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PLAN ET PROJET ÁLVARO SIZA

INTRODUCTION
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Imaginer l’évidence

J’ai toujours eu une difficulté à définir la frontière entre plan et projet. Quand je reçois une
commande pour l’élaboration d’un plan, les incompréhensions se manifestent dès la rédaction
du contrat. Ainsi pour le plan de Récupération du Chiado à Lisbonne. A cette occasion j’ai
décidé de définir les lignes générales, les principes et le règlement, en laissant aux
propriétaires le choix des architectes. Le résultat final n’a pas été brillant et confirme la difficulté
contemporaine de construire en continuité à travers des interventions individuelles. Et pourtant
des interventions positives ont été réalisées par le passé, comme le démontrent les
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interventions SAAL , à Porto, dans la période immédiatement après la révolution de 25 avril
1974. Une grande affinité a existé à ce moment, une identité de préoccupations entre les
différents architectes, due également à la vivacité des débats. Malgré la jeunesse et le manque
d’expérience des protagonistes, la coïncidence de volontés était visible, pouvant compter avec
la participation des citoyens. Néanmoins, ce bref épisode n’a pas eu de suite et aujourd’hui
aucune correspondance n’existe dans les multiples volontés de transformation. Les architectes
n’en sont certainement pas les seuls responsables.
Au Chiado est particulièrement évidente l’inexplicable interruption de ce qui était clairement
défini par le plan : le respect des espaces, la liaison entre les parties contiguës et la recherche
de correspondance entre les différents secteurs.
Une des questions prioritaires était l’évidente relation entre la spatialité intérieure et extérieure.
Cet aspect n’a pas été considéré entièrement. Pareille situation ne surprend pas complètement.
Elle est la conséquence du moment particulier de crise que l’on constate dans le centre de
Lisbonne, et sa relative décadence par rapport à d’autres secteurs de la ville, comme les
espaces le long du Tejo.
Une situation exceptionnelle dans mon activité professionnelle, a été certainement le travail à
Macao. Au début il m’a paru particulièrement difficile, car il s’agissait de définir les principes
pour construire des surfaces à conquérir sur la mer. Ainsi, pour la première fois pour moi
manquaient des références directes (accidents topographiques, constructions existantes,
histoire) qui constituent généralement les coordonnées sûres pour l’élaboration d’un plan. Pour
cette raison j’ai du prendre en compte d’autres relations. La collaboration interdisciplinaire dans
ce sens a été déterminante, comme la présence de spécialistes de Hong Kong, en plus des
anglais et hollandais, pour les problèmes techniques liés à la construction sur l’eau.
Les fortes contraintes naturelles ont été décisives dans l’articulation du plan. En fait, l’attention
aux paramètres géologiques est une constante dans l’histoire de Macao, étant donnée la
longue tradition dans la conquête de terrain sur la mer. La péninsule s’est agrandi
successivement, car les terrains étaient toujours insuffisants et la mer peu profonde.
Mas la principale préoccupation, pendant l’élaboration des études typologiques, consistait à
éviter que la nouvelle extension entre en conflit avec le paysage et le profil de la ville.
Malheureusement, les indications du plan ont été altérées pendant la réalisation et l’image
finale s’en ressent. La hauteur des bâtiments, par exemple, a été multiplié par deux par rapport
à ce qui était prévu.
Le rythme de développement de cette région, en ce moment, est particulièrement intense, sous
l’influence des liaisons avec Hong Kong et Canton. L’ex colonie anglaise a constitué un modèle
de référence pour l’extension de la ville. A Hong Kong, en réalité, les gratte ciel ont toujours le
relief comme fond et la monumentalité du paysage absorbe tout, domine et réuni, comme à Rio
de Janeiro d’ailleurs. Dans cette ville, les conditions naturelles, les sculptures des rochers font
le contre point aux constructions existantes et créent le tout du paysage. A Macao, au
contraire, la plus haute colline ne dépasse pas les deux cents mètres.
De toute manière, la relation avec le paysage n’était pas le seul problème à considérer, étant
donné que Macao possède également un centre historique très intéressant et unique en
extrême orient. Il était donc nécessaire de prendre en compte non seulement la relation entre
la forme de la péninsule et les nouveaux espaces à construire, mais aussi entre le tissu ancien
et celui que l’on proposait.
La limite entre la terre et la mer est très accidentée, très découpée. La proposition prétendait
conserver cette ligne de côte si pleine de détails et de construire deux grandes plateformes,
l’une tournée vers l’est et l’autre vers le sud, très géométriques, comme deux grands navires
ancrés dans les eaux de la péninsule. Un canal sépare la plateforme et la côte. Ce dialogue

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SAAL : service mobile d’appui local, opérations de restructuration de logements sociaux avec
la participation des habitants et des architectes- urbanistes.
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particulier entre le nouveau et l’ancien, à grande échelle, est particulièrement utile pour le
drainage, comme l’on confirmé les consultants hollandais. Les points de contacts proposés,
larges et peu nombreux, n’empêcheront pas le passage de l’eau quand les voies existantes
seront insérées dans le nouveau tracé.
L’organisation de ces plateformes est constituée essentiellement d’une grille très semblable à
celle utilisé pendant la colonisation philippine, avec un module de 144 x144 mètres ? En
Amérique du Sud j’ai eu l’opportunité de vérifier la flexibilité remarquable de ce module. Cette
solution représente une manière très différente de penser l’urbanisme de celle exprimée par les
portugais dans ses propres colonies. Probablement à cause des diverses disponibilités de
ressources, les villes que j’ai visité au Brésil sont très différentes de celles fondées par les
espagnols. Ces derniers ont choisi les plateformes de niveaux, sue lesquelles s’étendait la
grille, définies très précisément par le code philippin.
L’implantation espagnole, qui réuni toute la sagesse urbanistique des temps les plus anciens, a
souffert des multiples transformations, et pourtant est encore valable aujourd’hui, et constitue
en pratique le tracé des nouveaux développements clandestins dans la périphérie des villes.
A l’inverse, les villes portugaises cherchent des lieux beaucoup plus accidentés pour que les
caractéristiques propres au terrain puissent aider la construction. Ainsi, c’est le tracé qui doit
s’adapter à la topographie tandis que l’architecture, assez simple, trouve dans sa difficile
relation au terrain son caractère extraordinaire (à Rio de Janeiro, à Macao, en Inde).
Et pourtant, dans ce projet, nous avons proposé le tracé espagnol car il s’adapte mieux au site
– un plan artificiel – et approfondi la distance entre l’ancien et le nouveau.
Le dessin des espaces publics et de l’architecture ont été influencés par l’étude de la ville et
des petites maisons chinoises à deux niveaux, avec leur parfaite composition malgré les
juxtapositions occidentales (déco, moderniste…). De ces deux matrices, architecture locale et
architecture internationales, pouvait venir la référence essentielle pour la nouvelle architecture
de la ville. Une très belle image de Macao est en réalité celle des figuiers avec ses grandes
racines, en créant une sorte de toit, une grande sculpture. Sur une de ces plateformes a été
dessiné une allée planté d’arbres de grandes dimensions, avec un jardin chinois sur l’un des
cotés.
L’utilisation de la grille dans les villes portugaises a un précédent important dans la Baixa de
Lisbonne, entièrement reconstruite après le tremblement de terre de 1755. Le Chiado en fait
partie et constitue une des limites de ce vaste dessin qui rencontre, dans les collines qui le
délimitent, le noyau ancien, avec sa typique topographie accidentée.
La ville est constituée de la répétition de petites unités qui assurent le tissu continu, duquel
émergent ponctuellement les grandes structures institutionnelles. A Lisbonne, le contraste
entre le tissu fragmenté et presque cubiste, influencé par la culture arabe, et les grandes
constructions, les grands palais m’a toujours impressionné. Ce double registre détermine
l’intensité de l’expression architecturale. Il n’existe pas de monument dans la ville sans la
continuité anonyme de multiples constructions : il s’agit d’aspects qualitatifs complémentaires.
Malgré cela, la perte de ce sens dans le rôle de chaque construction est visible à tout le monde.
L’ambition généralisée de prédominance rend difficile toute forme de prédominance.

