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Université Paul Sabatier Toulouse 3

POLYCOPIE DE
CALCUL DES OUVRAGES
Version 4.1.3

Erick Ringot

Université Paul Sabatier, Toulouse 3


Mention SCIENCES POUR L'INGÉNIEUR
Département d'Ingénierie UPSSITECH - L3 GCGEO
Faculté des Sciences et Ingénierie - Licence de Génie Civil chantier NHU Zinchang, Chine
Université Paul Sabatier Toulouse III - Université de Toulouse Avril 2012
118, route de Narbonne - FR 31062 Toulouse France e-mail : erick.ringot@univ-tlse3.fr
Avant-Propos

révisions
n° date auteur - correcteur nature de la modication
1.0 mars 2013 E.Ringot -
2.0 février 2014 ' Th des poutres : cercle de Mohr des inerties.
3.0 mai 2014 ' Ajout du chapitre statique.
3.1 février 2015 ' Statique : Dynamique et funiculaire.
3.2 mars 2015 ' Méthode des forces : Lignes d'inuence -
Appui dénivelé - Chargement thermique -
Appui élastique.
3.3.1 novembre 2015 ' Statique : Complément sur les treillis.
Méthode des déplacements : Discussion sur la
pluralité du choix des DDL.
3.3.2 décembre 2015 ' Intégrales de Mohr.
3.3.3 mars 2016 ' Méthode des déplacements : présentation
succincte du logiciel pyBar.
3.3.4 juin 2016 ' Compléments méthode des déplacements :
vecteur second membre.
4.0 juillet 2016 ' Ajout du chapitre stabilité.
4.1 août 2016 ' Relecture complète - compléments dans les
chapitres cisaillement de exion, torsion,
méthode des forces

public - objectifs
Ce cours, généraliste, s'adresse aux étudiants préparant une licence de génie civil ou un diplôme d'ingénieur
civil. Il se situe au niveau L3 selon les standards Européens. L'objectif de ce cours est d'introduire et de
conforter les bases du calcul des structures qui seront ensuite exploitées dans les disciplines telles que le
béton armé, le béton précontraint, la construction métallique, la construction bois, les ossatures aluminium.

Les chapitres concernant le cisaillement (exion/torsion) contiennent des éléments de niveau Master M2
qui, autrefois, faisaient l'objet du cours de calcul des structures dans l'année de préparation au concours de
l'agrégation de génie civil.

Les ingénieurs en exercice et les enseignants pourront trouver intérêt à rafraîchir leurs connaissances ou
retrouver l'origine de formules extraites des codes de calcul, les Eurocodes en particulier.

Toute remarque ou notication d'erreur concernant le contenu du présent document peut être adressée à
l'auteur par e-mail :

erick.ringot@univ-tlse3.fr

acquisition de compétences
La théorie des poutres est le contexte général du calcul des ouvrages. Cette théorie s'appuie en amont sur
la théorie de la mécanique des milieux continus et trouve son prolongement, en aval, dans les codes de

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construction et notamment la famille des Eurocodes EC0 à EC9.

L'assimilation de ce cours est nécessaire pour suivre le cours suivant de dynamique des structures et de
parasismique (Master 1 et Master 2 du cursus de génie civil à l'Université Paul Sabatier de Toulouse 3).

contenu
Ce cours aborde les sujets suivants :

1. une introduction sur la place de la théorie des poutres dans les missions de l'ingénieur civil comprenant
des rappels de mécanique générale. La notion de torseur est rappelée et, en particulier, le torseur
cinématique et le torseur des systèmes de force ;

2. un chapitre sur la statique des structures. Y sont présentées les hypothèses généralement admises pour
le calcul de statique, en particulier l'hypothèse des petites perturbations et quelques contre-exemples.
L'approche vectorielle et l'approche scalaire, par les puissances virtuelles, sont exposées.

3. la théorie des poutres basée sur les hypothèses de Timoshenko et de Saint-Venant. Il s'agit d'une
approche cinématique.

4. la théorie du cisaillement de exion ;

5. la théorie de la torsion de Saint-Venant ;

6. le principe des puissances virtuelles et les théorèmes dits énergétiques ;

7. la méthode des forces ;

8. la méthode des déplacements à l'origine des logiciels de calcul de structure du marché ;

9. une introduction aux problèmes de stabilité des structures élastiques.

On trouvera les mises à jour de ce cours et de ses annexes à l'adresse :

https://sites.google.com/site/sciencespourlingenieur/home/calcul-des-structures

prérequis
Comme pour toute science dure, la mécanique adopte les mathématiques comme langage. Le niveau de
mathématique requis pour la bonne compréhension de ce cours est celui du programme de mathématiques
pour l'ingénieur dispensé jusqu'au niveau L2 de l'enseignement supérieur (classes préparatoires aux grandes
écoles et licences es sciences). De courts rappels émaillent ci ou là le présent polycopié lorsque le rédacteur l'a
jugé utile sans que cela présente le caractère de rigueur et d'exhaustivité d'une démonstration mathématique.

Les lecteurs sont donc invités à compléter leurs connaissances, le cas échéant, par la lecture et la pratique
d'exercices dans des ouvrages de mathématiques appropriés .
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Les mathématiques élémentaires comme les règles de proportionnalité, la résolution de systèmes d'équa-
tions linéaires, la trigonométrie, les propriétés du cercle, l'arithmétique, la géométrie Euclidienne, etc... sont
légitiment supposées connues.

Le cours de calcul des ouvrages faisant continuellement référence aux notions de contrainte, de déformation,
de loi de comportement, il n'est pas inutile d'avoir des bases en mécanique des milieux continus. On pourra
utilement consulter le document écrit par le même auteur à l'adresse :

https://sites.google.com/site/sciencespourlingenieur/home/mecanique-des-millieux-continus

1. La bibliographie est abondante. L'auteur recommande la lecture des ouvrages de ses collègues de l'Université des Sciences
de Toulouse : Techniques mathématiques pour la physique 1er cycle Vol. 1 et Vol. 2 de Gabriel Soum, Raymond Jagut, Pierre
Dubouix particulièrement pédagogiques et bien illustrés.
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mathématiques
Espaces vectoriels et anes. Calcul matriciel : matrice, produit de matrices, associativité, transposée, inverse,
déterminant, polynôme caractéristique, valeurs et vecteurs propres. Géométrie Euclidienne élémentaire : tri-
angle rectangle, cercle, trigonométrie. Équations et représentations paramétriques de lignes dans le plan et
dans l'espace tridimensionnel. Courbure et torsion, centres associés, repère de Frenet. Droite : vecteur
directeur, vecteur normal, distance à une droite. Représentation paramétrique et équation de la droite et
du cercle dans le plan. Équations et représentations paramétriques du plan et de surfaces en 3D, vecteur
normal à une surface. Produit vectoriel, produit scalaire, produit mixte. Fonction, dérivée. Fonctions de plu-
sieurs variables, dérivées partielles, diérentielle, accroissement, dérivée dans une direction donnée. Primitive
d'une fonction. Intégrales dénies, intégrales simples et multiples, intégrale curviligne, intégrales de surface
et de volume. Analyse vectorielle, gradient, divergence, rotationnel, laplacien, transformation d'intégrales,
théorème de la divergence, Stockes, Ostrogradsky.

mécanique
Torseurs, invariants, comoment. Force, couple, moment d'une force, torseur. Mécanique du solide indéfor-
mable : vitesse, vitesse de rotation, torseur cinématique, torseur dynamique. Principe fondamental de la
dynamique. Statique. Puissance d'une force, d'un couple. Travail.
Table des matières

1 Discours liminaire 19
1.1 Ouvrage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

1.2 Typologie des éléments de structure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

1.2.1 Éléments 3D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

1.2.2 Éléments 2D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21

1.2.3 Éléments 1D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22

1.3 Contexte règlementaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

1.4 Les exigences du calcul des ouvrages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

1.4.1 Exigence à caractère mécanique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

1.4.2 Autres exigences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

1.4.3 Équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

1.4.3.1 Dénition de l'équilibre statique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

1.4.3.2 Critère d'équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

1.4.3.3 En pratique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

1.4.4 Stabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

1.4.4.1 Stabilité des systèmes dynamiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

1.4.4.2 Stabilité des systèmes statiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29

1.4.5 Résistance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

1.4.6 Déformabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

1.5 Rappels sur les forces et les grandeurs associées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35

1.5.1 Origine des forces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35

1.5.2 Caractère vectoriel d'une force . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

1.5.2.1 Eort ponctuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

1.5.2.2 Action-Réaction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37

1.5.2.3 Représentation conventionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37

1.5.3 Moment d'une force en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37

1.5.3.1 Cas général en trois dimensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37

1.5.3.2 Cas particulier en deux dimensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

1.5.4 Couple de force . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39

1.5.5 Torseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

1.5.5.1 Le torseur en tant qu'objet mathématique (3D) . . . . . . . . . . . . . . . . 40

5
6 TABLE DES MATIÈRES

1.5.5.2 Equiprojectivité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

1.5.5.3 Automoment . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41

1.5.5.4 Comoment de deux torseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41

1.5.5.5 Axe central & moment central . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41

1.5.5.6 Torseurs particuliers : Torseur nul, Glisseur & Couple . . . . . . . . . . . . . 42

1.5.6 Torseur de force . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

1.5.6.1 Torseur de force associé à un ensemble discret de vecteurs liés et de couples


de force . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

1.5.6.2 Torseur de force associé à des eorts répartis . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

1.5.6.3 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

1.5.6.4 Glisseur équivalent à un système de forces coplanaires réparties parallèles . . 46

1.5.6.5 Discussion sur l'équivalence des torseurs de force entre eux . . . . . . . . . . 47

1.5.6.6 Généralisation du théorème d'Action-Réaction . . . . . . . . . . . . . . . . . 48

1.6 Rappels sur les vitesses et déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48

1.6.1 Dénition du solide indéformable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

1.6.2 Mouvement d'un solide indéformable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

1.6.3 Torseur cinématique (des vitesses) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50

1.6.4 Torseur cinématique des petits déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51

1.6.5 Epure cinématique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

1.6.5.1 Transformation cinématique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

1.6.5.2 Expression graphique de l'équiprojectivité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53

1.6.5.3 Détermination de la vitesse de rotation partant de la vitesse de deux points . 53

1.6.5.4 Application aux mécanismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54

1.7 Puissance, travail, énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

1.7.1 puissance et travail d'une force . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

1.7.2 puissance et travail d'un couple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56

1.7.3 puissance d'un système de forces agissant sur un solide quelconque . . . . . . . . . . . 56

1.7.4 puissance d'un système de forces agissant sur un solide indéformable . . . . . . . . . . 56

1.7.5 généralisation à la puissance d'un torseur de force . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

2 Statique des structures - Équilibre 59


2.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

2.2 Approches de l'étude de l'équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

2.3 Conguration d'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

2.3.1 Phénoménologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

2.3.2 Hypothèse des petites perturbations (HPP) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61

2.3.3 Schéma de calcul typique d'une ossature dans le cadre HPP . . . . . . . . . . . . . . . 62

2.3.4 Schéma de calcul itératif hors cadre HPP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62

2.3.4.1 Algorithme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62

2.3.4.2 Un exemple de calcul manuel de l'eet  P −∆ . . . . . . . . . . . . . . . 62


TABLE DES MATIÈRES 7

2.3.5 Limites du calcul dans le cadre HPP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

2.3.5.1 Couple de ressorts alignés soumis à une charge transversale . . . . . . . . . . 65

2.3.5.2 Corde à linge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66

2.3.5.3 Câble suspendu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67

2.3.5.4 Mécanisme composé de solides indéformables élastiquement liés . . . . . . . . 71

2.4 Modélisation des structures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72

2.4.1 Les arcs et les poutres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72

2.4.2 Modélisation de la géométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

2.4.3 Modélisation des eorts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

2.4.3.1 Eorts extérieurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

2.4.3.2 Eorts intérieurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

2.4.4 La structure en tant qu'assemblage d'arcs et de poutres . . . . . . . . . . . . . . . . . 75

2.4.5 Liaisons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

2.4.5.1 Caractéristiques d'une liaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

2.4.5.2 Puissance dissipée dans une liaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

2.4.5.3 Liaisons parfaites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

2.4.5.4 Liaisons usuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

2.4.5.5 Liaisons courantes du génie civil . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

2.4.5.6 Liaisons élastiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81

2.4.5.7 Liaisons dissipatives ou visqueuses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82

2.4.5.8 Liaisons plastiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

2.4.6 Origine des actions sur les structures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

2.4.6.1 Cadre règlementaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

2.4.6.2 Modélisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

2.5 Isostaticité - hyperstaticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86

2.5.1 Statut d'un assemblage de poutres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86

2.5.2 Dénition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86

2.5.3 Détermination du degré d'hyperstaticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87

2.5.4 En pratique - cas bidimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88

2.5.4.1 Équations d'équilibre des barres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88

2.5.4.2 Dénombrement des inconnues de liaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89

2.5.4.3 Degré d'hyperstaticité h . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90

2.5.4.4 Caractère intrinsèque de h . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91

2.6 Approche  vectorielle  de l'étude statique des structures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92

2.6.1 Principe fondamental de la statique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92

2.6.2 Méthodologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92

2.6.2.1 Isolement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

2.6.2.2 Bilan des eorts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

2.6.2.3 Équilibre statique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

2.6.3 Exemple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
8 TABLE DES MATIÈRES

2.6.3.1 Isostaticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94

2.6.3.2 stratégie d'isolement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94

2.6.3.3 Déroulement des calculs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

2.6.3.4 Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98

2.7 Approche  scalaire  de l'étude statique des structures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98

2.7.1 Principe des puissances virtuelles (PPV∗) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98

2.7.1.1 Cas du solide indéformable isolé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98

2.7.1.2 Cas d'un assemblage de solides indéformables . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99

2.7.1.3 Cas du champ de vitesse virtuelle cinématiquement admissible . . . . . . . . 102

2.7.1.4 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102

2.7.2 Méthodologie d'application du PPV∗ aux structures isostatiques . . . . . . . . . . . . 105

2.7.2.1 Pourquoi employer le PPV∗ pour l'étude statique des structures ? . . . . . . 105

2.7.2.2 Mécanisme associé à une structure isostatique . . . . . . . . . . . . . . . . . 105

2.7.2.3 Logigramme d'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106

2.7.3 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106

2.7.3.1 Portique à jambage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106

2.7.3.2 Poutre isostatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109

2.7.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110

2.8 Étude des structures symétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110

2.8.1 Dénitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110

2.8.1.1 Structure symétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110

2.8.1.2 Chargement symétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111

2.8.1.3 Chargement antisymétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111

2.8.2 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

2.8.2.1 Chargement symétrique {Fsym } . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

2.8.2.2 Chargement antisymétrique {Fanti } . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

2.8.3 Décomposition d'un chargement quelconque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

2.8.4 Application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114

2.8.5 Exemple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115

2.9 Dynamique et funiculaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116

2.9.1 Dynamique d'un système de forces coplanaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116

2.9.2 Funiculaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116

2.9.3 Exemple d'application : glisseur équivalent à une distribution de forces parallèles . . . 118

2.9.4 Équilibre d'un câble soumis à l'action de forces pondérales . . . . . . . . . . . . . . . . 119

2.9.5 Illustration pratique : la Sagrada Familia à Barcelone . . . . . . . . . . . . . . . . . 119

2.10 Treillis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120

2.10.1 Dénition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120

2.10.2 Sur la nature réelle des liaisons dans un treillis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121

2.10.3 Représentation conventionnelle d'un treillis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122

2.10.4 Sollicitations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122


TABLE DES MATIÈRES 9

2.10.5 Treillothèque des treillis courants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123

2.10.5.1 les fermes de charpente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123

2.10.5.2 les poutres triangulées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123

2.10.6 Isostaticité d'un treillis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124

2.10.7 Détermination des eorts normaux dans les treillis isostatiques . . . . . . . . . . . . . 124

2.10.7.1 Méthode de Ritter (coupures) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124

2.10.7.2 Méthode de Crémona (n÷uds) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125

2.10.7.3 Méthode des puissances virtuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128

2.10.8 Calcul des déplacements dans un treillis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129

2.11 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129

3 Théorie des poutres 130


3.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130

3.2 Dénition d'une poutre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130

3.3 Hypothèses  HPP  et conséquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131

3.3.1 petits déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131

3.3.2 petites déformations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132

3.4 Hypothèses sur le matériau constitutif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132

3.5 Hypothèse de Timoshenko . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132

3.5.1 expérience . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

3.5.2 conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

3.5.3 formalisation du champ de déplacement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

3.5.4 Hypothèse dégradée de Navier-Bernoulli . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134

3.5.5 champ de déformation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135

3.5.5.1 expression des composantes de déformation . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135

3.5.5.2 interprétation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136

3.6 Hypothèse de Saint-Venant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137

3.6.1 Énoncé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137

3.6.2 Interprétation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137

3.6.3 Conséquences sur la forme du tenseur des contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137

3.7 Contradictions introduites par les hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138

3.7.1 Contradiction sur les cisaillements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138

3.7.2 Contradiction sur la contrainte normale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139

3.7.3 Conséquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139

3.8 Sollicitations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139

3.8.1 objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139

3.8.2 Contraintes généralisées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140

3.8.3 Singularisation du repère : sollicitations normales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141

3.8.4 exion plane . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142

3.8.5 cas particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142


10 TABLE DES MATIÈRES

3.8.5.1 traction pure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143

3.8.5.2 compression pure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143

3.8.5.3 torsion pure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144

3.8.5.4 exion pure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144

3.8.5.5 exion simple (2D) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144

3.8.5.6 exion composée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144

3.8.5.7 exion déviée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145

3.8.6 caractéristiques géométriques d'un plan de section droite . . . . . . . . . . . . . . . . . 145

3.8.6.1 Aire de section droite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145

3.8.6.2 Position du centre de gravité ou centre d'inertie - moments statiques . . . . . 147

3.8.6.3 Orientation du repère principal et inerties principales - cercle de Mohr des


inerties . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147

3.8.6.4 Représentation de Mohr alternative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152

3.8.6.5 Axes principaux d'inertie en résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152

3.8.6.6 Exemple 1 : section triangulaire pleine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152

3.8.6.7 Exemple 2 : cornière à ailes inégales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 156

3.8.6.8 Quelques cas particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159

3.8.7 équations de l'équilibre local d'une poutre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160

3.8.7.1 poutre 3D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161

3.8.7.2 poutre 2D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162

3.9 Lois de comportement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162

3.9.1 Sollicitations normales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162

3.9.2 Extension aux sollicitations transversales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163

3.10 Champ de déplacement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163

3.10.1 objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163

3.10.2 rotation axiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164

3.10.3 autres rotations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164

3.10.4 déplacement axial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165

3.10.5 déplacements transversaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165

3.11 Expression de la contrainte normale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166

3.12 Puissance & Énergie élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167

3.12.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167

3.12.2 Densité de puissance d'une poutre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167

3.12.3 Densité d'énergie élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169

3.12.4 Énergie élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170

3.13 Résumé du chapitre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170


TABLE DES MATIÈRES 11

4 Cisaillement de exion 172


4.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172

4.2 Équilibre d'une  calotte  de poutre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172

4.3 Formule de Bredt-Jourawski . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175

4.3.1 expression générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175

4.3.2 cas où la coupure (AB ) est parallèle à {Gz } . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175

4.3.3 exemple de la section rectangulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176

4.4 Prol mince . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176

4.4.1 Dénition d'un prol mince . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176

4.4.2 Prol mince ouvert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177

4.4.2.1 Relation générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178

4.4.2.2 Flux de cisaillement nul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178

4.4.2.3 Flux de cisaillement de exion maximal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178

4.4.2.4 Exemple du prol en I (type IPE) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178

4.4.2.5 Sur la  conservation  du ux de cisaillement . . . . . . . . . . . . . . . . . 180

4.4.3 Prol mince fermé à simple cavité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182

4.4.3.1 Expression générale du ux de cisaillement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182

4.4.3.2 Détermination du ux à l'origine Φf 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183

4.4.4 Circulation du vecteur cisaillement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186

4.4.5 Prol mince fermé à cavités multiples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188

4.4.5.1 Principe de l'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188

4.4.5.2 Exemple : prol mince à deux cavités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191

4.5 Sections réduites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193

4.5.1 Expression de w1 par la mmc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194

4.5.2 Expression de w1 par la théorie des poutres (rappel) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195

4.5.3 Prol mince fermé / ouvert / N-connexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195

4.5.3.1 Section mince fermée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196

4.5.3.2 Section mince ouverte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196

4.5.3.3 Section multiplement connexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197

4.5.4 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197

4.5.4.1 Section ouverte mince rectiligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197

4.5.4.2 Section fermée mince rectangulaire à parois dissymétriques . . . . . . . . . . 198

4.5.4.3 Prol mince fermé 2-connexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200

4.6 Torseur des contraintes de cisaillement de exion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200

4.6.1 résultante des contraintes τf (s) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201

4.6.2 moment en Q des contraintes τf (s) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202

4.6.3 Centre de exion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203

4.6.3.1 Dénition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203

4.6.3.2 Conséquence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203

4.6.3.3 Détermination de la position du centre de exion C (cas général) . . . . . . . 204


12 TABLE DES MATIÈRES

4.6.3.4 Position du centre de exion (quelques cas particuliers) . . . . . . . . . . . . 204

4.6.3.5 Propriétés du centre de exion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204

4.6.4 Dénition complétée des sollicitations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205

4.6.5 Exemple d'un prol mince ouvert demi-circulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205

4.7 Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208

5 Torsion 209
5.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209

5.2 Phénoménologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209

5.2.1 Hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209

5.2.2 Description du phénomène observé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209

5.3 Théorie générale de la torsion de Saint-Venant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 210

5.3.1 Équilibre d'un tronçon de poutre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 210

5.3.2 Hypothèses sur le tenseur des contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211

5.3.3 Équilibre local . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211

5.3.4 Élasticité : Loi de Hooke . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211

5.3.5 Centre de torsion & champ de déplacement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212

5.3.6 Centre de torsion versus Centre de exion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214

5.3.7 Fonction de torsion de Prandtl . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215

5.3.7.1 Dénition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 216

5.3.7.2 Équation de la torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 216

5.3.7.3 Condition à la périphérie ∂Σ du PSD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217

5.3.8 Torseur des contraintes de cisaillement de torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217

5.3.9 Rigidité à la torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218

5.3.10 Résumé de la théorie de torsion de Saint-Venant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219

5.3.11 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219

5.3.11.1 Torsion de la section circulaire pleine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219

5.3.11.2 Torsion de la section annulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220

5.3.11.3 Torsion de la section rectangulaire pleine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221

5.3.11.4 Approximation sur la fonction de Prandtl . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 224

5.4 Torsion de Saint-Venant des prols minces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226

5.4.1 dénitions et concepts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226

5.4.1.1 Géométrie de prol mince . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226

5.4.1.2 Flux de cisaillement de torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226

5.4.2 prols minces ouverts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226

5.4.2.1 Expression de la contrainte de cisaillement de torsion . . . . . . . . . . . . . 226

5.4.2.2 Expression de l'inertie de torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227

5.4.2.3 Remarque quant au moment de torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228

5.4.2.4 Sections ouvertes multibranche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229

5.4.3 Torsion des prols fermés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229


TABLE DES MATIÈRES 13

5.4.3.1 Contraintes de cisaillement de torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230

5.4.3.2 Inertie de torsion d'un prol mince et fermé . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231

5.4.3.3 Circulation du vecteur cisaillement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 232

5.4.4 Prols fermés multiplement connexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233

5.4.4.1 Schéma général de calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233

5.4.4.2 Inertie de torsion d'un prol multiplement connexe . . . . . . . . . . . . . . . 235

5.4.4.3 Exemple d'un prol mince 3-connexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236

5.5 Torseur équivalent à la distribution des contraintes de cisaillement de torsion . . . . . . . . . 237

5.6 Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238

6 Principe des puissances virtuelles PPV∗ 239


6.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 239

6.2 Champs de vitesse virtuelle {v ? } . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240

6.2.1 Dénition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240

6.2.2 Champ de déformation virtuelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 241

6.2.3 Composantes  implicites  du champ de vitesse virtuelle . . . . . . . . . . . . . . . . 241

6.2.4 Champs remarquables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 242

6.2.4.1 Champs cinématiquement admissibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 242

6.2.4.2 Champs rigidiants par morceau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 242

6.3 Puissances virtuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243

6.3.1 Puissance virtuelle des forces externes Pe? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243

?2
6.3.2 Puissance virtuelle d'accélération Pa . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243

6.3.3 Puissance virtuelle des forces internes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245

6.3.3.1 Puissance virtuelle interne de cohésion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245

6.3.3.2 Puissance virtuelle interne de liaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246

6.3.3.3 Puissance virtuelle interne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246

6.4 Énoncé du PPV∗ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247

6.4.1 Énoncé du principe (des puissances virtuelles ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247

6.4.2 Démonstration du théorème (des puissances virtuelles ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247

6.4.3 Réciproquement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249

6.4.4 Illustration basique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 250

6.5 Application au calcul des structures isostatiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 251

6.5.1 Rappel sur les structures isostatiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 252

6.5.2 Méthodologie générale pour la détermination d'une sollicitation . . . . . . . . . . . . . 252

6.5.3 Détermination d'un moment échissant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 252

6.5.4 Application à la détermination du champ de sollicitations . . . . . . . . . . . . . . . . 253

6.5.5 Exemple : poutre Cantilever isostatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 254

6.5.6 Treillis isostatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 256

6.5.7 Deux modalités d'emploi du PPV∗ en matière de statique . . . . . . . . . . . . . . . . 256

2. Ce terme n'apparaît qu'en présence d'un champ d'accélération. C'est une situation rencontrée en dynamique des structures
lors de leur calcul parasismique (voir les cours de M1 et de M2 de génie civil).
14 TABLE DES MATIÈRES

6.6 Application au calcul des déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257

6.6.1 méthode
3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257

6.6.2 Exemples de calcul de déplacement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258

6.6.2.1 Calcul du déplacement d'un n÷ud d'un treillis . . . . . . . . . . . . . . . . . 258

6.6.2.2 Calcul du déplacement et d'une rotation dans une structure . . . . . . . . . . 260

6.7 Théorèmes dits de l'énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262

6.7.1 Théorème de l'énergie cinétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262

6.7.2 Conservation du travail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262

6.7.3 Expression du travail des forces extérieures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263

6.7.4 Coecients d'inuence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264

6.7.4.1 dénition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264

6.7.4.2 interprétation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264

6.7.4.3 calcul des coecients d'inuence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264

6.7.4.4 réciprocité - symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 265

6.7.5 Théorème de réciprocité de Maxwell-Betti . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 265

6.7.6 Théorème de Castigliano . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 267

6.7.6.1 Énoncé et démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 267

6.7.6.2 Application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 268

6.8 Lignes d'inuence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269

6.8.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269

6.8.2 Méthodologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269

6.8.3 Exemple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270

6.8.3.1 Ligne d'inuence d'un moment . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270

6.8.3.2 Ligne d'inuence d'un déplacement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271

6.9 Calcul des intégrales de Mohr . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 272

6.9.1 Théorème de Verechaguine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 272

6.9.2 Propriétés des surfaces courantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 273

6.9.2.1 rectangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 273

6.9.2.2 triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 273

6.9.2.3 trapèze . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274

6.9.2.4 parabole . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274

6.9.3 Forme symbolique des intégrales de Mohr . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274

6.9.3.1 principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274

6.9.3.2 projection du CDG sur un segment de droite . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274

6.9.4 Quelques exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275

6.9.5 Table des principales intégrales de Mohr . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275

6.10 Résumé du chapitre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276

3. A noter que cette méthode sera reprise dans le chapitre  méthode des forces  lorsqu'il s'agira d'écrire des  compatibilités 
de déplacement.
TABLE DES MATIÈRES 15

7 Méthode des forces 278


7.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 278

7.2 Hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 278

7.3 Hyperstaticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279

7.3.1 Dénition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279

7.3.2 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279

7.3.3 Degré d'hyperstaticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279

7.4 Structure isostatique associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279

7.5 Décomposition de la structure isostatique associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281

7.6 Détermination des inconnues hyperstatiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 282

7.7 Algorithme d'étude d'une structure par la méthode des forces . . . . . . . . . . . . . . . . . . 283

7.8 Formule des trois moments (Clapeyron) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 283

7.8.1 Théorie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 284

7.8.2 Application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 286

7.8.2.1 rotations courantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 286

7.8.2.2 Logigramme d'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 287

7.9 Cas  spéciaux  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288

7.9.1 Poutre bi-encastrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288

7.9.1.1 moments de blocage dus à un eort concentré . . . . . . . . . . . . . . . . . 288

7.9.1.2 cas particulier de la charge centrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 290

7.9.1.3 cas d'une force répartie quelconque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 290

7.9.1.4 cas particulier de la charge répartie uniforme . . . . . . . . . . . . . . . . . . 290

7.9.2 Dénivellation d'appui . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 290

7.9.3 Appui élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 293

7.9.4 Chargement thermique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295

7.9.4.1 Dilatation thermique libre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295

7.9.4.2 Loi de Hooke-Duhamel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 296

7.9.4.3 Courbure thermique libre d'une poutre soumise à un gradient de température 296

7.9.4.4 Principe de résolution d'un problème thermo-hyperstatique . . . . . . . . . . 298

7.9.4.5 Exemple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 298

7.9.5 Précontrainte externe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 299

7.10 Treillis hyperstatiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 302

7.10.1 Principe général d'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 302

7.10.2 Exemple d'un treillis deux fois hyperstatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 304

7.11 Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 306


16 TABLE DES MATIÈRES

8 Méthode des déplacements 307


8.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 307

8.2 Hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 307

8.3 Dénitions & conventions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 308

8.3.1 Géométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 308

8.3.1.1 Repère global . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 308

8.3.1.2 Repères locaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 308

8.3.1.3 Vue éclatée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 309

8.3.2 Déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 309

8.3.2.1 Deux types de déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 309

8.3.2.2 Dépendance entre les translations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 310

8.3.2.3 Dépendance entre les rotations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 311

8.3.2.4 Degré de liberté (DDL) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 312

8.3.3 Forces - Eorts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 312

8.3.3.1 Actions extérieures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 312

8.3.3.2 Forces nodales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 312

8.3.3.3 Sollicitations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 313

8.4 Équations intrinsèques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 314

8.4.1 En l'absence d'action agissant sur la barre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 314

8.4.1.1 Sollicitations produites par les forces nodales . . . . . . . . . . . . . . . . . . 314

8.4.1.2 Relation forces nodales - déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 314

8.4.1.3 Matrice de rigidité élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 316

8.4.1.4 Prise en compte des déformations d'eort tranchant . . . . . . . . . . . . . . 317

8.4.2 En présence d'actions agissant sur la barre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 318

8.4.2.1 Dénition des eorts de blocage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 318

8.4.2.2 Calcul des eorts de blocage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 319

8.4.2.3 Exemples de forces de blocage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 321

8.4.2.4 Prise en compte des forces de blocage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 322

8.4.2.5 Champ de déplacement approximé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 323

8.4.3 Considérations énergétiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 323

8.4.3.1 Energie élastique exacte We . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 323

8.4.3.2 Energie élastique nodale ou approchée We . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 324

8.4.3.3 Énergie élastique résiduelle We0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 324

8.5 Condensation statique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 326

8.6 Équations d'équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327

8.6.1 Cas où ε (x) est prise en compte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327

8.6.2 Cas où ε (x) n'est pas prise en compte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 328

8.7 Assemblage matriciel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329

8.7.1 Cas où ε (x) est prise en compte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329

8.7.1.1 Dénombrement des DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329


TABLE DES MATIÈRES 17

8.7.1.2 Équations d'équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329

8.7.1.3 Classement des équations et des DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330

8.7.2 Cas où ε (x) est négligée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330

8.7.2.1 Réduction du nombre de DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330

8.7.2.2 Équations d'équilibre  complémentaires  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330

8.7.3 Énergie élastique emmagasinée dans l'ossature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 331

8.7.4 Forces généralisées (vecteur second membre) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 332

8.7.4.1 Interprétation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 332

8.7.4.2 Calcul des forces généralisées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333

8.8 Algorithme d'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337

8.9 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 339

8.9.1 Petit treillis rectangulaire - prise en compte des εk . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 339

8.9.2 Demi-portique soumis à un champ de température . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 341

8.9.3 Portique à jambage - hypothèse εk = 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 343

8.10 Non unicité du choix des DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 347

8.10.1 changement de base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 347

8.10.1.1 matrice de passage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 348

8.10.1.2 vecteur force généralisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 348

8.10.1.3 matrice de rigidité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 348

8.10.2 Exemple : demi-portique à traverse oblique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 349

8.10.3 conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 351

8.11 PyBar : un logiciel didactique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 352

8.11.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 352

8.11.2 Téléchargement et installation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 352

8.11.3 Prise en main - exemple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 352

8.12 Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 355

9 Éléments de stabilité élastique 357


9.1 Objet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 357

9.2 Postulat de Drücker et théorème de Lejeune-Dirichlet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 358

9.2.1 Postulat de Drücker . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 358

9.2.2 Théorème de Lejeune Dirichlet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 359

9.3 Stabilité des assemblages élastiques de solides rigides . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361

9.3.1 Systèmes à 1 DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361

9.3.1.1 Système à 1 seul élément - élasticité linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361

9.3.1.2 Système à 1 seul élément - élasticité non-linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . 362

9.3.1.3 Systèmes à ressorts comprimés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 364

9.3.2 Systèmes à N DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 365

9.3.2.1 Colonne à 2 DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 365

9.3.2.2 Généralisation - systèmes linéarisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 367


18 TABLE DES MATIÈRES

9.3.2.3 Portique à 3 DDL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 367

9.3.2.4 Structure à déformée triviale non-nulle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 371

9.4 Flambement des poutres droites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 377

9.4.1 Méthode d'Euler . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 377

9.4.1.1 Poutre bi-articulée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 377

9.4.1.2 Poutre console . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 380

9.4.1.3 Toutes conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 381

9.4.2 Prise en compte de la valeur exacte de la courbure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 382

9.5 Non-linéarité géométrique dans les structures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 384

9.5.1 Méthode des grands déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 384

9.5.1.1 Hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 384

9.5.1.2 Équilibre d'un tronçon de poutre déformée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385

9.5.1.3 Équilibre global de la poutre déformée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385

9.5.1.4 Loi de comportement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385

9.5.1.5 Équation diérentielle de la déformée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385

9.5.1.6 Conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385

9.5.1.7 Déplacement transversal v (x) - cas où Nij > 0 (compression) . . . . . . . . . 386

9.5.1.8 Rotations ω (x) des plans de section droite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 387

9.5.1.9 Loi de comportement en moment d'un élément de poutre en grands déplace-


ments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 387

9.5.1.10 Eort normal et déformation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 388

9.5.1.11 Bilan des lois de comportement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 389

9.5.1.12 Étude de variation de la fonction k (u) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 390

9.5.1.13 Cas où la poutre est tendue Nij < 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 391

9.5.1.14 Méthodologie d'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 391

9.5.1.15 Exemple 1 : Poutre bi-articulée soumise à un eort axial compressif . . . . . 391

9.5.1.16 Exemple 2 : T inversé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 392

9.5.2 Méthode approchée de Rayleigh-Timoshenko . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 395

9.5.2.1 Objectif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 395

9.5.2.2 Équation générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 395

9.5.2.3 Approximation du champ de déplacement par un motif de bifurcation . . . . 397

9.5.2.4 Approximation du champ de déplacement par une combinaison de motifs . . 401

9.6 Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 405

A
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été réalisée par l'auteur.

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adresser au rédacteur du présent document qui en prendra le plus grand compte.

Ce support de cours est mis à la disposition de la communauté francophone, libre de droit. L'auteur appréciera d'être cité si
l'une ou l'autre de ses pages est utilisée pour illustrer un enseignement ou documenter un calcul. Tout renvoi sous la forme
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le soin et l'attention apportés à la rédaction, des fautes peuvent subsister ; elles seront corrigées lors des nombreuses relectures
et corrections ultérieures.
Chapitre 1

Discours liminaire

Révision du 6 août 2016

1.1 Ouvrage
Le présent cours porte sur le calcul des ouvrages ; il s'adresse aux étudiants inscrits dans une lière de
formation de génie civil. Un ouvrage peut désigner diérents types de constructions : ponts, soutènements,
barrages, tunnels, stades, bâtiments, infrastructures électriques, pour citer en les principaux.

Figure 1.1.1  La tour Eiel peut être considérée en première approximation en tant que poutre de 324m
de haut ou, alternativement, en tant qu'assemblage de plus de 18000 pièces métalliques. Photo Christophe
Eyquem sous licence Creative Commons (www.freemages.fr).

Un ouvrage possède une fonction principale pour laquelle il est érigé : abriter du public et des ÷uvres (dans
un musée, une bibliothèque), assurer le trac (pont, tunnel), contenir les eaux (barrage, réservoir), etc...

19
20 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

A cette fonction principale s'adjoignent des fonctions secondaires : protéger du froid, du bruit, des intempé-
ries, fournir un confort thermique, de l'éclairage, garantir des ux d'information, etc... Ces fonctions sont,
pour la plupart, assurées par des équipements dont l'étude n'est pas couverte par cet enseignement (voir
pour cela le cours de thermique, d'éclairagisme, de conditionnement d'air).

Figure 1.1.2  Le viaduc de Millau et sa structure très aérienne. Photo Delphine De Andria sous licence
Creative Commons (www.freemages.fr).

Sont ainsi distingués :


1. La structure de l'ouvrage
son rôle est de  reprendre  les charges d'origine mécanique (ou parfois thermique) et de transmettre
ces eorts au sol. Naturellement sa durabilité doit être assurée de sorte à résister aux agressions
physicochimiques de son environnement ;

2. L'enveloppe
son rôle est de fermer l'ouvrage et d'en assurer l'étanchéité à l'air et à l'eau pour en protéger le
contenu et en assurer pour partie le confort thermique et acoustique. Il arrive parfois que l'enveloppe
assure aussi une fonction structurale (par exemple une voute peut assurer le report de son poids et
des charges climatiques vers le sol tout en garantissant une bonne étanchéité) ;

3. Les équipements
qui pourvoient aux fonctions de ventilation, de climatisation, d'éclairage, de fourniture d'électricité
et d'eau, de sécurité, de gestion des déchets et des eaux usées, etc...
La portée du présent cours est celle du calcul des structures.

1.2 Typologie des éléments de structure


Les éléments de structure peuvent être classés selon leur typologie géométrique. Cette approche est pertinente
dans la mesure où chaque typologie conduit à une méthode (une  théorie ) particulière. Sont ainsi distingués
des éléments de structure tridimensionnels, bidimensionnels et mono-dimensionnels.

1.2.1 Éléments 3D
Les éléments tridimensionnels sont des parties de structure compactes dont les trois dimensions sont du
même ordre de grandeur. Il en est ainsi des massifs de fondation supercielle dont le rôle est de transmettre
1.2. TYPOLOGIE DES ÉLÉMENTS DE STRUCTURE 21

au sol les eorts supportés par l'ossature. Un autre exemple de pièce 3D est le corbeau dont la fonction est
de constituer un appui de poutre. Le sol, enn, en tant que massif semi-inni, peut être considéré en tant
qu'élément tridimensionnel.

Le calcul de ces pièces massives et compactes relève de la mécanique des milieux continus (mmc)
1 qui permet
d'évaluer le champ de contrainte régnant en leur sein. Naturellement, en pratique, cette théorie de la mmc
est aménagée pour tenir compte de la spécicité du matériau constructif : les  règles de calcul  du béton
armé propres au calcul des fondations et, pour le sol, les règles de la mécanique des sols devront alors être
appliquées.

Figure 1.2.1  Le massif de fondation d'une éolienne (à gauche) et un corbeau en béton (à droite) sont des
pièces compactes (éléments 3D).

1.2.2 Éléments 2D
Les éléments de structure bidimensionnels présentent une dimension notablement plus petite que les deux
autres. De tels éléments forment une surface assortie d'une épaisseur.

Les éléments 2D sont très courants en construction civile. On peut encore les distinguer par leur forme :

1. Ils peuvent être  gauches  et former assez couramment une surface réglée (générée par le mouvement
d'une règle dans l'espace). Il s'agit de  coques . Alors qu'en mécanique des milieux continus le champ
de déplacement s'exprime dans l'espace 3D à l'aide de trois coordonnées de l'espace, pour les milieux
bidimensionnels, seules deux coordonnées susent. La complexité du problème s'en trouve réduite
2 3.
C'est la raison pour laquelle les ingénieurs ont développé une méthode de calcul spécique appelée
 théorie des coques . Une théorie encore plus simpliée existe et se nomme  théorie des membranes .
De nouveau cette (ces) théorie(s) sont aménagée(s) pour tenir compte du parti constructif.

2. Les éléments 2D peuvent être  plans  et s'inscrire, justement, dans un plan Euclidien. Les élé-
ments bidimensionnels plans sont appelés  plaques , aussi leur calcul relève-t'il de la  théorie des
plaques 
4 5 . Une telle théorie résulte de la théorie générale de la mécanique des solides à laquelle
sont adjointes des hypothèses supplémentaires prenant en compte la géométrie plane du corps étudié.
Ces hypothèses ont l'avantage de simplier (dans une certaine mesure) la mise en ÷uvre de la théorie
générale mais présentent aussi l'inconvénient d'en réduire la portée. Les théories simpliées sont donc
aussi des théories dégradées. En construction civile, toutefois, les sources d'incertitude ne manquent
pas : inexactitude les théories, incertitudes sur la géométrie, sur les propriétés des matériaux, aléas
d'exécution, méconnaissance de la distribution des charges permanentes et climatiques, etc... Toutes
ces incertitudes sont prises en compte dans des modèles semi-probabilistes intégrés dans les règles de
calcul normalisées au niveau Européen.

1. Voir, par exemple, le polycopié de mmc disponible sur le site sciencespourlingenieur.


2. Naturellement, il convient de connaître les mathématiques des surfaces.
3. La théorie des coques n'est pas abordée dans ce cours. Le lecteur intéressé par la question pourra consulter la référence
 Résistance des matériaux, tome 1. Milieux continus solides, plaques et coques  de Serge Laroze, éditée chez Masson ou
Eyrolles - isbn 2-225-66110-3.
4. Une plaque fonctionne en exion ; elle ne peut donc pas être étudiée par des méthodes en  contraintes planes  abordées
dans le cours de mécanique du solide.
5. Une plaque, même si elle est rectangulaire et est appuyée sur deux cotés opposés, n'a pas exactement le comportement
d'une juxtaposition de poutres ; une théorie dédiée est donc totalement justiée.
22 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Figure 1.2.2  La voute du métro de Lille et ce réservoir à eau cylindrique sont des éléments de coque
(éléments 2D gauches).

Les plaques du bâtiment sont le plus souvent matérialisées sous la forme de  voiles  verticaux et de
 planchers  horizontaux.

Figure 1.2.3  Les voiles béton d'un collectif (à gauche) et les planchers mixtes acier-béton d'un parking (à
droite) constituent des plaques (éléments 2D plans).

1.2.3 Éléments 1D
Les éléments mono-dimensionnels présentent deux dimensions très sensiblement plus petites que la troisième.
La  grande  dimension est signicative de la longueur de l'élément. les  petites  dimensions, prises
ensemble perpendiculairement à la grande dimension, constituent un plan de section droite et confèrent de
l'  épaisseur  à l'élément mono-dimensionnel.

En première approximation, le champ de déplacement ne dépend plus que d'une seule coordonnée de l'espace :
cette coordonnée est l'abscisse curviligne mesurée le long de la grande dimension. Cette approximation, jointe
à des hypothèses qui seront détaillées dans ce cours, permet de générer une théorie particulièrement adaptée
au calcul des éléments 1D : c'est la  théorie des arcs .

1. Si l'élément 1D est courbe et s'inscrit dans un plan on dit qu'il constitue un  arc . De tels éléments
de structure sont employés, par exemple, en couverture de halls de sport ou pour porter des tabliers
de pont. Des éléments de structures courbes non-inscrits dans le plan existent aussi en pratique ; le
limon d'une rampe hélicoïdale en constitue un exemple parmi d'autres.

2. Lorsque l'élément 1D n'autorise, du fait de sa grande souplesse, que la transmission d'un eort axial
 plus précisément un eort tangent , on le qualie de  câble . Un câble a ceci de particulier
qu'il adopte naturellement une forme compatible avec son équilibre lorsqu'il est soumis à des actions
extérieures (poids propre, neige, charges ponctuelles).

3. Enn lorsque l'élément 1D est rectiligne il est qualié de  poutre  de façon tout à fait générale. La ter-
minologie employée en construction civile pour désigner des éléments de structure mono-dimensionnels
1.3. CONTEXTE RÈGLEMENTAIRE 23

Figure 1.2.4  Les arcs en bois (à gauche) ou en béton (à droite) constituent des éléments de structure
longiformes courbes (éléments 1D courbes).

Figure 1.2.5  Les câbles haute-tension (à gauche) doivent supporter leur poids propre et, le cas échéant
une charge de glace. Les câbles qui supportent le let de l'Arche de la Défense à Paris (à droite) fonc-
tionnent de façon similaire. Ce sont des éléments longiformes courbes dont la forme s'accommode  on dit
 funiculairement   du système de charge (éléments 1D courbes).

et rectilignes est riche : poutre (souvent horizontale), buton (en compression), jambage (incliné), po-
teau (vertical), linteau (au dessus d'une ouverture), lisse, bracon, longrine, pieux, tirant, etc... il n'en
reste pas moins que les moyens d'étude sont communs et relèvent de la  théorie des poutres .

La théorie des poutres constitue une bonne partie du présent enseignement. La poutre est en eet la  brique 
élémentaire d'une structure et il s'avère fort utile de pouvoir caractériser un composant seul avant d'entre-
prendre l'étude de l'ensemble.

1.3 Contexte règlementaire


Les Eurocodes sont les normes européennes de conception, de dimensionnement et de justication des struc-
tures de bâtiment et de génie civil. Les Eurocodes ont pour but d'harmoniser les techniques de construction
en Europe an de permettre le libre accès des entreprises de travaux ou des bureaux d'études techniques aux
marchés des autres états membres. Ils sont rédigés au sein du Comité Européen de Normalisation (CEN)
par le comité technique CEN/TC 250 "Eurocodes structuraux", présidé par l'Allemagne. En France, c'est
l'AFNOR, membre du CEN, qui diuse ces travaux. Les Eurocodes sont également adoptés par certains pays
n'appartenant pas à la Communauté Européenne, en Europe même ou en Afrique.

Les Eurocodes constituent le moyen obligatoire de conception des structures de bâtiments et ouvrages de
Génie Civil. Ils ont donc une importance essentielle à la fois pour le secteur de la conception des ouvrages
et pour l'industrie du bâtiment et des Travaux Publics.

Les deux premiers Eurocodes E0 et E1 sont relatifs aux  Bases de calcul des structures  et aux  Actions sur
les structures (générales et bâtiments). Ces deux normes, qui posent les bases du calcul semi-probabiliste,
sont les premiers d'un ensemble de normes portant également sur les ouvrages en béton, les constructions
24 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Figure 1.2.6  Les poutres et les poteaux d'une ossature en métal (à gauche) ou en béton armé (à droite)
constituent des poutres au sens de la théorie des poutres : ce sont des éléments longiformes rectilignes (élé-
ments 1D droits).

en acier, les ouvrages mixtes acier-béton, les structures en bois, les structures en maçonnerie, les ossatures
en aluminium, les ouvrages de géotechnique et les règles de conception parasismique.

Ces codes permettent de concevoir des ouvrages et de contrôler la conformité aux exigences essentielles de
 résistance mécanique et stabilité , de  sécurité d'utilisation , de  sécurité en cas d'incendie  ainsi que
de  durabilité .

Chaque Eurocode comporte une Annexe Nationale qui singularise les valeurs des coecients selon les spéci-
cités locales.

Dix Eurocodes sont disponibles :

 Eurocode 0 : Bases de calcul des structures (EN 1990)


 Eurocode 1 : Actions sur les structures (EN 1991)
 Eurocode 2 : Calcul des structures en béton (EN 1992)
 Eurocode 3 : Calcul des structures en acier (EN 1993)
 Eurocode 4 : Calcul des structures mixtes acier-béton (EN 1994)
 Eurocode 5 : Conception et calcul des structures en bois (EN 1995)
 Eurocode 6 : Calcul des ouvrages en maçonnerie (EN 1996)
 Eurocode 7 : Calcul géotechnique (EN 1997)
 Eurocode 8 : Calcul des structures pour leur résistance aux séismes (EN 1998)
67
 Eurocode 9 : Calcul des structures en aluminium (EN 1999)

Chaque Eurocode est constitué d'une partie générale (partie 1-1), d'une partie concernant l'incendie (partie
1-2), d'une partie 2 concernant les ponts (si d'application) et d'autres parties spéciques. En France, les
Eurocodes sont publiés par l'Association Française de Normalisation, l'AFNOR, ce que l'indicatif national
NF devant le numéro de la norme précise. Exemple : NF EN 1991-1-1.

Les normes sont des documents d'application qui nécessitent pour leur compréhension et leur bon usage de
connaître les théories sous-jacentes : mécanique des milieux continus, théorie des poutres, dynamique des
structure, mécanique du sol, béton armé, etc... Vous ne trouverez cependant aucune allusion explicite à ces
théories dans les normes ; elles ne constituent pas vraiment des documents pédagogiques !

La plupart des Eurocodes ci-dessus sont fortement fondés sur la théorie des poutres  entre autres théories
 à laquelle ils apportent des compléments liés au matériau constitutif. Ainsi la loi de comportement du
matériau, l'endommagement, la plasticité, le uage, la relaxation, le retrait, la fatigue sont-ils intégrés dans
les règles de calcul.

Il faut donc considérer la théorie des poutres et, au delà, les méthodes de calcul décrites dans ce cours
comme étant les fondements des règles de calcul internationales. Tout ingénieur se doit impérativement de
les connaître, de les assimiler et de les maîtriser parfaitement.

6. L'application de cette norme est obligatoire depuis Mai 2012.


7. Voir le cours disponible sur le site sciencespourlingenieur.
1.4. LES EXIGENCES DU CALCUL DES OUVRAGES 25

1.4 Les exigences du calcul des ouvrages


1.4.1 Exigence à caractère mécanique
L'ingénieur qui conçoit une structure doit veiller à quatre exigences d'ordre mécanique déclinées comme suit :

1. l'équilibre ;

2. la stabilité ;

3. la résistance ;

4. la déformabilité.

Dans ce chapitre liminaire l'auteur s'attache à introduire ces notions de façon qualitative, le formalisme
mécanique et mathématique nécessaire à la conduite des calculs étant précisé dans les chapitres suivants du
cours.

1.4.2 Autres exigences


D'autres exigences s'adjoignent aux précédentes. Bien qu'également importantes celles-ci se situent en dehors
du champ du présent enseignement. Elles relèvent de :

1. l'architecture ;

2. la technologie ;

3. la durabilité ;

4. la sécurité incendie ;

5. l'accessibilité ;

6. l'écologie et notamment la recyclabilité ;

7. l'économie.

Ces exigences font l'objet des autres cours dispensés dans la formation de génie civil : matériaux, méthodes,
conduite de travaux, droit de la construction, etc... La plupart de ces exigences font l'objet d'une normalisa-
tion : Eurocodes, code de la construction, décrets et arrêtés, documents techniques uniés, avis techniques
ou recommandations.

1.4.3 Équilibre
Ce cours de niveau LICENCE L3 s'intéresse aux structures en équilibre statique.

Dénition 1. Dans le domaine de la mécanique des structures, la statique désigne un état dans lequel les
actions agissant sur la structure sont constantes ou faiblement variables dans le temps. Les forces d'inertie
sont négligeables .
8

La question du mouvement rapide des structures, sous la forme de vibrations, sera traitée en M1 (cours
de dynamique et conception parasismique) puis de M2 (application de l'Eurocode NF EN 1998 également
appelé  EC8 ). Par conséquent les chargements sont supposés être appliqués progressivement et variant
très lentement  ou ne variant pas  ce qui exclura, pour le moment, de prendre en compte les forces d'inertie
9
résultant du mouvement des masses . L'étude des eets d'amplication dynamique des eorts dus au vent,
à la houle, aux avalanches ou aux séismes est donc diérée au cours de MASTER.

Dénition 2. Dans le domaine de la mécanique des structures, la dynamique désigne un état induit par une
variation temporelle  rapide  des actions agissant sur la structure. De façon plus générale est qualié de
 dynamique  tout phénomène physique décrit par un modèle (ou même un système purement mathéma-
tique) révélant une évolution, continue ou incrémentale, du fait de la relation existant entre les paramètres
descriptifs du phénomène. Des exemples de systèmes dynamiques sont donnés au Ÿ 1.4.4.1.

8. La statique n'exclut pas l'évolution progressive de certains paramètres descriptifs de l'état de la structure. Par exemple
les déformations, et donc les déplacements, peuvent croître au cours du temps sous une charge permanente du fait du uage
des matériaux constitutifs.


9. Chacun connaît la loi de Newton F = M−

γ applicable dans tout repère Galiléen.
26 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

1.4.3.1 Dénition de l'équilibre statique

Pour introduire la notion d'équilibre, la situation purement hypothétique d'un solide évoluant dans l'espace
vide de toute matière est envisagée. Dans le vide, un référentiel  xe  permet de repérer la position dudit
objet ainsi que l'évolution de cette position au cours du temps. La dénition de l'équilibre dans le cas
particulier d'une construction terrestre sera donnée plus loin.

Selon le point de vue de Newton


10 , l'espace possède une structure euclidienne indépendante de la présence
des corps matériels (l'espace absolu, sans relation aux choses extérieures, demeure toujours similaire et
immobile ). Pour le propos de ce cours, il est utile d'envisager la position du solide d'étude à diérents
 instants  . Pour cela Newton s'appuie sur une chronologie absolue, commune à tous les sites de l'espace :
le temps absolu vrai et mathématique, sans relation à rien d'extérieur, coule uniformément et s'appelle
durée .
11

S'agissant d'un corps dont la taille est assimilable à un point, la dénition suivante de l'équilibre est énoncée :

Dénition 3. Un corps ponctuel est en équilibre statique s'il suit un mouvement rectiligne uniforme.

Ce qui est suggéré par cette première dénition, c'est qu'un corps ne peut changer de direction ou ne peut
se voir imprimer une accélération qu'à la condition d'une action sur lui. Inversement, un corps livré à lui-
même sans interaction avec son milieu (d'où l'intérêt du vide sidéral exempt de soleils) suit indéniment un
mouvement parfaitement rectiligne et à vitesse constante. L'immobilité du point matériel ne constitue qu'un
cas particulier où la vitesse de translation est nulle.

Donnons une forme au corps étudié en envisageant maintenant que le solide occupe un certain volume
indéformable dans l'espace. Ce corps peut subir une translation et, en plus, une rotation. La dénition de
l'équilibre doit donc être étendue.

Dénition 4. Un corps matériel indéformable est en équilibre statique si son centre de gravité suit un
mouvement rectiligne uniforme et que le corps subit une rotation uniforme autour de son centre de gravité.

On a besoin de l'indéformabilité toute théorique du solide de sorte à introduire la notion de rotation


12 .
En  pratique  la dénition précédente peut encore être appliquée à des solides faiblement déformables. A
noter que l'équilibre statique s'accommode d'un champ de contrainte : par exemple, les particules formant
un solide en rotation subissent une accélération centrifuge générant un champ de contrainte exprimé par la
−−→ →

relation vue dans le cours de mécanique des milieux continue div σ + f = ρ→

γ .

De nouveau il faut considérer l'immobilité (vitesse de translation nulle et vitesse de rotation nulle) comme
une situation particulière de l'équilibre statique.

Dans la situation d'usage de l'équilibre d'un ouvrage  ou d'une partie de celui-ci  fondé sur la planète
Terre, la dénition suivante de l'équilibre statique quoique très approximative est admissible :

Dénition 5. Sur la surface de la Terre, un solide est en équilibre s'il est immobile par rapport à un
référentiel attaché à la Terre.

En génie civil, il n'est pas utile d'envisager des mouvements rectilignes uniformes. Le mot  statique 
n'évoque t-il pas l'absence de mouvement ? Cette dernière dénition quoique non-rigoureuse
13 n'en est pas
moins réaliste quant au champ des applications visées dans ce cours.

En cas de séisme, les fondations de l'ouvrage deviennent mobiles par rapport à la Terre ce qui permet
d'envisager la prise en compte des forces d'inertie
14 .

10. Isaac Newton (1643-1727), scientique anglais surtout connu pour sa théorie de la gravitation. Fondateur de la mécanique
classique.
11. Ce cadre Newtonien a été remis en cause par Einstein dans sa théorie de la relativité. Toutefois ce cadre garde sa
légitimité pour les applications qui intéressent l'ingénieur civil.
12. En eet le champ de vitesse d'un solide indéformable est caractérisé par un torseur cinématique dont la résultante est
justement le vecteur rotation. Voir le Ÿ 1.6 .
13. Un ouvrage fondé sur la Terre tourne avec elle, tourne autour du Soleil qui se déplace lui-même dans l'espace interstellaire,
etc... Les conditions d'équilibre parfait du solide livré à lui-même dans un espace vide de tout corps ne sont donc pas strictement
réunies.
14. Voir le cours de dynamique et de parasismique.
1.4. LES EXIGENCES DU CALCUL DES OUVRAGES 27

1.4.3.2 Critère d'équilibre


La dénition de l'équilibre étant donnée
15 , la question du critère se pose : quelles sont les conditions de
l'équilibre ? De nouveau, c'est Newton qui fournit la réponse qui est reformulée en termes modernes
comme suit :

Conjecture 6. Un solide est en équilibre statique si le torseur des forces, résultant des interactions avec
son environnement, agissant sur ce solide est égal au torseur nul.

