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La révolution keynésienne

Sommaire

Keynes : une destinée exceptionnelle


Une activité foisonnante
L'oeuvre de Keynes
L'économie rêvée des " classiques "
Le chômage involontaire
L'offre de travail dans l'analyse keynésienne
L'inefficacité d'une baisse des salaires nominaux
Une économie de la demande
La critique de la loi de Say
La production effective
Le multiplicateur d'investissement
Le modèle complet
Le marché des biens et services
Le marché de la monnaie
Le marché des titres
Le modèle keynésien
La politique économique
La politique économique en économie ouverte
Le rôle des échanges extérieurs
Keynes et la valeur de la monnaie nationale
Actualité de Keynes
Une politique de relance
Les enseignements de Keynes et la crise actuelle
Bibliographie

par Michel Herland.

Publiée en 1936 par John Maynard Keynes, la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de
la monnaie s'impose comme une oeuvre économique majeure de ce siècle. La crise
économique de 1929 fournit à Keynes l'occasion de se dégager définitivement de l'influence
des analyses néoclassiques en mettant l'accent sur le rôle et la nature de la monnaie, sur
l'importance de l'incertitude et des anticipations et sur la place décisive des entrepreneurs
dans la dynamique économique. Rappelant au début de la Théorie générale que " la difficulté
n'est pas de comprendre les idées nouvelles mais d'échapper aux idées anciennes ", Keynes
refuse de faire confiance aux mécanismes du marché pour rétablir spontanément l'équilibre
et restaurer le plein-emploi. Il fonde ainsi les politiques macroéconomiques en examinant,
comme le montre ici Michel Herland, l'efficacité des instruments budgétaires et monétaires.

Keynes : une destinée exceptionnelle

John Maynard Keynes est né en 1883, comme Schumpeter, l'année de la mort de Marx. A
l'instar de John Stuart Mill et de Léon Walras, il était le fils d'un économiste. John Neville
Keynes (1852-1949), qui enseigna les " sciences morales " à Cambridge à l'époque où
l'économie politique leur était encore rattachée, est l'auteur d'un ouvrage sur le domaine et la
méthode de cette science qui fit autorité pendant plusieurs décennies. Maynard Keynes fut
ainsi un pur produit de Cambridge, l'Université alors incontestablement la plus réputée outre-
Manche, en raison de la présence d'Alfred Marshall (1842-1924) qui a formé la plupart des
économistes britanniques actifs depuis la fin du XIXe siècle jusqu'aux environs de la Seconde
Guerre mondiale, à commencer par Keynes lui-même.

Une activité foisonnante

Keynes étudia surtout les mathématiques à l'Université et sa thèse fut consacrée à la théorie
des probabilités, mais il était l'assistant de Marshall à l'époque où il la rédigeait et il devint
très vite l'un des membres les plus actifs de la profession des économistes en Grande-
Bretagne : éditeur de l'Economic Journal, secrétaire puis président de la Royal Economic
Society. Auteur prolifique, il fut bientôt lui-même un maître entouré par ses disciples au sein
du Club d'économie politique de Cambridge qu'il avait créé. Pourtant l'enseignement et la
recherche en économie ne suffisaient pas à remplir sa vie. Après la Première Guerre
mondiale, qu'il passa au service du Trésor britannique en tant que responsable des relations
financières avec les alliés, il développa une activité multiforme puisqu'il fut à la fois financier
(heureux en affaires), journaliste, militant politique (au sein du parti libéral), mécène et
président du Conseil des Arts en même temps qu'économiste. Il ne passait plus à Cambridge
que deux jours par semaine et résidait à Londres, dans le quartier de Bloomsbury, à côté de
ses amis qui comptaient parmi les intellectuels les plus en vue de sa génération. Il avait
d'ailleurs renoncé à toucher le moindre revenu de son université.

En 1937, les premiers symptômes de la maladie cardiaque qui devait l'emporter obligèrent
Keynes à réduire sensiblement ses activités. Cependant, dès le début du deuxième conflit
mondial, il se portait volontaire pour reprendre du service auprès de l'Administration
britannique, au sein de laquelle il fut chargé de deux dossiers très importants : la négociation
des prêts américains à la Grande-Bretagne, pour financer son effort de guerre, et la mise sur
pied d'un nouvel ordre monétaire international, pour l'après-guerre. Dans le cadre de ces
nouvelles fonctions, et en dépit d'une santé chancelante, il fut amené à se rendre plusieurs fois
aux États-Unis, où il fut, en particulier, l'une des principales figures de la conférence de
Bretton Woods (juillet 1944) qui donna naissance au FMI et à la Banque mondiale ( 1 ).
Lorsqu'il mourut prématurément, en 1946, il était chargé d'honneur : membre du conseil de la
Banque d'Angleterre, docteur honoris causa de plusieurs Universités (dont la Sorbonne) et
baron de Tilton depuis 1942, ce qui lui avait ouvert la porte de la Chambre des Lords.

