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Christophe Bertault — Mathématiques en MPSI

N OMBRES COMPLEXES

1 L’ ENSEMBLE DES NOMBRES COMPLEXES

1.1 F ORME ALGÉBRIQUE , CONJUGUÉ , MODULE

Ce que c’est qu’un nombre complexe, nous ne nous le demandero ns pas dans ce chapitre. On vous a dit pendant longtemps que le carré d’un nombre — sous-entendu réel — était toujours positif, et puis tout à coup on a changé d’avis et on vous a soutenu qu’un carré pouvait être négatif dans un certain monde de nombres plus grand que . Qu’avez-vous fait de cette annonce ? Vous l’avez suivie sans broncher, vous suivez toujours. Nous conserverons quelques mois encore ce point de vue naïf sur les nombres complexes qui consiste à accepter que les choses existent parce qu’on vous le dit même si on ne vous le justifie pas. Nous y reviendrons en revanche avec plus de scrupules au chapitre « Structures de groupe et d’anneau ».

Définition-théorème (Ensemble des nombres complexes, forme algébrique, parties réelle et imaginaire)

L’ensemble des nombres complexes est noté et contient l’ensemble des réels ainsi qu’un certain élément i pour

lequel :

i 2 = 1.

Tout nombre complexe z s’écrit d’une et une seule manière sous la forme dite algébrique : z = a + i b pour certains a , b . Le réel a est appelé la partie réelle de z et noté Re (z ), le réel b est appelé la partie imaginaire de z et noté Im(z ).

Les réels sont exactement les nombres complexes de partie imaginaire nulle. Enfin, un nombre complexe de partie réelle nulle est appelé un imaginaire pur .

En pratique L’unicité de la forme algébrique d’un nombre complexe est ut ilisée fréquemment pour faire des identifications. Elle permet, face à une égalité : a + i b = a + i b , d’écrire que : a = a et b = b . En résumé :

U NE égalité de nombres complexes

= D EUX égalités de nombres réels

Définition-théorème (Addition et multiplication sur ) L’ensemble est muni de deux opérations d’addition et de
Définition-théorème (Addition et multiplication sur ) L’ensemble est muni de deux opérations d’addition et de
multiplication qui généralisent celles que nous connaisso ns sur . Précisément, pour tous z , z ′ ∈ :
z + z ′ = Re (z ) + Re(z ′ ) + i Im(z ) + Im(z ′ ) et zz ′ = Re (z )Re (z ′ ) − Im(z )Im (z ′ ) + i Re(z )Im (z ′ ) + Im(z )Re (z ′ ) ,
ce qui signifie que :
Re (z + z ′ ) = Re(z ) + Re (z ′ )
et
Im(z + z ′ ) = Im(z ) + Im(z ′ ),
et :
Re (zz ′ ) = Re (z )Re (z ′ ) − Im(z )Im(z ′ ) et Im(zz ′ ) = Re(z )Im (z ′ ) + Im(z )Re (z ′ ).
1
1
x − i y
Pour finir, pour tout z = x + i y ∈ ∗ avec x , y ∈ :
=
z =
x + i y
x 2 + y 2 .

ATTENTION !

En général : Re (zz ) = Re (z )Re (z ) et Im(zz ) = Im(z )Im (z ).

En particulier : Re z 2 = Re (z ) 2

et

Im z 2 = Im(z ) 2 .

Exemple

1 + i 1 i est imaginaire pur car :

1 + i 1 i

= (1 + i) 2 = 1 + 2i 1

1 2

+ 1 2

2

= i.

1

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Définition (Affixe et image) On munit le plan d’un repère orthonormal direct O, −→ ı
Définition (Affixe et image) On munit le plan d’un repère orthonormal direct O, −→ ı , −→  .
z
Im(z )
• Pour tout z = x + i y ∈ avec x , y ∈ , le point M du plan de coordonnées ( x , y ) est
appelé l’image de z tandis que z est appelé l’affixe de M . On dit aussi que z est l’affixe du
vecteur du plan de coordonnées ( x , y ).
Re (z )
• Règles de calcul sur les affixes :
— Pour tous vecteurs −→ u et −→ v du plan d’affixes respectifs u et v et pour tous λ , µ ∈ , le vecteur λ −→ u + µ −→ v a pour
affixe : λ u + µ v .
— Pour tous points A et B du plan d’affixes respectifs a et b , le vecteur AB −→ a pour affixe : b − a .