Cette conjecture suppose (a) que l'on sache caractériser les interactions et bien sûr (b) dénir et manipuler
des torseurs et en particulier les torseurs de forces. Ces aspects sont détaillés dans le Ÿ1.5.

1.4.3.3 En pratique
En pratique l'analyse de l'équilibre statique d'un ouvrage permet de vérier que les dispositifs d'appui ou
de liaison sont bien adaptés à la transmission des eorts. Par exemple il est nécessaire de s'assurer du non-
renversement d'un mur de soutènement sous l'action de la poussée des terres retenues. Cette analyse permet
également d'évaluer l'intensité des forces  internes  à l'ouvrage, forces dont la connaissance est nécessaire
pour le dimensionnement.

Cette situation d'équilibre ou de rupture d'équilibre peut être illustrée par l'exemple d'une poutre sur deux
appuis unilatéraux et présentant une partie en console soumise à un eort concentré (g. 1.4.1).

Figure 1.4.1  La poutre repose sur deux appuis sur lesquels elle s'assoit du fait de la charge répartie qui
représente son poids propre. L'application de la force supplémentaire en bout de console peut, si elle est
susante, provoquer la rupture de l'équilibre : la poutre bascule.

Les questions d'équilibre sont détaillées au chapitre 2 de cet ouvrage.

1.4.4 Stabilité
La stabilité est l'attribut d'un système dynamique ou d'un système statique. Dans les ouvrages de mécanique
on trouve parfois abusivement le mot  stabilité  pour qualier une situation d'équilibre et de résistance :
ce n'est pas correct et il convient de préciser cette notion de stabilité dont les règles de calcul européennes
font par ailleurs grand cas.

1.4.4.1 Stabilité des systèmes dynamiques


Un système dynamique
16 peut prendre diérentes formes : il peut être mécanique, biologique, thermodyna-
mique, etc... L'évolution d'un système dynamique est décrit par un jeu de paramètres  position, vitesse,
température, pression, concentration, etc...  régi par des équations déterministes qui modélisent le compor-
tement dudit système.

Pour xer les idées, citons quelques exemples de systèmes dynamiques : le système solaire, la croissance
d'une population de bactéries, le système climatique, l'écoulement goutte à goutte d'un robinet mal fermé,
le comportement d'un pendule excité par une force d'origine magnétique, etc...

15. Comme pour la plupart des notions, il conviendra de distinguer (a) la dénition de (b) le critère de réalisation.
16. Voir la dénition qui en a été donnée en 2.
28 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

La résolution du jeu d'équations peut être réalisée de façon numérique par la mise en ÷uvre de moyens
informatiques appropriés. Cette résolution possède, en principe, un caractère prédictif : à partir d'une con-
guration initiale des paramètres (instant t0 = 0), est déduite la conguration à terme (instant t).
La question posée par la  stabilité  d'un système matériel est celle de sa sensibilité aux conditions initiales.
La notion de stabilité est introduite  de façon très qualitative comme suit :

Dénition 7. Un système dynamique est stable si de petites modications (ou  perturbation ) des condi-
tions initiales conduisent à des solutions voisines à terme. Inversement, un système sera qualié d'instable si
de petites perturbations des conditions initiales conduisent à des solutions très éloignées.

Exemple mathématique :

L'exemple d'un processus mathématique déterministe instable est donné ici : il ne peut être suspecté d'être
entaché de bruit ou d'être perturbé par un quelconque phénomène aléatoire.
2iπ
Dans le plan complexe C z n = 1 = e , équation (a), chacun sait que les n solutions
considérons l'équation
k
0 2iπ× n 2
de cette équation valent zk = e (où i = −1 et k ∈ [0, n − 1]). Ces solutions sont représentées par les
k
points Mk de rayon polaire unitaire et portés par les directions inclinées de 2π
n avec l'axe Ox.

Envisageons le processus itératif suivant : Partant d'un nombre complexe c quelconque du plan C , on dénit
zm+1 = 1 + n1 zm + n1 zm 17 . On montre que soit la suite converge vers l'une
 1−n
la suite z0 = c et si zm 6= 0
des solutions de l'équation (a), soit elle diverge. A tout point c du plan complexe on peut ainsi lui associer
0 0
une solution (un  zéro ) zk . Aectons une couleur à chacune des solutions zk et aux points du plan qui
leur sont associés par l'itération précédente de sorte à construire n ensembles. Pour n = 6 , par exemple, on
obtient la conguration de la gure 1.4.2.

Figure 1.4.2  Ensembles géométriques obtenus par résolution itérative de l'équation z 6 = 1. Les six en-
sembles ne sont pas séparés par une frontière bien franche comme pourrait le suggérer l'intuition mais sont
séparés par un  bord  complexe mêlant des sous-domaines attachés à des zéros diérents. Quelle que soit
l'échelle à laquelle le plan complexe est observé, la complexité perdure indéniment en révélant son auto-
similarité.

Il est notable que, dans certaines régions du plan complexe C un tout petit écart sur la position initiale du
point c rend complètement imprédictif le zéro vers lequel le processus itératif va converger : c'est ainsi que
s'exprime l'instabilité.

Dans le même registre de l'instabilité d'un processus mathématique, comment résister au plaisir de présenter
le magnique ensemble de Mandelbrot (gure 1.4.3) dont la simplicité du processus itératif déterministe
et chaotique n'a d'égal que la beauté des paysages qu'il génère.

Exemples physiques :

17. Ce processus itératif correspond à la recherche des zéros de la fonction holomorphe f (z) = z n − 1 par la méthode de
n
0−f (zm ) zm −1 n−1
Newton :
zm+1 −zm
= f0 (zm ) ⇒ zm+1 −zm
= nzm .
1.4. LES EXIGENCES DU CALCUL DES OUVRAGES 29

Figure 1.4.3  Ensemble de Mandelbrot (en noir) à diérentes échelles : c'est l'ensemble des points c du
2
plan complexe tels que le processus itératif zm+1 = zm +c (avec z0 = c) ne tende pas vers l'inni. Dans
l'ensemble complémentaire, les couleurs  arbitraires sont fonction du nombre d'itérations nécessaires pour
observer la divergence. Programme 'mandelbrot' disponible sur le site 'sciencespourlingenieur'.

Exemple 8. météorologie
En 1960 le programme informatique développé par Edward Lorenz mit à jour la nature imprévisible
du temps. Au prix de plusieurs heures de calcul, son programme modélisait l'atmosphère de façon réaliste
grâce à des paramètres thermodynamiques tels que la température, la pression, l'humidité, ... A l'issue
d'un grand nombre de simulations, Lorenz se rendit compte que des valeurs initiales légèrement diérentes
conduisaient à des résultats qui étaient très sensiblement diérents là où il s'attendait à obtenir des résultats
quasi-identiques.

Exemple 9. système solaire


De tout temps, les astronomes ont cherché à retrouver dans les mouvements des corps du système solaire les
périodicités qui leur permettaient de faire des prédictions (dates des éclipses, fêtes religieuses, saisons, ...),
et jusque très récemment (années 1980) le mouvement des planètes dans le système solaire était considéré
comme le modèle même de régularité. En fait, le mouvement des planètes est chaotique et son évolution au
delà de 100 millions d'années environ est impossible. Cette échéance est courte relativement aux 4,6 milliards
d'années d'existence du système solaire.

Ces exemples démontrent les limites sur notre capacité de prédiction à long terme de l'évolution de certains
phénomènes physiques pourtant déterministes. C'est ainsi que ceux-ci (météo, position des planètes, oscilla-
teurs excités) peuvent comporter une grande variété de régimes quasi-périodiques tout en étant sujets à des
changements abrupts d'apparence aléatoires.

L'étude des systèmes dynamiques a servi de base à la théorie du chaos étroitement liée à la géométrie
fractale.

1.4.4.2 Stabilité des systèmes statiques


La stabilité d'un équilibre statique se juge en le perturbant.
30 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Dénition 10. L'équilibre statique d'un système matériel est stable si une petite perturbation ne conduit
pas à un changement radical de sa géométrie, la suppression de la perturbation restaurant l'équilibre dans
sa conguration géométrique initiale.

Rappelons en premier lieu que la stabilité, dans ce contexte, concerne d'abord un état d'équilibre.

En second lieu, illustrons le propos par quelques exemples :

Exemple 11. Stabilité de l'équilibre d'une bille sur une surface

Trois congurations d'équilibre sont considérées sur la gure 1.4.4 : (1) bille au sommet de la bosse, (2) bille
au creux de la dépression, (3) bille sur la partie horizontale. Pour chaque conguration il est aisé de vérier
l'état d'équilibre car le poids P de la bille est repris par la réaction R perpendiculairement à la surface
d'appui. Les deux forces sont en eet opposées et concourantes partout où la surface présente une tangente
horizontale (et donc une normale verticale), ce qui est avéré dans les trois situations d'étude.

Figure 1.4.4  Congurations d'équilibre possibles d'une bille. La conguration (2), stable, est remarquable
en ce qu'une perturbation fournit de l'énergie au système (le travail élémentaire de la force perturbatrice est
positif ). Lorsque la perturbation ~
δp cesse, la bille retourne spontanément (après quelques oscillations) à sa
conguration d'équilibre. Ce n'est pas le cas de l'état d'équilibre (1) où la perturbation s'accompagne d'une
restitution d'énergie consommée dans un changement de conguration géométrique, la bille bifurquant vers
la position (2). La conguration (3) est indiérente quant à elle.

L'intuition de ce qui peut se passer lorsque l'une ou l'autre des situations d'équilibre est perturbée (par
une inme poussée opérée avec le doigt par exemple) permet très exactement de discriminer quel est l'état
d'équilibre qui est stable. Si on pousse la bille en conguration (3) celle-ci prendra une position indiérente
sur le plan horizontal. Si on opère de même avec la conguration (1) la bille roulera sur la surface et trouvera
spontanément un autre état d'équilibre stable. Enn si on pousse la bille de la conguration (2) la bille
commencera à gravir la pente ; il faudra lui apporter de l'énergie pour la mouvoir. De plus un relâchement
de la perturbation provoquera le retour de la bille à sa position initiale : c'est la marque d'un état d'équilibre
stable.

Exemple 12. Stabilité d'un assemblage de solides rigides

Considérons le mécanisme (S) (1) et (2) articulées élastiquement entre


formé par deux barres indéformables
c (gure ??). La barre (1) est assujettie à coulisser verticalement
elles grâce à un ressort de torsion de raideur
et la barre (2), initialement alignée avec (1) au repos, est posée sur un plan horizontal par un appareil
d'appui simple. Le sommet de la barre (1) est soumis à l'action d'un eort axial d'intensité F . Désignons
π
par φ l'inclinaison adoptée par la barre (AB) ; inclinaison naturellement limitée à
2.

Sous l'action de l'eort de compression F , le mécanisme peut soit rester rectiligne (φ = 0), soit adopter la
conguration brisée (φ 6= 0). A quelles conditions ces congurations sont-elles des congurations d'équilibre ?
A quelles conditions sont-elles stables ?

La discussion ci-dessous répond à ces questions, le graphe de la gure 1.4.6 dans le plan {φ, F } en illustrant
les diérentes congurations.

1. Au départ la force est nulle F =0 et la conguration géométrique est rectiligne φ=0 (origine du
graphe ).

2. Ensuite la force s'accroît modérément F %. La force étant parfaitement centrée, il n'y a aucune raison,
a priori, que le point A se déplace plutôt à gauche qu'à droite de la position initiale de sorte que φ
reste nulle. Aussi la conguration rectiligne est-elle trivialement conguration d'équilibre (branche a ).
1.4. LES EXIGENCES DU CALCUL DES OUVRAGES 31

Figure 1.4.5  Mécanisme formé par deux éléments indéformables initialement alignés, reliés par un ressort
de torsion et simplement appuyé au sol. A gauche : la conguration rectiligne de repos. Au centre : la
conguration  brisée  pouvant être produite par le chargement. A droite, la loi de comportement à l'équilibre
du système mécanique dans l'espace {angle d'inclinaison , force}.

3. Pour tester si la conguration d'équilibre est stable, il faut apporter une petite perturbation (en
poussant le pied A très légèrement vers la droite par exemple) puis relâcher la perturbation pour
observer l'évolution du système :

(a) tant que la force appliquée est inférieure à une valeur seuil appelée  force critique  Fc 18 , l'unique
conguration d'équilibre est la conguration rectiligne. Cette conguration est stable et le relâ-
chement de la perturbation ramène le système à cette conguration rectiligne ;

(b) lorsque la force appliquée dépasse la force critique Fc deux congurations d'équilibre coexistent :

i. la conguration rectiligne, instable (branche b ). Toute perturbation provoque une bifurcation


d'équilibre vers l'état stable décrit ci-après ;
ii. la conguration brisée, stable (branche c )
19 .

Cette étude qualitative a permis d'introduire la notion de force critique et celle de bifurcation d'équilibre.
En pratique, dans le domaine de la construction, l'ingénieur doit s'attacher à ne pas solliciter les structures
ou les éléments de structure au delà de leur force critique.

Exemple 13. Poutre déformable soumise à un eort de compression


Cet exemple est semblable au précédent à ceci près que l'élasticité, au lieu d'être concentrée en un seul
ressort, est ici répartie tout au long de la poutre. La poutre, supposée incompressible, est caractérisée par
son module de exion EI et par sa longueur L.
Pour des forces axiales F croissantes, relevons la  réponse  statique de la poutre caractérisée par sa èche
u. Deux étapes de chargement doivent être distinguées :

π 2 EI
1. Tant que l'eort reste inférieur à la valeur critique Fc = l'unique conguration d'équilibre est
L2
la conguration rectiligne ; cette conguration est stable ;

2. Lorsque l'eort appliqué croît au delà de la force critique :

(a) la conguration d'équilibre rectiligne est possible théoriquement mais celle-ci est instable ;

(b) la conguration d'équilibre curviligne alternative devient possible et, qui plus est, constitue la
conguration d'équilibre stable.
c
18. Pour information, cette force critique vaut ici Fc = .
L
φ
19. L'équation de la branche d'équilibre stable post-critique est F = Fc ; sa pente est nulle au voisinage de φ = 0.
sin φ
32 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Figure 1.4.6  Phénomène de ambement d'une poutre droite. A gauche la conguration rectiligne initiale.
Au centre, une conguration curviligne d'équilibre possible. A droite, la loi de comportement à l'équilibre du
système mécanique dans l'espace {déplacement latéral , force}.

En pratique (courbe verte pointillée de la gure 1.4.6) :

1. la conguration rectiligne parfaitement centrée est dicilement réalisable et on observe une évolution
du déplacement latéral avant même que la force critique ne soit atteinte ;

2. lorsque la force critique est atteinte, du fait des imperfections géométriques et des défauts d'alignement
de l'eort, la poutre  cherche  à atteindre spontanément la conguration d'équilibre stable. Or il
est remarquable (courbe de la gure 1.4.6), qu'un petit accroissement de la force au delà de la force
critique s'accompagne d'un déplacement transversal signicatif car la pente de la fonction F (u) est
nulle. En pratique un grand déplacement est donc nécessaire à l'établissement de l'équilibre stable post-
critique ; de ce fait la bifurcation d'équilibre s'accompagne généralement de déformations plastiques
(rotule plastique) conduisant à la ruine de la poutre. Le phénomène d'instabilité de forme d'une poutre
soumise à un eort compressif est appelé  ambement .

En résumé, le phénomène d'instabilité d'équilibre survient lorsque des éléments de structure ou des parties de
ceux-ci sont soumis à des forces compressives. C'est le cas lorsque des âmes de poutres métalliques de grande
hauteur subissent l'eet d'une force concentrée (possibilité de voilement) ou lorsqu'une poutre en I voit l'une
de ses ailes fortement comprimée (possibilité de déversement). Le phénomène peut aecter également des
structures minces soumises à la torsion.

Figure 1.4.7  Manifestation du phénomène d'instabilité en construction métallique. De gauche à droite :


ambement d'un poteau, cloquage d'une coque cylindrique, voilement de l'âme d'une poutre. C'est le dépla-
cement induit par la bifurcation d'équilibre qui a généré les irréversibilités plastiques visibles sur ces photo-
graphies.

En conclusion, le lecteur doit se persuader que l'ingénieur civil fait grand cas du phénomène de stabilité
comme les règles de calcul Européennes le lui commandent d'ailleurs dans les articles portant sur les  états
limites ultimes de stabilité de forme .

Les questions de stabilité sont abordées au chapitre 9 de cet ouvrage.


1.4. LES EXIGENCES DU CALCUL DES OUVRAGES 33

1.4.5 Résistance
La question de la résistance des matériaux se pose lorsqu'une structure est soumise à des combinaisons de
chargements (ou  actions élémentaires ) rares dans leur probabilité de réalisation mais intenses quant à
leur intensité.

En génie civil, c'est le règlement Européen NF EN 1991 qui dénit les actions élémentaires parmi :
 les charges permanentes G dues au poids propre de la structure et au poids des masses qu'elle supporte ;
 les charges d'exploitation Q dues à l'occupation des locaux selon leur catégorie d'usage ;
 la précontrainte P le cas échéant ;
 la charge de neige S selon la situation géographique, l'altitude, la forme et l'environnement d'un
bâtiment ;
 la charge due au vent W ;
 les charges accidentelles, notées Ad ;
 les charges sismiques, notées AEd .
Dans les combinaisons susceptibles de provoquer la rupture, doivent être prises en compte les charges perma-
nentes (expression du poids), la précontrainte éventuelle, une charge variable dominante dite  de base  et
les charges variables dites  d'accompagnement . La charge variable de base est prise avec sa valeur carac-
téristique (probabilité de dépassement inférieure à 2% en 50 ans) et les charges variables d'accompagnement
avec une valeur un peu réduite dite  de combinaison .

Figure 1.4.8  Deux situations de rupture par dépassement des états limites ultimes. A gauche eondrement
d'un plancher d'immeuble dans une situation de projet sismique. A droite : eondrement dramatique du
terminal 2E de l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy en mai 2004 .

De telles congurations de chargement portent les structures dans un  état limite ultime  de résistance
susceptible de mettre en cause la sécurité des personnes et la préservation des biens. Le règlement NF EN
1990 dénit trois types de combinaisons d'actions aux états limites ultimes :
 les combinaisons fondamentales mêlant charges permanentes, charges d'exploitation et charges clima-
tiques ;
 les combinaisons accidentelles, prenant en compte une action Ad accidentelle en plus des actions
variables. Ces actions accidentelles peuvent résulter d'un choc, d'un incendie, d'une intempérie excep-
tionnelle, d'une avalanche, d'une explosion, ... Ces actions ont un caractère exceptionnel et non pas
répétitif comme peuvent l'avoir les actions variables ;
 les combinaisons sismiques (prenant en compte une action AEd équivalente au séisme local estimée
par application de la norme NF EN 1998) ; typiquement, le séisme de référence a une probabilité de
10% d'être dépassé dans une période de 50 ans, sa périodicité de retour est de 475 ans.
Lorsqu'un état limite est atteint, la structure subit des dommages (ssuration importante, déformations
plastiques irréversibles). La structure doit néanmoins  résister  avec une probabilité supérieure à 99,9%
sur une période de référence de 50 ans
20 .

Pour conclure ce paragraphe, la situation de rupture est illustrée par le simple exemple d'une poutre sur
deux appuis soumise à un eort réparti (gure 1.4.9).

En génie civil, les questions de résistance relèvent des divers règlements Européens EC2, EC3 etc... au titre
des états limites ultimes. Ces questions se trouvent en dehors du champ d'étude de ce manuel.

20. La sécurité absolue n'existe pas. Augmenter encore la sécurité conduirait à des coûts économiquement insupportables.
34 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Figure 1.4.9  La poutre repose sur ses deux appuis. Son poids propre G combiné à la charge d'exploitation
Q peut provoquer la ruine de la poutre au delà de l'état limite ultime supportable dépendant de la résistance
du matériau et de la forme et des dimensions transversales de la poutre.

1.4.6 Déformabilité
La mécanique du solide nous enseigne que tout champ de contrainte, motivé par des actions s'exerçant sur
un solide, est associé à un champ de déformation qui n'exprime rien d'autre que des taux de déplacement.

{→−
 statique  loi de comportement  intégration
Fext→(S) −→−→ σ −→−→−→−→−→ ε −→−→−→ u}
| {z } |{z} |{z} | {z }
actions contraintes déf ormations déplacement

Ces taux de déplacement, sommés sur l'ensemble du solide et compte tenu de ses conditions d'appui,
conduisent à des déplacements qui doivent rester dans des limites  raisonnables  pour que ledit solide
conserve les fonctions pour lesquels il a été conçu.

Dénition 14. On appelle  déformabilité  d'une structure le rapport entre un déplacement caractéristique
et une dimension caractéristique.

Par exemple la déformabilité d'une poutre sera jugée par le rapport entre sa  èche  et sa longueur. La
déformabilité d'un portique pourra être caractérisée par le rapport entre le déplacement transversal de la
traverse et la hauteur des poteaux ou la èche rapportée à la portée. L'ordre de grandeur est le pourcent
(1%).

Figure 1.4.10  La poutre de lancement (à gauche) et le portique de levage (à droite) doivent conserver une
déformabilité maîtrisée pour rester opérationnels .

En génie civil, dans les conditions normales de son exploitation, une structure doit pleinement remplir les
fonctions pour lesquelles elle est destinée. Ainsi, par exemple, un réservoir ne doit-il pas se ssurer au risque
de perdre toute fonction d'étanchéité ou un linteau ne doit-il pas se déformer exagérément au risque de gêner
voire d'empêcher la man÷uvre de l'huisserie qu'il surplombe.

La norme NF EN 1990 introduit l' état limite de service comme l'état au delà duquel la structure ne
remplit plus son rôle, notamment du fait d'une déformabilité excessive.
1.5. RAPPELS SUR LES FORCES ET LES GRANDEURS ASSOCIÉES 35

Trois types de combinaisons d'actions élémentaires sont distinguées :


 les combinaisons caractéristiques ;
 les combinaisons fréquentes ;
 les combinaisons quasi-permanentes.
Le calcul des déformation en situation ordinaire s'eectue en régime élastique : ni la ruine de l'ouvrage, ni
l'apparition de dommages irréversibles ne sont envisagées.

On peut schématiser la situation de déformabilité par l'exemple d'une poutre sur deux appuis soumise à un
eort réparti.

Figure 1.4.11  La poutre repose sur ses deux appuis. Son poids propre G combiné à la charge d'exploitation
Q peut provoquer une déformation transgressant l'état limite de service compatible avec le bon fonctionnement
de l'ouvrage.

Les méthodes de détermination des déplacements dans les structures sont abordées aux chapitres 6, 7 et 8.

1.5 Rappels sur les forces et les grandeurs associées


1.5.1 Origine des forces
Les forces entre solides (ou entre les diérentes parties d'un même solide) résultent principalement de deux
types d'interaction entre les particulesélémentaires constitutives de ces solides parmi quatre types d'inter-
action connus (table 1.1). Ces interactions sont véhiculées au niveau quantique par des particules appelées
bosons d'interaction
21 .

constante de
couplage
interaction boson vecteur (caractérise commentaire théorie
de l'intensité de
l'interaction l'interaction)
interaction forte gluons 1 portée très courte, assure chromodynamique
la cohésion à l'intérieur quantique
du noyau atomique ;
interaction de contact
entre hadrons et entre les
quarks du noyau
interaction photons 1/137 forces de Van der Walls, électrodynamique
électro- liaisons chimiques, forces quantique
magnétique de contact répulsives ou
attractives

°
−6
interaction bosons 10 à l'origine de la théorie
faible W+,W-,Z radioactivité électrofaible
interaction graviton (pas 6.10−39 toujours attractive, relativité générale
gravitationnelle encore détecté portée très longue ;
ce jour) structure l'univers

Table 1.1  Interactions quantiques.

21. Voir Sous l'atome les particules, Etienne Klein, collection Domino, Editions Flammarion, isbn 2 08 035187 7.
36 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

En mécanique classique, ne sont considérés que deux types d'interactions


22 :

1. les forces de contact : répulsives et d'origine électromagnétique ;

2. les forces à distance : uniquement attractives et d'origine gravitationnelle


23 . En génie civil, seules
les interactions avec le corps massif que représente la Terre sont prises en compte sous la forme du
 poids .

Les forces ont un caractère vectoriel. Plus précisément, un ensemble de forces peut être réduit, du point de
vue mathématique, à un torseur
24 .

1.5.2 Caractère vectoriel d'une force


L'interaction de deux solides (1) et (2) nécessite une zone de contact. Bien généralement cette zone de contact
est une surface, auquel cas l'interaction s'exprime par une distribution de force surfacique. En théorie des
poutres, il sera utile également d'introduire des répartitions linéiques de forces. Il existe aussi des forces
volumiques ; le poids d'un solide résulte de son interaction avec la Terre : chaque unité de volume subit un
poids volumique proportionnel à la masse volumique locale.

La situation se simplie lorsque la zone de contact est ponctuelle.

1.5.2.1 Eort ponctuel

Figure 1.5.1  Deux solides interagissent entre eux au point de contact. L'action de (2) sur (1) est représentée
par un vecteur force. Il en est de même pour l'action  réciproque  qu'exerce (1) sur (2).

Une force ponctuelle traduit l'action qu'exerce ponctuellement un solide (2) sur le solide (1). L'hypothétique
zone ponctuelle A est appelée  point d'application . Cette action possède une certaine intensité |F | et sa
nature directionnelle est rendue compte par un vecteur directeur


u. Enn le sens de l'action est traduit par
le signe ± qui lui est aecté. Pour résumer une force ponctuelle est caractérisée par :

 un point d'application A;
 une intensité absolue |F | ; l'unité de force est le Newton, symbole N. En génie civil le kiloNewton
kN est davantage employé
25 .
 une direction d'exercice


u;
 un sens ±.


F 2→1 = ± |F | →

u = F→

u
Les trois dernières caractéristiques sont celles d'un vecteur. L'intensité |F | et son signe ± sont rassemblés
dans la quantité algébrique F. L'action vectorielle aussi appelée  force  (ou eort) est donc modélisée par

− →

un vecteur désigné par F 2→1 ou simplement par F ou par F→

u. A
Cette force étant appliquée en un point


donné, cette action est davantage précisée en la modélisant par la paire {A, F } ce qui constitue un  vecteur
lié .

22. NDLA : Les forces dites  centrifuges  ou encore les forces de Corriolis n'apparaissent que si les équations de la
dynamique sont écrites dans des repères non-galiléens (ce que l'auteur du présent document ne recommande pas).
23. Bien que la constante de couplage de l'interaction gravitationnelle soit 1036 fois plus petite que la constante de couplage
électromagnétique, les forces gravitationnelles (poids) doivent souvent être prises en compte du fait que cette interaction est
uniquement attractive et possède une longue portée.
24. Mieux vaut le préciser : ne pas confondre  tenseur  et  torseur .
25. Par exemple, le poids d'une masse de 100 kg est égal à 981 N à la surface de la Terre ce qui est un peu plus faible que le
kiloNewton.
1.5. RAPPELS SUR LES FORCES ET LES GRANDEURS ASSOCIÉES 37

1.5.2.2 Action-Réaction

L'étude dynamique d'un système isolé formé de deux corps en contact permet de montrer le théorème
suivant :

Théorème 15. L'action ponctuelle qu'exerce le solide (2) sur le solide (1) est opposée à l'action ponctuelle
qu'exerce le solide (1) sur le solide (2) :

− →

F 2→1 = − F 1→2

Ce théorème est également connu comme le  principe d'action-réaction 


26 .

1.5.2.3 Représentation conventionnelle

En mécanique, le projeteur est souvent amené à établir des schémas de calcul sur lesquels il représente
l'ossature étudiée et les eorts qu'elle subit. La question de la représentation conventionnelle des forces se
pose donc.



Une force F sera représentée par deux éléments pictographiques (voir la gure 1.5.2) :


− →

1. une èche qui représente le vecteur directeur unitaire u dirigeant la droite support de la force F.
Insistons sur le fait que cette èche ne représente pas la force elle-même. La désignation ”→

u” du
vecteur unitaire est optionnelle et est généralement omise ;

2. une quantité littérale ”F ” qui représente l'intensité algébrique de la force. Ainsi si cette valeur est
positive, c'est que l'eort agit eectivement dans le sens indiqué par la èche ; au contraire, si elle est
négative, la force agit dans le sens opposé.


En conséquence de quoi, la paire formée par ces deux éléments se lit :  vecteur F égal intensité algébrique
F fois le vecteur unitaire


u  :



F =F ×→

u

Figure 1.5.2  (a) Représentation conventionnelle d'une force adoptée dans ce cours. (b) ces deux forces
sont opposées car elles ont les mêmes intensités algébriques mais sont portées par des vecteurs unitaires
opposés. (c) ces deux forces sont également opposées car elles sont portées par le même vecteur unitaire mais
possèdent des valeurs algébriques opposées. Enn, (d), ces deux forces sont égales car portées par des vecteurs
opposés en ayant des valeurs algébriques également opposées.

1.5.3 Moment d'une force en un point


1.5.3.1 Cas général en trois dimensions


Soit une force F appliquée en un point A et soit un point P quelconque.


− −

Dénition 16. On appelle  moment de la force F au point P  et on note M →
− 
F ,P
ou plus simplement


→ −−→ −→ → −
MP le vecteur déni par le produit vectoriel : MP = P A ∧ F .
26. Il s'agit en fait d'un théorème découlant du principe fondamental de la dynamique.
38 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

−→ → −
Il est évident que le moment est nul si les vecteurs P A et F sont colinéaires, c'est à dire si P appartient à la

− −

droite orientée par F et passant par A. Si le vecteur M P n'est pas nul, il est perpendiculaire au plan formé
−→ → −
par les vecteurs P A et F .

En coordonnées cartésiennes : les coordonnées des points et les composantes du vecteur force sont projetées
dans un repère orthogonal {R} = {Oxyz} centré en un point O. Alors A = {xA , yA , zA }, P = {xP , yP , zP }


et F = {Fx , Fy , Fz }. Donc :

     
xA − xP Fx (yA − yP ) Fz − (zA − zP ) Fy


M P =  yA − yP  ∧  Fy  =  (zA − zP ) Fx − (xA − xP ) Fz 
zA − zP Fz (xA − xP ) Fy − (yA − yP ) Fx

L'intérêt de la notion de moment apparaîtra au Ÿ 1.5.5 lorsque les torseurs seront introduits.

Figure 1.5.3  Représentation conventionnelle d'un vecteur-moment par une double èche. Le moment est
−→ →

orthogonal au plan formé par les vecteurs PA et F.

1.5.3.2 Cas particulier en deux dimensions


Lors de l'étude des structures, il est souvent possible de dénir des plans d'étude (par exemple celui d'une
ferme de charpente ou d'un portique). Le calcul des forces et leur représentation dans le plan sont donc
utiles.

Figure 1.5.4  A gauche, une série de fermes inscrites dans des plans parallèles. A droite : le moment en P
d'une force dans le plan se calcule en multipliant l'intensité algébrique F de la force par la hauteur h obtenue
par projection du point P sur la direction ∆ support de la force. On multiplie ensuite le résultat par +1 si
le vecteur directeur tourne dans le sens direct autour de P et par −1 sinon.


− →

Soit donc une force F {xy} F = Fx →
agissant dans le plan
−x + Fy →

y appliquée au point A (xA , yA ). Soit un

→ −→ → −
point P (xP , yP ) de ce même plan. Le moment de la force en P répond à la dénition générale : M P = P A∧ F .

− −→ −

Comme les vecteurs F et P A appartiennent au plan {xy} , le vecteur M P est nécessairement perpendiculaire
1.5. RAPPELS SUR LES FORCES ET LES GRANDEURS ASSOCIÉES 39


→ →

à ce plan (à moins qu'il ne soit nul). Ainsi M P ne possède qu'une seule composante portée par l'axe z
perpendiculaire à {xy} d'intensité algébrique MP = (xA − xP ) Fy − (yA − yP ) Fx .

De part les propriétés du produit vectoriel, la valeur absolue |MP | représente l'aire délimitée par le parallé-

− −→
logramme bâti sur les vecteurs F et PA dont la valeur est égale à la base du parallélogramme matérialisée
par la quantité |F | multipliée par la hauteur h également appelée  bras de levier  (voir gure 1.5.4). h est


la distance de P à la droite ∆ support de F .

Par conséquent, il est souvent pratique de calculer le moment d'une force en un point par la relation :

M oment = f orce albébrique × bras de levier × sens de rotation

Le sens de rotation est celui du vecteur directeur de la droite support de la force.

L'unité de moment est le Newton.mètre de symbole Nm ; en pratique on lui préfèrera le kN m.

1.5.4 Couple de force



− →
− →
− →

Considérons deux forces opposées FA = F et F B = −F agissant en deux points d'application distincts A
et B . Soit encore P un point quelconque.

On introduit :

− →
− →

1. La résultante qui n'est rien d'autre que la somme des forces : R = F A + F B. Il est bien évident
que cette résultante est nulle.

2. Le couple de force : c'est la somme des moments des deux forces réduits en un point commun

→ −→ → − −−→ →
− −
→ −−→ →−
quelconque P : MP = PA ∧ F + PB ∧ −F . Soit en factorisant : M P = BA ∧ F . On voit donc que le
moment d'une paire constituée de deux vecteurs opposés ne dépend pas du point auquel ce moment

− −−→ →−
est évalué. Ce moment s'appelle couple de force et est désigné par la lettre C : C = BA ∧ F .

Figure 1.5.5  Un couple peut être initialement déni à partir de deux forces opposées agissant sur des
droites parallèles distinctes. Lorsque les droites se confondent, le couple seul subsiste comme entité à part
entière. Un couple dans l'espace tridimensionnel est représenté par une èche double.

Lorsque la distance |AB| = ∆L tend vers zéro et que les eorts croissent dans la proportion inverse, le couple
reste constant. A la limite ∆L = 0, les forces sont opposées l'une à l'autre en étant portées par la même


droite et seul subsiste le couple C . On voit donc apparaître une nouvelle modalité d'interaction entre deux
solides : le couple (gure 1.5.5).

Dans le plan {xy}, les forces étant contenues dans ce plan et les moments et couples lui étant perpendiculaires,
on adopte une èche curviligne pour désigner ces derniers (gure 1.5.6).
40 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Figure 1.5.6  En 2D les couples sont représentés par des èches curvilignes.

1.5.5 Torseur
Les torseurs font partie des  objets  mathématiques les plus familiers aux mécaniciens. Ces derniers mani-
pulent ainsi couramment des torseurs de diérents types : torseurs de force, torseurs cinématiques, torseurs
cinématiques et torseurs dynamiques.

Dans ce paragraphe nous allons introduire le torseur de façon générale et abstraite et ensuite le contextualiser
aux forces et aux couples que nous avons abordées dans les paragraphes précédents.

1.5.5.1 Le torseur en tant qu'objet mathématique (3D)

Dénition 17. Soit R3 l'espace ane tridimensionnel et l'espace vectoriel associé. On appelle torseur {T }
une paire de champs vectoriels {→

r ,→

m}P tels que :
• Le champ


r est uniforme sur l'espace ane (il est indépendant du point P ∈ R3 ) ; →

r est appelé  résul-
tante  du torseur {T } ;
−−→ − →
• Le champ


m vérie la propriété : ∀P, Q ∈ R3 →

m (Q) = → −
m (P ) + QP ∧ →
r ;−
m (P ) est appelé  moment 
du torseur


{T } au point P . Le moment en P est aussi noté m P .

Retenons donc qu'un torseur est formé d'une résultante uniforme




r et d'un moment


m vériant
27 :


− −−→ − −−→
mP = →

mQ + P Q ∧ →
r ou aussi →

mP = →

mQ + →

r ∧ QP (1.5.1)

Remarque 18. La résultante




r constitue un  invariant  du torseur {T } dans la mesure où


r ne dépend
pas du point du plan ane où elle est évaluée.

Dénition 19. la résultante




r et le moment →

mP sont appelés  éléments de réduction  du torseur {T }
au point P. On écrit :
 →
−r

{T }P = →

m P P

1.5.5.2 Equiprojectivité

− −−→ −−→ − −−→ −  −−→ → −−→
Calculons le produit scalaire m P · P Q : il vient →

m P · P Q= →
mQ + P Q ∧ →
r ·P Q = −
m Q · P Q ; par conséquent :

Théorème 20. la projection du moment




mP
sur la droite (ΓP Q ) passant par P et Q est égale à la projection
du moment


mQ sur la même droite. C'est le théorème d'équiprojectivité du champ de moment d'un torseur.

Voir l'illustration de la gure 1.5.7a. Inversement, on peut montrer qu'un champ de vecteur équiprojectif est
le champ de moment d'un torseur.

27. Cette relation se rencontre dans la littérature comme étant la  formule de transport des moments .
1.5. RAPPELS SUR LES FORCES ET LES GRANDEURS ASSOCIÉES 41

1.5.5.3 Automoment
Dénition 21. On appelle automoment A d'un torseur le produit scalaire de ses éléments de réduction :
A=→

r ·→

mQ
Théorème 22. L'automoment est un invariant : A ne dépend pas du point de réduction du torseur.

−−→ −  →
A=→

r ·→

mP = →

r · →−
mQ + P Q ∧ →
r =−
r ·→


En eet, si nous prenons P comme point de réduction alors : mQ

1.5.5.4 Comoment de deux torseurs


Dénition
 23. Soient
 {T→
28
1 } et {T2 } deux torseurs , on appelle  comoment  des torseurs {T1 } =
 →
−r1 −
r2

− et {T2 } = →
− la quantité commutative :
m 1P P
m 2P P

{T1 } ⊗ {T2 } = →

r1·→

m 2P + →

r2·→

m 1P

Dans le calcul du comoment, les éléments de réductions sont calculés au même point de réduction. La
résultante du 1er torseur est multipliée par le moment de second, la résultante du 2ème torseur est multipliée
par le moment du premier, les deux quantités sont sommées.

Théorème 24. Le comoment de deux torseurs est un invariant.

La démonstration de ce théorème est évidente. A noter que l'automoment d'un torseur est égal à la moitié
du comoment par lui-même :
1
A= {T } ⊗ {T }
2

1.5.5.5 Axe central & moment central




Dénition 25. Soit {T } un torseur de résultante non-nulle :


  axe
r 6= 0 , on appelle central  (∆)
l'ensemble des points P de R3 tels que le moment


mP est

− 3 →− →

colinéaire à r . (∆) = P ∈ R / m p = λ r .

Théorème 26. Le facteur λ est uniforme le long de l'axe central ; il est appelé  pas du torseur . Équation
aux dimensions : [λ] = [L]. Unité : métre.

−−→ −
En eet si P ∈ (∆) c'est que → −
m P = λP → −
r et si Q ∈ (∆) c'est que →−
m Q = λQ →−r . Or →

mP = → −
mQ + P Q ∧ →r.

− →
− −−→ → − →
− 2 2
Par substitution : λP r = λQ r + P Q ∧ r . Eectuons le produit scalaire par r , il reste λP r = λQ r soit
λP = λQ 29 . Pour calculer le pas λ, il sut de s'appuyer sur l'automoment qui est invariant : A = →
−mP →

r = λr2
d'où :
A
λ=
r2
Théorème 27. Le moment


mP est uniforme le long de l'axe central ; il est appelé  moment central .
En eet si P ∈ (∆) c'est que →

m P = λ→

r , or λ est uniforme le long de (∆). c'est que →

m P = λ→

r est également
invariant.

Théorème 28. Le module du moment central est le module minimal parmi tous les moments.

En eet, supposons que Q soit sur l'axe central et non pas P , alors :


− −−→ − −−→ 2
λ→−
r +PQ ∧ → k→

m P k = λ2 r2 + P Q ∧ →

2
m P = |{z} r ⇒ r

| {z }
k→

r ⊥→

r

donc k→

m P k ≥ |λ| k→

r k minimal . On peut donc également dénir l'axe central comme lieu des moments de
module minimal.

28. Ces torseurs peuvent être de même nature ou non.


r 2 = −
→ 2
29. On note r
42 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Théorème 29. L'axe central (∆) d'un torseur est colinéaire à sa résultante


r.

−−→ −
Prenons deux points de l'axe central : P, Q ∈ (∆) alors →

mP = →

m Q = λ→−r . Comme →−
mP = → −
mQ + P Q ∧ → r
−−→ − −−→ → →
− −−→
alors λ→
−r = λ→−
r + PQ ∧ →
r. Par
− →

conséquent P Q ∧ r = 0 . C'est donc bien que r est colinéaire à P Q et
donc à (∆) .

La représentation paramétrique de l'axe central s'obtient comme suit : SoitO l'origine de l'espace ane R3

− →
− →
− −−→ → − −−→ → − →
− →

et P un point de l'axe central (∆) alors m P = λ r = m O − OP ∧ r , et donc OP ∧ r = m O − λ r .
−−→ −−→ −−→ −−→
Décomposons le vecteur OP en OP = OH + HP où H est la projection du point O sur l'axe central (∆).

− −−→ →

Comme P est également sur l'axe central et que celui-ci est orienté par r , on peut écrire que HP = α r
−−→ →

(le paramètre α permet de repérer le point P à partir de H ). Quant à OH , il est perpendiculaire à r par
−−→ →− →
− →
− →

dénition et satisfait l'équation OH ∧ r = m O − λ r . Multiplions vectoriellement cette relation par r
alors
30 :

−−→ −−→ −−→ − −−→ →



mO ∧ →−
r
OH ∧ →

r ∧→−
r = OH · →

r → −
r − (→
−r ·→r ) OH = →
− mO ∧ →

 
r ⇒ OH = − 2
| {z } | {z } r
2 r
0

Par conséquent :
−−→ →−
r ∧→ −
mO
∀P ∈ (∆) OP = 2
+ α→

r
r
Voir la gure 1.5.7b pour l'illustration graphique de cette construction. A noter qu'un torseur de résultante
nulle possède un moment uniforme sur tout l'espace R3 et n'admet donc pas d'axe central.

Figure 1.5.7  (a) illustration du théorème d'équiprojectivité. (b) construction de l'axe central, lieu de
moment minimal et parallèle à la résultante.

1.5.5.6 Torseurs particuliers : Torseur nul, Glisseur & Couple




Dénition 30. On appelle torseur nul un torseur de résultante nulle →

r = 0 tel qu'il existe au moins un
3 →
− →

point A de R où le moment est nul : mA = 0 .

Conséquences :

1. Les éléments de réduction du torseur nul sont uniformément nuls sur R3 ;


2. Le torseur nul ne possède pas d'axe central.



Dénition 31. On appelle glisseur un torseur de résultante non-nulle →

r 6= 0 tel qu'il existe au moins un

− →

point A de R3 où le moment est nul : mA = 0 .
30. On rappelle la formule du double produit vectoriel :

→ v ∧−
u ∧−
→  →
w = −

u ·−

w −
→
u − −

v ·−

w −
→
u.
1.5. RAPPELS SUR LES FORCES ET LES GRANDEURS ASSOCIÉES 43

Conséquences :

1. le moment central d'un glisseur est nul ;

2. l'axe central (∆) est la droite orientée par




r passant par A;
3. le glisseur est équivalent à un vecteur glissant le long de l'axe central.



Dénition 32. On appelle couple un torseur de résultante nulle →

r = 0 tel qu'il existe au moins un point

− →

A de R3 où le moment n'est pas nul : m A 6= 0 .

Conséquences :

1. un couple ne possède pas d'axe central ;

2. le moment d'un couple est uniforme sur R3 .

Théorème 33. Tout torseur peut se décomposer en un glisseur et un couple.

En eet :  →
 →
−   →

r
 − 
3 r 0
∀P ∈ R {T }P = →
− = →
− + →−
mP P 0 P mP P
| {z } | {z }
glisseur couple

La décomposition dépend du point P .

1.5.6 Torseur de force

Figure 1.5.8  (a) Forces et couples concentrés. (b) Forces réparties.

1.5.6.1 Torseur de force associé à un ensemble discret de vecteurs liés et de couples de force
Dans R3 considérons un domaine (S), occupé par un solide par exemple. En n points Ai de cet ensemble

− →

agissent des forces Fi et des couples C i (gure 1.5.8-a).
Dénissons les champs de vecteurs suivants :

− →

R = Σni=1 F i comme somme des forces ;
1.

→ −
→ n →− n −−→ →

2. M P = M (P ) = Σi=1 C i + Σi=1 P Ai ∧ F i en tant que somme des couples et des moments des forces.
( →
− )
R
Montrons que la paire −
→ constitue un torseur.
MP P


Tout d'abord, le vecteur R est uniforme (indépendant du point P) : c'est le vecteur résultante.
44 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE



D'autre part, calculons le vecteur MQ au point Q :


→ −
→ →
− −−→ → −
M Q = M (Q) = Σni=1 C i + Σni=1 QAi ∧ F i
−−→ −−→ −−→
par dénition. Notons que P Ai = P Q + QAi , par conséquent :


→ →
− −−→ → − −−→ → −
M P = Σni=1 C i + Σni=1 P Q ∧ F i + Σni=1 QAi ∧ F i

→ −−→
Le premier et le troisième terme forment ensemble le vecteur MQ et on peut factoriser PQ dans le second
terme de sorte que :

→ −
→ −−→ →

M P = M Q + P Q ∧ Σni=1 F i
| {z }


R

donc :

→ −
→ −−→ →−
MP = MQ + PQ ∧ R
ce qui répond bien à la dénition du champ de moment d'un torseur (équation 1.5.1).

1.5.6.2 Torseur de force associé à des eorts répartis


Un solide peut être soumis à des eorts ponctuels mais aussi à des forces réparties selon des lignes (forces
linéiques et couples linéiques) selon des surfaces (forces) ou des volumes (forces volumiques) ; voir la gure
1.5.8-b.

Notations :


 (L) ligne, dl élément innitésimal de longueur de la ligne, f L force linéique, →
−c
L couple linéique ;


 (S) surface, ds élément innitésimal de surface, f s force surfacique ;


 (V) volume, dv élément innitésimal de volume, f v force volumique (le poids) ;
 A point appartenant tour à tour à la ligne, à la surface, ou au volume.
Le développement précédent (Ÿ.1.5.6.1) est généralisé à des sommes continues (intégrales curvilignes, de
surface ou de volume).

1. Résultante : ˆ ˆ ˆ

− →
− −
→ →
− →

R = Σni=1 F i + fL dl + fs ds + fv dv
(L) (S) (V )

2. Moment en P :
ˆ ˆ ˆ

→ →
− −−→ → − 
→−c + −→ − → −→ → − −→ → −
M P = Σni=1 C i + Σni=1 P Ai ∧ F i + L P A ∧ fL dl + P A ∧ fs d s + P A ∧ fv dv
(L) (S) (V )

1.5.6.3 Exemples
Établissons les éléments de réduction du torseur de force dans les situations proposées à la gure 1.5.9. Il
s'agit de solides soumis à des forces réparties.

Figure 1.5.9  (a) Densité linéique de force variant linéairement le long d'une poutre. (b) Force surfacique
agissant sur une plaque triangulaire.
1.5. RAPPELS SUR LES FORCES ET LES GRANDEURS ASSOCIÉES 45

x
1. Figure 1.5.9.a : force linéique linéairement répartie q (x) = q L sur un domaine longiforme rectiligne
(une poutre) de longueur L :

Force élémentaire = force agissant sur un élément innitésimal de poutre de longueur dx :


− x
df = −q (x) →

y dx avec : q (x) = q
L
Force résultante = somme des forces élémentaires lorsque l'abscisse x décrit toute la poutre (P ) :

ˆ ˆL  2 L

− →
− x→− q→− x 1 −
R = df = −q y dx = − y = − qL→
y
L L 2 0 2
(P ) x=0

Intensité = aire du rectangle formé par la distribution de force linéique ;

Moment élémentaire en A = moment calculé en A de la force élémentaire agissant à l'abscisse x sur


une longueur dx :
−−−→ x−
dMA = x→
− y dx = −x × q →
x ∧ −q (x) →
− z dx
L
Moment résultant = somme des moments élémentaires :

ˆ ˆL  L
−−→ −−−→ x2 →
− q x3 → − 1
MA = dMA = −q z dx = − 2 z = − qL2 →

z
L L 3 0 3
(P ) x=0

2. Figure 1.5.9.b : poids volumique $ = ρg d'une plaque triangulaire rectangle (S) de cotés b et h et
d'épaisseur e  b, h :
Le poids surfacique (par unité de surface de plaque) est égal à $e→

z

− ˜
Résultante : R =→

z (S) $e ds où ds est un élément de surface de plaque. On transforme l'intégrale
de surface en une intégrale double :

ˆ ˆ ds
h b(x)


R =→

z }| {
z $e dy · dx
x=0 y=0

x

avec b (x) = b 1 − h (équation du bord du triangle dans le plan {xy}) ; par conséquent :

R
ˆ h h z }| {
x2


− x 1
R =→
− →
− = $ebh →−

z $e b 1− dx = z $eb x − z
x=0 h 2h 0 2

c'est le poids volumique multiplié par le volume de la plaque (ou le poids surfacique multiplié par la
surface).

→ ˜ −→
Moment en O : M O = (S) OA ∧ $e→

z ds où le point A (x, y) décrit toute la plaque. Donc :

¨ ¨


M O = $e (x→

x + y→

y)∧→

z ds = $e (−x→

y + y→

x ) ds
(S) (S)

" ˆ h ˆ b(x)
! ˆ h ˆ b(x)
! #


M O = $e −→

y x dy


dx + x y dy dx
x=0 y=0 x=0 y=0
 
 ˆ h ˆ h 

→ 
 →

 x →
− 1 2 x 2 
M O = $e − y xb 1 − dx + x b 1− dx

 x=0 h x=0 2 h 
 | {z } | {z }
b2 h
h i
2 3 2
2 b [h−h+ 3 h]= 6
1 2 1
b h2 − h3 = bh6

et donc :  

→ h bh →
− b bh →
− 1
M O = $e − y + x = R (b→

x − h→

y)
3 2 3 2 3
46 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

1.5.6.4 Glisseur équivalent à un système de forces coplanaires réparties parallèles

Dans les études de statique, il pourra souvent être commode de remplacer un ensemble de forces coplanaires
parallèles par un glisseur. Dans le cas des poutres, par exemple, on procède de la sorte pour substituer une
force unique, un glisseur (voir la dénition en 31), à une force répartie linéairement. Naturellement, cette
substitution n'est possible que si la résultante de la distribution des forces n'est pas nulle.

Soit un solide longiforme rectiligne [OA] orienté par le vecteur unitaire →−x soumis à une répartition linéique

− →
− →

de force transversale d'intensité q (x) · y dans l'intervalle [a, b] où y est perpendiculaire à x . Calculons les
éléments de réduction du torseur {Q} formé par cette distribution d'eort.

Figure 1.5.10  (gauche) Distribution de force perpendiculaire à Ox. (droite) Glisseur statiquement équi-
valent.

Résultante La résultante vaut :


ˆb


R =→

y q (x) dx = R→

y
x=a

On voit donc que l'intensité R de la résultante n'est autre que l'aire A de la surface (Q) délimitée par l'axe
x, la courbe représentative de la fonction y = q (x), les parallèles x = a et x = b. Cette résultante est portée
par


y.

Moment Le moment en O vaut :

ˆb ˆb
−−→
MO = x→

x ∧ q (x) →

y dx = →

z x · q (x) dx = MO →

z
x=a x=a

On voit donc que l'intensité MO du moment est le moment statique Sy de la surface (Q) évoquée ci-dessus
par rapport à l'axe Oy . Par dénition du centre de gravité G de la surface (Q), son abscisse xG est telle que :

Sy MO
xG = =
A R

Le moment en G de la distribution de force linéique se calcule par la relation de transfert de moment :

−−→ −−→ −−→ → − →



MG = MO + GO ∧ R = MO →

z − xG →

x ∧ R→

y = (MO − xG R) →

z = 0

D'où le théorème :

Théorème 34. Une distribution linéique de forces q (x), de résultante non-nulle, agissant perpendiculaire-
ment à une poutre est statiquement équivalente à un glisseur dont la résultante est l'aire de la surface (Q)
délimitée par la courbe d'équation y = q (x), dont la droite support passe par le centre de gravité de (Q).

Exemple 35. Cas de la force répartie uniforme : gure 1.5.11.

Exemple 36. Cas de la force répartie triangulaire : gure 1.5.12.


1.5. RAPPELS SUR LES FORCES ET LES GRANDEURS ASSOCIÉES 47

Figure 1.5.11  (gauche) Distribution de force uniforme perpendiculaire à Ox. (droite) Glisseur statiquement
équivalent.

Figure 1.5.12  (gauche) Distribution de force triangulaire perpendiculaire à Ox. (droite) Glisseur statique-
ment équivalent.

1.5.6.5 Discussion sur l'équivalence des torseurs de force entre eux

Dénition 37. Deux torseurs sont (statiquement) équivalents si leurs éléments de réduction sont égaux.

Corollaire 38. Pour que deux torseurs soient égaux, il sut de montrer que leurs éléments de réduction
soient égaux en un point donné.

Dans l'étude de l'équilibre d'un solide il est donc loisible de remplacer une distribution d'eorts par tout autre
système de forces pourvu que le nouveau système ait les mêmes éléments de réduction que la distribution
initiale.

Attention : Les déformations et le champ de déplacement provoqués par une distribution d'ef-
forts dépendent de la façon dont les forces sont appliquées et pas seulement de leurs éléments
de réduction. Autrement dit deux torseurs statiquement équivalents provoquent des champs
de déplacement diérents ; toutefois les diérences s'atténuent loin de la zone d'application
des forces.
Exemple 39. on considère une poutre sur deux appuis soumise à une force répartie uniforme. Dans le
calcul des réactions d'appui, on peut remplacer la distribution uniforme q de force linéique par un glisseur
équivalent (voir paragraphe suivant) d'intensité F = qL. Par contre la poutre soumise à l'action de la force
 ème
5
répartie accuse une inexion plus petite que celle subie par la poutre soumise à une action centrée
8
unique de même résultante (gure 1.5.13)
31 .

Figure 1.5.13  A gauche une répartition uniforme d'eort provoque une èche f1 à la poutre. A droite, le
glisseur statiquement équivalent provoque une èche f2 plus importante. Les eets en termes de déformation
et de déplacement produits par ces torseurs, pourtant statiquement équivalents, sont diérents.

31. Pour le calcul des èches, voir le Ÿ.3.2.


48 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

1.5.6.6 Généralisation du théorème d'Action-Réaction


On considère un ensemble (S) formé par deux corps matériels (S1 ) et (S2 ) en contact l'un avec l'autre. Soient,
respectivement {F1 }{F2 } les torseurs des forces extérieures agissant sur, respectivement, les solides (S1 )
et
et (S2 ). Soient, enn, {T1*2 } le torseur des actions qu'exerce (S1 ) sur (S2 ) et {T2*1 } le torseur des actions
qu'exerce (S2 ) sur (S1 ) (voir la gure 1.5.14).

Ecrivons le principe fondamental de la dynamique appliqué à l'ensemble s'écrit :

{F1 } + {F2 } = {D (S/Rg )} (1.5.2)

où l'on a introduit {D (S/Rg )} le torseur dynamique de l'ensemble (S) dans le repère Galiléen [Rg ].
Si l'on isole le solide S1 , apparaît l'interaction avec le solide (S2 ) ; celle-ci est caractérisée par son torseur
{T2*1 }. De nouveau, écrivons le principe fondamental de la dynamique :

{F1 } + {T2*1 } = {D (S1 /Rg )} (1.5.3)

De même pour le solide S2 : apparaît l'interaction avec le solide (S1 ) caractérisée par le torseur {T1*2 }. Le
principe fondamental de la dynamique donne :

{F2 } + {T1*2 } = {D (S2 /Rg )} (1.5.4)

Figure 1.5.14  A gauche, l'ensemble formé par deux solides soumis à des forces extérieures. Au centre, le
solide (S1 ) seul. A droite, le solide (S2 ) seul.

Or le torseur dynamique est une grandeur extensive de sorte que :

{D (S/Rg )} = {D (S1 /Rg )} + {D (S2 /Rg )}

Eectuons la combinaison d'équations 1.5.2-(1.5.3+1.5.4), il reste :

{T2*1 } + {T1*2 } = {0}

Théorème 40. Le torseur des forces qu'exerce le solide (2) sur le solide (1) est opposé au torseur des forces
qu'exerce le solide (1) sur le solide (2) :

{T2*1 } = − {T1*2 }

Ce théorème étend aux torseurs ce qui a été énoncé au Ÿ.1.5.2.2.

1.6 Rappels sur les vitesses et déplacements


Dans ce paragraphe, il est question de solides indéformables. Ce peut sembler curieux, a priori, que l'étude
des solides indéformables gure dans un cours de calcul des ouvrages, ces derniers étant déformables par
essence. Nous verrons toutefois deux situations de recours aux solides indéformables :
1.6. RAPPELS SUR LES VITESSES ET DÉPLACEMENTS 49

1. dans l'expression de l'hypothèse de Timoshenko ou de Navier-Bernoulli (chapitre  théorie des


poutres ) ;

2. dans l'expression du principe des puissances virtuelles où des champs de vitesse virtuels rigidiants
par morceau seront choisis (chapitres 2 et 6) ;

Rappelons enn que la déformation d'un solide s'eectue en référence aux mouvements d'un solide indéfor-
mable (voir le cours de mécanique des milieux continus).