L'oeuvre de Keynes

Les premiers livres de Keynes furent des ouvrages plutôt dictés par les circonstances.
Monnaie et finance indiennes (1913), porte la trace du passage de Keynes dans la haute
fonction publique, entre la fin de ses études et le début de sa thèse ; les Conséquences
économiques de la Paix (1919) témoignent de l'indignation de Keynes devant les conditions
imposées à l'Allemagne après la Première Guerre mondiale (dans lesquelles il voyait les
germes de conflits futurs) ; enfin la Réforme monétaire (1923) est le résultat direct des
contributions de Keynes en tant qu'éditeur des suppléments économiques du Manchester
Guardian.

En 1930 parut le premier grand livre de théorie économique, le Traité de la monnaie. On y


trouve tout ce que l'on pouvait attendre, à cette époque, d'un traité exhaustif, depuis les
statistiques sur la masse monétaire et la vitesse de circulation jusqu'à une théorie monétaire du
cycle économique. Il contient surtout un premier exposé de la fonction keynésienne de
demande de monnaie, qui constitue, rétrospectivement, son apport principal.
Tableau [Des conceptions radicalement opposées]

En 1936, enfin, paraît la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, le livre


qui va asseoir durablement la gloire de Keynes. Pourquoi ce nouvel ouvrage moins de six ans
après le Traité de la monnaie dans lequel il pensait déjà avoir apporté une contribution
éclatante à la science économique ? La réponse n'est pas à chercher ailleurs que dans la crise
économique qui démarre en 1929 et qui va se prolonger jusqu'à la guerre. Les théories du
cycle, comme celle du Traité, qui s'intéressaient principalement aux variations des prix,
perdaient toute pertinence dans la situation des années 30, marquée par une quasi-constance
des prix et l'enfoncement dans la dépression avec des niveaux de chômage jamais atteints
auparavant. A situation inédite explication inédite. Le génie de Keynes fut de savoir, plus tôt
que d'autres, proposer une telle explication et l'imposer à la profession des économistes. Mais
pour y parvenir, il fallait rompre complètement avec les manières de raisonner anciennes, "
s'affranchir des idées préconçues "( 2 ). Keynes n'a pas adapté un modèle ancien, il a, ainsi qu'il
l'écrit lui même( 3 ), révolutionné la science économique.

On ne se pose pas mieux qu'en s'opposant. Et c'est en bataillant contre l'enseignement de ses
maîtres que Keynes donnera le meilleur de lui-même. Nul mieux que lui ne saura manier les
armes de la critique contre les économistes orthodoxes pour construire et faire triompher ses
propres conceptions. Cependant le savoir des économistes n'était pas plus unifié à l'époque où
Keynes écrivait la Théorie générale qu'aujourd'hui. Il a donc dû synthétiser les principaux
éléments de l'économie de son temps et produire lui même le " modèle classique " contre
lequel il construira son propre modèle. Encore faut-il préciser que Keynes n'a pas traduit ces
modèles en équation, comme on le fait aujourd'hui, qu'il a gardé une forme purement littéraire
qui laisse la porte ouverte à des interprétations divergentes, ce qui explique pourquoi on débat
toujours sur ce qui constitue l'essentiel de l'apport de Keynes.

Encadré [Le modèle classique]

L'économie rêvée des " classiques "

Malgré son caractère très simplificateur, la présentation keynésienne du modèle classique


n'est pas si éloignée de la vérité puisque les économistes libéraux d'aujourd'hui continuent à
défendre des propositions en parfaite conformité avec ce modèle.

Le marché du travail est normalement en équilibre du plein-emploi. L'offre de travail (par les
travailleurs) est une fonction croissante du salaire réel, la demande de travail (par les
entreprises) une fonction décroissante du même argument. L'équilibre du marché du travail
s'établit spontanément à l'intersection des fonctions d'offre et de demande (Cf. encadré ci-
contre). En régime de concurrence, le seul chômage possible est le chômage frictionnel,
transitoire, qui s'explique simplement par le fait que l'ajustement du marché vers ses valeurs
équilibres n'est pas instantané. Quant aux travailleurs qui refusent un emploi parce qu'ils le
considèrent insuffisamment rémunérateur, ils ne sont pas de vrais chômeurs puisqu'ils
pourraient travailler s'ils acceptaient le salaire du marché. Tout au plus peut-on les considérer
comme des chômeurs volontaires.

Si la concurrence est entravée, par exemple par l'instauration d'un salaire minimum, il se peut
que celui-ci soit supérieur au salaire d'équilibre, auquel cas le chômage est induit par la
réglementation du marché. Pour restaurer le plein-emploi, il suffit alors de rétablir
l'indispensable flexibilité du salaire.
Comme le marché du travail, celui des biens est normalement à l'équilibre en vertu de la loi de
Say( 4 ) suivant laquelle l'offre (de biens) crée sa propre demande. Deux conséquences en
découlent :

• D'abord, le niveau de l'activité économique dépend uniquement des conditions de


l'offre. Si l'activité est insuffisante, il convient donc d'agir sur l'offre (en augmentant la
flexibilité du marché du travail, en réduisant les taux d'intérêt, etc.).
• Ensuite, la monnaie n'est jamais demandée pour elle-même mais seulement pour
acheter quelque chose ; elle ne sert que d'intermédiaire des échanges.