Explication

Au fond, les notions de point, vecteur, coordonnées et nombre complexe sont équivalentes, on pré-

férera d’ailleurs parfois écrire qu’un point est ÉGAL à un nombre complexe, qu’un vecteur est ÉGAL à ses coordonnées, etc.

Exemple Pour tous z , z , le milieu du segment joignant z et z a pour affixe z + z

2

ATTENTION !

LES INÉGALITÉS N ONT AUCUN SENS SUR .

.

En quel sens pertinent un point d’un plan serait-il plus petit ou plus grand qu’un autre ?

z Définition (Conjugué, module) Soit z ∈ . Im(z ) • On appelle conjugué de
z
Définition (Conjugué, module) Soit z ∈ .
Im(z )
• On appelle conjugué de z le nombre complexe : z = Re (z ) − i Im(z ).
Re (z )
• On appelle module de z le réel positif ou nul : |z | = Re(z ) 2 + Im(z ) 2 .
−Im (z )
z
|z |

Explication

Module et valeur absolue coïncident sur car

pour tout x :

| x | = x 2 .

De par sa définition, le module |z | s’interprète comme norme du vecteur d’affixe z . De même, pour tous a , b d’images A, B , le module | a b | n’est autre que la distance AB . Il en découle que pour tout R > 0 :

— le cercle de centre A et de rayon R est l’ensemble z / |z a | = R ,

— le disque fermé de centre A et de rayon R est l’ensemble z / |z a | R ,

— le disque ouvert de centre A et de rayon R est l’ensemble z / |z a | < R .

Exemple Pour tout t , le point d’affixe 2 i t appartient au cercle de centre 1 et de rayon 1. 1 +

Démonstration

1 + i t 1 =

2

2 (1 + i t ) 1 + i t

=

1

i t = 1

1

+ t 2 + t 2 = 1.

1 + i t

R R A A Cercle Disque fermé R A
R
R
A
A
Cercle
Disque fermé
R
A

Disque ouvert

Théorème (Propriétés du conjugué) Pour tous z , z ′ ∈ : Re (z )
Théorème (Propriétés du conjugué) Pour tous z , z ′ ∈ :
Re (z ) = z + z ,
Im(z ) = z − z ,
z = z ,
z + z ′ = z + z ′
et
zz ′ = z × z ′ .
2
2i

2

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Théorème (Propriétés du module) Soient z , z ′ ∈ . |z | • Propriétés
Théorème (Propriétés du module)
Soient z , z ′ ∈ .
|z |
• Propriétés
algébriques :
|z | = |z |,
z z = |z | 2 ,
|zz ′ | = |z | × |z ′ |
et si z ′ = 0 :
z
=
z
|z ′ | .
Également :
|z | = 0 si et seulement si z = 0.
• Propriétés géométriques :
Re (z ) |z |
et
Im(z ) |z |.
Inégalité triangulaire : |z
+ z ′ | |z | + |z ′ |,
Généralisée
:
|z | − |z ′ | |z ± z ′ | |z | + |z ′ |.
z
(avec égalité si et seulement z et z ′ sont,
comme vecteurs, colinéaires de même sens.)
z
z + z ′

En pratique

L’inverse de z = x + i y = 0 se calcule grâce à la formule « z z = |z | 2 » :

1 z = z |z | = x − i y 2 x 2 +
1 z = z
|z |
= x − i y
2 x 2 + y 2 .

Démonstration

Inégalité triangulaire :

|z + z | |z | + |z |

⇐⇒

( z + z )(z + z ) z z + zz

2

|z | + |z | 2

|z |.|z |

⇐⇒

| z

+ z | 2

|z | + |z | 2

⇐⇒

| z | 2 + z z + z z + |z | 2

|z | 2 + 2|z |.|z | + |z | 2

⇐⇒

Re z z |z |.|z |

⇐⇒

Re z z |z z |.