L’intervention au Chiado, nécessaire après l’incendie de 1988, consiste dans la reconstruction


de certaines parties de ce grand édifice préfabriqué qu’est la Baixa. Un des éléments
constitutifs de l’intervention du XVIII, que le projet récupère, c’est la « cage ». Il s’agissait d’une
structure flexible en bois, sur laquelle s’accolaient les façades en pierre, privées de leur fonction
structurelle et souvent mal construites. En cas de nouveau tremblement de terre, les occupants
resteraient dans les cages tandis que les façades tomberaient sans abîmer les bâtiments
opposés, étant donné que la largeur de la rue était calculée à cet effet.
Le projet lance à nouveau l’idée de la cage, maintenant en béton, et récupère toutes les
façades qui ont échappée à l’incendie. Les cadrages des portes, modénatures et corniches ont
été reconstruits et restituées à leur fonction d’origine. Des altérations ont été introduites
seulement là où il était nécessaire d’améliorer le confort. Pour garantir l’isolation thermique ont
été utilisées par exemple deux fenêtres parallèles, en conservant ainsi le profil délicat des
fenêtres existantes.
La grille du dix-septième s’interrompt brutalement quand elle rencontre les collines du Bairro
Alto et de Alfama, laissant la relation avec la particularité du site non résolue. Le travail de
l’architecte devient donc un travail de détective, qui cherche à rétablir les correspondances
anciennes et vitales, coupées de façon traumatisante et peu perçues. Je me rappelle qu’en me
promenant dans la ville pour observer son paysage et sa topographie, il m’a paru nécessaire un
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parcours pour relier la plateforme du Chiado à l’Eglise de Carmo lieu d’arrivée de l’ascenseur
de Santa Justa. Bien plus tard j’ai retrouvé des documents qui démontraient l’existence de se
parcours, disparu avec le tremblement de terre. Dans un plan de la ville, avec les bâtiments en
perspective, est représenté l’Eglise de Carmo avec un escaler qui arrive au Chiado.
Ces point difficiles du tracé ont été en même temps une extraordinaire stimulation pour le
projet.
En plus, le Chiado doit être traversé, puisqu’il relie deux quartier importants de la ville : le Bairro
Alto et la Baixa. Même la rue Garrett est l’un des plus anciens accès de Lisbonne, et encore
aujourd’hui lieu de rencontre constamment fréquenté. D’un autre coté, la rue du Chiado risque
d’être rendue exclusivement aux piétons comme l’ont été quelques rues de la Baixa. Je suis
contraire à cette solution car cela aggrave les problèmes de trafic et produit, en même temps,
l’insécurité la nuit, cause de la fuite des habitants. Il suffit de regarder les rues réservées aux
piétons en Hollande pour nous constater ce problème.
Je préfère la coexistence de piétons et voitures, si vivante à Rome, ou à Naples dans
multiplicité de dialogues et même de protestations. Je considère qu’il est indispensable d’éviter
les points de rupture dans la continuité des villes. L’insistance paternaliste d’éliminer tous les
dangers est contreproductive, car un piéton qui sort d’une rue réservée aux piétons rencontre
tout d’un coup toutes les menaces desquelles il s’est moins habitué à se défendre.
Le piéton sait se déplacer dans la ville, sans avoir besoin de protections obsessives, comme le
démontrent les kilomètres de canaux à Venise, sans barrières ni victimes.

Texte de Álvaro Siza extrait du livre “Imaginar a Evidência” - 1998


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PORTO S. VICTOR 1974


$

LISBOA CHIADO 1988


%

CHINA MACAU 1983


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CHINA MACAU 1983


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CHINA MACAU 1983


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CHINA MACAU 1983


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SÉLECTION DE PLANS
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Evora – Malagueira