La situation de l'économie réelle se détermine alors indépendamment de la monnaie - toujours


suivant les conditions de l'offre - et les variations de la quantité de monnaie n'ont pas d'autre
effet que sur les grandeurs nominales, c'est-à-dire sur les prix. On reconnaît ici la thèse de la
dichotomie entre les secteurs réel et monétaire.

Contre cette vision idyllique de l'économie, Keynes va opposer une démarche empreinte de
réalisme ; il montrera que les comportements réels ne sont pas tels que les classiques les
imaginent et que, de ce fait, leurs conclusions sont absolument erronées.

Le chômage involontaire

L'idée suivant laquelle il n'existerait, en dehors du chômage frictionnel, que du chômage


volontaire ou causé par des rigidités artificielles du marché du travail n'est pas conforme aux
faits. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les pays du Tiers-monde où n'existent ni
salaire minimum, ni assurance-chômage et où pourtant de nombreuses personnes dépourvues
d'emploi accepteraient d'être embauchées au salaire du marché, quel qu'il soit. Il n'en demeure
pas moins que la compréhension du chômage n'est pas immédiate, dès lors que l'on renonce
aux simplifications caricaturales de l'explication classique.

L'offre de travail dans l'analyse keynésienne

Par rapport à la représentation du marché du travail classique, telle qu'elle apparaît sur le
premier quadrant de la figure de l'encadré ci-contre, Keynes conserve la fonction de demande
de travail par les entrepreneurs et suppose qu'elle est en général satisfaite : il n'existe pas de
moyen, en effet, pour contraindre un entrepreneur à embaucher contre sa volonté. La fonction
d'offre par les salariés existe aussi mais elle n'est pas obligatoirement satisfaite. Ainsi, alors
que les entrepreneurs sont toujours sur leur courbe de demande, les salariés ne sont pas
nécessairement sur leur courbe d'offre. A l'équilibre du marché du travail l'offre est égale à la
demande, comme sur la figure. Toutefois Keynes s'intéresse surtout au cas où l'offre de travail
dépasse la demande, situation qu'il appelle chômage involontaire, pour bien le distinguer du
chômage volontaire qui trouverait son origine dans le refus des salariés (ou de leurs
syndicats) de laisser diminuer suffisamment le salaire réel w.

L'explication se complique dans la mesure où Keynes admet en même temps que les salariés
défendent le niveau du salaire nominal, W. Cette distinction entre le salaire réel, qui doit
pouvoir s'ajuster pour que l'on soit en droit de parler de chômage involontaire, et le salaire
nominal qui peut simultanément être rigide, est apparemment contradictoire. Elle ne l'est plus
si l'on songe que la baisse du salaire réel, w = W/P, peut être atteinte soit par la baisse de W,
soit par la hausse de P.
L'inefficacité d'une baisse des salaires nominaux

Selon Keynes, une baisse générale du salaire nominal n'est pas favorable à l'emploi, et ce pour
deux raisons. La première tient au caractère général de la baisse. Lorsqu'une entreprise
parvient à diminuer le salaire, toutes choses égales par ailleurs, elle devient plus compétitive
et peut augmenter l'emploi ; mais elle le fait au détriment de ses concurrents. Tandis que, au
niveau global, une baisse générale des salaires nominaux entraîne la diminution du revenu
national, ce qui veut dire que même si les prix diminuent, il n'y a pas de raison que la
demande s'accroisse( 5 ). La seconde raison se rattache à l'importance des anticipations chez
Keynes. Dès la Réforme monétaire, ce dernier opposait l'inflation, signe de dynamisme
économique, de profit facile, et donc d'euphorie des entrepreneurs, à la déflation, signe de
récession et ne pouvant susciter que des anticipations pessimistes. Ainsi, une situation dans
laquelle les salaires nominaux diminuent a-t-elle de très fortes chances de conduire à une
baisse de l'investissement et donc à une aggravation de la dépression plutôt qu'à la reprise.
D'où la conclusion de Keynes : " Il est donc heureux que, par instinct et sans d'ailleurs s'en
rendre compte, les travailleurs se montrent des économistes beaucoup plus raisonnables que
les auteurs classiques, lorsqu'ils résistent aux réductions des salaires nominaux... alors que
les réductions des salaires réels, qui sont associées aux progrès de l'emploi global, ne
rencontrent pas chez eux de résistance "( 6 ).

On notera simplement ici que la tolérance des travailleurs à l'égard d'une réduction de leur
salaire réel via l'inflation (souvent appelée " illusion monétaire ") tend à disparaître lorsque
l'économie s'installe durablement au voisinage du plein-emploi. Cela fut démontré par
l'expérience et cela est assez logique dans une situation du marché du travail favorable aux
offreurs. Mais il convient de rappeler alors à nouveau que Keynes s'intéressait à une situation
de chômage élevé, semblable à celle que nous connaissons aujourd'hui.

