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Chapitre I Généralités sur les matériaux magnétiques

Introduction
Du fait de leur nombreuses applications technologiques, les matériaux magnétiques ont, à
l'échèle mondiale une importance économique comparable à celle des semi-conducteurs. Les
recherches entreprises ces dernières années et activement poursuivies aujourd'hui dans les
laboratoires des pays industrialisés ont permis de réaliser la synthèse de nouveaux matériaux
magnétiques aux performances toujours plus élevées.

Ce chapitre présente les bases nécessaires à l’étude des matériaux magnétiques. Cette étude
repose sur plus d’un siècle de théorie et de pratique de conception et de fabrication dans le
domaine des matériaux magnétiques. La conception des dispositifs électrotechniques avec les
matériaux conventionnels laminés, qui sont les plus importants pour l’électrotechnique en terme
de volume, et de poudre d’oxydes de fer (ferrites) peut être qualifiée de mature : peu de
changements sont survenus au cours des dernières années au niveau des topologies de
machines, de transformateurs et d’inductance et des matériaux magnétiques utilisés pour les
construire. L’objectif visé dans ce chapitre est de donner une classification des matériaux selon
leurs propriétés magnétiques. Pour ce faire, deux études serons présentées ; une étude
microscopique qui s’intéressent à l’origine de l’aimantation et l’autre macroscopique.

I.1 Relations fondamentales


L’équation du milieu lie le champ magnétique d’excitation (dit généralement “champ”) au
champ magnétique d’induction (dit “induction”) [1]:

B = 𝜇0 H (I.1)

Où 𝜇0 =4π · 10−7 est la perméabilité du vide liée à la célérité de la lumière

En 1820 Ampère est le premier à penser et à démontrer que le champ magnétique est créé
par le courant électrique et non l’inverse.

Le théorème d’Ampère s’écrit sous sa forme discrète :

∑ 𝐻𝑙 = ∑ 𝐼 (I.2)

Ou bien sous la forme intégrale :

∮ 𝐻𝑑𝑙 = ∬ 𝑗𝑑𝑠 (I.3)

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Au niveau macroscopique, il est intéressant d’exprimer le flux du vecteur induction produit


par le champ d’excitation :

⃗ ⃗⃗⃗⃗
Φ = ∫𝑠 𝐵 𝑑𝑠 (I.4)

Comme les lignes de champ se referment toujours sur elle-même, le flux magnétique est
conservatif.

Faraday observe en 1831 que la variation du flux produit une force électromotrice dont
l’expression est formalisée par Lenz en 1834 [1] :

𝜕Φ
e=− (I.5)
𝜕𝑡

I.2 Origine microscopique de l’aimantation

A l’échelle microscopique, un matériau est constitué d’un ensemble d’atomes auxquels


sont associés des moments magnétiques issus du mouvement des électrons autour de l’atome.
Chaque atome possède alors un moment magnétique qui est la contribution d’un moment
magnétique orbital et d’un moment magnétique de spin. Le moment magnétique orbital
d’un atome résulte de la rotation de ses électrons autour du noyau et le moment
magnétique de spin de la rotation de ses électrons sur eux-mêmes. On définit ainsi le moment
magnétique d’un atome comme la somme vectorielle de ces deux moments [2].

I.3 Aimantation macroscopique

A l’échelle macroscopique, l’aimantation M [A/m] d’un matériau est donnée par :

𝜕𝑚
𝑀= (I.6)
𝜕𝑣

m est la somme vectorielle des moments magnétiques atomiques et 𝜕𝑣 l’élément de volume


considéré. L’aimantation est spécifique à tout matériau et traduit la réaction de celui-ci
au champ magnétique. D’une manière générale, l’aimantation est induite dans les
matériaux lorsqu’il est soumis à un champ magnétique, et elle disparaît après retrait de celui-ci.
On note toutefois la présence d’une aimantation spontanée dans certains types de matériaux,
même en l’absence d’un champ d’excitation magnétique. C’est le cas notamment des
matériaux ferromagnétiques, auxquels nous nous intéresserons plus loin. La connaissance

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de l’aimantation en tout point permet de définir l’état magnétique du matériau à


l’échelle macroscopique [2].

I.4 Induction magnétique B

Considérons un volume élémentaire 𝑑𝑣 de la matière aimantée par un champ excitateur


⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝐻𝑒𝑥𝑡 . On peut définir 𝑑𝑣 par le produit 𝑑𝑥. 𝑑𝑠 où 𝑑𝑥 est la longueur du cylindre et 𝑑𝑠 la
surface de sa section droite de telle sorte que 𝑑𝑥 >> 𝑑𝑠 Il peut être considéré comme un
solénoïde de longueur 𝑑𝑥 ayant 𝑑𝑁 spires parcourues par le courant I [3].