Un aspect qui m’impressionne beaucoup dans l’architecture et dans la ville de notre époque,
est l’empressement avec lequel on veut tout porter à l’achèvement. Cette tension vers une
solution définitive empêche la complémentarité entre les choses, entre le tissu urbain et le
monument, entre l’espace ouvert et le construit. Aujourd’hui n’importe quelle intervention, même
petite et fragmentée, s’obstine à avoir une image finale : ainsi s’explique la difficulté
d’interpénétration entre les différentes parties de la ville.
A Evora, le temps de la compréhension et de l’étude, prolongé et sans fin, m’a permis d’éviter
l’application d’un principe unique et préconçu. Au cours des vingt années d’intervention le
travail a pourtant failli s’interrompre brusquement, justement car il était considéré sans structure
et dispersif ; incapable donc d’offrir une urbanité.
L’option initiale du projet consistait à essayer de délimiter le territoire avec des interventions
disséminées, pour que le temps et la capacité de réalisation puissent compléter le dessin,
occupant les espaces vides. La possibilité de suivre avec continuité le plan a été décisive pour
la tenue de l’implantation..
Les interprétations du plan de Malagueira ne sont pas unanimes : certaines procèdent d’un
commentaire positif, qui mettent en valeur les interventions innovantes, d’autres dénoncent
l’agonie du processus, avec la conséquente conviction de l’absence d’un futur.
Dans la période immédiatement successive à la révolution du 25 avril 1974, un grand territoire
en dehors des murs de la ville d’Evora a été destiné, dans le cadre du programme SAAL, à une
association d’habitants. Malgré l’extension des SAAL, cette population organisée, composée de
cent familles, maintient l’intention de construire sa propre maison.
Sur ce secteur existait un plan, élaboré à la fin des années 60, qui prévoyait la construction de
bâtiments hauts, quelques uns d’ailleurs réalisés, en menaçant le profil de la ville. L’architecte
Nuno Portas, secrétaire pour l’habitat et l’urbanisme du Gouvernement Provisoire, a décidé de
suspendre la construction et a défini des nouveaux principes. Ils prévoyaient la conservation de
la densité du plan précédent pour 1200 logements, la préservation de la bande verte qui
accompagne la ligne d’eau, encore présente, et la construction d’habitations basses très
denses. S’est manifesté alors l’intension, clairement innovante pour le pays, de préserver le
territoire et d’expérimenter des nouvelles solutions pour l’habitation.
La commande pour l’élaboration du plan m’a été faite par la municipalité, tandis que le projet
des maisons m’a été confié par sollicitation de l’association des habitants. Ont été initiés ainsi,
au même moment, un travail sur la ville et celui sur l’architecture.
La première difficulté substantielle du programme était le nom : habitation sociale, comme s’il
s’agissait d’une spécificité autonome. L’habitation est une présence constante dans la ville et
est toujours sociale. La difficulté successive était le financement, complètement insuffisant,
représentant un dur obstacle pour arriver à une qualité matérielle acceptable. S’est diffusée
alors la conviction que les constructions à bon marché devaient être de qualité exécrable,
tandis que l’on associait constamment le logement social à quelque chose d’inconsistant, sans
qualité. Aujourd’hui nous vivons cette situation avec résignation.

Avec ces prémisses j’ai initié le projet, tandis que la participation des futurs habitants, issue de
la révolution, était l’intenable moteur de la transformation qui a influencé la méthode. Au cours
des années cette relation directe entre familles et dessin s’est perdue, surtout à cause de la
rareté des financements et des prêts indispensables à la réalisation. La fin des SAAL, en 1976,
a transformé l’association des habitants en coopérative. En conséquence, les familles les plus
pauvres ont été exclues et les expériences les plus intéressantes se sont arrêtées. La continuité
des coopératives a été possible grâce à l’appui de la municipalité communiste d’Evora, qui n’a
pas d’égal en tout le Portugal. Cette situation a déterminé un contraste continu avec le pouvoir
central et les conséquentes difficultés dans l’obtention des financements et dans l’approbation
des projets. Néanmoins, entre mille obstacle, la persistance de la participation publique, dans
cette situation politique particulière, a constitué un soutien important pour le projet.
Je me souviens avoir assisté dans une assemblée, pendant la période SAAL, à un vif débat
entre politiques et techniciens, construit avec beaucoup d’idées préconçues et d’équivoques.
J’ai entendu la phrase : L’architecte est la main du peuple. Cette démagogie s’expliquait
facilement dans ce contexte révolutionnaire ; j’ai néanmoins répondu que je considérais
inacceptable le silence de l’architecte, ses démissions substantielles. La compétence spécifique
ne peut pas s’éclipser dans la collectivité car elle constitue une présence irremplaçable. La
formation professionnelle, avec toutes ses conséquences, est un capital dont il ne faut pas
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renoncer. Dans cette situation de confrontation continue je me sentais à mon aise, car la
pratique dans la construction de maisons individuelles bourgeoises m’avait initié au dialogue,
au débat.
Ce dialogue qui a toujours existé dans la construction de maisons individuelles, est essentiel
dans l’histoire de l’architecture. Aussi le Mouvement Moderne ne se limite pas à
l’approfondissement de l’évolution de l’habitation ouvrière, et les fameuses maisons, construites
par les protagonistes du Mouvement (Ville Savoie ou Casa Tugendhat), ont été influencées par
les propriétaires de façon déterminante. Le logement social traverse aujourd’hui une période
obscure et est considéré avec un certain mépris pour diverses raison : une certaine instabilité
des tendances des architectes, qui ont fait de la participation un thème à la mode dans les
années 70, en l’oubliant dans les décennies successives. Ainsi, dans l’époque actuelle, qui
continue à soutenir l’importance de la discussion, l’architecte est vu avec méfiance, car la
participation est reliée à la mauvaise qualité que l’architecte passif, comme la « main du
peuple », a produite.
Une autre motivation pour le mépris envers ce type de projet est l’objective difficulté du travail,
peu valorisé et mal payé. Il existe la conviction que pour le logement social n’importe quoi peut
aller, même les honoraires de l’architecte sont réduits. Au contraire, pour réussir la qualité dans
les projets aussi complexes, la recherche doit être plus importante. Ailleurs par contre – je
pense aux expériences vécues en Hollande dans les années 80 – la participation est encore
fortement ressentie. Probablement cette situation est due au soutien et à l’appui des autorités.
Le caractère de la participation dépend donc des conflits sociaux et des spécificités culturelles.