1.6.1 Dénition du solide indéformable


Tous les solides se déforment sous l'eet d'actions mécaniques ou de variations de température.

Lorsque ces déformations impactent peu sur la géométrie du solide  la part des déplacements résultant des
déformations restant très petite devant les dimensions générales du solide  on convient de considérer le
solide comme (quasi-)indéformable.

A noter qu'en résistance des matériaux il est fréquent de considérer qu'une structure est indéformable dans
la phase de calcul des sollicitations
32 puis après seulement d'envisager l'évaluation de ses déformations.

Un solide est considéré en tant que portion de l'espace tridimensionnel R3 occupé par de la matière. Ce
2
pourra également être une portion de l'espace bidimensionnel R .

Dénition 41. Un solide (S) est dit indéformable si la distance mutuelle de deux points quelconques A
et B de ce solide est indépendante du temps t et donc des mouvements subis par le solide :

∀A, B ∈ (S) , ∀t : kABk = constante

Conséquence : à tout solide indéformable(S) on peut attacher un repère {R} qui lui est lié ; dans ce repère
les coordonnées des points du solide sont constantes indépendantes du temps.

Les angles formés sur un solide indéformable ne subissent aucune distorsion.

1.6.2 Mouvement d'un solide indéformable

Figure 1.6.1  Solide indéformable en mouvement dans le référenciel {R0 } ; le repère {R} est  lié  au
solide (S).

On considère un solide (S) et son repère attaché {R} = {A, → −x,→


−y ,→

z } d'origine A en mouvement dans un

− →
− →
− 3
repère {R0 } = {O, x 0 , y 0 , z 0 } d'origine O de R . La position d'un point P quelconque de (S) est donnée
−−→ −→ −→ −→ →
− →
− →

par le vecteur position OP = OA + AP avec AP = x x + y y + z z .

La vitesse instantanée de ce point dans le repère {R0 } est donnée par :

−−→ !

− dOP
V (P ∈ (S) /R0 ) =
dt
R0

32. Sauf si les eets dits  du second ordre  doivent être étudiés.
50 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

L'indice R0 de la dérivation par rapport au temps signie que, dans le calcul de la vitesse, les vecteurs de
base {→

x 0, →

y 0, →

z 0 } de {R0 } sont invariants, de même que son origine O. Par conséquent :
−−→ ! −→ !  →
d−
 →
d−
 →
d−
  
dOP dOA x y z
= +x +y +z (1.6.1)
dt dt dt R0 dt R0 dt R0
R0 R0

Pour le calcul de la dérivée des vecteurs de base du repère {R}, écrivons que leur module unitaire reste
invariant au cours du mouvement puisque le solide ne se déforme pas ; de sorte que :

d→
−x d→
−x → d→
−x
k→

xk =→

x ·→

x =1 ⇒ →
− ⊥− = a→

y + b→

2
x =0 ⇒ x ⇒ z
dt dt dt

De même, on montre que :


d→
−y d→
−z
= c→

x + d→

z et = e→

x + f→

y
dt dt
Pour la même raison, les angles droits des vecteurs de base sont conservés au cours du mouvement donc :

d → d→
−x→ d→
−y→
(−
x ·→

y)⇒ −
y + −
x =0 ⇒ a+c=0
dt dt dt

De même :
b+e=0 et d+f =0

Ainsi :
d→

a→

y − e→
− →

 
x      
dt z 0 a −e x


dy →
− →
− →

 = −a x + d z  =  −a 0 d · y 
  
 dt →
− →
− →

d→
−z ex −dy e −d 0 z
dt

La relation entre le triplet des vecteurs de base et le triplet de leurs dérivées est une relation linéaire
antisymétrique qui peut être également exprimée à l'aide d'un produit vectoriel. En eet, introduisons le


vecteurΩ̇ (S/R0 ) de composantes d, e, a, il apparaît clairement que :
                 
d 1 0 d 0 a d 0 −e
d→
−x d →

y d→
−z
= −  e ∧ 0  =  −a  = −  e ∧ 1  =  0  = −  e ∧ 0  =  d 
dt dt dt
a 0 e a 0 −d a 1 0
 

− d
Le vecteur Ω̇ (S/R0 ) = −  e  s'appelle  vecteur vitesse de rotation  du solide (S) en mouvement
a
dans le repère {R0 } ; ses composantes dans le repère mobile {R} sont désignées par :
 

− ωx
Ω̇ (S/R0 ) =  ωy 
ωz {R}

A noter que le vecteur vitesse de rotation est unique  et donc uniforme  pour tout le solide indéformable
(S). Ce vecteur rotation permet le calcul des vitesses des vecteurs de base du repère {R} :

d→
−x →
− − d→
−y →
− − d→
−z →
− −
= Ω̇ ∧ →
x = Ω̇ ∧ →
y = Ω̇ ∧ →
z (1.6.2)
dt dt dt

1.6.3 Torseur cinématique (des vitesses)



−  −−→ 
Supposons connue la vitesse du point A du solide (S) : V A = dOA
et calculons la vitesse d'un point
dt P
R0
quelconque du même solide (S). Partant de l'équation 1.6.1 et compte tenu des relations 1.6.2, il vient :
 →
− → →
− → →
− →  →


− →
− →


V P = V A + x Ω̇ ∧ x + y Ω̇ ∧ y + z Ω̇ ∧ z = V A + Ω̇ ∧ [x→
− − −
x + y→

y + z→

z]

donc :
1.6. RAPPELS SUR LES VITESSES ET DÉPLACEMENTS 51


− →
− →
− −→
V P = V A + Ω̇ ∧ AP

On voit ainsi que le champ de vitesse d'un solide indéformable vérie l'équation de transport des moments


d'un torseur (éq 1.5.1) à condition de convenir que la résultante vaut Ω̇ . D'où le théorème :

Théorème 42. Le champ de vitesse instantané d'un solide indéformable (S) dans un repère {R0 } constitue
le champ de moment d'un torseur appelé torseur cinématique {C} ayant le vecteur vitesse de rotation
pour résultante.

Les éléments de réduction du torseur cinématique au point A sont ainsi :

( →
− )
{C}A = résultante = vecteur vitesse de rotation = Ω̇


moment = vecteur vitesse instantanée = VA A

Ces quantités sont instantanées et dépendent de l'instant t. 


rad/s - dimension T −1 ; 

 La vitesse de rotation s'exprime en
−1
 La vitesse de translation s'exprime en m/s - dimension L · T .
Le torseur cinématique jouit de toutes les propriétés des torseurs vues au Ÿ 1.5.5 et en particulier de l'équi-
projectivité.

1.6.4 Torseur cinématique des petits déplacements



− →

Au cours d'un intervalle innitésimal de temps dt, la rotation du solide est égale à d Ω = Ω̇ · dt et le point
−→ → −
P quelconque s'est déplacé de la quantité dP = V P · dt.

− ´ ∆t →

Au cours d'un intervalle de temps ni ∆t, le solide subira donc une rotation Ω = t=0 Ω̇ · dt et le point P

− ´ ∆t →

suivra une translation U P = t=0 V P · dt
Si l'amplitude de la rotation et du déplacement sont petits devant les dimensions du solide lui-même, on
admettra la simplication :

− →
− →
− →

Ω = Ω̇ ∆t et U P = V P ∆t


− →
− →
− −→ →
−  →
−  →
−  −→
Et puisque V P = V A + Ω̇ ∧ AP il vient V P ∆t = V A ∆t + Ω̇ ∆t ∧ AP , soit :


− →
− →
− −→
U P = U A + Ω ∧ AP

Ainsi le champ des petits déplacements constitue t-il un torseur appelé torseur cinématique des petits
déplacements dont les éléments de réduction sont :
( →
− )

vecteur rotation


vecteur déplacement U P
P

Nous aurons recours à ce type de torseur cinématique des petits déplacements dans le chapitre sur la théorie
des poutres.

La diérence de traitement entre les  grands  et les  petits  déplacements est illustrée par la gure
1.6.2 : il s'agit d'un solide plan en rotation autour d'un point A dans son plan. Si la rotation Ω est de forte

P quelconque
amplitude, un point suit une trajectoire circulaire au cours du mouvement et l'arc décrit a
−→

pour longueur Ω × AP = Ω |x| (P P 0 ) devient assimilable à
mais si l'amplitude est petite, l'arc de cercle
−→
la corde P P 0 perpendiculaire à la direction formée par AP ; le vecteur déplacement est alors donné par la

− →
− →
− −→ →
− →
− →
− →
− →

relation U P = U A + Ω ∧ AP , soit ici U P = Ω z ∧ x x = Ωx y  la composante de déplacement selon x

− →
− →

est ainsi négligée puisque les composantes exactes seraient U P = x ((cos Ω − 1) x + sin Ω y ).
52 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Figure 1.6.2  Mouvement de rotation d'un solide (S) autour du point A - (a) grands déplacements : le
point P décrit un cercle autour du centre de rotation A. (b) petits déplacements : l'arc PP' décrit par le point
P est assimilable à la corde.

1.6.5 Epure cinématique


Ce paragraphe présente une méthode graphique de construction du champ de vitesse (ou de petits dépla-
cements) d'un ensemble de solides indéformables appelé mécanisme. La méthode s'appuie sur la propriété
d'équiprojectivité du torseur cinématique. La technique présentée ici s'applique aux mécanismes plans se
mouvant dans leur plan.

Comme on le verra dans les chapitres 2 et 6, l'épure cinématique est utile au calcul de structure, notamment
pour la détermination des sollicitations dans les structures isostatiques.

1.6.5.1 Transformation cinématique


On introduit la transformation cinématique comme suit.
On considère :

1. Le plan réel R2 d'axes x (axe  horizontal ) et y (axe  vertical ) dans lequel s'inscrit le mécanisme
et les solides qui le composent ;

2. Le plan cinématique P d'axes u (vitesse  horizontale  // à x) et v (vitesse  verticale  // à y) dans


lequel s'inscrivent les points images de R2 par la transformation cinématique décrite au point suivant.
Le centre o du repère cinématique constitue l'image de l'ensemble des points de vitesse nulle ;

3. La transformation cinématique est une transformation de R2 vers P qui, à tout point P (x, y) de
2 →
− →

l'espace réel R associe le point p du plan cinématique tel que op = V P :



C : P ∈ R2 7−→ p ∈ P | →

op = V P

Plus généralement, les axes orthogonaux x et y peuvent être orientés de façon quelconque à condition que
les axes u et v leur soient parallèles. Cette transformation cinématique, très simple, est illustrée sur la gure
1.6.4.

Figure 1.6.3  (a) Plan réel et (b) Plan cinématique. L'image d'un point A du plan de situation est le point


a dont les coordonnées sont égales aux composantes du vecteur VA .
1.6. RAPPELS SUR LES VITESSES ET DÉPLACEMENTS 53

1.6.5.2 Expression graphique de l'équiprojectivité


La propriété d' équiprojectivité du champ de moment d'un torseur a été montrée au Ÿ 1.5.5.2. Quelle est
la traduction géométrique, dans le plan cinématique, de la propriété d'équiprojectivité du champ de vitesse
(ou de petit déplacement) d'un solide indéformable ?

− →

Soient deux points A et B d'un même solide (S) du plan R2 et soient V A et V B leurs vitesses respectives.
Par application de la transformation cinématique, on construit les points image a et b tels que :

→=→
− − →
− →

oa VA et ob = V B

Or le théorème d'équiprojectivité du champ de vitesse du solide (S) s'exprime par :

−−→ →− −−→ →−
AB · V A = AB · V B

Et donc :
−−→ −→=−−→ → −
AB · oa AB · ob

Soit en factorisant :
−−→ →− −−→ →

AB · ab = 0 ⇒ AB⊥ab

Ce qui se lit :

Théorème 43. Soient deux point A et B d'un même solide (S). Alors le point b est situé sur une droite
perpendiculaire à la direction AB issue du point a.

Voir la gure 1.6.4 pour l'illustration de cette propriété.

Figure 1.6.4  (a) Plan réel et (b) Plan cinématique. L'image d'un point P du solide (S) est le point p tel

− −

que op = VP . L'équiprojectivité du champ de vitesse entre les point A et B se traduit par l'orthogonalité des
droites (AB) et (ab).

1.6.5.3 Détermination de la vitesse de rotation partant de la vitesse de deux points


La relation entre les vitesses de deux points du même solide plan est :


− →
− →
− −−→ →

V B − V A = Ω̇ ∧ AB où Ω̇ = ω̇ →

z

soit, scalairement :

uB − uA = −ω̇ (yB − yA )
vB − vA = +ω̇ (xB − xA )

Il y a donc deux façons de calculer la vitesse de rotation :

∆u ∆v
ω̇ = − ou ω̇ = + (1.6.3)
∆y ∆x

à utiliser naturellement si ∆x et ∆y sont non-nuls.


54 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

1.6.5.4 Application aux mécanismes


La dénition d'un mécanisme apparaît au Ÿ.2.5.1.

On envisage la construction graphique du champ de vitesse d'un mécanisme constitué par l'assemblage de
solides indéformables. Le principe de la construction consiste à établir les points images des n÷uds situés aux
interfaces entre deux solides par application du théorème d'équiprojectivité tour à tour sur chaque solide.
Illustrons cela sur un exemple. Considérons le mécanisme de la gure 1.6.5 comportant 3 solides :

1. (AB) ;
2. (BC) ;
3. (CDE).
Ces solides sont articulés entre eux et avec le sol. On se donne un seul paramètre scalaire pour caractériser
le champ de vitesse : il s'agit ici, arbitrairement, de la composante horizontale de vitesse en C : uC = u
à partir de laquelle on se propose de dénir complètement le champ de vitesse du mécanisme par l'épure
cinématique (gure 1.6.5).

Figure 1.6.5  Construction du champ de vitesse d'un mécanisme à 1 degré de liberté.

On procède comme suit :

1. on reporte au centre du repère cinématique l'image des points de vitesse nulle : ici a, e ;
2. on trace la droite parallèle à l'axe {ov} à la distance u de celui-ci : c'est le lieu possible des points c
(tous les points de cette droite correspondent à une vitesse horizontale égale à u) ;
3. en vertu de l'équiprojectivité du champ de vitesse sur le solide (3) on trace la droite perpendiculaire
à (CE) issue dee = o ; l'intersection avec la droite précédente donne la position du point c. Par
conséquent vC = u · tan β ;
4. en vertu de l'équiprojectivité du champ de vitesse sur le solide (2) on trace la droite perpendiculaire
à (CB) issue de c : c'est le lieu des points b possibles ;

5. en vertu de l'équiprojectivité du champ de vitesse sur le solide (1) on trace la droite perpendiculaire
à (AB) issue de a : c'est l'axe {ou}, c'est aussi le lieu des points b possibles ; Le point b est situé
à l'intersection de ces deux dernières droites. Par conséquent : uB = uC + vC · tan α soit uB =
u (1 + tan β tan α).
6. le point d peut également être trouvé par application du théorème d'équiprojectivité deux fois au sein
du même solide (3) : entre E et D puis entre D et C .
7. Les rotations des trois solides s'établissent comme suit :

(a) solide (1) :


∆u uB − uA u (1 + tan β · tan α)
ω̇1 = − =− =−
∆y yB − yA H1
(b) solide (2) :
∆v vC − vB u · tan β
ω̇2 = + = =
∆x xC − xB L1
1.7. PUISSANCE, TRAVAIL, ÉNERGIE 55

alternativement :
∆u uC − uB −vC tan α
ω̇2 = − =− =−
∆y yC − yB H2
soit (même résultat) :
vC tan α u tan β
ω̇2 = =
L1 tan α L1
(c) solide (3) :
∆u uE − uC 0−u u
ω̇3 = − =− =− =−
∆y yE − yC −H1 H1
On voit donc que l'exploitation pratique d'une épure cinématique passe par la manipulation de triangles-
rectangles : un peu de trigonométrie s'impose.

1.7 Puissance, travail, énergie


Non non, le titre de ce paragraphe n'est pas un slogan politique ni une devise nationale (on n'ose imaginer
la nature du régime adoptant ce slogan).

A partir du chapitre 2 puis dans le chapitre 6, de nouveaux outils de calcul seront mis en place qui s'appuieront
largement sur la notion de puissance dans une formulation scalaire et non plus vectorielle de l'équilibre.
Cela permettra d'introduire également le travail des forces agissant sur les poutres dans le chapitre 3 et
plus tard d'énoncer des théorèmes généraux introduisant l'énergie élastique.
Dans le cours de dynamique il est besoin, en plus, de recourir à l'énergie cinétique pour rendre compte
des eets inertiels dans les structures en mouvement, notamment lorsqu'elles sont soumises à des séismes.

1.7.1 puissance et travail d'une force




On considère une force ponctuelle F (t) variable dans le temps dont le point d'application P décrit une

− −→
courbe [AB] pendant l'intervalle de temps ∆t. Soit V (t) =
dP
dt la vitesse du point P à l'instant t ∈ [0, ∆t] 33 .

Figure 1.7.1  Conguration instantanée d'une force sur le parcours (AB).


− →
− → −
Dénition 44. On appelle  puissance de la force  F au temps t la quantité scalaire P = F · V (f orce ×
vitesse).

F.L.T −1 .
 
L'unité de puissance est le Watt : 1W = 1N.m/s - dimension


Dénition 45. On appelle  travail élémentaire  de la force F pendant l'intervalle innitésimal de temps
dt, la quantité dW = P · dt

1J = 1W.s = 1N.m - la dimension [F.L] est celle d'un couple.


L'unité de travail est le Joule :


Dénition 46. On appelle  travail  de la force F entre A et B (ou pendant l'intervalle de temps ∆t), la
somme des travaux élémentaires lorsque le point P décrit la courbe [AB] (ou que le temps s'écoule de ∆t) :

ˆ∆t ˆ∆t ˆ∆t ˆ∆t



− → − − →
→ −
W = dW = Pdt = F · V dt = F · dl
0 0 0 0

La puissance est une grandeur extensive : ainsi la puissance d'un ensemble de forces est-elle égale à la somme
des puissances de chaque force. Il en est de même du travail.
−→ −

33. dP ou dl est la distance vectorielle parcourue par le point P dans l'intervalle de temps dt.
56 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

1.7.2 puissance et travail d'un couple



− →

On considère un couple C (t) variable dans le temps dont le point d'application P  tourne  à la vitesseΩ̇ .

− − →
→ −
Dénition 47. On appelle  puissance de du couple  C au temps t la quantité scalaire P = C · Ω̇
(couple × vitesse de rotation).

L'unité de puissance est encore le Watt : 1W = 1N · m × 1rad/s




Dénition 48. On appelle  travail élémentaire  du couple C pendant l'intervalle innitésimal de temps
dt, la quantité dW = P · dt

L'unité de travail est le Joule :1J = 1W.s = 1N.m




Dénition 49. On appelle  travail  du couple C pendant l'intervalle de temps ∆t, la somme des travaux
élémentaires lorsque le temps s'écoule de ∆t :

ˆ∆t ˆ∆t ˆ∆t


− →
→ −
W = dW = Pdt = C · Ω̇ dt
0 0 0

La puissance est une grandeur extensive : ainsi la puissance d'un ensemble de couples est-elle égale à la
somme des puissances de chaque couple. Il en est de même du travail.

1.7.3 puissance d'un système de forces agissant sur un solide quelconque




Considérons un solide (ou un ensemble de solides) sur lequel agissent n eorts concentrés Fi et des forces

− →

réparties q (P ). Si le champ de vitesse instantané sur le solide (S) est déni par la fonction vectorielle V (P )
alors la puissance de l'ensemble de ces eorts s'exprime par :

n ˆ

− → − →

Pi · V (Ai ) + →−
X
P= q (P ) · V (P ) dS
i=1 S

le domaine S d'intégration dépend de la nature de la force répartie. Ce peut être un volume pour une force
volumique, une surface pour une force surfacique et une ligne pour une force linéique. L'élément diérentiel
de domaine dS s'ajuste en conséquence.

Il est exceptionnel d'envisager l'application de couples et à fortiori de couples répartis sur des solides
déformables aussi n'étudierons-nous pas cette possibilité.

1.7.4 puissance d'un système de forces agissant sur un solide indéformable


Considérons maintenant un solide indéformable (S) sur lequel agissent un système de forces ponctuelles

− −

Fi et de couples Ci appliqués aux points Ai . D'après le paragraphe précédent, la puissance instantanée
développée par l'ensemble des ces eorts au cours du mouvement de (S) est dénie par :


− → − − →
→ −
P = Σni=1 F i · V i + C i · Ω̇ i

Considérons un point B quelconque de (S), le solide étant réputé indéformable, la vitesse de rotation est

− →

uniforme Ω̇ i = Ω̇ et la vitesse au point Ai est corrélée à celle de B par la relation :


− →
− →
− −−→
V i = V B + Ω̇ ∧ BAi

Par conséquent la puissance peut être exprimée par :



 produit mixte 
R z }| {




→− →
− −−→ 
− →
→ − 


z }| {

− →
−
→− −−→ 
− →
→ −
P = Σni=1 F i · V B + Ω̇ ∧ BAi + C i · Ω̇ = V B · Σni=1 F i +Σni=1  F i · Ω̇ ∧ BAi + C i · Ω̇ 

 
1.7. PUISSANCE, TRAVAIL, ÉNERGIE 57

Par propriété d' invariance par permutation circulaire des opérandes du produit mixte
34 :

moment du système de f orces

− → − − → − −
z h−−→}| → {

− → n − →
− i →
− → →
P = V B · R + Ω̇ · Σi=1 BAi ∧ F i + C i = V B · R + Ω̇ · M B

La puissance du système de force est donc égale à la somme de deux termes :

1. produit scalaire de la résultante des forces par la vitesse au point B;


2. produit scalaire du vecteur vitesse de rotation par le moment des forces au point B :


− →

R Ω̇
P= - %
. &

→ →

MB VB
On reconnaît le comoment (Ÿ 1.5.5.4) du torseur des forces et du torseur cinématique. Rappelons qu'il s'agit
d'un invariant : il ne dépend pas du point de réduction B. D'où le théorème :

Théorème 50. La puissance des forces agissant sur un solide indéformable se mouvant est égale au como-
ment du torseur des forces {F} par le torseur cinématique {C}.

P = {F} ⊗ {C}

Si le solide est soumis à des forces réparties plutôt que des forces concentrées, cela ne change rien au résultat,
les sommes à écrire pour le calcul de la résultante et du moment devenant simplement des sommes intégrales
au lieu de sommes discrètes.


Si le torseur de force est réductible à un glisseur R de droite support (∆), la puissance développée est égale


au produit scalaire de R par la vitesse de n'importe quel point du solide appartenant à l'axe central (∆) et,
ceci, en vertu de l'équiprojectivité du champ de vitesse.

1.7.5 généralisation à la puissance d'un torseur de force


( →− )
R
On considère un torseur de force déni par ses éléments de réduction en un point A : {F }A = −−→
MA A
On suppose que le torseur agit sur un solide (S) indéformable (notamment un plan de section droite de
poutre) dont le champ de vitesse est déni par un torseur cinématique également déni par ses éléments de
( →
− )
Ω̇ →
− −

réductions en A : {C}A = −
→ . A noter que, selon ces notations, Ω̇ et u˙A désignent respectivement le
u˙A A
vecteur  vitesse de rotation  du solide (S) et la vitesse du point A ∈ (S) 35 .
Dénition 51. La puissance instantanée à l'instant t du torseur de force agissant sur le solide (S) est égale
au comoment de ce torseur de force par le torseur cinématique
36 :


− − → −−→ → −
P = {F }A ⊗ {C}A = R · u˙A + MA · Ω̇

A noter que les deux puissances sont dimensionnellement homogènes : d'un coté f orce×vitesse donne l'équa-
[F ] L.T −1 ,
 
tion aux dimensions de l'autre moment × vitesse de rotation donne l'équation aux dimensions
[F.L] T −1 .
 

34. La produit mixte de 3 vecteurs




u, −

v et


w est un scalaire noté


u,−

v ,−

w

et valant


u · −

v ∧−
→ 
w . Sa valeur absolue est
égale au volume du parallélépipède bâti sur les trois vecteurs. La valeur algébrique du produit mixte est égale au déterminant
formé par les composantes des trois vecteurs. On montre que ce produit ternaire (ou triadique) est invariant par permutation
circulaire :

→u,−
→v ,−

w = −
 →v ,−

w,−→
u = −
 →w,−→u,−
→v ou, ce qui revient au même : −
 →
u · −

v ∧−

w =−
 → −
v · →
w ∧−

u =−
 → −
w· →
u ∧−
→ 
v .
35. De façon générale, on notera ẋ la dérivée de x par rapport au temps.
36. Le  comoment  de deux torseurs est égal au produit de la résultante du premier torseur par le moment du second ajouté
au produit de la résultante du second torseur par le moment du premier. Naturellement ce calcul s'eectue avec les éléments
de réduction au même point pour les deux torseurs. On voit que la puissance d'un couple est égale au produit scalaire dudit
couple par la vitesse de rotation du solide sur lequel il agit. Le comoment est commutatif. Le comomoment est un invariant (sa
valeur ne dépend pas du centre de réduction A choisi, ni du système de projection).
58 CHAPITRE 1. DISCOURS LIMINAIRE

Figure 1.7.2  La puissance d'un couple agissant sur un solide en rotation.

Dénition 52. Le travail du torseur résulte de l'intégrale de sa puissance instantanée dans l'intervalle de
temps ∆t :
ˆ∆t ˆ∆t
− −−→ −−→ −
→ →
W = {F }A ⊗ {C}A · dt = R · duA + MA · dΩ
0 0

Conclusion
Ce chapitre contextualise le calcul de structure dans les missions de l'ingénieur civil. Il donne un rapide aperçu
des contraintes règlementaires au niveau Européen. Sont rappelées les notions de torseur, de puissance, de
travail. Ces notions sont essentielles dans la lecture des chapitres qui suivent.

Le prochain chapitre aborde la question, toujours redoutée des étudiants, de la statique.

E.Ringot
Chapitre 2

Statique des structures - Équilibre

Révision du 2 avril 2016

2.1 Objet
L'étude d'équilibre est une étape incontournable dans la conception d'une
structure :

 Elle permet de vérier si les dispositifs de liaison et d'appui sont techno-


logiquement compatibles avec les eorts qu'ils sont supposés transmettre
d'un élément de structure à l'autre et, nalement, au sol ;

Elle conduit au calcul des sollicitations qui sont les informations indis-
pensables à la conception des ouvrages ;

 Elle autorise le calcul des eorts transmis au sol et par conséquent le


dimensionnement des fondations ;

 De façon générale, l'étude de l'équilibre gure à l'étude de toute struc-


ture qu'elle soit constituée de coques, de plaques, de câbles, de poutres,
etc...

On peut considérer les conditions de l'équilibre local d'un tronçon de


poutre, de câble ou de coque ou, alternativement, de façon plus globale pour toute une structure ou une
partie de celle-ci ;

La notion d'équilibre peut, ce qui est fait dans le cours de dynamique et de parasismique (Master de génie
civil M1 et M2), être étendue aux structures en mouvement.

Naturellement l'étude seule de l'équilibre ne permet pas de répondre à toutes les problématiques qui s'im-
posent à l'ingénieur civil :

y Elle ne donne pas d'information sur les déformations subies par la structure et, a fortiori, sur le champ de
déplacement ;

y Elle ne permet pas de résoudre tous les problèmes de détermination des  eorts internes  aux structures
chaque fois que les liaisons dans celles-ci sont surabondantes.

L'arsenal des outils dont dispose l'ingénieur civil ne se limite donc pas aux seules  équations d'équilibre 
mais comporte également les lois de comportement des matériaux permettant de lier les contraintes et les
déformations. L'emploi de ces lois de comportement fait l'objet d'autres chapitres.

NOTE Le présent chapitre ne traite pas des conditions de stabilité de l'équilibre (sauf au travers d'un
exemple Ÿ.2.3.4.2) qui sont sommairement abordées au chapitre 9.

59
60 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

2.2 Approches de l'étude de l'équilibre


Deux familles d'approche existent pour aborder un problème de statique. Elles sont rapidement introduites
dans ce paragraphe et font l'objet des développements qui suivent.

1. L'approche  vectorielle  historiquement basée sur les équations établies par Newton en n du
XVIIème siècle. Cette approche est celle qui est utilisée de façon répétée du lycée jusqu'au niveau
licence L2. Elle repose sur la notion de bilan de forces (et de moments de forces) et impose d'isoler
des parties de structures.

2. L'approche  scalaire  ou énergétique issue de la mécanique analytique inspirée au cours XVIIIème


siècle par D'Alembert, Lagrange, Laplace, Hamilton pour citer les principaux contributeurs.
Cette approche est favorisée dans les cours de mécanique de niveau L3 et au-delà (Masters et Prépa-
ration à l'agrégation de mécanique ou de génie civil). Elle est plus sélective quant à ses objectifs.

L'une ou l'autre de ces approches utilise les concepts de force, de puissance ou de travail qu'il faut avoir
assimilés pour mener à bien une étude de statique en toute autonomie. Il est donc indispensable d'avoir
compris et appris ces concepts décrits dans le chapitre liminaire et faisant l'objet par ailleurs de très nombreux
ouvrages disponibles à la bibliothèque universitaire de votre Établissement.

2.3 Conguration d'étude


2.3.1 Phénoménologie
Considérons une structure (S) dans son état initial non-chargé. Naturellement il s'agit là d'une vue d'esprit
complètement théorique dans la mesure où on ne peut s'aranchir des eets de la pesanteur. Néanmoins
nous imaginerons une telle situation.

Nous supposerons, au moins dans un premier temps, que l'état initial E0 est déni par un tenseur des

contraintes uniformément nul : σ 0 (P ) = 0 ∀P ∈ (S) et un champ de déformation également nul : ε0 (P ) =


0 ∀P ∈ (S). La géométrie est qualiée  d'initiale  .
1

Désignons par {F} un chargement résultant de l'application d'actions qui, prises séparément ou combinées,
peuvent être : le poids propre, le vent, la neige, les charges d'exploitation, etc...

Supposons que le chargement soit appliqué progressivement depuis sa valeur initiale nulle jusqu'à sa valeur
 nominale  ou nale {F1 } en un intervalle de temps t1 . Admettons, de plus, que la progressivité du
chargement est telle qu'aucun eet dynamique ne soit perceptible au cours de cet intervalle de temps.

L'état nal E1 de la structure est caractérisé par un champ de contrainte σ 1 (P ) et un champ de déformation
ε1 (P ). A son tour le champ de déformation engendre un champ de déplacement


u (P ) de sorte que, fort
logiquement, la conguration nale ou  déformée  E1 n'est pas superposable à la conguration initiale E0 :



u
E0 −→ E1

Figure 2.3.1  Conguration initiale d'un portique (à gauche) et sa conguration  déformée  (à droite)
sous l'action d'une charge transversale.

1. En réalité une structure  précontrainte , comme le nom l'indique, est le siège de contraintes avant même de subir des
actions extérieures. Par exemple un anneau dont les bords sont initialement éloignés et que l'on rend solidaires par déformation
puis par soudage constitue une telle structure. Une poutre en béton, précontrainte par traction d'un câble d'acier est un autre
exemple davantage inspiré du génie civil.
2.3. CONFIGURATION D'ÉTUDE 61

Il apparaît donc qu'à toutes les étapes de chargement depuis l'état E0 jusqu'à l'état nal E1 , les actions sont
indissociables des déformations et des déplacements qu'elles occasionnent et que l'adaptation de géométrie
de la structure, due au comportement des matériaux constitutifs, est nécessaire à l'obtention de l'équilibre.

Autrement dit, en toute rigueur, l'état d'équilibre d'un solide déformable, d'un ensemble de solides ou d'une
ossature, n'a de sens que dans la conguration nale et devrait donc être étudié dans la conguration
géométrique nale associée aux forces appliquées.

2.3.2 Hypothèse des petites perturbations (HPP)


Il apparaît complexe de conduire une étude de statique dans la conguration déformée de la structure dont
on ignore tout a priori. Par ailleurs, dans de nombreuses situations pratiques, les déplacements observés sur
une structure, lorsqu'elle est soumise à des actions extérieures de service, restent faibles voire imperceptibles
par rapport aux dimensions de la structure elle-même.

C'est le cas, par exemple, d'une roue d'engrenage, objet compact, dont les dents doivent fort peu se déformer
pour fonctionner normalement.

Figure 2.3.2  Roue dentée et engrenage. La qualité de la transmission dépend de la géométrie de dévelop-
pante de cercle qui ne doit pas trop être déformée par les eorts transmis d'une dent à l'autre.

C'est le cas, également, d'une ossature métallique dans laquelle la déformation des prolés reste faible.

Figure 2.3.3  Jonction poutre poteau d'une charpente métallique de bâtiment industriel.

C'est la raison pour laquelle bon nombre d'études de statique est conduit avec l'hypothèse des petites
perturbations (HPP) qui sera aussi le cadre des études qui suivent, sauf indication contraire :

Hypothèse des Petites Perturbations : Au cours de son chargement, les déplacements de la structure
sont négligeables devant ses dimensions générales .
2

Conséquence : Si l'hypothèse HPP est applicable, l'étude de l'équilibre est réalisée dans la conguration
géométrique initiale de la structure.

2. Pour xer un ordre de grandeur, par exemple, on considère qu'un déplacement inférieur au centième de la hauteur d'un
poteau est complètement admissible
62 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

2.3.3 Schéma de calcul typique d'une ossature dans le cadre HPP


Grossièrement on peut décomposer l'étude d'une structure selon les étapes suivantes
3 :

1. Étude de l'équilibre dans l'hypothèse HPP. A cette étape les déformations de la structure sont ignorées
et l'étude statique est conduite dans sa conguration initiale ;

2. Calcul des déformations et des déplacements de la structure


4;

3. Vérication a posteriori de l'hypothèse HPP.

On voit bien ce que ce schéma de calcul a de contradictoire : dans un premier temps il y a déni de déformabilité
mais, quand même, calcul des déformations dans un second temps .
5

2.3.4 Schéma de calcul itératif hors cadre HPP


Pour contourner la contradiction mise en évidence ci-dessus, on peut utiliser une méthode itérative. En
pratique celle-ci requiert des moyens de calcul informatique pour sa mise en ÷uvre. Nous en présentons
uniquement le principe qui consiste à ajuster la géométrie de la structure à chaque itération.

2.3.4.1 Algorithme
1. Itération 0 : la structure est modélisée dans sa conguration initiale (S0 ) sous l'action des forces
nominales (avec leur valeur nale). Le calcul de statique est réalisé dans cette conguration. Le calcul
des déplacements donne un champ {→

u 0 }.
2. Itération 1 : la structure est modélisée dans la conguration déformée (S1 ) résultant de l'application du
champ {→
−u 0 } à la conguration initiale (S0 ) . Le calcul de statique est réalisé dans cette conguration.
Le calcul des déplacements donne un champ { u 1 }.

3. Itération 2 : la structure est modélisée dans la conguration déformée (S2 ) résultant de l'application du
champ {→
−u 1 } à la conguration initiale (S0 ) . Le calcul de statique est réalisé dans cette conguration.

− →
− →

Le calcul des déplacements donne un champ { u 2 }. Si les champs { u 1 } et { u 2 } sont  peu diérents 
(il faut dénir une norme et un critère de convergence), alors on arrête le processus itératif. Sinon, on
poursuit.

4. ...

5. Itération N : la structure est modélisée dans la conguration déformée (SN ) résultant de l'application
du champ {→

u N −1 } à la conguration initiale (S0 ) . Le calcul de statique est réalisé dans cette
conguration. Le calcul des déplacements donne un champ {→

u N }. Les champs {→

u N} et {→

u N −1 }
sont quasiment confondus et le processus itératif prend n.

On voit bien qu'à l'ultime itération, l'étude statique aura nalement bien été réalisée dans la congura-
tion déformée. C'est la raison pour laquelle ce processus itératif, dicile à mettre en ÷uvre sans moyen
informatique, est plus rigoureux que la simple application de l'hypothèse HPP
6 de l'itération 0.

Bien remarquer que dans le schéma de calcul présenté ici, on ne cherche pas à incrémenter les actions
7 mais
à aner de proche en proche la conguration déformée en prenant, à toutes les étapes, les mêmes valeurs
 nominales  pour les actions. On notera également que les déplacements calculés à chaque étape sont
appliqués à la conguration initiale et non pas à la conguration géométrique de l'étape précédente.

2.3.4.2 Un exemple de calcul manuel de l'eet  P − ∆ 

Note de l'auteur : Pour aborder cet exemple, des notions élémentaires de résistance des matériaux sont
nécessaires ainsi que des connaissances sur la convergence des séries en mathématique. Le lecteur peut aussi
simplement survoler l'exemple suivant en tant qu'illustration de la méthode itérative énoncée plus haut.
2.3. CONFIGURATION D'ÉTUDE 63

°
Figure 2.3.4  Illustration des diérentes étapes de calcul d'un problème de statique par la méthode itérative.

°
De gauche à droite : (a) la structure dans son état initial, (b) l'itération n 0 où les tout premiers calculs

° °
sont eectués dans la conguration initiale, (c) itération n 1 où la conguration résulte de la superposition
de la déformée de l'étape 0 à l'état initial, (d) itération n k+1 où la déformée de l'étape n k a été superposée
à l'état initial et (e) itération  ultime  où la déformée de l'étape précédente est  confondue  avec celle de
l'étape actuelle.

Considérons le poteau [AB] de longueur L et de module de exion EI. Le poteau est encastré en pied A et
libre en tête B (g. 2.3.4).

Considérons le chargement produit par deux actions : une force compressive d'intensité F et une force
transversale d'intensité H. Nous allons montrer que le calcul de cette simple structure dans sa congura-
tion déformée permet de mettre à jour des eets du second ordre dont le moment produit par la charge
compressive. Cet eet est connu sous le nom de  P − ∆ .
Appliquons la méthode itérative pour la détermination du moment d'encastrement MA par exemple.

Pour simplier les calculs, nous adopterons deux dispositions : (a) le point B d'application des forces se
déplace horizontalement et (b) les sollicitations sont calculées dans la conguration rectiligne.

Considérons les étapes de calcul suivantes (se reporter à la gure 2.3.4 à chaque étape) :

1. Étape n°0 - Le calcul est eectué dans la conguration rectiligne initiale. Le moment échissant en
pied de poteau est égal à MA0 = HL. Le diagramme de moment échissant est linéaire et a pour
expression
 x
M 0 (x) = HL 1 −
L
On peut calculer le champ de déformation transversal v 0 (x) par l'équation de comportement appro-
chée
8
d2 v 0 M0 HL  x
= = 1−
dx EI EI L
ainsi, compte tenu de l'encastrement en A c'est-à-dire en x = 0 où rotation et déplacement sont nuls :

dv 0 x2
 
HL
= x−
dx EI 2L
3. Les autres chapitres de ce cours de calcul des ouvrages dispensé en licence L3 de génie civil montrent que d'autres schémas
de calcul sont possibles. Voir notamment la méthode des déplacements.
4. Les calculs de déplacements sont abordés dans un autre chapitre.
5. L'hypothèse des petites perturbations ne permet pas d'aborder la question de la stabilité d'un état d'équilibre.
6. Il existe des situations où le calcul ne converge pas : il s'agit de situations d'équilibre instable. La stabilité des équilibres
statiques n'est pas traitée dans ce chapitre mais dans le cours de stabilité de Master M1.
7. Les actions ne sont pas appliquées progressivement mais sont appliquées avec leur valeur nale ou  nominale  à toutes
les étapes du calcul.
d2 v M
8. La relation = est explicitée dans le chapitre  théorie des poutres .
dx2 EI
64 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

et
x2 x3
 
HL
v 0 (x) = −
EI 2 6L
Le déplacement latéral δ du point B °
est donc, dans cette itération n 0, égal à :

HL3
δ 0 = v 0 (L) =
3EI

2. Étape n°1 - Le calcul est eectué dans la conguration géométrique


 modiée obtenue par la superpo-
sition du champ de déplacement
 v0 S 0 ; on obtient ainsi la conguration
à la conguration initiale
1
S où l'excentrement initial du point B par rapport à sa base A est égal à δ 0 . Le moment échissant
1 0
en pied de poteau devient MA = HL + F δ et, grossièrement, le moment échissant reste linéaire :
9

 x
M 0 (x) = HL + F δ 0 1 −
L
Ce qui permet d'obtenir le déplacement latéral du point B par :

 L2
δ 1 = HL + F δ 0
3EI
soit encore :
F L2
 
δ1 = δ0 1 +
3EI

3. Étape n°k+1 - Généralisons : le calcul est eectué dans la conguration géométrique modiée

obtenue par la superposition du champ de déplacement
 vk à la conguration initiale S0 ; on obtient
k+1
ainsi la conguration S où l'excentrement initial du point B par rapport à sa base A est égal à
δ k . Le moment échissant en pied de poteau devient MAk+1 = HL + F δ k . De sorte que le déplacement
latéral du point B s'exprime par :

 L2
δ k+1 = HL + F δ k
3EI
soit encore :
F L2 k
δ k+1 = δ 0 + δ
3EI
Posons :
F L2
α=
3EI
Alors :
δ k+1 = δ 0 + αδ k
La suite des approximations successives des excentrements δn s'établit comme suit :

HL3
δ0 =
3EI
F L2
δ = δ 0 (1 + α)
1
avec α =
 3EI
δ 2 = δ 0 + αδ 1 = δ 0 1 + α + α2
······ Pn
δ n = δ 0 (1 + α + · · · + αn ) ⇒ δ n = δ 0 i=0 αi
Pn
La relation δn = δ0 i=0 αi pouvant très aisément être établie par récurrence.

4. Passage à l'inni - On se rappelle l'identité mathématique 10 :

n
X 1 − αn+1
αi =
i=0
1−α

S1

9. Pour être plus précis il faudrait exprimer le moment dans le repère curviligne attaché à . Ici on se contente d'une
estimation du moment calculée dans la conguration rectiligne parallèle à l'axe initial.
10. Voir le cours de mathématiques sur la division de polynômes et sur les séries.
2.3. CONFIGURATION D'ÉTUDE 65

Lorsque n tend vers l'inni le numérateur tend vers 1 si α est strictement plus petit que 1. Sinon la
série diverge (tend vers +∞). Par conséquent la valeur nale du déplacement en tête de poteau est :

1 − αn+1 δ0
 
lim
δ = δ0 × n → ∞ = si α<1
1−α 1−α
soit :
HL3
3EI
δ = 3EI 2 si F <
FL L2
1−
3EI
On voit donc apparaître une valeur critique d'équilibre :

EI
Fcrit = 3
L2
en deçà de laquelle l'équilibre est possible et au delà de laquelle non. Cette force, compressive, repré-
sente une force limite de stabilité de forme. Sa valeur théorique
11 , un peu plus petite, est :

π 2 EI EI
Fexacte = 2 = 2.47
(2L) L2

Le moment en pied de poteau vaut alors :

moment de 2ème ordre


moment de 1er ordre z }| {
z}|{ HL3
MA = HL + F
3EI − F L2
Notons que le moment de 2ème ordre n'aurait pas pu être obtenu dans l'hypothèse HPP.

2.3.5 Limites du calcul dans le cadre HPP


Rappelons-le, dans de très nombreux cas, eectuer l'étude de l'équilibre dans la conguration initiale est
susant. Il existe toutefois des situations où le calcul est tout simplement impossible si l'on ne tient pas
compte a priori de la déformée provoquée par les eorts. Envisageons cela au travers de quelques exemples.

2.3.5.1 Couple de ressorts alignés soumis à une charge transversale


Considérons l'assemblage formé par deux ressorts de traction alignés (1) et (2) entre eux. Le premier ressort
a une raideur k1 et une longueur L1 et le second une raideur k2 et une longueur L2 (gure 2.3.5). Les ressorts
sont accrochés en A et C et son liés entre eux en B.
De façon générale, la tension F qui règne dans un ressort de traction de raideur k est orientée parallèlement
à l'axe du ressort et son intensité est proportionnelle à l'allongement u du ressort de sorte que :

F =k·u

Soumettons le n÷ud B à une force transversale d'intensité F et cherchons à déterminer la valeur des tensions
T1 et T2 12 que cette force induit dans les ressorts.

• Étude dans la conguration initiale (illustration b) :

Isolons le n÷ud B ; celui-ci se trouve soumis à l'action de 3 forces concourantes : l'action F et les deux
tensions T1 et T2 . Noter que ces dernières sont orientées parallèlement à la direction des ressorts. La somme
vectorielle de ces eorts est égale à :


− →
− →
− →

−T1 X + T2 X − F Y 6= 0
11. En réalité cette force est critique vis à vis de la stabilité de l'équilibre. Voir le chapitre 9. La valeur théorique de la force
critique par ambement d'un poteau encastré en pied peut être obtenue par application de la méthode d'Euler.
12. Si les ressorts sont déjà tendus dans la conguration initiale, les quantités T1 et T2 représentent alors un supplément de
tension.
66 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Figure 2.3.5  . A gauche, illustration du fonctionnement d'un ressort de traction. A droite et de haut en
bas, (a) l'assemblage de deux ressorts alignés, (b) l'application d'une force transversale dans la conguration
initiale et (c) dans la conguration déformée.

qui ne peut jamais être nulle sauf si l'intensité F est égale à zéro. Par conséquent il est impossible de mener
à bien l'étude de l'équilibre statique de cet assemblage de ressorts dans sa conguration initiale.

• Étude dans la conguration déformée (illustration c) :

Les ressorts s'allongeant sous l'eet de leur tension respective, le point de suspension de la force F se déplace
et les ressorts s'inclinent. Cette fois la somme vectorielle des forces agissant sur le n÷ud B , nécessairement
nulle à l'équilibre, s'écrit :

− →

T1 →

x 1 + T2 →

x2−FY = 0 (2.3.1)

Les vecteurs


x1 et


x2 sont les vecteurs directeurs des ressorts (1) et (2) respectivement. L'équation vecto-
rielle 2.3.1 peut être projetée sur les axes X et Y comme suit :

−T1 cos α1 + T2 cos α2 = 0
T1 sin α1 + T2 sin α2 − F = 0
ce qui introduit deux équations scalaires à quatre inconnues. La résolution du problème requiert donc des
équations supplémentaires qui peuvent être obtenues par la loi de comportement des ressorts. En eet :

T1 = k1 · u1
T2 = k2 · u2
où u1 et u2 désignent les allongements des ressorts. Il faut aussi tenir compte de la compatibilité des dépla-
cements du n÷ud B en tant qu'extrémité commune aux deux ressorts :
( →

(L1 + u1 ) cos α1 + (L2 + u2 ) cos α2 = L1 + L2 selon X


(L1 + u1 ) sin α1 − (L2 + u2 ) sin α2 = 0 selon Y

On obtient nalement un jeu de 6 équations à 6 inconnues qui déterminent totalement le problème de


statique.

Exercice : Résoudre le problème dans le cas où L1 = L2 et k1 = k2 .

2.3.5.2 Corde à linge


Le problème de la corde à linge est une variante du problème précédent. Chacun sait intuitivement qu'une
telle corde se tend spontanément pour s'aligner avec la direction des eorts auxquels elle est soumise
13 . La
corde est ancrée en ses deux extrémités A et C distantes de L. Une chemise est suspendue en B à la distance
d de l'extrémité A. Nous supposerons, de plus, que la longueur initiale L0 de la corde est un peu supérieure
à la distance entre ancrages et que la corde ne s'allonge pas sous l'eet de la tension.

13. Cette connaissance intuitive traduit le fait que la corde prend spontanément une forme  funiculaire  du système de
forces qui lui est appliqué. La notion de funiculaire est abordée au Ÿ.2.9.
2.3. CONFIGURATION D'ÉTUDE 67

Figure 2.3.6  . La chemise est modélisée par une force verticale. La corde à linge adapte sa géométrie au
chargement.

L'eet du poids propre de la corde est négligé devant celui de la chemise.

Remarquons que le cas L0 = L ne permet pas de solutionner le problème sauf à considérer une extension de
la corde ce qui n'est pas envisagé ici. On a donc nécessairement la condition L0 > L. L'étude statique est
forcément conduite dans la conguration déformée de la corde.

On désigne par (1) et (2) les segments de corde situés à gauche et à droite du point de suspension B de la
chemise. De simples considérations géométriques permettent de caractériser cette géométrie :

Segment (1) :
 
d δ
L21 = d2 + δ 2 cos α1 = ou sin α1 =
L1 L1
Segment (2) :
 
2 L−d δ
L22 = (L − d) + δ 2 cos α2 = ou sin α1 =
L2 L2
Respect de la longueur totale :
L1 + L2 = L0
Conditions d'équilibre (idem pb ressorts )


−T1 cos α1 + T2 cos α2 = 0
T1 sin α1 + T2 sin α2 − F = 0

Au bilan on dispose donc de 7 équations scalaires pour 7 inconnues : T1 , T2 , α1 , α2 , δ , L1 et L2 .


L
Exercice : Résoudre le problème dans le cas où d = .
2

2.3.5.3 Câble suspendu


Note de l'auteur : Pour aborder cette partie, il faut connaître les fonctions hyperboliques et leurs propriétés
2 2
de base, notamment ch a − sh a = 1. Il faut aussi savoir ce qu'est un angle de contingence d'une courbe, une
pente, une courbure, une abscisse curviligne.

Dans le problème précédent le poids propre de la corde n'était pas pris en compte. Comment traiter l'équilibre
d'un câble soumis à son seul poids ? C'est le cas, par exemple, des lignes électriques de haute tension qui
peuvent parfois peser plus de 100 N/m.
On fera l'hypothèse que le câble ne présente aucune rigidité à la exion et qu'il ne peut transmettre qu'un
eort N normal à sa section droite. Il sera, de plus, considéré comme inextensible.

De nouveau l'équilibre ne peut être étudié que dans la conguration déformée (gure 2.3.7). Toutefois, dans
le cas présent, nous aurons recours à des conditions de l'équilibre local.

Paramétrons le problème :
 La portée du câble est notée L;
68 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Figure 2.3.7  Le câble adopte la forme d'une courbe sous l'action de son poids propre. A gauche, une
photographie d'un pylône électrique exhibant la déformée caractéristique des câbles à haute tension. En haut,
le modèle de calcul. En bas, étude statique d'un tronçon de câble extrait de la conguration déformée.

 La forme du câble est décrite par la fonction continue et continûment dérivable f dénie dans le
système d'axe centré à l'ancrage O et dont les axes 0x et Oy sont respectivement horizontal de gauche
à droite et vertical de haut en bas ;
 Tout point P situé sur la bre moyenne du câble est repéré par ses coordonnées x et y = f (x) ;
 La pente que fait le câble avec l'horizontal est dénie par l'  angle de contingence  noté ϕ;
 La tension mécanique du câble est une fonction N de P ; cette tension est orientée selon la tangente
locale du câble.

Isolons un tronçon innitésimal [P P 0 ] de câble situé entre les abscisses x et x + dx :


 La  hauteur  de ce tronçon repérée sur l'axe y vaut dy ;
 Sa longueur vaut ds telle que ds2 = dx2 + dy 2 ;
 En P l'angle de contingence vaut ϕ (x) , c'est la direction de l'eort normal N (x) ; de plus dx =
ds · cos ϕ et dy = ds · sin ϕ ;
 En P ' l'angle de contingence vaut ϕ (x + dx) = ϕ (x) + dϕ , c'est la direction de l'eort normal
N (x + dx) = N (x) + dN ;
 Le poids du tronçon est proportionnel à sa longueur de sorte que dP = µ · ds où µ désigne le poids
linéique ;
 Les forces N (x) , N (x + dx) et dP sont concourantes et l'équilibre du tronçon de câble est unique-
ment régi par la nullité de la somme vectorielle de ces eorts.

Écrivons l'équilibre
14 :

selon →


−N (x) cos ϕ (x) + N (x + dx) cos ϕ (x + dx) = 0 x
−N (x) sin ϕ (x) + N (x + dx) sin ϕ (x + dx) + µds = 0 selon →

y

Que l'on ré-écrit sous la forme :

selon →


(i) d (N cos ϕ) = 0 x
(2.3.2)
(ii) d (N sin ϕ) + µds = 0 selon →

y

Dans ces deux équations apparaissent deux fonctions inconnues : N et ϕ, cette dernière étant liée à la forme
f du câble par la relation :
df
tan ϕ = = f 0 (x)
dx
La première équation diérentielle (2.3.2-i) s'intègre très facilement sous la forme :

ˆx
d (N cos ϕ) = 0 ⇒ N cos ϕ = A0 = N0 cos ϕ0
t=0

14. Il s'agit d'un équilibre  local  puisqu'il concerne un élément innitésimal de câble.
2.3. CONFIGURATION D'ÉTUDE 69

où on introduit la constante A0 homogène à une force.

La seconde équation diérentielle (2.3.2-ii) s'intègre en :

ˆx ˆx
d (N sin ϕ) = −µ ds
t=0 t=0

soit
N sin ϕ − B0 = −µs avec B0 = N0 sin ϕ0
On a ainsi constitué deux relations donnant respectivement la composante horizontale et la composante
verticale de la tension : 
(a) N cos ϕ = A0
(2.3.3)
(b) N sin ϕ = B0 − µs

Forme du câble

On peut combiner les équations (a) et (b) de sorte à extraire les quantités N et ϕ séparément.

2 2
• La combinaison (a) + (b) conduit à :

2
N 2 = A20 + (B0 − µs) (2.3.4)

qui donne la variation de la tension en fonction de l'abscisse curviligne s.


(b)
• La combinaison donne :
(a)
B0 − µs
tan ϕ = (2.3.5)
A0
Soit encore, par dérivation par rapport à ϕ :

µ ds
1 + tan2 ϕ = −

A0 dϕ

Or :
dϕ f”
tan ϕ = f 0 (x) et χ= =p 3 (courbure)
ds 1 + f 02

Par conséquent :
f” µ
p =−
1+f 02 A0

Posons g = f0 de sorte à se ramener à une équation du premier ordre en g :

g0 µ
p =−
1+g 2 A0

p
Cherchons g sous la forme g = shω [x − x0 ] (sinus hyperbolique ), alors 1 + g2 = chω [x − x0 ] et, d'autre
part, g 0 = ω chω [x − x0 ], l'équation est donc bien vériée si :

µ
ω=−
A0
Par conséquent :
 
µ
g (x) = f 0 (x) = −sh [x − x0 ]
A0
ce qui montre que la fonction f passe par un maximum en x0 . Ce maximum correspond au point le plus bas
du câble. Si les points d'ancrage sont situés à la même hauteur alors, par symétrie, le maximum correspond
au milieu du câble de sorte que :
L
x0 =
2
70 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Intégrons de nouveau
15 :
 
A0 µ
f (x) = − ch [x − x0 ] + C0
µ A0

Compte tenu de la condition limite en x=0 correspondant à l'ancrage où f (0) = 0, il vient :


      
A0 µ A0 µ µ
C0 = ch x0 ⇒ f (x) = ch x0 − ch [x − x0 ]
µ A0 µ A0 A0
On constate bien que cette fonction est compatible avec le second ancrage puisque L = 2x0 et donc :
    
A0 µ µ
f (L) = ch x0 − ch (2x0 − x0 ) =0
µ A0 A0

Calcul de l'abscisse curviligne s :

L'équation 2.3.5 permet d'écrire :


1
s= (B0 − A0 tan ϕ)
µ
 
µ
et comme tan ϕ = g (x) = −sh [x − x0 ] , il vient :
A0
  
1 µ
s= B0 + A0 sh [x − x0 ]
µ A0
 
µ
Prenons en compte la condition limite en x=0 où s = 0, alors B0 = A0 sh x0 et il vient :
A0
    
A0 µ µ
s= sh x0 + sh [x − x0 ]
µ A0 A0

La longueur de câble est donc :


 
A0 µ L
Lcable = s (L) = s (2x0 ) = 2 sh
µ A0 2
Et son poids total :
 
µ L
P = µLcable = 2A0 sh (2.3.6)
A0 2

Connaissant le poids du câble, son poids volumique, sa portée, on peut donc déterminer la constante A0 .
Calcul de la tension dans le câble :

On considère l'équation 2.3.4 :


q
2
N= A20 + (B0 − µs)
Avec B0 = 0 donc :
s        2 s  2
µ A0 µ µ µ
N= A20 + A0 sh x0 −µ× sh x0 + sh [x − x0 ] = A0 1 + sh [x − x0 ]
A0 µ A0 A0 A0

Par conséquent :
 
µ
N = A0 ch [x − x0 ]
A0
La tension est donc maximale et égale aux ancrages x=0 et x = L = 2x0 et vaut :
 
µ
Nmax = N0 = A0 ch x0
A0
15. Cette expression est connue pour être  l'équation de la chaînette .
2.3. CONFIGURATION D'ÉTUDE 71

L'équation 2.3.3 (b) fournit la composante verticale de la tension :

 
µ
V = N sin ϕ = B0 − µs = −A0 sh [x − x0 ]
A0

Au niveau des ancrages, ces composantes sont maximales et égales à

 
µ
Vmax = V0 = A0 sh x0
A0

Ces deux composantes équilibrent le poids total du câble de sorte que :

2V0 = P

On vérie que cette équation est bien satisfaite (voir équation 2.3.6).

Exercice : Un câble de poids linéique égal à 40 N/m est tendu entre 2 pylônes distants de 200 m en des
ancrages situés à 10 m du sol. Quelle doit être sa longueur maximale pour que le point le plus bas soit situé
à plus de 7m de hauteur ?

Exercice : Quelle forme le câble adopterait-il si, au lieu d'être soumis à son poids, il était uniquement chargé
par un poids linéique de neige ν (on rappelle que la neige agit sur la projection au sol de la surface ou de la
longueur sur laquelle elle agit et qu'un élément de câble de longueur ds est donc soumis à un eort vertical
dF = ν · dx) ?