Une économie de la demande

La critique de la loi de Say

Pour défendre la loi de Say, les classiques étaient obligés de considérer l'enchaînement
suivant, pour chaque période :

Production en valeur mise sur le marché = Revenu monétaire = Dépense monétaire. Dans le
monde réel, on ne voit pas pourquoi ces égalités devraient être respectées. Dans la Théorie
générale, Keynes a concentré ses critiques sur la seconde. A partir du moment où le revenu
est distribué en monnaie (et non pas directement sous forme de biens, auquel cas il n'y aurait
évidemment aucune possibilité de déséquilibre entre l'offre et la demande), il faut admettre les
conséquences du fait que celle-ci est une réserve de valeur. Elle peut donc être conservée
aussi longtemps qu'il plaira à son détenteur. Dès lors il n'y a aucune raison pour que le revenu
soit intégralement dépensé (la différence constituant la thésaurisation) et pour que la demande
de la période soit égale à l'offre de la période.

Ainsi est-il démontré que la relation causale des classiques (offre (r) demande équivalente) n'a
pas de sens. Mais Keynes ne va pas en rester là et il va retourner complètement la causalité.
Selon lui :

Demande de biens prévue pour une période (r) Production de la période


C'est bien la demande prévue qui est déterminante car les entrepreneurs sont obligés de
produire dans un premier temps, puis de mettre leur production sur le marché, et ce n'est qu'à
ce moment-là qu'ils constateront si la demande anticipée est bien au rendez-vous. Bien sûr la
relation ci-dessus n'est pas absolument générale, d'abord parce que certains producteurs ne
sont pas parfaitement maîtres des quantités produites (voir l'agriculture), ensuite parce que
d'autres ont la chance de ne produire que sur la base de commandes fermes, mais, dans
l'ensemble, les entrepreneurs sont bien soumis à une incertitude radicale sur ce que sera la
demande pour les produits qu'ils décident de fabriquer.

La production effective

La figure 1 permet de comprendre comment se détermine la production effective suivant la


théorie keynésienne. Chaque entrepreneur prévoit le montant de la demande pour ses produits,
soit D*i et décide en conséquence de produire Yi = D*i. Au niveau macroéconomique, si l'on
appelle D*1 la somme( 7 ) des D*i, la production globale( 8 ) s'établira au niveau Y1 = D*1. Si
Keynes admet l'égalité entre production et revenu, soit R1 = Y1, il ne croit pas que la demande
réalisée, D, soit toujours égale au revenu. Par contre il admet que D soit une fonction
croissante de R.

Graphique [Le tâtonnement vers l'équilibre]

Concrètement, sur la figure, on voit que pour la production Y 1, la demande réalisée est
insuffisante pour absorber toute l'offre : D1 < Y1. A la période suivante les entrepreneurs
réduiront leur offre, par exemple au niveau Y2. Ainsi, par une série d'essais et d'erreurs, le
montant de la production se rapprochera-t-il de son niveau d'équilibre YE. Au point E, et en ce
point seulement, DE = RE = YE.

La figure 1 est tracée sous l'hypothèse d'une fonction de demande, D(Y) = D(R), linéaire.
Pour représenter l'équilibre sous la forme D = Y, il faut construire la droite D dans le plan (Y,
D) ainsi que la droite représentant Y en fonction de lui-même, soit la droite d'équation Y = Y
correspondant à la bissectrice de l'angle formé par les axes.

Le multiplicateur d'investissement

Dans un premier modèle très simple, où l'on considère une économie fermée et où l'État
n'apparaît pas, la demande globale se divise en deux composantes principales : la
consommation( 9 ), C, et l'investissement, I, avec une barre pour indiquer qu'il s'agit d'une
variable indépendante du revenu, donc exogène. L'équilibre économique (offre de biens =
demande de biens) s'écrit alors sous la forme d'une équation.

(1) Y = C(Y) + I

Il ressort de (1) que, pour une fonction de consommation donnée, le niveau de la production
dépend uniquement de I, ou, plus généralement de la composante exogène de la demande. On
voit d'ailleurs sur la figure 2 ci-dessous qu'une variation de I peut entraîner une augmentation
plus élevée de Y, conformément à la théorie dite du multiplicateur d'investissement.

Graphique [Le multiplicateur d'investissement]


La figure 2 est tracée sous l'hypothèse d'une fonction de consommation linéaire. Toutes les
variables sont tracées en fonction de Y sur les abscisses, y compris Y lui même (la fonction Y
= Y est représentée par la bissectrice de l'angle formé par les deux axes et l'investissement
correspond à une parallèle aux abscisses puisqu'il est indépendant de Y). Pour l'investissement
I donné, l'égalité entre l'offre, Y, et la demande, C + I, est réalisée au point E correspondant à
la production (ou au revenu) Y. Lorsque l'investissement augmente jusqu'à I', la production
d'équilibre passe à Y'. On vérifie sur le graphique que ∆ Y > ∆ I.