Figure I.1- Création l'induction B magnétique par un courant I [3].

L’induction magnétique créée par le solénoïde d’ampériens locaux s’écrit à l’intérieur de son
volume:

⃗⃗⃗ ǀ = 𝜇 𝑑𝑁 I𝑢
𝐵 ⃗⃗⃗⃗𝑥 (I.7)
0 𝑑𝑥

Par ailleurs le moment magnétique de ce solénoïde élémentaire s’écrit : 𝑑𝑚


⃗⃗ = 𝑑𝑁. I. 𝑑𝑠𝑢
⃗⃗⃗⃗𝑥

Le milieu présente donc une aimantation :

⃗⃗⃗
⃗⃗ = 𝑑𝑚
𝑀
𝑑𝑁.I.𝑑𝑠
= 𝑑𝑥.𝑑𝑠 𝑢
𝑑𝑁
⃗⃗⃗⃗𝑥 = 𝑑𝑥 I𝑢
⃗⃗⃗⃗𝑥 (I.8)
𝑑𝑣

On obtient donc :

⃗⃗⃗ ǀ = 𝜇 𝑀
𝐵 ⃗⃗ (I.9)
0

Cette induction est la réponse du milieu à l’excitation et est colinéaire et proportionnelle à


⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
l’aimantation qu’a induit 𝐵 𝑒𝑥𝑡

L’induction magnétique totale est la superposition des deux inductions :

⃗⃗⃗ =𝐵
𝐵 ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗
𝑒𝑥𝑡 +𝐵ǀ (I.10)

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I.5 Champ magnétique H

Contrairement à l’induction, le champ magnétique continue à vérifier dans la matière le


théorème d’Ampère au sens des courants libres, c’est-à-dire qu’il ignore les courants
d’aimantation [3],

⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
⃗ =𝐵𝑒𝑥𝑡
𝐻 (I.11)
𝜇 0

L’induction magnétique totale s’écrit donc :

⃗⃗⃗ =𝜇 (𝐻
𝐵 ⃗ +𝑀
⃗⃗ ) (I.12)
0

I.6 Réponse de la matière à un champ magnétique

Tous les corps (sauf quelques exceptions) étant formés d’atomes individualisés ou associés
en molécules ou d’ions, les électrons ne sont pas libres (sauf les électrons de conduction dans
les métaux) mais localisés dans des orbitales. Le mouvement de ces charges autour des noyaux
constitue un courant microscopique responsable d’un moment magnétique électronique. A
l’échelle de l’atome, de l’ion ou de la molécule, le moment total est la somme vectorielle de
tous les moments électroniques et vaut une certaine valeur [3].

Par contre à l’échelle macroscopique, le moment magnétique d’un échantillon de matière est
nul.

Dans le cas ou les moments individuels des atomes, ions ou molécules sont nuls cela va de soi.

Dans le cas contraire, l’agitation thermique oriente sans cesse ces dipôles dans des directions
aléatoires, avec une égale probabilité pour toutes les orientations rendant la somme des vecteurs
nulle.

Ainsi aucun milieu ne présente une aimantation spontanée lorsque la température est
suffisamment importante.

L’introduction d’un champ magnétique excitateur perturbe les mouvements électroniques et


modifie le moment magnétique de chaque électron. Le moment magnétique total peut ainsi
prendre une valeur non nulle.

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L’aimantation est une variable de configuration de la matière au même titre que la


polarisation électrique ou la déformation élastique, elle dépend surtout du champ et de
l’induction magnétiques, mais aussi de paramètres extérieurs comme la température, la
pression, l’histoire du matériau, la direction d’application du champ [3].

I.6.1 Différents types de comportement magnétique d’une substance

a) matériaux isotropes :

Réponse linéaire :

⃗⃗ =𝜒𝐻
𝑀 ⃗ (I.13)

𝜒 : susceptibilité magnétique scalaire, sans dimension dans le système MKSA

Réponse non linéaire :

𝑑𝑀
𝜒 =( 𝑑𝐻 ) (I.14)
𝐻0

𝜒 : caractérise la réponse pour un champ voisin de 𝐻0 on l’appelle susceptibilité magnétique


différentielle.

b) matériaux anisotropes :

⃗⃗ =[𝜒]𝐻
𝑀 ⃗ (I.15)

[𝜒] est le tenseur de susceptibilité

I.6.2 Classification des matériaux d’un point de vue magnétique

I.6.2.1 Matériaux diamagnétiques :

- Matériaux qui ne comportent que des atomes non magnétiques, aimantation induite par le
champ qui disparaît lorsque ce champ est nul [4].