Quand j’ai visité pour la première fois le site, j’ai noté une multiplicité de présences. D’abord, le
quartier clandestin de Santa Maria, que le mouvement du terrain cache depuis la route vers
Lisbonne et une autre voie communale. Entre ces deux voies apparaît aussi une ligne d’eau.
Nombreux repères indiquaient différentes préexistences : un bain arabe, près du courant, une
zone plus haute, un arbre de liège, une citerne et encore, un dépôt d’eau. La présence de la
Quinta de Malagueirinha est fondamentale, avec son orangeraie adjacente. Une voie traverse
une autre quartier clandestin, Nossa Senhora da Gloria, à coté de l’école, et deux vieux
moulins. Enfin, les bâtiment de 7 niveaux construits selon l’ancien plan. Tout ce secteur était la
propriété de la Quinta. Du terrain on a une très belle vue d’Evora, ville de granit et de marbre
(ce qui arrive rarement) : émergent la cathédrale, une église romane et un théâtre néo
classique.
J’ai commencé par étudier la grande vitalité du quartier de Santa Maria, soutenue par la
présence de petites activités économiques. Les gens s’éloignent de leur maison pour aller
chercher l’eau à la fontaine, pour aller à l’école ou à l’autre quartier : ainsi au cours des temps
ils ont laissé sur le terrain le dessin du parcours le plus adapté. Même ces traces, très claires,
aidaient à expliquer les comportements et la topographie, indiquaient les possibilités de
transformation et de relations. Il est apparu tout de suite évident que le lien entre les deux
quartiers clandestins était une des questions fondamentales et que le projet devrait prendre en
considération. J’ai ensuite pensé à la nécessité d’un axe est-ouest traversant tout le secteur,
ainsi que la ligne d’eau, pour relier le nouveau lieu à la ville ancienne. Successivement, pour
favoriser ces mouvements « invisibles » entre le terrain et la voie vers Lisbonne, j’ai décidé de
tracer aussi l’axe nord-sud, qui se prolonge par un parcours piéton. Cette croix constitue la
structure de l’intervention et à partir de cette structure la discussion a commencé. Le long de
l’axe est-ouest ont été proposées de nombreuses constructions, se rapprochant du quartier de
Santa Maria. Dans l’espace entre les deux quartiers se trouve une voie que j’ai appelée
Broadway (nom consolidé par les habitants des lieux). Ce parcours, qui séparait les
constructions nouvelles des anciennes, permet la régénération des espaces ouverts des
maisons préexistantes et rend possibles les accès, escaliers et jardins, pour que les habitants
puissent sortir de la clandestinité.
Les habitations que j’ai proposées correspondent à une seule typologie : la construction
s’éloigne de la rue, en libérant un patio, réunie par le mur du fond à une autre maison qui répète
le même dessin de l’autre coté.
Les premiers problèmes par rapport au choix de la typologie se sont manifestés pendant la
discussion avec les habitants et se sont transformés ensuite en une question politique .S’était
répandue l’idée, diffusé dans l’assemblée ou suggérée de l’extérieur, que construire seulement
maisons à patio, dans un secteur de la ville, c’était déshumain, inacceptable. Cette peur de la
monotonie est un défi à la recherche de différence qui ne peut pas se résoudre à une question
d’esthétique, car s’il en était ainsi, le résultat apparaîtrait tout de suite non naturel, caricaturé ou
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inventé. La discussion a été conflictuelle, comme elle doit l’être dans un processus de
participation, mais le dialogue n’a jamais été compromis. Vingt ans après, je continue à avoir
l’appui de la population et des coopératives, malgré les importantes critiques des politiques et
des architectes, et je continue à travailler à Malagueira : ce qui me semble un résultat
exceptionnel. Le choix de la maison patio n’a pas convaincu tout le monde et par conséquent,
dans très peu de cas, j’ai reçu la demande de déplacer le patio à l’intérieur de l’Îlot. Cette
demande était dictée par le désir d’une présence plus forte de la maison sur la rue et j’ai
répondu car elle s’insère bien dans la structure générale.
Entre-temps j’ai eu l’idée de proposer le réseau d’infrastructures à la hauteur des couvertures :
entre les deux maisons accolées dos à dos, passe un conduit principal, le long de l’axe est-
ouest. Quelqu’un retient que la référence de cette structure a été l’aqueduc d’Evora, qui en effet
m’a impressionné et peut être aura été une première suggestion. En vérité, puisque les
financements dont je disposais prévoyaient seulement la construction des logements, je sentais
la limitation donnée par une seule échelle. D’autre part, puisque difficilement j’aurai réussi à
obtenir les financements d’autres ministères dans la construction des travaux publics, aussi
pour des raisons politiques, je devais imaginer une solution permettant ce dialogue, que l’on
voit dans toutes les villes, entre le tissu uniforme des maisons et les édifices collectifs. Cette
grande structure qui traverse tout le terrain, a donc surtout la fonction de définir une autre
échelle.
Le dernier obstacle pour la concrétisation de cette idée était la difficile discussion avec les
concessionnaires (électricité, eau, téléphone, gaz et télévision). La solution a été finalement
acceptée, surtout à cause de la réduction des dépenses de maintenance qui rendaient
globalement l’intervention moins coûteuse. Grâce à la collaboration de l’ingénieur Sobreira,
avec qui j’ai travaillé presque toute ma vie professionnelle jusqu’à sa récente disparition, la
structure du conduit, en bloc de béton, relève du miracle, étant extrêmement fine.
Entre les îlots et l’aqueduc j’ai laissé quelques espaces mesurés, ils seront occupés
successivement par des activités commerciales. Je voulais éviter la localisation aléatoire et
étrangère à la structure du quartier. La rencontre entre le conduit principal et le conduit
secondaire a permis la création d’une série d’espaces interstitiels qui multiplient les possibilités
de projet. Paradoxalement, les critiques le plus violentes sont venues de l’interprétation de ces
espaces comme des lieux non finis et j’ai été accusé « d’incapable de finir ». En réalité la
préoccupation morphologique de l’ensemble était très vivante et ces lieux commencent à être
remplis.
D’autres espaces interstitiels se sont définis dans la rencontre entre la grille orthogonale des
îlots et les parcours préexistants. Il s’agit, encore une fois, d’utiles supports pour le dessin des
espaces publics.
Dans ce difficile dimensionnement joue un rôle décisif une semi coupole qui, comme l’aqueduc,
sera une construction tendue entre construit et espace ouvert, lieu privilégié de la vie collective
et support essentiel du développement de la ville.
Cette difficile construction de la deuxième échelle est essentielle pour la consistance du projet
et je crois que le résultat sera obtenu, à moins qu’il y ait des actions destructives inexpliquées.
Très récemment s’est manifesté par exemple l’intention d’élargir l’axe est-ouest pour une
prétendue nécessité de trafic : cette intervention détruirait l’intégrité de l’ensemble. J’ai
conditionné mon départ d’Evora à l’approbation de cette proposition. N’importe quelle œuvre
doit être disponible aux altérations et aux transformations, mas pas à l’intention délibéré de
détruire.
Il y a des interventions auxquels la ville ne résiste pas et nombreuses villes contemporaines
démontrent qu’en dépassant une certaine limite, il n’y a plus de résistance possible.
Concernant le logement, j’ai lu beaucoup d’interprétations qu’associent généralement le
vernaculaire portugais au rationalisme. Je me considère étranger à cette vision et je ne lui
donne que peu d’importance. Je crois qu’il convient prioritairement étudier les raisons, d’ordre
économique et constructif, du contexte dans lequel on intervient.
Ce qui compte est cette densité d’éléments qui dépasse largement les limites de la culture
architecturale, des spécificités disciplinaires. Toute l’évolution du projet est une histoire très
intéressante, influencée des rencontres d’origines diverses, qu’il est difficile raconter de façon
exhaustive.