Enfin, l’inégalité obtenue étant vraie, celle de départ l’es t aussi !

Cas d’égalité : L’inégalité triangulaire est une égalité si et seulement si l’inégalité obtenue finalement ci-

i.e. si et seulement si :

car les réels positifs sont les

dessus en est une :

Re z z = |z z |,

z z +

seuls nombres complexes dont la partie réelle est égale au mo dule.

Si :

Si :

que :

z = 0,

z = 0,

z × z |z

z et z sont naturellement colinéaires de mêmes sens.

dire que : z z + revient à dire, après division par |z | 2 qui est strictement positif,

| 2 = z + , i.e. que z et z sont colinéaires de même sens.

z

Généralisation :

D’après l’inégalité triangulaire : |z | = (z + z )+(z ) |z + z | + | − z |, donc :

|z | − |z | |z + z |,

L’inégalité sur |z z | s’obtient à partir de celle sur |z + z | par simple substitution de z à z .

|z | − |z | |z + z |.

|z | − |z | |z + z |.

et de même :

Comme voulu :

1.2 É QUATIONS DU SECOND DEGRÉ À COEFFICIENTS COMPLEXES

Théorème (Racines carrées d’un nombre complexe) Pour tout z , l’équation : ω 2 = z d’inconnue ω possède exactement DEUX solutions opposées appelées les racines carrées de z .

ATTENTION !

x Notation autorisée si x ∈ + . z La plus interdite des notations interdites
x Notation autorisée si x ∈ + .
z
La plus interdite des notations interdites si z ∈ \ + !

Pourquoi cet interdit ? Parce que nous ne savons pas choisir, tout nombre complexe non nul a DEUX racines carrées distinctes qui se valent l’une l’autre. Il n’y a que dans le cas des réels p ositifs qu’on sait choisir car les racines carrées d’un réel positif x sont toutes les deux réelles, l’une positive, l’autre négat ive, et on choisit de noter x la première.

Démonstration Dans l’énoncé, z est choisi non nul car l’équation : ω 2 = 0 d’inconnue ω ne possède évidemment qu’une solution, à savoir 0.

Écrivons z sous forme algébrique z = x + i y et donnons-nous ω = a + i b sous forme algébrique. L’idée forte

de la preuve est cachée dans l’équivalence :

simplement l’équation des modules —- équivalence idiote mais qui s’avère féconde.

où l’on a ajouté

ω 2 = z

⇐⇒

ω 2 = z

et |ω | 2 = |z |

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ω 2 = z

⇐⇒

ω 2 = z

et |ω | 2 = | z |

⇐⇒

a 2 b 2 = x 2 a b = y

et

a 2 + b 2 = x 2 + y 2

a 2 = x + x 2 + y 2

2

b 2 = x + x 2 + y 2

⇐⇒

et

et 2 a b = y (demi-somme et demi-différence ).

2 a b = y

2

On tire aisément a et b AU SIGNE PRÈS de ces relations sur a 2 et b 2 . L’égalité :

elle de savoir si a et b sont de même signe ou de signes opposés. On obtient finalement deux racines carrées

ω = a + i b distinctes de z opposées l’une de l’autre.

permet quant à

Exemple Les racines carrées de 24 + 10i sont ±(5 + i).

Démonstration Pour tout ω = a + i b sous forme algébrique :

ω 2 = 24 + 10i

⇐⇒

⇐⇒

⇐⇒

⇐⇒

ω 2 = 24 + 10i et |ω | 2 = |24 + 10i| = 2 × |12 + 5i|

a 2 b 2 = 24 2 a b = 10

et

a 2 + b 2 = 2 12 2 + 5 2 = 26

a 2 = 26 + 24

2

= 25,

b 2 = 26 24

2

a = ± 5,

ω = 5 + i ou ω = ( 5 + i ) .

b = ± 1 et

a b = 5

= 1 et

ab = 5 0

⇐⇒

a b = 5

( a , b ) = ( 5, 1 ) ou ( a , b ) = ( 5, 1 )

Nous sommes à présent capables de résoudre TOUTES les équations du second degré À COEFFICIENTS COMPLEXES .