- Origine de ce magnétisme induit : modification du mouvement orbital des électrons sous


l’effet du champ appliqué.

- Aimantation macroscopique colinéaire au champ excitateur mais de sens opposé. Le


courant induit sous l’action du champ extérieur crée un champ qui s’oppose au champ extérieur.

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- Aimantation et champ excitateur faiblement proportionnels (comportement linéaire, 𝜒 < 0


et faible) [4].

- 𝜒 indépendante de la température.

Figure I.2- M en fonction de H d'un matériau.


.diamagnétique
Exemples : cuivre, zinc, or, argent, silicium, plomb, alumine,…

I.6.2.2 Matériaux paramagnétiques :

- les atomes portent un moment magnétique permanent dont l’orientation est aléatoire. Les
distances interatomiques ou intermoléculaires sons suffisamment importantes pour que les
moments n’exercent aucune interaction mutuelle. En l’absence de champ extérieur, ils ne sont
soumis qu’à l’agitation thermique et l’aimantation globale est nulle

- Sous l’effet d’un champ magnétique, l’orientation moyenne des moments change sous
l’effet du couple qui les ramène suivant la direction et le sens du champ. Il s’ensuit l’apparition
d’une aimantation induite parallèle au champ [4].

- Champ et aimantation de même sens (> 0 et faible mais ~10 à 1000 fois plus grande que
pour les matériaux diamagnétiques)

- 𝜒 décroît avec la température car l’agitation thermique qui gêne l’orientation des dipôles
suivant le champ croît

- Comportement d’autant plus linéaire que T est grande

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Figure I.3- Le comportement d'un matériau paramagnétique.

Exemples : aluminium, platine, manganèse, sodium, …

I.6.2.3 Matériaux ferromagnétiques :

- Les atomes ou molécules possèdent chacun un moment magnétique individuel et ils sont en
interaction avec leurs plus proches voisins ; il y a un alignement collectif sur des domaines de
l’ordre du micromètre.

- L’existence des domaines spontanément aimantés (domaines de Weiss) : la direction de


l’aimantation variable d’un domaine à l’autre et l’aimantation totale nulle

- modification des domaines sous l’effet d’un champ magnétique ce qui permet l’apparition
d’une aimantation induite parallèle au champ

- champ et aimantation de même sens ( 𝜒 > 0 et élevée)

- 𝜒 décroît avec la température car l’agitation thermique croît

- comportement essentiellement non linéaire ( 𝜒 non constant avec H)

- Si on supprime le champ, les domaines reprennent partiellement leur indépendance, mais


les interactions magnéto-cristallines résiduelles font que les moments de chaque domaine
restent partiellement alignés sur le champ initial et donc une aimantation totale non nul
(aimantation rémanente). Cette aimantation disparaît si la température augmente ou si on
applique un nouveau champ de sens opposé [4].

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Figure I.4- Le comportement d'un matériau ferromagnétique [4].

Exemples : fer, cobalt, nickel et leurs alliages

Figure I.5- Le déférence entre ferromagnétique, paramagnétique et diamagnétique [4].

I.7 Classification des matériaux ferromagnétiques


I.7.1 Matériaux ferromagnétiques doux:

- l’aimantation croît rapidement avec le champ appliqué

-𝑀𝑟 plutôt élevée

-𝐻𝑐 plutôt faible : démagnétisation aisée

- Surface du cycle d’hystérésis faible et étroit

- pertes par cycles d'hystérésis aussi faible [4]

Exemples : fer, certains aciers de fer et nickel, des ferrites….

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I.7.2 Matériaux ferromagnétiques durs:

- l’aimantation croît lentement avec le champ appliqué

-𝑀𝑟 plutôt faible

-𝐻𝑐 plutôt élevé : démagnétisation difficile

- Surface du cycle d’hystérésis grande => pertes magnétiques (proportionnelles à l’aire du


cycle) assez importantes [4]

Exemples : magnétite, alliage Al Nico, aciers spéciaux….

Figure I.6- Le cycle d'hystérésis d'un matériau magnétique doux et d'un matériau dur [4].

Conclusion

Dans ce chapitre nous avons présenté les matériaux magnétiques. L’approche microscopique
nous a permis de comprendre la source de l’aimantation dans les substances. Elle nous a permis
également de classer les matériaux selon leurs propriétés magnétiques en trois grandes classes :
diamagnétique, paramagnétique et ferromagnétique. L’approche macroscopique quant à elle
nous permis de comprendre le cycle d’hystérésis dans les matériaux ferromagnétiques.

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