Texte de Álvaro Siza extrait du livre “Imaginar a Evidência” - 1998


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K
ulturforum,B
erlin

.1 L’aspect actuel de Kulturforum révèle l’histoire d’un site ayant subi l’interruption de plans
successifs. Certains des thèmes fondamentaux du débat autour de la reconstruction de la ville
européenne sont inévitablement à la recherche d’un nouveau plan, ici d’une forme
particulièrement aigue et ouverte à l’expérimentation.
Le pouvoir nazi, à travers Speer, a fixé des tendances antérieures dans la définition d’un axe
nord-sud, croisant le Landwerhkanal à l’endroit où aujourd’hui il rencontre le Kulturforum,
traversant le Tiergarten, la Plaz der Republik el le SPRE, pour ensuite s’infléchir, s’ajustant à la
structure du WEDDING ; il s’agit d’une préexistence dans la mémoire, encore que douloureuse.
Scharoun, en assumant l’optimisme anxieux de l’après guerre et l’envie de changer ce qui
pouvait rappeler le passé, a projeté une voie libre, comme convenait à l’urbanisme de l’époque ;
ce nouveau tracé a donné forme à la bibliothèque, interrompant la Postdamerstrasse à l’endroit
précis où l’axe de Speer l’aurait coupé.
De cette façon et encore, au-delà du possible symbolisme, il a renforcé l’idée d’une forte liaison
nord-sud, à l’échelle de celle qui existait depuis longtemps.
La tendance actuelle la plus critique par rapport à l’urbanisme des années 50 se réfère à
l’intégration de l’espace libre dans le tissu urbain, et à une relation renouvelée entre Plan et
Projet.

.2 Le Kulturforum paraît aujourd’hui comme un trou, traversé par le trafic intense, partie d’un
autre trou résultant des destructions de la guerre et de la planification de l’après-guerre.
Au milieu du trou fluctuent des fragments puissants : Scharoun, Mies, église de St. Matthai,
aujourd’hui nouveau musée en construction.
Transformer ce trou évocateur et stimulant en Forum est l’objectif du concours, au-delà du
projet du bâtiment pour la communauté de st. Matthai.

.3 La proposition présentée s’appui sur quatre options fondamentales :


a) L’exclusion du trafic de véhicules, y compris de la marge nord du Landwerhkanal, entre la
galerie nationale et la bibliothèque (la séparation des trafics est une erreur obsessive évidente ;
référence à l’espace de Berlin).
b) La définition des espaces autour du Kulturforum, avec la référence des études de la situation
antérieur à la guerre, en confrontant les nouvelles relations crées ensuite et en intégrant les
constructions existantes.
- A l’ouest, le long de la Hilderbrandstrasse, de la Stauffenbergstrasse et du Landwerhkanal et
sur la Seginsmundstrasse en complétant le cadrage sur le bâtiment de Stirling ;
- A l’est, entre Kemper Platz et le Landwerhkanal, en créant une succession d’espaces autour
de la bibliothèque et de la Philharmonique en limitant la voie nord-sud que l’on propose
maintenant. Encore à l’est, complétant la définition de cette voie et des Bellevuestrasse et
Postdamerstrasse, ouvrant la réorganisation de la Postdamer Patz et longeant l’espace de
Postdamer Station ;
- Au sud, sur le Landwerhkanal, en résonance au projet de Stirling.
c) Le dessin s’appui dans l’étude du Forum comme l’un des « épisodes » le long du tracé
proposé pour la liaison nord-sud, ainsi défini :
- Au sud, en utilisant la Flottwellstrasse, avec possible dédoublement par Koethenerstrasse,
de façon à longer l’arrivée du chemin de fer (à récupérer en tant que partie du système de
parcs centraux) et en réutilisant la Eberstrasse. Possibilité de croisement important avec la
liaison Buelow-Gneisenaustrasse, pour améliorer les communications est-ouest ;
- Inflection dans la traversée du Landwerhkanal, et ensuite dans l’intersection du
prolongement proposé de la Bernburgerstrasse, de façon à entourer le Forum, dans
l’accompagnement de la puissante bibliothèque ;
- Refaire Kemper Platz en l’infléchissant vers l’est. A partir de ce point commencer une courbe
large et continue qui croise le Tiergarten, s’approche du Mémorial Russe et traverse à angle
droit l’axe Reichstagkongress Hall. Cette courbe prépare une liaison imaginée vers le nord
s’ajestant au tracé du Wedding ; son développement suggère un prolongement de la
Postdamerstrasse, dans la séquence interrompue par la construction de la Bibliothèque
Nationale ;
- Réorganisation de la Platz der Replublik, à travers son prolongement vers l’ouest au-delà du
Spree. Un grand bâtiment en forme de U est proposé comme nouvelle limite, implanté selon
l’axe du reichstag avec une légère inclinaison, se rapprochant de Schloss Bellevue. Au nord,
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cet espace est défini par une forme fluide et diffuse par des groupements de construction qui
appuient le Kongress Hall, légèrement désaxé vers le nord par rapport à l’axe ; ses nouvelles
constructions appuient également la voie de liaison au nord. D’autres constructions sont
proposées à l’est pour encadrer plus précisément le Reichtage. Ces deux groupements
suggèrent un axe dans le prolongement de Humboldt Haffen.
Au sud, la définition du secteur s’appuie sur la proposition de constructions proches du
Mémorial Russe, ainsi que sur la récupération des éléments constants du plan Lenné pour le
Tiergarten.
L’hypothèse présentée correspond à une description d’intentions, indépendamment des
fondements programmatiques. Elle est fondée sur l’étude des cartes historiques ; dans une
perspective de transformation en nouveau contexte. Il serait néanmoins possible, avec peu
d’interventions, de garantir une identité immédiate à cet espace.
La reconstruction d’un canal représenté dans les cartes historiques interrompt le prolongement,
sur le Spree en en direction du mur de Berlin, de la voie Nord-Sud.
d) La construction au nord du Spree d’un long bâtiment linéaire, sensible mais relativement libre
des limites actuelles du secteur construit. Ce bâtiment s’ouvre sur le fleuve, embrassant le deux
traversées prévues, pour les piétons (à l’ouest) et pour les véhicules (pont existant de
Moltkestrasse). Chacune de ses traversées se dédouble en forme de V, de façon à s’ajuster au
tracé de Wedding.