Encadré [L'épargne et l'investissement]

Le modèle complet

Le modèle macroéconomique de la Théorie générale, tel qu'il est résumé dans le chapitre 18,
décrit les ajustements simultanés sur trois marchés : les biens et services (à l'exclusion du
travail), la monnaie et les actifs financiers. L'exclusion du travail de ce modèle peut paraître
paradoxale alors que Keynes s'intéressait d'abord au chômage, dans cet ouvrage, et aux
moyens de le réduire. Mais le modèle en question décrit la manière dont les marchés se
rapprochent de l'équilibre ; or la Théorie générale traite d'une situation dans laquelle le
marché du travail, quant à lui, reste caractérisé par la présence d'un chômage involontaire
durable. C'est pourquoi, le travail (l'emploi) est considéré simplement comme une variable
d'ajustement, un facteur de production qui varie dans le même sens que la production.

Pour présenter plus simplement les raisonnements de Keynes, ses premiers disciples ont
traduit en équation le modèle implicite du chapitre 18. Nous suivrons ici leur présentation.

Le marché des biens et services

Les relations du marché des biens (et services) ont déjà été données plus haut. Il s'agit de la
relation d'équilibre entre l'offre et la demande, de la fonction de consommation et de la
fonction d'investissement, conforme à celle des classiques (figure de l'encadré ci-dessus).
L'investissement est donc désormais endogène ; comme il est important de préserver dans le
modèle une composante exogène de la demande de biens, on ajoutera dans la relation (1) ci-
dessous un terme G exprimant les achats de biens par l'État( 10 ) (ou le " gouvernement ").
Finalement le marché des biens est décrit par les trois équations suivantes :

(1) Y = C + I + G ; relation d'équilibre

(2) C = C (Y) ; fonction de consommation croissante

(3) I = I (r) ; fonction d'investissement décroissante

Encadré [La demande de monnaie pour le motif de spéculation]

Le marché de la monnaie

Le marché de la monnaie peut être également décrit par trois équations. La première
exprime l'égalité entre l'offre de monnaie exogène, M (qui est une variable de la politique
économique, au même titre que G) et la demande, laquelle est décomposée en deux parties, L1
et L2, chacune étant expliquée par une fonction distincte. La première correspond au besoin de
monnaie pour faire circuler les richesses ; c'est donc la demande de monnaie au sens des
classiques et elle varie dans le même sens que la production en valeur, soit Y( 11 ). La seconde,
proprement keynésienne, correspond au motif de spéculation ; elle varie en sens inverse du
taux d'intérêt.

(4) M =L 1 + L2 ; relation d'équilibre

(5) L1 = L1(Y) ; demande transactionnelle, fonction croissante

(6) L2 = L2(r) ; demande spéculative, fonction décroissante

La forme de la fonction L 2 se comprend intuitivement en faisant appel à la notion de coût


d'opportunité. Détenir de la monnaie (sous forme d'espèces, ou plus fréquemment de dépôt
bancaire) empêche de toucher le revenu qu'apporterait un placement financier. Ce coût de la
détention monétaire ne correspond à aucune dépense, il n'est qu'un manque à gagner, un "
coût d'opportunité ". Il est, clairement, d'autant plus élevé que le rendement des actifs
financiers, le taux d'intérêt pour simplifier, est lui-même plus élevé. C'est pourquoi la
demande de monnaie est une fonction décroissante du taux de l'intérêt.

Contrairement à ce qui se passait chez les classiques, pour lesquels le taux d'intérêt
apparaissait comme une variable financière, un argument de la fonction d'épargne, chez
Keynes le taux d'intérêt devient une variable monétaire, le prix exigé par le prêteur pour
mettre sa monnaie à la disposition d'un emprunteur. " Le taux d'intérêt ne peut être la
rémunération de l'épargne ou de l'abstinence en tant que telle. Lorsqu'un homme accumule
ses épargnes sous forme d'argent liquide (lorsqu'il thésaurise), il ne gagne aucun intérêt bien
qu'il épargne tout autant qu'un autre. Au contraire, la simple définition du taux de l'intérêt
nous dit mot pour mot qu'il est la récompense de la renonciation à la liquidité pour une
période déterminée "( 12 ).

La détention de monnaie a un coût d'opportunité quel qu'en soit le motif, mais Keynes
associait plus particulièrement la relation précédente à la demande de monnaie qui émane des
spéculateurs dans l'attente d'un placement fructueux. Et il avait spécifiquement en tête la
spéculation sur les obligations dont le taux de rendement est justement le taux d'intérêt (Cf.
encadré ci-dessus).

Le marché des titres

Le troisième marché du modèle complet, le marché des titres, peut être éliminé. En effet,
puisqu'il n'existe que trois marchés - biens, monnaie et titres - on est sûr que si les deux
premiers sont à l'équilibre, le troisième l'est aussi : cela résulte de l'identité de Walras( 13 ).
Pour comprendre ce que cette dernière signifie, on considérera une situation hypothétique où
le marché des titres, par exemple, serait en déséquilibre avec un excès de l'offre sur la
demande. Une offre excédentaire de titres implique que certains agents qui désireraient
s'endetter n'y parviennent pas. Mais on n'offre des titres que pour avoir de la monnaie ou des
biens (par exemple un logement). Ainsi ne peut-il pas y avoir d'offre excédentaire de titres
sans une demande non satisfaite en contrepartie sur un autre marché. A contrario, si les autres
marchés sont équilibrés par hypothèse, il s'ensuit immédiatement que le marché des titres doit
être lui-même en équilibre.

