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Qu’est ce que la science qu’on doit rechercher pour aller

vers Allah ? Faut-il nécessairement un maître, une voie ?


REPONSE (partie 1) :
- « Allah atteste, et aussi les anges et les doués de science, qu’il n’y a point
de divinité à part Lui, Le Mainteneur de la justice. Point de divinité à part
Lui, Le Puissant, Le Sage » (Sourate 03 La famille d’Imran, verset 18)
- « Parmi ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah » (Sourate 35 Le
Créateur, verset 28)
- « Craignez Allah et Allah vous enseignera » (Sourate 02 La Vache, verset
282)
- « Et dis : " Seigneur donne-moi toujours plus de science "» (Sourate 20
TaHa, verset 114)
- « Allah placera sur les degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et ceux
qui auront reçu la science » (Sourate 58 La discussion, verset 11)
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Celui qui
emprunte une voie dans laquelle il cherche une science, Allah lui facilite par
cette voie son cheminement vers le Paradis ». (Mouslim)
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « La Foi c’est :
- une connaissance avec le cœur
- une parole avec la langue
- et une œuvre mise en application suivant les lois prescrites ». (Tabarani)
Le but de l’existence des êtres humains et des Djinns est de connaître Allah (qu’Il soit
Glorifié et Exalté), c’est-à-dire arriver à percer les ténèbres, l’impureté et l’ignorance à
l’aide d’une science (ou connaissance) bénéfique qui nous permettra, par la grâce
d’Allah, de pénétrer dans le domaine des Réalités Divines. Donc pour parvenir à notre
but il faut emprunter un chemin qui, éclairé par cette science, nous permettra d’éviter
les pièges tendus par les démons, par notre âme corrompue (Nefs), par nos passions
(hawa) et par l’attrait de ce bas-monde. C’est le chemin de la purification intérieure en
vue d’Allah.
Les premiers détenteurs de cette science ne sont autres que les Prophètes et
Messagers d’Allah (sur eux la paix), et cette science est à la fois révélée (Wahiy) et
réalisée en eux-mêmes. C’est pour cela que lorsque l’on demandait à la mère des
croyants ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) quel était le caractère du Prophète (que la prière et
la paix d’Allah soient sur lui), elle répondait (qu’Allah l’agrée): « c’est un Coran qui
marchait ».
Les Prophètes et Messagers divins (sur eux la paix) se sont succédé les uns après les
autres, chacun venant compléter le prophète ou le message Divin qui l’avait précédé.
Le Prophète Mohammed (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait d’ailleurs
donné comme exemple celui de briques qui, ajoutées les unes aux autres, forment une
maison.

Le Prophète Mohammed (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) est le sceau des
Prophètes, cela veut donc dire que son message Divin renferme tout ce qui l’a précédé
avec en plus ce qu’il est venu lui-même compléter, il a donc une réalisation parfaite et
complète. C’est en ce sens que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur
lui) avait dit que si le Prophète Moussa (sur lui la paix) était venu à son époque, il
n’aurait eu pour seul salut (c’est-à-dire Moussa (sur lui la paix)) que le fait de suivre
le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Ici il faut mettre l’accent sur le terme [réalisation], car il constitue un aspect capital de
la Connaissance d’Allah. Aussi, pour mieux comprendre, prenons un exemple :

Deux personnes ignorent le goût du miel et désirent le connaître. À l’une d’entre elles,
on se contente de lui décrire ce goût en lui mentionnant tous les bienfaits qui lui sont
attribués et en lui révélant tout ce qu’il y a à savoir sur le miel, tandis qu’à l’autre on
ne lui présente qu’une cuillère de miel qu’elle s’empresse de goûter. De ces deux
personnes, quelle est celle qui désormais connait réellement le goût du miel ; celle qui
va nous réciter toutes ses connaissances théoriques sur le miel ou bien celle qui s’est
contentée d’y goûter ? La réponse est évidente. Ainsi la différence qui sépare la
perception de l’une vis-à-vis de l’autre est telle que la personne qui a goûté sait ce
qu’est le miel, on dit alors qu’elle a réalisé ce qu’est le miel, et elle est comme celui
qui voit, alors que l’autre personne ne se fera qu’une idée, elle vivra donc dans
l’apparence de ce qu’est le miel sans pourtant le connaître réellement, elle est comme
un aveugle.

Ainsi, dire qu’Allah est unique, qu’Il n’a pas d’associé et réciter par cœur les plus beaux
noms d’Allah ne suffit pas à dire, comme le croient certains, que l’on connaît Allah.
Non, il faut pour cela goûter par le biais d’un cœur purifié et donc [réaliser], car si une
personne n’a pas goûté, malgré tout ce qu’elle peut dire ou réciter, elle ne vivra que
dans l’apparence. Et tant qu’elle est dans l’apparence, elle peut être sujette à l’erreur
et à l’égarement. Celui qui est aveugle du cœur sera toujours sujet au doute tandis
que celui qui voit, il a la certitude et Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « L’aveugle
et celui qui voit ne sont pas semblables ». (Sourate 35 Le Créateur, verset
19)
Ceux qui auront connu et « réalisé » pleinement cette science que le Prophète (que la
prière et la paix d’Allah soient sur lui) a apportée, ceux-là deviendront les protégés
d’Allah et ses alliés (Aouliya), les représentants d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et
de son Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dans ce monde, des
conseillers bien guidés pour la communauté, et ils seront ceux pour qui Allah a dit dans
le hadith Qoudousi : « […] Je serai l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il
voit, la main par laquelle il saisit et le pied avec lequel il marche, s’il me demande, Je
lui donne et s’il cherche ma protection Je lui accorde ». (Boukhari)
Pour les besoins de la compréhension, nous allons distinguer dans cette science, d’un
côté la science acquise et apprise qui s’est diversifiée entre le 2ème siècle et le 4èmesiècle
de l’Hégire et qui a donné naissance aux fondements du Fiqh (Jurisprudence), à
l’exégèse (Tafsir), à la science des Hadith…ect. Nous nommerons les porteurs de cette
catégorie de science les savants (‘Alim pl. ‘Oulama) spécialistes dans le domaine de
l’aspect apparent de la législation (Chari’a).
De l’autre côté, il y a la science infuse inspirée (Ilhem) dans le cœur des gens favorisés
par Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et qui ne circulait que chez certains des
compagnons du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). C’est une
science secrète que nous appellerons connaissance (Ma’rifa) et dont je nommerai les
détenteurs Connaissants (‘Arif pl. ‘Arifin) et l’enseignement ou la voie qui permet de
l’acquérir est appelé Tariqa.
Ces deux formes de science sont complémentaires et nécessaires. Ainsi, la science de
la législation (Chari’a) représente une science externe et apparente qui consiste à
définir, pour l’ensemble de la communauté, ses devoirs et ses droits tout au long de
sa vie terrestre. Ceux-ci étant tirés des écrits du Qoran et de la Sounna. L’application
des prescriptions de la Chari’a représente le degré spirituel appelé Islam (Soumission)
et qui est le minimum vital spirituellement parlant. S’attacher seulement à cette science
et à son application extérieure est comme posséder un corps sans âme qui, avec les
assauts du temps, va flétrir, se putréfier, et ce, jusqu’à se décomposer.

Par conséquent, on voit naître des savants caractérisés par un laxisme teinté d’inaction
et d’autres par une intolérance ignorante, ne cherchant pas à guérir mais à détruire,
rejetant tout ce qui est autre. Ils ne rejettent pas le Qoran et la Sounna mais toute
interprétation du Qoran et de la Sounna qui n’est pas la leur, et ce, même si cette
interprétation provient de gens reconnus à travers l’histoire par des milliers de savants
comme de véritables guides pour la communauté en science exotérique.

Cette science à elle toute seule ne convient pas aux exigences de la foi et aux besoins
de l’éducation de l’âme corrompue (Nefs), car on entre dans la monotonie de la religion
et la stagnation de la foi car, elle ne reste qu’une science apprise parfois sans
compréhension profonde et par laquelle le cœur n’a pas été illuminé.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « […] et bien des
porteurs de sciences religieuses ne sont pas des gens de connaissance ».
De même, il a dit (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « La science est de
deux sortes : une science sur la langue qui est un argument contre le fils
d’Adam et une science dans le cœur et c’est celle-là la science bénéfique ».
L’Imam ‘Ali (qu’Allah l’agrée) disait : « Il n’y a pas de bien dans une adoration sans
connaissance de la religion, et il n’y a pas de bien en des connaissances sans
compréhension -ou sans piété- et il n’y a pas de bien en une lecture sans méditation
».
Ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) décrivant les véritables savants et leurs caractéristiques
a dit : « Ne savez-vous pas qu’Allah a des serviteurs muets par sa crainte sans être
muets, ni incapable de s’exprimer ? En vérité, ce sont eux les savants, les éloquents,
les orateurs, les nobles et les connaisseurs des jours d’Allah. Seulement, quand ils se
souviennent de la grandeur d’Allah, ils perdent leurs esprits, leurs cœurs se brisent et
leurs langues se coupent. Puis quand ils se réveillent de cela, ils se précipitent vers
Allah par des œuvres pieuses. Ils se classent parmi les insouciants alors qu’ils sont
intelligents et déterminés, et avec les injustes et les pécheurs alors qu’ils sont
bienfaisants et innocents. Seulement, ce qui est grand, ils ne le trouvent pas assez
grand pour Allah, et ils ne se contentent pas du peu pour Lui, et ils ne se vantent pas
devant Lui par leurs actions, chaque fois que tu les vois, ils sont soucieux, craintifs,
tremblants et peureux ».
Ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) dit encore en désignant la tombe de Zaïd ibn Thabit
(qu’Allah l’agrée) : « Ainsi part la science, l’homme qui sait ce que personne d’autre
ne sait meurt et sa science part avec lui ».
Chaddèd (qu’Allah l’agrée) a dit :

« Sais-tu comment la science sera enlevée ? »


« Non »
« Par l’enlèvement de ses contenants ! »
L’ImamMalek (qu’Allah l’agrée) a dit : « La science n’est pas l’accumulation des
versions, mais c’est une lumière qu’Allah met dans le cœur de celui qu’Il veut »
Cette science appelée ‘Ilm a besoin d’être accompagnée par cette autre science
appelée Ma’rifa(Connaissance) qui contrairement à la première est une connaissance
individuelle, intérieure, cachée qui prend racine dans ce bas-monde pour atteindre sa
consécration dans l’au-delà par la contemplation éternelle de la Noble Face d’Allah.