4. Interprétation et organisation de l’espace du Forum


L’espace du forum est dominé et défini par les grandes structures de la bibliothèque, de la
Philharmonique, du nouveau musé et de la Galerie Nationale.
Matthai Rirh apparaît comme une sculpture légèrement détachée de ce puissant
environnement.
Scharoun a construit des bâtiments caractérisés par l’existence d’un noyau de grande échelle,
capable de les rendre autonomes ; de ce noyau se détachent des éléments d’échelle plus
petite, dont les accidents permettent de modeler l’espace autour, en créant entre les différents
bâtiments des relations magnétiques, donnant origine à un tout organique et dynamique.
Il y a une permanente tension dans ses relations, toujours prêtes à se rompre, par la propre
fluidité et par le dialogue complémentaire avec les structures extérieures au Forum. Bateaux
ancrés solidement.
Mies van der Rohe a appuyé son musé à la proximité du Landwerhkanal ; une couverture carré
sur une terrasse presque carrée. Interrogé sur l’indifférence face à l’architecture de la
Philharmonique, il a répondu qu’il a construit le mieux qu’il savait : comme Scharoun. Il n’a pas
parlé de l’attention spéciale qu’il a crée dans la relation avec le musé et l’église.
L’organisation du Forum, dans l’inclusion du bâtiment de la communauté de St. Matthai,
dépend, au-delà de l’implantation et de la conception de ce bâtiment, des mouvements
d’accessibilité à prévoir et des traitements des espaces libres :
- Accessibilités :
Les véhicules et les accès au stationnement souterrain à partir de la voie nord-sud et de
Segismundstrasse.
Ces pénétrantes comprennent des dédoublements en surface, pour le stationnement et le
retournement des transports publics et privés, de façon à respecter tous les accès. Quelques
stationnements de surfaces peuvent être considérés.
Pour les piétons, des multiples points sont définis et jamais des axes. L’accès à partir du
Landwerhkanal se fait par le pont à construire, par moitié couvert et à niveau, l’autre moitié
surélevée et couverte, relié par une rampe au jardin au sud du canal, permettant de passer au
dessus le Shoenberg Ufer. L’implantation de ce pont s’aligne au pignon ouest de la
bibliothèque, en se détachant du volume. L’accès est donc dispersé et descend vers le Forum à
partir du Landwerhkanal.
- Traitement de l’espace :
L’organisation des accès favorise une totale liberté de mouvements à l’intérieur du Forum. Le
revêtement au sol doit accompagner cet objectif, excluant les éléments directionnels.
Il est proposé un revêtement complet du sol en pierre, l’absence de végétation, le mobilier
urbain fixe, etc. La végétation à prévoir accompagne la densification végétale autour.
La neutralité du sol est globale, mais comprend des lectures complémentaires de l’utilisation de
l’espace et des parcours. Elles seront étudies pour répondre aux textures localisant et orientant
les accès à partir du stationnement souterrain.
24

L’implantation et les caractéristiques du bâtiment de la communauté de st. Matthai : édifice


rectangulaire se développant sur deux niveaux autour d’un cloître rectangulaire. L’articulation
de l’église, de laquelle se maintien un petit écart, est identique à celle utilisée par Mies et
ensuite par Stirling, dans la relation avec la Galerie Nationale : alignement de pignons, les
bâtiments se développant dans des sens opposés. L’église et le front sud de la Communauté
définissent la placette dont la Galerie a besoin. Sur le mur extérieur de deux niveaux seront
incrustées les quatre des cinq habitations prévues par le programme, la cinquième se situant au
ème
2 niveau au coin nord-ouest du bâtiment.
Sur le front nord la géométrie est interrompue, pour la définition d’une deuxième placette, elle
aussi limitée par le nouveau corps de la Philharmonique. A l’est et sur le Forum, un système de
portique abrite l’un des nombreux accès au stationnement. Le front nord est précédé d’un jardin
muré, long et étroit, sur lequel s’ouvrent les espaces de la maison du Silence. A l’extrémité
nord de ce jardin, au deuxième niveau se situe la chapelle, dont le dessin sera important pour la
définition de la place de l’église. Les trois secteurs constants du programme sont articulés par
un foyer qui traverse le bâtiment dan la direction est-ouest, en s’ouvrant au nord sur la place de
la Philharmonique ; ce secteurs sont organisés conformément aux orientations et relations
établies par le programme.
27

Plan de la zone 5 de Schilderswick Centrum, La Haye


ème
La reconstruction des villes détruites par la 2 guerre mondiale adopte les principes de la
charte d’Athènes.
La construction de villes nouvelles ou de secteurs de la ville prend corps comme la
conséquence du rapide développement économique et de la croissance urbaine.
L’optimisme et la conviction qui caractérisent les années 50, et aussi l’exigence d’efficacité et
de rapidité, produisent et mettent en valeur des modèles universels, presque indépendants de
tout contexte.
Les résultats sont, sous certains aspects, brillants.
Mais l’optimisme est passé. Un regard désenchanté sur la ville contemporaine révèle sa
fragmentation, la rigidité des zonages, la marginalisation du centre historique, le schématisme
d’une architecture incapable de se « contaminer » dans la confrontation avec la qualité urbaine
préexistante ; d’un autre coté, cette architecture n’a jamais réalisée la tabula rasa imaginée sur
les tables à dessin.
1
Une critique sans pitié des principes diffusés par les CIAM se généralise ainsi, oubliant que le
souffle créateur de la pratique qui les inspirait ne résisterait pas à l’application automatique et
bureaucratisée ; ou encore un appel à l’histoire, en tant que référence diversifiée, détruisant la
symétrie histoire/désir dans l’essence instinctive du dessin.
A cause de l’inadaptation et l’inconfort apparaît la contestation des habitants et des techniciens
de différentes disciplines ; le choc entre les couches de population est aggravé par le peu
d’attention aux différents modes de vie et de culture, expression de l’insoutenable injustice qui
en est à l’origine.
La crise économique actuelle n’est pas étrangère à cet ensemble d’insatisfaction et d’appétit de
changement, elle détermine une suspension de la croissance urbaine, révélant clairement
l’extension des problèmes crées par la diminution de la disponibilité financière.
Sont ainsi mis en cause, simultanément la planification et l’architecture de la ville, il surgissant
un problème de relation entre les deux disciplines, occulté auparavant par la complémentarité
automatique des modèles des années 50, qui permettaient une délimitation des territoires et
une division claire de travail.
Des propositions nouvelles d’intervention dans la ville apparaissent un peu partout,
caractérisées principalement par :
a) L’inclusion de la participation des habitants, exigée parfois sous la forme d’une sorte de
lutte urbaine, face aux décisions qui touchent des secteurs de significative représentativité ;
b) La réflexion sur la transformation de la ville existante, plus que sur le processus de
destruction-construction ; réflexion qui procède d’une plus grande attention au contexte, à la
structure de la ville historique et à son développement au XVIII et XIXèmes siècles, à la relation
typologique, à l’approfondissement des techniques et des bases théoriques de réhabilitation.

