOv 8f) lvEv6T]oa, 8ti ot nàvu naXaiol
avSpcûTtoi ot Tt8éu.EVOL Ta Ôv<5u.aTa TtavTÔç u.&XXov, ôoriEp
Kal TÔV VOV ot TtoXXol TWV CTO<|>CÛV
ÛTt6 TOO TTUKVà TtEpt-

<jTpÉc|>Ea8ai ^rjToOvTEÇ Btït] £X EL T<* ovTa EtXiyyiôaiv, KaTtEiTa


aÔToîç <J>alvETai TTEpic|>ÉpEcr8ai Ta Tipàyu.aTa Kal TtàvTCùç
(f)ÉpEa8ai. AÎTioovTai 8f]
où t6 IvSov t6 Tiapà otyioiv Ttà8oç c

aÏTtov EÎvai TaUTrjc; Tf^ç 8ô£t}ç, àXXà aUTà Ta npàyu-aTa


oOtcù TiEcpuKEvai, ouSèv aÔTÔv u.ôviu.ov EÎvai oûSè [iéôaiov,
àXXà pEÎv Kal cf>ÉpEa8ai Kal u-sarà EÎvai Ttàarjc; <J>opaç Kal

yEvéaEcoç àsl. AÉyco '8è èvvofjaac; npôç TtàvTa Ta vOv 8f)

8v6|iaTa.
EPM. nôçSfj toOto, o Zci>KpaTEç ;

ZO. Ou KaTEv6r|aaç lacoç Ta apTi XEy6u.Eva 8tl TiavTà-

6 3 rfîr\ oTjxat çaivojxat


B :
^8tj çpatvoaat W hï oT;j.at
T 5 iç7(asi;
W
||

T 411 a 9 a ©r ; a :
çf); BTàcp' tjç ||
b 7 elÀ'.yY
^ atv B àet e'.Àiy-
l :

W
|j (

ytoiai Tàtl iXiyyicoai iXtyytwîtv b c 3 aùttov uovtjjiov


BT pUfvtftOV
:

W W &\ T
j|

aùxôSv y 5 SI B : 8' ||
8 xà yàcp âpxt W.
411 c CRATYLE 93

sions tout à l'heure : c'est essentiellement cette idée qu'elles


sont en proie au mouvement, à l'écoulement et au devenir

qui a déterminé l'attribution des noms aux choses.


Hermogène. —
Je n'y avais point du tout songé.
d Socrate. — Eh bien, pour commencer, le premier nom
que nous avons cité suppose essentiellement que les choses
ont ce caractère.
Hermogène. — nom ?

Socrate. — La Quel Elle est, en effet, Vin-


pensée (phronêsis).
tellection dû mouvement
de l'écoulement (phorâs noêsis)
et ;

on peut aussi l'entendre comme Y auxiliaire du mouvement


(phorâs onêsis) en tout cas, c'est au mouvement qu'elle se rap-
;

porte. Veux-tu un autre exemple ? La connaissance {gnome)


exprime essentiellement l'étude et Yexamen de la génération
(gonês nômêsis) car examiner et étudier sont une même chose.
:

e Autre exemple Y intellection (noêsis) en soi est le désir du


:

nouveau(néou hèsis). Or la nouveauté des êtres signifie qu'ils sont


sans cesse dans le devenir. C'est à quoi l'âme aspire, comme
l'indique l'auteur de ce nom, nèoèsis. Car noêsis n'était pas

l'appellation ancienne : au lieu de l'é il


y avait deux é
'
à pro -
412 a noncer : noéésis. La sagesse (sâphrosuné) est la conservation
(sôtêria) de ce que nous venons d'examiner, la pensée (phro-
nêsis). Voici encore la science (épistêmê) elle montre l'âme, :

l'âme de quelque valeur, suivant les choses dans leur mou-


vement, sans rester en arrière ni courir en avant. Il faut
donc, en rejetant l'é, la nommer pistêmê
2
La compréhen- .

sion (sunésis), à son tour, peut sembler analogue au rai-


sonnement (sullogismos) mais le mot suniénaï (comprendre,
;

de suniêmi), se trouve dire exactement la même chose que*


épistasthaï (se tenir en contact avec), car suniénaï (aller avec,
b de sunéïmî) signifie que l'âme accompagne les choses dans
leur marche. Quant au mot sophia (savoir), il marque
un contact avec le mouvement. Le nom est assez obscur,
et de forme étrangère. Mais il faut partir des poètes, et
se souvenir qu'en maint endroit, amenés à parler de ce

qui commence à avancer rapidement, ils disent : « il bon-

i. Le texte dit : deuxel. Dans l'alphabet ionien, adopté à Athènes


à la fin du v e siècle, l'a est appelé il Yo est appelé ou.
;

a. De -tGTÔ; (fidèle). Texte incertain dont on a beaucoup discuté.


Il est assurément tentant d'écrire, avec Heindorf, é7set<JT7; ut, v ,
g3 KPATYAOS 411 C

naaiv cùç <|>EpoLi£voi(; te Kal jSéouai Kal yiyvoLAÉvou; toîç

TtpayLiaaL Ta ôv6^octoc ETTiKELTai.


EPM. Ou Tràvu êvE8uu.r|8r|v.

Zft. Kal u.r)v TipÔTov lièv toOto 8 TtpOùTOV eïtioliev d


•nocvTaTTccaiv eSç lui toloûtcùv eotIv.
EPM. T6ttoÎov ;

ZO. H e

(f>p6vT]au; »* <J>opaç yàpêaTL Kal £o0 vàrjatç.


«
S

ETr| 8 Sv Kal SvrjaLv ûnoXaBEÎv c^opâç* àXX* ouv TtEpt y£


t6 c|>Ép£a8al eotlv. El Se |}oùXei, f\ « yva>Lir) » TtavTàTtaaLV

StjXoî yovfjç aKÉipiv Kal v<ûu.r)aiv t6 yàp « vcûlji8v »


Kal t6 « ctkottelv » TauTov . Et Se (SoùXei, aux6 f\
«
v6r)aiç »
toO véou ecxtIv êatç, t6 Se véa EÎvat Ta 8vxa ar)u.alvEL

yLyv6u.Eva àeI EÎvaf toutou o3v IcfuEaSaL ttjv i|»u^f)v LirjvuEL e

t6 8vou.a o Sellevoç Tfjv « vE<$Eaiv ». Ou yàp «


v6rjCTiç» to
s

àp^atov EKaXEÎTo, àXX àvTl toO t\tol EÎ ISel XâyEiv Suo,


« voÉEaiv ». « Zcùcppoauvr) » Se
acûTrjpla ofl vOv Si*|
èaKÉu.-

cppovrjaEOùç. Kal y£ èmaTT |u.r)


£

u.E8a, u.fjv fj u.rjvuEi â>q 412 a


<J>Epou.ÉvoLÇ tolç TTpdyLiaaLv EnoLiÉvrjç Tf]ç ij;u^ç t^ç à£laç
Xéyou, Kal oÙte àTroX£iTtou.£vr)ç oute Ttpo8EouoTjç- Sl6 Sf]

EKÔàXXovTac; Sel t6 el « TuaTrjLArjv » auTfjv ôvolaoc^elv.


s
a Zuveoic; » S au oôtco u.èv S6£elev âv ôSortEp auXXoyiau-ôç
Etvai* ÔTav Se auviévat XÉyrjTat, TaÙT&v TiavTaTTaaLv t$
£TtlaTaa8aL auu.6alvEL Xey<5u.evov auLmop£U£a8aL yàp XéyEt

tt)v ^u)(f)v toÎç Tipàyu-aat t6 a auviévai ». 'AXXà Lirjv f] yE b


« ao<pioL » ZkotcùSeotepov Se
<|>opo:ç ècf)à*nT£a8at aT)LjiaivEi.

TOOTO Kal £,£VLKQTEpOV àXXà SEL £K TGÙV TTOLr)T6dV àvaLuu.vfl-


OKeaSaL 8tl TtoXXa^oO XéyouaLV TtEpl 8tou av TU)(CûaLV TÛV

C 9 cpepotiévatç
— yr/voficvaiç W d 4 *« po3 Bt xatpou : TW
5 àXX' ouv ye Tcept
W 8 Taïkôv èaxtv
||

W e 2 xà ovd(xaTa W ||

W
|| || |j

3 r,Ta et B :
tj ëë T r,Ta et et tjtoc eë b 4 voieatv Ven. 8 : veâeatv
W 412 a
||

||
vùv Srj âayJaaeOa BT vuv
:
8teaxé[i{jLe0a ||
i el'
ye W
pro ^ ye ||
4 èxoaXXovra; ôet xô el 7:tax^u.T v (
Turicenses codd. :
ètj.6àXXovTaç oeT
xà et
(uel ê) bcton((fti)V ||
6 XéyrjTat Heindorf :
Xe'yrj (sed puncto supra
r(
posito uitium indic. B) j
b 3 iva;jLt[xvr( axesOat
B :
-LLVïfaxesôat TW.
412 b CRATYLE 94

dit » (ésuthé). Un Laconien célèbre avait pour nom Soos l


,

appellation que les Lacédémoniens donnent à l'élan rapide.


C'est le contact (êpaphé) avec ce mouvement que désigne
donc sophia, dans l'hypothèse que les choses se meuvent.
c Voici maintenant le bien (agathon). Ce mot tend à désigner
ce qui est admirable (agaston) dans toute la nature. Car,

puisque les êtres sont en marche, il y a en eux de la vitesse,


et il y a aussi de la lenteur. Ce n'est donc pas l'ensemble qui
est admirable, mais une partie de l'ensemble, l'élément rapide
2
(thoon) ;
à cette partie admirable (agaston) s'applique cette
dénomination, le bien (agathon).

Quant à la jastice (dikaîosuné) , ce nom a été donné à la

compréhension du juste (dikaïou sanésis), comme il est aisé de


le devinermais c'est le nom même du juste (dikaïon) qui
;

Jusqu'à un certain point, semble-t-il, beaucoup


est difficile.
d sont d'accord sur le sens, mais ensuite commencent les
controverses. Pour ceux qui croient l'univers en mouvement,
sa plus grande partie n'a d'autre caractère que de se dépla-

cer, et ce tout est parcouru d'un bout à l'autre par un prin-

cipe auquel tout ce qui naît doit la naissance. Ce principe,


d'après eux, est très prompt et très subtil ; autrement il ne
pourrait traverser tout le réel, s'iln'était assez subtil pour que
e rien ne pût l'arrêter, ni assez prompt pour qu'auprès de lui
le reste fût comme immobile. Quoi qu'il en soit, comme il
gouverne tout le reste en le parcourant (diaïori), on lui a
donné avec raison le nom de juste (dikaïon), en y ajoutant
pour l'euphonie l'effet du
k. Jusqu'ici, encore une fois, beau-

413 a coup s'accordent sur cette explication du juste. Pour ma


part, Hermogène, à de m'y appliquer, j'ai réussi à
force
3
m'instruire, dans le mystère de toute la question ce juste
,
:

à cause de ércouivrjç plus haut. Mais cette forme parait inconciliable


avec les explications fournies plus loin, 43" a.
i. Plutarqu e(Lvc, i)cite un ancêtre de Lycurgue qui portait ce nom.

2. Le texte des mss. est évidemment altéré. La plupart des édi-


teurs adoptent la correction de Bai ter qui, gardant tô toc/y, corrige

simplement toûto oy en tou 6oou. Mais, comme l'a bien vu Stallbaum,


l'idée doit être, non pas qu'un* partie de l'élément rapide mérite le
nom d'iyaorov, mais que, seule, la rapidité, par opposition à la
lenteur, est digne de cette épithète.
3. C'est-à-dire : secrètement, sans témoin, pour ne pas ébruiter
l'affaire. Cf. Thééteie, i5a c (èv àrroppr^Tto), où il s'agit de l'enseigne-
94 KPATTAOS 412 b

àp^oLiÉvov toc^ù Tipotévai, a IcniST} »


<J>aatv. AaKQVLKÛ Se
àvSplxéov eùSok'lllcùv KalSvojJia r\v «Zôoç»' xfjv yàp xa)(EÎav
ôpLii^v ot AaKE8aiLi6vL0i xoOxo koXoOcuv. Taùxr|(; oSv xfjç

<{>opaç ETia^vari^alvEi f\ aoc|>la, <5>ç <|>£poLiÉvcov xSv Svxcùv.

Kai ll^jv
t6 ye « ^
àY a v "> toOxo xf^ç (jrôaEcoç *nàor|ç x& c
ày aaT $ (iouÂETai t6 8voLia ETUKEtoSaL. 'EttelS^ yàpTtopEÙ-
s
ETai xà Svxa, auxoîç xà^oç, evl Se (ipaSuxfjç.
evi liev ap

"Eaxiv o3v où ttSv, [xo xa)(ù] àXXà xl aôxoO àyaaxôv, (xà

86ov). Toùxcp oSv 8fj


xcà àY aaT $ aftxr) f) ETtovu^ita loxtv,
« xaYa86v ».

«
AiicaioCT\Svr)
» 8é, 8xl Lièv ènl xfj
xoO 8 iKalou auvÉaEi
xoOxo KEÎxai x6 Svo^a, £<£8iov auLiBaXELV aôx6 8è x6

\oiken6v. Kal yàp 8f) Kal eolke LiÉxpL liev xou


« Slicaiov »

ô^oXoYEÎaBai napà noXXôv, InELxa 8è àLL(f>La6r|XELa8ai. "Oaoi d


yàp tJy°^ vt<xl T0 "^
e^ vaL ^ v TtopEla, xè lièv ttoXù ocuxoO

ûnoXaLi6àvouaLv xolo0x6v xl EÎvai oûSèv aXXo f\ )(copELV, 8ià


s
8È xouxou navxàç EÎvat xl 8le£l6v, 8l oS nàvxa xà \iyv6-
LiEva Yi-Y vea ^ aL E
^ voa Se x<&)(Laxov xoOxo Kal XEnxôxaxov.
'

Oô yàp & v 8uvaa8aL ocXXcùç ÔLà xoO o'vxoç lÉvaL navx6ç, ci


Lif)
XETix6xax6v xe ^v ôaxE aôxo LirjSèv qxéyelv, Kal xà)(Laxov
&ax£ xpfjaSaL oanEp êaxoaL xoîç ccXXolç. 'EtieI 8' ouv etil-

xpoTiEUEL xà aXXa Ttàvxa S Lalé v ,


xoOxo x8 cSvoLia EKXrjSr] e

ÔpSéùç « SiKaLov », EÔaxoLuaç EVEKa xf)v xoO Kànna SuvaLuv

npoaXa66v. MÉ^pL Lièv o8v IvxaOSa, 8 vOv 8f] eXeyoliev,


napà noXXcov ÔLioXoYSLxaL xoOxo EÎvaL x6 SlKaiov âyà Se, 413 a
e
» EpLi6Y£VEç, &xe XLTrapfjq &v TtEpl auxoO, xaOxa lièv

b 5 Aaxu>v:/<p — 7 xaXouaiv secl. Heindorf 6 Zo'oç Valckenaer :

W W
||

aouj || 7 xaXouai xouxo ||


C i onzdcr^ ||
3 yàp Wpro àp' || [\ xo

~a.yy secl. Stallbaum (xô Odov). Touto> ouv Stallbaum : touto ou


W pro W W
|| ||

5 xôv àyaatwv x<£


à^aaTto 6 xà àyaôôv || j| 9 xou jj

d 2 èv
JCtpcia Ven. i84 (si ex emend.) eù-opt'a : BW eù^opta T
6 ovxoç :
idvxoç y?- i n marg. W W pro
|| 7 îj tjv || {JLr,8sv
TW : -81 B
||

8 écxcoç T (yp. xa6â;:ep éaxwat xoiç à'XXot;) i^siôr) ouv W


W ôp6w; kylrfa W
(I || |j

6 1 8tïwv pro Staïo'v 2 y.dxr.a BW : x T


W
||

W
|| ||

413 a 1 xouxo xô 81'xatov elvat ||


2 Xtnaprj; a>v et man. recen-
tiss. t :
XtTcapTjawv BT.
413 a CRATYLË 95

dont nous parlons est aussi la cause car la cause est ce —


par quoi (dV ho) une chose existe

,et par conséquent, disait
certain, il est correct de lui donner ce nom en propre. Mais
quand, après avoir écouté cette explication, je reviens néan-
moins à la charge et demande aux gens, bien doucement :

« Que
peut donc bien être le juste, mon bon, s'il en va ainsi? »,
j'ai
l'air de
prolonger l'interrogatoire au delà des conve-
b nances et de sauter par-dessus les bornes 1 J'en ai, disent-ils, .

assez appris [entendu] ils essaient, en voulant assouvir ma cu-


;

riosité, de parler chacun à sa mode, et ils ne s'accordent plus.