Un Connaissant a dit : « Celui qui n’apprend pas à connaître Allah dans ce bas-monde
ne pourra pas le connaître dans l’au-delà ».
Les modalités de cette connaissance ont été enseignées par le Prophète (que la prière
et la paix d’Allah soient sur lui) à certains de ses compagnons (qu’Allah les agrée) qui
ont été favorisés et qui en sont les gardiens.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Abou Bakr ne vous
est supérieur ni par ses prières ou ses jeûnes mais par quelque chose qui a pris place
dans sa poitrine ».
Abou Hourayra(qu’Allah l’agrée) a dit : « J’ai recueilli deux récipients de paroles de
l’Envoyé d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : une que je vous ai
transmise et l’autre qui, si je vous la transmettais, vous me trancheriez la gorge ».
(Boukhari)
L’Imam ‘Ali (qu’Allah l’agrée) a dit en désignant du doigt sa poitrine : « Il y a là une
science immense. Ah ! Si j’avais trouvé celui qui la porterait ! Oui, je n’ai trouvé que
ceux qui veulent la connaître sans être dignes de la porter ».
C’est une science infuse, inspirée (Ilhem). On demanda à Dhou-l-noun al Misri (qu’Allah
l’agrée), célèbre Soufi et grand connaissant : « Comment as-tu connu Ton Seigneur ?
» Il répondit : « J’ai connu mon Seigneur par mon Seigneur. N’était-ce mon Seigneur
je n’aurais pas connu mon Seigneur ».
De même, Abou Yazid Bistami (qu’Allah l’agrée), autre célèbre Soufi, a dit en voulant
expliquer à des traditionalistes la différence entre la science des docteurs de la Loi et
l’inspiration directe des Connaissants : « Vous avez reçu votre science d’un mort qui
l’a lui-même reçu d’un mort, alors que nous, nous avons reçu notre science du Vivant
qui ne meurt pas ».
En effet, cette connaissance ne repose ni sur l’accumulation d’un savoir abstrait, ni sur
l’étude et la réflexion.

Le grand maître Sarradj (qu’Allah l’agrée) a dit :

« Les sciences proviennent de trois sources :


- Un verset du livre d’Allah
- Une tradition remontant au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)
- Ou une sagesse découlant de l’un et de l’autre et survenue dans le cœur d’un des
saints de Dieu»
Djunaïd (qu’Allah l’agrée) devait ajouter : « Notre science est liée par le Qoran et la
Sounna ».
Il est évident que le Qoran, contrairement à ce que pensent certains, n’a pas qu’un
sens apparent et exotérique. Étant la parole d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté), ce
serait limiter Allah lui-même.

Or, comme le dit Allah de lui-même (qu’Il soit Glorifié et Exalté) : « C’est Lui le
Premier et le Dernier, l’Apparent et le Caché » (Sourate 57 Le fer, verset 03)
Il en est de même de sa parole comme le Prophète (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui) l’a indiqué : « Si les choses deviennent pour vous indiscernables comme
les heures d’une nuit noire, prenez le Qoran, car c’est un intercesseur accepté ou un
adversaire triomphant. Quiconque le place devant lui, il le conduira au Paradis et
quiconque le place derrière lui, il le conduira au Feu. Il est l’indicateur pour le meilleur
chemin, c’est la parole qui tranche et non la plaisanterie. Il a une apparence et un
fond, son apparence est une loi et son fond est une science. Son océan est profond,
ses merveilles sont innombrables et les savants ne s’en rassasient pas… »
La science de la connaissance est la plus haute science. La plupart des gens ne se
soucient guère de la dignité de cette science, ignorent ses subtilités, méconnaissent le
grand danger qu’elle renferme et sont distraits de ses secrets subtils. Personne ne la
connaît sauf les cœurs favorisés par Allah. Cette science est le fondement sur lequel
sont bâties les autres sciences. C’est par elle qu’on atteint le bien et la dignité des deux
mondes, c’est par elle que le serviteur connaît les défauts de son âme corrompue
(Nefs), le bienfait de son Seigneur, la majesté de Sa Seigneurie et la perfection de sa
Puissance. C’est par elle que le secret intime (Sirr) du serviteur s’envole, doté des ailes
de la connaissance, dans le domaine des subtilités de la Toute Puissance Divine, tourne
autour du terme de la grandeur et s’élève vers les jardins de la Sainteté Divine.

On interrogea Djunaïd (qu’Allah l’agrée) sur la connaissance, il dit : « C’est l’existence


de ton ignorance, lorsque paraît la science (c’est-à-dire la science d’Allah) » «
Expliquez-vous davantage », lui dit-on. Il répondit : « Allah est alors le connaissant et
le connu. Plus on avance dans les degrés de la Proximité d’Allah et plus les traces de
la grandeur Divine deviennent manifestes (pour le Wali), plus aussi il acquiert la
science de l’ignorance, et plus il augmente dans la connaissance de son propre néant.
L’ébahissement s’accroît d’un nouvel ébahissement, un cri s’élève du fond de la nature
du connaissant qui dit : " Mon Seigneur rend moi toujours de plus en plus stupéfait en
Toi " ».
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) cite dans le Qoran El Khadir devant qui fut envoyé le
prophète Moussa (sur eux la paix) pourtant détenteur de la révélation (Wahiy) afin de
recueillir une science infuse (‘Ilm Ladouni) qui émanait d’Allah et qui se déversait sur
ce mystérieux personnage :

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Ils (Moussa et son valet) trouvèrent l’un
de nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce de notre part et à qui
Nous avions enseigné une science émanant de Nous » (Sourate 18 La
Caverne, verset 65)
Malgré tous ces témoignages provenant du Livre d’Allah, des hadith prophétiques et
des dires des pieux Imams, les gens des voies spirituelles ont subi de la part de certains
théologiens (‘Oulama) de différentes époques, des rejets, du mépris et parfois même
des attaques, et ce, jusqu’à notre époque. La jalousie maladive explique beaucoup de
ces comportements. En effet, les soufis étaient et sont des gens de terrains, qui par
leurs prodiges et leurs simplicités fascinaient les populations, réformaient leur foi et
comportement et étendaient, grâce à leur charisme, la foi de l’islam dans les contrées
les plus éloignées (d’Asie en Afrique noire) et les cœurs les plus hermétiques
(hindouiste, bouddhiste, animiste…). Et ils n’hésitaient pas à rejeter tout honneur
mondain et toute proximité avec les rois, émirs et autres califes, chose que ne
pouvaient faire les savants des palais, car ils étaient entretenus par ces rois et califes.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et ses compagnons (qu’Allah
les agrée) avaient mis en garde contre les savants qui fréquentaient les sultans et
émirs, car ils recherchent ce bas monde au lieu de rechercher l’au-delà :

Ibn Mass’oud (qu’Allah l’agrée) a dit : « Si les porteurs de la science la protégeaient et


la transmettaient à ceux qui en sont dignes, ils auraient dominé leur époque. Mais ils
ont donné aux possesseurs de ce bas-monde pour obtenir de leur richesse et ils ont
perdu toute valeur aux yeux de ces derniers. J’ai entendu notre Prophète (que la prière
et la paix d’Allah soient sur lui) dire : « Celui qui se donne un souci unique, le
souci de l’au-delà, Allah se chargera pour lui des autres soucis. Et celui dont
le souci est dispersé dans les problèmes de ce bas-monde, Allah ne se
souciera pas qu’il périsse dans n’importe laquelle de ses voies » ».
Ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) a dit : « Si les porteurs de la science la prenaient en
respectant son droit et en assumant ses implications, Allah les aimerait ainsi que ses
anges et ses saints et les gens les vénéreraient. Mais ils ont cherché ce bas monde
avec, Allah les a détestés et les a méprisés ».
Omar (qu’Allah l’agrée) demanda à Kaab (qu’Allah l’agrée) : « Qu’est-ce qui fait partir
la science des cœurs des savants après qu’ils l’aient apprise et assimilée ? » Il dit : «
Ce sont la cupidité et le fait de demander les faveurs aux gens ».
L’Imam ‘Ali (qu’Allah l’agrée) évoqua des déviations qui auront lieu à la fin des temps.
‘Omar (qu’Allah l’agrée) demanda : « Quand sera cela, ‘Ali ? » Il (qu’Allah l’agrée) dit
:« Quand on s’instruira pour autre chose que la religion, qu’on apprendra mais pas
pour pratiquer et qu’on recherchera ce bas monde avec les œuvres de l’au-delà ».
Houdheyfa (qu’Allah l’agrée) a dit : « Méfiez-vous des lieux de tentations ! » « Et quels
sont les lieux de tentations, Abou Abdallah ? » demandèrent-ils. « Les portes des
émirs. Vous entrez chez l’émir, vous lui donnez raison mensongèrement et vous le
flattez par ce qui n’est pas en lui ».
Ibn Mass’oud (qu’Allah l’agrée) a encore dit : « Aux portes des sultans, il y a des
tentations comme les écuries des chameaux. Par celui qui tient mon âme dans Sa main
! Chaque fois que vous obtenez une part de leur richesse matérielle, ils vous font
perdre autant -ou le double- de votre religion ».
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a mentionné dans un hadith
que les trois premières personnes à entrer en Enfer seront un savant, un martyr et un
homme riche généreux, car ils œuvraient non pas pour Allah (qu’Il soit Glorifié et
Exalté) mais dans la perspective d’être appréciés des gens, par pure ostentation.