Théorème (Équations du second degré à coefficients complexes) Soient a , b , c ∈
Théorème (Équations du second degré à coefficients complexes) Soient a , b , c ∈ avec a = 0. Les solutions de
− b − δ
l’équation az 2 + bz + c = 0 d’inconnue z ∈ sont − b + δ
et
où δ est l’une quelconque des deux racines
2
a
2 a
c
carrées du discriminant b 2 − 4 ac .
La somme de ces solutions vaut − b et leur produit
a
a .

Démonstration Pour tout z :

az 2 + bz + c = a z 2 + a z + a = a z + b

b

c

2 a 2 b 2 4 ac

4

a 2

= a z +

2 a 2 2

b

δ

a 2 = a z +

a . z + 2 a + 2 δ

b

2 a 2 δ

b

a

= a z b δ

2

a

z b + δ

2

a

.

Pour finir, on sait qu’un produit de nombres complexes est nul si et seulement si l’un de ses facteurs l’est.

Exemple Les solutions

de l’équation : z 2 (3 + i)z + (2 + i) = 0 d’inconnue z sont 1 et 2 + i.

Démonstration Le discriminant de cette équation vaut : (3 + i) 2 4(2 + i) = 2i. Or on peut montrer que

les racines carrées de 2i sont ±(1 + i), donc les solutions cherchées sont (3 + i) ± (1 + i) , i.e. 1 et 2 + i.

2

Théorème (Systèmes somme-produit) Soient a , b . Les solutions du système somme-produit : x x y + = y b = a

d’inconnues x , y sont les deux racines du polynôme X 2 aX + b —- éventuellement égales.

Démonstration Ce résultat repose sur la remarque suivante : ( X

Exemple Les solutions du système :

x + y = 3 + i x y = 2 + i

d’inconnue ( x , y ) 2

x )( X y ) = X 2 ( x

+

y ) X + x y .

sont les couples (1, 2 + i) et (2 + i, 1).

Démonstration Les solutions du système étudié sont les racines du polynôme X 2 (3 + i) X + (2 + i) — calculées dans l’exemple précédent.

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1.3 D ÉRIVATION DES FONCTIONS COMPLEXES

Définition (Dérivation des fonctions complexes) Soient I un intervalle, f : I −→ une fonction et a I . On dit que

f est dérivable en a si les fonctions Re ( f ) et Im( f ) le sont. On appelle dans ce cas nombre dérivé de f en a le nombre complexe : f ( a ) = Re ( f ) ( a ) + i Im( f ) ( a ).

L’ensemble des fonctions complexes dérivables sur I tout entier, i.e. dérivables en tout point de I , est noté ( I , ). Si

f

( I , ) , la fonction x −→

f ( x ) définie sur I est appelée la dérivée de f .

Explication

En résumé, dériver une fonction complexe revient à dériver s es parties réelle et imaginaire, qui sont quant à elles des fonctions réelles : Re f = Re( f ) et Im f = Im( f ) .

On peut montrer que les formules de dérivation d’une somme, d’un produit et d’un quotient de fonctions complexes sont les mêmes que pour les fonctions réelles, de même que la f ormule de dérivation d’une composée de fonction de dans suivie d’une fonction de dans .

Exemple

La fonction x −→

x −→ 2 x + i cos x .

La fonction x −→

x 2 +

i sin x est dérivable sur car les fonctions x −→ x 2 et x −→

sin x le sont, et sa dérivée est

1

+ i est dérivable sur comme quotient et sa dérivée est x −→

x

1

( x + i) 2 .

Pour les fonctions complexes, pas question de parler de mono tonie ou de signe de la dérivée puisqu’il n’y a pas d’inégalit és dans , mais le théorème fondamental suivant est en revanche conservé :

Théorème (Caractérisation des fonctions dérivables constantes) Soient I un INTERVALLE et f ( I , ). Alors f est constante sur I si et seulement si f est nulle sur I .