Suivant l'un le juste, c'est le soleil, car lui seul, en les parcou-
rant (diaïon) et les échauffant (kaôn), gouverne les êtres. Or,

quand je le dis à un autre, tout aise de ce beau renseigne-


ment, il se moque de moi en m'entendant, et me demande
si
je pense qu'il n'y a rien de juste chez les humains après
le coucher du soleil. Comme
c j'insiste alors pour connaître son
avis, à lui, il déclare que c'est le feu mais voilà qui n'est pas
;

facile à comprendre. D'après un autre, ce n'est pas le feu lui-


même, mais la chaleur elle-même contenue dans le feu.
Tel autre déclare se moquer de toutes ces explications il :

Anaxagore, en disant que c'est Y esprit


définit le juste d'après

(nous); indépendant, sans aucun mélange, il ordonne, dit-il,


toutes choses en parcourant tout 3 Là-dessus, mon ami, je .

me trouve, moi, bien plus embarrassé qu'avant toutes mes


tentatives pour m'instruire de la nature du juste*. En tout
d cas, pour en revenir à l'objet de notre recherche, voilà les
raisons qui semblent lui avoir valu ce nom.
Hermogène. —
Tu m'as l'air, Socrate, de rapporter là
une leçon apprise, au lieu d'improviser.

ment donné par Protagoras à ses disciples, qu'il instruisait de la vérité,


tandis que ses doctrines demeuraient une énigme pour le
vulgaire.
i . Locution proverbiale.
2. C'est l'idée d'Heraclite, suivant qui le feu est à la fois principe
de toutes choses, et loi ou pensée unique de l'univers.
3. Le juste est comme plus haut identifié avec la cause (tô al'tiov).
Aux yeux. d'Anaxagore, l'Esprit (vou;) est chose infinie, indépendante
(aÙTO/.paTs'ç) ou maîtresse absolue ; seul il est en soi-même et pour soi-
même. Il une cause motrice et une intelligence qui a mis
est à la fois
en ordre monde.
le

4. Platon fait lui-même dans le Phédon(g ] h et suiv.) la critique


r

de la théorie d'Anaxagore et montre en quoi elle est décevante.


95 KPATYAOS 413 a

Tràvxa StaTTÉTtua^at lv àTtoppfjToïc;, 8tl toOto eo~tl t6


SiKatov Kal x6 aÏTLOv —
yàp ylyvETaL (tl), toOt' eotl
Su' o

to acTtov — Kal ISla KaXsîv ecjjrj tiç toûto ôpScoç ^X eLV ^ l °L


Taura. 'ETretSàv 8' ^pÉ(ia aÔToùç InavEpcoTco àKouaaç
TaOTa jjt|Sèv ?jttov
« Ti oSv tiot' ecttlv, o aptaxe, S'iKatov,
et toOto outcoç £X el * i
Sokq T£ T^r) u-aKpoTEpa toO TTpocrfj-

kovtoç epcoT&v Kal ÛTièp Ta EaKaLiu.Éva aXXsaSaL. 'iKavôç

yàp l^é (paai TtETtùaSaL [aKrjKoâvai] Kal ETtL^EipoOaLv, fiouXo- b

Ljlevol
àTromLmXàvaL lie, aXXoç aXXa fj8r| XéysLv, Kal
oukétl au^i^covoOaiv.
c
O laèv yàp t'lç cfjrjCTtv
toOto EÎvau
5'iKaiov, t8v fjXLov toOtov yàp laôvov Sioclôvtoc Kal
KàovTa ImTpoTtEUELV îà 8vTct. 'EtcelSoiv oQv tcç XÉyco aux6

aa^isvoç ûbç KaXov tl àKr|Kocoç, KaTayEXS llou oStoç àKouaaç


<at èpcoTâ eI ouSèv SlKatov oÎLiat eÎvocl ev tolç àvSpccmoLÇ
c
ETtEiSàv ô fjXioç Sur|. AiTtapoOvToç o5v ELjioO
ô tl a3 ekelvoç o

XéyEL, auT6 tô TiOp cfirjaLV toOto 8èoupàSL6v ecttlv ElSÉvaL.


c
O 8è ouk auTo to nOp cjjrjOLV, àXX' auTÔ t8 BEpLiov tô ev tS
TTupl èv6v.
c
O Se toutcùv llèv TiàvTcov KaTayEXSv c^rjaLV,
EÎvaL 8è tô Slkcclov o XéyEL 'Avac^ayôpaç, voOv eÎvcxl toOto #

aÔTOKpdcTopa yàp auTÔv ovtoc Kal ouSevI (jleuelyuevov TtàvTa


cf>r|cjlv
auTÔv KoaLLEÎv Ta TtpàyLmTa 8Là TtàvTcov t6vTa.
»EvTa08a 8f) lyco, S <f>lX£,
ttoXù ev ttXe'lovl aTropla eIljlI fj

Ttplv ETU)(ELpf}aaL LiavBàvELv Tïspl toO SiKatou 8 tl ttot' d


EQTLV. 'AXX' OUV OUTTEp EVEKa EaKOTtoOtLEV, TO yE BvOLia
toOto <f»atvETaL auTco Slcx TaOTa KEÎaBaL.
EPM. ZcbKpaTEÇ, TaOTtt
<t>aLV£L L^OL, <ù U.EV àKr)KO£vat
TOU Kal OUK aUTOa^ESLàl^ELV.

b 4 (ti) add.
Stallbaum j|
5 A!x Hermann pro toia 7 tô oîxaiov
||

Wt 9 èj/.£u.u.£va B (corr. b) b 1 7ce7cua0ai tô cuxatov àxTjxosvai


W W
j| i|

|j àxYixoivat secl. Schanz 2 ixî ar:or:i'ii.n\iva.i 3 toîîto prim.


W W
||

W pro
j|

toOtov jj
4 tô Suaiov 5 xaovTa BT : à/touovTa
W
|| |

ovtoc BT : oXa ||
Tto TWb : to> B j|
6 àaasvo; B ut uid. :
aj[j.svoç;
TW (sed supra to
scrips. W) outoç a/oujaç B oZzoç ô àxouaa;
:

TW d 7 èptoTa lu W c d 1 8uvï]
||

B 2 X^rj T 3 àXX' 4 frjaiv —


W W
II ||

om. in marg. add. 4 où oï pro ô 8à d 2 ècrxoTùouasv BT :

W pro
|| j|

«jxo.t- W j|
3 outo) aÙT(£ |j
5 tou TWb : toj B.

V. 2. — 10
413 d GRATYLE 96
Socrate. — Et pour autres noms les ?

Hermogène. — Tu n'en avais pas du tout l'air.

Socrate. — Écoute donc peut-être réussirai-je à t'abu-


:

ser sur le reste, en te faisant croire que je ne parle point


par ouï-dire. Après la justice, que nous reste-t-il? Le cou-

rage, si je ne me trompe ; nous ne l'avons pas encore passé


en revue. Il est clair que Y injustice (adikia) est essentiellement
l
e l'obstacle à ce qui parcourt (tou diaîontos) ; d'autre part le
mot courage indique que c'est dans la lutte que le courage
reçoit son nom. Or dans le réel, si vraiment il s'écoule, la lutte
n'est autre chose que le courant (rhoê) contraire. Si donc
on ôte le d à andréïa (courage), par lui-même le nom
à'anrêïa indique cette activité 2 Il est clair que le courage .

n'est pas le courant contraire à n'importe quel courant,


mais à celui qui va contre le juste; autrement on ne loue-
414 a rait pas le courage 3 Les noms de virilité (arrhén) et d'homme
.

(anêr) sont voisins de celui-ci le courant


dirigé en haut (anô :

^ Gunê (femme) me paraît vouloir être gonê (génération).


rhoe).
Quant au féminin (thêlu), c'est de la mamelle (thêlê) qu'il pa-
raît avoir tiré son nom. Mais la mamelle, Hermogène, ne
signifie-t-elle pas qu'elle est cause d'épanouissement (téthê-
lénaï), comme pour les plantes qu'on arrose ?

Hermogène. — Apparemment, Socrate.


Socrate. — Eh bien, le mot même s'épanouir (thalléîn)
me semble figurer la croissance de la jeunesse, dans sa
promptitude et sa soudaineté. C'est ce que l'auteur a pour ainsi ,

b dire, reproduit à l'aide du nom, en le formant de thèïn


(courir)
et hallesthaï (bondir). Mais tu ne t'aperçois pas que je me laisse
comme emporter hors de la carrière, quand j'ai trouvé un sol
uni 4 Pourtant il nous reste encore à traiter nombre de ques-
.

tions, de celles qui passent pour sérieuses.


Hermogène. —
Tu dis vrai.
Socrate. —
L'une d'elles consiste à voir ce que peut si-
gnifier notamment tekhnê (art).

1 . C'est-à-dire au principe qui a été identifié plus haut avec le


juste.
2. 'Avpeia est expliqué par Socrate comme formé de àv(â) : en
sens contraire (ou peut-être àvw : vers le haut; cf. plus bas), et de

pcïv (couler).
3. Littéralement car on ne louerait pas le courage (sous-ent.
: s'il

n'était courant contraire à celui qui va contre le juste).


pas le

4- C'est-à-dire des problèmes faciles à résoudre.


96 KPATYAOS 413 d

ZO. TtôèxSXXa ;

EPM. Ou nàvu.
EH. "Akoue Srj' ïacoç yàp
av <je Kai là êniXoiTta è^omcc-

T^aaiua coç ouk àK^Kocbç XÉyco. Mexà yàp SiKaioauvrjv tI


f\\il\f
XElTiETat ; àvSpEiav, otu.ai, oÛTtco Slt'jXBou.ev. 'ASiKla

^.èv yàp ôfjXov


8tl IcjtIv Svtcoç E[rrT<58i.au.a toO Sia'i6vToç, e

àvôpEia 8è ar]u.aiv£i coç èv ^ô\yr\ ETtovo^a^ou.Évn.ç Tfjç

àvSpElaç" ^ax r v l
&" EÎvai ev tco ovti, EÎTtEp pEÎ, ouk aXXo tu

f) Tf]v EvavTiav pofjv èàv ouv tiç E^éXr) t8 BeKicl toO 6v6-
u.ai"oç Tfjç àvSpEiaç, auTO LirjvuEL t6 Ipyov to ovou.a f\
« àvpsla ouv 8ti ou nàcr} pofj fj tvavTia pot)
». Af^Xov
àvSpEia iaTtv, àXXà Tfj napà t6 SlKaiov ^souarj* ou yàp av 414 a
ETir|V£ÎTo f\ àvSpEla. Kal t6
« Sppsv » Kal & «
àvfjp » Inl

napaTtXrjaLcp tlvI toùtco laTt, Tfj avcp pofj. « Tuvf) » 8è


yo vf) ljiol cfxx'ivETai (SoùXEcrBai EÎvai.
T6 5è a BfjXu » àno Tfjç
SrçXfjç tl cpalvETat ETrcovou.àcr8ai- f\ Se « 8r|Xf) » apà ys,
S c Ep^6yEVEç, 8ti TE8r|Xév ai ttolel coanEp Ta àpSo^iEva ;

EPM. *EoiK£V y£, co


ZcOKpaTEÇ.
ZQ. Kal ^f)v auT6 y£ t6 a BocXXelv » tï]v aû'E.rjv u.01 SokeÎ

àTTELKà^Eiv tt)v Tcov vécov, otl Ta)(EÎa Kai E^aupviôla ytyvE-


Tat. OT6v*nEp ouv u.£u/iu.r)Tai tcù ov6|j.aTi, cruvapu.6aaç ànô b
toO 6e tv Kai aXXEaSai t6 ovou.a. 'AXX' ou yàp EmcrKOTiEÎç
U.E ÔOTTEp EKTÔÇ 8pÔU.OU <J)Ep6u.£VOV, ETÏEtSàv XeIoU ETTlXà-
6cou.ai' Xomà 8è rjfcûv ETL 0"U)(và laTi tcov Sokouvtcov anou-

Salcov slvat.
3
EPM. AXr|8Ti XÉyEiç.
3
ZO. *ftv y IaTtv ev Kai « te)(vt]v » ISeÎv 8 ti tiote

fiouXETat EÎvai.

Testim. : 414 a 3 — 4 lfo« Euseb., Praep. euang., n,


yÙvyj 6.

d 6 8 au b pro Sa ||7 où ys W 10 àvSpiav b


7iatvu e W
||
1 ovtoj; :

add. in W
||

-to; BT 3 cul supra man.


âv -cep ovti 5 xouvofxa rec.
W 6 àvpeîa T
j| j|

:
àvSpeia BW àvô*pta b (àvpi'a in marg.) 414 a 2 è^et
W pro j|

bei 3 ttvi xouxwv W f)


8s
yuvr] Euseb. 5 -et B xl
jj

: TW
W
j| || |] ||

9 à|cuçvi8ta TWb (?) : -amena B(?)t j|


b a xojyojxa
||
4 saxi W :

krA BT.
414 b GRATYLE 97

Hermogène. — Parfaitement.
Sograte. — N'indique- t-il donc pas la possession de la rai-

c son (hèxis non), si l'on ôte le t, et si l'on insère o entre le


kh et le n, le n et l'ê 1
?

Hermogène. — C'est bien laborieux, Socrate !

Socrate. —
Bienheureux Hermogène, ignores-tu que les
premiers noms établis ont été comme enfouis par ceux qui
voulaient leur donner de la pompe ? Ils ont ajouté et retran-
ché des lettres pour l'euphonie ils ont tordu les noms dans ;

tous les sens, par désir de les enjoliver comme par l'eiTet
du temps. Ainsi dans katoplron (miroir) ne trouves-tu pas
bizarre l'introduction dur 2 ? Mais de tels procédés, selon moi,
d sont l'œuvre des gens qui, sans aucun souci de la vérité,
travaillent à façonner l'articulation à force d'ajouter aux noms ;

primitifs, ils font bien, finalement, qu'aucune créature


si

humaine ne serait en état de comprendre ce que le mot peut


bien signifier. Par exemple pour la Sphinx, au lieu de phix 3
ilsdisent sphinx, et de même pour beaucoup d'autres noms.
Hermogène. — C'est bien la vérité, Socrate.
Socrate. — Mais
qu'on permette d'ajouter aux noms et
d'en ôter ce qu'on veut, alors on éprouvera une grande faci-
lité, et n'importe quel nom pourra s'ajuster à n'importe
quel objet,
e Hermogène. — Tu as raison.
Socrate. — J'ai raison, à coup sûr. Mais c'est à la me-
sure, je crois, et à la vraisemblance qu'il te faut veiller, en
sage président.
Hermogène. — Je le voudrais.
Socrate. — Et moi, je le veux avec toi, Hermogène.
415 a Mais ne sois pas trop pointilleux, mon divin ami,

4
pour ne pas énerver mon ardeur ;

1. De manière à transformer ts/vt) en kyovor\.


2. La forme primitive devait être, suivant Socrate, xûcto^tov. Le p
est considéré par lui comme une addition superflue et une altéra-
tion il ne reconnaît pas ici le suffixe --po- qui sert, dans
: les noms
neutres de ce genre, à marquer Y instrument.
3. La Théogonie hésiodique parle (v 3a6) de « Phix la pernicieuse » ,
.

fille d'Orthos et d'Echidna, dont on plaçait le séjour en Béotie sur


le mont Phikion. Plus tard elle fut confondue avec la Sphinx.
4. Iliade, VI, 264-5. Hector dit à sa mère, qui veut lui apporter à
97 KPATYAOS 414 b

EPM. l"làvu uèv o8v.

ZO. OukoOv to0t6 ys eéJlv voO ar)u.atv£t, t6 u.èv xaO


à(f>EX<5vTi, êu.6aX6vTi Se oS u.ETa£jù toO yz! Kal voO vu Kal c

(toO vO <al) toO fJTa ;

EPM. Kal uàXa y£ yXiaxpcoç, " ZcùKpaTEÇ.


ZH. *C1 u.aKapi£, ouk oîaS'STiTa TtpÛTa ôvou.aTa TEBévTa

KaxaKÉ)(OCTTaL fjSr|
Stt6 tcov (5ouXou.évcùv TpaycpSEÎv auTa,
TT£piTi8ÉVTa>v ypdcu.u.aTa Kal l^aipouvTCùv EuaTOu.laç EVEKa
Kal TuavTa)(fj aTp£<f>6vTCûv, Kal ûttô KaXXcûmau.oG Kal ûttô

Xp6vou. 'EtteI ev tô « KaTé-nTpcp » ou Sokeî aot otottov EÎvai


t6 lu.6E6Xf)a8aL to pu àXXà ToiaOxa, oîu.ai, TroioOaiv ol xfjç ;

u-èv àXr|8£iac; ouSèv 4>povtI£ovteç, t6 Se <JT<5u.a TtXàTTovTEç, d

ttox' £TT£^6dXXovx£<; TioXXà ettI Ta TtpcoTa Ôv6u.aTa teXeu-


tcùvteç TtoioOaiv u-^S' âv sva àvSpcùTTQV auvEÎvai 8 ti ttote
(SoûXETai t6 ovoua' cocmEp Kal xf]v Zcf/iyya àvxl « (jhkôç »
«
cKplyya » KaXoOaiv, Kal aXXa TtoXXà.
EPM. Tauxa u.èv ecttiv outcdç, cù ZcùKpaTEÇ.
S
Zn. Et 8 au tlç làcEL Kal IvTiSÉvai Kal lÊjaipEiv Stt'
av (ioùXrjTal tic; elç ta ov<5u.aTa, TtoXXf] EÛTtopla laxat Kal
tt&v av Ttavrl tic ovou.a Ttpàyu.aTi Trpoaapu.6aEi.EV.