2.3.5.4 Mécanisme composé de solides indéformables élastiquement liés


Dans ce paragraphe on considère les ensembles de solides rigides, indéformables, articulés entre eux et liés
par des ressorts de torsion. Bien que les éléments pris séparément soient indéformables, l'assemblage qu'ils
forment ensemble l'est.

On envisage le cas simple mais édiant d'un assemblage formé par une seule barre indéformable de longueur
L articulée de façon élastique en son pied (gure 2.3.8). Le ressort de torsion a pour raideur c; cela signie
que le moment en pied de poteau est proportionnel à l'angle d'ouverture du ressort ϕ :

MO = cϕ

Supposons que la barre soit soumise à son extrémité libre A à l'action d'une force axiale compressive F et
étudions les conditions de l'équilibre de l'ensemble.

Figure 2.3.8  Une barre rigide (indéformable) est articulée et liée au sol par un ressort de torsion.

Étude dans la conguration initiale (a) ϕ=0


La force F est orientée selon l'axe de la barre. Il n'y a pas de moment en O. En dehors de toute considération
de résistance du matériau, cette conguration d'équilibre est possible pour toute valeur de F.
Étude dans la conguration  déformée  (b) ϕ>0
72 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Le moment en O vaut :
MO = F u = cϕ
avec :
u = L sin ϕ
Par conséquent :
c ϕ
F = ·
L sin ϕ
ϕ h πi
La courbe représentative de la fonction est représentée gure 2.3.9 pour ϕ ∈ 0, . On observe que la
sin ϕ 2
conguration déformée ϕ 6= 0 n'est possible que si la valeur de la force F est supérieure à la valeur critique
c
Fc = . Au delà de Fc il y a donc deux congurations d'équilibre possibles : la conguration initiale (a) et
L
la conguration (b) donnée par F L sin ϕ − cϕ = 0.
Au cours du chapitre 9, on montre que la conguration d'équilibre rectiligne (a), quoique possible, n'est pas
stable lorsque la force F excède la force critique.

ϕ
Figure 2.3.9  Courbe représentative de la fonction .
sin ϕ

2.4 Modélisation des structures


Dans ce chapitre et dans ce paragraphe en particulier, on considère des structures du type  poteaux-
poutres . Naturellement il existe des structures tout autre comme des voutes, des barrages, des tunnels,
des structures voiles-planchers, des bâtiments à planchers champignons, etc... Néanmoins, de très nombreux
bâtiments sont réalisés avec une  ossature  composée de poutres et de poteaux, éléments porteurs qui
 reprennent  les eorts appliqués aux planchers et à l'enveloppe pour les transmettre aux fondations et
donc au sol. De ce fait cette classe de structure mérite un développement spécique.

2.4.1 Les arcs et les poutres


On considèrera tout d'abord des solides longiformes
16 pouvant être :

rectilignes ils seront alors appelés  poutres  de façon générale ;


curvilignes ils seront alors appelés  arcs .
Arcs et poutres possèdent une bre moyenne (appelée axe moyen dans le cas des poutres) et un plan de
section droite Σ qui lui est perpendiculaire. Le paragraphe Ÿ.3.2 fournit une description plus précise de ce
que sont les arcs et les poutres et comment la ligne moyenne est dénie ; pour la suite de ce chapitre on
se contentera d'une dénition toute intuitive
17 . Arcs et poutres constituent les briques élémentaires de la
constitution de structures.

16. Les solides longiformes possèdent une dimension principale et deux dimensions transversales qui lui sont plus petites.
17. On pourra adopter pour bre moyenne d'un arc ou d'une poutre le lieu des centres d'inertie des plans de section droite.
2.4. MODÉLISATION DES STRUCTURES 73

Figure 2.4.1  A gauche un arc et sa représentation schématique réduite à sa bre moyenne. A droite une
poutre de section Σ tubulaire.

2.4.2 Modélisation de la géométrie


Poutres et arcs sont réduits à leur bre moyenne. Ces objets initialement tridimensionnels, pourvu qu'ils
soient susamment longs, sont ainsi ramenés à des modèles de solides monodimensionnels (gure 2.4.1).

2.4.3 Modélisation des eorts


Les  éléments , qu'ils soient arcs ou poutres, sont simpliés dans leur forme et réduits à leur seule bre
moyenne par la suite. Ceci porte conséquence sur la modélisation des eorts susceptibles d'être appliqués à
un élément ou la modélisation des eorts que ce dernier peut transmettre aux autres éléments attenants.

2.4.3.1 Eorts extérieurs


Du fait de la modélisation minimaliste, les  charges  qui peuvent être appliquées à un élément ne peuvent
peuvent plus être ni volumiques ni surfaciques. La localisation des lieux précis d'application des eorts est
perdue : tous les eorts sont ramenés au niveau de la bre moyenne et on ne peut plus distinguer ce qui
est, par exemple, appliqué au dessus d'une poutre de ce qui est appliqué en dessous (voir la gure 2.4.2 par
exemple).

Les eorts agissant sur les poutres, une fois celles-ci modélisées, ne peuvent être que linéiques dénis par
unité de longueur ou être de nature ponctuelle.

Figure 2.4.2  A gauche la poutre (tubulaire) est soumise à l'action de forces de surface agissant en partie
sur l'extrados et en partie sur l'intrados. A droite, le modèle de calcul de la statique des poutres simplie la
géométrie qui est réduite à sa bre moyenne et les forces de surface se voient substituer par un eort linéique.
Il en serait de même des eorts volumiques (le poids).

2.4.3.2 Eorts intérieurs


En trois dimensions, les eorts  intérieurs  régnant dans une poutre sont caractérisés par le tenseur des
contraintes σ en tout point du volume occupé par la matière solide
18 . Du fait de la modélisation de la poutre
par réduction en sa ligne moyenne, il faut caractériser les eorts internes par un autre moyen. Puisque le
procédé de modélisation consiste à  concentrer  chaque plan de section droite (Σ) en un centre unique, il

18. Voir le cours de mécanique des milieux continus.


74 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

faut également  concentrer  le tenseur des contraintes en réduisant la distribution des contraintes agissant
sur ce plan de section droite en son torseur.

Figure 2.4.3  Dans chaque plan de section droite Σ (s) , repéré par son abscisse curviligne s ou droite x,
la distribution des vecteurs contraintes est remplacée par un torseur {T (s)} réduit au centre (lieu de passage
de la bre moyenne). A droite, une représentation dans le plan.

Les eorts intérieurs sont les composantes du torseur des eorts équivalent à la distribution des contraintes
dans le plan de section droite. Naturellement, ce torseur dépend de l'abscisse s et on s'intéresse donc à un
champ de torseur {T (s)} : c'est un  distributeur .

Dénition 53. On appelle  distributeur  un champ de torseur.

A chaque valeur de l'abscisse s le torseur comporte six composantes en trois dimensions ou trois composantes
pour les structures planes (en deux dimensions donc). Comme il sera vu dans le chapitre  théorie des
poutres , il est d'usage de projeter ces composantes, aussi appelées  contraintes généralisées , sur des axes
liés à la bre moyenne (et au plan de section droite).

En fait, dire que l'on s'intéresse aux contraintes agissant sur un plan de section droite situé en une valeur
particulière s de l'abscisse s reste ambigu : le plan de section droite Σ (s) sépare en eet la poutre ou l'arc
en deux parties et il convient de préciser si l'on s'intéresse à la partie dénie par s<s de celle dénie par
s > s. Nous adopterons conventionnellement la dénition suivante :

Dénition 54. On appelle  contraintes généralisées  à l'abscisse s les composantes du torseur {T (s)}
équivalent à la distribution des contraintes agissant sur le plan de section droite Σ (s) orienté par le vecteur
local


s.

Cette dénition revient à dire que l'on s'intéresse à la partie de poutre dénie par 0 ≤ s ≤ s. On notera que,
sur le plan de section droite conjugué orienté par −→

s et délimitant la partie s > s , le torseur des forces est
opposé en vertu du théorème d'action-réaction.

Figure 2.4.4  La poutre de longueur L est virtuellement découpée en deux parties par le plan de section
droite localisée par son abscisse s. Le tronçon (1) se termine par un plan de section droite orienté par le
vecteur directeur et les composantes du torseur des contraintes qui agissent sur lui constituent les contraintes
généralisées. Sur le tronçon (2) agissent l'opposé des contraintes généralisées.

Cas des ossatures planes Dans le cas des ossatures planes, nous adopterons provisoirement la convention
suivante :
2.4. MODÉLISATION DES STRUCTURES 75

1. la bre moyenne de l'arc ou de la poutre est orientée : on choisit une origine parmi les deux terminaisons
qui marque la valeur nulle de l'abscisse (curviligne et notée s dans le cas d'un arc plan, rectiligne et
noté x dans le cas d'une poutre). En tout point de la bre moyenne le vecteur directeur est noté


s
pour les arcs et


x pour les poutres ;

2. la structure étant plane on dénit le vecteur




z en tant que vecteur unitaire directeur de la nor-
male au plan de la structure. En règle générale on adopte pour vecteur


z celui qui est orienté vers
l'observateur ;

3. Pour chaque arc ou poutre, on dénit un vecteur



−y perpendiculaire au vecteur directeur de la bre
moyenne


s ou


x et tel que {→

s ,→

y ,→

z} ou {x, y ,→

− →
− −
z } forme un trièdre direct ;
4. Les contraintes généralisées sont les composantes du torseur des forces agissant sur le plan de section
droite orienté par


s (ou


x) projetées sur les axes du trièdre déni précédemment. On distingue
ainsi
19 :

 N eort axial
T eort transversal
M couple ou "moment"

Figure 2.4.5  Illustration des contraintes généralisées dans le cas d'une poutre plane. Celles-ci sont au
nombre de trois.

2.4.4 La structure en tant qu'assemblage d'arcs et de poutres


Une structure est formée par l'assemblage d'éléments pouvant être soit des arcs soit des poutres ; les
connexions étant réalisées aux extrémités des éléments. Les jonctions ou connexions entre éléments sont
appelées liaisons. Les jonctions des éléments avec le sol
20 ou avec une infrastructure liée au sol sont appelées
appuis ; ces dernières constituent des liaisons particulières.

Figure 2.4.6  Exemples de structures ; de gauche à droite : (a) béton, (b) bois, (c) acier.

Les liaisons sont assurées par des dispositifs technologiques dépendant, d'une part, des mobilités qu'elles per-
mettent et des composantes d'eort et de couple qu'elles transmettent et, d'autre part, du parti constructif :
béton armé, construction métallique, ossature bois, etc...

19. Pour que les contraintes généralisées coïncident avec les  sollicitations , il faut deux conditions supplémentaires : (a) la
bre moyenne est dénie en tant que lieu des centres d'inertie des plans de section droite et (b) les axes y et z coïncident avec
les axes principaux d'inertie. Voir le chapitre 3 page 130.
20. Le  sol  désigne la Terre qui, en génie civil, fait oce de référentiel Galiléen tout comme les infrastructures qui lui sont
attachées.
76 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Structures planes Les structures courantes sont souvent formées par la juxtaposition de portiques paral-
lèles liés entre eux par des pannes et dument contreventés (voir les illustrations (a) et (c) de la gure 2.4.6).
Ces portiques constituent des structures  planes  dans la mesure où ils reçoivent des eorts appliqués dans
leur plan. L'essentiel des exemples traités dans ce chapitre porte sur de telles structures.

2.4.5 Liaisons
Une liaison associe les extrémités de deux éléments ou plus. Les dispositifs technologiques de liaison sont
susamment petits pour qu'on en néglige les dimensions. Dans le cadre de la présente modélisation une liaison
est donc réduite en un point : c'est le point de convergence des bres moyennes des diérents éléments liés
entre eux. Ce point de concours et par extension cette liaison est aussi appelée n÷ud de l'ossature.

Figure 2.4.7  Représentation schématique d'une liaison entre deux éléments. A gauche, une vision tridi-
mensionnelle : la liaison est représentée par une  boîte noire . A droite, la vision mono-dimensionnelle, la
liaison est ponctuelle et est gurée par un symbole consacré par l'usage selon sa nature.

2.4.5.1 Caractéristiques d'une liaison


Une liaison est dénie par deux jeux de caractéristiques mécaniques :

1. caractéristiques d'ordre statique : ce sont les composantes d'eort et de couple que la liaison est
susceptible de transmettre d'un élément à l'autre ;

2. caractéristiques d'ordre cinématique : ce sont les mobilités diérentielles (relatives) permises entre les
extrémités des éléments attenants.

Figure 2.4.8  Représentation des caractéristiques mécaniques d'une liaison (le schéma est réalisé dans le
plan par souci de clarté). A gauche, les composantes d'eort et de couple transmis (noter la prise en compte
implicite du théorème d'action réaction). A droite, les caractéristiques cinématiques.

A priori, une liaison est donc entièrement dénie par la donnée de 6 indicateurs OUI/NON ou 1/0 concernant
la transmission d'une composante de force ou de couple (les composantes considérées étant projetées sur une
base de vecteurs indépendants) + la donnée de 6 autres indicateurs 1/0 concernant la possibilité d'une
mobilité relative selon les axes précédents.

2.4.5.2 Puissance dissipée dans une liaison


Si on note : ( →
− )
R
{F} = {F2*1 } = − {F1*2 } = →

C
2.4. MODÉLISATION DES STRUCTURES 77

le torseur des eorts de liaison (actions du solide (2) sur le solide (1) par exemple) et, d'autre part, si on
note :
( →
− )
  ∆ Ω̇
C1/R , C2/R , {∆C} = →

∆ U̇

respectivement le torseur cinématique


21 de l'extrémité du solide (1), le torseur cinématique de l'extrémité
du solide (2) et, nalement, leur diérence ∆C = C2 − C1 alors la puissance dissipée par la liaison est (voir
Ÿ.1.7.5) :
 
PL = {F1*2 } ⊗ C2/R + {F2*1 } ⊗ C1/R = {F} ⊗ {∆C} ∀ {∆C}
c'est à dire :

− →
− → − →

PL = R · ∆ U̇ + C · ∆ Ω̇

Par exemple, dans une base {x, y, z} :

PL = Rx · ∆u˙x + Ry · ∆u˙y + Rz · ∆u˙z + Cx · ∆ω̇x + Cy · ∆ω̇y + Cz · ∆ω̇z

Dans l'espace bidimensionnel {x, y} (gure 2.4.8) cette expression se réduit à :

PL = Rx · ∆u˙x + Ry · ∆u˙y + Cz · ∆ω̇z

2.4.5.3 Liaisons parfaites

Dénition 55. Une liaison est dite  parfaite  si la puissance de liaison qu'elle dissipe est nulle quels que
soient les mouvements qu'elle autorise.

PL = 0 ∀ {∆C} (2.4.1)

Corollaire 56. Chacun des termes de la somme formant l'expression de la puissance (équation 2.4.1)
dissipée dans la liaison est nul.

Par conséquent, dans une liaison parfaite, les composantes d'eort transmises et les mobilités permises sont
duales les unes des autres : là où il y a mobilité il n'y a pas transmission d'eort (ou de couple) et là où un
eort (ou un couple) est transmis il n'y a pas de mobilité.

2.4.5.4 Liaisons usuelles

En réalité les liaisons sont imparfaites du fait des frottements. Toutefois, les puissances et donc les énergies
dissipées dans les liaisons sont généralement considérées comme négligeables devant les puissances  respec-
tivement les énergies emmagasinées dans la structure.

En calcul des structures on considèrera donc les liaisons comme parfaites sauf dans les cas évoqués plus bas
des liaisons élastiques et des liaisons dissipatives.

2.4.5.5 Liaisons courantes du génie civil

Une liaison est susceptible de permettre ou d'interdire 6 mobilités diérentielles. Rien qu'en considérant
les liaisons parfaites cela ne ferait pas moins de 26 = 64 liaisons à examiner. Si le génie mécanique explore
un bon nombre de ces possibilités
22 , le génie civil n'en utilise qu'une petite fraction. Dans ce paragraphe on
envisage les principaux types de liaisons rencontrés en génie civil.

Parce que les structures peuvent souvent se ramener à des ensembles plans mais aussi pour simplier les
développements qui suivent, on envisagera essentiellement les liaisons des structures planes
23 .

21. Il serait plus correct de préciser qu'il s'agit du torseur cinématique du plan de section droite situé à l'extrémité du solide.
22. et bien plus encore si l'on songe, par exemple, aux liaisons hélicoïdales.
23. Les très belles illustrations 3D polychromatiques gurant dans ce paragraphe sont extraites du site http ://www.xr6805.fr.
78 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Liaison rigide entre deux éléments ou un élément et le sol

Dénition 57. Une liaison rigide interdit les mouvements relatifs (ou diérentiels) entre les deux éléments
qu'elle associe.

Corollaire 58. Une liaison rigide avec le sol (au niveau des fondations donc) interdit tous les mouvements
de l'extrémité de l'élément lié au sol. Une telle liaison rigide est appelée encastrement.

Figure 2.4.9  Schémas de liaisons rigides en construction métallique. Il est nécessaire que les ailes des
prolés qui véhiculent le moment soit parfaitement liées. De gauche à droite : (a) liaison poteau-poutre,
(b) liaison poteau-arbalétrier, (c) liaison poteau-fondation. Les images sont extraites du fascicule ET231
 liaisons entre solides 

Figure 2.4.10  Représentation conventionnelle d'une liaison rigide et d'un encastrement, actions de liaison
et mobilités.

Liaison articulée entre deux éléments ou un élément et le sol

Dénition 59. Une liaison articulée autorise la rotation diérentielle entre deux éléments ou entre un
élément et le sol.

Corollaire 60. Une liaison articulée parfaite ne peut pas transmettre de couple.
2.4. MODÉLISATION DES STRUCTURES 79

Figure 2.4.11  Schémas de liaisons articulées en construction métallique. Les ailes des prolés qui
véhiculent le moment sont interrompues ou non-liées. De gauche à droite : (a) articulation poteau-poutre,
(b) articulation poutre-solive, (c) articulation de pied de poteau. Les images sont extraites du fascicule ET231
 liaisons entre solides . L'amplitude de la rotation permise par ces liaisons n'excède pas quelques centièmes
de radian.

Figure 2.4.12  Représentation conventionnelle d'une articulation, actions de liaison et mobilités. Une
articulation est conventionnellement représentée par un petit cercle.

L'extrémité d'un élément de structure qui est articulée dans une liaison est dite  relaxée  sinon elle est
rigidement liée.

Appui glissière

Dénition 61. Un appui glissière bloque à la fois la composante de rotation et la composante de translation
diérentielle perpendiculaire au plan d'appui.

Corollaire 62. Un appui glissière transmet une action de liaison orthogonale au plan d'appui et un couple.
80 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Figure 2.4.13  Représentation conventionnelle d'un appui glissière.

Appui simple
Dénition 63. Un appui simple bloque uniquement une composante de translation diérentielle.

Corollaire 64. Un appui simple ne peut transmettre qu'une action de liaison orthogonale au plan d'appui.

Figure 2.4.14  Appuis simples : En construction métallique (a) poutre sur poutre, (b) panne sur arbalétrier.
En béton (c) appuis simples du pont de l'île de Ré.

Figure 2.4.15  Représentation conventionnelle d'un appui simple, actions de liaison et mobilités. Un appui
simple est conventionnellement représenté par un petit charriot.
2.4. MODÉLISATION DES STRUCTURES 81

Cas de poutres continues Les appuis simples sous les poutres sont représentés par un simple triangle
isocèle.

Figure 2.4.16  Représentation conventionnelle des appuis simples sous une poutre continue.

2.4.5.6 Liaisons élastiques


Dénition 65. Une liaison est dite élastique si il y a une relation de dépendance linéaire entre une compo-
sante d'eort (ou de couple) transmise et l'amplitude de la mobilité associée.

De telles liaisons sont réalisées par des ressorts ou par des appuis assimilables à des ressorts (par exemple
le sol dans certaines circonstances), notamment lorsque le modèle prévoit qu'une liaison emmagasine de
l'énergie qu'elle peut ensuite complètement restituer.

Si ce type de liaison est utilisé en génie mécanique, il ne l'est pas ou peu en génie civil ; on peut toutefois
employer une liaison élastique associée à un dissipateur en tant que dispositif parasismique dans les régions
exposées aux tremblements de terre.

On distingue :
 les liaisons élastiques linéaires ;
 les liaisons élastiques angulaires ;

Liaison élastique linéaire Une liaison élastique linéaire associe deux pièces dont la distance d'éloignement
(ou de rapprochement) est proportionnelle à l'eort de liaison agissant selon la direction du mouvement
relatif :
F =k·u

Figure 2.4.17  Dispositifs de liaison élastique linéaire. (a) et (b) ressort de compression, (c) schéma d'un
ressort de traction, (d) représentation conventionnelle gurant un ressort en zigzag.

Liaison élastique angulaire Une liaison élastique angulaire associe deux pièces articulées. L'angle d'ou-
verture par rapport à la conguration initiale adopté par les deux pièces est proportionnel au couple
transmis d'une pièce à l'autre :
C =c·ϕ

Figure 2.4.18  Dispositifs de liaison élastique angulaire. De gauche à droite : (a) ressort de torsion
(b) arbre de torsion (c) représentation conventionnelle gurant un ressort à spirale enroulée autour d'une
articulation.
82 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Bilan des liaisons élastiques Dans l'espace tridimensionnel, on peut ainsi avoir six types de liaisons
élastiques :

type raideur composante mobilité relation

élastique linéaire selon x kx Rx ∆ux Rx = kx · ∆ux


élastique linéaire selon y ky Rx ∆uy Ry = ky · ∆uy
élastique linéaire selon z kz Rx ∆uz Rz = kz · ∆uz
élastique angulaire autour de x cx Cx ∆ωx Cx = cx · ∆ωx
élastique angulaire autour de y cy Cy ∆ωy Cy = cy · ∆ωy
élastique angulaire autour de z cz Cz ∆ωz Cz = cz · ∆ωz

Table 2.1  Les types de liaison élastiques.

Chaque direction est caractérisée par une constante appelé  raideur .

La dimension d'une raideur linéaire est :

[F ] 
= F · L−1

[k] = unité : N/m
[L]
et celle d'une raideur angulaire :

[M ]
[c] = = [F · L] unité : N.m
[−]

2.4.5.7 Liaisons dissipatives ou visqueuses


La liaison dissipative est à la vitesse de mobilité ce que la liaison élastique est à l'amplitude de mobilité. En
clair, l'action de liaison transmise par une liaison dissipative est proportionnelle à la vitesse de la mobilité
concernée.

Dénition 66. Une liaison est dite dissipative si il y a une relation de dépendance linéaire entre une
composante d'eort (ou de couple) transmise et la vitesse de la mobilité associée.

De telles liaisons sont réalisées par des amortisseurs visqueux ou par déformation plastique, notamment
lorsque le modèle prévoit qu'une liaison dissipe de l'énergie (par plastication ou microssuration). L'énergie
mécanique est dissipée sous forme de chaleur et n'est pas récupérable.

Figure 2.4.19  Dispositifs de liaison dissipative. De gauche à droite : (a) et (b) vérins permettant de réduire
l'accélération subie par un tablier de pont en cas de séisme (c) représentation conventionnelle gurant un
amortisseur : la force transmise est proportionnelle à la vitesse d'éloignement des deux éléments. (d) le couple
est proportionnel à la vitesse d'ouverture de l'angle dans ce dissipateur angulaire.

Dans l'espace tridimensionnel, on peut ainsi avoir six types de liaisons dissipatives :

type facteur de viscosité composante mobilité relation

dissipative linéaire selon x ηx Rx ∆ux Rx = ηx · ∆u̇x


dissipative linéaire selon y ηy Rx ∆uy Ry = ηy · ∆u̇y
dissipative linéaire selon z ηz Rx ∆uz Rz = ηz · ∆u̇z
dissipative angulaire autour de x νx Cx ∆ωx Cx = νx · ∆ω̇x
dissipative angulaire autour de y νy Cy ∆ωy Cy = νy · ∆ω̇y
dissipative angulaire autour de z νz Cz ∆ωz Cz = νz · ∆ω̇z

Table 2.2  Les types de liaison dissipatives.


2.4. MODÉLISATION DES STRUCTURES 83

Chaque direction est caractérisée par un facteur de viscosité.

La dimension d'un facteur de viscosité linéaire est :

[F ]
= F · L−1 · T
 
[η] = unité : N ·s/m
[L · T −1 ]
et celle d'un facteur de viscosité angulaire :

[M ]
[ν] = = [F · L · T ] unité : N.m.s
[T −1 ]

NOTE : Comme les liaisons dissipatives ne génèrent d'eorts que s'il y a vitesse des mobilités, elles
n'entrent pas en jeu lorsque la structure est en équilibre statique (les vitesses étant nulles).

2.4.5.8 Liaisons plastiques


Sans entrer dans les détails qui relèvent du cours de calcul élastoplastique abordé en master M1, la puis-
sance dissipée par une liaison ne peut plus être négligée lorsque des déformations plastiques accompagnent
des mobilités de forte amplitude. En fait lorsque des  rotules plastiques  apparaissent, elles concentrent
l'essentiel de l'énergie emmagasinée de sorte que, inversement à ce qui a été dit pour les liaisons usuelles,
c'est l'énergie élastique consommée par la structure qui devient négligeable
24 .

2.4.6 Origine des actions sur les structures


2.4.6.1 Cadre règlementaire
En génie civil la prise en compte des actions sur les structures est régie par l'Eurocode EN 1991 (EC1)
 Actions sur les structures  tandis que l'Eurocode EN 1990 (EC0)  Bases de calcul des structures  traite
quant à lui des combinaisons d'actions dans une approche semi-probabiliste
25 .

L'EC1 distingue ainsi


26 :
 Les actions permanentes résultant du poids propre de la structure et des équipements pesants qu'elle
supporte ;
 Les charges d'exploitation en tant qu'actions variables quasi-statiques ;
 L'action du vent représentée par des pressions de surface ;
 L'action de la neige ;
 Les actions dynamiques résultant d'un séisme.
Les Annexes Nationales aux Eurocodes
27 rendent compte des spécicités locales (séisme, neige, vent notam-
ment). Bien qu'il ne soit pas dans le propos du présent enseignement de détailler le contenu et les modalités
d'application des Eurocodes
28 , il peut être utile d'indiquer comment les diérentes catégories d'action se
modélisent.

2.4.6.2 Modélisation
Méthode générale Il est courant que les actions extérieures soient d'abord transmises par les surfaces
d'un ouvrage ou d'un bâtiment. Ces forces peuvent agir sur  l'enveloppe  il s'agit alors du poids propre,
du vent, de la neige. elle peuvent aussi agir sur les planchers s'il s'agit d'un bâtiment ; ce sont alors les
charges d'exploitation également assimilables à un poids mais présentant un caractère moins permanent et
qui s'ajoutent (se combinent) au poids propre du plancher.

Dans les structures poteaux-poutres qui font l'objet essentiel de ce chapitre, les eorts sont transmis aux
éléments  porteurs  de la structures. C'est ainsi que des eorts surfaciques agissant sur l'enveloppe ou les

24. C'est l'hypothèse de base des méthodes de calcul dites  aux limites  et qui sont traitées en M1.
25. C'est l'EC0 qui introduit notamment la notion  d'état limite .
26. Il existe bien d'autres types d'eorts. Par exemple : les eorts de freinage des véhicules lourds sur un pont, la poussée
de l'eau sur un barrage, la poussée des terres sur un soutènement ou un tunnel, les eorts horizontaux sur un pont-roulant, les
chocs, les incendies, les actions thermiques, la poussée du grain dans un silo, etc... tous font l'objet de l'EC1.
27. Les cartes de neige et de vent apparaissant ci-dessous sont extraites des Annexes Nationales Françaises.
28. Voir le cours de Master I  risques et sécurité - actions sur les structures .
84 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

planchers sont convertis en eorts linéiques appliqués aux arcs, poutres et poteaux qui constituent l'ossature
du bâtiment.

F · L−1 = M · T −2
   
Les forces réparties ont pour dimension et s'expriment généralement en kN/m.

Actions permanentes - poids propre Le poids P d'une masse M est une force verticale d'intensité :

P =M ·g

où g est l'accélération de la gravité Terrestre soit g = 9.81 N/kg = 9.81 kN/t au niveau de la mer. Il convient
donc de ne pas confondre la masse d'un corps et son poids :
• La masse représente la quantité de matière ; celle-ci inue sur le comportement dynamique du corps. La
masse s'exprime en kg ou plus couramment en génie civil en tonne [t].
• Le poids est la force verticale attractive qu'exerce la Terre sur la masse en question. Il est l'expression
de l'une des quatre interactions connues de la physique atomique : il s'agit de l'interaction gravitationnelle,
toujours attractive et de longue portée. Le poids s'exprime en N ewton [N ] ou plus communément en kN .
Lorsqu'une charpente supporte une couverture, il est d'usage de convertir (a) le poids volumique de la
couverture (bacs acier et isolant ou lambourdes et tuiles) en poids surfacique puis (b) en poids linéique sur
les éléments porteurs supportant la couverture au prorata des surfaces qui les concernent. Il en est de même
pour les poutres supportant un plancher.

Figure 2.4.20  A gauche, le poids propre est modélisé par une distribution linéique de force verticale
appliquée à tous les éléments reprenant des charges permanentes dû à la structure, à l'enveloppe et aux
équipements. A droite, illustration d'une charge d'exploitation.

Modélisation : force linéique verticale descendante appliquée sur toute la longueur des éléments porteurs.

Si la structure doit supporter un équipement pesant de faible dimension, le poids de celui-ci est modélisé par
une force verticale concentrée. Si un tel équipement, supporté par un corbeau, occasionne un couple selon
l'axe x ou l'axe y de l'élément, la modélisation en structure plane n'est plus possible.

Charges d'exploitation Les charges d'exploitation sont des actions variables dans le temps ne donnant
pas lieu à des eets dynamiques
29 . S'agissant le plus souvent d'une action assimilable à un poids (livres dans
une bibliothèque, étudiants dans une salle de classe, etc...) la modélisation des charges d'exploitation répond
aux mêmes règles que pour les actions permanentes.

Action du vent Lorsqu'un bâtiment est soumis au vent, un jeu de pressions et de dépressions s'installe
à l'intérieur et à l'extérieur
30 . Ces pressions se cumulent de sorte que les éléments de structure se voient
soumis à des forces linéiques qui leur sont perpendiculaires (c'est le cas des pannes par exemple) ou à des
forces ponctuelles également perpendiculaires à la bre moyenne (cas des arbalétriers supportant des pannes
ou des poteaux supportant des lisses).

29. Les charges d'exploitation sont généralement à considérer comme des charges quasi-statiques mais si des eets de résonance
sont à craindre (du fait de mouvements rythmés de groupes de personnes ou d'une machine par exemple), une analyse dynamique
s'impose.
30. Dans certains cas il y a lieu de prendre en compte également les frottements qui génèrent des eorts parallèles aux parois.
2.4. MODÉLISATION DES STRUCTURES 85

Figure 2.4.21  A gauche, carte du vent de l'EC1 (carte couleur extraite du site www.icab.fr). Au centre, le
jeu de pressions intérieures et extérieures dans un bâtiment ouvert (si le bâtiment avait été fermé l'intérieur
aurait été en dépression). A droite, la charge répartie résultante s'exerce perpendiculairement aux éléments
de structure.

Modélisation : soit une force linéique perpendiculaire à la bre moyenne appliquée sur toute la longueur des
éléments porteurs, soit des forces ponctuelles perpendiculaires à la bre moyenne.

Action de la neige En l'absence de vent la neige tombe verticalement et s'accumule sur les surfaces
en raison inverse à leur inclinaison par rapport au sol. L'épaisseur de neige mesurée selon la verticale est
supposée uniforme et prend une valeur caractéristique dépendant à la fois de la localisation géographique et
de l'altitude du bâtiment.

Figure 2.4.22  A gauche, carte de neige de l'EC1 (carte couleur extraite du site www.icab.fr). Au centre,
l'épaisseur de neige mesurée verticalement est partout la même. A droite, la charge de neige est représentée
par une charge uniforme verticale appliquée sur la projection horizontale de la couverture.

Les valeurs typiques de la charge de neige qS sont comprises entre 0.45 kN/m2 et 1.40 kN/m2 pour des
altitudes inférieures à 200 m selon la région.

Modélisation : charge linéique verticale agissant sur la projection au sol de l'élément concerné.

Note Une charge de neige d'intensité qS agissant sur un élément de


structure de longueur L incliné d'un angle α avec l'horizontal est équi-
valente à une charge uniformément répartie sur toute la longueur L de
l'élément et d'intensité qEquiv = qS · cos α .
86 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Actions dynamiques - Séisme Les actions dynamiques, rapidement


variables, sont plus sévères que les actions statiques de même intensité du
fait qu'elles sont ampliées par la réponse de la structure sur laquelle elles agissent. On peut les remplacer par
des actions statiques équivalentes à condition de pouvoir estimer le  coecient d'amplication dynamique .

On se reportera aux cours de dynamique des structures et de génie parasismique abordés en Master I pour
plus d'information à ce sujet.

2.5 Isostaticité - hyperstaticité


2.5.1 Statut d'un assemblage de poutres
Un ensemble (S) formé par un assemblage de poutres (ou d'arcs) peut appartenir aux classes d'objets décrites
dans le diagramme ci-dessous.

Ensemble (S)
. &
structure
mécanisme . &
isostatique hyperstatique

MÉCANISME : C'est un ensemble de poutres dont l'équilibre sous l'eet d'actions extérieures ne peut
être obtenu, dans une conguration géométrique donnée, que sous certaines conditions portant sur les actions
extérieures.

STRUCTURE : C'est un ensemble de poutres dont l'équilibre s'accommode de toute action extérieure
inconditionnellement
31 .

2.5.2 Dénition
L'isostaticité est un qualiant pour une structure formée par l'assemblage d'arcs-poutres. Elle exprime la
possibilité d'exprimer le champ des  forces internes  y compris des forces de liaisons et autres réactions
d'appui en ayant recours aux seules équations de la statique.

Dénition 67. On appelle structure isostatique, une structure pour laquelle la détermination des forces
internes, actions de liaison et réactions peut être obtenue par l'emploi des seules équations de la statique.

Corollaire 68. Ni la loi de comportement des matériaux constitutifs ni la constitution des poutres n'inter-
vient dans le calcul de statique.

Par exemple, deux structures isostatiques, l'une en béton l'autre en acier, de géométries identiques, de mêmes
liaisons, soumises aux mêmes eorts extérieurs seront le siège des mêmes eorts internes. Par contre elles
auront un comportement diérent et les champs des déformations et des déplacements seront diérents.

Les forces internes ne dépendent que :

1. de la géométrie générale de la structure modélisée par l'assemblage des bres moyennes de poutres ;

2. de la nature des liaisons des poutres entre elles et avec le sol ;

3. des eorts extérieurs.

Dans une structure isostatique, les forces internes ne dépendent pas de :

1. du matériau constitutif ;

2. des sections droites des poutres ;

3. du champ de température.

31. Les conditions de résistances étant laissées de coté.


2.5. ISOSTATICITÉ - HYPERSTATICITÉ 87

Corollaire 69. Si une structure isostatique est soumise à un champ de température, elle subit des déforma-
tions thermiques  libres  sans que des contraintes ou autres forces internes ne se manifestent.

Ce corollaire vient du fait que le champ de température est étranger aux équations de la statique. Le chauage
ou le refroidissement d'une structure ne produit pas de forces externes et en l'absence de ces dernières, la
structure étant isostatique, l'application des équations de la statique conduit à des forces internes également
nulles.

Bien sûr, la structure se déforme du fait de la relation de Hooke-Duhamel (cas du matériau isotrope
homogène) :
1+ν ν 
ε= σ − tr σ I + λ∆T I
E E
En l'absence de contrainte, les déformations se réduisent à :

εth = λ∆T I
Elles sont dites  déformations thermiques  ou  déformations libres .

Au contraire, dans une structure hyperstatique, il y a une surabondance de liaisons qui  gêne  la libre
dilatation thermique des poutres. Dans ce cas, un champ de température s'accompagne à la fois de dilatations
thermiques gênées et de contraintes et donc de forces internes.

2.5.3 Détermination du degré d'hyperstaticité


Pour déterminer les actions de liaison aux extrémités de tous les éléments constitutifs d'une ossature, on
dispose des équations de l'équilibre statique de chaque élément. Le nombre des inconnues de liaison est noté
ni et, d'autre part, le nombre des éléments est noté nb . Pour chaque élément, on dispose de 6 équations dans
l'espace tridimensionnel ou seulement de 3 équations dans l'espace plan. Désignons par ne le nombre total
d'équations de statique disponibles (ne = 6 × nb dans l'espace 3D ou ne = 3 × nb dans l'espace 2D).

Comparons nalement le nombre d'équations disponibles au nombre d'inconnues de liaison. Trois situations
peuvent se produire (tableau 2.3) :

cas condition commentaire

h = 0; à condition que l'ossature ne comporte pas de sous


isostatique ni = ne
mécanisme

h = ni − ne degré d'hyperstaticité ; à condition que l'ossature ne


hyperstatique ni > ne
comporte pas de sous mécanisme

mécanisme ni < ne nDDL = ne − ni nombre de degrés de liberté du mécanisme.

Table 2.3  Situations iso/hyper/méca

1. Le nombre d'équations de statique disponibles est égal au nombre d'actions de liaison.

ni = ne
Sous réserve que la structure ne recèle pas de mécanisme, on peut déterminer les inconnues de liaison
et, après cela, les contraintes généralisées. On dit que la structure est isostatique. Ce type de structure
est adapté aux situations où des tassements diérentiels des fondations sont à craindre : un déplace-
ment des appuis ne provoque pas de supplément de contraintes. Le montage de structures isostatiques
préfabriquées (par exemple des charpentes en bois) est facilité.

2. Le nombre d'équations de statique disponibles est inférieur au nombre d'actions de liaison.

ni > ne
Les seules équations de la statique sont donc insusantes pour déterminer les actions de liaison.
La structure est dite hyperstatique et on dénit le  degré d'hyperstaticité  en tant que décit
d'équations : h = ni − ne . On dit aussi que les liaisons sont surabondantes. Ce type de structure est
préférable dans les situations où il y a risque d'apparition de rotules plastiques, notamment en cas de
séisme. Le calcul des inconnues de liaison requiert l'emploi d'autres équations prenant en compte le
comportement des éléments de structure : c'est l'objet du chapitre 7.
88 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

3. Le nombre d'équations de statique disponibles est supérieur au nombre d'actions de liaison.

ni < ne

On a alors aaire à un mécanisme. la diérence ne − ni dénit le  nombre de degrés de liberté 


(DDL) dudit mécanisme, c'est-à-dire le nombre de paramètres scalaires dont dépend le champ de
vitesse de celui-ci. Les mécanismes sont impropres à la construction de structures puisqu'ils ne peuvent
supporter ou transmettre des eorts quelconques.

y Dans une conguration géométrique donnée, un mécanisme ne peut être en équilibre que sous
certaines conditions portant sur la distribution des eorts qu'il subit (voir le Ÿ.2.7.1.4). Il y a autant
de conditions d'équilibre que le mécanisme compte de degrés de liberté soit ne − ni conditions.

y Au contraire, une structure isostatique ou hyperstatique s'accommode de son chargement et  trouve 


son équilibre quel que soit ce chargement sous réserve, naturellement, de la résistance des matériaux
32 ;
l'équilibre d'une structure ne nécessite donc aucune condition particulière portant sur son chargement.

Figure 2.5.1  A gauche, l'ossature forme un arc à trois articulations isostatique. Au centre l'articulation en
C a été remplacée par une liaison rigide introduisant une inconnue de liaison supplémentaire ; la structure
devient hyperstatique. A droite, l'arc à quatre articulations est un mécanisme dont le champ de vitesse
instantané dans la conguration géométrique initiale est ébauché.

A noter que, dans l'étape de détermination de l'isotaticité, le chargement extérieur n'entre pas en ligne de
compte.

NOTE : Insistons sur le fait que la condition d'isostaticité h = ni − ne = 0 est une condition nécessaire
mais non-susante. Avant de déterminer le degré d'hyperstaticité d'un ensemble de poutres il convient,
préalablement, de s'assurer qu'il ne recèle aucun mécanisme.

2.5.4 En pratique - cas bidimensionnel


2.5.4.1 Équations d'équilibre des barres

Dans ce paragraphe on envisage de déterminer l'isostaticité des structures planes.

Le dénombrement des équations d'équilibre disponibles ne pose pas problème : il sut de compter les barres
et de prendre en compte trois équations d'équilibre par barre ; ainsi :

ne = 3 × nb

Chacun des éléments étant extrait de la structure (gure 2.5.2), on peut écrire 3 équations d'équilibre dans
le plan (et 6 dans l'espace 3D).

Par exemple, le cas d'une poutre droite soumise à une répartition linéique de force est présenté ci-dessous.

32. Les questions de résistances ne sont pas abordées dans ce chapitre.


2.5. ISOSTATICITÉ - HYPERSTATICITÉ 89

Figure 2.5.2  Une poutre droite de longueur L extraite de sa structure. A gauche les actions de liaison sont
projetées dans le repère local à la poutre. A droite, elles sont projetées dans le repère global à la structure.

Si on se réfère à la gure 2.5.2, les équations vectorielles de l'équilibre sont


33 :

( →
− →
− ´B− →

FA+ FB+ A → q (x) dx = 0

− →
− −−→ →− ´ B −→ → →

C A + C B + AB ∧ F B + A AP ∧ −
q (x) dx = 0

soit 3 équations scalaires :


 ´B
 XA + XB +´ A qx (x) dx = 0

B
YA + YB + A qy (x) dx = 0
 ´B
CA + CB + L · YB + A x · qy (x) dx = 0

Ou, alternativement, dans le repère global :


  →
 HA − →
−  →
− − ´B−
→ →

X + VA Y + HB X + VB Y + A → q (x) dx = 0
−−→ →
− →
− ´B − → →

 (CA + CB ) →

z + AB ∧ HB X + VB Y + A x→x ∧−
 
q (x) dx = 0

soit :  ´B
 HA + HB +´ A qH (x) dx = 0

B
VA + VB + A qV (x) dx = 0
 ´B
CA + CB − L sin αHB + L cos αVB + A x · [− sin αqH (x) + cos αqV (x)] dx = 0

Ces équations doivent être adaptées si l'on a aaire à un arc plutôt qu'à une poutre droite et si le chargement
se compose aussi de forces ponctuelles.

2.5.4.2 Dénombrement des inconnues de liaison


Le Ÿ.2.4.5 a présenté les liaisons de base. Ces dernières concernaient deux éléments entre eux uniquement
ou un élément et le sol. Dans une ossature, en pratique, une liaison peut  brasser  plusieurs éléments de
structure à la fois. On est ainsi confronté à des liaisons  mixtes  pouvant combiner à la fois des appuis
simples, des articulations et des liaisons rigides.

Pour dénombrer les inconnues de liaison transmises par un n÷ud d'assemblage aux barres attenantes et, le
cas échéant, au sol, il convient de procéder comme suit :

1. On isole le n÷ud des barres et, éventuellement, du sol ; pour cela on réalise une coupure au plus près
du n÷ud (celui-ci étant considéré comme quasi-ponctuel) ;

2. Pour chaque coupure réalisée à l'étape 1, on compte le nombre de composantes d'eorts et de couple
qui sont amenées :

(a) 3 pour une liaison rigide ;

(b) 2 pour une liaison relaxée ;

(c) 1 pour un appui simple.

3. A la somme des composantes de forces et de couple établie à l'étape 2, on déduit le nombre des
équations de statique régissant l'équilibre du n÷ud lui-même :

33. Les éléments de réduction du torseur des forces agissant sur la poutre étant réduits en A dans ce cas.
90 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

(a) -3 pour si au moins deux éléments sont rigidement liés entre eux ;

(b) -2 si tous les éléments sont relaxés ;

(c) si une articulation réunit des  paquets  de barres rigidement liées entre elles, il faut déduire une
équation d'équilibre (en couple) par paquet
34 .

Envisageons quelques exemples courants :

Figure 2.5.3  Quelques exemples de dénombrement d'inconnues de liaisons. C'est le nombre d'actions de
liaison déduction faite du nombre des équations d'équilibre du n÷ud. Si le n÷ud est totalement relaxé déduire
2, sinon déduire 3.

Le nombre d'inconnues de liaison d'une structure est égal à la somme des inconnues de liaison de tous ses
n÷uds d'assemblage.

2.5.4.3 Degré d'hyperstaticité h


Rappelons que le degré d'hyperstaticité est égal au décit d'équations d'équilibre :

h = ni − ne

Envisageons quelques exemples de calcul du degré d'hyperstaticité ci-dessous.

Figure 2.5.4  Structures - série 1

34. En eet la somme des couples amenés par chaque paquet est nulle dans ce cas.
2.5. ISOSTATICITÉ - HYPERSTATICITÉ 91

Figure 2.5.5  Structures - série 2. En médaillon : bien noter ces variantes de pied de poteau.

Figure 2.5.6  Structures - série 3.

2.5.4.4 Caractère intrinsèque de h


On considère une structure hyperstatique d'ordre h.

Sur-découpage de la structure Supposons que le calculateur décide de décomposer (virtuellement)


certaines poutres en deux parties. Pour ne pas dénaturer la nature de l'ossature les deux parties seront
nécessairement rigidement liées l'une à l'autre de sorte à bien constituer une et une seule poutre.

Pour chaque découpage qu'il aura imaginé, le calculateur aura introduit 3 nouvelles actions de liaison en
même temps que le découpage aura introduit un élément supplémentaire et donc 3 nouvelles équations de
statique.

Finalement le bilan ni − ne conduira au même degré d'hyperstaticité h .

Figure 2.5.7  Structure sur-découpée.


92 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Sous-découpage de la structure Inversement il pourrait venir à l'esprit du calculateur de regrouper


ensemble les éléments rigidement liés les uns aux autres dans la mesure ou le sous-ensemble de poutres
ainsi formé forme un ensemble 1-connexe, c'est-à-dire sans boucle. Ce regroupement d'éléments s'eectue
virtuellement par une sorte de fusion au cours de laquelle disparaît à la fois 3 inconnues de liaison et 3
équations de statique.

De nouveau le bilan ni − ne conduira au même degré d'hyperstaticité h .

Figure 2.5.8  Structure sous-découpée.

On peut donc énoncer le théorème suivant :

Théorème 70. Le degré d'hyperstaticité h d'une structure est intrinsèque à celle-ci. Il ne dépend ni des
actions externes ni de la façon dont est décomposée la structure par élément, par regroupement 1-connexe
des éléments rigidement liés entre eux ou par découpage des poutres.

2.6 Approche  vectorielle  de l'étude statique des structures


L'approche vectorielle de l'analyse statique des structure repose sur l'application du principe fondamental de
la statique qui est rappelé ci-après et procède par  découpage  de la structure en sous-ensembles de sorte
à faire émerger les inconnues de liaison. En eet, lorsqu'une structure est en équilibre statique, toutes ses
parties le sont également ; ce qui légitime la démarche consistant à  isoler  des sous-structures, des poutres
ou même des tronçons de poutre.

Cette méthode est également connue en tant que  méthode des coupures  mais l'auteur lui préfère la
dénomination  méthode des enveloppes  comme on va le voir dans la suite.

2.6.1 Principe fondamental de la statique


Nous rappelons ici la dénition et le critère qui ont été présentés dans le chapitre liminaire au Ÿ.1.4.3.

Dénition 71. Sur la surface de la Terre, un solide ou un ensemble de solides est en équilibre statique s'il
est immobile par rapport à un référentiel attaché à la Terre.

Conjecture 72. Un solide ou un ensemble de solides est en équilibre statique si le torseur des forces,
résultant des interactions avec son environnement, agissant sur ce solide ou cet ensemble de solides est égal
au torseur nul.

2.6.2 Méthodologie
Pour statuer sur l'équilibre d'un solide, ensemble de solide, structure, partie de structure, poutre, arc ou
simplement tronçon de poutre ou d'arc il faut :
1. isoler celui-ci ou celle-ci ;

2. Ensuite il convient d'eectuer un bilan des actions agissant sur l'ensemble isolé ;

3. Enn, on procéde à l'écriture des équations de la statique.


2.6. APPROCHE  VECTORIELLE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 93

2.6.2.1 Isolement
Isoler un sous-ensemble de structure c'est :

1. envelopper ledit sous-ensemble par une surface fermée S;


2. extraire le contenu de cette enveloppe en faisant abstraction des autres parties de l'ossature.

En deux dimensions, l'enveloppe est réduite à un contour fermé L;


L'intersection de l'enveloppe avec les diérentes parties de la structure permet de révéler, au choix du
calculateur, les forces internes, réactions, actions de liaison entrant en ligne de compte dans les calculs.

Il est indispensable de représenter le contenu de cette enveloppe de façon schématique sur un dessin de
situation, séparé, qui servira ensuite de support de calcul . Ce travail est indispensable à toute écriture de
conditions d'équilibre y compris même si l'on s'attache à statuer sur l'équilibre de l'ensemble de l'ossature.
Dans ce dernier cas l'enveloppe entourera toute la structure et passera aux extrémités des éléments connectés
aux fondations.

Il convient d'être  précis  quant aux lieux d'intersection de l'enveloppe avec la structure et de décider au
voisinage des points d'application des eorts concentrés si ces eorts sont placés à l'intérieur ou à l'extérieur
de l'enveloppe et, ce, sans ambigüité.

2.6.2.2 Bilan des eorts


Le bilan des forces complète le dessin de situation commencé lors de l'étape d'isolement. Les eorts y sont
représentés en respect de la convention expliquée au Ÿ.1.5.2.3.
 Il faut considérer l'enveloppe comme  opaque  et ne compter que les actions qui la  traversent .
 Sont ainsi pris en compte :
 les forces de gravité (poids) du sous-ensemble si cela concerne le cas de charge considéré ;
 les eorts extérieurs directement appliqués au sous-ensemble ;
 les forces d'interaction agissant sur les coupures interceptées par l'enveloppe.
 Ne doivent pas être pris en compte (parce qu'  invisibles ) :
 les forces internes transmises par les liaisons englobées par l'enveloppe ;
 de façon générale toutes les forces internes à l'enveloppe ;
 Les axes de projection des composantes des eorts sont choisis arbitrairement ; ce sont des considéra-
tions de simplicité qui guident le choix du calculateur ;
 Les diérentes enveloppes envisagées doivent avoir des interfaces communes de sorte à permettre
l'exploitation du théorème d'action-réaction.

NOTATIONS Le calculateur est libre de désigner les actions de liaison à sa guise. Il est toutefois préférable
d'utiliser des notations cohérentes. L'auteur recommande ainsi une notation du type :
Λbarre
noeud

où Λ est :
Λ(notation) Signication

X, H F orce horizontale
Y, V F orce verticale
C, M, Z Couple autour de Z
N F orce axiale
T F orce transversale

où noeud est l'indice du n÷ud où l'action agit et barre est l'indice de l'élément connecté au n÷ud (si nécessaire).
Les indices peuvent être numériques ou alphabétiques.

2.6.2.3 Équilibre statique


On écrit que le torseur formé par l'ensemble des eorts dont on a fait préalablement le bilan est égal au
torseur nul.

Le choix du point de réduction de ce torseur est fait sur des considérations de simplicité si possible.
94 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

2.6.3 Exemple
L'exemple qui suit sera également traité dans le Ÿ.2.7 pour comparaison des deux approches, vectorielle et
scalaire.

Figure 2.6.1  Exemple de structure isostatique.

Il s'agit d'un portique à jambage articulé au pied OUEST et simplement appuyé au pied EST (gure 2.6.1).
Il est soumis à une charge uniforme de type  neige  agissant sur la projection horizontale de la structure
et, également, à une force concentrée horizontale agissant en tête du poteau OUEST.

Soit à calculer les actions de liaison entre tous les éléments et, plus particulièrement les couples de liaison
CC entre les éléments (3) et (4) et CD entre les éléments (4) et (5).

2.6.3.1 Isostaticité

La structure comporte 5 éléments délimités par les n÷uds A, B, C, D, E . Nous disposons donc de ne = 5×3 =
15 équations d'équilibre. Pour les inconnues de liaison, on peut établir un tableau comme ci-dessous.

n÷ud type nb. éléments nb.actions liaison nb.équilibre n÷ud nb.inconnues liaison

A appui articulé sol+2 6 2 4


B articulation 2 4 2 2
C liaison mixte 3 8 3 5
D liaison rigide 2 6 3 3
E appui simple sol+1 3 2 1
TOTAL I ni = 15

La structure est isostatique.

2.6.3.2 stratégie d'isolement

Quand on isole tout ou partie de la structure on fait  apparaître  les inconnues de liaison. La stratégie
consiste à faire émerger aussi peu d'inconnues que possible dans la mesure où chaque étape d'isolement
n'ore que 3 nouvelles équations de statique.

Réactions d'appui Par exemple, isolons l'ensemble de la structure (gure 2.6.2).


2.6. APPROCHE  VECTORIELLE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 95

Figure 2.6.2  Plan de situation : il est interdit de représenter, sur le même dessin, le contexte d'un sous-
ensemble et les forces qu'il transmet.

Précisons une convention qui permet de lever bien des ambigüités couramment rencontrées (y compris chez
certains auteurs).

Ce qu'il ne FAUT PAS faire La représentation 2.6.2(a) est à proscrire ! On ne représentera jamais les
eorts internes à un ensemble. Ici, par exemple, il est impossible de savoir si l'eort YE représente l'action
du sol sur le pied de poteau ou l'inverse. En A la situation est encore plus ambigüe : XA , YA représentent-ils
l'action du sol sur l'articulation ? l'action de l'articulation sur le poteau (1) ou encore l'action du poteau (1)
sur le poteau (2) ? ?

Ce qu'il faut faire On retiendra la convention suivante : Il est interdit de représenter sur la même gure
le contexte d'un élément et les eorts transmis par ce contexte sur ledit élément :
 Lorsqu'un élément est représenté conjointement à son contexte (par exemple un poteau et le sol
S
sur lequel il repose) les actions de liaison élément↔contexte sont internes à l'ensemble {élément
contexte} et, en tant qu'eorts internes, ELLES NE DOIVENT PAS ÊTRE REPRÉSENTÉES.
 Lorsqu'un élément est disjoint de son contexte, les actions qu'exerce le contexte sur ledit élément
deviennent  visibles  en tant qu'eorts externes à l'élément ; ELLES DOIVENT DONC ÊTRE
REPRÉSENTÉES.
Pour isoler l'ensemble de la structure on adoptera la représentation 2.6.2(b). Le dessin de l'enveloppe (en
pointillé) ayant servi à isoler la structure est généralement omis
35 . L'enveloppe passe par les fondations. En
E cette assertion est parfaitement claire tandis qu'en A elle mérite d'être détaillée dans la mesure où deux
éléments de structure se joignent à la même articulation (gure 2.6.3).

Figure 2.6.3  En pied de poteau A (à droite), il faut bien préciser la région de passage de l'enveloppe utilisée
pour isoler la structure : intercepte-t-elle les poteaux (centre-haut) ou passe-t-elle juste dessous (centre-bas) ?
Selon le choix ce ne sont pas les mêmes inconnues de liaison qui émergeront. Bien sûr elles ne sont pas
indépendantes car liées par l'équilibre du n÷ud A (à gauche).

35. Les étudiant(e)s sont néanmoins encouragé(e)s à représenter l'enveloppe jusqu'à ce qu'elles/ils aient atteint la totale
autonomie et la pleine sécurité dans la conduite du calcul.
96 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Ayant choisi l'isolement de la gure 2.6.2 explicité en 2.6.3, on voit émerger 3 inconnues de liaison. A noter
que la direction et le sens de projection des composantes d'eort sont complètement arbitraires. Le dessin
2.6.2 vaut pour dénition des inconnues que le calculateur fait émerger dans son analyse : c'est la raison
pour laquelle les dessins et leur précision sont essentiels à la conduite du calcul
36 .

Actions de liaison en C La détermination des actions de liaison en C nécessite d'isoler une partie de la
structure grâce à une enveloppe passant par C . Comme C est le n÷ud de convergence de trois éléments il est
nécessaire de préciser quel(s) élément(s) va/vont être intercepté(s) par l'enveloppe utilisée pour l'isolement .

Figure 2.6.4  Faire passer l'enveloppe par C est ambigu. Il faut imposer un passage à proximité de C en
précisant bien quels éléments sont interceptés.

Examinons les possibilités présentées sur la gure 2.6.4 :

 (a) l'enveloppe passe par l'articulation en A et intercepte l'élément 4 en passant à droite et dans
la proximité immédiate de C : 3 actions de liaison émergent en tant qu'actions de l'extrémité C de
l'élément 4 sur la liaison C .
 (b) l'enveloppe passe par la fondation en E et intercepte, comme précédemment, l'élément 4 en
passant à droite et dans la proximité immédiate de C : 3 inconnues émergent en tant qu'actions de
la liaison C sur l'extrémité C de l'élément 4. Ces 3 actions sont opposées à celles que l'isolement (a)
avait mis en évidence en raison du théorème d'action-réaction.
 (c) l'enveloppe passe par la fondation en E et intercepte l'élément 2 et l'élément 3 en passant à gauche
et dans la proximité immédiate de C : 5 inconnues émergent en tant qu'actions des extrémités des
éléments 2 et 3 sur la liaison C. Ces 5 actions sont nouvelles. Cette enveloppe faisant apparaître 5
inconnues à la fois tout en proposant 3 équations de statique n'est pas judicieuse.

Actions de liaison en D La détermination des actions de liaison en D nécessite d'isoler une partie de la
structure grâce à une enveloppe passant par D.