Tout ceci explique pourquoi les présentations usuelles de la Théorie générale se concentrent
sur les deux marchés des biens et de la monnaie.
Le modèle keynésien

On retrouve dans les équations (1) à (6) ci-dessus les principales relations mises en évidence
par Keynes :

• La propension à consommer est le nom donné par Keynes à la fonction de


consommation (éq. 2).
• L'efficacité marginale du capital est le taux de rendement anticipé des
investissements( 14 ). La relation investissement / intérêt (éq. 3) est obtenue directement,
conformément au raisonnement marginaliste, à partir de la relation investissement /
efficacité marginale du capital, puisque le comportement attribué aux investisseurs
revient à égaliser l'efficacité marginale du capital et le taux d'intérêt( 15 ).
• Enfin, la préférence pour la liquidité, dans la Théorie générale, n'est autre que la
demande de monnaie L1 + L2 (éq. 5 et 6).

L'architecture du modèle keynésien peut alors être représentée conformément à la figure 3.

Graphique [L'organigramme logique du modèle keynésien]

Le sens des flèches, sur le graphique, est conforme aux causalités keynésiennes. Par exemple
les flèches (1) indiquent que la production, Y, résulte de la demande de biens, C + I + G. De
même, les flèches (4) et (6) montrent comment est déterminé le taux de l'intérêt,
conformément à la citation précédente. Cela étant, le modèle de la Théorie générale( 16 ) est
interdépendant, ce qui apparaît également sur ce graphique. Ainsi la consommation, qui
contribue à déterminer Y en tant qu'élément de la demande de biens, est-elle en même temps
déterminée par Y, via la fonction de consommation (éq. 2). Quant à l'investissement,
désormais endogène, il dépend aussi indirectement de Y puisque le taux d'intérêt dépend de la
quantité de monnaie disponible pour la spéculation (éq. 6) qui dépend elle-même de la
quantité de monnaie requise pour les transactions, fonction de Y (éq. 4 et 5).

Encadré [Les courbes IS et LM]

La politique économique

Le schéma précédent permet de prévoir l'impact de la politique économique. Une politique


monétaire expansionniste (∆ M > 0) donnera lieu à l'enchaînement suivant. Dans un
premier temps, M augmente sans que Y ni L1 n'augmentent.

M →(M - L1) = L2 →r ↓ →I →Y

Dans un second temps, la hausse de Y fait augmenter L1 , ce qui signifie que le taux d'intérêt
diminue moins que si une partie de l'accroissement de la masse monétaire n'était pas absorbée
par la hausse de L1.

Une politique budgétaire expansionniste (∆ G > 0) conduira également à l'augmentation de


Y. Dans un premier temps la hausse de la demande de biens rend nécessaire une augmentation
de la production pour satisfaire la demande supplémentaire.

G →Y (∆ Y = ∆ G)
Dans un deuxième temps, la hausse du revenu( 17 ) entraîne celle de la demande de
consommation, d'où une nouvelle hausse de la production (effet multiplicateur).

Y →C →Y

Mais dans un troisième temps, la hausse de Y conduit à celle de L1, et donc, en l'absence d'un
accroissement de la masse monétaire, à la hausse du taux d'intérêt et à la baisse de
l'investissement, qui fait partie de la demande de biens et dont la diminution a un effet négatif
sur la production. Dès lors, celle-ci augmentera moins que si l'on s'en tenait aux deux
premières étapes du raisonnement.

Y →L1 →(M - L1) = L2↓ →r →I↓ →Y↓

Il résulte de tout ceci que si l'on veut vraiment favoriser la croissance, on a intérêt à combiner
les instruments budgétaire et monétaire. On cumule alors les effets expansionnistes et l'on
peut ainsi, par exemple, empêcher la hausse du taux d'intérêt dû à la politique budgétaire, à
condition d'augmenter suffisamment l'offre de monnaie.

La politique économique en économie ouverte

Le rôle des échanges extérieurs

Dans la Théorie générale, Keynes raisonne principalement en économie fermée. La politique


économique est alors délivrée de la contrainte extérieure. C'est pourquoi tous les instruments
de la politique conjoncturelle peuvent être mobilisés au service de la croissance et de l'emploi.
Il n'en va plus de même en économie ouverte, à partir du moment où un pays décide de
maintenir sa parité (y compris dans un système de taux de change ajustable où les parités ne
sont pas définitives).

