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établit sa renaissance en tant que poète (par rapport à son identité de

prince) basée sur une transformation de la Rose et de la Queste. A la


manière de Jean de Meun qui annonce sa renaissance poétique au point
textuel central de la Rose, René annonce ici sa propre renaissance
INTRODUCTION
poétique, intellectuelle et spirituelle en redéfinissant les idéaux de
l’identité du prince à travers la réécriture des traditions.
La transformation des traditions de la Rose et de la Queste dans le
Livre du Cuer sera illustrée par l’expression de « déshabillage littéraire »
Dans son édition du Livre du Cuer d’amours espris (1457),
que nous avons créée à cette fin. Ce procédé de « déshabillage littéraire »
Suzanne Wharton définit l’œuvre de René d’Anjou comme « une synthèse
progressera avec l’avancement de la quête. Ainsi, durant son sommeil, le
des romans arthuriens en prose et des allégories en vers à la manière du
roi René rêve qu’il se réveille et qu’Amours lui extirpe le cœur hors de son
Roman de la Rose » (17). Daniel Poirion rend la définition encore plus
corps pour le donner ensuite à Désir. L’organe deviendra alors le
précise en appelant le Cuer une « combinaison de l’allégorie selon
chevalier Cuer. Le narrateur sera donc le rêveur qui se transformera lui-
Guillaume de Lorris et de la parabole selon la Queste » (« Le Miroir
même en chevalier Cuer durant son adoubement fait par Désir. Désir
Magique » 52). On ne saurait nier l’importance ni du Roman de la Rose
offre à Cuer une armure couverte de motifs amoureux, que l’on nommera
(1230-1270) ni de la Queste del Saint Graal (Queste) (1225-1230) que
« armure d’amour »: « ung branc d’acier trenchant et aceré, fait et forgé
René cite parmi ses modèles les plus influents. Pourtant la critique s’est
tout à coups de treshumbles requestes et prieres, » « ung heaume timbré
montrée jusqu’à nos jours récalcitrante à se donner la tâche d’examiner
tout de fleurs d’amoureuses pensees, » « ung escu qui estoit d’esperance
la signification de l’amalgame intertextuel dans le Cuer. En nous
pure, large, grant et plantureux, a trois fleurs de n’oubliez mye et bordé
appuyant sur des références précises de ces deux oeuvres, nous
de doloreux souspirs » (28,29). Plus tard, Cuer sera petit à petit mis à nu
proposons donc d’analyser comment et pourquoi, suivant la tradition de
au moyen du « déshabillage littéraire » pour finalement abandonner ses
la translatio studii, René établit des rapports intertextuels entre ces deux
attributs physiques de chevalier et son « armure d’amour ». Cette ultime
traditions littéraires afin de créer une nouvelle quête représentée par
étape de mise à nu sera suivie par celle du renouveau et de la
Cuer, moitié amant du récit allégorique, moitié chevalier du roman de
renaissance d’une valeur personnelle propre à l’idéal du « miroir aux
chevalerie, où se côtoient les vers de la Rose et la prose de la Queste.
princes. » La quête de métamorphose déjà suggérée dans la Queste
Cette nouvelle quête s’annonce comme double transformation de ces
devient chez René un thème central où la transformation s’exécute non
deux textes modèles: transformation du ‘miroëur aus amoureux’ de Jean
seulement au niveau physique, mais aussi aux niveaux intellectuels,
de Meun et de la Queste, en « miroir aux princes » proprement dit.
spirituels et littéraires, pour inviter le héros, le narrateur, l’auteur et le
C’est donc en suivant la tradition de la translatio studii que René

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