De même parmi les causes de rejet, pour les plus intègres d’entre eux, le fait d’être
confronté à une science, à une connaissance qui leur est inconnue et qui représente
un océan face à la goutte (précieuse certes !) qu’ont recueilli ces savants. Et lorsqu’on
ne connaît pas une chose, on en a peur et on la rejette, et cela, même si celle-ci est
véridique et authentique. Pour mieux comprendre cette réaction, c’est comme si l’on
exposait et démontrait, à l’époque du moyen-âge, les sciences modernes et les
découvertes contemporaines que nous connaissons. Certes, ces gens en raison du
décalage immense du savoir existant entre ces deux époques, nous prendraient pour
des sorciers ayant contracté un pacte avec le diable et en raison de toutes ces
manifestations étranges ils désireraient nous brûler.

C’est ce que retrace le Qoran lorsqu’El Khadir (sur lui la paix) dit au prophète Moussa
(sur lui la paix) qui était venu apprendre auprès de lui : « Il dit (El Khadir) : «
Vraiment tu ne pourras jamais être patient avec moi. Comment endurerais-
tu sur des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance » (Sourate 18
La caverne, versets 67-68)
Ainsi, ce rejet de l’inconnu qui est cité dans le Livre d’Allah et formulé par certains
savants à l’égard des Connaissants a été concrétisé par leur manque de patience et de
confiance, faute qui peut leur coûter de ne jamais pouvoir connaître Allah ni dans ce
monde, ni dans l’autre. Qui plus est, les paroles et faits des Connaissants peuvent
prêter à confusion, car ce sont des gens qui côtoient et expriment la réalité des choses
et non plus les apparences comme le font ces autres savants. Ils ont accès aux réalités
les plus voilées ce qui a tendance à déconcerter les gens habitués au monde des
apparences.

Une fois, un saint homme d’Allah fut accusé par certains de prononcer des paroles de
mécréance. Les savants des palais et autres juristes le convoquèrent à un endroit afin
de le juger pour son crime. Pour sa défense le saint homme affirma qu’il n’exprimait
que la pure réalité et se mit à clamer haut et fort : « Certes votre dieu est sous mes
pieds ». Les savants horrifiés le condamnèrent à périr sur-le-champ pour cette parole
mécréante qui en fait ne l’était pas. Au moment où ils s’apprêtaient à s’emparer de lui,
il souleva son pied et laissa voir une pièce en or, ce qui expliqua la parole de ce maître
soufi. En fait, il n’a fait que révéler ce que renfermait toute poitrine, car ils n’agissaient
et n’étaient motivés que par les richesses que détenaient les sultans.
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Méfiez-vous du
regard du croyant, car il voit par la lumière d’Allah » (Tirmidhi)
Une fois aussi un homme de Dieu qui était installé dans le rang des prieurs se mit à
mugir telle une vache. Après la prière les gens exaspérés par son comportement
voulurent le corriger, celui-ci s’excusa en expliquant qu’il n’a fait que suivre l’Imam
conformément à ce que la Loi exige vis-à-vis du prieur qui se trouve derrière un Imam.
L’assistance n’a pas compris les paroles de ce soufi et ce qu’il a voulu insinuer jusqu’à
ce que l’Imam se présente en ayant entendu ses dires. Celui-ci avoua alors que
pendant la prière il avait eu un moment d’inattention à cause de ses vaches qui le
préoccupaient et qui se trouvaient dans une de ses propriétés, jusqu’au moment où le
saint homme poussa son cri. Cela lui a permis de reprendre ses esprits, de se repentir
et de continuer la prière avec concentration.

Enfin, si certains savants ont rejeté la voie de la Connaissance (Tariqa) et


l’enseignement soufi, c’est aussi parce qu’à travers l’histoire beaucoup de gens ou de
disciples de véritables maîtres, ne sont pas devenus des soufis « accomplis », bien
qu’ils aient eu cette prétention. Ils faisaient un usage abusif de la mendicité,
délaissaient les principes fondamentaux de la Chari’a tel que la prière et le jeûne et
par leurs agissements ils ont trahi l’enseignement de leur Cheikh et l’ont déformé. Ils
se sont orientés vers des pratiques qui ont plus un rapport avec le charlatanisme et la
sorcellerie qu’avec les sources de l’Islam. Par leur comportement, ils n’ont fait que
suivre les orientations de leur âme charnelle (Nafs) et ils se sont par là même
détournés de la voie de la Connaissance et donc celle de l’Islam.

Par leur manque de sincérité, ils se sont égarés de la Voie, voie qui n’accepte aucune
dualité Nafs-Dieu car c’est la voie de l’unicité. L’itinérant qui l’emprunte se doit
d’abandonner toute prétention et tout désir personnel, car c’est un voyage vers Allah,
pour Allah et tout manque de sincérité sera sanctionné par l’égarement. En effet, Allah
(qu’Il soit Glorifié et Exalté) ne révèle-t-Il pas dans le Qoran par la bouche d’iblis
symbole de l’égarement : « Il dit : « Par Ta Puissance et Ta Considération je
les séduirai assurément tous…sauf Tes serviteurs sincères parmi eux »
(Sourate 38 Sad, versets 82-83)
Ces déformations et autres égarements dus à ces « faux soufis » furent et sont encore
les arguments préférés de ceux qui veulent s’attaquer et discréditer l’enseignement
des Waliou Allah (protégés d’Allah), discrédit qui s’effondre devant une étude sérieuse
et profonde des écrits des maîtres de la Connaissance, à travers l’histoire tout entière.
Ainsi, vouloir accuser l’ensemble des gens véridiques de la Voie pour les fautes des
autres rendrait légitime l’accusation du prophète ‘Issa (Jésus) (sur lui la paix) pour les
déviations qu’ont effectués les gens de sa communauté après lui. Ou encore rendrait
valable l’argument de toute personne reniant l’Islam à cause du comportement
malveillant de certains musulmans, pourtant non conforme et non soutenu par
l’enseignement du Qoran et de la Sounna (tradition prophétique).

Aussi, toute personne qui est réellement à la recherche du chemin de la Vérité, se doit
d’éviter un jugement trop rapide, cela en s’efforçant d’acquérir une connaissance et
une étude sérieuse et sincère de la chose qu’il est en train de juger, en ayant soin de
mesurer s’il est apte à comprendre, car on ne peut pas demander à une personne
ayant juste les aptitudes à faire des additions, de comprendre, de commenter et
d’expliquer des théorèmes et autres casse-tête de l’arithmétique.

Dans ce cas-là, on se doit d’être honnête envers nous-mêmes, car tout entêtement
malhonnête pourrait être la cause de notre égarement et nous faire sombrer dans des
péchés très graves. L’Imam Chafi’i (qu’Allah l’agrée) a dit que tout rejet ou contestation
d’une chose sans connaissance approfondie de celle-ci est une forme d’association
(Chirk).

Et Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit dans un Hadith Qoudoussi : « Celui qui s’en
prend à un de Mes Wali je lui déclarerai la guerre ».
Fin de la première partie.

REPONSE (partie 2) :
Nous avons vu précédemment qu’Allah a donné une science apparente (Chari’a) et
révèle une science cachée, tous deux sont tirés des enseignements apparents et
profonds du Coran et de la Sounna. Or, la Connaissance (El Ma’rifa) est une science
cachée au plus profond de chaque être humain. En effet, elle est accessible à tous
ceux qui suivront l’enseignement et les pas d’un guide spirituel et maître authentique,
qui a déjà emprunté le chemin. Ce dernier, illuminé par cette Connaissance, connait
les pièges et les ruses qui se cachent dans la voie qui mène à Allah (qu’Il soit Glorifié
et Exalté), la grâce Divine aidant.