36. Rappelons que le sens des èches ne préjuge absolument pas du sens réel d'application des eorts. Ces èches représentent
les vecteurs unitaires de projection des forces et non-pas les forces elles-mêmes (voir le chapitre liminaire page 37 à ce sujet).
2.6. APPROCHE  VECTORIELLE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 97

Figure 2.6.5  Diverses possibilités d'introduire les actions de liaisons en D.

2.6.3.3 Déroulement des calculs


Les calculs consistent à écrire les équations de l'équilibre des divers sous-ensembles isolés précédemment
(généralement, cette étude est faite conjointement à l'isolement des sous-ensembles).

Équations établies sur la base de la gure 2.6.2(b) :



 selon X : XA + F = 0  

 L
 selon Y : YA + YE − q × 2L + =0
2
   2
L 1 5L


 moment en A : YE × 2L + −F ×L− q =0


2 2 2
Donc :
XA = −F = −qL



 33
YE = qL
20
 17
qL2

 Y =
A
20

Équations établies sur la base de la gure 2.6.4(b) :

−XC4 = 0


 selon X :  
 L
−YC4 + YE − q × L +

 selon Y : =0
2
   2
L 1 3L


4
 moment en C : −CC + YE × L + − q =0


2 2 2
Donc :  4
 XC = 0

 4 3
YC = qL
20

 C4 = 27
qL2

C
20

Équations établies sur la base de la gure 2.6.5(c) :

4
selon X : −XD =0



 L
selon Y : −YD4 + YE − q ×=0

2  2

 4 L 1 L
 moment en C :
 −CD + YE × − q =0
2 2 2
98 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Donc :  4
 XD = 0

 4 13
YC = qL
20

 C4 = 7
qL2

D
10

2.6.3.4 Conclusions
 Choisir les sous-ensembles à isoler de sorte à faire émerger le moins d'inconnues de liaison possible à
la fois ;
 Être précis et non-ambigu quant aux intersections de l'enveloppement d'isolement avec la structure ;
 Exécuter les dessins de situation des sous-ensemble séparément et faire le bilan des eorts sur chaque
dessin ;
 Choisir des notations cohérentes pour la désignation des actions internes ;
 Choisir les axes de projections appropriés ;
 Pour chaque sous-ensemble on ne dispose que de trois équations de statiques ;
 Dans l'écriture du moment du torseur des forces agissant sur un sous-ensemble, choisir le point de
réduction par des considérations de simplicité des calculs ;

2.7 Approche  scalaire  de l'étude statique des structures


2.7.1 Principe des puissances virtuelles (PPV∗)
NDLA Il s'agit ici d'une présentation du principe des puissances virtuelles restreinte à l'étude des solides
indéformables. Une forme plus complète est présentée dans le chapitre qui est totalement dévolu à ce  prin-
cipe  (voir page 239). Bien que les structures de génie civil soient déformables, l'étude des assemblages
formés de solides (virtuellement) indéformables est pertinente s'agissant d'eectuer des calculs de statique
comme il est démontré ci-après.

2.7.1.1 Cas du solide indéformable isolé


Considérons un solide (S) indéformable soumis à un ensemble d'eorts caractérisé par son torseur {F}.
D'après le principe de Newton ( page 27) ce solide est en équilibre si le torseur {F} est le torseur nul.

Figure 2.7.1  Le solide (S) est en équilibre. Quel que soit le champ de vitesse instantané qu'on lui imprime,
la puissance des forces qui lui sont appliquées reste nulle.

Imprimons maintenant un champ de vitesse au solide (S) : c'est un champ de vitesse de solide indéformable
caractérisé par son torseur cinématique {C} 37 . Calculons la puissance des eorts appliqués à (S) dans ce
champ de vitesse. D'après le théorème page 57, cette puissance est égale au comoment des deux torseurs,
soit :
Pe = {F} ⊗ {C} = {0} ⊗ {C} = 0

La puissance Pe des forces  extérieures  est donc nulle et, ce, quelque soit le champ de vitesse instantané
subi par le solide indéformable.

37. Un champ de vitesse de solide est dit  rigidiant .


2.7. APPROCHE  SCALAIRE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 99

On peut donc envisager toutes sortes de torseurs interprétables en tant que champ de vitesse rigidiant
38
que l'on dénomme  champ de vitesse virtuelle . Les puissances correspondantes tout aussi imaginaires
prennent le nom de  puissances virtuelles  de sorte que l'on puisse énoncer :

Théorème 73. Un solide indéformable est en équilibre si et seulement si la puissance virtuelle des eorts
qu'il subit est nulle dans tout champ de vitesse virtuelle.

Equilibre de (S) : {F} = {0} ⇔ Pe? (F) = {F} ⊗ {C} = 0 ∀ {C ? }

Notation Par la suite les quantités virtuelles sont étoilées : u? est ainsi la grandeur virtuelle de type u
?
(par exemple une composante virtuelle de vitesse), {C } un champ de vitesse rigidiant virtuel déni par
son torseur et P? désigne une puissance virtuelle.

2.7.1.2 Cas d'un assemblage de solides indéformables


Par la suite nous considèrerons des assemblages de solides indéformables liés entre eux et au sol par des
liaisons parfaites (Ÿ.2.4.5.3).

Considérons l'assemblage (S) de n solides indéformables (Si ) :

n
[
(S) = (Si )
i=1

Considérons un champ de vitesse virtuel u ? } déni sur (S). Nous ne considèrerons ici que des champs
{→

de vitesse rigidiants par solide : Aucun solide (Si ) ne subit de déformation virtuelle et sur chacun d'eux
le champ {→

u ?i } est continu.

Il nous faut considérer deux situations :


1. Le champ de vitesse virtuelle est cinématiquement admissible (CA) ; auquel cas il respecte les condi-
tions de liaison et d'appui (gure de la présente page).

Figure 2.7.2  L'assemblage (S) est constitué par 3 barres rigides. Dans le cas présent, cet assemblage
forme un mécanisme à deux degrés de liberté : tout champ de vitesse virtuel cinématiquement admissible
résulte de la combinaison de deux champs de vitesse indépendants formant une  base . Ici, par exemple,
{~u3 } = λ {~u1 } + µ {~u2 }. Le champ de vitesse instantané est ainsi totalement caractérisé par la donnée de
deux paramètres scalaires λ et µ.

2. Le champ de vitesse virtuelle n'est pas CA : des discontinuités de vitesse [∆→



u ?k ] peuvent alors vir-
tuellement apparaître aux n÷uds d'assemblage Ak .

Figure 2.7.3  Illustration de champs de vitesse virtuels non cinématiquement admissibles. Certaines liai-
sons, voire les appuis, ne sont pas  respectés  bien que sur chaque solide pris séparément, le champ de
vitesse soit rigidiant.

38. En fait il n'est pas indispensable d'assimiler le torseur {C} en tant que champ de vitesse ; il s'agit simplement d'un usage
permettant d'introduire les grandeurs scalaires en tant que puissances virtuelles.
100 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Évaluons la puissance virtuelle des eorts s'exerçant sur l'ensemble des parties (Si ) composant (S) : c'est la
somme des puissances virtuelles des eorts s'exerçant sur chaque partie :

n
X
Pe? = Pe? (Sk )
k=1

A son tour, évaluons la puissance virtuelle des eorts s'exerçant sur (Sk ) : c'est la somme des puissances des
forces extérieures agissant directement sur (Sk ) que nous noterons {Fk } et des forces d'interaction avec les
solides voisins notées {Ij7→k } ou avec le sol notées {I07→k } .

Figure 2.7.4  Illustration des actions extérieures et des interactions entre solides au sein d'un mécanisme.

 Désignons par {Ck∗ } le torseur cinématique du champ des vitesses virtuelles déni sur le solide (Sk ).
 Désignons par Ajk le n÷ud d'assemblage des solides (Sj ) et (Sk ) , lieu des interactions {Ij7→k }  et
donc {Ik7→j }  entre ces deux solides.

Alors :
 La puissance virtuelle des forces extérieures {Fk } est égale à :

Pe? (Sk ) = {Fk } ⊗ {Ck∗ }


le point de réduction de ces torseurs importe peu. Il est d'usage, quand c'est possible, de remplacer
{Fk } par un glisseur et de réduire {Ck∗ } au point d'application de ce glisseur ;
 La puissance virtuelle des forces d'interaction, notée Pi? (Sk ) est égale à :
X
Pi? (Sk ) = {Ij7→k } ⊗ {Ck∗ }
Akj

de nouveau le point de réduction des torseurs est indiérent puisque le comoment est un invariant. Il
peut être choisi librement pour chaque interaction : nous décidons de réduire chaque torseur d'inter-
action au n÷ud Akj à l'interface entre (Sk ) et son voisin (Sj ) (ou le sol). De sorte que :
X
Pi? (Sk ) = {Ij7→k }Akj ⊗ {Ck∗ }Akj
Akj

 Le solide (Sk ) étant en équilibre statique, la somme des puissances virtuelles Pe? (Sk ) + Pi? (Sk ) est
nulle : X
{Fk } ⊗ {Ck∗ } + {Ij7→k }Akj ⊗ {Ck∗ }Akj = 0 (2.7.1)
Akj

 Sommons l'équation 2.7.1 à l'ensemble des n solides :


 
n
X n
X X
({Fk } ⊗ {Ck∗ }) +  {Ij7→k }Akj ⊗ {Ck∗ }Akj  = 0 (2.7.2)
k=1 k=1 Akj

 La première somme représente la puissance virtuelle de l'ensemble des forces extérieures agissant
sur (S) :
n
X
Pe? (S) = ({Fk } ⊗ {Ck∗ }) (2.7.3)
k=1
2.7. APPROCHE  SCALAIRE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 101

 les termes de la seconde somme peuvent être regroupés deux à deux pour ce qui concerne les
interactions entre deux solides. En eet au n÷ud Akj nous aurons la somme des deux termes :

Pi? (Akj ) = {Ij7→k }Akj ⊗ {Ck∗ }Akj + {Ik7→j }Akj ⊗ Cj∗ A



kj

or, par application du théorème d'action-réaction :

{Ij7→k }Akj = − {Ik7→j }Akj

par conséquent :
h  i
Pi? (Akj ) = {Ij7→k }Akj ⊗ {Ck∗ }Akj − {Ij7→k }Akj ⊗ Cj∗ A = {Ij7→k }Akj ⊗ {Ck∗ }Akj − Cj∗ A

kj kj

que nous noterons :


 ∗
Pi? (Akj ) = {Ij7→k }Akj ⊗ ∆Ckj A kj

Les termes qui ne se regroupent pas concernent les interactions avec le sol (les  réactions ) et
donnent :
{I07→k }Akj ⊗ {Ck∗ }Akj
qui n'est autre que la puissances des réactions agissant sur l'élément (Sk ).
 La sommation des termes précédents donne donc :
 
n
X   ∗ ∗

 {Ij7→k }
Akj ⊗ ∆Ckj Akj + {I07→k }Akj ⊗ {Ck }Akj  (2.7.4)


k=1 | {z } | {z }
interactions entre solides réactions avec le sol

 En n de compte la somme des termes apparaissant aux relations 2.7.3 et 2.7.4 est nulle et, par
conséquent :

n
X n 
X 
({Fk } ⊗ {Ck∗ })
 ∗
+ {Ij7→k }Akj ⊗ ∆Ckj A
+ {I07→k }Aksol ⊗ {Ck∗ }Aksol = 0
kj
k=1 k=1
| {z } | {z }
puissance virtuelle des f orces extérieures puissance virtuelle des f orces intérieures
(2.7.5)
Dans l'équation ci-dessus la puissance des forces d'interaction et des réactions d'appui sont  internes  au
système formé par le sol et l'assemblage (S) ; elle est donc appelée  puissance virtuelle des forces intérieures .
On énonce ainsi le théorème des puissances virtuelles
39 :

Théorème 74. PPV∗ : Soit un mécanisme (S) en équilibre sous l'action de forces extérieures {F}. Soit
{→

u ∗} un champ de vitesse virtuel rigidiant par solide, cinématiquement admissible ou non. La puissance

−∗
virtuelle des eorts extérieurs ajoutée à la puissance virtuelle des eorts intérieurs est nulle pour tout { u }
.

La puissance virtuelle des forces extérieures est donnée par :

n
X
Pe? = ({Fk } ⊗ {Ck∗ })
k=1

La puissance virtuelle des forces intérieures d'interaction (on dit de liaison) est donnée par :

X  ∗
Pil? = {Ij7→k }Akj ⊗ ∆Ckj A kj
Akj

La puissance virtuelle des réactions est donnée par :

X

Pir = {I07→k }Aksol ⊗ {Ck∗ }Aksol
Aksol
39. On dit aussi  principe  des puissances virtuelles.
102 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

2.7.1.3 Cas du champ de vitesse virtuelle cinématiquement admissible


Si le champ de vitesse virtuelle respecte les liaisons et que, d'autre part les liaisons sont parfaites alors
d'après l'équation 2.4.1, les puissances virtuelles des eorts internes de liaison et de réaction sont nulles. Par
conséquent la relation 2.7.5 se réduit en :

n
X
Pe? = ({Fk } ⊗ {Ck∗ }) = 0
k=1

Cette équation est à la base du calcul de statique.

2.7.1.4 Exemples
Dans les exemples qui suivent, on se propose d'étudier les conditions d'équilibre de mécanismes. Pour cela
on envisage des champs de vitesse virtuels rigidiants sur chaque barre et cinématiquement admissibles.

J1I Mécanisme à 1DDL Voir la gure 2.7.5(a). Le mécanisme est formé de trois barres rigides de
longueur L articulées entre elles et avec le sol. Il est soumis (1) à une force répartie q agissant transversalement
à l'élément [AB] et (2) à une force concentrée F agissant horizontalement en C .

Question : à quelle condition portant sur q et F le mécanisme est-il en équilibre statique ?

champ de vitesse virtuelle Le mécanisme comporte quatre articulations et trois barres : c'est un méca-
nisme à un seul degré de liberté. De ce fait tout champ de vitesse virtuel rigidiant par barre est totalement
déni par un paramètre scalaire unique. Le champ de vitesse virtuel (représenté en vert sur le mécanisme)
est choisi de sorte que la vitesse de translation de la traverse soit unitaire (valeur arbitraire) : u∗ = 1. Les
1
vitesses virtuelles de rotation des barres verticales sont égales à ω1∗ = ω3∗ = − , celle de la traverse étant

L
nulle : ω2 = 0.

puissance virtuelle des forces extérieures Le mécanisme étant en équilibre, la puissance virtuelle des
forces extérieures dans un champ de vitesse virtuelle cinématiquement admissible est nulle. Calculons-en les
termes.
 La puissance virtuelle de la force répartie est égale au comoment du torseur équivalent à cette force par


le torseur cinématique de la barre [1] = [AB]. La résultante des forces est égale à qL X et le moment

− 1 2
en A (porté par Z ) est égal à MA = − qL . Les éléments de réduction du torseur cinématique en A

2
sont : vitesse virtuelle de rotation ω1 et vitesse virtuelle de l'appui A nulle. Par conséquent :

 qL→ −
   
X  1→ − 
1
− Z

Pe? (q) = 1 2→ − ⊗ →
−L = qL
 − qL Z   0  2
2 A A

ce résultat ne dépend pas du point de réduction ; il aurait aussi été obtenu plus simplement en
remplaçant la répartition d'eort par un glisseur de résultante qL, cette dernière étant multipliée par
1
la vitesse du point d'application (ici le milieu de A et de B) soit . Nous adopterons cette méthode
2
par la suite.
 La puissance de la force concentrée appliquée en C est égale au produit scalaire de la force par la
vitesse virtuelle du point d'application, soit :

Pe? (F ) = −F

 En n de compte la puissance virtuelle des forces extérieures vaut :

1
Pe? = qL × −F ×1=0
2
2.7. APPROCHE  SCALAIRE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 103

condition d'équilibre L'équation précédente montre que le mécanisme est en équilibre si et seulement
si :
1
F = qL
2

Figure 2.7.5  Étude des conditions permettant l'équilibre de mécanismes à 1 degré de liberté.

J 2 I Autre mécanisme à 1DDL Voir la gure 2.7.5(b). Cet exemple est de même nature que le
précédent ; la  diculté , s'il en est, résidant dans la détermination du champ de vitesse virtuelle. Voir la
technique de l'épure cinématique pour la détermination des champs de vitesse virtuels (Ÿ.1.6.5, page 52).

Le mécanisme est formé de trois barres rigides articulées entre elles et avec le sol. Il est soumis (1) à une
force répartie q agissant transversalement à l'élément [AB], (2) à une force répartie linéairement croissante
de valeur maximale égale à q transversale à [BC] et (3) à un couple concentré C agissant au milieu de [CD].
Question : à quelle condition portant sur q et C le mécanisme est-il en équilibre statique ?

champ de vitesse virtuelle Le mécanisme comporte quatre articulations et trois barres : c'est donc
un mécanisme à un seul degré de liberté. Le champ de vitesse virtuel est choisi de sorte que la vitesse de
translation du n÷ud C soit unitaire (valeur arbitraire) : u∗ = 1. Les vitesses virtuelles de rotation des barres
1 1
verticales sont égales à ω1∗ = ω3∗ = − , ∗
celle de la traverse étant : ω2 = + .
L 2L


− →
− 1→ − 5
La vitesse virtuelle du n÷ud B est u ∗B = X − Y de module égal à ; elle est perpendiculaire à la barre
√ 2 2
5
[AB], de longueur L, qui se trouve être en rotation autour du n÷ud A.
2

puissance virtuelle des forces extérieures √


5
 La force répartie agissant sur [AB] est remplacée par son glisseur d'intensité qL. La vitesse du
√ 2
1 5
point d'application est égale à la demi-vitesse de B soit : × . Par conséquent :
2 2
5
Pe? (AB) = qL
8
1
 La force  triangulaire  agissant sur [BC] est remplacée par son glisseur d'intensité qL. Le point
2
d'application est situé aux deux tiers de la longueur. La vitesse de ce point est donc égale à :
   
1→− 2− ∗ 1 →− 1→− 2 →
− →
− 1→−
u ∗B + →uC = X− Y + ×X =X− Y
3 3 3 2 3 6

par conséquent, la puissance virtuelle de la force triangulaire vaut :

" # " #
0 1 1 1 1
Pe? (BC) = 1 · 1 = 0 + qL × = qL
− qL − 2 6 12
2 6
104 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

 La puissance du couple concentré agissant sur la barre [CD] est égale au produit du couple C par la
vitesse virtuelle de rotation de la barre, soit :

−1
Pe? (CD) = C ×
L
 En n de compte la puissance virtuelle des actions extérieures vaut :

5 1 C
Pe? = qL + qL −
8 12 L

condition d'équilibre Le mécanisme est en équilibre si et seulement si la puissance des actions extérieures
est nulle et donc si :
17 2
C= qL
24

J3I Mécanisme à 2DDL Dans l'exemple proposé à la gure 2.7.6, le mécanisme étudié est un mé-
canisme à 2 degrés de liberté ; il s'agit en eet d'un assemblage de quatre barres rigides articulées en cinq
n÷uds
40 .

Question : quelles sont les deux conditions que doivent satisfaire les actions extérieures pour que ce méca-
nisme soit en équilibre dans la conguration initiale ?

Figure 2.7.6  Étude des conditions permettant l'équilibre d'un mécanisme à 2 degrés de liberté. A gauche
un champ de vitesse virtuel antisymétrique et, à droite, un champ de vitesse virtuel symétrique. Ces deux
champs de vitesse forment une  base  à partir de laquelle tout autre champ de vitesse peut être déduit par
simple combinaison linéaire.

cinématique Le mécanisme ayant 2 DDL, tout champ de vitesse virtuel CA est la combinaison de 2
champs indépendants. Il faut donc choisir ces champs de vitesse virtuels, ce qui est fait gure 2.7.6 où, à
gauche, le champ de vitesse {→

u ∗1 } est antisymétrique et, à droite, {u∗2 } est symétrique. Ces champs de base
sont caractérisés ci-dessous.

{u∗1 } {u∗2 }


− →
− −∗ →
− −∗ →
− →
− −∗ →
− −∗ 3→−
u ∗B = + X →
u D = +X →
u C = +X →
−u ∗B = − X → u D = +X → uC =− Y
2
1 1 1 3 3 1
ω1∗ = − ω2∗ = ω3∗ = 0 ω4∗ = − ω1∗ = + ω2∗ = − ω3∗ = + ω4∗ = −
L L L 2L 2L L
40. Nous comptons en eet 4 × 3 = 12 équations de statique pour 5 × 2 = 10 inconnues de liaison. Ce qui signie que
l'assemblage est un mécanisme à 2 degrés de liberté ou que, ce qui revient au même, qu'il ne peut être en équilibre qu'à la
condition que les actions extérieures satisfassent 2 conditions.
2.7. APPROCHE  SCALAIRE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 105

puissance virtuelle des forces extérieures Elle est calculée pour chaque action et pour chaque champ
de vitesse virtuel ci-dessous.

{u∗1 } {u∗2 }

n÷ud B Pe? (B) = F × 1 = F Pe? (B) = F × −1 = −F

milieu de 1 1 1 1
Pe? (DE) = −H × =− H Pe? (DE) = −H × =− H
DE 2 2 2 2
 

− → − ? →
− 1 →
− 3→− 3
barre BC Pe? (BC) = −qL Y × X = 0 Pe (BC) = −qL Y × − X − Y = + qL
2 2 4
 

− → − →
− 1 3→− → − 3
barre CD Pe? (CD) = −qL Y × X = 0 Pe? (CD) = −qL Y × − Y − X = + qL
2 2 4
1 1 3
TOTAL I F− H=0 −F − H + qL = 0
2 2 2

conditions d'équilibre Les puissances virtuelles des forces extérieures sont nulles dans les deux champs
de vitesse virtuels CA, donc
41 :

2F − H = 0
(2.7.6)
−2F − H + 3qL = 0

Par conséquent il faut deux conditions sur le chargement extérieur :

3 3
H = + qL et F = + qL
2 4

2.7.2 Méthodologie d'application du PPV∗ aux structures isostatiques


2.7.2.1 Pourquoi employer le PPV∗ pour l'étude statique des structures ?
Alors que la voie vectorielle de l'étude de l'équilibre d'une structure est appropriée lorsque le but du calcul
est la détermination de l'ensemble des actions de liaison, elle devient trop lourde si une partie de celles-ci
seulement doit être calculée. Comme il sera montré ci-après, la voie scalaire est plus sélective et permet
davantage de cibler précisément ses objectifs de calculs.

2.7.2.2 Mécanisme associé à une structure isostatique


Dénition 75. (S) tout mécanisme (S ∗ ) virtuel
On appelle  mécanisme associé  à une structure isostatique
ayant la même géométrie que la structure (S), soumis aux même actions extérieures {F} et se trouvant dans
le même état d'équilibre statique.

Remarque 76. Il y a pluralité de mécanismes associés à une structure donnée.

Obtention d'un mécanisme associé Pour passer d'une structure isostatique (S) à un mécanisme (S ∗ )
on procède par suppression ou modication de liaisons. Si la liaison aectée libère une seule action de liaison,
le mécanisme obtenu est un mécanisme à 1 DDL. De façon générale, le mécanisme comportera autant de
DDL que la suppression/transformation des liaisons aura libéré d'actions de liaison.

Naturellement, le mécanisme ainsi obtenu n'est pas en équilibre sous l'inuence des actions extérieures {F} ;
pour rétablir l'équilibre il faut  compenser  la modication des liaisons en appliquant des eorts auxiliaires
au mécanisme : ces eorts auxiliaires ne sont autres que les actions de liaisons de la structure (S) qui ont
été libérées.

Par conséquent l'obtention d'un mécanisme associé à partir d'une structure isostatique procède en deux
étapes :

41. A noter que toute autre condition obtenue avec un champ de vitesse virtuel rigidiant et cinématiquement admissible
u∗1 u∗2
 
diérent de ou de ne serait autre qu'une combinaison linéaire des deux relations obtenues en 2.7.6.
106 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

1. Suppression ou modication de liaison(s) ;

2. Application d'eorts équivalents aux actions de liaison libérées.

Voir l'exemple de la gure 2.7.7.

Dénition 77. On appelle  inconnue isostatique  une action de liaison libérée par la suppression ou la
modication d'une liaison.

En règle générale on s'attache à n'introduire qu'une seule inconnue isostatique à la fois : pour cela il sut
de s'assurer que le mécanisme (S ∗ ) dérivé de (S) ne comporte qu'un seul DDL.

Remarque 78. C'est le choix du mécanisme isostatique qui fait émerger les inconnues isostatiques. Contrai-
rement à la formulation vectorielle où, à chaque étape d'isolement, les inconnues de liaison s'imposent plus
ou moins au projeteur, la formulation scalaire dont il est question ici permet de choisir de façon très sélective
l'inconnue ou les inconnues dont la valeur est cherchée.

Figure 2.7.7  Exemple d'une structure isostatique et de deux mécanismes associé. Le mécanisme 1 est
obtenu en transformant la tête de poteau par une articulation et en 'compensant' par ré-application de
l'action libérée, en l'occurrence un moment. Le mécanisme 2 est réalisé en transformant l'articulation de
pied de poteau par un appui simple combiné avec la réaction horizontale libérée. En ligne pointillée est gurée
le champ de vitesse dans la conguration initiale.

2.7.2.3 Logigramme d'étude

Le logigramme est particulièrement sommaire pour une ecacité de résultat optimale :

1. Partant d'une structure isostatique (S) on choisit un mécanisme associé (S ∗ ) ; le choix du mécanisme
est déterminé par la ou les actions de liaison cherchées, celles-là mêmes qui sont libérées par la
modication de la ou des liaisons ;

2. Caractériser le champ de vitesse virtuel {u∗ } de (S ∗ ) ; si le mécanisme présente plusieurs DDL, opérer
de sorte à dégager autant de champs de vitesse virtuels indépendants qu'il y a de DDL ;

3. On applique le PPV∗ au mécanisme (S ∗ ) dans son propre champ de vitesse virtuel {u∗ } : on obtient
une équation qui détermine l'inconnue isostatique. Si le mécanisme comporte plusieurs DDL, on
obtient une relation entre les inconnues isostatiques ; il faut alors répéter l'opération avec autant de
champs de vitesse virtuels qu'il y a d'inconnues à déterminer.

2.7.3 Exemples
2.7.3.1 Portique à jambage

On étudie la structure de la gure 2.7.8 (à gauche) ayant fait l'objet du paragraphe 2.6.3. Il a déjà été montré
que cette structure est isostatique. On se donne comme objectif de calculer des actions de liaison choisies.
2.7. APPROCHE  SCALAIRE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 107

Figure 2.7.8  Exemple de structure isostatique à gauche (idem 2.6.1). Mécanisme associé (à droite) obtenu
en transformant la liaison rigide en D par une articulation et en 'compensant' par ré-application de l'action
libérée. Ce mécanisme présente un seul degré de liberté.

Calcul de CD Soit à calculer le moment de liaison en D. On notera CD (ou


4
CD ) le moment de liaison
qu'exerce la poutre [DE] sur la poutre [BCD] en D. Insérons une articulation virtuelle en D de sorte à
transformer la structure isostatique (S) en un mécanisme associé (S1∗ ) comme le montre la gure 2.7.8 à
droite. Ce mécanisme ne présente qu'un seul DDL : il est composé de deux solides virtuels : celui formé par
l'ensemble {1 + 2 + 3 + 4} et celui formé par le jambage {5}. Le champ de vitesse virtuelle du mécanisme
dans la conguration initiale peut être totalement caractérisé par son épure cinématique (gure 2.7.9). On
xe arbitrairement la valeur d'une composante de vitesse, par exemple : UB∗ = 1.

Figure 2.7.9  Épure cinématique du champ de vitesse du mécanisme (S1∗ ).

Dans le plan de situation on voit que l'angle que fait la direction (AD) avec l'horizontale est égal à α tel que
1
tan α = , c'est aussi l'angle que fait le jambage [DE] avec la verticale.
2
Dans l'épure cinématique (voir les règles de construction au Ÿ.1.6.5) on établit des relations dans des triangles
rectangles :
ab
= tan α ⇒ bd = 2 × ab ⇒ VD∗ = −2
bd
ab π
= tan ⇒ bc = ab ⇒ VC∗ = −1
bc 4
bd
= tan α ⇒ be = 2 × bd = 4 ⇒ ae = 5 ⇒ UE∗ = +5
be
D'où l'on déduit les vecteurs vitesse virtuelle dans le repère global :
         

−∗ 0 →
−∗ 1 →
−∗ 1 →
−∗ 1 →
−∗ 5
UA = UB = UC = UD = UE =
0 0 −1 −2 0
108 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Nous aurons besoin des vitesses de rotation de part et d'autre du n÷ud D :

VD∗− VC∗1 VE∗


− VD∗ 4
ω4∗ = =− ω5∗ = =+
XD − XB L XE − XD L

Calculons la puissance virtuelle des actions extérieures agissant sur le mécanisme (S1∗ ) dans son propre champ
de vitesse virtuel :
Pe? (F ) puissance virtuelle de la force concentrée agissant en B:

− →

Pe? (F ) = F X × V ∗B = qL
Pe? (q34 ) puissance virtuelle de la force répartie agissant sur [BCD] :

− 1 →
 −∗ →
− 
Pe? (q34 ) = −2qL Y × V B + V ∗D = 2qL
2
Pe? (q5 ) puissance virtuelle de la force répartie agissant sur[DE] :
1 → − 1 →
 −∗ →
−  1
Pe? (q5 ) = − qL Y × V D + V ∗E = qL
2 2 2
Pe? (CD ) puissance virtuelle du moment de liaison en D (deux termes) :
 
? ∗ ∗ 1 4 CD
Pe (CD ) = +CD ω4 − CD ω5 = CD − − = −5
L L L
Principe des puissances virtuelles :
ΣPe? = 0
par conséquent :
1 CD 7
qL + 2qL + qL − 5 =0 ⇒ CD = + qL2
2 L 10
résultat qui a déjà été établi par la voie vectorielle au Ÿ.2.6.3.3.

Calcul de N2 Soit à calculer l'eort de traction-compression régnant dans la barre de contreventement


[AC].
Supprimons virtuellement [AC] pour générer un mécanisme virtuel associé (S2∗ ) de la gure 2.7.10.

Figure 2.7.10  Mécanisme (S2∗ )et son épure cinématique.

Ce mécanisme est formé par deux solides virtuels {1} et {3 + 4 + 5}, ce dernier se trouvant être en translation
dans la direction horizontale. Le champ de vitesse est très rapidement établi comme suit :
   

−∗ 0 →
−∗ →
− →
− →
− 1
UA = U B = U ∗C = U ∗D = U ∗E =
0 0

En l'absence de couple appliqué au mécanisme, il n'est nul besoin d'évaluer les vitesses virtuelles de rotation.
Calculons la puissance des eorts :
2.7. APPROCHE  SCALAIRE  DE L'ÉTUDE STATIQUE DES STRUCTURES 109

Pe? (F ) puissance virtuelle de la force concentrée agissant en B:



− →

Pe? (F ) = F X × V ∗B = qL
Pe? (q) puissance virtuelle de la force répartie agissant sur le solide virtuel {3 + 4 + 5} :

5 →− → −
Pe? (q) = − qL Y × X = 0
2
Pe? (N2 ) puissance virtuelle de l'eort de traction dans la barre [AC] (deux termes) :

− →

Pe? (F ) = N2 →

x 2 × V ∗A − N2 →

x 2 × V ∗C



x2 désigne le vecteur directeur unitaire de la barre [AC] soit :


− 1 → − →
−
x2 = √ X + Y
2
par conséquent :
1
Pe? (F ) = − √ N2
2
Principe des puissances virtuelles :
ΣPe? = 0
par conséquent :
1 √
qL − √ N2 = 0 ⇒ N2 = + 2qL
2

2.7.3.2 Poutre isostatique


Examinons la poutre isostatique de la gure 2.7.11

Figure 2.7.11  Poutre isostatique.

Déterminons des actions de liaison par application du PPV∗ dans des champs de vitesse virtuels rigidiant
par morceau choisis en fonction des objectifs (gure 2.7.12).

Figure 2.7.12  Poutre isostatique et 3 champs de vitesses virtuels associés.

Détermination de CB - champ de vitesse {u∗1 }


CB = couple de liaison à l'extrémité B de (1).
 introduction d'une articulation virtuelle en B;
∗ 1
 choix du paramètre cinématique VA =1 et donc ω1∗ = −
L
1
 puissance de la force répartie : Pe? (q) = − qL
2
? ∗ CB
 puissance du couple de liaison : Pe (CB ) = CB × ω1 = −
L
 PPV∗ :
1
Pe? (q) + Pe? (CB ) = 0 ⇒ CB = − qL2
2
110 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Détermination de CC - champ de vitesse {u∗2 }


CC = couple de liaison à l'extrémité C de (2).
 introduction d'une articulation virtuelle en C;
∗ 1 1
 choix du paramètre cinématique VC =1 et doncω1∗ = ω2∗ = + et ω3∗ = −
L L
? ? 1
 puissance de la force répartie : Pe (q12 ) = 0 et Pe (q3 ) = − qL
2
? ∗ ∗ CC
 puissance du couple de liaison : Pe (CC ) = CC × ω2 − CC × ω3 = +2
L
 PPV∗ :
1
Pe? (q12 ) + Pe? (q3 ) + Pe? (CC ) = 0 ⇒ MB = + qL2
4

Détermination de TC - champ de vitesse {u∗3 }


TC = force transversale de liaison à l'extrémité C de (2).
 articulation virtuelle en B + coupure virtuelle en C → mécanisme à 3 DDL ;
∗ ∗ ∗ 1
 choix de trois paramètres cinématiques VA = 0, VC2 = +1, VC3 = −1 et donc ω1∗ = 0, ω2∗ = + et
L
1
ω3∗ = +
L
1 1
 puissance de la force répartie : Pe? (q1 ) = 0 , Pe? (q2 ) = − qL et Pe? (q3 ) = + qL
2 2
? ∗ ∗ CB 1
 puissance du couple de liaison en B : Pe (CB ) = CB × ω1 − CB × ω2 = − = + qL
? ∗ ∗
L 2
 puissance du couple de liaison en C : Pe (CC ) = CC × ω2 − CC × ω3 = 0
? ∗ ∗
 puissance de la force transversale de liaison en C : Pe (TC ) = TC × VC2 − TC × VC3 = 2 × TC
 PPV∗ :
1
Pe? (q1 ) + Pe? (q2 ) + Pe? (q3 ) + Pe? (CB ) + Pe? (CC ) + Pe? (TC ) = 0 ⇒ TC = − qL
4

2.7.4 Conclusion
La détermination d'une action de liaison dans une structure isostatique par l'emploi du PPV∗ passe par la
dénition d'un mécanisme virtuel associé choisi selon l'action de liaison à calculer. Le mécanisme virtuel est
obtenu par modication des liaisons  naturelles  de l'ossature étudiée ; il peut idéalement ne comporter
qu'un seul DDL mais peut en avoir davantage. L'opérateur choisit autant de paramètres cinématiques que
le mécanisme comporte de DDL pour la dénition d'un champ de vitesse virtuelle.

Le choix judicieux d'un mécanisme virtuel et du champ de vitesse virtuel associé permet de  cibler  exac-
tement ses objectifs de calcul. Par exemple la détermination d'un couple de liaison s'eectue par l'insertion
d'une articulation virtuelle là où le couple est recherché. L'application du PPV∗ donne alors une équation
à une seule inconnue : celle que l'on a choisie. Le calcul n'est pas encombré d'autres inconnues comme cela
serait le cas en suivant la voie vectorielle abordée plus haut. On peut ainsi mieux cibler son objectif : un
couple, un eort transversal voire une réaction d'appui et obtenir exactement et uniquement la grandeur
cherchée.

S'il est illusoire de chercher à résoudre une structure hyperstatique à l'aide seule d'équations de statique,
il est permis de déterminer les relations de dépendance existant entre les sollicitations. Par exemple si
l'on considère qu'une structure hyperstatique d'ordre h comporte n inconnues statiques (par exemple des
moments échissants), l'application du PPV∗ à la structure dans des champs de vitesse virtuelle rigidiant
par morceau judicieusement choisis permettra de déterminer n−h relations entre ces n inconnues.

2.8 Étude des structures symétriques


2.8.1 Dénitions
2.8.1.1 Structure symétrique
Une structure plane est symétrique s'il existe un axe (le plus souvent vertical, ce que nous supposerons par
la suite) OY tel que la géométrie, la répartition des inerties, les liaisons soient identiques de part et d'autre
de OY ; ce dernier est appelé  axe de symétrie .
2.8. ÉTUDE DES STRUCTURES SYMÉTRIQUES 111

Dénition 79. (S) symétrique par rapport à OY , alors si P (X, Y ) ∈ (S) ⇒ P 0 (−X, Y ) ∈ (S) ∀P ET
si A (X, Y ) est une liaison A (−X, Y ) est une liaison de même nature.

Figure 2.8.1  Structure présentant un plan de symétrie.

2.8.1.2 Chargement symétrique

Une action extérieure agissant en un point P de la structure (S) est soit ponctuelle et dénie par ses
composantes FX FY et C dans le repère global {OXY Z}, soit répartie et dénie par ses composantes qX
qY et µ.

Dénition 80. Un chargement est appelé  chargement symétrique  si :

 FX (P 0 ) = −FX (P )

* FY (P 0 ) = +FY (P )
0
 C (P 0 ) = −C (P )

{Fsym } ∀P, P 0 ∈ (S) avec P, P 0 symétriques
 qX (P ) = −qX (P )
qY (P 0 ) = +qY (P )
µ (P 0 ) = −µ (P )

Les forces horizontales et les couples agissant en deux points symétriques sont opposés et les forces verticales
identiques (gure 2.8.2.a).

2.8.1.3 Chargement antisymétrique

Comme précédemment, une action extérieure agissant en un point P de la structure (S) est soit ponctuelle
et dénie par ses composantes FX FY et C dans le repère global {OXY Z}, soit répartie et dénie par ses
composantes qX qY et µ.

Dénition 81. Un chargement est appelé  chargement antisymétrique  si :-

 FX (P 0 ) = +FX (P )

* FY (P 0 ) = −FY (P )
0
 C (P 0 ) = +C (P )

{Fanti } ∀P, P 0 ∈ (S) avec P, P 0 symétriques
 qX (P ) = +qX (P )
qY (P 0 ) = −qY (P )
µ (P 0 ) = +µ (P )

Les forces horizontales et les couples agissant en deux points symétriques sont identiques et les forces verticales
opposées (gure 2.8.2.b).
112 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Figure 2.8.2  Chargement symétrique (à gauche) et chargement antisymétrique (à droite).

2.8.2 Propriétés
2.8.2.1 Chargement symétrique {Fsym }

On considère une structure symétrique symétriquement chargée. Les actions de liaison sont donc également
symétriques. Cette assertion est vériée dans le plan même de symétrie où par ailleurs le théorème d'action-
réaction s'applique (gure 2.8.3).

Par conséquent, dans le plan de symétrie :


 N
T =0 l'eort de liaison parallèle au plan de symétrie est nul.
M

A noter que si la liaison située dans le plan de symétrie est initialement relaxée, alors le moment dans le
plan de symétrie est nul également.

Figure 2.8.3  Dans le plan de symétrie d'une structure symétrique symétriquement chargée, les eorts de
liaison parallèles à l'axe de symétrie Y sont nuls. Tout se passe comme si l'on avait remplacé une demi-
structure par des glissières.

Point de vue cinématique Le champ de déplacement d'une structure symétrique symétriquement chargé
est symétrique :
 U (P 0 ) = −U (P )

V (P 0 ) = +V (P ) =⇒ U (P ) = 0 dans le plan de symétrie


Ω (P 0 ) = −Ω (P )

2.8.2.2 Chargement antisymétrique {Fanti }

On considère une structure symétrique antisymétriquement chargée. Les actions de liaison sont donc égale-
ment antisymétriques. Cette assertion est vériée dans le plan même de symétrie où par ailleurs le théorème
d'action-réaction s'applique (gure 2.8.4).
2.8. ÉTUDE DES STRUCTURES SYMÉTRIQUES 113

Par conséquent, dans le plan de symétrie :


 N =0
T l'eort de liaison perpendiculaire au plan de symétrie est nul ainsi que le couple de liaison.
M =0

Figure 2.8.4  Dans le plan de symétrie d'une structure symétrique antisymétriquement chargée, les couples
de liaison et les eorts de liaison perpendiculaires à l'axe de symétrie Y sont nuls. Tout se passe comme si
l'on avait remplacé une demi-structure par des appuis simples.

Point de vue cinématique Le champ de déplacement d'une structure symétrique antisymétriquement


chargé est antisymétrique :

 U (P 0 ) = +U (P )

V (P 0 ) = −V (P ) =⇒ V (P ) = 0 dans le plan de symétrie


Ω (P 0 ) = +Ω (P )

En conclusion, on voit que la symétrie ou l'antisymétrie du chargement se traduit par la parité ou l'imparité
des fonctions descriptives des actions de liaisons et du champ de déplacement.

2.8.3 Décomposition d'un chargement quelconque


Considérons une structure symétrique soumise à un chargement quelconque
n {F}
0
. Au point P ∈ (S) agissent
0 0
o
0
les eorts {FX , FY , C} et au point symétrique P ∈ (S) agissent les eorts FX , FY , C . Construisons deux

chargements comme suit :

1. {F1 } tel que


1
 
0
1

 FX (P ) = F X − F X

 2
1
 
0
{F1 } : FY1 (P ) = FX + FX
 2
 C 1 (P ) = 1 C − C 0

 

2
alors :
1 0
 
1 0

 FX (P ) = F X − FX

 2
1 0
 
1 0
FY (P ) = FX + FX
 2

 1 0
 1 0 
 C (P ) = C −C
2
par conséquent :

 FX (P 0 ) = −FX
 1 1
(P )
1 0 1
FY (P ) = +FY (P )
 1 0
C (P ) = −C 1 (P )

c'est donc que {F1 } est un chargement symétrique.


114 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

2. {F2 } tel que


1
 
0
2

 FX (P ) = F X + F X

 2
1
 
0
{F2 } : 2
FY (P ) = FX − FX
 2
 C 2 (P ) = 1 C + C 0

 

2
alors :
1 0
 
2 0

 FX (P ) = F X + FX

 2
1 0
 
2 0
FY (P ) = FX − FX
 2
 C 2 (P 0 ) = 1 C 0 + C

 

2
par conséquent :
 FX (P 0 ) = +FX
 2 2
(P )
2 0 2
FY (P ) = −FY (P )
 2 0
C (P ) = +C 2 (P )
c'est donc que {F2 } est un chargement antisymétrique.

Superposons les deux chargements :

1  1
 
0 0
1 2

 FX (P ) + F X (P ) = FX − F X + FX + F X = FX

 2  12 
1
 
0 0
{F1 } + {F2 } : FY1 (P ) + FY2 (P ) = FX + FX + FX − FX = FY
 2  1 2


 1 1 0 0

 C (P ) + C 2 (P ) = C −C + C +C =C
2 2
par conséquent :
{F} = {F1 } + {F2 }

d'où le théorème :

Théorème 82. Tout chargement agissant sur une structure symétrique se décompose en la superposition
d'un chargement symétrique et d'un chargement antisymétrique.

Les développements qui précèdent expliquent comment générer les chargements symétrique et antisymétrique.
La gure 2.8.5illustre ce théorème.

Figure 2.8.5  Un chargement quelconque agissant sur une structure symétrique (à gauche) se décompose
toujours en la superposition d'un chargement symétrique (au centre) et d'un chargement antisymétrique (à
droite).

2.8.4 Application
Considérons une structure symétrique dont le degré d'hyperstaticité est h. Elle est composée de 2×b barres
(nous supposerons que le plan de symétrie ne contient aucune barre) fournissant 2×3×b équations de
statique. La structure comporte de plus 2×n actions de liaison situées hors plan de symétrie et s actions
de liaison dans le plan de symétrie. Par conséquent :

h = (2 × n + s) − (2 × 3 × b)
2.8. ÉTUDE DES STRUCTURES SYMÉTRIQUES 115

L'étude d'une demi-structure réduit le nombre de barres à b et le nombre d'actions de liaison hors plan
de symétrie à n. Les actions de liaison dans le plan de symétrie sont aectées diéremment selon que le
chargement est symétrique ou antisymétrique mais leur nombre est réduit à s1 ≤ s dans le cas symétrique
et à s2 ≤ s dans le cas antisymétrique avec s1 + s2 = s.
Par conséquent le degré d'hyperstaticité de la demi-structure vaut :

h1 = n + s1 − 3b

ou

h2 = n + s2 − 3b

En sommant :

h1 + h2 = h

Par conséquent le degré d'hyperstaticité d'une demi-structure est toujours inférieur ou égal à celui de la
structure symétrique initiale.

2.8.5 Exemple
On considère la structure hyperstatique de degré 1 et symétrique de la gure 2.8.6 soumise à un chargement
antisymétrique. Montrons que l'on peut néanmoins calculer le couple de liaison CB au n÷ud B.

Figure 2.8.6  La structure symétrique (S) hyperstatique d'ordre 1 est soumise à un chargement antisymé-
trique. Son étude est remplacée par celle de la demi-structure (Santi ) qui est isostatique. Le calcul du couple

de liaison en B est eectué par l'étude du mécanisme (S ).

1. La structure (S) initiale


r est hyperstatique d'ordre 1 de façon évidente ; la barre [2] = (BC) est orientée
r
 

− 2 3 →
− 1→− 5
par le vecteur x 2 = X + Y et a une longueur égale à L2 = L ;
5 2 2 2
2. Dans un premier temps on substitue l'étude de la demi-structure (Santi ) à la structure initiale. La
demi-structure présente un appui simple au n÷ud C; elle est isostatique ;

3. On étudie le mécanisme (S ∗ ) associé à la demi structure et on caractérise son champ de vitesse virtuel
(gure 2.8.6 à droite) ;

4. On applique le PPV∗ au mécanisme dans son propre champ de vitesse virtuel :

r
5 → − 1
−q × →

y2×L × X − CB = 0
2 L
avec :
r

− →
− 1 2
y2×X =−
2 5
et donc :
1
CB = + qL2
2
116 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

2.9 Dynamique et funiculaire


Ce paragraphe est inséré dans ce support de cours au titre de la culture générale du lecteur. Il est question
de constructions graphiques, passées d'usage mais encore en vogue jusqu'au milieu du 20ème siècle, relatives
à une distribution de forces concentrées coplanaires.

Il convient tout d'abord de rappeler qu'un système de forces coplanaires forme un glisseur (voir le chapitre
liminaire) et, qu'à ce titre, il peut être statiquement remplacé par une force unique, la résultante, cette
dernière étant appliquée le long d'une ligne d'action donnée (l'axe central le long duquel le moment du
torseur est nul).

2.9.1 Dynamique d'un système de forces coplanaires


On considère un solide soumis à un ensemble de N forces coplanaires. Le dynamique est une construction
graphique permettant d'en déterminer la résultante.

Figure 2.9.1  Solide soumis à un système de forces concentrées coplanaires et trois dynamiques possibles
selon l'ordre choisi pour les vecteurs. Le vecteur en pointillé est la résultante : c'est la même pour toutes les
polylignes possibles. Dans le cas présent le solide n'est pas en équilibre puisque la résultante n'est pas nulle.

Dénition 83. On appelle  dynamique  la polyligne formée par la succession des vecteurs force orientés,
l'extrémité d'un vecteur servant d'origine au vecteur suivant.

Le dynamique d'une ensemble de forces n'est pas unique puisqu'il dépend du choix de l'ordre des vecteurs.
Il y a donc N! polylignes possibles (voir l'exemple gure 2.9.1).

Théorème 84. Le vecteur dont l'origine est l'origine de la polyligne et l'extrémité celle de la polyligne est
le vecteur résultante.

Du fait de la commutativité de l'addition vectorielle, la résultante ne dépend pas du choix de la polyligne.

Corollaire 85. La polyligne d'un système de forces en équilibre est fermée (et forme donc un polygone).

2.9.2 Funiculaire
Le funiculaire constitue une construction graphique permettant de déterminer l'axe central d'un jeu de
forces coplanaires ; autrement dit il permet de déterminer le point d'application de la résultante du glisseur
équivalent à ce jeu de forces.

Avant d'introduire la notion de funiculaire, il convient de rappeler le théorème des trois forces coplanaires.

Théorème 86. Trois forces coplanaires constituent un système en équilibre (torseur nul) si et seulement si
(a) le dynamique des trois forces est fermé et (b) les trois forces concourent en un même point.

La construction du funiculaire d'un système de forces concentrées (il n'est pas unique) s'eectue en suivant
le logigramme suivant (illustration sur la gure 2.9.2) :

1. construire le dynamique du système des forces coplanaires ;

2. choisir un point arbitraire S appelé  pôle  ;


2.9. DYNAMIQUE ET FUNICULAIRE 117

3. tracer les lignes polaires joignant le pôle S aux extrémités des vecteurs forces du dynamique ;

(a) la ligne (0) joint S à l'origine du vecteur force F1 ;

(b) la ligne (1) joint S à l'extrémité du vecteur force F1 ;

(c) la ligne (2) joint S à l'extrémité du vecteur force F2 ;

(d) etc...

(e) la ligne (N ) joint S à l'extrémité du vecteur force FN ;

4. dans le plan de situation initial, choisir un point arbitraire O appelé  origine  ;

5. construire les lignes parallèles aux lignes polaires de telle sorte que :

(a) à partir de l'origine O tracer la droite parallèle à (0) interceptant la force F1 au point 1;

(b) à partir de l'intersection 1 tracer la droite parallèle à (1) interceptant la force F2 au point 2;

(c) etc...

(d) à partir de l'intersection N tracer la droite parallèle à (N ) ;

La polyligne résultante comporte N +1 segments de droite et constitue le  funiculaire  du système


de forces caractérisé par (a) son dynamique (b) le pôle et (c) l'origine.

Figure 2.9.2  Solide soumis à un système de forces concentrées coplanaires. Au centre : le dynamique, le pôle
S arbitraire et les rayons polaires. A droite : le funiculaire permettant de localiser le point (4) d'application
du glisseur équivalent au système de forces.

Théorème 87. Le système des forces {Fi i = 1 · · · N} est équivalent au glisseur d'intensité R, obtenu


par le dynamique, appliqué le long d'une droite orientée par R et passant par le point N +1 marquant
l'intersection des droites 0 et N .

Démonstration
Lors de l'étape 3 de la construction décrite ci-dessus, on remarque que chaque force Fi forme avec les lignes

− −−→ → − →

polaires i−1 et i un dynamique fermé en forme de triangle. On peut ainsi poser Fi + fi−1 − fi = 0 en


supposant les forces fi orientées de facçon centrifuge par rapport au pôle S. Le dynamique initial complété
avec les lignes polaires est donc assimilable à la juxtaposition ou superposition de N dynamiques triangulaires.
118 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Figure 2.9.3  Étapes de transformation du funiculaire destinées à montrer pourquoi l'intersection des lignes
0 et N est le point d'application de la résultante des forces (en réalité c'est un point de l'axe central). Nota :
les forces fk ne sont pas représentées proportionnellement à leur intensité, seule leur ligne directrice importe
dans la construction.

Dans le plan de situation on peut considérer les étapes suivantes de transformation du funiculaire (voir la
gure 2.9.3) :



1. partant du funiculaire (a), on fait glisser chacun des vecteurs Fk de sorte que son origine coïncide
avec le point d'intersection k associé (b) ;


− −−→ →

2. on remplace chaque force Fk par un couple de force fk−1 , −fk (c) ;

− −→ →
− →

3. mis à part les vecteurs f0 et fN , chaque force fk est associée à son opposée − fk agissant sur la même
ligne d'action. On élimine les couples de forces opposées, chacun de ces couples formant un torseur
nul (d) ;

− −→
4. on fait glisser les vecteurs f0 et fN restant jusqu'à l'intersection de leur droite support (point noté N ).
Ces deux forces sont équivalentes au jeu des forces initiales. Elles sont en équilibre avec la résultante


R à condition que cette dernière passe également par le point de concours N (théorème des 3 forces
coplanaires).

ce qui démontre la proposition : la résultante du glisseur passe par l'intersection de la première et


de la dernière ligne du funiculaire.

2.9.3 Exemple d'application : glisseur équivalent à une distribution de forces


parallèles

Le funiculaire permet de déterminer aisément le glisseur équivalent à une distribution de forces coplanaires
parallèles. Considérons, pour l'exemple, une poutre sur deux appuis soumise à l'action de 3 forces (gure
2.9.4).
2.9. DYNAMIQUE ET FUNICULAIRE 119

Figure 2.9.4  Étapes de construction du glisseur équivalent à 3 forces parallèles appliquées à une poutre sur
deux appuis (a). Dynamique en classant les forces de gauche à droite (b). Construction des droites polaires
(c). Construction du funiculaire et remplacement des forces par leur résultante.

Cet exemple démontre à la fois la simplicité et l'ecacité de la construction.

2.9.4 Équilibre d'un câble soumis à l'action de forces pondérales


Cette question a déjà été abordée au Ÿ.2.3.5.2 ; elle est généralisée ici pour démontrer que le câble prend
la forme du funiculaire du système de forces. On considère un câble ne pouvant reprendre que des eorts
de traction suspendu aux n÷uds A0 et AN +1 et soumis à l'action de N forces verticales Fi avec i = 1...N .
Désignons par Ti la traction dans le câble entre les n÷uds Ai et Ai+1  voir la gure 2.9.5 pour l'illustration.
On peut alors tracer, séparément, le dynamique des forces agissant sur chacun des n÷uds Ai en remarquant

− −−−−→
que la tension Ti est parallèle au vecteur Ai Ai+1 (b). On peut ensuite assembler les dynamiques en les
juxtaposant (c) en observant l'apparition naturelle d'un pôle S et de lignes polaires toutes parallèles aux
N +1 brins du câble. La reconstruction du funiculaire à partir d'une origine arbitraire (d) reconstitue la
géométrie du câble à l'identique.

Nous venons donc de montrer le résultat suivant :

Théorème 88. Un câble soumis à un système de forces adopte une forme funiculaire de ce système de
forces.

2.9.5 Illustration pratique : la Sagrada Familia à Barcelone


Le musée situé au sous-sol de l'extraordinaire Sagrada Familia, conçue par Antoni Gaudi
42 à partir de
l'an 1883 et encore en chantier au début du 21ème siècle, présente la démarche du génial architecte à travers
ses maquettes et croquis.

Les matériaux de construction employés étant la pierre et le béton et la technologie du béton armé étant
encore inconnue ou balbutiante à l'époque, l'architecte-ingénieur devait concevoir une structure fonctionnant
essentiellement en compression. Pour cela, à défaut de disposer des moyens de calcul modernes, il construisit
un modèle réduit à l'aide d'une cordelette, représentant dèlement l'ossature projetée mais renversée, à
laquelle étaient suspendues des masselottes, petits sacs de sable, dont la masse était proportionnelle au poids
de la superstructure devant être supportée par l'ossature réelle (gure 2.9.6), .

42. Antoni Gaudì i Cornet (1852-1926) Artiste, architecte, ingénieur espagnol. Génial concepteur d'÷uvres architecturales
majeures.
120 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Figure 2.9.5  (a) câble suspendu soumis à l'action de 3 eorts verticaux. (b) dynamiques des 3 n÷uds. (c)
assemblage des dynamiques par juxtaposition. (d) reconstruction du funiculaire qui, en dénitive, a exacte-
ment la forme du câble.

Figure 2.9.6  (à gauche) photographie et représentation schématique de la maquette en cordelette imaginée


par Gaudi. (à droite) maquette redressée en plâtre soumise au poids de la superstructure. Les eorts de
traction du modèle laire se trouvent être commués en eorts de compression dans le modèle en plâtre et
donc dans la structure réelle.

La structure laire adoptant naturellement une forme funiculaire du système de forces (le poids des mas-
selottes), tous les brins de la cordelette se trouvent être soumis à une tension mécanique. En renversant le
modèle l'eet de gravitation s'en trouve également inversé et en remplaçant les brins de cordelette par des
poutres, Gaudi savait que les poutres seraient exclusivement soumises à une action compressive et ceci sans
faire le moindre calcul ! Les contreforts dont est dotée la plupart des cathédrales ont pu ainsi être évités au
prot d'une architecture dépouillée et aérienne.

Voir le site http ://www.sagradafamilia.cat/.

2.10 Treillis
2.10.1 Dénition
An d'alléger les structures, il est d'usage d'employer des assemblages d'éléments de poutres organisés en
triangles juxtaposés. De tels assemblages sont appelés  résilles  (g 2.10.1).

En particulier lorsqu'une résille s'inscrit dans un plan et que les éléments qui la composent sont articulés les
uns aux autres, on a aaire à un treillis.
2.10. TREILLIS 121

Figure 2.9.7  La Sagrada Familia en chantier. Photo Véronique Paquet (2015).

Figure 2.10.1  Structures en résille.

Dénition 89. Un treillis est une ossature plane composée d'éléments de poutres droites articulés les uns
aux autres et avec l'extérieur et soumise à des forces agissant dans le plan de l'ossature.

La suite de ce paragraphe traite des treillis isostatiques soumis à des forces concentrée appliquées aux n÷uds
d'assemblage.

2.10.2 Sur la nature réelle des liaisons dans un treillis


Bien que ce manuel ne traite pas de dispositions constructives, il convient de mentionner que les assemblages
sont en pratique rarement des articulations parfaites. On se reportera au Ÿ.2.4.5.5 ou mieux à un cours de
technologie de construction métallique, de bois ou de béton armé pour s'en convaincre.