EPM. 'AXt]8î] XÉyEtç. e


s
Zn. 'AXrjSfj U.ÉVTOL. AXXà t6 u.ÉTptov, oîu.ai, Sel <J>uXaT-
teiv Kal t6 elkôç aè tôv aocpôv ETuaT<xTr|v.
EPM. BouXolu.r|v av.
e s
ZO. Kal èycb aot auu.6ouXou.ai, o Epu.6y£V£Ç. AXXà uf)

Xlav, S Satu.6viE, aKpiBoXoyoO, 415 a


« u.fj
u' àTToyutoarjc; u.éveoç ».

Testim. : 415 a 2 77., 6, 2Ô5 [xrf


tx'
a7:oyut(j$a7)ç, tiivsoç 5' àXxrjç
TE Xà0to;j.at.

b io tau BW : î: T ||
C i ou BW : ô T ||
toS yl xat tou vu xat tou
yjxa BW : tou y xat tou v xat tou tj T ||
tou vu y.at add.
Stophanus |j

6 xpooTifc'vtcuv Naber pro KÇfiTcOtivTcuv 8 èxct xai ||


Wt ||
aot om. B |j

g pô5 BW
p T d 3 ivOpc&fcwV Tb avOpojzov
:
||
: BW et primit. ï ut
uid. t\ cptxo; Par. i8i3 (ei Hesiod., Theog., u. 3 26) :
cpiyô;
T ©i-ryô?
W a«tyyô;
||

B astyô? (et in marg.) b 7 fcÇatpsiv T || ||


8 JCoXXrj T15

surcopia W [ï
415 a 2
axoyvcfogc prim. T.
415 a CRATYLE 98
car j'arrive au couronnement de mon exposé, quand nous au-
rons examiné, après Yart (tekhnê), l'activité industrieuse
(mêkhanê). Mêkhanê me semble indiquer le fait de parvenir à
un résultat (anéïn *) étendu. Car le mot mêkos désigne la
grande étendue. Voilà donc les deux éléments, mêkos et
anéin, qui composent le nom de mêkhanê. Mais, je le répète,
il faut arriver au couronnement de notre
exposé ce que si- :

gnifient les noms d'arétê (vertu) et de kakia (vice), il s'agit


b de le rechercher. Dans l'un je ne vois pas encore clair, mais
l'autre me semble transparent il s'accorde en effet avec tous
:

lesprécédents. Puisque les choses se meuvent, tout ce qui


va mal (kakôs ion) sera vice (kakia). Et quand l'âme est le
siège de ce mouvement mauvais vers les choses, c'est surtout
alors qu'il porte l'appellation de vice donnée à l'ensemble.
Mais ce mouvement mauvais, en quoi peut-il consister ? Il le
dans la lâcheté (déïlia), qui n'a pas encore
fait voir, je crois,
étésoumise à notre analyse, et que nous avons sautée,
c 2
quand il eût fallu l'examiner après la bravoure je crois, du ;

reste, que nous avons sauté aussi beaucoup d'autres noms.


Quoi qu'il en soit, déïlia désigne un lien qui enchaîne
l'âme fortement car lian (très) exprime une force. La lâcheté
;

(déïlia) sera donc


un lien (desmos), le lien fort (lian) et le
plus puissant de l'âme de même aussi que Yembarras
;

un mal, et, semble-t-il, tout ce qui fait obstacle


(aporia) est
au mouvement et à la marche (poreuesthaï). Aller mal (kakôs
iènal)semble donc désigner la marche gênée et entravée ;

quand l'âme en est atteinte, elle s'emplit de vice (kakia). Si


c'est à ces conditions que nom de kakia, le
s'applique le
contraire sera arétê (vertu). Ce nom signifie d'abord l'aisance
d de la marche, puis le cours, toujours libre, de l'âme bonne ;
bref, c'est ce qui coule toujours (aéî rhêon) sans gène et sans
obstacle qui a été, semble-t-il, qualifié de ce nom. Il est juste de

l'appeler aéïrhèîtê, mais peut-être l'auteur veut-il dire haïrétê


pour indiquer que cette disposition est
(préférable), préfé-
boire après la bataille « Ne m'offre pas de vin à la douceur de miel,
:

mère auguste, pour ne pas énerver ma force, ni me faire oublier mon


ardeur et ma vaillance. »
2. "Àveiv est synonyme de àwfctv, àvuxsiv. Voir Odyssée, III, 4g6,
r,yov ôBôv : ils
accomplirent le trajet.

3. Le mot àvBpct'a (bravoure) a été examiné plus haut 4*3 e, et


tiré de « àvpsc'a ».
98 KPATYAOS 415 a

"Ep^ouaL yàp ettI xf)V Kopu<$>r)V uv etprjKa, ETtEiSàv LiExà

TÉ)(vrjv ur))(avr|v EmaK£i|jcoLi£8a.


«
Mrj^avf] » yàp llol Sokel
toO avEiv InlTtoXù arju.£Lov EÎvat* to yàp « ^fJKÔç » ticûç
t6 TtoXù arjjiatvEi* !£j àLK^oîv oSv xoùxolv auyKELxaL,
«
Lll'jKOUÇ
» TE Kal XoO « &VELV », t6 OVOLLa f\
«
Lir))(.
av ^ ».

'AXX', bîTEp vOv Sf) eTtcov, etù xfp Kopu<f>f|V Sel xcov EtprjLiE-
vcov eXGelv «
àpETf) » yàp Kal « Koucla » 8 xi frouXExai xà
SvdLiaxa ^rjTrjTÉa. T6 ljlèv ouv EXEpov ounco KaSopô, to S' b

ETEpov Sokel llol KaxàSrjXov eÎvccl. Zullc|>cùV£l yàp xoîç


ELjmpoaSsv Tt&CTLv. "Axe yàp I6vxccv xcov Tipaytiàxcûv, Ttfiv x6
KaKÔç tôv « kcckloc » &v elt]* xoOxo Se oxav èv ipu^fj rj,
xo

KaKÔç ÎÉvaL ettI xà TipàyLiaxa, LiàXiaxa xrjv xoO 3Xou


ETTCÛVULUaV E)(EL XT]Ç KaKlaç. Tô SE KaKWÇ ÎÉvaL 8 XL ttox'

laxLv, Sokel ljlol


SrjXoOv Kal lv xfl
« SelX'loc », 8 oûttcù
SirjX-
s
Sollev àXX ÛTtEpÉ6r|LiEv, Séov auxô u.£xà xrjv àvSpElav ctké- c
cpaaSaL* SokoOllev Se liol Kal ccXXa noXXà UTT£p6£6r|K£vaL.
C
H
S' ouv SsiXla xfjç Lpu)(f]ç arjLLalvEL
Seqllôv EÎvaL layypév xô
yàp « Xiav »
loyfiq xlç ectxlv. Ae<jll6ç ouv ô Xlav Kal ô

LLéyLOXoç xfjç ipu^ç f\ SelXlo ôtv


elt]* <SoTT£p yE Kal f\ ànopla
KaK6v, Kal nav, &ç eolkev, 8 xl av ELmoSobv fj
xco IEvaL Kal

TtopEUEaSaL. ToGx' ouv <^alvExaL x6 KaKOùÇ levai SrjXoGv, x6


to^oLLÉvcoc; xe Kal elattoSl£ollévcûc; TtopEUEoQaL, o 8rj Lpu)(r)

oxav I^fl, KaKlaç LiEaxf] yiyvExaL. Et S' IttI xoloùxolç f\

« KaKLa » laxlv xotfvoLia, xouvavxlov xcuxou f\


« àpExrj » âv

elt], arjLLatvov npSxov Eunoplav, ETtELxa Se XEXuu.Évr)v d


lièv

xrjv jSorjv xfjç àya8r]c; ipu^ç sîvaL olel, oSaxE xô ào"X£-

XQÇ Kal XO àKoXuXCOÇ àEl £ÉOV ETICDVULliaV EÏXrjcpEv,

(3Ç EOLKE, XOOXO XOÔVOLia. 'OpScOÇ LIÈV


E)(EL
« aELpELXrjV »

a 5 aveiv B et slatim : àvetv T et statim || xtaç Par. i8i3 :


rcpôç
BT ||
8 vdv Srj Par. 1811 :
Sr, vOv BT || C I
àvopfev B ||
6 xa/.tov B
(corr. b) |j y T :
stVj
B jj
ts'va-. b : clvat BT |j
8 IV/OLtai taon (corr.
b in marg.) || lxxo8iÇo(i&a>$ BT sed {x supra x add. T ||
ô' rj
B
(corr. b in marg.) \\ g /.a/.ia; Laur. 85, 6 man. rec. : -xi'a B -/.''a T
il d 3 àei B 8rt T. :
415 d CRÀTYLE 99

rable entre toutes : la contraction a donné le mot arétê.

que j'invente mais moi je prétends


*
Peut-être diras-tu encore
que si celui dont j'ai parlé précédemment est juste. le nom
;


e de kakia — le nom d' arétê (vertu) est juste, lui aussi.
416 a Hermogène.
(vice),
— Et le nom de kakon (ma[) qui t'a servi à

expliquer bien des précédents, que peut-il signifier ?


Socrate. —
Il est bizarre, par Zeus à mon avis, et ! diffi-

cile à
interpréter. Je lui applique donc, à lui aussi, l'expé-
dient de tout à l'beure 2 .

Hermogène. Quelle
— d'expédient? sorte
— Celui
Socrate. qui consiste à attribuer encore une lui

origine barbare.
Hermogène. — Et tu parais avoir raison. Mais, s'il te

plaît, laissons ces noms pour passer à kalon (beau) et aïskhron


(laid); tâchons de voir comment ils se justifient.
Socrate. — Eh bien, aïskhron me semble dès main-
b tenant avoir un sens parfaitement clair; il s'accorde en

effet avec les indications précédentes. Ce qui entrave et


arrête les êtres dans leur cours me parait être malmené en
toute occasion par l'auteur des noms ; et ici, en particulier,
ce qui arrête toujours le cours (aêi iskhon ton rhoun) a reçu
de lui le nom de aéïskhorrhoun ; mais aujourd'hui, par
contraction,on dit aïskhron.
Hermogène. — Et kalon (beau) ?

Socrate. —Celui-ci est plus difficile à bien saisir 3 Ce- .

pendant l'auteur ne l'appelle ainsi que pour l'harmonie, et


la forme a été modifiée par la quantité de l'o *.

Hermogène. —
Comment cela ?
Socrate. — C'est la pensée (dianoïa) que semble qualifier
ce nom-là.
Hermogène. — Que veux-tu dire?
c Socrate. — Voyons. Quelle selon est, toi, la cause de
l'appellation donnée à chaque chose ? >'est-ce pas ce qui fixe
les noms ?

i. Voir4i3d.
2. Voir 4ogde.
3. Allusion au proverbe rappelé 384 b (les belles choses sont

difficiles) ?
4- Le texte porte où, qui est le nom de la lettre o dans l'alphabet
ionien-attique. Voir plus haut la note à 411 e.
99 KPATTAOS 415 d

KaXsîv, ïacoç 8e alpETrjv XÉyEL, a>ç otfoT|ç TaÛTi^q if\q eÉJecùç

atpETC0TàTr)ç, auyKEKpéTrjxai 8è Kal KaXeÎTai « apETf) ».


Kal Xooç \ie
aQ ^>r\asiq ttXAttelv lyo 8é (prjLu, Einsp 8

ellttpoo8ev eÎttov èp8coc; £X eL > *)


« icaicla », Kal toOto t6
OVOLia TT]V « àpETT]V » Op86ûÇ E)(ELV. e

EPM. T6 8è 8f)
« kcck<5v », Si' 06 TtoXXà tôv ellttpocjSev 416 a

EÏpr|Kaç, tl av vooî TOtïvoLia ;

ZQ. "Ato7t6v tl vf]


Ala eliolye Sokel Kal ^aXETrèv oull-
6oXelv. 'ETtàyco o5v Kal toùtg> IkeIvi-jv Tf)V Lir)xavtf)v.
EPM. riolav TaÙTr^v ;

ZQ. Tf]v toO 3ap6aptKov tl Kal toOto (bavai EÎvaL.


EPM . Kal loLKàç yE ôp8Sç XÉyovTL. 'AXX' st Sokel, xauxa
llev ecùliev, to 8è c< KaX&v » Kal to « ata)(pèv » TtELpG>LiE8a
ISelv
nfj EuXéycoç zyzi.
Zft. Ta lièv tolvuv « ataxpov » Kal 8^ KaTaSi^Xov llol

4>alvETaL o voEL* Kal toOto yàp tolç ELmpoaBEV oLLoXoyEÎTaL. b


Tô yàp ELmo8i£ov Kal ïa)(ov tî^ç por\q Ta ovTa XoiSopElv
\ioi cf>alvETaL Sià TtavTèq o Ta 8v6^iaxa tlSelç, Kal vOv
tô à£i ïo)(ovtl tov poOv toOto to ovoya e8eto (tô)
«
dtELa)(oppoOv »• vOv 8è auyKpoTrjaavTEc; « ataj^pov »
KaXoOaLV.
EPM. Tl 8èt6 « koXov »;
ZO. ToOto ^aXETtQTEpov KaTavofjaaL. KalTOL XÉyEL yE
auTè àpLiovla llovov, Kal LirjKEL toO oS TtapfJKTaL.
EPM. ricoç8r| ;

ZQ. Tf^ç SLavolaç tlç eolkev èncovuLLla EÎvaL toOto to


ovoLia.

EPM. nôç XéysLc; ;

Zfl. ^Éps, tl oïel au EÎvaL to aÏTLOv KXrj8f]vaL ÉKàaTca c


s
tcov Bvtcùv ap oùk ekelvo t8 Ta ôv<5LLaTa Seljlevov
; ;

d 5 i£eu>ç BW
Xs£- T 416 a 4 toutw T (prim. touto)
: 5 r.o'.av
W
jj

W
j|

-ctvi tœuttjv 8 xaï BVV te xaî T


||
b a afo^pôv :
pro î'a-/ov || ||

U tô add. Heindorf 5 acto/oppoûv || -yooouv T || 7 $s ôac BW : BW :

1b g tov ou BVV : tô H T xou o b 11 couù tiç W,


jj ||
416 c GRATYLE îoo

Hermogène.— Sans aucun doute.


Socrate.— Et ce sera pensée, la soit des dieux, soit des
hommes, ou deux à les la fois ?

Hermogène. — Oui.
Socrate. — Ce qui a donné leur appellation (kalésan) aux
objets et ce qui la leur donne (kaloun), c'est donc cette même
chose, la pensée ?

Hermogène. —
Socrate. — Or,Apparemment.
tout ce que produisent l'esprit et
l'intel-

ligence, voilà ce qui est à louer, tandis que le contraire est


à blâmer ?
Hermogène. — Parfaitement.
d Socrate. — L'art du médecin produit des médecines, et
celui du constructeur des constructions? Gomment l'en-
tends-tu ?

Hermogène. — Comme ma part.


Socrate. — Et alors beaupour toi,

produit de belles choses


le ?

Hermogène. — Nécessairement.
Socrate. — Et cela,
disons-nous, pensée? c'est la
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. —
Cette appellation, kalon (beau), est donc
justement donnée à la pensée qui exécute les ouvrages aux-
quels nous faisons fête en les déclarant beaux
!
.

Hermogène. —
Apparemment,
e Socrate. —
Que nous reste-t-il encore en ce genre?
Hermogène. —
Les noms qui ont trait au bon et au beau :

417 a
avantageux, profitable, utile, lucratif, et leurs contraires.
Socrate. —
Pour sumphèron(avanlageux), lu pourrassans
doute, dès maintenant, en trouver toi-même l'explication
à la lumière des précédents c'est à'épistêmê (science) qu'il
:

paraît être frère. Car il ne traduit pas autre chose que le


mouvement simultané de l'âme avec les choses ; et il montre
que les effets d'une telle activité tirent leurs noms — sumphé-
i. Le raisonnement de Socrate est le suivant: la pensée (otàvoia)

est ce qui fixe les noms ; elle est donc ce qui appelle. Or tout ce que
elle produit donc
produit la pensée est bon (è^atvtiâ, digne d'éloge)
:

de belles choses il est donc juste de l'appeler to y.aXôv (le beau).