Cet effort rénovateur n’est pas à l’abri des tendances de simplification et d’omission, surtout
quand il fait le choix d’exclure l’expérience des dernières 40 années, ou quand la participation
des habitants est considérée comme simple élément de pacification, si souvent réducteur,
refusant, par prudence et calcul, un saut créateur qui la qualifie comme partie intégrante du
processus de projet.

Le plan de rénovation urbaine de la zone 5 de Schilderswick Centrum

Cadrage
La zone 5 constitue une unité de projet du Plan de rénovation urbaine de Schilderswijk
Centrum, l’étude étant naturellement assujettie à l’ensemble de problèmes et de préoccupations
décrites.
Les habitants de la zone 5, desquels 50% sont immigrés, sont organisés en associations
d’habitants, disposant d’un siège approprié.
Le groupe de travail de la zone 5 compte avec l’appui de techniciens, missionnés par la
municipalité, qui accompagne dès le début l’étude du plan et la définition des contraintes pour
les projets d’architecture ; des réunions-débats se réalisent régulièrement, en présence de
techniciens du Département de planification urbaine et de l’habitat de la Haye, de la coopérative

1
Congrès internationaux d’architecture moderne
28

d’habitation, et des concepteurs. La coordination est assurée par le département de rénovation


urbaine de la Haye.
L’étude des structures existantes (fondamentalement habitation ouvrière antérieure à la
réglementation de 1906) a révélé des graves problèmes de fondation, rendant obligatoire la
démolition d’une grande partie des constructions, par ailleurs d’une appréciable qualité
architecturale.
Sur la rue commerçante au nord du secteur, les projets et les constructions ont commencées,
selon le plan mis en révision ensuite sur le quartier B. A l’angle nord-est du quartier C a été
élaboré le projet d’un centre de jeunesse.

Objectifs et développement de la reformulation du plan


Les objectifs définis dans l’invitation pour participer à la conclusion du plan, invitation formalisé
par un contrat en 1984, incluent la recherche de méthodes conduisant à une plus étroite
relation entre Plan et Projet d’Architecture, à l’intérieur d’un processus participatif qui se révélait
difficile, apparemment du fait des origines variées des habitants immigrés (Surinaan, Maroc,
Tunisie, Inde, Portugal, etc.). Difficulté conséquente à la collision de comportements
correspondant aux respectifs modèles culturels, dans un processus d’adaptation et
transformation complexe et déséquilibré.
Dans un quotidien perturbé par un climat de violence, de vandalisme et de dégradation, entre
fragments de démolition et de construction, une certaine responsabilité est attribuée, avec ou
sans raison, aux critères de planification, de projet, d’organisation des travaux.
Quelques lignes de conduite ont été préalablement pointées, ou définies lors des réunions du
groupe de travail, à travers la critique des expériences équivalentes. La précédente expérience
réalisée à Schilderswijk s’est révélée particulièrement influente.
L’approfondissement des débats a donné lieu à un engagement progressivement élargi des
habitants. Ces débats ont bénéficié de la volonté politique de la municipalité de la Haye et de la
détermination des intervenants dans le processus, assumant les contradictions et les conflits,
latents ou patents. Ils se sont développés entre le désir de préserver l’identité particulière de
Schilderswijk, en tant que secteur fortement consolidé, et l’ouverture à une transformation
irréversible, du fait de la modification de la population mais également des exigences
« nouvelles » d’utilisation de l’espace et de confort ; entre peur et répression des conflits et
recherche de compréhension, comme première condition de progrès.
La contradiction entre le désir de préserver et le désir de changer, qui dans une appréciation
superficielle pourrait être interprétée comme une opposition entre les habitants hollandais et
immigrants, a des racines différentes et plus profondes ; elle constitue le support fondamental
de la transformation urbaine non répressive et non instrumentale.
Une simple réflexion sur l’Histoire et la Géographie permet de considérer que c’est précisément
à l’intérieur du tissu social, dense et complexe, et dans un milieu culturel fortement consolidé,
que la manifestation de la créativité dans la transformation urbaine est prévisible.
Et c’est là le défi à l’expérience et à la tradition qualitative de la Planification Urbaine et
Architecturale de la Haye.

Réflexions sur l’expérience


Une réaction immédiate motive les considérations suivantes :
- Certaines options actuelles de planification, telles que les profondes modifications de la
structure urbaine ou la concentration systématique des zones commerciales, ne sont pas
compatibles avec l’idée de « transformation participative » de plus en plus sollicitée, comme
alternative à l’idée de « modification » ; elles provoquent des inconvénients et participent à la
dégradation environnante, dans les secteurs de rénovation nécessairement lente, étalée dans
le temps et volontairement contraire au transfert de la population locale.
Il est nécessaire de ne pas vivre pendant des années dans un « environnement de chantier » et
de ne pas généraliser la discontinuité, la fragmentation de la vie urbaine. Il est nécessaire de
développer la recherche sur les techniques de récupération, en incluant les incidences sur les
coûts matériels et sociaux.
- Une meilleure articulation et une plus grande complémentarité sont nécessaires entre les
activités de planification et de projet, en supprimant les inconvénients d’une trop rigide et
actuellement peu claire délimitation des territoires disciplinaires ; ce qui exige immédiatement
des structures et des méthodes de travail plus flexibles et plus libérées, venant probablement
déterminer les transformations dans l’actuel système de formation des architectes et des
planificateurs urbains.
29

- La participation des habitants, techniciens et politiques devra signifier un processus ouvert,


et non simplement pacificateur, ou conformiste, ou d’envergure locale et fragmentée, ou
conduisant à l’établissement de modèles de consensus facile.
L’expérience déjà existante discrédite l’apologie des méthodologies universelles, ou plus
particulièrement des « techniques et des techniciens de la participation ».
La participation permet surtout la généralisation d’une information juste, continuellement
actualisée et non limitée entre les disciplines, en constituant un élément fondamental de la
créativité, de la rigueur et de la justice dans la transformation de la ville.