Les treillis dans ce cas les poutres en treillis sont souvent composés de deux membrures reliées par des
montants ou des diagonales. Or :
 les membrures, formées par des tubes ou des doubles cornières ne sont pas discontinues au droit des
n÷uds d'assemblage.
 les montants sont assemblés par le truchement de goussets ou par soudage.
Néanmoins, on pourra considérer les liaisons en tant qu'articulation si les conditions suivantes sont à peu
près satisfaites :
 les axes des éléments sont concourants aux n÷uds ;
 les charges sont appliquées sur les n÷uds ;
 les dispositifs de liaison sont de petites dimensions devant celles de la structure ;
 les éléments de structure sont élancés et leur inertie de exion propre est négligeable devant l'inertie
de exion d'ensemble de la structure.
Dans le cas contraire, il faudra tenir compte des eets supplémentaires de exion, voire de torsion et procéder
au calcul méticuleux des assemblages.
122 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

Figure 2.10.2  Structures en treillis : pont et charpentes.

Figure 2.10.3  Photo et schéma de liaisons réelles dans des treillis.

2.10.3 Représentation conventionnelle d'un treillis


Les éléments d'un treillis sous tous articulés entre eux. On peut donc représenter les liaisons  les articulations
 par de petits cercles conventionnels. Toutefois, en l'absence d'ambigüité, on peut aussi ne pas employer ces
petits cercles (gure 2.10.4).

Figure 2.10.4  Deux représentations possibles d'un treillis ; à droite, représentation simpliée où les arti-
culations sont implicites.

Lorsque deux barres d'un treillis se croisent sans être liées, on fait gurer l'absence de liaison par l'interruption
de l'une des barres ou, alternativement, par un petit crochet d'enjambement (gure 2.10.5).

2.10.4 Sollicitations
Considérons un élément constitutif quelconque pris
dans un treillis. Celui-ci n'est soumis qu'aux ac-
tions produites par les liaisons sur ses extrémités.
L'équilibre statique de cet élément montre que les
forces qu'exercent les assemblages sont opposées et
coaxiales à l'élément (gure 2.10.6).

Corollaire 90. Les éléments de treillis ne sont donc


Figure 2.10.6  Barre de treillis en équilibre sous l'ac- soumis qu'à une seule sollicitation : un eort nor-
mal
43 .
tion de forces axiales opposées. Si NAB est positif, la
sollicitation est un eort normal de traction, sinon il
s'agit d'une compression. Nous prendrons l'habitude de représenter les eorts
de liaison portés par des vecteurs unitaires  centrifuge  c'est-à-dire sortants de l'élément. Si le signe de
l'eort obtenu est positif, il s'agit d'une traction sinon il s'agit d'une compression.

43. sous réserve de leur rectitude et de la stabilité de leur équilibre.


2.10. TREILLIS 123

Figure 2.10.5  Deux représentations possibles de barres se croisant dans un treillis hyperstatique.

2.10.5 Treillothèque des treillis courants


2.10.5.1 les fermes de charpente
Voir la gure 2.10.7.

Les fermes Howe et Pratt disposent d'un entrait


44 droit (l'entrait est dit  retroussé  si la membrure
inférieure est inclinée). Les diagonales de ces deux fermes sont inclinées dans des directions opposées. Les
fermes Polonceau et Fink n'ont pas d'entrait.

Figure 2.10.7  Fermes en treillis.

2.10.5.2 les poutres triangulées


Voir la gure 2.10.8.

La poutre Warren et Mansard consistent en une extension de la ferme Howe. La poutre en K présente des
diagonales à mi-montants. La console Cantilever reprend le principe de la poutre Mansard en favorisant
la traction des diagonales sous charges gravitaires.

Figure 2.10.8  Poutres en treillis.

44. L'entrait d'une charpente, lorsqu'il est présent, est le montant vertical supportant la poutre faitière.
124 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

2.10.6 Isostaticité d'un treillis


Nous avons déjà vu une méthode de détermination de l'hyperstaticité d'une structure. Cette méthode, dans
laquelle les inconnues sont les actions de liaison, fonctionne également dans le cas des treillis.

Il existe néanmoins une technique alternative spécique décrite ci-après.


 Soit B le nombre de barres composant le treillis. Les eorts normaux Ni dans les B barres constituent
autant d'inconnues statiques.
 Soit L le nombre des inconnues de liaison du treillis avec le milieu extérieur.
 Le nombre total des inconnues statiques est donc :

ni = B + L

 Soit N le nombre de n÷uds du treillis. L'équilibre statique de chacun de ces n÷uds est régit par deux
équations (il n'y a pas de moment)
 Le nombre total des équations d'équilibre disponibles est donc :

ne = 2N

 Le degré d'hyperstaticité est égal au décit d'équations par rapport au nombre d'inconnues, nonobs-
tant l'absence de mécanisme interne :

h = ni − ne = B + L − 2N
Comme pour toutes les structures, si h=0 la structure est isostatique et toutes les inconnues peuvent être
déterminées par les seules équations de la statique. Les modalités de calcul sont expliquées au paragraphe
suivant. Il convient, naturellement, de veiller à ce qu'aucun sous-mécanismes ne soit recélé par le treillis
étudié.

Figure 2.10.9  Détermination de l'isostaticité d'un treillis Polonceau. A gauche, la méthode générale où
l'on décompte les inconnues de liaison aux noeuds (ici ni = 3 × 4 + 3 × 6 + 3 = 33) et le nombre d'équations
de statique des barres (ici ne = 3 × 11 = 33). A droite, la méthode spécique aux treillis : les inconnues sont
les 11 eorts normaux auxquels on ajoute les 3 inconnues de réaction donc ni = 14 ; les équations disponibles
sont les équations d'équilibre statique des noeuds : ne = 7 × 2 = 14. La ferme Polonceau est donc bien
isostatique.

2.10.7 Détermination des eorts normaux dans les treillis isostatiques


L'étude des treillis requiert le plus souvent la détermination de tous les eorts normaux. De ce fait l'emploi
des méthodes vectorielles est souvent préférable. Il convient de s'assurer préalablement de l'isostaticité du
treillis étudié.

2.10.7.1 Méthode de Ritter (coupures)


La méthode de Ritter
45 est une méthode vectorielle consistant à couper le treillis de sorte à en isoler
une partie. Dans un second temps on écrit l'équilibre statique de la partie isolée pour déterminer les eorts
normaux dans les barres coupées. De ce fait :

1. il faut avoir préalablement levé l'indétermination des réactions d'appui du treillis ;

2. il ne faut pas couper plus de trois barres à la fois (puisqu'on ne dispose que de trois équations dans
le plan).
2.10. TREILLIS 125

Figure 2.10.10  Exemple de treillis isostatique.

Exemple 91. treillis à 4 panneaux

On détermine les réactions d'appui et on commence le processus en coupant deux barres (gure 2.10.11).

Figure 2.10.11  A gauche : réactions d'appui et la première coupure opérée. A droite : traitement de la
coupure.

L'équilibre de la portion de structure s'écrit :

−NCF cos α − NBC = 0


)
3F 9
3 ⇒ NCF = = F
NCF sin α + F = 0 4 tan α 8
4

Une fois ce système déterminé, on procède à une autre coupure. La coupure suivante ne doit introduire que
deux forces inconnues. On peut, par exemple, couper les barres autour du n÷ud F puisque, à cette étape,
NCF est connue.

2.10.7.2 Méthode de Crémona (n÷uds)


La méthode de Crémona
46 est une méthode vectorielle consistant à isoler les n÷uds du treillis. Comme on
ne dispose que de deux équations par n÷ud (il n'y a pas de moment) il faut sélectionner les n÷uds de sorte
à ne pas introduire plus de deux eorts inconnus à la fois.

La méthode de Crémona a connu un engouement certain avant l'ère de l'informatique du fait qu'il s'agisse
d'une méthode graphique et non pas analytique. Elle procède par la construction du dynamique de l'équilibre
des n÷uds du treillis étudié. Les dynamiques de l'ensemble des n÷uds sont superposés dans une seule et
même construction graphique appelée  gure réciproque  selon une publication en italien
47 datant de 1872
traduite en français et publiée à Paris en 1885.


Considérons un n÷ud A auquel est appliqué un eort lié F (gure 2.10.12). Rappelons ici qu'un vecteur lié
est déni par un vecteur et un point d'application constituant son origine dans le plan ane (voir Ÿ.1.5.2.1).

Le vecteur divise le plan en secteurs numérotés. Crémona introduit la construction (ou transformation)
graphique qui suit :

1. chaque secteur du plan de situation réel (celui du treillis) est associé à un point du plan image (plan
de Crémona) ;

2. le numéro du point image est celui de son secteur ;

45. Frédéric Ritter (1819 - 1893), ingénieur polytechnicien des Ponts et Chaussées.
46. Luigi Cremona (1830 - 1903), mathématicien et homme politique italien.
47. Le gure reciproche nella statica graca.
126 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE



3. le vecteur ij joignant les images i et j et j ; pour
est égal au vecteur force séparant les secteurs i


préciser cette modalité, une convention supplémentaire est nécessaire du fait que le vecteur ij , orienté,


est opposé au vecteur ji . Tournant autour du point A dans le sens direct, et passant du secteur i au


secteur j , la force s'exerçant sur le point A est représentée par le vecteur ij .

Figure 2.10.12  A gauche, force liée à un n÷ud, numérotation des secteurs et sens (trigonométrique) de par-
cours autour du n÷ud. A droite les points image des secteurs dans l'épure de Crémona et la représentation
de la force selon cette convention.

La méthode peut être illustrée par la situation simple de l'équilibre d'un n÷ud soumis à l'action de 3 forces
(gure 2.10.13).

Figure 2.10.13  A gauche, n÷ud en équilibre sous l'action de trois forces, numérotation des secteurs et
sens (trigonométrique) de parcours autour du n÷ud. A droite les points image des secteurs dans l'épure de
Crémona qui n'est autre que le dynamique des trois forces.

Dans le cas des treillis isostatiques, on procède comme suit :

1. déterminer les réactions d'appui par la statique et les reporter sur le plan de situation à la place des
appuis ;

2. numéroter les secteurs délimités par les barres du treillis, par les eorts extérieurs ou les réactions
d'appuis ;

3. entamer l'épure de Crémona en choisissant une échelle de représentation des forces en mm/kN. Com-
mencer par les forces connues : les eorts extérieurs et les réactions d'appui ; cette première construc-
tion est fermée du fait de l'équilibre global du treillis ;

4. poursuivre avec les barres : si l'intensité des eorts n'est pas connue a priori, leur direction peut être
tracée. L'intersection des lignes support permet la détermination des points images.

5. progresser en n'introduisant pas plus de deux eorts inconnus à la fois.

L'exploitation de l'épure consiste à considérer les n÷uds de l'ossature tout à tour en tournant autour d'eux
dans le sens direct. La lecture des forces interceptées se fait dans l'épure de Crémona. Ainsi :


 si la force ij obtenue en passant du secteur i au secteur j est centrifuge, l'eort correspondant est un
eort de traction
48 dans la barre séparant les secteurs i et j;
 sinon, il s'agit d'un eort de compression.

Exemple 92. treillis à 4 panneaux


2.10. TREILLIS 127

Figure 2.10.14  Exemple de treillis isostatique Howe.

On considère un treillis triangulé de type Howe formé de 4 panneaux, 9 barres, 6 n÷uds tel que représenté
sur la gure 2.10.14, soumis à l'action d'un eort concentré vertical agissant sur l'un des n÷uds.

Figure 2.10.15  Treillis isolé et son épure de Crémona.

Pour la construction de l'épure, on procède comme suit (gure 2.10.15) :

1. détermination des réactions et identication des secteurs (ici au nombre de 7) ;

2. report de la force F et des réactions dans l'épure de Crémona : les points 1, 2, 3 sont donc connus ;

3. point 4 :

(a) le point 4 est situé sur la ligne horizontale (parallèle à [AB]) issue de 1 : on trace cette ligne ;

(b) le point 4 est également situé sur la droite parallèle à [AD] issue de 3→ on trace cette ligne et on
en déduit 4;
4. point 5 :

(a) le point 5 est situé sur la droite parallèle à [DE] issue de 3 : cette ligne est déjà tracée ;

(b) le point 5 est aussi situé sur la droite parallèle à [BD] issue de 4→5 est donc confondu avec 4;
5. point 7 :

(a) le point 7 est situé sur la ligne parallèle à [CF ] issue de 2 : on trace cette ligne ;

(b) le point 7 est également situé sur la droite parallèle à [BC] issue de 1→ on trace cette ligne et on
en déduit 7;
6. point 6 :

(a) le point 6 est situé sur la droite parallèle à [BE] (verticale) issue de 5 : on trace cette ligne ;

(b) le point 6 est également situé sur la droite parallèle à [BF ] issue de 7→ on trace cette ligne et on
en déduit 6;
A l'issue de ce processus, tous les points images sont déterminés.

Pour l'exploitation de l'épure, on procède comme suit :

48. On a vu au paragraphe 2.10.4 que la seule sollicitation régnant dans un treillis est un eort normal. Celui-ci est positif
dans le cas d'une traction et négatif dans le cas d'une compression.
128 CHAPITRE 2. STATIQUE DES STRUCTURES - ÉQUILIBRE

1. on parcours les secteurs autour du n÷ud A dans le sens trigonométrique :


−−→
(a) l'eort dans la barre [AB] est déterminé par le vecteur 1 · 4 dans l'épure de Crémona. Cette force
est centrifuge et correspond donc à un eort de traction (positif ) dont l'intensité est proportionnelle
−−→ 49

à la norme du vecteur 1 · 4 .
−−→
(b) l'eort dans la barre [AD] est déterminé par le vecteur 4·3 dans l'épure de Crémona. Cette
force est centripète et correspond donc à un eort de compression (négatif ) dont l'intensité est
−−→

proportionnelle à la norme du vecteur 4 · 3 .
2. ... on procède de même autour de chaque n÷ud.

2.10.7.3 Méthode des puissances virtuelles


La méthode scalaire des puissances virtuelle est utile pour la détermination d'un eort particulier et ne vise
pas à la détermination systématique de tous les eorts normaux. Pour cette raison elle est peu employée dans
le présent contexte. Son usage est davantage réservé à la résolution de treillis hyperstatiques (voir Ÿ.7.10).

Pour déterminer l'eort normal Nk dans la poutre k on procède de la façon suivante :

1. supprimer la poutre k pour obtenir un mécanisme à 1 DDL ;

2. rétablir l'équilibre du mécanisme obtenu en ré-appliquant les eorts supprimés aux liaisons de la barre
disparue ;

3. caractériser le champ de vitesse virtuel du mécanisme ;

4. appliquer le principe des puissances virtuelles au mécanisme dans son propre champ de vitesse ;

5. en déduire l'équation permettant le calcul de Nk et résoudre.

Exemple 93. treillis à 4 panneaux (gure 2.10.16)

Figure 2.10.16  Épure cinématique utilisée pour le calcul de l'eort NBC par application du PPV∗ dans
le mécanisme obtenu par coupure (ou suppression) de la barre BC .

Somme des puissances :


ΣPe? = NBC →

x [→

u ?B − →

u ?C ] − F →

y→−
u ?F = 0
avec :

− tan θ → 3−
u ?B = →

y →

u ?C = −2 tan θ→

x →

u ?F = − −
x + →y
2 2
par conséquent :
3 3F 9
−NBC × 2 tan θ + F = 0 ⇒ NBC = = F
2 4 tan θ 8
Comme il faudrait envisager autant de mécanismes qu'il y a d'eorts à déterminer, on conviendra que cette
méthode de calcul, quelque peu laborieuse dans le cas présent, n'est pas très ecace pour l'étude statique
des treillis. On lui préfère généralement la méthode de Cremona qui permet, moyennant l'élaboration d'une
seule épure, d'accéder à l'ensemble des eorts.

49. Soit on mesure la longueur du vecteur en mm sur l'épure et on lui applique le facteur d'échelle en kN/mm, soit on
détermine les eorts par des considérations de géométrie Euclidienne dans des triangles-rectangles.
2.11. CONCLUSION 129

2.10.8 Calcul des déplacements dans un treillis


Le calcul des déplacements ne relevant pas de la statique, on se reportera au chapitre dédié au PPV* et, en
particulier au Ÿ.6.6.2.1.

2.11 Conclusion
La statique recouvre l'ensemble des techniques de l'étude de l'équilibre des structures.

L'état d'équilibre d'une structure est normalement indissociable de sa conguration déformée. Toutefois,
lorsque les déplacements induits par les déformations ont une amplitude faible devant les dimensions générales
de l'ossature, on utilise l'hypothèse des petites perturbations HPP. Selon cette hypothèse, il est loisible
d'étudier l'équilibre dans la conguration non-déformée.

En génie civil, les forces externes sont dénies réglementairement par l'EN NF 1991. Les modalités (tech-
nologies) qui permettant de réaliser des liaisons entre éléments de structure sont très diérentes de celles
utilisées en construction mécanique bien que la terminologie soit la même.

S'agissant d'étudier des assemblages de solides, 2 cas peuvent survenir :

1. le mécanisme est un assemblage dont l'équilibre n'est garanti que sous certaines conditions vériées
par les forces appliquées. Le nombre de ces conditions est aussi le nombre de degrés de liberté du
mécanisme ;

2. la structure est un assemblage qui s'accommode inconditionnellement des forces qui lui sont appliquées.
Deux sous-cas se distinguent :

(a) la structure est isostatique si les seuls outils de la statique susent à la détermination des forces
internes. Il y a donc égalité entre les inconnues de liaison et le nombre d'équations indépendantes
de statique disponibles ;

(b) la structure est hyperstatique sinon. Le degré d'hyperstaticité est égal au décit d'équations.

Deux classes d'outils peuvent être mis en ÷uvre pour l'étude de statique :

1. les outils vectoriels reposent sur l'emploi des équations de Newton : un solide ou un ensemble de
solides est en équilibre si le torseur des forces extérieures est le torseur nul ;

2. les outils scalaires reposent sur l'application du principe des puissances virtuelles dans des mécanismes
virtuels associés à des structures isostatiques. L'intérêt de cette méthode est qu'elle permet de cibler
un objectif en choisissant le mécanisme virtuel de façon appropriée. En pratique, l'étude du champ
de vitesse d'un mécanisme plan s'eectue par le tracé de son épure cinématique.

Erick Ringot
Chapitre 3

Théorie des poutres

Version du 23 juillet 2016.

3.1 Objet
Les poutres dont il est question dans ce cours
sont des solides longiformes rectilignes soumis à
des actions extérieures. Ces solides, assemblés entre
eux, constituent des structures. Dans ce chapitre,
néanmoins, on considèrera l'une quelconque de ces
poutres prise séparément an de dégager des  lois 
utiles à l'analyse de structures.

L'ingénieur se pose la question de l'équilibre de


chaque poutre, de la stabilité de cet équilibre, de
la résistance des matériaux et de la déformabilité.
En particulier il cherche à déterminer la  réponse 
d'une poutre à des actions. Cette réponse est ca-
ractérisée par le champ de déplacement


u (P ) des
points appartenant à la poutre. C'est un problème
de mécanique des milieux continus (mmc) complexe
auquel la théorie des poutres apporte une réponse
Poutres en béton précontraint. simpliée mais approchée.

La théorie des poutres résulte ainsi de la mmc à


laquelle des hypothèses supplémentaires et simpli-
catrices sont adjointes. Il s'agit en quelque sorte d'une théorie  dégradée  mais dont la validité est conrmée
par l'expérience.

L'étude des structures en tant qu'assemblage de poutres est abordée dans d'autres chapitres de ce cours.

3.2 Dénition d'une poutre


On considère en premier lieu l'espace plan (Σ) délimité par le contour fermé (∂Σ) du plan {yz} de l'espace
tridimensionnel.

En second lieu on considère le volume engendré par la translation de (Σ) selon la direction x perpendiculai-
rement à {yz}. On considère un point caractéristique noté G dans le plan (Σ) servant d'origine aux axes y
etz et dont la position sera précisée ultérieurement comme le sera aussi l'orientation des axes y et z autour
de x .

Un tel volume, une fois empli d'un matériau solide, est appelé  poutre  à condition :

130
3.3. HYPOTHÈSES  HPP  ET CONSÉQUENCES 131

1. que les dimensions transversales de (Σ) soient petites devant la longueur générée lors de sa transla-
tion ;
1

2. que les variations de forme de (Σ) soient progressives ;


2

Figure 3.2.1  Éléments de dénition d'une poutre.

Dénitions et terminologie Voir la gure 3.2.1. Si le volume est généré par translation selon x sans
rotation de (Σ) autour des axes y ou z la poutre est dite  droite  sinon elle est dite  courbe  et constitue
un arc.

La portion de plan (Σ) est appelée  Plan de Section Droite  que nous abrévierons en  PSD  par la suite.
Au besoin le contour du PSD est désigné par (∂Σ).
Le lieu des points G d'une poutre droite est appelé  axe  de la poutre ou  axe moyen  ; pour une poutre
courbe ce lieu est désigné par  bre moyenne .

Une poutre est orientée du fait de l'existence d'une origine A et d'une extrémité B le long de x; cette
orientation est choisie par le calculateur. Pour les poutres droites cette orientation est xée par le choix du
vecteur


x directeur de l'axe moyen. Pour les poutres courbes on choisit également un sens de parcours, une
abscisse curviligne et un vecteur directeur tangent.

Une poutre est représentée schématiquement par sa bre ou axe moyen en précisant l'orientation du vecteur
directeur


x et, en 3D, l'orientation des axes y et z. Le repère {xyz} forme un trièdre direct.

3.3 Hypothèses  HPP  et conséquences


L'étude des poutres porte sur leur comportement sous des actions extérieures (eorts ou variation de tem-
pérature). On fera l'hypothèse des petites perturbations ( HPP  en abrégé) telle qu'expliquée ci-après.

3.3.1 petits déplacements


Proposition 94. Au cours du chargement de la poutre les déplacements restent faibles devant les dimensions
de la poutre. De même on considèrera que les rotations que nous introduirons plus loin sont petites devant
l'unité.

1. on admet que cette hypothèse est satisfaite lorsque la longueur est au moins supérieure à 10 fois la plus grande dimension
transversale environ. En deçà du rapport 1/10 le modèle conduit à une approximation du champ de contraintes ; un modèle plus
élaboré, la mécanique des milieux continus, peut être employé pour une meilleure précision.
2. ceci an de ne pas entrainer de concentrations de contraintes.
132 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Corollaire 95. L'étude statique (répartition des eorts internes) de la poutre est eectuée dans sa congu-
ration initiale.

Remarque 96. Il s'agit là d'une approximation paradoxale puisqu'on s'intéresse à des solides déformables. De
ce fait leur équilibre s'établit alors qu'ils adoptent une conguration déformée qu'il conviendrait, en toute
rigueur, de respecter pour étudier l'équilibre. Ce qui est suggéré par l'hypothèse des petits déplacements
c'est d'étudier l'équilibre des poutres comme si elles étaient indéformables et, ensuite seulement, de se poser
la question de leur déformabilité.

Corollaire 97. On distingue le calcul du 1er ordre, eectué dans la conguration initiale, du calcul du
second ordre, réalisé dans la conguration déformée. A noter que seul le calcul du second ordre permet de
statuer sur la stabilité de l'équilibre. Les déformations sont calculées par la théorie du premier gradient
1
grad →

u + grad T →


ε= u . Se référer au cours de mécanique des milieux continus à ce propos.
2

3.3.2 petites déformations


Proposition 98. Les déformations (élongations et distorsions) sont réputées petites devant l'unité.

Corollaire 99. On admet le comportement élastique linéaire du matériau.

Remarque 100. Les règles de calcul de la construction civile, en particulier les Eurocodes, permettent le calcul
des structures dont les matériaux sont hétérogènes et anélastiques. S'agissant du calcul de poutres, ces règles
s'appuient sur la théorie des poutres en y apportant les aménagements ad hoc. On peut donc considérer la
théorie des poutres comme une théorie générique dont les règles de béton armé, de béton précontraint, de
construction métallique, de construction bois sont en grande partie issues.

3.4 Hypothèses sur le matériau constitutif


On fera l'hypothèse de l'élasticité linéaire, en admettant que la loi de Hooke-Duhamel
3 4 s'applique dans
la relation contraintes-déformations.

1+ν ν 
ε= σ − tr σ I + λ∆T I (3.4.1)
E E

Cette loi suppose l'isotropie du matériau.

On supposera aussi, dans la plupart des cas, l'homogénéité.

On notera que la théorie des poutres n'est pour autant pas disqualiée pour le calcul de poutres constituées
d'un matériau orthotrope (par exemple le bois) ou d'un matériau élastoplastique (par exemple l'acier) ou
hétérogène (béton armé, construction mixte) ; il faudra simplement prendre en considération le comportement
spécique de ces matériaux.

3.5 Hypothèse de Timoshenko

La dénition d'une poutre telle qu'introduite ci-dessus fait jouer un rôle particulier au PSD. Ce rôle n'est
pas uniquement géométrique mais également cinématique selon les développements qui suivent.
5

3. Robert Hooke (1635-1703) scientique Anglais contemporain de Newton, auteur de la loi de l'élasticité qui porte son
nom.
4. Jean-Marie Duhamel (1797-1872) mathématicien et physicien Français, auteur de travaux sur les équations aux dérivées
partielles, l'acoustique et la propagation de la chaleur. On lui attribue la composante de température dans la loi de Hooke qui
aurait simultanément été écrite par le scientique Allemand Franz Ernst Neumann (1798-1895).
5. La construction d'une théorie des poutres sur l'hypothèse de Timoshenko est à considérer par le lecteur en tant que
possibilité académique. Il existe en eet d'autres théories plus élaborées reposant sur la stricte hypothèse de Saint-Venant. Le
lecteur pourra se référer aux travaux du Professeur Rached El Fatmi dans le domaine des poutres composites notamment.
3.5. HYPOTHÈSE DE TIMOSHENKO 133

3.5.1 expérience
Considérons une poutre, par exemple en béton armé, placée sur deux appuis et soumise à un chargement
quasi-ponctuel impulsé par un vérin. On parle de chargement  trois points . Observons deux PSD voisins
instrumentés par une série de billes d'acier collées à la colle époxyde formant des  bases  de longueurs b
égales et disposées parallèlement à l'axe de la poutre. Un  déformètre  permet de relever les allongements
∆b (y)
∆b (y) des dites bases situées aux cotes y. On note par ε (y) = la déformation de la base située à la
b
cote y .

Figure 3.5.1  poutre équipée de billes d'acier et déformètre (illustration Ginger-CEBTP).

Lors du chargement le relevé des déformations montre la linéarité des déformations mesurées avec la cote y
ce qui révèle l'absence de gauchissement des plans de section droite, à la précision de la mesure près.

3.5.2 conclusion
A la précision de la mesure près, tout se passe comme si les PSD restaient plans. Ils ne se déforment pas
mais accusent un mouvement diérentiel.
6

3.5.3 formalisation du champ de déplacement


Proposition 101. 7
dite  hypothèse de Timoshenko  . Au cours du chargement d'une poutre, les PSD
restent plans.

ou, ÉNONCE 2 : Au cours du chargement d'une poutre , les PSD subissent un mouvement de solide indé-
formable.

ou, ÉNONCE 3 : Le mouvement de chaque PSD constitutif d'une poutre est caractérisé par un torseur
cinématique des petits déplacements.

Remarque 102. Pris séparément, les PSD subissent un mouvement de solide indéformable ; la poutre dans
son ensemble, par contre, se déforme du seul fait des mouvements diérentiels des PSD les uns par rapport
aux autres.

Le champ de déplacement est caractérisé par les éléments de réduction du torseur cinématique des petits
déplacements réduit, pour chaque PSD (Σ (x)), au point caractéristique G (x). Ces éléments de réduction
sont :


1. la résultante cinématique appelée  vecteur des (petites) rotations  et notée Ω (x)
2. le moment cinématique établi au point caractéristique G appelé  vecteur déplacement  du point G
et noté


u G (x)

6. On peut mettre en évidence le gauchissement des PSD par application de la théorie de la mécanique des milieux continus,
par exemple à l'aide d'une fonction de Airy. Il en ressort que le gauchissement est secondaire et négligeable par rapport au
mouvement de solide du PSD.
7. Stepan Timoshenko (1878-1972), mécanicien américain d'origine ukrainienne, auteur de travaux dans le domaine des
plaques et coques et de la stabilité.
134 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

De ce fait, les inconnues scalaires de l'étude, en terme de déplacement, sont donc au nombre de six (gures
3.5.2 et 3.5.3) :


uG (x) , vG (x) , wG (x)
Ωx (x) , Ωy (x) , Ωz (x)

Figure 3.5.2  Composantes de translation du PSD.

Figure 3.5.3  Composantes de rotation du PSD.

Ce qui est notablement plus simple que la recherche du champ de déplacement au sens de la mmc où il y
aurait trois composantes fonctions de trois variables à chercher.

Le champ de déplacement, en tout point P de la poutre est donné par la relation :

       
u uG Ωx 0

− →
− −−→
uP =→

u G + Ω ∧ GP ⇐⇒  v  =  vG  +  Ωy  ∧  y 
w wG Ωz z

Soit, en coordonnées cartésiennes :


 u (x, y, z) = uG (x) − yΩz (x) + zΩy (x)
v (x, y, z) = vG (x) − zΩx (x) (3.5.1)
w (x, y, z) = wG (x) + yΩx (x)

3.5.4 Hypothèse dégradée de Navier-Bernoulli


Il serait possible de considérer une hypothèse encore plus restrictive que celle de Timoshenko en supposant
non-plus seulement que les PSD restent plans mais en plus qu'ils restent perpendiculaires à la bre moyenne
de la poutre.
3.5. HYPOTHÈSE DE TIMOSHENKO 135

Proposition 103. dite  hypothèse de Navier-Bernoulli 


8 9 . Au cours du chargement d'une poutre, les
PSD restent droits.

Dans ces conditions les rotations Ωy et Ωz correspondent aussi aux rotations subies par la bre moyenne de
la poutre. Par conséquent :
dvG dwG
tan Ωz = et tan Ωy = −
dx dx
Et si les rotations sont faibles, on admet alors que :

dvG dwG
Ωz = et Ωy = −
dx dx

Figure 3.5.4  Illustration de l'hypothèse de Bernoulli dans le plan {xy} : à l'abscisse x, la rotation du PSD
est égale à l'angle que fait la tangente à la courbe déformée moyenne.

Le nombre de paramètres cinématiques est donc réduit de deux unités puis que les rotations autour des axes
y et z sont directement liées aux déplacements selon les axes perpendiculaires.

Naturellement, cette restriction a un  coût  dans la mesure où elle ne permet pas d'appréhender certains
phénomènes liés aux déformations de cisaillement.

3.5.5 champ de déformation


Le champ de déformation dérive du champ de déplacement par son premier gradient :

1
grad →

u + grad T →


ε= u (3.5.2)
2

3.5.5.1 expression des composantes de déformation


Compte tenu des expressions 3.5.2 et 3.5.1, les six composantes de déformation sont ainsi :

∂u duG dΩz dΩy


xx = = −y +z
∂x dx dx dx
   
1 ∂u ∂v 1 dvG dΩx
xy = + = −Ωz + −z
2 ∂y ∂x 2 dx dx
   
1 ∂u ∂w 1 dwG dΩx
xz = + = Ωy + +y
2 ∂z ∂x 2 dx dx
dv
yy = =0
dy
 
1 dv dw 1
yz = + = [−Ωx + Ωx ] = 0
2 dz dy 2
dw
zz = =0
dz
On observe donc que les composantes de déformation du plan {yz} sont nulles ce qui est normal compte
tenu de l'hypothèse initiale.

8. Henri Navier (1785-1836) ingénieur des ponts, enseignant à l'École Polytechnique et aux Ponts & Chaussées, auteur
avec Cauchy de la théorie générale de l'élasticité.
9. Daniel Bernoulli (1700-1782) médecin, physicien et mathématicien Suisse, auteur de travaux sur les équations diéren-
tielles, mécanique des uides, élasticité, vibrations.
136 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

3.5.5.2 interprétation

Figure 3.5.5  Illustration des déformations d'un tronçon de poutre délimité par deux PSD inniment voi-
sins. La gure est restreinte au plan {xy} : (a) la déformation axiale εx trouve son origine dans l'éloignement
ou le rapprochement des deux PSD ; (b) la distorsion γy résulte du glissement relatif des deux PSD ; (c) la
courbure χz provient de la rotation diérentielle des deux PSD (ici autour de l'axe z). Les déformations ont
été exagérées pour les besoins de l'illustration.

duG
Déformation axiale : Le terme représente la déformation axiale au niveau du point caractéristique
dx
10 . On posera εG = du G
ou  centre  G xx . Un tronçon de poutre de longueur dx s'allongera (ou se raccourcira
dx
G G
si εxx est négative) de la quantité εxx · dx.

Courbure : Supposons εG
xx nul et considérons un tronçon de poutre de longueur dx délimité par deux
0
PSD aux abscisses x (centre G) et x + dx (centre G ), la rotation diérentielle autour de l'axe z vaut dΩz .
Supposons, pour l'illustration que dΩz soit positive ; alors cette rotation diérentielle produit un raccour-
cissement des bres de la poutre situées aux coordonnées y positives (au dessus de G) et, au contraire, un
allongement des bres situées aux cotes négatives (en dessous de G). Dans le plan {xy}, prolongeons les PSD
\0 on établit
jusqu'à ce qu'ils s'interceptent en un point C à une distance Rz de G. Alors, dans le triangle CGG
facilement la relation : dx ' Rz · dΩz . La distance Rz est appelée  rayon de courbure  ; naturellement, sauf
1 dΩz
cas particulier, elle dépend de x. L'inverse de ce rayon est appelé  courbure  et on note χz = = .
Rz dx
1 dΩy
De la même façon on introduit la courbure dans le plan {xz} autour de l'axe y et telle que χy = = .
Ry dx

 
1 dvG
Glissement : G
Considérons la déformation angulaire xy au niveau du centre G . Alors G−Ωz +
xy =
2 dx
G
puisque zG = 0 par dénition de G. Introduisons la notion de distorsion d'angle ou  glissement  γxy qui

G G dvG
est le double de la déformation angulaire xy (voir le cours de mmc). Ainsi : γxy = −Ωz + . Rappelons
dx
G
que γxy traduit la variation de l'angle droit formé par les axes x et y . Cette quantité est positive si l'angle
dvG G
droit se réduit. Interprétons la relation = Ωz + γxy :
dx
dvG
 est la pente de la bre moyenne déformée ; supposons cette pente faible (HPP) alors cette pente
dx
est assimilable à l'angle local θ que fait la tangente à la bre moyenne avec l'axe x initial.

10. Nous préciserons plus loin ce qu'est ce  centre .


3.6. HYPOTHÈSE DE SAINT-VENANT 137

 Ωz est l'angle de rotation du plan de section droite d'abscisse x autour de l'axe Gz .


G
 γxy est la diérence entre les deux angles ; par la suite cette notation est simpliée en γy , ainsi
dvG
= Ωz + γy .
dx
G dwG
 De même le glissement γxz est noté γz de sorte que = −Ωy + γz .
dx

Taux de rotation axial : Pour être complet, on introduit la dénition d'une déformation supplémentaire
qui sera utile lorsque le chapitre sur la torsion sera abordé. Il s'agit du  taux de rotation axial  correspondant
à la variation linéique de rotation axiale et rendant compte de la rotation axiale diérentielle des PSD :

dΩx
α= (3.5.3)
dx

3.6 Hypothèse de Saint-Venant

L'hypothèse de Saint-Venant
11 concerne le tenseur des contraintes. D'un point de vue qualitatif, la façon
dont les eorts s'exercent sur une poutre a peu d'inuence sur le champ de contrainte dès lors le lieu
d'évaluation des contraintes est susamment éloigné des zones d'application des eorts.

Une autre façon d'énoncer cette hypothèse consiste à considérer que, loin de la zone d'application des eorts
externes, le tenseur des contraintes ne dépend que des éléments de réduction du torseur formé des dits eorts
externes.

3.6.1 Énoncé
Proposition 104. Loin des zones d'application des charges (forces et couples concentrés, réactions d'appui)
l'état de contrainte est totalement déni par le torseur des forces agissant dans le plan de section droite.

3.6.2 Interprétation
Les éléments de réduction du torseur des forces agissant dans un plan de section droite (Σ) ne dépendent
que des vecteurs contraintes agissants sur ledit plan :

 
σxx σxy σxz    
 .. 1 σxx

− →
− →
− 
T (P, x ) = σ (P ) · x = 
 . σyy σyz  ·  0  =  σxy 

. 0 σxz
.. ··· σzz

Les composantes du tenseur de contrainte non impliquées dans cette relation sont réputées nulles : σyy =
σzz = σyz = 0.

3.6.3 Conséquences sur la forme du tenseur des contraintes


 
σxx σxy σxz
σ (P ) '  σxy 0 0 
σxz 0 0

Avec un tel modèle il est donc impossible de tenir compte d'une éventuelle précontrainte latérale.

11. Adhémar Jean Claude Barré de Saint-Venant (1797-1886) mathématicien, mécanicien et ingénieur Français, auteur
de nombreux travaux sur la exion des poutres.
138 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

3.7 Contradictions introduites par les hypothèses


3.7.1 Contradiction sur les cisaillements
La relation d'élasticité entre le tenseur des contraintes et celui des déformations est donnée par la loi de
Hooke (ou Hooke & Duhamel) :

1+ν ν 
ε= σ− Σ où Σ = tr σ
E E

Par substitution :

   
xx xy xz σxx σxy σxz
1 + ν ν
 xy 0 0 =  σxy 0 0  − σxx
E E
xz 0 0 σxz 0 0

Donc :

E E
σxx = Exx σxy = xy σxz = xz
1+ν 1+ν

Soit
12 :

σxx = E · xx τy = σxy = G · γxy τz = σxz = G · γxz

En introduisant la notation τ pour désigner les contraintes de cisaillement agissant dans le plan du PSD.
Or, en l'absence de torsion, les distorsions issues de la théorie des poutres (Ÿ 3.5.5.1) sont :

dvG
γxy = −Ωz +
dx

dwG
γxz = Ωy +
dx

Elles sont indépendantes de y ou de z, c'est-à-dire qu'elles sont uniformes à l'intérieur du même plan de
section droite Σ (x). Il en va donc de même des contraintes de cisaillement. Or la réciprocité des contraintes
de cisaillement (voir l'encadré et la gure 3.7.1) ne permet pas d'avoir des composantes de cisaillement
perpendiculairement au bord du plan de section droite : il y a là une première contradiction manifeste.

Rappel de mécanique des milieux continus La  réciprocité des contraintes de


cisaillement  en mmc exprime la condition d'équilibre local, en moment des forces,
de toute partie élémentaire ou non extraite d'un solide. Cette condition d'équilibre se
traduit par la symétrie du tenseur des contraintes σ quel que soit le repère de projection
choisi. Rappelons que la composante de cisaillement s'exerçant sur la facette orientée
par le vecteur normal unitaire


ni et agissant sur la direction normale


nj s'exprime
par :
σij = →

n j σ→ −ni
avec | n i | = |→

− −
n j| = 1 et


ni ·→

nj = 0
Par symétrie de σ :


n j σ→

ni = →

n i σ→

nj
C'est donc que :
σij = σji

12. Rappelons que le module de cisaillement G est confondu avec le coecient µ de Lamé et qu'il est lié au module de Young
E
et au coecient de Poisson par la relation : G=µ= .
2 (1 + ν)
3.8. SOLLICITATIONS 139

Figure 3.7.1  Illustration de la réciprocité des cisaillements dans le cas particulier des facettes situées au
bord du PSD. S'il existe une contrainte de cisaillement agissant dans le plan du PSD, perpendiculairement
à son bord, alors une contrainte de cisaillement agissant sur la face latérale de la poutre dans la direction
axiale existe aussi nécessairement.

3.7.2 Contradiction sur la contrainte normale


En l'absence de force de volume (cas d'une poutre soumise à des forces de surface), l'équation locale de
−−→ →
− →

l'équilibre en mécanique des milieux continus se réduit à div σ = 0 dont la projection sur l'axe x est
∂σxx ∂σxy ∂σxz
+ + = 0. Comme les contraintes de cisaillement ne dépendraient, selon la théorie des
∂x ∂y ∂z
poutres, ni de y ni de z , il faudrait en déduire que la contrainte normale σxx ne dépend pas de x ! Là encore
ce résultat n'est pas conforme à la réalité.

3.7.3 Conséquences
Les contradictions ci-dessus montrent que la théorie des poutres fondée sur l'hypothèse de Timoshenko ne
permet pas d'atteindre les contraintes de cisaillement de façon able. On va donc renoncer temporairement
à les établir dans le cadre strict de cette théorie. On sera amené à développer deux théories dévolues au
calcul des contraintes de cisaillement : la première pour ce qui concerne le cisaillement de exion (chap. 4
page 172) et la seconde pour le cisaillement de torsion (chap. 5 page 209).

On retiendra donc les relations suivantes :

σxx (x, y, z) = Exx (x, y, z)

∂u duG dΩz dΩy


xx = = −y +z
∂x dx dx dx

 
duG dΩz dΩy
σxx = E · −y +z = σxx = E · (G − yχz + zχy ) (3.7.1)
dx dx dx

3.8 Sollicitations
3.8.1 objet
Dans ce paragraphe on cherche à résumer l'état de contrainte, et plus exactement, le champ des vecteurs
contraintes agissant sur un plan de section droite (gure 3.8.1), par les éléments de réductions d'un torseur
de force agissant sur les PSD.
140 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Figure 3.8.1  Vecteur contrainte agissant sur un PSD et ses composantes selon les axes {xyz}.

3.8.2 Contraintes généralisées


Considérons le plan de section droite (Σ) orienté par le vecteur directeur


x. Calculons les éléments de


réduction du torseur des forces agissant sur ce plan de section droite. Les vecteurs contraintes T (P, →

x)
agissant en tout point P de (Σ) constitue une densité surfacique de forces que l'on peut intégrer.


− ˜ → −
La résultante est ainsi désignée par : R = Σ T (P, →−x ) dΣ où dΣ représente un élément d'aire centré en P .

→ ˜ −−→ →−
Le moment en G vaut : M G =
Σ
GP ∧ T (P, →

x ) dΣ

− →
− →
− →
− →

En composantes, on écrit T (P, x ) = σxx (P ) x + σxy (P ) y + σxz (P ) z


− →
− →
− →
− →
− 13
Il est d'usage d'utiliser les notations  rdm  simpliées : T (P, x ) = σ (P ) x + τy (P ) y + τz (P ) z
 
x
G possède les coordonnées  0  dans le repère {Oxyz} par dénition de G.
0
 
x
P possède les coordonnées  y  dans le même repère .
z
Par conséquent on peut calculer la résultante sous la forme :
¨ ¨ ¨


R =→

x σ (x, y, z) dΣ + →

y τy (x, y, z) dΣ + →

z τz (x, y, z) dΣ
Σ Σ Σ

On introduit ainsi les 3 composantes de la résultante :


˜
1. axiale : N= σ (x, y, z) dΣ
Σ
˜
2. transversale selon y : T y = τy (x, y, z) dΣ
˜Σ
3. transversale selon z : Tz = τ (x, y, z) dΣ
Σ z
     
Mx ˜ 0 σ


En ce qui concerne le moment, on l'écrit sous forme matricielle : M G =  My  = Ω  y  ∧  τy  dΣ
Mz z τz
Soit :
˜
1. moment axial : Mx = Σ
[yτz (x, y, z) − zτy (x, y, z)] dΣ
13. On note σxx = σ , σxy = τy et σxz = τz . En théorie des poutres, lorsqu'on parle de  contraintes normales , il s'agit
implicitement des contraintes normales agissant sur un plan de section droite celles-ci étant simplement désignées par la lettre
σ .
3.8. SOLLICITATIONS 141

˜
2. moment porté par y : My = zσ (x, y, z) dΣ
˜Σ
3. moment porté par z : Mz = Σ
−yσ (x, y, z) dΣ
Les quantités N, Ty , Tz , Mx , My , Mz sont appelées  contraintes généralisées .

On distingue :

1. les contraintes généralisées normales qui ne dépendent que des contraintes normales σ = σxx ; elles
sont au nombre de 3 :
˜
(a) Eort axial : N= σ (x, y, z) dΣ
Σ
˜
(b) Moment porté par y : My = zσ (x, y, z) dΣ
˜Σ
(c) Moment porté par z : Mz =
Σ
−yσ (x, y, z) dΣ
2. les contraintes généralisées transversales qui ne dépendent que des contraintes de cisaillement τy = σxy
et τyz = σxz ; elles sont également au nombre de 3 :
˜
(a) Moment axial : Mx = [yτz (x, y, z) − zτy (x, y, z)] dΣ
Σ
˜
(b) Eort transversal selon y : T y = Σ τy (x, y, z) dΣ
˜
(c) Eort transversal selon z : Tz = Σ τz (x, y, z) dΣ

3.8.3 Singularisation du repère : sollicitations normales


Rassemblons les contraintes généralisée dépendant uniquement de la contrainte normale. Compte tenu de la
relation 3.7.1 :  ˜
 N= ˜ Σ
E · (G − yχz + zχy ) dΣ
My = ˜Σ z · E · (G − yχz + zχy ) dΣ
Mz = Σ −y · E · (G − yχz + zχy ) dΣ

Par distribution et commutativité :


 ˜ ˜ ˜
 N = G ˜Σ
EdΣ + χy Σ˜zEdΣ − χz Σ ˜ yEdΣ
2
M y = G ˜
Σ
zEdΣ + χ y ˜
Σ
z EdΣ − χ z ˜zyEdΣ
Σ
Mz = −G Σ yEdΣ − χy Σ yzEdΣ + χz Σ y 2 EdΣ

On voit donc que les contraintes généralisées sont des fonctions linéaires des déformations. Ce que l'on met
sous forme matricielle :
   ˜ ˜ ˜   
N ˜ Σ EdΣ ˜ Σ zEdΣ −˜ Σ yEdΣ G
2
 My  = 
˜Σ zEdΣ ˜Σ z EdΣ −˜ Σ zyEdΣ  ·  χy 
Mz − Σ yEdΣ − Σ zyEdΣ Σ
y 2 EdΣ χz

On remarquera la symétrie de ce système. Le temps est venu de particulariser à la fois la position du centre
G et l'orientation des axes y et z autour de x .

1. Choisissons G comme centre d'inertie de la section droite. De ce fait :


¨ ¨
zEdΣ = yEdΣ = 0
Σ Σ

2. Choisissons l'orientation des axes de sorte qu'ils soient  principaux 


14 et satisfont la condition :

¨
zyEdΣ = 0
Σ

Dans ces conditions le système matriciel se réduit à un système diagonal :


 ˜
 N = G ˜Σ
EdΣ
My = χy ˜ Σ z 2 EdΣ
Mz = χz Σ y 2 EdΣ

14. Le système d'axes xyz est qualié de système principal d'inertie.


142 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Le choix d'un système principal d'inertie découple les relations entre sollicitations et défor-
mations. A une sollicitation  correspond  ainsi une et une seule déformation et réciproque-
ment 15 .
Si, de plus, le matériau constitutif de la poutre est homogène, le module E ne dépend pas des coordonnées
x, y, z :
 ˜
 N = G E ˜Σ
dΣ = EAG
My = χy E ˜ Σ z 2 dΣ = EIy χy (3.8.1)
Mz = χz E Σ y 2 dΣ = EIz χz

expressions dans lesquelles


16 :

˜
A = ˜Σ dΣ aire de section droite
Iy = ˜Σ z 2 dΣ inertie quadratique autour de Gy
Iz = Σ y 2 dΣ inertie quadratique autour de Gz

sont les caractéristiques géométriques intrinsèques du PSD sur lesquelles nous reviendrons au Ÿ3.8.6.

Dénition 105. On appelle sollicitations normales les éléments de réduction du torseur des forces produit
par les seules contraintes normales, réduits au centre de gravité G du PSD et projetés dans le système d'axes
principaux d'inertie. Les sollicitations normales sont au nombre de trois et sont :

 ˜
 N= ˜ Σ
σ (x, y, z) dΣ Ef f ort N ormal (N )
My = ˜Σ z · σ (x, y, z) dΣ M oment F léchissant autour de y (N.m)
Mz = Σ −y · σ (x, y, z) dΣ M oment F léchissant autour de z (N.m)

3.8.4 exion plane


Lorsqu'une poutre droite présente un plan de symétrie, d'une part, et que les actions sur cette poutre agissent
dans le plan de symétrie, d'autre part, le problème de poutre est simplié du fait de la symétrie du tenseur
des contraintes, de celui des déformations et du champ de déplacement.

Supposons que {Oxy} soit plan de symétrie. Alors σ (x, y, z) = σ (x, y, −z) , τxy (x, y, z) = τxy (x, y, −z) et
τxz (x, y, z) = −τxz (x, y, −z) ; de ce fait le moment Mz est nul ainsi que l'eort tranchant Tz et le moment de
torsion Mx . Du point de vue des sollicitations, seules subsistent l'eort normal N (x), le moment de exion
Mz (x) et l'eort tranchant Tz (x).

Du point de vue des déplacements les inconnues sont uniquement vG (x), Ωz (x) et uG (x). La bre moyenne
de la poutre reste ainsi connée dans le plan de symétrie de la poutre : on dit que la exion est plane.

La classe de problèmes relevant de la exion plane est susamment importante pour que l'usage autorise
des simplications de notations comme suit :

Mz = M, Ty = T, vG = v, Ωz = Ω ou ω

Ces notations seront de nouveau introduites à l'occasion du Ÿ 3.8.7.2.

3.8.5 cas particuliers


Dans ce paragraphe, divers cas de sollicitations sont examinés. Les axes {xyz} sont axes principaux d'inertie.

15. Il convient de noter que ce découplage dont il est question ici repose sur l'homogénéité du matériau constitutif de la
poutre. S'agissant de poutres en matériaux composites formés de couches ou de bres, les règles de découplage se trouvent
complexiées. Voir les travaux de Pr. Rached El Fatmi à ce sujet.
16. Les notations employées dans ce cours n'ont pas de caractère universel et ne sont pas strictement en accord avec la norme
NF EN 1990.
3.8. SOLLICITATIONS 143

Figure 3.8.2  Divers cas de sollicitations : (a) traction pure ; (b) compression pure ; (c) torsion pure ; (d)
exion pure ; (e) exion simple ; (f ) exion composée ; (g) exion déviée.

3.8.5.1 traction pure


Le torseur des sollicitations est réduit à une seule composante d'eort normal positive , cette dernière étant
uniforme tout au long de la poutre :
( →

R = N→
−x

→ → − avec N > 0 et N unif orme
M= 0

Le vecteur contrainte est :


− N
Φ (M, →

x ) = σ (x) →

x où σ (x) = unif orme sur chaque P SD
A (x)

Si le matériau est élastique linéaire avec une limite d'élasticité valant σe , l'eort normal résistant vaut
Ne = A · σ e .
La déformation subie par la poutre est une extension dont la valeur est :

σ (x) N
 (x) = =
E EA (x)

´L N ´L 1
L'allongement d'une poutre de longueur L s'exprime donc par ∆L = 0
 (x) dx = dx ; si la
E 0 A (x)
NL
poutre présente une section uniforme d'aire A on obtient : ∆L = .
EA

3.8.5.2 compression pure


Le torseur des sollicitations est réduit à une seule composante d'eort normal négative , cette dernière étant
uniforme tout au long de la poutre :
( →

R = N→
−x
−−→ →− avec N < 0 et N unif orme
MG = 0

Sauf à vérier que l'eort normal, en valeur absolue, reste inférieur à une valeur critique Nc , la poutre peut
être aectée par un phénomène d'instabilité de forme appelé  ambement . Dans les structures, les poteaux
sont les plus susceptibles de compression.

Les phénomènes de stabilité (ambement, cloquage, déversement, instabilité d'ensemble d'une ossature) sont
généralement traités complètement dans le cours de stabilité du Master de Génie Civil. Voir le chapitre 9 du
présent ouvrage.
144 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

3.8.5.3 torsion pure


Le torseur des sollicitations est réduit à une seule composante axiale de moment , cette dernière étant
uniforme tout au long de la poutre :
( →
− →

R = 0
−−→ avec Mx unif orme
MG = Mx →

x

La distribution des contraintes de cisaillement de torsion est abordée dans le chapitre  TORSION .

3.8.5.4 exion pure


Le torseur des sollicitations est réduit à une seule composante transversale de moment selon une direction
principale (ici z ), cette composante étant uniforme tout au long de la poutre :
( →
− →

R = 0
−−→ avec Mz unif orme
MG = Mz →

z

En absence de sollicitation transversale, les contraintes de cisaillement sont nulles. Seule subsiste une
M
contrainte normale fonction de la variable y selon la loi σxx (x, y, z) = σ (y) = − y où la quantité I
I
désigne le moment d'inertie quadratique I = Iz de la section autour de l'axe principal Gz .
Comme le moment échissant est uniforme, il en est de même quant à la courbure de la poutre déformée
M
dans le plan xy : χ = est uniforme si la poutre possède une inertie constante. La déformée adopte
EI
1
donc la forme d'une courbe de courbure uniforme, c'est-à-dire la forme d'un arc de cercle de rayon R=
χ
d'autant plus petit que le moment échissant est accentué. C'est la raison pour laquelle la exion pure est
aussi parfois qualiée de circulaire.

3.8.5.5 exion simple (2D)


La exion simple correspond à la situation de la exion plane (Ÿ 3.8.4) en l'absence d'eort normal. Insistons
sur le fait que les actions agissant sur la poutre s'exercent selon un plan de symétrie qui est nécessairement
plan principal d'inertie.

Le torseur des sollicitations est réduit à une composante transversale de moment selon la direction principale
z, adjointe à une composante d'eort tranchant selon l'axe y:
( →

R = Ty (x) →

y = T (x) →

y
−−→
MG = Mz (x) z = M (x) →

− −
z
 La distribution de contrainte normale dans un plan de section droite dépend du moment échissant
dans ladite section (fonction de x) et est une fonction linéaire de la variable y (voir le Ÿ 3.5.5.1) :
M (x)
σxx (x, y, z) = σ (x, y) = − y . A noter qu'une contrainte normale positive agissant sur une
I
facette située à une cote y positive contribue négativement au moment échissant d'ensemble.


− →
− →

La distribution des contraintes de cisaillement τ (x, y, z) = τy (x, y, z) y + τz (x, y, z) z dues à la
exion est détaillée dans le chapitre  CISAILLEMENT DE FLEXION  dans ce cours.

3.8.5.6 exion composée


La exion composée combine un état de exion simple tel qu'envisagé ci-dessus avec un état de traction-
compression. Le torseur des sollicitations s'écrit :

( →

R = N (x) →

x + Ty (x) →

y = N (x) →

x + T (x) →

y
−−→ →
− →

MG = Mz (x) z = M (x) z
Il dière de celui de la exion simple par la présence de l'eort normal, ce dernier contribuant à l'expression
N (x) M (x)
de la contrainte normale : σxx (x, y, z) = σ (x, y) = − y .
A I
3.8. SOLLICITATIONS 145

3.8.5.7 exion déviée

La exion déviée associe les exions dans les deux plans xy et xz . Dans chaque plan le moment échissant
est naturellement associé à son eort tranchant.

Le torseur des sollicitations s'écrit donc :

( →

R = Ty (x) →

y + Tz (x) →

z
−−→
MG = My (x) y + Mz (x) →

− −
z

Les moments échissants contribuent au développement de la contrainte normale (Ÿ 3.5.5.1) et les eorts
tranchants à celui des contraintes de cisaillement de exion (chapitre 4).

3.8.6 caractéristiques géométriques d'un plan de section droite


Il convient d'insister ici sur le fait que les sollicitations, en particulier les sollicitations normales, sont dé-
nies dans le système d'axes principaux d'inertie de la poutre. Le calcul des sollicitations normales requiert
l'évaluation de certaines caractéristiques géométriques du PSD
17 : l'aire de section droite A et les inerties
principales Iy Iz . L'évaluation de ces deux
et dernières grandeurs nécessite la détermination de la position
du centre d'inertie G et l'orientation des axes principaux d'inertie.

L'objectif de ce paragraphe est de donner une méthode de détermination de ces caractéristiques.

Figure 3.8.3  Plan de section droite. A gauche : repère quelconque rs centré en O et repère uv , parallèle
au précédent, centré au centre d'inertie G. A droite : rotation du repère uv autour de Gx d'un angle α0 pour
former le système d'axes principaux d'inertie Gyz .

3.8.6.1 Aire de section droite

Dénition 106. L'aire de section droite A est simplement la somme des petits éléments de surface dΣ
composant le PSD. Le résultat est un invariant et ne dépend pas du système de projection. D'un point de
vue formel on écrit : ¨
A= dΣ
Σ

˜
Par exemple, A= Σ
dr · ds dans le système {Ors}. On rappelle que l'intégrale de surface se calcule comme
une intégrale double, puis comme une double intégrale, après avoir précisé les bornes d'intégration (gure

17. NOTE : Le calcul des sollicitations transverses nécessitera le calcul d'autres caractéristiques comme cela sera vu dans les
chapitres consacrés au cisaillement.
146 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

3.8.4). Dans le repère cartésien {Ors} on aurait une intégrale de la forme :

 

max ˆ (s)
rsup sˆ
max sˆ
max

A= dr  ds = [rsup (s) − rinf (s)] ds = h (s) ds


 

smin rinf (s) smin smin

D'autres découpages du PSD Σ sont naturellement possibles.