Ces guides spirituels et maîtres authentiques sont les protégés d’Allah (Awliya), les
saints (Salihin) sur qui se déversent les grâces d’Allah, Sa miséricorde et Sa guidée. Ils
sont les lieutenants bien guidés d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et de Son Prophète
(que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ils font partie des rapprochés
(Mouqaraboun) et sont les véritables gardiens de l’authenticité de la foi et ses
rénovateurs.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « […] C’est lui qui se charge de la
protection des saints (Salihin). » (Sourate 7 Al-Araf, verset 196)
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « (62) En vérité, les Awliya d’Allah seront
à l’abri de toute crainte, et ils ne seront point affligés (63) Ceux qui croient
et qui craignent Allah. (64) Il y a pour eux une bonne annonce dans la vie
d’ici-bas tout comme dans la vie ultime. Il n’y aura pas de changement aux
paroles d’Allah. Voilà l’énorme succès. » (Sourate 10 Jonas, versets 62-64)
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « (88) Si celui-ci est du nombre des
rapprochés (Mouqaraboun) (89) alors (il aura) du repos, de la grâce et un
jardin de délice. » (Sourate 56 L’évènement, versets 88 et 89)
Certains affirment faussement qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un guide spirituel pour
cheminer jusqu’à Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et qu’il suffit de suivre le Qoran et
la Sounna. Or le Qoran est le premier à réfuter leurs affirmations. En effet, c’est Allah
(qu’Il soit Glorifié et Exalté) qui ordonne dans le Qoran : « Ô vous qui croyez !
Craignez Allah et soyez avec les véridiques » (Sourate 9 Tawbah, verset
119)
Et encore : « Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi » (Sourate 31
Loqman, verset 15)
Et encore Sa parole : « Fais preuve de patience (en restant) avec ceux qui
invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne
se détachent point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie sur terre.
Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre
Rappel (à l’invocation de Dieu), qui poursuit sa passion et dont le
comportement est outrancier » (Sourate 18 La caverne, verset 28)
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit selon Abou Hourayra
(qu’Allah l’agrée) : « L’homme suit la religion de son compagnon »
Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Quelqu’un demanda : « Ô Prophète, quelle
est la meilleure personne auprès de laquelle on s’assoit ? Il dit (que la prière et la paix
d’Allah soient sur lui) : « Celui dont la vue vous rappelle Dieu, dont les paroles
ajoutent à votre science et dont les actes vous rappellent l’au-delà. »
Si ces mêmes personnes qui réfutent la nécessité d’un guide sont abandonnées au
milieu d’une grande ville qu’ils ne connaissent pas, avec un plan qu’ils ne comprennent
pas, ils n’espéreront trouver leur chemin et arriver à leur destination qu’avec l’aide
d’un guide connaissant la ville et ses raccourcis, les endroits à éviter et ceux à ne pas
fréquenter. Ceux qui n’arrivent pas à concevoir cela pour un endroit de ce bas-monde
palpable et limité, comment peuvent-ils le concevoir pour le domaine des Réalités
Divines lumineux et illimité ?
Ils sont convaincus, d’où leur erreur, que la compréhension du Qoran dépend
seulement des capacités intellectuelles d’une personne et de l’accumulation des
connaissances exotériques. Ils omettent l’éducation intérieure de l’âme corrompue et
la pureté du cœur, alors que seul un cœur illuminé peut capter la lumière du Qoran.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) le Très Haut dit en parlant de Sa parole révélée :
« Il consiste plutôt en des versets évidents, (préservés) dans les poitrines
de ceux à qui le savoir a été donné » (Sourate 29 L’araignée, verset 49).
Tout le monde a des yeux, mais seuls ceux qu’Allah a dotés de la lumière de la vue
sont capables de voir la lumière du soleil. Quant aux aveugles, malgré leurs yeux et
malgré l’éclat du soleil, ils ne perçoivent que l’obscurité.

L’Imam Malik (qu’Allah l’agrée) a dit : « La science n’est pas l’accumulation de versions,
mais c’est une lumière qu’Allah met dans le cœur de celui qu’Il veut. »
Le savant et Chérif Ibn ‘Ajiba Al Hasani (qu’Allah l’agrée) ajoute : « Sache que cette
science (le soufisme) n’est pas quelque chose qui s’exprime par des mots (par le
langage), mais la science du Tassawuf est une science des goûts et des états spirituels.
Elle ne peut guère être acquise à partir des écrits (ce n’est pas une science livresque),
mais elle s’acquiert par le compagnonnage des gens qui connaissent ses goûts et ses
états. Elle ne peut être obtenue par la parole (par les dires), mais elle est obtenue par
le service des frères et l’accompagnement des gens de la perfection. Par Dieu, n’a
réussi celui qui a réussi que par le compagnonnage de ceux qui ont réussi (auprès de
Dieu). »
Ainsi ces hommes, favorisés par la grâce divine, sont intimement liés à cette science.
S’ils disparaissent alors la science disparaît même s’il reste les livres, les explications,
que cela soit appris ou transmis par la suite. D’ailleurs le Prophète (que la prière et la
paix d’Allah soient sur lui) et ses compagnons (qu’Allah les agrée) ont expliqué ce lien
de la science avec ses porteurs :

« Un jour le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) regarda le ciel et
dit : « Voici le temps où la science sera enlevée. » « Ô messager d’Allah ! dit un
homme des Ançars nommé Ibn Lébid, comment la science sera-t-elle enlevée alors
qu’elle est gardée dans le livre et assimilée ? » « Je te considérais comme un des
meilleurs connaisseurs de Médine » puis il évoqua (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui) l’égarement des juifs et des chrétiens malgré le Livre d’Allah qu’ils
détenaient. »
Nous avons évoqué précédemment Chadded qui disait que la science sera enlevée par
l’enlèvement de ses contenants et Ibn Abbas (qu’Allah les agrée) qui a dit : « Savez-
vous comment a lieu la disparition de la science ? C’est la disparition des savants de
la terre. »
Quand Zeid Ibn Thabit (qu’Allah l’agrée) fut enterré, Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) dit :
« À tous les présents ! Quiconque veut savoir comment disparaît la science, c’est ainsi
qu’elle disparaît. Par Allah ! Aujourd’hui, beaucoup de science a disparu. »
Certainement, Allah Seul (qu’Il soit Glorifié et Exalté) est apte et peut guider, même
les prophètes et messagers (sur eux la paix) n’ont pas ce pouvoir. Cependant, Allah
(qu’Il soit Glorifié et Exalté), dans Sa sagesse, a utilisé des causes à la fois pour
l’égarement (Iblis et ses soldats) et pour la guidée (les prophètes et leurs héritiers).
En parlant du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Allah (qu’Il soit
Glorifié et Exalté) dit dans le Coran : « Et certes tu guides dans un chemin droit
» (Sourate 42 La consultation, verset 52)
Et le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit à ‘Ali (qu’Allah l’agrée)
: « Par Allah ! Si Allah guide par ton intermédiaire une seule personne, c’est
mieux pour toi qu’un troupeau de chameaux roux. »
Ainsi le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui-même avait un
maître, un guide pour lui enseigner, et ce, malgré sa supériorité sur toutes les
créatures. Son maître n’était autre que Djibril, Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit
dans le Coran : « Il lui a enseigné celui à la force immense (Djibril) » (Sourate
53 L’Etoile, verset 5)
De même, nous avons déjà mentionné le récit d’El khadir et du prophète Moussa (sur
lui la paix) qu’Allah mentionne dans la Sourate « La Caverne ». En effet, Moussa (sur
lui la paix), qui faisait partie des grands prophètes et qui pouvait parler directement
avec Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté), fut conduit vers El Khadir, et ce, afin de
recueillir une science que Moussa (sur lui la paix) n’avait pas : « (65) Ils
trouvèrent (Moussa et son valet) l’un de nos serviteurs (El Khadir) à qui
Nous avions donné une miséricorde de Notre part, et à qui Nous avions
enseigné une science émanant de Nous. (66) Moussa lui dit : « Puis-je te
suivre pour que tu m’apprennes de ce qu’on t’a appris concernant une bonne
direction ? » (Sourate 18 La caverne, verset 65)
Donc, si Moussa (sur lui la paix), un prophète messager qui communiquait directement
avec Allah, a reçu l’ordre de se faire le disciple d’un maître pour pouvoir recueillir cette
science émanant d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté), alors qu’en est-il de nous pauvres
pécheurs que nous sommes.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) nous a raconté, dans un
hadith rapporté par Mouslim, l’histoire du Ghoulem, un jeune garçon qui vivait à
l’époque d’un roi despotique, et qui s’était fait le disciple d’un moine. Ce jeune garçon
lorsqu’il arriva au terme de son initiation avec son maître spirituel, fut doué de «
Karamat » (Miracles des saints) qu’il utilisa pour propager la foi en Allah dans le cœur
de son peuple.

Il fut demandé à Ahmed Yasari (célèbre maître du Turkestan) : « Instruis-moi sans


livres et fais que j’apprenne à comprendre sans la présence d’un maître, car les
humains sont fragiles et la lecture des textes ne m’éclaire pas. »
Yasari répondit : « Crois-tu pouvoir manger sans te servir de ta bouche ? Pourrais-tu
digérer sans estomac ? Peut-être aimerais-tu marcher sans pieds et acheter sans payer
? Je ne pourrais faire ce que tu me demandes de faire que lorsque tu pourras toi-
même te passer d’organes physiques, toi qui souhaites pouvoir te passer de ce qui a
été prévu pour les organes spirituels. »
Parmi les douze obligations qu’Ibn ‘Arabi (qu’Allah l’agrée) rend nécessaires à toute
personne voulant emprunter le chemin qui mène à Allah sans quoi une personne «
n’est pas un vrai disciple et ne parviendra à rien » la première est : « La première de
ces obligations est la recherche d’un Cheikh et une fois celui-ci trouvé sa vénération,
puis l’engagement envers lui, par le pacte initiatique (Bay’a) pour le meilleur et pour
le pire. »
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) nous montre à travers le Qoran qu’il y a toujours eu
des guides qui ont l’aide d’Allah avec eux tant qu’il respecte le pacte qu’il y a entre eux
et leur Seigneur, en effet Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) en parlant des fils d’Israël
a dit :