Le système des équations (1) à (6) doit être alors modifié pour tenir compte des éléments
suivants :

• L'équation d'équilibre du marché des biens intègre le commerce extérieur. Les


exportations constituent un nouvel élément de la demande, tandis que l'offre de biens
sur le marché national est accrue du montant des importations.
• L'offre de monnaie devient en partie endogène. Elle dépend en effet du solde de la
balance des paiements puisqu'il y a création de monnaie Banque centrale lorsque cette
dernière achète des devises, et, inversement, destruction de cette monnaie lorsque la
Banque centrale vend des devises.
• La variation des réserves de devises dépend à la fois du solde de la balance
commerciale et de celui de la balance des capitaux. La balance commerciale est la
différence entre les exportations et les importations de marchandises. Elle est
évidemment sensible aux variations du taux de change et des prix relatifs( 18 ), mais les
importations sont également influencées par le produit national (elles varient dans le
même sens). Quant à la balance des capitaux, elle dépend évidemment du taux
d'intérêt (plus précisément de la différence entre le taux du pays et celui de l'étranger).

Keynes et la valeur de la monnaie nationale


Bien que Keynes ne nous ait pas laissé une présentation systématique de sa théorie dans
l'hypothèse d'un système ouvert, il n'ignorait rien de la question des échanges extérieurs, qui
se trouve déjà au coeur de Monnaie et finance indiennes et qui sera encore, trente ans plus
tard, l'objet de son projet de réforme du système monétaire international( 19 ). Il vivait à une
époque particulièrement mouvementée du point de vue des relations internationales et il n'a
pas cessé de s'y intéresser tout au long de sa carrière d'économiste.

Keynes a ainsi consacré nombre de ses écrits de l'entre deux guerres à batailler contre les
erreurs de la politique économique menée dans son pays. La controverse la plus célèbre l'a
opposé en 1925 à Winston Churchill. Celui-ci, qui était alors chancelier de l'Échiquier, avait
décidé de rétablir l'étalon-or à la parité d'avant guerre, ce qui revenait à réévaluer la livre par
rapport au dollar de 10 %. Les prix des produits anglais en dollar se trouvaient ainsi renchéris
de 10 %. Une telle mesure n'aurait eu une justification économique que si les États-Unis
avaient connu une inflation plus rapide que la Grande-Bretagne, ce qui n'était pas le cas. Dans
ces conditions, les conséquences sur les industries exportatrices anglaises étaient
immédiatement prévisibles : compétitivité en baisse, efforts des entrepreneurs pour réduire les
salaires, troubles sociaux et, finalement, protection douanière et/ou dévaluation inévitable de
la livre.

Les faits vérifièrent en tout point les prévisions de Keynes jusqu'à la dévaluation de la livre en
1931, bientôt suivie de l'instauration d'un tarif douanier très protectionniste. Keynes, qui avait
dénoncé l'étalon-or comme une " relique barbare " dès 1923 dans la Réforme monétaire,
n'était aucunement sensible au mythe de la " livre forte " et ne comprenait pas que - au nom de
préjugés d'un autre âge - Churchill ait pu compromettre la santé de l'économie britannique.
Lui-même rejetait tout dogmatisme en matière d'échanges extérieurs. Le plein-emploi était
pour lui l'objectif prioritaire de la politique économique. Partant de là, l'équilibre extérieur
devait être atteint par les moyens les moins pénalisants en termes d'emplois.

Actualité de Keynes

Une politique de relance

La controverse de 1925 n'a pas qu'un intérêt historique. Les partisans de l'étalon-or pensaient
que le niveau du taux de change importait peu, car les prix et les salaires ne pouvaient
manquer de s'ajuster de telle sorte que la compétitivité fût maintenue. Au contraire, étant
donné le sous-emploi qui existait déjà en Grande-Bretagne, Keynes était opposé à toute
réévaluation de la livre. Réaliste, il savait bien que le coût électoral d'une baisse des salaires
nominaux était trop élevé pour un gouvernement démocratique, et, de fait, à la fin des années
20, il constatait que si les prix avaient bien diminué depuis le rétablissement de l'étalon-or, les
salaires nominaux n'avaient pratiquement pas bougé. A l'évidence, la situation des entreprises
avait empiré, ce qui expliquait pourquoi l'emploi ne parvenait pas à augmenter.

Dès cette époque, avant même le début de la crise de 1929, Keynes recommandait que l'État
prît l'initiative d'une relance par des grands travaux publics. En 1930, il prit parti pour une
politique monétaire volontariste accompagnée par la mise en place d'un système
protectionniste. Keynes, en effet, n'était pas alors favorable à une dévaluation de la livre pour
des raisons liées essentiellement à son rôle de monnaie de réserve.