Figure 3.8.4  Décomposition d'un PSD Σ en parties élémentaires dΣ et bornage des bandes parallèles à
l'axe Or lorsque l'abscisse s parcourt le prol depuis smin jusqu'à smax . Le même schéma peut être fait en
privilégiant des bandes parallèles à l'axe Os. La décomposition doit être adaptée aux cas d'espèces : présence
de cavité, prol présentant une concavité...

Dans la plupart des situations le PSD (Σ) se décompose en gures géométriques simples (rectangulaires le
plus souvent) et le cumul des aires de ces gures permet d'éviter de manipuler des intégrales doubles.

Figure 3.8.5  Plan de section droite en forme de cornière. (a) à gauche : cornière épaisse. (b) à droite :
cornière mince.

Considérons la gure 3.8.5 représentant une  cornière  ; celle-ci est composée de deux rectangles. Dans le
cas général (a) l'aire A vaut A = b1 × h1 + b2 × h2 . Mais dans le cas du prol mince où l'épaisseur e est
négligeable devant la longueur L (e  L) on peut écrire A = L1 × e1 + L2 × e2 sans se préoccuper du petit
rectangle d'aire e1 × e2 situé à l'intersection des deux ailes parce qu'il forme un inniment petit d'ordre
supérieur.
3.8. SOLLICITATIONS 147

3.8.6.2 Position du centre de gravité ou centre d'inertie - moments statiques


Dénition 107. Le centre de gravité G (ou centre d'inertie lorsque la section est homogène) est le point
du PSD de moment statique nul : ¨
−→ −−→ →

SG = GP · dΣ = 0
Σ

Par exemple, supposons la géométrie du PSD dénie dans le système d'axes {Ors} centré sur O dans
lequel les coordonnées de G sont (rG , sG ). Alors la relation précédente peut être ré-écrite sous la forme
˜ −−→ −−→ →

Σ
GO + OP · dΣ = 0 . Par conséquent :

−→ ¨
−−→ SG 1 −−→
OG = = OP · dΣ
A A
Σ

1 ˜ 1 ˜
Ce qui détermine les coordonnées de G : rG = r · dΣ et sG = s · dΣ . Dans ces expressions les
˜ ˜ A Σ A Σ
deux intégrales Ss = Σ
r · dΣ et Sr = Σ s · dΣ représentent respectivement les moments statiques du PSD
par rapport aux axes Gs et Gr .

Théorème 108. 1er théorème de Huygens


18 : le moment statique d'un PSD par rapport à un axe est égal
au produit de l'aire du PSD par la distance (algébrique) qui sépare le CD dudit axe.

Ss = rG × A et Sr = sG × A

De nouveau, dans le cas où le PSD résulte de la juxtaposition de formes simples, on peut s'aranchir du
calcul des intégrales doubles. Il sut de cumuler les moments statiques (autour du même axe) des diérentes
parties composant le PSD. Pour illustrer cela, on se rapporte à l'exemple donné par la cornière de la gure
3.8.5.

1. Cas de la cornière épaisse : Ss = Ss1 + Ss2 (somme des moments statiques de chaque rectangle).
h1 h2 1 
Ss1 = A1 × et Ss2 = A2 × avec A1 = h1 × b1 et A2 = h2 × b2 de sorte que Ss = b1 h21 + b2 h22
2 2 2
Ss 1 b1 h21 + b2 h22
et, par voie de conséquence, rG = = × . On procède de même pour sG .
A 2 b1 h1 + b2 h2
1
2. Cas de la cornière mince : Ss2 = e2 L22 et Ss1 ' 0 (terme en L1 e21 négligeable devant le terme L22 e2 ).
2
1 e2 L22
Donc rG = × .
2 e1 L1 + e2 L2

3.8.6.3 Orientation du repère principal et inerties principales - cercle de Mohr des inerties
Dénition 109. Le repère principal d'inertie est le repère {yz} centré sur le centre d'inertie G tel que le
produit d'inertie Πyz soit nul
19 :
¨
Πyz = yz · dΣ = 0
Σ

Remarque 110. Un axe de symétrie est obligatoirement axe principal


20 .

Dans ce paragraphe on s'attache, en l'absence de symétrie, à la détermination de l'orientation des axes


principaux {yz} par rapport à des axes {uv} choisis arbitrairement ainsi qu'à la détermination des inerties
principales. Pour se faire, il faudra  passer  d'un repère à l'autre (voir la gure 3.8.3).

18. Christiaan Huygens (1629-1695) mathématicien, astronome et mécanicien Néerlandais à l'origine de la notion de quan-
tité de mouvement ou, selon l'expression de l'époque, des  forces vives .
˜
19. Dans ce paragraphe on adopte la notation : Πst = Σ st · dΣ
20. La démonstration est immédiate puisque la symétrie du PSD par rapport à un axe rend la coordonnée transversale
impaire ; de ce fait les intégrales calculées sur chaque moitié de PSD sont opposées.
148 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Changement d'axe par translation : on considère les systèmes d'axes parallèles {rs} et {uv} respec-
tivement centrés en O G centre d'inertie. La position d'un point P quelconque s'établit dans le
choisi et
−−→ →
− →
− −−→ →
− →

1er système par le vecteur OP = r u + s v et dans le second par le vecteur GP = u u + v v . Comme
−−→ −−→ −−→
GP = OP − OG, on voit que u = r − rG et v = s − sG . Ces deux dernières relations expriment la trans-
formation des coordonnées de P par translation de base. Calculons l'inertie du PSD autour de Os, alors
˜
Is = Σ r2 dΣ ; soit :
¨ ¨ ¨ ¨
2 2
Is = (rG + u) dΣ = rG dΣ + 2rG udΣ + u2 dΣ
Σ Σ Σ Σ

Puisque G est centre d'inertie, la seconde intégrale est nulle et donc :

2
Is = Iv + rG ×A
On démontrerait une relation analogue pour l'inertie autour de Or 21 .
Ir = Iu + s2G × A

Ces deux dernières relations montrent que les moments d'inertie sont minimaux lorsque les axes par rapport
auxquels ils sont calculés passent par le centre d'inertie. Cette remarque permettrait de dénir le centre
d'inertie en tant que point de concours des axes d'inerties minimales.

Théorème 111. 2ème théorème de Huygens : L'inertie d'un PSD par rapport à un axe ∆ est égal à
l'inertie du PSD par rapport à l'axe δ parallèle et passant par le CdG augmentée du produit de l'aire du PSD
par le carré de la distance des deux axes.

2
Is = Iv + rG ×A et Ir = Iu + s2G × A

Déterminons la relation de changement d'axes par translation pour ce qui concerne le produit d'inertie :
¨ ¨ ¨ ¨ ¨ ¨
Πrs = rsdΣ = (rG + u) (sG + v) dΣ = rG sG dΣ +rG vdΣ +sG udΣ + uvdΣ
Σ Σ Σ Σ Σ Σ
| {z } | {z } | {z } | {z }
A Su =0 Sv =0 Πuv

parmi ces intégrales, on reconnaît, dans l'ordre : l'aire de section droite, les moments statiques par rapport
aux axes {Gu} et {Gv} et le produit d'inertie par rapport à ces mêmes axes. Puisque G est centre d'inertie
les moments statiques sont nuls. Il reste donc :

Πrs = Πuv + rG sG × A
chacun des termes, hormis A, pouvant être négatif.

Changement d'axe par rotation : On considère le système d'axes {Guv} centré sur le centre d'inertie
en tant que repère de référence. Soit {Gyz} le repère obtenu par rotation d'un angle α autour de Gx du
repère {Guv}.
−−→
Considérons un point P quelconque du PSD. Le vecteur GP peut être exprimé soit dans le repère de référence
{Guv}, soit dans le repère pivoté {Gyz}. Pour cela il faut exprimer les vecteurs de la première base dans la
seconde :
 →

y = cos α→
−u + sin α→
−  →

v y = c→

u + s→
−v

− ou en posant s = sin α et c = cos α
z = − sin α u + cos α→

− −
v →

z = −s u + c→

− −
v
−−→
Comme GP = u→

u + v→

v = y→

y + z→

z , il vient :
 
u = cy − sz y = cu + sv

v = sy + cz z = −su + cv

On peut maintenant évaluer l'inertie par rapport à Gy , l'inertie par rapport à Gz et le produit d'inertie par
rapport aux axes orthogonaux directs yz .

21. On remarquera que les inerties calculées par rapport aux axes passant par le centre d'inertie sont minimales
3.8. SOLLICITATIONS 149

 Tout d'abord calculons l'inertie Iz = Λyy autour de Gz 22 :


¨
Iz = Λyy = y 2 dΣ
Σ

Par changement de base :


¨ ¨ ¨ ¨
2
Λyy = (cu + sv) dΣ = c2 u2 dΣ + 2cs uvdΣ + s2 v 2 dΣ
Σ Σ Σ Σ

On voit apparaître les termes suivants :


 ˜
 Iv = Λuu = ˜ Σ u2 dΣ inertie autour de Gv
2
Iu = Λvv
˜ = Σ
v dΣ inertie autour de Gu
Πuv = Σ uvdΣ produit d0 inertie par rapport aux axes Guv

soit :
Λyy = c2 Λuu + s2 Λvv + 2csΠuv
et on montrerait de la même manière que :

Λzz = s2 Λuu + c2 Λvv − 2csΠuv


Le terme 2cs = 2 cos α sin α évoque immanquablement l'angle double 2α. En eet, on se rappelle les
relations dites de l'angle double comme suit :

sin 2α = 2 sin α cos α = 2cs 1 1
et donc : c2 = (1 + cos 2α) et s2 = (1 − cos 2α)
cos 2α = cos2 α − sin2 α = c2 − s2 2 2
Ce qui permet eectivement d'exprimer Λyy en fonction de l'angle double :
a
 
z }| { b
1 1 z}|{ 
Λyy = (Λuu + Λvv ) +  (Λuu − Λvv ) cos 2α + Πuv sin 2α
2  2 

Le groupe formé par les deux derniers termes, dans le crochet, prend la forme :

1
a cos 2α + b sin 2α où a = (Λuu − Λvv ) et b = Πuv
2
que l'on ré-écrit de la façon suivante :
 
p a b
a cos 2α + b sin 2α = a2 + b2 √ cos 2α + √ sin 2α
a 2 + b2 a2 + b2
On introduit l'angle α0 tel que :

a b b
cos 2α0 = √ et sin 2α0 = √ et, donc, tan 2α0 =
a2 +b 2 a + b2
2 a
Par conséquent le groupe a cos 2α + b sin 2α devient
23 :

R
p z }| {
p
a cos 2α + b sin 2α = a2 + b2 (cos 2α cos 2α0 + sin 2α sin 2α0 ) = a2 + b2 cos (2α0 − 2α)
En résumé, en supposant que Λuu 6= Λvv :

1


 I0 = (Λuu + Λvv ) > 0

 2q
 1 2 2
Λyy = I0 + R cos (2α0 − 2α) où R= (Λuu − Λvv ) + (2Πuv ) > 0
 2


 tan 2α0 =
 2Πuv
˜
Λuu − Λvv
Λuu = 2
22. On adopte la notation 'lambda'
˜ Σ u dΣ lorsque l'intégrande est formé avec le carré de la variable u et la notation
'pi' Πuv =Σ uvdΣ quand les deux variables u et v sont diérentes (et transverses). Par conséquent Λuu est le moment d'inertie
par rapport à l'axe transverse à u et donc Λuu = Iv et, naturellement Πuv correspond au produit d'inertie.
23. On rappelle que : cos (α − β) = cos α cos β + sin α sin β
150 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

 De la même façon calculons calculons le produit d'inertie Πyz 24 :


¨ ¨
Πyz = yzdΣ = (cu + sv) (−su + cv) dΣ
Σ Σ

soit :  
¨ ¨  ¨
 
2
v dΣ + c2 − s2
2

Πyz = −cs  u dΣ − uvdΣ
 
 
Σ Σ  Σ
| {z } | {z } | {z }
Λuu Λvv Πuv

employons de nouveau l'angle double


25 :

1 p
Πyz = − sin 2α × (Λuu − Λvv ) + cos 2α Πuv = a2 + b2 (− sin 2α cos 2α0 + cos 2α sin 2α0 )
|2
|{z}
b
{z }
a

ainsi : p
Πyz = a2 + b2 sin (2α0 − 2α)
et, donc :
Πyz = R sin (2α0 − 2α)
 A partir des résultats qui précèdent, introduisons la transformée de Mohr M de la façon suivante :
A tout repère {Gyz} incliné de l'angle α {Guv} on associe un
par rapport au repère de référence
point P du plan ane image (∆) dont les coordonnées sont formées par l'inertie Λyy autour de Gz
(abscisse) et le produit d'inertie Πyz par rapport à l'axe Gy et par rapport à l'axe orthogonal direct
Gz (ordonnée) :
 
Λyy (α)
M : α 7−→ P ∈ (∆) tq P (α) =
Πyz (α) {Λ,Π}

Les coordonnées du point P (α) sont donc :

1


 I0 = (Λuu + Λvv )
  
 2
Λyy = I0 + R cos (2α0 − 2α) 1
 q
2 2
P (α) = avec R= (Λuu − Λvv ) + (2Πuv )
Πyz = R sin (2α0 − 2α)  2


 tan 2α0 =
 2Πuv
Λuu − Λvv
Par conséquent, le point P décrit un cercle de centre C (I0 , 0) sur l'axe Π et de rayon R lorsque l'angle
α varie 26 . Ce cercle s'appelle cercle de Mohr des inerties. Quand le repère Gyz tourne d'un angle
α dans le sens direct, le point représentatif correspondant P (α) tourne le long de la circonférence du
cercle d'un angle égal à −2α (donc dans le sens opposé).
Le point P0 correspondant au repère initial {Guv} correspond à l'angle α = 0 ; il a pour coordonnées :
 
Λuu = I0 + R cos 2α0
P0 = P (0) =
Πuv = R sin 2α0
π
Le point P1 correspondant à l'angle α= est associé au repère {Gv, −u} 27 . Ses coordonnées sont :
2
π    
I0 + R cos (2α0 − π) Λzz = I0 − R cos 2α0
P1 = P = =
2 R sin (2α0 − π) −R sin 2α0
car on montre très aisément que :

Iy = Λzz = I0 − R cos 2α0


Ces deux points sont diamétralement opposés et dénissent totalement le cercle de Mohr.

24. Noter qu'un produit d'inertie peut être négatif.


25. On rappelle que : sin (α − β) = sin α cos β − cos α sin β
26. On voit en eet que les coordonnées du point P satisfont l'équation [Λyy − I0 ]2 + Π2yz = R2 .
π
27. En eet si le repère {Guv} tourne de + , l'axe u est rabattu sur v mais l'axe v est rabattu sur −u ! !
2
3.8. SOLLICITATIONS 151

 Inerties principales : elles correspondent aux points de produit d'inertie nul : Πyz = R sin (2α0 − 2α) =
0 donc quand 2 (α0 − α) = kπ c'est à dire quand

π
α = α0 − k
2
On voit ainsi que les axes principaux sont orthogonaux entre eux. Dans ces conditions les inerties
principales sont respectivement maximale et minimale. Elles correspondent aux abscisses des points
d'intersection du cercle de Mohr avec l'axe Π :

Λmax = I0 + R et Λmin = I0 − R
Ces valeurs mini et maxi sont aectées aux axes principaux Gyz .
Théorème 112. Les axes principaux d'inertie sont orthogonaux entre eux. Les inerties principales sont
maximale et minimale.

 Construction pratique du cercle de Mohr des inerties :


Note : La construction qui suit est proposée dans le cas où Λuu > Λvv et Πuv > 0.

Figure 3.8.6  Cercle de Mohr des inerties. {uv} est un repère centré au CdG choisi arbitrairement ou pour
des considérations de simplicité géométrique tandis que {yz} est le système d'axes principal. Par exemple,
dans le cas d'une cornière, il est simple d'adopter des axes u et v parallèles aux ailes mais ces axes ne sont
pas principaux et sont donc inappropriés pour dénir les sollicitations (voir le Ÿ.3.8.6.7).

1. tracer les axes Λ(abscisses) et Π (ordonnées), choisir une échelle (en mm pour m4 ) ;
2. calculer l'inertie Iv = Λuu par rapport à l'axe Gv ainsi que le produit d'inertie Πuv ; reporter le point
P de coordonnées {Λuu , Πuv } dans le plan de Mohr ;
0
3. calculer l'inertie Iu = Λvv par rapport à l'axe Gu ; reporter le point P de coordonnées {Λvv , −Πuv }
dans le plan de Mohr ;

4. déterminer le centre du cercle de Mohr P0 en tant que milieu du segment [P P 0 ] ; celui-ci est obliga-
1
toirement situé sur l'axe des Λ ; son abscisse vaut I0 = (Λuu + Λvv ) ;
2
1
q
2 2
5. tracer le cercle de Mohr de centre P0 et de rayon R = |P0 P | = (Λuu − Λvv ) + (2Πuv ) ;
2
6. le cercle de Mohr intercepte l'axe des Λ en deux endroits correspondant aux inerties principales
Iz = Λyy et Iy = Λzz ;
7. relever l'inclinaison de [P0 P ] avec l'axe Λ ; c'est, au signe près, le double de l'inclinaison des axes
principaux d'inertie par rapport au système d'axes {uv} initial.

8. par diverses projections et relations élémentaires dans des triangles-rectangles déduire toute autre
grandeur utile le cas échéant.
152 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

3.8.6.4 Représentation de Mohr alternative


Nous avons déni la transformation de Mohr par :
 
Iz = Λyy (α)
M : α 7−→ P ∈ (∆) tq P (α) =
Πyz (α) {Λ,Π}

Nous aurions pu prendre cette autre convention :


 
0 Iy = Λzz (α)
M : α 7−→ P ∈ (∆) tq P (α) =
Πyz (α) {Λ,Π}

Les coordonnées du point P (α) guratif du repère {yz} incliné de α par rapport au repère de référence {uv}
seraient alors :  
Λyy = I0 + R cos (2α0 + 2α)
P (α) =
Πyz = R sin (2α0 + 2α)
avec les mêmes dénitions que précédemment pour les grandeurs I0 , R mais avec α0 déni par :

Πuv Πuv
tan 2α0 = =
Iu − Iv Λvv − Λuu
Par conséquent, le point P décrit encore un cercle de Mohr de centre C (I0 , 0) sur l'axe Π et de rayon R
lorsque l'angle α varie mais, cette fois, quand le repère Gyz tourne d'un angle α dans le sens direct, le point
représentatif correspondant P (α) tourne le long de la circonférence du cercle d'un angle égal à +2α (donc
dans le même sens).

Ce mode de représentation est moins répandu dans la littérature spécialisée.

3.8.6.5 Axes principaux d'inertie en résumé


La méthodologie de caractérisation des axes principaux d'inertie relève des étapes suivantes
28 :

1. Soit Ors un système d'axes orthogonal arbitraire dans lequel le PSD est déni, tel que


x,→

r ,→

s
forment un trièdre direct.

2. déterminer l'aire du PSD ;

3. déterminer les moments statiques du PSD par rapport aux axes de référence initiaux Ors ;
4. déduire le centre de gravité G et dénir le système centré Guv avec Gu k Or etGv k Os ;
5. calculer les inerties quadratiques et le produit d'inertie dans le repère initial Ors ;
6. appliquer le théorème de Huygens pour déduire les quantités correspondantes dans le repère centré
Guv ;
7. obtenir le système principal d'inertie Gyz par rotation de α0 algébrique tel que :

2Πuv i π πh
tan 2α0 = α0 ∈ − , +
Λuu − Λvv 2 2
8. les inerties principales sont alors :

Λuu + Λvv Λuu − Λvv Λuu + Λvv Λuu − Λvv


Iz = Λyy = + et Iy = Λzz = −
2 2 cos 2α0 2 2 cos 2α0

Illustration 1 Cas où Πuv > 0 - Voir la gure 3.8.7.

Illustration 2 Cas où Πuv < 0 - Voir la gure 3.8.8.

3.8.6.6 Exemple 1 : section triangulaire pleine


On considère une poutre de section droite en forme de triangle droit de base b et de hauteur h (gure 3.8.9).
La question de la détermination des caractéristiques géométriques est posée.

28. Les relations de ce résumé sont valides quelque soit le signe de Πuv et celui de Λuu − Λvv .
3.8. SOLLICITATIONS 153

Figure 3.8.7  Cercle de Mohr des inerties dans le cas où Πuv > 0.

Figure 3.8.8  Cercle de Mohr des inerties dans le cas où Πuv < 0.

Aire de section droite L'aire d'un triangle est naturellement connue. On peut toutefois trouver prétexte
à révision au calcul d'une intégrale double :

¨
A= dΣ

en découpant le triangle en bandes verticales :

ˆb
A= h (s) ds
s=0

s
la hauteur de la bande située à la cote s est égale à h (s) = h (variation linéaire de 0 à h sur une longueur
b
b). Par conséquent :

ˆb  2 b
h h s 1
A= s ds = × = bh
b b 2 0 2
0

Moments statiques Là encore il est connu que le centre de gravité d'un triangle est situé au 1er tiers de
la base et, ce, dans les deux directions. Envisageons néanmoins le calcul formel des moments statiques.
154 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Moment statique par rapport à l'axe Or :

¨ ˆb ˆb
h 2 1
Sr = s dΣ = s · h (s) ds = s ds = hb2
b 3
Σ s=0 0

On peut ainsi déduire la coordonnée sG du centre d'inertie :

1 2
Sr hb 2
sG = = 3 = b
A 2 3
hb
3

soit aux deux tiers de la pointe O comme prévu.

Le moment statique par rapport à l'axe Os est calculé en découpant le triangle par des bandes parallèles à
l'axe Os :
¨ ˆh
Ss = r dΣ = r · b (r) dr
Σ r=0
 r
La largeur de la bande située à la cote r est égale à b (r) = b 1 − et donc :
h
ˆh  2 h
 r r r3 1
Ss = rb 1 − dr = b − = bh2
h 2 3h 0 6
0

La cote rG du centre d'inertie est donc :

1 2
Ss bh 1
rG = = 6 = h
A 1 3
bh
2

Les axes {Guv} sont maintenant déterminés.

Figure 3.8.9  Cercle de Mohr des inerties dans le cas où Πuv < 0.

Calcul des inerties et du produit d'inertie dans le système {Ors} Inertie par rapport à l'axe Or :

¨ ˆb ˆb
2 2 h 3 1
Ir = s dΣ s · h (s) ds = s ds = hb3
b 4
Σ s=0 0
3.8. SOLLICITATIONS 155

Inertie par rapport à l'axe Os :

¨ ˆh ˆh  3 h
2 2 2 r
 r r4 1 3
Is = r dΣ = r · b (r) dr = r b 1− dr = b − = bh
h 3 4h 0 12
Σ r=0 0

Produit d'inertie dans {Ors} :

h
 h

¨ ˆb ˆb s ˆb ˆb s
Irs = rs dΣ = rs dr ds = s r dr ds
 

Σ s=0 r=0 s=0 r=0

on intègre en deux temps :

ˆb 2  b
1 h2 s4

1 h 1
Irs = s s ds =
2
= b2 h2
2 b 2b 4 0 8
s=0

Translation au repère {Guv} Les moment quadratiques sont rapportés au système d'axes parallèles
{Guv} par application des formules de Huygens.

Inertie par rapport à l'axe Gu :


 2  
1 2 1 1 2 1 3
Iu = Ir − s2G A = hb3 − b × bh = − hb3 = hb
4 3 2 4 9 36

Inertie par rapport à l'axe Gv :


 2  
2 1 3 1 1 1 1 1 1 3
Iv = Is − rG A = bh − h × bh = − bh3 = bh
12 3 2 6 2 3 36

Produit d'inertie aux axes Guv :


1 2 2 2 1 1 1 2 2
Iuv = Irs − rG sG A = b h − b × h × bh = b h
8 3 3 2 72
On notera la symétrie des formules obtenues pour Iu et Iv .

Inerties principales et directions principales d'inertie L'étude sera eectuée pour diérents ratios
h
hauteur/base et nous poserons : ξ= par la suite. Ainsi :
b
2 4 2 3 4 1 2 4
Iu = Λvv = ξb Iv = Λuu = ξ b Iuv = Πuv = ξ b >0
72 72 72
b4
toutes les grandeurs sont positives et dénies au facteur près.
72
Angle de rotation α0 = →

u,→
\ −
y tel que

2Πuv 2Iuv ξ2 ξ
tan 2α0 = = = 3 = 2
Λuu − Λvv Iv − Iu ξ −ξ ξ −1
Dans le cas particulier où b = h c'est-à-dire quand ξ = 1 on voit que : tan 2α0 = ∞ c'est donc que
π π
α0 = +k . Dans ce cas les axes principaux d'inertie respectent la symétrie.
4 2
Valeur des inerties principales :
 cas où ξ > 1 , h > b, Iv >qIu :
Iu + Iv 1 Iu + Iv 1
q
2 2 2 2
Iz = Λyy = + (Iu − Iv ) + 4Iuv > Iy = Λzz = − (Iu − Iv ) + Iuv
2 2 2 2
 cas où ξ < 1 , h < b, Iu > Iv :

Iu + Iv 1 Iu + Iv 1
q q
2 2 2 2
Iz = Λyy = − (Iu − Iv ) + 4Iuv < Iy = Λzz = + (Iu − Iv ) + 4Iuv
2 2 2 2
 cas où ξ = 1 , h = b , Iu = Iv :

b4 b4
Iz = Iu + Iuv = > Iy = Iu − Iuv =
24 72
156 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

3.8.6.7 Exemple 2 : cornière à ailes inégales


Dans cet exemple on envisage le calcul des caractéristiques d'un prol mince. Il s'agit d'une cornière métal-
lique à ailes inégales et d'épaisseur uniforme dont les dimensions sont régies par la norme NF EN 10056-1.

Un prolé industriel laminé à chaud La société Arcelor-Mittal ® propose ce type de prolé à son
catalogue (gure 3.8.10). Intéressons-nous tout particulièrement à la référence L 200 × 100 × 10.

Figure 3.8.10  Extrait du catalogue de cornières de la société Arcelor-Mittal ® . Page des dimensions : la
sélection concerne la cornière L 200 × 100 × 10.

Le catalogue fournit diverses informations que nous nous proposons de retrouver par calcul sur un modèle
simplié. Ces informations sont :
 G la masse linéique en kg/m ;
 h la hauteur de la grande aile en mm ;
 b la longueur (base) de la petite aile en mm ;
 t (thickness) l'épaisseur en mm ;
 r1 et r2 le rayon des congés de raccordement en mm ;
 A l'aire de section droite en cm2 ;
 ys et zs la position du centre d'inertie relativement et respectivement à la grande aile et à la petite
aile, en cm ;
 u1 , u2 , v1 et v2 sont les côtes des bres extrêmes du prolé dans le système d'axes principal. Indirec-
tement ces côtes renseignent sur l'orientation des axes principaux d'inertie. En eet, on peut observer

°
que :
v1 + v2 = h cos α0 + b sin α0 ⇒ 2.189 = 2 cos α0 + sin α0 ⇒ α0 = 14.8
A noter que les axes y et z gurant sur le schéma Arcelor sont parallèles aux ailes et ne correspondent pas
aux axes principaux qui, eux, sont notés u et v .

Le catalogue donne également les informations sur les moments de premier et de second ordre dans une
deuxième page (gure 3.8.11).

Y gurent :
 Iy et Iz les inerties par rapport aux axes centrés au CDG mais parallèles aux ailes, en cm4 ;
 iy et iz les rayons de giration 29 correspondants, en cm ;
29. Rayon de giration = rayon i du cercle de même aire
r A que le prolé et dont l'inertie polaire correspond à l'inertie I dans
I
la direction donnée : i2 A = I et par conséquent : i= .
A
3.8. SOLLICITATIONS 157

Figure 3.8.11  Extrait du catalogue de cornières de la société Arcelor-Mittal ®


. Page des moments.

 Wel.y et Wel.z les moments statiques par rapport à ces mêmes axes, en cm3 ;
 Iu et Iv les inerties principales, en cm4 ;
 iu et iv les rayons de giration correspondants, en cm ;
 α l'angle de basculement des axes principaux par rapport aux ailes de la cornière, en degré d'angle ;

Modèle de calcul Nous adoptons une géométrie très simpliée constituée de deux rectangles minces sans
congé (gure 3.8.12).

Figure 3.8.12  Modèle de cornière mince adopté pour la calcul des caractéristiques approchées.

Les dimensions sont t = 10 mm, b = 100 mm et h = 2b = 200 mm. Dans les calculs nous admettrons
l'approximation t  b, h ; autrement dit la quantité t sera systématiquement négligée devant b ou h.

Aire L'aire est approximée en tant que périmètre multiplié par l'épaisseur :

A ' (b + h) t = 3bt
158 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

La valeur numérique approchée est donc : A = 3 × 100 × 10 mm2 = 3000 mm2 = 30 cm2 au lieu de 29.2 cm2
sur le catalogue (erreur +2.7%).

Moments statiques et position du centre d'inertie


1. Moment statique par rapport à l'axe Or : le prol est composé de deux ailes. Le moment statique de
b
la petite aile est égal à son aire bt multipliée par la distance de son cdg à l'axe Or c'est à dire (à
2
t
± près). Le moment statique de la grande aile, confondue avec l'axe Or, est un terme en t2 et donc
2
négligeable. Il reste :
1 2
Sr = b t
2
La distance entre le centre d'inertie et la grande aile est donc :

1 2
Sr b t b
sG = = 2 =
A 3bt 6
100
dont la valeur numérique est : sG = mm = 1.67 cm, valeur qu'il conviendrait d'augmenter de la
6
demi-épaisseur pour être comparable à la valeur ys du catalogue. On obtient ainsi 2.17 cm au lieu de
ys = 2.01 cm.
2. Moment statique par rapport à l'axe Os. Suivant le raisonnement précédent, il vient :

1 2
Ss = h t = 2b2 t
2
Distance du CDG à la petite aile :
Ss 2b2 t 2b
rG = = =
A 3bt 3
t
soit une valeur numérique de : rG = 6.67 cm, valeur majorée de pour être portée à 7.17 cm compa-
2
rable à la valeur zs = 6.93 cm du catalogue.

Inerties et produit d'inertie dans la base Ors


1. Inertie
30 par rapport à Or :
1 3
Ir = b t
3
2. Inertie par rapport à Os :
1 3 8
Is = h t = b3 t
3 3
3. Produit d'inertie
31 par rapport à Ors :
Irs = 0

Changement de base par translation en G Appliquant les formules de Huygens, on déduit les quantités
suivantes :

1. Inertie par rapport à Gu :

 2  
1 3 b 1 3 3 1
Iu = Λvv = Ir − s2G A = b t− × 3bt = − b t = b3 t
3 6 3 36 4

valeur numérique : Iu = 250 cm4 à comparer à la valeur Iz = 210, 3 cm4 .


´H
30. L'inertie quadratique d'un rectangle de hauteur H et de base B par rapport à sa base est égale à Ibase = 0 y 2 B dy =
BH 3
.
3
31. Sur la petite aile la côte r est nulle
˜ donc le produit rs est nul et sur la grande aile c'est la côte s qui est nulle. Le produit
d'inertie dont l'expression est Irs = Σ rs dΣ vaut donc zéro.
3.8. SOLLICITATIONS 159

2. Inertie par rapport à Gv :

 2
2 8 3 2b 4 3
Iv = Λuu = Is − rG A= b t− × 3bt = b t
3 3 3

valeur numérique : Iv = 1333 cm4 à comparer à la valeur Iy = 1219 cm4 .


3. Produit d'inertie par rapport à Guv :

2b b 1
Iuv = Πuv = Irs − rG sG A = 0 − × × 3bt = − b3 t
3 6 3
valeur non renseignée au catalogue.

Inerties principales et directions principales d'inertie Le cas traité correspond à la situation où


Λuu > Λvv et Πuv < 0 (gure 3.8.8).
 Angle de basculement :

1
2Πuv −2 ×
tan 2α0 = = 3 = − 8 = 0.615385
Λuu − Λvv 4 1 13

3 4
°
°
c'est donc que l'axe Gy s'obtient par rotation de α0 = −15.8 (dans le sens horaire) de l'axe Gu (au
lieu de 14.8 selon le catalogue).
 Inerties principales :
 
Iu + Iv 1 1 4 3 19 3
I0 = = + b t= b t = 0.792 b3 t
2 2 4 3 24
s 2  2
1 1 4 1 1
q
2
R= 2
(Iv − Iu ) + 4Iuv = − +4× b3 t = 0.636 b3 t
2 2 3 4 3
Iz = Λyy = I0 + R = 1.428 b3 t et Iy = Λzz = I0 − R = 0.156 b3 t
En valeur numérique :
Iz = 1428 cm4 et Iy = 156 cm4
à comparer respectivement aux valeurs du catalogue :

Iu = 1294 cm4 et Iv = 134.5 m4

En conclusion la modélisation de la cornière par deux rectangles minces donne des valeurs de caractéristiques
approchées par excès mais cependant assez réalistes des grandeurs réelles.

3.8.6.8 Quelques cas particuliers


Les trois cas envisagés ci-après ont ceci de particulier que tout axe centré sur le centre d'inertie est axe
principal d'inertie. Le cercle de Mohr des inerties est réduit à un point car tous les produits d'inerties sont
nuls et toutes les inerties sont égales.

PSD à symétrie de révolution On considère un PSD circulaire (disque plein) de rayon R et de diamètre
φ = 2R. Le centre d'inertie est confondu avec le centre géométrique du cercle. L'inertie polaire est égale à :
¨
IO = ρ2 dΣ
Σ

où ρ désigne le rayon polaire ρ ∈ [0, R]. Ainsi :

ˆR
πR4
IO = ρ2 × 2πρ dρ =
2
ρ=0
160 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Figure 3.8.13  Quelques cas où la direction des axes principaux est indiérente : (a) disque, (b) carré, (c)
étoile à trois branches. Pour tous ces PSD le cercle de Mohr est réduit à un point.

Comme ρ2 = y 2 + z 2 , on voit que IO = Iy + Iz et, d'autre part, la symétrie impose que Iy = Iz . Par
conséquent :
IO πR4
Iy = Iz = =
2 4

soit en termes de diamètre :


πφ4
Iy = Iz =
64

PSD carré Pour un PSD carré de coté a les inerties par rapport aux médianes formant axes de symétrie
valent toutes deux :
ˆa/2
+
a4
Iy = Iz = y 2 a dy =
12
y=−a/2

Le moment d'inertie par rapport à ces axes est nul par symétrie. Ce qui est conrmé en observant que les
diagonales forment elles-mêmes un autre système d'axes orthogonaux symétriques. Le cercle de Mohr est
donc réduit en un point. Tout axe passant par le centre du carré est axe principal.

PSD à symétrie impaire On considère un PSD à symétrie impaire, par exemple parce qu'il comporte
un nombre impair de branches égales radiales formant les rayons d'une roue. On peut observer que tout axe
passant par le centre géométrique et parallèle à l'une quelconque des branches est axe de symétrie et, donc,
axe principal. De plus le moment d'inertie par rapport à un tel axe est le même pour toutes les branches.

Pour une roue à N rayons supposés rectangulaires de longueur R et d'épaisseur t, l'inertie polaire de la roue
est égale à la somme des inerties polaires de chaque rayon :

tR3
IO = N ×
3
L'inertie quadratique est égale à la moitié de l'inertie polaire :

N tR3
Iy = Iz =
6

3.8.7 équations de l'équilibre local d'une poutre


Dans ce paragraphe, on considère l'équilibre d'un petit tronçon de poutre de longueur dx . Les forces
extérieures interviennent en tant que forces linéiques réparties. Les actions concentrées, quant à elles, inter-
viennent dans l'équilibre global des poutres ou ensembles de poutres.

Si, en mmc, l'équilibre local d'un petit volume est exprimé en termes de contraintes, en théorie des poutres,
l'équilibre local d'un tronçon de poutre sera exprimé en termes de sollicitations.
3.8. SOLLICITATIONS 161

Figure 3.8.14  Tronçon de poutre de longueur innitésimale dx et représentation des eorts agissant sur
lui.

3.8.7.1 poutre 3D

Le tronçon a été extrait de la poutre en le délimitant d'une part par le PSD Σ (x) situé à l'abscisse x et,
d'autre part, par le PSD Σ (x + dx) d'abscisse x + dx (gure 3.8.14).

Eectuons un bilan des eorts s'exerçant sur le tronçon de poutre :

1. sur la face amont Σ (x) s'exerce l'opposé des sollicitations (en eet les sollicitations s'exercent sur un


PSD orienté par +→

x , or Σ (x) est orienté par −→ −x ) de résultante − R (x) et de moment en G égal
−−→
à −MG (x) ;
2. sur la face aval Σ (x + dx) s'exercent les sollicitations (car Σ (x + dx) est bien orienté par +→−x ) mais

− 0
à prendre pour la valeur x + dx de l'abscisse donc de résultante + R (x + dx) et de moment en G
−−→
égal à −MG (x + dx) ;

3.


sur la face latérale s'exercent les forces réparties q (x) .dx dont on considèrera, pour simplier, qu'elles
s'appliquent au niveau de la bre moyenne GG0 32 .

L'application du principe d'équilibre de Newton donne deux équations (une en force et l'autre en moment) :


− →
− →

1. − R (x) + R (x + dx) + →

q (x) dx = 0
−−→ −−→ →
− 1 →

2. −MG (x) + MG (x + dx) + dx · →

x ∧ R (x + dx) + dx · →

x ∧→

q (x) dx = 0
2

− −−→
où R = N→

x + Ty →

y + Tz →

z et MG = Mx →

x + My →

y + Mz →

z sont des fonctions vectorielles de la variable x .

En éliminant les inniment petits d'ordre supérieur, il vient


33 :



dR → →

+−q = 0
dx
−−→ (3.8.2)
dMG → →
− →

+−x ∧R = 0
dx

32. On ne prend pas en compte ici les couples répartis éventuels.


df f (u + du) − f (u)
33. On rappelle l'expression générique = lim ⇒ f (u + du) − f (u) ' df .
du du→0 du
162 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

soit, scalairement :
dN
+ qx = 0
dx
dTy
+ qy = 0
dx
dTz
+ qz = 0
dx (3.8.3)
dMx
=0
dx
dMy
− Tz = 0
dx
dMz
+ Ty = 0
dx

Ces six équations régissent les conditions de l'équilibre statique  local  des poutres. Elles doivent être
−−→ →
− →

considérées comme le pendant de l'équation div σ + fv = 0 qui prévaut en mécanique des milieux continus.

3.8.7.2 poutre 2D
En deux dimensions, dans le plan {xy}, le nombre de sollicitations est réduit à 3 (eort normal, eort
tranchant et moment échissant) ; aussi les notations sont-elles simpliées :

N
Ty = T
Tz = 0
Mx = 0
My = 0
Mz = M

Le nombre d'équations d'équilibre est également réduit à 3 :

dN
+ qx = 0
dx
dT
+ qy = 0 (3.8.4)
dx
dM
+T =0
dx

d2 M
Les deux dernières équations se combinent en = qy et par voie de conséquence :
dx2
 si la distribution de force répartie transversale est uniforme alors le diagramme de moment échissant
prend une forme parabolique. La courbure de la courbe représentative du moment échissant est de
même signe que la distribution des eorts.
 si la distribution de force est nulle alors le diagramme de moment échissant est linéaire.
Voir les illustrations de la gure 3.8.15.

Ces considérations sont utiles lorsqu'il s'agit, pour un ingénieur, de tracer l'allure qualitative d'un diagramme
de moment pour ensuite focaliser son eort de calcul en quelques section particulières, là où les sollicitations
sont supposées être maximales.

3.9 Lois de comportement


En théorie des poutres, une loi de comportement associe une sollicitation à la déformation associée.

3.9.1 Sollicitations normales


Les lois de comportement concernant les sollicitations normales ont déjà été établies au paragraphe 3.8.3
(équations 3.8.1). Le résultat est résumé sous forme de tableau ci-dessous.
3.10. CHAMP DE DÉPLACEMENT 163

Figure 3.8.15  Allures des courbes représentatives des sollicitations d'eort tranchant (pointillé rouge)
et de moment échissant (trait continu vert) sous l'eet de charges transversales : (a) la force répartie
négative (selon −→

y) donne une courbure négative au moment (concavité vers le  bas ). (d) cas d'une force
concentrée : provoque une réduction de pente du moment. (b) et (d) idem mais avec des forces positives
(portées par +→

y ).

sollicitation déformation module de Young


34 caractéristique géométrique relation (linéaire)

N G E aire section droite : A N = EAG


My χy E inertie autour de y : Iy My = EIy χy
Mz χz E inertie autour de z : Iz Mz = EIz χz

3.9.2 Extension aux sollicitations transversales


Le tableau précédent montre, qu'en théorie des poutres, une loi de comportement prend la forme :

sollicitation = module × caractéristique × déf ormation


Bien qu'à ce stade du cours, les sollicitations transversales n'ont pas encore été abordées, nous allons géné-
raliser la forme des lois de comportement aux dites sollicitations transversales de la façon suivante.

sollicitation déformation module de cisaillement caractéristique géométrique relation (linéaire)


0
Ty γy G section  réduite  selon y : Ay Ty = GA0y γy
0
Tz γz G section  réduite  selon z : Az Tz = GA0z γz
Mx α G inertie de torsion autour de x : J Mx = GJα

Trois nouvelles caractéristiques géométriques sont ainsi introduites mais non pas encore explicitées. Il s'agit de
deux  sections réduites  homogènes à une aire comme leur nom le suggère et l'inertie de torsion homogène
 4
en L . Le calcul de ces caractéristiques sera détaillé dans les chapitres  cisaillement de exion  puis
 torsion .

3.10 Champ de déplacement


Voir les illustrations proposées aux gures 3.5.2 et 3.5.3.

3.10.1 objet
On s'intéresse à la façon de calculer le champ de déplacement dans une poutre en supposant les sollicitations
connues.

La méthode est commune aux diérentes composantes de déplacement :


164 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

1. on pose la relation déplacement - déformation

2. on utilise la ou les lois de comportement

3. on déduit une relation diérentielle portant sur la composante de déplacement d'intérêt.

3.10.2 rotation axiale


dΩx
Le taux de rotation a été déni par α= (relation 3.5.3)
dx
D'autre part la loi de comportement d'intérêt s'écrit : Mx = GJα
Par conséquent :
dΩx Mx
= (3.10.1)
dx GJ

Cette équation s'intègre en


ˆ x
Mx (u)
Ωx (x) − Ω0x = du
0 GJ (u)

où u est une variable muette d'intégration


35 .

Si la poutre est homogène et d'inertie de torsion constante alors :

ˆ x
1
Ωx (x) = Ω0x + Mx (u) du
GJ 0

Par exemple si le moment de torsion Mx est uniforme tout au long de la poutre et que cette dernière est
0 Mx
encastrée à son origine de sorte que Ωx = 0, il vient Ωx (x) = x, la rotation axiale est alors une fonction
GJ
linéaire de l'abscisse du PSD.

3.10.3 autres rotations


dΩz
Autour de l'axe z, dans le plan {xy}, la courbure est dénie par χz =
dx
La loi de comportement moment échissant - courbure s'écrit : Mz = EIz χz
Par conséquent :
dΩz Mz
= (3.10.2)
dx EIz

Équation qui s'intègre en :


ˆ x
Mz (u)
Ωz (x) = Ω0z + du
0 EIz (u)

Et dans l'autre plan :


dΩy My
= (3.10.3)
dx EIy
et donc :
ˆ x
My (u)
Ωy (x) = Ω0y + du
0 EIy (u)
35. Il n'est pas correct d'adopter la même notation pour la variable d'intégration et pour la borne supérieure de l'intégrale.
La variable d'intégration disparaît du résultat puisqu'elle ne sert qu'à eectuer la sommation, elle peut donc être remplacée par
toute autre notation (ici u) en tant que  variable muette . On notera d'ailleurs l'analogie rencontrée avec les sommes discrètes
pour lesquelles on peut écrire indiéremment : ΣN
i=1 ai ou ΣN
k=1 ak pour désigner la même somme.
3.10. CHAMP DE DÉPLACEMENT 165

3.10.4 déplacement axial


duG
La déformation axiale de la poutre au niveau du centre d'inertie G est εG
x =
dx
La loi de comportement en eort normal s'écrit : N = EAεG
x

Par voie de conséquence :


duG N
=
dx EA

Relation qui s'intègre en


ˆ x
N (u)
uG (x) = u0G + du
0 EA (u)

ou encore ˆ x
1
uG (x) = u0G + N (u) du
EA 0

dans le cas d'une poutre homogène de d'aire de section droite constante.

3.10.5 déplacements transversaux


dvG
Dans le plan {xy} le déplacement transversal dépend de deux déformations : = Ωz + γyG
dx
Mz Ty
Il nous faut donc mobiliser deux lois de comportement : χz = et γyG =
EIz GA0y
Par dérivation et substitution :
d 2 vG
 
Mz d Ty
= +
dx2 EIz dx GA0y

Et dans l'autre plan :


d2 w G
 
My d Tz
=− +
dx2 EIy dx GA0z

cas particulier où les distorsions sont négligeables Dans le cas de la exion dans le plan {xy}, si la
section réduite A0y est grande, il est légitime de négliger le terme γyG devant Ωz de sorte que, en première
dvG
approximation, on puisse écrire ' Ωz 36 . La pente de la ligne moyenne déformée est égale à la rotation
dx
du plan de section droite ; ce qui s'énonce par  au cours de la déformation de la poutre les PSD restent
droits . dans ce cas, on admet la relation approchée
37 suivante :

d2 vG Mz
'
dx2 EIz
36. On  retombe  sur l'hypothèse de Bernoulli selon laquelle les plans de section droite de la poutre restent droits au
cours de la déformation d'ensemble.
37. Il faut se souvenir que cette relation a été établie avec une hypothèse de petits déplacements ce qui implique aussi de
d2 vG
faibles pentes et courbures. En toute rigueur, lorsque la distorsion est nulle, la courbure χz n'est pas égale à mais à
dx2
d2 vG
χexacte = s dx2
z  3
dvG 2

1+
dx
Dans la plupart des situations, la relation approchée est acceptable (ce qui revient à considérer la pente comme faible devant
l'unité). Toutefois l'emploi de la formule approchée dans le traitement des problèmes de stabilité peut entraîner des singularités
mathématiques comme c'est le cas, par exemple, dans le traitement des problèmes de ambement par la méthode d'Euler (voir
le cours de stabilité pour plus d'information).
166 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Une première intégration entre 0 et x donne :

ˆx
dvG Mz (t)
− Ω0z = dt
dx EIz (t)
t=0

Supposons la poutre à inertie constante alors :

ˆx
dvG 1
− Ω0z = Mz (t) dt
dx EIz
t=0

Intégrons de nouveau :
ˆx ˆu
0 1
vG (x) − vG − Ω0z x = Mz (t) dt · du
EIz
0 0

Intégrons par partie :

ˆu ˆx
 x 
0 1 
vG (x) − vG − Ω0z x = u· Mz (t) dt − u · Mz (u) du
EIz
0 0 0

Soit :
ˆx ˆx
 
0 1 
vG (x) = vG + Ω0z x + x· Mz (u) du − u · Mz (u) du
EIz
0 0

ou :
ˆx
0 1
vG (x) = vG + Ω0z x + (x − u) Mz (u) du (3.10.4)
EIz
0

relation connue sous  formule de Bresse 


38 .

3.11 Expression de la contrainte normale




En théorie des poutres, on considère les composantes normales σ (x, y, z) des vecteurs contraintes Φ (P ∈ Σ (x) , →

x)
agissant sur les PSD d'abscisse x.
Rappelons, d'une part, l'expression de la contrainte normale 3.7.1 et, d'autre part, les lois de comportement
concernant les sollicitations normales 3.8.1, on en déduit aisément que :

N (x) Mz (x) My (x)


σ (x, y, z) = − y+ z (3.11.1)
A (x) Iz (x) Iy (x)

La contrainte est donc une fonction linéaire à la fois de y et de z.


Au niveau du centre de gravité G, la contrainte normale se déduit de la seule donnée de l'eort normal
puisque :
N (x)
σG (x) = σ (x, 0, 0) =
A (x)
38. Jacques Antoine Charles Bresse (1822-1883) ingénieur en chef des Ponts et Chaussées auteur des équations du même
nom et de travaux sur la exion des poutres et des arcs.
3.12. PUISSANCE & ÉNERGIE ÉLASTIQUE 167

3.12 Puissance & Énergie élastique


3.12.1 Objet
Lors de l'application des forces extérieures agissant sur une poutre, cette dernière se déforme. De ce fait le
point d'application des forces externes se déplacent générant le travail des forces externes. Dans le même
temps, le champ de contrainte qui se développe au sein de la poutre provoque des déformations et des
déplacements des centres des plans de section droite ce qui produit, en retour, du travail.

L'objet de ce paragraphe est de caractériser ces travaux.

Pour le mécanicien, l'intérêt des grandeurs telles que la puissance et le travail réside dans la possibilité de
développer des approches  énergétiques  des problèmes de structure qui sont souvent plus élégantes et plus
ecaces que la stricte approche statique. Les approches énergétiques répondent, de plus, à une formulation
scalaire là où les approches statiques sont vectorielles.

Voir le chapitre liminaire dans lequel des rappels de mécanique général gurent.

3.12.2 Densité de puissance d'une poutre


Dans ce paragraphe, on considère un tronçon de poutre comme nous l'avions vu dans le Ÿ3.8.7 (gure 3.8.14),
mais cette fois, non seulement nous considérons les eorts agissant sur ce tronçon mais aussi les déplacements
produits par ces forces.

A partir de la gure 3.12.1on peut résumer les informations pertinentes aux développements qui suivent sous
la forme d'un tableau.

surface torseur de force torseur cinématique


( →
− ) ( → − )
− R (x) Ω̇ (x)
Σ (x) −−→ −→
−MG (x) G U˙G (x) G
( →− ) ( →− )
R (x + dx) Ω̇ (x + dx)
Σ (x + dx) −−→ −→
MG (x + dx) G0 ˙
 UG(x + dx)  G0

− dx
 →
−  Ω̇ x +
 
 

q (x) dx 2 

Γsurface latérale →
− −→ 
0 dx 
G”  U˙G x +

 
2

G”

Le tronçon de poutre est délimité par 3 surfaces :


 Σ (x) est la face  arrière  orientée par −→

x de centre G d'abscisse x ;



Σ (x) est la face  avant  orientée par + x de centre G0 d'abscisse x + dx ;
 Γ est la surface latérale à laquelle on substitue le morceau de bre moyenne [GG0 ] de milieu G”
dx →

d'abscisse x + . Ce segment est soumis au glisseur de résultante q (x) dx appliqué en G”.
2
Dans ce tableau les torseurs cinématiques sont exprimés en termes de vitesse instantanée.

La puissance développée par l'ensemble des torseurs agissant sur le tronçon de poutre de longueur dx est
notéedP = pdx . La quantité p est appelée  densité de puissance  (c'est la puissance par unité de longueur
de poutre). dP est cumulative et résulte de la somme des puissances de chacun des torseurs :


− −→ −−→ →
− →
− −→ −−→ →
− →
− −→  dx

˙ ˙
dP = − R (x) UG (x)−MG (x) Ω̇ (x)+ R (x + dx) UG (x + dx)+MG (x + dx) Ω̇ (x + dx)+ q (x) dx·UG x + ˙
2
 2  39
Ce qui s'écrit aussi, en négligeant l'inniment petit d'ordre inférieur en dx :

 −→

− −−→→
− − −→
dP = d R U˙G + MG Ω̇ + →
q dx · U˙G

39. car, selon les notations usuelles en physique : f (x + dx) − f (x) = df . Ceci étant applicable alors même que la fonction f
s'exprimerait comme le produit de deux fonctions h et g . Ainsi h (x + dx) g (x + dx) − h (x) g (x) = d (hg).
168 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

Figure 3.12.1  Tronçon de poutre : actions (à gauche) et déplacements (à droite).

Par conséquent
40 :
 

− −→ −−→ − →

 −→ → dU˙G d MG →
dP  U˙G + − −−→ d Ω̇
dR → −
p= = + q R + Ω̇ + M G
dx  dx
| {z }
 dx | dx
{z } dx

− →

=0 =−→

x ∧R

On se rappellera les équations de l'équilibre local (équations 3.8.2 et accolades ci-dessus) qui permettent le
groupement suivant
41 :

−→ →
−  −→  →

dP → ˙
− dUG →
− 

− →
−  −−→ d Ω̇ → ˙
−  dUG → − →
− −
−→ d Ω̇
p= =R + Ω̇ − x ∧ R + MG =R + x ∧ Ω̇  + MG
dx dx dx dx dx

Matriciellement :
 

du˙G
  dΩ̇y
Ω˙x  dx 
       
N  dx  1  Mx

dv˙G d Ω̇
Ω˙y
  
p =  Ty    + 0 ∧  +  My  
 y 

 dx  
dx
Tz  0 Ω˙z Mz
 
dw˙G   
dΩ̇z

dx dx

Soit, compte tenu des relations déjà établies en Ÿ 3.5.5.2 :


 

du̇G
 dΩ̇y
˙G = α̇ =
dx

  
N  dx  Mx

dv̇G
 
p = Ty 
 
 +  My   dΩ̇y
γ̇y = − Ω̇z

   χ̇y = 
Tz 
 dx 
Mz
 dx 
dẇG  
dΩ̇z

γ̇z = + Ω̇y χ̇y =
dx dx

Il apparaît donc que la densité de puissance instantanée due à la déformation d'une poutre est égale à la
somme des produits sollicitation × vitesse de déf ormation associée ce qui peut être résumé à la fois dans
un tableau et par la formule générale ci-dessous (en gras gurent les sollicitations en 2D).

d dg dh
40. il est bien connu que d (hg) = h · dg + g · dh et donc que (hg) = h · +g· .
dx dx dx −

x −

y ∧−
→ = −

y −

z ∧−

 
41. Rappelons la propriété d'invariance par permutation circulaire du produit mixte : z x =


z −

x ∧−
→ 
y .
3.12. PUISSANCE & ÉNERGIE ÉLASTIQUE 169

sollicitation taux de déformation puissance

eort normal N élongation ˙G N × ˙G


eort tranchant Ty distorsion γ̇y Ty × γ̇y
Tz
eort tranchant distorsion γ̇z Tz × γ̇z
moment de torsionMx taux angulaire α̇ Mx × α̇
moment échissant My courbureχ̇y My × χ̇y
moment échissant Mz courbure χ̇z Mz × χ̇z

p = N ˙G + Ty γ̇y + Tz γ̇z + Mx α̇ + My χ̇y + Mz χ̇z (3.12.1)

En deux dimensions et en notations simpliées (Ÿ 3.8.7.2) :

p = N ˙G + T γ̇ + M χ̇ (3.12.2)

3.12.3 Densité d'énergie élastique


A partir de la densité de puissance, on passe à la densité de travail par une simple intégration dans l'intervalle
de temps [0, ∆t] pendant lequel la poutre passe de sa conguration initiale au repos à sa conguration nale.
On désigne par w (minuscule) cette densité de travail :
ˆ∆t ˆ∆t
w= p · dt = (N ˙G + Ty γ̇y + Tz γ̇z + Mx α̇ + My χ̇y + Mz χ̇z ) dt
0 0

Que l'on ré-écrit sous la forme :

ˆig f inale)
∆t (conf

w= N · dG + Ty · dγy + Tz · dγz + Mx · dα + My · dχy + Mz · dχz


0 (conf ig initiale)

Tenons compte des lois de comportement élastique établies au Ÿ 3.9 :

ˆig f inale)
∆t (conf

w= EAG · dG + GA0y γy · dγy + GA0z γz · dγz + GJα · dα + EIy χy · dχy + EIz χz · dχz
0 (conf ig initiale)

Que l'on intègre aisément en :

1 conf ig f inale
w= EA2G + GA0y γy2 + GA0z γz2 + GJα2 + EIy χ2y + EIz χ2z conf ig initiale
2

Si l'on convient qu'à l'instant initial t=0 la poutre n'est pas déformée, cette expression est réduite à
42 :

1
EA2G + GA0y γy2 + GA0z γz2 + GJα2 + EIy χ2y + EIz χ2z

w= (3.12.3)
2

Comme cette densité de travail est imputable aux forces intérieures (les sollicitations) liées linéairement aux
déformations, la quantitéw est appelée  densité d'énergie élastique . On notera la structure de chaque
2
terme de densité d'énergie élastique : 1/2 × module × (déf ormation) . Le coecient 1/2 est la  signature 
de l'élasticité linéaire. L'expression 3.12.3 est formulée en termes de déformation mais, grâce aux lois de
comportement déjà vues à plusieurs reprises, on peut aussi exprimer la densité d'énergie élastique en termes
de sollicitations ou même de façon mixte :

1
w= (N G + Ty γy + Tz γz + Mx α + My χy + Mz χz ) (3.12.4)
2
42. Les valeurs des déformations apparaissant dans cette expression correspondent aux valeurs nales (on omet d'indiquer
explicitement, par exemple, que α vaut en réalité αf inale ).
170 CHAPITRE 3. THÉORIE DES POUTRES

 
 
 
2 Ty2 2 2 2 2
 
1 N T z M y M z M x

w= 
 + 0
+ 0
+ + +  (3.12.5)
2 EA
|{z} GA y GA z EIy EI z GJ
|{z}


 | {z } | {z } 
ef f ort normal cisaillement de f lexion moments f léchissants cisaillement de torsion
| {z }
F LEXION

En deux dimensions la densité d'énergie (ou énergie linéique) s'exprime plus simplement par :

N2 T2 M2
 
1  1 1
w= EA2G + GA0 γ 2 + EIχ2 = (N G + T γ + M χ) = + + (3.12.6)
2 2 2 EA GA0 EI

C'est une fonction de la variable x.