« Allah prit effectivement sur les fils d’Israël leur pacte, Nous nommâmes
d’entre eux douze chefs et Allah dit : « Je suis avec vous si […] » (Sourate
05 La Table servie, Verset 12)
« Nous fîmes d’entre eux des guides mettant sur la bonne voie par Notre
ordre lorsqu’ils se montrèrent patients et parce qu’ils croyaient avec
conviction à Nos signes » (Sourate 32 La prosternation, verset 24)
Ainsi les fils d’Israël eurent droit à des guides malgré le fait qu’il leur fut envoyé
prophète après prophète (sur eux la paix). Que dire alors de la communauté du dernier
des Prophètes (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), la meilleure des
communautés, Allah l’aurait-elle laissé à l’abandon jusqu’au jour du Jugement Dernier
? Non bien sûr, Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) a placé dans cette communauté des
guides pour permettre, à ceux qui le veulent sincèrement, de réformer leur intérieur,
pour pouvoir Le connaître et y arriver.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Parmi ceux que Nous avons créé, il y a
une communauté qui guide par la vérité et le bon droit […]» (Sourate 7 Al-
Araf, verset 181)
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Allah envoie à la
tête de chaque siècle quelqu’un pour revivifier la religion. »
Celui qui prétend aimer Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et qui veut cheminer vers
Lui avec sincérité, celui-là se doit alors de faire un pacte d’allégeance (ou Bay’a) auprès
d’un de ces guides spirituels afin de recevoir le flux spirituel (ou lumière prophétique
appelée « Baraka » que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a
transmise à l’Imam ‘Ali et au véridique Abou Bakr (qu’Allah les agrée) et qui s’est
transmis auprès des maîtres authentiques jusqu’à nos jours). Le pacte engage le
disciple à suivre son maître avec obéissance, à travers l’enseignement et l’éducation
qu’il va lui dispenser, et ceci lui permettra de transcender et dépasser les
manifestations du Nefs (âme corrompue) qui constituent le voile majeur entre nous et
Allah.

Le pacte ou Bay’a fut et reste avant tout un acte spirituel institué par le Prophète (que
la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et suivi en cela par les pieux khalifes bien
guidés (bien qu’au cours de l’histoire certains détenteurs du pouvoir temporel n’en ont
gardé l’acte que dans un sens politique). Le pacte représente l’attachement et
l’obéissance du disciple à la personne qui est chargé de le guider et l’éduquer, donc ce
pacte est une orientation spirituelle, comme l’est la Kaaba, envers celui qui représente
l’autorité d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et du prophète (que la prière et la paix
d’Allah soient sur lui). Ainsi, si un disciple s’attache à son Cheikh par un pacte, ce n’est
pas en vue de l’adorer, comme certains détracteurs le clament, mais c’est afin de
s’orienter tout comme les musulmans prient en ayant pour repère la Kaaba (à la
Mecque), ce n’est pas une adoration de cet édifice sacré, mais une orientation.

Une fois que le Pacte est fait envers le maître alors lui obéir c’est obéir à Allah (qu’Il
soit Glorifié et Exalté) et à son Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)
et lui désobéir c’est désobéir à Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et à son Prophète
(que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dans le cadre de la Loi bien entendu.
Quand le pacte se fait, c’est en fait dans les mains d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté)
qu’il se fait comme embrasser la pierre noire signifie embrasser la main d’Allah, comme
l’a dit le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dans un hadith, et
comme cela est mentionné aussi dans la parole d’Allah envers ceux qui prêtèrent
serment au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) :

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Ceux qui te prêtent serment d’allégeance
ne font que prêter serment à Allah, la Main d’Allah est au-dessus de leur
main […] » (Sourate 48 La victoire éclatante, verset 10)
Le serment d’allégeance ou pacte que l’ont fait auprès des maîtres authentiques, n’est
rien d’autre que le renouvellement du pacte primordial qui eut lieu au monde des âmes
(Baït El Arwah) auprès de la Présence Divine.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Et quand Ton Seigneur tira une
descendance des reins des fils d’Adam et les fit témoigner sur eux-mêmes :
« Ne suis-Je pas votre seigneur ? » Ils répondirent : « Mais si, nous en
témoignons… » […] » (Sourate 7 Al-Araf, verset 172)
Ainsi ce serment renouvelé sur terre, auprès des lieutenants d’Allah, est accompagné
de bienfaits spirituels énormes, tel que l’agrément d’Allah.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Allah a très certainement agrée les
croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous l’arbre […] »
(Sourate 48 La victoire éclatante, verset 18)
Il y a encore la descente de la quiétude (Sakina) dans leur cœur ce qui permet
d’augmenter la foi.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « C’est Lui qui a fait descendre la quiétude
(Sakina) dans les cœurs des croyants afin qu’ils ajoutent une foi à leur foi »
(Sourate 48 La victoire éclatante, verset 4)
Et également : « […] Il a su ce qu’il y avait dans leurs cœurs et a fait
descendre sur eux la quiétude (Sakina) […] » (Sourate 48 La victoire
éclatante, verset 18)
Nous avons vu le bienfait qu’Allah rattache au pacte, mais il y a aussi des méfaits pour
celui qui s’en détourne. En effet cette personne ne pourra pas entamer son effort
intérieur, elle suivra donc les penchants de son Nafs (âme corrompue) et restera voilé
dans son cœur, aveugle, sourd et muet et ne pourra recueillir la Connaissance. Elle
s’attachera peut-être aux signes extérieurs de la religion, mais en négligera ses
implications intérieures et profondes et si elle meurt ainsi, elle mourra en état
d’ignorance et c’est aussi pour cela que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui) a dit : « Celui qui rompt son pacte d’allégeance trouvera Allah
le jour de la résurrection alors qu’il n’a aucun argument, celui qui meurt sans
avoir fait un pacte d’allégeance meurt en état d’ignorance. » (Mouslim)
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Tenez vos engagements pris au nom
d’Allah une fois que vous vous y êtes engagés […] » (Sourate 16 Les abeilles,
verset 91)
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « […] Respectez vos serments, car On
vous en demandera certainement compte. » (Sourate 17 Le voyage
nocturne, verset 34)
Le grand saint Abou Yazid Bistami (qu’Allah l’agrée) a dit : « Celui qui n’a pas de maître,
son guide est Satan. » C'est-à-dire que son âme corrompue restera le jouet de Satan
et de ses insufflations démoniaques pour le détourner de la véritable adoration d’Allah.
Ainsi ce combat intérieur qui permet à l’individu de dévoiler son cœur, lui permettant
d’avoir la compréhension vraie et d’atteindre la vérité, échappant par la même à
l’emprise idolâtre de son Nafs, ce combat n’est possible que sous l’égide d’un maître
doté de la permission particulière (Idhnoul Khass).
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « N’ont-ils pas parcouru la terre afin
d’avoir des cœurs pour comprendre ou des oreilles pour entendre ? Car ce
qui devient réellement aveugle ce ne sont pas les yeux, mais ce sont les
cœurs qui sont dans les poitrines ? » (Sourate 22 Le pèlerinage, verset 46)
Les guides, représentants d’Allah et de son Prophète (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui), sont de nature et de comportement parfois diamétralement opposé, qui
varient en fonction du contexte où ils vivent et de leur mission, mais toujours en
harmonie avec la Sagesse Divine.

Le Cheikh Yahya Munir disait : « Il n’y a pas chez les maîtres de comportement
uniforme. L’un mange et dort bien, l’autre jeûne et veille toute la nuit. L’un peut passer
son temps avec les gens, l’autre se tenir à l’écart. L’un est vêtu de haillons, l’autre de
soie et de linge fin, un autre est silencieux, un autre encore parle avec animation. L’un
cachera sa sainteté, l’autre la révèlera au grand aux yeux de tous. Un autre servira
tous les êtres humains, qu’ils soient dévots ou débauchés, un autre refusera de côtoyer
le mal. »
Il fut demandé à un sage pourquoi les maîtres soufis adoptent des comportements
aussi différents, il répondit : « Ils adoptent le comportement qu’ils jugent nécessaires
à l’accomplissement de leur tâche. Vous pouvez donc vous attendre à une gamme
étendue de comportement […] le même individu peut adopter à différents moments
des attitudes différentes. »
Le lien qui unit le disciple à son maître est un rapport de patience et de confiance.
C’est ce rapport Patience-Confiance qui lie la créature à son Créateur et qui se profile
dans la relation qui liait le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) à ses
compagnons (qu’Allah les agrée), et ce, durant toute la durée de sa mission. Sans ce
rapport Patience-Confiance, l’éducation n’est pas possible, l’obéissance ne sera pas
parfaite et ce qui a poussé Iblis à désobéir à Son Seigneur à l’origine des temps,
poussera le disciple de la même manière tout en méconnaissant l’enseignement du
guide.