2 A UTOUR DE LEXPONENTIELLE COMPLEXE

2.1 N OMBRES COMPLEXES DE MODULE 1

Définition (Ensemble des nombres complexes de module 1) On note l’ensemble z / |z | = 1 , géométri- quement le cercle trigonométrique de centre 0 et de rayon 1.

Définition (« Exponentielle iθ ») Pour tout θ , on appelle exponentielle (de ) iθ le nombre complexe :

e i θ = cos θ +

i sin θ .

Explication La notation e i θ , qui cache un cosinus et un sinus, n’est qu’une NOTATION , e i θ n’est pas « e à la puissance iθ » au sens où ce serait « e multiplié par lui-même iθ fois », ce qui n’a aucun sens ! Quel rapport avec l’exponentielle classique alors ? Le choix de la notation e i θ est justifié par le fait que, comme on va le voir, l’« ex- ponentielle iθ » se comporte COMME une exponentielle classique en transformant les sommes en produits. En réalité, une notion unique d’exponentielle se cache derrière l’exponentielle réelle et l’« exponen- tielle iθ », mais ce n’est pas encore de votre âge !

5

i π 1 + i 3 e 3 = i π 2 e 2 =
i π
1 + i 3
e
3
=
i
π
2
e 2 = i
i π
1 + i
3i π
e
4
=
e
4
= −1 + i
2
2
i π
3 + i
e
6
=
2
e i π = e − i π = −1
e i0 = e 2i π = 1
− i π
e 2 = −i

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i Théorème (Paramétrisation de par l’« exponentielle iθ ») e i θ θ • Pour
i
Théorème (Paramétrisation de par l’« exponentielle iθ »)
e i θ
θ
• Pour
tout
z ∈ :
z ∈
⇐⇒
∃ θ ∈ / z = e i θ .
En résumé :
= e i θ θ ∈ .
1
• Pour
tous
θ , θ ′ ∈ :
e i θ = e i θ ′ ⇐⇒ θ ≡ θ ′ [2π ] .

Démonstration Autre manière de dire que tout point du cercle trigonométrique a des coordonnées de la forme

(cos θ , sin θ ), donc un affixe de la forme e i θ — avec unicité du θ modulo 2π .

Exemple Pour tout θ :

et :

e i θ = 1 e i θ = i

⇐⇒

⇐⇒

e i θ = e i0

e i θ = e

i

π

2

⇐⇒

⇐⇒

0 [ 2 π ]

θ

θ π [ 2 π ]

2

⇐⇒

⇐⇒

θ 2 π

θ π 2 + 2π .

Théorème (Propriétés algébriques de l’« exponentielle iθ ») Soient θ , θ ′ ∈ et
Théorème (Propriétés algébriques de
l’« exponentielle iθ ») Soient
θ , θ ′ ∈ et n ∈ .
(i)
Conjugaison :
e i θ = e − i θ = e 1 i θ .
e i θ + e − i θ
e i θ − e − i θ
(ii)
Formules d’Euler :
cos θ =
et
sin θ
=
.
2
2i
e i ( θ + θ ′ ) = e i θ e i θ ′ .
(iii)
Transformation des sommes en produits :
(iv)
Formule de Moivre :
(cos θ + i sin θ ) n = cos( nθ ) + i sin ( nθ ).

Explication

cos ( x + y ) + i sin ( x + y ) = cos x + i sin x cos y + i sin y , et donc par identification

équivalente aux relations : cos ( x savons être vraies.

La relation :

RÉSUME deux formules que vous connaissez bien. Elle s’écrit aussi :

des parties réelle et imaginaire, est

+ y ) = cos x cos y sin x sin y et sin ( x + y ) = sin x cos y + cos x sin y que nous

e i ( x + y ) = e i x e i y

Démonstration

(ii) Tout simplement, pour tout z : Re(z ) = z + z

2

et Im(z ) = z z 2i .