3.12.4 Énergie élastique


L'énergie élastique, désignée par W majuscule, d'une poutre ou d'un ensemble de poutres est tout simplement
égale à la somme des énergies élastiques de ses parties. Il en résulte que :
ˆ
W = w (x) · dx
(S)

ˆ !
1 N2 Ty2 Tz2 Mx2 My2 M2
W = + 0
+ 0
+ + + z · dx (3.12.7)
2 EA GAy GAz GJ EIy EIz
(S)

Et en 2 dimensions : ˆ
N2 T2 M2
 
1
W = + + · dx (3.12.8)
2 EA GA0 EI
(S)

L'intérêt du concept d'énergie élastique et des formules associées apparaîtra plus clairement dans les chapitres
concernant le calcul des structures.

3.13 Résumé du chapitre


Une poutre est un corps longiforme employé en construction. La théorie des poutres telles que présentée
ici s'appuie sur l'hypothèse de Saint-Venant et l'hypothèse de Timoshenko. Ces hypothèses fournissent
une description correcte de la distribution des contraintes normales agissant sur un plan de section droite.
Les contraintes de cisaillement, qu'elles soient dues à la torsion ou à l'eort tranchant restent inexpliquées.
Le champ de déplacement est caractérisé par la donnée d'un distributeur cinématique et comporte 6 com-
posantes : 3 translations et 3 rotations. De ce champ on déduit 6 composantes de déformations, reliées
aux sollicitations par les lois de comportement. A l'instar de la mmc, on peut aussi établir des conditions de
l'équilibre local. L'énergie élastique s'exprime soit en termes de sollicitations, soit en termes de déformations,
soit des deux à la fois.

En deux dimensions, lorsque les poutres présentent un plan de symétrie et qu'elles sont chargées dans ce
plan. Le nombre de fonctions inconnues est restreint :
 Déplacements : uG (x), vG (x), ω (x)
duG dω d 2 vG
 Déformations : εG (x), γ (x) = − ω (x), χ (x) = . Approximation de Bernoulli : χ=
dx dx dx2
 Sollicitations dénies dans le repère principal du plan de section droite : N (x), T (x) et M (x)
dN dT dM
 Équilibre local : = −px , = −py , = −T
dx dx dx 0
 Lois de comportement : N = EAεG , T = GA γ , M = EIχ
3.13. RÉSUMÉ DU CHAPITRE 171

N2 T2 M2
 
1
 Énergie élastique linéique : w= + 0
+
2 EA GA EI
Les deux prochains chapitres préciseront la distribution des contraintes de cisaillement.
Chapitre 4

Cisaillement de exion

Mise à jour du 3 mars 2015.

4.1 Objet
La théorie des poutres abordée dans le chapitre précédent n'apporte pas d'éléments d'information concernant
la distribution des contraintes de cisaillement dans les plans de section droite. Toutefois :

1. les contraintes de cisaillement existent et contribuent à former deux composantes d'eort tranchant
et un moment de torsion ˜
Ty = ˜Σ τy dΣ
Tz˜= Σ τz dΣ
Mx = Σ [yτz − zτy ] dΣ
Ce chapitre supposera l'absence de torsion et ne portera que sur le cisaillement de exion. La question
de l'existence et des conditions de la exion sans torsion est donc posée.

2. on a introduit la notion de  section  réduite permettant de lier la distorsion au niveau du centre de


gravité avec l'eort tranchant :
Ty = GA0y γyG
Tz = GA0z γzG
Il y a donc lieu de pouvoir calculer les caractéristiques de sections réduites.

4.2 Équilibre d'une  calotte  de poutre


On a vu, pour ce qui concerne les contraintes de cisaillement, que la théorie des poutre pêchait parce qu'elle
contredisait les équations de l'équilibre local de la mmc. De ce fait, on aborde la question de l'équilibre d'un
 morceau  de poutre sous contraintes tout en s'appuyant sur la réciprocité des contraintes de cisaillement.

On considère ainsi un tronçon de poutre délimitée par deux plans de section droite Σ (x) et Σ (x + dx)
inniment voisins et distants de dx.
Dans une seconde étape on découpe ce tronçon par une ligne (AB) et on considère l'une des parties ainsi
obtenues et que l'on désigne par  calotte  de poutre.

La calotte est délimitée par :

1. la fraction Ω = Ω (x) du plan de section droite Σ (x) orienté par −→



x , le PSD étant tronqué par la
courbe (AB) ;
2. la fraction Ω0 = Ω (x + dx) du plan de section droite Σ (x + dx) orienté par +→

x , également tronqué
par la courbe (AB) ;

3. la surface latérale naturelle (Λ) de la calotte générée par le bord libre Σ (x) dans sa translation de dx
dans la direction


x;

172
4.2. ÉQUILIBRE D'UNE  CALOTTE  DE POUTRE 173

Figure 4.2.1  Tronçon de poutre et découpage par une ligne (AB).

Figure 4.2.2  Calotte de poutre.

4. la surface (Γ) (AB) d'amplitude dx dans la direction →


générée par la translation de la ligne
−x . Nous


orientons la ligne (AB) par un vecteur unitaire u allant de A vers B . Nous désignons par u l'abscisse
curviligne d'un point P de (AB) et désignons donc par du un élément innitésimal de longueur de
(AB). Le vecteur du plan {yz} normal à → −
u est noté →−n . Ce vecteur →

n est donc perpendiculaire à la
ligne (AB) en tout point de cette dernière et est extérieur à (Ω).

On s'intéresse aux conditions de l'équilibre de cette calotte. Pour cela, comme d'habitude, on eectue un
bilan de forces surfaciques
1



1. en tout point P de Ω agit un vecteur contrainte T (P, −→

x) comportant une contrainte normale
−σ (x, y, z) portée par


x et deux composantes de cisaillement dans le plan {xy} ;
1. Rappel de notation pour les contraintes : σij est la composante de contrainte agissant sur la facette orientée par


ni dans
la direction


nj : σij = −

n j σ−

n i.

Si i 6= j , il s'agit d'une composante de cisaillement et elle est notée τij . Si i=x alors le x est implicite cet indice n'est
pas indiqué ; par exemple τxn se réduit à τn .

Si i=j , il s'agit d'une contrainte normale. De nouveau, l'indice x est implicite de sorte que σxx est simplement noté
σ. Les seules contraintes normales envisagées en théorie des poutres sont justement de ce type.
174 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

Figure 4.2.3  Bilan des contraintes agissant sur une calotte.



2. en tout point P 0 de Ω0 agit un vecteur contrainte T (P 0 , +→

x ) comportant une contrainte normale
0 0 →

+σ (x + dx, y , z ) portée par x et deux composantes de cisaillement ; Les axes de projections des
dites composantes sont choisis lors de l'examen du point 5 ci-dessous ;

3. par souci de simplication nous supposerons que la surface libre (Λ) est exempte de toute force (et
en particulier de force agissant selon


x);
4. Sur la surface (Γ) , orientée par


n, le vecteur contrainte ne comporte pas de composante normale 
en eet il a été montré, du fait de l'hypothèse de Saint-Venant, que σyy = σzz = 0  . Seule subsiste
un vecteur contrainte de cisaillement que nous décomposons en deux composantes orthogonales entre
elles mais comprises dans le plan tangent à (Γ) : une composante τnu portée par

−u et une composante
τnx portée par →
−x . Par conséquent le vecteur contrainte agissant sur une facette de (Γ) est tel que


T (P, n ) = τnu (u) →

− −
u + τnx (u) →

x.
5. De sorte à  proter  du théorème de réciprocité des contraintes de cisaillement, on projette les
composantes de cisaillement du vecteur contrainte agissant sur (Ω0 ) en un point P pris le long de


(AB) selon les vecteurs →−u et →

n ; on pose donc : T (P, →−
x ) = σ (u) →

x + τxn (u) → −
n + τxu →−u . D'après le

− →
− →
− →
− →
− →

théorème de réciprocité des contraintes de cisaillement : T (P, n )· x = T (P, x )· n par conséquent :
τnx = τxn que l'on notera simplement τn à partir de maintenant.
6.


Écrivons l'équilibre des forces selon l'axe x :
¨ ¨ ¨
−σ(x, y, z) dΣ + σ(x + dx, y, z) dΣ+ τn (u) |du{zdx} = 0
Ω(x) Ω(x+dx) Γ

Supposons maintenant que la poutre a une inertie constante : Ω (x) = Ω (x + dx) et remarquons que
∂σ
σ (x + dx, y, z) − σ (x, y, z) = dx , alors
∂x
¨ ˆ
∂σ
dΣ + τn du = 0
Ω ∂x (AB)

´
Le terme ΦAB = τ du est le  ux  du vecteur cisaillement au travers de la ligne
(AB) n
(AB) et sortant de

la calotte (Ω).

Donc : ˆ ¨
∂σ
ΦAB = τn du = − dΣ (4.2.1)
(AB) Ω ∂x

Il apparaît donc que le ux de cisaillement de exion sortant d'une coupure (AB) tracée sur un plan de section
droite est directement corrélée à la variation de la contrainte normale. Or l'expression de la contrainte est
connue (voir le chapitre  théorie des poutres ). Une étape importante est donc franchie dans la connaissance
des contraintes de cisaillement de exion.
4.3. FORMULE DE BREDT-JOURAWSKI 175

4.3 Formule de Bredt-Jourawski

4.3.1 expression générale


Rappelons la relation contrainte normale - sollicitations
2 :

N (x) Mz (x) My (x)


σ (x, y, z) = − y+ z
A Iz Iy

Calculons-en la dérivée par rapport à x et prenons les équations de l'équilibre local de la poutre
3 en consi-
dération :
∂σ Ty (x) Tz (x)
(x, y, z) = y+ z (4.3.1)
∂x Iz Iy

Substituons cette expression dans l'équation 4.2.1, alors :

¨  ¨ ¨
 

Ty Tz Ty Tz
ΦAB = − y+ z dΣ = −  y dΩ + z d Ω
Ω Iz Iy Iz Iy
Ω Ω

On
˜ reconnaît les moments statiques de la section partielle
˜ (Ω) autour des axes z et y : on pose Sy (Ω) =

z dΣ et Sz (Ω) = Ω
y dΣ.
D'où la formule de Bredt -Jourawski
4 5 :
 
Sz (Ω) Sy (Ω) _
ΦAB = − Ty + Tz où (Ω) est délimité par AB (4.3.2)
Iz Iy

4.3.2 cas où la coupure (AB ) est parallèle à {Gz }

Figure 4.3.1  calotte délimitée par une coupure rectiligne parallèle à {Gy} ; à droite le cas particulier
d'une section de forme rectangulaire et la distribution de contrainte de cisaillement parabolique associée
(voir Ÿ4.3.3).

Si la coupure (AB) est parallèle à l'axe {Gz} et est orientée par le vecteur


y , alors le ux de cisaillement
Φf est porté


par y et vaut :
 
Sz (y) Sy (y)
Φy (y) = − Ty + Tz (4.3.3)
Iz Iy
2. En l'absence de forces axiales qx appliquées à la surface de la poutre, notons que l'eort normal est constant et que, par
dN
conséquent, =0
dx
dMz dMy
3. Rappelons que = −Ty et que = Tz
dx dx
4. Rudolf Bredt (1842-1900) ingénieur allemand.
5. Dimitri Jourawski (1821-1891) ingénieur russe.
176 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

4.3.3 exemple de la section rectangulaire


On considère une poutre de section rectangulaire de largeur b (selon z) et de hauteur h (selon y) sou-
mise à l'action d'un eort tranchant Ty positif porté par


y . Quelle est la distribution des contraintes de
cisaillement ?

On notera tout d'abord que les axes Gy et Gz constituent bien les axes principaux d'inertie du rectangle
pour des raisons évidentes de symétrie.

On délimite une calotte (Ω) délimitée par sa face supérieure matérialisée un segment de droite (AB) situé à
h
la côte y par rapport au CdG G et par sa face inférieure située à la côte y = − . On s'intéresse au ux de
2
cisaillement sortant de cette calotte (Ω) entièrement dénie par la donnée de y .

Sz (Ω)
Selon la formule 4.3.2, le ux de cisaillement est donné par ΦAB = −Ty ; il convient donc de calculer
Iz
(a) l'inertie Iz du PSD (dans sa totalité) par rapport à l'axe z et (b) le moment statique Sz (Ω) de (Ω) par
rapport au même axe.

1. Inertie :
ˆ h
+
2 2 1 3
Iz = h by dy = 12 bh

2
2. Moment statique :
ˆ+y "  2 #
1 h
Sz (Ω) = bv dv = b y 2 − (4.3.4)
2 2
h

2
3. Flux de cisaillement : "  2 #
6 2 h
Φ (y) = −Ty 3 y −
h 2
´
4. Rappelons que le ux de cisaillement est Φ (y) = τ (y, z) dz dans le cas présent. Formulons
AB y
l'hypothèse selon laquelle la contrainte de cisaillement est uniforme selon z; alors Φ (y) = b × τy (y).
Par conséquent la contrainte de cisaillement est :
 
Φ (y) Ty 1  y 2
τy (y) = =6× × − ≥0
b bh 4 h

5. La contrainte de cisaillement adopte donc un prol parabolique (voir la gure 4.3.1). Elle s'annule
h
aux extrémités inférieure et inférieure y=± en respect du principe de réciprocité des contraintes
2
3 Ty
de cisaillement. Elle passe par un maximum au niveau du CdG : τymax = × .
2 bh
6. On montre facilement que la résultante de ces contraintes de cisaillement donne bien l'eort tranchant
Ty .

4.4 Prol mince


Les contraintes de cisaillement sont dimensionnantes lorsque les sections droites présentent une  épaisseur 
faible. C'est la raison par laquelle la suite du chapitre est consacrée à l'étude des  prols minces .

4.4.1 Dénition d'un prol mince


On considère une poutre dont la section droite (Σ) possède une dimension beaucoup plus petite que l'autre
dimension du plan {yz} . Le PSD d'une telle poutre est appelé  prol mince . Un prol mince est caractérisé
par un  prol moyen  noté (L) et une épaisseur. Cette épaisseur peut être variable d'un point à l'autre du
prol moyen.
4.4. PROFIL MINCE 177

Figure 4.4.1  Prols minces : (a) et (b) ouverts, (c) fermé simplement connexe, (d) fermé doublement
connexe. (e) paramétrage.

Le prol moyen est orienté (au choix du calculateur) par un vecteur unitaire


s.
Si une  origine  P0 est choisie pour le prol moyen (par exemple une extrémité s'il en existe une) alors
tout point P du prol moyen peut être localisé par son abscisse curviligne s prise à partir de cette origine.

Un point Q situé en dehors du prol moyen est, de plus, localisé par la coordonnée t prise perpendiculairement


au prol moyen (le vecteur directeur de la direction
  t est tel que t = → −
x ∧→−s ). La variable t varie ainsi dans
1 1
l'intervalle − e (s) ; + e (s) où e (s) désigne l'épaisseur à l'abscisse curviligne s (voir la gure 4.4.1).
2 2
O : un prol mince est ouvert si toute coupure opérée dans le prol moyen génère deux morceaux
distincts.

F : un prol fermé est tel que le prol moyen délimite une  cavité . Une seule coupure ne provoque pas
systématiquement la génération de deux morceaux. Un prol moyen fermé est aussi appelé  contour
moyen . L'origine d'un contour moyen est choisie arbitrairement à moins que des considérations de
symétrie ne guident le choix du calculateur. Un prol fermé peut délimiter plusieurs cavités auquel
cas sa  connexité  ou son  nombre de connexité  est égal au nombre de cavités qu'il délimite.

4.4.2 Prol mince ouvert

Figure 4.4.2  prol mince ouvert


178 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

4.4.2.1 Relation générale


En premier lieu, il convient d'énoncer deux hypothèses sanctionnées par l'expérience (analogie électrique) et
le calcul numérique (gure 4.4.2) :

hypothèse 1 : les contraintes de cisaillement de exion sont parallèles au prol moyen. Elles sont notées
τf (s, t) et sont donc portées par le vecteur tangent au prol moyen


s.
hypothèse 2 : les contraintes de cisaillement de exion sont uniformes dans l'épaisseur. Elles ne dé-
pendent donc pas de la variable t. τf (s, t) = τf (s). Par conséquent
Ainsi le ux de cisaillement de
exion Φf = ΦAB dans une coupure (AB) située à l'abscisse s vaut :
ˆ +e(s)/2
Φf (s) = τf (s, t) · dt = e (s) · τf (s)
−e(s)/2

La calotte (Ω) correspond au tronçon de prol moyen compris entre P0 (s = 0) et P (s). La formule de
Bredt devient ainsi :  
Sz (s) Sy (s)
Φf (s) = e (s) τf (s) = − Ty + Tz (4.4.1)
Iz Iy

4.4.2.2 Flux de cisaillement nul


 En P0 la sectionΩ (s = 0) est vide et donc Φf 0 = 0 ;
 A l'extrémité P1 Ω (s = s1 ) = Σ (section droite complète) et, là aussi, Φf 1 = 0.
De façon générale le ux de cisaillement est nul aux extrémités du prol moyen.

4.4.2.3 Flux de cisaillement de exion maximal


L'expression 4.4.1 montre clairement que le ux de cisaillement Φf est maximal là où les moments statiques
sont, en valeur absolue, maximaux. L'abscisse s Ω
coupe le prol mince en deux parties que l'on peut noter
´
et Ω0 Ω0 = {Σ Ω. Le moment statique par rapport à l'axe principal d'inertie Gz vaut Sz (Ω) = Ω y · dΣ.
avec
La quantité dΣ est positive puisqu'il s'agit d'un élément d'aire. On voit donc que Sz (Ω) est maximale, en
valeur absolue, lorsque sur le domaine Ω la coordonnée y est soit toujours positive soit toujours négative, les
contributions des termes ydΣ se cumulant. Il en est de même de Sy (Ω). C'est donc que Ω est délimitée par
le centre de gravité G de la section droite Σ.

Théorème 113. Le ux de cisaillement de exion est maximal au niveau du centre de gravité.

A noter que les quantités S (Ω) et S (Ω0 ) sont opposées puisque S (Σ) = 0 et que S (Σ) = S (Ω) + S (Ω0 ).
Dans certaines situations, il peut s'avérer plus simple de calculer S (Ω0 ).

4.4.2.4 Exemple du prol en I (type IPE)

Figure 4.4.3  Exemple de prol mince : le prol en I.


4.4. PROFIL MINCE 179

Considérons un prol de type IPE paramétré comme l'indique la gure ci-dessus et projetons de déterminer
le ux de cisaillement produit par un eort tranchant Ty = T . Comme on ne peut pas décrire le contour à
l'aide d'une seule abscisse curviligne, on dénit cinq situations possibles selon que le ux est calculé dans les
ailes (haut/bas et gauche/droite) ou l'âme du prolé mince (voir la gure 4.4.4).

La composante Tz de l'eort tranchant étant nulle, on ne calculera que la fonction Sz (Ω) que l'on notera
simplement S dans cet exercice.

L'aire de section droite du prol considéré dans son ensemble est égale à :

h
A = 2 × 2e × + e × h = 3eh
2
(en négligeant les termes en e2 devant les termes en eh dans l'hypothèse du prol mince e  h).
De façon évidente, les axes principaux d'inertie sont parallèles à l'âme et aux ailes et le CdG G est situé à
mi-âme.

L'inertie du prol autour de {Gz} est égale à :

 2
h h eh3 7 3
Iz = 2 × 2e × × + = eh
2 2 12 12
(avec la même approximation que précédemment).

On considère ensuite diérentes coupures comme suit.

1. Coupure A1 localisée par la distance u z


depuis l'extrémité de l'aile ou, alternativement, par la cote
 
h
(qui est positive dans ce cas). L'aire du tronçon Ω1 est égale à A1 = 2e − z et le moment statique
4
h
est négatif puisque y = − pour tous les points du prol moyen du tronçon :
2
 
h h h
S1 = − × A1 = −he −z où 0 ≤ z ≤
2 4 4

2. Coupure
A2 localisée
 par lacote z (qui est négative dans ce cas). L'aire du tronçon Ω2 est égale à
h h h
A2 = 2e z − − = 2e + z et le moment statique est négatif puisque y = − pour tous les
4 4 2
points du prol moyen du tronçon :
 
h h h
S2 = − × A2 = −he +z avec − ≤z≤0
2 4 4

3. Pour les coupures, respectivement A4 et A5 , on reprend les résultats obtenus pour, respectivement A1
h h
et A2 , en changeant simplement le signe de la côte y qui passe de à − + .
Les moments statiques
2 2
S4 et S5 sont donc positifs.
4. Coupure A3 : Le moment statique du tronçon Ω3 résulte de la somme du moment statique de l'aile
h h eh2
inférieure − × 2e × =− avec le moment statique de la portion d'âme comprise entre les côtes
2 2 2      
h h h 1 h
− et y dont l'aire vaut e × y − − = e y+ et la cote du CdG est y− . Par
2 2 2 2 2
conséquent :
 2 !
eh2
 
1 h 2 1 2 5  y 2
S3 = − − e −y = − eh −
2 2 2 2 4 h
Evolution parabolique du moment statique.
T
Le ux de cisaillement de exion au droit de la coupure Ai est donné par l'expression : Φi = ei · τi = − Si
Iz
et se trouve donc être proportionnel à la fonction S (Ω).
On en déduit les contraintes de cisaillement en divisant par l'épaisseur ei :
   
1 T h 6T 1 z
1. τ1 (z) = ×− × −he −z =+ −
2e 7 3 4 7 eh 4 h
eh
12
180 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

Figure 4.4.4  prol mince en I : étude du moment statique.

Figure 4.4.5  prol en I (IPE) - (a) fonction Sz (Ω) au facteur eh2 près et (b) distribution des contraintes
T
de cisaillement de exion sous l'eet d'un eort tranchant Ty positif (au facteur × près). La contrainte
eh
de cisaillement est maximale au niveau du CDG.

 
6T 1 z
2. τ2 (z) = + +
7 eh 4 h
   
1 T 1 5  y 2 6 T 5  y 2
3. τ3 (z) = × − × − eh2 − =+ −
e 7 3 2 4 h 7 eh 4 h
eh
12
 
6T 1 z
4. τ4 (z) = − −
7 eh 4 h
 
6T 1 z
5. τ5 (z) = − +
7 eh 4 h
On peut ensuite tracer le diagramme des contraintes de cisaillement de exion ; sur le diagramme de la gure
4.4.5 le sens réel du ux de cisaillement est représenté dans l'hypothèse où l'eort tranchant T est positif.

4.4.2.5 Sur la  conservation  du ux de cisaillement


Certains auteurs introduisent le concept de conservation du ux de cisaillement. Le propos de ce paragraphe
est de donner un fondement théorique à ce concept.

Considérons pour cela un  n÷ud  de prol mince sur lequel plusieurs membrures se connectent (gure
4.4.6). Le voisinage du n÷ud étant isolé, le bilan des eorts s'exerçant sur ce voisinage fait apparaître :
4.4. PROFIL MINCE 181

Figure 4.4.6   Conservation des ux  : à gauche, un prol ouvert comportant trois branches arbitrai-
rement orientées et convergeant au même n÷ud ; à droite, le voisinage immédiat du n÷ud (dont l'aire est
considérée comme nulle) est isolé.

1. les ux de cisaillement dans le plan de section droite portés par les vecteurs directeurs locaux à
chacune des branches ;

2. les ux de cisaillement réciproques portés par l'axe x;


3. les contraintes normales agissant perpendiculairement au plan du voisinage mais dont l'eet est négligé
lorsque l'aire dudit voisinage tend vers zéro.

L'équilibre du n÷ud dans la direction x , compte tenu du choix fait pour l'orientation des vecteurs unitaires
des branches 1, 2, 3 fait apparaître que :

ΦA A A
f 1 + Φ f 2 + Φf 3 = 0

De façon générale :

± ΦA A A
f 1 ± Φf 2 ± Φ f 3 = 0 (4.4.2)

selon le choix eectif du sens de parcours des branches. L'équation 4.4.2 est ainsi parfois appelée  équation
de conservation des ux . On voit que cette  équation  se formule diéremment selon que les parcours
choisis sont centripètes ou centrifuges.

Comme la formule de Bredt stipule que :

Ty Tz
Φf = − Sz (Ω) − Sy (Ω)
Izz Iyy

La  conservation  des ux n'est autre que l'illustration de la conservation des moments statiques. Cette
dernière résulte elle-même du caractère extensif du moment statique
6 :

1. le moment statique de l'union de deux parties sans intersection est égale à la somme des moments
statiques de chacune des parties :

 [  \
S Ω1 Ω2 = S (Ω1 ) + S (Ω2 ) si Ω1 Ω2 = Ø

2. le moment statique de l'ensemble du plan de section droite est nul et donc :


S (Σ) = 0 ⇒ S {Σ Ω = −S (Ω) ∀Ω ⊂ Σ

En conséquence de ce qui précède la  conservation des ux  peut se résumer à la règle selon laquelle :

Σf lux sortants − Σf lux entrants = 0 (4.4.3)

Cette règle est appelée  règle de n÷ud  et sera employée lors de l'étude des prols minces multiplement
connexes (Ÿ.4.4.5).
182 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

Figure 4.4.7  Prols minces fermés. De gauche à droite : un voussoir de pont, un tube métallique, un
voussoir de plafond multiplement connexe.

4.4.3 Prol mince fermé à simple cavité


Des exemples de tels prols fermés sont illustrés par la gure 4.4.7. On peut observer, à travers les exemples
proposés, la disparité de taille que peut revêtir un prol mince. Ainsi un voussoir a-t-il des dimensions
métriques là où le tube métallique est plutôt centimétrique.k

4.4.3.1 Expression générale du ux de cisaillement


Les mêmes hypothèses sont faites que sur les prols ouverts ; à savoir :

1. Vecteur contrainte de cisaillement de exion parallèle au prol moyen ;

2. Intensité de la contrainte de cisaillement de exion uniforme dans l'épaisseur.

On considère un prol mince fermé à une cavité.

Figure 4.4.8  prol mince fermé (tube) - tronçon de tube - calotte (PoP).

1. on isole un tronçon de tube compris entre les abscisses x et x + dx ;


2. dans le PSD on dénit un sens de parcours du contour moyen et une origine P0 arbitraire ;

3. on considère la petite calotte prélevée sur le tronçon de tube et délimitée par des coupures opérées
en P0 (abscisse curviligne nulle) et P (abscisse curviligne s) ;
4. on étudie les conditions de l'équilibre statique de cette calotte en introduisant Φf 0 le ux de cisaille-
ment de exion projeté sur s au niveau de l'origine P0 telle que Φf 0 = e0 · τf 0 et Φf (s) le ux de
cisaillement au niveau du point P.

Eectuons le bilan des eorts agissant sur cette calotte et ne retenons que les composantes selon


x :

1. face Ω = Ω (x) orientée par −→



x : distribution de contraintes normales −σ (x, s, t) ;
6. Rappelons qu'il s'agit des moments statiques par rapport aux axes Gy et Gz où G est le centre de gravité de l'ensemble
du plan de section droite (Σ) et Gy , Gz sont axes principaux d'inertie de (Σ).
4.4. PROFIL MINCE 183

Figure 4.4.9  bilan de forces surfaciques sur une calotte extraite d'un tronçon de tube.

2. face Ω0 = Ω (x + dx) orientée par +→



x : distribution de contraintes normales +σ (x + dx, s, t) ;
3. face résultant de la coupure passant par P0 : ux de cisaillement −Φf 0 du fait de la réciprocité des
contraintes de cisaillement en P0 ;
4. face résultant de la coupure passant par P : ux de cisaillement +Φf (s) du fait de la réciprocité des
contraintes de cisaillement en P ;

5. les deux autres faces sont supposées libres de toute force surfacique.

Ainsi :
¨ ¨
−σ (x, y, z) · dΣ + σ (x + dx, y, z) · dΣ − Φf 0 dx + Φf (s) dx = 0
Ω Ω

Soit :
¨
∂σ
· dΣ − Φf 0 + Φf (s) = 0
dx

Et donc, selon l'équation déjà établie 4.3.1 :

 
Sz (s) Sy (s)
Φf (s) − Φf 0 = − Ty + Tz (4.4.4)
Iz Iy

4.4.3.2 Détermination du ux à l'origine Φf 0

CAS GÉNÉRAL : Paragraphe hors programme L3.

Le cas général se traite par des considérations énergétiques et notamment par application du théorème de
Castigliano illustré par la gure 4.4.10 et qui sera démontré dans le chapitre  Principe des Puissances
Virtuelles  (Ÿ 6.7.6).

On considère un tronçon de prol mince fermé simplement connexe.


184 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

Figure 4.4.10  Illustration du théorème de Castigliano. (S) est un solide élastique ; la dérivée partielle
´ 1
de l'énergie élastique We = (S)
σ : ε dV due à l'ensemble des forces agissant sur lui par rapport à la force
2
∂We
F est égale au déplacement u du point d'application de cette force dans sa direction : u= .
∂F

Figure 4.4.11  Un prol fermé est le siège d'un ux de cisaillement de exion (à gauche). Si une coupure
est pratiquée en P0 (origine de l'abscisse curviligne s), les lèvres de cette coupure subissent un glissement
relatif δu (à droite). L'action du ux à l'origine Φf 0 est justement de neutraliser ce glissement : δu = 0.

L'énergie élastique linéique de cisaillement de exion du tronçon de poutre de la gure 4.4.11 est égale à
7 :

¨ ¨ ˛  2 z }|dΣ ˛
1 11 2 1 1 Φf (s) { 1 1 2 ds
w1 = τf × γf · dΣ = τf dΣ = · e (s) ds = Φf (s) ·
2 2G G 2 e (s) G 2 e (s)
Σ Σ L L

Le glissement des lèvres est égal à :


∂w1
δu =
∂Φf o

Et ce glissement est nul lorsque Φf 0 a sa valeur réelle. Par conséquent :

˛
∂w1 ∂Φf ds
=0⇒ × Φf (s) × =0
∂Φf o ∂Φf 0 e (s)
L

Or, équation 4.4.4 :


 
Sz (s) Sy (s)
Φf (s) = Φf 0 − Ty + Tz
Iz Iy
¸
7. Nous utilisons la notation
L f (s) ds pour l'intégrale curviligne de la fonction f le long du contour fermé L.
4.4. PROFIL MINCE 185

Donc :
∂Φf
=1
∂Φf 0

8 :
Par conséquent ˛ ˛ ˛
ds →
− →

Φf (s) × = τf (s) · ds = τf (s) · ds = 0 (4.4.5)
e (s)
L L L

Soit : ˛   
Sz (s) Sy (s) ds
Φf 0 − Ty + Tz × =0
Iz Iy e (s)
L

En n de compte :
˛ ˛
 
1 Ty Sz (s) Tz S y (s)
Φf 0 =¸ × ds + ds
ds Iz e (s) Iy e (s)
L e (s) L L

On pose :
Kz Ky
Φf 0 = Ty + Tz
Iz Iy

Avec :  ¸ Sz (s)


 L e (s)
ds

K =

z ¸ ds





 L e (s)
(4.4.6)
¸ Sy (s)
ds



 L e (s)
K =

¸ ds


 y


L e (s)

Dans le cas d'un prol fermé d'épaisseur constante, il vient :

¸

 Kz = 1

Sz (s) ds
L L
1 ¸
 Ky =
 Sy (s) ds
L L

où L désigne le périmètre du contour moyen fermé (L).


Finalement, on retiendra que :
 
[Sz (s) − Kz ] [Sy (s) − Ky ]
Φf (s) = − Ty + Tz (4.4.7)
Iz Iy

Note Le ux obtenu  et donc la quantité Sz (s) − Kz ou Sy (s) − Ky  est indépendant du choix de
l'origine.

Cas particulier s'appuyant sur la symétrie : Dans le cas particulier où un prol symétrique est
symétriquement chargé, les ux de cisaillement de exion sont également symétriques. Cette symétrie impose
que le ux de cisaillement de exion soit nul dans le plan de symétrie. On adopte donc, pour origine P0 des
abscisses curvilignes, un point du contour moyen qui soit situé dans le plan de symétrie (on a deux choix).

De ce fait Φf 0 = 0 et donc le problème de la détermination de la distribution des ux de cisaillement de


exion peut se traiter de deux façons :

1. on  coupe  le prol en P0 et on le traite comme un prol de même géométrie mais ouvert ;


¸
8. Cette relation montre que la  circulation  du vecteur contrainte le long du contour fermé est nulle :
L τf (s) · ds = 0.
Nous reviendrons sur la circulation de la contrainte de cisaillement au paragraphe Ÿ 4.4.4.
186 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

Figure 4.4.12  Un prol fermé symétrique et symétriquement chargé se traite comme le même prol ouvert
dans son plan de symétrie ou alternativement comme un demi-prol soumis au demi-eort tranchant.

2. on ne considère que le demi-prol soumis au demi-eort tranchant. Dans ce cas l'inertie est prise pour
moitié :
Ty
Ty
Φ (Ω) = − 2 Sz (Ω) = − Sz (Ω)
Iz Iz
2
Voir l'illustration de la gure 4.4.12.

4.4.4 Circulation du vecteur cisaillement


Paragraphe hors programme L3.

Figure 4.4.13  Circulation de la contrainte de cisaillement de exion le long du contour moyen fermé.

Dans ce paragraphe on s'intéresse à la circulation du vecteur cisaillement de exion sur un contour fermé .
9
Cette quantité a déjà fait l'objet d'une évaluation ; voir l'équation 4.4.5. Nous allons interpréter pourquoi,
dans le cas de la exion, cette circulation est nulle.

1. En premier lieu, rappelons que la notation τf désigne la composante du vecteur contrainte agissant sur
un plan de section droite (Σ) orienté par

−x , composante tangente au contour moyen (L) localement
orienté par le vecteur unitaire directeur


s . En mécanique des milieux continus, une telle composante
est notée σxs 10 .
´ →−
− →
9. Ne pas confondre la circulation d'un champ de vecteur le long d'une ligne ouverte ou fermée C = _ V ds qui est une

→ ´ −

AB
grandeur scalaire et la somme des vecteurs d'un champ S = _ V · ds qui est un vecteur.
AB

→ −
→ −
→ −

10. Le vecteur contrainte dont il est question ici s'écrit donc : T = σxx x + σxs s (notations mmc) ou T = σ−

x + τf −

s
(notation rdm)
4.4. PROFIL MINCE 187

2. En second lieu, la loi de comportement de l'élasticité de Hooke permet d'établir la correspondance


1+ν ν 
entre cette composante de cisaillement et la distorsion correspondante. En eet ε= σ− tr σ I
E E
1
donc 2εxs = × σxs et par conséquent : σxs = 2Gεxs = Gγxs 11 .
G
3. En troisième lieu, la déformation angulaire εxs est liée au champ de déplacement par le premier
 
1 1 ∂ux ∂us
grad →

u + gradt →


gradient. Ainsi ε= u conduit à εxs = + .
2 2 ∂s ∂x
4. En quatrième lieu, la théorie des poutres montre qu'en exion (composée), en l'absence de torsion, le
champ de déplacement est de la forme (expressions 3.5.1 ) :
 
 u (x, y, z) = ux (x, y, z)  ux (x, s)


u (P ) = v (x, y, z) = uy (x) dans {xyz} ou→

u (P ) = us (x) dans {xst}
w (x, y, z) = uz (x) ut (x)
 

Donc :  
∂ux dus
τf = σxs = G +
∂s dx

Figure 4.4.14  Champ de déplacement projeté dans le repère mobile {xst} et déformation  distorsion 
∂ux ∂us
d'un élément de tube mince : γf = α + β = + .
∂s ∂x

Calculons la circulation de cette composante de contrainte portée par




s :
 K1 K2 
˛ ˛ z˛ }| { z˛ }| {

− −→  ∂ux ∂us 
τf ds = τf ds = G  · ds + ds
 ∂s ∂x 
(L) (L) (L) (L)

¸ ∂ux
 1er terme K1 = 1(L) ds :
∂s
∂ux
La quantité ds est l'accroissement de déplacement axial lorsque le point P du contour moyen (L)
∂s s
décrit l'arc ds ; on le note dux et donc :
˛
s
K1 = dux

(L)
s
La somme des accroissements dux lorsque la variable s passe de s1 (point P1 ) à s2 (point P2 ) est la
diérence de déplacement axial entre les deux points :

ˆs2
dusx = ux (s2 ) − ux (s1 ) = ∆ux1→2
s1

E
11. Rappelons au passage que G=µ= et que la distorsion γxs vaut le double de la déformation angulaire εxs .
2 (1 + ν)
188 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

Comme le contour est fermé (de P0 P0 ) :


à

˛
K1 = dusx = ux (s0 ) − ux (s0 ) = 0
(L)

¸ ∂us
 2ème terme K2 = (L)
ds :
∂x
Par linéarité (x est la variable portée par la normale à la ligne L) :

˛ ˛
∂us ∂
K2 = ds = us ds
∂x ∂x
(L) (L)

Cette intégrale est la dérivée de la circulation du vecteur us →



s le long du contour fermé L :
˛
d →
− −→
K2 = u s ds
dx
(L)

Appliquons le théorème de Green-Ostrogradski


12 :

¨
d
K2 = rot →

u s dS →

x
dx
S

où S est la surface orientée par




x délimitée par le contour fermé L (gure 4.4.14). Calculons le
rotationel de la composante us de déplacement :


 
   0 
 ∂x  0

− − ∂
rot →

uS = ∇ ∧→ 0 
 
us =  ∧  us (x, s)  = 
∂u
 
 ∂s 
0 s
 ∂ 
∂x
∂t

le ux élémentaire rot →

u s dS →

x est donc nul. Par conséquent :

K2 = 0

Par conséquent, nous pouvon énoncer :

Théorème 114. La circulation du vecteur cisaillement de exion le long d'un contour fermé est nulle.
˛
τf (s) ds = 0 (4.4.8)

(L)

Cette propriété, connue sous le nom de  loi de maille , s'avère utile à l'étude des prols multiplement
connexes (voir ci-dessous).

4.4.5 Prol mince fermé à cavités multiples


4.4.5.1 Principe de l'étude
Paragraphe hors programme L3.

12. Le théorème d'Ostrogradski appartient à la familles des théorèmes de transformation d'intégrales aussi connue en
¸ ´
tant que famille des théorèmes de la divergence. Symboliquement, la forme générique s'écrit
∂D g = D ∂g : le ux d'une
fonction au travers un bord fermé est égale à l'intégrale de la divergence dans domaine délimité par le bord. Le théorème
d'Ostrogradski énonce que la circulation d'un vecteur le long d'une courbe fermée est égale au ux du rotationnel au travers
¸ −→−→ ˜ − →−→
de la surface contourée par la courbe fermée :
L u dl = S rot u dS . Dans le plan et en repère cartésien on peut aussi écrite :
¸ ˜
 
∂ux ∂uy
L ux dx + uy dy = S − dx dy .
∂y ∂x
4.4. PROFIL MINCE 189

Figure 4.4.15  A gauche (x) Prol mince fermé multiplement connexe. (a) Illustration de la loi de branche.
(b) Illustration de la loi de n÷ud. (c) Illustration de la loi de maille.

On considère une section droite constituée par un prol mince fermé multiplement connexe soumis à un
eort tranchant. Le nombre de connexité du prol est celui du nombre de cavités ou cellules délimitées par
le contour moyen. La gure 4.4.15 sert à étayer les développements qui suivent.

Le paramétrage (conseillé) et la méthodologie pour l'étude d'un tel prol, visant à déterminer les ux de
cisaillement de exion, se présentent comme suit.

1. On désigne par (Σ) le PSD et (Σi ) chacune des cellules. Le contour moyen d'une cellule est noté (Li ) ;
 Exemple : 3 cellules (Σ1 ) , (Σ2 ) , (Σ3 ).
2. Les cellules sont séparées entre elles par des parois formées par des branches du contour moyen ;
 Exemple : branche (4) entre (Σ1 ) et (Σ2 ) .
3. Une branche peut aussi séparer une cellule de l'extérieur du PSD ;
 Exemple : branche (1) entre (Σ1 ) et l'extérieur.
4. Chaque branche est numérotée en commençant, par exemple, par les branches périphériques et en
parcourant le PSD dans le sens direct ;
 Exemple : branches (1) à (6).
5. Chaque branche possède un noeud-origine et un noeud-extrémité et donc un sens de parcours. Le
noeud-origine sert également d'origine pour l'abscisse curviligne s locale à la branche ;
 Exemple : branche (1) orientée de A vers B et (4) de D vers B .
6. Loi de branche : entre deux points quelconques de la même branche la formule de Bredt s'applique
comme cela a été vu pour les prols simplement connexes. On désigne par (Ω) la portion du PSD
délimité par les deux points ;
 Exemple : entre C et Q de la branche [3] :
 
Sz (Ω) Sy (Ω)
ΦQ
f3 − Φ C
f 3 = − Ty + Tz
Iz Iy
les moments statiques concernent la portion de branche comprise entre les points C et Q. Naturelle-
ment, le ux de cisaillement de exion n'est pas uniforme dans une branche mais est une fonction
de l'abscisse curviligne.

7. Loi de n÷ud : les n÷uds sont les points de jonction des branches. Au moins trois branches y
convergent. En isolant un n÷ud par des coupures virtuelles et en écrivant son équilibre, on éta-
blit autant de relations entre les ux d'extrémité des branches qu'il y a de n÷uds. En pratique, on
applique la  loi de n÷ud  énoncée en équation 4.4.3 ;
 Exemple : n÷ud A à la jonction des branches [1], [3] et [6] et en négligeant le moment statique de la
portion (Ω) de PSD formée par les embryons de branches autour de A :
ΦA A A
f 1 + Φ f 6 − Φf 3 ≈ 0
190 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

8. Loi de maille : Une maille (Li ) est constituée par une portion du contour moyen (L) contourant
entièrement une cellule. La loi de maille consiste à écrire que la circulation du vecteur contrainte le
long d'une maille est nulle. Ainsi pour chaque maille :
˛ ˛
Φf (s)
τf (s) · ds = ds = 0
e (s)
(Li ) (Li )

 Exemple : maille (L1 ) entourant la cellule (Σ1 ) en tenant compte du sens de circulation initialement choisi
pour la dénition des ux de cisaillement :
˛ ˆ ˆ ˆ
Φf (s) Φf 1 (s) Φf 4 (s) Φf 6 (s)
ds = ds − ds − ds = 0
e (s) e (s) e (s) e (s)
(L1 ) [1] [4] [6]

Le ux dans chaque branche est établi sur la base de la loi de branche. Par exemple dans la branche [1]
on peut écrire :  
Sz (s) Sy (s)
Φf 1 (s) = ΦA
f 1 − Ty + Tz
Iz Iy
La contribution de la branche [1] à la circulation de la contrainte de cisaillement est donc :
ˆ ˆ ˆ ˆ
Φf 1 (s) ds Ty Sz (s) T Sy (s)
ds = Φ A
f1 − ds − z ds
e (s) e (s) Iz e (s) Iy e (s)
[1] [1] [1] [1]

Et, si l'épaisseur est uniforme :


ˆ ˆ ˆ
Φf 1 (s) L1 Ty Tz
ds = Φ A
f1 − Sz (s) ds − Sy (s) ds
e (s) e1 e1 Iz e1 Iy
[1] [1] [1]

la mise en ÷uvre de la loi des mailles requiert donc le calcul de l'intégrale des moments statiques des
branches parcourues.

Topologie des réseaux 2D (Euler)

Sur une surface plane ou gauche on dénit N points appelés n÷uds. Ces
n÷uds sont connectés par B branches tracées sur la surface formant M
mailles ; aucun n÷ud ne forme une terminaison isolée. L'ensemble constitue
un  réseau . Alors :
B+1=N +M (4.4.9)

Au bilan Si un prol multiplement connexe comporte M mailles formées par B branches interconnectées
en N n÷uds, on cherchera à déterminer les ux de cisaillement aux extrémités des branches ; cela introduit
donc 2B inconnues. Pour la résolution on dispose de :
 B équations de branche ;
 N équations de n÷uds ;
 M équations de maille.
La loi topologique des réseaux (encadré et équation 4.4.9) montre que nous disposons davantage d'équations
que le problème de détermination des ux ne présente d'inconnues. En eet il y a :

N + M + B = 2B + 1 équations

pour :
2B inconnues

l'une des équations est donc redondante. A noté qu'il est d'usage de distinguer les ux de cisaillement produit
par Ty d'une part et par Tz de l'autre.
4.4. PROFIL MINCE 191

4.4.5.2 Exemple : prol mince à deux cavités

On considère le prol mince à deux cavités  il est 2-connexe  de la gure 4.4.16. Ce prol présente une
symétrie par rapport à l'axe Gz . On le suppose soumis à l'action d'un eort tranchant Ty . Le sens de
parcours arbitraire des branches est représenté sur la gure : par commodité le parcours complet d'une
maille ne transgresse pas le sens d'une branche ; c'est la raison pour laquelle, une maille est parcourue dans
le sens direct et l'autre dans le sens horaire. Par la suite, on note ΦN k le ux de cisaillement de exion au
noeud N dans la branche k. On introduit, de plus, la notation :

Ty
ΦN k = SN k
Iz

Figure 4.4.16  Prol à deux cavités

Paramétrage Le prol est paramétré comme l'indique la gure 4.4.17-a. Le long de chaque branche est
représentée la fonction moment statique Sz (s) du tronçon de branche situé entre l'origine de la branche
et l'abscisse courante s. Le prol comporte deux mailles numérotées 1 et 2 (M = 2), trois branches :
[1] = ABCD, [2] = AF ED et [3] = DE (B = 3) et deux noeuds A et D (N = 2), les autres noeuds
B, C, E, F étant posés par commodité de calcul. La relation M + N = B + 1 est, naturellement, vériée.

Figure 4.4.17  (a) Paramétrage du prol 2-connexe et tracé de la fonction Sz (s). (b) Distribution du ux
Ty
de cisaillement (au facteur b2 e près).
Iz
192 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

Inconnues Le problème comporte 6 inconnues a priori :

ΦA1 , ΦA2 , ΦA3 , ΦD1 , ΦD2 , ΦD3

auxquelles, nous ajoutons les ux intermédiaires (angles) :

Φ B , ΦC , ΦE , ΦF

Lois des branches 6 relations :

branche portion moment statique /Gz à l'extrémité relation (Bredt)


Ty 2
AB −b × 2b × 2e = −4b2 e ΦB = ΦA1 + 4 b e SB − SA1 = 4b2 e
Iz
1
BC 0 par symétrie / Gz ΦC = ΦB SC − SB = 0
2 Ty
CD +b × 2b × 2e = +4b e ΦD1 = ΦC − 4 b2 e SD1 − SC = −4b2 e
Iz
Ty 2
AF −b × 2 × 2e = −2b2 e ΦF = ΦA2 + 2 b e SF − SA2 = 2b2 e
Iz
2
FE 0 par symétrie / Gz ΦF = ΦE SF − SE = 0
2 Ty
ED b × 2 × 2e = +2b e ΦD2 = ΦE − 2 b2 e SD2 − SE = −2b2 e
Iz
3 AD 0 par symétrie / Gz ΦD3 = ΦA3 SD3 − SA3 = 0

Lois des noeuds 2 relations :

noeud relation (équilibre)

A ΦA1 + ΦA2 − ΦA3 = 0


D −ΦD1 − ΦD2 + ΦD3 = 0

Loi des mailles 2 relations :

maille 1 [ABCDA] maille 2 [AFEDA]


branche

branche
tronçon

tronçon

Ty Ty
circulation × circulation ×
Iz Iz
¸ Φ (s) ¸ Φ (s)
ds = 0 ds = 0
(1) (2)
 e (s)   e (s) 
2b 1 2b 1
AB SA1 + × 4b2 e AF SA2 + × 2b2 e
2e  2 2e  2
1 2
2 b2 e 2 b2 e
 
2b 2b
BC SB + × FE SF + ×
e  3 2  e 3 2 
2b 1 2b 1
CD SC − × 4b2 e ED SE − × 2b2 e
2e 2 2e 2
2b b2 e 2b b2 e
 
2b 2b
3 DA SD3 − × 3 DA SD3 − ×
e 3 2 e 3 2
Σ= SA1 + 2SB + SC + 2SD3 = 0 Σ= SA2 + 2SF + SE + 2SD3 = 0

Résolution La résolution s'eectue par substitutions successives. Disposant de moyens de calcul automa-
tique, il peut aussi être commode de poser le système sous forme matricielle (on écarte la première équation
4.5. SECTIONS RÉDUITES 193

de branche qui est une combinaison linéaire des autres équations) :


    
0 0 0 0 0 0 −1 +1 0 0 SA1 0

 0 0 0 +1 0 0 0 −1 0 0 

 SA2 


 −4 


 0 −1 0 0 0 0 0 0   SA3
0 +1   


 2 


 0 0 0 0 0 0 0 0 −1 +1 
  SD1
 


 0 


 0 0 0 0 1 0 0 0 −1 0   SD2

 = b2 e 
  −2 


 0 0 −1 0 0 +1 0 0 0 0 
  SD3
 


 0 


 +1 +1 −1 0 0 0 0 0 0   SB
0   


 0 


 0 0 0 −1 −1 +1 0 0 0 0   SC
 


 0 

 +1 0 0 0 0 +2 +2 +1 0 0   SE   0 
0 +1 0 0 0 +2 0 0 +1 +2 SF 0

On obtient le résultat :    
SA1 −1.875

 SA2  
  −.0375 


 SA3  
  −2.250 


 SD1  
  −1.875 


 SD2  
= −0.375  2
b e

 SD3  
  −2.250 


 SB  
  +2.125 


 SC  
  +2.125 

 SE   +1.625 
SF +1.625

On vérie aisément que la première équation de branche est également satisfaite. De tous ces résultats on
en déduit la distribution des ux de cisaillement dans le prol 2-connexe (g. 4.4.17-b).

Contrôle La somme des ux dans la direction y doit être égale à l'eort tranchant : ici, compte tenu du
y vaut :
sens de circulation et du signe des ux, on établit que la résultante des ux selon
 
BC AD FE
z }| { z }| { z }| {
14b3 e
    
Ty  2 2 2
R y = b2 e × 2b  2.125 + × 0.5 + 2.250 + × 0.5 + 1.625 + × 0.5  = Ty
 
Iz  3 3 3  Iz

Reste à évaluer Iz :
3
e (2b)
Iz = 2 × b2 × 6be + 3 × = 14b3 e
12
On obtient bien :
Ry = Ty

On vérie très aisément que la somme des ux selon z est nulle du fait de la symétrie.

4.5 Sections réduites


En théorie des poutres on a introduit, par anticipation, la notion de  section réduite . Cette notion permet
à la fois d'exprimer la loi de comportement qui relie l'eort tranchant Ti dans la direction i (y ou z) au
glissement γiG du PSD : Ti = GA0i γiG et aussi d'exprimer la densité d'énergie élastique de cisaillement de
exion (énergie par unité de longueur poutre) :

1 Ti2 1 1
wT i = 0 = GA0i γiG 2 = Ti γiG avec i = y ou z
2 GAi 2 2

L'objet du présent paragraphe est d'établir l'expression de cette section réduite. Nous le ferons dans le cas
des prols minces uniquement. La méthode consiste à comparer deux expressions de l'énergie élastique par
unité de longueur de poutre que nous noterons w1 :
194 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

1. la première obtenue en s'appuyant sur la théorie de la mécanique des milieux continus (voir le cours
de mmc) ;

2. la seconde par la théorie des poutres.

NOTATION SIMPLIFIÉE : Le glissement γiG est noté γi par la suite (implicitement au niveau du CDG).

4.5.1 Expression de w1 par la mmc


La poutre est considérée en tant que solide déformable dans lequel règne un tenseur des contraintes σ et
un tenseur des déformations ε. La densité volumique d'énergie w3 est tout simplement égale au produit
contracté des deux tenseurs au facteur 1/2 près :

1
w3 = σ:ε
2

Selon l'hypothèse de Saint-Venant, le tenseur des contraintes est  incomplet  et de la forme :


   
σ = σxx τy = σxy τz = σxz σ = σxx τf = σxs 0
σ =  τy = σxy 0 0  ou σ =  τf = σxs 0 0 
τz = σxz 0 0 {xyz}
0 0 0 {xst}

La première forme du tenseur des contraintes étant écrite dans le système d'axes principaux de la poutre
et la seconde en gardant x comme première coordonnée et en adoptant les coordonnées curvilignes (s, t)
dans le plan de section droite. Dans cette seconde conguration on a vu que la composante de cisaillement
perpendiculaire au prol moyen τxt était nulle.

On a noté τf la contrainte de cisaillement de exion parallèle au contour (normalement σxs = τs ) pour bien
insister sur l'absence de torsion dans ce chapitre.

Le tenseur des déformations est, quant à lui, de la forme


13 :

 1 
ε = εxx εxs = γf 0
2
ε =  ε = 1γ
 
 
xs f εss =? 0 
2
0 0 εtt =? {xst}

L'énergie volumique est donc égale à :


1
w3 = [σε + τf γf ]
2
Avec la loi de comportement élastique linéaire réduite à :

σ = Eε
τf = µγf = Gγf

Pour obtenir la densité d'énergie linéique w1 il sut d'intégrer la densité d'énergie volumique sur le plan de
section droite : ¨
w1 = w3 · dΣ
Σ

Par conséquent :

¨ " #  ¨ ¨
1 σ2 τf2

1 1 2 1 2
w1 = + · dΣ = × σ · dΣ + τ · dΣ (4.5.1)
Σ 2 E G 2 E Σ G Σ f

A noter que σ dépend uniquement des sollicitations normales N, My , Mz et que τf ne dépend que des eorts
tranchants Ty , Tz 14 .
13. Les composantes εss et εtt ne sont pas renseignées ici. L'hypothèse de Bernoulli voudrait qu'elles soient nulles mais cette
même hypothèse ne permet pas d'établir correctement les contraintes de cisaillement (voir le chapitre  théorie des poutres ).
14. Le moment de torsion Mx sera pris en compte dans le chapitre suivant.
4.5. SECTIONS RÉDUITES 195

4.5.2 Expression de w1 par la théorie des poutres (rappel)


Dans le chapitre  théorie des poutres , la densité linéique d'énergie élastique (hors torsion) a été établie
comme suit
15 :
" #
1 N2 My2 Mz2 Ty2 Tz2
w1 = + + + +
2 EA EIy EIz GA0y GA0z

Dérivons w1 par rapport à l'une quelconque des sollicitations : le résultat de cette opération est la déformation
associée à la sollicitation choisie. En particulier :


∂w1 Ty

 = = γy
∂Ty GA0y

∂w1 Tz
= = γz


∂Tz GA0z

∂σ ∂σ
Remplaçons maintenant w1 par l'expression 4.5.1. Remarquons que = =0 , il reste donc :
∂Ty ∂Tz

1 ˜

∂w1 Ty ∂τf (s)

 = = τf · · dΣ
∂Ty GAy 0 G Σ ∂Ty

(4.5.2)
∂w1 Tz 1 ˜ ∂τf (s)
= = τf · · dΣ


GA0z G Σ

∂Tz ∂Tz

A partir de ces égalités et moyennant le calcul des intégrales, nous allons pouvoir déterminer les sections
réduites.

4.5.3 Prol mince fermé / ouvert / N-connexe

Figure 4.5.1  Elément d'aire dΣ de la section droite d'un prol mince.

Dans un prol mince un élément d'aire est égal à l'épaisseur multipliée par un élément de longueur du prol
moyen : dΣ = e (s) · ds ; dans les expressions 4.5.2 les intégrales de surface se muent donc en intégrales
curvilignes.

Ainsi :
1 ´ 1 ´

Ty ∂τf (s) ∂Φf (s) ds

 = τf · · e (s) ds = Φf · ·
GA0y G L ∂Ty G L ∂Ty e (s)

(4.5.3)
Tz 1 ´ ∂τf (s) 1 ´ ∂Φf (s) ds
= τf · · e (s) ds = Φf · ·


0 G L G L

GAz ∂Tz ∂Tz e (s)
15. Il s'agit de l'expression en terme de sollicitations. Deux expressions alternatives existent : en déformation et mixte.
196 CHAPITRE 4. CISAILLEMENT DE FLEXION

4.5.3.1 Section mince fermée


 
[Sz (s) − Kz ] [Sy (s) − Ky ]
Dans un prol mince fermé, on a montré que (4.4.7) : Φf (s) = − Ty + Tz
Iz Iy
Donc :

˛ ˛    
Ty 1 ∂Φf (s) ds 1 [Sz (s) − Kz ] [Sy (s) − Ky ] [Sz (s) − Kz ] ds
= Φf · · = − Ty + Tz × − ·
GA0y G ∂Ty e (s) G Iz Iy Iz e (s)
L L

Ou encore :

 ˛ ˛ 
Ty 1 1 2 ds 1 ds
= × Ty [Sz (s) − Kz ] + Tz [Sz (s) − Kz ] [Sy (s) − Ky ]
GA0y G Iz2 L e (s) Iy Iz L e (s)

Or on montre facilement que


16 :

˛ ˛ ˛
ds ds ds
Sy (s) =0 Sz (s) =0 Sy (s) Sz (s) =0
L e (s) L e (s) L e (s)

Il reste donc :
˛
Ty 1 1 2 ds
0
= × Ty 2 [Sz (s) − Kz ]
GAy G Iz L e (s)

Identiant les deux membres de cette égalité, nous trouvons que :

Iz2
A0y = (4.5.4)
¸ [Sz (s) − Kz ]2
ds
L e (s)

Et on montrerait de même que :

Iy2
A0z = (4.5.5)
¸ [Sy (s) − Ky ]2