;

Les deux participes zaXsaav (aoriste) et xaXouv (présent) s'expliquent :

Socrate, parlant de l'auteur des noms, emploie, on l'a vu, tantôt le


l'aoriste (ô xiÔéjxevoç, ô ÔEUivoç).
présent, et tantôt
ioo KPATYAOS 416 c

EPM. n<&VTCdÇ TTOU.


ZQ. OukoOv Siavoia av eïrj toOto fjxoi 8ecùv fj àv8pcîmcùv
f) àu.cf>6x£pa ;

EPM. Nat.
ZQ. OukoOvx6 KaXÉaav xà TTpàyu.axa Kal t6 KaXoOv
xaux6v Igtlv toOto, Siàvoia ;

EPM. 0OUVETOU.
ZQ. OôkoOv Kal oaa u.èv av voOç te Kal Siàvoia Ipyà-

arjxai, xaOxà iaxi xà ETtaivExà, S Se \xr\, i|;ekx<x ;

EPM. ndvu yE.


ZQ. Tô ouv taxptKèv locxpiicà ipyà^Exai Kal x6 xekxo- d
vikôv xekxovlkoc ; r) Ttcoç XéyEiç ;

EPM. Ouxcoç lyoyE.


ZQ. Kal xo KaXôv apa KaXà ;

EPM. Ael yé xoi.


Zft. "Eoxl 8é yE xoOxo, coç cj>au.£v, Siàvoux ;

EPM. nàvu yE.


3
ZQ. Op8coç apa cjjpov^aEcoc; aôxr) ^ £Ttcovuu.ta êaxlv
x6 « KaXov » xf]ç xà xoiaOxa àTt£pya£ou.£vr|c; a Bi] KaXà

cj>àaKovxEÇ EÎvai àcma£ou.E8a.


EPM. <l>aiv£xai.

ZQ. Tt ouv exi^u/lv Xoittov xcov xoiouxcov ;


e

EPM. TaOxa xà TTEpl xo àya86v xe Kal KaX6v, E,uu.-

cpÉpovxà xe Kal XuaixsXoOvxa Kal coc£ÉXiu.a Kal KEpSaXsa Kal 417 a


xàvavxla xoûxcov.
ZQ. OùkoOv xè U.ÈV « £ UU.C|>£pOV »
>
f]Sr)
tïou Kâv où ESpOlÇ

ek xcov Trpoxspov ETtiaKOTicûV xf]ç yàp ETTLax^u-rjc; àS£X<f)6v


xl cpalvExai. OuSèv yàp otXXo StjXol f) xf]v au. a cjjopàv xfjç

4 X^ ,U C> u- E ^à^co v Tipayu-àxcov, Kalxà ûno xou xoioùxou Ttpax-

C 3 -yy-.u)ç 07j-ou W 5 à^oTepwv T 7 xetXouv Badham : /.aXôv


W
J| ||

||
11 a Heindorf "à : d 1 "''
ouv prim. 2 r,
BW : T et r\ primit.
W
|| ||

B jj 9 xà om. T jj
e 1
7]{xtv Ix»
T 417 a 1
toçpéXi(i.à
te xou j|
3 -ou
W
j|

T j|
xav T xat : B xàv j|
4 rcpoTepov T :
-poxspcov BW j{
ârciaxoTitoV
B : a/.o^tov ÏW.
417 a CRATYLE 101

roula et sumphora — de ce mouvement simultané et circulaire

(sumpériphéresthaï).
Hermogène. — semble.
Il le

Socrate. — Kerdaléon (lucratif*) vient de kerdos {lucre).


Or kerdos, si l'on y substitue le n au d pour former le nom,
qu'il nomme d'une autre ma-
a un sens clair c'est le bon
:

nière. Parce que le bon se mélange (kérannutaï) à toutes


choses en les traversant, c'est cette propriété qu'on a voulu

désigner par ce nom mais en introduisant un d au lieu du


;

n, on a prononcé kerdos.
Hermogène. — Et donc?
lusitéloun (profitable), qu'est-ce
Socrate. — Apparemment,Hermogène, on ne doit pas
le prendre à la façon des
boutiquiers quand ils couvrent
leurs dépenses. Ce n'est pas là, je crois, ce que signifie
*

lusitéloun, mais qu'étant ce qu'il y a de plus rapide


dans l'être, il ne laisse pas les choses s'arrêter ni le mouve-
ment prendre fin pour s'immobiliser
et cesser; toujours il
l'affranchit de cette tente de se produire, pour le
fin, si elle
rendre incessant et éternel. C'est en ce sens, selon moi,
qu'on a donné au bon le titre de lusitéloun ;
c'est ce qui

affranchit de la fin (luon lo télos) le mouvement que l'on a


nommé lusitéloun (profitable). Quant au nom d'ôphélimon

(utile), il est étranger : Homère notamment s'en est servi


en plusieurs endroits sous la forme ophelléïn (enfler) 2 qui est ,

une façon de désigner l'accroissement et la création.


Hermogène. —
Et les contraires de ces noms, qu'en fai-
sons-nous ?
Socrate. —Ceux qui ont une valeur négative, il est inu-
tile, suivant moi, de les passer en revue.
Hermogène — De quelle sorte sont-ils ?

Socrate.— Désavantageux, inutile, non profitable, non lu-

cratif.
Hermogène. — Tu raison. as

i. A'Jîtv TÉXr, signi6e proprement: acquitter la dépense faite, c'est-


à-dire couvrir les frais engagés — par suite, être avantageux, ce qui
est le sens habituel de XtxnTcXeFv.
2 Homère emploie fréquemment ôf&Xctv faire grossir, accroître,
:

mais jamais $f&tpo£. Si l'on garde <t> donné par les mss. (mais sup-
primé par Cornarius). il faut considérer X& ôçiXXi»v (apposition à tu)
comme une restriction, l'idée étant Homère s'est souvent servi de
:

lofîÀ.txoç, je veux dire


sous la forme OyéÀÀïi/.
toi KPATTAOS 417 a

Tou.sva a o"u^cf>ÉpovTà » te Kal « cnj|i<f>opa


» KEKXf^aSai àno
toO cru^TiEpupépEaSai..
EPM. "Eouce.
Zft. Tè Se y£ « KEpSaXÉov » ànè toO KÉpSouç. « KépSoç »
8è vO àvTl toO SéXtoc àTto8iS6vTi eç t6 ovou.a 8r|Xoî 8 fioù- d
3
XExaf tô yàp àya8ôv aXXov TpoTtov ôvoy.ࣣi. "OTiyàp
koli

KEpàvvuxat eç TtàvTa Sie^uSv, TaÛTrjv aÔToO t^jv Sùva^uv


a

ETtovo^ia£cov IGeto Toû'vou.a* SéXxa (8 ) evSeIç &vtI toO vO


« KÉpSoç » ECjjSÉy^aTO.

EPM. « AuaiTEXoOv » 8è xt 5rj ;

e
Zft. "Eoikev, o Epu.6yEV£ç, oô^l Ka8a*n£p ot KocnrjXoi

aÔTcjS xpcovxaL, làv x6 àvàXcùy.a ôVnoXurj, ou TaÛTrj XéyEiv


U.01 SoKEÎ TÔ « XuaLTEXoOv », àXX' OTl Tà)(iaTOV OV ToO SvTOÇ C
ïaTaaSai ouk eS là Ttpàyu.aTa, ouSè téXoç Xa6oOaav ttjv

<|>opàv toO <J>Ép£a8ai CTTfjval te Kal TTauaacrBai, àXX' àsl


Xùei auTfjç av tl ETtiXELpfj teXoç EyylyvEaSaL, Kal TtapÉ)(Ei
aTtauaTOV Kal àSàvaTov auTf)V, TauTt] ^ou Sokeî £TU(f>rj fierai
t6 àyaSôv XucrteXoOv t6 yàp Tf^ç (pop&ç Xuov tôtéXoç
«XuatTEXoOv» KaXÉaat. « 'n^ÉXiu-ov » 8è ^evikov Toûvou.a,
^ Kal "Ou-ripoç TtoXXa)(oO KÉxpr|Tai, TÉp « ôcjjéXXeiv »• eotl
8è toOto toO aû^Eiv Kal tcoielv ETrovuu.la.
EPM. Ta 8è S?) toùtcov EvavTta Ttâç e^el rju.îv ;
d
ZO. °Oaa ^èv aTt6<|>r|(Hv aÔTcov, &q yé u.oi SokeÎ, ouSev
Seî TaOTa SiE^iÉvai.
EPM. nota TaOTa ;

s
Zfï. « AE oy.(j>opov
)
» Kal « àvaxpEXèc; » Kal « àXuaiTEXèç »
Kal « aKEpSÉç ».
3
EPM. AX n 8îi XéyEiç.

Testim. : 417 C 8 ôçAXsi IL, 3, 62.


c
a 8 <ju|j.-epicp£pe<j0ai. Eptx. StalJbaum (au u7tsptcpspea8at
"Eoixe v
:

eotx.ôv
W) :
outxîiepif ÉpîaOat loàcf
T
aup:spiçspsa0ai B b 1 vu ||
BW :

v T y 8=Xxa BW 8T :
j| 4 UXza 8' Bekker SiXra 8 T
: vu BW
W W
||

BW : v T d c 6 TayaBôv 7 xô Ôvou.a
||
8 wptXstv T 9 aù^elv B
j| ||

Il
noieïv codd. : tîXsov -oisïv Orelli Xtftlvttv uel Ttïova izoïeïv Heindorf.
417 d GRATYLE ioa

Socrate. — Mais il faut s'arrêter sur nuisible et domma-


geable.
Hermogène. — Oui.
Socrate. —
Blabéron (nuisible) désigne ce qui nuit au
e cours des choses (blapton ton rhouri). Blapton {ce qui nuit), de
son côté, marque la volonté d'attacher (bouloménon haptéïn) ;
or, attacher et lier reviennent au même et impliquent tou-
jours un blâme. Ce qui veut enchaîner le cours des choses (to
bouloménon haptéïn rhoun) serait donc très justement nommé
boulaptéroun mais par enjolivement, me semble-t-il, le mot
;

est devenu blabéron (nuisible).


Hermogène. — Ils sont bien compliqués, Socrate, les
noms qui sortent de tes mains ! En ce moment tu m'as l'air
1
pour ainsi dire, joué sur la flûte le prélude de l'air
d'avoir,
418 a d'Athéna, en prononçant ce nom de boulaptéroun.
Socrate. —
La faute n'en est pas à moi, Hermogène, mais
à ceux qui ont établi le nom.
Hermogène. —
Tu dis vrai mais passons à zêmiôdés (dom-
;

mageable). Que peut-il être ?

Socrate. — Que peut bien être zêmiôdés ? Considère,


Hermogène, comme j'ai raison de dire que l'addition et la

suppression de lettres altèrent profondément le sens des


noms, si bien qu'avec des changements minuscules on leur
b fait parfois signifier le contraire. Ainsi, notamment, dans
déon (obligatoire). J'ai pensé à lui et m'en suis souvenu
tout à l'heure en songeant à ce que je voulais te dire c'est :

que notre langue d'aujourd'hui, cette belle langue, a re-


tourné les noms d'obligatoire et de dommageable au point de
leur faire indiquer le contraire en en effaçant le sens, tandis

que l'ancienne montre clairement ce que signifient l'un et


l'autre nom.
Hermogène. — Qu'entends-tu par là ?
Socrate. — Je vais te le dire. Tu sais que nos ancêtres
faisaient très grand usage de l'i et du d, surtout les femmes,

i. Littéral, du nome. On appelait ainsi le grand air de concert,


exécuté particulièrement en l'honneur d'Apollon par un citharède
qui chantait en s'accompagnant sur la cithare. C'était une composi-
tion musicale fort longue, comprenant sept parties, et précédée d'un
cf. IV, 66) mentionne le nome d'Athéna.
prélude. Pollux (IV, 77;

L'étymologie compliquée de pXa6epov est pour Hermogène comme
ioa KPATYAOS 417 d

ZO. 'AXXà «
(SXa6ep6v » yc Kal « £t]uico8£<; ».
EPM. Nat.
ZQ. Kal x6 ^iév ye « frXaÔEpov » t6 fiXairrov xôv

poOv eîvou XÉyEr to Se « (iXdtTiTov » au arjuatvEi (iouX6- e

(ICVOV OTTTEIV x6 8È Kal SeÎv TauT<5v laTt, « OTTTEIV »

toOto Se navTa)(oO ^ÉyEi. T6 3ouX6(ievov ouv Stttelv

poOv ôp86Taxa ^ièv av zïr] « (iouXaiTTEpoOv », KaXXcomcjSÈv


Se KaXEÎaBal uoi cpa'iVExai « (SXaÔEpôv ».
EPM. ZcoKpaxEÇ, EKÔaivEiTa ôvéuaxa.
rioLKlXayé aoi, co

Kal yàp vOv uoi ISoÉjaç cocmEp toO xfjç 'A8r)vàaç v6^ou
npoauXiov axouauXf]aai, toOto t6 ovoua TtpoEmcbv t6
« liouXanxEpoOv ». 418a
e
ZQ. Ouk EycayE, co
Epu.éyEV£c;, aïiioç, aXX' ot Sé^evoi
t6 8voua.
3
EPM. AXrj9fj XéyEic;- àXXà Sf] n:è « £r)uico8£c; » xl av

e
Zfl. Tt S' av Etrj TtoTè « c^t^icoSec; » ; 8Éaaai, co
Ep^i6-
yEVEq, côç êycb àXn.8^ XÉyco XÉyco v 8ti ttpocjtiSevtec; ypa^-
uata Kal E^aipoOvTEç a<f>o8pa àXXoioOai Taç tqv ôvà^iaxcov
Siavoiaç, outcoç cocxte auiKpà nàvu TtapacrrpÉcfiovTEc; evlote
TàvavTta ttolelv arjuaivEuv. Otov Kal ev tco «Seovtl»* eve- b

vdrjaa yàp auxè Kal àvEu.vrja8r|v apxi à*n6 toOSe 8 eueXXov


aoL Epsîv 8ti f\ u.Èv véa <|>covr] rjuîv r\ KaXf] auTrj Kal tou-
VaVT'lOV TTEplETpEl^E UrjVUElV TO « SÉOV » Kal t6 « C,T\ UICoSeÇ »,

àc|>avt£ouaa b tl voeî, f\
Se TtaXaià àucf>6T£pov SrjXoî S (ioù-
XETai Toôvoua.
EPM. ricoç XÉyEic; ;

Zft. 'Eyco aot âpco. Oîa8a 8tl ot naXaiol ot TJ^ÉTEpoi


tco tcoTa Kal tco SeXto eu uàXa E^pcovTO, Kal oô)( fJKiOTa

e 3 àîzavxayou W || l\ ôpQoxaxov av sI'tj


W l| (EouXa7;xepouv Tb :

-Jtxipouv BWt |î 7 à6r]vàa; B :


-vaç TW 418 a i
(3o'jXa;:xepouv T :

W W
||

jcrépow BWt a èyoS T 3 xouvojaoc 7 ;:poaxi0Evxeç evtot


W
|] || j|

W
||

8 r
pro xai b 1 otov xe xai ||
a àvs|AVTÎa0Y]v TW
-(jlvtj<j6t)V
:

W
t
||

B |j
5 àaçdxepa tW (sed in ov supra a) || 9 xw itoxa xai xai SéXxa
BW : xw i xai xcp ô T || f^xtaxa ye W,
418 c CRATYLE io3
1
c qui conservent plus que nous l'ancien parler Aujourd'hui .

on remplace l'i par ï'é ou l'ê et le d par le z, comme ;

ayant évidemment plus grand air.


Hermogène. —
Comment cela ?
Socrate. —
Par exemple, dans les temps les plus reculés
on appelait le jour himéra ou hêméra, tandis qu'aujourd'hui
on dit hêméra.
Hermogène. —
C'est exact.
Socrate. —
Or sais- tu bien que, seul, cet ancien nom
exprime la pensée de l'auteur ? C'est parce que les humains
d éprouvaient de la joie à voir la lumière sortir de l'obscurité
et la désiraient Qiimeïrousin) qu'on a fait le mot himéra

(désirée).
Hermogène. —
Apparemment.
Socrate — 2
Aujourd'hui il a reçu une forme pompeuse et
l'on ne peut plus comprendre ce que veut dire hêméra.
Toutefois, selon certains, c'est parce que le jour appri-
voise (Jiêmèra
poiéï) qu'il a été appelé ainsi.
Hermogène. —
C'est mon
avis.
Socrate. — Quant au joug (zugon), tu sais que les anciens
3
lappelaient duogon .

Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —
Si zugon n'indique rien, le nom de duogon

e a justement donné aux deux animaux attachés pour


été
conduire (duoïn... agôgên) mais aujourd'hui on dit zugon.
;

Et il a une foule d'autres cas du même genre.


