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« J'ai trop souffert »

>Le Parisien > Actualité|14 janvier 2012, 7h00|0

BRUNO TRIQUENAUX l'un des cinq fonctionnaires


injustement mis en cause
« Je suis toujours en arrêt maladie. Quatre ans après. » Aujourd'hui blanchi, Bruno
Triquenaux se considère comme une « victime collatérale » de l'affaire de l'IGS. Ancien
chargé de mission au service des affaires réservées de la préfecture de police, il gérait les
demandes de titres de séjour devant faire l'objet d'une attention particulière. « J'étais un
séguéniste de la première heure, ami de grands fonctionnaires… Aujourd'hui, je vis en
ermite », se lamente cet homme au crâne dégarni, dont le visage marqué porte les traces de sa
longue mise en cause.
Ancien collaborateur de l'actuel préfet de police, Michel Gaudin, alors à la tête de la direction
administrative de la police nationale dans les années 1990, cet administrateur civil est
convoqué par l'IGS en qualité de témoin le 20 décembre 2007. « Je ne connaissais pas la
raison de cette convocation, se souvient-il. En arrivant, on m'a expliqué que j'étais placé en
garde à vue. »

Il veut connaître toute la vérité

Comme pour ses collègues Dominique et Zohra, le fonctionnaire est interrogé sur les
conditions de délivrance de certains titres de séjour. « Ils m'ont demandé si j'avais obtenu des
contreparties financières. J'ai répondu que non. Après quoi, ils m'ont questionné sur le visa
touristique que j'avais délivré à un séminariste vietnamien que j'hébergeais chez moi. Cette
fois, ils voulaient savoir si j'avais obtenu des contreparties d'ordre sexuel. C'était humiliant. »
A l'issue de sa garde à vue, Bruno Triquenaux ressort libre. Dans la foulée, le préfet Gaudin
demande sa suspension. « Il a fait cette demande sur la foi de mes prétendus aveux. En fait, je
n'avais rien avoué du tout. Surtout, M. Gaudin n'avait pas accès au dossier, ne pouvait donc
pas savoir ce qui m'était reproché et si j'allais être effectivement poursuivi. » De fait, le
fonctionnaire est bel et bien mis en examen. Il sera lui aussi blanchi par la chambre de
l'instruction de la cour d'appel de Paris, le 1er juin 2010.
« Brisé » par cette épreuve, l'ancien fonctionnaire veut désormais connaître « toute la vérité »
sur cette affaire. « J'ai trop souffert. J'ai fait un infarctus, puis j'ai développé un cancer de
l'intestin en 2009, fait une dépression nerveuse. J'ai tenu en me battant à coups de procédures
pour faire reconnaître mon innocence. C'est grâce à cela que j'ai survécu. »