Les enseignements de Keynes et la crise actuelle


L'épisode précédent révèle les grandes lignes des recommandations que Keynes pourrait
formuler aujourd'hui, face à la crise de l'emploi. Il demanderait d'abord que, au-delà des
discours, l'objectif de plein-emploi retrouve une priorité effective. Dans une optique
macroéconomique, le retour au plein-emploi passe par des politiques de relance qui se
déclinent, comme on l'a vu, à la fois sur le plan budgétaire et sur le plan monétaire. Toutefois
il ne manquerait pas de rappeler les éléments suivants :

- D'abord que l'on ne peut pas relancer l'économie dans un seul pays tout en maintenant la
parité de la monnaie en régime de libre-échange et de liberté des mouvements de capitaux.
Comme nous avons appris, depuis Keynes, qu'une dévaluation( 20 ) ne parvient pas à délivrer
une économie très ouverte - comme celle de la France - de la contrainte extérieure, on voit
que le cadre idéal d'une politique de relance serait l'Union européenne (beaucoup plus fermée,
dans son ensemble, à l'égard du reste du monde). Keynes n'était d'ailleurs pas très loin de cette
vérité lorsqu'il expliquait, dans le Traité, que le succès de la politique monétaire de relance
supposait la coopération internationale.

- Ensuite que, même en faisant abstraction des mouvements de capitaux éventuellement


déstabilisants, l'efficacité de la politique monétaire n'est pas toujours garantie. Il y a en effet
une grande différence entre la relance par le budget qui peut avoir un impact direct sur la
demande globale et la relance monétaire qui a nécessairement un impact indirect, via la baisse
du taux d'intérêt. Tout dépend de l'élasticité de l'investissement au taux d'intérêt. Or l'on sait
qu'il ne suffit pas de baisser le coût des emprunts pour convaincre les entreprises d'investir. La
condition essentielle de l'investissement est la confiance des entrepreneurs dans l'avenir,
l'anticipation d'un redémarrage de la demande.

A la fin des années 20, la rentabilité des entreprises britanniques était insuffisante. Ce n'est
pas le cas pour les entreprises françaises aujourd'hui. Mais le manque de confiance dans
l'avenir, lié à l'importance du chômage aussi bien qu'à la mondialisation, suffit à expliquer
dans l'optique keynésienne pourquoi les entreprises n'investissent pas malgré des taux
d'autofinancement record.

Encadré [Salaire et emploi]

Encadré [La demande effective]

Bibliographie

Deux livres de Keynes sont disponibles en français chez Payot :

• Essais sur la monnaie et l'économie, traduction partielle des Essays in Persuasion


(1931), ouvrage à caractère surtout politique.
• Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936), en édition normale
et en édition de poche.
• L'oeuvre complète est disponible en langue anglaise en trente volumes chez Mac
Millan et Cambridge University Press.

Pour une introduction plus complète à cette oeuvre, nous renvoyons aux deux
livres de Michel Herland publiés par Economica :

• Auto-manuel de macroéconomie : cours, exercices et corrigés, Paris, 1990.


• Keynes et la macroéconomie, Paris, 1991.

( 1) Appelée Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD).

( 2) Préface de la Théorie générale, Trad. franç., Paris, Payot, 1942. éd. 1968, p. 15.

( 3) Dès 1935 dans une lettre à G. B. Shaw.

( 4) D'après Jean-Baptiste Say, économiste français auteur du Traité d'économie politique


(1803).

( 5) Sauf à sortir du cadre de l'économie nationale et à admettre que la baisse des coûts dans
un pays lui permettra de gagner des parts de marché à l'étranger. Mutatis mutandis, le résultat
est le même que précédemment : la croissance de l'emploi dans le pays considéré est obtenue
grâce à l'exportation du chômage vers l'étranger.

( 6) Théorie générale, chap. 1er

( 7) En faisant abstraction des consommations intermédiaires pour éviter de compter plusieurs


fois la même production. D est donc la demande finale globale.

( 8) Au sens du PIB.

( 9) Comme on s'intéresse seulement à la demande finale, la consommation correspond donc à


la seule consommation finale.

( 10) Une présentation plus complète devrait évidemment introduire les impôts en même
temps que les dépenses publiques.

( 11) Pour être plus précis, Keynes groupe dans L1 les demandes de monnaie correspondant
aux motifs de transaction (classique) et de précaution.

( 12) Théorie générale, chap. 13

( 13) Léon Walras : Éléments d'économie politique pure, 1ère éd. 1874-1877, douzième leçon.
Keynes lui-même n'a pas évoqué cette identité dont il n'avait pas besoin puisqu'il n'a pas
présenté un modèle formalisé Elle n'en est pas moins indispensable pour comprendre la
réduction à deux marchés du modèle.

( 14) Il s'agit exactement du taux de rendement interne, le TRI, enseigné dans les cours de
gestion financière.

( 15) Théorie générale, chap. 18, II.

( 16) En tout cas celui du chapitre 18.

( 17) Rappelons que revenu et production sont supposés identiquement égaux.


( 18) Le rapport des prix des biens fabriqués dans le pays sur les prix des biens fabriqués à
l'étranger.

( 19) Le " Plan Keynes " (1943) a servi de base aux discussions préparatoires à la conférence
de Bretton Woods concurremment avec le projet présenté par l'Administration américaine.

( 20) Ou un tarif protectionniste, qui revient à peu près au même résultat.

Les cahiers français, n° 280 (03/1997)


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Auteur : Michel Herland (Maître de conférences à l'Université d'Aix-Marseille II) .