(iv) Par récurrence à partir de (iii) : e i θ n = e i nθ . Ce n’est que ça, la formule de Moivre.

En pratique (Linéarisation d’expressions trigonométriques) Linéariser une expression polynomiale en sin x et cos x —- par exemple 5 sin 4 x cos 7 x + 2 sin x cos 4 x —- c’est l’exprimer à l’aide de sin x , sin (2 x ), sin (3 x ) et cos x , cos(2 x ), cos (3 x ) en supprimant toute puissance et tout produit. Deux outils principaux, les formules d’Euler et la formule du

b

binôme. La linéarisation permet notamment le calcul des int égrales de la forme sin m x cos n x d x a , b et m , n .

a

Exemple

Pour tout x : sin 5 x = sin (5 x ) 5 sin (3 x ) + 10 sin x

16

.

Démonstration sin 5 x Euler

=

e i x e i x

2i

5 Binôme

=

1

32i e 5i x 5e 3i x + 10e i x 10e i x + 5e 3i x e 5i x

=

1

32i e 5i x e 5i x 5 e 3i x e 3i x + 10 e i x e i x Euler

=

sin(5 x ) 5 sin (3 x ) + 10 sin x

16

Exemple

0

2π

sin 2 x cos 4 x d x = π 8 .

Démonstration Pour tout x : sin 2 x cos 4 x Euler

=

e i x e i x 2 e i x +

2i

2

e i x

4

Binôme

=

=

1

64 e 2i x 2 + e 2i x e 4i x + 4e 2i x + 6 + 4e 2i x + e 4i x =

1

64 e 6i x + e 6i x + 2 e 4i x + e 4i x e 2i x + e 2i x 4 Euler

=

1

e 6i x + 2e 4i x e 2i x 4 e 2i x + 2e 4i x + e 6i x

64

cos(6 x ) 2 cos(4 x ) + cos(2 x ) + 2

32

.

6

.

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Nous pouvons maintenant calculer l’intégrale demandée :

0

2π

sin 2 x cos 4 x d x =

32

1

0

2π

cos (6 x )2 cos (4 x )+cos (2 x )+2 d x =

1 sin (6 x ) 2 sin(4 x ) + sin (2 x )

32

6

4

2

+

2 x x = 2π

x = 0

= π

8 .

En pratique (Dé-linéarisation) On a moins souvent l’occasion de le faire, mais on peut aussi « dé-linéariser » les expressions trigonométriques, i.e. effectuer la transformation inverse de la linéarisation. Deux outils principaux, la formule de Moivre et la formule du binôme.

Exemple Pour tout x :

sin(6 x ) = 2 3 16 cos 2 x + 16 cos 4 x cos x

sin x .

Démonstration

sin (6 x ) = Im e 6i x = Im (cos x + i sin x ) 6

Binôme

= Im cos 6 x + 6i cos 5 x sin x 15 cos 4 x sin 2 x 20i cos 3 x sin 3 x + 15 cos 2 x sin 4 x + 6i cos x sin 5 x sin 6 x

= 6 cos 5 x sin x 20 cos 3 x sin 3 x + 6 cos x sin 5 x .

On pourrait s’arrêter là, mais on va tâcher d’embellir le rés ultat.

sin(6 x ) = 2 3 cos 4 x 10 cos 2 x sin 2 x + 3 sin 4 x cos x sin x = 2 3 cos 4 x 10 cos 2 x 1 cos 2 x + 3 1 cos 2 x 2 cos x sin x

= 2 3 16 cos 2 x + 16 cos 4 x cos x sin x

après développement.

2.2 F ORMES TRIGONOMÉTRIQUES

La définition suivante repose intégralement sur le fait que p our tout z non nul :

z

|z |

= 1,

i.e. :

z

|z | .