Hermogène. —
Apparemment.
Socrate. —
C'est de même, tout d'abord, que le mot

dèon, ainsi prononcé, a un sens contraire à tous les noms qui


concernent le bien car l'obligatoire (dèon), qui est une
;

forme du bien, a l'air d'être une chaîne (desmos)el un obsta-


cleau mouvement, comme s'il était frère du nuisible (bla-

bèron).

un prélude qui en annonce une série d'autres plus compliquées encore.


i. Cf. Gicéron, De orat., 12 « Facilius mulieres incorruptam
:

antiquitatem conseruant, quod, multorum sermonis expertes, ea


tenent semper quae prima didicerunt » .

a. Cf. 4i4 c ("cpaytoôsiv).

explique l'étymologie de £ jyoç


-

3. L' Etymologicum magnum, s. v.,

par Buayo? .
io3 KPATTAOS 418 c

at yuvaÎKEÇ, atTiep ^àXurta xfjv âp^alav <J>a>vfjv aco^ouai. c


NOv 8è àvxl \xkv xoO taxa f\ eT f) ?JTa ^ETaarxpÉcpouaiv, àvxl
8è xoO SÉXxa ^f)ia, cbç 8fj UEyaXoTtpETTÉaxEpa ovxa.
EPM. nôc;S/| ;

ZO. OTov oî yèv àp\ai6xaxoi « t^iÉpav » xfjv f^Épav


EKàXouv, oi 8è « âuépav », ot Se vOv « ^uépav ».
EPM. "Eaxi xaGxa.
ZO. OîaGa o3v 8xi u6vov toOto SrjXoî x6 àp^atov
o'vau.a xf]v Siavotav xoO Beuévou ;
8xt yàp aauÉvoiç xoîç

àvSpcbTTOLc; Kal tjiEtpouatv ek xoO ok6xouc; x6 <Jjqç lyi- d

yvEXo, xauxfl <av6uaarav « î^iépav ».


EPM. 4>atvExai.
ZQ. NOv 8é y£ XExpayQSrjuEVov ou8' av Kaxavo^craiç 8
il (SouXExai t)
« T)uÉpa ». Kalxot xivèç otovxai, à>ç 8f) f\

fjuEpa TioLEÎ, Sià xaOTa ovouàaSai auxfjv ouxoç.


f\\ié.pcL

EPM. AokeÎ JlOl.


ZO. Kal x6 yE « £uyèv » oîa8a 8xi « Suoyèv » ol TtaXaiol

l<àXouv.
EPM. nàvu yE.
ZO. Kal xo fciév yE « £uy6v » oôSèv StjXoî, x6 8è tolv
Suolv EVEKa tt]ç Sécecùç lç xfjv àycoy^v ETtov6uaaxai e
« Suoyov » SiKaicùÇ' vOv 8è « £uy6v ». Kal &XXa Ttà[rnoXXa
ouxcoç ev^ei.
EPM. <l>aiv£Tai.
ZO. Kaxà xaGxa xolvuv TTpSxov uèv t6 « Séov » ouxco

XEy6^iEVov xouvavxlov arniatvEi xoîç TiEpl xo àyaBov Tiacri

ôv6uaaiv àya8o0 yàp t8éa ouaa x& Séov <j>alv£xai 8Eaji6ç


EÎvai <al KÔXujia cj>opâç, ôSariEp à8EXc|>8v Sv toO (iXaÔEpoO.

C i awÇouot B : oto- TW ||
2 twia r] R r)
r'.a BW : c
r]
f t] t] T ||

3 ÔéXxâ pjW BW : 8 £ T ||
6 01 8s
ifxe'pav
W ||
8 touto BW : toutwv
T D 9 àsjxévotç B : àa- TW d a tjjipav t :
rjue'pav B et ut uid. T
ctjv fijjLepav W D 5-6 tj fjfxépa f^aeca BT :
rjuipa
f]u.spa 7 lait rj
W ||

xaijTa W
pro Boxeï jxot 8 /.ai xdv ys W $uayôv J. G. Schneider ex
W
JJ j|

Etym. Magn. s. v. Çuydç ||


6 1 evexev (sed a supra ev) || 8 ov om. B.
V. 2. - 11
418 e GRATYLE io4

Hermogène. — en a tout à
Il Socrate. fait l'air,
Socrate. — Mais pas tu prends l'ancien nom, qui appa-
si

419 a remment était beaucoup plus juste que le nom actuel il :

s'accordera avec les biens déjà mentionnés 1 , si tu remplaces

par l'i comme autrefois ; car dion (parcourant), et non


2
l'é

dèon (enchaînant), désigne à son tour le bien, qui est traité


avec éloge. Et ainsi l'auteur des noms n'est pas en contra-
diction avec lui-même :
obligatoire, utile, profitable, lucratif,
bon, avantageux, facile semblent être la même chose ; sous
des noms différents ils signifient que ce qui ordonne et qui va
est célébré en tous lieux ce qui arrête et enchaîne, blâmé au
;

b contraire. Voici notamment dommageable (zêmiôdés) rem- ;

place, suivant l'ancienne prononciation , le z par un d, et


3

le nom te paraîtra s'appliquer à ce qui entrave la marche


(doun to ion) sous l'appellation de dêmiôdés.
Hermogène. — Et plaisir, douleur, désir, et les noms du
même genre, Socrate?
Socrate. —
Ils ne me paraissent pas très difficiles,

Hermogène. Pour hêdonê tendance à


(plaisir), c'est la
la jouissance (hê onêsis)
qui semble porter ce nom, mais le d y
a été inséré, si bien qu'on dit hêdonê au lieu de hêonê lupê ;

(douleur) paraît avoir tiré son nom de la dissolution (dialu-


c

sis) physique que le corps éprouve en cet état. Ania (chagrin)


est ce qui empêche le mouvement (an iénaï). Algêdôn (peine)

m'a l'air d'un nom étranger 4 tiré de algéïnos (pénible). Odunê
,

(souffrance) doit son appellation, semble-t-il, à la pénétra-


tion (endusis) de la tristesse. Quant à akhthêdôn (affliction),
le
premier venu verra figurée dans ce nom la pesanteur qui
alourdit le mouvement. Khara (joie) semble ainsi appelée

d'après Yeffusion (diakhusis) et la facilité du cours (rhoê) de


l'âme 3 Terpsis (agrément) vient de terpnon. Et terpnon
.

i. Qui tous marquaient le mouvement.


2. Aiôv, c'est-à-dire §>.i6v.

3. Voir plus haut, 4i8 b c.

A C'est-à-dire, suivant une façon de parler déjà vue, étranger à

l'attique. 'Alyrfîtnv paraît être en effet un mot ionien et poétique,


bien que Platon l'emploie lui-même en plusieurs endroits.
5. L'étymologie est particulièrement contournée. Socrate rattache
la première partie du mot à yioi (verser, répandre), et la deuxième
à po7j.
Les anciens estimaient que l'âme est détendue par la joie,
tandis qu'elle est contractée par la tristesse.
io4 KPATYAOS 418

EPM. Kal L^àXa, S Z&KpaTEÇ, oôtcù cpalvETaL.


S
Zfl. 'AXX oôk làv t& àp^aio ôv6^aTt XP?1> 8 ttoXù
3
ll&XXov elk6ç iaxtv ôp8coç KEÎa8aL fj
t5 vOv, àXX ôlujXo- 419

y/ja£u tolç npôaSEv àyaSoLÇ, làv &vtI toO eÎ to tÔTa àrto-


3
SlScoç,ôanEp to naXaiov Siov yàp aS arj^atvEi, AXX oô
8éov, Tàya66v, frrtEp 8f] ETtaLVEÎ. Kal oÏJtcù oôk IvavTLoOTaL
aÔTÔç aûxcù ô ià Ôv6^axa tlSeljlevoç, àXXà « 8Éov » Kal
« axpÉXiLjLov » Kal « XuqlteXoOv » Kal KEpSaXÉov » Kal
«

« àya86v » Kal « £mi<f>Épov » Kal « EÔnopov » t6 aÔTO


<J>alvETaL,ETÉpoiç ôvéLiaai arj^iaîvov t8 SiaKoajioOv Kal tov
Tiavxa^oO lyKEKCûLuacrLiÉvov, t8 Se ïctxov Kal SoOv ipEyé- b
ljlevov. Kal 8f) Kal to
« £t)lu6ù8eç », làv KaTà t^jv
ap^alav
<{>covf|V âttoSôç àvTl toO £f]Ta SÉXTa, <f>av£ÎTal aot KEtaBai
t6 ovoLia ettItô SoOv tl tô tô" v, âiTovoyaaGèv « 8rj luoùSeç » .
EPM. Tl Se 8f) « r)8ovf] » Kal « Xi!mr) » Kalcc ImBu^la »

Kal Ta TouxOTa, S Za>KpaTEÇ ;

c
Z£l. Où nàvu xaXETtà fcioL cJ>alvETau, S Ep^6yEVE<;. "H
te yàp «
rjSovfj », f\ Ttpôç Tf)v Bvrjaiv eolke TElvouaa

TTpa^tç toOto e^elv tô Svouia tô SéXxa 8è lyKELTai, &gte —


« fjSovf) » àvxl « fjovfjç » KaXEÎTai f^
te « Xtinr) » àirô C —
tt^ç StaXiùaECû ç toO ctoluxtoc; eolkev ETrcovo^àaSat fjv èv
toûtcû ïa^Et t6 aÔLia. Kal fj yE « àvla » tô
t$ ttoiSel

elltio8l£ov toO levai. H 5è «àXyrjSov » £evlkôv tl (palvETal


e

poi, àno toO àXyEtvoO ôvoLiaaLjiévov. « 'OStivn, » Se à-nô

TfjÇ IvSÙCECûÇ TÎ^Ç X^TTT^Ç K£KXï]LlÉVT] EOLKEV. « 'A^r^V »

Se Kal navTl SfjXov àTtr|Kaaji£vov tô SvoLia tô Tfjç <J>opôç

(iàpEL. « Xapà » 8è Tj| 8La)(iJaEL Kal Eunopla Tfjç jSofjç

6 10 làv — yj37)
B : èv — -^p^ T jj
419 a 2 êî B : ë T é b j|
îwxa
B : t T |j owco8i8cjii
b :
-8i'8coç BT ||
3 8iôv T et in marg. b : 8iaïov B
8iaïôv b 8uov Heindorf l|
au om. T |j
A §h B : àel T ||
6 xep8aXe'ov
Tb : B 8 fôv Bekker ov B ov T b 3 ÇîJTa UXxa B Ç 8 T
-8àXeov ||
:
||
:

||
B (corr. b) 5 8e B 8ai Tb g 8&xa B 8 T c i rjovTJç
.patvexat ||
:
j|
:
||

B: îjdvrjaiç T ouxw; ovri<jiç in marg. b a lîctovoijLàaOat T -(J.aa6î)vat


rj ||
:

B Stallbaum pro ^v
|| 5)
6 xexXiqtxsvT) BT et statim (primum tamen
||

xexXrj|jiivr)
fortasse T) :
-ij.£vr] Heindorf.
41 9 d CRATYLE io5

d (l'agréable) tire cette appellation de ce qu'il se glisse (herpsis)


à travers l'âme, assimilé à un souffle (pnoê) ; il serait à bon
droit nommé herpnoun, mais avec le temps il a été déformé
en terpnon. Euphrosanê (gaîté) se passe d'explication : tout le
monde voit qu'elle a reçu son nom du mouvement de l'âme bien
accordé (eu sumphéresihaï) à celui des choses. Ce nom serait

euphérosuné en bonne justice pourtant nous l'appelons euphro-


;

sanê. Épithumia (passion) non plus n'est pas difficile la force :

qui tend vers le principe irascible (épi ton thumon ïousa) lui a
e évidemment valu ce nom. Thumos (principe irascible) doit
tirerson nom de l'impétuosité (thusis) et du bouillonnement
de l'âme Voici d'autre part himéros (désir) : il a dû son
'
.

nom au courant qui entraîne le plus puissamment l'âme ;


420 a comme il coule avec impétuosité (hiéménos rhèï) et à la poursuite
(éphiéménos) des choses, et qu'ainsi il attire fortement l'âme
par rimpétuosité de son cours, c'est en vertu de toute cette
puissance qu'il a été appelé himéros. Passons maintenant à
pothos (regret) son nom indique qu'il n'appartient pas
:

au [désir et courant] présent, mais à ce qui est quelque part


2
(pou) ailleurset absent, d'où la dénomination de pothos donnée
à ce qu'on appelait himéros quand son objet était présent ; lui

disparu, ce même sentiment a été nommé pothos. Quant à érôs


b (amour), c'est parce qu'il coule en l'âme du dehors, et que ce

courant, au lieu d'appartenir en propre à celui qui l'éprouve,


s'introduit de l'extérieur parles yeux 3 qu'il était anciennement
,

*
appelé esros, de esrhéïn (couler dans), car nous employions o
à la place de ô aujourd'hui on l'appelle érôs par changement
;

de o en ô. Mais que te reste-t-il à proposer à notre examen?


Hermogène. —
\J opinion et les noms de ce genre, que t'en
semble ?
Socrate. —
Doxa (opinion) a dû son nom soit à la pour-
i. Cf. Timée, 70 b sq.
2. Ou plutôt 7:06t.

3. Gomp. Phèdre, a5i b, où Socrate décrit l'effet produit par la


vue d'un beau visage ou d'un beau corps sur « celui qui a été initié
depuis peu, ou qui a beaucoup contemplé » dans le ciel « Quand il :

a reçu par les yeux les effluves de la beauté (roù xàXÀou$ ttjv

à-opcorjv), il s'échauffe, etc.» Cf. Euripide, Hippolyte, 5a5-6 :

« Éros, qui par les yeux distilles le désir... »


4. Le texte dit: nous employions ou. (Voir 4i6 b, 4n e, note).
Sur cet usage de l'ancien alphabet attique, cf. 4 10 c et note.
io5 KPATYA02 419 d

Tf)Ç IpU^fjÇ EOIKE KEKXrj^ÉVT|. «


TÉpijnÇ » SE aTl6 ToO d

TEpnvoO' to 8è « TEpTiv6v » àn6 Tfjç 8ià i?\ç ^w^fjç


ipipECùç TTvofj àTtELKaaGèv KÉKXrjTai, ev oIkt\ ^ièv av
<(
EpTIVOUV » KoXoÛ^LEVOV, ÛTtÔ )(p6vOU 8è « TEpTTV&V »

naprjYtiévov. « EuûJ>poaùvr} » Se ouSèv TipoCTÔEÎTai toO 8i6ti


£r|8f|var TiavTl yàp SfjXov 8tl à-nb xoO eS tolç Ttpày^aai
ti*)v
u
if X^
v ^u^i(J)ÉpEa8aL toOto IXaÔE xô Svoua, « eugJ>e-

poauvr|v » tô y£ S'iKaiov b\xcaq 8è aùxo koXoOjiev « EÙcppo-


auvrjv ». Ouô' « ETuBu^ia
^oXeti6v » tt] yàp ettI tov
8u^ôv îoùarj Suvà^iEi SrçXov otl toOto EKXf)8r| to bvojia. 6

c ©u^iôç » 8è ànô Tfjç 8ùctecûç Kal £écteco<; xf]ç ipu^ç


I)(ol av toOto to ovo^ia. 'AXXà \x1\v « Xpcpôq » yE t$ \x6l\i-
axa eXkovti xfjv vpu^v p& ETTCùvo^àaSï]* 8xi yàp îé^levoç 420a

pEÎ Kai ecJ)1£^£vo<; xôov Tïpay^dTCùv, Kal ouxco Bï)


èmcrn&
acj>o8pa x^v ipu^v Stà xf)v iaiv xfjç pofjç, àno xaùxrjc;
ouv Ttàarjc; xfjç Suvà^ECùÇ a t(AEpoç » EKXfjSrj. Kal yifjv

« tt68oç » au arjuatvcov ou toO napévxoç sîvai


KaXEiToti

[t^iÉpou te <ai p£Ùu.axoç], àXXà xoO aXXoGi ttou Bvxoç


Kai &tt6vtoç, 88ev « tt68oç » ETtcùvô^aaxai Sç x6xe, 8xav

Ttapfj oS xiç IcJjIeto,


« t^iEpoç » ekoXelto -

àTtoyEvo^iÉvou 8è
ô auxoç oCxoç « tt68oç » EKX/)8rj. « "Epax; » Se, 8xl èapEt
e£co8ev Kal ouk olKEta iaxlv fj j$of| aôxr) xô I)(ovxi, àXX'
b

ETtElaaKToç 8ià xâv ôu.u.àxcov, 8ià xaOxa àno xoO èapEiv


« tfapoç » x6 yE TtaXaièv ekoXeîxo x<£ yàp oS àvxl xoO S

è)(pG>u.£8a vOv —
8' « Ipoç »
KÉKXr|Tai 8ià xf)v xoO où àvxl
xoO oS u.£xaXXayr)v. 'AXXà xl exi ai) XéyELc; ô tl aKOTtû^EV ;

EPM. « A6£,a » Kal Ta ToiaOxa Ttfj


ctol <|>a(vETat ;

ZO. « A6£,a » 8f) fjxoL Trj Sioocveu ETTCov6^aaxat, îjv f\

d 3 ép^cto; B et man. rec. W :


-csp-
T et primit. W 7îvof} man.
rec. W :
-tfj || 4 i'pîîvouv B :
ep7cvouv T ïpnvov W ||

7 eùçepoffiSvr v
W
|| (

Bekker :
eùçpoauvr,v B eù<pspoaûvrj èsspwauvTj T eùçsptoauvri bt ||

420 a 6 tfiipoo T6 xat psyti-a-coç secl. Ast || 7 ôvdjxa-coç supra xaî b


Il9 lape? BW : eta- T b 3 eapou; primit. b
||
ou B ô ||
: TWb ||

5 ôû B ô : TWb D au (uel au) Heindorf : où {{ 7 9 Ast pro ^v.