Quelqu’un demanda à un soufi : « Des expériences de toute ta vie, quelle est celle qui
t’a le plus marqué, le plus appris et dont l’effet s’est fait le plus sentir ? »
Il répondit : « L’expérience que je vais rapporter m’a tout appris sur ce que je savais
déjà, mais ne comprenais pas, et elle reste pour moi la leçon des leçons. Auparavant
j’étais du nombre des « ignorants instruits », je passais pour savant et me prenais
moi-même pour un sage. Après cela, j’étais celui qui a compris. J’avais décidé d’aller
voir le grand sage de Chihil-Tan. Les intrigues des petits esprits avaient fini par monter
les gens contre lui et quand j’arrivai, une foule hurlante se pressait devant sa maison.
La populace aboyait comme une meute lancée sur sa proie. Alors il sortit sur son balcon
et se tint là immobile, sans répondre. Un homme se mit à l’injurier plus fort que tous
les autres, ce qui eut pour effet de faire taire la foule. D’abord ils écoutèrent bouche
bée leur chacal en chef puis ils semblèrent mal à l’aise, comme frappés de stupeur
devant tant de violence, enfin tandis que le sage gardait toujours le silence, ils
commencèrent à murmurer contre cet homme qui était encore quelques minutes
auparavant leur porte-parole.
Je pensais : « C’est sûrement un miracle, Dieu se sert de Ses ennemis pour venir en
aide à Ses amis. Mais que va-t-il advenir du meneur qui est maintenant en passe de
devenir le bouc émissaire de la populace ? » Alors, tandis que la foule commençait à
huer le meneur, je vis le sage de Chihil-tan s’avancer et lui assener un coup. Je me dis
: « Il est regrettable qu’il n’ait pas su se maîtriser au moment de la victoire. » Mais la
foule se dispersa et je quittai les lieux sans rendre visite au sage, car je ne savais plus
que penser.
J’errai depuis une heure ou deux quand j’aperçus un pauvre derviche au bord de la
route, un bol de lait caillé devant lui. Il m’offrit de partager son repas et je m’assis à
ses côtés. Il avait lu dans mes pensées tandis que je mangeais, car il me dit au bout
de quelques minutes : « Homme sans foi et sans merci ! Tu te demandes pourquoi le
sage de Chihil-tan n’a pas su garder son calme et pour quelle raison il a frappé son
tourmenteur annulant par là même, à tes yeux, sa réputation de maîtrise de soi. Sache,
ô juge ignorant des apparences, que la réalité est différente de ce que tu t’imagines :
ce qui te semble un fait n’est que pure imagination !
Le sage a frappé cet homme : c’est le seul et unique fait, son intention, en revanche,
n’est pas un fait visible, mais une construction de ton esprit perverti ! Il a frappé
l’homme pour dissiper la foule, s’il ne l’avait pas fait, c’est elle qui aurait l’instant
d’après attaqué son persécuteur. En le frappant, il a donné satisfaction au goût
immodéré de la populace pour le spectacle du châtiment. L’agresseur n’a eu aucun
mal, la vérité c’est qu’il a été protégé de la fureur de la foule qui, sans cela, l’eût mis
en pièce.
Alors tu vois : ce qui semblait un acte de violence et était effectivement un coup, était
le seul moyen de préserver la vie de l’agresseur. Tant que tu ne sauras pas voir ces
choses et les voir dans ton cœur, tu ne seras pas l’un des élus et tu joueras tel l’enfant
qui gaspille des fruits secs, et cela, tu l’appelleras savoir ou jugement ou connaissance,
mais tu n’auras pas la compréhension et tu resteras à jamais un animal, à moins que
tu apprennes et que tu apprennes et que tu apprennes. »
Je l’interrompis : « Si l’on devait adopter ce principe et donc s’abstenir de juger selon
les apparences, toutes sortes d’actions irresponsables pourraient être commises ou
nom de la sainteté et tous les coquins de la terre auraient alors toute licence d’agir à
leur guise, et tout le monde prendrait fin ! »
Le pauvre me regarda, puis il rit, puis il pleura : « Ô frère à la bonne mine ! dit-il enfin.
N’as-tu pas remarqué que le monde touche déjà à sa fin et que ceux qui croient faire
le bien et auxquels perception et compréhension font défaut sont précisément ceux
qui précipitent sa fin ? Cependant tu ne vois pas et en fait, tu désires contribuer au
processus. Ne te mêle pas de cela, et plutôt que de te faire une spécialité de l’examen
minutieux des apparences, efforce-toi d’atteindre la compréhension du sens des
évènements ! »
Les guides spirituels authentiques sont les sujets de la faveur divine, c’est un choix
d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) tiré de Sa Prescience et de Sa Sagesse auquel l’être
humain n’a aucune part de décision. Or l’être humain est un grand contestateur, il
rejette, souvent par orgueil, tout ce qui ne satisfait pas sa vision des choses, basée
trop souvent sur l’apparence. Ainsi le rejet des prophètes (sur eux la paix), par leur
communauté, est systématique et Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) nous en donne le
témoignage dans le Qoran :

- « Ils dirent : « Que n’a t’on fait descendre sur lui un ange ? […]» (Sourate
06 Les bestiaux, verset 08)
- « […] Si Nous avions fait un ange, Nous lui aurions sûrement donné une
apparence humaine et Nous leur aurions brouillé la Vérité comme ils la
brouillent eux-mêmes. » (Sourate 06 Les bestiaux, verset 09)
- « (75) Les dignitaires de son peuple qui s’étaient enorgueillis dirent à ceux
qui avaient été victimes de leur propre faiblesse : « Savez-vous que Salih
est envoyé de la part de son Seigneur ? » Ils dirent : « Nous sommes
pleinement croyants en l’objet de sa mission. » (76) Ceux qui s’étaient
enorgueillis dirent : « Nous renions absolument ce en quoi vous avez cru. »
» (Sourate 07 Al-Araf, versets 75-76)
- « (12)Tu voudrais bien délaisser une partie de ce qui t’est inspiré et il se
peut que ta poitrine se sente à l’étroit de les entendre dire : « Que ne fût
descendu sur lui un trésor ou que ne fût venu avec lui un ange ! » Or tu n’es
qu’un avertisseur et Dieu veille aux affaires de toutes choses. (13) Ou bien
ils disent : « Il l’a forgé de toutes pièces » […] » (Sourate 11 Hud, versets
12-13)
- « Les personnalités marquantes de son peuple (à Noé) qui avaient renié
dirent : « Nous ne voyons en toi qu’un être semblable à nous et nous ne te
voyons suivi que de ceux qui, à première vue, sont nos plus humbles. De
plus nous ne vous voyons jouir d’aucune supériorité sur nous, mais nous
vous croyons plutôt des menteurs. » (Sourate 11 Hud, verset 27)
- « (90) Ils dirent : « Jamais nous ne t’ajouterons foi jusqu’à ce que tu nous
fasses jaillir de terre une source intarissable, (91) ou que tu aies un jardin
de palmiers et de vigne et qu’à travers eux tu fasses couler abondamment
les rivières, (92) ou que tu fasses tomber sur nous, comme tu l’as prétendu,
le ciel en morceaux ou que tu nous amènes Dieu et les anges d’une façon
bien visible, (93) ou que tu disposes d’une maison en or et autres choses
précieuses, ou que tu t’élèves dans le ciel et nous ne croirons jamais à ton
Ascension jusqu’à ce que tu fasses descendre sur nous un livre que nous
lisions » Dis : « Gloire et Pureté à mon Seigneur ! Ai-je donc été autre chose
qu’un être humain messager ? » (94) Et qu’est-ce qui a empêché les gens
de croire lorsque leur vint la bonne direction si ce n’est qu’ils ont dit : « Est-
ce que Dieu a envoyé un simple humain comme messager ? » » (Sourate 17
Le voyage nocturne, versets 90-94)
- « (24) Les notables de son peuple qui avaient mécru dirent : « Ce n’est là
qu’un être humain comme vous, voulant se distinguer à votre détriment. Si
Dieu avait voulu, Il aurait fait descendre des anges. Nous n’avons entendu
rien de tel parmi nos premiers ancêtres. (25) Ce n’est en vérité qu’un homme
atteint de démence. Attendez un peu pour voir ce qui va lui arriver. »
(Sourate 23 Les croyants, versets 24-25)
- (07) « Ils dirent : « Qu’a donc ce messager à manger de ce que nous
mangeons et à circuler dans les marchés ? Que ne lui a-t-on descendu un
ange pour qu’il soit avec lui un avertisseur ? (08) Que ne lui jette-t-on un
trésor ou que n’a-t-il en sa possession un jardin dont il mange ? » Et les
injustes de dire : «Mais vous ne suivez là qu’un homme ensorcelé. » (09)
Regarde quelles images ils ont donné de toi et comment cela causa leur
égarement au point qu’ils ne sont plus capables de choisir un chemin. »
(Sourate 25 Le discernement, versets 07-09)
Les versets traitant ce sujet sont nombreux, et ce qui a touché les Prophètes (sur eux
la paix) a obligatoirement touché les hommes de Dieu. Ainsi les gens, suivant leurs
mauvais penchants, ont soit rejeté tout homme de Dieu, soit accepté certains et rejeté
d’autres, comme ce le fut pour les Prophètes d’Allah (sur eux la paix).