Définition-théorème (Argument(s) et formes trigonométriques, coordonnées polaires) Tout nombre complexe NON NUL
Définition-théorème (Argument(s) et formes trigonométriques, coordonnées polaires) Tout nombre complexe
NON NUL peut être écrit sous la forme : z = r e i θ avec r > 0 et θ ∈ , dite forme trigonométrique . Le réel r est en fait
unique car : r = |z |, mais θ , appelé UN argument de z , est seulement unique à 2π près.
z
Il existe en revanche un et un seul argument de z dans ] − π , π ], et celui-ci est appelé L’ argument
(principal ) de z et noté arg (z ).
θ
Le couple ( r, θ ) est aussi appelé UN couple de coordonnées polaires du point d’image z .
r

ATTENTION !

Zéro n’a pas de forme trigonométrique, donc pas d’arguments .

Exemple Les formes trigonométriques des réels et des imaginaires purs constituent le minimum à maîtriser.

Cas des réels : Pour tout x :

x = x e i0 si x > 0

et

x = (x )e i π si x < 0.

Cas des imaginaires purs : Pour tout y :

i π

i y = y e 2 si y > 0

et

i y = (y )e i 2 π si y < 0.

Théorème (Propriétés des arguments) Pour tous z , z ′ ∈ NON NULS : arg
Théorème (Propriétés des arguments) Pour tous z , z ′ ∈ NON NULS :
arg zz ′ ≡ arg (z ) + arg (z ′ ) [2π ],
arg z ≡ − arg (z ) [2π ]
et
arg 1 z ≡ − arg (z ) [2π ].

Démonstration

zz = |z | e i arg ( z ) |z | e i arg( z ) = |zz | e i ( arg ( z )+ arg( z ) ) , donc : arg zz arg (z ) + arg (z )[2π ].

Ensuite : z = |z | e i arg( z ) = |z | e i arg( z ) = z e i arg ( z ) , donc : arg z ≡ − arg (z ) [2π ].

Enfin :

1

z =

1

|z | e i arg( z ) =

1

z

e i arg( z ) ,

donc :

arg 1 z ≡ − arg (z ) [2π ].

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1 i Exemple Le nombre complexe 1 i 3 admet 12 pour argument car :

π

Comme :

1 i

= (1 i) 1 + i 3

= 3 + 1 + i 3 1

4

1 i 3

4

4

, alors :

i π

4

1 i

= 2 e

i π + i π

4

3

i

π

= e

= e

12

− i π 1 − i 3 2 2 . 2 e 3
− i π
1 − i 3
2
2 .
2 e
3

cos π

= 3 + 1

12

2 2

et

sin π

3 1

12

2 2 .

=

Exemple

i p π

Soit n . À quelle condition sur p le nombre e n est-il réel ?

Démonstration

i p π

e

n

⇐⇒

⇐⇒

arg e

i p π

n

0 [2π ] ou arg e π [ 2 π ] ⇐⇒ arg e 0 [π ]

n

n

i p π

i p π

p π 0 [π ]

n

÷

π

⇐⇒

×

n

p 0 [ n ]

⇐⇒ p est un multiple de n .

Théorème (Lien entre la forme algébrique et les formes trigonométriq ues) Soit z ∈ NON
Théorème (Lien entre la forme algébrique et les formes trigonométriq ues) Soit z ∈ NON NUL de forme algébrique :
z = x + i y et de forme trigonométrique : z = r e i θ .
(i)
x = r cos θ
et
y = r sin θ ,
et bien sûr :
r = x 2 + y 2 .
(ii)
θ ≡
 π + Arctan y [2π ] si
Arctan y [2π ]
si
x
> 0
x
x
< 0.
x

Démonstration

(i)

(ii)

Simple identification des parties réelle et imaginaire : x + i y = r e i θ = r cos θ + i r sin θ .

Si x > 0 :

θ π , π + 2 k π 2 2

pour un certain k , or :

tan(θ 2 k π ) = tan θ =

sin θ cos θ = x y ,

r

r

donc

comme θ 2 k π π , π : θ 2 k π = Arctan y , et enfin : θ Arctan y [2π ].

2 2

x

x

Si x < 0 :

θ

π

2

, 3π

2

+ 2 k π

pour un certain k , or :

tan(θ π 2 k π ) = tan θ = y ,

x

donc

comme θ π 2 k π π , π : θ π 2 k π = Arctan y , et enfin : θ π + Arctan y [2π ].