Points fondamentaux du débat développé, avec des incidences sur le Plan :


La caractérisation et les perspectives de gestion des espaces libres, notamment :
- Caractérisation des revêtements des sols, accessibilité et sécurité dans la superposition des
trafics piétons et véhicules ;
- Utilisation et maintenance des autres espaces libres ;
- Localisation et caractéristiques des équipements et services ;
- Localisation et caractéristiques des garages et caves;
- Ensoleillement, protection contre les bruits, caractéristiques des espaces libres extérieurs,
privatifs et contigus à chaque logement ;
- Aspects du dessin urbain.

Lignes d’orientation définies :


- La préservation, dans l’essentiel, du caractère de Schilderswijk : rues longues, délimitées par
des façades peu accidentées et caractérisées par le rythme régulier des ouvertures ;
caractérisation spécifique de détails architecturaux des pignons;
- La délimitation claire de l’espace public et de l’espace privatif ou dévolu à des groupes
d’habitants, à associer aux quartiers composés essentiellement de bâtiments de quatre
niveaux ;
- L’uniformité typologique, tout en respectant les exigences d’utilisation de la maison
correspondant aux différentes origines des habitants, à travers l’organisation spatiale flexible ;
- L’accès, dans la mesure du possible, direct et indépendant à chaque logement, notamment
par l’utilisation de la typologie à « portique » ;
La nécessité d’une étude particulière des secteurs de transition, comme «Het Fort » et les
quartiers A et B au nord ;
- La nécessité d’une attention particulière à la protection contre les bruits dans les quartiers D et
F, donnant sur Parallelweg et le chemin de fer ;
- La préservation de l’école et d’un groupe d’habitations du type « portique », facilement
récupérables, de façon à garantir les références fondamentales du dessin et à appuyer la
relation architecturale avec les structures environnantes, de façon générale récupérables et
d’ailleurs inscrites au plan ;
- La localisation des garages et caves dans des petites unités disséminées, évitant l’extensive
continuité avec la rue, ou le désordre crée par la multiplication de petites constructions en cœur
d’îlot ;
- Le dimensionnement adapté des promenades et des voies ainsi que la localisation des
stationnements des véhicules.

Les options du plan :


Le plan réalise les orientations mentionnées ; dans ce sens quelques solutions particulièrement
favorables ont été trouvées :
- Le redimensionnement des quartiers en gardant, pour l’essentiel, la structure spatiale du
secteur, de façon à améliorer les conditions d’ensoleillement, de ventilation et d’intimité, pour un
espacement plus important entre les éléments ;
- Ce redimensionnement a permis une division de l’intérieur des quartiers et la création de petits
jardins annexes aux habitations en rez-de-chaussée et de jardins intérieurs, à partager ou pas,
selon l’option des habitants respectifs.
Dans le quartier C, la surface disponible et l’existence d’une école permet de prévoir la
permanence d’un jardinier municipal et l’existence de jardins pour l’éducation des enfants.
Dans les quartiers A et B et dans les constructions à l’est de la Raversteinstraat, inclues dans
les limites du Plan, les contraintes définies antérieurement, ou bien les caractéristiques
contextuelles, ont conduit à des solutions différenciées, soit de l’association des éléments soit
30

de la typologie. Ces éléments ont déjà été mis en évidence et dépendront particulièrement du
développement des projets d’architecture.
- L’adoption de la typologie «portique », et la définition de l’organisation interne du logement
d’une grande flexibilité et généralisable, dans ses principes, en tant que référence pour la
participation des différents concepteurs.
Ici aussi, et pour les quartiers A et B et pour les constructions à l’est de la Raversteinstraat, il
faudra étudier des variantes déterminées par les situations de transition
- Les garages et les caves seront associées en unités de petites dimensions, occupant sur la
rue seulement la largeur d’une porte, libérant les façades sur rue pour les logements en duplex.
- Le prolongement de chaque logement par terrasse ou jardins. Les terrasses seront localisées
en cœur des îlots pour leur protection contre les bruits. Les conditions d’ensoleillement ont été
vérifiées préalablement.

Indications aux concepteurs :


Le développement et l’ajustement du Plan doit être accompagnée des projets d’architecture ;
pour cette raison le choix d’une réglementation moins rigide a été fait, accentuant par contre la
clarification des intentions et des objectifs dans la phase de présentation, ainsi que le
programme de base pour les projets.
La proposition architecturale ci-après constitue néanmoins le « squelette », correspondant à
une présentation apparemment schématique, qui n’exclue pas pour autant les options
fondamentales :
- Gabarits et implantation en fonction des spécificités des éléments dessinés ;
- Localisation et caractéristiques des garages et caves ;
- Localisation et caractéristiques de loggias et terrasses ;
- Absence de permanentes variations ; plutôt une certaine « monotonie », préparant et en
incluant des épisodes de dessin « non limités», représentés schématiquement, en tant
qu’indication d’objectifs ;
- Les épisodes cités et la prévision de variations les plus significatives du dessin
correspondront aux aspects déterminants du plan et des unités de protection : secteurs
d’inflexion de l’orientation axiale, ou de transition, ou particulièrement importants comme les
espaces urbains de passage ou d’usage permanent, les pignons, les structures contiguës
aux préexistences de caractère architecturaux exceptionnels à récupérer (pour des raison
de programme ou de dessin) relatives à l’expression prédominante et unitaire de la zone 5.
- L’utilisation de matériaux exclusivement existants dans le secteur 5 : brique de couleur
similaire et surfaces blanches en enduit ou en brique, sans débordements significatifs sur
les rues, menuiseries peintes dans les couleurs traditionnelles (avec ouverture à d’autres
couleurs au rez-de-chaussée), couvertures uniformes à définir après l’étude économique.