420 b GRATYLE 106

suite (diôxis) que mène l'àme, cherchant à savoir la nature des

choses, soit au coup parti de l'arc (toxon). C'est plutôt, sem-


c ble-t-il, cette explication
1
En tout cas, la croyance (eïêsis)
.

s'accorde avec elle. C'est en effet l'élan (oïsis 2 ) de l'âme vers

l'objet, pour connaître la qualité de chaque être, que le nom


parait indiquer, de même que la volonté (boulé) désigne le
jet (bolê) et que boulesthaï (vouloir) signifie éphiesihaï (tendre
vers) comme aussi bouleuesthaï (délibérer). Tous ces mots, à
de doxa, semblent figurer le jet (bolê), de même
la suite

qu'inversement Y irréflexion (aboulia) parait être le fait de


manquer le but (atukhia), en tant que l'on ne frappe (ou
balon) ni n atteint (ou tukhôn) ce qu'on cherchait à frapper, ce
qu'on voulait, l'objet d'une délibération et d'une aspiration.
d Hermogène. —
Tu te mets là, Socrate, il me semble, à
accumuler les explications !

Socrate. —
C'est que l'inspiration de la divinité touche
à sa fin 3 En tout cas, je veux encore expliquer le nom
.

d'anankê (nécessité) —
car il fait suite à ceux-là et celui —
d'hékousion (volontaire). Pour hèkousion, c'est ce qui cède
et ne résiste pas, mais, je le répète, cède au mouvement

(éïkon tô iontî),

j'entends : le mouvement volontaire
* —
qui doit avoir été désigné par ce nom. Le nécessaire (anan-
kaîon) et le résistant, étant contraire à la volonté, concer-
nera l'erreur et l'ignorance ; il est assimilé au trajet par
e les ravins (ankê), où des endroits difficiles, raboteux et touf-
fus arrêtent la marche 5 C'est de là, sans doute, qu'il a tiré
.

son appellation d'anankaïon, ayant été comparé à un trajet


par le ravin. Mais, tant que nous avons la force, ne la lais-
sons pas relâcher. Toi-même, tiens bon et questionne.

i. C'est-à-dire la seconde, comme le montre la suite.


2. Platon forge le mot d'après oIito; (trait), en le tirant de oipo>
(oiaw).
3. Cette phrase a été entendue de diverses façons par les commen-

tateurs, et l'on a proposé des corrections. Malgré la concision de la


formule, le sens paraît clair. Socrate veut dire qu'il sent arriver à
son terme l'inspiration divine» que lui a communiquée Euthyphron.
4- Or Socrate a expliqué un peu plus haut {3o-jXr[ (volonté) par

poXr] (jet), rattachant ainsi cette notion à celle du mouvement.


5. 'Avayxr,, c'est la nécessité, qui contrarie l'élan de la volonté,
donc le mouvement. Socrate l'explique par àva (le long de) et Syxtj
(ravins).
io6 KPATYAOS 420b

ty^Xh SidbKouoa t6 ElSÉvaioTtfl exe». TaTupàyiiaTa TtopEÙETai,


ànô toO t6^ou froXfl. "Eoike 8è TOUTE}) u.&XXov. H
e
fj Trj

yoOv « oïrjaiç » tout© auu.({>cov£Î.


a Oîaiv » yàp Tfjç i^u^ç C

ettI tô Trpayu.a, oî6v taTiv EKaaTov tqv ovtcùv, Sr|Xoûar)

TTpOaÉOLKEV, CùOTtEp y£ Kal « (SouXl 5


» TTCÛÇ TfjV fr OX ^V ,
Kal
f} )

tô « |JoùXe<j8<xi » t6 E(|HEa8ai arjiiaivEi Kal (to) « [JouXeu-

Eo8ai»' TtàvTa TaOxa 86£t] ETtéu-Ev' &TTa c[>alv£Tai Tf]ç

Xfi, <; aTtEiKàa^axa, ôonEp


[io aS KalTouvavTiov f\ « àBouXla »

oTU)(io SokeÎ EÎvai, côç où ftaXévToç ouSè tu)(6vtoc; o\5


lôaXXÉ te <al o eôoùXeto Kal TtEpl ou e6ouXeùeto Kal oS

E(|H£TO .

EPM. TaOxa u.01 SokeÎç, éo &


fjôrj ZcoKpaTEÇ, TtuKVÔTEpa
ETtàyEiv.
ZO. TéXoç yàp fjSrj
8eco. « 'Avày^v » 8' oSv etl (iou-

Xoiiai SiaTTEpavai, oxi xoùxoiç eE^ç ectxi, Kalxô « ekoùcxiov ».

Tô u.èv o8v a EKoùaiov », tô eÎkov Kal u.f| àvxiximoGv, àXX',

ôoTtEp XÉyco., eÎkov tô Î6vtl 8E8r|Xcou.Évov av elî)


xouxco
t£> Ôv6u.axi, tô KaTà xfjv frouXrjaiv yiyvo^EVCd' tô Se a àv-
ayKatov Kal àvxlxuTtov, Ttapà xf)v (iouX^atv 3v, tô TtEpl
»

xfjv aiiapxuxv av Eir| Kal àu.a8lav, àTtr|Kaaxai Se xfj KaTà


Ta ayKT) oxi Sûanopa Kal xpa)(Éa Kal Xàaia Svxa e
Trops'ia,

ïa^Ei toO levai. 'EvteOSev oSv àvayKaîov », ïacoç EKXr)8rj «

tt]
8ià toO ayKouç ànEiKaaSèv TTopEia. "Ecoç 8è TràpEaxiv

f\ pcou.ïj, \xr\
àvicoiAEv atJTrjv àXXà Kal crû iif] àv'iEi, àXXà

Ipcoxa.

b 8 "6 BW
xou T 9 touxw T
: touto C i oïatv yàp in : BW
||

marg. t otsstv icrtoç yàp B efotv yàp T olcuv latoç yàp


: oiasiv
||

W
l'acoç yàp (interpunct. deleta) in marg. b a xô rcav T 3 xios BW :

Hermann rpôç 4 tô add. Heindorf 5 xfj 80Ç7]


:
||
6 fiokriç T
j|

W ||

W
jj ||

{Bou- BW 7 paXdvxo; B et sine accentuT: jBaXXov- oùc>è xuy/a-

W W
j| ||

oy T ouV B oux b S
'

vovxoç jj
: 8 ïSaXXé Te Bekker E&ftXctfl ||
:

BT ir.zUkki.xo W ||
BW : ou T (I
d 3 06w TW : 0sw B (punctis
in marg. uitium indicare uoluit b) 8 ivritunov T: àvxtTU7iouv ||
BW
Il9 âx^xttatoi T dbcc(- : BW
xaxà rà àyxT) b et yp. in marg. ||
W :

xaxà àvàyxrjy BT /.atavayxrjv e 4 àvtâijjLSV W


-{totJLSv T àvi'ei ||
BW :
||

TW :
-tî|
B -iTj b.
421 a CRATYLE 107

421 a Hermogène. — Ma question va donc porter sur les noms


les
plus importants et les plus beaux, sur la vérité et le men-
songe, sur l'être, enfin sur l'objet même de notre entretien,
le nom. Pourquoi est-il ainsi nommé ?

Socrate. Voyons, est-il une chose que tu appelles
maïesthaï ?
Hermogène. — Oui, rechercher.
Socrate. — Eh bien, ce nom semble forgé d'après une pro-
position disant que le nom (onoma) est Y être sur lequel porte la
recherche. Tu le reconnaîtras encore mieux dans ce que nous
appelons onomaston (ce qui est à nommer). Car ici l'ex-
pression est claire il s'agit de Vêtre qui est objet d'enquête (on
:

b hou mâsma). Alêtheïa (vérité), à son tour, ressemble aux


autres noms, et paraît être un composé c'est le mouvement ;

divin de l'être qui semble désigné par cette locution, alêtheïa,


entendue comme une course divine (aie Ihêïa). Pseudos (men-
songe ) est l'opposé du mouvement nous voyons encore ;

revenir les injures adressées à ce qui est arrêté et contraint


de rester en repos il a été formé par comparaison avec les
;

gens endormis ([kath]eudousî), mais l'addition du ps cache


le sens du nom. On (être) et ousia (essence) disent la même

chose que alêthés (le vraî), en prenant l'i ; être, en effet,


c signifie allant (ion), et non-être (ouk on), à son tour, comme

l'indique le nom que certains lui donnent, veut dire n'allant


1
pas (ouk ion) .

Hermogène. — Ces analyses, Socrate,


e n ) s
^
.î .? tu me semblés poursuivies avec
les avoir
la plus grande vaillance. Mais si l'on

demandait, à propos de ion (ce qui va), rhéon (ce qui coule),
doun (ce qui enchaîne), quelle est la justesse de ces noms?
Socrate. —
Que répondrions-nous, veux-tu dire? N'est-ce
pas?
Hermogène. Parfaitement. —
Socrate. —
Eh bien, un expédient 2 que nous avons fourni
tout à l'heure peut donner quelque apparence à notre ré-

ponse.

1. Pour l'oreille, ovx fov se confond avec oyxi (forme ionienne de


la négation) ov.
a. Sur cet « expédient », voir 409 b.
io 7 KPATYAOS 421a

EPM. 'EpoTÔ 8f]


t<x uÉyicrra Kal xà KaXÀioTa, Tf|v te 421 a
« àXrj8ELav » Kal tô a ^eOSoç » Kal to « 8v » Kal auTÔ
touto TiEpl o vOv é X<$yoç fiu.îv Èaxiv, « 8voLia», ÔV S tl tô
Svoua e^el.
IO. M a le a8 ai ouv koXeÎç ti ;

EPM. *EyG>y£, to ye £t]teîv.


Zfl. "Eoike toIvuv ek X6you ôvéuaTt oruyK£KpoTr|u.Év(j>,

XéyovToc; oti toOt* eotiv 8v, oS Tuy^àvEi frfjTr)ua, tô


« bvou.a ». M&XXov av aÙTÔ yvolrjç ev Ç XéyouEV tô
Se
« ovouaaxov »• IvTaGSa yàp aac^Gûç XsyEi toOto EÎvai o v o 6
u.àau.a èaiiv.
C
H Ô° ce
àXf|8£ia », Kal toOto toîç aXXoiç
b
eoike a\>yKEKpoTf]a8ai-f\ yàp
8£la xoO ëvxoç <|>opà eoike

TtpoaELpfjaSat touto xw jSfjuaTi, Trj « àXr|8Eta », â>ç Ssla


ouaa aXr|. Tô Se « ijjeOSoç » TouvavTiov Trj <J>opS TiàXiv #

yàp au Xoi8opoùu.£vov tô Io^6u.evov Kal tô àvayKa£6-


fJKEi
lievov T^<ju)(à^Eiv, aTtr)KaaTai Se toîç KaGsûSouai' tô \\>sï
ÔÈ TTpoayEVOU.EVOV ETTLKpÙTTTEL xf]V frouXrjCJlV TO0 ÔVOLiaTOÇ.
Tô ôè « 8v » Kal f\ « ouata » ôuoXoyEÎ t$ àXr|8EÎ, tô lôxa
ànoXaôév lôv yàp arju-alvEi, Kal tô a ouk 8v » a3, &q tlveç C

Kal ôvou.à£ouaiv auT<5, « ouk Î6v ».

EPM. TaO-ra u.év u.oi Sokeîç, o ZcbKpaTEÇ, àvôpEiQÇ


nàvu SLaKEKpoTrjKEvaL' eI ôé tiç IpoLTo toOto tô « tôv » Kal

TÔ « £ÉOV » Kal TÔ « SoOv », TLVa E)(Et èpQ6iT\ia TaOTa xà


ôvou.aTa —
ZH. Tl av auT$ aTTOKpivalu.E8a, XéyEiç ; îj yàp ;

EPM. nàvu u.èv oSv.


ZQ. °Ev u.èv tolvuv apTi ttou ETtopiaàuESa, qote Sokeîv
TL XéyELV àTIOKpLV6u.EVOL.

421 a 2 xat xô ôv om. B add. b j|


3 o man. rec. Laur. 85, 6 : wv ||

5 xi W 6 y£ om.T io 6v ou ua7|xa êaxtv Buttmann : ôvd u.a?[j.a èoxtv


W
|| || 4 l

b i xouxto
(sed o supra io) i auyxexpoxrjaôou secl. Hermann || ||

W
||

3 7rposipîja6ai 4 âXr, B 12 om. BT àXTjv W.pro ~aXiv ||


|| |j
Wt :
||

6 krcQxaoxai scripsi (cf. supra): -etxaaxat ij/t


T 8 îwxa BW :
||

W
j| <]>

BW : t T H C 2 où/. ?ôv BT : oJxïov 4 Ipoixo BW : as ïpotxo T


W jj ||

au xouxo || ioxt T: xt'BW.


421 c CRATYLE 108

Hermogène. — Quel expédient ?

Socrate. — Celui qui consiste à attribuer un caractère


d barbare à ce que nous ne connaissons pas. Peut-être y a-t-il
vraiment en eux un caractère de ce genre peut-être aussi ;

l'ancienneté l des noms primitifs les rend-elle impossibles à dé-


couvrir. Gomme les noms ont été retournés en tous sens 2 ,
rien d'étonnant si l'ancien parler, comparé à celui de nos

jours, ne diffère aucunement d'une langue barbare.


Hermogène. — Ton idée n'a rien de déplacé 3
.

Socrate. — C'est qu'elle est naturelle. Cependant les


excuses ne me 4
paraissent pas recevables en la cause , et il
faut s'efforcer d'examiner les choses à fond. Réfléchissons
donc suppose que les locutions qui servent à former le nom
:

e fassent chaque fois l'objet d'une question, et qu'à leur


tour les parties dont les locutions sont formées suscitent
une enquête, et ainsi de suite sans répit. Celui qui répond
ne doit-il pas nécessairement finir par quitter la place?
Hermogène. — C'est mon avis.
Socrate. — A quel moment celui qui quitte la place
422 a aura-t-il le droit de s'arrêter ? N'est-ce pas quand il en sera
à ces noms qui sont, pour ainsi dire, les éléments du reste,
phrases et noms? Car ceux-là ne doivent plus apparaître
comme composés d'autres noms, s'il en est ainsi. Voilà par
exemple agathon (bien) nous le disions tout à l'heure
:

composé de agaston et de thoon


5
le mot thoon, nous pour-
;

rions sans doute le tirer de noms différents, et ceux-là, d'au-


tres encore. Mais si nous venons à prendre ce qui n'est plus
h composé de noms différents, nous aurons le droit de dire

que nous sommes arrivés à un élément, et que nous ne de-


vons plus le rapporter à d'autres noms.
Hermogène. —
Ton idée me semble juste.
Socrate. — Les noms sur lesquels porte en ce moment ta

i. On a vu que ce genre d'explication a souvent été mis en avant


par Socrate.
a. Voir plus haut, l\il\ c.
3. Pour le sens de anà rpo'-ou, comparer Phèdre, 278 d, etc.

4. Allusion aux excuses (axrj^stç) qu'alléguait un témoin cité en

justice pour ne pas se présenter devant le tribunal. L'expression


« Ce débat
paraît être proverbiale. Cf. Aristophane, Acharniens, 892 :

n'admettra pas d'excuse » (axrjiiv àywv c-uto; oùx etaBiÇexat).


5. Voir 4i2 c.
io8 KPATTAOS 421 c

EPM. Tô tcoîov toûto ;

ZQ. <l>àvai, o &v \jl1) yiyvcùaKCûjiEv, (Sap6apiK<5v ti toOt'


EÎvai. Eïrj u.èv oSv ïa(oç av ti t{} àXr|8eta Kal toloOtov d

auTÛv, Eirj 8è Kav uttô TtaXai6Tr|Toç Ta Ttpôxa tqv ôvou.aT<av


àvEupETa EÎvai- Siàyàp to TtavTaxf} aTpé<|>Ea8aiTà ôvépaTa,
ouSèv 8aupaaT6v av EÏr)
eI f)
TtaXatà <J>covf) irpôç Tfjv vuvl

3ap6apLKÎ)c; u.r|S£v 8iac|>ÉpEi.