2 2

x

x

En pratique Avec les notations du théorème, nous avons obtenu un argument de z sous forme d’arctangente, mais nous aurions pu, par un procédé analogue, obtenir un arcsinus ou un arccosinus. La figure suivante résume les possibilités qui s’offrent à nous. Le résultat n’est pas à connaître, mais la démarche pour y parvenir, si. Il faut bien avoir en tête que :

Arcsin est la réciproque de sin , Arccos la réciproque de cos [ 0, π
Arcsin est la réciproque de sin
, Arccos la réciproque de cos [ 0, π ] et Arctan la réciproque de tan
.
− π 2 , π 2
− π 2 , π 2

θ π Arcsin y Arccos x [2π ]

r

r

θ π Arcsin y ≡ −Arccos x [2π ]

r

r

 
   
 
   
   
   
 

θ

π , π

2

 

θ 0, π

2

  θ ∈ π , π 2   θ ∈ 0, π 2

θ

π , π

θ

π

2

, 0

 
2

2

2

θ

Arcsin y Arccos x [2π ]

r

r

θ Arcsin y ≡ −Arccos x [2π ]

r

r

Exemple

5

3 5i a pour argument Arcsin 34 ou Arccos

3

34 .

Démonstration Comme : 3 0 et 5 0, nous pouvons choisir un argument θ de 3 5i dans π , 0 .

2

Arcsinus : Comme θ

π , π :

2 2

sin θ = 5 34

donne :

θ = Arcsin 5 34 = Arcsin

5

34 .

Arccosinus : Comme : θ [0, π ], l’égalité : cos(θ ) = cos θ = 3 34 donne : θ = Arccos

3

34 .

8

Christophe Bertault — Mathématiques en MPSI

En pratique

(Technique de l’angle moitié)

La technique de l’angle moitié consiste à écrire les complexes de la forme e i x + e i y sous forme trigonométrique. On s’en sert souvent pour factoriser des expressions en sinus et cos inus. L’idée est simple. Pour tous x , y :

e i x + e i y =

i ( x + y ) e 2 e
i ( x + y )
e
2
e

i ( x y )

2

+ e

i ( x y )

2

= 2 e

i ( x + y )

2

cos x y

2

Mise en facteur de l’ ANGLE MOITIÉ x + y

2

.

En réalité, le résultat obtenu n’est pas forcément la forme t rigonométrique de e i x + e i y car cos x y peut être négatif,

2

mais on n’en est pas loin. Cette technique s’adapte bien sûr au cas des complexes de la forme e i x e i y .

Le programme vous épargne l’apprentissage par cœur de quatre nouvelles formules. Pour tous x , y :

sin x + sin y = 2 sin

x + y

2

cos x + cos y = 2 cos x + y

2

cos x y

2

cos x y

2

et

et

sin x sin y = 2 cos x + y sin x y

2

2

,

cos x cos y = 2 sin x + y sin x y .

2

2

On s’attend en revanche à ce que vous sachiez les retrouver rapidement. Par exemple :

Exemple

sin x + sin y = Im e i x + e i y

Angle

moitié Im 2 e

=

i ( x + y )

2

cos x y = 2 sin x + y cos x y

2

2

2

.

Pour tous n et x :

n

k

= 0

cos (2 kx ) =

sin ( n + 1) x cos( nx )

sin x

n + 1

si :

si

:

x / π

x π .

Démonstration Vous devez à tout prix savoir refaire cette démonstration, l’exercice est très classique.

Si x π : cos(2 kx ) = 1

n

pour tout k 0, n , donc :

cos(2 kx ) = n + 1. Supposons désormais que :

x / π ,

de sorte que :

e 2i x = 1.

k = 0

n

k

= 0

cos (2 kx ) =

n

k

= 0

Re e 2i kx = Re

n

k

= 0

e 2i kx e 2i x

= 1

=

Re e 2i ( n+ 1) x 1

e 2i x 1

Angle

=

moitié

Re

e i (