Les élus d’Allah sont le choix d’Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) et ils sont baignés par
la Grâce et la Faveur d’Allah : « Voilà ceux qu’Allah a comblés de faveurs, parmi
les prophètes, parmi les descendants d’Adam, et aussi parmi ceux que Nous
avons transportés en compagnie de Noé, et parmi la descendance
d’Abraham et d’Israël et parmi ceux que Nous avons guidés et choisis […] »
(Sourate 19 Myriam, verset 58)
Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) leur révèle (Ilhem) de Sa science et les guide dans
leurs faits, gestes et paroles :

- « Ceux-là Allah leur a inculqué la foi dans leurs cœurs et les a soutenus par
un souffle de vie de Sa part. Il les introduira dans des jardins sous lesquels
coulent les rivières et où ils seront pour l’éternité. Allah leur a donné Sa
pleine satisfaction et ils lui ont donné la leur. Ceux-là sont le parti d’Allah et
c’est le parti d’Allah qui récolteront le succès. » (Sourate 58 La discussion,
verset 22)
- « Il fait descendre les Anges, porteurs de l’Esprit, par Son ordre sur qui Il
veut de Ses esclaves, à savoir : « Avertissez qu’il n’est d’autre Dieu que Moi-
même et craignez-Moi en conséquence. » (Sourate 16 Les abeilles, verset
02)
- « Ce n’est nullement le fait d’un être humain qu’Allah lui adresse la parole
si ce n’est par inspiration ou de derrière un écran ou qu’Il envoie un
messager pour qu’Il lui inspire avec Sa permission ce qu’il veut. Il est
Sublime et Sage. » (Sourate 42 La consultation, verset 51)
- « Est-ce que celui dont Allah a détendu la poitrine pour l’ouvrir à l’Islam et
qui détient ainsi une lumière de son Seigneur (est meilleur ou est-ce celui
qui est resté mécréant ?) […]» (Sourate 39 Les groupes, verset 22)
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a indiqué que parmi ses
compagnons certains recevaient une inspiration venant d’Allah (qu’Il soit Glorifié et
exalté) tel est le cas de ‘Omar Ibn El Khattab (qu’Allah l’agrée). En effet le Prophète
(que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Quiconque déteste ‘Omar
m’a détesté, quiconque aime ‘Omar m’a aimé. Allah s’est flatté devant les
anges de tous les musulmans l’après-midi de ‘Arafat, et il s’est flatté de
‘Omar en particulier. Chaque fois qu’Allah a envoyé un prophète, il y eut
dans sa communauté un inspiré. S’il y en a dans ma communauté, ‘Omar en
fait partie. » « Ô messager d’Allah ! dirent-ils, comment ça un inspiré ? » « Les
anges parlent par sa bouche »
Une fois Oubey Ibn Kaab (qu’Allah l’agrée) a dit : « J’entrerai dans la Mosquée, je
prierai, et je louerai Allah avec les louanges que personne ne Lui a jamais adressées.
» Il pria, il s’assit pour louer Allah et le féliciter, et derrière lui, il entendit dire à voix
haute : « Ô Allah ! À toi est la louange (…) et accepte mon repentir. » Il se rendit alors
chez le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et lui raconta
cela Il dit (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « C’est Jibril. »
De même, les Awliya, protégés d’Allah, ont accès, par la permission d’Allah, à certains
aspects du monde du mystère (El Ghaïb) à certaines connaissances cachés, ils ont
aussi la capacité, toujours par la permission d’Allah de faire des prodiges (Karamat)
comme ce fut le cas pour les compagnons du Prophète (qu’Allah les agrée), et chacun
selon leur degré.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « […] Nous élevons les degrés de qui Nous
voulons et au-dessus de tout savant se trouve un plus grand savant. »
(Sourate 12 Joseph, verset 76)
Mais le plus grand miracle dont sont dotés ces élus c’est le fait de réformer les
intérieurs de ceux qui les suivent, d’augmenter, par leur compagnie, l’amour d’Allah et
de Son Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), de fournir aux cœurs
soumis motivation et constance dans les bonnes œuvres. Tout ceci est du domaine de
la guidée et rien n’est plus cher et plus important que la guidée au point qu’Allah en a
fait la demande unique des « sept répétés » (Sourate El Fatiha) : « guide-nous dans
le droit chemin. »
La compagnie de ces hommes-là est des plus bénéfique, leur obéissance mène à la
réussite, leur parole autant que leur silence est un enseignement. On a demandé au
Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Quels
sont les meilleurs compagnons avec lesquels nous pouvons nous asseoir ? » Il dit (que
la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Ceux dont la vue vous rappelle Allah,
dont les paroles enrichissent votre savoir et dont les œuvres vous rappellent
l’au-delà. »
Une fois le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) décrivit à ‘Omaret
‘Ali (qu’Allah les agrée) l’existence d’un de ces hommes d’Allah, qui vivait au Yémen et
nommé Ouways Qarni. Il (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) leur
recommanda de le rechercher et de lui demander d’implorer le pardon d’Allah pour
eux. Pourtant cet homme n’a jamais vu le Prophète (de corps) il est classé parmi les
Suivants (Tabi’ine) et non comme un Compagnon (qu’Allah les agrée tous), et de plus
il n’a pas combattu à ses côtés comme l’ont fait ‘Omar et ‘Ali (qu’Allah les agrée).
Ouways (qu’Allah l’agrée) était considéré par sa tribu comme un pauvre berger
solitaire, mais Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) sait ce que ne savent pas Ses
créatures. ‘Omar, la dernière année de son Califat, finit par le trouver à ‘Arafat lors du
pèlerinage gardant les chameaux de sa tribu.

Par l’intermédiaire de tels hommes et leur Baraka, la foi de l’islam s’est répandue et
enracinée dans des contrées éloignées et des cœurs fermés. Ces maîtres authentiques
ont hérité de la Bénédiction prophétique (Baraka), flux spirituel qui permet,
accompagné par les directives et l’enseignement d’un maître, de parfaire le grand
combat contre le Nafs. Tous ces ingrédients-là permettent de transformer la nature
animale du novice en pureté et sainteté, c’est ce qui est appelé dans le langage Soufi
par « L’Alchimie Spirituelle. »

Tant que ces maîtres authentiques existeront, la religion sera préservée auprès d’eux
et ceux qui les suivront seront bien guidés. C’est en parlant de tels hommes que l’Imam
‘Ali (qu’Allah l’agrée) a dit : « Il reste toujours sur terre des défenseurs d’Allah avec
des arguments fermes, pour que ne disparaissent pas les arguments et les preuves
d’Allah, ceux-là sont les moins nombreux et les plus valeureux chez Allah. Par eux,
Allah défend Ses arguments jusqu’à ce qu’ils les transmettent à leurs égaux et les
plantent dans les cœurs de leurs semblables. La science leur a fait saisir la vérité des
choses, et ils ont trouvé aisé ce que les gens vivants dans le luxe ont trouvé difficile
et agréable ce que les gens ignorants ont trouvé rebutant. Ils ont vécu dans ce monde
avec des corps dont les âmes sont attachées au royaume céleste. Ceux-là sont les
lieutenants d’Allah sur Sa terre et Ses prédicateurs à Sa religion. Ah! Ah ! Que j’ai envie
de les voir. »
Enfin d’autres personnes, par leurs esprits pervertis, confondent la vénération dont
font preuve les disciples vis-à-vis de leur Cheikh, avec des actes d’adoration et
considèrent cela comme non redevable à l’égard d’un être humain.

Tout d’abord, il faut savoir que ce respect est une manifestation de l’amour que l’on
doit à tout Waly et surtout envers celui qui est en charge de notre éducation et qui
nous permet ainsi d’accéder, par la grâce Divine, à la connaissance d’Allah et par
conséquent à la véritable adoration, le plus grand et seul véritable bienfait que puisse
recevoir une personne. Malheureusement pour beaucoup de personnes cela n’a
aucune valeur et ne représente rien. Par contre, si une personne nous sauve d’une
situation ou d’un problème désastreux, ou nous permet d’acquérir des biens matériels
en nous permettant ainsi de vivre pour toujours dans l’aisance, alors là l’amour et le
respect envers cette personne seraient nécessaires et bien vus. Aimer les hommes
qu’Allah aime fait partie de l’amour que l’on doit à Allah, c’est ce que signifie
l’expression prophétique « aimer en Allah » et il en est de même pour les marques de
respect.

En effet, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Honorez
les savants, car ils sont les successeurs des Prophètes. Celui qui les a
honorés c’est comme s’il a honoré Allah et Son Prophète. »
Vénérer une personne ne signifie pas l’adorer, et les actes extérieurs de respect ne
troublent en rien la qualité de la foi, car si cela avait été le cas, Allah (qu’Il soit Glorifié
et Exalté) n’aurait jamais permis la vénération de la Kaaba et de la pierre noire qui ne
sont que des pierres disposées les unes sur les autres. Si les musulmans vénèrent
particulièrement cet endroit, ce n’est point pour ce qu’il est, mais pour le rôle qu’Allah
lui a donné. C’est à ce même titre que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui) et les hommes de Dieu (Waliyoullah) sont vénérés, ils ont été choisis
par Allah pour être une cause de guidée, et c’est donc sur eux que se déverse la
bénédiction et l’agrément Divin.