EPM. Kal ouSév y£ &tt6 TpôTtou XéyEiç.

Zft. AÉyco yàp oCv eikôto. Ou u.évtoi u.01 SokeÎ Trpo-

cfxxCTEic;
àXXà Ttpo8u^r|TÉov xaOTa SiaaKÉ-
àycbv 0£)(Ea8ai,

ifjaoBai. 'Ev8u^ir|8co^EV 8é, eT tiç asl, 8i' 5v âv XÉy^Tat t&

ovojia, EKEÎva EprjaETai Ta pr)u.aTa, Kai a38iç au Bi Sv e


av Ta pf)u.aTa XE^8fj, EKEÎva TtEÙŒTai, Kai toOto \xi\ Ttau-
asTaiTtOLCùv, ap' ouk àvàyKr) TEXsuTSvTa omEiTTEÎv t8v oitto-

Kptv6^iEvov ;

EPM. *Eu.oiyE Sokel.


ZO. FI6te ouv aTTELTicbv ô à-nayopEucov SiKalcoç TïaûoiTo 422 a
3 3
av ; &p ouk etteiSAv eti ekeLvoiç yÉvrjTai toÎç ôv6^aaiv, S
oanEpEl aToi^EÎa tôv SXXcûv egtI Kal X6ycov Kai ôvo^àxcùv ;

TaQxa yàp ttou oôketi S'iKaiov (f>avf)vai IE, ocXXcov ôvou.àTcov


£uyK£lu.£va, âv o&tcoç EXÏ1-
O^ ov v^ v Sf)
to « àyaSôv »

I<|)a^EV ek toO àyaaToO ^uyKEÎaBai, x6 Kal ek toO 800


Se « 8oôv » l'acoç c|>aîu.Ev av è£ ETÉpcav, EKEÎva Se !£, &XXcov
àXX' làv TTOTÉ yE Xà6cûU.EV 8 OUKETl EK TCVOÙV ETEpCDV b

£ûyK£iTat ôvo^iaTcùV, SiKalcoç Sv <J>aî^i£v ettI oioiyziq te


fjSrj
EÎvai Kal oukéti toOto ^u.Sç Seîv elç aXXa ôv6^iaTa

àvacpépEiv.
EPM. "Eu-oiyE SokeÎç ôp8coc; XéyEiv.
3
ZO. *Ap oQv Kal vuv S.
IpcoTfiç Ta ôvé^iaTa aTot^EÎa

C 12 av TW : èàv B yivojaxoiixev W tl om. T d 1 ouv ora. W


W W
|| || j|

3 àvsp£uvT)ia d 4 sXf\ ti b et man. recentiss. t :


eu; BT tj r]

W
i| ||

6 ye om. TW sép- B 7 Soxeiv W 8 xauxa B aùxà


|| Xe'yei;
:
|| ||
:

TW d e 1 BW av èp^astai T 3 10 B pro xôv (corr. b)


èprjaexa'.
:

av JWtuoitO W
|| |j

422 a 1 b tcoxe ys B r.oxe TW 6 a èpwTa; T:


||
1 :
||

iypoTa'.ç BW yp. àyptoTaiç t.


422 b CRATYLE 109

question sont-ilsdonc élémentaires, et faut-il par suite un


autre procédé pour examiner quelle en est la justesse?
Hermogène. —
C'est probable.
Socrate. —
Oui, c'est probable, Hermogène. En tout cas,
•C tous les noms précédents semblent se ramener à ceux-là.
S'il en est ainsi, comme examine en-
je le crois, çà, voyons ;

1
core la chose avec moi, pour m'empêcher de radoter sur ce

que doit être la justesse des noms primitifs.


Hermogène. —
Tu n'as qu'à parler. Dans la mesure de
2
mes l'examinerai
forces avec toi.
Socrate.
je

Eh bien, qu'il y ait une seule façon d'être
juste pour n'importe quel nom, du premier au dernier, et
3
qu'aucun d'eux ne se distingue des autres en tant que nom,
tu en es d'accord, j'imagine.
Hermogène. —
Parfaitement.
à Socrate. — Mais dans les noms que nous venons de pas-
ser en revue la justesse consistait à faire voir la nature de
chaque être.
Hermogène. —
Bien entendu.
Socrate. —
Ce caractère doit donc se trouver au même
degré dans les noms primitifs et dans les dérivés, du moment
qu'ils seront des noms.
Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —
Mais les dérivés, c'est, semble-t-il, au moyen
des premiers qu'ils pouvaient produire ce résultat.
Hermogène. — Apparemment.
Socrate. —
Bien. Et les noms primitifs, qui ne reposent
point sur d'autres, comment nous feront-ils voir la réalité
e avec la plus grande clarté possible, pour être vraiment des
noms ? Réponds-moi si, à défaut de voix et de langue, nous
:

voulions nous représenter les choses les uns aux autres, n'es-

1. Comparer l'avertissement donné par Socrate à Hermogène,


3g3 c ;
voir aussi [\ik e.
a. La modestie de la formule et la restriction qu'elle implique
sont justifiées. Hermogène ne fait guère qu'acquiescer aux propo-
sitions de Socrate ; en réalité, c'est Socrate seul qui depuis le début
a mené la recherche, bien qu'il associe courtoisement l'interlocuteur
à l'élaboration de ses hypothèses (v. par ex. 428 a).
3. Ou: ne l'emporte sur les autres. Voir un peu plus bas: « Ce
caractère doit donc se trouver au même etc.. » A cet égard
tous les noms — primitifs ou dérivés — degré,
sont sur le même plan.
log KPATYAOS 422 b

5vxa xuy)(àvEi, ical Seî aux&v aXAcp xivl tpéTïcp fjSrj xf|V

6p86xr)xa êmaKÉipacrSai fjxiç èaxlv ;

EPM. EtK6ç Y e.
ZO. EÎk6ç Sf^xa, S 'EpuoyEVEÇ* nàvxa yoOv <J>aivExat xà
iuTtpoaSEv eIç xaOxa àv£Xr)Xu8Évat. Et Se xoOxo ouxcûç c

I)(Et, &ç uot SokeÎ e)(elv, SEOpo <x3


auvEntoKEipai uex' luoO
la/j
xl TTapaXrjpfjacû Xéycùv otav Seî xfjv xôv Ttpoxoùv ôvoLià-

xcov 6p86xr|xa EÎvai.

EPM. AéyE u6vov, cbç 8aov yE SuvàuEooç Ttap' èuot ectxiv

auvEmaKÉipouai.
ZQ. "Oxi uèv xotvuv ula yé xiç fj Sp86xTjç Ttavx&ç
ôvéuaxoç <al Ttpoxou Kal uoxàxou, Kal oôSèv SiacpâpEi xô
Bvoua EÎvai ouSèv auxov, oîuai Kal ool ouvSokeÎ.
EPM. nàvu y£.
Zfï. 'AXXà ufjv Sv ys vOv SiEX^XùSauEv xôv Svolju&xqv d

fj Sp86xT]c; xoiaûxr| xiç eôouXexo EÎvai, ota StjXoOv oîov


fKacxév eoxl xov Svxov.
EPM. nûç yàpoû" ;

Zft. ToOxo uèv apa ouSèv fjxxov Kal xà npcàxa SeÎ ix eiv
Kal xà uaxEpa, eïttep ôvduaxa laxai.
EPM. nàvu yE.
ZO.
'AXXà xà uèv îJoxEpa, àç eoike, Sià xoov TtpoxÉpov
oîà xe f^v xoOxo àTt£pyà^Ea8ai.
EPM. «ÊaivExai.
ZO. EÎev xà 8è 8f) TrpSxa, oîç oAtiq ëxEpa (méKEixai,
xlvi xpéîicp Kaxà x6 Suvaxôv 8 xi uàXiaxa <J>avEpà fjuîv

Ttoif|CTEi xàSvxa, eTttep uéXXei Ôv6uaxa EÎvai


àn^Kpivat Se 6 ;

laoi x68e* eI <|>ovf)v ufj ei^ouev urjSè yXôxxav, è6ouX6uE8a

Se SrjXoOv àXXi^Xoiç xà Ttpàyuaxa, Sp' ouk &v, &cmEp vOv

C 8 tw B (sed -Cfo in marg. b) :w W (primit. xô ut uidet.) ||

d l vuv8t] Heindorf ||
a xiç BW ||
ola TW ||
6 eVîtep o xe 8tà ttov
rpoxÉptov vdijuxTa serrai T (sed t punctis uerba maie inserta not. |

eaxt (at supra t) xal -cà uaxepa W.


422 e GRATYLE no
saierions-nous pas, comme le font en réalité les muets, de
lesindiquer avec les mains, la tête, et le reste du corps ?
Hermogène. —
Le moyen autrement, Socrate?
423 a Socrate. —
Si nous voulions, je suppose, représenter le
haut et le léger, nous lèverions la main vers le ciel, pour
mimer la nature même de la chose si c'était le bas et le ;

lourd, nous l'abaisserions vers le sol


1
Et pour représenter en
.

train de courir un cheval ou quelque autre animal, nous


rendrions, tu le sais, notre corps et nos attitudes aussi sem-
blables que possible aux leurs.
Hermogène. — Il ne
peut, je crois, en être autrement.
Socrate. — C'est ainsi, je pense, que le corps serait un
b moyen de représentation 2 , en mimant, semble- t-il, ce qu'il
voudrait représenter.
Hermogène. Oui.—
Socrate. — Mais puisque
c'est de la voix, de la
langue et
de bouche que nous voulons nous servir pour représenter,
la
n'obtiendrons-nous pas la représentation de chaque chose, celle
qui s'acquiert parlées moyens, quand nous les appliquerons
à mimer n'importe quoi ?

Hermogène. — Nécessairement, à mon avis.

« •!
Première définition
jz*. •*• Socrate. — Ainsi,
»
le nom est, semble-
.
une l acon de mimer par ,la voix ce
. .,
t_li »
du nom.
que l'on mime et nomme, quand on se
sert de la voix pour mimer ce qu'on mime.
Hermogène. —
C'est mon avis.
c Socrate. —
Ce n'est pas le mien, par Zeus! La définition,
mon camarade, ne me semble pas encore bonne 3 .

Hermogène. —
Pourquoi donc?
Socrate. — Ces gens qui imitent les brebis, les coqs et
animaux, nous serions
les autres forcés de convenir qu'ils
nomment ce qu'ils miment.
i. ïlpàç tîjv y^v dépend d'un irréel sous entenduxaôceu-ev av, qui:

répondrait à rjpop.ev
av. 11 y a ici un zeugma.
a. Tw awu.aTi est un datif instrumental dépendant directement de

$7[Àtou.a.La construction, qui n'est pas rare en grec, s'explique par


la notion verbale impliquée dans Sr|Xa>ij.a. jStallbaum compare Rép.,
III, 397 b, ixtjjurfasan çtovatç Te y.cù a^Tfaaaiv imitation qui se fait au
:

moyen de sons et de gestes.


3. Suivant un procédé caractéristique de sa manière, Socrate
no KPATYAOS 422 e

ot IveoI, ETTEXEipoO^ev &v orjpaivEiv Taîç \zpol Kal "tf\

KEc|>aXfj Kal tô aXX© aco^axi ;

EPM. I~Icûç yàp av aXXcoç, S ZcoKpaTEç ;

ZO. Et pév y', oîu.ai, t6 ocvcù Kal t6 koOcJ>ov è6ouX6^E8a 423 a

SrjXoOv, rfpou.Ev av Tïp6ç tov oupavov Tfjv )(£Îpa, u.iu.oûpEvoi

aÛTf)v Tfjv <|>uaiv xoO TTpàypaToç- ei Se Ta kAtco Kal Ta

liapéa, npôç Tf]v yfjv. Kal eI ILtcttov SÉovxa fj tl aXXo tqv


3
£(Soùv l6ouX6^iE6a SrjXoOv, oîaSa 8tl â>q o\xoi6xoli av Ta
f)|j.ÉT£pa auTÔv acb^aTa Kalo^rjjiaTa ettoioO^ev ekeIvoiç.
EPM. 'AvàyKT] pot Sokeî ébç XÉyEtç e^elv.
ZO. OîJtq yàp av, otu.ai, 8r)Xcau.à tou tô a<*>u.aTi êyl-

yvETo, jjuu.rjaau.Ev ou, ôbç eoike, toO aa>u.aTO<; ekeÎvo 8 è6oû- b


Xeto SrjXcoaai.
EPM. Nat.
ZO. te KalyXobTTrj Kal arôpaTi (SouX6-
'EttelS^] 8è cj>covf]

u.E8a SrjXoOv, ap' out6te EKacrrou S^Xco^a f|u.îv laTai t6


ànè toutqv yiyv6u.£vov, &Tav u.lu.r)u.a yÉvrjTat 8ià toùtcùv
TiEpl ôtloOv ;

EPM. 'AvàyKr) u.oi Sokeî.

ZO. "Ovou.' ap' egtIv, cùç eoike, pipi) (ta cj>covf]


ekeivou o
U.lU.£ÎTai Kal OVOU-à^El Ô U.IU.OUU.EVOÇ TT] cf>covf]
OTaV U.lU.fJTai.

EPM. AoKEÎ ^01.


ZQ. Ma Al' àXX' ouk êpol ttco Sokeî KaXâç XéyEa8ai, C


ETaîps.
EPM. Tl 8f) ;

Zfï. Toùç Ta Tip66aTa (jliu.ouu.evouc; toùtouç Kal toùç


àXEKTpu<5vaç Kal xà aXXa £$a àvayKa£olu.£8' âv ôu.oXoy£Îv
ovopà^Eiv TaOTa &TT£p u.iu.oOvTai.

e4^ om. BT ||
423 a i
yàp Wpro y* 3 xà xàrto
||
Wt : xaTto
BT 5 ouv W pro oti 8 tou :w aaijjLaT'. Heindorf : toutou tw
W
|| ||

aaitxaTi et yp. t : tou acôu-aTo; BT tou scrips. et crtotiaTOç secl.


Schanz j| ÈyeveTO W ||
b I
fi.tjjLTjcrau.evou
TWb :
-vou; B 9 çpcavr}
||

£/.î;vou B: oaiv7j? èxsivou Wb çwvt.î (sic) ixêivo T 10 OTav Hein-


W W
||

dorf: 6 av BT av II
C 1 àXX' oùx yp. T: oùx âXX' B oux àXX*
T y ou 7:10
T pro ttco ||
5 TaXXa T.
423 c CRATYLE m
Hermogène. — Tu dis vrai.
Socrate. — Et tu approuves conclusion? cette
Hermogène. — Non Mais, Socrate, quelle sorte d'imi-
pas.
tation donc
sera nomle ?

Socrate. — Tout d'abord, mon n'y en aura pas,


à avis, il si,
d
pour imiter les choses, nous employons un moyen analogue à
la musique —
et dans ce cas-là pourtant c'est aussi la voix

qui nous sert à imiter



ensuite, si ce sont les objets imi-
;

tés par la musique que nous imitons à notre tour, notre opé-

ration, à mon avis, ne sera pas celle de nommer. Voici ce


que je veux dire les choses ont chacune un son et une
:

forme, et même beaucoup d'entre elles, une couleur ?


Hermogène. —
Parfaitement.
Socrate. —
Si l'on imite ces propriétés, ce n'est donc pas
non plus dans ces formes d'imitation, semble-t-il, que l'art
est celui de nommer. Car l'une, c'est la musique, et l'autre,
la peinture. N'est-ce pas ?

Hermogène. — Oui.
e Socrate. — Et qu'en penses-tu? chaque chose, à ton
ceci,
son essence de même que sa couleur et
avis, n'a-t-elle pas
les autres propriétés dont nous
parlions à l'instant ? Et
d'abord, la couleur elle-même et le son n'ont-ils pas chacun
son essence, comme tout ce qui a mérité l'appellation
d'être ?

Hermogène. — C'est mon avis.

Socrate. —
Eh bien, si cela même, je
Seconde définition
au nom.
yeux dire regsence de ch * objet

on
. .,. . ,

pouvait 1 imiter par des lettres et des


syllabes, ferait-on
voir chaque chose dans sa réalité, oui ou
non?
424 a Hermogène. — Parfaitement.
Socrate. — Et comment
appellerais-tu l'homme doué de
ce pouvoir? Les précédents, tu les appelais l'un, musicien,
l'autre, peintre. Et celui-là, comment?

rejette comme imparfaite, pour lui en substituer une autre plus


exacte, la définition qu'il vient lui-même de proposer, et qui a été
acceptée de confiance par Hermogène.
i. Voir plus haut, 4^3 d, où Socrate a nommé, avant la couleur,
le son et la forme.
m KPATTAOS '
423 c

EPM. 'AÀT)8f| XéyEiç.


ZO. KaXcoç oîîv
Ixelv Sokel ooi ;

EPM. Ouk I^oLye.


s
AXXà tlç àv, o Z&KpaTEÇ, ^tjirjaLÇ
Etr| t6 ovou.a ;

Zfi. ripÔTov llev, ôbç el^oI Sokel, ouk èàv, KaSànEp Tfl

LtouatKfj uiLL^oÙLiESa xà TipàyLiaTa, oBtcd Luu.6u.E8a, Kalxoi d


<f>COvfj yE Kat t6t£ LULLOUU.£8a* ETCEITOC OUK EOCV , OTÏEp f\
LLOU-

CTIKT) LlLU-EÎTat, Kal ^LIEÎÇ LULUÛLIESa, Olf LLOL 8oKo0u.£V ÔVOLia-


aEiv. AÉyca Se toi toOto* ectti tolç Tipàyu-aat Kai
qjcovf)

affina Ikoccttcû, Kal XP^t1 * Y E ttoXXolç ;

EPM. riàvu yE.


ZO. *EoLKE TOIVUV OUK, £(XV TLÇ TaOTa LULl^TaL, OÔSè TlEpl
TauTaç Tàç llill^ctelç f\ ^É^vr) ôvoLiaaTiKfj EÎvai. Aurai
LiÈv yàp Eiaiv f^
liev llouctlkt), f\
Se ypacJuKr)* r\ yàp ;

EPM. Nat.
Zfl. Tt Se Sf) t68e ;
ou Kal ouata Sokel aoi EÎvaL EKaaTto, e

ÔOTtEp Kal xpôu.a Kal S vOv 8f] êXÉyoLiEV ; TtpoTov aÔT$ tô


Xpwu.aTL Kal ir\ <|>Qvfj ouk ectlv ouoia tlç EKaTÉpa) aÔTÔv
Kal toÎç aXXoiçTïaaivoaa f]£icùTai TauTrjç TfjçTTpoapfjaEeaç,
toO EÎvaL ;

EPM. "Eliolye Sokeî.


Zn. Tt o3v eï tiç auT& ;
toOto Luu.EÎa8ai SuvaiTo ÉKa-

otou, Tf]v ouatav, ypaLiLjiaai te Kal ouXXa6au;, Sp' ouk &v


SrjXoî êKaaTov 8 egtlv f\
oO ; ;

EPM. nàvu laèv ouv. 424a


ZH. Kal t'l av <^alrjç t6v toOto Suvocllevov, wonEp toùç

TipoTÉpouç t6v liev llouoikov I<f>r|a8a, tov Se ypa<J>LKév.

ToOtov 8è Tlva ;

d i Luaou;j.£0a Tb :
-{xoS
u.e0a
t
BW ||
2 xï) ^tovrj W ||
3 u.tusïxai Ven.
8 man. rec. :
-jjLTj-cat 4 8s toi Ven. 8 : 8s xi BT 8s xi Wt to-jto
W
|| ||

b-zi Eati ||
8 ovofj.aaxixTj B :
r\ ôvou.aaxixr] TW j| g u.ouatX7) BW :

-xf, (sic) T ||
e i 8è BT : 8al Wb ||
xdxs B pro xo'8e ||
3 xcç B ||
aùxwv
BT : xoutcov W (sed au supra ou) || 9 rj
Wb :
r\ BT ||
424 a 2 xouxo
fecit T ex xou 3 sçrjaQa Wb s:p7]a- T
||
:
èçrja- B ||
xôv 8è BW xôv 8c
xiva T xôv 8e ypaçuôv. xouxov os xi'va t ||
4 xotfxtov W.
V. a. — 12
424 a CRATYLE na
Hermogène. —
Voilà, je crois, Socrate, ce que nous cher-
chons depuis longtemps ce sera l'homme capable de dé-
:

nommer.
Socrate. — Si c'est vrai, il faut désormais, sembie-t-il,

examiner ces noms dont tu demandais l'explication rhoê :

{courant), iénaï (aller) et skhésis (empêchement), pour voir si,


oui ou non, au moyen de leurs lettres et de leurs syllabes,
b l'auteur se saisit de leur être, de manière à en imiter
l'essence P
Hermogène. — Parfaitement.
Socrate.— Eh voyons sont bien, si ce là les seuls noms
ou en encore beaucoup
s'il existe d'autres.
Hermogène. — Je
primitifs,
y en encore crois qu'il a d'autres.

Socrate. — probable. C'est Mais com-


&
\ ^suivre
ment distinguer ce qui sert de point
de départ à l'imitation de l'imitateur ?
Puisque c'est avec des syllabes et des lettres que se fait l'imi-
tation de l'essence, le procédé le plus juste n'est-ii pas de

distinguer d'abord les éléments ? Ainsi font ceux qui s'atta-


ils commencent
c quent aux rythmes par distinguer la valeur
;

des éléments, puis celle des syllabes, et c'est alors, mais alors
seulement, qu'ils abordent l'étude des rythmes.
Hermogène. — Oui.
Socrate. — Ne devons-nous donc
pas, nous aussi, distin-
guer d'abord puis, dans le reste, classer par es-
les voyelles ;

pèces les éléments qui ne comportent ni son ni bruit (les


muettes l ) —
c'est ainsi que disent les connaisseurs en ces ma-
tières —
puis passer aux éléments qui, sans être des voyelles,
;

ne sont pourtant pas des muettes, et, dans les voyelles


elles-mêmes, discerner les différentes espèces ? Quand nous
d aurons fait ces distinctions, il nous faut, à leur tour, distin-
guer correctement tous les êtres qui doivent recevoir des
noms, en cherchant s'il est des catégories auxquelles ils
se ramènent tous, comme les éléments, et d'après les-

quelles on peut à la fois les voir eux-mêmes et reconnaître

i. Cf. Philèbe,18 b c, où Platon distingue i° les voyelles


(ta cpiovT)ev-ca)
2° ce qui participe non du son, mais du bruit (xàjçtov^ç
;

[XcV où', ç8oyY°w Se ij.£-ci/ovTa tivoç), les demi-voyelles, appelées plus


loin xà aeaa ;
3° t& ascova, ou Ta açpcova xaî acpôOYya : ce qui n'a ni
na KPATTAOS 424

EPM. ToOto I^oiyE Sokeî, co


ZcoKpaTEÇ, SnEp TtàXat
^toOjisv, outoç av EÎvai 8 àvo^aaTiKdc;.
ZO. El apa toOto àX^Séç, fjSr| eoikev ETuaKETtTÉov TtEpl
EKEÎ.VCOV TCOV ÔVOL^CXTCÙV COV <JÙ fjpOU, TTEpt «pofjç:» TE KCtl ToO
« levai » Kal « oykozcùç », eI toîç ypd^aai KalTaîç cruXXa-

6at<; toO ovtoç EmXa^6àv£Tai auTÔv GSaT£àTT0ku^LEÎa8aiTf)v b


oûatav, eïte <al ou" ;

EPM. nàvu \ikv oCv.

ZQ. <Pkpz Sf] ïScojiev TioTEpov apa TaOTa \i6va. êarl tcov

npcoTCOv ôvoljl(xtcov f\
<al aXXa ttoXAqc.
EPM. OTjiai lycoyE Kal aXXa.
ZO. Elkoç yàp. 'AXXa tIç av eït] 8 Tpô-noc; Tfjç SiaipÉaEcoc;

o8ev ocp)(ETai ^L{iEta8au 8 ^ll^ioij^evoç apa ouk etteIttep ;

auXXa6aîc; te Kal ypà^jiaaiv f\ \ii\xr\aiq Tuy^avEi oSaa Tfjç


ouaiaç, ôp8oTaT6v EaTiSiEXÉoGaiTà aToi)(£ÎaTTpcoTov, cocrruEp

01 ETIL)(ELpoOvTEÇ TOÎÇ £u8fclOÎÇ TCOV OTOl)(£lCOV TtpCOTOV T<XÇ C

Suvà^iEiç SieiXovto, ETiELTa xcov auXXa6cov, Kal outcùç fjôr)

Ip^ovxat ettI toùç puSiaoùç OKEvp6^iEvoi, *np6TEpov 8' ofl ;

EPM. Nal.
3
Zft. *Ap OUV Kal fj^lfiç
OUTCO SEÎTtpCOTOV ^.EV Ta <|>CùVT)EVTa

SiEÀÉcrôai, ETtEixa tcov ETÉpcov KaTa eïSt] toc te acjscova Kal

a(f>8oyya
— oÛTCoal yàp Trou XÉyouaiv ol SelvoI TiEpl toûtcov
— Kal Ta aC cf>covf)£VTa u.èv oÛ\ ou ^évtoi yE a<f>8oyya ;
Kal
auTÛv oaa Siàcpopa etSrj e^ei àXXrjXcov Kal
tcûv cpcovrjÉvTcov ;

ETiEiSàv TaOTa SiEXcou.£8a, Ta ov Ta e3 nàvTa a8 oTçSeîôvo- d

iiaTa ETuSEÎvai, eI Iotiv sic S àva<|>Ép£Tai ndcvTa coaTUEp Ta


CTTOl)(ELa, EC^COV ECJTIV ISeÎV aUT<X TE Kal Et EV aUTOÎÇ EVECJTIV

eïStjKaTa t8v auTèv Tpénov coanEp ev tolç cttoixeIoiç*


TaOTa TtàvTa KaXcoç Sta8Eaaau.Évouç ETTiaTaaSai âmcpÉpEiv

a 6 XrjTOUfiev 7 sotzev B &ç sotxsv TW


Vind. 3i :
bÇ*j-8 te om. :

W W W
|| [|

y b 1 ovtoç du
wra om. B 4 t'8to|xev Tb et
|| (sed g j|
(

supra t) efôcofiâv B
: 5 T pro 6 ye W pro ïvcoye
|| r, 7 ys VV pro f) || ||

yàp D 8 efctp W pro i~dr.zp C 8 ou om. T 9 twv om. B || || ||

d 1 TauTa TW nàvTa B au oi? Badham auOt; 5 7:àv:a xaÙTa W.


:
||
:
j|
424 d GRATYLE nâ
existe en eux des espèces comme dans les éléments. Tous
s'il

problèmes une fois bien examinés à fond, nous saurons


ces
attribuer chaque élément d'après sa ressemblance, qu'il faille
en attribuer un seul à un seul objet, ou en mélanger plusieurs
pour un objet unique. Les peintres, pour obtenir la ressem-
blance, posent tantôt une simple teinte de pourpre, et tantôt
e quelque autre couleur parfois aussi ils en mêlent plusieurs^
;

comme quand ils préparent un ton de chair ou tel autre du


même genre, suivant, j'imagine, que chaque portrait semble
demander une couleur particulière. De même nous appli-
querons, nous aussi, les éléments aux choses, à une seule
l'élément unique qui paraîtra nécessaire, ou plusieurs à la
fois en formant ce qu'on nomme des
syllabes nous assem- ;

425 a nierons à leur tour les syllabes, qui servent à composer les
noms et lés verbes ; et de nouveau, avec les noms et les verbes
nous nous mettrons à constituer un grand et bel ensemble,
comme tout à l'heure l'être vivant reproduit par la peinture ;
ici, c'est le discours que nous constituerons, par l'art des
noms ou par la rhétorique, bref, par l'art approprié. Ou
plutôt ce n'est pas nous —la parole m'a entraîné — ,

car cette composition, telle qu'elle existe, a été l'œuvre des


anciens. Notre rôle à nous, si nous savons examiner tous ces

problèmes suivant les règles de l'art, c'est, après avoir fait


b ces distinctions, de voir de la même manière si les noms

primitifs et les dérivés ont été ou non établis comme il faut.


Adopter un autre enchaînement risquerait d'être défectueux
et contraire à la mon cher Ifermogène.
Hermogène. —méthode,
Par Zeus Socrate, c'est bien possible.
!

Socrate. —
Eh bien, te crois-tu capable, toi, le cas échéant,
de faire ces distinctions? Moi non.
Hermogène. — Alors, j'en suis bien éloigné pour mon
compte !

Socrate. —
Y renoncerons-nous donc, ou veux-tu que
nous essayions selon nos moyens, si peu que nous soyons
capables d'y voir clair ? Un peu plus haut,
c nous avons pré-
venu les dieux que, dans notre ignorance de la vérité, nous

son ni bruit (les muettes). Il en résulte qu'ici Ta açtova xaî ayboyya


désigne une seule et même catégorie ;
la particule Te rattache ce pre-

mier groupe au second (xat Ta au <ptov7Îev-a uiv ou, etc.). Cf. Bergk r
Zeitschrift f. Altertumswissenschaft, i&^3, p. 24,.
et Théét., 2o3 ab.
n3 KPATYAOS 424 d

CKoccrTov Kaià t?)v ôuoidTrjTa, èàvTE iv évl 8éfl ImcpÉpEiv,


ê<xvte auyKEpavvuvTa TioXXà évl, ûSanep ol £cûypa<|>oi (SouXd-
UEVOL OCCpOUOloOv EVIOTE UEV SoTpEOV LJlévOV £Tir|VEYKaV, EVIOTE
5è ôtloOv aXXo tcov cpapuàKcov, ecttl 8è Ste TioXXà auyKEpa- e

oavTEÇ, oîov Sxav àvSpEiKEXov aKEuà£cùaiv f) aXXo ti t£v


toioùtcûv— ôç av, oîuai, 8o<f] EKàaxrj f\
eIkqv 8£Îa8ai
EKàaxou cpapuaKOU — outcù 8f)
Kal fjUEÎç Ta aTOL^EÎa ettI
xà TipàyuaTa EnoiaouEV, Kal lv ettIev, oC âv Soicfj Seîv,
Kal

auLrnoXXa, ttoioOvteç 8
8f) auXXa6àç KaXoOaiv,
Kal auXXa6àç
a5 auvTiBÉVTEÇ, l£ Sv Ta te ôv6u.aTa Kal Ta pfjuaTa ctuv- 425 a
TtSEVTaf Kal TtàXiv ek tôv ôvouoctcov Kal pr|u.aTcov LiÉya

fjSrj
tl Kal KaX&v Kal 8Xov auaTf)aou£V, ôScmEp ekeÎ t6 £Sov
tî] ypacjHKfj, IvTaOSa t6v X6yov Trj ôvouaaTiKf} f) j5T]TopiKfj

fj fJTtç ecttIv fj 'zkyyr].


MSXXov 8è oty f)fc*£Îç, àXXà XÉyov
IE,r|V£X8TTV. ZuvÉ8£aav uèv yàp outoùç fjnEp otiyKEiTai ot
TTaXaiol' f\\iS.ç
Se Sel, EÏTiEp te)(vlkcùç EmaTr|a6u£8a oko-
TtEÎaSai auTà TtàvTa, outcù SieXouévouç, elte KaTà Tp6nov b
toc te TtpcùTa ôvôuaTa KEÎTai Kal Ta SaTEpa eute lit], outq
8£&a8ai* aXXcoç 8è auvElpEiv lit) <|>aOXov ?\
Kal ou Ka8' ô86v,
c
S c|>iXe Epu6yEVEç.
3
EPM. "lacoç vf) AI ,
o Z&KpaTEÇ.
9
ZO. Tl ouv ;
où tucjteueu; aauTÛ oî6ç t av EÎvai TaOTa
outq StEXÉaSat ; êyo Lièv yàp oû\
EPM. rioXXoO apa Sécû lycoyE.
Zfl. 'Eaaousv ouv, f) (SoûXei outcûç oticoç av Suvcb(JiE8a,
Kal âv aUAKp6v TL aUTOÙV otol T* &L1EV KaTlSEÎV,
ETTL^EipÔLlEV,
TTpOElTTÔVTEÇ, ÔSoTIEp ÔXlyoV TTpÔTEpOV TOÎÇ 8eOLÇ, 8ti OÔSèv C

d 6 xaô'êxaaTOv T (sed xa8' punctis nol. t) èv B pro ev

7 évlom. T e i aXXo tt pro aXXo


||
xwv W ||
j|

-/ptouaTojv W
||

(in
marg. yp. xat twv ©apuàxtov) 5 av 80x75 ôsîv T : av 8ox^ îàeîv B èàv
W
||

8oxf} f3av 6 aiifx-oXXa BW : -6oXa f 425 a i (WVTÉOrc» Vatic.


W
|| ||

896 D 2 :wv prjixdtxwv D 3 au(TTT)(jo{jLevov


W 4 ^ttaeîj W pro
W
|]

prjTop'.xrj y6 7)^ep Par. i8i3, ut uidetur :


ttxÊp auyxeivTat
b 1 xpôKov Ttvà Ta W D 2 xal supra ei'ts add. T
||

:
||

9 r] B 7) in ras.
T 3|
W 10 xav
II
W d Ttov Lt=v T (corr. t).
||
425 c CRATYLE n4
expliquions par conjecture les opinions des hommes à leur
endroit 1 Faut-il nous mettre à l'œuvre en nous disant cette
.

fois à nous-mêmes que, si ces distinctions devaient être


faites, soitpar tout autre, soit par nous, c'est ainsi qu'il fau-
drait les faire, mais qu'en l'état présent, c'est « suivant nos
forces », comme dit le 2