La vénération des choses ou des personnes étant liée à Allah (qu’Il soit Glorifié et
Exalté) est un acte de foi vis-à-vis d’Allah, par ce lien avec Lui, ces choses ou ces
personnes sont des récipients dans lesquels se déverse la Baraka d’Allah et dans
lesquels on peut s’abreuver. Les compagnons du Prophète (que la prière et la paix
d’Allah soient sur lui) avaient particulièrement bien compris cela et ont excellé dans la
recherche de cette bénédiction. Voici quelques récits qui le montrent et quelques
marques de respect surprenant envers le Prophète (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui) :

Ouséma Ibn Charik (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Nous étions assis auprès du
Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), comme si nous avions des
oiseaux sur nos têtes, aucun de nous ne prononçait une parole. Des gens vinrent alors
et demandèrent : « Quels sont les serviteurs d’Allah les plus aimés d’Allah Très Haut ?
» Il répondit (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Ceux qui ont le
meilleur comportement. » »
Zouhri (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Quand le Messager d’Allah (que la prière et la
paix d’Allah soient sur lui) faisait ses ablutions ou crachait, ils se précipitaient pour
attraper son crachat au vol et s’en essuyaient le visage et la peau. Le messager d’Allah
<(que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) demanda : « Pourquoi faites-vous
cela ? » « Nous voulons la bénédiction » répondirent-ils.
‘Orwa qui était venu négocier lors du pacte de Houdeybiya raconta après avoir observé
discrètement les compagnons du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur
lui) : « Par Allah ! Quand Mohammed (que la prière et la paix d’Allah soient sur
lui) crachait, son crachat atterrissait dans la main de l’un d’eux et il essuyait son visage
et sa peau. Dès qu’il leur donnait un ordre, ils se précipitaient pour l’exécuter. Chaque
fois qu’il faisait ses ablutions, ils s’entretuaient presque pour son eau. Quand il parlait,
ils baissaient leur voix auprès de lui et ne le regardaient pas en face par respect et
glorification. »
‘Orwa retourna vers ses amis et déclara : « Ma tribu ! Par Allah ! J’ai été reçu par les
rois, j’ai été ambassadeur chez César, Kisra et Négus. Par Allah ! Je n’ai jamais vu un
roi glorifié par ses compagnons comme Mohammed est glorifié par les siens. »
Abou Qourad Assoulami raconte : « Nous étions chez le Prophète (que la prière et la
paix d’Allah soient sur lui) quand il demanda de l’eau pour faire ses ablutions. Il y
plongea la main et fit ses ablutions. Nous suivîmes l’eau et nous la sirotâmes. Le
Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) demanda : « Pourquoi avez-
vous fait cela ? » « Pour l’amour d’Allah et de Son Messager» répondîmes-nous. Il
dit (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Alors si vous voulez qu’Allah
et son Messager vous aiment, remplissez vos engagements quand on vous
fait confiance, dites la vérité quand vous parlez, et soyez bienfaisants envers
vos voisins. »
Safina raconte : « Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se fit
saigner puis dit : « Prends ce sang et enterre-le pour qu’il soit à l’abri des
bêtes, des oiseaux et des hommes.» Je me suis cachée, je l’ai bu puis je lui ai
raconté et il en rit (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). »
Abou Saïd El Khoudri (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Quand le Messager d’Allah (que la
prière et la paix d’Allah soient sur lui) fut atteint au visage le jour d’Ohod, mon père
Mélik Ibn Sinène suça son sang puis l’avala. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui) demanda : « Bois-tu le sang ? » « Oui, répondit-il ; je bois le sang du
Messager d’Allah. » « Mon sang s’est mélangé avec le sien, le feu ne le touchera
pas ! »
Oumeyma rapporte : « Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait
un bol dans lequel il urinait et qu’il plaçait sous le lit. Il se réveilla, le chercha, mais ne
le trouva pas. Il demanda : « Où est le bol ? » On répondit : « Sorra, la servante
d’Oum Salama qui est venue avec elle d’Éthiopie l’a bu. » Le Prophète (que la prière
et la paix d’Allah soient sur lui) déclara : « Elle s’est protégée du feu par un
rempart puissant. »
Ibrahim Ibn Abderahmane Ibn Abdelqani raconte : « J’ai regardé Ibn ‘Omar poser sa
main sur l’endroit de la chaire où s’asseyait le Prophète (que la prière et la paix d’Allah
soient sur lui) puis il la passa sur son visage. »
Yazid Ibn Abdelallah Ibn Alqousayt raconte : « J’ai vu certains compagnons du
Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), quand la Mosquée était vide,
ils tenaient la chaire (du Prophète) de leur main droite et se dirigeaient vers la Qibla
et imploraient Allah. »
Séléna Ibn Alakwa raconte : « J’ai prêté serment d’allégeance au Messager
d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avec ma main que voici, nous lui
embrassâmes la main et il ne refusa pas. »
Mézina Alaabdi rapporte : « Alachajj vint en marchant, il prit la main du Prophète (que
la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et l’embrassa, le Prophète (que la prière et la
paix d’Allah soient sur lui) lui dit : « En vérité, tu possèdes deux qualités qu’Allah
et Son Messager aiment. » « Ai-je été créé ainsi ou ai-je acquis ce comportement
? » « Non, c’est en toi, tu as été créé ainsi. » « Louange à Allah qui m’a créé à la
façon que Lui et Son Messager aiment. » Ce sont la douceur et le calme.
Ténim Ibn Séléna rapporte : « Quand ‘Omar arriva au Chèm, Abou Obeyda ibn Al
Jarrah l’accueillit, lui serra la main et la lui embrassa. Puis ils restèrent entre eux à
pleurer. »
Younous Ibn Maysara raconte : « Nous avons visité Yézid Ibn Alaswèd dans sa maladie.
Wethila Ibn Alasqaa entra. En le voyant, Yézid tendit la main et lui prit la sienne puis
essaya son visage et sa poitrine, car il avait prêté serment au Messager d’Allah (que
la prière et la paix d’Allah soient sur lui). »
Ainsi, tous ces récits montrent bien le lien de la vénération avec la foi et ne la
contredisent nullement comme le pensent certains. Cela permet aussi aux disciples de
pouvoir s’éduquer intérieurement, de maîtriser et combattre les suggestions de l’âme
corrompue (Nafs), fertile pour l’orgueil, d’apprendre et d’acquérir la vertu de la
modestie nécessaire pour celui qui voyage vers Allah, et aussi surtout fournit un
contexte où les règles des convenances (Adeb) peuvent être mises en applications et
prospérer.

Il faut savoir que celui qui veut avoir accès à la cour du Roi, il se doit d’abord de passer
par son valet et c’est celui-ci qui constatant si les convenances sont suffisantes nous
considérera comme apte à rentrer auprès du Roi, sinon si l’adeb devant le valet ne
suffit pas alors celui-là ne peut se permettre de nous laisser rencontrer le Roi. Si le
manque d’adeb devant le valet nous empêche de rencontrer le Roi, c’est parce qu’un
manque d’adeb devant le Roi nous propulserait dans sa disgrâce et sa colère.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) n’était pas venu apprendre
aux gens comment trouver les défauts d’une chaîne de transmission d’un Hadith ou la
remise en cause d’une fatwa et autres règles juridiques, mais il (que la prière et la paix
d’Allah soient sur lui) est venu pour réformer les intérieurs, guérir les cœurs de leur
maladie et purifier les esprits afin de leur permettre de connaître Allah qui est, et
constitue le seul but à atteindre pour l’ensemble des Djinn et des êtres humains,
hommes ou femmes, à travers chaque époque, et ce, jusqu’au jour du Jugement
Dernier.

C’est ce que s’évertuent à faire les voies spirituelles. Elles sont les seules à avoir poussé
l’introspection de soi-même à son plus haut niveau, de même pour la recherche de
nos propres défauts et la réforme des comportements et des caractères, ce qui donna
naissance à des saints, protégés d’Allah qui ne sont motivés que par l’amour d’Allah,
ne recherchant que Son visage. Ceux-là ont ainsi suivi la voie de leur Prophète (que la
prière et la paix d’Allah soient sur lui) et de ses compagnons (qu’Allah les agrée), ils
ont réalisé la totalité et la profondeur de leurs enseignements et sont donc devenus
les lieutenants d’Allah sur terre, et les Imams de la guidée. Ceux qui les auront aimés
seront aimés d’Allah, et ceux qui les auront détestés seront détestés d’Allah. Ils sont
les détenteurs de la Baraka Prophétique (bénédiction), de la science infuse et de cette
certitude qui fait défaut à notre communauté, en cette époque.

Voilà, expliqué à travers ces quelques lignes, ce que renferment les mots « science »
et « savant » dont parle Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté). C’est le tandem "Chari’a-
tariqa" (la Loi et la Voie), "extérieur-intérieur", "apparent-caché" qui permet de suivre
le chemin de la guidée permettant ainsi d’arriver, la grâce Divine aidant, au domaine
du Haqiqa (domaine des Réalités Divines) domaine réservé aux élus, à l’élite parmi les
esprits, aux cœurs sincères.

Allah (qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « […] Allah placera sur des degrés élevés
ceux d’entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la science […]»
(Sourate 58 La discussion, verset 11)
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Les prophètes ne
laissent en héritage ni dinar, ni dirham, mais ils laissent la science, celui qui
l’aura recueillie, aura recueillie une chose énorme ».
La voie qui mène à la Vérité impose de rechercher réellement la Vérité, sans
contrefaçon que ce soit par rapport à soi même ou autrui, et les guides et maîtres de
la Voie sont là pour nous permettre de comprendre la Vérité et de voyager vers elle.
Ils sont ce pont qui nous donne l’accès à l’autre rive et cette porte qui nous permet
d’entrer dans la demeure des Réalités, nous sauvant par la même des dangers des
apparences.

Ainsi, nous venons de voir quelques bases élémentaires que le chercheur de Vérité
doit prendre en compte, car celui qui veut se faire « Soufi » se doit d’emprunter avec
certitude cette Voie de la rectitude, en déjouant un à un, sous l’égide et grâce au «
Cheikh », les pièges et ruses qui s’interposent entre le chercheur et le Recherché
(Allah), habillé de la Loi (Chari’a) et cheminant sur la Voie (Tariqa). Le chercheur
connaîtra ainsi Allah, par Allah, pour Allah, vers Allah, en Allah (Haqiqa) et découvrira
l’amour méconnu qui lie mystérieusement l’amant à l’Aimé.

Zaouiya Tidjaniya El Koubra d’Europe